BLACK STAR RIDERS: Heavy fire

Black Star Riders - Heavy Fire - 2017kHard rock, Irlande/USA (Nuclear Blast, 2017)

Avec Heavy fire, en bacs le 3 février 2017, Black Star Riders franchit le cap décisif du troisième album haut la main. Si l’on reconnait immédiatement le style du groupe plus qu’influencé par Thin Lizzy – rappelons que Black Star Riders fut à l’origine monté sous le nom de Thin Lizzy afin de rendre hommage au groupe de Phil Lynott et a changé de patronyme pour enregistrer son premier album. Cette influence est non seulement parfaitement assumée, elle est également parfaitement assimilée et intégrée. Ce Heavy fire est ainsi gorgé de ce blues si particulier. Les guitares de Scott Gorham et de Damon Johnson mettent en valeur le chant puissant, suave et de plus en plus proche du chant de Phil Lynott de l’ex-Almighty Ricky Warwick, encore réchauffé par l’ajout de choeurs soul (When the night comes in, Ticket to ride). En puisant autant dans les racines du rock (Testify or say goodbye, Who rides the tiger et son chant à la Billy Idol) que de celles du hard rock (Dancing with the wrong girl, Thinking about you could get me killed, Letting go of me, final entraînant et efficace), en incluant ballade irlandaise et mid tempo (Cold war love, True blue kid), Black Star Riders passe le cap mentionné plus haut avec brio. Un album remarquable d’efficacité et de simplicité, Heavy fire doit permettre aux irlando américains de franchir un nouveau palier.

Note: 8,5/10

Site internet: www.blackstarriders.com 

Interview: BLACK STAR RIDERS

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Entretien avec Damon Johnson (guitare). Propos recueillis à Paris le 30 novembre 2016

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C’est dans le cadre luxueux cadre d’un grand hôtel Parisien que Damon Johnson et Scott Gorham, les deux guitaristes de Black Star Riders, reçoivent la presse pour parler de Heavy Fire, nouvel album à paraître début 2017. Fraîchement arrivé le matin de Nashville et à quelques heures de prendre un avion pour l’Allemagne, c’est un Damon Johnson serin et posé qui accueille Metal Eyes.

 

Metal-Eyes : Damon, revenons rapidement en arrière, si tu le permets : à la fin de 2012, les membres de la nouvelle incarnation de Thin Lizzy décident d’enregistrer quelques chansons ensemble mais pas sous ce nom, est-ce exact ?

Damon Johnson : En réalité, au départ, nous voulions enregistrer cet album sous le nom de Thin Lizzy. On en a parlé. De nombreuses chansons avaient cette tonalité Thin Lizzy, quoi que puisse être ce son. Nous avons ensuite décidé qu’il serait certainement bien plus respectueux, au regard de  l’héritage musical de Phil Lynott, qui n’était pas qu’un grand front man mais surtout un grand compositeur, il a écrit toutes ces chansons… Ca a été vraiment une sage décision qui a oté beaucoup de pression de nos épaules, principalement Ricky, qui est lui-même un superbe compositeur, il était plus censé d’appeler cet album Black Star Riders tout en conservant cet esprit.

Metal-Eyes : En mai 2013, vous publiez votre premier album, All hell breaks loose, deux ans plus tard, parait The killer instinct et début 2017 arrive Heavy fire. Comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre ces trois albums ?

Damon Johnson : Comme je l’ai dit un peu plus tôt, nous voulions nous concentrer sur le premier album que l’on voulait très « thin Lyzziesque » si je peux m’exprimer ainsi. Il y avait beaucoup de riffs de guitares, dans les tempos, même dans le chant, les harmonies vocales. La plus grande différence entre les deux premiers albums est que nous n’étions plus sous cette étiquette « Thin Lizzy ». Nous avons eu du succès avec All hell breaks loose, ce qui nous a grandement soulagés. On était comme… « woaw, les gens apprécient vraiment » alors continuons sous ce nom et voyons ce que ça donne. Travailler avec Nick Raskulinecz, notre producteur est superbe. Il est très spécial, extraordinaire, il connait nos forces, nos faiblesses, et sait exactement comment obtenir le meilleur de nous. Après avoir fait ce second disque avec Nick, nous savions ce qui nous attendait pour Heavy fire. L’objectif était d’écrire 20 chansons, retourner voir Nick, avec lui, décider des 10 meilleures et en faire un album. Nous étions très impliqués dans le process et, en même temps, très surpris par le résultat. On a laissé Nick avoir le dernier mot sur ce qu’il pensait être les chansons qui finiraient sur l’album.

Metal-Eyes : Il est le producteur, mais sur les deux premiers albums, tu étais le compositeur principal. C’est encore le cas pour Heavy fire ?

Damon Johnson : Oui. Ricky et moi écrivons la base des chansons. Il y a une grande alchimie entre nous, beaucoup de respect mutuel. Il est un frère pour moi.

Metal-Eyes : Aux cheveux roux…

Damon Johnson : (rires) Oui, mon frère roux d’Irlande du Nord (rires) ! Tu sais, nous avons une éthique de travail identique : se lever tôt, faire de l’exercice, prendre soin de nous, et faire ce qui doit être fait. Donc, oui, nous nous occupons de la base, Scott a toujours quelques superbes riffs à proposer, et ça a été la même chose sur cet album. Je suis vraiment content que Robbie, notre bassiste, ait proposé quelques idées, aussi.

Metal-Eyes : Le process d’écriture devient un peu plus un travail collectif que simplement le fruit du travail de deux personnes, donc ?

Damon Johnson : Oui, c’est vrai que la structure des trois albums c’est Ricky et moi. Et ce sera sans doute pareil à l’avenir. Mais on aime quand les autres apportent leurs idées. Tu dois te souvenir que Ricky et moi composons depuis longtemps, au sein de nos groupes précédents. C’est une situation unique que de trouver un guitariste légendaire et deux gars tous dans le même groupe avec toute cette expérience de composition. Tu ajoutes Jimmy (de Grasso) et Robbie, qui ont enregistré des dizaines de supers albums de rock… C’est une excellente équipe !

Metal-Eyes : Peut-on considérer qu’aujourd’hui, pour chacun d’entre vous, Black Star Riders est votre priorité ?

Damon Johnson : Sans aucun doute.

Metal-Eyes : Vous parvenez donc à répéter ensemble et vous retrouver ? Vous enregistrez ensemble ou vous utilisez la technologie moderne pour envoyer des dossiers ?

Damon Johnson : Quand on écrit,  on utilise la technologie pour nous envoyer des idées. Pour chacun des albums, Ricky et moi tentons de nous retrouver pendant 4 ou 5 jours et construire les débuts des nouvelles idées. On s’est retrouvés en janvier de cette année, puis avons passé le reste du printemps et de l’été à travailler. Dès que nous sommes ensemble, nous travaillons sur diverses choses. On a passé une semaine chez Scott, par exemple. Mais pour la réalisation de l’album à proprement parler, nous voulons nous retrouver tous les 5 dans la même pièce, on branche les amplis et on transforme tout ça en chansons de Black Star Riders. On doit être tous les 5 pour pouvoir le faire.

Metal-Eyes : Je n’ai pas vraiment pu écouter totalement Heavy fire, cependant ce que j’en ai entendu laisse entrevoir des touches, naturellement, très Thin Lizzy, et ce qui m’a vraiment marqué c’est la voix de Ricky qui ressemble de plus en plus à celel de Phil Lynott. Est-ce volontaire ou une évolution naturelle de sa tessiture depuis The Almighty ?

Damon Johnson : C’est une évolution totalement naturelle. Tu dois garder en mémoire qu’une des raisons qui ont fait que Ricky était aussi parfait pour que Scott l’intègre comme chanteur de Thin Lizzy est qu’il a grandi en étudiant Phil. Pas seulement sa musique, tout…

Metal-Eyes : Et ils viennt du même pays, ont la même culture.

Damon Johnson : Oui, ils ont cette culture en commun, et ils ont également ces mêmes capacités vocales. Phil avait ce tte voix exceptionnelle de baryton, de même que Ricky. Il a un réel sens de la mélodie vocale, comme Phil. Tu ajoutes les influences de Ricky que sont Joe Strummer, Bruce Springsteen, van Morisson… Il est le chanteur parfait pour Thin Lizzy et pour Black Star Rider.

Metal-Eyes : Chaque titre d’album évoque le western d’où le groupe tire son nom; C’est volontaire, j’imagine?

Damon Johnson : (il rit) Je ne sais pas, en fait. Ce que je sais, en revanche, c’est que cela lie notre groupe ; nous regardons beaucoup de westerns ensemble, sur la route, des films de guerres aussi. On discute beaucoup à table, dans les loges, dans le bus… Je sais que Ricky, enfant des années 70 ayant grandi en Irlande, a vécu des moments terribles à Belfast… Il n’est pas étonnant que cela influe sur sa manière d’écrire. Il va simplement au-delà de la lutte, il se met dans la peau, dans l’esprit des personnages, pas qui ils sont, mais aussi d’où ils viennent, comment ce qu’ils font peut affecter leur vie dans 20 ans… Ricky est vraiment un suer conteur, et, encore une fois, c’est une vraie joie pour moi de travailler avec lui. Il est aussi bon guitariste, et il apporte ses idées, gratte quelque chose et me demande mon avis. À partir de là, on délire et on envoie des idées comme ça. Nous avons vraiment beaucoup de chance d’avoir au sein du groupe un écrivain de son calibre. Il est très spécial.

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu Black Star Riders et Heavy fire à quelqu’un qui ne vous connais pas?

Damon Johnson : C’est très simple: Black Star Riders vient d’un environnement classique mais avec un son modern. Nous prenons vraiment comme un compliment – pas que des fans, d’autres groupes, aussi – leurs commentaires sur ce que nous avons réussi à accomplir. Il ne fait aucun doute que nous avons tous étudié le classic rock, mais le produit final, avec la collaboration de Nick Raskulinezc et de Jay Rustin, qui mixe nos albums, le produit final a un son intemporel. Je pense que chaque auditeur le ressent, quel que soit son âge. Nous avons tous des enfants, d’âges différents, qui aiment ce genre de musique, et leurs amis apprécient aussi le classic rock, et Black Star Riders. De vraies chansons, classiques avec un son moderne.

Metal-Eyes : je sais qu’un album est une unité, cependant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre pour que je comprenne ce qu’est Black Star Riders aujourd’hui, lequel choisirais-tu?

Damon Johnson : C’est vraiment difficile… Si je ne devais retenir qu’une chanson… Tu sais, ça devrait sans doute être notre premier single, When the night comes in. Parce qu’elle est énergique, il y a un refrain ultra efficace, de superbes paroles, un phrasé vocal très intéressant et une unité joyeuse… J’espère que cela se retrouve ailleurs, pas seulement sur Heavy fire mais aussi sur les deux premiers albums. Nous voulons faire de la musique populaire, pas des chansons folks. Notre musique a vocation à être jouée sur de grandes scènes, avec un public qui chante. Nous pensons être sur cette voie et j’espère que Heavy fire nous en rapproche encore, qu’il soit le prochain chapitre.

Metal-Eyes : Il y a donc un nouvel album qui arrive, j’imagine qu’une tournée est en prévision. Quels sont vos plans pour 2017 ?

Damon Johnson : Tout d’abord, il y a une tournée anglaise en mars. Le Royaume-Uni est là où tout a commencé, là où se trouve notre premier fan base. Nous allons donc démarrer notre tournée là-bas, avoir une belle affiche avec d’autres super groupes, et j’espère que nous ajouterons rapidement d’autres dates en Europe. Nous voulons vraiment revenir en France, nous y avons tant de fans qui nous ont exprimé leur amour et leur soutien et qui connaissent, comprennent l’histoire de ce groupe. J’espère avoir une meilleure visibilité des dates vers le 1er février. Ensuite il y aura une tournée des festivals, on vient de confirmer le Sweeden Rock. J’espère que 2017 sera une année occupée.

Metal-Eyes : Vous voyagez beaucoup, vous rencontrez beaucoup de gens, des fans, des journalistes… Quand tu t’installes avec quelqu’un pour discuter comme nous le faisons là, t’arrive-t-il d’imaginer de quoi la personne en face de toi va parler ?

Damon Johnson : J’ai vraiment l’impression que les journalistes avec lesquels j’ai pu échanger ont une grande connaissance pas seulement à notre sujet mais aussi en ce qui concerne l’histoire de la musique rock. Bien plus en Europe qu’aux USA, d’ailleurs. Il y a une véritable appréciation non seulement du travail que Scott a pu réaliser durant sa carrière, mais également de notre travail. C’est assez spécial de sentir cette flamme en vie dans un seul endroit. En général, je trouve sympa – c’est arrivé une ou deux fois aujourd’hui, avec toi à l’instant, tu viens de poser une question qu’on ne m’avait encore jamais posée, ce qui est une bonne chose parce que ça nous pousse à réfléchir. Je trouve toujours flatteur que quelqu’un prenne le temps d’écouter des chansons que j’ai participé à créer, prendre des notes, en tirer des questions et venir en parler avec moi. Ce ne sera jamais un acquis, c’est un honneur, un privilège pour nous de pouvoir le faire.

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets dont tu voudrais pouvoir parler avec un journaliste, sans raport avec votre musique ?

Damon Johnson : Tu sais, on a tous des familles super, nous avons énormément de soutien de nos épouses, de nos enfants. Ils font entièrement partie de cette histoire, une des raisons pour lesquelles ce groupe fonctionne. Pour chacun de nous, si nous avions des familles frustrées, nous reprochant de ne pas être assez à la maison… Elles comprennent que c’est d’une certaine manière notre destin d’être musiciens, artistes. C’est un sujet de nous ne parlons pas beaucoup, je pense. En tout cas Ricky ou moi. Nos femmes… Elles ont un travail bien plus difficile que le nôtre, et les savoiraussi supportrices dans ce que nous faisons est un énorme soutien.

Metal-Eyes : une dernière chose : le monde entier a été très surpris il y a quelques semaines, voire choqué. En tant qu’Américain, quelle est ton opinion au sujet de l’élection de votre 45ème président, Donald Trump ?

Damon Johnson : C’est un sacré coup pour moi… Je n’ai pas voté pour lui, je n’ai jamais envisagé un scénario dans lequel il serait vainqueur, alors cette nuit-là a été très choquante, dans tous les sens du terme. Ça a permis de faire avancer les discussions, même avec mes amis qui ont voté pour lui, ça a ouvert les portes à un dialogue que nous n’avons jamais eu avant… Pour nombre d’entre nous, il est acceptable que tes amis aient un point de vue différent, on se retrouve pour un verre, un diner, nos gosses jouent ensemble. Maintenant, cela a ouvert les portes à la discussion, pas dans la colère, ais plus « aide moi à comprendre comment ce type a pu mener une campagne en disant de telles choses, horribles, inintelligentes, comment a –t-il pour rallier le soutien d’une telle proportion de gens dans notre pays ? » Comment est-il parvenu, selon moi, à démoraliser une telle quantité de gens ? La communauté LGBT, els immigrants… Nous n’élevons pas nos enfants ainsi, et c’est très difficile pour eux de comprendre comment cet homme a pu devenir président des USA sans réalisme… « On va expulser les Mexicains ! On va changer les lois, abolir l’avortement ! » C’est d’une agressivité à laquelle mon pays n’a pas été confronté… La bonne nouvelle c’est qu’il fait machine arrière sur certains points, ce qui nous laisse un peu d’espoir, contrairement à ce que nous avons vécu cette soirée là…

 

Merci à Valérie Reux pour l’organisation de cette interview.

THE DEAD DAISIES: Make some noise

Make_Some_Noise_-_Dead_Daisies_coverHard rock, Australie/USA (SPV, 2016)

Deux de ses membres étant parti conquérir des planches certainement beaucoup plus larges et profondes (Richard Fortus et Dizzy Reed), The Dead Daisies s’est adjoint pour son troisième album, Make some noise, paru au mois d’aout dernier – et dont j’ai envie de vous parler six mois après, histoire de réchauffer les chaumières, pas de commentaire, svp! – de Doug Aldrich à la guitare. Douze nouveaux titres (enfin, dix nouvelles chansons et deux reprises – Fortunate son de Creedence Clearwater Revival et Join together de The Who) qui puisent dans le rock bien gras et groovy. La voix étouffée de John Corabi colle parfaitement à la rugosité des guitares, Marco Mendoza parvenant plus que souvent à imposer un joli groove. Brian Tichy se révèle au fil du temps un excellent batteur à la frappe sûre et puissante. Si l’on parle souvent de la vie dans cet album, The Dead Daisies s’engage également sur la voie de l’humanité, notamment avec le premier morceau, Long way to go, triste constat de notre société actuelle. Le quintette ne réinvente rien, se fait plaisir en pondant des airs facilement mémorables (Song and a prayer, Mainline, Freedom) mais s’égare quelque peu en route sur certains passages. Toutefois, l’ensemble est chaleureux, les deux reprises efficaces et le tout se laisse écouter avec aisance. Du bon gros rock, en somme.

Note: 8/10

Site web: thedeaddaisies.com

ELECTRIC BEANS: De retour en noir

electric-beans-2016Hard rock, France, (Autoproduction, 2016)

De prime abord, on peut se demander si Electric Beans, groupe français de hard rock, qui nous propose aujourd’hui son troisième album (après l’hilarant Sobres et en sourdine en 2014 et Sans modération au début de l’année 2016) est vraiment sérieux. Paru au mois de novembre 2016, ce De retour en noir, au titre ouvertement évocateur, est mixé et masterisé par Francis Caste. Donc, oui, le groupe est sérieux. En vient-on à lire que « toute ressemblance avec des haricots existant ou ayant existé… » et l’on pense le contraire. Non, Electric Beans n’est pas un groupe sérieux. Fun, décallés, les musiciens proposent cependant un hard rock des plus classiques sur fond de paroles amusantes, remplies de références, traitant de politique, de musique, de culture, d’histoire… On s’amuse à décrypter ces textes évoquant la vie quotidienne du franchouilard de base. Ca s’écoute malgré un chant très limité et une production claire , voire sèche, qui, malheureusement, manque d’ampleur et de gourmandise. Si les haricots rappellent certaines citrouilles et illustrent avec amusement le livret, on n’imagine pas qu’ils puissent devenir un symbole aussi puissant que pour nos amis allemands. En plus, ça fait pêter, les haricots rouges… Au final, Electric Beans nous proposent 11 chansons fun sans qu’aucune ne soit marquante. Un bon moment, sans plus, que j’écoute par intermittence.

Note: 5,5/10

DIZZY MIZZ LIZZY: Forward in reverse

dizzy-mizz-lizzy-2016Hard Rock, Danemark (Sony/Columbia, 2016)

En nommant son troisième album « avancer en marche arrière » (ou « avancer en reculant », au choix), les Danois de Dizzy Mizz Lizzy nous facilitent le classement: ce disque terminera entre les BO de C’était demain et des trois volets de Retour vers le futur! Trève de plaisanterie (ou des confiseurs, c’est l’époque qui le veut), ce disque est la dernière grosse surprise de l’année 2016. Avant tout, on pourrait même le considérer comme le premier album du trio, qui s’est absenté pendant deux décennies (son précédent album remonte en effet à 1996!). Ou comme le second premier album, mais certainement pas comme un véritable troisième, habituellement considéré comme un tournant décisif dans une carrière musicale. Voilà, c’est écrit… Grandement inspiré du hard rock dit classique – celui des années 70, de Thin Lizzy à Deep Purple, de Led Zeppelin à Steppenwolf, le hard FM US des 80’s, mais aussi une certaine vague grunge 90’s – le trio composé du chanteur guitariste Tim Christenssen (et âme pensante de la formation puisque crédité comme unique auteur des chansons), du bassiste Martin Nielsen et du batteur Soren Friis surprend dès l’intro de ce disque. Phlying pharao est un instrumental qui dit tout de l’esprit du groupe: de belles mélodies, des riffs efficaces, une puissance envoûtante, des tonalités orientales et une production d’époque mais pas datée… Le morceau titre qui suit est entraînant, efficace, et l’on (re)découvre un chanteur à la voix douce et des lignes vocales presque pop qui s’approchent de l’esprit américain du hard FM. un son qui donne simplement envie, à l’amateur du genre, d’aller au bout. Terrified in paradise, Brainless (très nombreux sont-ils, ceux qui peuvent se sentir visés!), la ballade Something so familiar (tu m’étonnes: je ne connais que cet air sans parvenir à remettre un nom dessus!)… Douze titres qui chacun expliquent pourquoi Columbia/Sony music (qui s’occupe, entre autres, d’AC/DC…) parie sur Dizzy Mizz Lizzy, dont on ne pourra seulement que reprocher certaines mélodies trop évidemment piochées ailleurs. Les 70’s sont en vogue – question de génération? – et le trio en est un digne représentant. Si certains airs sont familiers, seule faiblesse de ce disque, l’ensemble est si agréable et vrai qu’on se laisse emporter. Pas de prises de tête, ce disque d’apparence simple, est fait pour animer les soirées entre potes.

Note: 8/10

RAKEL TRAXX: Dirty dollz

rakel-traxx-2016Hard rock, France (Shotgun generation, 2016)

Le glam, le sleaze, le hair metal, en France, on aime ça! Avec les incontournables BlackRain, Rakel Traxx est un des plus dignes représentants du genre. Et le prouve une nouvelle fois avec son dernier opus, le décadent, l’indécent, l’irrespectueux et le très fun Dirty dollz qui comporte 10 titre qui lorgnent autant du côté de la débauche de L.A. des années 80 que du punk anglais de la fin des 70’s. Enregistré à la suite du single I need you honey en 2012 (!) ce second album des Marseillais n’arrive que 4 ans plus tard dans les bacs… C’est direct, impertinent, sauvage, les paroles traitent de ce qu’on attend du genre, à savoir la fête, le rock, les filles, et l’ensemble est tout simplement rauque et crade à souhaits. Can’t you see est une entrée en matière qui ne peut que donner envie d’aller plus loin. La voix déjantée et accrocheuse de Shanon Dollz se marie à la perfection aux guitares hurlantes de Zantolo et Squall sur fond de rythmiques imparables concoctées par le batteur leste et le nouveau – et déjà ex – bassiste Tricksters. On pourrait imaginer que, comme une bande annonce de cinéma, le groupe met en avant le meilleur, mais non, ce n’est qu’un amuse gueule, une mise en bouche. La suite, pas sérieuse pour un rond, et malgré quelques baisses de régime à mi parcours, est une invitation à faire la fête sans se soucier du monde actuel, et évoque autant Mötley Crüe que Hanoi Rocks, Aerosmith ou Twisted Sister. Alors que manque-t-il à Rakel Traxx pour enfin exploser au grand jour? La musique est là, le look aussi… Manque l’exposition, une médiatisation plus agressive, sans doute, et se démarquer des copains que sont les Savoyards mentionnés plus haut. Reste que, pour les amateurs du genre, cet album est une jolie bouffée d’air  frais.

Note: 8/10

Titre que je retiens: You’ll never stop the game

PMFF: Histoire d’un festival

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Article publié sur mon ancien webzine le 28 mai 2012

Note au lecteur: Cet article ne traite pas des 3 jours du PMFF V dont le live report, également originellement publié sur mon ancien webzine, pourrait aussi, peut-être, en fonction du temps disponible, vous être proposé ici. A suivre, donc!

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P M F F.

L’acronyme d’un festival dont peut rêver tout amateur de Metal hexagonal :
Paris Metal France Festival
En quatre éditions, plus une avortée, Phil’Em All sera parvenu à réunir autour de lui 35 groupes majeurs ou espoirs de la scène metal hexagonale, issus d’horizons variés : Hard Rock, Stoner, Prog Metal, Heavy Metal, Thrash, Death, Instrumental

Phil aura surtout remporté le pari fou de faire revenir à la vie et sur scène certaines formations mythiques des glorieuses années 1980, ravivant l’intérêt tant médiatique que public. ADX. Blasphème. Still Square, Witches, Attentat Rock. Squealer, Shakin’ Street, Der Kaiser, Dygitals, Agressor.,… et même Océan, malheureuse victime d’une première quatrième édition annulée, sont ainsi revenus sous les feux de la rampe.

A l’origine, celui qui depuis près de vingt ans anime le Rock Fort Show désormais sur Air Radio , s’est offert ce qui peut être perçu comme un beau caprice d’éternel ado égocentré en diable perdu dans un corps d’adulte immature. Car le PMFF est né pour deux raison: tout d’abord, le désir de Phil de fêter ses 40 printemps début janvier en marquant cette journée à jamais, entouré de ses amis, musiciens ou amateur de décibels; et ensuite pour fêter dignement les 25 ans d’ADX.

C’est un peu léger comme prétextes, non ?

L’avantage, en revanche, c’est que janvier est un mois calme en matière de concerts…

Quoi de mieux, alors, que de faire venir un maximum d’amis et de public ?

Quelle meilleure excuse, aussi, que ces concerts pour œuvrer dans l’ombre et réussir le tour de force de réunir ceux qui, deux décennies auparavant, s’étaient séparés en plus ou moins mauvais termes ?

Quoi de mieux, également, pour permettre à tous de découvrir de jeunes formations prometteuses ?

Quelle meilleure raison pour, en somme, continuer sur la lancée des fêtes de fin d’année et bien démarrer la nouvelle ?

Avant que les portes du Plan de Ris Orangis ne s’ouvrent sur cette sixième et seconde « ultime édition » nous vous invitons à remonter le temps et vos souvenirs…

7 janvier 2007

Alors qu’elle ne s’appelle pas encore Paris Metal France Festival, la première édition se tient à la Locomotive le 7 janvier 2007. Phil étant également aux commandes de sa destiné, et responsable de sa dernière reformation en date, c’est ADX qui se trouve en haut de l’affiche.
Les Parisiens de The Outburst entament les hostilités dès 15h avec leur metal enlevé et énervé, teinté ça et là de rock… Formé en septembre 2002, le groupe se distingue des autres formations « à chanteuse » en s’éloignant radicalement du metal symphonique. Après un Ep 5 titres (Party Time), The Outburst publie son unique album, The Entertainment, en 2008.
Ils sont suivis de Horresco Referens, formé à Paris en 1994, qui se définit comme un groupe de « Lust Metal », Metal Luxure, son Death / Black se voulant sensuel et se traduisant par deux albums lui permettant de tourner un peu partout en Europe.
Suivent d’autres extrémistes Thrash / Death. Maladaptive dont l’Ep, paru en 2005, contient le morceau phare du groupe, Burn The Witches, vient de Beansçon et s’est formé en 2004. Son énergie communicative explique à elle seule la popularité grandissante du groupe désormais, en 2007, grand espoir de la scène nationale.
Carnival In Coal, c’est l’ovni du PMFF. Le duo fondé par Alex Wursthorn et Arno Strobl à Amiens en 1997 ne se donne aucune limite, tant visuelle que musicale. Si CinC est affilié à la scène extrême, le groupe reste cependant proprement inclassable musicalement. Il se séparera courant 2007 en laissant 4 albums décalés en guise de témoignage.
Falkirk, avec, son metal épique teinté d’heroic fantasy fait mouche. Née en 1996, la formation parisienne donne, avec le PMFF, l’un de ses derniers concerts avant de mettre un terme à sa carrière riche de 3 albums. Si la présence de Falkirk dénote sur cette première affiche très marquée par le Metal extrême, elle démontre, tout comme ADX, l’envie d’ouverture du maître de cérémonie.
Car, oui, cette première édition est placée sous le signe de l’extrême… Misanthrope, l’un des plus importants et anciens (le groupe a vu le jour en 1989) représentants du Death Metal à la française, stylé, classieux, incarné par le caractère à la fois charmeur, hautain et bien trempé de SAS de l’Argilière. Auteur de pas moins de 11 albums, Misanthrope vient présenter, en partie, ce que sera son futur méfait prévu l’année suivante.
Enfin, après moult errances et tentatives de come-back, ADX, fleuron du Heavy Metal hexagonal s’est, sous la pression de Phil’Em All, reformé pour ce festival. Débutant sa carrière dans l’Oise en 1982, ADX s’est rapidement distingué grâce à son Speed Metal enjoué. Après trois albums plus que remarqués, le groupe subit un première déception commerciale avec un album en anglais qui voit le public déserter. Après une longue séparation, ADX se reforme, sans Betov, un des guitaristes d’origine, enregistre un nouvel album, suivi d’un live, puis disparait de nouveau. Ce PMFF voit le retour de Betov, ainsi que l’intégration de BY Queruel (Witches et ex-S.M.F) à la guitare et Klod (Claude Thill, ex chanteur de Der Kaiser) à la basse. C’est une nouvelle ère qui débute pour ADX, comme le prouveront les années à venir.
Le public répond massivement, transformant cet essai en succès, malgré le peu de soutien promotionnel. Une seconde édition est dès lors envisagée.

13 janvier 2008 PMFF 2

La machine est lancée. Le succès de ce premier festival 100% français encourage Phil’Em All et son équipe à aller plus loin encore. La seconde édition de cet événement désormais officiellement appelé Paris Metal France Festival se tient le 13 janvier 2008 et propose une affiche beaucoup plus orientée vers le Heavy Metal des années 80.
Pour ce PMFF II, Phil a réussi le pari fou de faire remonter sur scène l’un des plus emblématiques groupes des années 80 : Blasphème. Il lui a fallu batailler, négocier, transpirer, négocier, mais le groupe décide de tenter l’aventure. Si ce retour crée le buzz, c’est en réalité l’affiche toute entière qui attire la foule des grands soirs. On notera même la présence de fans étrangers, venus d’Espagne, d’Allemagne, de Grèce et de Suède !
Les stoners parisiens de Royal Bubble Orchestra, menés par David Jacob, ancien bassiste de Trust, sont les premiers à fouler les planches pour présenter leur album éponyme paru en 2006. Malgrè le peu de monde présent en ce début d’après-midi, le groupe fait mouche.
RBO cède alors la place aux sorcier(e)s de Witches, groupe Death fondé par Sibylle Colin-Toquaine à Paris en 1986, au sein duquel se trouve BY Queruel, également guitariste d’ADX… (Oui, le PMFF, c’est aussi le Paris Metal Famille Festival !) et qui ce soir propose nombre d’extraits de son second et dernier album en date, VII, qui fait suite à un 3.4.1. paru plus d’une décennie avant, en 1994 !
Déçus de se retrouver si bas sur l’affiche, les Sannois de Demon Eyes, le groupe des frères Masson qui écume les scène depuis sa création en 1981, séduit cependant le public dont la densité commence à être importante. Le groupe a marqué les années 80 grâce à deux albums aux qualités sonores inégales mais musicales indéniables dont le public semble très bien se souvenir.
Tout autant, d’ailleurs, que l’autre reformation attendue de la journée… Still Square still » a été ajouté, les Parisiens ayant perdu les droits sur Square, leur nom d’origine) est toujours mené par un Guy Hoc au sommet de sa forme et dont Rock Stars, issu de l’album du même nom paru en 1985, n’a pas pris une ride.
Puis c’est une nouvelle déflagration en règle. No Return, formé à Paris en 1987, vient exploser les tympans des amateurs de Death Metal. Alain et sa bande, auteurs de 8 albums explosifs, viennent se frotter au public chaud avant que les Bayonnais de Killers n’envahissent la scène.
C’est avec un Bruno Dolhéguy en pleine forme, et heureux d’être enfin de retour à Paris, qui mène un Killers simplement magistral. Formé à Bayonne en 1984, après de multiple péripéties et changements de personnels ayant mené Bruno à occuper le poste de chanteur en plus de ses fonctions initiales de guitariste, Killers , auteur d’une bonne douzaine d’albums studios, s’apprête à enregistrer le troisième live de sa carrière, sur lequel on se rendra compte que les quatre n’ont pas usurpé leur surnom de « Rois du Speed ». Le public présent est aux anges, et la chaleur grimpe de plusieurs degrés pendant le set des Basques.
A peine Phil ‘Em All les annonce-t-il que le triomphe est total. Seul manque à l’appel le batteur originel, Régis Martin, qui demeure, aujourd’hui encore, introuvable. Il est remplacé par Aldrick Guadaguino, fils de Philippe, le bassiste. Blasphème, figure emblématique du Metal français des années 80, qui avait enregistré deux albums remarqués avant sa séparation de 1985, donne un concert tout en émotions. Les acclamations du public sont aussi puissantes que la surprise de Pierre, Marc et Philippe est grande. Blasphème prévoyait aussi d’enregistrer ce concert, mais une vilaine panne de courant l’empêche de pouvoir offrir à son public le live tant attendu… Mais peu importe, la carrière de Blasphème est relancée, le groupe étant demandé aux six coins de l’Hexagone, s’offrant même un passage au Hellfest avant de proposer un troisième album studio, acclamé par les médias et le public.
ADX, une nouvelle fois tête d’affiche, connaîtra malheureusement le même sort : présentant ce soir son futur et très attendu album, Division Blindée, le quintette est accueilli par un public chauffé à blanc que rien ne semble vouloir arrêter. Une nouvelle réussite totale qui se solde par une nouvelle panne empêchant la captation du concert. Mais le pari de Phil’ Em All est gagné : cette vague de retours semble plus que faire plaisir au public multi générationnel dont la mobilisation massive est une autre source de satisfaction. Cette affiche et le public de folie laissent à penser qu’une tournée PMFF pourrait voir le jour en cette même année 2008. Malheureusement, sans soutient des professionnels, cette aventure n’a pu se concrétiser privant la province de son PMFF.

3 & 4 janvier 2009 PMFF 3

Fort de ce succès, Phil’Em All décide d’aller plus loin encore. Le PMFF III se tiendra sur deux journées, les 3 et 4 janvier 2009.
Pour la première fois, ADX n‘est pas en tête d’affiche. Le groupe ne souhaite pas en faire un rendez-vous annuel, sorte d’ADX Fest prétentieux…
Le PMFF est basé sur l’esprit 80’s d’une part, mais surtout sur l’envie de provoquer des reformations. Cette année, les fans seront servis puisque ce seront les Parisiens de Der Kaiser et Shakin’ Street, les Nantais de Squealer, et les Avignonais d’Attentat Rock qui viendront secouer les crinières et faire rugir le public de la Loco.

Le samedi 3 janvier, les hostilités démarrent avec le trio instrumental mené par Pascal Vigne, Triple FX (dont le batteur n’est autre que Gaël Féret également chez Misanthrope et le bassiste Pascal Mulot). Les Parisiens viennent de publier leur second album, doux et dingue à la fois.
Cette mise en bouche permet à Inmost de prendre la suite des opérations de façon plus… vigoureuse. Formé à Compiègne (60) en 2004, le quatuor publie en 2009 son premier méfait très inspiré par le Metal Extrême.
Le calme (relatif) revient après cette tempête grâce à la prestation des Parisiens de Shannon, groupe formé en 2003 par le guitariste Patrice Louis dont la carrière à démarré dans les 80’s au sein de Jinx, alors en fin de parcours. Shannon se distingue rapidement par l’efficacité de ses enregistrements (2 Lp et 1 Ep d’un Hard Rock fin et racé) et de ses concerts très efficaces.
Depuis la séparation de Vulcain, en 1999, Marc Varez s’est lancé dans un projet purement Stoner/Hard et a publié avec Blackstone trois albums qui puisent dans le blues américain autant que dans le Hard Rock anglais des 70’S. Le passage de Blackstone au PMFF sera un des prémices à la reformation attendue d’un Vulcain dont l’un des fondateurs sera dès le lendemain sur cette même scène.
Der Kaiser est la première reformation des 80’s à fouler les planches de ce PMFF III. Mené par Klod au chant, actuel bassiste d’ADX, le groupe formé en 1983 a publié 2 albums diversement accueillis.
Squealer, formé à Nantes en 1980, revient avec un Pascal Bailly au gosier toujours aussi éraillé… Le Hard Rock français est moribond lorsque parait, en 1987, D.F.R., son premier album. Squealer. parviendra à se distinguer, notamment avec Squealer’s Mark paru en 1989, et se faire une petite place en pleine vague Grunge avant de se séparer en 1992. Sa participation (un « amusement » selon son chanteur) fort remarquée au PMFF III permet même à Squealer. d’être retenu pour jouer au Hellfest cette même année.
ADX, pour la première fois, n’assure pas la tête d’affiche. Le PMFF, d’une part, ne doit pas devenir une sorte de rendez-vous annuel d’ADX et, d’autre part, le groupe n’a, cette année, rien à défendre autre que sa réputation en live. C’est donc l’esprit tranquille que les cinq investissent de nouveau cette Locomotive désormais si familière. ADX sera, cette année, également présent au Hellfest.
Nightmare, figure emblématique des 80’s dorées, revient en force depuis l’album (mini, en réalité) de la reformation, Astral Deliverance, paru en 1999. Les Grenoblois, depuis leur formation en 1979, ont connu divers succès et revers de fortune, dont la disparition brutale de Jean-Marie Boix, le chanteur ayant permis à Nightmare de trouver sa place dans le peloton de tête des espoirs nationaux de la première moitié des années 1980, largement exposé en assurant de prestigieuses premières parties (Saxon, Def Leppard...) Nightmare, comme tant d’autres disparaît avant la fin de la décennie, après seulement 2 albums. La passion de son leader, Yves Campion, est plus forte et il remonte son groupe en 1999, après le décès de Jean-Marie Boix, le chanteur d’origine, dont la place est depuis lors occupée par Jo Amore, le batteur d’origine. Nightmarea, au total, enregistré huit albums plus deux live.

Après une bonne nuit de repos, Hürlement entame cette seconde journée avec son Heavy Thrash tranchant qui se démarque principalement – hormis les textes totalement inspirés par ce qui se faisait trois décennies auparavant – par la voix totalement à part d’Alexis Roy-Petit, vocaliste inimitable. Le groupe formé à Paris en 2003 vient soutenir son premier album qui mélange chants français et anglais avec une aisance sans pareille.
Pleasure Addiction semble vouloir redonner un sens à ce qu’était la folie du Glam, ses aspects outranciers et hors normes. Son Hard Rock direct séduit, et, bien que le groupe n’ai pas d’enregistrement à son actif, on peut lui prédire un bel avenir, en tous cas sur scène.
Les Dijonnais de Darknation, qui s’est formé en 2003, prennent la suite afin de soutenir leur album, Merci Pour Le Mal, paru en 2006, grandement influencé par le Thrash.
Phil a ratissé large, cette année, puisqu’il fait aussi venir les Niçois de Kragens, auteurs de 3 albums depuis leur naissance en 2000. Menés par Renaud Espèche et Denis Malek, deux ex-Lynx, Kragens délivre une prestation explosive, avant que d’autres sudiste n’investissent la scène.
Manigance, en effet, ne vient pas soutenir de nouvel album… Depuis sa formation en 1995 à Pau, le groupe de l’ex-guitariste de Killers, François Merle, a offert à son public 4 albums (plus un live) d’un Hard Rock mélodique ultra efficace, et s’est hissé parmi les rares groupes à s’être distingués à l’étranger. Il faudra pourtant attendre 2011 avant la parution d’un nouvel album…
Un CD au compteur, une voix et un grain de guitare uniques… Mr Jack c’est le projet monté pour l’amour du Rock par trois personnalités historique du hard français : l’ex-Vulcain Daniel Puzio et deux ex-H-Bomb, Philty Garcia et Gérard Michel. Rien ne semble pour ces trois là plus efficace et vrai que la simplicité naturelle d’un power trio. MR Jack est transporté par l’accueil chaleureux du public, désormais chauffé à blanc pour recevoir la première grande reformation du jour.
Attenta Rock, né à Avignon en 1981, s’est rapidement distingué du reste de la scène hexagonale par la détermination et la brutalité de son Heavy Metal sans concession. Pourtant, après deux albums ayant placé Attent Rock parmi les grands espoirs nationaux, Didier Rochette, en désaccord avec les orientations musicales souhaitées par les autres membres, quitte le groupe. Son remplacement par Marc Quee apporte en effet, sur Strike (1985), de radicales modifications au son d’Attentat Rock qui se fait moins Heavy et devient plus Hard, et à son image, plus américanisée. Malgré le succès remporté, AR décide de continuer sur la voie du changement. Le groupe se saborde, se renomme, plutôt, devenant Pink Rose, un nom plus ouvert à l’international, mais après un album de Hard FM sans saveur, disparait définitivement.
Fabienne Shine n’a jamais totalement lâché son Shakin’ Street qu’elle a formé en 1975 avec le guitariste Eric Levi (Elewy). Mais après deux albums, dont le second, sur lequel joue Ross The Boss, est produit par Sandy Pearlman, connu comme producteur de Blue Öyster Cult, le groupe est mis en sommeil, la chanteuse s’exile aux USA, et Shakin’ Street ponctue les décennies de quelques sorties discographiques, relançant ainsi l’espoir des fans. Ce n’est pourtant qu’à l’occasion de ce PMFF que Fabienne Shine brille de nouveau en France, rejointe par le phénomène Ross.

Artistiquement remarqué, ce PMFF est pourtant une réussite en demi-teinte. La date retenue, trop proche du nouvel an et encore en pleine période de congés scolaires, n’incite guère le public à se déplacer. On circule facilement dans les travées de la Loco en ce début d’année.

10 janvier 2010 PMFF IV – Annulé

Même si les finances n’ont pas trop souffert, décision est prise de n’organiser le PMFF IV que sur une journée et de créer le buzz avec un nouveau coup, même s’il est difficile de croire que Phil’Em All puisse rééditer éternellement un exploit. Certains groupes sont condamnés à ne jamais revenir, la nature ayant rappelé à elle et à jamais l’un ou l’autre de leurs membres. Pourtant, contre toute attente, alors qu’on croyait sa voix d’or irremplaçable, Océan se reforme, Robert Belmonte remplacé au chant par Stéphane Reb.
Pour la première fois, ADX n’est même pas présent à l’affiche, mais Phil’Em All a convaincu Stocks (enfin, Christophe Marquilly), Dum Dum Bullet, Rozz et Deborah Lee de participer, et a invité les Alsaciens de Mystery Blue à faire le déplacement. Les « jeunôts » qui tournent depuis des années, doivent ouvrir (Arès et Evil One). Hélas, la Locomotive est vendue et un mois avant la date annoncée, le PMFF IV est annulé, faute de pouvoir trouver une salle à même de recevoir la troupe sans se ruiner. Si tous s’avouent déçus, Arès et Evil One décident d’organiser un mini festival en banlieue parisienne (avec Heavintage et Hemoragy). 2010 se fera donc sans PMFF, l’organisation devant trouver une salle à même d’accueillir un tel événement.

Cette quête dure deux ans.
Après deux années « sans », deux années de réflexion et de recherche d’une salle digne d’accueillir un festival de cette envergure, Phil’Em All annonce le grand retour du PMFF dans un lieu plus petit que la Loco, certes, mais un endroit vivant et chaleureux, une salle de plus en plus plébiscitée par les groupes : Le Divan du Monde.
Alors qu’ils viennent de publier leur nouvel album, ADX reprend du service en haut de l’affiche.
Pour commencer, et parce qu’une fois n’est pas coutume, c’est un groupe 100% féminin qui ouvre les festivités. Women In Iron Form, au sein duquel on retrouve des membres de Witches, Wurm et Whyzdom, est un tribute band à Iron Maiden et le courant passe vite et bien.
Place ensuite au Metal traditionnel, direct et efficace proposé par Existance (mené par Julian Izard, fils du premier chanteur de H-Bomb et qui accueille ce soir un nouveau batteur, Tony, le frère de Hervé Traisnel, chanteur de Dygitals, également à l’affiche…. Histoires de familles encore et toujours!), groupe de l’Oise formé en 2008, auteur d’un premier album remarqué et dont la prestation énergique et enjouée fait des émules. Une véritable bouffée d’air frais prometteuse d’un bel avenir !
Après avoir enregistré un premier album en 2006, s’être faits remarqués à Paris en ouverture de Nightwish en 2004, Conscience vient présenter son Prog Metal et démontre, une nouvelle fois, qu’une affiche éclectique est preuve d’ouverture. A encore, les fans sont de sortie et font savoir à Matthieu Gerbin, guitariste chanteur, toute leur appréciation de cette prestation.
Prévu de jouer en 2010, Evil One foule enfin les planches du PMFF et, avec deux albums d’un thrash old school au compteur, et un line up quelque peu modifié depuis l’arrivée d’une moitié de Hürlement, met le feu au public qui attaque ses premiers circles pits. Bien que le groupe existe sous une forme ou une autre depuis sa naissance à Cergy Pontoise (95) en 1997, le nouveau line-up, séduit le public présent par son efficacité, son énergie et sa simplicité.
La reformation du moment, celle que souhaitait Phil, c’est Dygitals, qui avait marqué de sa patte les années 85-88 avec son Hard Rock varié et ses rythmes enlevés mais qui fut toujours discographiquement frustré, hors sa participation à la compilation French Connection en 1985 qui permet à Dygitals de graver deux morceaux, sans compter celui paru en 1997 sur la compilation Révolution Hard Rock, annonciateur de la sortie de l’album enregistré en 1987, espoir qui ne se réalisera jamais. Pourtant, son passage au PMFF permet à Dygitals, dont la reformation sous forme de quintette fut l’oeuvre du trio de base, Hervé Traisnel (chant), Alain Clouet (batterie) et David Dugaro (guitare), de retrouver les chemins des studios afin de proposer anfin un premier album.
Autre moment fort de la soirée, le retour des Death metalleux ex-Antibois et désormais Lillois d’Agressor, menés par l’indéboulonnable Alex Colin-Toquaine, pas montés sur scène depuis, quoi ? Dix ans ? Malgré 5 albums, un split avec Loudblast et une compilation, le groupe s’est rarement produit dans la capitale… Paris Metal Famille Festival, vous a-t-on dit? Eh, bien, le clou est enfoncé avec la montée sur scène de Sibylle (Women In Iron Form et Witches), qui rejoint, chose rarissime, son frère Alex sur scène l’espace d’un morceau. Agressor chauffe ce soir un public en attente d’un ADX qui se présente sous un visage nouveau, puisque Dog, souffrant, est exceptionnellement remplacé à la batterie par Laurent Bendahan (Scherzo et ex-Grazed, ex-Kalisia), qui a appris le répertoire d’ADX en à peine 5 jours, permettant ainsi au groupe de maintenir son engagement et de présenter son onzième album, Immortel, acclamé par les médias.
La soirée se conclue avec le retour des Women In Iron Form accompagnées, sur scène, de tous les participants et volontaires ayant contribué à l’organisation de cette journée.

A noter que pour permettre ce retour, les groupes et intervenants ont œuvré bénévolement. Le Metal français est une grande famille et une grande histoire d’amour et de respect mutuel.

Phil’Em All l’avait promis à la fin du PMFF IV : il y aura une dernière édition. Cette fois, elle sera, comme disent les Américains, « larger than life » :

3 jours.
Extrême. Metal. Best-of.
Un week-end entier au service du Metal français. Un rendez-vous à ne pas rater dont tous les détails vous seront révélés très prochainement sur votre webzine, partenaire du festival ! Nous en reparlerons très bientôt.

 

HARMONIC GENERATOR: Skull

harmonic-generator-2016Hard rock, France (Ep – autoproduction, 2016)

Cet Ep est estampillé #3. Ok… Je n’ai aucune idée de ce que peuvent être les #1 & 2, simplement il apparaît que Harmonic Generator ait décidé de proposer son album en le divisant en 4 Ep distincts: Heart, Flesh, Skull étant déjà parus, ne reste que Bones. Ce troisième volet regroupe 4 titres (mixés et masterisés par un certain Logan Mader) dont chacun présente une facette différente de ce qui fait vibrer les musiciens. Dreams and tears qui introduit ce disque est le plus explosif, le plus « punk » des quatre. Rythmé, le son étouffé, il évoque cette vague punk US somme toute assez commerciale et gentiment subversive. Things est plus foncièrement rock, plus lent malgré un chanteur enragé qui enchaîne avec un heavy rock teinté de Southern 70’s, Break my chains. Harmonic Generator conclue avec Supersonic riot, plus direct et saturé, énergique et énervé. Bien produit, cet Ep pourrait permettre à HG de s’imposer sur le marché si… Si le groupe 1 – propose un album complet et 2 – se produit sur scène. Car cette variété se doit d’être défendue live. Reste un bel espoir qu’on attend d’entendre confirmé.

Note: 8/10

Titre que je retiens: Break my chains

Photo de la semaine: MANIGANCE

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Paris, Divan du monde , le 12 janvier 2013. Manigance est – enfin – de retour sur une scène de la capitale. Groupe majeur du paysage metallique français, les Pallois font partie de cette horde de formations qui ne parviennent pas à vivre de leur musique. Quel groupe français a-t-il ce luxe, aujourd’hui, qui plus est dans notre univers musical? Pourtant, Manigance a (avait?) tout pour séduire un large public: la classe musicale, le sens de la composition, une musique à toute épreuve, un engagement textuel pour l’humanité et la nature et des musiciens simples, abordables et d’une gentillesse sans pareille… J’ai eu l’occasion de les rencontrer à plusieurs reprises, d’interviewer Bruno Ramos au pied levé. Et le guitariste n’a simplement pas le succès qu’il, comme les autres membres du groupe mérite. Manigance au PMFF, c’est la garantie d’un bon moment. Et en cette 6ème (et « ultime » – ah! ah: c’te blague, Phil!) édition, rendez-vous est pris le samedi 7 janvier 2017. Ah, au fait… Ce cliché de Bruno Ramos, pourquoi? Ben, c’est simple: il suffit de se laisser porter par le naturel et la malice du regard du gaillard, tout y est dit, malgré le grain, le bruit dû à la faiblesse naturelle de la lumière bleue. M’en fous, j’aime ce cliché! Et puis si vous, Manigance, prenez le temps de nous offrir un Dernier hommage, une chanson d’actualité…

THE ANSWER et THE DEAD DAISIES live (Paris, le Trabendo) le 8 décembre 2016

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C’est pas juste… Avec autant d’albums de qualité, The Answer devrait désormais être en mesure de jouer dans une salle comme le Trianon, l’Elysée Montmartre ou le Bataclan. Sur une base régulière. Et la même réflexion s’applique à The Dead Daisies dont la qualité des productions ne fait que confirmer l’importance du groupe protéiforme, aux musiciens échangeables – et échangés – en fonction des disponibilités de chacun. Pourtant, ce soir, le Trabendo n’affiche pas complet. On est serrés mais on circule…

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Il est 20h15 lorsque les lumières s’éteignent et que résonne Whole Lotta Sabbath, une fusion de Led Zep et de Black Sabbath tandis que Marco Mendoza, Doug Aldrich prennent place sur la minuscule scène. Au chant, John Corabi, le dandy déjanté, fiat le show. Le groupe, bien qu’à l’étroit, trouve facilement ses marques. Les vieux briscards que sont certains d’entre eux savant parfaitement saisir le public, le caresser dans le sens du poil. Peu importe la taille de la salle, semble-t-il, car après un Zénith puis un Divan du Monde (en ouverture de Kiss puis en tête d’affiche en 2015) ce Trabendo est un petit compromis.  The Dead Daisies est un vrai groupe de scène. Trois albums au compteur déjà, et pourtant, la bande table autant sur des reprises (presque la moitié de son set: Fortunate son – Creedence Clearwater Revival, Join together – The Who, Helker skelter -The Beatles puis deux autres en rappel) que sur ses propres compositions qui reflètent parfaitement cet esprit roots. Long way to go, Mexico, Make some noise, With you and I… Pas un faux pas dans ces choix. Même le solo de batterie, occasion de démontrer qui est ce Brian Tichy, est impeccable. La foule est dense, compacte et, surtout, réceptive. Un troisième album et une tournée en tête d’affiche dans de plus grandes salles. Voilà tout le mal que l’on peut souhaiter aux Dead Daisies. Superbe!

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dsc_0416La salle se vide, qui pour boire une bière, qui pour prendre l’air, fumer, qui pour… rentrer à la maison. Lorsque The Answer monte sur scène, la salle est en effet bien plus vide, le public moins dense que pour The Dead Daisies. Est-ce cela la malédiction que doivent subir les nord Irlandais? Ouvrir pour AC/DC – bonjour l’exposition – ou, plus récemment Whitesnake, avoir quelques splendides albums à son actif et ne pas parvenir à attirer plus de monde est incompréhensible. Pourtant, tout est là. La musique, bien sûr, The Answer démarrant par le morceau titre de son dernier album, Solas; un choix pas forcément évident tant cet album est plus sombre que ses prédécesseurs. La setlist, étonnamment, fait l’impasse sur Raise a little hell. Les titres les plus emblématiques du quatuor sont cependant de sortie (New horizon, Spectacular, Waste your tears, under the sky…) Scéniquement, ensuite, Cormac, le chanteur adorant être au contact du public, s’offrant à chaque fois un petit bain de foule, par exemple. il s’empare d’une guitare acoustique, et annonce qu’il a voulu apprendre mais que Paul Mahon n’a pas voulu lui enseigner. La seule chose que l’on puisse regretter c’est le côté assez statique de Paul et du bassiste Michael Waters. La prestation gagnerait en énergie à les voir plus souvent échanger leurs places. D’ailleurs, les prestations des deux groupes sont incomparables, et l’on se demande s’il n’aurait pas été préférable d’échanger les places sur l’affiche. The Answer termine son set sans effectuer de rappel, les lumières se rallument et la salle se vide. il y a comme une impression de manque, malgré la meilleure volonté de chacun de ces musiciens d’exception… Beau concert, belle soirée, mais maintenant, il faut passer à la vitesse supérieure.

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