SAXON: le making of de Wheels of steel

En 2025, Saxon devait célébrer en grandes pompes le 45ème anniversaire de la sortie de son second album paru en 1980, l’incontournable pierre angulaire du heavy metal britannique Wheels of steel. Seulement, voilà: les plans ont été quelque peu contrariés. Biff Byford, le chanteur historique et dernier membre fondateur du groupe, a dû subir en urgence un traitement afin de lutter contre un cancer, désormais, semble-t-il, soigné. Les dates annulées ont été reportées, et Saxon conserve son programme dont ses trois dates françaises du Castles and Eagles tour, avec Sortilège en première partie et Overdrivers plus récemment ajouté. Nous retrouverons donc Biff et sa bande à Nantes, Toulouse et Paris les 15, 16 et 17 mai 2026 pour des concerts qui s’annoncent d’ores et déjà historiques (retrouvez ici l’article consacré à Saxon et le Zénith de Paris, paru en 2025 et mis à jour).

Mais… Saxon promettant de jouer l’intégralité de son mythique album, Metal-Eyes vous propose de revenir sur la naissance de Wheels of steel et de ses hymnes intemporels.

Effectuons cependant un rapide retour en arrière, à la fin des années 70. C’est après avoir assisté à un de leurs concerts que Pete Hinton, qui travaille alors pour le prestigieux label EMI (The Beatles, The Animals, Queen, Deep Purple, David Bowie, Kate Bush pour ne citer que quelques noms d’alors du label auxquels se sont joint, dans les années 80, Iron Maiden, Red Hot Chili Peppers, Whitesnake…), approche Son Of A Bitch promettant de reprendre contact avec eux. Seulement, comme le rappelle Biff Byford dans son auto biographie, silence radio. « Apparemment, lui et Freddie Cannon, également d’EMI, avaient été recrutés pour diriger la section anglaise de ce qui semblait alors un obscur label français, Carrère (…) Ils nous ont fait une offre : une avance de 30.000 £ pour deux albums avec une option pour d’autres. On s’est dit : « pourquoi pas ». Pete Hinton venait de chez EMI, et, à vrai dire, nous étions un peu déçus (…) de nous retrouver sur ce label que nous ne connaissions même pas ». Chacun des musiciens reçoit également 40 £ pour aller acheter des fringues correctes…

C’est également Pete Hinton qui suggère au groupe, insiste même, de trouver un autre patronyme, pensant que Son Of A Bitch ne passera jamais sur les ondes. Ainsi naquit Saxon (originellement « Anglo Saxon », mais, nouvelle suggestion de Hinton, réduit au simple patronyme actuel), alors composé de Biff au chant, Paul Quinn et Graham Oliver aux guitares, Steve Dawson à la basse et Pete Gill à la batterie.

Produit par John Verity, le premier album auto nommé parait le 21 mai 1979 chez Carrère. Concis – l’album ne dure qu’à peine une demi-heure – Saxon propose une diversité de titres qui peut ressembler à un patchwork mêlant heavy rock et progressif. Si l’identité du groupe n’est pas encore clairement définie, quand bien même on trouve des traces de ce qui va faire sa réputation, l’album se vend tout de même à quelques 15.000 exemplaires au Royaume-Uni, un score pour le moins encourageant.

Avant la sortie de son premier album, Saxon se lance dans une tournée anglaise qui débute le 7 février 79 à Bradford pour se terminer le 19 décembre de cette même année au célèbre Hammersmith de Londres. Ce ne sont en réalité que 37 dates – on ne peut parler de tournée que sur la dernière partie, période pendant laquelle le groupe commence à jouer ses nouveaux titres, dont Wheels of steel qui, selon le site Setlist.fm, aurait été joué en public pour la première fois le 13 octobre 1979 à Manchester pour intégrer plus que régulièrement les setlists de Saxon par la suite, aujourd’hui encore.

L’année 1980 commence avec la participation du groupe au Friday Rock Show, émission incontournable de la BBC. L’enregistrement a lieu le 23 janvier 1980 et sera diffusée le 15 février (l’émission figure entre autres sur la réédition de 2009 du premier album publié par… EMI, ainsi que sur la version booklet de 2018 de BMG). Saxon se produit également le 2 février au Electric Ballroom de Londres où le groupe, tête d’affiche, est accompagné par AngelWitch et Sledgehammer avant d’investir pour le reste du mois le Ramport Studio situé au sud de Londres. Initialement initialement conçu en 1973 par The Who qui envisageaient d’y mettre en boite l’incontournable Quadrophenia, le lieu accueille un bon nombre de vedettes de l’époque dont, parmi bien d’autres, Supertramp qui y enregistre Crime of the century en 1974. Thin Lizzy puis Judas Priest s’y installent respectivement pour Johnny the fox (1976) et Sin after sin (1977).

Pete Hinton propose de produire ce second album, dernière livraison contractuelle pour Carrère, rappelons-le… Cependant, c’est sans pression que les Anglais entament cette nouvelle période qui va s’avérer décisive dans la carrière du combo. Le budget alloué n’étant pas extensible, les sessions se passent vite, la post production, mixage et mastering également.

A peine sortis des studios, Biff, Paul, Graham, Steve et Pete lancent, le 21 avril au City Hall de Newcastle, le Wheels of steel tour qui se terminera le 23 décembre au Hull City Hall de Kingston upon Hull. Une longue tournée dont les dates se multiplient dès la parution de l’album.

La sortie de Wheels of steel est prévue pour le 5 mai 1980, une sortie qui aurait pu être mise à mal tant la concurrence est dense : le premier album de Def Leppard, On through the night, est arrivé le 14 mars et a trouvé son chemin en 15ème place des charts. Iron Maiden publie son premier album le 14 avril et rate le podium de peu (n°4). Les anciens sont aussi de la partie, dont Black Sabbath (Heaven and hell, le 25 avril) et Whitesnake (Ready n willing, le 3 mai).

A peine deux jours après, le public découvre donc Wheels of steel. Le guerrier du premier album a cédé sa place à un aigle métallique juché sur une roue de moto. Le logo devenu mythique du groupe est la seule marque rouge de cet album. Au verso, cinq mecs assis, voire tranquillement affalés sur un canapé, tous revêtant l’incontournable Perfecto. Pas de frime, un look de prolo rockers. Et l’on va rapidement découvrir le même esprit dans la musique, brute et directe, et les textes des chansons qui parlent simplement de la vie – les excès en moins.

Le morceau titre fait l’objet d’un premier single (avec, en face B, Stand up and be counted). Si le morceau est apprécié des radios, c’est l’album dans son entièreté qui donne des claques.

Une radio qui ressemble à celle de la police de la route (dont Saxon reparlera sous peu) en bruit de fond, des motos qui déboulent et s’éloignent en trombe introduisent Motorcycle man. Dès ce titre introductif, Saxon déclare son amour pour les belles mécaniques et les grosses cylindrées. Le morceau est à la fois fougueux et aérien, doté de guitares sans fioritures, d’un chant puissant et mélodique et d’une rythmique entrainante et de paroles simples et populaires, des paroles qui, en gros, disent « si tu me vois rouler, ne tentes pas de m’arrêter, le suis un motard ». Un clin d’œil à peine masqué à un certain Easy rider et son hymne intemporel Born to be wild (Steppenwolf), et aux motards en général.

Tout au long de l’album, Saxon se montre ambitieux en variant les plaisirs et les tempi. Exit donc les envies progressives, place au rock heavy, speedé et mélodique. Et toujours populaire. Stand up and be counted s’adresse ainsi, sur un rythme imparable, au public qui ne peut que lever le poing et secouer les cheveux.

Objet du second single (qui paraitra à la fin du mois de juin de cette même année), 747 (strangers in the night) mêle brillamment lourdeur, celle d’un avion de ligne et un refrain à faire chanter le public. Biff explique que ce titre ne raconte pas que l’histoire d’un avion perdu en vol (un numéro et un routing complètement imaginaires, d’ailleurs) mais qu’il évoque aussi une panne d’électricité générale qui a plongé New York dans les ténèbres, panne qui a forcé des avions à devoir être déroutés vers d’autres destinations. Il s’agit aussi du premier de nombreux autres titres traitant d’avions, moyen de transport que, comme il me l’expliquait en 2018 (http://metal-eyes.com/interview-saxon), Biff n’apprécie pas, qu’il subit plus qu’autre chose.

Puis arrive le morceau titre qui en un clin d’œil se transforme en hymne intemporel. Wheels of steel, on le sait moins, a pour origine une vielle voiture que possédait Biff. Il explique même que ce titre devait être la base de ce qui allait devenir plus tard Princess of the night. Avec son mid tempo lourd, son refrain sec que chacun continue aujourd’hui encore de chanter en concerts, son ambiance générale, Wheels of steel a tout pour mériter son statut intemporel.

Rien que pour cette première face où rien n’est à jeter, Saxon entre dans la légende. La face B, quant à elle, débute avec le furieux Freeway mad, encore un morceau dédié à la route. Un titre rapide et claquant aux guitares enragées et aux rythmes épileptiques. Un morceau expéditif qui est d’ailleurs le plus court de l’album (2’41 !)

Avec trois titres traitant de bécanes et moteurs, on pourrait penser que Saxon cherchait alors à s’adresser à un public précis.  Mais comme le rappelle aussi Steve Dawson, Biff et lui possédaient chacun une moto, ce qui les a « inspirés pour des chansons comme Stallions of the highway ou Motorcycle man (…) Mais le lien avec le monde des motards ne vient pas de nous. Les bikers, Hell’s Angels et autres motards se sont emparés du titre et en ont fait des hymnes ». Il note également que s’ils ne faisaient pas partie du même monde, les bikers les ont toujours traités avec respect. Pas étonnant, Saxon ayant toujours été respectueux d’autrui également.

See the light shining, appuie un peu sur le frein. Le morceau, direct et rapide, ne voit sa détermination calmée que par le break plus lent mais tout aussi déterminé qui évoque la lumière du titre. Sans doute celle des étoiles qui commencent à briller dans les yeux des musiciens, celle, aussi, qui éclaire la scène. Si le morceau peut parfois ressembler à un assemblage de différentes idées, comme c’est d’ailleurs très souvent le cas, le résultat est mémorable et rentre lui aussi dans la tête.

Prolo jusqu’au bout, rock band uni, Street fighting gang évoque les souvenirs d’enfance de Biff, gamin qui n’avait cure de l’école et préférait passer la nuit dehors. Là encore, la production sèche et claquante colle à l’esprit de la chanson.

Vient ensuite le moment « émotion ». Suzie hold on, titre le plus soft de l’ensemble, relate l’histoire d’une amie du groupe (prénommée… Suzie) atteinte d’un cancer. Au travers de ses textes, Biff encourage son amie à se battre, à faire ce qu’elle croit être juste pour s’en sortir. Suzie hold on sera choisi comme troisième single, et paraitra sous ce format, accompagné en face B de Judgement day (live), en septembre 1980.

Après le calme, la tempête. Vraisemblablement inspiré par leurs amis de Motörhead et la double de Phil Taylor, Saxon appuie à fond sur l’accélérateur avec Machine gun qui canarde et défonce tout sur son passage. Une conclusion explosive qui m’a toujours laissé sur ma faim.

Wheels of steel ne serait peut-être pas ce qu’il est devenu sans la production de Pete Hinton. Les musiciens se souviennent de lui comme étant quelqu’un proposant des idées. Les moyens de l’époque ne permettaient certes pas d’avoir un son gras comme aujourd’hui, mais le résultat est là : 9 morceaux au son organique, brut de décoffrage, franc du collier, qui n’ont rien à cacher et se veulent simplement directs et directement efficace. Wheels of steel est le résultat d’un groupe qui ne cherche pas à frimer, un groupe droit dans ses bottes qui, sans le savoir encore, vient de signer un chef d’œuvre qui, naturellement, grimpe dans les charts et trouve une jolie 5ème place dans les charts anglais.

Si quatre de ces morceaux font encore régulièrement partie des setlists du groupe – ne cherchez pas, c’est toute la face A dont on parle – on attend avec impatience de pouvoir réentendre l’album entier joué live. Le temps n’a pas de prise sur un tel disque. Carrère a eu le nez creux, et, comme Biff l’expliquait, à l’époque, les maisons de disques misaient beaucoup sur le single et « si tu vendais 500.000 singles, alors tu vendais autant d’albums ». Wheels of steel ne s’est pas autant vendu mais a tout de même atteint la certification Or au Royaume-Uni, soit 100.000 exemplaires ayant trouvé preneur. L’histoire a fait le reste, au travers, entre autres, de nombreuses rééditions.

Parmi celles-ci, la naissance du CD a naturellement fait l’objet d’une première livraison via EMI/Parlophone (chez qui Saxon a finalement trouvé refuge au milieu des années 80, pas forcément pour son plus grand bien, d’ailleurs, mais c’est une autre histoire et un autre débat). Rien de plus que l’album vinyle, la pochette étant simplement plus foncée que l’originale. On se penchera cependant d’avantage sur les autres livraisons dont celle qu’EMI propose en 2009 (avec 8 morceaux supplémentaires : 2 démos de 1980 (Suzie hold on, Wheels of steel) et la version live de Stallions of the highway ainsi que 5 titres de la prestation désormais entrée dans l’histoire que le groupe a donnée aux Monsters of rock en 1980. L’album est complété d’un livret de 8 pages dont de longs explicatifs signés Jerry Erwing du magazine Metal Hammer et d’un patchwork de diverses affiches de concert et pochettes des 45t. On retrouve ces mêmes titres sur la version « booklet » éditée en 2018 par BMG dotée, comme les autres albums de Saxon ayant fait l’objet de ce même format, de 26 pages richement illustrées ainsi que des textes des chansons. Ce même label a également proposé cette même année une réédition en version double vinyle (d’autres albums en ont également été l’objet) ainsi qu’une édition limitée célébrant le 45ème anniversaire de la bête (uniquement pour le record store day de 2025) avec un double vinyle bleu et rouge, dont un propose les 9 titres joués lors des Monsters of rock de 1980. Bref, Wheels of steel est un album légendaire qui n’a pas fini de séduire jeunes et moins jeunes amateurs de décibels !

Rendez-vous maintenant, rendons-nous même!, dans ces Zénith qui accueillent Saxon (avec Sortilège et Overdrivers) dont celui de Paris qui a fait l’objet l’an dernier d’un article dédié par votre webzine, à retrouver avec ce lien: Saxon au Zénith de Paris

Sources : Never surrender (or nearly good looking), Biff Byford and John Tucker, Iron pages books, 2007, Wheels of steel : The explosive early years of the NWOBHM, Martin Popoff, Wymer publishing, 2019, NWOBHM encyclopedia fifth edition, Malc Macmillan, Iron pages books, 2020, ainsi que diverses éditions de l’album, setlist.fm, saxon747.com et autres sites internet, entretien avec Biff au Bataclan (2011).

DISCOZERO: It was capitalism all along

France, Rock (Autoproduction, 2026)

Nouveau venu sur la scène rock énervé, Discozero s’est formé en 2023 autour du chanteur Matthieu Miègeville, du guitariste Nicolas Foucaud, de la bassiste Katia Jacob et du batteur Zacharie Mizzi. Avec son premier album, It was capitalism all along, le quatuor nous propose un rock faisant fi des codes et des convenances. Au delà d’un chant anglais une nouvelle fois difficilement compréhensible, on sent que Discozero veut imposer au public une sorte d’irrévérence punk, un doigt envoyé à la face de cette industrie à recettes prédéfinies. Aussi dansants que remuants, les 8 morceaux de ce premier album font preuve de rage sinon de maturité, comme si les quatre refusaient de quitter leur enfance. J’ai parfois l’impression aussi qu’ils hésitent parfois, n’osent pas assez souvent, à lâcher la bride et laisser plus de place à une forme de folie enragée qui donnerait plus d’ampleur et d’énergie aux chansons. Un premier pas sympa mais qui ne me marque pas plus que ça. Dommage

NO TERROR IN THE BANG: Existence

France, Metalcore (Klonosphere, 2026)

No Terror In The Bang, c’est un patronyme adapté d’une réplique de Sir Alfred Hitchckok qui affirmait qu' »il n’y a pas de terreur, seulement son anticipation » sous entendant que c’est chacun qui créé ses peurs et ses angoisses. Le groupe français du même nom a bien compris le principe et dès le premier grognement de Moon pourrait laisser penser que Sofia Bortoluzzi, la chanteuse, va dégueuler sa haine tout au long des 5 titres de cet Ep. Mais, non, il n’en est rien, quand bien même la vocaliste semble très inspirée par des Alicia White-Gulz (désormais ex-Arch Enemy) ou, plus encore sans doute, Tatiana Shmayluk (Jinjer). Le metalcore proposé par le groupe (également composé des guitaristes Etienne Cochin et Clément Bernard, du bassiste Brice Bouchard et du batteur/clavieriste Alexis Damien) navigue entre ombre et lumière, tendresse et virulence tout au long des 5 morceau de cet Ep vivant simplement nommé Existence. Un clin d’œil au monde actuel sans aucun doute. Efficace de bout en bout grâce à des morceaux courts et directs (de 3’16 à 4’31), Existence se veut tout simplement explosif, vindicatif et sans compromis. De ce point de vue, c’est réussi!

KORBO: Amnésiste

France, Metal progressif (Autoproduction, 2026)

Second album des progueux parisiens de Korbo, Amnésiste se veut une œuvre ambitieuse. très ambitieuse même. Avec ses 5 titres pour une durée totale de quelques 42′, on sait qu’on est dans l’univers du metal progressif avec tout ce que cela peut comporter. Composé de Aaron Djélà (chant et guitare), Léa Périgois (guitare), Tim Ansuz (basse) et Gabriel Jaboulay (batterie), le quatuor explore des univers aussi variés, denses et musicalement riches que torturés et sombres. pas étonnant quand on comprend que le thème de l’album traite de la maladie d’Alzheimer. Démarrant de manière assez soft avec une sorte de crissement mélancolique, Néant monte en puissance avant d’alterner avec des temps plus calmes allant même visiter la guitare hispano. Certaines intonations vocales m’évoque le NFL d’Anthrax tandis que les guitares, lorsqu’elles reprennent de l’ampleur me rappellent Maiden ou Metallica. Seulement voilà: si musicalement Korbo se veut irréprochable, ses compositions à tiroirs, faisant souvent le grand écart entre rage et calme plat, s’adressent avant tout, comme très souvent dans ce genre musical, plus à des musiciens ou musicologues qu’à de simples amateurs – dont je fais partie – qui vibrent plus avec des morceaux concis et directs. La palette musicale est ici si variée qu’il faut de nombreuses écoutes pour entrer dans ces univers torturés. Ensuite, le chant d’Aaron, s’il colle sans doute au thème, m’est difficilement supportable. Plaintif, souffrant, pas toujours clair – je n’ai réalisé qu’au second titre, Sans maintenant, le plus court, aussi (4’23), qu’il chantait en français! – il manque de rondeur et de puissance, cherchant parfois des effets « artistiques » auxquels je ne suis pas sensible (la répétition de « Si je ne sais pas alors j’inventerai » sur le morceau titre, par exemple). Enfin, la production assez étouffée ne parvient pas à vraiment apporter à chaque titre l’ampleur et la générosité voulue par le metal progressif. Les amateurs du genre y trouveront certainement de la matière car il y en a tout au long de cet album riche, intense et calme à la fois, plein d’envie et de volonté. Mais, à de rares exceptions, je n’ai jamais été fan de metal progressif trop intellectualisé pour mes oreilles. Pas pour moi, je passe…

THE WOODEN PEARLS: Against the tide

France, Rock hard (M&O, 2026)

C’est frais, c’est rock, énergique et catchy. The Wooden Pearls est un trio palois qui déboule avec Against the tide, un premier album électrique et éclectique bourré de références chaleureuses qui font du bien. Si les premières mesures de Docile m’évoquent Niagara – une intonation vocale à la Muriel Moreno et une guitare qui rappelle celle de son complice Daniel Chevenez période Religion (1990)- TWP trouve rapidement sa personnalité en alternant les tempi et les ambiances. Ici direct, là plus aérien aux inspirations gothiques, le groupe ne se répète jamais offrant ainsi un album riche et varié. Alors oui, tout au long des Step away from the crowd, Brokenhearted, Détermine moi et autres Nothing left of me ou Surf report on retrouve des traces de Patti Smith, Stevie Nicks ou, parmi d’autres, Dolores O’Riordan. Musicalement, TWP se détache de ses influences (on peut évoquer Nada Surf ou PJ Harvey parmi les plus évidentes) et crée des univers sonores qui lui sont propres, avec des guitares incisives, des rythmiques entrainantes et un chant envoutant par sa variété. Surtout, voici enfin un groupe qui s’adresse à tous le publics, français et international, en faisant le choix plus que judicieux de chanter tant dans la langue de Molière que celle de Shakespeare. The Wooden Pearls ose et pourrait bien, grace à son audace et son talent, se frayer un chemein vers les espoirs à suivre de près – et plus encore. A découvrir d’urgence!

BLOODSTAINED HALO: What remains of me

Finlande, Hardcore/Metalcore (Ep, M&O, 2026)

Venu tout droit de Finlande, le quatuor Bloodstained Halo s’est formé en 2025 à l’issue d’une discussion entre Lumi Eade, chanteur et guitariste, et le guitariste Toni Tiainen. La machine est véritablement lancée en juillet 2025 après le recrutement du bassiste Jarkko Hämäläinen et du batteur Tuomas Mikkonen. Le quatuor propose aujourd’hui What remains of me, une carte de visite de 5 morceaux aussi rageurs qu’explosifs. Les influences metalcore se mèlent allègrement à des intonations plus mélodiques et à un chant rugueux proche du hardcore américain. Certes, les rythmiques sont enlevées et puissantes mais le groupe se fait un point d’honneur à apporter un peu de douceur et des instants de respiration. Un nouveau venu qu’il va sans doute falloir suivre de près!

VECTOR: Brain collector

France, Thrash (M&O, 2026)

Amis amateurs de metal fin, distingué et racé, je vous invite à passer votre chemin. Ceux d’entre vous qui sont, au contraire, séduits par le thrash old school, brutal et direct, c’est une invitation à vous pencher sur le cas Vector que je vous envoie. Vector qui, au travers de Brain collector, nous propose 11 morceaux furieux et rageurs qui nous replongent aux origines du thrash, cette période où les Slayer, Exodus et autre Death Angel dominaient le genre. Vector ne cherche qu’une chose: démonter les cervicales, et ça marche tant ça bastonne à tout va! Alors, oui, on pourra « reprocher » le côté old-school, mais l’ensemble est ici si plein de conviction qu’on se laisse très facilement prendre au jeu. Le chant rugueux de Rémi Duval s’approche du death, les growls en moins, les guitares de Aurélien Pauchet et David Fasquel cisaillent et charcutent à qui mieux mieux, l’ensemble étant porté par une rythmique explosive bombardée par le bassiste Erwan Balotaud et le batteur Jean-François je ne sais comment (aucune mention dans le livret, dommage…). Un décrassage en règle des tympans, en somme!

SOCIAL PROPHECY: Tourments

France, Metalcore/metal alternatif (M&O, 2026)

Formé dans le sud de la France en 2022, Social Prophecy distille un metal alternatif aux relents metalcore avec quelques touches électro. Malgré un accent typique dans les parties de chant en anglais clair – qui disparait dès que ça gueule – le groupe alterne entre puissance et groove tout au long des 14 titres de Tourments, son premier album qui explore les tréfonds de nos âmes sombres et malades avec rage et détermination. Mais, malgré toute l’envie et le savoir faire, le groupe ne parvient pas à m’entrainer dans son univers, exception faite, sans doute, de No ending, temps calme et romantique à mi parcours qui monte en puissance et en energie. Rien de vraiment neuf qui m’interpelle, cependant. Bien fait, plein de volonté, certes, est-ce cependant suffisant pour se distinguer? Pas mon truc, en tout cas.

Séance de rattrapage: BEHIND BARS: As I wait for death

Belgique, Hardcore (Deathwake records/Ondergrond records, 2025)

Formé en 2015 au nord de la Belgique, Behind Bars se forge une telle réputation que le groupe se retrouve invité en 2018 par le Wacken Open Air, ce qui lui offre une visibilité jamais envisagée. Après un premier Ep, la formation décide d’enregistrer son premier album. Las… Free at last vit le jour en plein Covid et en subit les conséquences. En 2023, un nouveau chanteur intègre BB, Ian « Husky Kuyskens qui apporte une rage nouvelle au son de la formation qui nous propose fin 2025 As I wait for death. Les 5 titres de cet Ep sont tous aussi enragés qu’enjoués et entrainants. Si l’ensemble tabasse sévère, la rage vocale de Husky, les riffs de Steven Vandermosten et les rythmiques puissantes du bassiste Andy Philips et du batteur Bjorn Van Olmen ne peuvent laisser l’amateur de puissance indifférents. On tape du pied dès l’attaque rageuse de P.A.I.N. en levant le poing et en pogotant jusqu’aux derniers « oh, ohoh! » de Anthem. Cinq titres dont aucun ne se répète qui donnent une telle pêche qu’on en voudrait encore plus. Cinq titres hardcore aussi brutaux que joyeux et bigrement efficaces. Behind Bars est un groupe à découvrir d’urgence. Au fait, on traduit comment le nom du groupe ? « Derrière les barreaux » ou « Derrière les bars »? Au pays de la bière, j’opterai bien pour la seconde version, mais vu le style du groupe, la première me semble plus juste…

EPINIKION: The force of nature

Pays-Bas, Metal symphonique (Autoproduction, 2026)

Le metal symphonique a, semble-t-il, encore de beaux jours devant lui. Alors qu’un certain souhait nocturne s’est mis en pause pour une durée indéterminée, les prétendants au trône se font connaitre. Epinikion est de ceux-là et propose, avec son second album, The force of nature, une oeuvre aboutie et ambitieuse. Formé aux Pays-Bas par Renate de Boer (claviers) et Robert Tangeman (guitare), deux anciens athlètes en reconversion qui ambitionnaient, sans aucun cursus musical, d’écrire un album d’opera rock qui vit le jour sous le nom de Inquisition. Ils complètent leur line-up avec la chanteuse Kimberley Jongen, un second guitariste, Marten Junschläger, le bassiste Rutger Klijn et le batteur Michal Gis. « Le chant du vainqueur« , c’est la signification grecque du nom du groupe, réussi, avec The force of nature, à se démarquer des habituelles références du genre. La voix profonde de Kimberley est portée par les guitares déterminées et les ambiances aux rythmiques souvent envoutantes sont à la fois épiques et aventureuses. The sun, the moon and the stars qui introduit l’album ne reflète pas forcément ce qui suit. Au contraire, la douceur des paysages musicaux épiques cèdent la place à un fureur contrôlée qui vient donner ses couleurs au morceau titre, à Come into my world ou autre Don’t wake up the dead. Thought you were on my side apporte un peu de douceur dans ces univers déterminés. Avec The force of nature, Epinikion fait preuve d’une grande maturité tant musicale qu’esthétique – la mise en son, superbe production, ou le visuel – superbe pochette signée Giannis Nakos pour Remedy art design – et pourrait bien se frayer un chemin vers les sommets. Un groupe à découvrir sans hésiter.