PRIMAL AGE: Masked enemy

France, Hardcore (WTF records, 2021)

Avec Masked Enemy, leur nouvel album – cinquième méfait, les Français de Primal Age, que certains ont pu découvrir lors de la dernière édition du Hellfest (2019) veulent frapper un grand coup . Fidèles à leurs brutales convictions musicales, les 5 nous délivrent un hardcore sans concession, direct et dans ta face. La rage est présente de bout en bout, cachée par une intro faussement rassurante. Les thèmes abordés sont actuels – défense de l’écologie et de la cause animale, végétarisme, consommation de masse… – et l’on imagine volontiers le groupe s’engager auprès d’ONG et d’associations diverses. Alors certes, les amateurs de colère vont être servis, la brutalité est à l’image d’une charge de cavalerie syncopée et épileptique – Rollins & Co. n’ont qu’à bien se tenir, croyez moi ! – mais il est difficile de suivre cet album d’une traite. A mi parcours, une pause s’impose afin de mieux repartir. C’est que 11 morceaux, 11 bastos, plutôt, ça ne se digère pas en un claquement de doigts. Non, il faut un peu de temps pour tout assimiler. Sensations fortes assurées.

HELLFEST FROM HOME revient!

Nouveau report oblige, le Hellfest a décidé de nous proposer une édition 2021 depuis la maison.

Du 17 au 20 juin, Hellfest From Hom permettra à tout un chacun d’assister à des concerts inédits, filmés sur le site du festival quelle que soit la scène. Nous pourrons ainsi assister à des prestations de groupes aussi variés que Jinjer, Shaârghot, E,fiserum, Tagada Jones, Crisix, Laura Cox, No One  Is Innocent, Black Bomb Ä (sur les mainstages) ou 7Weeks, Hangman’s Chair, Loudblast, Karras, Horskh, The Great Old Ones et d’autres sur ALtar, Temple, Valley et Warzone.

Mais ce n’est pas tout! Le Hellfest est une expérience complète et peu importe que cette année se passe depuis notre salon, l’expérience e doit rester unique. Ainsi, nous retrouverons des archives Arte concerts, des conseils culinaires avec Hell’s food et Hell’s drink , un documentaire inédit (Kingdom of muscadet) ainsi qu’une visite interactive du festival.

Pour couronner le tout, un merch exclusif vous est également proposé sur le Hellfest shop!

Toutes les infos sur le site du Hellfest

 

DEAD TREE SEEDS: Push the button

France, Thrash (2021, Music records)

Oh que voilà une grosse claque thrash qui se pointe! Droit dans ta face, sans temps calmes (ou presque – le break de No time to complain et l’instrumental The way to eternity, aérien, pause obligatoire dans ce maelstrom de fureur), les Français de Dead Tree Seeds ne font pas dans la dentelle. Formé sur les cendres de Triakhantos, Dead Tree Seeds publie, en 2013, un premier album (Seeds of thrash) avant de vivre de multiples changements de line-up – ce qui explique sans doute les 8 années qui séparent ces ceux albums. Peut-on dès lors parler d’un nouveau départ? Sans doute. Les dix titres de Push the button évoquent aussi bien Slayer qu’Exodus ou Metallica, Testament… Brutal sans perdre de vue la nécessité d’un rythme entraînant (certes plombé mais irrésistible), cet album aux références parfaitement assumées – le thrash naissant de la Bay Area teinté de death, de Tampa plus que de Suède – se révèle une franche réussite. Le son, clair et puissant, le chant, rugueux et rageur, les guitares, acérées et tranchantes, la rythmique, syncopée et épileptique… Il n’y a simplement rien à jeter dans ce nouvel essai – véritable coup de maître. Bravo!

THE LOSTS: Mystery of depths

France, Heavy metal (Autoproduction, 2021)

Cinq années séparent Mystery of depths de son prédécesseur, …Of shades and deadlands, paru en 2016. C’est long, mais j’imagine que The Losts aurait volontiers sorti cet album un peu plus tôt si un certain virus n’avait pas foutu le binz un peu partout… Les nordistes continuent d’explorer leur thème de prédilection en narrant la suite des aventures du peuple des Egarés, qui a donné son nom au groupe (oh?). Et la grande force de The Losts est d’avoir trouvé un juste équilibre entre ses influences et les divers genres qui font la richesse du metal. Fondamentalement heavy, le groupe navigue au travers de divers univers sonores, passant avec un réel bonheur du heavy pur jus au metal extrême. Le chant et les guitares nous proposent de nombreuses envolées dignes ici des fleurons du power mélodique, là des belles heures du heavy speedé. Le chant – un anglais parfaitement maîtrisé – est également puissant et varié. The Losts sait diversifier les plaisirs avec des influences sombres, racées voire même orientales… et parvient à conserver de bout en bout l’attention de son auditeur. 12 morceaux qui, si certains proposent des structures complexes et des rythmes variés, tapent juste là où il faut. Maintenant, une question: combien de temps faudra-t-il attendre la suite des errances sans fin de ce peuple perdu? Parce que Mystery of depths est dans la parfaite continuité de son prédécesseur, reprenant les mêmes ingrédients en les améliorant encore.

REDEMPTION: Three of a kind

France, Hard rock (Autoproduction, 2021)

Bien sûr, si on vous parle, aux plus anciens amateurs de hard rock et de heavy metal principalement, de Mama’s Boys, Van Halen, Rock Goddess ou, ceux là peuvent parler aux plus jeunes, DeWolff, vous comprenez le lien. Des fratries et sororités sont la base de ces formations. Redemption va plus loin encore puisqu’à la paire de frangins vient s’ajouter un papa. Une histoire de famille? Un chaperon de noir vêtu? Redemption, ceux qui y étaient s’en souviennent, a remporté le tremplin Voice of Hell et a eu le privilège de fouler la Mainstage 2 du Hellfest 2018. Aujourd’hui, après deux Ep, le trio nous offre Three of a kind, leur premier album autoproduit et attendu. De bout en bout cet album fleure bon le heavy rock vintage, gras et direct. Bien sûr, la forme trio et l’esprit crade et dans ta face fais penser à Motörhead, mais on n’a pas à faire à une pâle copie. Non, la famille Kuhn propose un condensé de heavy rock qui pue la bière et les relents de clopes, du genre qu’on joue au fond d’un pub malfamé. Bon, ça, c’est la version 70’s du genre qui a depuis évolué, mais l’idée est là. Au travers de 11 titres chantés avec une voix grave, puissante et profonde dans un anglais perfectible mais déjà très correct, le trio se lance corps et âmes dans l’aventure, pied au plancher sans regarder dans le rétro. Digne héritier de Motörhead, des Ramones ou encore de Danko Jones, Redemption fonce pied au plancher. Pas de fioritures, que du gros, du gras, du lourd, du direct. D’aucuns pourraient croire à un coup de pub, mais non, Redemption est un groupe à prendre très au sérieux, un de ceux qui risquent de redonner un sens au terme rock’n’roll.

Interview: CROWN

Interview CROWN : entretien avec Steph et David. Propos recueillis au téléphone le 6 avril 2021

 

 

Metal-Eyes : J’imagine qu’en pleine promo on vous pose souvent le même genre de questions, alors commençons par quelque chose d’original pour faire de cette interview un moment agréable : le dernier album de Crown remonte à 2015. Que s’est-il passé entre temps ?

David : Ecoute, moi, je suis ingé son live, donc je tourne pas mal à l’étranger, jusqu’à ce que le Covid arrive… J’ai tourné avec Alcest, The Ocean et plus récemment avec Abbath, donc j’ai tourné un peu partout. Le processus a donc pris son temps, j’ai commencé à écrire les démos en… 2018. David a un studio, et trouver du temps pour nous retrouver, travailler… ce n’était pas évident.

Steph : Et puis on a fini il y a un an et demi. Ça a été repoussé à cause du Covid. Ça a été moins long que ce qu’il n’y parait.

 

Metal-Eyes : Le Covid a repossé la sortie de ce nouvel album qui arrive le 16 avril. Y a-t-il eu un autre type d’impact que de simplement retarder sa sortie.

Steph : On avait une tournée prévue qui a été repoussée trois fois, comme l’album. Mais il n’y a pas eu trop d’impact, ça nous a permis de bien bosser sur la sortie de l’album, sur sa promo.

David : Pelagic, le label, avait une exigence, d’avoir le temps de faire de la promo avant de le sortir. Donc on l’a fini dans le speed et c’est rigolo : on a fini dans le speed pour, finalement, devoir repousser sa sortie, mais ça, ce n’était pas prévisible…

 

Metal-Eyes : C’est le quatrième album de Crown. Comemnt est-ce que l’un et l’autre, le premier avec une oreille formatrice du… on ne peut même pas parler de « groupe dans votre cas »… – du concept Crown, et l’autre avec une oreille extérieure, celle d’un ingénieur du son, analyse l’évolution de Crown entre Natron (2015) et The end of all things ?

David : Moi, en tant que mixeur et producteur de l’album d’avant où je suis intervenu sur le tard et celui-là où je joue des guitares, claviers et travaillé sur les arrangements… je dirai que ce qui figure sur le dernier était déjà là sur le précédent mais de manière un peu plus discrète. C’est surtout le côté chanté, c’est ce que j’ai dit à Steph, de pousser dans cette voie, de pousser ce côté chanté et surtout de prendre ces voix très mélodiques, claires, un peu crooner… Que ça devienne un peu plus un truc qu’on puisse exploiter. Je crois que Steph, de son côté, il avait aussi cette envie…

 

Metal-Eyes : Attends, David, il est avec toi, laisse le parler, laisse le donner son avis

David : Ok, vas-y Steph (rires)

Steph : C’est venu naturellement. Je n’ai jamais vraiment eu envie à chaque album de faire quelque chose de différent… euh, pardon, de faire quelque chose d’identique (ils se marrent)

David : Voilà pourquoi je ne voulais pas le laisser parler…

 

Metal-Eyes : Là, il va falloir qu’on en parle… Ceci dit, il y en a qui se débrouillent très bien à faire des albums identiques…

Steph : C’est vrai, mais moi, c’est pas mon truc, je m’ennuie rapidement. A la base, je voulais faire quelque chose de plus agressif, mais j’ai commencé à écrire et c’est venu comme ça, naturellement, sans me dire « maintenant, il faut que ce soit comme ça ». J’ai laissé venir ce que j’avais en tête, les émotions, et… voilà !

 

Metal-Eyes : Pour moi, ce que je retiens de l’album c’est que c’est un ensemble assez sombre, rythmé, électro, inquiétant… Qu’avez-vous voulu mettre dans ce nouvel album ?

Steph : C’est par rapport à tout ce qui peut se passer dans le monde, d’un point de vue politique, économique, écologique, du point de vue des relations humaines… On en est arrivés à un point de non-retour. La musique de Crown a toujours été très sombre, aussi. J’ai toujours été attiré par le côté obscur. C’est une vision assez apocalyptique du monde et de ce qui me touche particulièrement. Il y a beaucoup de choses qui me révoltent et j’essaie de faire passer ça dans un côté mélodique, J’aime que chacun puisse se faire une interprétation particulière, de la musique ou des textes… Il y a un peu de lumière, une sorte de dualité entre ténèbres et lumière…

 

Metal-Eyes : Je vois plus le côté « ténèbres », qui arrive d’ailleurs dès la pochette avec ce roi des échecs qui se désagrège, qui part en poussière. Vous avez voulu exprimer quoi avec cette pièce d’échecs ?

David : C’est Max Loréo qui a fait le design de l’album. L’artwork était déjà prêt en 2018, ce qui est un peu étrange. C’est une référence au roi du film d’Ingmar Bergman, le septième sceau, où c’est un jeu d’échecs…

 

Metal-Eyes : Contre la mort. Qui gagne…

David : Voilà, et c’est un concept par rapport à la fin du monde. La mort n’existe plus, il n’y a plus que le néant.

 

Metal-Eyes : Tu parles de références cinématographiques… Quelles sont vos sources d’inspirations et de distractions à l’un et à l’autre ?

Steph : Moi, j’aime beaucoup le cinéma, je regarde … pas … beaucoup de séries…

David : Beaucoup ou pas beaucoup ?

Steph : Beaucoup, je regarde beaucoup de séries…

 

Metal-Eyes : Vous n’allez pas vous engueuler en direct les gars…

Steph : Ah, ah ! si ! Je suis un gros fan de David Lynch. En ce moment, je suis en train de regarder une série exceptionnelle qui s’appelle Six feet under qui parle d’une famille de croque-morts, et ça illustre très bien ce qu’il se passe en ce moment dans les relations humaines, les difficultés à sortir du monde environnant. C’est assez… authentique.

David : Moi, je suis producteur, c’est mon job de tous les jours… Je fais ça tellement, que quand je me mets devant un truc, en général, au bout de dix minutes, je dors ! Je te dis pas comment c’est sexy pour ma chérie… J’ai dû faire 450 albums et, à mon avis, la production, c’est une grande part de psychothérapie. En termes de découverte de l’humain, de ses fantasmes et de ses envies, il y a beaucoup de choses… C’est pas mal non plus ! C’est concret que virtuel… A part ça, je n’ai pas beaucoup de hobbies.

 

Metal-Eyes : Quel est le dernier film devant lequel tu t’es endormi ?

David (rires) : Très bonne question ! Ecoute, je m’endors pas toujours… Le dernier truc devant lequel je ne me suis PAS endormi, c’est Sea speracy, un truc sur la mer, sur la pêche intensive. Je ne suis pas très écolo, mais je me suis pris un tarte… C’est impressionnant, et ça va très bien avec The end of all things, parce que quand tu as fini, tu te dis « gauche ça va pas, droite, ça va pas non plus… Blanc, ça va pas, et noir non plus… bon, on fait quoi alors… ? »

 

Metal-Eyes : De quoi traitent vos paroles, quels thèmes abordes-tu ?

Steph : Alors là, on rentre dans un côté assez abstrait parce que quand j’écris des textes, je n’ai pas vraiment de thème particulier…

 

Metal-Eyes : OK, merci. Salut, alors ! (rire général)

Steph : Non, c’est plus des espèces de tableaux qui m’apparaissent. Ensuite, ça va rejoindre, se mêler à tout ce que je disais avant par rapport aux relations humaines. Ça peut être la détresse, la domination… C’est difficile d’en parler. Les gens se font leur propre interprétation.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des choses que tu préfères ne pas aborder, qui n’ont pas leur place dans Crown ?

Steph : Euh… Je n’ai pas envie de parler de politique, c’est le genre de truc qui ne m’intéresse pas, mais sinon… Non, je ne me donne pas vraiment de barrière… C’est une bonne question…

David : Ouais, c’est une bonne question ! C’est peut-être même la meilleure question de la journée, franchement ! (ndMP : frime, frime ! yeah, saute partout dans la chambre…)

Steph : En fait, je n’ai envie de rien m’interdire… Depuis que j’ai commencé, je tourne autour des mêmes choses, le monde post apocalyptique…

David : Quand j’étais gamin, je regardais Mad Max 2 en boucle. Et gamin, 9 ou 10 ans, je te jure, je me disais « vivement l’apocalypse, ça va être trop bien : on va être habillés en cuir, on aura des dreads, on roulera dans le désert sur des motos ou dans des bagnoles d’enfer » (Steph est mort de rire) Et franchement, aujourd’hui, on y est quasiment et je me demande si j’ai vraiment envie de le vivre (voir note précédente). Il y a un autre truc que je voudrai ajouter : l’interprétation que les gens peuvent avoir des textes est bien plus intéressante que ce à quoi tu penses quand tu les écris.

 

Metal-Eyes : En parlant de gens, vous avez travaillé avec une invité, Karine Parks d’Arabrot. Elle intervient sur Utopia, le dernier titre. Comment avez-vous pris contact avec elle ?

David : Je m’occupais du son sur la dernière tournée de The Ocean, et en général, soit tu fais le son pour un groupe, soit pour tous les groupes de la tournée. Là, c’était le cas et il y avait Arabrot dans le lot. Je les avais vus à Colmar, mais Karine n’était pas encore là. Je les ai vus plus tard en duo avec son mari et sa voix m’a mis sur le cul, elle a un registre énorme. On avait un morceau qui était en chantier, et je me souviens que Robin, son mari, m’a suggéré de lui demander. Je lui ai fait écouter l’album, elle m’a dit que c’était vachement sombre… Je lui ai fait écouter un morceau, ça lui a plu et je lui ai proposé de le faire. Elle a dit oui… Un ou deux mois après, elle nous a envoyé une maquette avec ses voix, c’était assez pop, et ça a été un challenge de le faire…

 

Metal-Eyes : Même si vous naviguez dans des univers musicaux différents, Arabrot a aussi des aspects sombre. On pourrait même dire que certains aspects doom vous lient.

Steph : Oui, c’est cohérent, totalement.

David : Son texte est aussi sombre que les tiens, c’est vrai. Et puis, dans tes lignes de chant – tu vois, je parle à Steph en même temps… – il y a ce truc un petit peu lumineux. C’est très beau, et ce qu’a fait Karine, c’est très beau aussi, avec des tessitures différentes, mais ce n’est pas si éloigné.

 

Metal-Eyes : En même temsp, je trouve que votre album, s’il est sombre, possède aussi un côté… pas lumineux mais presque joyeux, sautillant, dansant…

Steph : Waow… on ne me l’avait pas dit encore ça !

David : Je dirais qu’il y a… dansant, oui, mais peut-être plus lumineux quand même, pour rendre l’ensemble plus accessible, plus émotionnel on va dire.

 

Metal-Eyes : Si, pour expliquer ce qu’est Crown aujourd’hui, ne retenir qu’un seul titre de l’album, ce serait lequel et pour quelle raison ?

Steph : Je dirais, le premier titre, Violence, ou Illumination…

David : T’en as pris deux, là !

Steph : Oui, je sais… C’est dur. C’est une bonne question aussi…

David : Je dirais que c’est les deux qui résument…

 

Metal-Eyes : Oui, mais tu viens de lui dire que ça en fait deux ! A la limite, vous en prenez une chacun et ça fera l’affaire…

David : Oui, c’est ce que j’allais proposer. Il en aurait dit une, j’aurai choisi l’autre, mais il a cité les deux ! Je suis baisé… On est assez fiers de tout ce qu’on a fait, mais ce n’est pas un hasard si on met ces deux là un peu plus en avant, ils résument assez bien le disque.

Steph : C’est vrai que j’ai une préférence pour Violence…

 

Metal-Eyes : Oui, pour quelle raison ?

Steph : Alors là (rires) ! Quand je l’écoute, ça me fait ressentir beaucoup de chose.

David : Le texte est assez personnel aussi. Quand tu dis « be part of my violence », à chaque fois, je me dis « waow, j’aurai bien voulu l’écrire cette phrase »… Comme articulation de couple, c’est pas mal (Steph se marre), c’est comme ça que je le vois ! Tu dis ça à ta meuf, mon vieux, t’as intérêt à courir vite après (rire général) !

 

Metal-Eyes : Si vous deviez penser à une devise pour Crown, ce serait quoi ?

David : Je veux bien commencer : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

Steph : Ecoute, je suis totalement d’accord !

David : Ah, non, il t’en faut une aussi ! Non, je pense que ça s’applique assez bien à ce qu’on a voulu faire… On a envie de se renouveler, de prendre des risques, d’aller plus loin. Là, c’est plus artistique.

Steph : Je dirais « sortir de sa zone de confort », parce que c’est important de prendre des risques.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : vous avez signé avec Pelagic qui grandit et signe un certain nombre de compatriotes. Qu’est-ce que ça vous apporte que vous n’aviez pas avant ?

Steph : Avec Candlelight, la communication n’était pas au top. Pelagic, ils sont totalement passionnés, et j’ai une totale confiance en eux et à ce qu’ils proposent : les vinyles, il y a de super beaux objets. Et ils ont un catalogue qui montre bien à quel point ils s’investissent.

David : Et en terme de travail de promo, ils sont efficaces : l’ensemble des vinyles a été vendu le premier jour !  

 

Metal-Eyes : Lequel des deux a la barbe la plus longue, pour qu’on puisse vous repérer ?

Steph :

David : Moi, David, c’est moi qui ai la plus longue barbe. C’est pas la seule chose que j’ai de plus long (rires). Non, c’est pas vrai, je tiens à préciser que ce n’est pas vrai (rires) !

 

Metal-Eyes : Je te rassure, je ne viendrai pas vérifier ! En plus, tu es à plus de 30 km, donc pas possible ! J’espère qu’on pourra bientôt vous retrouver en live et que votre album trouvera son public.

Steph : Merci à toi, c’était cool.

David : Oui, c’était fun !

JUNON: The shadows lengthen

France, Metal rugueux (Ep – Autoproduction, 2021)

Nouveau venu sur la scène du metal rugueux, Junon? Que nenni! Car le quintette est né des cendres d’un General Lee dont le post hardcore avait été suffisamment exploré. Revenant sous le nom de la déesse protectrice de la Rome antique, Junon propose un metal rugueux au chant aussi torturé que mélodique, aussi puissant que mélancolique. Au travers de The shadows lengthen, un Ep 4 titres – dont Carcosa qui a déjà été publié sous forme de single fin 2021 – le groupe explore une variétés d’horizons musicaux, alternant entre fureur explosive, guitares incisives, rythmiques en béton tout en proposant des moments plus calmes. Junon ne cherche jamais à réinventer le style, simplement il l’interprète avec force et conviction. Une carte de visite rageuse et efficace.

PRINCESSES LEYA: L’histoire sans fond

France, Metal parodique théâtral (Gambettes productions, 2021)

Le metal parodique, on connait de mieux en mieux. Pourquoi la musique devrait-elle toujours être sérieuse? Évoquer ce style en France, aujourd’hui, implique de citer inévitablement les Nantais de Ultra Vomit, mais voilà… La concurrence arrive en ce quatuor que sont les Princesses Leya. Ceux qui les ont vus sur scène le savent: sérieux de tous niveaux, passez votre chemin. Avec L’histoire sans fond, le groupe vise à le toucher, le fond… En mélangeant sketches au ridicule sublimé et chansons punki thrashisantes, en alignant conneries et jeux de mots improbables pendant 1h15, les « Princesses Leyettes » (c’est pas de moi, c’est d’eux) nous entraînent dans leur univers sans queue ni tête (bien qu’on parle beaucoup de cul quand même). La machine à claques fonctionne parfaitement bien, et on se marre de bout en bout. Musicalement, comme pour les autres rigolos mentionnés plus haut, la bande est irréprochable: ça joue et ça balance la purée genre méchant. Vous l’aurez compris: une bonne tranche de poilade et de rock brut vous attends ici. Tout est pensé pour faire comme si rien n’était pensé, comme si une bande de rigolos avait simplement décidé de mettre l’enregistreur en route et « on voit ce qui en sort ». Et ça marche. Incontournable pour tout amateur d’humour potache à prendre au 36ème degré.

BURNT UNMBER: Petroleum

France, Rock (autoproduction, 2021)

C’est en 2018 que naît Burnt Umber. Après avoir consolidé le groupe, ses deux fondateurs, la chanteuse Abby et la batteur J-War, s’attaquent à la réalisation de ce Petroleum, un premier album aux sonorités variées. Puisant dans un rock énergique, saccadé voire même parfois syncopé, les guitares proposent des plans aussi saturés qu’aériens. La tessiture de la voix d’Abby lui permet de couvrir une large palette d’émotions, de la puissance à la douceur – même si, vous me connaissez, l’anglais reste encore à travailler, plus dans l’articulation (pas toujours compréhensible sur les moments les plus durs) que dans l’accent d’ailleurs… Les titres – dont une reprise de Calling you, popularisée par le succès du film Bagdad café, qui interpelle par ses aspects autant respectueux qu’explorateurs de l’original – proposent une palette rock riche et diversifiée. Un ensemble qui interpelle, attire l’oreille et fait taper du pied. Mais, car il y en a un, malgré toute la bonne volonté et la qualité indéniable des compostions et de l’interprétation, il manque cette étincelle qui me ferait vibrer vraiment, ce petit truc qui viendrait me chercher pour ne plus me lâcher. Attention: c’est bien foutu et bien écrit, seulement, il manque ce quelque chose qui fait qu’un groupe se distingue. Travailler avec un producteur pourrait sans doute, à l’avenir, permettre à Burnt Umber de trouver sa véritable identité, sonore sinon musicale.

SOL DRACONI SEPTEM: Hyperion

Black Metal, France (Autoproduction, 2021

Une fois n’est pas coutume, hein… Je n’ai jamais été attiré par le metal extrême ou plus généralement par le metal hurlé, gueulé ou vomi. Ce type de « chant » me rebute, point. Ce qui ne m’empêche pas, parfois, d’écouter et de découvrir quelques oeuvre interpelantes. C’est le cas de cet Hyperion, premier album de Sol Draconi Septem, trio hexagonal qui puise son inspiration musicale aux croisées du black et de l’indus et littéraire en fouillant et revisitant l’oeuvre de Dan Simmons, auteur de SF, prolifique et de multiple fois récompensé. Son premier roman Hyperion, paru en 1989, est donc au centre de ce premier méfait. Je ne m’étendrai pas sur le style vocal, mais irai à l’essentiel: musicalement, Sol Draconi Septem nous propose des univers sonores variés, aériens et lourds, intrigants et parfois espiègles, et je me (sur)prends à voyager dans cet univers qui évolue entre Dune et la mythologie grecque. Le tout se tient bien, la production limpide apportant la profondeur nécessaire à  l’ensemble de cet album réussi. Le concept sera-t-il adapté scéniquement? C’est une autre affaire…