SAXON: le making of de Wheels of steel

En 2025, Saxon devait célébrer en grandes pompes le 45ème anniversaire de la sortie de son second album paru en 1980, l’incontournable pierre angulaire du heavy metal britannique Wheels of steel. Seulement, voilà: les plans ont été quelque peu contrariés. Biff Byford, le chanteur historique et dernier membre fondateur du groupe, a dû subir en urgence un traitement afin de lutter contre un cancer, désormais, semble-t-il, soigné. Les dates annulées ont été reportées, et Saxon conserve son programme dont ses trois dates françaises du Castles and Eagles tour, avec Sortilège en première partie et Overdrivers plus récemment ajouté. Nous retrouverons donc Biff et sa bande à Nantes, Toulouse et Paris les 15, 16 et 17 mai 2026 pour des concerts qui s’annoncent d’ores et déjà historiques (retrouvez ici l’article consacré à Saxon et le Zénith de Paris, paru en 2025 et mis à jour).

Mais… Saxon promettant de jouer l’intégralité de son mythique album, Metal-Eyes vous propose de revenir sur la naissance de Wheels of steel et de ses hymnes intemporels.

Effectuons cependant un rapide retour en arrière, à la fin des années 70. C’est après avoir assisté à un de leurs concerts que Pete Hinton, qui travaille alors pour le prestigieux label EMI (The Beatles, The Animals, Queen, Deep Purple, David Bowie, Kate Bush pour ne citer que quelques noms d’alors du label auxquels se sont joint, dans les années 80, Iron Maiden, Red Hot Chili Peppers, Whitesnake…), approche Son Of A Bitch promettant de reprendre contact avec eux. Seulement, comme le rappelle Biff Byford dans son auto biographie, silence radio. « Apparemment, lui et Freddie Cannon, également d’EMI, avaient été recrutés pour diriger la section anglaise de ce qui semblait alors un obscur label français, Carrère (…) Ils nous ont fait une offre : une avance de 30.000 £ pour deux albums avec une option pour d’autres. On s’est dit : « pourquoi pas ». Pete Hinton venait de chez EMI, et, à vrai dire, nous étions un peu déçus (…) de nous retrouver sur ce label que nous ne connaissions même pas ». Chacun des musiciens reçoit également 40 £ pour aller acheter des fringues correctes…

C’est également Pete Hinton qui suggère au groupe, insiste même, de trouver un autre patronyme, pensant que Son Of A Bitch ne passera jamais sur les ondes. Ainsi naquit Saxon (originellement « Anglo Saxon », mais, nouvelle suggestion de Hinton, réduit au simple patronyme actuel), alors composé de Biff au chant, Paul Quinn et Graham Oliver aux guitares, Steve Dawson à la basse et Pete Gill à la batterie.

Produit par John Verity, le premier album auto nommé parait le 21 mai 1979 chez Carrère. Concis – l’album ne dure qu’à peine une demi-heure – Saxon propose une diversité de titres qui peut ressembler à un patchwork mêlant heavy rock et progressif. Si l’identité du groupe n’est pas encore clairement définie, quand bien même on trouve des traces de ce qui va faire sa réputation, l’album se vend tout de même à quelques 15.000 exemplaires au Royaume-Uni, un score pour le moins encourageant.

Avant la sortie de son premier album, Saxon se lance dans une tournée anglaise qui débute le 7 février 79 à Bradford pour se terminer le 19 décembre de cette même année au célèbre Hammersmith de Londres. Ce ne sont en réalité que 37 dates – on ne peut parler de tournée que sur la dernière partie, période pendant laquelle le groupe commence à jouer ses nouveaux titres, dont Wheels of steel qui, selon le site Setlist.fm, aurait été joué en public pour la première fois le 13 octobre 1979 à Manchester pour intégrer plus que régulièrement les setlists de Saxon par la suite, aujourd’hui encore.

L’année 1980 commence avec la participation du groupe au Friday Rock Show, émission incontournable de la BBC. L’enregistrement a lieu le 23 janvier 1980 et sera diffusée le 15 février (l’émission figure entre autres sur la réédition de 2009 du premier album publié par… EMI, ainsi que sur la version booklet de 2018 de BMG). Saxon se produit également le 2 février au Electric Ballroom de Londres où le groupe, tête d’affiche, est accompagné par AngelWitch et Sledgehammer avant d’investir pour le reste du mois le Ramport Studio situé au sud de Londres. Initialement initialement conçu en 1973 par The Who qui envisageaient d’y mettre en boite l’incontournable Quadrophenia, le lieu accueille un bon nombre de vedettes de l’époque dont, parmi bien d’autres, Supertramp qui y enregistre Crime of the century en 1974. Thin Lizzy puis Judas Priest s’y installent respectivement pour Johnny the fox (1976) et Sin after sin (1977).

Pete Hinton propose de produire ce second album, dernière livraison contractuelle pour Carrère, rappelons-le… Cependant, c’est sans pression que les Anglais entament cette nouvelle période qui va s’avérer décisive dans la carrière du combo. Le budget alloué n’étant pas extensible, les sessions se passent vite, la post production, mixage et mastering également.

A peine sortis des studios, Biff, Paul, Graham, Steve et Pete lancent, le 21 avril au City Hall de Newcastle, le Wheels of steel tour qui se terminera le 23 décembre au Hull City Hall de Kingston upon Hull. Une longue tournée dont les dates se multiplient dès la parution de l’album.

La sortie de Wheels of steel est prévue pour le 5 mai 1980, une sortie qui aurait pu être mise à mal tant la concurrence est dense : le premier album de Def Leppard, On through the night, est arrivé le 14 mars et a trouvé son chemin en 15ème place des charts. Iron Maiden publie son premier album le 14 avril et rate le podium de peu (n°4). Les anciens sont aussi de la partie, dont Black Sabbath (Heaven and hell, le 25 avril) et Whitesnake (Ready n willing, le 3 mai).

A peine deux jours après, le public découvre donc Wheels of steel. Le guerrier du premier album a cédé sa place à un aigle métallique juché sur une roue de moto. Le logo devenu mythique du groupe est la seule marque rouge de cet album. Au verso, cinq mecs assis, voire tranquillement affalés sur un canapé, tous revêtant l’incontournable Perfecto. Pas de frime, un look de prolo rockers. Et l’on va rapidement découvrir le même esprit dans la musique, brute et directe, et les textes des chansons qui parlent simplement de la vie – les excès en moins.

Le morceau titre fait l’objet d’un premier single (avec, en face B, Stand up and be counted). Si le morceau est apprécié des radios, c’est l’album dans son entièreté qui donne des claques.

Une radio qui ressemble à celle de la police de la route (dont Saxon reparlera sous peu) en bruit de fond, des motos qui déboulent et s’éloignent en trombe introduisent Motorcycle man. Dès ce titre introductif, Saxon déclare son amour pour les belles mécaniques et les grosses cylindrées. Le morceau est à la fois fougueux et aérien, doté de guitares sans fioritures, d’un chant puissant et mélodique et d’une rythmique entrainante et de paroles simples et populaires, des paroles qui, en gros, disent « si tu me vois rouler, ne tentes pas de m’arrêter, le suis un motard ». Un clin d’œil à peine masqué à un certain Easy rider et son hymne intemporel Born to be wild (Steppenwolf), et aux motards en général.

Tout au long de l’album, Saxon se montre ambitieux en variant les plaisirs et les tempi. Exit donc les envies progressives, place au rock heavy, speedé et mélodique. Et toujours populaire. Stand up and be counted s’adresse ainsi, sur un rythme imparable, au public qui ne peut que lever le poing et secouer les cheveux.

Objet du second single (qui paraitra à la fin du mois de juin de cette même année), 747 (strangers in the night) mêle brillamment lourdeur, celle d’un avion de ligne et un refrain à faire chanter le public. Biff explique que ce titre ne raconte pas que l’histoire d’un avion perdu en vol (un numéro et un routing complètement imaginaires, d’ailleurs) mais qu’il évoque aussi une panne d’électricité générale qui a plongé New York dans les ténèbres, panne qui a forcé des avions à devoir être déroutés vers d’autres destinations. Il s’agit aussi du premier de nombreux autres titres traitant d’avions, moyen de transport que, comme il me l’expliquait en 2018 (http://metal-eyes.com/interview-saxon), Biff n’apprécie pas, qu’il subit plus qu’autre chose.

Puis arrive le morceau titre qui en un clin d’œil se transforme en hymne intemporel. Wheels of steel, on le sait moins, a pour origine une vielle voiture que possédait Biff. Il explique même que ce titre devait être la base de ce qui allait devenir plus tard Princess of the night. Avec son mid tempo lourd, son refrain sec que chacun continue aujourd’hui encore de chanter en concerts, son ambiance générale, Wheels of steel a tout pour mériter son statut intemporel.

Rien que pour cette première face où rien n’est à jeter, Saxon entre dans la légende. La face B, quant à elle, débute avec le furieux Freeway mad, encore un morceau dédié à la route. Un titre rapide et claquant aux guitares enragées et aux rythmes épileptiques. Un morceau expéditif qui est d’ailleurs le plus court de l’album (2’41 !)

Avec trois titres traitant de bécanes et moteurs, on pourrait penser que Saxon cherchait alors à s’adresser à un public précis.  Mais comme le rappelle aussi Steve Dawson, Biff et lui possédaient chacun une moto, ce qui les a « inspirés pour des chansons comme Stallions of the highway ou Motorcycle man (…) Mais le lien avec le monde des motards ne vient pas de nous. Les bikers, Hell’s Angels et autres motards se sont emparés du titre et en ont fait des hymnes ». Il note également que s’ils ne faisaient pas partie du même monde, les bikers les ont toujours traités avec respect. Pas étonnant, Saxon ayant toujours été respectueux d’autrui également.

See the light shining, appuie un peu sur le frein. Le morceau, direct et rapide, ne voit sa détermination calmée que par le break plus lent mais tout aussi déterminé qui évoque la lumière du titre. Sans doute celle des étoiles qui commencent à briller dans les yeux des musiciens, celle, aussi, qui éclaire la scène. Si le morceau peut parfois ressembler à un assemblage de différentes idées, comme c’est d’ailleurs très souvent le cas, le résultat est mémorable et rentre lui aussi dans la tête.

Prolo jusqu’au bout, rock band uni, Street fighting gang évoque les souvenirs d’enfance de Biff, gamin qui n’avait cure de l’école et préférait passer la nuit dehors. Là encore, la production sèche et claquante colle à l’esprit de la chanson.

Vient ensuite le moment « émotion ». Suzie hold on, titre le plus soft de l’ensemble, relate l’histoire d’une amie du groupe (prénommée… Suzie) atteinte d’un cancer. Au travers de ses textes, Biff encourage son amie à se battre, à faire ce qu’elle croit être juste pour s’en sortir. Suzie hold on sera choisi comme troisième single, et paraitra sous ce format, accompagné en face B de Judgement day (live), en septembre 1980.

Après le calme, la tempête. Vraisemblablement inspiré par leurs amis de Motörhead et la double de Phil Taylor, Saxon appuie à fond sur l’accélérateur avec Machine gun qui canarde et défonce tout sur son passage. Une conclusion explosive qui m’a toujours laissé sur ma faim.

Wheels of steel ne serait peut-être pas ce qu’il est devenu sans la production de Pete Hinton. Les musiciens se souviennent de lui comme étant quelqu’un proposant des idées. Les moyens de l’époque ne permettaient certes pas d’avoir un son gras comme aujourd’hui, mais le résultat est là : 9 morceaux au son organique, brut de décoffrage, franc du collier, qui n’ont rien à cacher et se veulent simplement directs et directement efficace. Wheels of steel est le résultat d’un groupe qui ne cherche pas à frimer, un groupe droit dans ses bottes qui, sans le savoir encore, vient de signer un chef d’œuvre qui, naturellement, grimpe dans les charts et trouve une jolie 5ème place dans les charts anglais.

Si quatre de ces morceaux font encore régulièrement partie des setlists du groupe – ne cherchez pas, c’est toute la face A dont on parle – on attend avec impatience de pouvoir réentendre l’album entier joué live. Le temps n’a pas de prise sur un tel disque. Carrère a eu le nez creux, et, comme Biff l’expliquait, à l’époque, les maisons de disques misaient beaucoup sur le single et « si tu vendais 500.000 singles, alors tu vendais autant d’albums ». Wheels of steel ne s’est pas autant vendu mais a tout de même atteint la certification Or au Royaume-Uni, soit 100.000 exemplaires ayant trouvé preneur. L’histoire a fait le reste, au travers, entre autres, de nombreuses rééditions.

Parmi celles-ci, la naissance du CD a naturellement fait l’objet d’une première livraison via EMI/Parlophone (chez qui Saxon a finalement trouvé refuge au milieu des années 80, pas forcément pour son plus grand bien, d’ailleurs, mais c’est une autre histoire et un autre débat). Rien de plus que l’album vinyle, la pochette étant simplement plus foncée que l’originale. On se penchera cependant d’avantage sur les autres livraisons dont celle qu’EMI propose en 2009 (avec 8 morceaux supplémentaires : 2 démos de 1980 (Suzie hold on, Wheels of steel) et la version live de Stallions of the highway ainsi que 5 titres de la prestation désormais entrée dans l’histoire que le groupe a donnée aux Monsters of rock en 1980. L’album est complété d’un livret de 8 pages dont de longs explicatifs signés Jerry Erwing du magazine Metal Hammer et d’un patchwork de diverses affiches de concert et pochettes des 45t. On retrouve ces mêmes titres sur la version « booklet » éditée en 2018 par BMG dotée, comme les autres albums de Saxon ayant fait l’objet de ce même format, de 26 pages richement illustrées ainsi que des textes des chansons. Ce même label a également proposé cette même année une réédition en version double vinyle (d’autres albums en ont également été l’objet) ainsi qu’une édition limitée célébrant le 45ème anniversaire de la bête (uniquement pour le record store day de 2025) avec un double vinyle bleu et rouge, dont un propose les 9 titres joués lors des Monsters of rock de 1980. Bref, Wheels of steel est un album légendaire qui n’a pas fini de séduire jeunes et moins jeunes amateurs de décibels !

Rendez-vous maintenant, rendons-nous même!, dans ces Zénith qui accueillent Saxon (avec Sortilège et Overdrivers) dont celui de Paris qui a fait l’objet l’an dernier d’un article dédié par votre webzine, à retrouver avec ce lien: Saxon au Zénith de Paris

Sources : Never surrender (or nearly good looking), Biff Byford and John Tucker, Iron pages books, 2007, Wheels of steel : The explosive early years of the NWOBHM, Martin Popoff, Wymer publishing, 2019, NWOBHM encyclopedia fifth edition, Malc Macmillan, Iron pages books, 2020, ainsi que diverses éditions de l’album, setlist.fm, saxon747.com et autres sites internet, entretien avec Biff au Bataclan (2011).

JJAX: Reason to hope

France, Heavy metal (Autproduction, 2026)

Si au départ JJAX est le projet solo de Julien Jacquemond, que les amateurs de metal hexagonal connaissent sans doute pour son travail passé avec Inner Visions, le projet est devenu groupe, le guitariste chanteur s’entourant d’autres fines gâchettes : Karim Attoumane, guitariste de Zuul FX, Brice Berrerd, bassiste de Les Discrets et Arnaud Gorbaty, ancien batteur de Alkemyst ou Further Dimension. La formation publie ses premiers essais via bandcamp en 2021 et propose aujourd’hui Reason to hope, une solide galette qui mélange oldie but goodie à des sonorités résolument modernes. Le résultat est à la fois étonnant et efficace. On a parfois l’impression que Jjax plonge dans un trip nostalgique en réexplorant les origines du thrash (de belles guitares sauvages à la Metallica/Slayer) ou à l’époque dorée de la NWOBHM, certains passages vocaux m’évoquant Diamond Head, ou encore les duels de guitares que ne renieraient pas des Maiden ou Priest. Certaines influences remontent même plus loin, au rock and roll des 60’s ou au hard rock naissant (The spirit résume bien cet état d’esprit, ainsi que les deux reprises, Carry on wayward son – ici renommé « Carry on, my wayword son – de Kansas et Riff raff d’AC/DC). Mais Jjax se veut aussi contemporain en proposant des moments plus rageurs et brutaux – dont quelques grognements bien sentis – et des refrains qu’on pourrait aisément siffloter. Jjax s’offre même le luxe de quelques participations extérieures, et non des moindres puisqu’on retrouve au gré des titres Ivan Keller (Jelusick), Madie (Faith In Agony, ex-Nightmare) et Swan et Jerem G (BlackRain), preuve que le groupe présente un réel intérêt. Huit titres originaux aux guitares aussi furieuses que mélodiques et deux reprises pour un album haut en couleurs. Sans doute pas une révolution mais un vrai bon moment à conseiller.

BEYOND THE BLACK live à Paris (Bataclan, le 17 janvier 2026)

Ce soir, ce sont deux découvertes qui m’attendent avant de pouvoir assister à la prestation de Beyond The Black, toujours mené par sa chanteuse, Jennifer Haben. Mais avant, place à deux formations inconnues de mes services: Seraina Telli et Setyoursails. Et ce soir, c’est clair, c’est une première soirée girl power, les trois formations étant menées par des chanteuses. Aux styles radicalement différents, nous allons vite nous en rendre compte! C’est un Bataclan en « petite » configuration (le balcon est fermé) qui accueille un petit millier de spectateurs.

Seraina Telli@Paris Le Bataclan

La scène est envahie de verdure et plantes artificielles – le stand de merch, très vert, donne un premier aperçu – composé de gigantesques fleurs en tissus, d’un pied de micro orné de feuillage et de mousse s’étalant sur les claviers. Les lumières s’éteignent et le public découvre une sorte d’épouvantail armé d’une guitare – verte, à ce stade, ça semble aller de soi – qui s’approche du centre de la scène. Coiffée d’un chapeau « chevelu » qui lui cache complètement le visage, toute de noir et de vert vêtue, Seraina Telli susurre ses premières paroles sur une scène toute éclairée de… vert avant de se découvrir et d’entrer de mettre le pied sur l’accélérateur.

Seraina Telli@Paris Le Bataclan

Une demi-heure durant, la jeune suissesse, seulement accompagnée de son complice batteur, délivre un set haut en couleurs et en énergie. Pop et rock à la fois, coincée entre une Britney Spears énervée et Halestrom, le duo se montre, malgré l’étroitesse de la scène, plus qu’enjoué et parvient aisément à se mettre le public, très réceptif, dans la poche. Les prises de paroles sont toujours joyeuses et positives, Seraina semblant vraiment heureuse d’être là ce soir. A l’image de son concert, simplement rafraichissant.

Seraina Telli@Paris Le Bataclan

Avec Setyoursails on change de registre. La scène est dépouillée, aucun artifice ne traine exception faite d’une petite estrade pour la chanteuse, Jules Mitch. Après une intro techno, la salle est plongée dans le noir et là… La brutalité de l’intro ne fait aucun doute, le groupe pratique un metalcore/hardcore des plus explosifs. La chanteuse ayant hurlé un « are you ready to rock n roll », on sait à quoi s’attendre. Les lumières sont aussi minimalistes que la musique est massive. Rapidement, pourtant, après avoir rappelé que c’est sa seconde venue à Paris, le groupe obtient un premier circle pit.

SetYourSails@Paris Le Bataclan

Si, au départ, je n’éprouve aucune sensibilité, Setyoursails se montre bientôt très entrainant et d’une exemplaire efficacité. Des titres comme Bad company proposent un groove imparable et d’autres comme Fckoff sont prétexte à faire chanter, avec facilité, le public que Jules tient, elle aussi, dans la paume de sa main.

SetYourSails@Paris Le Bataclan

Même si certains passages m’évoquent Avatar, Setyoursails propose un set d’une incontestable efficacité. Quand bien même André Alves, le guitariste, soit peu mobile – il semble qu’il soit malade, alors, chapeau – la formation allemande a su séduire le public qu’elle quitte avec un Best of me plus que rageur.

SetYourSails@Paris Le Bataclan

Un grand voile noir floqué du nom de la tête d’affiche – Beyond The Black – tombe en devant de scène, bloquant la vision du public. Les Allemands viennent à peine de publier leur dernier album, Break the silence, paru au tout début du mois, et vont lui faire honneur. Certes, le public ne connait pas encore bien le nouveau répertoire, mais les titres extraits de cet album – pas moins de six, soit un tiers du set – vont se montrer très efficaces.

Beyond The Black@Paris Le Bataclan

Mais d’abord, annonçant l’arrivée de la formation, Paint it black (The Rolling Stones) retenti. Puis des lumières rouges éclairent le rideau de scène qui, dès les premières mesures de Break the silence, tombe, laissant apparaitre les héros du soir. Petit à petit, la troupe de Jennifer Haben séduit un public plus nombreux et le metal aux accents pop fait ce soir encore son petit effet.

Beyond The Black@Paris Le Bataclan

Beyond The Black dégaine d’office deux cartouches qui font mouche, Break the silence et Rising high, deux premières nouveautés directes entrecoupées de Hysteria, issus de Heart of the hurricane (2018). Chaque album sera représenté ce soir par au moins un titre, Songs of love and death, le premier opus datant de 2015 demeurant en seconde position avec cinq extraits.

Beyond The Black@Paris Le Bataclan

Rapidement, on se rend compte que la musique de BTB va au-delà du simple « metal symphonique à chanteuse », quand bien même on en reconnaisse les codes, dont ces quelques joutes verbales à la « belle et la bête » lorsque le guitariste Christian Hermsdorfer grogne en réponse à la chanteuse. Seulement, la formation intègre d’autres éléments, allant de la pop aux musiques folkloriques avec des intonations orientales ou hispaniques.

Beyond The Black@Paris Le Bataclan

Chacun des musiciens semble dans une remarquable forme, l’espace scénique étant occupé par chacun, Jennifer Haben s’écartant même régulièrement pour laisser l’avant garde s’exprimer. La complicité est palpable et se ressent dans les interprétations efficaces de chaque morceau.

Beyond The Black@Paris Le Bataclan

On admire les nouveautés comme Ravens (pour lequel la chanteuse a revêtu une gigantesque paire d’ailes dorées qui lui donne une autre envergure lorsqu’elle ouvre majestueusement les bras), The flood et le très chantant Let there be rain avec son intro hispanique, autant qu’on se laisse prendre au jeu des titres plus anciens tels Lost in forever, Written in blood et autres When angels fall, nouveau prétexte à une joute verbale.

Beyond The Black@Paris Le Bataclan

A mi parcours, BTB nous offre un duo électro, un duel de synthés que se lancent Jennifer Haben et Christian avant de proposer le seul extrait de Horizons (2020) avec Woubnded healer. Les animations de fond de scène – un long écran qui diffuse de belles animations ainsi que, par instants, quelques paroles de refrains – sont complémentaires, réfléchies et jamais envahissantes, et ne distraient pas inutilement le public qui saute à l’unisson sur des morceaux comme Shine and shade.

Beyond The Black@Paris Le Bataclan

Et quand on apprécie, le temps semble vite passer… In the shadows voit le groupe quitter la scène le temps de se faire réclamer. Le rappel est d’un triptyque imparable composé de The art of being alone, Running to the edge et de Hallelujah au refrain scandé par le public au gré des « sing » qui s’affichent à l’écran.

Beyond The Black@Paris Le Bataclan

Si Beyond The Black fut exemplaire, démontrant que le groupe a la capacité à séduire un large public, ce sont trois groupes, menés tambours battant par des chanteuses totalement impliquées, qui nous ont offert une soirée des plus chaudes et mémorables. Une année live qui débute de la plus belle des manières et qui augure le meilleur !

Merci à Sabrina Cohen Aiello et Mathilde Honoré (Veryshow) d’avoir rendu ce report possible

Interview: KOB

Interview KOB. Entretien avec Rudy le 7 novembre 2025

Bien que cela fasse un bon moment que Kob existe, c’est la première fois qu’on parle. Peux-tu nous raconter l’histoire du groupe dont j’ai l’impression qu’on ne peut pas parler de carrière mais plus d’opportunités de se retrouver entre potes…

Les racine de Kob remontent à 1976, avec un autre groupe dans lequel il y avait mon frangin, Thierry (Huylebroeck, guitare), Bruno (Laguide, batterie) et Boboss (Jean-Michel Berger, basse). Ça, c’est les racines, et KOB s’est réellement formé en 1997. Tu as raison, c’était des retrouvailles entre eux trois, et à l’époque, il n’y avait pas de chanteur. Ils ont cherché. Moi, je connais Stéphane (Graziani) depuis très longtemps, depuis qu’on est gamins. Il chantait et un jour je lui ai dit que mon frangin cherchait un chanteur. Il a fait un test et a intégré le groupe en 1999. Ils se sont ensuite rapidement rendu compte que ce serait mieux avec 2 guitares, ce qui correspondait plus aux goûts de Stéphane. J’ai intégré le groupe comme ça, en 2000. Depuis, on a le même line-up à l’exception d’un changement en 2006 : Stéphane est parti et a été remplacé par Nicolas Blaizeau avec qui on a fait l’album Close to dawn, en 2009. Et en 2011, The time is right a été fait sans moi puisque je suis parti accompagner un bluesman en tournées. Kob a arrêté en 2012 parce que peu de choses se présentaient et on a repris la formation sous sa forme originale, à l’exception de François, qui avait remplacé Boboss à la basse en 2002, et qui n’a pas souhaité reprendre l’aventure pour des raisons qui lui sont personnelles. Il a été remplacé par Jean-Michel, et depuis 2016 le line up n’a pas bougé. On a lu ta chronique de l’album, bien sûr, mais ce n’est pas exactement des « retrouvailles » comme tu l’écris… Le groupe ne s’est jamais vraiment arrêté, à part un break de 2012 à 2016. On se voit toujours en répète au moins une fois par semaine. Et s’il faut monter sur scène ce soir, on est prêts !

Que pourrais-tu me dire au sujet de votre nouvel album, When the axes fall ? Il y a 7 compos originales et 2 live. Vends-le-moi, cet album !

Te le vendre, Le mieux, c’est de l’écouter ! Il n’y a pas meilleur moyen, mais pas sur les plateformes ! Il faut s’en imprégner, aussi bien au niveau des textes de Stéphane que de la musique où il y a une certaine noirceur, en lien avec l’époque actuelle. On dénonce une certaine déviance actuelle au niveau des sociétés – pas que la nôtre.

Quand on lit les titres de l’album, on peut avoir l’impression que vous traités d’autres thèmes que ça, les vikings de la pochette évoquant même l’univers nordique d’Amon Amarth…

Oui, c’est un peu le coté caricatural de la pochette… Un morceau comme The scourge of god parle d’Attila, que tout le monde connait. Mais un texte comme Criminal negligence parle du laisser-aller, du laxisme face au crime. Personne ne bouge… Je ne sais pas trop comment dire ça… Le point commun, c’est de dire qu’on est toujours dans la même violence.

Y a-t-il aussi des thèmes qui, selon toi, n’auraient pas leur place au sein de KOB ?

Oui, la politique, je pense. Ce n’est pas quelque chose qu’on traite. Déjà, on n’est pas au fait de tout ça. C’est quelque chose qui nous touche, évidemment, mais on ne va pas s’engager dans cette voie. On ne sait pas grand-chose, politiquement parlant.

Si tu devais maintenant décrire la musique de Kob à quelqu’un qui ne vous connait pas – assez peu de monde sur cette planète, restons humbles – que lui dirais-tu ?

(Rires) Déjà que c’est une musique de passionnés. C’est ce qu’on fait depuis toujours, et c’est une musique brutale qui vient des racines du rock, du hard rock. Il y a une certaine énergie, il faut que ça pète ! La base de Kob, c’est ça : « faut qu’ça pète » ! On nous a classifiés « heavy metal, pourquoi pas ? On ne s’est jamais auto proclamés comme étant des metalleux…

Vous faites quand même partie de la famille hard rock…

Ah, totalement ! On vient de cette famille avec Judas, Maiden, et même bien avant ! Je suis fan de groupes comme Moutain, le Alex Harvey band, Rory Gallagher… Ce mélange de culture des années 60/70 et 80 donne ce que fait Kob. C’est sûr qu’on ne fait pas ce qui se fait maintenant. On ne saurait même pas faire… Du black, du death, je ne saurai même pas faire la différence (rires)…

Je le disais au début, il y a 7 nouveaux titres et 2 live sur votre album. Pourquoi ce choix ?

Alors ça, c’est déjà le cas sur le précédent album, Alive and raw, qui a 4 titres studio et 4 live. On pense, peut-être à tort, que la vérité vient de la scène. Malheureusement, on n’en fait pas beaucoup, mais on est avant tout un groupe de scène. On avait envie de remettre en avant des vieux titres pour que les gens se fassent une idée de ce que nous sommes sur scène.

Sur les 7 autres titres, si tu devais n’en retenir qu’un pour expliquer ce qu’est KOB aujourd’hui, ce serait lequel ?

Je crois que c’est The scourge of god. Il est vraiment dans la veine Kob, qui a le côté enclume, le côté viking comme tu le disais tout à l’heure…

Je voulais aussi parler du visuel : ce que je remarque avec vos albums, c’est qu’il n’y a pas de visuel récurrent. Aux débuts du groupe, le K de Kob était à l’envers, il est aujourd’hui l’endroit, il n’y a pas logo propre au groupe ni de visuel directeur. Close to dawn, on dirait de la SF, Mechanism of time m’évoque les Temps moderne de Chaplin, là on a des vikings, Attila… Sans aller jusqu’à une mascotte, il n’y a pas de véritable « accroche » visuelle qui permettrait d’identifier le groupe comme étant Kob. Comment l’expliques-tu ?

Je ne sais pas si c’est volontaire, je pense qu’on ne s’est jamais posé la question dans ce sens-là. En même temps, quand tu regardes la collection des Led Zeppelin, il n’y a pas un album qui suit l’autre. On n’a pas forcément envie d’avoir une mascotte comme Maiden. C’est une remarque intéressante, cependant… L’imagerie, elle est plutôt sur scène. Si tu as déjà vu des photos live, il y a un backdrop avec une espèce de monstre, en filigrane derrière le Kob. C’est un peu ça l’imagerie pendant nos concerts, sur nos cartes de visite… L’image qu’on a sur les mugs, mais c’est vrai que sur les albums, il n’y a pas de suivi. Ce n’est ni volontaire ni involontaire, c’est un choix, par rapport à ce qu’on fait.

Tu viens de parler du Kob. C’est quoi, la signification du nom du groupe ?

Ah ! Alors ça, c’est un sujet épineux qui est resté secret et qui va le rester parce que j’ai pas envie de me faire étrangler (rires). Sache simplement que ça part d’une plaisanterie qui remonte à il y a 25 ans, donc bien avant mon arrivée dans le groupe.

Une plaisanterie entre qui et qui ?

Je crois que c’est entre Stéphane et Thierry, mais je ne suis pas sûr. Il y a eu énormément de « polémiques » à notre niveau… On s’est fait appeler Kronenbourg Over Bibine, on s’est fait traiter d’antilope – le kob, c’est une antilope africaine. On ressemble à tout sauf des antilopes ! On serait plus des hippopotames (rires) ; Mais la vraie signification… ben, elle va rester secrète !

Tu disais que vous jouez trop peu, y a-t-il des dates de prévues ?

Non… là on a une date le 9 mai 2026 à Mennecy, on est en discussions avec des boites de booking, mais rien de plus. Quand nous, musiciens, on envoie des mails, plus personne ne nous répond. On sent qu’il faut passer par des agences si on veut avoir des réponses.

Un groupe de rock, on le sait, ne vit pas de sa musique. Quelles sont vos autres activités ?

Il y a deux retraités, Jean-Michel est peintre en bâtiment – c’est pas évident, c’est un métier physique et il doit se taper des répètes derrière. Il a du mérite – Stéphane a un poste à très hautes responsabilité, il travaille pour une entreprise qui élabore des machines pour les laboratoires d’hôpitaux, partout en Europe. Il parle plus souvent anglais que français, ce qui lui confère un accent plutôt sympa et correct. Et moi, je suis directeur de production dans l’entreprise d’un pote.

Si vous deviez aujourd’hui réenregistrer un album de Kob avec le line-up actuel, ce serait lequel ?

Aoh, c’est difficile comme question, ça ! Je suppose que ce serait Strafe the underdogs. Il n’a pas eu de chance cet album… Il y a déjà eu de gros problèmes de mastering, et, ensuite, il a été enterré à sa sortie. On était distribués pas Wagram, via NTS à l’époque, et NTS a eu des soucis que je ne connais pas exactement et cet album est resté deux/trois ans dans les cartons. On en a vendu, le deux premières semaines, 400 environ, et ensuite, ça s’est effondré. Un peu comme les dominos : il y a eu les soucis de NTS, les albums sont restés dans les cartons, ils nous ont été rétribués ensuite mais ça a mis quelques années. L’album était mort avant sa sortie… Si on devait en refaire un, ce serait celui-là.

DEMONTOOL: La valse des âmes

France, Heavy/Thrash (Autoproduction, 2025)

2008: Soleil rouge. 2012: Prophétie MMXII. Si d’aucuns pensaient que nos Franciliens de DemonTool avaient sombré corps et âmes, eh bien non. Certes, il aura fallu attendre 13 ans avant de retrouver un nouvel album mais le groupe a mis ce temps à profit avec diverses activités. Chris, le chanteur, a ouvert le Demon Bar à Outarville, au nord du Loiret, un sanctuaire pour les formations heavy de tous bords puisqu’il s’agit plu sd’un club que d’un simple bar. DemonTool s’est également étoffé en ajoutant un guitariste à son line-up historique, le barbichu de service, Olivier Louis-Servais qui accompagne à merveille Nils Coubaron. Les deux piliers rythmiques Nico (basse) et Jérôme (batterie). Cette formation circule, donne de nombreux concerts et se soude avant d’entrer en studio pour enregistrer ce troisième méfait, La valse des âmes, un album imprégné de cette lourdeur sombre contemporaine. Au travers de huit titres, DemonTool dresse un constat de l’état de notre (in)humanité, période de crise sanitaire incluse. Du speed La morsure du loup à l’explosif Pandémie, le groupe ne laisse pas un instant de répit à l’auditeur, flirtant plus que souvent avec le thrash des vieux jours parfois même avec le death. Chanté dans un français hargneux, l’ensemble des morceaux est entièrement prévu pour la scène. On regrette la pauvreté du son, sec, claquant et trop direct, presque une démo, un son qui manque de rondeurs et de « grasse » générosité. Ce qui n’empêche de se délecter de ces compositions franches aux refrains à, souvent, reprendre en chœur. DemonTool est un groupe qui se fait plaisir et qui en donne – il suffit de voir le groupe en live pour s’en convaincre tant l’ambiance est à la déconne ou de visionner l’intro de la vidéo ci-dessous. L’opposé de ce sérieux discographique.

IRON MAIDEN: Infinite dreams

Biographie visuelle (Thames & Hudson, 2025)

Alors qu’Iron Maiden a célébré en cette année 2025 un demi siècle d’activité avec une petite mais monstrueuse tournée (Run for your lives tour), le groupe fondé par Steve Harris en 1975 n’en reste pas là. Au-delà d’une nouvelle tournée annoncée pour 2026 (dont deux dates en France, le 22 juin à l’Arena de Paris La Défense et le 28 du même mois au Groupama stadium de Lyon), cet anniversaire est également célébré avec la publication de Iron Maiden: Infinite dreams, un pavé de plus de 2,5 kilos qui nous propose un voyage à travers le temps.

Des débuts de la vierge de fer à la dernière tournée en date, cet ouvrage, bourré jusqu’à la gueules d’illustrations et de memorabilia, retrace disque par disque, tournée après tournée, les différentes étapes de la carrière exemplaire de la formation londonienne.

Au travers de 352 pages, le fan peut ainsi retrouver des documents déjà connus mais surtout découvrir des raretés qu’on n’aurait pas imaginer voir ou lire un jour. Steve Harris nous présente ainsi certains de ses agendas annotés remontant aux années… 70! Chaque membre du groupe raconte également ses souvenirs, époque par époque.

Le fan ultime pourra/devra de son côté envisager de se faire soigner de sa collectionnite aiguë en découvrant le nombre incalculable d’articles officiels édité par la multinationale Iron Maiden. Entre T-shirts, tour programs, éditions diverses de sa production discographique et autre goodies c’est un musée qu’il faudrait ouvrir.

La version originale éditée par Thames & Hudson est proposée dans des versions normale ou numéroté avec fourreau reprenant le visuel de la dernière tournée. Une version française, publiée par les éditions Chêne, est également disponible. Un cadeau de noël parfait qui pourra rejoindre les autres ouvrages incontournables consacrés à Iron Maiden en attendant de retrouver les 6 sur scène en juin prochain.

Infinite dreams, version française – Éditions du Chêne

SYR DARIA: Dark carousel

France, Heavy/Thrash (M&o, 2025)

Il y a en France des groupes qui se font, souvent bien involontairement, bien trop rares. Syr Daria fait partie de ces formations qu’on voudrait bien voir et entendre plus fréquemment. J’avais découvert le groupe en 2016 avec son album Voices. Le groupe est plus tard revenu avec Tears of a clown (paru à la pire période, fin 2019, à peine quelques mois avant la crise sanitaire ayant certainement empêché le groupe d’en assurer une promotion correcte), trait d’union entre Voices et ce Dark carousel qui nous est aujourd’hui offert. Un trait d’union tant visuel – la jeune femme de l’album précédent, qui tenait la tête décapitée du clown de Voices, a grandi (même si je trouve la pochette vraiment moche et ratée, il me semble bien qu’il s’agit de la même personne) et semble aujourd’hui quelque peu désemparée. Trait d’union musical aussi, Syr Daria nous proposant 10 titres puissants, qui piochent autant dans le thrash naissant de la Bay Area (d’évidentes influences Metallica ou Slayer – le chant proche de celui de Hetfield sur Pogo, les riffs saignants de The beast is back, Fate) ou de la NWOBHM, le jeune Iron Maiden en tête enrobent des compos toujours efficaces. Syr Daria réussit cependant à s’éloigner de ses influences pour apporter sa touche et sa personnalité à ces morceaux qui donnent vraiment envie de secouer la tête Pour ne pas gâter l’affaire, le chant anglais est ici très agréable car la langiue est maitrisée et compréhensible. Il reste maintenant à nos amis de l’Est (le groupe est originaire de Mulhouse) à tourner pour soutenir ce disque qui mérite de vivre pleinement.

HELLOWEEN: Giants & monsters

Allemagne, Heavy metal (RPM, 2025)

C’est sans doute l’une des sorties les plus attendues de ce second semestre 2025, et pour cause! Quatre ans après le splendide album éponyme de la « réunion augmentée » unanimement salué par la critique et le public, Helloween revient avec Giants & monsters, son nouvel album composé de 10 titres, variés et enjoués comme savent si bien le faire les Allemands. A la question « le retour de Kiske et Hansen ne sera-t-il qu’un feu de paille?« , le groupe apporte aujourd’hui une réponse claire: certainement pas! Helloween se montre plus uni que jamais et tout aussi créatif que dans ses meilleures années. Qui plus est, célébrant cette année 40 ans de carrière, le groupe ne pouvait se planter. Si l’on s’attarde volontiers sur la pochette, une œuvre signée Elian Kantor, on se penche avec bonheur sur les nouvelles compositions qui sont un joli condensé de ce que le groupe nous a offert tout au long de ces quatre décennies. Des titres épiques et envoutants (Giants on the run qui alterne entre couplet doux et refrain enlevé avant de monter en puissance, Savior of the world plus foncièrement speed ou Majestic avec son break méditerranéen – ou hispano oriental – second titre le plus long avec ses 8’08 qui viennent clore l’album), des incursions plus popisantes (A little is alittle too much, Hands of god – le titre qui me convainc le moins) ou ses tonalités toujours très festives (We can be gods ou This is Tokyo, déclaration d’amour à la ville citée). On s’attardera surtout sur le grand moment de l’album, ce Universe (gravity for hearts) qui, tout au long de ses 8’24, explore toutes les amours musicales qui ont fait de Helloween la légende que le groupe est devenu. La recette à trois guitares et, surtout, à trois chanteurs a depuis longtemps convaincu et continue aujourd’hui de faire des merveilles. On attend maintenant de retrouver les 7 mercenaires sur scène, notamment celle du Zénith de Paris le 22 octobre prochain.

PRÉVISIONS second semestre 2025

Même si le second semestre est déjà bien entamé – juillet est passé et août sera calme, profitons tous de ces moments de repos mérités – la rentrée et la fin d’année s’annoncent déjà très prometteuses, tant du point de vue des albums attendus que des concerts à venir.

On attendait tout d’abord le retour des mighty Saxon aux Zénith de Paris, Nantes et Toulouse les 11, 12 et 13 septembre. Mais les Anglais ont publié récemment le live Eagles over Hellfest et annoncé le Castles and eagles tour en France, promettant d’interpréter l’intégralité de l’incontournable Wheels of steel avant de se voir contraints d’annuler 10 concerts cet été, Biff Byford, le chanteur de 74 ans, ayant dû subir une opération d’urgence. Une opération cardiaque qui a révélé, comme il l’a annoncé ce 15 août sur les réseaux, que les médecins lui ont également découvert un cancer. Les prestations annoncées en Europe sont ainsi reportées au printemps 2026. Nous ne pouvons que souhaiter à Biff un prompt rétablissement, qu’il se soigne, prenne soin de lui et soit totalement rétabli pour ce cinquième Zénith de Paris (quatrième en tête d’affiche, cf. le récap de l’histoire du groupe avec la salle) avec Sortilège en guest de luxe et son nouveau membre permanent, Michaël Zurita (il a notamment travaillé avec Satan Jokers – et connait donc bien Olivier Spitzer, l’autre guitariste de Sortilège – Furious Zoo, Gogol 1er, Big Ben, Fiona Gelin…) qui remplace feu Bruno Ramos. Une superbe affiche proposée par GDP pour une belle reprise d’activité.

On se rattrapera alors avec le duo américain le plus barré du moment, j’ai nommé KrashKarma qui, sur son World on fire tour, propose rien moins que 5 dates en France entre le 4 septembre (à Fontenay le Comte) au 13 septembre (à Belfort)! Metal Eyes sera présent au Dropkick bar d’Orléans le 11 septembre pour un nouveau moment qu’on imagine à la fois festif et explosif. Ralf et Nikki iront-ils chercher le public jusque dans la rue? Seuls les présents le sauront !

On ira sans doute ensuite à l’Olympia à Paris le 11 octobre pour célébrer comme il se doit Sidilarsen qui vient clôre sa tournée soutenant son dernier album en date, Que la lumière soit, sorti il y a maintenant plus d’un an. Le concert produit par Veryshow promet d’être grandiose tant les Toulousains sont en forme.

Comment manquer la venue de Disturbed qui sera, accompagné d’une première partie de choix (Megadeth), au Zénith de Paris le lendemain, 12 octobre. Une soirée proposée par Live Nation, tout à la fois brute et pleine d’émotion à n’en pas douter. Le groupe propose en effet une soirée spéciale célébrant les 25 ans de son album The sickness qui sera joué dans son intégralité ainsi qu’un Best-of de sa très riche carrière.

C’est ensuite la venue de Paradise Lost qui pourrait nous tenter… Garmonbozia propose 3 dates des Anglais en France: le 19 octobre à l’Aéronef de Lille, le 20 à l’Élysée Montmartre de Paris et le 21 à la Rayonnerie de Lyon. Il seront pour l’occasion accompagnés de Messa et, sur les deux dernière dates, Lacrimas Profundere.

Décidément, 2025 et GDP célèbrent les anniversaires! Après la publication de son nouvel album, Giants and monsters, en bacs le 29 août, les Allemands de Helloween viennent célébrer 40 ans de carrière au Zénith de Paris le 22 octobre. Ils seront pour l’occasion accompagnés de Beast in Black. Les Allemands s’étant montrés très en forme ces dernières années, nul doute que le spectacle sera à la hauteur des attentes du public.

Nous retournerons sans doute au Zénith pour une touche plus explosive. Arch Enemy viendra enflammer la salle le 27 octobre prochain, quatre jours après son passage à Lyon (le 23 au Radiant Bellevue) avec, là encore, une affiche plus qu’alléchante puisque le Bloody Dynasty tour produit par AEG réunira Gatekeeper, Amorphis et Eluveitie autour de la tête d’affiche.

Direction ensuite Issoudun pour y retrouver la nouvelle édition de la Firemaster convention les 24, 25 et 26 octobre. Trois journées dédiées au metal, entre conférences, expos et concerts divers. Cette année, l’orga nous propose de retrouver rien moins que les Français de Shâarghot, Locomuerte, Les Tambours du Bronx, Lofofora, mais aussi de découvrir Sun et son Brutal Pop ainsi que retrouver le Chris Slade Timeline venu pour nous faire une nouvelle fois voyager dans le temps.

Le mois d’octobre pourrait se conclure avec la venue des Anglais de The Darkness à l’Élysée Montmartre de Paris le 29. Un concert proposé par Veryshow qui promet d’être haut en couleurs, voire même croustillant, comme son dernier album, Dreams on toast, sorti en mars dernier.

Le 2 novembre marquera le grand retour des Danois de Volbeat qui viendront, produits par GDP, présenter leur nouveau guitariste, Flemming C. Lund, ex-The Arcane Order au Zénith de Paris. Ensemble, ils célèbreront la sortie du nouvel album God of angels trust, accompagnés de Bush.

Quelques mois après avoir enflammé la cité de Carcassone, les Français de Gojira lancent leur nouvelle tournée française qui débute le 27 à l’Arena de Reims pour se terminer le 12 décembre au Zénith de Strasbourg. Une douzaine de dates produites par GDP, dont Paris (Accor Arena, le 30 novembre), Marseille (Le Dôme, le 6 décembre) ou Lyon (LDLC Arena, le 10 décembre).

Rien ne semble pouvoir arrêter la croissance de la popularité des guerriers de Sabaton qui reviennent avec The Legendary tour – faisant référence à leur nouvel album, Legends, disponible dès le 17 octobre prochain. Année après année, le public se fait plus massif, les fidèles permettant aux Suédois d’investir des salles de plus en plus importantes, passant, ne serait-ce qu’à Paris, en une quinzaine d’années de l’Alhambra au Zénith, investissant également le Bataclan, le Trianon ou l’Élysée Montmartre avant de se retrouver, cette fois, à l’Accor Arena de Paris (le 28 novembre) puis, le lendemain au LDLC de Lyon. On attend comme toujours un show, une nouvelle fois produit par GDP, haut en couleurs.

NEUROBLADE: Desert claw

Belgique, Heavy/Thrash (Autoproduction, 2025)

Tout dans ce Desert claw, premier Ep des Belges de Neuroblade, absolument tout respire le heavy old school. Issu de la réunion de membres de Enchantress (Jochen Mouton au chant) et Shocker (David Vandewalle aux guitares et autres instruments), Neuroblade voit le jour en 2023. Riff après riff, le duo ajoute du chant, une rythmique plombée et la nce véritablement son projet avec ce qui devient Desert claw. La naïveté de la pochette – très 80’s et évocatrice, hormis la tenue du lutin, d’une certaine forme d’intérêt pour Dune – peut donner une première impression mitigée. Le duo taille dans le gras dès Endless slaughter, titre aux allures quelque peu slayeriennes mais avec un chant plus haut perché « à l’ancienne ». La suite ne fait guère de place à la concession et l’oppressant In the darkness of my mind, qui porte parfaitement son nom, est le moment plus calme bien que d’une lourdeur proche du doom. Neuroblade fait partie de cette vague « old school revival » qui se fait plaisir en se foutant, espérons-le, de ce que le marché pourra lui offrir. Du plaisir brut est amplement suffisant.