DRAGON’S DAUGHTER: Tits on fire

France, rock (Ep, Autoproduction, 2019)

La fille du dragon, forcément, pour les amateurs, ça évoque la série Game of thones. Sauf que dans sa version française, on dit « mère des dragons ». Mais, non, il s’agit d’un trio féminin dont Tits on fire, le premier Ep, a été produit par un certain Yarol Poupaud, découvert au cours des 90’s grâce à sa particpation au sein de FFF. Dragon’s Daughter nous propose ici Tits on fire, un ep 6 titres d’un rock simple et direct, quelque peu impertinent, flirtant souvent avec le punk, tant dans le ton généralement narquois que dans la franchise directe des paroles « dans ta gueule » (Rocket pussy – clin d’œil aux Pussy Riot? – Who the fuck). Dénuées d’effets, les guitares sont efficaces et sensibles ( la ballade Learn it). On notera que le chant anglais est parfaitement compréhensible, même si, dans sa globalité, il manque de hargne et d’irrévérence. Pour finir,Dragon’s Daughter s’offre même une reprise de Gainsbourg avec La chanson de Prévert. Un ensemble plus que sympa, joyeux, sensible et prometteur d’un avenir certain. A suivre.

MASS HYSTERIA live à Blois (le 28 février au Chato d’O)

Mass Hysteria, live, c’est toujours explosif. Pas étonnant que les fans soient surnommés « les Furieuses et les Furieux ». Et cela semble une telle évidence pour qui a déjà assisté à un show des parisiens… Même si on se frotte les mains à l’idée de retrouver Mouss et sa bande en juin au Hellfest, comment rater le passage des 5 à Blois, à côté de chez moi, hein? Petite mise en jambes pré-estivale qui permet de prendre la température.

Prévu à 20h30, le groupe de première partie m’est, comme à beaucoup d’autres semble-t-il, inconnu. Sbrbs – pour « suburbs », les voyelles en moins comme vous l’aurez compris – est un trio breton basé à Rennes. Musicalement, le groupe surprend dès le départ car il est à l’opposé de ce que propose la tête d’affiche: un rock doux et léger. Le public reste quelque peu à l’écart de la scène, en observation, et approuve poliment ce qu’il entend.

Si Sbrbs est « tout petit », la chanteuse est à l’aise malgré un trac palpable. Ce qui ne l’empêche nullement d’aller chercher le public, de le remercier ou de lui raconter son histoire. Celle quand, habitant chez ses grands parents, elle trouve des CD dans une boite, parmi lesquels Master of puppets, Gojira, Lofofora et… Contradiction de Mass Hysteria. « Et maintenant on est là! » Le trio, après ce petit speach, propose un final de deux titres plus brutaux, plus foncièrement rock et rentre-dedans avant de quitter la scène, tout sourires. Une mise en bouche étonnante et néanmoins sympathique.

 

Le staff s’active pour le changement de plateau cependant que le public comble le vide et s’amasse devant la scène. Les « ego risers », ces estrades sur lesquelles les Mass Hysteria aiment se positionner tout au long de leurs prestations, sont placés derrière les retours. C’est une scène sobre qu’investissent les 5 musiciens à 22h – eh, oui, nous sommes en province, à l’écart des habitations. On joue un peu plus tard, ici! Et les gaillards attaquent fort, avec un Reprendre mes esprits qui dynamite le public. Mouss, qui a naturellement salué « les Furieux et les Furieuses », arpente la scène de long en large, Yann est toujours aussi concentré et agresse son instrument pour le moment encore caché sous la capuche de son sweat (il ne tardera pas, tout comme Mouss, à s’en défaire, tant la chaleur monte).

Les (2) photographes sont mis à l’épreuve, la scène baignée de lumières bleues et rouges – tout ce qu’on n’aime pas – et les musiciens étant haut perchés obligeant les dos, nuques et épaules à forcer dans des positions contraintes inhabituelles. Mais on fait avec et on s’adapte. Fin de parenthèse.

Après Vae soli!, le chanteur offre une bière à un spectateur puis va en chercher plusieurs qu’il distribue tout en remerciant le public d’être aussi nombreux. « Vous êtes vraiment des Furieux pour venir ici un jeudi soir! » Une somme de détails suit, et Mass Hysteria nous offre un défilé de classiques mêlés à ses plus récents morceaux extraits de Maniac, dernier album en date (Reprendre mes esprits, Chaman acide, Se brûler sûrement, Arômes complexes).

Mouss est en forme, comme toujours, et offre quelques saillies à la politique actuelle (Chaman acide est « une spéciale dédicace à Trump, Macron et tous les cons qui nous gouvernent », tandis que Positif à bloc est sujet à faire un mini Hellfest avec un mini circle pit (dans une salle de 600 personnes, c’est un peu le rayon d’un compas de collégien!). Après Se brûler sûrement, Mouss interpelle avec le sourire le chef plateau, lui réclamant des bières: « Faut dire, j’ai tout distribué sur les premiers titres. Le con, il donne tout dès le premier morceau! Maintenant j’en ai plus! » L’enfer des dieux est quant à lui dédié « à tous ceux qui sont partis trop tôt parce qu’ils étaient libres ».

Ne faisant pas comme tout le monde, Mass place un de ses nouveaux titres au cours du rappel (Arômes complexes) suivi de l’incontournable Plus que du metal. Le public qui a encore de l’énergie à revendre continue de sauter sur Donnez vous la peine et Furia qui vient conclure un concert, le quatrième passage de Mass Hysteria dans cette salle depuis les débuts du groupe, qui n’est qu’une mise en bouche: vivement que l’on retrouve Mass Hysteria au Hellfest,  pour une journée du vendredi 100% metal français, avant de retourner le Zénith de Paris le 6 décembre prochain. En attendant, Mass continue de sillonner la France, il y en aura donc pour tout le monde, dont une « Nuit de l’enfer » qui viendra cloturer le Warm-up Hellfest le 30 avril prochain au Zénith de Nantes.

 

Merci à Verycords d’avoir rendu ce report possible.

 

PARAD1GM

France, Metal (Autoproduction, 2019) – Sortie le8 mars 2019

Parlez d’un « super-groupe » à la française! Parad1gm, formé en 2015, réuni sous le commandement de Farès (chant), AlukardX (guitares) et Julien (batterie), tous 3 ex-membres de Spirited, Matthieu, ex-Conscience aus claviers et un certain Betov, roi de la 6 cordes (ou7) au sein du fleuron incontournable ADX qui prend ici la charge de la basse. Et le résultat est à la hauteur des promesses: du metal progressif teinté d’électro et d’indus. L’esprit de Rammstein plane au dessus de l’ovni Qalbik, celui de Pink Floyd au dessus de From the other side. La presque noirceur de Burried, augmentée par les touches électro  évoque également le côté sombre d’un Paradise Lost des grands jours. Les envolées de guitares , les rythmiques déterminées, les ambiances à la fois aériennes et mélancoliques, le chant rageur et profond fond de ce disque une découverte plus qu’agréable. Un groupe à découvrir, suivre et soutenir.

POP EVIL live à Paris (Le Trabendo, le 20 février 2019, avec Sweet Needles et Fallen State

Arrivé Porte de Pantin, une foule se presse dans la même direction que moi. Mais ce n’est pas en direction du Trabendo que se rendent ces gens, non, ils s’alignent sagement en direction du Zénith. Pop Evil, ce soir, joue de malchance car, d’une part, le Trabendo est à moitié plein – et encore – mais en plus,  on s’en rendra vite compte, Leigh Kakaty est malade… Nous y reviendrons.

Pourtant, ce soir, 3 groupes sont annoncés. Tout d’abord, Sweet Needles, une formation parisienne qui a remporté un concours lui offrant cette opportunité de jouer en ouverture des Anglais. Formé en 2012, le groupe évolue ce soir sur une scène ultra réduite (les kits de batterie des 2 premières formations sont placées sur le côté de la scène) ce qui n’empêche guère les frères Bonnot – Oscar au chant et Arthur à la guitre – et leurs comparses de se donner à fond. Proposant un heavy rock varié et entrainant, Sweet Needles, par sa musique et son attitude, se met rapidement le public dans la poche. Une jolie découverte à suivre de plus près.

 

Bénéficiant également de 25′, les Anglais de The Fallen State proposent un heavy carré, parfois agrémenté d’une touche plus rugueuse, limite thrash. Le groupe, lui aussi, séduit rapidement, le charisme du chanteur Ben Stenning, jovial de bout en bout, jouant beaucoup. Le gaillard s’excuse de ne pas parler un mot de français, mais se voit secouru par son guitariste qui nous dit que c’est la première fois que le groupe vient en France. Tout au long du show, Ben interagit avec le public, le faisant s’approcher pour avoir une impression de foule compacte, ou l’invitant à s’asseoir en fin de set. Là aussi, une jolie découverte

 

La scène est rapidement vidée de ce qui l’encombre, retours inclus, ne lassant qu’une estrade surplombée de la batterie de Haley Cramer, qui, l’an dernier, avait accueilli Metal Eyes pour une interview (à retrouver ici), elle même surmontée de jolies colonnes de lumières. Lorsque les musiciens de Pop Evil montent sur scène, on les sent concentrés. Très… Rapidement, Leigh, qui tousse beaucoup, fera part de problèmes de voix mais « pas question », dira-t-il, « d’annuler. Je vais donner tout ce que j’ai ». Et si au passage le public pouvait l’aider, ce serait bienvenu. Il se préserve donc pour aller au bout, ce dont on ne peut que le féliciter. Nick Fuelling est tout aussi concentré, rarement souriant, et Haley semble devoir gérer des problèmes de tenue de sa batterie… Bref, tout n’est pas au top, pourtant…

La set list fait mouche, Pop Evil puisant dans l’ensemble de sa discographie et proposant même une reprise revisitée d’un certain Eye of the tiger de Survivor. Le public bouge bien, soutient tant que faire se peut les Anglais, qui malheureusement, se voient forcé d’écourter le set. Paris n’aura ce soir pas droit aux rappels. La santé passe avant tout, et c’est ce qui semble avoir forcé cette décision. Mais Leigh aura tenu au maximum, et rien que pour cela, on peut l’en remercier.

Merci à Olivier Garnier et à GDP d’avoir rendu ce report possible

PORN: The darkest of human desires – Act II

France, Metal industriel (Les disques rubicon, 2019)

Si Porn a toujours voulu interpeler, cette fois, le groupe lyonnais risque de trouver sa voix. The darkest of human desires est l’acte 2 d’une trilogie contant l’histoire de Mr Strangler qui, enfant (acte 1) se découvre des pulsions assassines et passe aujourd’hui à l’acte, faisant resurgir ses pensées les plus sombres et meurtrières, celles qu’il a jadis refoulées et laisse aujourd’hui exploser. Un acte 3 est déjà prévu qui le verra incarcéré et subir un traitement psychiatrique. Un programme aussi sombre que la pochette illustré par 10 chansons d’un metal industriel qui n’a rien à envier à Ministry et consorts. Porn pioche également dans le metal gothique des années 90, celui de Paradise Lost ou des Sisters of Mercy. C’est lourd et oppressant, avec ci et là quelques touches de cette mélancolie que doit ressentir après coups Mr Strangler. The darkest of human desires est une oeuvre à la fois riche et inquiétante, qui s’écoute comme on peut lire un bon thriller ou un roman d’angoisse. S’il s’adresse à un public averti, cet album n’en reste pas moins intrigant et fascinant, tout à la fois. Maintenant, ça va donner quoi, ce concept sur scène???

REVOLVE : Sin cara

France, Metal (Ep, Music Records, 2018)

Sombre et inquiétant comme la pochette de ce Ep, Artemisia, qui ouvre Sin Cara, travaille les ambiances oppressantes. Le chant me rappelle l’esprit gothique du début des années 90, sentiment bien vite oublié dès les premiers hurlements de Checkpoint 19, heavy et déterminé. Il ne s’agit pourtant pas que de bourriner, la mélodie s’invite aussi! Sur Tokkotai, Pierre Cozien prend une voix plus profonde et grave (un léger travail sur l’anglais sera à envisager…) et nous plonge dans l’univers de No Man’s Land, période Conteste – pour ceux qui se souviennent de ce groupe – s’éloignant ainsi du metal pour se faire rock. Et puis… Cette intro digne d’un film d’épouvante du morceau éponyme qui vient lourdement et tout en variations de thèmes, conclure ces courtes 20′. Revolve, avec ce premier essai, nous offre une jolie carte de visite qui ne mérite que confirmation. A suivre.

Interview: PORN

Interview PORN. Entretien avec Philippe, aka Mr Strangler  (chant, compositeur, producteur). Propos recueillis à Paris, Doctor Feelgood le 29 janvier 2019

C’est un Mr Strangler heureux et bavard qui nous reçoit pour nous parler du second volet de sa trilogie racontant l’oeuvre de Mr Strangler. The darkest of human desires sera dans les bacs dès le 22 février et c’est tout un programme…

Metal-Eyes : Le groupe s’est formé à Lyon en 1999…

Mr Strangler : Oui, plus précisément à Grenoble, mais la genèse s’est faite à Lyon.

Metal-Eyes : Votre parcours a été depuis à la fois remarqué – notamment par le nom du groupe volontairement provocateur, mais également accidenté. Comment résumerais-tu l’histoire de Porn ?

Mr Strangler : Je dirais qu’on en est qu’au début ! Pour moi, on ne peut pas définir la carrière d’un groupe par le temps, par une histoire de longévité, mais plus par la concrétisation de l’œuvre artistique. Pour moi, une carrière musicale, c’est un marathon, elle se finit à la fin. Beaucoup de gens pensent que c’est un sprint, et pourtant… Tu peux aller vite à un moment, ensuite, tu stagnes, et puis tu peux repartir assez rapidement. Par exemple, en France… C’est un groupe que je n’écoute pas forcément, mais la carrière d’Indochine : ils ont cartonné au début, puis ils sont tombés dans les oubliettes de chez « les oubliettes », et là, ils sont revenus, doucement pour exploser. Je pense que c’est une histoire de marathon et d’endurance. C’est une discipline, plus qu’un métier. Comme quand tu veux faire un sport de combat, c’est dur. Je pense que j’aurais plus un jugement subjectif sur la qualité de ma musique plus que sur la notoriété ou ce genre de chose.

Metal-Eyes : Quelles ont été pour toi les principales étapes de votre carrière ?

Mr Strangler : Il y a eu le premier album (2004), puis The ogre inside (2017).

Metal-Eyes : Porn est un groupe qui a toujours voulu interpeler, à commencer par le nom du groupe… ça ne passe pas partout, tu fais une recherche sur internet… Merci

Mr Strangler : On a du mal à nous trouver, oui !

Metal-Eyes : Non, mais il faut rajouter quelques informations. Et ne pas avoir d’enfant à proximité ! Vous revenez aujourd’hui avec l’acte 2 de The darkest sides of human desires. Je n’ai pas réussi à trouver l’acte 1.

Mr Strangler : La première partie ? C’est The ogre inside

Metal-Eyes : D’où la numérotation des morceaux qui démarre à 10. Pourtant, il n’y a aucun titre sur The ogre inside qui s’appelle « The darkest of human desires »…

Mr Strangler : Non, non… C’est le concept global, en fait, qui n’a pas de nom. Çà pourrait être « la vie et l’œuvre de Mr Strangler ». C’est une histoire en 3 actes, et je n’ai pas encore trouvé le nom de la troisième partie même si l’album est quasiment fini. The ogre inside, ce serait l’adolescence du personnage : c’est quelqu’un qui se découvre des pulsions meurtrières, et découvre qu’elles sont inadéquates, face à la famille, la société. Il va y avoir un biais entre les pulsions et comment les assouvir. Assouvir des pulsions meurtrières ? Ça ne le fait pas. Donc c’est quelqu’un qui comprend cela et qui est tiraillé par ses pulsions et qui est dans le refoulement. Dans l’acte 2, il est question du meurtre, le plus sombre des désirs humains. Et dans cette partie de sa vie, il est plutôt adulte et il s’assume. Il se dit « j’y vais, je vais tuer des gens ». Dans l’acte 3, il se fait attraper et là, on va parler de psychiatrie et d’emprisonnement.

Metal-Eyes : Ce qui explique aussi le lien qu’il y a entre les pochettes. J’imagine une continuité avec le troisième…

Mr Strangler : Oui, c’est la même personne qui va travailler dessus, avec la thématique de l’emprisonnement, et la psychiatrie.

Metal-Eyes : Même s’il n’y a pas eu beaucoup de temps entre ces deux derniers albums, comment analyserais-tu l’évolution de Porn ? 

Mr Strangler : Il n’y en a pas. En fait, on ne s’est jamais arrêtés dans la composition. A partir du moment, en 2016, où on a commencé à travailler sur The ogre inside, on ne s’est jamais arrêtés. Tout est fait dans la foulé. Quand on a bouclé les 10 morceaux qui, pour moi, étaient finalisés pour The ogre inside, ils sont partis le lendemain au mastering et dans la foulée, j’ai commencé à bosser sur le nouvel album. Celui-ci est fini depuis 2 mois, et j’ai déjà fini la composition du troisième. On va enregistrer dans pas longtemps et tous les morceaux sont quasiment finalisés. S’il y a une évolution, ben… comme j’ai la tête dans le guidon, je ne la vois pas ! Si, dans la recherche des ambiances : The ogre inside est plus sombre, mélancolique, parce que je voulais vraiment illustrer le tiraillement, la personne se sent vidée de l’intérieur. The darkest of human desire est plus exalté, plus speed, malgré de la mélancolie.

Metal-Eyes : Justement, les ambiances, il y en a plein, pas forcément du metal ou du rock, mais plein de choses typées des années 80, 90, et des choses plus électro. Qu’est-ce qui vous influence ?

Mr Strangler : Je dirais tout simplement les vieux groupes de metal industriel et de rock gothique. Type O Negative, The Cure, Paradise Lost… J’espère que comme eux, on va réussir à devenir nous-mêmes. Etre dépositaire d’un style, reconnu comme étant quelque chose d’unique, musicalement. Pour moi, c’est ça, « réussir sa carrière », c’est vers ça que je tends.

Metal-Eyes : Tu es quelqu’un de très actif, artisiquement, puisque, au-delà de la musique tu écris. Les activités littéraires et musicales s’auto-alimentent-elles ?

Mr Strangler : Oui, totalement, et à chaque fois, l’un est venu de l’autre. Par exemple, lorsque j’ai commencé à travailler sur le deuxième album de Porn, From the void to infinite, j’étais en fait vachement inspiré par un poème de TS Elliott qui s’appelle Les hommes creux. Et c’est de là qu’est venu le concept de The ogre inside : quand je lisais et relisais ce poème, pour moi, ces hommes creux, c’est comme s’ils avaient été mangés de l’intérieur. From the void, pour moi, c’était ce vide intérieur. Et j’ai voulu développé ce concept, ce que j’ai fait dans un roman qui s’appelle Contoyen, mais qui ne parle pas que de ça. Le personnage principal dit cependant qu’il est mangé de l’intérieur par un ogre qui prend le pouvoir. Parti de la musique, c’est devenu un roman, qui a créé l’ogre intérieur, et c’est revenu à la musique. En travaillant là-dessus, j’ai inventé Mr Strangler. Peut-être qu’après la trilogie, je vais arrêter la musique un moment pour me consacrer à un comics dont le héros sera Mr Strangler !

Metal-Eyes : Tout à l’heure, tu me disais que tu ne dessines pas bien et là, tu me parles de comics…

Mr Strangler : Non, non, je ne ferais qu’écrire ! Je ne sais vraiment pas dessiner, c’est une catastrophe !

Metal-Eyes : Au-delà de la fiction, j’ai l’impression que tu portes un regard assez sombre sur la société…

Mr Strangler : Oui… Quand je parle de ce personnage, j’essais de montrer qu’en fait, il s’agit de tout le monde : le gamin qui a des pulsions homosexuelles, qui comprends qu’il faut les refouler avant que ça ne reprenne le dessus et que, comme certains l’ont fait, il décide d’aller tuer d’autres homosexuels. Une manière de tuer sa propre homosexualité va choisir un chemin qui ne sera pas le tien, ou pas accepter, et il y aura toujours cette forme de mélancolie, de regret : « peut-être que ça aurait pu se passer autrement… » Ici, j’exagère une situation pour qu’elle soit compréhensible. On vit dans une société normative, et quand on n’est pas normé, on va entrer en interaction et c’est là que, souvent, on est considérés comme des malades mentaux. Pour moi, la trilogie est le bon format, parce que je peux parler de ces trois étapes : l’enfance, le moment où on assume, et la fin, la phase de psychiatrisation. Est-ce qu’elle sert à quelque chose ?

Metal-Eyes : Si aujourd’hui, pour explique à quelqu’un ce qu’est Porn, tu devais ne retenir qu’un seul titre, ce serait lequel ?

Mr Strangler : Sans hésitation, je dirais Last of a million. Je pense qu’il y a un peu de tout, que c’est, à mon sens, un des plus réussis, tant esthétiquement qu’artistiquement.

Metal-Eyes : Quelle a été la meilleure question qui t’ai été posée aujourd’hui ?

Mr Strangler : Euh… Une question toute simple, en fait : « qui est Mr Strangler ». Dit comme ça, je n’ai pas su trop quoi répondre. Elle ne m’avait jamais été posée comme ça, de but en blanc, ça m’a amené à réfléchir. C’est un personnage qui est un peu en chacun de nous, je ne lui ai pas fait d’état civil…

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Porn en 2019 ?

Mr Strangler : … Quelque chose qui est en filigrane : l’émancipation. Gagner en émancipation, intellectuelle ou physique, financière. Devenir celui qu’on est… Reprendre ce vieux truc d’Aleister Crowley : Fais ce que tu veux sera la loi. Mis à côté de Rousseau : « ta liberté s’arrête où commence celle des autres ». « Deviens toi-même mais sans faire chier les autres ! »

Metal-Eyes : Crowley et Rousseau côte-à-côte, c’est original !

 

AEPHANEMER: Prokopton

France, Death symphonique (Autoproduction, 2019)

Tiendrions nous enfin le Amon Amarth français? A l’écoute de Prokopton, le nouvel album des Toulousains de Aephanemer, tout pourrait le laisser croire:  les mélodies sont d’une efficacité sans faille, le chant, entre death et black, est déterminé, la section rythmique bombarde un ensemble réhaussé de claviers qui trouvent aisément leur place. Du morceau titre qui ouvre cet album, à If I should die, en passant par l’instrumental At eternity’s gate, tout est fait pour entraîner l’auditeur dans une jolie séance de non stop headbanging! On se demande où Marion Bascoul, la chanteuse guitariste (Aephanemer est un groupe mixte paritaire, mais on s’en fout!) trouve cette voix hargneuse et virile. Qui plus est, quand elle chante en voix claire, sur Dissonance within, quel plaisir d’entendre  un accent anglais correct! L’ensemble fait penser à toute la scène nordique et mélodique, des déjà mentionnés Amon Amarth ou In Flames aux plus mélodiques mais incontournables Nightwish. Snowblind, notons le, n’a rien à voir avec Black Sabbath, bien plus extrême. Aephanemer est ma découverte de ce début d’année et il est plus que temps que nous prenions conscience que la scène française regorge de (grands) talents.  Superbe claque!

 

JUDAS PRIEST live au Zénith de Paris (avec Disconnected, 27 janvier 2019)

 

Annoncé presque en dernière minute, Disconnected a l’honneur et le plaisir d’ouvrir pour Judas Priest. Autant dire que certains doivent les jalouser tant cette opportunité permet aux Français de toucher un vaste public, même si le backdrop fait ridiculement petit sur cette scène dépouillée au possible. Profitant d’une demi-heure de scène, Ivan et sa bande, pardon, Adrian Martinot et sa bande (oui, c’est son projet après tout) se donnent à fond et le vocaliste ne se gêne jamais pour communiquer sa joie et son émotion au public: dès la fin du premier titre Ivan prend le temps d’expliquer: « on revient d’une tournée avec Tremonti, et là, on est les mecs les plus chanceux du monde ». Plus tard : »vous pouvez pas imaginer comme on kiffe d’être là! » Tu m’étonnes…. Le public, qu’il remercie pour son accueil, son soutien au Metal français et son ouverture d’esprit, Disconnected  n’ayant que « peu en commun avec Judas Priest » – c’est un peu vite oublier que les Metal Gods ont connu leur période thrash et extrême – est conquis. La preuve en sera flagrante à l’issue du concert: plus un seul CD n’est disponible au merch. Alors même si 30′ c’est court, les gars, nous ne pouvons que vous dire un immense bravo!

 

Allez, je vous vois venir: j’avais un peu descendu un Judas Priest  roboratif lors de son dernier passage au Hellfest. Ce soir, première date de la tournée 2019, la donne a changé. Non seulement les Metal Gods sont en forme, mais ils nous proposent une setlist du feu de dieu. Et même si on a l’impression qu’on va aller se coucher à l’heure des poules (le concert débute à 20h…), même si le discours est identique (« The Priest is back », « Are you ready for some Judas Priest style Heavy metal », « Breaking the what? »…) le reste est simplement imparable: décors, lumières, son, set list et… Surprises! Pensez-donc: rien que la présence de Running wild ou Desert plains fait rêver. Mais quand Judas Priest propose Killing Machine, pas joué depuis des décennies, c’est plus qu’un cadeau fait aux plus anciens et fervents fans!

Si le groupe est en forme, c’est sans doute lié au fait que ce soir marque le lancement d’une nouvelle tournée. Tout le monde est reposé, mais il faut également constater que si Ritchie Faulkner est désormais entièrement adopté et à la maison, son nouveau coéquipier Andy Sneap, qui continue de remplacer Glenn Tipton – atteint de la maladie de Parkinson – a également trouvé ses marques. La nouvelle paire de bretteurs est complémentaire et fait aisément oublier le duo de duellistes originel. Finalement, seul Ian Hill reste scotché dans son mètre carré. Halford est, quant à lui, bien moins robotique que ces derniers temps. Mobile, arpentant la scène, le Metal God est bien présent!

Et puis ces décors qui changent au rythme des chansons: coupures de presse sur The ripper, robot cadencés sur Metal gods, Union Jack et images de manif d’une terrible actualité (chez nous, en tous les cas) sur Breaking the law… Judicieusement utilisé, le fond de scène ne fait apparaitre les visages des musiciens et du public qu’après une bonne heure de concert.

Naturellement, le dernier album est bien représenté avec 3 extraits (Firepower, Lightning strikes, Rising from ruins), même si j’aurais bien pris un p’tit Evil never dies. Les classiques aussi sont de sortie. Grinder, Sinner, The Green Manalishi, Turbo lover, Freewheel burning, Electric eye, You’ve got another thing comin’, Hell bent for leather… Rob Halford, très en voix, a plaisir à annoncer que ce premier concert de la tournée 2019, il est ravi de le donner à Paris, ravi d’être de retour auprès de ce public. Scott Travis, plus tard, abonde en ce sens: « Paris! On a fini une tournée en Australie, en Indonésie, dans ces coins là. Quand on nous a demandé quelle est la ville ou nous voudrions prendre notre pied pour la nouvelle tournée, on a répondu : Paris! » Flatteur, va! Et taquin aussi, quand il dit: « on a le temps pour une chanson supplémentaire… ou 7! Que voulez vous qu’on joue? » Painkiller, bien sûr, avant un rappel de 4 titres pour un concert qui se conclue avant 22h. Et un Living after midnight un peu déplacé (il est 21h45…), mais la fête continue. Le public patiente dans les gradins, la salle toujours plongée dans le noir… L’espoir d’un nouveau rappel avec l’apparition de Glen Tipton ne durera pas… Les lumières se rallument et le public a du mal à partir.

Vraiment, ce soir, Judas Priest a donné un de ses meilleurs concerts auxquels j’ai assisté depuis longtemps. Et, contrairement à ce que j’écrivais l’été dernier, le groupe n’a pas dit son dernier mot. Et l’affiche avec un gigantesque « The Priest will be back ». Vivement la suite!

Merci à Olivier Garnier, Roger et Fabienne Wessier et toute l’équipe de Gérard Drouot Production.

ALMA ENCRIADA: Alien

France, Rock (Autoproduction, 2018)

Voici un Ep assez surprenant. Agréable, aussi. Alma Encriada est un groupe de rock sans prétention – dans le bon sens du terme – formé en 2006. A la limite du rock, du stoner et du psyché, le groupe puise ses influence tout autant chez Queens Of The Stone Age que Muse. Cette palette de couleur s’exprime tout au long de Alien au travers de 6 morceaux aussi variés que séduisants. Le très groovy et funky morceau éponyme cède la place à Coward, rock direct très 70’s. Friend or foe file du coté soft et bluesy avant que Alma Encriada n’explore le psychédélisme au travers de Death in the doorway. Toujours rock, Settle down précède un Angel’s down aux sonorités à la U2. Bien produit, avec un anglais très correct, ce disque mérite une attention particulière. A suivre…