6:33 : Feary tales for the lullabies: the dome

France, fusion barrée (33 degrees, 2021)

Ils nous avaient laissés en 2015 avec le superbe Deadly scenes, premier album avec le chanteur unique Rorchach, et la tournée qui suivit en 2016. Il aura donc fallu 6 années aux barjots de 6:33 pour venir à bout de ce Feary tales for the lullabies: the dome et retrouver une position dominante sur leur créneau musical. Un créneau simplement inclassable où se mêlent rock, électro, jazz, metal, groove, 80’s, 40’s… Ceux qui connaissent 6:33 le savent, la surprise est partout. Des sons et des arrangements qui interpellent, fun et cartoonesques – les Looney Tunes doivent être aux aguets – et ne lassent jamais. De Wacky worms à Hangover, les 11 titres de ce nouvel album filent à toute allure et distillent une jolie dose de bonne humeur. Le trépidant Holy golden boner se dispute la palme du groove entraînant avec Rabbit in the hat ou Flesh cemetary, voire Release of the he-shes. Chaque chanson a ses particularités et dingueries, 6:33 proposant une musique limite schizophrène. Le groupe a ici décidé de ce recentrer sur l’efficacité de son propos en ne proposant aucun morceau « long » (aucun n’atteint les 10′) mais continue de marier les genre dans l’esprit d’un Faith No More ou d’un Mr Bungle allumés.   Egalement, mais c’est là un « détail » visuel, les masques sont tombés, 6:33 ayant décidé de jouer à visage découvert afin de se rapprocher de son public. Mais le visuel demeure, à l’instar de cette pochette aux couleurs fluo. L’immensité de la mégapole dans laquelle le héros cherche le succès. Et si l’album s’intitule « (…) : the dome » c’est bien parce qu’une suite est prévue. Feary tales est une vrai réussite dont on espère que cette suite promise arrivera rapidement. Pas trop, quand même, laissez nous le temps de nous délecter de cette merveille.

DESTINITY: In continuum

Death mélodique, France (Crimson productions, 2021)

Attention, trompe l’oeil! Ou plus exactement, trompe l’oreille… Après une séparation brutale en 2013 après 6 albums et « un peu une engueulade entre frères » selon le lead guitariste Sébastien, c’est sur une suggestion du chanteur Mick Caesare – pas encore revenu de No Return – qui « voulait refaire une date pour le festival qu’il organise à Lyon. Il y avait une possibilité aussi de jouer au Hellfest » ainsi qu’une dizaine de dates en France. La flamme est très vite ravivée, le groupe retrouvant « la dynamique d’avant la séparation, en mieux ». C’est donc la même formation qui se retrouve pour composer le successeur de Resolve in crimson (2012) et donner, neuf ans plus tard, naissance au bien nommé In continuum. Bien que composé avant Covid, la pandémie est arrivée, empêchant les musiciens de se retrouver mais donnant « du temps pour composer et, en 2020, pour prendre le temps d’enregistrer, à la maison et de penser au moindre détail ». La densité musicale s’aligne dans la continuité de Resolve…, ajoutant toutefois des variations plus nombreuses. Très heavy, parfois sombre, si la comparaison avec Amon Amarth parait évidente – l’ombre de Johann Hegg plane au dessus du chant de Mick, les rythmiques semblent parfois copiées sur celles des Suédois – et pourtant « on a très souvent ce parallèle, mais ce n’est pas voulu, ce n’est pas une influence majeure ». Certes, on pourrait également citer d’autres grands du genre, comme In Flammes ou, plus encore, un vieux Dark Tranquillity. D’ailleurs, si l’on veut se faire une idée de ce qu’est vraiment  Destinty aujourd’hui, « Reflect the deceit est très représentatif. Il comporte les différents éléments de notre musique ». Une musique au fond aussi variée que cette pochette qui l’illustre entre silhouette crayonnée et fond plus abouti, ombre et lumière, précision et simplicité. Il en ressort une forme de « mélancolie qui évoque le titre Shadows« . Avec une énergie retrouvée, le groupe est de retour « pour de bon, pour rester et pour le faire à fond » avec des concerts déjà prévus (Rock n Eat à Lyon le 15 octobre, suivi le 19 novembre du Lezardos festival de Saint Dizier et d’autres moins certaines à confirmer en 2022). Destinity revient en force avec In continuum qui est une très belle promesse d’avenir, un avenir à attraper à bras le corps afin de conquérir un large public.

OWL CAVE: Broken speech

France, dark instrumental (Time Tombs Production, 2021)

L’antre d’un hibou, animal nocturne et nyctalope par excellence, est forcément un lieu sombre et, pour certains, inquiétant. C’est ce que l’on se plait à imaginer à l’écoute de Broken Speech, premier album de Owl Cave, projet d’un homme – S. en guise de fiche d’identité… – multi-instrumentiste qui aura mis pas moins de trois années à finaliser cette longue pièce hypnotique, intrigante et envoutante. Tout est dans le détail – même le CD est noir! – et l’alternance d’ambiances, lourdes, lointaines, fantomatiques ou désertiques, n’est tenue que par une maitrise parfaite des transitions. Ainsi, de 6 parties, le projet s’est transformé en une piste fascinante de bout en bout. Une œuvre d’un artiste prometteur à découvrir d’urgence.

Interview: 6:33

Interview 6:33 – Entretien avec Flo « Rorschach » (chant). Propos recueillis par téléphone le 8 octobre 2021

Photo promo

Metal-Eyes : Nous nous étions rencontrés lors de votre passage en ouverture des locaux de Wild Dawn en 2016 à la salle Eiffel d’Orléans. Votre précédent album remonte à 2015. Que s’est-il passé depuis ?

Rorschach : Il s’est passé deux-trois enfants qui sont arrivés, Nico a aussi déménagé, il a monté son studio, cela plus un confinement, plus une musique assez complexe à composer et à enregistrer… Voilà, ça passe finalement assez vite… On a décidé de se lancer dans la compo fin 2017. Après Deadly scenes, on s’est concentrés sur le live et en 2017 on s’est mis sur les premiers morceaux. Après ça, comme je te le disais, j’ai eu mes enfants, Nico aussi, et on ne peut pas se retrouver à faire autant de musique… On ne s’est, en plus, pas mis de barrière de temps, on voulait aller au bout de ce processus complexe. C’est vrai que sur la fin, le confinement n’a pas arrangé les choses, mais voilà…

 

Metal-Eyes : Que peux-tu nous dire de ce nouvel album, Feary tales for strange lullabies ?

Rorschach : C’est un album qui est dans la continuité de ce que nous avions commencé à créer sur l’album précédent. C’est le troisième album auquel je collabore avec 6:33. Sur The stench from the swelling, il y avait Arno Strobl qui faisait l’intérim entre le premier chanteur et mon arrivée, je n’ai écrit que deux morceaux sur The stench, et c’est pour ça, je pense, qu’on a rapidement voulu écrire plus, Nico et moi et Deadly scenes est né assez vite. Sur cet album, il y a déjà les prémices d’une ville, d’un univers parallèle et on a continué dans ce délire, on a créé cette mégalopole qu’on a appelé The dome. On a monté un nouveau concept, on a raconté l’histoire de ce jeune homme qui monte de sa province et qui veut devenir une star de la musique, essayer, en tout cas. Il va rencontrer des personnages hauts en couleurs. Ça me fait un peu penser à Sin city, avec une histoire et des spin off, des personnages qui forment l’histoire. On a écrit cet album dans cet esprit-là, avec des images et un son très années 80/90 parce qu’est ce qui nous a construits en tant que personnes et en tant qu’artistes. Toute cette pop culture vec laquelle on a grandi, on a voulu la retransmettre à notre manière.

 

Metal-Eyes : C’est ce qui est écrit sur le CD : « un jeune homme en quête de gloire et son voyage initiatique dans le monde du show-biz » : est-ce que c’est autobiographique ?

Rorschach : Complètement ! C’est moi qui écris les textes. Moi aussi, je suis monté de ma province de Haute Savoie, d’un village qui s’appelle Chamonix où la musique n’était pas un sport national. Je suis allé faire une école de musique à Nancy avant de venir à Paris. Oui, c’est autobiographique, mais en même temps les thèmes que j’ai voulu aborder sont aussi différents, même s’il y en a que j’avais à cœur d’exprimer, comme les femmes, ou un groupe de transsexuels qui deviennent des super-héros la nuit pour venger la veuve et l’orphelin… Il y a des thèmes qu’on voulait aborder et qu’on traite de manière un peu parallèle… On raconte des histoires, quoi !

 

Metal-Eyes : sur fond de musique assez indescriptible, ce qui est un peu votre marque de fabrique. Alors, justement, comment décrirais-tu la musique de 6:33 à quelqu’un qui ne vous connais pas pour l’inciter à vous découvrir ?

Rorschach : Ah, c’est toute la question ! Le terme que j’aime bien en ce moment, c’est fun et prog : il y a une base prog avec des trucs qui partent assez loin, mais toujours sur fond joyeux. Il y en a d’autres qui vont appeler ça du nawak metal, une sorte de metal un peu fourre-tout, mais c’est difficile de donner un terme.

 

Metal-Eyes : Et comment analyserais-tu l’évolution de 6:33 entre Deadly scenes et Feary tales ?

Rorschach : On se découvrais vraiment, Nico et moi, avec Deadly scenes, là on se connait mieux, au niveau de la composition. On a affiné tout ça et je pense que la patte du groupe se définit de mieux en mieux, un peu plus léchée, directe aussi. L’album commence avec Wacky world qui entre directement dans le sujet, il n’y a plus de morceau fleuve de 12’ comme on avait avant, donc plus direct, okus accessible tout en étant aussi chargé en information et en… bordel.

 

Metal-Eyes : Je confirme, les deux termes ! C’est aussi ce qui fait que vous maintenez l’auditeur en éveil. C’est aussi très cartoonesque à la Looney tunes… Il ne faut chercher ni le sérieux ni le ridicule, mais il ne faut pas non plus en avoir peur.

Rorschach : C’est exactement ça, le Looney tunes sont dans Whacky world avec du Tim Burton, du Sin City.

 

Metal-Eyes : Le titre de l’album se termine par « : the dome ». Ça évoque la possibilité d’une suite…

Rorschach : Oui, il y aura une suite. Il y aura bientôt les paroles sur internet, utiles parce qu’on comprend mieux ce qu’il se passe, et, en effet, il y aura une suite, un second album qui clôturera l’histoire. Je ne peux pas t’en dire beaucoup plus car on sort à peine de celui-là et on ne s’est pas encore penchés sur la suite. On ne s’est pas encore penché sur le ragga ou le reggae, mais je ne pense pas non plus…

 

Metal-Eyes :  En même temps, vous êtes spécialisés dans les mélanges de genres, alors si ça matche et que ça vous plait…

Rorschach : Exactement, tant que ça nous parle, on y va.

 

Metal-Eyes : Musicalement, les gens qui vous connaissent savent que vous proposez une musique barrée, ceux qui vous ont vus sur scène savent que votre spectacle est très visuel. Vous portiez des masques avec un côté Watchmen, zombie, Anonymous… c’est toujours le cas ?

Rorschach : On a tombé les masques. Il y a plein de raisons, mais surtout, ça nous coupait du public sur scène, ça mettait une sorte de barrière entre nous qui commençait à nous peser. Et il y a eu le Covid, on porte tous des masques, ça a joué aussi. Le line-up a changé un peu et on s’est orienté vers quelque chose de plus… authentique, plus dans l’esprit de groupe – on a un batteur maintenant…

 

Metal-Eyes : Mais vous gardez le même esprit ? J’ai ressorti le report de votre concert d’Orléans et à un moment, tu dis au public « Maintenant qu’on se connait un peu mieux, voici une chanson d’amour. Parce qu’on vous aime et que… on a envie de baiser ! » C’est toujours le même esprit ?

Rorschach : Grave ! L’amour et l’envie de baiser, c’est toujours là (rires) !

 

Metal-Eyes : ce n’est pas que lié à la personnalité un peu schizo de Rorschach ?

Rorschach : Non, les masque faisaient partie du show, on était des super-héros un peu chelous, un peu à la Watchmen. Ce qu’on a créé sur The dome, c’est une esthétique assez visuelle.

 

Metal-Eyes : Alors aujourd’hui, à quoi faut-il s’attendre sur scène ?

Rorschach : On garde l’écran sur scène, mais on s’adapte un peu. Avec des couleurs 80’s, 90’s, des boules à facettes, des néons qui claquent… Au niveau des fringues, on a développé quelque chose d’assez… universitaire. Au niveau du dôme, on a quelque chose avec des casquettes, un logo 6:33…

 

Metal-Eyes : On retrouve ces influences 80’s et 90’s, et la pochette m’évoque même Blade runner…

Rorschach : Ouais, génial ! C’est exactement ça, un mélange de Blade Runner, Metropolis, du Gotham de Tim Burton avec une ambiance pesante un peu à la Ghost in the shell. On voit bien que cette ville est énorme.

 

Metal-Eyes : Et ce personnage, même s’il est plus imposant que les autres, on le sent perdu face à l’immensité de ce dôme devant lui…

Rorschach : C’est ça, l’immensité de la ville de cette mégalopole écrasante. Je suis ravi que ça te parle, c’est exactement ça.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est le groupe aujourd’hui, ce serait lequel ?

Rorschach : Oh, la, la ! La vache… c’est pas simple de répondre à ça… J’ai envie de te dire Rabbit in the hat, parce qu’il y a un peu de tout dans ce morceau. Il y a un bon tempo au début et ensuite ça part dans l’aérien, il y a beaucoup d’émotion dedans. Si tu demandes à Nico, il te répondra autre chose…

 

Metal-Eyes : Pour le moment, on laisse Nico de côté, c’est avec toi que je parle

Rorschach : Ah, ah ! Oui, alors Rabbit in the hat !

 

Metal-Eyes : Une toute dernière chose, si tu devais penser à une devise pour 6:33, ce serait quoi?

Rorschach : Ah… « Ne vous prenez pas au sérieux mais faites-le sérieusement ».

 

Metal-Eyes : Ok, ça me parle, on garde ! Merci pour cet échange, j’espère vous retrouver bientôt sur scène !

Rorschach : Merci à toi, pour ton temps, merci d’apprécier l’album aussi. Ca fait du bien d’avoir ce type de retour de votre part à tous.

 

 

PAT O’MAY: Welcome to a new world

France, Hard rock (ArtDisto, 2021)

Il est sympa ce Pat O’May. Toujours prêt à nous surprendre avec ses envolées guitarisiques, ses envies de renouveau (on ne compte pas ses projets et activités annexes) et, ici un look euh… je préfère le costard cravate à la Men In Black à dire vrai. Mais, bref, on s’en fout de comment il s’habille, non? Musicalement, de nouveau accompagné du bassiste Christophe Babin et du batteur John Helfy, ce Welcome to a new world – qui arrive en plein « grand reset » covidien (provocation quand tu me tiens…) nous conte l’histoire de cette entité nommée No Face. Un concept album de 12 morceaux qui explorent les bases celtiques du guitariste breton moins que le heavy rock mélodique – toujours mélodique – et groovy. Aucun instrument ne prédomine, tous sont justement exploités pour offrir un résultat ici plus heavy, là aérien, là encore plus groovy. Pat O’May sait s’y prendre pour nous proposer un résultat à la fois léger et entrainant sans tomber dans le piège du « j’en fais trop ». Sans doute plus simple et direct que ses précédentes productions, on se laisse ici entrainer dans les espaces celtiques (I shall never surrender) ou plus ambiancés western teinté d’électro (Please tell me why). Le très groovy Anything I want, mené par la basse trépidante de Christophe Babin est imparable, tout simplement. Le groupe nous offre une variété d’univers et d’ambiances sas doute résumé par  In this town qui clôt cet album bourré de références, d’idées, d’envie et qui s’écoute avec une déconcertante facilité. Efficacité plutôt que démonstration, cet album très coloré Matrix appelle une suite plus rapide.

SPIRIT BOMB: Tight

France, Metal (Music records, 2021)

Spirit Bomb, c’est un projet qui remonte à presque loin… Marseille, 2015. Un guitariste et un dessinateur ont l’ambition de faire cohabiter leurs formes d’expressions respectives. C’est ainsi qu’Arnaud et Pierre se lancent à la recherche d’autres musiciens afin de composer tant bien que mal ce Tight  qui prend son envol avec l’arrivée du chanteur Valérian. BD, SF, rock, le projet prend forme et est promis à un double destin: musical, tout d’abord avec l’arrivée de ce CD de 13 chansons entrainantes et enjouées, qui mêlent à loisir groove imparable et sonorités hip hop ou electro. L’énergie est de mise avec une ligne directrice très cinématique. Car Tight se veut avant tout la bande son efficace d’un BD attendue en 2022. Les amateurs de Gorillaz y trouveront leur compte tout autant que ceux de Rage Against The Machine.  Plus encore, même, car si la production est moderne, on trouvent aussi des traces de classic rock efficaces. Oui, ça groove sec, ça balance des riffs sur fond de chant puissant et mélodique. Les amateurs de bon(s) son(s) vont prendre leur pied.

EXHORTED: Old bastards never die

France, Hardcore (M&O, )

Oh punaise, hardcore de derrière les fagots qui déménage, c’est tout ce que propose Exhorted! La rage explosive s’exprime par des rythmiques plombées, un chant guttural furieux, des guitares directes et sans concessions. Quoique, il y a dans tout ce maelstrom une certaine recherche de mélodie qui, par instants, dans les soli ou quelques intros, permet de se poser et reprendre son souffle. Help me introduit ce Old bastards never die (j’adore ce titre!) comme un avertissement bien plus qu’un appel au secours. Les 9 titres qui figurent sur cet album sont d’une brutalité exemplaire et il y a fort à parier que certaines nuques risquent de céder. Lorsque le propos n’est pas speed, il se fait lourd comme un temps d’orages (God is mine, Let me go) mais la rage reprend vite le dessus. Les guitares charcutent comme jamais et il est étonnant de ne voir les noms de ces instrumentistes dans le line up du groupe. Groupe? Ne figurent ici que Yves Balandret (chant), Lionel Marquez ((basse) et Edoardo Panepinto (batterie). Un mystère de plus à résoudre mais une situation qui ne saurait perdurer. En tout cas, jetez une oreille à cet album, promesse sportive pour tout amateur de pogo!

Interview: PAT O’MAY

Interview PAT O’MAY  (Guitares, chant, composition…). Propos recueillis par Skype le 10 septembre 2021

 

Discuter avec Pat O’May, c’est toujours l’assurance de passer un bon moment. Tout y passe, de la musique à la politique en passant par le cinéma et… les chupa chupps. Mieux encore : c’est l’occasion de découvrir un moyen de gagner une guitare d’ici la fin du mois de septembre. A découvrir au cours de l’interview qui suit.

Pat O’May – photo promo

 

Metal-Eyes : Pat, pour commencer, je suis MP avec le webzine Metal Eyes…

Pat O’May : Génial !

 

Metal-Eyes : Oui, tu ne peux rien dire d’autre…

Pat O’May : C’est ce que je dis à tous les journalistes que je rencontre : « tu es bien meilleur que celui d’avant toi… »

 

Metal-Eyes : Eh, bien, merci. Cette interview est donc terminée, ça a été un plaisir…

Pat O’May : Merci, au revoir… (rires)

 

Metal-Eyes : On s’était rencontrés il y a 6 ans pour la promotion de Behind the pics. Avant que nous ne parlions du nouvel album, pourquoi un laps de temps aussi long entre ces deux productions ?

Pat O’May : Plein de choses… Il y a eu un album après Behind the pics qui était une commande de la maison de disques avec laquelle je travaillais à l’époque et qui ‘m’avait demandé d’écrire des arrangements symphoniques pour des morceaux traditionnels bretons. C’était l’album Celtia symphonia, et après, j’ai fait mon album anniversaire pour les 23 ans. C’était un double live. Tu vois qu’il y a eu pas mal de choses, et pour préparer ce concert-là, il a fallu du temps. Ensuite, il y a eu la tournée pour cet album live qui nous a amenés un peu partout et à chaque concert, j’invitais un copain à venir jammer, et ensuite, je partais pour faire cet album Welcome to a new world que j’ai écrit en novembre/décembre 2019 et janvier 2020. Il aurait dû sortir en septembre de l’an dernier en fait…

 

Metal-Eyes : Ben…que s’est-il passé dis ?

Pat O’May : Ecoute, j’ai dû… un restant de Chupa Chupps avec un virus de merde dedans et voilà (rires).

 

Metal-Eyes : Comme beaucoup d’autres, il a été victime de la crise sanitaire. C’est la première fois que tu écris un concept album (il confirme). Comment t’est venue cette idée, et de quoi traite-t-il ?

Pat O’May : A travers mon travail, j’essaie de proposer un voyage aux gens. L’idée c’est de faire voyager, et là, je me suis dit que ce serait cool de faire voyager les gens sur une heure. Quand tu fais ça en musique, ça s’appelle un concept album. Je suis allé m’isoler comme je fais d’habitude pour pouvoir écrire, être vraiment centré sur ce que je suis en train de faire. J’ai écrit ce premier morceau, I shall never surrender, et je me suis dit « ce serait bien que tous les morceaux soient liés par un sound design, un espèce de nappe. J’avais ma guitare, j’ai gratté un truc comme ça et ça a donné naissance à Grinch. Tout l’album a été construit comme un fil d’Ariane : la fin de Grinch m’a inspiré le suivant et ça a continué comme ça. L’ordre des morceaux que tu entends sur l’album est exactement l’ordre dans lequel j’ai écrit les titres.

 

Metal-Eyes : C’est quelque part un hasard si I shall never surrender qui ouvre cet album et In this town sont les deux morceaux les plus longs de l’album, ce n’est pas réfléchi ?

Pat O’May : Ah non, pas du tout. Je suis très spectateur de l’inspiration qui m’arrive. Je ne cherche pas à contrôler, pas dans ce genre d’écriture. Je laisse les choses m’arriver, je les exploite, ou non si j’estime que ce n’est pas la bonne inspiration. A ce moment, je l’écarte tout de suite, je ne cherche pas à la creuser. C’est un peu comme quand tu rencontres quelqu’un, tu sens vite s’il va y avoir des atomes crochus ou pas. Je savais que je voulais faire voyager les gens mais je n’avais pas encore l’idée du concept. Le concept est arrivé sur le quatrième titre : j’étais en train de le composer, je fais une pause et je commence à bricoler une pochette. Je regarde, je fouille sur internet et je trouve une photo comme ça, sur fond vert, un peu espace et je me dis c’est ça. Je fais une image arrêtée de ça, je continue de fouiller et je trouve ce bonhomme et je flash dessus. Je l’intègre dans Photoshop et ça donne la pochette que tu connais. Le concept est né comme ça : le mec n’a pas de visage, mais… pourquoi il n’a pas de visage ? Tout est parti de là.

 

Metal-Eyes : D’où le nom de No Face et la recherche de son histoire…

Pat O’May : C’est ça, exactement. Après, j’ai commencé à construire l’histoire avec des réflexions personnelles que je me tiens depuis longtemps. Avec le Covid, il y a une résonnance particulière à ce que j’ai écrit, parce que ce personnage de No Face se demande pourquoi il est comme ça, s’il est né comme ça ou s’il l’est devenu. Bien sûr, c’est la seconde réponse, il est devenu comme ça. Tout vient de sa gestion de la peur, la peur de lui-même, des autres et finalement il construit un univers qui lui semble confortable mais qui, en fin de compte, l’enferme dans un autisme total. Il n’a plus envie d’aller voir ce qu’il se passe à l’extérieur.

 

Metal-Eyes : Il s’auto isole… Dans les couleurs comme dans le look de ce No Face, et dans l’histoire de ce monde parallèle, il y a beaucoup d’évocation de Matrix.

Pat O’May : Complètement. Et ça aussi, ce n’est pas voulu, c’est arrivé comme ça. On est un peu à la croisée des chemins entre Tommy et Matrix.

 

Metal-Eyes : En même temps, le look que vous adoptez tous les trois sur la photo arrière, il y a un peu de Men In Black…

Pat O’May : Ah, aussi ? (Rires) C’est vrai…

 

Metal-Eyes : Puisqu’on parle de détails, il y a une chose que je trouve plaisante : la présentation qu’on trouve sur la pochette est en anglais, et c’est traduit en français.

Pat O’May : Bien sûr…

 

Metal-Eyes : Bien sûr… Ce qui me surprend c’est que vous avez traduit « Hi » par « Hello » en français…

Pat O’May (il marque une pause) : … Ah, oui, ouais… t’en fais pas (rires). Tu l’aurais traduit comment ?

 

Metal-Eyes : Ben, par « Bonjour », « Salut » … Un truc français, quoi !

Pat O’May (rires) : c’est vrai !

 

Metal-Eyes : Sur tes productions précédentes, il y avait pas mal d’invités. Tu as convié du monde ici ?

Pat O’May : J’ai juste demandé à Loïc Bléjean de faire la petite intro de cornemuse irlandaise (uileann pipes). C’est le seul invité qu’il y a. C’est un truc que je m’étais dit : comme j’ai fait beaucoup d’album avec beaucoup d’invités, j’ai voulu en faire un avec seulement le groupe. Avant l’écriture, c’est parti dessus. Jaime tellement l’énergie du groupe sur scène que j’ai voulu retrouver ça sur album : un album direct, trio, basique.

 

Metal-Eyes : C’est certainement aussi plus simple d’interpréter ces titres bruts sur scène que de se retrouver avec un orchestre celtique tout entier…

Pat O’May : C’est sûr !

 

Metal-Eyes : Et ça fait des économies au niveau des chambre d’hôtel.

Pat O’May (rires) : C’est certain, mais encore plus au niveau du bar !

 

Metal-Eyes : Au-delà du fait que ce soit ton premier concept album, comment analyses-tu ton évolution musicale entre Behind the pics, ton dernier album studio hors commande et ce nouveau, Welcome to a new world.

Pat O’May : J’ai comme le sentiment de m’être plus libéré sur cet album. D’avoir laissé plus d’espace à la liberté, mais c’est plus à toi de me le dire. C’est toujours difficile de parler de son travail sans être redondant, mais, oui, j’ai laissé plus voguer l’inspiration, la contrôler moins – c’est ma marotte de tout contrôler – mais j’ai laissé plus aller les choses.

 

Metal-Eyes : Ca rejoint ce que tu disais au début, si ça ne te convenait pas, tu mettais de côté. Le titre en lui-même, on en parle beaucoup en ce moment : ce nouveau monde, ça a un rapport avec ce « grand remplacement » ou le « great reset » chers à certains ?

Pat O’May (il se gausse) : Pu***… Zemmour, sors de ce corps ! (rires)

 

Metal-Eyes : Oh, il n’y a pas que lui…

Pat O’May : Oh, non, il y en a un paquet, ils sont légions…

 

Metal-Eyes : Tu confirmes donc que c’est bien en lien…

Pat O’May : Je… Je te confirme que ça n’a rien à voir (rires). En fait, ce nom, je l’avais trouvé dès le début de l’écriture, dès le mois de novembre 2019, et c’est vrai (son ton s’est mué en « très sérieux ») que ça a un écho particulier avec ce plan promo qu’on a monté depuis un an et demi en créant un Covid mondial. Ça nous a couté une blinde, mais bon (rire général)

 

Metal-Eyes : Donc nous connaissons aujourd’hui les origines du…

Pat O’May : … du Covid : c’est moi ! (rires) Je vais monter une entreprise de décovidage (rires)

 

Metal-Eyes : Bon, restons-en à ta guitare…

Pat O’May : Oui, il vaut mieux !

 

Metal-Eyes : Revenons-en à l’album : tu t’éloignes beaucoup de tes influences celtiques (il confirme). Comment définirais-tu la musique qu’il y a sur Welcome to a new world à quelqu’un qui ne connait pas encore ta musique ?

Pat O’May : C’est assez difficile à résumer en un mot…

 

Metal-Eyes : Tu peux faire une phrase aussi…

Pat O’May : Hein ? C’est vrai ?

 

Metal-Eyes : Même plusieurs si tu veux !

Pat O’May : Ah woaw, génial ! (re rires) Je crois que c’est un mélange de pas mal d’influences : du classic rock, du neo rock prog… je ne me pose pas de limites… Je crois que la seule limite que je m’imposerai en musique c’est de ne jamais écrire un morceau de reggae ou de rap, mais le reste…

 

Metal-Eyes : Si ça s’intègre, pourquoi pas ?

Pat O’May : Qui sait ?

 

Metal-Eyes : Il y a plusieurs surprises sur cet album. Commençons par celle que l’on trouve sur I shall never surrender qui commence par une intro parlé, la présentation de No Face, une intro celte aussi et soudain, surprise, à 4’25…

Pat O’May : Eh ouais…

 

Metal-Eyes : Le discours de Churchill. Il est mondialement connu aujourd’hui, c’est pas un peu risqué d’aller sur ce terrain-là, même si le discours fait partie du domaine public ?

Pat O’May : Non. D’une part, c’est du domaine public, mais je trouvais que ce discours est vraiment en phase avec ce qu’il se passe dans la tête de No Face. C’est quelque chose de complètement intemporel. Il y a d’ailleurs d’autres références à cette période dans l’album. Il y a Radio Londres à un moment, « Un ami viendra ce soir », et d’autres choses. Oui, ça me semblait intéressant. Il y a même un morceau où tu retrouves des mots de Trump, de Thatcher, Mussolinni, Goebells… C’est le moment où No Face se rend compte qu’il s’est vraiment fait bouffer par le discours ambiant. J’ai même cherché, à un moment, et je en déconne pas, une phrase de Zemmour qui s’intègrerait là-dedans. Vraiment, je trouve qu’il a vraiment sa place là-dedans, mais je n’ai rien trouvé avec la bonne tonalité, ça ne marchait pas.

 

Metal-Eyes : Donc, s’il y a un « matrix 2 »…

Pat O’May : Oui ! (il explose de rire)

 

Metal-Eyes : De ce que j’ai pu écouter de Welcome to a new world, j’y trouve du celtique – on ne se refait pas – du hard rock, de la mélodie, je pense à un morceau comme Anything I want avec la basse de Christophe Babin très en avant, très groovy…

Pat O’May : Alors là, je suis content que tu parles de ce titre-là ! Tu sais, je fais des maquettes très abouties. C’est pas un disque, mais ce n’en est pas loin… Sur ce titre là, la ligne de basse que tu entends, c’est Christophe qui l’a créée. Il n’a pas repris la ligne de basse que j’ai faite, il a amené ça et je l’ai trouvée d’une beauté, c’est prenant, c’est magnifique.

 

Metal-Eyes : Je trouve ce morceau entraînant et trépidant. A cette basse, s’ajoute ta guitare, ton toucher que je trouve très aérien sur ce morceau qui va venir rencontrer le titre suivant avec un esprit très western…

Pat O’May : Absolument. Sur le morceau qui suit, il y a un côté très Police sur le riff de basse…

 

Metal-Eyes : C’est un album qui s’écoute très facilement et qui est très varié.

Pat O’May : Je pense que c’est probablement l’album le plus facile à écouter de ma discographie.

 

Metal-Eyes : Si tu devais n’en retenir qu’un morceau pour définir ce que tu es musicalement, ce serait lequel ?

Pat O’May : Euh… In this town. Le dernier. Parce qu’il passe par tout un tas de choses, notamment au niveau des solos, un est très aérien, l’autre se barre dans des trucs que je n’avais jamais faits avant, limite jazzy. Une première partie cool, et ça monte avant de redescendre… J’ai vraiment cherché une dynamique.

 

Metal-Eyes : Malgré la période, y a-t-il des projets de scène ?

Pat O’May : Bien sûr. Le concert de sortie de l’album sera au Café de la Danse à Paris le 22 septembre. On a préparé une scénographie avec de la vidéo et plein de surprises dedans. On joue l’intégralité de l’album et ensuite un tout petit rappel d’une quarantaine de minute des anciens morceaux. Et en plus, c’est une info que je te donne, on va faire gagner une guitare Vola aux personnes qui seront présentes au concert. J’ai signé avec cette marque de guitare, et ils nous offrent cette grosse guitare, à 2.000 euros. Le mec, il se sera peut-être emmerdé au concert, mais il n’aura pas perdu sa journée (rires) !

 

Metal-Eyes : Et comme ce n’est pas une super grande salle… Tu sais quelles seront les conditions d’accueil, d’ailleurs ?

Pat O’May : Pass sanitaire, et demi-jauge. Donc 250 personnes.

 

Metal-Eyes : Donc ça double les chances de gagner la guitare…

Pat O’May : De fait, oui.

 

Metal-Eyes : Pour terminer : quelle pourrait être la devise de Pat O’May en 2021 ?

Pat O’May : La devise de Pat O’May en 2021 ? (Note : c’est ce qu’on appelle de l’écholalie, non ?) Je n’avais pas pensé à ça… C’est bien. Mon maitre mot, c’est « l’ouverture ». Ma musique n’est que le reflet de la personne que je suis dans la vie. Aller voir les gens, discuter, c’est important, ne pas rester enfermé dans ses certitudes. C’est ça qu’il faut pêter, c’est ce qui fait chier le monde.

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à ajouter ?

Pat O’May : Alors si tu viens… Plutôt que des sucettes, viens avec du saumon bio… (rires)

 

Metal-Eyes : Du saumon bio d’Orléans, on peut en trouver, mais on n’a plus le droit de le pêcher…

Pat O’May : Pas grave, il y en a du très bon de Chine !

 

Metal-Eyes : Bio, OK, mais ce ne sera pas écolo…

Pat O’May : Ah, c’est vrai, je n’avais pas pensé à ça (rires) ! ça n’a rien à voir…

 

Metal-Eyes : Je te souhaite plein de bonne choses avec ce nouvel album que je trouve différent de ce que tu fais et très novateur.

Pat O’May : Eh bien, ça me fait très plaisir de te l’entendre dire. C’est cool.

 

Metal-Eyes : Tu sais ce qu’on dit ? « Tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute… » (il se marre). Merci, au revoir et bonne fin de journée…

Pat O’May : Ah, ah, ah ! A bientôôôôt… Merci, c’était cool !

 

 

FISHING WITH GUNS: Under the silver lake

France, Hardcore (Autoproduction, 2021)

Forcément, quand on décide d’aller pêcher avec des flingues, il ne faut guère être pressé de se sustenter. Les coreux parisiens de Fishing With Guns mettent en pratique le nom qu’ils ont choisi. Il leur aura cette fois fallu pas loin de 6 ans pour que les poissons dispersés ne se retrouvent dans ce lac argenté. Une production tous les 5 ans, c’est un bon rythme, non? D’autant qu’il s’agit ici d’un Ep 5 titres qui mélangent brutalité et détermination. un ensemble magnifiquement mis en son par Francis Caste décidément incontournable magicien sonore sans pareil. Aussi speed et rageur que plus aérien, Under the silver lake (un titre qui pourrait être celui d’une série à suspense) nous entraîne dans un univers sombre et riche en émotions. Le chant, puissant, enragé, explosif, ne faiblit jamais, les guitares taillent dans le vif et la section rythmique bombarde autant qu’elle le peut. C’est puissant et pourrait, si le groupe avait opté pour un album entier, être usant. On ressort proprement lessivé de cette courte expérience, un  véritable condensé de rage dans ta face.

ESQUYS: Instinct

Folk Metal Symphonique, France (Autoproduction 2021)

Nouveau venu sur la scène du metal, Esquys se montre avec Instinct, un premier album très ouvert d’esprit. Explorant tout à la fois les univers du metal symphonique que du folk metal, le « groupe » (?) nous propose 8 titres, dont 3 instrumentaux. Disons le tout de go: je suis bien plus sensible à ces derniers, fouillés et travaillés, qui entraînent l’auditeur dans des paysages médiévaux et bucoliques. Ah, qu’il est magnifique ce Ddansiwr! Si les chansons sont efficaces, variés et puissantes, elles souffrent trop souvent de comparaisons si évidentes qu’elles en perdent en qualité. Le chant d’Anna Fiori – chanteuse mexicaine déjà auteure de 2 albums – s’il est de très haut niveau, évoque d’une telle évidence Amy Lee (Evanescence) sur Open your Eyes, celui de la soprano Ranthiel ressemble comme deux gouttes d’eau à une certaine Tarja sur Ghosts, certaines parties de Frozen rappelant quant à elles Bon Jovi down tempo… de ces évidences résultent une perte d’efficacité. Dommage, car cet album préfigure de grandes possibilités musicales qui pourraient se résumer en trois mots: épique, médiéval et aérien. Hey, je retrouve même quelques traces de Mike Oldfield et de ses Tubular bells orchestra sur Your smile, mais c’est ici assez… hypnotique. Instinct nous propose donc une jolie variété de sons et tonalités et présente une formation plus que prometteuse qui pourrait trouver sa place en se démarquant de trop évidentes influences et, conséquence logique, en affirmant ou en se découvrant une identité vocale.