DAMANTRA: Better off this way

France, Rock (Autoproduction, 2026)

Alors, eux, s’ils ne se sont pas plantés de lieu et d’époque… Formé à Toulouse, à la fin des années 2010, Damantra (Mélanie Lesage au chant, Virgile Jennevin à la guitare, Robin Fleutiaux à la basse et aux claviers et, arrivé en 2021, Rémi Fournier à la batterie) se teste et se cherche mais sait que sa musique sera roots et totalement ancrée dans les années hippies, au croisement des 60’s et des 70’s. Pas compliqué d’imaginer les sources d’inspiration du quatuor, tant vestimentairement (flower power à donf, un look à la Hendrix meets Joplin) que musicalement. Sans jamais trop en faire, Damantra, avec ce premier album Better off this way (le groupe avait préalablement publié 2 Ep – Jekyll & Hyde en 2020, Comet en 2023) se glisse dans le sillage des Rival Sons et autre Wolfmother. La voie éraillée de Mélanie, chaude et sensuelle (ne reste que l’anglais à perfectionner, svp!), les riffs simples et entrainants de Virgile, les rythmes dansants concoctés par Robin et Rémi, le tout enrobés de claviers à la Jon Lord (oui, il y a aussi une inspiration Deep Purple qu’on retrouve également dans certaines guitares) tapent dans le mille. Le groove dansant évoque par instant la fête d’un Blues Pills, le disco en moins (mais la boule à facettes bien présente!) Malgré toutes ces références, Damantra a sa propre personnalité, une forte et originale personnalité, qui nous entraine dans son sillage qui traverse des champs et des paysages bucoliques et reposants. Un remède anti-dépression à découvrir d’urgence. Peace, love and rock’n’roll !

LORDS OF SALEM: Supersonic vampire pussy

Allemagne, Heavy metal (Echozone, 2026)

Nouveau venu sur la scène du heavy opératique et théâtral, Lords Of Salem déboule avec un premier album dont le titre dit tout: Supersonic vampire pussy (qu’on peut simplement traduire par « chatte vampire supersonique »). Un programme donc basé sur le rock, le sexe et le fantastique, à l’image de l’illustration de ce premier album. Mais pour concrétiser ce premier effort, les Allemands de LOS ont dû faire preuve de pugnacité. Entre labels qui lâchent l’affaire, tensions internes et difficultés de production, ce disque pourrait paraitre maudit. Ou, au contraire, construire sa légende. Car dès The hills have eyes, Lords Of Salem nous met dans le bain (évidemment celui sanglant de la comtesse B…) avec un heavy rythmé et un chant profond, parfois narré, à d’autres moments plus rugueux. Les 9 titres de cet album lorgnent autant du côté du shock rock d’Alice Cooper que du power sacré des concitoyens de Powerwolf mais explore également le metal électro de Rob Zombie pour donner un résultat que le groupe nomme du « dead pop sex action ». L’ensemble se révèle rapidement plus qu’efficace, les mélodies rentrant facilement dans la tête. Si le show live est à la hauteur de l’ambition de Supersonic vampire pussy, le monde tient peut-être la relève du shock rock théâtral avec Lords Of Salem. A suivre de près!

YÜ: The calling

France, Punk (M&O, 2025)

, c’est un ovni comme on en entend et voit rarement. Prenez une sorte de geisha occidentale et une espèce de lapin blanc, donnez leur un esprit qui se situe quelque part entre nos Rita Mitsouko ou Bjork, ajoutez une touche de cette irrévérence grungy/punk et vous obtenez une folie sonore nommée The calling. Les huit titres de cet album sont aussi solides que fracassants. Exception faite de Try to run, sorte de temps (qui se veut) calme, l’ensemble de ce disque nous entraine dans une folie douce musicale et vocale. Noémie Alazar se tord les cordes vocales comme elle frappe ses fûts tandis que son compère Yoan Lavenne envoie ses riffs saturés et déstructurés en pleine face. Brut et organique, ce premier album sans concession va droit à l’essentiel sans jamais s’encombrer de fioritures. Un duo à certainement voir sur scène.

ELEMENT:Dreamer

Mexique, Hard progressif (M&O, 2026)

Ils sont sept. Autant de musiciens dans le groupe qu’il y a de lettres dans le nom de leur formation. Element arrive tout droit du Mexique avec un premier album très ambitieux, Dreamer. Composé de treize morceaux divisés en quatre parties, ce premier effort, à la production plus que soignée, nous entraine dans un univers sonore complexe et envoutant. Element est composé de musiciens aguerris et a une longue histoire derrière lui puisque le groupe fut fondé en… 2010 par le chanteur Ernesto Bojorquez. S’il est impossible de ne pas penser à Angra ou à Dream Theater, le groupe nous entraine dans des paysages musicaux qu’il sublime à chaque instant. Seulement, j’ai l’impression tout au long de l’écoute de vivre du déjà entendu. Qu’on ne se méprenne pas, c’est carré, très bien foutu (une seule ballade aurait cependant suffit), l’alternance entre puissance, mélodie et douceur est efficace, mais je ne parviens pas à embarquer dans ce navire pourtant lumineux. Tout pourtant ici frôle la perfection, sauf, sans doute, la durée du projet qui atteint les 68′. Ambitieux, certes, brillamment interprété, c’est incontestable, Dreamer s’adresse aux fans du genre qui y trouveront sans aucun doute possible tout ce qu’ils peuvent attendre du genre. Plusieurs écoutent s’avèrent nécessaire pour bien saisir l’ampleur du projet.

DIRTY RODEO: At least we try

France, Rock (En Soirée Je Danse Pas, 2026)

Libres et indépendants. Voici deux termes qui définissent l’état d’esprit de Polo (chant/guitare) et son frangin Alex (chant/batterie) qui publient At least we try, le nouvel album de Dirty Rodeo. Originaire de Limoges, le duo sévit depuis une dizaine d’années et nous délivre un rock qui navigue entre rock alternatif, pop, punk US et hardcore. Les neuf chansons du nouvel album ne dérogent pas à la règle, alternant entre titres bruts et morceaux pop au refrain fédérateur. Si Dirty Rodeo ne réinvente en rien le genre, le duo se libère et se déchaine avec des riffs sans fioritures et efficaces. Empli d’énergie libératrice et de colère salvatrice, At least we try va droit au but avec un certain bonheur. On imagine volontiers que, sur scène, les deux ne puissent être autrement que simplement déchainés.

KOMODOR: Time & space

France, Rock énervé (Riptide, 2026)

Qu’il est bien nommé ce nouvel album des Bretons de Komodor! C’est un bond dans le temps auquel le quintette nous convie avec Time & space. Dès le riff introductif de Hard to deal, les guitares saturées et le son vintage, on replonge à la frontière des années 60 et 70, lorsque Led Zeppelin ou The Who explosent tout sur leur passage. Puis, tout au long des Soul tricker, Once upon a time, Burning land ou autres Raise your hands ou Madness, Komodor revisite les classiques de l’époque en s’inspirant ici de Blue Oÿster Cult, là de Kiss, incorporant des touches des Eagles, Pink Floyd, Alice Cooper, Hawkwind ou du glam rock de David Bowie ou T-Rex sans jamais perdre de vue sa propre personnalité musicale. Résolument vintage et volontairement oldie, Time & space est un album organique, dont la musique vient des tripes et l’ensemble (le chant anglais mis à part…) se révèle d’une rare efficacité. Le genre de musique qu’on aime écouter dans des clubs où chaque titre peut – doit – entrainer le public dans une transe d’un autre âge. La surprise de ce début d’année.

JJAX: Reason to hope

France, Heavy metal (Autproduction, 2026)

Si au départ JJAX est le projet solo de Julien Jacquemond, que les amateurs de metal hexagonal connaissent sans doute pour son travail passé avec Inner Visions, le projet est devenu groupe, le guitariste chanteur s’entourant d’autres fines gâchettes : Karim Attoumane, guitariste de Zuul FX, Brice Berrerd, bassiste de Les Discrets et Arnaud Gorbaty, ancien batteur de Alkemyst ou Further Dimension. La formation publie ses premiers essais via bandcamp en 2021 et propose aujourd’hui Reason to hope, une solide galette qui mélange oldie but goodie à des sonorités résolument modernes. Le résultat est à la fois étonnant et efficace. On a parfois l’impression que Jjax plonge dans un trip nostalgique en réexplorant les origines du thrash (de belles guitares sauvages à la Metallica/Slayer) ou à l’époque dorée de la NWOBHM, certains passages vocaux m’évoquant Diamond Head, ou encore les duels de guitares que ne renieraient pas des Maiden ou Priest. Certaines influences remontent même plus loin, au rock and roll des 60’s ou au hard rock naissant (The spirit résume bien cet état d’esprit, ainsi que les deux reprises, Carry on wayward son – ici renommé « Carry on, my wayword son – de Kansas et Riff raff d’AC/DC). Mais Jjax se veut aussi contemporain en proposant des moments plus rageurs et brutaux – dont quelques grognements bien sentis – et des refrains qu’on pourrait aisément siffloter. Jjax s’offre même le luxe de quelques participations extérieures, et non des moindres puisqu’on retrouve au gré des titres Ivan Keller (Jelusick), Madie (Faith In Agony, ex-Nightmare) et Swan et Jerem G (BlackRain), preuve que le groupe présente un réel intérêt. Huit titres originaux aux guitares aussi furieuses que mélodiques et deux reprises pour un album haut en couleurs. Sans doute pas une révolution mais un vrai bon moment à conseiller.

MAGOYOND: Zeppelin

France, Metal orchestral (Autoproduction, 2026)

Magoyond fait partie de ces formations à part. A chacune de ses publications, le groupe nous invite à un voyage entre terres horrifiques et SF oppressante (les bien nommés Kryptshow et Necropolis, tous deux parus aux alentours de halloween en 2019 et 2022, par exemple). Cette fois, avec un léger décallage, le Mago (Julien Escalas, chant et guitare) et ses fidèles compagnons (Victor Bruzzi, guitare, « Aspic » – Arnaud Condé – basse et Bruno Guerzoni, batterie) nous entrainent dans un voyage aux confins du temps qui peut évoquer à la fois les univers de Philippe Brussolo ou Michael Moorcock (auteurs de SF dont j’ai beaucoup aimé, respectivement, Le bricolo et la sage Le nomade du temps) et la lourdeur cameronesque de Terminator. Zeppelin, le nouvel album – en réalité un Ep de 6 titres et leurs version instrumentales – nous embarque à bord de ce navire mythique afin d’échapper au monde d’en bas. « Nous passerons par les airs » conclue la narration introductive qui ouvre les portes à ces admirables orchestrations. Si Magoyond est une entité de 4 musiciens, c’est un projet qui s’est toujours voulu beaucoup plus large, avec une ambition mesurée et calculée. Le groupe fait en effet de nouveau appel à un orchestre, une nouvelle fois dirigé par Aspic et le résultat est simplement remarquable. La voix grave et profonde du conteur Le Mago nous emporte dans des décors aussi sombres qu’empli de cet espoir fou de se sortir de cet univers malsain. Une nouvelle fois, Magoyond nous offre un album à la superbe mise en son et en scène. Vivement que ce groupe à part et hors norme trouve son public!

SEX SHOP MUSHROOMS: 131217

France, Grunge (Autoproduction, 2026)

C’est le 13 décembre 2017 que les Parisiens de Sex Shop Mushrooms ont vu le jour. Mais, non! C’est n’importe quoi ce que tu écris! Oui, d’accord, mais quand même… Que penser d’un tel intitulé d’album, 131217, franchement? Bon, ok… SSM a vu le jour en 2022 et a publié un premier album, God doesn’t exist, en 2024. Un album franc du collier, direct, intimement grunge version Nirvana. Revoici le quatuor qui déboule avec un second album – 131217 pour ceux qui ont zappé les premières lignes – plus brut encore. Tout aussi enragé que son prédécesseur, ce disque transpire autant la sincérité qu’une forme punkisante de je m’en foutisme. Le qu’en dira-t-on et la langue de bois, ce n’est pas le trip de ces énervés qui au travers de 11 chansons entrainent l’auditeur dans leurs délires. Impertinent dès le morceau d’ouverture – Help me I’m cumming (pour les non anglophones, ça se traduit simplement par « aide moi, je jouis ») – le groupe nous replonge à la naissance du grunge dans un esprit résolument punk et le fait avec brio (exception faite de… l’anglais, mais ils s’en foutent aussi!) 131217 est un album aussi efficace qu’il est intense et Sex Shop Mushrooms a tout pour faire pogoter son public en concerts. Et, comme les quatre l’écrivent si justement au verso du livret, « aucun groupe ne survit seul. Soutenez vos groupes locaux ». Ca commence par cet album, déclaration d’intention 100% rock n roll.

SEVEN EYED CROW: Emerge

France, Progressif (M&O, 2026)

Un peu plus de trois années se sont écoulées depuis Icarus, un Ep sorti en 2022. Les Bordelais progressifs de Seven Eyed Crow auront pris le temps nécessaire pour concocter son second album (Organized chaos est sorti en 2018… Un groupe qui en effet prend son temps!), intitulé Emerge. Composé de 10 titres, cette nouvelle galette est aussi aérienne qu’elle peut proposer des passages d’une détermination à toute épreuve. Si comme pour toute formation dite « prog » il y a de nombreux passages complexes, Emerge propose également sont lot d’instants groovy et entrainants. Quelques incursions dans le metal rappé et rageur (Mind blowing signs) côtoient un esprit soul à la Sade (oui, oui, Until m’évoque Smooth orperator dans ses parties les plus calmes), voire le reggae. Les cavalcades et les syncopes instrumentales, ces instants qui rattachent Seven Eyed Crow au metal, sont nombreuses. Une belle réussite qui pourrait permettre au groupe – qui a étrangement décidé de remplacer son corbeau à sept yeux par sept… méduses – de franchir un cap supplémentaire.