DOWNRIGHT MALICE: Mechanica temporis

France, thrash (Autoproduction, 2021)

Franchement, il y a des groupes comme ça, tu demandes comment tu as fait pour passer à côté. Downright Malice en fait partie et je remercie Didier (guitare) de m’avoir fait découvrir son groupe. Mechanica temporis est – déjà ! –  le cinquième album du combo fondé en 1987 dans le Haut Rhin. Après deux démos, le groupe publie in doctrine… nation, son premier album en 1995, avant une longue pause de 6 ans. Le retour est marqué par un Ep en 2001. Puisant autant dans le heavy que le thrash ou le death, lorgnant parfois du côté du black, les 10 titres de ce nouvel album, inspiré par les grands classiques du genre, de Judas Priest à Slayer ou Exodus, se révèlent rapidement d’une redoutable efficacité. Une des cause en est la présence de deux chanteurs (Cliff et Cyrille) aux styles différents et totalement complémentaires et qui apporte du contraste à chacun de ces neckbreakers. Ce n’est cependant pas suffisant et l’on ne peut qu’admirer la puissance des compositions. Les guitares rapides, heavy, saccadées, charcutent à l’envi, les rythmiques (Aris à la basse et Olivier à la batterie) en acier trempé et la variété des tempi transforment cet album en une machine à faire headbanguer. Un véritable appel à circle pit tout au long de ces 10 morceaux imparables. L’album peut être commandé sur la page FB du groupe pour 10€ port compris. Faites vous plaisir! Et Downright Malice… Vous aussi, faites nous plaisir avec un peu plus d’un album tous les 4 à 6 ans. « M’enfin! »

DEATH DECLINE: The silent path

Death, France (M&O, 2021)

Il porte bien son nom, ce troisième album des Français de Death Decline. The silent path voit le groupe s’enfoncer dans son univers en proposant plus que de la simple bourrinerie bien orchestrée. Comme dirait Raoul Volfoni, « Faut bien r’connaître, c’est du brutal… » Fabien, le guitariste du combo décrit The silent path comme étant « plus diversifié, plus catchy, plus… tout, en fait. Le but n’était pas de faire un Thousand faces of lies part 2. Mais il garde vraiment ce qui fait le son de Death Decline« . Et cette brutalité? « Pourquoi pas. On sait qu’on propose une musique rapide, directe, tranchante, mais on a aussi voulu inclure cette part de nuances à notre musique. » Si un troisième album est toujours celui du défi, il permet ici au groupe d’aller « plus loin au niveau des compositions et du rendu sonore« . Force est de constater que la production rend hommage au propos de l’album et sait jouer avec chacun des instruments. On remarquera évidemment le chant si varié d’Alexis Fleury qu’on pourrait croire qu’ils sont plusieurs à jouter vocalement. Mais non, il n’y a bien qu’un seul vocaliste à la palette si large qu’il s’adresse aux amateurs de chant hurlé, growlé, clair, bref à toutes les sensibilités. « C’est aussi quelque chose qu’on a voulu travailler, cette versatilité vocale. Ne pas se borner à un seul type de chant. Le but c’est de rendre justice à la musique« . Le groupe a travaillé avec Arnaud, un nouveau batteur qui « a une approche différente de la batterie, il ne vient pas de la même scène que César. Son style de jeu a forcément contribué à faire de The silent path ce qu’il est par son approche plus groovy, plus percutante te directe« . Résumer la musique de DD à du death est trop réducteur. On y retrouve aussi du thrash old schoo à la Slayer, Testament, Exodus, d’autres moments plus foncièrement hardcore. « ces groupes que tu cites sont très importants pour moi, que ça transpire dans la musique, c’est naturel. On n’a pas forcé les choses, le but était d’écrire les meilleurs morceaux possible, et qu’ils nous plaisent avant tout ». Au delà de la musique, il existe un trait d’union visuel entre chaque album du groupe: cette mascotte, sorte de déesse maléfique, cornue, imposante qui n’a pas de nom. « C’est vrai qu’on a tenu à garder l’identité visuelle qu’on a développée dès le premier album. ça passait par ce personnage qui est ici représenté sous une forme différente de nos deux premiers albums. ça me fait plaisir que tu reconnaisses cette identité visuelle en tout cas! On est tous un peu fans de ces groupes qui ont ce même type de démarches, inutile de les citer, tu t’en doutes… » Sans surprise, c’est encore l’œuvre d’un certain Stan W. Decker avec qui DD travaille depuis les débuts du groupe. Le groupe a terminé l’enregistrement quelque jours avant le second confinement: « Il a fallu rentrer assez vite chez nous… Mais on a pu terminer dans les temps et atteindre l’objectif qu’on s’était fixé, malgré le contexte« . S’il est un titre qui est « peut-être le plus représentatif de l’album, celui qui brasse le plus d’influences, ce serait Jackals. On y retrouve le riffing typique de la scène thrash, des influences plus mélodiques. C’est un morceau qui correspond bien à l’album« .  ça tombe bien, c’est le véritable premier morceau, celui qui suit une intro plus symphonique et qui lance la machine de guerre. une guerre qui trouve une pause avec un Exile plus clame et nuancé, ballon d’air frais au milieu d’une salve d’explosions sans merci. Death Decline est un groupe soudé dont la devise pourrait être celle des mousquetaire : « un pour tous, tous pour un! C’est un peu con, mais ça nous ressemble bien… » Avec The silent path, les amateurs de heavy direct et burné vont se prendre une vraie baffe, celle qui réveille et remet les neurones en place. Imparable!

DUST IN MIND: Ctrl

France, Metal indus (Dark tunes, 2021)

Les Strasbourgeois de Dust In Mind reviennent avec Ctrl, un quatrième album puissant et varié. Doté de 10 titres forgés dans le metal industriel, Dust In Mind explore pourtant de plus larges horizons. Selon Jennifer Gervais, l’une des deux voix du groupe –  qui, contrairement à ce que certains voudrait laisser croire, n’est pas celle qui qui illustre la couverture de l’album – Ctrl est plus aboutit que son prédécesseur. « Cette fois, je suis sortie de ma zone de confort, j’ai testé des choses au chant que je ne pensais pas être capable de faire, comme monter très haut. Damien aussi s’est plus diversifié, proposant plus de voix claires et moins de growls« . L’album ne manque cependant pas de cette dualité aujourd’hui classique, « mais pas dans notre genre musical. Je pense que ce double chant est ce qui nous différencie des autres groupes de cette famille musicale. On va plus loin que de l’indus classique« . Un des moments marquants de Ctrl est ce passage du calme Freefall au très brutal W.G.A.C.A. qui démarre avec une mise aux poings vocale de Damien: « c’est ce que nous voulions, passer de cette pause à mi-parcours à quelque chose de plus violent. Damien lâche tout et on repart pour un tour! » Ctrl propose ainsi une variété de tonalités toujours teintées de ces aspirations à la Ministry ou Rob Zombie, en explorant plus avant. On ne pourra que remarquer, également, la vidéo réalisée pour Synapses entre les beaux salons de l’hôtel de ville de Strasbourg d’où e groupe est originaire (« la ville nous a toujours soutenus et mis des lieux à disposition« ) et la tour Eiffel, étonnamment vide. Ce qui, d’ailleurs, fait la fierté de Jennifer – et, j’imagine du reste de l’équipe : « On y a pensé, on voulait une image représentative de la France, et j’ai envoyé un mail, long, expliquant qui nous sommes, que le groupe est plus connu en Allemagne qu’en France, qu’il nous fallait être identifiable en tant que groupe français. J’ai plus tard reçu un appel et la personne me demande ce que nous avons comme budget… Clairement, rien, on est une association sans grands moyens. « Ok, venez la semaine prochaine, avant la réouverture au public. Vous aurez une heure« . Une heure entre notre arrivée au pied de la tour et notre redescente, une heure pour monter le matériel, la batterie, tourner, démonter et revenir au pied de la tour Eiffel. J’ai appelé les gars, on a répété ce que chacun devait faire, et quand on est arrivés, chacun savait exactement ce qu’il devait faire. On a eu, je crois, un quart d’heure de tournage, et presque tout ce qu’on a filmé se trouve dans le clip. Comme quoi, ça prouve bien que quand tu as des projets, si tu y crois, que tu oses, alors tout peut se réaliser! » Ctrl est un album à l’image de cette leçon de vie: ambitieux, parfaitement produit, aux chansons variées et puissants qui devrait aider Dust In Mind à, enfin, toucher un plus vaste public à domicile.

Propos de Jennifer Gervais recueillis le 5 novembre 2021.

ADX: Étranges visions

France, Heavy metal (Ultim records, 2021)

« Bonjour Phil! ADX revient avec un nouvel album de 10 nouveaux titres que personne dans le monde n’a encore jamais entendu!

-Ah, ah! Alors la base des titres a déjà été écoutée « par la terre entière » comme tu le dis, mais c’était l’opportunité, depuis 30 ans, de sortir la version française de l’album » 

Eh oui, si Etranges visions est le nouvel album d’ADX, il ‘na rien de véritablement neuf puisqu’il s’agit des réenregistrements de Weird visions, le seul album que Phil, Dog, Deuch, Betov et Marquis ont enregistré en anglais en 1990. C’est la formation actuelle (les immuables chanteur et batteur accompagnés des guitaristes Niklaus et Neo et du bassiste Julien) qui a réenregistré ces 10 pistes avec des textes français. Et plus: « La base des morceaux est identique mais certains, riffs, certains solos différents, une ligne de chant forcément différentes avec un chant français adapté pour les morceaux. » Sorti au moment de la chute du mur de Berlin, les textes alors envisagés ont légèrement évolués, notamment pour mieux coller à ces nouvelles versions. Qu’on pu apporter les deux « nouveaux » guitaristes qui ne figuraient pas sur l’enregistrement original? « Ils ont gardé les memes bases mais ont adapté les phrasés. Il se sont très bien entendus pour partager les solos et approter chacun leur patte, remodeler le tout, apporter certaines rythmiques qui n’y étaient pas ». L’album a été enregistré chez l’incontournable Francis Caste, une nouvelle fois. « C’est le troisième qu’on enregistre avec lui. Ce qu’il a apporté? C’est une dynamique au niveau du son, un mixage avec un son actuel et, il y a un tel engouement musical chez lui, il a su faire ressortir certaines choses qu’il n’y avait pas avant. »  Autre incontournable en France, c’est l’illustrateur Stan W. Deker qui a retravaillé la pochette originelle tout en en conservant l’esprit. « On lui a demandé de mettre sa patte et on voulait la guillotine, qui ne figure pas sur la première version. Il a modernisé cette pochette en conservant les détails et l’esprit ». Une nouvelle fois, ADX est passé par le financement participatif. Je rappelle à Phil que ce fut déjà le cas pour Bestial qui, comme le groupe l’avait expliqué lors de notre rencontre à Châteauroux en février 2020, était déjà prêt, le financement devant alors servir à offrir plus aux « financeurs ». Est-ce également le cas? « Là, ça a été fait pendant, on a lancé le financement participatif en cours d’enregistrement. L’avantage, c’est que c’est réconfortant de savoir qu’il y a des gens qui nous soutiennent, qui nous accompagnent. Et tout le monde y gagne, on sait que le produit sort dans de bonnes conditions. Les paquets sont en cours de préparation, chacun va le recevoir avec ce pour quoi il a participé. » Je demande à Phil si l’album sera signé par chacun des membres. « Oui, oui, bien sûr, c’est un minimum. D’ailleurs, on ne va leur envoyer que ça! ah, ah! » Trois instrumentaux figurent sur Etranges Visions accompagnés de 7 chansons dont on distinguera Sacrifiés pour la cause et Terre de colère sur lesquelles, aux côtés de Julien, intervient Deuch, le bassiste originel. Marquis, décédé, ne pouvant naturellement pas poser sa patte, reste à savoir si Betov a été invité. « On l’a contacté, mais il était occupé, il n’a pas pu se libérer ».  Le chant en anglais est-il définitivement mis au rebut? « Il y a une époque, on s’est posé la question – anglais ou français – et on s’est vite aperçu que les seuls que le chant en français dérangeaient, c’étaient les journaliste français. Là, on a donné des concerts au Japon, en Allemagne, on a même joué pour la première fois en Suède pour Bestial, et le chant français ne gêne personne. Maintenant, on ne se pose plus la question… » Si ADX se bonifie avec le temps et si on retrouve l’esprit musical des dinosaures de la scène metal française, pour Phil, Génération perdue  est représentatif de ce qu’est le groupe aujourd’hui. Ce qui, naturellement, n’ôte rien à la puissance du reste de l’album. Dog reste une machine de guerre rythmique qui tient la baraque, Julien renforçant cette structure pour la blinder tandis que Niklaus et Neo apportent technique, vélocité précision et un brin de folie rendant ces titres particulièrement actuels. Et Phil… Une voix identifiable qui se bonifie avec le temps. Etranges visions s’inscrit parfaitement dans la continuité des productions d’ADX. Une devise pour terminer? « Une devise? « Tant qu’on peut le faire, on le fait! » Ca fait un peu bourrin, mais on n’est peu de choses, alors on y va ». Mot de la fin qui confirme que nous pouvons, devons, profiter de ce qu’ADX peut nous offrir, et ça relève du meilleur!

Propos de Phil (chant) recueillis par téléphone le 29 octobre 2021

ORKHYS: A way

France, Metal symphonique (Autoproduction, 2021)

A peine un an après nous avoir présenté les fruits de son travail via un Ep, Awakening, les frenchies d’Orkhys reviennent avec un premier album, A way. En deux mots, soit « un chemin ». Jean-Yves, le batteur de la formation à la harpe – belle manière de se distinguer, nous présente ce nouvel effort qui confirme les espoirs placés en son groupe. Huit titres composent ce petit album composé en plein confinement entre deux concerts (« on a eu la chance de pouvoir en donner« ). Le line up a évolué avec l’ajout de Henri, second guitariste, « ce qui va nous permettre de pouvoir faire sur scène ce que nous ne pouvions faire avant. sans compter que ses influences, plutôt thrash death vont se ressentir sur les prochaines compos. C’est quelqu’un avec qui, en plus, le courant passe très bien« . L’album propose des titres assez variés « dans la continuité de ce qu’on a proposé sur l’Ep tout en étant beaucoup plus riches« . On le sait désormais, la harpe est un élément qui distingue Orkhys, apportant une touche de cordes et un esprit celtique inhabituel. Plus encore, chaque morceau propose une ambiance particulière, du morceau éponyme, calme, qui introduit le disque à des passages plus speedés (A brand new world, The devil and the impudent), Blood ties réunissant au travers de ses 10′ un condensé de tout ce que le groupe peut proposer. Démarrant de manière légère et bucolique, le morceau monte en puissance, le chant n’arrivant qu’au bout de 4′. « Je pense que c’est en effet celui qui représente le mieux ce qu’on a voulu faire… Il y a du heavy, du pagan, du black, du death, des passages blastés… Et au niveau du texte, c’est un morceau très très violent » Les observateurs remarqueront que les deux disques commencent par la lettre A, mais le groupe a aussi voulu une continuité dans l’artwork. Et si les trois premier titres commencent aussi par un A, « c’est plus le fruit du hasard. on se penche sur les ambiances, et les morceaux, l’un à la suite de l’autre sont reliés« . démarrant avec le morceau éponyme, intro instrumentale, A way continue de manière plus speedée et brutale (A brand new world). Le groupe a varié les plaisirs et cherché « à mettre tout ce qu’on ne trouve pas chez les autres. Notre idée, c’est de faire la musique qu’on aimerait bien qu’on nous propose. Quand on compose, on voudrait bien que ça marque les gens, qu’ils vibrent. » On remarquera aussi cette reprise de The clansman revisité avec brio. Pourquoi cette reprise? « Il y a Brice qui est un grand fan de Maiden, et une chanteuse qui a craqué quand elle a vu le groupe sur scène. On a voulu le reprendre à notre sauce, avec de la cornemuse, de la harpe. Je trouve que ça fonctionne plutôt bien ». Le chant de Lorène est d’ailleurs ici plus grave et plus profond, plus fluide et passe partout, et lorsque je précise à Yves que je préfère cette manière de chanter au reste plus aigu – trop aigu pour moi, si haut que je le trouve agressif – il  me précise que « Lorène va en effet travailler cette voix plus grave, c’est une piste qu’on explore ces temps-ci, une piste qu’on a commencé à envisager« . Orkhys teste, ose et réussit à surprendre avec des titres variés et conclue avec The devil from a brand new world qui, s’il mélange deux titres de l’album se base sur les orchestrations de ces mêmes titres, sans chant, sans bases, simplement parce que ces arrangements fonctionnent. Original et bienvenu, Orkhys progresse. A way est à découvrir et Orkhys est à soutenir.

Propos recueillis le 22 octobre 2021 par téléphone.

NEW FAVORITE: Chasing light

France, Rock (Ep, Autoproduction, 2021)

Un peu plus d’un an après nous avoir présenté leur premier Ep furieux, le trio bien de chez nous New Favorite revient avec un nouvel Ep. L’énergie et la fureur sont toujours au centre de ce Chasing sun chaleureux et brillant, le propos se faisant plus rock teinté de punk que hardcore. Résultat? Un Bad milk explosif, un Demon au tempi variés, un God speed punkisant à la guitare moderne, un Sick for sleep rock furieux et rentre dedans avec un pont – on parle de sommeil – cauchemardesque et un Fire, sweet fire  hypnotisant, à la fois lent et speed, le tout chanté dans une langue de Shakespeare parfaitement maîtrisée. Une sacré bonne gifle et une plus qu’agréable surprise, New Favorite mérite toute notre attention. Cinq titres, cinq thèmes, cinq singles potentiels. Le nom du groupe pourrait bien devenir réalité. Bravo, j’adore!

Interview: EXHORTED

Interview EXHORTED – Entretien avec Yves (chant). Propos recueillis par téléphone le 15 octobre 2021

Metal-Eyes : Je ne connais aucun de vos dix albums précédents (il se marre), par conséquent, peux-tu me raconter l’histoire du groupe ?

Yves : En fait, c’est le premier album… C’est un nouveau projet qu’on a monté il y a trois ans, juste avant le Covid. C’est un projet qu’on a monté à deux, d’où la pochette, l’illustration. On a pris le processus à l’inverse : on s’est dit qu’on était deux, qu’on avait ce qu’il faut pout au moins enregistrer une bonne démo, ce qu’on a fait et le reste a suivi. On a composé à deux, et ensuite, on s’est lancé dans les autres étapes avec Lionel. Eduardo est arrivé après. C’est Kevin, de Benighted, qui s’est occupé des batteries. Eduardo est arrivé après, mais c’est un membre à part entière du groupe, et c’est lui qui va assurer le live.

 

Metal-Eyes : Sur l’album, il est fait mention de 3 membres, chant, basse et batterie. Pourtant, sur ce disque, il y a quelques guitares, pas trop (il se marre de nouveau), qui s’en est chargé ?

Yves : Un guitariste de session. Pour le moment, le line-up n’est pas complet, on est en cours de recrutement. On se donne encore un mois pour trouver le bon.

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu la musique d’Exhorted à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Yves : On inclut différents styles, mais, puisqu’il faut une étiquette, on est death metal. C’est du death, avec des influences diverses. Maintenant, quand on a composé, on l’a fait de manière totalement libre, en nous demandant simplement ce qu’on aime, ce qu’(on voudrait faire. On n’a pas vraiment réfléchi au style…

 

Metal-Eyes : Je trouve que, aussi bien dans le visuel que dans la musique, c’est aussi très hardcore…

Yves : Ah, oui ? intéressant ! Je pense que chacun peut avoir une perception différente du style. L’important, c’est que ça tape du pied et que ça secoue la tête !

 

Metal-Eyes : A mon avis, jusqu’à casser des nuques !

Yves (il explose de rire) : C’est ce qui se dit sur les réseaux sociaux, en ce moment, « casser des nuques » !

 

Metal-Eyes : Qu’avez-vous voul mettre dans cet album ?

Yves : Laisse-moi te dire : nous, on est des vrais fans de metal. On a voulu mettre ce qu’on aime, mais pas n’importe comment, pas dans un patchwork, non. On a voulu créer des atmosphères et des ambiances. On a mis des blast beats et des choses plus lourdes, on a mis ce qu’on aime, mais surtout, on les a équilibrées. Tu ne m’as pas encore posé la question, mais on l’a composé pendant la période Covid en nous demandant comment, pendant cette période pas drôle, on pouvait aller vers du positif.

 

Metal-Eyes : Je ne t’ai pas posé la question, mais en fait, je n’allais pas le faire, je n’y avais même pas pensé… Mais c’est bien, tu apportes la réponse. D’ailleurs, si tu veux, tu peux faire les questions et les réponses, c’est ton album !

Yves (rires) : C’est mieux si ça vient de toi !

 

Metal-Eyes : Il y a 9 titres sur cet album. Si tu devais n’en retenir qu’un pour expliquer ce qu’est Exhorted à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel ?

Yves : Oh, dur… J’adore les 9 titres. Chacun a un rôle à jouer…

 

Metal-Eyes : Je le comprends, mais tu dois inciter quelqu’un à aller plus loin. Un titre, tu lui dis : « écoute-ça, c’est ce qu’on fait ». Lequel ?

Yves (il réfléchit) : Ecoute, j’opterai pour Haunted house. C’est un peu un mix de tout ce qu’on a voulu mettre sur cet album, les atmosphères, les ambiances, on a voulu les faire cohabiter de manière naturelle. Même si Haunted house a un démarrage ultra bourrin, il est représentatif de ce qu’on fait, même s’il manque un peu de ce côté death mélo qu’on retrouve quand même. Ouais, ouais, Haunted house !

 

Metal-Eyes : Je trouve que, comme tu le disais, il n’y a pas que des parties speed et brutales, il y a des ambiances variées, lourdes et plus calmes, qui permettent aussi de respirer un peu.

Yves : Absolument. Il faut ça. On voulait faire cohabiter ces ambiances qui ouvrent sur d’autres choses, ça a fait partie de notre manière de travailler. Le Covid, tout ce temps qu’on avait à notre disposition pour composer, ça nous a drôlement aidés ! On a pu tester un tas de choses.

 

Metal-Eyes : Vous avez donc pu optimiser cette période compliquée pour tester et choisir ce qui finirait sur l’album.

Yves : Tout à fait, c’est complètement ça. On a fait les choses à l’envers, et ça a surpris des gens : on a travaillé avec un guitariste de sessions, un batteur de sessions, aujourd’hui on a un batteur, et le guitariste c’est pour bientôt. On a su utiliser la situation qui existait à ce moment-là…

 

Metal-Eyes : Vous parlez de quoi dans vos textes ?

Yves : De la vie… j’écris sur ce que je ressens, l’amitié, Haunted house parle des gens qui se barricadent derrière des murs infranchissables, God is mine, comme son nom l’indique, dénonce les côtés malfaisants de la religion, You’re my world est un morceau que j’ai écrit pour nos enfants… C’est un morceau que je voulais mettre sur l’album parce que quand on devient papa on n’est plus le même homme. Tous les thèmes qu’on aborde, c’est du quotidien.

 

Metal-Eyes : Y at-il des thèmes que vous souhaitez ne pas aborder, qui n’ont pas leur place au sein d’Exhorted ?

Yves : Non… non, je ne vois pas. L’intolérance n’a pas sa place, mais on estime que si tout le monde était un peu plus heureux, on aurait une société qui serait un peu plus heureuse…

 

Metal-Eyes : C’est une belle philosophie un peu utopiste…

Yves : Je suis d’accord. C’est un peu ce que je pensais quand j’avais 20 ans : « oh, dit, ce sera super dans 20 ou 30 ans ! On aura dégagé ça, ce sera plus pareil » et on se rend compte que c’est toujours là et c’est pas cool…

 

Metal-Eyes : Donc tu fais partie de ces personnes qui, comme moi, pensent que Les resto du cœur c’est quelque chose qui ne devrait plus exister ?

Yves : On est bien d’accord. Ça me fait mal au cœur de voir que les choses empirent…Pour revenir à ta question, on peu aborder tous les sujets. Je m’interdis de dire que je n’aborderai pas ça ou ça…

 

Metal-Eyes : Donc tu pourrais même aborder Donjons et dragons…

Yves (rires) : Oui, ce serait possible dans un prochain morceau : l’apport de Game of thrones, de ce que j’aime dans les TV shows, oui, pourquoi pas !

 

Metal-Eyes : Peux-tu penser à une devise qui serait représentative d’Exhorted ?

Yves : Euh… Puissant, généreux. On joue de la musique puissante et on veut tout donner sur scène. Mais une devise ???

 

Metal-Eyes : On peut garder les deux mots et dire « puissance et générosité ».

Yves : Puissance et générosité, voilà, on garde ça !

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : qui sont ces vieux bâtards qui ne meurent jamais ?

Yves : C’est le titre de l’album. En fait, c’est un titre à deux niveaux : c’était pour marquer le retour des deux vieux que nous sommes, qui ont eu des expériences musicales antérieures. Pour marquer notre « retour aux affaires ». Et aussi pour marquer le fait que beaucoup de belles personnes, de bonnes personnes partent trop tôt, contrairement à certaines saloperies qui restent trop longtemps.

TOWARD THE THRONE: Vowed to decline

Metal, France (Metal East, 2021)

Les Alsaciens de Toward the throne viennent de sortir leur premier album, Vowed to decline. Formé en 2012, le groupe, tout d’abord death mélodique, évolue et muri pour se définir « parce qu’il faut bien mettre une étiquette, comme death mélo. Mais en fait, nos goûts ont évolué et on peu mettre du death, ou à d’autres moments, du black. Aujourd’hui on propose une musique qui est assez éclectique sur un seul album« , comme l’explique le guitariste du quartet, Jérémy Binsinger. Et en effet, même si cet album reste dans une veine extrême, on y trouve une variété de tempi, des chœurs, des moments plus aériens ou léger. Composé de 11 titres, l’album ne speede pas systématiquement et se révèle très varié, voire cinématique. « On ne s’est pas demandé ce qu’on voulait faire, on était dans ce move à ce moment là. Et six mois après, on est plus dans un trip Sceptic Flesh, ou plus orchestral« . même si c’est « une question hyper difficile  » que de savoir quel titre est le plus représentatif de ce que fait TTT, parce que le groupe « a pensé album global et que chaque morceau a ses spécificités » un titre comme The sorrow est d’ailleurs assez représentatif de cet esprit qui laisse venir les choses. Contrairement à d’autres formations, Toward The Throne n’a pas été affecté par la pandémie, sauf en ce qui concerne les concerts: « comme pour d’autres, les groupes qui n’ont pas pu tourner pendant deux ans veulent tourner maintenant et il y a encore de salles soit qui ont fermé soit qui sont encore frileuses« . Mais donnant des concerts avant le confinement, le groupe a pu finaliser ses compositions avant d’enregistrer ce premier méfait – sur le « label Metal East fondé par Laurent, membre de Deficiency » – qui évoque, tant dans le nom du groupe que dans l’illustration de la couverture -signée « Costin Chioreanu, qui a notamment travaillé avec Ghost, mais le choix de l’artiste a été hyper difficile » – l’univers de l’heroic fantasy – un certain Game of thrones en tête. Cependant, selon le guitariste, « il n’y a aucun rapport. On a cette volonté de laisser l’imagination de chacun faire son travail. Le nom du groupe, c’est une métaphore pour exprimer ce vers quoi on se dirige. Le trône reste le but que chacun a. On laisse cette part d’abstrait pour que chacun se fasse son idée« .  Alors justement, certains morceaux font des incursions dans le monde cinématographique, alors, quel est le rapport de TTT avec le monde du cinéma? « On n’est pas tous des passionnés de cinéma, mais on essaye de créer, au delà d’une chanson, une atmosphère, une ambiance générale. Je pense que tu n’as pas tord de penser que certains passages pourraient servir au cinéma« . Mais ce n’est pas prémédité. Les deux compositeurs principaux du groupe, Jérémy et Gauthier ressel (chant et basse), proposent généralement des « morceaux composés à 80% et les proposent au groupe. Parfois, il y a des choses qui ne passent as, mais la base est toujours là, les ambiances, l’idée générale. Ensuite, chacun apporte sa touche en fonction de ses compétences« . Lorsqu’on lui demande quelle pourrait être la devise de Toward The Throne, la réponse est simple: « c’est une question intéressante qu’on ne m’a jamais posée. je dirais « que chacun se laisse porter par la musique »… Que chacun se laisse emmener là où il a envie d’aller. Certaines personnes nous ont dit que ce n’est pas un album qu’on écoute dans la voiture parce qu’il faut se concentrer dessus, d’autres au contraire, se laissent simplement porter. C’est le ressenti de chacun« . Ce premier album, malgré un chant enragé difficilement compréhensible » a tout pour plaire aux fans de metal extême, du death mélodique au black. Une jolie première claque qui, contrairement à son titre, présente un groupe assez peu voué au déclin.

Les propos de Jérémy ont été recueillis le 1er Octobre grâce à Roger Wessier (Replica promotion)

CARBONIC FIELDS: Ite est

France, metal (autoproduction, 2021)

Faites comme la bonne fée, et penchez vous sur Carbonic Fields. Ce groupe formé au Havre en 2018 par le guitariste protéiforme Mathieu Méheust  bientôt rejoint par le vocaliste Thomas d’Herbomez. Le duo est ensuite rejoint par un certain Franky Constanza (le temps de cet album), batteur qu’on ne présente plus, dont le seul nom devrait être un gage de qualité du groupe où figurent également aujourd’hui  Elliot Raveau (basse) et JB Romeo (guitare). Dès les premières mesures de ce premier album Ite est, il est clair que les Havrais visent de lointains horizons. Puisant dans le metal pur et dur, le groupe varie les plaisir. L’introductif Terria et ses influences orientales ouvre le bal d’un metal furieux et rageur. Tout au long des Sad words, invitation à une correction des cervicales, A bluer shade rentre dedans ou même de la reprise explosive C’est toi que je t’aime (Les Inconnus), rien n’est laissé au hasard. Carbonic Fields joue sur les ambiances lourdes, speed, oppressantes, s’inspirant autant des Slayer ou Judas Priest pour ne laisser place à aucun ennui. Même le look qui évoque un Malemort flirtant avec Slipknot, c’est dire… Le morceau titre – seul morceau chanté en français – évoque même Lofofora. Premier essai qu’on espère voir vite être transformé avec une pochette aussi belle en plus.