GRANDMA’S ASHES et SUN live à Paris (L’Élysée Montmartre, le 28 mars 2026)

Que de chemin parcouru depuis notre première rencontre il y a trois ans après leur passage au Hellfest! Après une signature chez Verycords et un nouvel album dans la foulée, elles sont retenues pour animer au travers de deux titres la cérémonie des Foudres au Bataclan en 2025 et bien que n’ayant que deux albums à leur actif, les filles de Grandma’s Ashes s’offrent maintenant une vaste tournée en France et ailleurs qui passe par l’Elysée Montmartre parisien. Un pari audacieux mais visblement payant puisque la salle est correctement remplie avec pas loin de 1.000 spectateurs.

Levo Evolove @L’Elysée Montmartre, Paris

Comme sur quelques autres dates, ce soir c’est Sun qui a la charge d’ouvrir les hostilités. Quoique… l’affiche locale annonce une « performance » de Levo Evolove, drag king comme il se nomme. La dite performance se résume à une chanson visiblement en playback, un blabla et la lecture de son téléphone pour annoncer Sun. Bref, tout sauf une « performance » mémorable, un moment dont on aurait pu se passer, même.

Levo Evolove @L’Elysée Montmartre, Paris
Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Enter donc Sun qui vient livrer ici sa Brutal Pop. Dès son arrivée, voilée dans sa robe en crinoline, on sent qu’on va vivre un grand moment. Si elle reste quelque peu immobile durant le premier titre, c’est pour mieux se déchainer sur sa guitare et à son micro dès qu’elle tombe voile et lunettes noires. Et là, une heure durant, entre changement de voix radical en un clin d’œil et harangue de la foule, Sun voit rapidement le public lui manger dans la main.

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Accompagnée d’un batteur qui martèle des rythmes aussi dansants qu’endiablés et un bassiste qui ne tient pas en place, Sun, si elle tarde un peu à s’adresser au public, devient très communicative expliquant ici qu’un gars lui a piqué la notion de Brutal pop qu’elle a inventée, là son expérience à Barcelone avec un moshpit au milieu duquel quelqu’un dansait la macarena, là encore elle explique le titre John and I (money), l’histoire d’un mec qui la suit partout…

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Jouant avec sa longue et blonde chevelure qu’elle fait voler au vent, Sun enchaine les titres aussi variés qu’enjoués lorsqu’elle aperçoit dans les premiers rangs du public des pancartes sur lesquelles on peut lire de simples « Merci Sun ». Elle en pour présenter et remercier ses musiciens et les personnes qui l’accompagnent dans cette aventure qu’on espère voir perdurer. Une première partie comme celle-là, on s’en souvient longtemps. Une future grande, très grande, à suivre de très près. Elle se rend rapidement après son set au stand de merch où une longue queue se forme pour échanger quelques mots. Elle y restera toute la soirée – en tenue de scène, svp!

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Le changement de plateau se fait rapidement, des panneaux de bandes en plastique rouge prenant place de chaque côté de la scène et des chaînes tombant du plafond. Grandma’s Ashes a aussi envie de marquer les esprits avec une scène travaillée. Et, au regard de la tournée à rallonge, les trois vont certainement voir leur fan base s’agrandir encore!

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Le style musical de Granma’s Ashes est bien différent de celui de la première partie. Evoluant dans un registre plus grungy et alternatif, le trio se montre très appliqué. Eva Hägen (chant et basse) séduit tout de suite avec son timbre de voix particulier, haut, parfois enragé, à d’autre moments plus mélancolique tandis que Myriam El Moumni reste concentrée sur sa guitare et que, perchée sur une belle estrade, Edith Séguier frappe ses futs avec précision.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Au gré des titres, toutes trois se détendent, viennent chercher le public, se montrent complices en riff et en idées. Myriam sourit à certaines remarques d’Eva, toutes deux investissant rapidement chaque espace libre de la scène.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

En une heure de temps – certes une durée un peu courte pour une tête d’affiche – Grandma’s Ashes délivre un set varié et puissant. Un seul moment m’a moins séduit, lorsque, sur (je crois) Army of me, reprise de Bjork, Eva s’empare d’un micro vocodé qui modifie, inutilement, son chant en ajoutant de désagréables échos. Mais pour le reste, une bonne dizaine de titres (tout Bruxism y passe, seul Aside est extrait de leur premier album, This too shall pass), les filles se montrent simplement impeccables.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Le concert se termine, après les remerciements d’usage au label (Verycords « qui nous a signées alors que personne ne s’intéressait à nous »), à leur manageuse (Angela Druffin de NRV Promotion) qui les accompagen et les soutient depuis le début, avec le retour, en ombre caché derrière un pare-vue rouge, de Levo Evolove qui les rejoint pour un dernier titre.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Si on peut reprocher un léger manque de lâcher prise, l’enjeu d’un tel concert, dans une salle aussi prestigieuse que l’Élysée Montmartre doit être générateur de pression. N’empêche, dans son style, Grandma’s Ashes a ce soir également marqué de nombreux points et il semble évident que nous entendrons de plus en plus parler de ce trio féminin, engagé et enragé.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Merci à Marine Honoré (Veryshow) et Angela Druffin (NRV Promotion) d’avoir rendu ce report possible

SEX SHOP MUSHROOMS: 131217

France, Grunge (Autoproduction, 2026)

C’est le 13 décembre 2017 que les Parisiens de Sex Shop Mushrooms ont vu le jour. Mais, non! C’est n’importe quoi ce que tu écris! Oui, d’accord, mais quand même… Que penser d’un tel intitulé d’album, 131217, franchement? Bon, ok… SSM a vu le jour en 2022 et a publié un premier album, God doesn’t exist, en 2024. Un album franc du collier, direct, intimement grunge version Nirvana. Revoici le quatuor qui déboule avec un second album – 131217 pour ceux qui ont zappé les premières lignes – plus brut encore. Tout aussi enragé que son prédécesseur, ce disque transpire autant la sincérité qu’une forme punkisante de je m’en foutisme. Le qu’en dira-t-on et la langue de bois, ce n’est pas le trip de ces énervés qui au travers de 11 chansons entrainent l’auditeur dans leurs délires. Impertinent dès le morceau d’ouverture – Help me I’m cumming (pour les non anglophones, ça se traduit simplement par « aide moi, je jouis ») – le groupe nous replonge à la naissance du grunge dans un esprit résolument punk et le fait avec brio (exception faite de… l’anglais, mais ils s’en foutent aussi!) 131217 est un album aussi efficace qu’il est intense et Sex Shop Mushrooms a tout pour faire pogoter son public en concerts. Et, comme les quatre l’écrivent si justement au verso du livret, « aucun groupe ne survit seul. Soutenez vos groupes locaux ». Ca commence par cet album, déclaration d’intention 100% rock n roll.

SEX SHOP MUSHROOMS: God doesnt exist

France, Grunge (Autoproduction, 2024)

Grunge’s not dead! Nirvana non plus! Enfin, pas dans l’esprit des Français de Sex Shop Mushrooms qui, avec leur premier album, God doesnt exist, cherchent sans jamais s’en cacher, à faire revivre cet esprit de révolte rock’n’roll que les trois de Seattle avaient insufflé. Oui, c’est toute une génération, et plus, qui fut marquée à vie par Cobain et consorts. Même la photo du livret évoque un concert de Nirvana! Mais non, c’est bien un quatuor de trublions parigots qui nous sert cet album sans fioriture, direct et dans ta face. C’est en 2022 que Timothée Leporini (chant / guitare), Giulia Vinciguerra (batterie), Victor Cresseaux (Guitare) et Cyprien Ortuno (basse) décident de former Sex Shop Mushrooms et rendent ainsi un véritable hommage à Nirvana. Car, oui, il s’agit clairement plus d’hommage que de plagiat même si le chant torturé, les titres titres simples et directs, les guitares saturées sont toujours plus qu’inspirés des grand frères. Aucun des onze titres de ce premier album ne peut laisser indifférent, et l’on se surprend à replonger dans ces années irrévérencieuses à souhaits. On imagine aisément que peu de scènes puissent résister à ces quatre là tant ça déboite sévère!

ALICE IN CHAINS: Rainier fog

Hard rock, USA (BMG, 2018) – Sortie le 24 août 2018

Après un passage remarqué au Hellfest 2017, juste avant Iron Maiden, les fans attendaient avec impatience le nouvel album d’un des derniers représentants de la vague grunge de Seattle, Alice In Chains. Rainier fog, paru à la fin de l’été vient donc satisfaire ce public toujours présent. Le groupe prend régulièrement son temps, et ce troisième album avec Warren DuVall au chant nous est proposé 5 années après The devil put dinausaurs here (2013).  Toujours aussi affûtée, la guitare de Jerry Cantrell va droit au but, franche, directe et incisive. Les 10 titres de ce disque sont à la fois lourds, oppressants (Red giant, Drone) et entraînants (The one you know, Rainier fog, Deaf ears, blind eyes) ou plus légers (Fly, Maybe). Sans jamais en faire trop, la production fait ressortir les ambiances recherchées faisant de cet album une nouvelle franche réussite. Bon, faut pas être à la limite de la dépression, bien au contraire. Amis du lourd, Rainier fog vous apportera sans aucun doute son lot de belles sensations! Et puis, les amateurs se laisseront également séduire par cette pochette  aux mille facettes. Le plaisir de l’objet…

BARB WIRE DOLLS: Desperate

Barb-Wire-Dolls-2016Metal/Punk (?), Grèce (UDR, 2016)

Barb Wire Dolls, un nom qui vous est sans doute déjà familier? Le groupe formé en Grèce vient de publier son 3ème album, Desperate, après Fuck the pussies en 2011 et Slit en 2012. Il aura donc fallu 4 années à Isis Queen et sa troupe, repérés par Mr Lemmy himself, pour nous offrir cet album paru chez UDR qui, décidément, a décidé de se diversifier. Personnellement, je ne sais pas si c’est la meilleure politique commerciale, mais cela, l’avenir nous le dira. Revenons au sujet principal: ce Desperate nous présente des aspects grungy , Isis adoptant un chant punkisant, hargneux, qui se veut quelque peu irrespectueux. Le look des musiciens est à l’identique. Jusque là, BWD n’invente rien. Musicalement… non plus, l’ensemble manque de pêche, reste dans une veine pop rock ou gentiment punk. Si Drown est une ouverture joliment entraînante, la suite évoque ici Police (Surreal), un sombre Nirvana (Desperate, ça tombe bien!). C’est sympathique, mais… il faut attendre Darby crash, qui suit une ballade 1000 fois entendue (I will sail), pour qu’enfin les choses commencent à bouger sérieusement avec ce titre ouvertement punk. Dommage, c’est le 8ième… Quelque chose cloche, car, dans le fond, les guitares sont bien présentes et cherchent à tout ravager, et le groupe veut marquer. Mais, quoi? C’est sans doute la faute à une production qui rend cet album quelque peu trop « radio friendly ». Dans l’ensemble, ce Desperate se laisse donc écouter aisément sans toutefois être vraiment marquant. Sans être un faux pas du label, c’est un pari qui me semble sans grand intérêt.

Note : 6/10

Titre que je retiens; Darby crash