SANCTUARY: Resilience

France, Black/Death (Autoproduction, 2020)

Formé en région parisienne, Sanctuary propose un premier Ep en 2016, suivi d’un premier album en 2018. Remarqué sur la scène black, le trio puise son inspiration chez Behemoth, Anorexa Nervosa Immortal ou le Opeth des débuts. Ses compositions, variées, aux sonorités symphoniques, tapent fort, et varient les tempi tout au long du nouvel album, Resilience. C’est la force de Sanctuary, mais voilà… Ceux qui me connaissent le savent, je n’aime pas ce type de « chant ». Si musicalement, je ne peux que reconnaître l’efficacité des compositions, puissantes, sombres et diversifiées, je n’arrive pas à trouver du plaisir. Musicalement intéressant, avec des intros et des ponts souvent calmes, légers et aériens, parfois inquiétantes, à d’autres moment feutrées comme dans un club de jazz, mais qui cachent un océan de noirceur explosive vocalement ça me repousse… Et puis ce logo aux extrémités quelque peu discutables, un S et un Y dont la forme rappelle autre chose, une politique nauséabonde… Provoc’ ou idéal? Vraiment pas pour moi… Je laisse ma place aux amateurs du genre.

BULLRUN: Wilderness

France, Hard rock (Autoproduction, 2020)

Découverts en 2017 avec un premier Ep – Dark amber – efficace et varié, les Français de Bullrun reviennent enfin avec un nouveau méfait, Wilderness, un autre EP au propos plus heavy. Au travers de ces 6 nouveaux titres, le trio confirme son potentiel tout en affirmant son identité sonore et son orientation musicale. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons dû patienter trois ans, le groupe explorant les sonorités et se cherchant, mais semblant désormais s’être trouvé. Le résultat est un Ep plus compact et cohérent, plus foncièrement heavy, rugueux et rentre dedans. Downtown met les choses au clair dès le départ: on n’est pas loin des relents de bières et de clopes qui pouvaient définir un Motörhead des 80’s. Wilderness, saccadé et furieux évoque plus Maiden ou Metallica tandis que Fire and hate – objet d’un premier clip chiadé et superbement mis en scène – achève de rompre des nuques. Redemption day se démarque quelque peu avec une intro un peu southern rock, le heavy se réimposant avec Roll your dice et Dust and sand. Avec Wilderness, non seulement Bullrun fait preuve de maturité mais donne l’impression de vouloir explorer le monde. Et le potentiel est là: une voix profonde, puissante et rageuse, un anglais parfaitement maîtrisé, véritable atout, une mise en son exemplaire, une envie de partage, des ambiances très US assumées. A quand la scène et un album complet???

Interview: FOREST IN BLOOD

Interview FOREST IN BLOOD : entretien avec Hervé (guitare). Propos recueillis par téléphone, le 13 novembre 2020

Metal-Eyes : Tu n’as pas l’impression d’avoir 18 ans d’avance pour ce nouvel entretien ?

Hervé (il reste muet quelques secondes) : … Pourquoi 18 ans d’avance ?

Metal-Eyes : Parce que lorsque nous nous étions rencontrés il y a deux ans, nous avions fait le récapitulatif : votre premier album est sorti en 1998, le second en 2018, soit chaque fois que l’équipe de France remporte la coupe du monde, et nous nous étions donnés rendez-vous « dans 20 ans »…

Hervé (il rit) : Ouais, ben, tu vois… Il y a des choses qui peuvent changer et évoluer. Comme quoi, l’avenir est imprévisible.

Metal-Eyes : Vos deux premiers albums sont sortis avec 20 ans d’écart, et le troisième arrive à peine deux ans plus tard. Que vous est­-il arrivé ?

Hervé (il rit) : En fait, je vais peut être rappeler à 16 heures… J’en sais rien… On a peut-être trouvé la formule qui est de se dire qu’on ne se prend pas trop la tête sur la façon de faire, et d’aller plus directement sur les choses. C’est un peu le résultat qu’il y a. Il y a eu Forest In Blood, puis on a monté Apocalyse Now avec qui on a sorti deux albums. Il fallait que tout soit parfait. Là, on a remonté Forest In Blood, on est retournés en studio, tout n’était pas forcément prêt à 100%, on a peaufiné en arrivant. On a passé plus de temps en studio, ce que nous avions prévu. On a refait la même chose, ce qui fait, je pense, que ça s’est passé plus rapidement que prévu.

Metal-Eyes : Quels retours avez-vous eu de Pirates, votre précédent album ?

Hervé : Ils étaient assez bons… On a été assez surpris de voir que, en live, les formules de chants qu’on a mise de manière à avoir quelque chose de plus fédérateur, ça prenait. En live, les gens connaissaient et suivaient, donc, ça, ça a été une grande surprise et c’est très positif. On ne va pas se mentir : quand tu vois que ce que tu fais plaît, c’est agréable, encourageant. C’est peut être ce qui nous a donné envie de faire celui-ci. On verra ce que donne Haut et court, parce qu’on n’aura peut-être pas l’occasion de le défendre sur scène…

Metal-Eyes : Pour quelle raison, enfin ?

Hervé : Ben… je sais pas si tu vois le contexte, mais nous on est bloqués à la maison… Tu te rends compte que tout est bloqué… On avait de super dates qui étaient prévues, à Paris, au Hellfest, un Day off hardcore avec 800 personnes, un concert avec Archangel dans le Nord, un autre festival à Tours… Plein de trucs, et tout est tombé à l’eau. Les perspectives futures ? Il n’y a rien. Rien…

Metal-Eyes : Votre précédent album a été enregistré au studio Sainte Marthe avec Francis Caste. Qu’en est-il de Haut et court ?

Hervé : Celui-là a été enregistré au Hybrid studio avec Andrew Guillautin. Ça se trouve à Fontenay sous Bois. On avait fait quelques prises avec lui chez Francis sur l’album précédent, quelques ajustements, et là, on a tout fait chez lui. C’est quelqu’un qu’on connait bien, qui a beaucoup travaillé avec Pierre de The Arrs, qui répétait chez lui. Andrew, c’est comme Francis. Il nous a manqué sur cet album, mais Andrew nous a apporté d’autres trucs.

Metal-Eyes : Francis vous a manqué en quoi, et Andrew vous a apporté quoi ?

Hervé : Francis nous a manqués parce qu’il est très rigoureux sur plein de choses, il est de bon conseil, il te demande de réajuster des trucs, des petits arrangements. Andrew, il est plus dans la spontanéité, et dans le direct ? C’est-à-dire, par exemple, dans la façon d’enregistrer les batteries, Andrew veut ressentir le côté hardcore, il a une approche différente et ça a apporté quelque chose de différent. Surtout, on avait plus de temps avec Andrew…

Metal-Eyes : Oh, vous n’aviez que deux ans, alors qu’avant, vous avez eu 20 ans !

Hervé : … C’est vrai (rires) Là, le temps en studio a été un peu plus long, mais pour le précédent, il nous a fallu plus de temps.

Metal-Eyes : La situation sanitaire a-t-elle eu un impact sur la réalisation de l’album ?

Hervé : Absolument pas ! Il s’est même rallongé car l’album devait sortir plus tôt. Il devait sortir entre juin et juillet.

Metal-Eyes : Comment analyses-tu l’évolution de Forest In Blood entre Pirates et Haut et court ?

Hervé : Comment je pourrais te dire ? n est restés sur les mêmes thématiques, en tout cas au niveau des paroles. Musicalement, je dirais qu’il n’y a pas eu beaucoup d’évolution sauf qu’on est allés encore plus dans la spontanéité., on s’est moins pris la tête, le chant, je le trouve encore plus fédérateur. On fait aussi un titre en français, ce qu’on n’a jamais fait.

Metal-Eyes : Pourquoi n’avoir choisi de faire qu’un seul titre en français ?

Hervé : Initialement, il ne devait pas y en avoir, parce que ce n’est pas ce qu’on fait. Mais le fait de faire un truc avec Nico de The Arrs, lui il ne chante qu’en français, donc on s’est dit qu’on allait faire quelque chose de nouveau. Nico a écrit son texte, on a fait les choses dans un esprit de partage, et on se rend compte que ça a plutôt bien fonctionné.

Metal-Eyes : Ce morceau, c’est Haut et court, le morceau titre. En écoutant le texte, j’ai l’impression que ça s’adresse aux terroriste qui sévissent en France, mais c’est aussi un texte qui fait référence à la pure piraterie. Vous avez voulu exprimer quoi, avec ce titre ? Quand vous dites « ces fils de chiens, ces lâches, pendez-les haut et court ! », ça peut désigner beaucoup de personnes.

Hervé : Oui, ça peut s’adresser à beaucoup de personnes, sauf qu’on ne le prend pas dans ce sens là. C’est la vision du chanteur, qui prend la place du bourreau qui dit « pendez les haut et court ! ». Et le bourreau, c’est plutôt Nico, Elie, se comporte plus en victime… L’idée, c’est « on ne te laisse pas aller au bout de tes idées et on te pend », et c’est ce qui arrivait souvent aux pirates quand ils étaient attrapés. L’idée c’est de vivre les choses à 100%. Dans nos messages, il y a aussi un aspect de fraternité, basée sur des codes. Les gens se basaient sur des codes, sur des valeurs, du respect.

Metal-Eyes : Tu dis que c’est le seul titre en français, mais c’est faux : il y a votre interlude avec ce cri « vive la liberté ! ». Ça fait deux titres en français…

Hervé : Oui, c’est vrai.

Metal-Eyes : Vous allez revenir à du chant français à l’avenir ?

Hervé : Est-ce qu’on va y revenir ? je n’en sais rien. Déjà, je ne sais pas ce qu’on va devenir, ce qu’on va faire. Mais pourquoi pas ? C’est venu tellement par instinct… Déjà quand on l’a écrit, on ne pensait même pas le faire, c’est l’opportunité de l’instant. Nico qui arrive avec des textes, ils ont géré leur truc tous les deux et nous, on n’a pu que dire « OK ! ».

Metal-Eyes : Vous revenez à cette idée sur Never surrender où vous dites « Fight for your rights ». Quels sont les thèmes principaux que vous abordez dans vos textes.

Hervé : On parle du refus de la domination, de la liberté, qui est mise en avant, la fraternité, le respect, et surtout de vivre, de vivre les choses.

Metal-Eyes : Musicalement, est-ce que tu es d’accord avec moi – tu ne peux pas ne pas être d’accord, il s’agit de mon ressenti (il rit) – je retrouve aussi bien du Sepultura tribal, du Slayer, du hardcore. Vous avez mis quoi d’autres ?

Hervé : Tu as entièrement raison, ce sont les messages qu’on veut faire passer. Ce que tu décris, c’est exactement ça : Sepultura vieille époque, Slayer, Biohazrd, c’est vraiment ça. C’est la bande son qui a accompagné notre jeunesse. Quand tu composes un album rapidement, soit tu vas chercher des trucs loin, de nouvelles inspirations, soit tu fais comme nous : tu prends la guitare et tu vois ce qui sort. La batterie, c’est pareil, on n’a pas cherché à creuser, ce n’est que du brut.

Metal-Eyes : Si je suis quelqu’un qui ne connait pas du tout Forest In Blood, comment me décrirais-tu votre musique pour me donner envie de l’écouter ?

Hervé : C’est une batterie bien assise, avec des speeds très clairs, des mosh parts et des passages lents clairs et très aérés. Deux guitares – on n’a enregistré que deux guitares, . C’est de la stéréo pure – Barth à droite et moi à gauche. Actuellement, quand tu écoutes des albums, il y a vingt guitares, nous on a une stéréo qui est énorme. On a mis quelques petites choses au milieu, quand il y a des arrangements, mais sinon, quand tu écoutes l’album au casque, c’est énorme !

Metal-Eyes : Mais là, tu ne me convaincs pas d’aller écouter votre musique, la stéréo, ça fait longtemps que ça existe !

Hervé : Alors… ça fait longtemps que ça existe, mais ça fit longtemps que ce n’est plus utilisé. Nous, on est revenus aux basiques : deux guitares, une rythmique et du chant avec du flow, du couplet et du refrain, des refrains fédérateurs, capables d’être repris en chœur en concert, quand ça pourra se faire.

Metal-Eyes : Je parlais de l’influence de Slayer : ils ont écrit sur Reign in blood un morceau qui s’intitule Raining blood, vous avez carrément Raining rum… Dis moi que c’est involontaire…

Hervé (rires) : Voilà… Ben, je vais être obligé de te dire la vérité : pas du tout. En plus on l’a positionné en dernier comme Raining blood était le dernier titre de l’album. C’est un clin d’œil.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de l’album pour définir ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ? Evite Echafaud, ce n’est pas un bon choix…

Hervé : Je pense que Real game of gallows nous représente bien aujourd’hui. C’est un peu notre marque de fabrique.

Metal-Eyes : Si tu devais maintenant penser à une devise pour le groupe, ce serait quoi ?

Hervé : Vivre intensément… Aujourd’hui, on a décidé de faire cet album, de le sortir malgré le confinement. Peu importe ce qu’il se passe, cet album il doit vivre sa vie.

Metal-Eyes : On peut se procurer où votre album en ce moment ?

Hervé : Franchement, il faut nous le commander en direct… Quelques distributeurs doivent l’avoir, mais en ce moment, il faut passer par nous en direct. Et je t’avoue que de passer directement par nous, c’est une façon de nous soutenir…

 

Metal-Eyes : L’argent vous revient directement…

Hervé : Exactement, on n’a pas d’intermédiaire. En plus, on a un pack avec CD et T-shirt super sympa, on va en proposer un autre plus gros. A commander sur notre site (www.forestinblood.com), notre bandcamp ou notre page facebook. Si les gens veulent qu’on le dédicace, il suffit de le noter dans les messages et on le signe avec plaisir !

Metal-Eyes : Ce sera précisé. Merci en tout cas pour cet échange, Hervé.

Hervé : Merci à vous ! C’est vous qui faites le boulot, malgré la situation on le voit : les webzines, les magazines, les radios, on voit que ça soutient, que ça partage, que ça aime… Merci à vous parce que, au final, c’est vous qui faites le boulot !

JIRFIYA: Still waiting

France, Metal (autoproduction, 2020)

Il y a à peine un an, Jirfiya m’avait agréablement surpris avec son premier Ep. Il y a un an à peine… Rares sont ceux qui s’activent autant pour proposer de nouveaux albums – mini, ou Ep… -alors commençons par saluer l’effort que représente ce Still waiting mal nommé (ben ouais, on n’aura pas attendu longtemps…) 6 titres plus 2 bonus composent ce nouveau méfait confirme les orientations musicales du combo: un mix de metal extrême rageur et enlevé (Silently) qui introduit les différents éléments de l’identité musicale du groupe (un chant masculin rageur doublé d’une douceur vocale féminine, des sonorités variées et inspirées, des constructions efficaces), de prog (The right side of the border), de hard core proche metal core (The farewell), de rock pur jus (This is my life) ou de moments plus sensibles, proches de la ballade (The hill of shame), voire même pop (House of poison et son entrée a capella). Le mix de chant rugueux et doux – masculin et féminin – fait toujours sont effet et les apports orientaux des guitares font mouche à tous les coups. Les textes semblent aborder des thèmes d’actualité aussi brulants que les migrants et l’injustice sociale. Incontestablement, en tout cas, c’est le mal qu’on lui souhaite, Jirfiya, avec son metal varié, puissant et aérien, une production et un artwork soignés, se positionne dans les challengers de la scène française à suivre.

OVTENOIR: Fields of fire

 France, Metal (Consouling sounds, 2020)

Voici un album qui ne laissera pas indifférent… Ovtenoir, formé en 2013 dans le cadre d’un projet post rock acoustique, propose aujourd’hui Fields of fire, son premier album qui fait suite à un Ep datant de 2016. Les 42′ pour 7 titres que dure cet album proposent des ambiances lourdes, lentes et rageuses, évoquant souvent l’univers du doom (Phantom pain), sombres aussi comme peuvent l’être Candlemass ou Paradise Lost. On peut aussi voir en filigrane Metallica, voire même Wormfood (Kept afloat et son intro inquiétante comme chuchotée à l’oreille). Les guitares rapides et ultra saturées (Wires) se démarquent positivement et bien que le chant manque parfois de variété, le propos d’Ovtenoir est sans concessions. On n’est guère surpris de retrouver Francis Caste derrière les manettes de ce disque lourd et puissant. A découvrir hors confinement en appartement…

FOREST IN BLOOD: Haut et court

France, Hardcore (1054 records, 2020)

L’accueil reçu par Pirates, le précédent album des Français de Forest In Blood, semble avoir été suffisamment chaleureux pour que les gaillards se décident à ne pas nous faire patienter 20 ans avant de pouvoir découvrir du nouveau matériel, comme ce fut le cas entre leurs deux précédents albums…  Alors c’est en forme qu’ils entrent en studio et déboulent avec ce Haut et court de très belle facture. Après une intro aux sonorités d’usine de chaudronnerie, FIB entre dans le vif du sujet avec un Stay on course à la rythmique tribale version Sepultura des vieux jours. La rage du chant ne cède que sous le poids de ces guitares incisives qui empruntent également à Slayer (il y a du Dead skin mask et du Raining blood dans ce Real game of gallons) et de ces rythmes purement hardcore. Impossible de résister à la furie d’un Never surrender ou à la variété d’un Liquor of tears qui précède un lourd et oppressant Resistance, instrumental de belle facture. Bien sûr, on sourit avec ce Reign in rum, judicieusement placé en clôture de ce nouveau méfait, clin d’oeil évident ou hommage à Slayer. La vraie surprise vient cependant du morceau éponyme, premier titre chanté en français par Forest In Blood (second si l’on considère l’interlude Echafaud comme un morceau). Les paroles peuvent laisser croire à un appel « Ces fils de chiens, ces lâches, pendez les haut et court ») mais se recentrent vite sur la piraterie tant appréciée des Franciliens. Un gros morceau, bien produit, efficace qui aurait dû sortir il y a quelque mois déjà mais que chacun peut se procurer directement sur le site du groupe (www.forestinblood.com)

SLEAZYZ: March of the dead

France, Sleaze (facile…) (La maison des boulangers, 2020)

D’abord, les indices contradictoires de la pochette: des faciès peints, des flammes, un titre limpide, une photo au verso avec des gueules irreconnaissables, une production Tenebras project et des titres comme Malleus maleficarum, Devil talking in my head, Orion conspiracy, bref, tout ce qui, à mes yeux, indique un groupe de black, mais une signature un peu trop lisible pour en être, et un album, March of the dead qui arrive juste avant Halloween… Allez, un peu de curiosité ne me fera pas de mal… Et quelle bonne idée que celle de glisser cet album de Sleazyz dans la platine! Les premiers sons de guitare de l’introductif Malleus  maleficarum sont clairement taillés dans le glam rock à la Blackrain. Mon esprit est en éveil et mes premières impressions à la benne: il n’est nullement ici question de black metal, bien au contraire. Tout au long de ses 10 titres, Sleazys provoque et s’amuse sur des airs punks et glam, dans un esprit festif et gentiment horrifique, genre The Misfits. On est souvent même plus proche de l’univers cinématographique d’un Romero, certainement une influence majeure, que de l’univers « evil » développé par certaines formations. Rien de malsain, ici, que du fun irrévérencieux, de la provoc « acceptable » dispensée par un rock énergique, entraînant et simplement efficace. On se prend vite, et facilement, au jeu des God, Chaos n’destruction, Psycho witch et de leurs refrains chantants et fédérateurs. Oui, en cette fin d’année quelque peu morose, Sleazys débarque avec son lot de bonne humeur communicative. A découvrir et consommer sans modération!

Interview: BLACK BART

Interview BLACK BART : entretien avec Babass (chant, basse) Propos recueillis par téléphone, le 6 novembre 2020

Le bordel qu’il doit y avoir dans la tête des pirates ! Comment, au cours d’un entretien, on en arrive à parler de musique, d’élections américaines, de confinement, comparer le nombre d’attestations faite en une journée, de la légendaire planque où Barbe noire aurait caché son trésor sur les côtes américaines… Bon, j’y suis pour quelque chose, certes, et quand une interview se transforme en discussion, le job est plaisant. Impossible cependant de tout retranscrire, et cela dans un pur souci de compréhension lors de ta lecture…

 

Metal-Eyes : Tu viens en off de me dire comment tu te sens, alors, on ne va pas parler du confinement…

Babass : Non… La situation est suffisamment chiante comme ça, alors on va éviter…

 

Metal-Eyes : Tu veux qu’on parle des élections américaines ?

Babass : C’est une belle comédie qui mériterait qu’on écrive une chanson dessus, mais, non… Je le ferai peut être un jour, qui sait ?

 

Metal-Eyes : On ne sera pas dans le même univers…

Babass : Il y a une sorte de piraterie quand même… Ça peut être cohérent.

 

Metal-Eyes : On remplacera Barbe Noire par…

Babass : …  « Mèche folle », le sale môme qui ne veut pas rendre ses jouets !

 

Metal-Eyes : On n’est pas là pour parler de ça mais bien de Blackbart. Comme c’est notre premier entretien, laisse-moi te poser la question la plus originale qui soit : peux-tu me raconter l’histoire de Black Bart ?

Babass : Alors, je reprends mes petites notes parce que je ne me souviens plus très bien (rires). En fait, ça a commencé avec Les Tontons Flingués, un quatuor avec Marco, Zozio et un autre guitariste qui a décidé de prendre son envol. On a alors intégré le jeune Rudy et ça a été l’occasion pour remettre en question ce qu’on faisait dans ce groupe. C’est aux alentours de 2008, on a toujours le même line-up depuis. On en a profité pour revenir à nos sources, à ce qu’on aime : le gros heavy qui tâche ! Ça a évolué tout doucement, on est de plus en plus heavy, il y a plus de thrash et de heavy allemand dans ce qu’on fait.

 

Metal-Eyes : Quand tu parles de heavy allemeand…

Babass : … il n’y a pas forcément de liens avec Running Wild comme on pourrait le croire. Ils font partie des groupes que certains d’entre nous ont écouté, mais on écoute tous des choses différentes, ce qui fait l’amalgame de nos sources d’inspiration. Rudy et moi sommes sans doute les deux plus heavy du groupe, Marco a un panel beaucoup plus large qui peut aller de I Muvrini à Megadeth… Et c’est à peu près la même chose pour Zozio qui reste un peu plus rock’n’roll, et ça nous permet d’avoir un panel assez large.

 

Metal-Eyes : J’avais noté sur votre précédent album des influences qui vont de Metallica à Judas Priest, en passant par Iron Maiden, donc le gros metal des années 80.

Babass : C’est tout à fait ça, c’est vraiment notre période favorite. Après, tous ces groupes ont continué, ils ont évolué aussi. Je n’aime pas cette formule, mais c’est vrai que c’est un peu notre fonds de commerce. En plus, on veut que ça sonne assez brut et assez naturel, aussi bien au niveau de la production.

 

Metal-Eyes : Vous avez décidé de faire reparler de vous avec la ressortie, ou la rediffusion de Canewydd Bach, un album qui date de 2018. Pour quelle raison vous voulez qu’on en repale aujourd’hui ?

Babass : On voudrait bien que cet album intéresse des labels, des tourneurs, et le meilleur moyen d’en faire reparler, c’est de le ressortir. On n’a pas de distrib’, pas de tourneur, et on pense que cet album mérite mieux que l’anonymat. Et avec la sortie de Pièce de huit, l’idée c’est de relancer cet album. L’un et l’autre sont liés, Pièce de huit est la continuité de Casnewydd Bach, et les prémices de ce qui arrive. S’il n’y avait pas eu la Covid, l’album serait arrivé un peu plus vite, mais là, on est un peu bloqués. Pièce de huit est un intermédiaire entre le passé récent et le futur proche.

 

Metal-Eyes : Vous avez aussi fait le choix de faire ce lien entre ces deux albums avec un Ep. Pourquoi ne pas être allés jusqu’au bout et proposer l’album en entier ? Il y a une vraie différence avec le Ep ?

Babass : Oui, il y a une différence avec les morceaux qu’on est en train d’écrire. On met un pied de plus dans le heavy thrash. Il y a des prémices sur Pièce de huit. Un morceau comme Le maitre est très lourd, mais le refrain est aussi très rapide. Une sorte de mélange et d’opposition entre les deux parties. On ne se donne pas de limite. Pour l’album à venir, il y aura des morceaux très lourds, ou d’autre choses, comme Les filles de madame Henry, plus légères.

 

Metal-Eyes : Sur pièce de huit, j’ai aussi noté une approche à la Slayer, dans Panier de crabes…

Babass : Tu es le premier à faire ce genre de remarque, et ce n’est pas faux. Slayer fait partie des groupes qui nous ont marqués un moment, il y a des rythmiques super intéressantes, le jeu de double grosse caisses, des choses que j’aime bien. C’est sûr qu’à un moment, ça revient aussi…

 

Metal-Eyes : Sur Le maître, à mi-parcours, il y a des traces d’ADX, aussi…

Babass : On a eu l’opportunité de jouer avec eux, sur un festival, il y a trois ans, je crois. Il y avait ADX, Vulcain Drakkar… J’aime beaucoup le dernier album d’ADX, les deux derniers, même. Les autres sont bien, mais ceux-là m’ont bien claqué la figure !

 

Metal-Eyes : Tu m’as dit que votre fonds de commerce, c’est le gros heavy qui tâche. Mais pour quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, comment décrirais-tu l’univers, l’esprit de Black Bart ?

Babass : Alors… On pourrait croire qu’on est totalement dans l’univers de la piraterie, qu’on pourrait ressembler à des groupes comme Alestorm, Running Wild, mais en fait, non. On est assez différents musicalement, on explore d’autres univers musicaux, on s’exprime en français et les thématiques ne sont pas forcément la fête, la beuverie, les filles et le rhum ! Comme je suis le maître de la plume, j’essaie d’élargir les sujets. 50% des textes sont tournés vers les légendes de la piraterie et de la mer, et le reste est tourné vers coups de gueule, les hérissements de poils et ce genre de choses. Il n’y a aucune chanson d’amour dans Black Bart, j’ai fait une croix dessus il y a 15 ans et j’ai dit que je n’en écrirais plus (rires) ! C’est un choix, complètement arbitraire. Sur le 4 titres, il y a Panier de crabes, qui parle du fait que, quand tu veux te sortir d’une situation, il y a toujours quelqu’un pour te tirer vers le bas. Chaloner Ogel, c’est une légende maritime, c’est l’ancien second de Black Bart, qui est aussi devenu celui qui l’a chassé, a arraisonné son bateau et a entrainé sa mort… Le maître a été inspiré par une émission de France Inter sur L’exorciste : il y avait le témoignage d’un prêtre qui a demandé, lors d’un exorcisme à ce qu’il y ait le silence dans la pièce et une voix caverneuse a répondu « non, non, plus jamais de silence ! J’ai inventé la télévision pour qu’il n’y ait plus de silence. » Ça m’a marqué et j’ai un peu détourné cette phrase parce que je crois, qu’aujourd’hui, le nouvel enfer, c’est internet, donc j’ai un peu dévié dessus. Et Mammon, qui parle de tous ces gens voués au diable de la finance qui est Mammon. Tu vois que le panel et large. Les thèmes abordés sont généralement à l’origine de la musique qui arrive derrière… Aussi bien musicalement qu’au niveau des textes, on essaie d’ouvrir le panel.

 

Metal-Eyes : Tu disais qu’il y a 15 ans tu as décidé d’arrêter de parler d’amour. Y a-t-il d’autres thèmes que tu refuses d’aborder parce qu’ils n’ont pas leur place dans Black Bart ?

Babass : A priori, je dis oui et non…

 

Metal-Eyes : Alors là, bravo ! Merci !

Babass : (rires) oui, c’est vrai… Je me suis auto-censuré sur un texte, il n’y a pas longtemps, il s’appelait Les chasseurs de vermine, et je me suis dit que c’était beaucoup trop provocateur pour le mettre en ligne.

 

Metal-Eyes : C’est aussi le rôle du rocker, du metalleux de provoquer, parfois…

Babass : Mais là c’était un vrai mode d’emploi pour aller zigouiller quelques malfaisants qui sévissent dans notre monde. Après, mes textes sont soumis aux autres membres du groupe, et personne ne m’a encore dit « non, ça va pas bien ? Tu ne vas pas chanter ça tout de même ! »

 

Metal-Eyes : La question est alors : comprennent-ils le sens de tes textes ?

Babass : Je leur soumets à chaque fois, s’ils ne comprennent pas, ça donne lieu à une explication de texte ! Parfois il y a des sortes de chausse trappe, je dissimule parfois les choses

 

Metal-Eyes : Sur Pièce de huit qui, je le rappelle ne contient que 4 titres, si tu devais n’en retenir qu’un pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Babass : Ah, j’hésite… Je pense que Le maître est assez représentatif de ce qu’on peut faire. Il y a les différentes orientations du groupe, il est moins linéaire que Panier de crabes.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : si tu devais imaginer une devise pour Black Bart, ce serait quoi ?

Babass : Oh, celle de John Barthelemy Roberts : « nous trinquerons avec la mort » ! C’était aussi le titre du second lp, « Nous trinquerons avec… » points de suspension.

 

Metal-Eyes : Le prochain album est prévu pour quand ? Notre ami Covid…

Babass : Notre ami Covid a tout foutu en l’air ! Nous nous auto finançons, on fait tout nous-mêmes, on cherche nos dates de concerts, on essaie d’avoir des défraiements et on met tout ça de côté, pour l’album suivant. On maitrise toute la partie technique, le studio ne nous coute rien, mais on a à notre charge le mastering, le mixage, la pochette. Cette année, les fonds sont à zéro. 9a nous retarde le projet…

 

Metal-Eyes : Vous avez pensé au financement participatif ?

Babass : Ben, on en a parlé tout à l’heure dans une autre interview, on a vu que les amis d’ADX l’avaient fait pour leur dernier album, et ça fait partie des réflexions qu’on a pour l’instant. Il y a des titres qui sont déjà enregistrés et mixés, d’autres en cours de finition. Et avec la seconde vague, le local de répètes est fermé… On attend de pouvoir se retrouver pour finaliser les morceaux.

 

 

SKALD: Vikings memories

France, folk (Decca records, 2020)

Avec plus de 80.000 exemplaires de son premier album vendus – sans compter le nombre de vues sur le net – comment Skald pouvait-il ne pas envisager une suite? C’est aujourd’hui chose faite, le « groupe » – ou projet, fondé par Christophe Voisin-Bonnet et composé de Pierrick Valence et Justine Galmiche – revenant avec Viking memories. Skald reprend la recette si efficace et séduisante d’un folk viking et tribal. Qui aime cette époque, cet esprit et, aussi, la série Vikings sera séduit par cette musique folk, inspirée et – très – contemplative. C’est un véritable voyage initiatique auquel la formation nous convie mais… Mais, pour tout amateur de metal et de décibels, il manque, et c’est bien le seul défaut de ce disque par ailleurs impeccablement mis en son, un peu de noirceur dans le propos, un peu de puissance, aussi. Est-ce l’objectif de Skald que de démonter les nuques? Non, bien sûr. C’est simplement beau, ça s’écoute très facilement, plutôt en deux fois pour bien intégrer l’ensemble. De la belle ouvrage qui nous change un peu de la violence habituelle de Pierrick.

EMBRYONIC CELLS: Decline

France, Metal extrême (MusikOEye, 2020)

Après un Horizon percutant et engagé, Embryonic Cells refait surface. Avec Decline, le désormais trio (Max Beaulieu, chant et guitare, Fred Fantoni, basse, et Djo Lemay, batterie – exit donc les claviers de Pierre Le Pape occupé à divers projets) continue de tracer son chemin dans le monde du metal extrême. Avec 7 titres totalisant 39′, Embryonic Cells va à l’essentiel, et c’est tant mieux. Car non seulement la thématique est dure, mais la musique peut se faire – très – oppressante, bien que souvent groovy – superbe pont sur To pay our share – et puise autant dans le black (le trop redondant Thermageddon) que dans l’univers d’un Paradise Lost sombre et inspiré (Devoid of promise). On trouve même des traces de Maiden et d’Ozzy sur Alone I fall (ce passage à la Diary of a madman en plus inquiétant!). Le plus gros défaut de cet album? Sa pochette qui se rapproche beaucoup trop de celle de Desolation blue, dernière offrande en date des Anglais de Buffalo Summer (est-ce un hasard? La ligne créditant l’artwork est écrite en noir et illisible…) Embryonic Cells, malgré la dureté de ses sonorités et la lourdeur de son propos, réussit encore à varier les plaisirs et parvient à s’adresser à un public large. Avec, en plus, une production soignée, un son riche et moderne, que demander de plus?