DEWOLFF: Wolff Pack

Pays Bas, Hard rock (Mascot, 2021)

Là, le trio batave De Wolff fait encore mieux qu’avec son déjà remarquable Tascam tapes. Wolff Pack, au visuel si 70’s qu’on ne va pas chercher plus loin où les gaillards puisent leur inspiration, est une expérience temporelle de bout en bout. Tout y passe, de l’esprit Deep Purple (Jon Lord est réincarné sur Yes you do) à celui des Bee Gees en passant par la soul de la Mowtown, au hard rock US… bref, voici un album qui, de bout en bout, se laisse écouter, fait danser et se dandiner, donne envie de ressortir les cols concordes et les pattes d’eph… Amoureux de groove et de sons vintage, foncez!

THUNDER: All the right noises

Angleterre, Hard rock (BMG, 2021)

Les amoureux de hard rock classieux vont être servis. Les Anglais de Thunder, depuis leur retour de 2015 (Wonder days arrivait après un break de 8 longues années) sont d’une précision sans faille, proposant un nouvel effort tous les deux ans. Et dire que le groupe a, depuis quatre albums maintenant, suivi un parcours sans faute est un euphémisme. All the right noises s’ancre parfaitement dans la ligné de ses 3 prédécesseurs, qui, déjà, proposaient cetet touche si spéciale et reconnaissable. La voie de Danny Bowles semble ne pas faiblir malgré les années qui avancent, les guitares de Luke Morley et Ben Matthews sont complices comme jamais, la rythmique à la fois simple et plombée de l’impayable Harry James, victime involontaire de ses camarades de studio, et de Chris Child donnent cette structure autour solide et imparrable. Thunder, c’est simple, c’est du rock direct et sans fioriture, alternant entre titres directs et entraînants et ballades jamais gratuitement sirupeuse. Du nerf et du feeling, c’est ce qui fait la force de Thunder. Et puis on s’amuse avec ces paroles souvent à double sens comme ce « Shut up! I can’t hear another word another lie, Four years you been banging on and on » qui introduit l’album sur Last one out turns out the lights qu’on croirait volontiers être un message adressé à un certain Donald… Il y a aussi ces clins d’œil aux grands de ce monde, comme ce Going to sin city qui pourrait être signé AC/DC tant le riff et l’ambiance sont proches des premiers albums des Australiens. Le groupe sait aussi se faire taquin, comme sur You’re gonna be my girl. Une nouvelle fois, Thunder nous offre un album varié, aux chansons enjouées et toujours séduisantes. All the right noises tape dans le mille avec un rock classieux et sans autres prétention que celle de faire plaisir.

THE DEAD DAISIES: Holy ground

International, Hard rock (SPV, 2021)

Le départ de John Corabi (chant) et de Marco Mendoza (basse) de The Dead Daisies avait fait réagir certains fans de la première heure, certains, même, n’hésitant pas à prédire la fin du groupe monté par David Lowy. Ben… justement, le guitariste australien a toujours dit que ce groupe était à géométrie variable, un line up qui s’ajusterait en fonction des disponibilité de chacun de ses membres. Ok, on peut aussi se demander si le blondinet n’en profite pas pour adapter lui même sa formation à ses envies de collaboration, mais quelle importance? C’est lui le capitaine, et c’est son groupe. Alors passer de Corabi, à la voix puissante et au charisme évident, charisme partagé avec Mendoza, à The voice of rock, il n’y a franchement pas de quoi se plaindre. Glenn Hughes, pensez-vous qu’on y perde au change? The Dead Daisies surement pas. En dehors d’évidentes économies hôtelières (passer de 6 musiciens à 5 puis, aujourd’hui 4, faites le calcul…) le groupe se rafraîchit et trouve une nouvelle énergie, et le prouve tout au long de ce nouvel album, Holy ground, enregistré dans le sur de la France avant qu’ne certaine pandémie ne viennent changer le monde. Mais The Dead Daisies revient. Une renaissance qui s’accompagne d’une nouvelle signature, plus… « hippie » sans doute. Les nouvelles compositions gagnent en groove, se faisant parfois presque funky. Toujours foncièrement heavy rock, lorgnant parfois vers le rock sudiste(ces guitares à la ZZ Top sur Chosen and justified!), l’ensemble entraîne l’auditeur dans une spirale mélodique menée par une voix intacte. Doug Aldrich (guitare) peut enfin terminer ce qu’il avait commencé avec Hughes qui rappelle aussi quel bassiste il est . Pas surprenant que Like no other soit sous titré Bassline… Et Deen Castronovo (batterie) qui se lâche et semble parfois être relâché dans les 70’s! C’est d’ailleurs le batteur qui s’atèle au chant, puissant et superbe, sur la reprise (habituelle désormais des Daisies, pas un album sans…) 30 days in the hole de Humble Pie. Une reprise agréable mais pas aussi marquante que d’autres explorations proposées par le groupe.  Reste qu’avec Holy ground, The Dead Daisies revient dans une superbe forme et nous propose un des meilleurs albums parus ces derniers mois. On espère seulement pouvoir les retrouver rapidement en live pour communier ensemble.

BLACK STONE CHERRY : The human condition

Hard rock, USA (Mascot records, 2020)

Si, avec Kentucky (2016) et Familly tree (2020), Black Stone Cherry confirmait revenir à son hard rock teinté d’influences sudiste quelques temps délaissés sur son opus précédent – Magic mountain (2014) – le quatuor le plus stable de l’histoire du rock US cherche, avec The human condition et sa pochette grave – les visages des quatre membres du groupe évoquent pauvreté, misère, vie dans la rue… – à se renouveler tout en conservant son identité sonore. Dès Ringin’ in my head, le groove et le funk font se dandiner l’auditeur. Il faut attendre Push down & turn pour trouver les premières traces de guitares furieuses. Chris Robertson est particulièrement en voix, ses échanges de guitares avec Ben Wells particulièrement efficaces. La rythmique, elle, se réinvente totalement, la basse de Jon Lawhorn cherchant le groove qui tue sans jamais trop en faire, tandis que John Fred Young n’est jamais avare de trouvailles qui interpellent. Black Stone Cherry a toujours proposé des moments rock et d’autres plus tendres comme des hommages (When angels learn to fly), des chansons d’amour (In love with the pain) ou des ballades (If my heart had wings). Avec son riff hypnotique, Live this way est sans doute le titre le plus heavy du lot, avec Don’t bring me down, tandis que Ride sonne très road song avec un riff heavy européen des 80’s. Si Black Stone Cherry sait parfaitement composer des chansons efficaces et qui font mouche, parfois un peu trop typées radio ou gros son rock US, le groupe prend un certain risque en cherchant à se renouveler, et y parvient haut la main. C’est sa force: se réinventer sans trahir son identité, ses racines et ses influences.

BULLRUN: Wilderness

France, Hard rock (Autoproduction, 2020)

Découverts en 2017 avec un premier Ep – Dark amber – efficace et varié, les Français de Bullrun reviennent enfin avec un nouveau méfait, Wilderness, un autre EP au propos plus heavy. Au travers de ces 6 nouveaux titres, le trio confirme son potentiel tout en affirmant son identité sonore et son orientation musicale. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons dû patienter trois ans, le groupe explorant les sonorités et se cherchant, mais semblant désormais s’être trouvé. Le résultat est un Ep plus compact et cohérent, plus foncièrement heavy, rugueux et rentre dedans. Downtown met les choses au clair dès le départ: on n’est pas loin des relents de bières et de clopes qui pouvaient définir un Motörhead des 80’s. Wilderness, saccadé et furieux évoque plus Maiden ou Metallica tandis que Fire and hate – objet d’un premier clip chiadé et superbement mis en scène – achève de rompre des nuques. Redemption day se démarque quelque peu avec une intro un peu southern rock, le heavy se réimposant avec Roll your dice et Dust and sand. Avec Wilderness, non seulement Bullrun fait preuve de maturité mais donne l’impression de vouloir explorer le monde. Et le potentiel est là: une voix profonde, puissante et rageuse, un anglais parfaitement maîtrisé, véritable atout, une mise en son exemplaire, une envie de partage, des ambiances très US assumées. A quand la scène et un album complet???

TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN: Pressure

Hard rock, USA (SPinefarm, 2020)

Tyler Bryant & The Shakedown a un rythme de publication discographique quasi unique en son genre. Moins de 18 mois après la sortie de Truth and lies, qui m’avait déjà sacrément marqué, les Américains reviennent avec un Pressure tout aussi réussi, varié et efficace en diable. Concocté à domicile en pleine période de lutte contre la pandémie, ce disque voit le groupe confirmer son potentiel et faire un pas de plus vers l’excellence. Les Shakedown s’amusent avec tout ce qui leur plait, du hard rock rageur (Pressure) à la ballade sensible, épurée et émouvante (Like the old me) en passant par le hard rock pur jus (Crazy days), le rock sudiste issus des bayous (Hitchhicker et sa bottleneck). Le combo sait aussi se faire simplement crade et direct (Automatic) ou amoureux de la country (Wildside) ou du blues (Misery). Jamais à court d’idées, le groupe ne laisse pas l’auditeur se lasser. Pressure pourrait-il être le déclencheur – enfin – d’un succès à grande échelle pour TBSD? Voici en tout cas un album, dont on ne jettera rien, qui séduira tous les amateurs de hard rock simple et efficace.

Concerts from home: WHITESNAKE

Faire le tour du monde sans bouger de chez soi, sans passeport ni frontières, c’est l’invitation de Metal Eyes à travers la (re)découverte de ces albums live, mythiques ou moins connus, décortiqués en cette période sans concerts. Cette semaine, Concerts from home vous emmène au pays de sa Gracieuse Majesté, outre-manche. On est partis? Lire la suite

DOKKEN – The lost songs: 1978-1981

USA, hard rock (Silver lining, 2020)

Dokken… ah, Dokken et les guerres incessantes entre Don Dokken, chanteur et fondateur du groupe et George Lynch, prodige de la six cordes. Ah, Dokken et son arrivée dans le monde discographique grâce au label français Carrère, séduit par le hard rock depuis qu’il a signé Saxon. Dokken et son indispensable triptique Tooth and nail (1984), Under lock and key (1985) et Back for the attack (1987)… Oui, mais Dokken a aussi eu une vie avant, même avant son premier album, Breaking the chains (1983). Le chanteur a remis la main sur de vieilles démos, les a finalisées tout en gardant le son d’époque, et nous les livre aujourd’hui pour que nous, ses fans, puissions aussi profiter des origines du combo grâce à ce The lost songs: 1978-1981. Euh, au fait, pas encore de Lynch ici, il s’agit vraiment d’enregistrements bruts, à l’exception des deux derniers titres, Liar et Prisoner, enregistrés en public. Alors voilà, au fil de mon écoute, je me pose une question simple: sachant que cette période m’a toujours fait vibrer, en me replongeant dans ces 80’s naissantes, aurai-je aimé Dokken? Cette version de Dokken, naturellement. Pas sûr. Le chant est encore timide et peu affirmé sur Step into the light, Day after day, les ballades trop nombreuses et sirupeuses (Day after day, Rainbows…). Les groupes de cette scène florissante se connaissaient, se croisaient, fréquentaient les mêmes clubs et se stimulaient, et l’on retrouve ici des traces de Mötley Crüe (certaines lignes de chant à la canard) ou Ratt (Juan Croucier a d’ailleurs co-écrit Hit and run) ou encore Great White (le son et le style de guitare sur le précité Hit and run) parmi d’autres. Si la fin propose un Dokken plus dur et rentre dedans (le rapide et furieux No answer ou le nerveux Back in the streets), l’en,semble reste assez classique. On se rend vite compte de ce que peu apporter une oreille extérieure, Felony en étant le meilleur exemple, seul titre que l’on retrouvera plus tard sur la première galette. Ne vous y trompez pas, le Prisoner ici présenté n’a rien de commun avec celui figurant sur Back for the attack. En résumé, ces « chansons perdues » ne marqueront pas vraiment l’histoire du metal ni celle du groupe. Un document qui ne s’adresse qu’aux fans ultimes, mais rien de plus.

Concerts from home: SCORPIONS

Parce que nous sommes privés de concert jusqu’à… seul le diable le sait, et encore… Metal Eyes, au travers de Concerts from home,  vous invite à revivre les grands ou plus obscurs moments live que la vie discographique nous a offerts. Cette semaine, allons chez nos voisin d’Outre Rhin célébrer les immenses Scorpions.

SCORPIONSTokyo tapes (RCA, 1978)

Made in Japan, le double album live de Deep Purple paru chez EMI en 1972 a fait un tel effet que nombreux sont les groupes souhaitant marcher dans les pas des Anglais. Scorpions, qui vient, après deux premiers albums un peu remarqués, de publier un indispensable triptyque (In trance en 1975, Virgin killer en 1976 et Taken by force en 1978) s’est hissé parmi les plus grands groupes du rock international. Un exploit pour un groupe allemand à une époque dominée par les Anglais et les Américains. Mais le groupe a le vent en poupe, tant à domicile où il a, en 1977, été élu meilleur groupe allemand, qu’en Europe que Scorpions sillonne intensivement. Sollicité de partout, la formation, alors composée de la solide base Klaus Meine (chant) et Rudolf Schenker (guitare), les fidèles Francis Buchholz (basse) et Uli Jon Roth (guitare) et Herman Rarebell (batterie, arrivé dans le groupe au mois de mai 77 en lieu et place de Rudy Lenners) se lance, au mois d’avril 78, dans une tournée japonaise en 1978. Taken by force est paru quelques mois plus tôt, en décembre 1977, lorsque les Allemands s’envolent. C’est la première fois que les teutons se rendent au pays du soleil levant, alors immortaliser l’instant semble une évidence. En fait de tournée, le groupe donne un total de 5 concerts à Nagoya, Osaka et Tokyo entre le 23 et le 27 avril 1978. Deux des dates de Tokyo sont ainsi immortalisée – les 24 et 27 avril – au Sun plaza hall. Deux dates qui deviendront Tokyo Tapes, produit par Dieter Dierks, fidèle producteur du groupe depuis 1975 et responsable des 3 albums mentionnés plus haut (et des suivants, jusqu’à la fin des 80’s). Ce témoignage été enregistré à l’aide du studio mobile Tamco par Tomotsu Yashida. Et le rendu est simplement à la hauteur de la folie des prestations du groupe, dont les musiciens sont encore capables de se contorsionner et de se muer en pyramide humaine. Forcément, seul un double album peut rendre justice à la puissance de ces prestations, nerveuses et épineuses à souhaits. Naturellement centré sur son dernier né avec 4 extraits, à égalité avec In trance, tandis que 3 morceaux honorent Virgin killer. Soit 11 titres sur les 18 de ce live. Le public japonais, qu’on dit habituellement sage, est ici bruyant même si on a parfois le sentiment qu’il ne reconnait pas immédiatement les chansons, qu’il attend les premières paroles pour clamer son approbation. Et Scorpions fait tout pour le séduire, alternant entre titres rock et ballades – une spécialité de toujours pour ceux qui n’ont découvert le groupe qu’en 1984… Les photos intérieures de ce double album montrent des musiciens heureux. Imitant les Beatles traversant la rue (il y a un peu plus de monde dans les rues de Tokyo que celles de Liverpool), et quelques tranches de vie et de concert ne sont malheureusement pas assez pour assouvir la curiosité du fan. Mais c’est aussi l’époque qui veut ça. Ce sera pourtant la dernière participation du lunaire Uli Roth qui sera par la suite remplacé (d’abord temporairement, puis définitivement, mais c’est une autre et longue histoire !) par le discret et sympathique Matthias Jabs. La carrière de Scorpions, alors au sommet de sa forme, n’a pourtant pas encore atteint les sommets créatifs et populaires que lui réservent les années 80. La bête va bientôt devenir un monstre sacré. Tokyo tapes lui en ouvre le chemin, le disque rencontrant un succès plus que mérité partout dans le monde. Ce premier live de Scorpions fut plus tard réédité sous format CD, remasterisé en 2001 par EMI (et se vit alors amputé de Polar nights par manque de place sur un CD simple) puis en2015 par BMG. Cette dernière version propose un CD supplémentaire regroupant Tokyo tapes dans son intégralité ainsi que 3 morceaux supplémentaires (Hell cat, Catch your train et Kimi Ga yo) ainsi qu’une seconde version de Polar nights, He’s a woman, she’s a man, Top of the bill et Robot man dans un packaging valorisant cette œuvre indémodable.