DELTA TEA: The chessboard

France, Prog (Autoproduction, 2020)

Dès les premières mesures de Chessboard, mon esprit est interpellé. Les ambiances imaginées par Delta Tea, groupe francilien formé en 2018, évoquent tout autant le Rush des grands jours (autant dire Rush, tout court…) que le jazz. Les envolées et harmonies de cette guitare légère et sautillante, joyeuse et entraînante, captent immédiatement l’attention et donnent envie d’en écouter plus. Si le CD ne contient que 5 titres, peut-on, pour autant le nommer Ep? En partie, The Chessboard totalisant 34 minutes, soit la durée d’un album d’antan, mais pas encore suffisamment long pour notre époque moderne. Ce premier titre ressemble à un long instrumental jusqu’à l’arrivée de chœurs vers 4’45. Complexe et envoûtant, tel est ce titre d’ouverture. Avec ses claviers planants et ses guitares d’un autre monde, Delocalised, le bien nommé, nous entraîne dans l’espace. La rythmique vient apporter une autre dimension. Les changements de tons et d’ambiances découpent chacun des titres de ce disque en une fresque grandiose, et pas forcément facile d’accès à la première écoute. Je verrai bien The chessboard joué sous la forme d’un ciné concert, tant à la mode ces derniers temps. Until dust continue dans une veine plus déterminée, avec toujours autant de tiroirs et de recoins. Le puzzle lorgne vers des sonorités hispanisantes, voire orientales, autant qu’occidentales. Delta Tea, avec ce premier disque signe une oeuvre complexe, peut-être même un chef d’oeuvre progressif, jazz, rock aux guitares aériennes et furieuses, un disque qui ne peut laisser les amateurs du genre indifférent. Jamais lassant, toujours intriguant, ce disque varié ne mérite qu’une étiquette: Musique. Ni plus ni moins. Une superbe découverte.

7 WEEKS: Sisyphus

France, Metal (F2M Planet, 2020)

Quatre années d’attente. Une longue période qui sépare A farewell to dawn (2016) de ce nouvel album, Sisyphus. La route a été longue et semée de doutes, de ceux qui font même penser à jeter l’éponge. Mais 7 Weeks se remet à l’ouvrage, à l’image du mythologique personnage de Sisyphe qui est condamné à éternellement pousser un rocher en haut d’une montagne. Cette montagne d’épreuves, les Limougeauds l’ont vraisemblablement surmontée et nous proposent un album riche, puissant et varié. Que les chansons soient plus directes (Solar ride, Magnificent loser, le cauchemardesque Insomniac) ou ambiancées (Gone, Sisyphus), voire aériennes (Idols) ou quasi psyché (Breathe et son solo très 70’s, The crying river également très southern rock), le groupe se fait plaisir en explorant divers univers sonores. C’est efficace, le chant de Julien Bernard colle parfaitement à l’esprit rock embué et enfumé du groupe qui taille dans le vif  avec un album court (à peine plus de 36′). La tournée a commencé, espérons qu’elle se rallonge!

BOOST – Reboot

Metal indus, France (Mystyk prod, 2019)

Dès Silence is a gift, le ton est donné: Boost nous plonge dans l’univers que le collectif a voulu forger à sa création en 1996. Malgré le soutien de Lofofora, Mass Hysteria ou encore Loudblast, Boost disparaît au début des années 2000. Mais les voici de retour avec Reboost, un album que l’on peut résumer en un mot: puissant. Sur chacun des 11 titres, la puissance mêlée aux sonorités industrielles fait mouche. Le chant puissant, déterminé, dans un anglais parfaitement maîtrisé, partagé entre Michael da Silva et Howie Shaw est doublé de choeurs à l’avenant. From darkness into light pourrait passer pour prophétique tant Boost semble ici inspiré. Impossible bien sûr de ne pas penser à la martialité d’un Rammstein ou à la folie d’un Ministry qui auraient fricotés avec du neo metal (Epic fail).  Et si l’on doit faire référence à une formation française, alors Boost se rapproche méchamment et avec sa propre identité d’un Mass Hysteria. Enervé, explosif, enragé, p23as un instant Boost ne baisse sa garde. Son message est clair sur le très speedé Break qui débute avec un « Motherfucker » bien senti et qui continue comme un cri de colère. Lies make laws (oh que c’est d’actualité, au moment de la sortie comme à n’importe quel moment!) démarre certes plus calmement mais, c’est un trompe l’oreille. Ça bastonne à tous les étages, chaque titre apportant sont lot de headbang, de breakdown, de… puissance (on y revient) et de rage.  Impeccable de bout en bout, un conseil aux amateurs de metal indus, bien foutu: jetez vous sur ce Reboot qui devrait, s’il y a une justice, signer le retour en force de Boost.

PORN: No monsters in god’s eyes

France, Metal indus (Les disques Rubicon, 2020)

A peine plus d’un an aura passé depuis le second volet de la biographie de Mr Strangler. Voici donc le gamin morbide devenu adulte psychopathe revenir pour le dernier acte de son histoire. Avec ce No Monsters in god’s eyes – Act III, Porn met un terme à ce récit grandiloquent et décadent. Les 13 morceaux narrent,  sur fond de metal industriel inspiré autant par Ministry que Rammstein, les derniers jours sur Terre de Mr Strangler. Après l’enfant se découvrant une attirance pour la mort, le second volet le voyait passer à l’acte et prendre du plaisir à tuer. Ici, Mr Strangler est arrêté, interné et exécuté. La froideur des sons industriels, le rythme lourd, oppressant le chant lent posent le cadre dès Dead in every eyes. Dans un délire qui lui est propre, Philippe, le père de Mr Strangler et chanteur de Porn, décomposent certains morceaux (High summer day et Low winter hope) en plusieurs parties qu’il éparpille, tel un corps dépecé, tout au long de l’album. Un jeu de piste qui ajoute encore au mystère de cette sombre histoire. Des touches de Paradise Lost ressortent sur le très sombre Low winter hope, tandis que In an endless dream lorgne plutôt du côté de la cold wave, et certains passages évoquent même l’univers sonore de Pink Floyd… En variant les ambiances et les rythmes, non seulement Porn parvient à maintenir l’attention mais également à dépeindre les différents tableaux de cette oeuvre – car il s’agit bien de cela. Bien que ce troisième acte s’écoute de bout en bout avec plaisir, c’est ensemble que The ogre inside (2016), The darkest of human desires (2019) et No monsters in god’s eyes (2020), les trois volets de cette « aventure », doivent être écoutés pour prendre toute la mesure de cette oeuvre unique, ambitieuse et particulièrement réussie. Ça tombe bien, Porn nous promet un package réunissant l’ensemble de ce « gorepéra » metal.

Exposition photos: Yann CHARLES à la Maroquinerie

ANNULE !

Les amateurs le savent: Yann Charles, en plus d’être un bon vivant légèrement grande gueule, est surtout un incontournable des pits photos de Paris et de Picardie.

La Maroquinerie accueillera à partir du lundi 23 mars le photographe dans le cadre d’une exposition de certaines de ses œuvres que le public pourra découvrir aux horaires d’ouverture de la salle, dans la partie bar restaurant (au fond de la cour, si vous ne connaissez pas).

Si vous souhaitez voir et/ou rencontrer Yann, le vernissage se fera le vendredi 27 mars à partir de 19h. Dans un premier temps, l’exposition sera en place jusqu’à fin avril, et pourrait reprendre en juin.

Les amateurs de beaux clichés et de metal (rock et blues sont aussi de la partie) pourront se procurer un tirage original et/ou le livre que Yann va consacrer à l’ensemble de son travail.

Interview: CARCARIASS

Interview Carcariass : rencontre avec Raphaël Couturier (basse). Propos recueillis au Black Dog à Paris, le 12 février 2020 2020

Metal-Eyes : Raphaël, commençons par les nouvelles du moment puisque Carcariass a recruté un . Que peux-tu nous dire de plus pour expliquer ce choix ?

Raphaël : Pascal Lanquetin compose tous les morceaux, et sur scène, on a toujours joué à joué. On s’est dit que, maintenant qu’il y a un nouveau chanteur, une guitare supplémentaire ne serait pas de trop. On a donc proposé à Bob de venir jouer avec nous.

 

Metal-Eyes : Présente nous Bob, justement.

Raphaël : Alors, Bob… Pourquoi Bob ? Parce qu’il joue dans un autre groupe dans lequel joue aussi Pascal, Mindwarp, en Suisse.

 

Metal-Eyes : Bob, c’est son vrai nom ?

Raphaël : C’est son nom de scène. Il n’a pas de vrai nom…

 

Metal-Eyes : Dommage, la vie est dure parfois…

Raphaël (rire) : Non, c’est lui, je sais pas… Ca fait un certain temps qu’il joue avec Pascal, mais c’est à peu près tout ce que je peux t’en dire, je ne connais pas bien son background…

 

Metal-Eyes : Carcariass a été absent pendant une dizaine d’années, depuis X-tinction…

Raphaël : Alors, non, c’est faux ! On a été absents de fin 2005 à 2016, mais entre temps on a enregistré, en 2008, l’album X-tinction. On ne jouait plus en live, du moins pas ensemble parce qu’on vit tous à des endroits différents, mais on jouait chacun chez nous. On a sorti l’album, et on fait un clip.Là, on a repris en 2016, le temps de faire l’album, on a fait quelque concerts, le temps de se demander si on veut jouer ensemble ou pas – la réponse, c’est oui. Entre le moment où on compose et celui où on enregistre et on sort l’album, il se passe un peu de temps…

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui a motivé votre retour, justement ?

Raphaël : L’argent (rires) ! Il y a différentes choses qui ont fait qu’on a dû arrêter, le boulot, nos situations familiales. En 2016, Pascal a rejoué avec Bertrand dans Mindwarp, pas longtemps mais assez pour qu’il se dise avoir envie de remonter Carcariass. Ils m’ont demandé, on a essayé et on a vu qu’on était tous motivés. Il y a un contexte qui faisait qu’on avait envie de rejoué et qu’on en est encore capables.

 

Metal-Eyes : C’était le bon moment, donc ?

Raphaël : C’était le bon moment. On jouait tous de la musique à côté, mais jouer ensemble, c’ets bien plus intéressant.

 

Metal-Eyes : Vous revenez aujourd’hui avec cet album, Planet chaos qui va plus loin que le simple death metal pour lequel on vous connait, ou, plutôt, auquel vous êtes affiliés. Que peux-tu nous dire sur la conception, les origines de ce disque ?

Raphaël : Il y a des morceaux qui remontent à longtemps, que Pascal avait enregistrés dans son coin et quand on s’est revus, on s’est dit que ce serait bien d’enregistrer quelque chose. Lui, il avait déjà préparé des morceaux. Lui, il compose, nous, on est là pour jouer les méchants et lui dire ce qu’on aime et ce qu’on trouve moins bien. Il n’est pas content(il sourit) mais c’est le processus qui fait qu’il accepte des critiques, parfois pas facilement, mais ça fini par arriver.

 

Metal-Eyes : Et j’imagine qu’elles sont faites dans l’intérêt du groupe…

Raphaël : Bien sûr. Après nos différentes discussions de ce genre, on aboutit à quelque chose qui plait à tout le monde. Donc au départ, il compose dans son coin, ensuite, il nous fait écouter et on lui donne notre avis. Après, il faut enregistrer une maquette, on rajoute a batterie. Après on travaille la basse et enfin, on regarde s’il y a de la place pour le chant. Comme toujours, il y a des morceaux sans chant parce qu’on se rend compte que ce n’est pas intéressant ou qu’on n’a pas envie d’en mettre. Pour cet album, on voulait changer aussi le chant : moi, je suis capable de chanter d’une certaine manière mais pas autrement et c’est pour ça qu’on a demandé à Jérôme Thomas qui est avec Disorder Of Science de faire des essais avec nous. Ils ont été concluant, il est capable de chanter en chant clair et de bien plus moduler sa voix, ce dont je ne suis pas capable. Je connais mes limites, aussi. On lui a dit qu’on trouvait ça super, et on lui a confié tout le chant de l’album. Et il sera là pour la suite aussi.

 

Metal-Eyes : La plus grande différence entre Planet chaos et vos albums précédents réside-t-elle dans le chant ? Il y a une variation qui est marquante…

Raphaël : Oui et non… Il y a d’autres variations : Pascal a ajouté des synthés à certains endroits, ce que, clairement, on ne faisait pas avant. La manière de composer, aussi, il a pris beaucoup plus de temps pour que ce soit plus propre. Mais, effectivement, les grosses différences c’est le chant et le synthé, surtout pour les intros. On a plus de morceaux et on a plus pris notre temps. Au final, ça donne ça.

 

Metal-Eyes : Ça donne un résultat assez sombre, à l’image de la pochette, et en même temps…  pas atmosphérique mais plutôt spatial. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ce nouvel album ?

Raphaël : Eh bien, voilà, justement : une fois qu’on a réfléchi à la musique, on voulait une ambiance qui soit SF. Tous les titres ne sont pas, Letter from the trenches parle des Poilus de la première guerre mondiale, mais on voulait qu’il y ait une certaine thématique. Pour l’écriture des paroles et des messages, on voulait quelque chose qui soit du Carcariass, pas forcément très joyeux parce qu’on fait de la musique qui est comme ça. Après, on a envie que ça nous plaise. Le but, c’est de faire la musique qui nous plaise, et tant mieux si ça plait à d’autres.

 

Metal-Eyes : Au sujet des etxtes : le titre de l’album est assez explicite, surtout quand on regarde le monde dans lequel on vit, tu viens de citer Letter from the trehnches qui par de la grande guerre, qui est également une période de grand chaos. Y a-t-il des thèmes de prédilections et, au contrairs des sujets que vous n’aborderez jamais ?

Raphaël : On fait du metal, on ne va pas parler de… je veux dire que, dans le metal, il y a quand même certains types, des stéreotypes, même, au niveau des paroles. On n’est pas un groupe qui veut faire passer des messages politique, religieux ou je ne sais quoi, donc, ça, on ne fera jamais. Après, on reste assez classique, on ne va pas dire qu’on est originaux par rapport aux paroles.Je trouve que ce qui est original dans Carcariass, c’est la musique. La guitare y est pour quelque chose. Si tu es guitariste, tu reconnais vite la touche de Pascal Lanquetin. Il est capable de faire des choses variées, mais il a son phrasé, une manière de composer qui lui est propre, son identité.

Metal-Eyes : En 15 ans, il y a beaucoup de choses qui ont changé dans la musique. Comment analyserais-tu l’évolution de Carcariass entre vos deux derniers albums, chant mis à part ?

Raphaël : Avant, on disait qu’on ne mettrait jamais de synthés, mais ça c’était avant. On en met sur certaines intros parce que ça apporte quelque chose de plus. Avant on se définissait comme un groupe de death metal, maintenant, est-ce qu’on en fait encore ou pas ? On s’en fout, on fiat la musique qui nous plait.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Planet chaos pour présenter à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Carcariass aujourd’hui, ce serait lequel ?

Raphaël : Eh bien, je choisirai Letter from the trenches. On a mis des morceaux en ligne, il y en a quatre avec des vidéos et c’est celui qui a le plus plu. Au final, il représente bien Carcariass. Ce n’est peut-être pas le meilleur morceau mais il est très représentatif. Il y a du chant, il est plus enjoué.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être en 2020 la devise de Carcariass ?

Raphaël : Pas facile… Qu’est-ce qu’on a envie de faire en 2020 ? Des concerts…

 

Metal-Eyes : On va en parler. Je te demande la devise qui pourrait être la vôtre…

Raphaël : Carcariass est de retour… Je sais pas comment répondre à ça. « Carcariass est toujours là », la preuve.

 

Metal-Eyes : « Toujours là », ça me va. Tu viens d’en parler, un album, ça se défend sur scène. Quels sont vos projets ?

Raphaël : Ce qu’on aime bien faire ces temps-ci, c’est des festivals, parce que, dans les festivals, il y a du monde, plus que dans une tournée. Et une tournée, ça demande plus d’organisation : maintenant on est cinq, il faut qu’on soit tous dispo.

 

Metal-Eyes : Deux membres de plus, pratiquement 50% de plus, ça signifie aussi au moins une chambre d’hôtel de plus, de la logistique supplémentaire

Raphaël : Voilà, plus de contraintes aussi quand on veut répéter… Des festivals, alors. Il y aura le Lyon Fest en juin et d’autres qui sont en cours, mais rien n’est encore arrêté donc il faut s’informer en direct sur le site du groupe. On ne vit pas de la musique, donc on étudie les propositions, on vérifie si ça colle ou pas, en fonction aussi des contraintes de chacun, et on accepte. Ou pas.

HATRED DUSK

Thrash, France (Mystyk prod, 2019)

Si Hatred Dusk a vu le jour au cours des années 90 en région parisienne, le combo a aussi mis la clé sous la porte après seulement quelques démos. On pourrait croire en un signe disant que le groupe n’a pas d’avenir, et pourtant… Voilà les cinq qui, dès 2018, remettent le couvert, publient un premier Ep avant de s’attaquer à ce premier album d’un thrash sans concessions qui parait fin 2019. Le ton est donné dès Raging dogs: le groupe est en forme et montre les crocs tant il a faim. Les guitares furieuses de Nico et K.Kan rivalisent de vélocité, de rage et de puissance en proposant des riffs acérés, la section rythmique de Jahno (basse) et Jean-Yves (batterie) ne se lassant pas de faire en sorte de briser des nuques tandis que Phil déverse sa rage vocale avec une réelle détermination. Si Phil fait preuve de variété, il est difficile de comprendre les textes chantés (OK, RATP commence avec un joli « enculés », on se doute que le groupe ne porte pas la Régie et ses contrôleurs dans son cœur, mais pas forcément à cause des grèves…) Nul doute que Hatred Dusk trouve en des Slayer, Testament, ou plus encore sans doute, ainsi qu’une certaine forme du punk anglais des origines et du hardcore US, mais surtout d’un certain esprit de la NWOBHM, de quoi alimenter son inspiration tout au long des 8 titres proposés. Ça dépote et ça nettoie les oreilles juste comme il faut!

SCARLEAN: Soulmates

France, Metal (Mystyk prod, 2019)

A l’mage de sa pochette  aussi attirante que perturbante – le contraste entre ces deux êtres à l’opposé dont on se demande lequel est le plus en souffrance – Soulmates, premier album des Français de Scarlean, ne fait pas dans la demi mesure. Puissant et direct, Next to the maker va droit au but: Alex,  chanteur à la voix douce, rauque et énergique, sait varier les intonations et moduler sa puissance. Metal à la fois moderne et plus traditionnel, Scarlean propose un album multi facettes et multi ambiances. La production et la composition pourraient permettre à cet album de franchir les frontières. Haters, direct et mélodique, Wasting my time, plus brut, proche d’une certaine forme hard core, le mystérieux Perfect demon, à la douceur hypnotisante, tout est réuni pour transformer cet essai en réussite. Bien sûr, on ne peut passer à côté de cette reprise de Wonderful life popularisé par Colin Vearncombe, titre auquel une certaine Anneke van Giersbergen pose son timbre unique. Le metal reprend ses droits dès le plus violent Treat me bad, avant qu’une variétés d’univers, doux et enragés, ne viennent teinter You will never know, proche parfois du metalcore. Soulmates est un album varié, puissant et entraînant, une introduction à un univers à part.

FIREMASTER CONVENTION: Châteauroux, du 21 au 23 février 2020

La semaine dernière, le Hall des expositions de Châteauroux (Indre) a ouvert ses portes à la première Firemaster convention consacrée au metal et au rock. Réunissant sur 3 jours amateurs et professionnels, la convention a proposé des conférences et de nombreux concerts, ainsi qu’un market varié.

Si le public a fait honneur à cette initiative, il a, comme tous les participants de cet événement – organisateurs, exposants et musiciens – souffert d’un froid humide, les lieux – un ancien gymnase fait de tôle et de béton – n’étant pas chauffés. Ceci est d’autant plus dommage que le département de l’Indre et la ville de Châteauroux soutiennent cette initiative. Et ce type d’initiative n’attire pas encore suffisamment de monde pour que l’organisation puisse débourser les sommes demandées. Peut-être serait-il judicieux d’envisager de décaler le prochain Firemaster à des jours plus cléments.

Metal Eyes ne s’est déplacé que le samedi. Ce jour là, la convention avait prévu des activités variées, dont une bourse d’échange pour collectionneurs avertis, une masterclass animée par le nouveau guitariste d’ADX, Néo. Le happening qui a clairement attiré le plus de monde – hors concerts – est la conférence animée par Elodie, attachée de presse et patronne de l’agence qui monte Ellie Promotion qui évoque avec la participation de Michel Bosseau (ex-Garance Production et Directeur chez Les Formation d’Issoudun) et Phil ‘Em All, ancien animateur du Rock Fort Show, fondateur du Paris Metal France Festival et (actuel) manager d’ADX. Le jeu des questions-réponses a permis de faire ressurgir nombre de souvenir de ces folles années 80, souvenirs qui voit le public approuver, hocher de la tête et frémir à l’évocation de certains événements qui font ressortir une once – mais toute petite once – de nostalgie.

Malheureusement, bien qu’annoncées, les séances dédicaces prévues avec les groupes du soir n’ont pas eut lieu – bien que les musiciens se soient avec plaisir et simplicité prêtés au jeu en croisant les fans – ni même le France Metal Awards que devait animer Khermit, fondateur de France Metal et organisateur de la convention. Le temps a manqué pour organiser les votes et réunir les musiciens concernés. L’an prochain, peut-être?

Au delà des stands variés où l’on trouve disques, CD, sculptures, créations diverses, la convention c’est aussi des concerts. Arrivés trop tard pour voir les progueux de Overstrange Mood, mais dans les temps pour les autres. Cependant, alors que j’entame une interview des copains de Vulcain, pas vus depuis une éternité, c’est Loaded Gun qui balance la purée. Impossible de discuter, sauf dans le camion des frangins Puzio où nous trouvons refuge.

Loaded Gun, que j’avais un peu démonté sur disque, c’est un look et une attitude scénique. Malgré un son un peu compliqué – la structure n’est pas la plus adaptée pour du rock – Loaded Gun fait le job. Avec son bon gros hard rock teinté 80’s – ça tombe bien, c’était le thème de la conférence…

D’ailleurs les groupes à suivre sont tous issus de cette période – Max coincé entre sa barbe et son kilt, harangue le public, tandis que derrière ses fûts, la crête de T.misterift gigote au rythme de ses martèlements. L’avant scène est à l’avenant bien que l’on sente une certaine concentration doublée d’une envie de bien faire. Le public de la journée semble apprécier.

Il est 18h lorsque la sécurité demande au public de bien vouloir quitter les lieux… Tous les billets ne donnant pas accès aux concerts du soir, il faut une nouvelle fois filtrer les entrées. La file s’allonge ainsi dans le froid avant que le public ne pénètre de nouveau dans ce hangar.

Les trois groupes de la soirée bénéficient du même temps de concert, soit 1h10.  Ce qui, naturellement, force chacun à peaufiner sa setlist. Le trio est en forme, ce soir, et Vulcain, comme à son habitude, balance un Rock’n’roll secours immédiatement acclamé et repris par un public connaisseur. Quelques « anciens » sont venus en famille (et je suis choqué de voir encore aujourd’hui des enfants sans protection auditive. Vous direz quoi quand votre marmaille se plaindra trop tôt d’acouphènes?) et savoure ces moments rares.

D’autant plus que Vulcain parvient à surprendre et faire plaisir. Si son set est, comme souvent, axé sur l’indémodable Rock ‘n’ roll secours, il fait aussi la part belle au dernier né, Vinyle, dont le trio joue pas moins de 3 morceaux (Vinyle, Motör et Héros). Si Avec vous (de V8) et Blueberry blues (Desperados) fonctionnent à coup sûr, la surprise vient de deux cartouches presque jamais jouées: tout d’abord Le soviet suprême (Big brother), toujours efficace, qui voit un certain Stephane Buriez (Loudblast, Sinsaenum) rejoindre Vulcain.

Le bougre parvient même à faire rire Daniel. Puis vient Derrière les cartes (Transition) qui voit les plus connaisseurs se transformer en piles électriques. Vulcain est en forme, est loin d’avoir dit son dernier mot et chauffe la salle comme il faut, avec un classique conclusion L’enfer/Vulcain et La digue du cul, moins efficaces que d’habitude, mais le public est conquis.

Changement de plateau rapide et voilà le gigantesque Chris Holmes qui investit les lieux accompagné de ses Mean Men. Gigantesque par la taille car, avouons-le, le guitariste est assez peu reconnu en France depuis son départ de W.A.S.P. Ses albums sortent assez confidentiellement, et le bonhomme est rarissime sur scène, en nos contrées en tout cas.

Alors le concert de ce soir pourrait bien prendre une tournure événementielle. Accompagné d’un tout nouveau bassiste français (dont le nom m’échappe mais qui n’a eu que 2 semaines pour apprendre le répertoire), Holmes met son répertoire en avant, mais sait qu’il ne peut passer à côté de certains morceaux de son ancien groupe. Ce sont ainsi les classiques L.O.V.E machine, 95 nasty ou Blind in Texas qui sont offert en pâture au public.

Ce qui est certain, c’est que le répertoire passe bien, très bien l’épreuve de la scène, malgré quelques soucis de son pas très vite arrangés. La guitare craque par instants, mais peu importe, on se satisfait de l’instant.

La prestation de Chris Holmes and Mean Men finit de séduire le public grâce à la doublette finale: Keep on rocking in the free world (Neil Young) suivi du non moins imparable War Pigs (Black Sabbath). Étrange de terminer avec des reprises, mais un choix somme toute plus que fédérateur au regard des réactions du public. Et quand on voit comment Neo s’échauffe à la guitare backstage, on se dit que la suite va être tout aussi dynamique!

La soirée se termine avec ADX, dernier bastion de cette French speed metal division. Le temps de faire quelques vérifications, et voilà que débute un concert imparable. Le groupe fait honneur à Bestial, son remarquable dernier album qui vient de sortir, en proposant d’office deux titres. Au dessus des croix noires et Les sanguinaires sont taillés pour la scène, même si le public en connait pas encore bien ce disque.

Alors on se rattrape avec les classiques que sont Déesse du crime, L’étranger (Exécution), Notre Dame de Paris (Suprématie) ou les plus récents La mort en face (Non serviam) ou Red cap (Ultimatum). Neo, le plus récemment arrivé au sein d’ADX est aussi facétieux sur scène qu’en dehors, tandis que son complice Niklaus reste concentré, tout en arpentant la scène tandis que Julien secoue sa crinière et harangue le public. La jeune garde apporte cette fraîcheur et Phil en profite. Toujours doté d’un bon mot, le chanteur séduit le public comme toujours tandis que son compère de toujours, Dog, martèle ses fûts comme jamais. Avec ADX, l’ambiance est festive, comme toujours.

Je n’assiste pas à la fin du concert – froid et route cumulés ne font pas bon ménage – et apprends que le plus que sympathique Fred Leclerc, ex DragonForce désormais chez Kreator – rejoint les 5 le temps de l’indispensable Caligula. Pas grave, ce qui rassure, c’est de voir que nos anciens sont toujours là, vaillant, et que la fin est encore loin.

Au final, si le froid représente le seul bémol, cette première édition de Firemaster Rock & Metal convention est une réussite. Une entreprise à réitérer l’année prochaine, avec un peu plus de chaleur, svp…

 

 

ELFIKA: Secretum secretorum

Metal symphonique, France (Valkyrie rising, 2020) – Sortie le 28 février 2020

Quand on parle de metal symphonique, impossible de ne pas penser à Nightwish, Within Temptation ou encore Therion. Difficile également de ne pas penser au chant féminin. Et en France, on pense à qui? Adagio, aux sonorités parfois extrêmes? Benighted Soul, qui malgré la meilleure volonté du monde ne trouve pas son public? Tout comme Whyzdom? L’arrivée d’Elfika pourrait modifier quelque peu la donne. Lire la suite