ULI JON ROTH: Tokyo tapes revisited

uli-jon-roth-2016Allemagne, Hard rock (UDR, 2016)

Uli Jon Roth a-t-il jamais réussi à se défaire de son passé avec Scorpions? A le mettre de côté pour se consacrer à sa carrière? On connait les qualités du guitariste qui nous a offert, sous son nom, de magnifiques albums. Mais cette année, il a décidé de célébrer le groupe dont il ne fait plus partie depuis bientôt 40 ans. Ne nous laissons pas arrêter par le titre de ce DVD/double CD publié par UDR. Car Tokyo Tapes revisited – c’est le nom de ce petit bijou, est un voyage dans le passé. Nostalgie? Peut-être. Celle liée à l’un des plus incontournables albums live de tous les temps. Passons. Les titres de ce live ont tous été composés par, entre autres, Roth. Et tous font partie de son histoire. S’il est la vedette incontestée de ce concert – naturellement bien plus éclairé que les autres musiciens (eh, c’est son nom sur l’affiche!) mais pas égocentré pour un rond, Roth, d’une voix douce et bienveillante, s’adresse souvent au public, s’enquérant de savoir qui était là en 78 (pas grand monde!) présentant les morceaux rares, comme ce Crying days jamais joué par Scorpions sur scène… On a autant de plaisir à les (re)découvrir qu’à retrouver les classiques que sont The sails of Charon, Virgin killer, We’ll burn the sky, In trance, Pictured life, parmi d’autres. Les images sont propres, les lumières chaleureuses, le son clair bien que parfois un peu sourd, et les musiciens en forme. On remarquera notamment Nathan James au chant, puissant et à fond dans son personnage,  ainsi que Jamie Little qui descend un travail titanesque à la batterie. Plus la lecture avance, et plus ce produit me séduit, par ses qualités visuelles et musicales autant que par la richesse de cette setlist impeccable. C’est un grand « bravo » qui s’impose.

Note: 8,5/10

Titre que je retiens : The sails of Charon

GRAND MEDIA BLACKOUT

grand-media-blackout-2016Hard rock, France (Autoproduction , 2016)

Charlie Fabert a su dignement s’entourer pour la réalisation de ce premier album de Grand Media Blackout, que vous me permettrez d’appeler simplement GMB. Outre lui à la guitare, on retrouve Gus Monsanto au chant, qui s’est notamment fait connaitre au sein d’Adagio ou de Revolution Rennaissance. La basse est quant à elle tenue par Philippe Dandrimont et la batterie assurée par Guillaume Pihet. Le quatuor nous propose un hard rock très 70’s, proche du sudiste qui dès le morceau introductif, You can’t quit rock’n’roll, délivre un message clair. C’est direct, la voix puissante prend parfois des intonations de dandy et sait entraîner l’auditeur dans son sillage. Les rythmes varient, maintenant ainsi l’attention, GMB évitant de lasser l’auditeur. Drugs and pills est mid tempo, Time for revelation plus down tempo flirtant avec le blues, Never come back home plus rock, Downward slope très bluesy fait place à The black flask, morceau en deux partie – d’abord un instrumental démonstratif d’une guitare au top devenant une chanson bluesy, rock et rapide. I’m back est un titre purement hard rock et Holy grail, un blues lent vient conclure cet album. S’il est varié, ce premier essai n’invente rien, et ce n’est pas le but à vrai dire. L’album pourrait être scindé en deux fois 5 titres aux rythmes différents, ce qui peut parfois être redondant même si la seconde partie est plus hard que blues. Malgré de belles échappées de guitare, l’impression de déjà entendu altère légèrement le plaisir du début. Un bel essai avec quelques inégalités dans les compositions qui auraient sans doute mérité plus de cohérence. Mais dans l’ensemble, ce premier essai est plein de belle promesses.

Note: 7,5/10

Titre que je retiens: The black flask (parties 1 et 2)

AIRBOURNE live à Paris (Le Trianon) – 1er décembre 2016

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On attendait depuis un bout de temps de les retrouver en salle, nos kangourous préférés! Et c’est une jolie tournée française qu’Airbourne nous offre en commençant par deux soirées complètes au Trianon de Paris. Autant le dire maintenant: ce 1er décembre a failli se transformer en soirée galère… Allez, je raconte tout!

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19h30, le groupe de première partie monte sur scène. Leo Gun propose un hard rock 70’s sympa mais… mon appareil photo coince. Je retire l’objectif, le replace, toujours rien… Je modifie le programme, la sensibilité… Rien. Je décide de quitter le pit photo pour tenter de comprendre avant de me rendre compte que tout est écrit: « absence carte mémoire »! Merde, le matin même j’ai traité les photos du concert de Steve’N’Seagulls, et j’ai, visiblement, oublié de replacer la carte…. Ok, je fais quoi, maintenant? Vive les quartiers touristiques, il y a toujours une boutique ouverte qui peut te fournir ce que tu cherches. Oui, mais laquelle? de piège à touriste en boutique souvenirs (pareil, en somme) me voici parti pour une bonne demi-heure de recherches qui se termine avec un « ouf » de soulagement. Donc, je ne peux rien dire de plus sur Leo Gun (qui devait être super…)

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La salle est plongée dans le noir à 20h45 et des enceintes résonne la musique du générique de Terminator 2, sur fond de lumières rouges et blanches. Puis les chœurs introduisant Ready to rock sont scandés par le public avant que ne déboulent Joel O’Keefe – torse nu et jean noir troué aux genoux, comme d’habitude – et ses comparses.  Airbourne, ce soir, ne dément pas sa réputation: le groupe est en forme et l’ambiance explosive. Le public slamme et la sécu trime. Le spectacle est autant dans la salle que sur scène, où Joel en fait des tonnes, laissant son énergie exploser dès qu’il ne chante pas. D’ailleurs, est-ce un manque de confiance en son dernier né? Airbourne démarrant ce show avec trois anciens titres. Si Too much, too young too fast permet – déjà – de souffler un peu, Joel commence à faire le show sur Chewin’ the fat en explosant une première canette de bière sur sa tête. Effet et senteurs d’alcoolo sur le retour à la sortie du concert garantis! Incontestablement, la star du groupe c’est lui, bien que David Roads (guitare) et Justin Street (basse) se fasse particulièrement mobiles et occupent chaque recoin de scène. Mais, forcément, ils attirent moins les regards…

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Rivalry est le premier des quatre extraits de Breakin’ outta hell (outre le morceau titre, le public aura aussi droit au futur – déjà? – hymne It’s all for rock’n’roll et au sexy Down on you). La setlist alterne dès lors entre les quatre albums du groupe, et les morceaux s’enchaînent à un rythme effrénée. Impossible de rester passif, ça, le public l’a bien assimilé, et c’est une vague incessante de corps qui surfe de plus en plus au dessus des têtes et semble déferler vers la fosse. Le public est à la fête, et Joel le fait participer vocalement à plus d’une reprise. Il s’empare à l’approche de la fin du set d’un gigantesque spot pour éclairer le public dans une salle plongée dans la pénombre.

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Ryan O’Keffe (batterie) est le premier à remonter sur scène pour le rappel et actionne une sirène d’alarme manuelle annonçant Live it up. Joel est perché sur le mur d’enceintes le temps de l’intro à la guitare et redescend mettre le feu aux planches. Sur le break, il invite les gens à monter sur les épaules de leur potes et les compte avant de s’emparer d’un nouvelle canette, de l’exploser sur sa tête et de la balancer dans le public. Puis une autre, une troisième, une quatrième, jusqu’à ce qu’un des gars perché l’attrape pour la boire. Fun. L’indispensable Running wild vient alors clore, après que Joel ait une nouvelle fois fait chanter le public et demande « that big circle thing », invitant le public de la fosse à réaliser un circle pit, ce concert explosif, efficace et mémorable. Les frères O’Keefe avaient, lors de la présentation de Breakin’ outta hell, émis l’idée qu’un album live pourrait être enregistré à Paris. Si tel est le cas – avec une seconde date le lendemain – cet album devrait être une vraie tuerie. A l’image de ce concert dont on ne peut regretter qu’il fut aussi court (12 morceaux pour moins d’1h30) mais d’une telle intensité qu’on oublie vit. Allez, rendez-vous au Hellfest 2017, maintenant!

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FLAYED: XI million

flayed-xi-millionHard Rock, France (Kaotoxin, 2016)

Monster man, en 2015, démontrait la détermination rock n rollesque des Français de Flayed. Le groupe revient aujourd’hui avec XI million, un Ep 5 titres d’une puissance à nulle autre pareille. Chacune des chansons est une déflagration bienfaisante, une claque rafraîchissante. Porté par la voix rauque et puissante de Renato, ce disque ne peut laisser indifférent, ne peut que séduire, plaire, par sa puissance et sa simplicité. Pas de place pour les fioritures ici, on parle de Rock, bordel! Flayed passe un cap, franchi un seuil et s’impose – en seulement cinq trop courts morceaux – comme un des plus importants challengers de la scène hexagonale actuelle. Eh! Le slogan du groupe – Rock or die – ne dit-il pas tout? Le groupe assume pleinement ses influences, parfaitement digéréesd’ailleurs, que sont AC/DC (les guitares y sont pour quelque chose), Deep Purple (un constant hommage à Jon Lord et son orgue Hammond, dirait-on), voire même Saxon (la basse de Fortunate son, reprise de Credence Clearwater Revival, fait penser à Dallas 1pm). Foncez, foncez vous dis-je. Flayed mérite toute notre attention car on ne peut lui faire aucun reproche. Certains ne s’y sont pas trompés en les accueillant en première partie de leurs concerts. On attend maintenant de retrouver le sextet sur scène, justement. Rock on!

Note: 8,5/10

Titre que je retiens: XI million

STEVE’N’SEAGULLS Live à Blois (Chato Do) le 29 nov. 2016

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Direction, ce soir, le Chato Do de Blois pour voir nos fermiers finlandais préférés sur scène. Ce concert affiche – comme tous ceux (sauf 1) de cette tournée française de Steve’N’Seagulls – complet. En arrivant sur place, une surprise m’attend : le groupe joue sur la petite scène, dans un espace pouvant accueillir environ 120 spectateurs. Un choix du management, m’informe Pukki, le contrebassiste, alors que le groupe aurait pu attirer plus de monde. Sans doute pas les quelque 600 de la grande salle, mais quand même. Résultat, il faut jouer des coudes pour pouvoir passer mais ça fait partie du jeu.

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Venu de Tours, Dark Wooden Cell est un trio acoustique. « On a 30’ pour vous faire aimer le hard rock avecdes petites guitares », annonce son chanteur armé d’un ukulélé. Dès lors, c’est parti pour un jeu de piste, une série de devinettes musicales pour connaisseurs. Le hard rock, je connais un peu, mais là, je me pose des questions : en une demi heure, je n’ai reconnu que 3 chansons (Runaway, Welcome to the jungle et Wasted years, respectivement de Bon Jovi, Guns n’Roses et Iron Maiden) mais uniquement grâce aux paroles. Certainement pas la musique qui est tellement déformée qu’il est impossible ou presque de reconnaître le reste. Résultat: un concert pas intéressant.

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La contrebasse à elle seule occupe un bon quart de la minuscule scène. Lorsque Steve’N’Seagulls investit les lieux, il semble difficile de ne pas se bousculer. Pourtant, le manque de place n’empêche pas les musiciens de bouger – comme ils peuvent – et de proposer un set efficace. Même les non connaisseur de ces standards du metal ne peuvent résister longtemps à la bonne humeur communicative de Remmel, aux sourires de Pukki ou aux grimaces et mimiques improbables de Hiltunen. Herman, à chaque fois qu’il est présenté, entend le public scander son nom en roulant le R…

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Malgré une setlist raccourcie, le groupe joue la majeure partie de son dernier album, Brothers in farm, sans doute à un tempo plus élevé, me semble-t-il. C’est joyeusement fun et communicatif, et le public s’emballe et trépigne (difficile ici d’envisager un wall of death ou un circle pit !), toujours sur fond de « Herrrrman ! ». Le chant partagé à 3 est superbe, le son également, les chansons sont judicieusement choisie (les amateurs reconnaîtront aisément trois des géants du genre (AC/DC, avec  » titres, les Guns et Metallica avec 2 morceaux), et chacun peut prendre conscience de l’extraordinaire travail réalisé par ces musiciens accomplis, multi instrumentistes de talent. Il est minuit lorsque le groupe termine un long et sublime Thunderstuck, Seek and destroy conclue ce concert haut en couleurs d’un groupe que l’on souhaite revoir au plus vite, sur de plus grandes scènes ! Superbe soirée, en vérité.

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GHOST: Popestar

ghost-2016Hard rock, sU7DE(Ep – Spinefarm, 2016)

Après l’engouement suscité par son dernier album, le très réussi Meliora et la confirmation de son potentiel scénique (même si on voudrait bien que Papa Emeritus III soit moins bavard…), Ghost revient avec Popestar, Ep au titre facile mais de circonstances. Car ce Ep est constitué d’un titre original et de 4 reprises, des classiques du rock et de la pop. Ce sont ces dernières qui sont l’objet de toutes les attentions. Si l’on connait la capacité de Ghost à écrire des chansons hard et pop sur fond de textes subversifs, nous ne pouvons guère nous étonner de les voir s’attaquer à des classiques. Revisiter Echo and the Bunnymen (Nocturnal me) ou Eurythmics (Missionnary man) pour les plus populaires, ou Simian Mobile Disco (I believe) et Imperiet (Bible) apporte-t-il quelque chose au groupe? Non, en fait. Si les morceaux sont parfaitement interprétés, on n’y voit guère d’intérêt. Enfoncer le clou de Meliora? Une confirmation par le biais de nouveautés eut été préférable. Ici, on a plus l’impression d’opportunisme visant à séduire un autre public. Démarche commerciale logique mais guère appréciable tant cela ressemble à du racolage. Se pourrait-il que Ghost ne soit pas si subversif que ça, que le groupe soit simplement opportuniste? Attendons le prochain album…

Note: 6,5/10

Titre que je retiens: Missionnary man

Interview: FLAYED

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Entretien avec Renato (chant) et Charly (basse). Propos recueillis à Paris le 25 novembre 2016

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que nous nous rencontrons, alors commençons par une question classique, traditionnelle : racontez nous l’histoire du groupe qui, si mes informations sont bonnes, s’est formé en 2013…  

Renato : Exactement ; c’est un groupe qui a 3 ans et déjà 3 CD – bientôt 4. Un groupe formé de 6 personnes et, effectivement, en 3 ans, on a sorti 3 albums : Symphony for the Flayed et Monster man, deux albums, et XI million, le nouvel Ep dont nous allons parler ensemble, tout de suite…

Metal-Eyes : Peut-être… ou pas, on verra…

Renato : Ou pas. On a aussi 250 dates au compteur, une petite tournée québécoise, et une bonne tournée française.

Metal-Eyes : Donc vous avez vu pas mal de salles, tourné avec des grands comme Scorpions… Puisque nous en parlons, quelle est votre plus belle expérience à ce jour?

Tous deux : Ben, ça!

Charly : Première partie de Scorpions au festival Guitare en Scène… Accueil de fous, et le personnel compose de passionnés, qui ne sont pas là pour le côté pécuniaire de la chose et des conditions vraiment excellentes, du monde, de bonnes réactions du public et un accueil comme on a rarement vu.

Metal-Eyes : Pareil pour toi, Renato?

Renato : Pareil, oui. Le meilleur souvenir, ça reste l’ouverture de ce concert de Scorpions. Une des plus grosses scènes qu’on ait faites, avec un accueil de dingue et une réaction du public ouf… Après ce festival, il y a beaucoup de gens qui reviennent nous voir en concert parce qu’ils nous y ont vus. Et il y en a qui se tapent des bornes de dingues pour venir nous voir, depuis ce festival ! Oui, c’est certainement le meilleur coup qu’on a joué ces trois dernières années.

Metal-Eyes : Parlons maintenant de XI million, puisque c’est quand même pour ça que vous êtes là…

Renato : Tu es sûr du coup ?

Metal-Eyes : Oui, oui ! Allons-y ! D’abord, pourquoi avez-vous choisi ce format du Ep?

Renato : On a choisi ça parce que, après avoir sorti 2 albums totalement autoproduits – on avait une promo via Klonosphère, et une distribution via Season of mist – on a décroché un deal avec un label, Kaotoxin, et c’était une manière de tester le label et de faire plaisir aux fans tout en gardant ce calendrier d’une sortie par an. C’est un Ep où on s’est vraiment fait plaisir, on tâche de faire plaisir aux fans, comme avec cette reprise de Fortunate son (Creedence Clearwater Revival) en plein milieu. C’est exactement la transition entre deux albums, puisqu’il y a deux titres issus des sessions de Monster man, qu’on ne pouvait pas mettre sur le CD pour des soucis de timing – ces deux titres ne passaient pas sur une édition vinyle, et il y a deux titres qui sont issus des compositions du prochain album, qui n’y figureront pas mais qui datent de la même période. Voilà pourquoi on a sorti un Ep, qui est totalement transitif.

Metal-Eyes : Et qui vous permet de rester en contact avec le public… Comment vous organisez-vous dans le travail de composition ?

Charly : Alors la compo, c’est tout géré par Julien, le guitariste soliste qui nous connait très bien. Ça fait une quinzaine d’années qu’on se connait tous et c’est la première fois qu’on pouvait se réunir sur un projet particulier. On sait comment il bosse, très bien et très vite, il sait exactement comment on joue individuellement donc on lui laisse vraiment carte blanche de ce côté-là ce qui nous permet d’avoir un gros gain de temps par rapport au format traditionnel de travail en groupe. Ça ne sert à rien de tergiverser pendant des heures, on sait très bien que ce qu’il va nous proposer sera musicalement juste et que ça collera au jeu individuel de chacun. On gagne vraiment beaucoup de temps grâce à ça.

Metal-Eyes : Au niveau des textes, c’est également lui qui s’en charge ?

Renato : Non… Il s’occupe de la batterie, la basse et les guitares. Ensuite, quand on est ensemble, tout est retouchable. Ensuite je pose des lignes de chant et des textes, et l’orgue vient se poser pour sceller le tout. Il écrit tout, mais rien n’empêche de retoucher.

Metal-Eyes : Il y a une structure qui est montée, les grandes lignes de son projet

Charly : Les grandes lignes sont posées. L’intérêt justement de se connaitre, c’est d’avoir la liberté de s’approprier les choses même si rien n’est fixe. Tout le monde est au courant, personne n’est mis de côté, c’est d’un commun accord qu’on fonctionne comme ça.

Renato : Ce n’est pas du tout une politique tyrannique.

Metal-Eyes : Vos influences… Elles sont claires : du gros rock, du rock des années 70. Quand j’écoute XI Million, j’entends du AC/DC, du Deep Purple, même, sur l’introduction à la basse de la reprise, j’ai l’impression d’entendre le Dallas 1p.m. de Saxon. C’est assez varié, y a-t-il des choses particulières qui vous réunissent ?

Charly : On a tous ces groupes-là, tous les groupes rock des années 60/70 en bagage commun. Après, on vient tous de scènes différentes : la moitié vient de la scène metal, l’autre moitié, un peu plus rock traditionnel. On est parvenus à mixer les deux, on s’est rejoints sur s’est classiques-là mais on ne voulait pas faire de copier-coller ou se forcer sur une ligne. On ne s’est pas posé la question… On s’est rendus compte que le rock, il fallait en sortir parce que ça fait partie de nous, et derrière, on avait qu’à équilibrer la chose entre la modernité de la production et du rendu et la digestion des influences. C’est toujours une question difficile, « Pourquoi » et « d’où vous venez »…

Metal-Eyes : Alors je la transforme : quelle est votre éducation musicale à tous les deux ?

Renato : Personnellement, je viens du metal, c’est apr ça que j’ai commencé. En fait, on a un groupe avec Charly qui s’appelle God Damn, et on fait du stoner, typé Down, Pantera et toute la scène de la Nouvelle Orléans dans laquelle j’ai beaucoup puisé avant de découvrir tous les classiques rock. J’ai d’abord découvert le metal, avant de découvrir le classic rock, ce qui a débouché sur Flayed. Charly, c’est l’inverse.

Charly : Moi, j’ai une culture musicale classique rock des années 60/70, et il y a le « classique gamin » : tu attaques le piano et au final tu dégages tout ça quand tu es ado. Donc de mon côté c’est rock 60’s, classique et jazz, et vers l’âge de 13 ans, j’ai découvert le metal, extrême, j’ai trouvé ça cool. Après, les années ont fait qu’on a mis le pied dans la scène metal, avec God Damn, justement, et on en revient toujours un peu à ce qui reste plaisant le plus longtemps possible. On avait tous ça en bagage commun, des classiques que tu mets en soirée et que tout le monde aime, et ça permet d’écrémer pas mal de mauvais choix, je pense.

Metal-Eyes : Et l’éducation musicale pure, vous avez pris des cours, reçu un enseignement musical particulier? Il y avait déjà de la musique chez vous ?

Charly : Mes deux parents sont musiciens, mon père était pro à une époque, j’ai attaqué le piano à 5 ans. Tu n’as pas le choix, tu es dans un moule, le solfège avec. Derrière, ça permet de vraiment gagner du temps, quand tu veux faire ce qui t’intéresse. Avec le recul, tu te dis que c’était vraiment une bonne chose. Tu ne vois pas le rapport au début, mais au final, tu gagnes du temps par rapport aux collègues.

Renato : Je n’ai pas du tout été élevé dans une famille qui écoutait de la musique ou en faisait. Mon père est un peu accordéoniste, ça n’aide pas (rires), et ma mère n’est pas du tout là-dedans… C’est plutôt mes amis qui ont fait mon éducation musicale. Je suis arrivé au lycée, j’ai commencé à gratter un peu, j’ai intégré un groupe – Charly était dedans d’ailleurs, donc ça fait depuis ma naissance musicale que je joue avec cet homme-là – donc ce sont mes amis qui ont forgé mon identité musicale. Autodidacte complet, total !

Metal-Eyes : Comment expliqueriez-vous à quelqu’un qui ne connait pas le groupe ce qu’est Flayed?

Renato : C’est un groupe de hard rock typique avec un son modern des années 2000. C’est-à-dire qu’on pioche dans toutes ces influences des années 70, avec l’orgue Hammond en tête, mais on a tellement bouffé de metal ces 20 dernières années qu’on est toujours au fait de ce qui se fait. J’écoute beaucoup de groupes français et j’adore aller découvrir ce qui se fait, en dehors des mastodontes, bien sûr. On pioche dans tout ça pour faire en sorte que Flayed ne soit pas du tout has-been et que ce soit écoutable par le plus grand nombre.

Metal-Eyes : Donc vintage avec des tonalités modernes. Comment définiriez-vous l’évolution de Flayed entre Monster man et XI million, qui, pour moi, est assez flagrante.

Charly : Uh, uh… Je pense que tout ce qui est axé sur XI million et ce qui va suivre sur a nouvelle galette… La part de la musique est plus importante. On est sur un rendu de sensations pour le public et une satisfaction d’exécution de morceaux don’t on se dit, à la base, “ouh, ça, ça risqué d’être coton… » et arriver, au final, à les faire d’une manière efficace.

Renato : Et ils paraissent simples, à l’écoute. C’est quelque chose qui revient souvent. Alors qu’en fait, on se casse le cul comme pas possible !

Metal-Eyes : Vous sentez vous-même l’évolution entre ces deux disques ?

Renato : Oui, depuis le tout premier en fait. Comme il n’y a qu’un compositeur principal, on a pris au début ce qu’il y a dans son back catalog et on s’est tous posés dessus ; Donc, au début, c’est son album, à lui. Ensuite, il a commencé à composer pour nous. On se connait tous depuis 15 ans mais on n’avait jamais bossé ensemble. Donc, à partir du moment où on a travaillé ensemble, il s’est mis à écrire pour chaque personnalité du groupe. Alors, effectivement, l’évolution elle est là : c’est que ce mec écrit pour nous.

Metal-Eyes : L’impression que j’ai, c’est que XI million est beaucoup plus rentre dedans que monster man : on a quelque chose de beaucoup plus compact, puissant. S’il n’y avait qu’un morceau de XI million que vous deviez retenir, l’un et l’autre, pour définir ce qu’est Flayed aujourd’hui, ce serait lequel ?

Charly : XI million, tout simplement…

Renato : Oui, on est d’accord là-dessus…

Charly : C’est le plus complet, il y a un gros refrain qui tranche beaucoup, accessible au plus grand nombre, il y a de la mise en place avec des croche-pattes un peu partout…

Metal-Eyes : C’est sympa, ça, sur scène, les croche-pattes !

Renato : Oui, et on s’en fait littéralement (rires)!

Charly : C’est ce truc qui fait qu’on a l’impression d’avoir des choses plus intéressantes à jouer, avec des prises de risqué, et, aussi, une musicalité plus importante sur les refrains, plus abordables, disons. Avec le son qui est géré pour aussi, avoir un spectre plus large, entre les moments « calmes » et ceux avec du gros rendu. La suite sera, je pense, axée dans ces couleurs-là, avec ces énergies : des tempos assez appuyés, une grosse base de rock, mais pas que…

Renato : Des couplets qui groovent et des refrains qui se retiennent.

Metal-Eyes : Alors « Des couplets qui groovent et des refrains qui se retiennent » ça donne quoi sur scène?

Renato : On ne peut pas le juger, on n’est pas objectifs… En tout cas, les retours qu’on a, publics et pro, c’est que, généralement, sur scène c’est comme sur le CD, voire mieux parce qu’il y a l’énergie live. On bouge beaucoup, on est hyperactifs, comme la musique. on suit la musique et, sur scène, ça se ressent. Ce qui fait plaisir, c’est qu’à chaque fois, les mecs nous disent que ça joue comme sur le CD. Tu sors de là et tu te dis que le boulot est fait, on a rempli le contrat.

Metal-Eyes : Vous avez 250 concerts à votre actif, vous prévoyez de tourner bientôt, ou vous préférez attendre la sortie de l’album ?

Renato : Non, on ne va pas attendre! On vient de finir une partie de tournée, en France avec nos collègues québécois, les Tramps. On a encore deux dates en décembre, dont le Kaotoxin fest avec beaucoup de groupes du label, et une date à Reims, le week end du 10 décembre, et après on arrête tout pour se concentrer sur la fin de l’écriture de l’album. Il nous manque quelques titres… On a encore écouté quelques rushes du troisième album, il est presque prêt mais pas tout à fait, donc on se donne 2-3 mois pour garnir le truc et rendre un produit impeccable. On va retourner jouer printemps puis sur les festivals cet été, puis jusqu’à la sortie de cet album à la fin de l’année.

Metal-Eyes : Comment vous vous organisez dans le travail? Vous travaillez à distance et mélangez les fichiers, ou vous vous retrouvez en studio?

Charly : Tout est enregistré au même endroit. Ensuite, on a tenté de se retrouver tous ensemble en studio, seulement les agendas font que c’est compliqué – pendant qu’il y en a un qui bosse, les autres perdent de la thune. On a quand même un studio à disposition, chose rare pour un groupe. L’intérêt de savoir à l’avance c’est de pouvoir avoir un calendrier de sorties. On sait que tous les ans, à cette période-là, on va caller des sessions de studio, et tout ne se fait pas dans les mêmes créneaux parce que, au niveau du calendrier, c’est chaud. Mais sur une période de 2 à 3 mois, tout se fait.

Renato : Donc on va commencer cet été avec la batterie et enquiller pour que, fin août, on ait l’album complet.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui, aujourd’hui, vous différencie du reste de la scène hard rock française?

Renato : Je pense que, aujourd’hui, il n’y a personne qui fait ça en France: du hard rock dans ce goût-là, avec cette modernité et, surtout, cet orgue Hammond… Personne ne s’en sert aujourd’hui en France, très peu en tout cas…

Metal-Eyes : Surtout que c’est un monstre à déplacer…

Renato : Ouais, ben on eut te le dire, surtout en tournée! (rires) Quand il faut le sortir et le rentrer tous les soirs, la cabine Leslie est bienvenue, c’est clair ! Je pense que c’est un élément qui joue dans la balance, y a pas grand monde qui veuille le sortir du camion tous les soirs, cet orgue Hammond, et qui l’adapte à la musique et le mette aussi fort que les guitares. Que ce ne soit pas une petite nappe derrière qui lie le tout. C’est une troisième guitare, avec les soli qui vont.

Metal-Eyes : C’est là où, sans que ce soit du plagiat, on a parfois l’impression d’entendre du Deep Purple.

Renato : Exactement, et c’est le but recherché. Mais notre organiste est, bien évidemment, fan de Jon Lord comme jamais ! (rires)

Metal-Eyes : Tu me dirais le contraire, je ne te croirais pas. Tout comme vous devez avoir un guitariste un peu fan d’AC/DC…

Les deux : Ah, complètement, oui!

Renato : Tu as très bien saisi les personnages!

SCORES: The gate to leave

scores-2016Hard rock, France (Auto production, 2016)

Voici exactement le genre de disque qui me met dans l’embarras… Scores est un groupe français, auteur d’un Ep, On the road, paru en 2014, qui lui permet de tourner avec Sticky Boys, Headcharger ou encore les Anglais de Desolation Angels. Emplis d’une légitime confiance, les cinq proposent aujourd’hui The gate to leave, nouvel Ep 4 titres bourré de rockn’roll. Typé 70’s, empreint de Led Zeppelin ou d’AC/DC, les guitares, le groove et les rythmes sont efficaces, rentre dedans et, simplement roots. Les premières secondes de Good night émerveillent et font taper du pied. Les trois autres titres (Leave me now, très rock, et deux titres plus lents, proches de la ballade, What about your dreams et That’s the girl) sont tout aussi prometteurs. Mais… Passés les premiers accords, Benjamin Blot-André prend le micro. Et là, tout fout le camp. Le « chant » est plat, sans aucun trémolo, sans relief, sans âme. Une platitude linéaire doublée d’un anglais incompréhensible qui gâchent absolument tout. Je n’ai pas réussi à aller au bout d’un seul morceau tellement je trouve cette voix pénible… Bref, voici un groupe musicalement prometteur qui, selon moi, ne pourrait trouver une voie qu’avec une autre voix…

Note: 4/10

Titre que je retiens: aucun

PHIL CAMPBELL AND THE BASTARD SONS

phil-campbellatbs-2016Hard  rock, Pays de Galles (UDR, 2016)

Phil Campbell, désormais ancien guitariste de Motörhead, avait déjà laissé comprendre qu’il pouvait aussi tenter une carrière solo avec son récent projet All Starr Band. Alors que Mikkey Dee se fait engager par un Scorpions en « fin » de carrière, Phil, lui, confirme son projet en lançant son nouveau groupe Phil Campbell And The Bastard Sons pour lequel il s’entoure de ses fils (Todd à la guitare, Tyla à la basse et Dane à la batterie) et, Neil Starr au chant. En guise d’introduction, le quintette  propose un premier Ep de 5 titres foncièrement hard rock’n’roll. Après tout, c’est ce qu’a toujours fait Phil, même si on est ici à des années lumière de Motörhead. Quel intérêt d’ailleurs de répéter ce qui a été fait ? Au contraire, les enfants de bâtard se montrent ouverts d’esprit et laissent entendre des influences diverses. Le groupe puise autant dans le hard rock bien gras et biéreux (Big mouth, Spiders), le rock plus passe partout, le plus « radio friendly » avec des intonations vocales proches du  FM (Take aim) ou le punk sauce Ramones (No turning back), chansons la plus proche de l’esprit Motörhead. Life in space, qui conclue cet Ep est un morceau acoustique, calme, le plus à l’opposé de ce à quoi Campbell nous a habitués. Certes, on aurait espéré un album complet pour se faire une meilleure opinion, et l’on aurait aussi espéré trouver un titre, au moins, fédérateur, au refrain accrocheur et aux allures de hit potentiel. On se satisfera simplement de retrouver le taciturne guitariste gallois de retour aux affaires avec un projet fun et plaisant. A quand la scène (le groupe est en tournée au Royaume-Uni jusqu’à la fin de l’année) et un album complet ?

Note : 7,5/10

Titre que je retiens : No turning back

THE JOYSTIX / HIGH-SCHOOL MOTHERFUCKERS: Skulls out !

high-school-motherfuckers-the-joystix-skulls-out-5857France, Hard rock (Shotgun generation,2016)

Shotgun geneartion nous propose ce split CD, Skulls out (si ça vous évoque Alice Cooper, ne demandez pas pourquoi, hein!) qui réunit deux des plus fervents défenseurs français de la cause hard rock US glam/sleaze et punk:  The Joystix ouvre le bal avec 5 titres directs et sans fioritures. Une plongée dans le hard cher à Hanoi Rocks qui rencontre Jerry Lee Lewis. The Joysticks nous propose cinq morceaux variés, enjoués tout autant que bruts. Quelques petites descentes de manche sympas et des chœurs piochés dans les 60’s rendent l’ensemble attirant, si l’on excepte un anglais difficilement compréhensible. Viennent ensuite les High School Motherfuckers dont on se demande quand ils vont bien pouvoir se faire un vrai nom. HSMF est à la croisée de Motörhead fin 70’s et du punk des Sex Pistols par une énergie sans pareil. Ok, seul bémol, de nouveau, un anglais limite, mais l’esprit punkisant de l’ensemble, irrévérencieux rend la chose attirante. Ca pue la bière tiède et la cendre froide, dans une véritable ambiance de bouge malfamé. Vouc l’aurez compris, si The Joystix prpose une plus grande variété que HSMF, plus direct et « dans ta face », ça dépote, ça déménage, ça se fout de tout, et… ça fait du bien.

Note: 7,5/10

Titre que je retiens: (Still) hungover in Hungary