IRON MAIDEN: 40 ans de Somewhere in time

Heavy metal, Angleterre (EMI, 1986)

Il y a quarante ans (le 29 septembre, en réalité, mais le retour en France, au Hellfest puis à l’Arena de Paris la Défense et enfin au Groupama Stadium de Lyon Décines les 19, 22 et 27 juin prochains, de la bande à Steve Harris mérite bien qu’on prenne un peu d’avance, non?), Iron Maiden publiait son sixième album studio. Somewhere in time fut en effet publié le 29 septembre 1986, les Anglais étant alors au sommet de leur gloire et nouveaux maitres du monde du heavy metal. En effet, à peine un an plus tôt, la vierge de fer avait clôt le cycle Powerslave avec son incontournable double album Live after death (paru le 14 octobre 1985), témoignage d’une gigantesque tournée mondiale. Deux albums sur lesquels figuraient déjà quelques clins d’œil malicieux qui se font légion avec cette sixième sortie.

Au delà d’un line-up désormais totalement stabilisé autour de Bruce Dickinson (chant), Steve Harris (basse), Dave Murray et Adrian Smith (guitares) et Nicko McBrain (batterie) et d’une équipe quasi inchangée (Rod Smallwood et Andy Taylor au management, Martin Birch à la production et bien d’autres notamment l’équipe technique – au hasard… Dave Lights – et le road crew), c’est tout l’univers maidennien qui fédère les fans. Car, au delà de la musique, l’œuvre de Derek Riggs, dessinateur officiel depuis le tout premier album, créateur de l’entité devenue mascotte intemporelle, Eddie, y est assurément pour beaucoup.

Si Eddie est depuis longtemps devenu une figure incontournable, membre à part entière du groupe, et si les fans ont toujours passé des heures à décortiquer les pochettes de chaque album longtemps après leur sortie, Riggs s’est, plus encore depuis Powerslave, amusé à intégrer de nombreux clins d’œil à ses illustrations (reprenez donc le temps de scruter les hiéroglyphes de la pyramide, chercher le Mickey ou les messages de présence d’anciens visiteurs…) La pochette de Somewhere in time en regorge, et, plutôt que de rédiger une nouvelle chronique d’un des incontournables classiques du genre, nous allons ici porter un regard attentif au recto et au verso de l’album pour dresser une liste (non exhaustive, les ajouts sont bienvenus) des références voulues tant par le groupe que par son dessinateur. Prêts? Alors, avant de commencer, va chercher ton (ou tes) exemplaire(s) de l’album pour suivre cette visite guidée! La version vinyle sera plus convenable, comme toujours, mais une loupe pour les CD fera tout autant l’affaire !

C’est bon? On est confortablement installé? Alors, c’est parti. Bien que cette œuvre de Derek Riggs soit une des ses plus riches créations (peut-être même LA plus riche) en termes de détails, commençons, si vous le voulez bien, par étudier le simple recto de cette pochette d’album. Qu’y trouvons nous?

Les détails et références sur le recto sont évidemment très nombreux. On y trouve, en vrac, naturellement, la signature de son auteur mais aussi:

La lune qui transperce les nuages, le premier Eddie, un lampadaire et un chat noir, identiques à ceux des deux premiers albums, la main du cyborg abattu qui évoque celle de la victime de Killers, les prostituées derrière leurs fenêtres vertes et rouges, la fameuse Acacia Avenue (dont on imagine volontiers, ou pas, se rendre au numéro 22), les flammes de l’enfer qui rappellent naturellement The number of the beast, l’œil oudjat – ou œil d’Horus – qui évoque l’album précédent, le mythique Powerslave. On admire également toutes les références à la SF dont les Bradbury Towers (Ray Bradbury est l’auteur incontournable des Chroniques martiennes et de Farenheit 451), les vaisseaux et autres références à des œuvres incontournables au premier rang desquelles on citera Blade runner, remarquable film de SF de 1982 signé Ridley Scott. Mais surtout, on se délecte de cette grande banderole à l’intérieur du magasin au message totalement ironique qui affirme que « cette peinture est vraiment ennuyeuse »! Sans oublier le petit coup de pub à un célèbre restaurant de pizzas…

Si le recto est déjà source de plaisir, que penser du verso? Allez, on retourne la pochette et on y va!

Là encore, on se délecte. Si le groupe évoque les clubs de ses débuts (le Ruskin Arms, le Marquee, un marteau qui pourrait évoquer le légendaire Hammersmith Odeon, le Rainbow – on peut cependant s’étonner de la présence de L’amour, une salle de Brooklin (New York) où Maiden ne jouera que deux ans plus tard… SF quand tu nous tient!) ou à la passion de son leader pour le foot et son équipe fétiche de West Ham (qui écrase ici Arsenal 7 buts à 3!), ses albums sont également passés en revue. Phantom of the opera (en silhouette et en indication de lieu), Flight of Icarus, Aces high, Rime of the ancient mariner, 2 minutes to midnight (eh oui, l’horloge indique bien 23h58), To tame a land, morceau qui évoque l’univers de Dune de Frank Herbert, lui aussi mentionné (« Herbert ails », référence évidente à l’épice indispensable de Dune), l’album Live after death, ici sujet d’une projection au cinéma, la Long Beach Arena de L.A. où le dit incontournable double live fut enregistré, les pyramides de l’Egypte antique de Powerslave, au nombre de trois, référence aux mythiques Kheops, Kephren et Mykerinos…

Le fan peut, même des années plus tard, continuer de passer des heures à scruter les innombrables détails de ce chef d’oeuvre de Derek Riggs. Une œuvre qui mérite d’être admirée dans sa totalité, en 60×30 cm, voire en plus grand format! Un monument visuel pour illustrer un monument du heavy metal, sans doute un des derniers grands classiques de la Vierge de fer. Iron Maiden et Derek Riggs au sommet de leurs créativités respectives!

KAEDERIC: Dazzling horses

France, Metal alternatif (Klonosphère, 2026)

Il y a un peu moins de deux ans, Kaederic nous proposait It comes from the inside (2024), un premier Ep de 4 titres introspectifs et variés. Le groupe revient aujourd’hui avec Dazzling horses, un nouvel Ep dont les quatre morceaux proposent une varité musicale alliant intensité et légèreté. Débutant sur les accents lourds et quelque peu stoner de Lie, Pearls of blood s’enfonce dans une forme de punk au riff si répétitifs qu’il en devient contagieux et presque hypnotique. Kaederic nous entraine ensuite sur des touches plus personnelles avec Brother avant de terminer sur le très aérien Horses. La voix de Cédric Boucher, également guitariste, parfois légère, à d’autres moments plus engagée, joue sur les émotions. Matthieu Orain l’accompagne à la six cordes, la rythmique étant assurée par le batteur Romain Bercé, l’ensemble rendu plus atmosphérique par les claviers de David Couturier. Introspectif, éthéré, énergique, ce nouvel Ep offre de belles promesses.

IRON MAIDEN: Burning ambition – le film

Avril 2025, une enveloppe. A l’intérieur, pour mon anniversaire, un message de mon fils me promettant de m’inviter au cinéma en mai pour aller voir ce film dont on parle désormais partout, Burning ambition, qui retrace le demi siècle de carrière du monument Iron Maiden, groupe que j’ai vu pour la première fois à Paris en ouverture de Kiss en 1980 et que, depuis qu’il est en âge d’assister à des concerts de ce genre, soit 2011 (pour le Final frontier tour), nous allons voir ensemble au moins une fois par tournée, exception faite de la première partie de Run for your lives en 2025. « Je ne sais pas s’il sera diffusé à Orléans mais, on ira à Paris s’il le faut! » précise-t-il. transmission familiale?

Jeudi 30 avril, je reçois un sms : « mercredi 13 mai, tu réserves ta soirée. Nous allons voir le documentaire sur Maiden« . Chance, Burning ambition sera projeté à Orléans et le rendez-vous à 20h est noté sur mon agenda. Dont acte. Le soir dit, direction le complexe ciné de Saran ou je m’attends à voir tout le gratin orléanais des fans de la Vierge de Fer. Mais finalement, non… La salle, ce soir, n’affiche pas complet. Il y a environ deux cents spectateurs – beaucoup plus cependant qu’à Orléans centre. La date choisie, mercredi 13 mai, joue-t-elle alors que les Français ont un nouveau week-end prolongé de quatre jours et que, dès 18h00, les médias annoncent plus de 1200 km d’embouteillages?

Réalisé par Malcolm Venville, ce documentaire retrace la carrière d’Iron Maiden depuis ses débuts en 1975 jusqu’à aujourd’hui. Peu connu des fans de heavy metal, Venville, né à Birmingham, a étudié la photographie et le cinéma. Il s’est notamment fait connaitre dans le domaine de la publicité, remportant divers prix et distinctions, et s’est également démarqué avec trois mini séries historiques (Grant en 2020, Abraham Lincoln et Theodore Roosevelt en 2020), ce qui a sans doute déterminé le choix de la bande de Steve Harris qui, cependant, reconnait n’avoir eu que peu son mot à dire sur ce documentaire…

Tirant son nom de la face B du tout premier single d’Iron Maiden paru chez EMI en 1980 (Running free, arrivé n° 34 au Royaume Uni), le film couvre cinq décennies d’évolution(s) et de rencontres au travers de témoignages variés et d’extraits de documents plus ou moins connus des fidèles.

Devenu une institution mondiale, Iron Maiden, plutôt que d’offrir à ses fans un nouveau DVD/BluRay documentant son histoire, préfère attirer son public, sans doute le plus fidèle, au cinéma pour résumer en un peu moins de deux heures (1h46, c’est assez court pour résumer un demi siècle…) son parcours désormais quinquagénaire. Mais ce public , »le plus fidèle », ne connait-il pas déjà tous les détails de la carrière du groupe?

Lorsque la salle est enfin plongée dans le noir, pas d’excitation. Les spectateurs sont calmes et concentrés. Et puis, le film documentaire. Dans l’ensemble bien fait, avec un déroulé qui devient rapidement chronologique, on est rapidement surpris par, d’un côté, l’intervention régulière de fans plus ou moins – souvent pas du tout – connus (Javier Bardem, Scott Ian (Anthrax), Tom Morello (RATM)) ou de simples fans sélectionnés on ne sait trop où ni comment. Mais certains témoignages séduisent, comme cette Libanaise qui évoque son premier contact avec Maiden à l’époque de Fear of the dark (1992) ou la réelle excitation de Bardem lorsqu’il évoque cette communion et cette unité du public en concert.

Cependant, en dehors des images les plus récentes – et cependant déjà très bien documentées – on trouve beaucoup de choses déjà parues sur les DVD The early days et Live after death, et dans le plus récent ouvrage Infinite dreams (la lettre de démission de Di’Anno ou les agendas de Steve Harris, pour ne citer que deux exemples). Si le die hard fan ne découvre donc que peu de choses, le plus jeune fan se délectera des anecdotes relatées (la participation accidentelle de Maiden à un mariage en Pologne, la blessure de Bruce lors du Rock in Rio, la colère de Harris et Bailey lors d’un concert où un fan crache sur les musiciens…) Mais on s’interroge aussi sur ces représentations sans doute générées par l’IA (comme l’affiche…) et pas toujours réussies d’Eddie, pourtant mascotte et membre à part entière de l’univers Iron Maiden.

Si le film est, sans réelle surprise, très majoritairement axé autour des périodes Bruce Dickinson – on regrette d’ailleurs le peu de temps d’évocation des périodes Paul Di’Anno et Blaze Bailey, même si on apprécie les hommages qui leur sont rendus), on est aussi replongés dans les hauts, très hauts, de la vie d’Iron Maiden, de sa croissance fulgurante des années 80 jusqu’à en être cramés après une longue période enregistrements-tournées de 82 à 89, entrainant le départ d’Adrian Smith puis celui de Dickinson (je découvre toutefois ici le niveau de rancœur de Nicko McBrain à son égard), jusqu’aux bas, très bas, de la période Blaze Bailey pourtant riche mais plus sombre et certains clubs très vides notamment aux USA), et la reconquête du monde après le retour des deux démissionnaires – et le rôle certainement joué par la réintégration de Smith, éternel complice de Dave Murray.

On se régale aussi des scènes moins souvent diffusées en loges et en backstage, du témoignage de Nicko au sujet de son départ à la suite d’un AVC à la suite duquel il ne réussit pas à jouer comme avant et l’émotion de l’annonce de ses derniers instants avec le groupe.

Si l’ensemble reste assez convenu mais sans réelle intense surprise (seuls quelques applaudissements polis retentissent à la fin de la projection), il y a toutefois du plaisir à retrouver ces images d’archives – les découvrir aussi pour les plus jeunes – et être accompagnés par ces hymnes incontournables. Burning ambition est aussi, reconnaissons-le, un film logique dans cette période qui voit Iron Maiden célébrer (désormais plus de) cinquante ans de carrière. Une célébration ayant débuté avec la tournée Run for your lives en 2025 (dont les Eurockéennes de Belfort) suivi de la publication de cette bible maidenienne qu’est Infinite dreams et qui continue avec la seconde partie de ladite tournée qui honorera la France à 3 reprises au mois de juin : le 19 au Hellfest, le 22 à Paris la Défense Arena et le 27 au Groupama Stadium de Lyon Décines. Rendez-vous au(x)quel(s) de ces concerts ?

SNAP BORDER: Supergiant

France, Metal (Autoproduction, 2026)

C’est avec une déconcertante régularité que les Nancéens de Snap Border reviennent avec Supergiant leur troisième album. « Déconcertante régularité » car c’est à chaque fois une période de 5 ans qui sépare deux albums. Est-ce ainsi qu’on fidélise un public aujourd’hui plus avare de patience qu’avide d’immédiateté? Sans doute pas mais Snap Border a mis ce temps à profit pour peaufiner son sujet et offrir à son auditoire 10 titres forgés dans ce metal alternatif et enjoué cher à Papa Roach que dans le plus brutal et presque metalcore de Bring Me The Horizon. Dès (V)ampire, les cinq nous entrainent dans un mix très réussi d’ambiances sonores variées, entrainantes sur fond de guitares rugueuses sinon rageuses. Loin de se contenter d’une recette, la formation aujourd’hui composée de Franck Poinsot (chant), Olivier Siedlecky et Eddy Bouvot (guitares), Thomas Gillot (basse) et Christophe Szczyrk (batterie) cherche à varier ambiances et plaisirs. This is not an exercise débute sur fond d’alarme pour s’engouffrer dans ce qui ressemble à une marche lourde d’esclaves de l’Egypte antique pour renouer, enfin, à des sons plus contemporains. Fading light, temps plus calme apporte une forme de respiration mais, malheureusement, les deux derniers titres, Looking at the sun et Shattered dreams, me semblent quelque peu inspirés par une forme de facilité et me laissent froids. Dommage de conclure ainsi alors que l’ensemble est riche d’envie, de puissance et d’entrain, et très bien produit. Allez, on se retrouve avant 2031?

DUST IN MIND: HCNO

Metal, France (Dark tunes, 2026)

Quasiment cinq années séparent CTRL (2021) de HCNO, la nouvelle livraison des Français de Dust In Mind. Si Jenifer Gervais plaçait de gros espoirs dans le précédent album, reconnaissant avoir dû sortir de sa zone de confort, l’album sorti en pleine période de crise sanitaire n’a pu être défendu comme il se devait. Et voici qu’arrive le mois d’août 2023 où chacun de son côté, Jennifer et le reste du groupe, publie un communiqué annonçant le départ de la chanteuse. Alors il faut trouver quelqu’un pour la remplacer et continuer l’aventure initiée en 2013 et dont Jen était un des instigateurs. Finalement, ce quelqu’un n’est autre que Damien Dausch, guitariste fondateur et producteur du groupe. DIM devient ainsi quartet, format qui lui permet de faire évoluer sa musique. Si les neuf morceaux de ce HCNO (nom d’un polluant présent dans l’atmosphère) puisent toujours dans le metal industriel, l’ensemble semble quelque peu épuré et devient par là même plus efficace. Oh, la rage et l’énergie sont toujours présentes, mais l’ensemble est plus… « abordable » et facile d’accès. DIM avance et parvient à mieux affirmer son propos musical en continuant d’explorer d’autres horizons sonores, allant du metal pur jus à des sonorités simples et organiques. Si le nom du groupe demeure inchangé, Dust In Mind se positionne sur la voie du renouveau avec une ambition renforcée et une envie de vaincre et de retrouver sa place sur la scène du metal hexagonal.

NEXT DEED: The beloved – act 2

Luxembourg, Heavy rock (Ep autoproduit, 2026)

Voici revenir les Luxembourgeois de Next Deed que nous avions découverts avec The Soldier – Act 1 paru en 2024, première partie d’une étude psychologique en 5 actes. The beloved – act 2 est un nouvel Ep composé de 5 titres rythmés et variés. Si l’ensemble souffre de la même faiblesse que son prédécesseur, à savoir un chant (Alain Hertges, brutalement disparu en 2025, l’Ep lui est naturellement dédié – le groupe vient d’annoncer son successeur en la personne de Carole Dondlinger) qui manque de rondeur, de profondeur et de, surtout au regard des thèmes abordés, gravité et noirceur, les guitares de Sue Scarano et de Kevin Roy tranchent dans le vif, avec des riffs acérés et entrainants, largement soutenus par une rythmiques carrée (Romain Haas à la basse et Lou Metz à la batterie) et une production soignée. Si l’on peut parfois penser à des groupes de heavy rock américains contemporains, il manque sans doute dans le son final, tout comme dans la pochette, trop artificielle pour réellement marquer les esprits, cette étincelle qui permet d’enflammer un morceau et le rendre mémorable. Bien fait, agréable musicalement, le concept développé mérite d’être creusé et les Ep écoutés l’un après l’autre pour mieux saisir la volonté musicale de Next Deed. A suivre

Chris SAVOUREY: 1966

France, Hard rock (Autoproduction, 2026)

Si ça, ça ne sonne pas comme un appel à la nostalgie… 1966, c’est le titre du dernier album du guitariste Chris Savourey qui, s’il s’est un temps adonné aux plaisirs de l’instrumental, revient avec un album chanté, accompagné dans cet ouvrage par de nombreux invités. Si l’intro, 1966, peut sembler étonnante, on tombe rapidement dans un rock vintage qui navigue sur les trace des grands anciens. Ceux du rock, pas ceux de Lovecraft, entendons nous! De la pochette à la calligraphie 70’s au contenu, tout en effet transpire cet amour des années d’insouciance de la génération titre qui atteint aujourd’hui la soixantaine et est passée par l’explosion du disco, du funk, du hard rock et la naissance de toutes les vagues de heavy metal toujours d’actualité. Personne ne s’étonnera ici des clins d’œil tant aux Stones qu’à Thin Lizzy tout au long des neuf morceaux qui suivent. Il y a beaucoup d’amour et d’envie, l’ensemble est bien produit et la présence de voix variées apporte un plus. Ok, tous ne maitrisent pas l’anglais comme le style le voudrait, mais Chris Savourey nous replonge dans une époque pleine de vie, d’audace et de témérité musicale. On ne réinvente rien ici, mais le plaisir est présent, sans prise de tête. Un joli retour, en somme.

HERESY: Ordinary decent life

France, Thrash (M&O, 2026)

Heresy, groupe français de thrash old school, est présenté comme se situant « quelque part entre Metallica et Megadeth ». Formé à Montpellier, le groupe a déjà deux albums à son actif (quoique – je sais, humour de m…. – vu l’écart entre les albums, « actif » semble un bien grand mot… Powered by anger en 2013 et The dark shore en 2019, donc 6 et 7 ans. On a notre Def Lep du thrash!) et revient aujourd’hui avec Ordinary decent life qui regroupe neuf titres qui, tous, font à un moment ou un autre penser plus aux Mets ou Slayer qu’à Megadeth. Sans doute le jazz propre au groupe de Mustaine manque-t-il pour rendre l’influence plus évidente, mais ça n’impacte en rien les qualités de l’album. Ici, au delà d’un anglais pas toujours compréhensible, on a à faire à un groupe qui la connait, son affaire. Très bien produit, ODL tabasse sec dès les premières mesures de Dancing shadows on buried ground. Quand bien même l’esprit du Metallica première mouture (époque Cliff Burton pour ceux qui ne suivent pas) plane, Heresy parvient à poser sa patte et trouver une identité propre. Ok, on se passerait bien des intros de Locked inside your head ou 86 days without sun, qui évoquent directement Metallica dans ses moments calmes, mais on tape du pied et on gratte de l’air guitar en cadence. Il y a incontestablement de belles promesses dans ce nouvel album, à recommander d’urgence.

SLEAZYZ: Rock n roll digger

France, Shock rock (M&O, 2026)

Un nouvel album des Troyens de Sleazyz c’est toujours la promesse de passer un bon moment de rock’n’roll fun et entraînant. Malgré une absence de 3 ans (Glitter ghoulz from hell remonte déjà à 2023), le groupe revient dans un format quelque peu remanié (au delà des deux membres historiques que sont le chanteur basiste Fred Dee Ceased et la guitariste Pandémonium Rodriguez, on retrouve sur l’album le batteur Fred El Rafale et le guitariste Thomas Healstone, depuis remplacé par Matt Bloodstring) avec un nouvel Ep qui dépote, Rock n roll digger qui porte très mal son titre. Car la bande toujours menée par son duo créateur et créatif nous a concocté 5 nouveaux morceaux de hard rock pur jus, tous différents les uns des autres. La galette démarre en trombe avec le plus qu’entrainant Dead in rock’n’roll sur lequel figurent également Stéphane Labas et Cyrille Hawlicki, tous deux de Charcoal, qui viennent pousser la chansonnette. La suite alterne entre heavy plus lent (Rock n’ roll digger), hard rock dansant (Cowboys in space) ou heavy rock franc du collier (Monster in my closet, See you in hell). La voix de Fred, roc(k)ailleuse à souhait et les ambiances évoquent les univers bien connus d’Alice Cooper ou de Rob Zombie, l’ambiance et l’entrain qui vont avec, le tout dans un anglais parfaitement maitrisé et compréhensible. Ce nouvel Ep se termine par une reprise des Ramones, l’incontournable Blitzkrieg pop et ses « Hey ho! Let’s go! », morceau sur lequel on retrouve nos deux invités. Ce disque est loin, très loin, de creuser la tomber du rock, très loin de l’enterrer tant on se dandine en on tape du pied et lève le poing avec bonheur. Maintenant, Sleazyz nous promet de nous retrouver sur les routes – dont une escapade de quelques dates à… Puerto Rico !

DGM et Amon Sethis live au CrickFest V (avec Prima et Epitude – Espace Loire, Cléry Saint André, le 11 avril 2026)

Pour sa cinquième édition, le CrickFest innove une nouvelle fois. En effet, après avoir l’an dernier élargi l’affiche en ajoutant un groupe, cette année, l’association Crick For Zik invite pour la première fois un groupe étranger. C’est donc aux Italiens de DGM d’assurer la tête d’affiche de ce petit festival qui se tient à l’Espace Loire de la petite ville de Cléry Saint André, à quelques kilomètres d’Orléans. Outre les Italiens, nous retrouvons ce soir les Grenoblois d’Amon Sethis ainsi que les débutants locaux d’Epitude et les vétérans PrismA, à l’origine du festival. Avec 3 groupes estampillés dans le genre, la soirée s’annonce très progressive.

Crickfest5, Clery St Andre

Cette année, s’il y moins d’exposants – les groupes ont naturellement sorti leur merchandising – Metal-Eyes, partenaire du festival (et du Zik And Dry organisé par la même asso le 19 septembre prochain avec, notamment Crucified Barbara et H.E.A.T., nous en reparlerons) a organisé une mini expo photos dont un hommage à Bruno Ramos (« De Manigance à Sortilège, hommage à Bruno Ramos) qui avait enflammé la salle archi bondée ici même il y a deux ans avec Sortilège. Une initiative appréciée tant des spectateurs que de l’orga et des anciens compagnons de route de Bruno.

C’est avec quelques minutes de retard que Chris Acker, président de l’asso, monte sur scène pour inaugurer la soirée et remercier le public présent, rappelant qu’il y a eut quelques inquiétudes mais que, finalement, les préventes ont accéléré ces derniers jours. On circule très facilement dans cet Espace Loire qui accueillera au pic de la soirée environ 200 spectateurs tous âges confondus – d’ailleurs, les vacances viennent de commencer, ce qui peut en partie expliquer l’affluence moyenne.

Epitude @Crickfest5, Cléry St André

Chris est rapidement suivi des jeunes musiciens locaux, Epitude, également bénévoles de l’association, qui rencontrent quelques soucis techniques. Quelques minutes suffisent pour régler le gros des couacs et lorsque le quatuor se lance, il est clair que ses musiciens (Pierre-Louis P. à la guitare et au chant, Antonin P. à la guitare, Marin D. à la basse et Axel T. à la batterie) sont très concentrés. Et on les comprends, car au-delà d’un naturel stress de jouer devant un vrai public, leur musique se révèle complexe tout en restant accessible.

Epitude @Crickfest5, Cléry St André

Au gré des morceaux, les quatre, bien qu’encore assez peu mobiles sur scène, se détendent et s’attirent bientôt l’approbation du public. Tout de noir habillés, ils enchainent mélodies envoutantes et rage contenue. La musique, à la fois puissante et aérienne, séduit la petite mais attentive foule présente en ce début de soirée. Epitude est une jeune formation prometteuse qu’il va sans doute falloir surveiller de près;

Epitude @Crickfest5, Cléry St André

C’est ensuite au tour des vétérans du coin, organisateurs de ce mini festival et habitués des lieux d’investir les planches. Avec une heure de jeu, PrismA a la bonne idée de proposer une setlist remaniée et d’offrir de nouveaux titres. Après une intro très martiale, la formation attaque avec un Crazy night enflammé suivi d’une doublette « découverte » composée de Masters of game et The power of wings, deux nouveautés plus que prometteuses (il y en aura ce soir quatre en tout avec Stay strong et Breaking the mirror, tous prometteurs d’un futur album enjoué et rentre dedans).

Prisma @Crickfest5, Cléry St André

Outre les titres inédits, nous rencontrons enfin le nouveau claviériste du groupe, concentré et tout à son ouvrage bien que visiblement assez détendu. Comme l’ensemble du groupe d’ailleurs dont un Philippe Sanfilipo souriant et qui dès le début du set va chercher le public pour ne jamais relâcher sa prise.

Prisma @Crickfest5, Cléry St André

No more tears, moment calme du set, est également annonciateur de l’approche de la fin du show. Trois morceaux enlevés se succèdent – le très chantant Freedom or war, Guilty of love et Tell me why avant que le groupe ne « s’absente » pour rapidement revenir pour un rappel. Rock now fait sauter le public et le voit lever les poings en cadence. Prisma a ce soir encore offert un set carré et simplement efficace.

Prisma @Crickfest5, Cléry St André

Malgré une longue carrière, Amon Sethis reste encore trop confidentiel. Une fois le changement de plateau terminé, j’incite Ben, le batteur de Prisma à ne pas rater l’entrée des Grenoblois tant je garde un bon souvenir de leur passage à Châteauroux en 2022. Après une intro orientale, une ombre apparait en fond de scène jouant avec deux bâtons enflammés. Un masque hideux avance et met le feu au pupitre avant que la fureur de Lamentations ne se déclenche. Sous les acclamations du public déjà subjugué, public qui a compris qu’il va vivre quelque chose de spécial, Julien arrache ce maudit masque à la fin du titre.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Le set est ce soir principalement axé sur les deux derniers opus du groupe puisque 12 des titres interprétés en sont extraits – Part III: dawn of an apocalyptic world (avec 7 titres dont l’intro) et Part 0: the queen with the golden hair (avec 5 morceaux) – et tous se révèlent d’une belle efficacité sur scène, à la fois fins et brutaux.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Planqué sous la capuche de son sweat, Andréa Ricci a, dans ses attaques de sa six cordes, quelques attitudes qui me rappellent Yann Heurtaux (Mass Hysteria). Sa complice, la bassiste Laëtitia Bertrand, frappe du pied tandis que Sébastien Perrad s’occupe de maltraiter ses fûts.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Proposant un metal direct, Amon Sethis entraine le public dans son univers au cœur de la VIIème dynastie de l’Égypte antique. Lights et fumigènes font également bel effet, metant en lumières diverses ambiances au gré des titres. Julien, revêt son masque – ou un autre – à diverses reprises, Mask of wrath, en fin de show, étant prétexte à une lutte entre deux de ces entités quelque peu maléfiques.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Quand bien même il reste la tête d’affiche, Amon Sethis a, ce soir, marqué de nombreux esprits et, sans surprise, le public se rue vers le merch pour, au-delà de se fournir en musique et t-shirts, échanger avec tous les membres du groupe, serrer des pognes dans la bonne humeur et le plaisir de la découverte.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Si DGM existe depuis 1994, les Italiens ne jouent que trop rarement en France – une petite douzaine de dates seulement recensées par le site Setlist.fm. Comme nous l’expliquait le guitariste Simone Mularoni plus tôt, c’est grâce à Julien Tournoud, chanteur d’Amon Sethis qui a désormais sa boite de production, que les Italiens se retrouvent ici ce soir, et ils en semblent ravis. Même s’ils tournent partout dans le monde et dans toutes les conditions d’accueil (de son propre aveu, s’il y a un endroit dans le monde où le groupe ne jouera plus c’est dans un certains club souterrain parisien), ils sont séduit par la salle et se promettent de retrouner le public.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

Le set prévu doit durer à peine plus d’une heure, ce qui pourrait permettre de rattraper le retard. Et ce soir, je vais en profiter car je suis loin de vraiment connaître DGM autrement que par son nom et son dernier album, et c’est la première fois que je les vois sur scène. Dès l’arrivée des cinq, le message est clair: du heavy prog qui rentre dedans et ne compte laisser personne indifférent.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

On sent chacun des musiciens très à l’aise, même leur batteur, Michele Sanna (quelle frappe!), qui n’est pourtant là qu’en remplacement mais qui maitrise parfaitement le répertoire. Les autres – Andrea Arcangeli à la basse, Emanuel Casali aux claviers et à la flûte traversière (une influence Jethro Tull???) – sont à la fois concentrés et mobiles. Mais tous les regards se portent aussi sur Mark Basile, le chanteur imposant tant par son physique déterminé que par son regard perçant ou, surtout, cette voix puissante et mélodique qui entraine l’auditeur dans son sillage.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

DGM propose une setlist assez équilibrée entre ses cinq derniers albums – occultant toute la période avant 2010 – et offre au public une judicieuse sélection de titres généralement courts. et c’est tant mieux car quoi de plus difficile que de rester concentré 15′ parfois sur des parties techniques qui ne s’adressent au final qu’à un public de musiciens plus que d’amateurs de musique? Là, jamais le groupe ne perd son auditoire -hormis quelques parents qui, même si les vacances viennent de commencer, rentrent coucher leur progéniture.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

Ghost of insanity voit Mark annoncer la venue d’un invité spécial pour l’accompagner au micro: il s’agit de Julien, d’Amon Sethis, qui remonte sur les planche le temps d’un duo enflammé et inquéiétant. Mark, les bras croisés et le regard sévère attend que Julien ui cède la parole pour ensuite partager un moment de plaisir et de complicité. un beau moment acclamé par le public.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

Le concert se termine ensuite avec Reason, le groupe, visiblement très satisfait, venant saluer le public avant de – c’est bien l’avantage de ces concerts de province – foncer vers le stand de merch pour, eux aussi, signer des autographes, prendre quelques photos, échanger avec les (nouveaux) fans prêts à acheter un ou deux albums ou t-shirts.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

Si cette cinquième édition du Crick Fest n’a pas affiché complet (sans doute la faute au début des congés scolaires et/ou à la méconnaissance du public des deux têtes d’affiche), ce sont quand même quelque 200 spectateurs qui se sont, ce soir encore, éclatés dans cette salle de 350 places. L’association annonce être à l’équilibre et prévoit d’ores et déjà une sixième édition dont la tête d’affiche sera…,

DGM @Crickfest5, Cléry St André

… dévoilée plus tard car même Metal Eyes n’en sait rien aujourd’hui. Alors, avant un CrickFest 6, rendez-vous (rendons-nous) sur le site du superbe parc culturel du Val d’Ardoux, à Dry, à côté d’Orléans, pour la première édition du festival Zik N Dry qui accueillera rien moins que H.E.A.T. et Crucified Barbara le 19 septembre prochain – il reste moins de 300 tickets « early birds » à tarifs préférentiels disponibles sur le site de l’orga