DeWolff et Blues Pills live à Paris (le 3 avril 2026 au Bataclan)

Ce soir, Verycords nous convie à une soirée 100% vintage dans le cadre de la tournée Double Bill Tour. Une petite tournée européenne d’une douzaine de dates avec des temps de jeu équitablement répartis entre les Hollandais de DeWolff et les Suédois de Blues Pills. Malheureusement, j’arrive un peu tard pour pouvoir me trouver devant la scène et, de la console, les éclairages sont brumeux… Dommage pour les photos mais, comme le disait Joe Perry: Let the music do the talking!

Ce soir, au Bataclan, c’est le trio qui ouvre le bal. En dégainant d’entrée de jeu Nightrain et In love (respectivement extraits de Love, death & in between – 2023 – et Muscle shoals – 2024), DeWolff pose les bases du ton de la soirée en nous invitant à monter dans sa machine à remonter le temps visuel et sonore.

Dewolff en live, ceux qui les ont déjà vus le savent bien, c’est une belle explosion d’énergie, une recherche de communion avec le public qui, ce soir, se montre réceptif, en tout cas sur la première grosse moitié du concert. Il faut dire que Pablo Van Der Poel (chant et guitare) fait tout pour aller le chercher, ce public, et son frangin, Luka, n’est pas en reste derrière sa batterie. De son côté, Robin Piso s’éclate derrière son orgue en balançant des sons d’un autre âge.

Et puis voici venu le temps de l’éclate et de l’improvisation. Un temps qui rappelle naturellement les 70’s enfumées mais qui rapidement devient long, trop long peut-être, et l’on voit une partie du public détourner son attention et se diriger vers le bar. Un moment de flottement d’un bon quart d’heure qui fini par perdre le public, un temps sans doute trop long quand on ne dispose que d’une heure quinze de jeu.

Même si on apprécie la plongée de Pablo dans le public pour un long bain de foule en fin de set, on aura quand même vu le groupe plus inspiré, notamment lors de son passage à la Maroquinerie de Paris en 2023. Ce soir n’est pas un soir « sans » mais un soir où il manque en fin de show un ingrédient. Un concert certes énergique mais au final, en demi-teinte.

Un gigantesque A multicolore en fond de scène derrière la batterie évoque les couleurs de la télé des années 70. Ben oui, on est toujours dans cet esprit vintage. Lorsque Blues Pills arrive sur scène, je suis étonné de voir une nouvelle version du groupe. Elin Larsson (chant) semble être la seule rescapée, ou, plutôt, membre permanente du groupe aujourd’hui composé de trois femmes et un homme. Aucune idée de qui est qui, exception faite de la chanteuse à la voix d’or.

Et c’est bien elle qui, comme d’habitude, fait le show, arpentant, dès son arrivée, la scène de long en large, allant chercher le public en serrant nombre de mains tendues et en s’offrant, dès High class woman, le premier morceau du show, une première plongée dans le public à qui elle indique, la main tendue comme si elle fendait la foule, son intention. Ce n’est qu’une première échappée populaire parmi d’autres.

Etonnamment, ce n’est pas son dernier album, Birthday, qui est le plus représenté ce soir. Sans doute le fait qu’il date de 2024 explique-t-il la présence de 3 titres (Top of the sky, Birthday et Don’t you love it) là où le premier album éponyme (2014) et Holy Moly (2020) sont représentés chacun par 4 extraits. N’empêche, Blues Pills propose des titres courts et fait sauter et danser le public de bout en bout.

Bien que l’on sente ce soir le groupe très uni et complice, Erin attire à elle seule, par son énergie et son enthousiasme communicatif, l’ensemble des regards. Invitant le public à participer, communiquant plus que facilement et régulièrement avec lui, elle ne laisse aucun temps mort ni aucune place pour un quelconque ennui.

Le rappel – Little sun suivi de Devil man – vient mettre un terme à cette soirée riche en énergie et en partage. Le rock vintage a encore de beaux jours devant lui, et, ce soir, nous en avons encore une fois eu deux exemples revigorants.

Merci à Sabrina Cohen Aiello et toute l’équipe de Veryshow pour avoir rendu ce report possible.

DISCOZERO: It was capitalism all along

France, Rock (Autoproduction, 2026)

Nouveau venu sur la scène rock énervé, Discozero s’est formé en 2023 autour du chanteur Matthieu Miègeville, du guitariste Nicolas Foucaud, de la bassiste Katia Jacob et du batteur Zacharie Mizzi. Avec son premier album, It was capitalism all along, le quatuor nous propose un rock faisant fi des codes et des convenances. Au delà d’un chant anglais une nouvelle fois difficilement compréhensible, on sent que Discozero veut imposer au public une sorte d’irrévérence punk, un doigt envoyé à la face de cette industrie à recettes prédéfinies. Aussi dansants que remuants, les 8 morceaux de ce premier album font preuve de rage sinon de maturité, comme si les quatre refusaient de quitter leur enfance. J’ai parfois l’impression aussi qu’ils hésitent parfois, n’osent pas assez souvent, à lâcher la bride et laisser plus de place à une forme de folie enragée qui donnerait plus d’ampleur et d’énergie aux chansons. Un premier pas sympa mais qui ne me marque pas plus que ça. Dommage

Interview: MAGOYOND

Interview MAGOYOND. Entretien avec Julien « Le Mago » (chant). Propos recueillis le 17 mars 2026

Julien, une chose que j’ai remarquée avec vos derniers albums c’est qu’ils sortent maintenant à intervalles réguliers : Kryptshow est paru en 2019, Necropolis en 2022 et Zeppelin en 2025. Tous les 3 ans, c’est un rythme que vous vous imposez chez Magoyond ?

Pas vraiment, mais c’est vrai que cette régularité nous plait… On joue et on digère les morceaux sur scène et on a envie de nouveauté. C’est un bon ratio de temps mais, en même temps, si on regarde chacun de ces albums, de Kryptshow à Zeppelin, le nombre de morceaux diminue !

Il y a aussi une particularité parce que Magoyond ce n’est pas qu’un groupe, vous travaillez souvent avec un orchestre, ce qui nécessite du temps et de l’organisation. Comment combinez-vous tout ça, comment procédez-vous pour la composition et les arrangements ?

D’abord, le financement participatif nous aide à orienter la manière dont on travaille. On peut très bien travailler seuls dans nos studios avec nos instruments, comme on l’a fait pour Kryptshow, par exemple, sauf que pour avoir une plus grande liberté créative on a instauré le financement participatif autant pour le côté « précommandes » que pour la possibilité de dépasser le budget prévu et d’aller plus loin en termes de créativité, de fonctionnalité – enregistrer avec des chœurs, des orchestres… Il n’y aurait que nous, on fonctionnerait très bien aussi, mais, avec le financement participatif, la dimension… « grandiloquente » nous force à nous dire qu’il va falloir composer non pas avec quatre personnes mais avec cent à cent vingt personnes. A nous d’imaginer combien de temps cela peut nous prendre et on se laisse porter par le tout.

Les thèmes – l’esprit musical et l’esprit littéraire – du groupe restent ancrés dans le fantastique. Ça remonte au premier album, Pandemia, avec la SPZ – Société Protectrice des Zombies.

C’est exact, le fantastique nous nourrit mais, surtout, je ne sais écrire que des choses qui racontent des histoires dans des thèmes qui me parlent. J’ai beaucoup plus de mal à parler de mes déchirures, de ce qui me fait du mal… Je suis beaucoup plus à l’aise en développant un univers – à la base, c’est ce qu’on fait : développer un univers en l’agrémentant musicalement. Au fur et à mesure des albums, l’histoire s’étend, se complexifie, devient plus dense… On ajoute des protagonistes, des lieux, on se fait plaisir sur ce qu’on veut raconter. On voyage en même temps que l’auditeur, mais on a un an d’avance.

Vous projetez déjà sur ce qu’il va se passer avec le prochain album ?

C’est ça, on essaie toujours d’avoir des petits coups d’avance tant dans la composition que du point de vue de l’histoire. On fait tout pour surprendre. L’important c’est de ne pas faire du réchauffé et de surprendre avec de la nouveauté. Souvent, quand on termine un opus, je sais déjà ce qu’il va se passer. Parfois, même les membres du groupe ne sont pas au courant… J’ai plusieurs pistes, on en discute et celles qui fonctionnent le plus… on saute dedans !

L’un d’entre vous s’occupe plus particulièrement des arrangements finaux (il confirme). Musicalement, qui arrive avec les bases ? Toi, tu as l’histoire, le textes, mais le reste ? Je mets l’orchestre à part…

L’orchestre à part, ok. Magoyond fonctionne à quatre, et il est hyper important de se dire que si chacun fait quelque chose de son côté, ce n’est pas du Magoyond. Ça devient du Magoyond quand on travaille ensemble. Vito va travailler sur des riffs très rentre-dedans, Aspic sur les orchestrations, moi j’apporte en effet le côté textuel, narratif. J’écris des speaches pour que cette chanson soit plus dans telle ambiance ou tel esprit. Nobru, le batteur, s’occupe de toute la partie rythmique, et c’est en mettant tout ça en commun qu’on parvient à créer nos chansons. 90% du final proviennent de ce travail collectif, 10% par magie, au mix, en tranchant sur des idées parce qu’on n’arrive pas à se décider ou que c’est un peu compliqué… A un moment, ça peut coincer… C’est aussi ça la beauté de ce groupe parce qu’on fait tout ensemble.

Tu viens de dire « j’écris des speaches ». Te considères-tu plus comme chanteur ou comme narrateur ?

Eh bien, tu l’as dit : narrateur ! J’écris des histoires et je suis venu à la chanson parce qu’il fallait bien que quelqu’un chante mes textes… Au début de Magoyond, j’écrivais des chansons un peu humoristiques et je me suis dit que j’allais m’y coller, mais sans aucune prétention. Sans jamais avoir pris un cours de chant de ma vie, sans connaitre le solfège… après, au fur et à mesure des albums, j’ai compris que le projet prenait de l’ampleur et j’ai dû m’y mettre, très sérieusement. J’aime bien cette image du passeur d’histoires. D’ailleurs, je considère nos albums et nos chansons comme des nouvelles, des petites nouvelles dans une grande anthologie du fantastique, de l’horreur, comme tu veux, et j’en suis le principal conteur.

Aujourd’hui, je considère vos histoires plus comme du fantastique mais il peut y avoir, à l’avenir, des situations plus horrifiques…

Oui, c’est ça, en effet !

Cette évolution de l’histoire nous amène à l’organisation d’un voyage et vous avez des idées assez délirantes avec notamment cette carte d’embarquement qu’on retrouve dans le CD… Il est censé y avoir combien de voyageurs dans ce Zeppelin ?

Il y en a 10.000 – il n’y a pas 10.000 cartes d’embarquement, mais dans l’histoire on embarque 10.000 zombies de Necropolis avec nous. Peut-être qu’on en perdra en vol, on en récupèrera certainement d’autres en cours de route (il rit). Mais c’est ça qui est intéressant : on peut tout faire. Ce que tu soulignes, là, c’est vrai : on aime travailler les artefacts et quand on fait des produits dérivés, quand on travaille l’ambiance, l’immersion, vu qu’il y a deux graphistes dans le groupe, dont moi, c’est hyper jouissif de créer des artefacts qui auraient tout à fait pu se trouver dans cet univers. Un peu à la manière de Harry Potter ou du Seigneur des anneaux, on est bercés dans cette pop culture. Donc on crée des éléments graphiques qui rattachent directement aux chansons. Plutôt que d’avoir un t-shirt de groupe ou un décapsuleur ou autre, dès qu’on crée quelque chose, ce sera relié à notre univers, à une chanson. Et ça nous permet d’être palpable, les chansons prennent vie et ça va dans le processus de narration.

Ca se retrouve également sur votre site avec du merch qu’on n’a pas l’habitude de voir…

Oui, parce que, grâce à notre métier, on sait fabriquer des objets. L’idée pour moi, et pour l’équipe, c’est de pouvoir proposer des choses que les gens n’ont pas l’habitude de voir avec un très bon rapport qualité/prix. Et nous, ça nous permet, dès qu’on a une idée un peu et qu’elle est un peu farfelue, de se dire « est-ce que c’est réalisable ? Et pourquoi pas ? » Une petite parenthèse : vu la thématique du dernier album, Zeppelin, une de nos compagnes nous a suggéré l’idée de faire un passeport à faire tamponner lors des dédicaces en concert, avec un tampon différent pour chaque endroit où on va. Eh bien, plutôt que de faire des dédicaces sur un bout de papier comme ça, à l’arrache, on l’a matérialisé sur un passeport hyper immersif, passeport de Necropolis avec les tampons… Quand les gens viennent nous voir, on marque la ville, la date… Plus qu’une simple réflexion sur les produits dérivés, on se demande comment aller encore plus loin pour surprendre et pour que les gens adhèrent…

Justement, quels sont vos projets de concert pour défendre Zeppelin ?

On en a fait pas mal entre la fin et début pour commencer la promo de l’album. Tous étaient sold-out, c’était super, mais je ne te cache pas que, étant un groupe indépendant sur Paris, sans label et sans tourneur, ce n’est pas facile d’avoir des dates mais on se débrouille quand même. Prochainement, on va jouer en Belgique et puis il va y avoir quelques festivals cet été, le Volcanic Fest, Lyon, Lille, et d’autres dates. On aimerait plus défendre notre musique sur des grandes scènes, mais les places sont chères… Donc on va où le vent nous porte.

Tu disais que dans le groupe il y a deux graphistes. On sait qu’un groupe de rock ne vit pas de sa musique, quelles sont vos autres activités hors Magoyond ? Je crois qu’Aspic est totalement engagé dans la musique… On ne parle pas de l’orchestre, encore une fois !

Non, bien sûr, mais l’orchestre, c’est en effet le travail d’Arnaud – Aspic – qui est musicien professionnel, il consacre sa vie à ça. Il est bassoniste baroque, il a son orchestre baroque avec qui on a collaboré pour Zeppelin. Victor – Vito – est chef opérateur pour la télé, donc on fait nos propres images aussi bien en papier qu’en vidéo. Nobru et moi, nous sommes directeurs artistiques, moi, en free-lance. On arrive à coordonner nos emplois du temps puisque dans le groupe il y a des intermittents et que nos statures nous laissent un peu de place pour la création et notre projet qui prend de plus en plus d’ampleur. Quand tu vois nos quatre profils, on est presque une agence… On pourrait travailler pour Magoyond comme on le ferait pour un client professionnel ! On aime créer nos propres images, on le fait pour des gens – je le fais dans la pop culture, j’accompagne des groupes de musique, des gros projets de la pop culture, des youtubeurs, la télé… On a ce sens de la création et… on est bien tombés !

Revenons un peu à la musique, comment décrirais-tu la musique de Magoyond, notamment celle de Zeppelin, à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout ?

C’est une question difficile, parce qu’il y a plusieurs styles… Je dirais d’abord qu’on se rapproche du metal symphonique. On a pleins de codes du genre mais on n’en est pas, on est assez avant-gardistes dans notre manière de composer avec, à la fois, du metal moderne, du symphonique, du cabaret metal. Souvent, quand on dit « cabaret metal », les gens int des images en tête… Le style qui n’est pas du tout référencé en France mais qui nous caractérise, c’est du cinematic metal, qui te fait avoir des images en tête. On en trouve beaucoup en Europe du Nord et aux Etats Unis, mais pas trop en France.

Zeppelin a la particularité d’être composé de deux parties : six chansons – ou six narrations – et leurs versions instrumentales. Maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul des morceaux de cet album pour expliquer l’esprit de Magoyond aujourd’hui, ce serait lequel ?

Alors, je vais te citer le morceau que le public a posé en figure de proue de Zeppelin, c’est Pavillon noir. Ce n’est pas forcément ce qu’on avait prévu, même si c’est très difficile d’imaginer un seul titre… Pavillon noir a cette particularité d’être une peu consensuelle, d’avoir un refrain fédérateur, un gros riff, elle est dans le format de 3’30 qui passe bien partout, elle surfe entre le côté metal moderne et les aspects un peu plus symphoniques des refrains, donc je pense que c’est une bonne manière de présenter un one-shot de tout ce que Magoyond peut faire. A la base, j’aurai voulu te dire We come in peace qui se rapproche beaucoup de l’aspect théâtral, grandiloquent, mais il faut croire que Pavillon noir a su atteindre le public.

Maintenant, on l’a vu tout à l’heure, trois années séparent Necropolis de Zeppelin. Comment analyserais-tu l’évolution de Magoyond entre ces deux albums ?

Zeppelin a été vraiment pensé pour le live, pour que les chansons soient vraiment scandées, chatées, pour quelque chose qui soit plus direct. Necropolis, on a pris notre temps, c’est la première fois qu’on découvrait l’orchestre symphonique, le chœur, des morceaux plus lents, plus énormes, et c’est ce que certains peuvent nous reprocher en écoutant Zeppelin, « il manque un petit ingrédient ». Mais je pense que Zeppelin est plus efficace, plus rentre dedans. Necropolis est un album qu’on aime beaucoup, qu’on va continuer à jouer longtemps, mais il est moins un album de live. Aujourd’hui, on a trouvé une recette et tous les morceaux qu’on va faire évoluer dans cette veine-là, notre style s’affine.

Tu parles d’évolution ; comment travailles-tu ta voix qui est naturellement grave, profonde, mais il y a beaucoup de choses dans ta narration. Tu as une technique particulière ?

Depuis Zeppelin, j’ai un coach vocal pour tout ce qui est saturation et calage de la voix. Il y a des choses que je ne maitrisais pas forcément avant. Je fais du théâtre depuis qui j’ai 7 ans, je viens de la série audio et de la radio, où on apprend à jongler avec sa voix. C’est pour ça que dans Magoyond il y a ce « parlé-chanté » qui est une zone de confort pour moi. Je connais peu le chant, je le découvre encore après des années. Par contre, prendre des voix, incarner des personnages, c’est quelque chose que j’aime beaucoup faire, et donc, on cherche, on regarde ce qui fonctionne ou pas… Certaines choses sont très naturelles, d’autres sont très compliquées à sortir.

Au-delà du fantastique dont nous parlions avant, quelles sont vos inspirations aux uns et aux autres ?

Je ne vais pas parler pour le groupe, mais nous avons tous un trait commun : des groupes qu’on écoute beaucoup comme Periphery, Tesseract, ou plus récemment Sleep Tolen ou Spiritbox qui nous rassemble. Pour les plus anciens, il y a la base d’Iron Maiden, Dream Theater, Aerosmith ou Sash, qui restent communs à tous. Après, on est tellement éclectiques que chacun a ses références. Aspic, qui est dans la musique baroque, a suivi un enseignement très strict et a des références que nous n’avons pas. Là où nous nous retrouvons tous, c’est la musique de films… Je pourrai te citer Hans Zimmer, John Williams, la BO de Matrix aussi. On s’est rapproché de ses groupes qui ont un fond très moderne, et on essaie de nous rapprocher de ça tout en gardant des codes « à l’ancienne ».

Cet Ep nous invite à un voyage, même à une fuite (il confirme). Tu disais avoir déjà un an d’avance, alors, la suite va ressembler à quoi et vous la prévoyez pour quand ? Dans trois ans ?

Pas forcément… Le format Ep nous intéresse beaucoup, plus que le format album qui est aujourd’hui un peu désuet, les labels sortant des singles et Ep à foison, l’album n’est finalement qu’un… assemblage de tout ce qui a été fait avant. On ne sait pas si on va continuer ce voyage sous la forme d’un Ep ou de petites capsules. Mais je sais déjà où on arrive et ce n’est pas qu’à un seul endroit. Necropolis nous a permis de partir, de prendre la fuite, mais on va probablement arriver n’importe où sur la planète et pas qu’à un seul endroit. Chaque chanson pourrait être à un endroit différent ou, si on fait un Ep, on pourrait se concentrer sur un endroit du monde… On a beaucoup d’idée, nous devons aussi nous structurer d’un point de vue musical. Avant, on était un peu bloqués, d’un point de vue narratif on pouvait difficilement faire des chansons avec des consonnances asiatiques ou africaines… ça aurait été bizarre alors que là, on pourrait très bien avoir du metal tribal à la Sepultura ou d’autres choses plus asiatiques, tout simplement parce que notre Zeppelin nous permet de nous déplacer n’importe où sur la planète. L’avantage, aussi, c’est qu’on ne sait pas si on va découvrir des gens qui ont, eux aussi, subi l’apocalypse ou n’ont pas encore été touchés. Cette ouverture, je la trouve fantastique parce que je peux tout écrire, on pourra se retrouver sur des endroits, des zones particulières… On pourra aussi traiter du zombie vaudou, le zombie originel qui pourra nous amener en Haiti. On a des personnages forts, et j’ai bien envie de voir à quoi va ressembler Magoyond dans quelques années. Je pense que ça va être intéressant !

J’espère que tu n’es pas le seul à avoir envie de voir où sera Magoyond dans quelques années ! Je pense que votre style reste particulier, on accroche ou pas, mais je crois que le public qui accroche reste fidèle.

On le voit beaucoup et je pense que tu as raison.

Autre chose que je remarque, c’est le côté monochrome de chaque pochette d’album : dans les tons gris/noir pour Kryptshow, marron pour Necroplois et violet pour Zeppelin. J’imagine qu’il y a là encore une volonté du graphiste ?

C’est vrai, chaque album a sa couleur, camaïeu. C’est un peu l’héritage un peu rétro, certains albums de Maiden, par exemple, avaient une couleur dominante. Nous, on conçoit nos albums et les illustrations comme une gamme de couleur qu’on fait évoluer, tel un camaïeu. Je pense que c’est l’héritage Maiden – tu sais qu’ils ont ressortis tous les albums et sur la tranche tu vois Eddie, un peu comme la collection des James Bond ou d’autres (NdMP : on pourrait citer Saxon et son aigle, Megadeth et Vic Rattlehead ou encore Scorpions et sa signature…). Quand tu prends le CD, tu sais qu’il fait partie d’un tout, et j’imagine nos albums comme ça. Il y a un dégradé de couleurs qui se fait assez naturellement, et on sait déjà que le prochain sera dans les tons bleus… ce qui en dit un peu plus sur la suite… C’est un peu gratuit. C’est beau, ça nous plait et on voit les époques. C’est d’ailleurs pour ça que quand on a refait Pandemia, notre premier album, qui était un peu vert, pas assumé, on l’a refait bien vert, acide comme on l’imaginait. Mais à l’époque, on n’avait pas les ressources pour le faire. On a édité une nouvelle version vinyle, ce qu’on n’avait jamais fait. Le financement participatif de Zeppelin nou s a permis de faire un sacré record et dans les paliers qu’on a débloqués, on s’est offert la réédition en vinyle collector de Pandemia. On a donc fait refaire l’illustration et on plus assumé les couleurs, le côté « comics », et là il rentre plus dans la collection.

Tu parles de Pandemia, votre premier album… Il y a eu une évolution du line-up de Magoyond au fil des ans, line-up aujourd’hui stable. Si tu devais réenregistrer un de vos albums avec le line-up actuel, ce serait lequel ?

Mmmhhhh… Eh bien je pense que ce serait Kryptshow, avec un orchestre, en ajustant quelques petits détails sur certaines chansons. Les chansons ont été composées entre 2012 et 2019, donc il y a déjà eu des évolutions, mais je pense que cet album, avec un orchestre comme on le fait aujourd’hui, ce serait top. Pandemia est beaucoup trop dans son jus, trop jeune, même si on trouve des éléments qu’on retrouve aujourd’hui, mais il part un peu dans tous les sens !

Pour terminer, si tu devais imaginer une devise pour Magoyond, ce serait quoi ?

Une devise… Ah, c’est pas facile comme question… Je dirai, c’est une anthologie de la fin du monde. Comme les Contes de la crypte ou les Chair de poule…

GRANDMA’S ASHES et SUN live à Paris (L’Élysée Montmartre, le 28 mars 2026)

Que de chemin parcouru depuis notre première rencontre il y a trois ans après leur passage au Hellfest! Après une signature chez Verycords et un nouvel album dans la foulée, elles sont retenues pour animer au travers de deux titres la cérémonie des Foudres au Bataclan en 2025 et bien que n’ayant que deux albums à leur actif, les filles de Grandma’s Ashes s’offrent maintenant une vaste tournée en France et ailleurs qui passe par l’Elysée Montmartre parisien. Un pari audacieux mais visblement payant puisque la salle est correctement remplie avec pas loin de 1.000 spectateurs.

Levo Evolove @L’Elysée Montmartre, Paris

Comme sur quelques autres dates, ce soir c’est Sun qui a la charge d’ouvrir les hostilités. Quoique… l’affiche locale annonce une « performance » de Levo Evolove, drag king comme il se nomme. La dite performance se résume à une chanson visiblement en playback, un blabla et la lecture de son téléphone pour annoncer Sun. Bref, tout sauf une « performance » mémorable, un moment dont on aurait pu se passer, même.

Levo Evolove @L’Elysée Montmartre, Paris
Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Enter donc Sun qui vient livrer ici sa Brutal Pop. Dès son arrivée, voilée dans sa robe en crinoline, on sent qu’on va vivre un grand moment. Si elle reste quelque peu immobile durant le premier titre, c’est pour mieux se déchainer sur sa guitare et à son micro dès qu’elle tombe voile et lunettes noires. Et là, une heure durant, entre changement de voix radical en un clin d’œil et harangue de la foule, Sun voit rapidement le public lui manger dans la main.

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Accompagnée d’un batteur qui martèle des rythmes aussi dansants qu’endiablés et un bassiste qui ne tient pas en place, Sun, si elle tarde un peu à s’adresser au public, devient très communicative expliquant ici qu’un gars lui a piqué la notion de Brutal pop qu’elle a inventée, là son expérience à Barcelone avec un moshpit au milieu duquel quelqu’un dansait la macarena, là encore elle explique le titre John and I (money), l’histoire d’un mec qui la suit partout…

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Jouant avec sa longue et blonde chevelure qu’elle fait voler au vent, Sun enchaine les titres aussi variés qu’enjoués lorsqu’elle aperçoit dans les premiers rangs du public des pancartes sur lesquelles on peut lire de simples « Merci Sun ». Elle en pour présenter et remercier ses musiciens et les personnes qui l’accompagnent dans cette aventure qu’on espère voir perdurer. Une première partie comme celle-là, on s’en souvient longtemps. Une future grande, très grande, à suivre de très près. Elle se rend rapidement après son set au stand de merch où une longue queue se forme pour échanger quelques mots. Elle y restera toute la soirée – en tenue de scène, svp!

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Le changement de plateau se fait rapidement, des panneaux de bandes en plastique rouge prenant place de chaque côté de la scène et des chaînes tombant du plafond. Grandma’s Ashes a aussi envie de marquer les esprits avec une scène travaillée. Et, au regard de la tournée à rallonge, les trois vont certainement voir leur fan base s’agrandir encore!

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Le style musical de Granma’s Ashes est bien différent de celui de la première partie. Evoluant dans un registre plus grungy et alternatif, le trio se montre très appliqué. Eva Hägen (chant et basse) séduit tout de suite avec son timbre de voix particulier, haut, parfois enragé, à d’autre moments plus mélancolique tandis que Myriam El Moumni reste concentrée sur sa guitare et que, perchée sur une belle estrade, Edith Séguier frappe ses futs avec précision.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Au gré des titres, toutes trois se détendent, viennent chercher le public, se montrent complices en riff et en idées. Myriam sourit à certaines remarques d’Eva, toutes deux investissant rapidement chaque espace libre de la scène.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

En une heure de temps – certes une durée un peu courte pour une tête d’affiche – Grandma’s Ashes délivre un set varié et puissant. Un seul moment m’a moins séduit, lorsque, sur (je crois) Army of me, reprise de Bjork, Eva s’empare d’un micro vocodé qui modifie, inutilement, son chant en ajoutant de désagréables échos. Mais pour le reste, une bonne dizaine de titres (tout Bruxism y passe, seul Aside est extrait de leur premier album, This too shall pass), les filles se montrent simplement impeccables.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Le concert se termine, après les remerciements d’usage au label (Verycords « qui nous a signées alors que personne ne s’intéressait à nous »), à leur manageuse (Angela Druffin de NRV Promotion) qui les accompagen et les soutient depuis le début, avec le retour, en ombre caché derrière un pare-vue rouge, de Levo Evolove qui les rejoint pour un dernier titre.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Si on peut reprocher un léger manque de lâcher prise, l’enjeu d’un tel concert, dans une salle aussi prestigieuse que l’Élysée Montmartre doit être générateur de pression. N’empêche, dans son style, Grandma’s Ashes a ce soir également marqué de nombreux points et il semble évident que nous entendrons de plus en plus parler de ce trio féminin, engagé et enragé.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Merci à Marine Honoré (Veryshow) et Angela Druffin (NRV Promotion) d’avoir rendu ce report possible

NO TERROR IN THE BANG: Existence

France, Metalcore (Klonosphere, 2026)

No Terror In The Bang, c’est un patronyme adapté d’une réplique de Sir Alfred Hitchckok qui affirmait qu' »il n’y a pas de terreur, seulement son anticipation » sous entendant que c’est chacun qui créé ses peurs et ses angoisses. Le groupe français du même nom a bien compris le principe et dès le premier grognement de Moon pourrait laisser penser que Sofia Bortoluzzi, la chanteuse, va dégueuler sa haine tout au long des 5 titres de cet Ep. Mais, non, il n’en est rien, quand bien même la vocaliste semble très inspirée par des Alicia White-Gulz (désormais ex-Arch Enemy) ou, plus encore sans doute, Tatiana Shmayluk (Jinjer). Le metalcore proposé par le groupe (également composé des guitaristes Etienne Cochin et Clément Bernard, du bassiste Brice Bouchard et du batteur/clavieriste Alexis Damien) navigue entre ombre et lumière, tendresse et virulence tout au long des 5 morceau de cet Ep vivant simplement nommé Existence. Un clin d’œil au monde actuel sans aucun doute. Efficace de bout en bout grâce à des morceaux courts et directs (de 3’16 à 4’31), Existence se veut tout simplement explosif, vindicatif et sans compromis. De ce point de vue, c’est réussi!

KORBO: Amnésiste

France, Metal progressif (Autoproduction, 2026)

Second album des progueux parisiens de Korbo, Amnésiste se veut une œuvre ambitieuse. très ambitieuse même. Avec ses 5 titres pour une durée totale de quelques 42′, on sait qu’on est dans l’univers du metal progressif avec tout ce que cela peut comporter. Composé de Aaron Djélà (chant et guitare), Léa Périgois (guitare), Tim Ansuz (basse) et Gabriel Jaboulay (batterie), le quatuor explore des univers aussi variés, denses et musicalement riches que torturés et sombres. pas étonnant quand on comprend que le thème de l’album traite de la maladie d’Alzheimer. Démarrant de manière assez soft avec une sorte de crissement mélancolique, Néant monte en puissance avant d’alterner avec des temps plus calmes allant même visiter la guitare hispano. Certaines intonations vocales m’évoque le NFL d’Anthrax tandis que les guitares, lorsqu’elles reprennent de l’ampleur me rappellent Maiden ou Metallica. Seulement voilà: si musicalement Korbo se veut irréprochable, ses compositions à tiroirs, faisant souvent le grand écart entre rage et calme plat, s’adressent avant tout, comme très souvent dans ce genre musical, plus à des musiciens ou musicologues qu’à de simples amateurs – dont je fais partie – qui vibrent plus avec des morceaux concis et directs. La palette musicale est ici si variée qu’il faut de nombreuses écoutes pour entrer dans ces univers torturés. Ensuite, le chant d’Aaron, s’il colle sans doute au thème, m’est difficilement supportable. Plaintif, souffrant, pas toujours clair – je n’ai réalisé qu’au second titre, Sans maintenant, le plus court, aussi (4’23), qu’il chantait en français! – il manque de rondeur et de puissance, cherchant parfois des effets « artistiques » auxquels je ne suis pas sensible (la répétition de « Si je ne sais pas alors j’inventerai » sur le morceau titre, par exemple). Enfin, la production assez étouffée ne parvient pas à vraiment apporter à chaque titre l’ampleur et la générosité voulue par le metal progressif. Les amateurs du genre y trouveront certainement de la matière car il y en a tout au long de cet album riche, intense et calme à la fois, plein d’envie et de volonté. Mais, à de rares exceptions, je n’ai jamais été fan de metal progressif trop intellectualisé pour mes oreilles. Pas pour moi, je passe…