
Interview HOLY FALLOUT. Entretien avec Paul Girardot (chant, guitare), propos recueillis le 13 février 2026
Paul, c’est la première fois que nous échangeons, commençons par une question classique : quelle est l’histoire du groupe ?
Holy Fallout s’est formé en 2018 et, comme beaucoup de groupes, il y a eu des changements de line up. La formation actuelle existe depuis environ deux ans maintenant. Il y a Flo à la guitare, Matt à la basse, Adrien à la batterie et moi au chant et à la guitare. On a un peu redirigé le style global de la musique, c’est-à-dire qu’on a commencé vraiment dans le prog et on conserve ces racines-là tout en, progressivement, nous en éloigner.
Comment décrirais-tu la musique de Holy Fallout à quelqu’un qui ne vous connait pas, justement ? Pour l’inciter à vous découvrir.
C’est marrant parce que c’est un peu ce qu’il s’est passé lors d’un concert du côté de Nantes : dans le public, il y avait des gens qui n’écoutent pas du tout de metal et qui ont apprécié ce qu’on fait. Je dirai que c’est une porte d’entrée au metal, quand on n’en écoute pas, dans le sens où… Pour moi, on fait du metal alternatif : on a une base metal, un son metal et des ingrédients mais on n’est pas non plus dans ce qui se fait de plus extrême. On mixe divers éléments, du rock, de la pop, parfois un peu d’électro à une base metal. C’est ce qui nous défini, je pense.
J’ai même détecté quelques influences rap…
Ouais, ça, c’est quelque chose qui vient du neo metal ! On en est tous un peu client, c’est ce qui a marqué notre adolescence. Je continue d’en écouter, je trouve que c’est un style qui est assez riche, tu mets autant Rammstein que Marilyn Manson dedans, c’est la première hybridation du metal avec une musique plus mainstream…
Dans ma chronique, je fais aussi une comparaison, pour le début de votre album, avec un autre groupe plus ancien, Headcharger. Vous avez des affinités avec cette formation ?
Pour tout te dire, on a découvert cette ressemblance avec a chronique. On connaissait ce groupe de nom, mais on n’a jamais… J’en ai écouté dernièrement parce qu’on participe à une compétition sur Twitch, le metal combat, et pour la phase des poules 3, une partie du jury a aussi trouvé qu’on avait quelques ressemblances avec Headcharger. Personnellement, je ne trouve pas du tout. Eux, il n’y a pas de samples, on est moins sur le neo metal… Vocalement, c’est possible, d’autres personnes du groupe ont écouté et m’ont dit qu’il y a quelque chose dans la voix. C’est marrant cette ressemblance, tu n’es pas le seul à nous en parler, je crois qu’il y a eut 2 chroniques qui l’ont noté, et le Metal Combat… On nous a même dit que ce serait bien de nous éloigner de cette influence alors que… ce n’est pas du tout une influence !
Après ce premier titre, vous vous éloignez de cette ressemblance. Quelles sont vos influences aux uns et aux autres ? Il y a du neo metal, de l’extrême, et du prog, OK…
On balaie pas mal de styles du metal, du prog à l’extrême, mais il n’y a pas que ça, en fait… Il y a du prog, Haken, Leprous ou même Dream Theater, que je n’écoute plus trop mais c’est le genre de groupe qui façonne ta manière de réfléchir, de composer. On écoute un peu de classic rock, du rock progressif comme Pink Floyd ou Steven Wilson. Personnellement, j’écoute un peu de rap, de jazz, de la musique de films… C’est très vaste, on écoute beaucoup de choses différentes.
Comment vous organisez vous pour la composition ? L’un de vous arrive-t-il avec une base ou est-ce plus un travail collectif ?
Il y a une base : je fais des maquettes, avec ou sans paroles. Après, on sélectionne les idées qui nous plaisent le plus, on les travaille individuellement – le batteur va refaire ses parties de batterie, le bassiste pareil avec la basse… N’importe qui peut proposer ce qu’il veut et on assemble. On déconstruit pour mieux construire, en somme. Pour 404, on est partis de mes maquettes, on travaillait avec un ingé son, Dany Letouchard qui nous a enregistrés et a produit l’album. Il avait lui aussi son mot à dire et a proposé quelques choses. On a eu une oreille externe au groupe et il a fait partie de l’aventure. Parfois, tu es le nez dans le guidon et tu ne vois pas le choix le plus judicieux. Il nous a bien aidé pour ça.
Pourquoi ce titre, 404 ?
J’aime bien ce côté un peu simpliste dans un titre mais qui peut aussi être bourré de significations. La première qu’on connait, c’est bien sûr l’erreur 404 en informatique, le néant… Et je trouvais intéressant de mettre ça en rapport avec notre société actuelle qui devient de plus en plus « technoïsée », on est de plus en plus tributaires de ces outils que nous créons au point de nous effacer devant… Nos téléphones portables, les réseaux sociaux qui prennent de plus en plus d’importance. Ne faisons-nous pas une erreur en leur accordant autant de place ?
Quel parallèle y a-t-il entre ce titre et l’illustration de couverture. On voit que c’est une mer déchainée, mais tournée à 90°, on peut y voir un géant de pierre, une montagne qui s’effondre…
Cédric Balait, notre graphiste, a son atelier, et on lui a passé les maquettes, qu’il a écoutées pendant des semaines et il est arrivé avec cette idée, nous disant « voila ce que ça m’inspire ». Quand tu es au beau milieu de l’océan, tu peux avoir ce sentiment d’être perdu. Quand tu retournes la photo, tu peux y voir autre chose. On aime beaucoup ce côté minimaliste, c’est une photo, mais ça fourmille d’idées et chacun peut y voir différentes choses !
Comment analyserais-tu l’évolution de Holy Fallout entre vos deux albums ?
On est dans des formats un peu plus courts, des morceaux un peu plus… « classique » dans les structures avec toujours ce point commun de chercher l’émotion, de chercher ces ascenseurs qui sont un peu notre marque de fabrique. Le côté doux et violent à la fois, on le retrouve dans les deux albums, mais les morceaux sont maintenant plus taillés pour le live. On prend beaucoup de plaisir à jouer et je pense que ça se ressent dans le public. On essaie de proposer quelque chose d’unique, avec des barres LED, on cherche à illustrer nos morceaux…
Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de 404 pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Holy Fallout, ce serait lequel ?
Crippled, je dirai. C’est le morceau d’ouverture, et c’est pas pour rien qu’il ouvre l’album. Il est rentre-dedans et il a aussi ce côté un peu… un peu plus original et fouillé. Il y a un travail sur les voix. Un mec nous a dit « c’est Pentatonix qui rencontre Sepultura ». Il y a effectivement un travail sur les voix avec un coté très rentre dedans. C’est difficile de résumer un groupe à un seul morceau, on n’a pas envie de se cantonner à un seul style. Tout ce qui nous plait en musique, on a envie de le faire, un peu à l’instar de Pain Of Salvation… A chaque album, ils proposent quelque chose de différent tout en étant reconnaissable. J’espère pouvoir m’approcher de cet esprit…
On sait bien qu’un groupe de rock aujourd’hui ne vit pas, ou très difficilement, de sa musique. Quelles sont vos autres activités pour subvenir à vos besoins du quotidien ?
On a des métiers à côté. Je suis prof d’anglais dans le secondaire, Adrien, le batteur, est ingénieur e électricité, notre guitariste est ingénieur dans une autre boite, Matt, notre bassiste, travaille à l’usine mais je ne sais plus quel poste… On a tous de l’alimentaire à côté.
Quelle pourrait être la devise de Holy Fallout ?
Il y en a plusieurs, dont une qui me vient en tête… C’est plus une private joke, mais on la trouve assez incroyable. C’est « une seule issue ». C’est un groupe qui s’appelle Seuil d’Alerte qui utilise ça. Il y en a une deuxième, plus en rapport avec notre côté humain, c’est « quand tu tombes de cheval, il faut remonter en selle ».