AVATAR live à Paris (le Zénith, le 7 mars 2026, avec Witch Club Satan et Alien Weaponry)

C’est une soirée quelque peu brutale que nous réserve ce soir Live Nation… Trois ans après son dernier passage en tête d’affiche (le 10 mars 2023 à l’Olympia) Avatar revient à Paris dans un Zénith quasi complet. Le chemin parcouru depuis ma première rencontre avec le groupe – au Hard rock café en 2014 pour la promo de Hail The Apocalypse – est impressionnant et un Zénith n’est rien moins qu’amplement mérité tant les Suédois se font un point d’honneur à constamment renouveler leur show. Ca se traduit même dans le choix des morceaux d’intermède. La première liste n’est composée que de hits des 70’s/début 80’s (de Fleetwood Mac à Joan Jett, en passant par Pat Benatar, Patti Smith, Kim Carnes…)

A 19h, la salle n’est pas plongée dans le noir. Au contraire, elle baigne dans une lumière rouge tandis que trois figures masquées et cornues, des nonnes maléfiques ou maudites, entrent doucement sur scène sur fond de chants plaintifs. Witch Club Satan, trio féminin norvégien, s’empare ensuite de ses instruments et balance avec rage son black metal hurlant et torturé. Le chant partagé permet à chacune de libérer sa colère dans un esprit qui m’évoque l’univers de Zeal and Ardor, d’autant plus sur ce morceau narré accompagné de bades, titre qui évoque le sud des USA en des temps esclavagistes. Les trois se retirent ensuite le temps de se changer et de revenir quasi nues pour une seconde partie de show tout aussi explosive. La bassiste fait quelques effet en frottant un archet contre les cordes de sa basse tandis que sa complice guitariste hurle qu’il n’y a « pas de place pour le génocide » ni pour certains politiques. Si la musique du trio ne me parle pas, WCS propose un show visuel assez intéressant. Les filles quittent la scène après 30′ d’une prestation intense, annonçant qu’il s’agit de leur dernière date de cette tournée.

Pendant que les roadies débarrassent la scène, la sono diffuse des morceaux plus costauds et contemporains, puisant dans le metal des années 90 et 2000. Le trois memebres de Alien Weaponry se chargent eux-mêmes des dernières vérifications, le bassiste Turanga Morgan-Edmonds, prenant même le temps de photographier le public. Les trois disparaissent pour revenir quelques minutes plus tard. Comme à leur habitude, les Néo-Zélandais entament un Haka. Henry de Jing s’installe derrière sa batterie et harangue le public tandis que son frère guitariste et hurleur Lewis et Turanga le rejoignent dans cette cérémonie traditionnelle avant de lancer les hostiités. Une demi-heure durant, les pieds tapent et les nuques se déboitent, les ambiances tribales ne laissant personne indifférent. Turanga n’hésite jamais à interpeller la foule, lui demandant ici un circle pit, là de sauter à son ordre ou encore de finir avec un joli wall of death, et ses participations vocales apportent un équilibre certains à la rage de Lewis. Une prestation impeccable de bout en bout.

Nouveau changement de plateau sous des airs plus jazzy cette fois… Une vaste tenture rouge orne le fond de scène comme l’entrée d’un chapiteau de cirque. C’est, après tout, bien à l’image d’Avatar. Deux kits de batterie se trouvent de chaque côté de la scène. A moins que… Des techniciens lèvent une toile cachant leur travail puis s’éloignent révélant une seule batterie.

Lorsque les lumières s’éteignent, la dite batterie se sépare en deux tandis qu’apparait, dans l’ouverture de la toile rouge, une vague forme qui glisse vers l’avant scène. Sur une plateforme se trouvent, serrés, les guitaristes Jonas Jarsbly et Tim Örhström ainsi que le bassiste Henrik Sandelin tous vétus d’une longue cape noire. Lorsqu’ils descendent pour rejoindre leurs positions, l’ombre de Johannes Eckerström tenant une lampe tempête reste figée le temps de Captain Goat. Puis, avec Silence in the age of apes, la fureur prend le pas, les têtes et chevelures des musiciens tournant furieusement. La pyrotechnie entre en jeu entre feux de bengale et lancer de flammes. Puis, les musiciens quittent la scène.

Une première annonce, peu claire, demande au public de patienter. Mais le temps s’écoule, et l’on comprend qu’un incident est en cours. Une nouvelle annonce précise que l’équipe s’attèle pour que le show puisse se tenir normalement ajoutant que « everything’s gonna be okay, hey, hey« . Enfin, après 10′, Avatar revient avec un explosif The eagle has landed et son imparable refrain toujours repris en chœur par le public. A l’issue de cet incontournable, le chanteur s’adresse au public, lui faisant part de son plaisir d’être là, se caressant l’entre jambes et susurrant des mots doux – à sa manière, évidemment!

Naturellement, une large place est accordée au nouvel album. Don’t go in the forest est représenté par 6 titres, le plus ancien Black waltz (2012) le suivant avec 4 extraits. Si la batterie s’ouvre et se ferme avec régularité, laissant entrer et sortir les musiciens, elle est également entourée de spots montés sur des pieds mobiles, donnant ainsi une touche lumineuse et colorée assez basse et du plus bel effet.

Comme a chacune de ses tournées, Avatar a pris un soin particulier à sa mise en scène. On apprécie, juste avant le retour du roi, le temps calme qu’est Howling at the airwaves avec Johannes au piano. Visuellement, jamais le groupe ne se répète, hormis la posture des musiciens, le bidon d’essence qui sert de gourde au joker et le gimmick royal de Kungen qui revient sur son trône pour un direct et brutal Legend of the king. Kungen se débarasse de sa cape et frappe le sol générant une nouvelle explosion d’artifices.

Let it burn et ses flammes en tout genre précède un Tonight we must be warriors qui voit le public sauter en tous sens et accompagner Avatar avec enthousiasme avant un rappel tout aussi explosif. Le concert se termine avec l’indéboulonnable Hail the apocalypse et c’est un public aux anges et exsangue qui quitte tranquillement le Zénith. Avatar continue, tournée après tournée, de s’imposer comme une des plus originales formations du genre qui place le spectacle au même niveau que son exigence musicale. Encore une très belle soirée passée avec les Suédois.

Merci à Live Nation France d’avoir rendu ce report possible.

TONIC BREED: Fuel the fire

Norvège, Thrash (Ep, M&O, 2022)

Je n’ai trouvé de traces que d’un seul Tonic Breed, groupe de thrash formé en Norvège sous forme de quatuor, auteur de 2 albums avant de se séparer en 2019.Patrick K. Svedsen remonte son projet seul et publie aujourd’hui un Ep 4 titres, Fuel the fire, ultra pêchu et bourré d’invités. C’est simple, les amateurs de thrash old school – besoin de citer des noms? on va chercher du côté d’Exodus, Testament, OverKill, Slayer ou Metallica – trouveront leur dose de puissance et d’efficacité. C’est heureux d’ailleurs, car en s’adjoignant les services (passagers) de Dirk Verbeuren et Bernt Jansen (Megadeth et Wig Wam) sur le morceau titre, de Bjorn Strid (Soilwork) et, sans doute moins connu mais bigrement efficace, Martin Skriubakken (batteur de Endezzmai) sur No rocks on the scotch et Olivier Palotai de Kamelot sur H.E. Antagonist, il ne pouvait en être autrement. Ca speede et ça cartonne dans diverses tonalités d’une efficacité sans pareille. Blood Moon, qui clôt cet ensemble beaucoup trop court, est sans doute le titre le plus prog et le moins thrash de l’ensemble, montrant une facette moins agressive et quelque peu plus « passe partout » du projet. Fuel the fire est, espérons-le, un amuse gueule anonciateur d’un album qu’on attend avec impatience. Une vraie réussite!

WARDRUNA: Kvitravn

Norvège, Folk (Sony music 2020)

Cinquième album de Wardruna, projet folk de Einar Selvik et de Lindy-Fay Hella, Kvitravn nous emporte de nouveau dans un univers à la fois sombre et lumineux. Navigant sur une vaste étendue d’eau, les 11 titres évoquent tour à tour mélancolie, joie, tristesse et bien-être. Utilisant des instruments traditionnels ou créés pour l’occasion, chacun des morceaux, chanté à deux voix, développe son propre univers sonore tout en conservant ce trait d’union qui évoque le folklore de peuples tribaux. « Peuples » au pluriel, oui, car si l’esprit nordique des vikings traversant les océans sur leurs drakkars est omni présent, certains passages évoquent également les indiens d’Amérique dansant autour d’un feu en évoquant leurs dieux ou encore les cérémoniaux avec mère nature telles qu’imaginées (pas tant que ça) par Cameron dans son film écolo Avatar. Des univers finalement pas si éloignés quand on y pense… Avec, en fil conducteur, repère de tout un chacun, ce corbeau tour à tour lumineux et sombre.  Enregistré sur une longue période, entre 2009 et 2020, Kvitravn, présenté en fin d’année par un Einar perturbé par le fait « étrange de jouer pour des personnes sans visage », s’écoute d’une traite, sans lassitude. Le mariage des voix d’Einar et de Lindy-Fay fait à nouveau des merveilles, entre profondeur et légèreté. Le ton, grave et solennelle, est en parfaite harmonie avec Gaïa, mère nature, le chant mixte est tout à la fois relaxant et apaisant. Un feu de camp, du calme et de la méditation, c’est un bon remède par les temps qui courent.

ARABROT: Norwegian gothic

Norvège, Metal (Pelagic, 2020)

Seize titre d’un metal torturé et atmosphérique… Tout est dit dans le titre de ce Norwegian gothic, neuvième album des norvégiens d’Arabrot. Les ambiances développées nous enfoncent inlassablement dans un gouffre sombre et froid. Le groupe n’hésite pas à emprunter aux Doors, à Black Sabbath, à la New ou la Cold wave  et parvient à instaurer une ambiance aussi malsaine que rythmée. Bien que bénéficiant d’une production moderne, l’ensemble évoque, tant dans ce chant torturé que dans ses guitares d’apparence simples, les années 80/90. Pourtant, au milieu de cette noirceur et de ce chant mélancolique se dégagent une ambiance chantante voire dansante (celle où, dans une longue complainte silencieuse, on se roule contre les murs …) qui interpelle. Si l’univers d’Arabrot frôle parfois le doom, si l’ensemble peut devoir s’écouter en plusieurs fois, Norwegian gothic n’en reste pas moins un album étonnant et attirant.

IHSHAN: Pharos

Norvège, expérimental (Candlelight, 2020)

Après un Telemark explorant les côtés plus sombres et violents, Ihsahn revient avec son pendant lumineux et calme. Pharos, tout comme Telemark propose 3 titres originaux et 2 reprises. Mais le chanteur prend ici un virage radical par une exploration soft et aérienne de sa musique. Même si le propos est sombre, la douceur d’une gravité presque mélancolique de Loosing altitude et ses touches symphoniques entraînent l’auditeur dans une exploration sonore reposante. Spectre at feast a quant à lui de belles intonations pop – qui expliquent sans doute le choix de reprendre Manhattan, skyline, des voisins suédois de A-ha, reprise teintée de claviers très 80’s qui se fond parfaitement dans l’ensemble. Le morceau titre, Pharos, s’inspire plus d’ambiances jazzy, tout en, comme l’évoque la peinture qui illustre ce disque, montant en puissance dans une lourdeur de plus en plus sombre. Roads, reprise de Portishead, offre une guitare sobre et un mélange orchestral de cordes pour un résultat sensible et écorché. En deux Ep, Ihsahn démontre comme il sait si bien le faire ne jamais être là où on pourrait l’attendre ou le souhaiter. Ombre et lumière, nuit et jour, black metal et soft rock, le Norvégien dévoile encore une fois sa sensibilité. Prenant.

BOKASSA: Crimson riders

Norvège, Metal (2019, Queens of stonepunk records)

Après un prologue heavy et instrumental, Crimson riders, le second album des Norvégiens de Bokassa, démarre avec un riff hypnotique et un chant rageur et rugueux. Charmed & extrermely tracherous est-il à l’image du reste de l’album? En tout cas, Bokassa parvient à surprendre tant avec sa détermination musicale qu’avec les chœurs très mélodique du refrain. Puis avec ce Vultures, beaucoup plus rock, dotés de quelques cuivres, qui évoque sans complexe The Offspring à sa meilleure période ou Sum 41. Les Norvégiens ont parfaitement intégré et assimilé l’exemple des Américains, tant dans la recherche du riff simple et efficace, de l’énergie salvatrice, de l’impertinence contrôlée (le côté politiquement correct gentiment rebelle de tous les neo punks…) et de la mélodie entraînante ou du refrain imparable à reprendre en cœur. Si certains pouvaient légitimement se demander comment Bokassa a pu se retrouver à l’affiche de la dernière tournée  de Metallica, la réponse se trouve déjà en partie dans ces premiers titres, variés et déterminés. Le morceau titre tape fort avec son alternance entre passages calmes et très speedé évoque (tout comme Immortal space pirate 2: the last shredi) aussi un certain… Metallica – tiens donc! Captain cold one (cf. le clip ci dessous) vire de bord et explore une lourdeur lente et joyeuse (toujours ces « Oh Oohh »). Bokassa est une découverte rafraîchissante dont on n’attend plus que de les retrouver sur scène pour confirmer qu’une vraie carrière est possible.

SHINING: Animal

Heavy rock, Norvège (Spinefarm, 2018)

Oh que voilà un album qui risque de faire parler de lui! Faut dire que Shining ne nous avait pas franchement habitués. Ce Animal puise carrément dans le hard rock des 80’s, voire dans le dance metal comme le laisse entendre le Take me qui ouvre cet album, très éloigné du black jazz sur fond de cuivres. Ça chante et ça bouge du popotin. Si le morceau titre se veut plus direct, les ambiances restent proches d’un metal electro de (très) bonne facture. Mais rien à voir avec la rage déjantée d’antan… On retrouve un peu de rage vocale au cours de Fight song, et beaucoup de douceur dans le très bien nommé When the lights go down. Smash it up réhausse le tempo, mais bon, il faut s’y faire: cet album est marqué du sceau electro. Metal, mais electro. Bien foutu pour ceux qui aiment danser, Animal présage-t-il de la voie que suivra désormais Shining?