GUT-SCRAPERS: Twelve rays

France, Heavy rock (Brennus, 2025)

Gut-Scrapers, les amateurs de heavy bluesy made in France connaissent déjà. Avec deux albums au compteur (Gimme your soul en 2012 et Getting through en 2017), le groupe a vu son line-up radicalement changer et évoluer en 2022. Désormais composé de Tracey Ors (chant), Olivier Salazar (basse) et Dawoud Bounabi (batterie) et de son dernier membre fondateur, Fred Fages (guitare), le quatuor revient en force avec Twelve rays, un Ep de 4 titres qui tous puisent dans ce hard/heavy bluesy à souhaits. Quand bien même le jeu de mots soit plus que facile et convenu, la chanteuse porte bien son nom tant sa voix brille de mille feux, d’ors brillants et chaleureux. Bien plus qu’un incontestable atout, la voix de Tracey, rugueuse, chaude et vibrante, est une véritable arme pour Gut-Scrapers sans pour autant jamais effacer le rôle de ces guitares incisives et de cette rythmiques pleine de feeling. Quatre petits titres qui donnent envie d’en entendre beaucoup plus… Le blues de Rise above cède la place à un Days will come bien plus heavy, le groupe s’offrant une échappée belle sur les highways américains avec When the roots are deep avant de terminer avec un Sincere rapide, direct et déterminé. Gut-Scraper nous propose un Ep (aux inhabituelles illustrations signées Stan W. Decker, illustrations plus proches des gravures de J-D. Férat ou L. Benett) plus que solide et prometteur, et on attend maintenant des Nîmois qu’ils envahissent les scène de France et d’ailleurs pour trouver leur public. Très prometteur!

RVH PROJECT: Land of the damned

Heavy rock, Pays-Bas (Snakebite, 2025)

Comme souvent, quand on voit des initiales avant le mot « project », on sait avoir à faire au projet solo d’un musicien. Ici, il s’agit du projet de Rick Van Heuzen (RVH, donc), chanteur et bassiste, qui, avec RVH Project s’est adjoint les services du guitariste Orion Roos et du batteur Gerry de Graaf. L’alchimie entre les trois prend et le projet devient « groupe », la formation, créée en 2021, proposant un premier album, Enter the machine, l’année suivante. Il faudra trois ans au trio pour revenir avec Land of the damned, un album totalement ancré dans les 80’s. La difficulté avec les project bands réside souvent en ce que leur fondateur cherche à mettre en avant son talent. Ici, on a clairement droit à un chanteur aux aspirations et au timbre variés. Mais j’ai trop souvent l’impression d’écouter et d’entendre une répétition de ce que les 80’s ont proposé de mieux tant dans le hard rock que l’AOR, de Toto à Bon Jovi en passant par Night Ranger et plein d’autres. Il y a quelques incursions dans la musique de films, le funk et le jazz sont également très présents tout au long de l’album, mais l’ensemble reste, malgré une production totalement moderne, très daté. Indépendamment, chaque musicien fait des merveilles, et RVH démontre à plus d’une reprise sa puissance vocale. L’ensemble est varié, enjoué aussi, mais, malgré l’envie réelle, ne parvient pas à déterminer une personnalité propre au groupe, une identité sonore. Plaisant et bien fait, Land of the damned se fond dans la masse de productions indépendantes sans parvenir à vraiment faire mouche. Dommage, car il y a du fond.

Séance de rattrapage: SPIRIT WAR: Beyond frontiers

Power metal, France (Autoproduction, 2025)

Presque « nouveau venu » sur la scène française du metal mélodique, Spirit War revient avec Beyond frontiers, un second album composé de 10 titres qui puisent dans ce heavy power qui vise à faire sauter les foules en cadence et lever les bras. Les amateurs de heavy français connaissent sans doute déjà son fondateur, Markus Fortunato, le bassiste ayant en effet une longue carrière derrière lui et s’étant fait quelque peu remarquer avec son premier projet, M.Z, avec qui il a enregistré 7 albums. Malheureusement, sans un label qui lui reste fidèle (le groupe est passé chez Wagram, Brennus, Pervade…), le travail de fond est compliqué. Il fonde par la suite Öblivïon et Fury Age avant de se lancer sous son propre nom et de ressortir aujourd’hui avec Spirit War. Ce nouveau projet saura-t-il enfin sourire au bassiste chanteur, désormais entouré du guitariste Nicolas Lebrat et du batteur Valentin Leroy? Dès la première écoute, le message est clair: une grande place est accordée aux mélodies qui font mouche. Les sources d’inspiration sont variées, allant du heavy traditionnel à la Maiden au néo classique de Malmsteen. Malheureusement, aidée par une production un peu trop étouffée et un anglais correct mais typé frenchy, l’étiquette 80’s est trop présente. Même les excursions dans des envies « sabatonnesques » sont rattrapées par un esprit Manowar dans certains textes. Les rythmiques, certes, donnent envie de taper du pied mais Spirit War ne parvient pas à m’imposer un air qui me reste en tête. Bien fait, sans aucun doute, cet album est bourré de mélodies sympa mais par trop datées et manque de cette touche de modernisme qui pourrait vraiment le faire sortir du carcan des années 80. On passe cependant un bon moment festif, et c’est toujours ça de pris!

PVRS: Let the silence begin

Belgique, Metal (Autoproduction, 2025)

Il y a moins d’un an, début 2025, nous pouvions découvrir le metal doom et mélancolique de nos voisins belges de PVRS. Le du revient aujourd’hui avec son second album, Let the silence begin, un disque composé de dix titres. La force de Pvrs réside sans aucun doute en cette capacité à s’offrir des explorations sur divers terrains de jeu. On passe ainsi d’univers lourds et presque oppressants à des ambiances plus mélancoliques sans jamais être tristes. Pvrs navigue aussi entre ambiance doom et l’innocence gothique d’une certaine forme de new wave. Pvrs ne se laisse pas arrêter par de quelconques barrières critériées et restrictives, et ne plonge jamais dans l’obscurité, chacun de ses morceaux laissant entrevoir une lumière. Aussi brumeuse puisse-t-elle être (les thèmes abordés sont loin, très loin, d’être joyeux), elle perce avec une envie de toucher le cœur de l’auditeur.

LYING DAWN: Nothing remains the same

France, Stoner (Autoproduction, 2025)

Formation francilienne fondée en 2019, Lying Dawn, après avoir trouvé son line up « idéal » (aujourd’hui, le groupe est composé des membres fondateurs Pilou Courtieu au chant et Will Maggot à la guitare, plus tard rejoints par le bassiste Félix Moal et le batteur Vadim Hoch), Lying Dawn se produit sur scène, renforce son image et son son avant de proposer fin 2025 son premier album, Nothing remains the same. Composé de 6 titres plus une intro (coucou la faute de frappe, il manque une bonne minute sur le verso du CD!) et d’un interlude narré (The grey veil), le groupe évolue dans divers univers sonores, lourds, mélancoliques et parfois oppressant, dont on devine cependant toujours la lumière au bout du tunnel. Par la profondeur de son chant, Code zero m’évoque directement Mastodon et rapidement arrive l’aura de Black Sabbath. Dommage seulement que je ne parvienne pas à comprendre les paroles,en anglais sans avoir recours au livret… C’est plus facile sur le plus lent Does he remember qui monte tranquillement en puissance, toujours retenue. Lying Dawn s’amuse à jouer avec les tempi et les ambiances, tout en restant dans ces décors sombres et tristes, allant de la lourdeur du doom (Weary man’s song, Through the window) à la férocité mordante du grunge (Opium). Nothing remains the same est un album très prometteur d’un groupe dont on espère entendre parler et voir grandir. Une belle découverte de fin d’année!

DEMONTOOL: La valse des âmes

France, Heavy/Thrash (Autoproduction, 2025)

2008: Soleil rouge. 2012: Prophétie MMXII. Si d’aucuns pensaient que nos Franciliens de DemonTool avaient sombré corps et âmes, eh bien non. Certes, il aura fallu attendre 13 ans avant de retrouver un nouvel album mais le groupe a mis ce temps à profit avec diverses activités. Chris, le chanteur, a ouvert le Demon Bar à Outarville, au nord du Loiret, un sanctuaire pour les formations heavy de tous bords puisqu’il s’agit plu sd’un club que d’un simple bar. DemonTool s’est également étoffé en ajoutant un guitariste à son line-up historique, le barbichu de service, Olivier Louis-Servais qui accompagne à merveille Nils Coubaron. Les deux piliers rythmiques Nico (basse) et Jérôme (batterie). Cette formation circule, donne de nombreux concerts et se soude avant d’entrer en studio pour enregistrer ce troisième méfait, La valse des âmes, un album imprégné de cette lourdeur sombre contemporaine. Au travers de huit titres, DemonTool dresse un constat de l’état de notre (in)humanité, période de crise sanitaire incluse. Du speed La morsure du loup à l’explosif Pandémie, le groupe ne laisse pas un instant de répit à l’auditeur, flirtant plus que souvent avec le thrash des vieux jours parfois même avec le death. Chanté dans un français hargneux, l’ensemble des morceaux est entièrement prévu pour la scène. On regrette la pauvreté du son, sec, claquant et trop direct, presque une démo, un son qui manque de rondeurs et de « grasse » générosité. Ce qui n’empêche de se délecter de ces compositions franches aux refrains à, souvent, reprendre en chœur. DemonTool est un groupe qui se fait plaisir et qui en donne – il suffit de voir le groupe en live pour s’en convaincre tant l’ambiance est à la déconne ou de visionner l’intro de la vidéo ci-dessous. L’opposé de ce sérieux discographique.

THROUGH THE VOID: All the words

Belgique, Metalcore (Ep autoproduit, 2025)

A la croisée des chemin du metalcore et du neo metal, Through The Void revient avec All the words, un nouvel Ep, son troisième (après Aria en 2020 et Life is cancelled en 2022). Formé en Belgique en 2018, à Bruxelles, le quatuor nous présente diverses facettes de sa personnalité. Du très violent, hardcore et vindicatif (Silent cry et Wake up) au plus neo rappé (Listen et son intro narrée), en passant par la montée en puissance Break away ou le plus que direct Tar morning, les 5 titres de cet Ep évoquent aussi bien l’univers de nos Marseillais de Landmvrks que la folie douce de Linkin Park ou la rage de While She Sleeps. Un Ep brutal, à la production aussi efficace que le propos musical. Seul hic: outre les paroles et les crédits d’enregistrement, le livret ne précise en rien qui sont les musiciens auteurs de ces décharges explosives. Un disque aussi introspectif que sa pochette peut l’évoquer empli d’une sombre et inquiétante énergie libératrice.

CHRIZ DOE: Cookie doe

Metal, Allemagne (Fastball music, 2025)

Formé il y a deux ans à peine en Rhénanie du Nord – dans les montagnes du Sauerland plus précisément – les quatre Allemands de Chriz Doe déboulent aujourd’hui avec leur premier album quelque peu étonnant et aussi décalé que sa pochette. Jouant sur les mots, Cookie doe (ou « cookie dough », pâte à biscuits pour les non anglophones) propose 10 chansons et un instrumental qui fleurent bon l’amour du heavy old school. Des guitares rageuses qui lancent No pain no gain au refrains chantants de Join the party, le quatuor se montre déterminé, sans pour autant chercher à révolutionner le genre. La douceur est souvent de la partie via des claviers acidulés qu’on retrouvent un peu partout. Le chant évoque souvent le phrasé de James Hetfield (Metallica) sans pour autant, soyons justes, atteindre la puissance et la conviction de l’Américain. Cookie doe n’en reste pas moins un album bourré d’envie et de détermination, et se trouve toujours saupoudré d’une graine de folie douce qui permet à l’auditeur de suivre Chriz Doe dans son heavy rock. Un album plein de croquant et de douceur chocolatée en somme.

HELLIXXIR: Beyond the frame

France, Thrash/Black (M&O, 2025)

Avec un chanteur désormais pleinement intégré qui a fait ses preuves grace au précédent abum, The black fortress, paru en 2019, les furieux de Hellixxir reviennent avec Beyond the frame. 6 ans, c’est long entre deux albums, même si la crise sanitaire est passée par là. Mais nombreux sont ceux qui ont déjà republié au moins un album, alors Hellixxir pourra-t-il retrouver son public? Sans doute, en tout cas un public averti et amateur de hurlements black metal. Car, de ce point de vue, il n’y a pas de pitié. Les compos, quant à elles, flirtent avec le thrash des vieux jours, proposant des riffs ravageurs et des breaks plu scalmes qui évoquent souvent les univers lovecraftiens développés par Metallica à ses débuts. Pour le reste, rage et fureur sont de mise, entre double grosse caisse, rythmique explosive, ambiance malsaine et riff salvateurs. Rageurs de bout en bout, ou presque, les 13 titres de ce nouvel album tabassent sévèrement. Espérons que Hellixxir ne mette pas aussi longtemps avant de se rappeler à notre bon souvenir.

VIRGIN PROZAC: Sinécure

Belgique, Heavy rock (M&O, 2025)

Arrivés tout droit de Belgique, Virgin Prozac déboule avec son premier album, Sinecure. Composé de huit titres, le groupe navigue entre heavy rageur et ambiances sombres et lourdes. Déjà auteur de deux Ep, Plethora (2018) et Plethora II (2020) le trio a pris son temps pour peaufiner ce premier album. Parfois proche du grunge dans l’esprit, à d’autres moments plus stoner et allumé, la formation ne se contente jamais de simplicité. Malgré quelques intonations hetfieldiennes, on se retrouve plus souvent à penser à des influences proches de Mastodon voire, dans un autre registre, de Foo Fighters. Et plus on avance dans cet album plus on se rend compte que le groupe a truffé ses compos de diverses subtilités qui donnent un arrière goût de reviens-y. Pas aussi simple que les apparences pourraient le laisser croire, Sinecure s’écoute avec facilité et nous entraine sur des terrains aussi rassurants que, parfois, bourbeux. A suivre