AVATAR live à Paris (le Zénith, le 7 mars 2026, avec Witch Club Satan et Alien Weaponry)

C’est une soirée quelque peu brutale que nous réserve ce soir Live Nation… Trois ans après son dernier passage en tête d’affiche (le 10 mars 2023 à l’Olympia) Avatar revient à Paris dans un Zénith quasi complet. Le chemin parcouru depuis ma première rencontre avec le groupe – au Hard rock café en 2014 pour la promo de Hail The Apocalypse – est impressionnant et un Zénith n’est rien moins qu’amplement mérité tant les Suédois se font un point d’honneur à constamment renouveler leur show. Ca se traduit même dans le choix des morceaux d’intermède. La première liste n’est composée que de hits des 70’s/début 80’s (de Fleetwood Mac à Joan Jett, en passant par Pat Benatar, Patti Smith, Kim Carnes…)

A 19h, la salle n’est pas plongée dans le noir. Au contraire, elle baigne dans une lumière rouge tandis que trois figures masquées et cornues, des nonnes maléfiques ou maudites, entrent doucement sur scène sur fond de chants plaintifs. Witch Club Satan, trio féminin norvégien, s’empare ensuite de ses instruments et balance avec rage son black metal hurlant et torturé. Le chant partagé permet à chacune de libérer sa colère dans un esprit qui m’évoque l’univers de Zeal and Ardor, d’autant plus sur ce morceau narré accompagné de bades, titre qui évoque le sud des USA en des temps esclavagistes. Les trois se retirent ensuite le temps de se changer et de revenir quasi nues pour une seconde partie de show tout aussi explosive. La bassiste fait quelques effet en frottant un archet contre les cordes de sa basse tandis que sa complice guitariste hurle qu’il n’y a « pas de place pour le génocide » ni pour certains politiques. Si la musique du trio ne me parle pas, WCS propose un show visuel assez intéressant. Les filles quittent la scène après 30′ d’une prestation intense, annonçant qu’il s’agit de leur dernière date de cette tournée.

Pendant que les roadies débarrassent la scène, la sono diffuse des morceaux plus costauds et contemporains, puisant dans le metal des années 90 et 2000. Le trois memebres de Alien Weaponry se chargent eux-mêmes des dernières vérifications, le bassiste Turanga Morgan-Edmonds, prenant même le temps de photographier le public. Les trois disparaissent pour revenir quelques minutes plus tard. Comme à leur habitude, les Néo-Zélandais entament un Haka. Henry de Jing s’installe derrière sa batterie et harangue le public tandis que son frère guitariste et hurleur Lewis et Turanga le rejoignent dans cette cérémonie traditionnelle avant de lancer les hostiités. Une demi-heure durant, les pieds tapent et les nuques se déboitent, les ambiances tribales ne laissant personne indifférent. Turanga n’hésite jamais à interpeller la foule, lui demandant ici un circle pit, là de sauter à son ordre ou encore de finir avec un joli wall of death, et ses participations vocales apportent un équilibre certains à la rage de Lewis. Une prestation impeccable de bout en bout.

Nouveau changement de plateau sous des airs plus jazzy cette fois… Une vaste tenture rouge orne le fond de scène comme l’entrée d’un chapiteau de cirque. C’est, après tout, bien à l’image d’Avatar. Deux kits de batterie se trouvent de chaque côté de la scène. A moins que… Des techniciens lèvent une toile cachant leur travail puis s’éloignent révélant une seule batterie.

Lorsque les lumières s’éteignent, la dite batterie se sépare en deux tandis qu’apparait, dans l’ouverture de la toile rouge, une vague forme qui glisse vers l’avant scène. Sur une plateforme se trouvent, serrés, les guitaristes Jonas Jarsbly et Tim Örhström ainsi que le bassiste Henrik Sandelin tous vétus d’une longue cape noire. Lorsqu’ils descendent pour rejoindre leurs positions, l’ombre de Johannes Eckerström tenant une lampe tempête reste figée le temps de Captain Goat. Puis, avec Silence in the age of apes, la fureur prend le pas, les têtes et chevelures des musiciens tournant furieusement. La pyrotechnie entre en jeu entre feux de bengale et lancer de flammes. Puis, les musiciens quittent la scène.

Une première annonce, peu claire, demande au public de patienter. Mais le temps s’écoule, et l’on comprend qu’un incident est en cours. Une nouvelle annonce précise que l’équipe s’attèle pour que le show puisse se tenir normalement ajoutant que « everything’s gonna be okay, hey, hey« . Enfin, après 10′, Avatar revient avec un explosif The eagle has landed et son imparable refrain toujours repris en chœur par le public. A l’issue de cet incontournable, le chanteur s’adresse au public, lui faisant part de son plaisir d’être là, se caressant l’entre jambes et susurrant des mots doux – à sa manière, évidemment!

Naturellement, une large place est accordée au nouvel album. Don’t go in the forest est représenté par 6 titres, le plus ancien Black waltz (2012) le suivant avec 4 extraits. Si la batterie s’ouvre et se ferme avec régularité, laissant entrer et sortir les musiciens, elle est également entourée de spots montés sur des pieds mobiles, donnant ainsi une touche lumineuse et colorée assez basse et du plus bel effet.

Comme a chacune de ses tournées, Avatar a pris un soin particulier à sa mise en scène. On apprécie, juste avant le retour du roi, le temps calme qu’est Howling at the airwaves avec Johannes au piano. Visuellement, jamais le groupe ne se répète, hormis la posture des musiciens, le bidon d’essence qui sert de gourde au joker et le gimmick royal de Kungen qui revient sur son trône pour un direct et brutal Legend of the king. Kungen se débarasse de sa cape et frappe le sol générant une nouvelle explosion d’artifices.

Let it burn et ses flammes en tout genre précède un Tonight we must be warriors qui voit le public sauter en tous sens et accompagner Avatar avec enthousiasme avant un rappel tout aussi explosif. Le concert se termine avec l’indéboulonnable Hail the apocalypse et c’est un public aux anges et exsangue qui quitte tranquillement le Zénith. Avatar continue, tournée après tournée, de s’imposer comme une des plus originales formations du genre qui place le spectacle au même niveau que son exigence musicale. Encore une très belle soirée passée avec les Suédois.

Merci à Live Nation France d’avoir rendu ce report possible.

REJECT THE SICKNESS: Signs of the end

Belgique, Death/Black metal (Autoproduction, 2025)

Avec un patronyme pareil – Reject The Sickness – une pochette comme celle-là et un titre d’album qui en dit long – Signs of the end – on se doute bien qu’on ne va pas avoir à faire à des enfants de choeur. Bien que les Belges de Reject The Sickness aient choisi un nom tout droit issu de la crise sanitaire, le groupe existe depuis 2008 avec l’union du hurleur enragé Guy Vercruysse et du guitariste Ruben Van Der Beken qui finalisent le line-up deux ans plus tard et publient une première démo, Slack muscles heal. 2010 marque ainsi la vrai naissance de Reject The Sickness qui célèbre aujourd’hui son 15ème anniversaire. Pour l’occasion, le groupe publie Signs of the end qui puise autant dans le hardcore enragé que dans le death/thrash, tout en lorgnant du côté du black malsain. On retrouve ici des traces de Amon Amarth ou de Hypocrisy dans des versions volontairement brutales. Le groupe (complété de Zoran Van Bellegem/guitare, Jonas Messiaen/basse et Jannick Govaert/batterie) ne met jamais le pied sur le frein mais parvient à créer des ambiances sombres et inquiétantes (pessimistes?) offrant ainsi une palette violemment variée. Brutal et efficace.

Séance de rattrapage: ARTEFACTS: The titan chronicles part II: Lucius

Belgique, Metal épique (Anti hero records,2024)

Quelques notes de piano qui se transforment en intro opératique et cinématique… Ainsi débute The titan chronicle part II: Lucius, le premier album des Belges de Artefacts. Dès le Prologue, le ton est donné: Artefacts veut proposer une musique grandiloquente, puissante et enragée. Rapidement le groupe nous plonge dans un univers horrifique qui s’approche du black metal symphonique. Cet album est le premier d’une trilogie qui dépeint un univers mythologique aussi sombre qu’il sait se faire lumineux. Au-delà des simples vocaux typiques du genre, Artefacts nous invite dans un monde cinématographique, fantastique et aventureux. Brillamment illustré, ce premier album entraine l’auditeur dans des aventures sonores variées, brutales et envoutantes à la fois. Impossible de rester de marbre face à ce mur de sons qui sait relâcher la pression quand il le faut. Artefacts nous offre un de ces albums « carte de visite » qui pourrait devenir emblématique du genre. Des chœurs efficaces, des inspirations orientales, cinématographiques et/ou (neo)classiques, tout est réuni pour attirer l’auditeur dans ces mondes à part. A suivre de près…

ECR.LINF: Belluaires

France, Black metal (Source atone records, 2024)

La lecture des crédits donne une première – vague – idée de l’identité musicale de Ecr.Linf (qui signifie « Ecrasons L’infâme ») puisqu’en dehors des classiques chant/guitare/basse/batterie, on trouve un instrument typique de chez nous moins utilisé dans le rock et ici accessoire: l’accordéon (qu’on entend cependant bien moins que les claviers, non crédités sur la version que j’ai reçue…) Les huit titres de ce premier album, Belluaires démarrent pied au plancher avec rage et désespoir. Le groupe fondé par d’ex-membres de No Return, Svart Crown, et pour les plus connaisseurs, Demande A La Poussière ou Ophe a vu le jour en 2023. Ecr.Linf enregistre deux premiers singles avant de proposer ce Belluaire. Les deux singles, Le désespoir du prophète et Tribunal de l’âme, en sont d’ailleurs les morceaux d’ouverture, brutaux et déterminés. Le groupe ne fait aucune concession au travers d’une musique aussi sombre qu’oppressante, à l’image du message véhiculé: un regard pessimiste sur notre (in)humanité. Pourtant, certains passages laissent entrevoir un trait de lumière, comme une lueur d’espoir. Brutal et direct, ce premier album place Ecr.Linf parmi les sérieux challengers du Black metal hexagonal.

Interview: ABDUCTION

Interview ABDUCTION. Entretien avec François Blanc (chant, le 1er décembre 2023)

L’arroseur arrosé… Ou plutôt, le questionneur questionné. S’il est avant tout (re)connu pour sa plume au sein du mensuel Rock Hard, François Blanc est, à ses heures perdues (genre « on n’a pas beaucoup de travail à la rédac’, alors je trouve de quoi occuper mon temps ») chanteur au sein du groupe de black metal progressif Abduction. S’il prend le temps d’appeler Metal Eyes aujourd’hui (vraiment très peu d’activité chez RH…) c’est pour nous présenter et parler du quatrième album de la formation, Toutes blessent, la dernière tue. On inverse donc les rôles aujourd’hui, c’est François qui répond aux questions.

François : Tu as pu écouter l’album ? Tu en penses quoi ?

Metal-Eyes : Comme il est impatient ! Aujourd’hui, c’est moi qui pose les questions, François !

Absolument, tu as raisons (rires) !

Votre dernier album, Jehanne, est sorti pas vraiment à la meilleure période, puisque juste après, il y a eu la crise sanitaire et le confinement… Comment avez-vous vécu cette période et comment la crise sanitaire a-t-elle affectée Jehanne ?

On a eu la chance de finir l’album à 100% avant que la crise sanitaire n’arrive – il était terminé fin 2019. Cet album m’a largement aidé à supporter le confinement : on était très désireux de le sortir, le confinement n’a, heureusement pas changé les dates de sortie. L’album nous tenait vraiment à cœur et a été très bien reçu. Voir qu’il y avait une attention autour de l’album est quelque chose qui, personnellement, m’a beaucoup aidé et distrait d’une période assez morose. Paradoxalement, les gens ont eu beaucoup de temps pour écouter des disques…

Toutes blessent, la dernière tue est votre quatrième album. Vends le moi…

Alors… Je pense que c’est notre album le plus direct, si tant est que ça signifie quelque chose pour la musique qu’on joue qui est assez progressive par essence. On avait pour habitude de composer des morceaux un peu à tiroirs et là, on a essayé de moins le faire, d’avoir moins de guitare superposées, Abduction a l’habitude de le faire. Là, on a voulu que ce soit un peu plus dépouillé, on a varié l’approche du chant également, il y a plus de voix claires que par le passé, donc on sort un peu du carcan black metal pour proposer quelque chose qui n’appartient qu’à nous. Dans la mesure où c’est Mathieu, le bassiste, qui, pour la première fois, s’est chargé de l’écriture d’une bonne partie des lignes de chant clair, on y retrouve sa sensibilité dans la pop ancienne populaire. « Populaire » dans le sens où il est très sensible à la vieille chanson française des années 20 à 40 et ça imprègne un peu ces lignes de chant qui ont ce côté « ritournelle » qui, superposé au black metal donne quelque chose qui est, pour nous en tous cas, assez personnel et unique, en tous cas, quelque chose qu’on n’entend pas partout. Ça donne un caractère vraiment particulier à l’album. Je dirai que c’est un album un peu plus accrocheur et varié, aussi. Il y a des gens qui ne s’attendent pas vraiment à ça quand ils pensent « black metal », donc il peu y avoir une surprise qu’on espère agréable. On a aussi voulu faire des morceaux plus courts et plus digestes. Un titre comme Carnets sur récifs a moins de variations, monte en intensité et, par conséquent, est plus digeste malgré une ambiance que, nous, on trouve très forte. Et aussi, c’est le meilleur son qu’on n’ait jamais eu, c’est important à signaler. Ça fait quatre albums qu’on travaille avec Déha, on se connait vraiment très bien, et on maitrise davantage le vocabulaire technique qui nous permet d’obtenir le résultat escompté. On a eu une meilleure maitrise du processus de mixage. Pour le son de batterie, on est allé plus loin pour avoir quelque chose de plus organique, moins mécanique. Donc, je dirai que cet album est le résultat du fruit de pas mal d’années d’expériences et de la démarche pour ce disque qui fait que, selon moi, c’est un bon album qui peut plaire à pas mal de gens qui ne sont pas forcément ouverts au black metal à la base.

Moi qui ne suis pas fondu de black et qui apprécie plus le chant que les cris – même si les hurlements peuvent avoir du sens, ça dépend de comment c’est utilisé – je trouve que dans votre album, la variété des styles et des chants me permet d’aller au bout de ce CD…

Mmh… Ça, c’est super !

Je voudrais revenir sur ce que tu disais il y a un instant : qu’entends-tu par « musique progressive par essence » ?

Les groupes qui nous ont influencés au départ ne sont pas forcément des groupes d’obédience progressive, à part Opeth qui est un fleuron du genre et une de nos références. Guillaume (Fleury, guitare) a toujours écrit des morceaux avec des signatures rythmiques relativement complexes et des changements d’ambiances et d’atmosphères. C’était déjà le cas sur le tout premier Ep, avant que je n’arrive dans le groupe, mais aussi sur le tout premier album. On aime les compositions à tiroirs, les compositions variées avec le chant qui alterne entre clair et extrême. Quand on écoute un morceau d’Abduction, on sait d’où on part mais pas du tout où on va arriver et ce qu’il va se passer pendant le voyage. Ça rejoint une démarche « progressive » à défaut d’un autre adjectif…

C’est ce que j’ai noté au sujet de Carnets sur Récifs : il y a une étonnante association entre les guitares qui sont très speedées et un chant profond, grave et lent. Tu as parlé du style qui, je trouve, reste assez sombre (il confirme), qui sort du black metal pur et dur, même si on en retrouve des codes. Tu parlais de « ritournelle », et c’est sans doute le mot qui me manquait, parce que dès le départ, il y a des airs qui donnent envie d’être chantonnés.

Oui, tout à fait, et c’est une des choses particulières chez Abduction. En fait, Guillaume compose très peu de rythmique. Sur cet album, à part les secondes parties de Carnets sur Récifs et de Dans la galerie des glaces, il y a très peu de rythmique. Il y a beaucoup de guitares chantantes qui s’entremêlent. Il ya beaucoup de lead et la superposition des guitares donne ce côté très « plein » et riche au son. Dès qu’il y a un passage de guitare clean, ou même dans les moments le plus intenses, on sent qu’il y a une guitare au premier plan et on sent que ce sont des mélodies qu’on peut retenir.

Il y a en effet plein de petits passages qui donnent envie d’être chantonnés…

Eh, eh ! C’est plutôt bon signe !

Tu viens de décrire votre musique. Maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait ce qu’est l’esprit d’Abduction aujourd’hui, ce serait lequel ?

Ah, c’est une bonne question et ce n’est pas quelque chose de facile…

Venant de toi, je le prends comme un compliment !

Bien sûr ! Je pense que j’opterai pour Disparus de leur vivant. Déjà parce que c’est l’un des deux qui me tient le plus à cœur sur cet album…

Pour quelle raison ?

La seconde partie me bouleverse… A partir du moment où le chant clair revient, la lumière se fait vespérale, à peu près vers 4’, je trouve les mélodies de guitares poignantes, le jeu de batterie de Morgan (Delly) complétement dingue, les breaks là où il faut et comme il faut, cette espèce d’intensité dans le blast beat avec du chant clair ce qui n’est pas forcément habituel… Et le thème des paroles me touche énormément. J’ai le sentiment d’avoir réussi à mettre l’émotion qu’il faut sur ce passage-là. Et je trouve la deuxième partie de ce morceau vraiment poignante. Je l’écoute comme j’écouterai l’œuvre d’un artiste qui n’est pas nous sur le bord de mon siège avec des frissons sur les bras… Ca me parait être le bon morceau pour dire ce qu’est Abduction 2023, avec des voix claires, des moments assez énervés et cette espèce de mélancolie qui imprègne un peu tout ce qu’on fait.

Tu évoquais les paroles, il y a beaucoup de références historiques, et cela dès la pochette de l’album, une peinture du 18ème siècle. Pourquoi avoir choisi cette illustration, d’ailleurs ?

Il faut savoir que chez Abduction, la pochette est quelque chose d’extrêmement important, dans la mesure où Guillaume ne peut pas écrire sa musique s’il n’a pas un visuel sous les yeux. Il avait commencé à écrire cet album et, à un moment donné, il s’est retrouvé coincé. Il a fallu qu’il attende de trouver l’image qui l’inspire pour pouvoir se remettre à travailler. Quand on est en studio, on a en permanence la pochette de l’album sous les yeux parce que Guillaume veut s’assurer, de manière presque mystique, que la musique qu’on fait colle bien à la pochette qu’on a choisie. Dans la mesure où on voulait quelque chose de plus forestier dans l’esprit et de plus organique dans le son, avoir quelque chose avec de la nature dedans paraissait un choix assez évident. Guillaume a cherché longtemps pour trouver le tableau qui l’inspirerait – on savait qu’on prendrait un tableau classique parce que c’est ce qu’on a toujours fait et qu’on adore ça – et celui là va bien avec la thématique du temps qui passe qui est le fil rouge de la thématique d’Abduction. Quand on est tombé sur ce tableau, on a trouvé que ça collait parfaitement. Il avait déjà le titre de l’album, Toutes blessent, la dernière tue, qui fait référence au temps qui passe, aux minutes, aux heures. Là, on voit cette femme qui arrive devant ce mausolée qui est si vieux qu’on ne sait plus de quand il date, et elle à l’air de s’interroger peut-être sur la signification de cette pierre, sur ce que ça signifie pour elle, sur sa propre vie, sur ce qu’elle laissera derrière elle… Bref, c’est un condensé parfait de ce qu’on voulait mettre dans l’album. L’image est très belle et ce n’est pas un des tableaux les plus connus du peintre, Hubert Robert. Tout était réuni pour en faire notre pochette !

On parle de références, vous évoquez la Madelon dans Disparus de leur vivant, et dans Dans la galerie des glaces, tu dis « Le droit c’est moi ». C’est une référence monarchique ou républicaine contemporaine ?

(Rires) Les deux mon général ! En fait, c’est un morceau qui parle du développement personnel et des dérives de cette société parfois bienveillante à l’excès, qui conseille aux gens en permanence de n’écouter qu’eux-mêmes, de ne pas tenir compte des gens qui leur font des critiques… Il y a cette tendance qu’on aperçoit aujourd’hui qui fait qu’on te dit « tu es parfait, c’est toi qui as raison, si on te dit le contraire, n’écoute pas ». Certes, il faut se débarrasser des personnes toxiques, ou en tout cas les tenir à distance. Toute critique n’est pas forcément mauvaise à prendre, au contraire. Ça peut être source d’épanouissement, c’est comme ça qu’on grandit aussi. Ce morceau parle d’un personnage imbu de lui-même, qui sait très bien que ce n’est pas bon pour lui mais qui ne peut s’empêcher d’être amoureux de son propre reflet… C’est un texte plus direct que ce qu’on fait d’habitude, moins métaphorique mais qui est ponctué, en effet de références historiques. « Le droit, c’est moi » en est une. Rien que le titre fonctionne à deux niveaux puisqu’il fait référence aux halls des miroirs qui ne lui font voir que lui et, bien sûr, à la galerie des glaces de Versailles.

L’autre référence est plus contemporaine et j’imagine que tu vois à quoi, ou plutôt à qui je fais allusion…

Oui, oui, bien sûr (rires) ! Même si ce n’est pas à lui qu’on pensait en écrivant ça, mais du coup, c’est assez amusant !

Une chose que tout le monde ne sait pas forcément, c’est que Abduction est composé à moitié de journalistes de Rock Hard, Guillaume et toi. Vous entendez utiliser Rock hard comme plateforme de communication, d’envol pour le groupe ? Si oui, on pourrait penser qu’il y a conflit d’intérêts…

C’est une question à laquelle on a souvent pensé… On a conscience d’avoir une chance que beaucoup de musiciens n’ont pas, à commencer par avoir accès, pour un groupe comme le nôtre, à un média comme celui-ci. Nous devons faire très attention à ce qu’on fait parce qu’il pourrait en effet y avoir conflit d’intérêts. L’idée n’est pas de dire que parce que Abduction est composé de membres de la rédaction c’est le meilleur groupe de metal français. En fait, jusqu’ici, on a obtenu ce que beaucoup de petits groupes méritants ont réussi à avoir : un morceau sur un sampler, une interview de deux pages, une chronique. Mais pour le reste, par pure déontologie, on n’ira pas plus loin. Dans la mesure où ce magazine est le nôtre, ce serait bizarre de ne pas parler de ce que nous faisons – encore une fois, c’est une chance d’avoir accès à cette plateforme pour présenter notre travail – mais il est hors de question que ça prenne plus de place pour une groupe de notre stature. Ca n’aurait pas de sens et ce serait injustifié. On tient même à dire lors des interviews que nous faisons partie de Rock Hard pour ne pas prendre les lecteurs pour des idiots ou les flouer.

Donc si Rock Hard apprécie votre album, c’est normal d’en parler…

Oui, et de toute façon, on n’a pas de prétention particulière. C’est la première fois qu’on fait une journée promo comme celle-ci parce que l’album Jehanne a été très bien reçu et on s’est dit qu’on allait peut-être essayer de passer un cap supplémentaire avec celui-là, mais on n’a jamais aspiré à vivre de la musique ou ne faire que ça. La musique nous tient énormément à cœur, mais en dehors de nos vies professionnelles.

De toutes façons, en France, à part certains, on ne vit pas de sa musique…

Et vu la musique qu’on fait, en plus… Il faut rester réalistes !

Revenons à l’album. Vous parlez beaucoup de thèmes historiques. Je connais ta passion pour un groupe qui se nomme Sabaton (il rit et confirme) qui traite aussi beaucoup d’histoire. Toi qui connais très bien le groupe et Joakim Broden, son chanteur, est-ce que vous échangez au sujet des évènements historiques dont vous traitez ?

Il m’est arrivé d’en parler avec lui dans la sphère privée, de discuter pas tant d’événements que de notre perception de certaines choses… Une fois, on avait discuté du sens quelque peu galvaudé du mot « patriotisme » que certains associent immédiatement à « nationalisme », alors que ça n’a rien à voir… On a le droit d’aimer son pays, sa culture et son patrimoine sans pour autant dire que son pays est meilleur que tous les autres et qu’il faut « bouter les étrangers hors de France » !

Patriote mais pas nationaliste, en somme…

Je trouve ça sain… On n’a pas de raison d’avoir honte de notre culture et je trouve ça très beau que certains se battent pour la préserver. A notre niveau, on exalte des figures de l’histoire de France comme Jeanne et de nos jours, ça peut très vite être mal perçu ou mal connoté, et je trouve ça triste. C’est au contraire la diversité du monde qui fait sa beauté et on devrait s’en enorgueillir, de cette diversité.

C’était la minute philosophique de François…

(Rires) Je pense que l’approche historique de Sabaton est différente de la notre à bien des égards, mais on se retrouve très bien avec Joakim. Je pense qu’il y a une dimension un peu plus sociale dans ce qu’on fait. Joakim qit toujours que ce qui compte pour lui c’est d’exalter le courage et les émotions qu’on mis les gens qui se sont lancés dans ces batailles. Nous, nous parlons très souvent de l’après. Typiquement, Disparus de leur vivant – je trouve le titre très évocateur et fort – parle des soldats qui sont revenus du front après la première guerre mondiale, ets que trouvent-ils ? Là où on pense qu’ils vont être accueillis en héros, il y a tout un pays à reconstruire. A peine rentrés, ils sont renvoyés à l’usine parce qu’il faut bien œuvrer à la reconstruction d’un pays en ruines. Et là, ils découvrent ce qui a été mis derrière « l’idéale patrie » : ils ont mis toute leur âme en espérant sauver leur pays pendant que d’autres se sont enrichi et se moquent bien des pauvres poilus qui reviennent du front. Il y a cette dimension sociale empreinte de mélancolie. Le social est au cœur de nos préoccupations, notamment cet album-ci, tandis que Sabaton, c’est souvent plus le cœur du conflit et l’aspect factuels qui sont mis en avant.

Parlons aussi du dernier titre, Allan, qui est une reprise de l’icône française Mylène Farmer. Ce titre apparait en 1989 sur son album …Ainsi soit je, à une époque où le travail musical et visuel réalisé avec Laurent Boutonnat était – et est toujours – impressionnant. Pourquoi avez-vous décidé de cette reprise en particulier et pourquoi avez-vous également décidé d’utiliser ce titre qui n’est pas d’Abduction comme premier clip ?

Déjà, on a choisi ce morceau parce que Guillaume adore Mylène Farmer – c’est certainement son artiste francophone préférée, toutes catégories confondues. L’idée lui est venue au cours d’une balade en forêt avec sa famille. Il s’est dit que si un jour il devait faire une reprise avec Abduction, Mylène Farmer s’imposerait. Guillaume n’aime pas trop l’exercice de la reprise dans des styles similaires. On comprend bien qu’on veuille rendre hommage à des groupes qu’on admire, mais reprendre un groupe de metal pour en faire du metal, c’est plus difficile d’être créatif. Tandis que prendre une chanson pop et la métalliser, la « Abductionaliser », c’est plus intéressant. Allan est non seulement une de ses deux ou trois chansons préférées de Mylène Farmer, mais en plus un morceau dont la thématique colle très bien à notre univers. Il parle d’Edgar Allan Poe, qu’on apprécie aussi beaucoup. Le morceau est né très vite, c’est surprenant même à quel point il est né rapidement… Deux semaines plus tard, il était enregistré, c’était un vrai plaisir à faire. Et on s’est dit que ce morceau avait un potentiel que les autres n’avaient pas. On l’a revisité en gardant des structures un peu pop et dansantes, te il y a un vrai potentiel. Pour Guillaume, en faire un clip, c’était aussi réaliser un rêve. Il a toujours voulu réaliser un clip, sa passion c’est le cinéma. Avant ce clip, il n’avait jamais tenu une caméra !

Il s’est non seulement occupé de la réalisation, mais aussi du montage et d’autres choses…

Le montage s’est fait aussi avec Pauline Royo, qui est aussi notre photographe depuis le deuxième album. Elle est monteuse professionnelle, c’est son métier. Autant faire un clip, le réaliser, capturer les images, elle ne l’a jamais fait, autant elle maitrise le montage dont elle s’est occupée sous la supervision de Guillaume. Les paroles et la structure de ce morceau ont en plus un aspect très narratif, et ça nous paraissait un bon choix. Et l’idée est aussi de séduire un public un peu plus large qui ne connait pas forcément Abduction. Rien qu’un titre de Mylène Farmer adapté version black metal, normalement, ça titille la curiosité et ça devrait donner envie d’aller voir.

Le clip est réalisé en noir et blanc, dans un château. C’est un lieu que vous avez fait privatiser pour l’occasion ?

Oui… enfin… C’est un château qui est privé et qui est ouvert au public sauf le lundi. On a pu réserver deux lundis consécutifs, donc on a pu profiter de ce château pour y faire le tournage. On connaissait déjà les lieux, Guillaume avait déjà visité ce château il y a des années et on l’avait déjà utilisé pour les photos promo de A l’heure du crépuscule, notre deuxième album. On avait eu un bon contact avec les personnes qui travaillaient sur place et, même si l’équipe a changé entre temps, on a gardé contact. On les a contactés et on a pu louer. On nous a pu y accéder assez facilement et librement, on a eu accès à l’essentiel des salles du château et pu faire ce qu’on voulait. Rien que le fait qu’on puisse allumer un feu de cheminée, c’était inespéré. Et entrer à cheval dans la cour du château… Ils ont été très cools, et c’était très bien parce qu’on voulait faire le moins de compromis possible avec la vision artistique de Guillaume. Il avait un scénario très écrit, et c’est une chance d’avoir pu le mettre en œuvre.

A quand remontent tes derniers cours d’escrime ?

Ah, ah ! ben, il n’y a pas très longtemps, je n’en avais jamais fait avant ! Le combat est volontairement lent, il y a un coté métaphorique puisque le personnage féminin représente la mort qu’on ne peut pas battre. D’ailleurs, quand le protagoniste arrive à la blesser au visage, elle, la mort, efface la cicatrice d’un simple coup de main. L’ami qui nous a prêtés une partie des costumes et les épées est un escrimeur confirmé, il nous a donnés quelques petits cours à ma femme – qui joue donc la mort dans le clip – et moi pour que nos passes, même si elles ne sont pas forcément bien exécutées, soient des passes qui existent vraiment. Le désarmement, notamment, que fait le personnage féminin, c’est une botte d’escrime. C’était complètement nouveau pour nous deux, on a eu assez peu de temps pour s’entrainer, mais au moins, on a pu atteindre un niveau pour chorégraphier un combat.

Quelle pourrait être la devise d’Abduction ?

Devise, je ne sais pas… Un chroniqueur à une époque avait parlé de « black metal automnal » et ça nous avait plu. Ce qui est sûr pour Abduction, c’est que la réflexion sur le temps qui passe est au cœur de notre réflexion. Formuler ça en devise, là, tout de suite, ça va être compliqué, mais il y a un côté « Souviens-toi que tu es mortel ». De l’importance d’utiliser son temps de la meilleure façon possible…

Et bien, ça peut être ça votre devise! Une dernière chose : si je me souviens bien, vous portiez, fut une époque, des masques anti-peste. Vous avez décidé de les laisser tomber ? C’était une époque, un effet Ghost et Tobias Forge qui se montre à découvert ?

Ah, ah ! Ce n’est pas forcément lié à Ghost mais tu marques un point. Il y a eu une sorte de lassitude de voir tant de groupes masqués, ça devient un gimmick, beaucoup de groupes le font. Pas que dans le black, mais principalement dans le metal extrême. Le but n’a jamais vraiment été de nous cacher mais plutôt d’emmener les auditeurs dans un monde un peu étrange, sombre, mystérieux, empreint d’histoires… Et si tu regardes bien les photos promo, les masque sont à notre ceinture. Ils n’ont pas disparu, simplement nous ne les arborons plus sur nos visages. Ça nous paraissait le bon moment pour nous démasquer…

Sur la photo intérieure du CD, il y a une ombre qui ressemble à ce masque aussi…

Oui, c’est vrai, bien vu !

As-tu quelque chose à rajouter pour terminer, François ?

Merci de ton intérêt pour Abduction, j’espère que cet album touchera la curiosité des gens même au-delà du cercle du black metal.

ACOD: Fourth reign

France, Black/Death (Autoproduction, 2022)

Je m’étais laissé prendre au jeu de la séduction avec le dernier album d’ACOD, on ne m’y reprendra pas… L’intro calme, symphonique et presque bucolique, très cinématographique, pour séduisante qu’elle soit, peine à cacher le contenu sombre et explosif de ce cinquième album des Marseillais. Sur d’anciens chemins… cède la place à 9 titres taillés dans un black/death metal qui sait aller chercher une certaine forme de lumière. Alors, oui, ça hurle et ça frappe vite sur Genus vavcuitatis – et son passage plus doux au milieu du morceau – ça se fait plus heavy à la… oh surprise… Amon Amarth sur The profecy of agony et ses chœurs plus légers, ça speede sur Sulfur winds rituals… Acod, malgré un chant typique black, parvient donc à varier son propos tout au long des plus de 50 minutes de l’album. Pas évident de tout ingurgiter en une fois, mais une exploration de quelques écoutes permet de découvrir quelques… « subtilités » mises en son par Linus Corneliusson qui a mixé l’album (et est connu pour son travail avec, entre autres Dark Tranquility ou Ishanhn) comme ce texte narré en français au sein de Nekyia catharsis. Avec ce Fourth reign – over opacities and beyond, le duo français marque un véritable pas en avant et se pose comme l’un des gros espoirs du genre. Une belle réussite doublée, une nouvelle fois, d’une superbe pochette de Paolo Girardi.

EXCEPT ONE: Broken

France, Death/Black metal (Autoproduction, 2022)

Amis de la poésie, bonjour. Janvier n’est pas encore échu, il est donc encore temps d’accompagner cette nouvelle chronique de nos vœux les meilleurs, vous souhaitant une année 2022 chaleureuse et douce. Tout le contraire de ce que nous promettent les Français d’Except One avec leur nouvel album, le très brutal Broken. Les ambiances sombres cachent une forêt d’explosions et de règlements de comptes en bonne et due forme. Mais attention, sous cette apparente brutalité gratuite se cachent d’autres choses. Le groupe travaille incontestablement ses mélodies autour de nombreux changements de rythmes, passant d’une sombre lenteur à une lourdeur et une vélocité sans pareils. Jouant sur les thèmes imposés par certains titres (In nomine et ses chants de monastère, Silent scream qui est tout le contraire de silencieux, Still alive qui nous rassure en presque fin de parcours…) le groupe fait preuve d’une parfaite maitrise musicale, et parvient à faire en sorte que les pied frappent le sol tel des marteaux piqueurs cadencés. Estelle hurle à s’en décrocher les poumons et les amateurs du genre sauront apprécier. Quatre ans après Fallen, Broken vient brutalement rappeler que Except One est bien vivant. Ni tombé, ni cassé.

SOL DRACONI SEPTEM: Hyperion

Black Metal, France (Autoproduction, 2021

Une fois n’est pas coutume, hein… Je n’ai jamais été attiré par le metal extrême ou plus généralement par le metal hurlé, gueulé ou vomi. Ce type de « chant » me rebute, point. Ce qui ne m’empêche pas, parfois, d’écouter et de découvrir quelques oeuvre interpelantes. C’est le cas de cet Hyperion, premier album de Sol Draconi Septem, trio hexagonal qui puise son inspiration musicale aux croisées du black et de l’indus et littéraire en fouillant et revisitant l’oeuvre de Dan Simmons, auteur de SF, prolifique et de multiple fois récompensé. Son premier roman Hyperion, paru en 1989, est donc au centre de ce premier méfait. Je ne m’étendrai pas sur le style vocal, mais irai à l’essentiel: musicalement, Sol Draconi Septem nous propose des univers sonores variés, aériens et lourds, intrigants et parfois espiègles, et je me (sur)prends à voyager dans cet univers qui évolue entre Dune et la mythologie grecque. Le tout se tient bien, la production limpide apportant la profondeur nécessaire à  l’ensemble de cet album réussi. Le concept sera-t-il adapté scéniquement? C’est une autre affaire…

SANCTUARY: Resilience

France, Black/Death (Autoproduction, 2020)

Formé en région parisienne, Sanctuary propose un premier Ep en 2016, suivi d’un premier album en 2018. Remarqué sur la scène black, le trio puise son inspiration chez Behemoth, Anorexa Nervosa Immortal ou le Opeth des débuts. Ses compositions, variées, aux sonorités symphoniques, tapent fort, et varient les tempi tout au long du nouvel album, Resilience. C’est la force de Sanctuary, mais voilà… Ceux qui me connaissent le savent, je n’aime pas ce type de « chant ». Si musicalement, je ne peux que reconnaître l’efficacité des compositions, puissantes, sombres et diversifiées, je n’arrive pas à trouver du plaisir. Musicalement intéressant, avec des intros et des ponts souvent calmes, légers et aériens, parfois inquiétantes, à d’autres moment feutrées comme dans un club de jazz, mais qui cachent un océan de noirceur explosive vocalement ça me repousse… Et puis ce logo aux extrémités quelque peu discutables, un S et un Y dont la forme rappelle autre chose, une politique nauséabonde… Provoc’ ou idéal? Vraiment pas pour moi… Je laisse ma place aux amateurs du genre.

EMBRYONIC CELLS: Horizon

France, Black metal mélodique (Apathia, 2018)

Certains le savent: je n’ai jamais été amateur de Black metal. Loin de moi, donc, l’idée de prétendre connaître Embryonic Cells qui, pourtant, sort son quatrième album. Mais le thème de ce disque me touche. Et devrait tous nous toucher, nous émouvoir. Horizon traite de tous ces « migrants » – qui naguère étaient nommés, venant d’autres terres mais vivant les mêmes drames, des « boat people ». Pas que je sois pour ou contre, mais ne vivons nous pas une époque d’une effroyable inhumanité qui pousse certains à fuir et tenter de connaitre un semblant d’espoir ailleurs? Et si les rôles étaient inversés? Alors toute action visant à dénoncer l’horreur de la fuite de ses terres, de sa patrie, de ses racines mérite d’être soutenue. Et c’est ce que fait Embryonic Cells, sur fond de 8 titres à la fois violents et mélodiques. Le chant mis à part – typique du Black et, parfois, du Death – cet album propose des ambiances ici lourdes et oppressantes (To horizon), là plus légères et mélancolique (le break de Carved in my skin, l’intro de Horizon…) . Chaque instrument est parfaitement utilisé et mis en avant pour un résultat réussi. Je ne parlerai pas de référence ou d’influence – j’en laisse le soin aux spécialistes du genre – mais nombre de passages incitent au headbanging (Never let you fall, To horizon). Embryonic Cells signe ici une oeuvre variée, sérieuse et remarquable (et cette pochette, lourde de sens…). On retrouvera avec une curiosité non feinte le groupe au Hellfest 2019 sous Altar le dimanche 23 juin à 10h30. Mais avant… Cette chronique est publiée en ce 2 janvier 2019 comme un voeu, celui que notre monde redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être: humain.