BRUCE DICKINSON: The Mandrake project

Angleterre, Heavy metal (BMG, 2024)

The Mandrake project ou chronique d’un succès annoncé… Depuis des mois déjà, c’est toute la planète metal qui s’émeut à l’idée de la sortie du nouvel album solo de Bruce Dickinson. Une promo comme seuls les plus grandes stars – et le chanteur d’Iron Maiden fait incontestablement partie de ces privilégiés – peuvent se la permettre, une promo soigneusement pensée et faite pour exciter les foules. Un battage fait de pubs dans la presse, tournée des radios, rencontres avec les (« des », le nombre de rencontres étant limité) fans pour des séances de dédicaces, production d’une version collector pour l’occasion… Comme si la promo officielle ne suffisait pas, même les fans les plus hardcore s’y mettent, se faisant le relai du décompte avant la sortie, des résultats des ventes, des témoignages lors de ces rencontres organisées… Bref une promo jusqu’à l’overdose qui pose une question: il est où le loup? Car oui, avec autant de remue-ménage, on peut avoir des a priori quant au résultat final de cet album que les fans auront attendus près de 20 ans. Certes, son retour au sein du giron Maiden l’a plus qu’occupé, mais force est de reconnaitre, à l’écoute de cet album, que ça valait le coup d’attendre. Une nouvelle fois, Bruce collabore avec Roy Z, qui tient ici guitare et basse et avec qui il compose la plupart des titres. D’emblée, on comprend que Bruce cherche à s’éloigner de l’univers purement heavy metal de la vierge de fer. Il nous propose un album au relents cinématographiques avec des chansons taillées pour le 7 art. La variété des genres, allant du heavy rock au metal symphonique, voire à l’acoustique est rafraichissante et interpelle plus qu’à son tour. L’émotion mise en scène est palpable, et Dickinson module et varie ses intonations avec un bonheur qu’on ne trouve plus forcément dans son autre groupe, même si certains moments évoquent naturellement Maiden. The Mandrake project s’en distingue cependant largement au travers de cette œuvre impressionnante et plus que réussie. Alors oui, voici un disque qui méritait bien un peu de tapage et on attend maintenant de retrouver le légendaire chanteur sur scène – un Olympia puis un Hellfest en bien meilleure position que British Lion…

MICK MARS: The other side of Mars

USA, Heavy rock (1313, 2024)

Quatre décennies après avoir co-fondé Mötley Crüe, alors que le mythique groupe avait contractuellement décidé de « ne plus jamais jouer ensemble sous le nom de Mötley Crüe » mais… (on connait la suite). Mick Mars revient aujourd’hui aux affaires avec son premier album solo, The other side of Mars. Ceux qui espèrent retrouver l’esprit du Crüe, ce hard rock populaire et festif vont à la fois se régaler et être surpris. Car, non, on ne jette pas un esprit aux oubliettes aussi facilement mais un artiste se doit également de se réinventer et de remettre ses acquis en cause, proposer de nouvelles choses. pour ce premier album, le guitariste s’est entouré d’une équipe plutôt expérimentée au sein de laquelle on retrouve notamment le claviériste Paul Taylor (ex-Winger et Alice Cooper), le batteur de Korn, Ray Luzier, ainsi que le bassiste Chris Collier, qui se charge ici du mix et du mastering de l’album. La vraie surprise vient du chanteur retenu par Mick, Jacob Bunton, chanteur de L.A. Guns dont le timbre et la variété collent parfaitement à l’esprit général. Parfois très puissant, à d’autres moments rentre dedans, parfois encore suave et tendre, le chanteur est également rejoint par Brion Gomba sur des parties plus sombres et oppressantes le temps de deux chansons. La force de The other side of Mars réside en la variété de ses 10 titres. On y retrouve des lignes de guitares à la fois puissantes, agressives et épurées, des guitares qui ne prennent jamais le dessus sur le propos général. L’album se partage entre heavy rock direct et agressif (Broken on the inside, Ain’t going back again), des références à son ancien groupe, tant textuelles (les deux titres cités plus haut, certaines paroles à double sens comme « I’m lost in your lies » sur Memories) que musicales (Ready to roll et ses « hey » simples et fédérateurs, l’instrumental LA noir qui évoque autant Crüe que Satriani), des moments plus lourds et sombres (Killing breed) ou plus tendres (la heavy ballad Alone et la ballade romantique Memories). Avec ce premier disque solo, Mick Mars se rappelle avec bonheur à notre bon souvenir. Son retour est bien plus artistique que purement pécunier. Une vraie réussite.

DIRTY FONZY: Full speed ahead

France, Heavy/punk rock (Kicking music, 2023)

Bientôt 20 ans que les joyeux énervés de Dirty Fonzy distillent dans la bonne humeur leur punk rock tendance US teinté de heavy rock. Full speed ahead, leur dernier album en date, nous propose 13 chansons funs et entrainantes. Si le morceau titre m’évoque d’entrée de jeu les compatriotes de Sticky Boys, la suite lorgne autant du côté de The Offspring ou Sum 41 que des Ramones ou Motörhead. De belles références, non? Pas une seconde d’ennui, Dirty Fonzy, parvenant à entrainer l’auditeur dans son délire gentiment irrévérencieux et toujours plein de vie. Une chose seulement m’étonne: les longs crédits et remerciements ne mentionnent nulle part les noms des musiciens. Un détail qui n’ôte rien à l’entrain généré par ce Full speed ahead qui porte très bien son nom!

MAGICAL HEART: Heartsonic

Allemagne, Heavy rock (Fastball, 2022)

Ils auront dû patienter, nos voisins teutons, avant de sortir cet album. Les Allemands de Magical Heart ont en effet sorti leur premier album, Another wonderland, en 2018 et ont eu la bonne idée de teaser leur public en publiant, en 2020, deux singles prometteurs de l’album à venir. Sauf que… 2020 a vu nombre de projets avortés, repoussés sin die. Magical Heart a sagement préféré attendre la fin de la crise sanitaire et plus pour enfin sortir ce Heartsonic, second album puissant et mélodique. Dès Bad habits, le groupe séduit avec son hard rock mélodique, puissant, entraînant, la voix de son guitariste/chanteur, Christian Urner, y est pour beaucoup. Rugueuse, profonde, elle correspond parfaitement à ce type de hard rock. Il y a chez Magical Heart un amour évident des années 80, celles de ce heavy qui osait explorer des horizons variés, allant du hard FM au heavy racé tout en proposant un son résolument moderne. Le groupe varie les plaisirs et alterne intelligemment les tempi, passant du rapide Heartsonic à la power ballad My own way – peut-être le titre le moins marquant de cet album-  avant de revenir à du heavy mélodique et poétique (Waiting for so long) puis de retrouver les chemins du heavy rentre dedans et déterminé avec Daydream. On retrouve tout au long de Heartsonic des références à Bon Jovi ou Giant, parmi d’autres (Free of pain, Raise, Take your time) sans évoquer le visuel, très réussi, clin d’œil évident aux compatriotes de Helloween période Keeper. Au travers de ces onze titres, Heartsonic réunit tous les ingrédients pour séduire un public amateur de jolies et puissantes mélodies, toujours joyeuses et entrainantes. A découvrir et à soutenir sans hésiter!

OCTANE: Back in the game

France, Heavy rock (Autoproduction, 2022)

Les années de crise sanitaire ont de nouveau transformé Octane qui revient avec Back in the game sous forme de trio. une configuration qu’on définit souvent sous le terme de power trio et qui prend ici tout son sens. Le heavy rock d’Octane est à l’image de la pochette de son album: déjanté et fun. Le groupe nous propose un rock crade et généreux, gras et entrainant et les 8 ttres font directement mouche. impossible de résister à cette voix rauque ni à cette guitare aussi simple que ravageuse soutenue comme il le faut par une rythmique solide comme un mur. Octane ne s’encombre pas de fioritures, va droit au but et… ça marche du fe de dieu. Il est simplement impossible, pour un amateur de rock, de rester de marbre. Avec Back in the game, Octane se montre d’une efficacité redoutable de bout en bout, c’est aussi simple que ça!

DANKO JONES: Power trio

Canada, heavy rock (Mate in Germany, 2021) – sortie le 27 août

Première grosse sortie de cette rentrée, Power trio, le nouvel album de Danko Jones est une belle source de jovialité rock’n’roll direct et sans fioriture. On retrouve tout au long des 11 morceaux des Canadiens ce qui fait la force et l’identité du trio: pas de prise de tête, des chansons simples, courtes et efficaces. Covid oblige, le groupe a ajusté ses méthodes de travail comme nous l’explique le bassiste JC Calabrese au cours de sa longue interview: comme de nombreux autres, au lieu de se retrouver, les compos se sont écrites et enregistrées à distance, chacun travaillant ses parties, les envoyant aux autres et corrigeant par la suite. Le résultat en est tout simplement superbement plaisant. Power trio, c’est du rock comme on l’aime. Un vrai cadeau de rentrée. Pas besoin d’en ajouter d’avantage, il est désormais temps de retrouver le chemin des scènes.

MASON HILL: Against the wall

Angleterre, Heavy rock (7Hz, 2021)

Voila des gens qui ont visiblement tout compris… Mason Hill est une formation anglaise qui propose un heavy rock traditionnel et très moderne. Un peu fourre tout et facile comme descriptif? Ecoutez donc ce Reborn qui introduit avec douceur Against the wall. Sa guitare légère bientôt doublée de claviers et d’un chant chaleureux pose l’ambiance sinon le cadrer avant d’entrer dans le vif du sujet avec No regret, titre que ne renierait aucune des formations actuelles de metal mélodique entraînant. Une basse au groove prenant et intemporel, des changements de rythmes en veux-tu, en voilà, une production au top… Mason Hill met les petits plats dans les grands et réussit un tour de force: il y a une véritable identité musicale dans ce Against the wall qui, pourtant reste toujours familier. Old school meets modern school pourrait-on dire… On ne s’ennuie pas un instant, Mason Hill parvient à nous maintenir attentif, donne envie de bouger, de chanter (ces « Oh oh » simples et imparables sur Broken son) et alimente au travers de 11 titres toujours la curiosité de son auditeur (11+une autoreprise de Reborn qui vient aussi clore l’album). Voilà le genre de groupe qui donne furieusement envie de retrouver encore plus vite les concerts…

Interview: MASON HILL

Interview Mason Hill : entretien avec Scott Taylor (chant). Propos recueillis par Skype le 2 février 2021

 

Mason Hill? Un nom à retenir… Voilà un jeune groupe écossais plus que prometteur. Le premier album, Against the wall qui vient de paraître, propose un heavy rock qui puise autant dans les sonorités « classic » que moderne. Impossible de ne pas discuter un peu avec Scott, bon vivant à l’accent… costaud comme sa vision musicale. Un groupe à suivre de très près.

Metal-Eyes : Mason Hill sort son premier album le 5 mars. Que peux-tu nous dire de l’histoire du groupe ?

Scott Taylor : Mason Hill a commencé comme un groupe de potes à l’école. James (Bird, guitare) et moi sommes à l’origine du groupe. On s’est rencontrés en Ecosse, où nous avons grandi, je jouais de la guitare et j’ai commencé à chanter vers 16-17 ans. Il n’y avait pas d’autre chanteur, les autres musiciens, en gros, ce n’était que des guitaristes… On a commencé à monter des groupes, on est allés assez loin avec l’un d’entre eux. Nous avons eu l’occasion de nous rendre à Londres, ce qui nous a donné quelques opportunités. On ne se rendait pas compte à quel point c’était bon, cette adrénaline. En rentrant en Ecosse, nous avons commencé à chercher le line up pour Mason Hill, pour en arriver au groupe d’aujourd’hui. Marc Montgomery est arrivé en second guitariste, ce qui m’a permis de ne me concentrer que sur le chant. Ça a depuis été un grand huit d’émotions, de concerts, de fun !

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu la musique de Mason Hill à quelqu’un qui ne connais pas votre musique ? Et pour tout te dire, je fais partie de ces gens… Je n’ai pas eu le temps d’écouter une seule note de ce que vous faites !

Scott Taylor (il rit) : Ok, ok, je vois… Alors, nous sommes un groupe de rock moderne qui rencontre le rock classique. Je dis ça parce que nous avons tellement d’influences dans ce groupe, ça va du classic rock et le rock moderne. On adore expérimenter, trouver des sons actuels, mais on adore le rock plus traditionnel aussi, avec des solos et ces trucs-là. On essaie juste d’être nous-mêmes plutôt que d’imiter ce que d’autres groupes font…

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences principales ?

Scott Taylor : Il y en a un certain nombre, prioritairement les groupes avec lesquels nous avons grandi – Alter Bridge, Black Stone Cherry, Nickelback – et ce son des 80’s – la section rythmique adore Metallica. Ce qui est étrange, c’est que notre bassiste adore le hip-hop et nous essayons d’intégrer ce type de rythme aussi…

 

Metal-Eyes : Votre album s’intitule Against the wall. C’est ce que vous ressentez aujourd’hui, d’être le dos au mur ?

Scott Taylor : Pas aujourd’hui, non. L’album est la représentation de tout notre travail depuis 6 ans, avec des hauts et des bas, des moments de notre vie où nous ne savions ni où nous étions, ni où nous voulions aller… Nous en avons tiré cette détermination, pour et grâce à nos fans, et quoiqu’il arrive, nous savons où nous voulons aller ! Aussi loin que nous le pourrons et voici l’album du commencement.

 

Metal-Eyes : La pandémie a impacté le processus d’enregistrement ?

Scott Taylor : Oui, clairement. Le groupe a enregistré la plupart des instruments juste avant le Covid, mais il restait les voix à faire. Je devais les enregistrer en mars 2020, au moment du confinement américain. Et je me trouvais à New York à ce moment là. C’était une sensation étrange, deux des semaines les plus surprenantes de ma vie, je dois le reconnaitre. Ça a eu un impact sur nous, et sur la sortie de l’album. Nous pensions que ça durerait6 mois, 9 mois, donc nous pensions être prêts pour mars 2021. Mais quand on s’est rendus compte de ce qu’il se passait… On aurait pu retarder encore la sortie de l’album, mais les gars ont insisté. Ca fait si longtemps qu’n attend…

 

Metal-Eyes : D’ailleurs, en parlant de la pandémie : la bio sur votre site web précise que votre bassiste, Ward, a étudié la microbiologie et la virologie. Il aurait pu être utile à plus de monde s’il avait poussé plus loin ses études…

Scott Taylor (rires) : Je sais, je sais ! Il a étudié à l’université mais, voilà, c’est ce qu’il se passe avec les musiciens : combien y en a-t-il qui auraient pu avoir une vie stable ? Mais ils préfèrent arrêter pour se lancer dans l’aventure du rock.

 

Metal-Eyes : C’est comme toi : tu t’es entrainé des années avec pour objectif de devenir champion olympique de natation. Ça n’aurait pas été plus simple d’atteindre cet objectif que de se lancer dans une carrière de musiciens de rock à succès ?

Scott Taylor (rires) : C’était un rêve de gosse, oui, mais j’étais trop jeune pour me rendre compte de la réalité des choses. Je devais avoir 13 ou 14 ans. Tu fais partie d’une équipe et tu progresses. C’était bizarre d’être avec des gens qui se projettent 8 ans plus tard… J’en suis arrivé au stade où ce n’était plus un plaisir. J’ai appris ceci de la vie : si je n’ai pas de plaisir, je peux faire les choses, je me forcerai à les faire, mais quand quelque chose te botte, comme me tenir face à un public et chanter pendant 45’, je serai stupide de ne pas foncer !

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Against the wall pour définir ce qu’est votre groupe, laquelle serait-ce et pour quelle raison ?

Scott Taylor : Je pense, si je devais ne choisir qu’une chansons… que ce serait Broken son. Parce que le voyage qu’a connu cette chanson est le plus long que nos titres aient connu… J’ai écrit cette chanson avec John quand on avait 16 ans, je crois, il y a très longtemps, j’ai 27 ans maintenant. Elle a tant changé, elle a reçu tant de contributions de chacun, je crois que c’est le titre qui a vraiment reçu la contribution de chaque personne du groupe. Le truc avec cet album c’est qu’on a commencé à l’écrire vers 16 ans, et tout le monde ne faisait pas encore partie du groupe… Mais cette chanson, nous y avons tous participé, elle symbolise vraiment où nous pouvons aller ensemble lorsque chacun apporte sa patte.

 

Metal-Eyes : C’est votre premier album. Comment avez-vous procédé ? Vous êtes-vous retrouvé en studio, avez-vous plutôt utilisé les moyens numériques qu’offre la technologie actuelle ?

Scott Taylor : Nous avons pu travailler en studio à Glasgow, et avons travaillé avec Duncan Cameron. J’ai pu enregistré les voix à New York, mais, perso, je préfère pouvoir être en présence d’autres personnes, passer du bon temps ensemble. Duncan a fait un travail fabuleux, je suis vraiment content de ce qu’il nous a apporté.

 

Metal-Eyes : Justement, que vous a apporté le fait de travailler avec un producteur ?

Scott Taylor : Plein de choses ! J’étais un chanteur amateur un peu naïf… J’ai appris sur le tas, simplement en ouvrant ma bouche et en laissant les sons sortir. Là, j’ai pu apprendre la discipline, le contrôle de mon souffle, prendre conscience que je n’étais pas dans le bon ton… J’ai beaucoup appris de ce point de vue et ça change la vie !

 

Metal-Eyes : Against the wall sortira en divers formats, dont une version de vinyles en couleurs, 5 couleurs, plus précisément…

Scott Taylor : Oui. Quand on a commencé à en parler avec notre management, ils nous on montré plusieurs options. Nous les aurions voulues pour nous, donc on a tout pris. Ces versions couleur, je les mettrais volontiers au mur, elles sont trop cool ! Et c’est la concrétisation de ce voyage de 5 ou 7 ans, aussi, alors pourquoi se limiter.

 

Metal-Eyes : Et si tu les exposes au mur, elles seront vraiment « contre le mur » !

Scott Taylor : Exactement (rires) !

 

Metal-Eyes : D’où vient le nom du groupe ?

Scott Taylor : Ben… du fait que nous avions besoin d’un nom… Nous avions un nom avec un groupe de lycée, mais il ne collait pas… Je feuilletais un magazine, et, en gros, il y avait, sur une page un article au sujet d’un certain Docteur Mason – je ne sais absolument pas de quoi il parlait… – et de l’autre côté un article sur les collines d’Ecosse. Ça m’a frappé, j’ai trouvé que l’union des deux sonnait bien – Mason Hill. J’en ai parlé à James, et il a approuvé

 

Metal-Eyes : Ça sonne aussi comme un lieu de bataille, une victoire militaire…

Scott Taylor : Oui, aussi… Des gens m’ont dit que ça évoquait un nom de vin – tu veux un verre de Mason Hill ? – et je crois qu’il existe en Ecosse une colline de ce nom. Il y a plein de visions différentes. Et je pense que quand Queen a décidé de s’appeler Queen, ça ressemblait à une bonne idée. Mais leur musique devait être aussi classe que leur nom, ce n’est pas comme AC/DC, plus simple et direct…

 

Metal-Eyes : Que pourrait être la devise de Mason Hill ?

Scott Taylor : Depuis deux ans, je m’applique une devise qui pourrait coller au groupe : faire des efforts et partager pour atteindre nos objectifs. Je pense que nous comprenons tous à quel point il est difficile de réussir dans ce milieu. Nous avons tous la vingtaine, si nous faisons les choses, c’est maintenant, qu’avons-nous à perdre ? On y va, on fonce. On a peut-être le dos au mur, mais si on ne fait rien, rien ne changera.

 

Metal-Eyes : Et vous devez être les artisans de votre avenir…

Scott Taylor : Exactement, si nous ne faisons rien, personne ne le fera pour nous.

 

Metal-Eyes : Vous ne pouvez pas pour l’heure envisager de tourner. Comment allez-vous utiliser le temps qui vient ? Allez-vous en profiter pour composer et proposer une suite rapide à ce premier album ?

Scott Taylor : Absolument ! J’ai d’ailleurs quelques idées à travailler pour proposer de nouvelles choses cette année, les autres aussi, d’ailleurs. Nous sommes ouverts à beaucoup de choses, travailler pour proposer un nouvel Ep, un nouvel album… Nous n’en avons pas encore vraiment parlé mais je pense que nous allons simplement proposer du nouveau matériel, pourquoi pas ?

 

 

Interview: DREADFUL HIPPIES

Interview DREADFUL HIPPIES : entretien avec Nico (chant) et Stéphane (basse). Propos recueillis à Paris, le 4 mars 2020

Metal-Eyes : Dreadful Hippies est né en 2015, a sorti un Ep en 2016 et vient de publier Rover, son premier album. Mais l’histoire du groupe, c’est quoi ?

Nico : Dreadful Hippies est un groupe qui est né avec le guitariste, Eric Lorsey, et moi-même, et une bassiste qui n’est plus dans la formation, Tara. C’était l’idée de recréer un projet dont la base était de faire un rock simple. Ensuite, il a évolué. Il a évolué en Heavy Rock Simple et Efficace (il rit)

 

Metal-Eyes : Donc vous êtes les inventeurs du courant HRSE, qui est comme tu l’as précisé, un style à part entière. Ça va les chevilles ?

Nico : Ouais, ça va très bien. Parce que c’est vraiment simple et efficace, (il se marre) on a produit ce qu’on a créé, donc ça va.

 

Metal-Eyes : Le côté « simple », vous n’avez pas peur que ce soit un peu trop réducteur ?

Nico : L’idée c’est que c’est un peu un piège, parce que c’est pas si simple que ça !

 

Metal-Eyes : Alors vas-y ! Explique-nous !

Nico : Le côté simple du HRSE, ou en tout cas de la musique de Dreadful Hippies c’est la structure des morceaux. On est presque que sur du couplet-refrain-couplet-interlude- couplet-refrain-outro. C’est ça, le côté « simple ».  Mais dans les compositions, c’est beaucoup plus recherché.

 

Metal-Eyes : Comment définiriez-vous l’un et l’autre, la musique de Dreadful Hippies pour quelqu’un qui ne vous connais pas ? En dehors de Heavy Rock Simple et Efficace…

Stéphane : On a été cherché des sonorités assez rock des années 90. C’est surtout ça. En cherchant à… être simples et efficaces surtout (rires) ! Tu m’as tendu la perche…

Nico : Oh, ça va être dur… très très dur comme interview ! Alors, je confirme effectivement cette recherche de son, l’idée c’était d’apporter cette touche qui nous tient à cœur dans le rock, au sens large du terme. On a travaillé là-dessus pour arriver au son qui est le nôtre aujourd’hui.

 

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences respectives ?  

Nico : Moi, des influences très variées. Mon père était guitariste, il jouait dans un groupe de blues à l’époque sur Marseille. Mais on a toujours été éclectiques à la maison, mes origines antillaises. Donc la musique créole, du jazz, du reggae, du jazz, du classique… On a toujours tout écouté, c’est ce qui me définit dans mon approche musicale.

Stéphane : Dans mes projets, j’aime bien travailler différentes choses : dans la chanson, avec Dreadful Hippies, beaucoup plus metal rock, et c’est pareil pour la musique que j’écoute, peu importe le style.

 

Metal-Eyes : Le plus important, c’est que vous preniez votre pied…

Nico : Et que les gens prennent leur pied aussi.

Stéphane : Il faut que ça marche dans les deux sens. J’ai pas de style favori… j’écoute beaucoup de metal plus jeune, après j’ai découvert le jazz, et d’autres choses

Nico : Ah, si, je suis fan d’opéra aussi !

 

Metal-Eyes : Vous avez donc sorti un Ep en 2016, et vous revenez aujourd’hui avec Rover, un album. Qu’a-t-il de particulier ? Vendez-le moi…

Nico : En fait, Rover c’est la continuité du Ep, qui s’appelle Burn it, qui définissait le style. On tentait de voir quel type de musique on voulait faire. Quand on a commencé à donner des concerts et qu’on a vu que les gens accrochaient, on s’est dit qu’on allait rester dans ce style. Rover est sorti en gardant les mêmes ingrédients et le même esprit que l’Ep.

Stéphane : Moi j’y vois un truc assez énergique qui est lié aux répétitions et aux concerts qu’on a pu donner. Quand j’écoute l’album, c’est le côté énergique qui ressort.

 

Metal-Eyes : Vous l’avez enregistré comment cet album ? En conditions live ou vous avez profité à plein des outils technologiques à votre disposition ?

Nico : Pour la production même de l’album, on a fait ça en studio, piste par piste. Une fois qu’on a eu toute les pistes, on a tenté de faire un produit de qualité. L’album a été co-produit avec Izakar, l’ancien guitariste de Dagoba et actuel Blazing War Machine. Il a son propre studio. Il est ingé son de formation. Pour le mastering, on a travaillé avec un studio de Montpelier.

 

Metal-Eyes : Votre mascotte, c’est quoi ?

Nico : C’est un monstre. Un vagabond, « rover » en anglais. Ce vagabond cherche à se libérer de ses fardeaux. C’est l’image de sa chute, de la chute de tout le poids qu’il porte. L’un monte et l’autre tombe…

 

Metal-Eyes : Y a-t-il un thème de prédilection dans ce que vous chantez ?

Nico : Comme dans l’Ep, l’approche d’écriture c’est le voyage onirique de ce vagabond. C’était déjà le cas dans le Ep, même s’il ne sortait pas dans le nom du disque. L’idée, c’était d’avoir ce héros que l’on suit dans des aventures humaines, à travers d’émotions, par rapport à son environnement : de l’introspection, mais aussi par rapport à son environnement extérieur. Le but, c’est qu’on puisse tous se retrouver dans les textes. On a tous traversé des épreuves, amoureuses, sociales, conflictuelles, même politiques puisqu’il y a des morceaux qui sont assez engagés, et de se dire qu’il faut avancer dans la vie. D’où l’idée de la montagne. Que je perde tout ce poids et que je me libère.

 

Metal-Eyes : Quels thèmes politiques abordez-vous ? Quand on regarde les temps troubles partout dans le monde…

Nico : Ce qui est bizarre, c’est qu’entre l’écriture des deux disques, un an ou deux, ce sont toujours des sujets abordés et d’actualité : des politiques sociales en démocratie, en occident où on est censés être en démocratie mais on n’y est pas vraiment. Elle existe, mais elle est très limitée. Ces textes-là disent que, nous, on est tout petits mais que tous ensemble on peut être plus grands. The other 99, c’est l’idée du 1% qui a tout et 99% qui triment. Nous, les 99%, si on est tous ensemble, on peut vous faire plier.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il au contraire des thèmes que vous ne souhaitez pas aborder ?

Nico : Pas du tout, il n’y a pas de tabous.

Stéphane : Au niveau des textes…

Nico : Ah, pardon ! Des thèmes musicaux ? Je croyais que tu parlais de questions ! (il éclate de rire). Maintenant, les thèmes abordés dans le hip hop moderne ne nous intéressent pas du tout… Bling-bling, l’argent et tout ça, non… Ce qui est bien avec notre projet, c’est la simplicité, le fait de prendre du plaisir. Si on prend le morceau Dreadful Hippies, c’est juste une communion, tous ensemble. On est juste des hippies lamentables, on est là, libres et on partage ensemble.

 

Metal-Eyes : Justement, votre album est très festif, très rock. Qu’avez-vous voulu mettre dans cet album ? Quelle en était la ligne directrice ?

Nico : C’était ça : avoir une structure de morceaux simple, essayer d’y apporter toutes les essences, les sonorités qui nous plaisent dans ces styles musicaux. Il y a des morceaux bien stoner, ou d’autres très planants avec une rythmique qui nous permet d’être bercés, des choses plus brutes, et des choses au milieu, un peu plus expérimentales.

Stéphane : Je pense que, vous trois, en écrivant les morceaux, vous avez voulu vous faire plaisir avec des rythmiques, des chorus… Basse-batterie, c’est un peu plus basique, dans le sens où c’est pas forcément facile à jouer, mais ça ne part pas dans tous les sens. Eric va s’éclater un peu plus à la guitare.

Nico : Ce que tu pointes est vrai, car avec Eric, on a un projet annexe, de rock progressif à la King Crimson. Là on parle de structures compliquées, de rythmiques changeantes en permanence. Peut-être, effectivement que quand on s’est dit qu’il fallait qu’on ait un projet rock, simple… et efficace, notre but était d’arriver à s’éclater tout en étant efficace…

 

Metal-Eyes : Si vous deviez l’un et l’autre ne retenir qu’un titre de Rover pour expliquer ce qu’est Dreadful Hippies à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel, et pour quelle raison ?

Nico : Dreadful hippies. Au-delà du nom qui est venu naturellement, c’est ces ingrédients d’énergie et de… C’est une ligne droite : de la première seconde à la dernière, tu sais où tu vas et tu ne quittes pas la route.

Stéphane : Un morceau comme Untitled, aussi, qui est à l’opposé. Il y a du groove… C’est difficile de définir l’album avec un seul morceau…

Nico : Faites-vous votre propre idée en écoutant l’album !

Stéphane : C’est vrai que le plus représentatif serait Dreadful Hippies, mais il ne représente pas non plus tout l’album.

Nico : C’est vrai que c’est celui-là qu’on fait en général écouter en premier aux amoureux du rock. Ceux qui aiment un peu moins le rock, on leur fait écouter Untitled.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Dreadfull Hippies en 2020 ?

Nico : Euh… Se faire plaisir, sachant que je connais beaucoup de groupes depuis longtemps qui ont des hauts et des bas. On en a eu, on en aura, mais c’est important de garder cette énergie commune pour avancer.

Stéphane : Laisse-moi réfléchir… En 2020 ? « Dreadful Hippies sur la route », ça peut le faire ?

 

Metal-Eyes : ça peut (note : quoique, avec le recul, le confinement ayant commencé moins de deux semaines après cette interiew…) Il n’y en a pas un qui ait dit « HRSE forever », mais bon… (ils explosent de rire)

Nico : Non, ça, on a les T-shirts !

 

 

DREADFUL HIPPIES: Rover

Heavy rock, France (Autoproduction, 2020) – Sortie le 7 février 2020

Bon, ok, en matière de groupes de heavy rock festifs et légèrement déjantés, la France s’y connait. Alors Dreadful Hippies qui débarque avec son premier album (que précédait, en 2016, un Ep, Burn it) peut-il envisager révolutionner le monde? Est-ce seulement son intention? Non, car visiblement les inventeurs du courant HRSE n’ont pour objectif que de s’amuser et de permettre à leur public de passer du bon temps. Euh… pardon, mais HRSE, kézako? Heavy Rock Simple et Efficace. Rover, le susmentionné premier album, est doté de dix titres variés et entraînants. OK, Derrick Green, pardon, Niko Green (excusez la confuse, mais il est marron foncé comme le hurleur de Sepultura et il a le même patronyme. Je sais, on a dû te la faire environ un million de fois, celle là, non, Niko?) est parfois difficilement compréhensible, n’empêche que sa voix puissante et rauque, genre forgée à la dure à coup de papier de verre, de houblon et de clopes dans des tripots malfamés) fait le job. Et la grande force de ce disque réside en une variété musicale qui maintient en éveil. Démarrant sur un Who? digne de Motörhead par sa puissance et sa détermination, le groupe (Eric Lorcey à la guitare, Stéphane Mugnier à la basse et Vivien Bénard à la batterie accompagnent le chanteur lui aussi sus mentionné) explore rapidement d’autres horizons, tels que le grunge de Nirvana, le psyché des 60’s, et ajoute une touche de stoner ci et là. Si l’ensemble est puissant et groovy, si le propos général passe facilement, il manque toutefois cette petite touche qui pourrait faire passer Rover du statut de simple disque à une oeuvre marquante. Ce n’est que le premier album (l’ai-je déjà écrit quelque part? La mémoire me lâche…) et les promesses sont là. A Dreadful Hippies de transformer cet essai.