
On l’aura attendu, ce concert! Initialement prévu en 2025, la série de 3 concerts que Saxon avait prévus dans des Zenith avait en effet dû être repoussée en raison des problèmes de santé que Biff, son charismatique chanteur, a rencontré. Désormais soigné, les dates sont refixées et, en plus de Saxon, les Nordistes d’Overdrivers sont ajoutés à l’affiche.
Direction donc le Zenith de Paris où Saxon a déjà joué 3 fois en tête d’affiche – 1984, 1985 et 1986 – et s’y est produit en avril 2024 en special guests de Judas Priest pour un set trop court. Mais ce soir, c’est un show complet que nous réservent les Anglais qui promettent également de jouer l’intégralité du mythique Wheels of steel (1980).
C’est un Zénith en configuration réduite dans lequel nous sommes reçus ce soir. Quelques 3.000 spectateurs se massent devant la scène déjà prête à accueillir les deux premières parties, et, de fait, se trouve particulièrement étroite pour les Valenciennois d’Overdrivers qui ont pour mission d’ouvrir les hostilités. J’avais pu découvrir le groupe avec son premier album paru en 2017, Rockin’ hell mais n’ai jamais encore eu l’occasion de les voir sur scène.

Ce soir, la batterie de Florian Morgano est coincée côté cour, et c’est un couloir dans lequel les autres musiciens vont devoir circuler. On comprend très vite, dès l’arrivée du chanteur guitariste Adrien Desquirez, du guitariste Anthony Clay et du petit dernier, le bassiste Lion Das Neves, que le set va être plus qu’énergique et qu’il va falloir suivre les gaillards qui ne tiennent pas en place.

Musicalement, on n’a pas à aller chercher très loin. Overdrivers, c’est l’équivalent français d’Airbourne, et visuellement aussi d’ailleurs… La langue pendue d’Anthony atteste de son besoin de reprendre son souffle, certes, mais le reste? C’est sans doute ce rapprochement trop évident avec le groupe des frangins O’Keeffe qui est le point faible d’Overdrivers. Car, malgré une prestation impeccable, un gabarit plus dense, il n’est pas possible de ne pas comparer.

Pendant un peu moins d’une demi heure, le quatuor délivre un set de cinq petits titres et parvient à se mettre le public, convaincu, dans la poche. Un groupe certainement à revoir pour un set complet et une belle mise en bouche.

On ne présente plus Sortilège. Quoique… Le décès de Bruno Ramos a forcé une évolution du line-up avec l’arrivée de Michael Zurita, qui avait déjà plus que fait ses preuves au sein de formations comme Big Ben ou Satan Jokers, où il a déjà échangé avec Olivier Spitzer. C’est, là encore, une première pour moi puisque je n’ai pas encore eu l’occasion de voir cette version de Sortilège sur scène.

Un large backdrop domine la batterie de Clément Rouxel et l’on aperçoit de chaque côté de la scène les musiciens qui s’impatientent et trépignent tandis que le public scande le nom de Sortilège. Dès les premières mesures de D’ailleurs, on sent la formation prête à donner le meilleur d’elle-même. En commençant son set avec deux classiques (D’ailleurs et Progéniture), Sortilège donne le ton.

Bien que concentré, on sent Michael Zurita désormais totalement intégré au groupe et la complicité entre les musiciens est toujours aussi palpable. Zouille est particulièrement en voix et fait preuve d’une puissance remarquable.

Si Le poids de l’âme, le dernier album, n’est représenté ce soir que par deux extraits, le morceau titre et Médusa se révèlent très efficaces, lourds et presque oppressant. Contrairement au très chantant Chasse le dragon au refrain toujours repris en chœur par le public – même si, à titre personnel, je me passerai bien désormais de cette chanson…

Sortilège conclue son set comme il l’a commencé, avec deux classiques issus de son premier effort éponyme de 1983. L’impérial Amazone précède la communion totale qu’est Sortilège qui fini de chauffer le public. Depuis sa reformation, Sortilège se montre plus qu’en forme et a tout pour conquérir un nouveau public, il en a encore fait la démonstration ce soir!

Un rideau vient cacher la scène le temps que les roadies finissent de préparer la venue de Saxon. lorsque celui-ci tombe enfin, à 21h pétantes, tout le groupe est devant la batterie, dominé par l’aigle légendaire qui brille de mille feux. Une entrée qui me rappelle celle de Judas Priest ici même il y a deux ans et pour qui Saxon ouvrait. Et, comme c’est désormais le cas depuis la sortie de son dernier album, c’est Hell fire and damnation qui ouvre le bal.

Un bal qui, ce soir, est divisé en trois parties qui se donnent sur le parvis d’un château de pierres entouré de deux statues qui évoquent soit le lion de Metalhead (1999) ou la gargouille de Unleash the beast (1997), au choix.

Saxon commence avec une série de classiques, série uniquement interrompue. Nous avons ainsi droit à Power and the glory, And the bands played on et Dallas 1pm avant une « interruption » imposée par le plus récent Madame Guillotine (en lieu et place d’un Solid ball of rock proposé à Nantes). La série continue avec Heavy metal thunder – sur lequel Nibbs Carter commence (enfin?) à se déchainer et se démonter la nuque – et The eagle has landed, lourd et actuel.
Puis vient le gros morceau. Biff s’adresse au public de manière quelque peu… « télégraphe ». Après avoir annoncé que ce soir est la dernière date française avant de rentre en Angleterre – rappelant qu’il y a peu il rentrait chez lui, en Normandie – il prononce une date, suivie de trois mots: 1980. Wheels of steel. Le public se déchaine. « 1980. No iphones. No facebook. No Tik-tok. No CD ». Bon, là je me dis « commence à faire des phrases, Biff! » avant qu’il n’évoque le souvenir du vinyle que tu poses sur la platine, nettoies avant de poser la pointe du diamant et d’entendre le vrombissement de motos qui déboulent.

C’est parti pour l’interprétation promise et attendue de l’intégralité, et dans l’ordre original, des 9 titres de l’album Wheels of steel qui a fait entrer Saxon, en 1980, dans le cercle très fermé des groupes de légende. Si la moitié de l’album fait depuis longtemps partie des setlists des Anglais, on ne boude pas une seconde de plaisir à écouter l’intégralité de la face B et ses variations de tempos.

AU gré des chansons, Biff s’empare de vestes à patches qui sont envoyées sur scène. Un concours a d’ailleurs été annoncé et le vainqueur ira partager du temps avec le groupe après le show. Mais pour l’instant, il les scrute, les dépose sur les marche de l’estrade de la batterie et démontre que, malgré quelques petites limites et adaptations, sa voix est toujours d’une puissance remarquable.

Si le groupe est ce soir – comme toujours – impeccable, carré est à l’unisson, le sixième membre fait de régulières et plus qu’appréciées apparitions. L’aigle étend ses ailes, descend des cintres, se balance de gauche et de droite en éclairant la foule, passant du rouge au blanc en se parant parfois de bleu. Couleurs de la France et du Royaume-Uni. Puis avec Machine gun, la messe est quasi dite, les cinq s’absentant le temps d’une courte pause.

Denim and leather annonce le début de la fin. La chanson hommage au public est toujours aussi efficace en concert. Elle est suivie de trois autres éternels classiques, Strong arm of the law, titre sur lequel, comme un symbole et/ou un clin d’œil, les musiciens revêtent les vestes à patches du public, Crusader et Princess of the night qui achèvent le public présent. Et l’on se dit que les absents ont eut tort. Ce soir, une nouvelle fois, Saxon a démontré qui sont les patrons, les maitres de cet esprit de la NWOBHM toujours vivace. Saxon ne m’a jamais déçu sur scène et ce n’est pas ce soir que ça va commencer. Superbe et puissant, et, une.

Merci à GDP et Olivier Garnier d’avoir rendu ce report possible.