Interview: PRINCESSES LEYA

Entretien avec (de gauche à droite sur la photo) Dédo (chant), Cléo Bigontina (basse), Xavier Gauduel (Batterie) et Antoine Schoumsky (Guitare, chant),. Propos recueillis au Rock In Rebrech 13 le 25 juin 2024

On n’a pas tous les jours rendez-vous avec une altesse royale. Alors quand elles sont quatre d’un coup, on sait qu’on va passer un bon moment. Avant d’enflammer le public du Rock In Rebrech, les Princesses Leya nous ont accordé une audience à leur image : fun et décalée.  

On connait l’un (Dédo) en tant qu’humoriste, l’autre (Antoine Schoumsky) comme acteur et doubleur, mais quelles sont les activités hors Princesses Leya des deux autres ?

Cléo : Je suis bassiste, des Princesses Leya et d’autres projets aussi.

Xavier : Je suis producteur de spectacles vivants, plutôt dans l’humour.

Tu produits les deux messieurs ici présents ?

Xavier : Entre autres, oui.

Antoine : En fait, c’est comme ça qu’on s’est rencontrés. Monsieur était mon tourneur quand je faisais mon seul en scène, je faisais le comique à une époque, et maintenant Xavier s’occupe du spectacle de Dédo. A un moment, on a tourné ensemble sous le nom des Insolents et c’est Xavier qui s’occupait de nous.

Les Insolents… Pourquoi les Princesses Leya, alors ?

Xavier : On cherchait un nom un peu féminin dans ce monde de metal, un peu trop masculin, et un soir, par hasard… enfin, « par hasard »… Quand Carrie Fisher est morte, j’ai envoyé un texto à Dédo en suggérant Princesses Leya…

Carrie Fisher est morte ???

Xavier : Ouais, je suis désolé. Fin de l’interview ! (Rire général)

Antoine : C’était il y a 7 ans en plus…

Dans l’univers des Princesses Leya… D’ailleurs, on dit Les Princesses Leya ou Princesses Leya ?

Antoine : C’est comme on veut. On est quatre princesses, quatre petites princesses…

Petites ?

Antoine : On fait pas 2m15, on n’est pas NBA non plus…

Xavier : Pas encore…

Antoine : On est des princesses de taille moyenne. Mais c’est long à dire. « Petites princesses » c’est mignon, « de taille moyenne », c’est chiant…

Cléo, comment es-tu arrivée dans ce groupe de trois mecs ?

Cléo : Ben… Parce que je suis bassiste et, du coup, ils cherchaient une bassiste, et j’ai passé une audition. Que j’ai a priori brillamment remportée puisque, en plus, je suis encore là, sept ans plus tard…

Xavier : Parce qu’il n’y avait que toi, aussi…

Cléo : C’est vrai.

Dédo : Elle aurait pu la louper en étant seule quand même…

Vous avez un peu d’actualité puisque, il y a quelques temps déjà, est sorti votre dernier album, The big bang therapy sur lequel on retrouve le côté décalé qu’on avait découvert sur le premier album. En revanche, c’est un album beaucoup plus musical, avec moins de sketches. Qu’est-ce qui vous a poussés à vous orienter plus sur la musique que sur les sketches ?

Antoine : Quand on a commencé avec le spectacle, on ne l’envisageait pas comme un groupe de musique mais vraiment comme un spectacle comme on a l’habitude de faire, un peu théâtral. Le premier album est arrivé un peu à cause du Covid, qui a mis un gros coup d’arrêt à nos activités, comme pour beaucoup de gens. Comme on est assez pro actifs, on s’est demandé ce qu’on pouvait faire. On s’est dit qu’on pouvait sortir un album des chansons du spectacle parce que beaucoup de gens nous le demandait à la fin. C’est après ce premier album, L’histoire sans fond, qu’on s’est dit que finalement on pouvait se comporter comme un vrai groupe. On a eu la chance d’être assez rapidement repérés et mis en lumière par le milieu metal – on a fait le warm-up Hellfest et des trucs comme ça. Au début, on n’assumait pas trop ce positionnement d’être « un vrai groupe » parce qu’on est un groupe parodique…

Vous n’assumiez pas quoi ? le « vrai » ou le « groupe » ? (Rire général)

Antoine : Un peu des deux…

Dédo : Il a raison, c’est venu de ça principalement. Et on a aussi fait une synthèse de ce premier album et de cette première grosse tournée où on s’est dit qu’il y avait peut-être un autre équilibre à trouver entre les parties théâtralisées et les parties musicales. Du coup, on a mis un peu plus de musique sur le deuxième album, et, à force, on s’est dit qu’on pouvait « assumer » un peu plus de composer des vrais morceaux. On n’est pas là, on l’espère en tout cas, que pour les blagues, on est aussi là pour la musique.

Composer de la musique, c’est une chose, écrire des sketches, c’en est une autre. Lier les deux dans l’esprit de Princesses Leya, encore autre chose. Comment vous y prenez-vous dans votre process non pas de composition mais d’écriture pour pouvoir lier les deux ?

Antoine : Pour nous, c’est les deux. On écrit des histoires, à côté on est scénaristes aussi. Tu écris une histoire sauf qu’au lieu de placer un dialogue, tu passes en mode chanson. Mais c’est le même principe. On écrit pour avoir cette théatralité, une rupture de rythme avec les blagues… C’est un autre ton…

Dédo : Les morceaux ont une certaine thématique, et par moment, on l’installe avec des passages un peu plus scénarisés, mais c’est assez fluide. Là, dans le spectacle, on se balade de dimension en dimension pour essayer de metaliser le monde et on a trouvé un lien logique entre les chansons pour articuler ça autour d’une histoire.

Justement, il y a une histoire de base, comment envisagez vous vos délires spatiaux pour les adapter sur scène.

Antoine : On l’envisage en fait comme une comédie musicale, c’est le terme qu’on employait au début. C’est un terme, tu meux tout mettre dedans, on n’est pas Kamel Ouali (rire général)

Xavier : Là tu as ouvert la porte !

Antoine : Faut pas nous embarquer sur Kamel Ouali !

Pourquoi donc ?

Antoine : Non, non, on peut faire des jeux de mots qui nous embarquerons jusqu’à jeudi prochain ! On est plus sur les comédies anglo-saxonnes, à Londres où c’est joué en live. Ils ont une culture pop rock qui est très présente. Je suis très intéressé par ces spectacles-là, leur scénographie…

Dédo : C’est vraiment pensé comme une comédie musicale ou une pièce de théâtre, en tout cas pour la partie « sho ». On l’a fait assez naturellement. Parfois, on illustrait l’histoire avec un semblant de scénario qui se dessinait et le groupe se retrouve avec différents éléments qui nous arrivent au fur et à mesure, et il y a une résolution scénique.

Antoine : Et ça reste simple, on n’a pas besoin de mettre trop d’artifices sur scène, trop de jeux de lumières.

Cléo : Déjà, il y a zéro décor, on est vraiment dans une configuration concert.

Zéro décor, mais il y a des tenues, un peu de visuel…

Antoine : Oui, mais ça tient vraiment plus sur le propos et sur ce qui nous arrive.

Dédo : Le véritable changement sur ce second show, c’est qu’on a un personnage extérieur qui interagit avec nous par le biais d’une voix. C’est le vrai changement par rapport au premier spectacle.

Simplement pour vous faire comprendre, je préfère le préciser, que j’ai attentivement écouté votre album…

Antoine : Ah ! Ça fait plaisir…

Je repends une phrase : « Vous aurez du succès et vous pourrez jouer dans des endroits dont vous ne rêviez même pas ». Euh… Rebréchien ?

Antoine (très sérieux) : Mais c’est dans la liste.

Des endroits dont vous ne pouviez pas rêver… (rire général)

Dédo : C’était impossible d’en rêver, c’est au-delà de nos rêves ! Parce qu’on ne pouvait même pas l’imaginer !

Antoine : Non.

Cléo : Impossible…

Xavier : C’est trop beau pour être vrai, en fait.

Le beau, tu le mets entre guillemets ?

Xavier : Non, non : B.O.

Il y a d’autres endroits comme ça aux quels vous ne pensiez même pas et qui se trouvent sur la liste des lieux de vos concerts ?

Cléo : C’est vrai, il y en a…

Antoine : On va retourner à la Ferté sous Jouarre, au Fertois fest 2024. J’en avais déjà entendu parler, donc je l’avais dans ma tête, je me disais « j’espère qu’un jour… » (tous approuvent).

Dédo : 2024 !

Antoine : Et je leur ai apporté du bonheur quand je leur ai annoncé : « Vous savez quoi ? On va jouer… à la Ferté sous Jouarre ».

Quelle a été votre réaction à tous, en entendant ça ?

Dédo : Moi, j’ai pleuré deux jours… deux jours d’affilée de… de toutes les émotions possibles. Déjà, il a juste dit « on va jouer à la… » J’ai commencé à pleurer… Ca m’a pris aux gorges… Oui, j’ai plusieurs gorges… Deux jours. Il m’a fallu deux semaines pour reprendre mes esprits.

Je suis obligé de rebondir là-dessus…

Dédo : Ouais.

Tu as plusieurs gorges…

Dédo : Ouais.

Profondes ?

Dédo : Nan. Tu as un problème, toi, tu fais des allusions !

Xavier : J’ai même pas entendu, moi…

Dédo : Quand on était à table, tout à l’heure, il avait des propos équivoques…

Moi ?

Dédo : Oui, oui…

Mais ça n’a pas été enregistré ! (Rire général) Sur le dernier album, si vous deviez chacun ne retenir qu’un seul titre…

Cléo : Oh, non ! Trop dur !

(Rire général suivi d’un joyeux bordel) Attends, laisse-moi finir !

Cléo : Non, non…

Est-ce que je vous interromps, moi ?

Cléo : Non, c’est vrai. Je suis désolée…

Donc, si vous deviez chacun ne retenir qu’un titre pour expliquer ce qu’est l’esprit de Princesses Leya aujourd’hui, ce serait lequel ?

Antoine : Big bang. Parce que l’album est une exploration du pourquoi l’univers part en couilles et que dans chaque univers où on va on ne trouve que des gens fracassés ou débiles, on se dit  qu’il faut trouver la raison pour laquelle l’humanité évolue toujours merdiquement, et il faut aller à la source : au big bang.

Xavier : Moi ce sera… Je ne me souviens plus de la question

Je reformule : si tu devais choisir un titre de l’album pour expliquer à quelqu’un ce qu’est l’esprit du groupe, ce serait laquelle ?

Xavier : Ah ! Alors ma préférée…

Pas forcément ta préférée, celle qui vous représente le mieux.

Xavier : Alors, je vais laisser la parole à Cléo et à Dédo, je réfléchis pendant ce temps…

Cléo : Je dirai Analphabet, ça résume bien le délire du groupe…

Antoine : Il y a un peu de débilité là-dedans, aussi…

Vous vous rendez compte que, si on change l’orthographe du mot on en change tout le sens, étymologiquement ? Analphabète, il y a An – dépourvu de- alphabet. En remplaçant le ph par un f, on a « anal », pas besoin d’explication, la note fa et « bête », idiot. Donc, « un imbécile qui fait de la musique avec son cul »…

Antoine : Ah, c’est un point de vue…

Dédo : C’est d’ailleurs ce qu’on aime, que chacun se fasse son interprétation. Il n’y a pas d’explication dans tout ce qu’on fait, mais si les gens trouvent ça incroyablement malin et intelligent, avec plaisir !

Mais tout ce que vous faites est incroyablement malin et intelligent !

Xavier : Oh, c’est gentil…

Cléo : Mais il dit ça parce qu’on est là

Exactement ! Cléo, pourquoi Analphabète ?

Cléo : Parce que je pense que ça représente bien le côté second degré du projet, on ne se prend pas la tête. On sait qu’on est des gens intelligents et qu’on peut rigoler de ces choses-là…

Vous êtes intelligents.

Cléo : Ouais.

Et vous avez cette intelligence, celle de l’autodérision.

Cléo : Complètement…

Dédo : Je vais en choisir une autre alors… Kangourou Garou, je pense, pour les mêmes raisons : il y a une thématique décalée et c’est un peu metal, ça part aussi sur autre chose musicalement, d’autres influences. Ça mélange plusieurs genres, plusieurs thèmes…

Cléo : Eh, mais moi, là je suis d’accord, en fait !

Xavier…

Xavier : Alors, je dirais Boulimie cannibale pour la simple et bonne raison que c’est ma préférée de mon groupe préféré, Princesses Leya

Cléo : Oh, c’est mignon…

Tu ne serais pas un peu fayot, toi ?

Xavier : Ecoute… Je laisse en décider les superbes personnes qui vont lire ton superbe article.

Quels sont les projets à venir pour Princesses Leya ?

Antoine : Il y a une tournée avec Ultra Vomit en novembre…

Ultra Vomit/Princesses Leya… on n’est pas du tout sur le même registre d’humour.

Antoine : Quand on a commencé, c’est là où on peut un peu se prendre la tête, on cherche des sujets. Il y a beaucoup de choises qui ont déjà été explorées dans le scato , les gros nichons et compagnie. On s’est demandé si cet humour-là viellii bien, on n’est plus tellement adolescents même si jeunes dans la tête. On veut réussir à faire un mix de paroles qui parlent de faits de société mais de manière légère. On essaie de ne pas trop aller vers un humour qui est déjà très bien fait par d’autres personnes.

Comment travaillez-vous ces sujets ? Est-ce que chacun arrive avec une idée de thème à aborder ? On pense à l’analphabétisme, mais aussi à la misère sexuelle dans Baise tout seul…

Antoine : On n’en débat pas… Ça vient tout seul, même si, naturellement, ça nous est déjà arrivé de travailler des chansons qui ne rentre pas avec le reste…

Qu’est-ce qui fait que ça va passer ? C’est d’abord votre ressenti ?

Cléo : Ça joue aussi, oui…

Antoine : C’est d’abord les compos. Ce n’est pas tant les thèmes que ce qu’on en fait. Quand on arrive avec des thèmes, on développe les paroles, parce qu’on a tel scénario. Entre la V1 et la version qu’on a enregistrée, il y a un grand écart.

Dans votre type de délire, il y a aussi la scène. Y at-t-il des morceaux que vous avez retirés parce que, contrairement à ce que vous imaginiez, ils ne fonctionnent pas si bien que ça ? Le public n’est pas aussi réceptif.

Dédo : On a essayé de voir quelle serait notre setlist préférée, et on a articulé le spectacle autour de ça. Mais je ne pense pas qu’il y ait un morceau spécifique qui ne passe pas…

Antoine : Il y a ce nouvel album, donc il faut quand même faire un mix entre les deux albums : il y a un bon nombre de nouveau titres, mais il a fallu nous demander ce qu’on gardait de l’ancien album. On sait que ces trois chansons là fonctionnent très bien, donc on les garde… Maintenant, avec le nouveau spectacle, on est beaucoup plus proche du concert que d’un spectacle musical, et on prend ce tournant de mettre la musique plus en avant que le théâtre. C’est plus une question de rythme : un spectacle doit avoir des moments d’émotion, ça part fort, il y a des moments de pause, ça repart…

Dédo : Trouver une homogénéité dans la setlist. Il faut faire en sorte d’équilibrer les moments calmes et ceux qui bourinent un peu plus.

Y-a-t-il des thèmes qui n’ont pas leur place dans Princesses Leya ?

Antoine : Non… Comme je le disais, la blague pour la blague, empiler des blagues et des jeux de mots, ce n’est pas ce qui nous intéresse. On aime bien l’idée d’un concept. S’il y a un troisième album, il faut qu’il y ait une histoire derrière.

Dédo : Le but, ce n’est pas d’être moralisateurs. Si on arrive à avoir un second degré de lecture, on est très contents. Il y a des gens qui choperont le truc, d’autres, pas du tout.

Xavier : Ca se trouve, le troisième album sera totalement absurde, il parlera des fourmis ou d’autre chose…

Ah ! Ca plaira à Bernard Werber !

Xavier : Il y aura toujours des gens pour voir quelque chose.

Antoine : C’est ce qui est rassurant : même si dans une chanson on n’avait rien à dire, il y aura quelqu’un pour nous demander : « mais qu’avez-vous voulu dire ? »

Quelle pourrait être la devise de Princesses Leya aujourd’hui ?

Antoine : Oh, la devise… (désigannt Xavier) C’est lui le spécialiste des devises…

Xavier : Ben… moi, j’aurai dis que c’est l’euro. La devise avec laquelle on nous paye…

Antoine : Je vais laisser les intellectuels y réfléchir…

Dédo : J’ai pas de devise… J’en ai jamais eue…

Xavier : Quel mytho…

Dédo : Ah, bon ? C’est quoi ?

Xavier : « Si c’est noir, c’est beau »

Dédo : Ah bon ? C’est le proc non ?

En même temps, Xavier est habillé tout en noir…

Cléo : Parce qu’il est fan de Dédo… (rires) Mais c’est vrai : pourquoi on n’a pas de devise ?

Antoine : Parce qu’on n’est pas un pays, on n’est pas un hymne, on n’est pas un sport…

Mais vous êtes un groupe ! Alors, avant de monter sur scène, est-ce que vous avez un rituel entre vous ?

(un joyeux bordel de quelques seconde où tous parlent en même temps)

Antoine : Attends : si tu veux de la résilience, fais un groupe de metal !

Développe…

Cléo : Ouh, là ! Mais nous on sait !

Dédo : Moi, je traie une vache avant chaque concert.

On va aller en chercher une dans le champ d’à côté…

Dédo : Mais c’est prévu…

Xavier : Moi j’enquille et je fais du fromage. Un fromage à pâte dure. On ouvre la fromagerie dans pas longtemps…

Cléo : Ben moi, j’aime bien le fromage…

J’aurai pas dû poser cette question…

Xavier : Vite trayé, vite affiné…

Souhaitez-vous rajouter quelque chose pour terminer ?

Antoine : Pardon ?

Je reprends : do you want to add something before we end the interview?

Antoine: Oh, you mean “a last word”? (Avec l’accent canadien) Je voudrais parler au public français de Rebrechien… Extraordinaire…

Cléo : Amazing…

Dédo : We love Rebrechien… We deeply love « Reb the dog »…

Vous avez visité un peu Rebréchien ?

Antoine : Oui, on a fait le tour. J’ai fait 20 mètres ! Un dernier mot ? Vive le steak à Kidiland (rire général) !

ROCK IN REBRECH 13: Le report

Un mois de mai maussade, une météo peu clémente… Fort heureusement, les « spécialistes » annoncent un léger mieux pour ce 25 mai, première des deux journées du Rock in Rebrech, 13ème du nom qui, une fois encore, accueille quelques jolies voitures. Contrairement à l’an passé, il n’y a pour cette nouvelle édition que des groupes français. Trois groupes sont attendus sur la scène principale, et pas des moindres puisque nous découvrirons les Orléanais de La Jarry qui seront suivis des Princesses Leya et des Toulousains de retour aux affaires, Sidilarsen.

Deux changements de taille sont à noter par rapport à l’édition 2023: No Mad Musik, l’asso organisatrice, a décidé de ne plus faire appel à des food trucks et se charge de toute la boisson et la nourriture. Bonne pioche, la queue ne disparaissant presque pas. Egalement, afin de distraire le public toute la soirée, un camion scène a été ajouté face à la scène principale pour recevoir, entre chaque groupe, les copains de PrimsA qui offrent ainsi une permanence musicale très orienté hard rock 80’s.

Si les préventes ne sont pas mirobolantes, la soirée attirera finalement un public dense – on parle de près de 1.200 entrées – et familial – de nombreux spectateurs sont venus en famille initier les plus petits aux joies de la musique live.

Las… Le temps vire encore au gris et de grosses gouttes de pluie se mettent à tomber… fort heureusement le temps d’un petit quart d’heure à peine. Pas suffisamment longtemps cependant – heureusement ! – pour transformer le terrain en patinoire boueuse.

PRISMA @ ROCK IN REBRECH 13

PrismA, que nous avions découvert live lors du récent CrickFest, est aujourd’hui présent pour animer les changements de plateaux de la scène principale. Démarrant avec un problème technique – la pluie a fait son oeuvre – il faut réinitialiser les claviers dont aucun son ne sort. Mais une fois partis, le groupe nous propose, au cours de ses 3 interventions, un beau panel de son savoir faire qu’on retrouve sur ses récentes productions, dont le plus qu’enjoué album Way of life. Ce sont en tout une bonne quinzaine de morceaux que PrismA nous offre ce soir, avec quelques inquiétudes pour les cordes vocales de Philippe Sanfilippo, le chanteur, visiblement transi de froid… Reste que le hard rock très 80’s proposé par le groupe reçoit un accueil chaleureux d’un public à la fête.

PRISMA @ ROCK IN REBRECH 13
LA JARRY @ ROCK IN REBRECH 13

Les locaux de la soirée investissent la scène pour une bonne heure de ce rock hard ultra vitaminé et festif. Si j’ai entendu parler de La Jarry, jamais je ne me suis penché sur les compos du groupe que je découvre ce soir. Clairement, je suis emballé par ce que j’entends et vois. Les quatre se donnent à fond, entrainant le public (gentiment interpelé dès le second titre par un « ça va les alcooliques? ») avec lui.

LA JARRY @ ROCK IN REBRECH 13

La Jarry propose un rock aux fortes intonations punkisantes et aux textes engagés (J’habite en France, On n’a pas le choix). Benoit Pourtau a le contact très facile avec le public, l’invitant à se rapprocher de la scène (« Allez, venez plus près les bourges! ») ou le faisant participer à plusieurs reprises (Babylone, On n’a pas le choix) et fait même monter qui le souhaite sur scène pour l’accompagner sur J’sais pas danser.

LA JARRY @ ROCK IN REBRECH 13

Un premier concert festif qui met en appétit et qui se termine avec l’annonce du lancement d’une longue tournée de presqu’un an. On vous souhaite de vous éclater, Messieurs, et de vous retrouver bientôt on stage!

LA JARRY @ ROCK IN REBRECH 13
PRISMA @ ROCK IN REBRECH 13

Après un changement de plateau – toujours animé, nous l’avons dit, par PrismA, et qui voit l’espace buvette/restauration ne pas désemplir – les « quatre petites princesses » comme ils se surnomment eux même (cf. l’interview à venir) envahissent l’espace scénique. Princesses Leya attire un public familial et de tous âges – il y a même des bébés heureusement casqués – qui se masse devant la scène. Avec le groupe musico-théâtral humoristique, on sait qu’on va passer un bon moment, mais cette foule, est-ce le nom du groupe, le côté décalé des sketches, la présence de l’humoriste Dédo ou simplement la musique qui la fait se masser devant la scène?

PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13

Quoiqu’il en soit, la bande est en forme et balance la sauce dès Analphabet. Puis, rapidement, le groupe entre dans le vif de sa pièce: le public ne comprend rien, ça énerve Dédo qui s’engueule avec le guitariste chevelu Antoine Schoumsky qui, lui, cherche à temporiser et, dans un accès de colère, le chanteur finit par lui arracher sa perruque. Ambiance… Bon, en même temps, on a le public qu’on mérite, hein! Même celui de Sèvre Babylone surtout en reprenant le hit intemporel et universel de Lorie, C’est le week end

PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13

Puis le groupese trouve secoué, propulsé dans une faille spatiale, et se retrouve dans un monde nappé de rouge. Une voix sort d’outre monde, celle de… Satan? « Non, ça c’est mon nom de scène. Je m’appelle Philippe« . Le diable Philippe charge les Princesses Leya d’aller remétalliser le monde et les envoie dans différents univers parallèles. Le scénario est posé, devenant ainsi prétexte à dérouler le show.

PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13

Nos heros parviennent à lutter contre et convertir les Kangourous garou, organisent une orgie géante ou chacun Baise tout seul, luttent contre une forme de Boulime cannibale et parviennent même à convertir tout le public aux joie d’un wall of death – quoique, en prononçant ces mots, certains s’éloignent de la zone de clash – qui se transforme en un joyeux pogo.

PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13

Toujours plein d’humour, le groupe se dispute sur l’écologie, s’invente des noms de scènes – AbbaCDC, Pateratp – s’adresse régulièrement au public embarqué dans cette folle aventure avec le groupe, public surnommé « l’équipage »

PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13

Univers après univers, les Princesses Leya réussissent leur mission, mais il reste cependant à remonter à la source, celle du Big bang. Pour ce faire, Dédo doit surfer sur le public qui le porte aux confins de l’espace et le ramène, sain et sauf, mission accomplie, au point de départ. Oui, mission accomplie! Philippe est content, et en plus, c’est son anniversaire. En guise de cadeau, il veut une interprétation de Boys boys boys de Sabrina, hit intemporel et intergalactique qui devient Balls balls balls… avant que tous, groupe et équipage, ne soient renvoyés dans le monde « normal » remétallisé. Princesse Leya nous a offert un vrai bon moment de détente, et même si certains trouve qu’il y a trop de « blabla », c’est bien une comédie musicale et pas un concert auquel nous avons eu droit. Un moment d’évasion intersidéral.

PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13
PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13

La nuit est tombée, les familles commencent à rentrer, d’autant plus que Sidilarsen est prévu de monter sur scène à… 23h30. Autant dire que je crains de voir le public déserter plus tôt que souhaité les lieux avec l’humidité qui s’installe. Cependant, hormis les enfants pour qui l’heure du dodo est venue, il reste du monde pour accueillir les Toulousains dont la scène est en train d’être mise en place, tandis que, à l’opposée, une longue file attend patiemment de pouvoir se procurer le merch des Princesses et que PrimsA continue d’animer cette inter session avant de remercier le public venu nombreux.

PRISMA @ ROCK IN REBRECH 13
SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13

Sidilarsen s’est fait rare depuis 2019, mais la sortie de son nouvel album, Que la lumière soit, justifie sa venue ce soir. Les dates commencent à s’afficher en nombre et la bande à Didou et Vyber espère bien pouvoir défendre longtemps ce disque déjà remarqué, en tout cas, être sur les routes jusqu’en 2025.

SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13

A l’image de la pochette de son album, le groupe tout entier se réunit, en cercle, au milieu de la scène baignée de rouge. Puis les hostilités commencent avec la nouveauté Intox, suivie des désormais classiques Retourner la France et Guerres à vendre qui, déjà retournent le public.

SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13

On remarque que la scène est sobrement décorée, les écrans qu’utilisait le groupe sur les côtés ont disparu au profit de simples estrades de chaque côté du kit de batterie. Une batterie tenue et frappée par Marvyn, le dernier arrivé qui, malgré son jeune âge et son petit gabarit cogne comme un diable et comme s’il avait toujours été là.

SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13

Malheureusement, est-ce par choix ou par contrainte, Sidilarsen joue presque en permanence à contre jour. Très peu éclairé en façade, c’est souvent un jeu d’ombre chinoise auquel le public a droit, malgré des lumières contrastées, vives et variées. Mais les 5 se donnent entièrement, allant chercher le public qui, en grande partie, connait déjà les nouveaux morceaux présentés ce soir (Adelphité, Du sang sur les fleurs, On revient sur Terre et Luminaria) et reprend avec entrain les plus anciens morceaux.

SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13

Si chaque album n’est pas ce soir représenté, les God’s got guns, On va tous crever et autres Back to basics voient le public accompagner avec force le groupe très en forme, avant que, là encore de manière classique, Sidilarsen ne ferme le ban avec La morale de la fable et l’incontournable Des milliards. Oui, Sidi est en forme et il ne fait guère de doute qu’on entende beaucoup parler d’eux cette année.

SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13

Malgré un temps grisâtre, une humidité presque constante et des horaires assez tardifs – une idée à explorer pour la prochaine édition: démarrer, en cette période encore scolaire, une heure plus tôt, surtout pour vraiment profiter de la tête d’affiche – le public est venu en nombre. Paradoxalement, la journée du 26 mai, gratuite, a attiré beaucoup moins de monde que ce samedi, pourtant payant. C’est rassurant pour l’avenir du Rock In Rebrech’, petit festival de province qui monte et monte tranquillement!

SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13

SIDILARSEN au Rock In Rebrech 13: entretien avec l’orga

Entretien avec Arno T. WALDEN, organisateur du festival Rock In Rebrech. Propos recueillis le 3 février 2024.

Les 25 et 26 mai prochains se tiendra la nouvelle édition du festival Rock In Rebrech. La petite commune voisine d’Orléans accueillera pour l’occasion un plateau 100% français avec la présence des locaux de La Jarry, la venue des Princesses Leya et une très belle tête d’affiche avec les Toulousains de Sidilarsen. Arno nous explique tout de cette 13ème édition – et plus encore… Visitez dès à présent le site pour obtenir vos billets: Rock In Rebrech 13 ou avec le lien Helloasso

Arno T. Walden – Rock In Rebrech

Pour commencer, Arno T. Walden… Qui es-tu ?

(Rires) Je suis un musicien qui a fait ses premières armes sur le secteur d’Orléans. Ensuite, je suis allé à Paris, j’ai suivi des formations dans une école de chant, je suis parti en Angleterre, j’ai pas mal voyagé, en fait, avant de revenir m’installer dans la région. A une époque, j’étais intermittent mais après j’ai cessé. Et j’ai remis le pied à l’étrier parce que ça me manquait… Quand j’ai repris la musique, d’abord pour me distraire, puis, de fil en aiguille, il y a des gars qui m’ont fait me reconnecter. A l’époque, c’était un peu plus long parce qu’il n’y avait pas internet… J’ai fait un album avec un premier groupe, ensuite je suis parti sur un projet plus perso sous mon nom, j’ai fait deux albums, j’ai monté les Troopers (NdMP : The Iron Troopers, tribute band à Iron Maiden, qui sera en concert à Rebréchien le 20 avril prochain). Là, dernièrement, j’ai rejoint Trafic Jam (groupe fondé par Valentin Labani). Je suis musicien professionnel, et depuis quelques temps, je fais aussi du chant classique.

J’ai cru comprendre qu’à un moment tu travaillais aussi pour la municipalité…

J’étais élu. Comme tout bon citoyen, tu peux faire partie du Conseil municipal. J’ai trouvé ça intéressant, et je faisais partie de l’équipe, on a remporté le mandat précédent et j’ai été délégué à la culture. Déjà, avant, en tant que bénévole, je m’occupais du Rock in Rebrech. Là, en étant à la mairie, j’étais encore plus impliqué.

Peux-tu nous parler de l’histoire du Rock In Rebrech ? Ce n’est pas la première édition…

Ouh là ! Non, c’est la 13ème édition ! En tout, ça fait 15 ans que le festival existe, avec deux années d’interruption…

Lesquelles ? Je ne vois pas de quoi tu parles…

(Rires) Wasted years… On va éviter de parler de ces mauvais souvenirs… Comment est né le Rock In Rebrech ? Il y a 15 ans, un élu la mairie, Ludovic Langlais, est venu me dire qu’il avait envie de monter un… ce n’étais pas un festival, un tremplin rock sur Rebrechien. Il savait que j’étais musicien, et il voulait que j’utilise mon réseau pour développer son projet. En tant que musicien, ça m’intéresse de voir comment tout ça se passe de l’autre côté de la scène. Mon réseau, il était déjà essentiellement rock, hard rock, metal, donc l’identité « esthétique » du tremplin était toute trouvée. Je n’allais pas faire venir des groupes de reggae ou de pop, ce n’était pas mon domaine. Je ne connais personne là-dedans… On fait une première édition à la salle polyvalente, ça se passe super bien. On remet le couvert l’année suivante, sous la formule « tremplin ». J’étais un peu… frileux, parce que je n’aime pas vraiment cette idée de « compétition » en musique, dans l’art. En sport, OK, mais faire un « concours de musique », c’est tellement subjectif, ça dépend des envies de chacun… Donc, la seconde année, on le refait, mais ça merdouille. Notamment au niveau des votes du public, on n’était pas organisés, certains ont voté 72 fois… Troisième année, on remet le couvert et je suggère de faire venir une tête d’affiche pour rameuter du monde. Mon idée, c’était aussi de promouvoir mon style de musique auprès des gens. Déjà en France, le metal n’est pas très médiatisé, alors en ruralité, on n’imagine même pas ! Je me suis un peu posé comme « pasteur du metal » (rires). On est quand même assez bizarres, nous les métalleux : on a envie que tout le monde connaisse mais en même temps, on veut garder ça pour nous (rires).

On le voit avec les grands festivals. Beaucoup de personnes disent que « c’était mieux avant quand il n’y avait que 2.000 personnes ». Oui, mais derrière, il y a aussi une ambition !

Une ambition, une économie… On n’est jamais contents. Mais c’est un peu les Français… Donc, on fait venir Satan Jokers. Et là… C’est un peu le binz dans l’organisation, on arrivait à la fin du mandat, il commence à y avoir des tensions au sein de l’équipe municipale – je n’étais pas au fait de tous ces aspects-là à l’époque. Je fais venir Satan jokers, mais je jouais aussi. Donc, j’avais une double casquette. Au final, ça se passe super bien et c’est à ce moment qu’il y a la rupture avec le tremplin rock. L’année suivante, je fais partie de l’équipe municipale qui est élue. On remet le Rock In Rebrech sur la table de travail et j’impose en quelques sortes le Rock In Rebrech. On continue avec nos têtes d’affiche, il y a eu Elmer Food Beat, carton phénoménal. On a fait ça dans la salle polyvalente qui peut accueillir, je crois, 300 personnes. Là, on était largement au-delà (rires) !

Donc, il y a eu trois années de tremplin puis la volonté de transformer l’évènement en festival avec une vraie tête d’affiche. A l’époque le festival était gratuit.

Oui, il n’y a que l’an dernier où il soit devenu payant. Mais on va en reparler… Avant, il a toujours rencontré du succès, on a reçu, de beaux noms…

J’ai noté Cock Robin, Vulcain, Chris Slade Timeline, Marco Mendoza (NdMP : respectivement ex-batteur notamment d’AC/DC et ex-bassiste de Whitesnake, The Dead Daisies et d’autres). Comment te débrouilles-tu pour entrer en contact avec gens-là et les convaincre de venir à Rebréchien. Parce que Rebréchien, ce n’est pas Orléans, c’est rural…

On est d’accord ; il y a trois axes fondamentaux : d’abord, en tant que musicien, je connais beaucoup de programmateurs, de boites de booking… j’ai des amis que je contacte, à qui je pose des questions. Je réseaute beaucoup, en direct… Ensuite, comment convaincre les artistes de venir ? il y a le passif : quand ils voient les photos, entendent le bouche-à-oreille… la réputation les convainc. Et le truc « bassement mercantile », l’argent : un artiste a besoin de se nourrir. On lui propose un tarif, il est d’accord, il vient. Ils sont dans cette démarche de promotion, de « capter » des gens qu’ils ne toucheraient pas autrement…

J’imagine que pour des gens comme ceux que nous avons cités, des fines gâchettes reconnues, les tarifs ne sont pas les mêmes. Pour un festival gratuit, comment trouvez-vous les finances ?

Je t’explique en deux temps : premier temps, c’est « l’époque mairie ». A cette époque-là, c’est organisé par la mairie. Il y a une enveloppe globale pour gérer la mairie, et à l’intérieur, un budget pour la culture, entre autres. Sur mon mandat, il avait été choisi de prioriser le festival qui était l’évenement culturel de l’année pour la commune. Il y avait d’autres postes un peu moins couteux, comme des cérémonies. On globalisait tout ça. Le Rock In Rebrech étant gratuit, beaucoup de gens venaient et on se rattrapaient sur la buvette et la restauration. Il y avait aussi un partenariat avec Super U, V and B, des entreprises qui faisaient un peu de mécénat. S’il y avait un déficit, la mairie faisait un jeu de chiffre. Tous les ans, il y avait une compensation de déficit. Naturellement, quand tu fais des entrées gratuites, tu ne peux pas espérer entrer dans tes fonds… De toute façon, la culture n’a pas vocation à être excédentaire. La culture fonctionne aussi avec tous les à-côtés, il faut le comprendre. La culture, la santé, l’éducation… ce ne sont pas des secteurs pour gagner de l’argent. Ils sont là pour apporter de la cohésion dans un peuple, de la matière grise, générer des richesses par ailleurs. Si on prend l’exemple du Hellfest : si le festival s’arrête demain, ce sont tous les Clissonnais qui vont faire la gueule. Parce que le festival permet aux restaurants, aux hôtels, aux Air BnB, aux commerces de faire leur chiffre d’affaires pour l’année. C’est grâce à la culture, il faut vraiment avoir cette vision un peu plus large que le seul concert. Le maire de l’époque avait cette vision. Il avait bien compris cet intérêt de fédérer. Et on parle de Rebréchien ! Ça ne choquait personne, ce déficit. Six ans plus tard, le maire en place – il avait cumulé trois mandats et voulait passer à autre chose, ce que je comprends – se retire. Changement de municipalité, je décide de ne pas me représenter sur une liste. Traffic jam commence à décoller, on est signés sur un gros label, Rockshots records, et je me dis que je n’aurais jamais le temps… Entre ma formation de chant lyrique, les cours de chant que je donne, les Troopers, Trafic jam… « comment je vais faire ? » Je n’aime pas m’engager à la légère, donc j’arrête la mairie. Mais le nouveau conseil me demande de reprendre le Rock In Rebrech, avec l’asso dont je fais partie, No Mad Musik. La nouvelle municipalité a commencé juste avant le covid. L’an dernier, c’était la seconde édition avec eux. La libération arrive, en 2022 on fait venir Marco Mendoza. On a fait un vrai carton, je crois qu’on a eu 3.000 personnes ! Enorme !

Vous avez déplacé le festival en extérieur il y a quelques années. C’est une autre capacité que la salle polyvalente. Vous pouvez accueillir combien de personnes ?

J’ai envie de te dire que c’est presque illimité. Il y a un terrain de foot et tout un espace vert autour de la salle polyvalente. C’est là qu’on installe la scène. Je pense qu’on pourrait accueillir facilement 10.000 personnes. Après, c’est Rebréchien qui aurait des difficultés pour stocker les bagnoles (rires) ! Donc, après cette date avec Marco Mendoza, on s’est dit « c’est bon, c’est parti ! » En plus, on commence à attirer des stars internationales ! Classe. On bosse sur une autre édition, on attire des noms comme Krashkarma, Jelusick… là, on a quelque chose d’intéressant qui commence à se construire. En décembre 2022, je me fais pirater tous mes réseaux : mon compte Facebook, Instagram, mail, le site internet… tout ça pète. Impossibilité de retourner sur les anciens comptes – je suis banni… Je n’arrive à joindre personne, la panique totale… En janvier je crée un nouveau compte, je repars de zéro…

J’ai comme le sentiment que tu vas nous parler de la communication qui a foiré… On en vient donc à cette édition de l’an dernier, 2023, qui a été une grosse déception avec peu de monde…

Voilà… En plus, on a mis un moment à réagir. Tous les comptes connexes, et j’en assume la responsabilité, tous ces comptes, les Troopers, le festival, etc, tout était relié à mon compte sans autre administrateur. Donc tout ça… Terminé ! On aurait dû avoir un autre administrateur, et là, on aurait pu récupérer les comptes. En février, mon ancien partenaire son m’appelle en me disant qu’il n’a pas les reins assez solides pour assurer le son sur deux journées de festival. J’appelle des pros, je vois les montants… On a déjà signé les contrats avec les artistes, on ne peut plus faire machine arrière… Donc là, on devait faire payer les entrées, pas d’autre possibilité. On a fait 3.000 personnes l’année d’avant, faire payer les entrées, même si on ne fait rentrer que 2.000 personnes – là, on était dans nos délires – on fait les calculs, la buvette… L’objectif c’est d’être à zéro… En mars, on enclenche la com physique. Je contacte mon imprimeur qui m’annonce avoir mis la clé sous la porte… Il me donne un contact, un tuyau crevé, j’appelle partout… On fini par trouver quelqu’un en avril. Tu imagines ? En avril ! Le festival il est un mois après ! On n’a pas une affiche, pas de com’ sur internet et là… Coup de grâce : j’apprends qu’il y a un concert qui est organisé, un concert gratuit, à Saint Lié la Forêt, le même jour, avec des food trucks, qu’il y a autre chose un peu plus loin… je n’ai pas eu le temps de rentrer en contact avec eux, mais je suis prêt à parier que tout ça est dû au fait que nous n’ayons pas eu le temps de communiquer. Ils n’ont pas fait exprès d’organiser ça le même jour que nous, ils ne le savaient tout simplement pas ! Avant que ça ne commence, j’étais persuadé que ça allait être la merde. Les gens qui gueulent parce que c’est payant… 8€, quoi ! Comment c’est possible d’avoir ce genre de mentalité aujourd’hui ? Mais quand tu y réfléchis, ça a été gratuit pendant 11 ans, la musique, c’est gratuit – tu as un abonnement à 4€ et tu as tout à portée de main…

Aujourd’hui, on le voit : les groupes, c’est la scène et le merchandising qui les font vivre. Le guitariste de Black Stone Cherry disait il y a peu que la scène, c’est la seule chose que le public ne peut pas pirater ! Tu veux voir un groupe en vrai, tu dois y aller…

Je trouve ça bien. La scène, c’est l’endroit où doit être un musicien.

L’an dernier, il y a eu cette grosse découverte : Krashkarma. Ceux qui ne sont pas venus ou qui ont fait demi-tour peuvent le regretter…

Ah, oui ! Krashkarma, j’ai des nouvelles d’eux très régulièrement, ça faisait un moment que j’avais un œil sur eux. Qu’ils puissent faire cette musique à deux, c’est incroyable ! Je les ai découverts grâce au manager de Trafic Jam. C’est un malin, lui, il déniche des talents…

Ça veut dire que Trafic Jam c’est un groupe talentueux ?

(Rires) Je ne peux pas le dire ! Mais, bon… Mais chez Rock World, sa boite, il va y avoir des trucs intéressants. Jelusick, Krashkarma, tout ça, c’est lui ! Marco Mendoza aussi…

Là, on a toute l’histoire du Rock In Rebrech, dont l’an dernier avec la défection non seulement du public, mais également, le second jour, celle de 50% des food trucks…

Ouais, alors ça… Ils sont là pour faire du business, d’accord, mais ils ont signé un contrat. Tu l’honores, le contrat que tu signes. Je suis musicien, je signe un contrat avec une salle, qu’il y ait 10 ou 10.000 personnes, je joue. Il m’est aussi arrivé de jouer dans des endroits, de festivals ou autre, où il n’y avait pas assez de monde, et je n’ai pas été payé… Tu sais, il y avait un des food trucks, il était tenu par un gars qui venait du monde du cirque. Il me disait « je vous comprends. Parfois, on allait dans un village, on faisait 4.000 personnes, le lendemain, on s’installait ailleurs et il y avait 10 personnes. On donnait quand même notre spectacle. » C’est le jeu… Quand tu acceptes de faire partie d’un évènement, tu en fais partie s’il gagne, mais aussi s’il perd. C’est trop facile de dire « j’accepte d’en faire partie s’ils gagnent » ! On est tous embarqués dans la même aventure. Là, ce qu’il s’est passé, c’était très, très limite. Les food trucks, c’est fini ! Il n’y en aura plus un seul sur le festival. On va faire comme avant : du bénévolat, on va mettre les friteuses, les barbecues, et c’est reparti ! Ce n’est même pas la peine de penser à un food truck ! Non… Le V and B, oui, c’est notre partenaire historique et je les remercie, ils sont incroyables. Le patron des enseignes de Chécy, Ingré et Olivet, Richard Facen, est devenu un ami depuis. V and B est une chaine qui a été lancée dans les années 2000. Leur concept, c’est de vendre de l’alcool, vin et bière, et ils font un peu pub, lieu de détente « afterwork ». Tu peux aller boire un pot jusqu’à 20h, après ils ferment.

Dans un premier temps, lors de la soirée soutien au Rock in Rebrech, tu as annoncé les trois groupes du 25 mai : La Jarry, une formation locale, les Princesses Leya, un groupe humoristique – très sérieux en même temps parce que pour atteindre ce niveau d’humour, il faut y aller – et les Toulousains de Sidilarsen (qui viennent d’annoncer la sortie le 19 avril de leur huitième album Que la lumière soit). Tu as par la suite annoncé que le festival continuerait le 26 mai. Les deux jours seront en extérieur ?

Oui, tout se passera dehors. En fait, ça va ressembler exactement à ce que tu as vu l’année dernière…

Avec plus de monde…

Ben, oui. J’espère bien ! Le samedi, ce sera la journée des « spécialistes », ou des « pros » avec les groupes que tu as cités. Le lendemain, je suis en train de monter la programmation, on va proposer une « scène découvertes » avec des groupes locaux, des gens du coin qui veulent monter sur scène. Je ne peux pas le faire le samedi, j’ai vu comment ça se passe : tout le temps, les gens arrivent vers 18 heures, 19 heures. Faire venir des groupes à 16 heures pour les balances – la tête d’affiche sait sa balance avant les premiers groupes – c’est toute une organisation. Alors faire venir la tête d’affiche le matin pour la mise en place et pour que des groupes locaux jouent devant peu de monde, ça n’a pas de sens. Du coup, on fait le samedi avec les « têtes d’affiche », on va proposer une solution de camping avec vestiaires, douches, des gites… tout ce qu’il faut. Le lendemain, dimanche, ce sera un esprit scène ouverte avec entrée gratuite.

Donc le 25 sera payant. Tu as une idée des tarifs ?

Les préventes sont à 18 euros, ce sera plus cher – environ 20 euros – sur place le samedi (les préventes sont disponibles sur le site du festival: Rock In Rebrech 13 ou avec le lien Helloasso). On fait plus cher, oui. Cependant, j’ai regardé tous les festivals qui accueillent Sidilarsen cette année, le moins cher est à 17 euros. Partout où ils vont, c’est ce tarif. Et puis, j’écoutais il y a quelques jour un économiste qui disait – ça a résonné en moi – « ce qui est gratuit n’a pas de valeur ». Ce qui signifie que, aux yeux des gens, comme c’est gratuit, ce n’est pas respectable. Mais si tu payes, tu y donnes de la valeur… (NdMp: signalons également que l’achat d’un billet en prévente donne également droit à une boisson gratuite)

Tu ne veux pas faire la bière gratuite ?

(Rires) Ça, il faut voir avec Richard !

On est donc bien sur 2 journées, la première payante, avec pour objectif d’amortir, et la seconde, gratuite.

Exactement. Le dimanche, on laisse à disposition les barbecues, les gens pourront même faire leurs propres grillades. En revanche, la buvette reste payante.

Puisque tu parles de restauration : aujourd’hui, nous sommes dans une époque très écoresponsable. Vous allez fonctionner avec le système ecocup, des couverts et emballages recyclables ou bio dégradables ?

Alors, les couverts, je reconnais que je n’y ai pas encore pensé mais on va tendre vers le plus propre possible. Depuis quelques années, chaque année, on voit les choses évoluer. Au début, on ramassait des déchets de tous types, maintenant, le rangement se fait en une journée. Le soir, c’est nickel. Les écocup, ça a vraiment changé beaucoup de choses. Pousser plus loin, maintenant, c’est logique.

Parlons maintenant de la campagne de communication. Autant l’an dernier, vous avez pris une douche froide, là, elle a déjà commencé. Il y a des flyers et des affiches qui circulent. Quid des affichages, annonces presses, médias ?

Déjà il va y avoir une annonce dans Rock Hard, dans quelques jours on va au Hellfest corner à Paris pour essayer de monter avec eux un partenariat. Je voudrais pouvoir faire un « event » avec des places à gagner. On a aussi fait faire un logo qui représente Baphomet… Il va y avoir une campagne d’affichage, j’ai été interviewé sur France Bleu, et on passe par la Fédération des musiques métalliques qui existe depuis 2 ans. Pascal Guegue travaille avec des institutionnels, l’Adami, la Sacem… Il cherche à promouvoir le metal en France, c’est un peu le pèlerin du metal, il va partout… Maintenant, je crois que j’ai fait le tour… On s’est pris un râteau l’an dernier, ça ne nous empêche pas d’aller de l’avant. On a pu récupérer un peu avec la soirée de soutien mais on continue. Et on a une super affiche.

Je vais découvrir live les deux premiers groupes, cependant, Sidilarsen, je les ai vus à plusieurs reprises, et à chaque fois, c’est une claque. On passe un super moment. Leur musique est aussi metal qu’électro, et ça dépote ! En même temps, on revient à une affiche 100% française, ce qui doit, j’imagine générer des coûts un peu moins importants…

J’aime beaucoup leur côté crossover. Maintenant, pour les coûts, oui, même si, au début, j’ai contacté Rage tour et quand ils m’ont annoncé les tarifs de Mass Hysteria, j’ai dit non, ce n’est pas pour nous. Ils m’ont dit qu’ils avaient aussi Sidilarsen, qui fête ses 20 ans et sort un nouvel album. Ouh… là, oui, ça m’intéresse ! Je leur ai proposé de prendre deux groupes, « est-ce que vous me faites un prix ? »… Bref, les négociations mercantiles ! Donc, on aura aussi Princesses Leya, un groupe humoristique moins « crado » qu’Ultra Vomit. Moins caricatural… J’aime pas qu’on se moque de mes jouets en plus… C’est comme quand, pour résumer le Hellfest, tous les ans, Quotidien qui ne montre que des culs… C’est pas ça le Hellfest, c’est du spectacle, de la musique, une ambiance ! Si tu n’as vu que ça… Fais ton boulot de journaliste quoi !

As-tu quelque chose à rajouter concernant le Rock In Rebrech ?

Je crois que nous avons fait le tour, il y a déjà beaucoup de choses. Merci beaucoup !

Pour obtenir vos billets: Rock In Rebrech 13 ou avec le lien Helloasso

PRINCESSES LEYA: Big bang therapy

France, Rock (At(h)ome, 2023)

Deux ans après L’histoire sans fond, les Princesses Leya reviennent avec Big Bang therapy. Reprenant le principe de son délirant précédent album, le quatuor nous délivre un mélange de morceaux variés et de sketches théâtralisés. Cette fois, les Princesses doivent sauver l’humanité… C’est la mission qui leur est confiée par une entité extra-terrestre. Pour ce faire, on croise, au gré des titres, un Kangourou garou un peu dealer, un Spider cochon qui n’a rien demandé, des Simpson revisités, on parle de l’ignorance (Analfabet), de la solitude du métrosexuel (Baise tout seul), l’arrogance des complotistes de tous horizons… Des textes toujours drôles et travaillés au couteau (cette définition des marginaux!) sur fond musical varié. Car, oui, les 4 sont de redoutables instrumentistes et le démontrent avec des chansons qui puisent naturellement dans le metal sous de nombreuses formes mais explorent également la musique latino popularisée par manu Chao (Sèvres-Babylone), la musique de clubs de vacances (Jojoba), le disco (Vasectomie), le punk indé français des années 80/90 (Complotriste)… Si on peu trouver un moment un peu moins enlevé à mi parcours, l’ensemble reste plus que bien fait, entrainant et, surtout, fait s’afficher un large sourire sur le visage de l’auditeur. Et derrière ce sourire, quand on se penche sur les thématiques abordées, il est clair que les Princesses Leya on un message très sociétal, voire engagé, à faire passer. Un vrai bon moment de détente qu’on espère bientôt retrouver sur les routes!

PRINCESSES LEYA: L’histoire sans fond

France, Metal parodique théâtral (Gambettes productions, 2021)

Le metal parodique, on connait de mieux en mieux. Pourquoi la musique devrait-elle toujours être sérieuse? Évoquer ce style en France, aujourd’hui, implique de citer inévitablement les Nantais de Ultra Vomit, mais voilà… La concurrence arrive en ce quatuor que sont les Princesses Leya. Ceux qui les ont vus sur scène le savent: sérieux de tous niveaux, passez votre chemin. Avec L’histoire sans fond, le groupe vise à le toucher, le fond… En mélangeant sketches au ridicule sublimé et chansons punki thrashisantes, en alignant conneries et jeux de mots improbables pendant 1h15, les « Princesses Leyettes » (c’est pas de moi, c’est d’eux) nous entraînent dans leur univers sans queue ni tête (bien qu’on parle beaucoup de cul quand même). La machine à claques fonctionne parfaitement bien, et on se marre de bout en bout. Musicalement, comme pour les autres rigolos mentionnés plus haut, la bande est irréprochable: ça joue et ça balance la purée genre méchant. Vous l’aurez compris: une bonne tranche de poilade et de rock brut vous attends ici. Tout est pensé pour faire comme si rien n’était pensé, comme si une bande de rigolos avait simplement décidé de mettre l’enregistreur en route et « on voit ce qui en sort ». Et ça marche. Incontournable pour tout amateur d’humour potache à prendre au 36ème degré.