KORBO: Amnésiste

France, Metal progressif (Autoproduction, 2026)

Second album des progueux parisiens de Korbo, Amnésiste se veut une œuvre ambitieuse. très ambitieuse même. Avec ses 5 titres pour une durée totale de quelques 42′, on sait qu’on est dans l’univers du metal progressif avec tout ce que cela peut comporter. Composé de Aaron Djélà (chant et guitare), Léa Périgois (guitare), Tim Ansuz (basse) et Gabriel Jaboulay (batterie), le quatuor explore des univers aussi variés, denses et musicalement riches que torturés et sombres. pas étonnant quand on comprend que le thème de l’album traite de la maladie d’Alzheimer. Démarrant de manière assez soft avec une sorte de crissement mélancolique, Néant monte en puissance avant d’alterner avec des temps plus calmes allant même visiter la guitare hispano. Certaines intonations vocales m’évoque le NFL d’Anthrax tandis que les guitares, lorsqu’elles reprennent de l’ampleur me rappellent Maiden ou Metallica. Seulement voilà: si musicalement Korbo se veut irréprochable, ses compositions à tiroirs, faisant souvent le grand écart entre rage et calme plat, s’adressent avant tout, comme très souvent dans ce genre musical, plus à des musiciens ou musicologues qu’à de simples amateurs – dont je fais partie – qui vibrent plus avec des morceaux concis et directs. La palette musicale est ici si variée qu’il faut de nombreuses écoutes pour entrer dans ces univers torturés. Ensuite, le chant d’Aaron, s’il colle sans doute au thème, m’est difficilement supportable. Plaintif, souffrant, pas toujours clair – je n’ai réalisé qu’au second titre, Sans maintenant, le plus court, aussi (4’23), qu’il chantait en français! – il manque de rondeur et de puissance, cherchant parfois des effets « artistiques » auxquels je ne suis pas sensible (la répétition de « Si je ne sais pas alors j’inventerai » sur le morceau titre, par exemple). Enfin, la production assez étouffée ne parvient pas à vraiment apporter à chaque titre l’ampleur et la générosité voulue par le metal progressif. Les amateurs du genre y trouveront certainement de la matière car il y en a tout au long de cet album riche, intense et calme à la fois, plein d’envie et de volonté. Mais, à de rares exceptions, je n’ai jamais été fan de metal progressif trop intellectualisé pour mes oreilles. Pas pour moi, je passe…

Interview: HOLY FALLOUT

Interview HOLY FALLOUT. Entretien avec Paul Girardot (chant, guitare), propos recueillis le 13 février 2026

Paul, c’est la première fois que nous échangeons, commençons par une question classique : quelle est l’histoire du groupe ?

Holy Fallout s’est formé en 2018 et, comme beaucoup de groupes, il y a eu des changements de line up. La formation actuelle existe depuis environ deux ans maintenant. Il y a Flo à la guitare, Matt à la basse, Adrien à la batterie et moi au chant et à la guitare. On a un peu redirigé le style global de la musique, c’est-à-dire qu’on a commencé vraiment dans le prog et on conserve ces racines-là tout en, progressivement, nous en éloigner.

Comment décrirais-tu la musique de Holy Fallout à quelqu’un qui ne vous connait pas, justement ? Pour l’inciter à vous découvrir.

C’est marrant parce que c’est un peu ce qu’il s’est passé lors d’un concert du côté de Nantes : dans le public, il y avait des gens qui n’écoutent pas du tout de metal et qui ont apprécié ce qu’on fait. Je dirai que c’est une porte d’entrée au metal, quand on n’en écoute pas, dans le sens où… Pour moi, on fait du metal alternatif : on a une base metal, un son metal et des ingrédients mais on n’est pas non plus dans ce qui se fait de plus extrême. On mixe divers éléments, du rock, de la pop, parfois un peu d’électro à une base metal. C’est ce qui nous défini, je pense.

J’ai même détecté quelques influences rap…

Ouais, ça, c’est quelque chose qui vient du neo metal ! On en est tous un peu client, c’est ce qui a marqué notre adolescence. Je continue d’en écouter, je trouve que c’est un style qui est assez riche, tu mets autant Rammstein que Marilyn Manson dedans, c’est la première hybridation du metal avec une musique plus mainstream…

Dans ma chronique, je fais aussi une comparaison, pour le début de votre album, avec un autre groupe plus ancien, Headcharger. Vous avez des affinités avec cette formation ?

Pour tout te dire, on a découvert cette ressemblance avec a chronique. On connaissait ce groupe de nom, mais on n’a jamais… J’en ai écouté dernièrement parce qu’on participe à une compétition sur Twitch, le metal combat, et pour la phase des poules 3, une partie du jury a aussi trouvé qu’on avait quelques ressemblances avec Headcharger. Personnellement, je ne trouve pas du tout. Eux, il n’y a pas de samples, on est moins sur le neo metal… Vocalement, c’est possible, d’autres personnes du groupe ont écouté et m’ont dit qu’il y a quelque chose dans la voix. C’est marrant cette ressemblance, tu n’es pas le seul à nous en parler, je crois qu’il y a eut 2 chroniques qui l’ont noté, et le Metal Combat… On nous a même dit que ce serait bien de nous éloigner de cette influence alors que… ce n’est pas du tout une influence !

Après ce premier titre, vous vous éloignez de cette ressemblance. Quelles sont vos influences aux uns et aux autres ? Il y a du neo metal, de l’extrême, et du prog, OK…

On balaie pas mal de styles du metal, du prog à l’extrême, mais il n’y a pas que ça, en fait… Il y a du prog, Haken, Leprous ou même Dream Theater, que je n’écoute plus trop mais c’est le genre de groupe qui façonne ta manière de réfléchir, de composer. On écoute un peu de classic rock, du rock progressif comme Pink Floyd ou Steven Wilson. Personnellement, j’écoute un peu de rap, de jazz, de la musique de films… C’est très vaste, on écoute beaucoup de choses différentes.

Comment vous organisez vous pour la composition ? L’un de vous arrive-t-il avec une base ou est-ce plus un travail collectif ?

Il y a une base : je fais des maquettes, avec ou sans paroles. Après, on sélectionne les idées qui nous plaisent le plus, on les travaille individuellement – le batteur va refaire ses parties de batterie, le bassiste pareil avec la basse… N’importe qui peut proposer ce qu’il veut et on assemble. On déconstruit pour mieux construire, en somme. Pour 404, on est partis de mes maquettes, on travaillait avec un ingé son, Dany Letouchard qui nous a enregistrés et a produit l’album. Il avait lui aussi son mot à dire et a proposé quelques choses. On a eu une oreille externe au groupe et il a fait partie de l’aventure. Parfois, tu es le nez dans le guidon et tu ne vois pas le choix le plus judicieux. Il nous a bien aidé pour ça.

Pourquoi ce titre, 404 ?

J’aime bien ce côté un peu simpliste dans un titre mais qui peut aussi être bourré de significations. La première qu’on connait, c’est bien sûr l’erreur 404 en informatique, le néant… Et je trouvais intéressant de mettre ça en rapport avec notre société actuelle qui devient de plus en plus « technoïsée », on est de plus en plus tributaires de ces outils que nous créons au point de nous effacer devant… Nos téléphones portables, les réseaux sociaux qui prennent de plus en plus d’importance. Ne faisons-nous pas une erreur en leur accordant autant de place ?

Quel parallèle y a-t-il entre ce titre et l’illustration de couverture. On voit que c’est une mer déchainée, mais tournée à 90°, on peut y voir un géant de pierre, une montagne qui s’effondre…

Cédric Balait, notre graphiste, a son atelier, et on lui a passé les maquettes, qu’il a écoutées pendant des semaines et il est arrivé avec cette idée, nous disant « voila ce que ça m’inspire ». Quand tu es au beau milieu de l’océan, tu peux avoir ce sentiment d’être perdu. Quand tu retournes la photo, tu peux y voir autre chose. On aime beaucoup ce côté minimaliste, c’est une photo, mais ça fourmille d’idées et chacun peut y voir différentes choses !

Comment analyserais-tu l’évolution de Holy Fallout entre vos deux albums ?

On est dans des formats un peu plus courts, des morceaux un peu plus… « classique » dans les structures avec toujours ce point commun de chercher l’émotion, de chercher ces ascenseurs qui sont un peu notre marque de fabrique. Le côté doux et violent à la fois, on le retrouve dans les deux albums, mais les morceaux sont maintenant plus taillés pour le live. On prend beaucoup de plaisir à jouer et je pense que ça se ressent dans le public. On essaie de proposer quelque chose d’unique, avec des barres LED, on cherche à illustrer nos morceaux…

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de 404 pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Holy Fallout, ce serait lequel ?

Crippled, je dirai. C’est le morceau d’ouverture, et c’est pas pour rien qu’il ouvre l’album. Il est rentre-dedans et il a aussi ce côté un peu… un peu plus original et fouillé. Il y a un travail sur les voix. Un mec nous a dit « c’est Pentatonix qui rencontre Sepultura ». Il y a effectivement un travail sur les voix avec un coté très rentre dedans. C’est difficile de résumer un groupe à un seul morceau, on n’a pas envie de se cantonner à un seul style. Tout ce qui nous plait en musique, on a envie de le faire, un peu à l’instar de Pain Of Salvation… A chaque album, ils proposent quelque chose de différent tout en étant reconnaissable. J’espère pouvoir m’approcher de cet esprit…

On sait bien qu’un groupe de rock aujourd’hui ne vit pas, ou très difficilement, de sa musique. Quelles sont vos autres activités pour subvenir à vos besoins du quotidien ?

On a des métiers à côté. Je suis prof d’anglais dans le secondaire, Adrien, le batteur, est ingénieur e électricité, notre guitariste est ingénieur dans une autre boite, Matt, notre bassiste, travaille à l’usine mais je ne sais plus quel poste… On a tous de l’alimentaire à côté.

Quelle pourrait être la devise de Holy Fallout ?

Il y en a plusieurs, dont une qui me vient en tête… C’est plus une private joke, mais on la trouve assez incroyable. C’est « une seule issue ». C’est un groupe qui s’appelle Seuil d’Alerte qui utilise ça. Il y en a une deuxième, plus en rapport avec notre côté humain, c’est « quand tu tombes de cheval, il faut remonter en selle ».

THE WOODEN PEARLS: Against the tide

France, Rock hard (M&O, 2026)

C’est frais, c’est rock, énergique et catchy. The Wooden Pearls est un trio palois qui déboule avec Against the tide, un premier album électrique et éclectique bourré de références chaleureuses qui font du bien. Si les premières mesures de Docile m’évoquent Niagara – une intonation vocale à la Muriel Moreno et une guitare qui rappelle celle de son complice Daniel Chevenez période Religion (1990)- TWP trouve rapidement sa personnalité en alternant les tempi et les ambiances. Ici direct, là plus aérien aux inspirations gothiques, le groupe ne se répète jamais offrant ainsi un album riche et varié. Alors oui, tout au long des Step away from the crowd, Brokenhearted, Détermine moi et autres Nothing left of me ou Surf report on retrouve des traces de Patti Smith, Stevie Nicks ou, parmi d’autres, Dolores O’Riordan. Musicalement, TWP se détache de ses influences (on peut évoquer Nada Surf ou PJ Harvey parmi les plus évidentes) et crée des univers sonores qui lui sont propres, avec des guitares incisives, des rythmiques entrainantes et un chant envoutant par sa variété. Surtout, voici enfin un groupe qui s’adresse à tous le publics, français et international, en faisant le choix plus que judicieux de chanter tant dans la langue de Molière que celle de Shakespeare. The Wooden Pearls ose et pourrait bien, grace à son audace et son talent, se frayer un chemein vers les espoirs à suivre de près – et plus encore. A découvrir d’urgence!

Interview: MESSALINE

Interview MESSALINE. Entretien le 13 mars 2026 avec Eric Martelat (Chant)

Ce qui est agréable avec Chatos – le surnom d’Eric Martelat, chanteur et fondateur de Messaline – c’est qu’un entretien n’en est pas vraiment un. C’est plus proche d’une conversation entre potes qui se retrouvent, quand bien même ces derniers ne se seraient pas vus depuis 10 ans. Alors discuter de (alias Lilith), le dernier album des Bressois est un moment de partage plus que sympathique.

Eric : Tu as reçu l’album quand ? On sent bien, quand on lit ta chronique – superbe, et je t’en remercie – que tu as pu l’écouter plusieurs fois, et ça, c’est cool.

Metal Eyes : Je ne sais plus exactement quand je l’ai reçu, mais, oui, je l’ai écouté plusieurs fois. Ça fait maintenant quelques temps que nous n’avons pas échangé, la dernière fois, c’était pour Illusions barbares, et il s’est passé plein de choses depuis… On ne va pas revenir sur 10 ans de vie, mais je voudrais que nous revenions un peu en arrière puisque vous avez publié un Ep, Braconniers du silence, qui a été enregistré en aout 2023 au parc des oiseaux lors d’un festival. Qu’est-ce qui vous a amenés à enregistrer ce disque dans ces conditions, lors d’un festival qui n’est pas du tout metal ?

C’était l’occasion… C’est un festival qui se déroule sur un mois avec une tête d’affiche par soirée. Parfois, il y a une première partie, parfois pas. Cette année-là, Stephan Eicher n’en avait pas. Donc, j’ai démarché en proposant que nous fassions un concert en acoustique, revisiter nos morceaux. J’ai trouvé un second guitariste qui était plutôt acoustique et qui nous a permis de faire beaucoup d’arrangements. On a enregistré une maquette qu’on a envoyé à l’organisateur qui nous a dit banco. Quelques jours avant, avec l’ingénieur du son, on a décidé d’enregistrer tout le concert en nous disant « ben, si c’est bien, tant mieux, sinon, tant pis ! » Ce soir-là, on jouait 30’, on a bien joué et quand on a écouté les bandes, on s’est dit qu’il avait quelque chose à faire avec… On l’a mixé, sorti en Ep. On sent bien la connivence entre les musiciens. Ce qui est rigolo, c’est que je voulais que, sur les 5 morceaux, il y ait des titres que le public connait très bien, et on a fait exprès de prendre quelques risques puisqu’il y avait 3 titres de Vieux démons qui venait de sortir, qu’on a réarrangés. C’était un beau challenge, mais on a aussi joué deux inédits, dont Geisha et Maistre Flamel qui étaient déjà composés et qu’on a proposé en goodies aux fans présents ce soir-là.

Tu dis que vous avez décidé de prendre des risques, mais pas tant que ça, avec des morceaux que le public connait déjà. Mais surtout, il y a eu un gros, gros changement de line-up. Qu’est-ce qui a amené ces changements ?

Le gros changement, ça a été en 2018 lorsque Mickael Colignon, le guitariste fondateur du groupe avec moi, a décidé d’arrêter complètement la musique, après Illusions barbare. Matthieu Gilbert, guitariste compositeur est arrivé, ainsi que Alain Blanc à la batterie. A la sortie de Vieux démons, le bassiste qui était avec nous depuis quelques années a décidé d’arrêter. Charlie est arrivé à la basse, et c’est à ce moment-là qu’on a décidé d’inclure Agnes Gilbert aux chœurs pour harmoniser encore plus les voix.

Il y a une période que nous avons tous vécu différemment, entre Illusions barbares et Vieux démons, la période de crise sanitaire…

Et la crise sanitaire nous a permis de composer Vieux démons, qui est sorti en 2022. On l’a composé avec Matthieu pendant le Covid. Ça nous a permis de nous poser, chacun de notre côté, d’écouter nos vieux vinyles et de nous dire que c’est bien les années 70 qu’on aimait dans l’histoire du rock. Finalement, ça nous a fait prendre un virage parce que Messaline est moins typé Heavy metal que ce qu’on faisait sur nos premiers albums. On est plus dans le hard rock, classic rock. Ça laisse plus de place au chant français. Ce style de rock, plus mélodique et plus posé met plus en valeur les textes. Ce changement de direction, finalement, c’est sur le fond – pour le coté musical – et sur la forme. Parce je trouve que les textes s’incorporent mieux à la musique.

Les gens qui suivent Messaline, ceux qui te connaissent et lisent les paroles savent à quel point tu es un amoureux des mots. Alors des mots, pas des maux… J’ai l’impression parfois qu’avec toi il vaut mieux toujours épeler ces mots, justement (il rit). On les retrouve tout le temps, ces jeux de mots, j’en veut simplement pour preuve le titre Les piqures d’Hades qui joue sur le coté Epicure, et les gens qui te connaissent savent que tu es aussi un bon vivant. Alors quel rapport entre l’épicurien que tu es et Hades, le dieu des enfers, certainement un bon vivant aussi, plus chaleureux que d’autres ?

Tu as la réponse dans ta question, c’est exactement ça… Quand je commence le texte, je dis que tout ce qui est bien est mal. J’ai l’impression que, maintenant, tout ce qui peut apporter du plaisir, l’épicurisme, est montré du doigt… La bonne bouffe, l’alcool, etc…

Un bon vin rouge aussi… A chaque fois qu’on s’est rencontré, tu avais un verre de vin à la main !

(Rires) Oui ! Oui, oui ! C’est exactement ça, et effectivement… Ne vaut-il mieux pas faire la fête aux enfers que de s’emmerder au paradis ? L’éternelle question… Les piqures d’Hades c’est ça… Il y a des hommes politique qui veulent passer pour des gens bien mais ce n’est pas forcément le cas… Où placer le curseur ? L’histoire des Alias de l’album, c’est exactement ça : on avance tous un peu masqués dans cette société, on a tous une double personnalité. Moi, ça m’intéresse d’autant plus que je suis gémeaux qui est réputé pour avoir une double personnalité. Mais je pense qu’on a tous un peu ça. Regarde les hardos : certains vont au boulot en costar-cravate et le soir, tu les retrouve en concert de metal extrême avec leurs vestes à patches… On a tous un alias…

Tu viens d’expliquer le pourquoi des changements de line-up, et il ya une chose qui me marque aussi, à l’inverse, c’est la fidélité de Messaline à Alain Ricard et son label Brennus music… Vous n’avez jamais changé de label…

Non, c’est vrai. Alain, c’est quelqu’un qui donne totalement sa confiance aux groupes qu’il travaille, il ne veut même pas écouter une seconde de ce que tu fais… Il n’y a pas de producteur ou de label manager qui nous dise qu’il faut plus de ceci ou moins de cela. C’est vrai que pour cet album on s’est posé la question de savoir si on n’allait pas chercher ailleurs parce qu’il y a certains titres qui sont carrément plus rock. Et finalement, on se dit qu’il y en a marre de mettre les gens dans des cases… Brennus est connoté metal ? On a toujours été bien chez Brennus, alors pourquoi changer maintenant ? La fidélité aussi, c’est quelque chose qu’on doit garder, surtout dans ce milieu où tu vois plus de personnes qui te poignardent dans le dos que de te rester fidèles… On en connait toi et moi quelques-uns, je pense… Autant continuer avec les personnes qu’on aime et avec qui on aime bien travailler…

Maintenant qu’on a parlé du label, parlons de la musique : comment décrirais-tu aujourd’hui la musique de Messaline à quelqu’un qui ne vous connait pas pour l’inciter à vous écouter ?

Je serai basique : je dirai que Messaline essaie de faire de la chanson rock. C’est-à-dire qu’on cherche à proposer de la mélodie qui soit entêtante avec des textes qui veulent dire quelque chose. Rock ou hard rock dans le sens où on est moins metal qu’avant avec une musique moins compressée qu’avant, pour faire vraiment respirer la musique. Chaque instrument a sa place et respire…

Maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de (Alias Lilith) pour inciter quelqu’un à écouter tout l’album, ce serait lequel ?

Je dirai Geisha parce qu’il y a plein d’atmosphère. L’intro est très chanson posée, et ça accélère avec un côté hyper baston hard rock. Il y a pleins de climats différents dans ce morceau qui reste hard rock, jamais progressif avec des passages à tiroirs.

C’est intéressant de t’entendre dire ça quand on connait ta relation avec Christian Descamps, de Ange…

Ouais… Ange, on est d’accord que ça a été une grosse influence pour moi, notamment au niveau des textes. J’aurai toujours ce background, mais je trouve qu’on s’en éloigne de plus en plus. C’est pour ça qu’on voulait aussi faire une reprise de Ange sur Vieux démons histoire de clore l’histoire… Depuis le début de Messaline, on nous parle de Ange, mais il y a d’autres influences. Sur (Alias Lilith), le côté sombre de mes textes n’a plus rien à voir avec le côté « solaire » d’avant. Je me retrouve plus sur le côté Thiefaine, tel qu’il écrit ces dix dernières années, voire avec Higelin. J’ai redécouvert beaucoup d’auteurs français, comme Jean-Louis Murat. Je me suis replongé dans sa discographie – après sa mort, comme souvent, malheureusement – et c’est un sacré artiste ! Il y a aussi des petits accents à la Black Sababth, Uriah Heep, aussi. Ccharlie, le bassiste qui nous a rejoint il y a trois ans – c’est son premier album avec nous – n’a jamais vraiment été fan de Ange. Il faisait partie de cover bands de Red Hot Chili Peppers et compagnie… Après, les gens continuent de parler de Ange, sans doute la tessiture de ma voix, mais je pense que, maintenant, tant textuellement que musicalement, on s’en est bien éloignés.

Ça fait maintenant quelques années que ce line up est en place, alors si tu devais – pas pouvais – réenregistrer un album de Messaline avec le line-up actuel, ce serait lequel ?

Super bonne question ! Elle est un peu chiante parce que dans tous les albums il y a eu des titres super forts, mais on se dit parfois « ah, celui-ci, je le referai bien ». Mais sur un album entier ? Sur les quatre de la première mouture, même si je pense que c’est le meilleur de tous, ce serait Eviscérer les dieux, parce que je pense qu’on peut aller encore plus loin. Il y a plein de mélodies sympas que je réenregistrerais bien avec le groupe actuel. Après, on a tellement d’autres choses à faire qu’on ne le fera pas.

On sait qu’un groupe de rock, c’est aussi la scène. Vous avez des projets de concerts ?

On a deux dates de calées, mais c’est vrai que, en France, c’est vraiment très compliqué d’enchainer beaucoup de dates. On a le cul entre deux chaises… On arrive à un stade où on est « trop gros » pour jouer dans les bars – et on ne veut pas (rires) – et trop petits pour, uniquement sur notre nom, jouer dans des SMAC à l’autre bout de la France. Déjà avec des groupes locaux, les Smac n’arrivent pas à remplir, alors… C’est pour ça qu’on essaie de temps en temps de choper des belles et grosses premières parties dans notre région. On n’a ni le tourneur ni la fan base qu’il faut pour pouvoir tourner comme on le voudrait…

On sait aussi qu’un groupe de rock, en France, ne vit pas de sa musique. Quelles sont vos autres activités professionnelles ?

On a un intermittent dans le groupe, notre bassiste Charlie, même si c’est évident qu’il ne fait pas ses cachets d’intermittence avec nous (rires) ! Si on fait cinq ou six concerts dans l’année, c’est une grosse année ! Alain, le batteur, est retraité. Matthieu, l’autre guitariste est responsable dans une boite, responsable de la déchèterie, c’est pas un vieux déchets, mais il recycle (rires) ! Agnès aussi bosse dans une boite, enfin… Sa boite puisqu’elle est auto-entrepreneuse et travaille auprès de personnes âgées, et moi, je suis enseignant dans un lycée pro en ce qu’on appelle arts appliqués.

Une toute dernière chose, pour conclure ; quelle pourrait être la devise de Messaline, que vous mettriez sur votre prochain album ?

C’est une autre bonne question ! La devise… c’est… euh… « Que vous aimiez ou que vous nous détestiez, merci de nous faire exister » !

VECTOR: Brain collector

France, Thrash (M&O, 2026)

Amis amateurs de metal fin, distingué et racé, je vous invite à passer votre chemin. Ceux d’entre vous qui sont, au contraire, séduits par le thrash old school, brutal et direct, c’est une invitation à vous pencher sur le cas Vector que je vous envoie. Vector qui, au travers de Brain collector, nous propose 11 morceaux furieux et rageurs qui nous replongent aux origines du thrash, cette période où les Slayer, Exodus et autre Death Angel dominaient le genre. Vector ne cherche qu’une chose: démonter les cervicales, et ça marche tant ça bastonne à tout va! Alors, oui, on pourra « reprocher » le côté old-school, mais l’ensemble est ici si plein de conviction qu’on se laisse très facilement prendre au jeu. Le chant rugueux de Rémi Duval s’approche du death, les growls en moins, les guitares de Aurélien Pauchet et David Fasquel cisaillent et charcutent à qui mieux mieux, l’ensemble étant porté par une rythmique explosive bombardée par le bassiste Erwan Balotaud et le batteur Jean-François je ne sais comment (aucune mention dans le livret, dommage…). Un décrassage en règle des tympans, en somme!

SOCIAL PROPHECY: Tourments

France, Metalcore/metal alternatif (M&O, 2026)

Formé dans le sud de la France en 2022, Social Prophecy distille un metal alternatif aux relents metalcore avec quelques touches électro. Malgré un accent typique dans les parties de chant en anglais clair – qui disparait dès que ça gueule – le groupe alterne entre puissance et groove tout au long des 14 titres de Tourments, son premier album qui explore les tréfonds de nos âmes sombres et malades avec rage et détermination. Mais, malgré toute l’envie et le savoir faire, le groupe ne parvient pas à m’entrainer dans son univers, exception faite, sans doute, de No ending, temps calme et romantique à mi parcours qui monte en puissance et en energie. Rien de vraiment neuf qui m’interpelle, cependant. Bien fait, plein de volonté, certes, est-ce cependant suffisant pour se distinguer? Pas mon truc, en tout cas.

MESSALINE: (alias lilith)

France, Metal progressif (Brennus, 2026)

Les amateurs de Messaline le savent bien, un nouvel album est très souvent la promesse d’un bon moment tant musical que littéraire. (alias lilith), le dernier né de la bande à Chatos (Eric Martelat, chant), ne déroge pas à la règle. Le groupe nous offre neuf titres qui s’articulent comme les pièces d’un puzzle autour d’un mystérieux concept, celui de la « mordorée lilith ». Un jeu de pistes aux innombrables jeux de mots griffonnés autours de personnages variés dont les maux divers forment la base de ce concept. Chaque titre de chanson est sous titré d’un alias – pour Lilith c’est « alias Messaline » – qui donne le la et le ton de l’œuvre. Avec ses compagnons de jeu (de scène cette fois-ci) – le line up est celui ayant enregistré l’Ep live Braconniers du silence en 2024, soit Mathieu Gilbert aux guitares, Didier Schoepflin à la basse, Alain Blanc à la batterie et Agnès Gilbert aux chœurs et percussions, chacun ayant également son propre alias que je vous laisse découvrir – Chatos nous entraine dans ses univers angéliques et démoniaques (Ange n’est en effet jamais très loin de ces esprits métalliques infernaux). Progressif dans l’âme, foncièrement heavy rock plus que purement metal, ce nouvel album se laisse écouter d’une traite et interpelle l’auditeur par ces riffs acérés autant que par ses bons mots dont on ne se lasse pas.

DAMANTRA: Better off this way

France, Rock (Autoproduction, 2026)

Alors, eux, s’ils ne se sont pas plantés de lieu et d’époque… Formé à Toulouse, à la fin des années 2010, Damantra (Mélanie Lesage au chant, Virgile Jennevin à la guitare, Robin Fleutiaux à la basse et aux claviers et, arrivé en 2021, Rémi Fournier à la batterie) se teste et se cherche mais sait que sa musique sera roots et totalement ancrée dans les années hippies, au croisement des 60’s et des 70’s. Pas compliqué d’imaginer les sources d’inspiration du quatuor, tant vestimentairement (flower power à donf, un look à la Hendrix meets Joplin) que musicalement. Sans jamais trop en faire, Damantra, avec ce premier album Better off this way (le groupe avait préalablement publié 2 Ep – Jekyll & Hyde en 2020, Comet en 2023) se glisse dans le sillage des Rival Sons et autre Wolfmother. La voie éraillée de Mélanie, chaude et sensuelle (ne reste que l’anglais à perfectionner, svp!), les riffs simples et entrainants de Virgile, les rythmes dansants concoctés par Robin et Rémi, le tout enrobés de claviers à la Jon Lord (oui, il y a aussi une inspiration Deep Purple qu’on retrouve également dans certaines guitares) tapent dans le mille. Le groove dansant évoque par instant la fête d’un Blues Pills, le disco en moins (mais la boule à facettes bien présente!) Malgré toutes ces références, Damantra a sa propre personnalité, une forte et originale personnalité, qui nous entraine dans son sillage qui traverse des champs et des paysages bucoliques et reposants. Un remède anti-dépression à découvrir d’urgence. Peace, love and rock’n’roll !

YÜ: The calling

France, Punk (M&O, 2025)

, c’est un ovni comme on en entend et voit rarement. Prenez une sorte de geisha occidentale et une espèce de lapin blanc, donnez leur un esprit qui se situe quelque part entre nos Rita Mitsouko ou Bjork, ajoutez une touche de cette irrévérence grungy/punk et vous obtenez une folie sonore nommée The calling. Les huit titres de cet album sont aussi solides que fracassants. Exception faite de Try to run, sorte de temps (qui se veut) calme, l’ensemble de ce disque nous entraine dans une folie douce musicale et vocale. Noémie Alazar se tord les cordes vocales comme elle frappe ses fûts tandis que son compère Yoan Lavenne envoie ses riffs saturés et déstructurés en pleine face. Brut et organique, ce premier album sans concession va droit à l’essentiel sans jamais s’encombrer de fioritures. Un duo à certainement voir sur scène.

DIRTY RODEO: At least we try

France, Rock (En Soirée Je Danse Pas, 2026)

Libres et indépendants. Voici deux termes qui définissent l’état d’esprit de Polo (chant/guitare) et son frangin Alex (chant/batterie) qui publient At least we try, le nouvel album de Dirty Rodeo. Originaire de Limoges, le duo sévit depuis une dizaine d’années et nous délivre un rock qui navigue entre rock alternatif, pop, punk US et hardcore. Les neuf chansons du nouvel album ne dérogent pas à la règle, alternant entre titres bruts et morceaux pop au refrain fédérateur. Si Dirty Rodeo ne réinvente en rien le genre, le duo se libère et se déchaine avec des riffs sans fioritures et efficaces. Empli d’énergie libératrice et de colère salvatrice, At least we try va droit au but avec un certain bonheur. On imagine volontiers que, sur scène, les deux ne puissent être autrement que simplement déchainés.