YÜ: The calling

France, Punk (M&O, 2025)

, c’est un ovni comme on en entend et voit rarement. Prenez une sorte de geisha occidentale et une espèce de lapin blanc, donnez leur un esprit qui se situe quelque part entre nos Rita Mitsouko ou Bjork, ajoutez une touche de cette irrévérence grungy/punk et vous obtenez une folie sonore nommée The calling. Les huit titres de cet album sont aussi solides que fracassants. Exception faite de Try to run, sorte de temps (qui se veut) calme, l’ensemble de ce disque nous entraine dans une folie douce musicale et vocale. Noémie Alazar se tord les cordes vocales comme elle frappe ses fûts tandis que son compère Yoan Lavenne envoie ses riffs saturés et déstructurés en pleine face. Brut et organique, ce premier album sans concession va droit à l’essentiel sans jamais s’encombrer de fioritures. Un duo à certainement voir sur scène.

ELEMENT:Dreamer

Mexique, Hard progressif (M&O, 2026)

Ils sont sept. Autant de musiciens dans le groupe qu’il y a de lettres dans le nom de leur formation. Element arrive tout droit du Mexique avec un premier album très ambitieux, Dreamer. Composé de treize morceaux divisés en quatre parties, ce premier effort, à la production plus que soignée, nous entraine dans un univers sonore complexe et envoutant. Element est composé de musiciens aguerris et a une longue histoire derrière lui puisque le groupe fut fondé en… 2010 par le chanteur Ernesto Bojorquez. S’il est impossible de ne pas penser à Angra ou à Dream Theater, le groupe nous entraine dans des paysages musicaux qu’il sublime à chaque instant. Seulement, j’ai l’impression tout au long de l’écoute de vivre du déjà entendu. Qu’on ne se méprenne pas, c’est carré, très bien foutu (une seule ballade aurait cependant suffit), l’alternance entre puissance, mélodie et douceur est efficace, mais je ne parviens pas à embarquer dans ce navire pourtant lumineux. Tout pourtant ici frôle la perfection, sauf, sans doute, la durée du projet qui atteint les 68′. Ambitieux, certes, brillamment interprété, c’est incontestable, Dreamer s’adresse aux fans du genre qui y trouveront sans aucun doute possible tout ce qu’ils peuvent attendre du genre. Plusieurs écoutent s’avèrent nécessaire pour bien saisir l’ampleur du projet.

SEVEN EYED CROW: Emerge

France, Progressif (M&O, 2026)

Un peu plus de trois années se sont écoulées depuis Icarus, un Ep sorti en 2022. Les Bordelais progressifs de Seven Eyed Crow auront pris le temps nécessaire pour concocter son second album (Organized chaos est sorti en 2018… Un groupe qui en effet prend son temps!), intitulé Emerge. Composé de 10 titres, cette nouvelle galette est aussi aérienne qu’elle peut proposer des passages d’une détermination à toute épreuve. Si comme pour toute formation dite « prog » il y a de nombreux passages complexes, Emerge propose également sont lot d’instants groovy et entrainants. Quelques incursions dans le metal rappé et rageur (Mind blowing signs) côtoient un esprit soul à la Sade (oui, oui, Until m’évoque Smooth orperator dans ses parties les plus calmes), voire le reggae. Les cavalcades et les syncopes instrumentales, ces instants qui rattachent Seven Eyed Crow au metal, sont nombreuses. Une belle réussite qui pourrait permettre au groupe – qui a étrangement décidé de remplacer son corbeau à sept yeux par sept… méduses – de franchir un cap supplémentaire.

HELLIXXIR: Beyond the frame

France, Thrash/Black (M&O, 2025)

Avec un chanteur désormais pleinement intégré qui a fait ses preuves grace au précédent abum, The black fortress, paru en 2019, les furieux de Hellixxir reviennent avec Beyond the frame. 6 ans, c’est long entre deux albums, même si la crise sanitaire est passée par là. Mais nombreux sont ceux qui ont déjà republié au moins un album, alors Hellixxir pourra-t-il retrouver son public? Sans doute, en tout cas un public averti et amateur de hurlements black metal. Car, de ce point de vue, il n’y a pas de pitié. Les compos, quant à elles, flirtent avec le thrash des vieux jours, proposant des riffs ravageurs et des breaks plu scalmes qui évoquent souvent les univers lovecraftiens développés par Metallica à ses débuts. Pour le reste, rage et fureur sont de mise, entre double grosse caisse, rythmique explosive, ambiance malsaine et riff salvateurs. Rageurs de bout en bout, ou presque, les 13 titres de ce nouvel album tabassent sévèrement. Espérons que Hellixxir ne mette pas aussi longtemps avant de se rappeler à notre bon souvenir.

VIRGIN PROZAC: Sinécure

Belgique, Heavy rock (M&O, 2025)

Arrivés tout droit de Belgique, Virgin Prozac déboule avec son premier album, Sinecure. Composé de huit titres, le groupe navigue entre heavy rageur et ambiances sombres et lourdes. Déjà auteur de deux Ep, Plethora (2018) et Plethora II (2020) le trio a pris son temps pour peaufiner ce premier album. Parfois proche du grunge dans l’esprit, à d’autres moments plus stoner et allumé, la formation ne se contente jamais de simplicité. Malgré quelques intonations hetfieldiennes, on se retrouve plus souvent à penser à des influences proches de Mastodon voire, dans un autre registre, de Foo Fighters. Et plus on avance dans cet album plus on se rend compte que le groupe a truffé ses compos de diverses subtilités qui donnent un arrière goût de reviens-y. Pas aussi simple que les apparences pourraient le laisser croire, Sinecure s’écoute avec facilité et nous entraine sur des terrains aussi rassurants que, parfois, bourbeux. A suivre

SATRA: In tears of her reign

Finlande, Metal symphonique (M&O, 2025)

In tears of her reign est le second album des Finlandais de Satra. Dès les premières mesures de Into the ravenous sea, les influences sont évidentes: on navigue sur les traces d’Evanescence. La suite, sans surprise, rejoint rapidement les traces de Nightwish, les deux références ayant souvent – à tort – été comparées. Et clairement, il n’est pas évident de se défaire d’influences aussi importantes. Ici, tout est techniquement bien fait, mais, à l’image de cette pochette qui ressemble à une affiche de Disney – un esprit « princesse » assez enfantin – tellement déjà entendu. L’ensemble me donne cette impression, qui se répète de plus en plus, d’écouter des musiciens qui maitrisent parfaitement leurs instruments et la technique musicale mais ne parviennent pas à libérer leur créativité. Résultat: du déjà-vu et déjà-entendu… Où sont les tripes qui faisaient le charme et la réussite de My immortal, Wish I had an angel ou Elan des groupes phares mentionnés plus haut? Se défaire de ces influences par trop envahissantes est une nécessité.

FURYA:Eternal fight

France, Metal (M&O, 2025)

Furya n’est pas vraiment ce qu’on peu appeler un nouveau venu sur la scène metal épique à chant féminin. Voici maintenant plus de 15 ans que le groupe existe et a depuis ses débuts publié quelques Ep. Le groupe revient avec Eternal fight, un album plein de promesses, mais… Si la voix de Marjorie Bevon est parfaitement soutenue par les guitares puissantes de Paul Via et Benoit Trévise, si l’ensemble est très bien produit, si les rythmiques concoctées par le bassiste Nick Dawson et le batteur Johann Brassac, si les 9 morceaux sont puissants et très bien ficelés, on navigue malheureusement trop souvent sur des eaux trop bien connues du power metal/metal symphonique. Certes, on se laisse entrainer par ce metal épique, ces riffs puissants et ce martèlement qui fait headbanguer, mais je n’ai jamais de réelle surprise. Bien fait, bien produit, ce Eternal fight reste une jolie promesse qui ne révolutionne en rien le genre. Est-ce ce que cherche Furya? Le plaisir de jouer est là, et c’est bien là le principal.

HATESEED: Rising through decay

Italie, Hardcore/Thrash (M&O, 2025)

Les Italiens enragés, ça donne Hateseed, groupe qui a déjà publié un Ep en 2023 et qui revient aujourd’hui avec Rising through decay, un album composé de 12 titres aussi directs que brutaux. Après une intro qui évoque l’Egypte antique, une intro où l’on imagine des files d’esclaves tirant des blocs de roches, la fureur est lâchée. Les riffs de Hateseed rappellent partout le thrash old school, celui de Slayer mélé à la puissance d’un Pantera. Ca tabasse sec, mais le phrasé (le chant enragé de Ivan Magnani, également à la basse) souvent mot à mot, fait que l’ensemble manque parfois d’un peu de liant. On n’attend pas du genre un chant mélodique, loin de là, et cette rage est saine. Le riffing (Andrea Livi et Gabriele Turco) est quant à lui parfaitement maitrisé, véritable invitation à se décrocher la nuque, d’autant plus avec cette batterie sans pitié frappée par Edoardo Friese. On imagine volontiers la puissance de feu de Hateseed en live, car là, ça doit pogoter sévère!

DARKROSE: What’s next ?

France, Hard rock électro (M&O/Dnbrecords05, 2025)

Formé au lycée en 2022, DarkRose marche sur les terres d’un rock teinté d’électro. Le chant de Maya, quelque peu torturé et souvent séducteur, est mis en avant par la guitare à la fois rageuse et virevoltante de Liloue. La rythmique, souvent hypnotique, composée de Nora à la basse et Adrien à la batterie, est soutenue par les claviers de Manfred. Composé de 10 morceaux, What’s next, le premier album du combo transpire à la fois de l’envie de se distinguer et de cette jeunesse à la fois farouche, parfois explosive, et un peu naïve. Et ça commence bien avec le morceau titre, entrainant et enjoué. Seulement, sans doute est-ce une question de génération, peu de choses m’accrochent ou me retiennent. Rien d’évident ne rentre dans mon esprit. Si l’on se méfie des épines de la rose, DarkRose n’a selon moi de piquant que le nom. Oui, il y a de l’envie, mais il manque cette touche extérieure, ce regard et cette oreille d’un producteur qui pourrait apporter ce petit truc en plus. Pour résumer, un disque sympathique, pas mémorable pour autant. Un prof noterai « peut mieux faire ».

Séance de rattrapage: FURY ROAD

France, Rock (M&O, 2025)

Tu aimes les grosses bagnoles qui volent, les séries B des années 80 type Starsky et Hutch ou Sherif, fais moi peur? Tu aimes aussi les guitares simples aux riffs efficaces, la bottleneck, un peu de country? Alors le premier album de Fury Road est fait pour toi! Pas la peine de se prendre la tête ici, les mélodies sont accrocheuses et le paroles souvent assez limitées (« Welcome to Fury road » répété à l’envi sur le morceau titre, tout comme « Jimmy, what can I do?« , sur Jimmy, « Charly’s gone to heaven » sur Charly… pas forcément besoin de prompteur pour s’en souvenir…) On parle ici de bagnoles, d’amitié, de musique. Les 9 titres présentent chacun des inspirations différentes qui vont des Stones aux Grateful Dead et toute la période post hippy américaine, passant par des influences plus modernes, Jack White n’étant jamais loin. L’ensemble est fun et se laisse écouter sans prise de tête. Sans jamais chercher à se démarquer, Fury Road nous propose un premier album des plus sympathiques qui nous entraine sur les highways d’outre-Atlantique.