STUBBORN TREES: The stronger the wind…

France, Stoner rock (Autoproduction, 2024)

On ne va pas vous faire l’insulte de vous expliquer que le nom du groupe vient directement de cette catégorie d’arbres quelque peu rebelles qui poussent peu importe où en repoussant ou contournant les obstacles qui se dressent sur leur chemin… Non, ça, on ne le fera pas parce que ce qui nous (hein? pardon? Comment ça: « tu l’as fait quand même »?)… Reprenons. Ce qui nous intéresse, écrivais-je donc avant cette interruption, c’est The stronger the wind… un premier album signé des Français de Stubborn Trees, déjà auteurs de deux Ep (Stubborn trees en 2020, Roots en 2021). Toujours ancré dans les inspirations liées à mère nature, Stuborn Trees nous propose une exploration de ses diverses sources d’influences au travers de 11 titres qui oscillent entre gros hard rock avec des riffs dignes d’un jeune Black Sabbath et folk énervé. Dès Waiting for…, le groupe expose une palette de couleurs musicales avec une jolie variété tout au long de l’album. Quelques grognement viennent ici illustrer la colère de Mère Nature, quelques claviers apportent ailleurs une douceur enrobée de bienveillance. Sans rien réinventer, l’alliance des styles, du heavy rock vintage au grunge, en passant par une touche de folk et un peu d’extrême, donne à ce disque une jolie dimension. Totalement DIY – même la pochette dont on imagine qu’elle représente le maillage anarchique et totalement contrôlé de racines est dessinée par Laurie Prévot (Chant et basse) et Yann Eléouet (chant et guitare) – tous deux accompagnés par le guitariste Julien Le Page et le batteur Camille Barsamian – ce premier album est une carte de visite assez prometteuse.

HELLFEST 2025: L’affiche enfin dévoilée!

Enfin! On aura attendu beaucoup plus longtemps que d’habitude, mais le Hellfest vient enfin, ce 9 décembre à 17h, de dévoiler l’affiche de sa prochaine édition qui se tiendra du 19 au 22 décembre 2025. Pour rappel, inutile de chercher des pass 4 jours, ils sont partis depuis bien longtemps.

Comme chaque année, si on retrouve des grands classiques du festival, des habitués même (Scorpions, Judas Priest, Exodus, Orange Goblin, Epica, Airbourne, Ultra Vomit et même l’incontournable Very Special Guest présent tous les ans à cette période de l’annonce!), on se délecte de certains retours (Jinger, Walls Of Jericho, Turbonegro, Leprous, Sunn O))), Sacred Reich, Pentagram, ADX…) dont un Linkin Park renaissant forcément très attendu ainsi qu’un Dream Theater incluant son batteur historique.

Si on peut avoir l’impression de « voir toujours les mêmes », à y regarder de plus près, le Hellfest nous propose quelques nouveautés alléchantes. On pense à nos compatriotes de Furies (dont Lucie Sue fera également le show en solo) mais également – surtout – enfin l’arrivée d’un Royal Republic toujours exemplaire sur scène.

Les deux gros morceaux de 2025 sont cependant autre: après avoir reçu Generation Sex, ce sont aujourd’hui les Sex Pistols qui vont retourner Clisson ainsi qu’un Muse depuis quelques temps pré-senti qui va apporter une touche nouvelle au festival des musiques extrêmes.

Les râleurs peuvent râler, il n’empêche que le Hellfest nous propose une nouvelle fois une affiche variée et plus qu’alléchante.

VISAVIS: The art of collapse

France, Metal (M&O, 2024)

Il y a quelques années, j’avais craqué sur War machine, album autoproduit paru en 2018 marquant le retour des gars de Tulle, déjà responsables d’un premier essai en 1995, So special. Ce retour, Visavis le réitère aujourd’hui, 6 ans après (je crois avoir vu passer une autre production vers 2021, mais ils prennent leur temps quand même!) avec un Ep, The art of collapse. Il faut croire que le rouge est la couleur de prédilection de Visavis, un rouge vif comme le contenu musical de ce mini album. Les 6 titres de cette galette sont forgés dans ce metal lourd, pachydermique parfois et, surtout, toujours entrainant. On tape du pied et on secoue la tête dès l’introductif We don’t care. La suite, de l’hypnotique morceau titre à We’re not dead, passe par diverses couleurs du metal, à la fois moderne par sa production puissante et soignée et vintage avec ses consonnances punk que ne renierait pas un jeune Mötorhead. Ca passe vite, trop vite, et on espère seulement que le le groupe prendra enfin le temps de sillonner les route de France pour conquérir le public et ne pas nous faire attendre encore de longues années pour proposer une suite à ce bigrement efficace The art of collapse.

Interview: KLOGR

Interview KLOGR. Entretien avec Rusty le 14 octobre 2024.

Rusty, tu appelles pour parler du nouvel album de Klogr…

Oui, le nouvel album, Fractured realities, sortira le 31 octobre. On a commencé à l’enregistrer pendant le confinement. C’était une période étrange parce que nous avons commencé à écrire de nouveaux morceaux mais avec la mauvaise énergie… Personne ne savait si ça fonctionnerait, si un jour le monde tournerait de nouveau. Mais nous croyions toujours en la musique et nous avons, j’ai, commencé à composer. Après ça, certains membres du groupe ont eu des difficultés, avec leur « vrai » boulot et d’autres choses. Le process a vraiment repris en 2023 lorsque l’opportunité de remonter sur scène s’est présentée. Nous nous sommes alors dit que nous devions terminer nos compositions. Il y avait des choses différentes de ce que nous avions déjà fait, nous avons retrouvé la bonne énergie et nous avons terminé l’album au début de l’année 2024.

Tu as dit qu’un des membres du groupe avait des obligations personnelles. Cela signifie-t-il qu’il y a eu un changement de line-up ?

Non, on a eu un changement avec l’album Keystone, en 2017, parce qu’un des membres ne pouvait nous suivre en tournée. Pour certains d’entre nous, Klogr n’est pas le travail principal, alors c’est difficile de mixer la « vraie vie » avec la vie d’une tournée. Pendant la période de la pandémie, certains d’entres nous ont rencontré des problèmes avec le travail normal, et ce ne fut pas facile. Je ne veux pas parler de « dépression » mais les sentiments étaient au plus bas, rien n’était réuni pour que nous puissions composer de la bonne musique. Nous avons perdu une partie de notre enthousiasme vis-à-vis de la musique.

Comment avez-vous retrouvé cet enthousiasme ?

Je suis entré dans le studio, et j’ai dit : « les gars, on se réveille ! Nous avons la possibilité de partir en tournée, alors on se réveille et on compose ces putains de chansons ! » Et c’est ce que nous avons fait. Retourner sur scène était important… Nous ne sommes pas un groupe internet, de streaming, nous avons besoin d’être sur la route, avec un vrai public, nous devons prendre le temps de partager avec d’autres. On ne veut pas avoir un écran entre le public et nous ! Quand nous avons eu la chance de pouvoir reprendre la route, nous avons retrouvé la bonne énergie. Maintenant, nous avons 46 concerts prévus en 52 jours, ce qui est la bonne dimension pour Klogr.

Keystone était votre précédent album, c’est à cette époque que nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Comment analyserais-tu l’évolution du groupe entre ces deux albums, Keystone et Fractured realities, sachant que, bien sûr, 2020-2022 c’était la crise sanitaire…

Keystone a été produit par une sorte de dieu, qui a produit deux albums de Godsmack… C’est un de mes mentors dont j’ai appris beaucoup, notamment grâce au temps passé en studio avec lui en 2017. Après, nous avons passé beaucoup de temps à tourner, entre 2017 et 2019. Après, j’ai passé deux ans à travailler sur mon projet solo, j’ai réarrangé des covers – de Soundgarden, Alice In Chains, Johnny Cash… – avec des influences Nine Inch Nails. J’avais besoin de découvrir d’autres styles musicaux aussi, d’autres atmosphères. Quand on a commencé à composer pour le nouvel album de Klogr, j’ai dit aux autres membres du groupe qu’on devrait inclure, dans notre musique, ces éléments et instruments électroniques. Notre musique est une forme de metal grunge des 90’s. On devient vieux, on a besoin de fraicheur. On doit trouver quelque chose de plus moderne. Nous ne sommes pas un groupe de metalcore, ni indus, mais nous pouvons ajouter certains de ces éléments dans notre musique. Et ça marche, notre autre guitariste, Crivez, aime aussi beaucoup de groupes qui font partie de mes influences. On a commencé à écrire ensemble, et la plus importante différence entre nos deux derniers albums, c’est notre approche : nous sommes plus expérimentés, et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai décidé de produire cet album, de mettre la main dessus en tant que producteur. En 2011, j’avais produit le premier album, j’ai développé de l’expérience depuis, en tant que producteur avant d’être musicien ou front-man. Maintenant, il est temps de prendre ma revanche (rires) ! Me mettre en première ligne n’a pas été facile, mais je remercie tous les producteurs qui ont travaillé avec Klogr avant. Je me dis que j’ai vraiment fait du bon boulot, parce que je trouve que c’est vraiment un bon album.

Il y a aussi un défi avec cet album : il y a dix chansons, et tu veux pouvoir proposer dix vidéos différentes… Peut-on imaginer que, mises bout à bout, ces vidéos donneront une histoire ?

Tu sais, ce n’est pas un album typique de rock, et il n’y a pas d’histoire racontée. Il y a différentes photos, chacune représentant un état émotionnel différend, une lutte intérieure, un désordre mental, un désordre alimentaire… Des choses que chacun peut vivre au quotidien, de diverses manières. Certains peuvent en user, d’autres en être victimes. Pour les vidéos, j’ai demandé à Joe et Jumpy, deux anciens membres du groupe qui sont aujourd’hui vidéastes, de travailler avec moi. Je leur ai expliqué ce que j’avais en tête, dans mon esprit tordu : décrire ces émotions au travers de vidéos. Il y a une artiste qui débute chaque vidéo en ouvrant une valise dont elle sort un ustensile : le premier, c’est un masque couronné qu’elle place sur son visage. Elle est aussi devenue le clown effrayant… à la fin de la chanson, elle enlève le masque qu’elle place dans une boite. A la fin des dix vidéos, elle trouve un dernier objet, et… et… la question se pose. Il faut regarder la dernière vidéo pour comprendre les infos et pouvoir les interpréter.

Le thème principal de l’album porte donc sur ces dysfonctionnements, alimentaires, psychologiques, émotionnels…

Oui. Oui, parce qu’un des aspects que nous voulons expliquer dans l’album est que nous vivons ce genre de dysfonctionnement. Selon nou, 80% de ces troubles sont le fait de la société actuelle. Des parents jusqu’à l’acceptation par la société… Nous sommes en 2024, nous sommes sans doute libres de déclarer nos préférences sexuelles mais ce n’est pas normal, chacun devrait pouvoir être libre de vivre sa vie comme il l’entend ! Le second aspect, c’est que ta liberté ne peut pas nuire aux autres libertés. Nous devons en parler parce qu’il y a encore tant de gens qui vivent avec des sentiments négatifs, avec la peur sans pouvoir mettre un nom sur ces sentiments. Quand tu sais les nommer, peut-être peux-tu les accepter et leur faire face. Nous ne sommes pas médecins, nous n’avons de leçons à donner à personne, c’est juste notre point de vue que nous exprimons. Et expliquer comment, dans le passé, certains d’entre nous ont pu faire face à ces problèmes.

Vous n’êtes pas médecins… Quels sont vos autres métiers dans la vie ?

Je suis producteur, j’ai mon studio. Je dirige aussi une école de musique et d’autres choses. Le batteur est prof de musique, et il peut trouver un remplaçant pour animer ses cours quand on part en tournée. On espère vraiment que la réponse à cette question, en 2025, sera « on n’a pas besoin d’autres jobs ! » (rires). On croise les doigts.

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de l’album pour me convaincre d’aller acheter l’album, la chanson qui vous représente le mieux aujourd’hui, tu retiendrais laquelle ?

Je vais te faire une réponse étrange : Whale fall est la chanson la plus bizarre de l’album. Alors peut-être qu’elle ne représente pas bien le son de l’album, mais elle peut clairement éveiller quelque chose en toi qui t’amènerais à plonger dans la musique de Klogr et penser que si ces gars peuvent jouer ce genre de choses, peut-être peuvent-ils jouer d’autres trucs étranges.

Fractured realities évoque un peu la pandémie, car tout le monde vivait dans une forme de réalité fracturée. Tu as aussi évoqué une forme de retour de la dictature avec des autorités d’extrême droite qui reviennent au pouvoir. Ces réalités fracturées sont elles aussi liées au monde actuel ?

Oui, je le pense et, peut-être plus que « fracturé », nous devrions parler de « fragile » parce que nous avons vécu une très belle période dans les 70’s, 80’s, 90’s, nous pouvions penser au bien-être et nous pouvions faire toujours plus. Maintenant, nous avons sans doute trop dans certains pays du monde et nous avons perdu de vue nos objectifs initiaux, nos émotions. Nous avons oublié le pourquoi je fais ci ou ça. On s’est encore plus perdus pendant la pandémie : de nombreux couples, familles ont explosé parce qu’incapables de vivre dans un même appartement pendant tout ce temps. C’est pareil dans le reste du monde, il y a maintenant de plus en plus de guerre partout. La crise que nous visons remonte à 2000 ans déjà, parce qu’on n’apprend pas de nos erreurs, on n’est pas capables de faire des choses glorieuses comme notre architecture ou d’avoir de belles actions pour l’humanité sans être, en même temps, plus que stupides. Si nous prenions plus de temps à observer la Nature, et les animaux, soit disant moins intelligents que nous par ce que nous sommes des « homo-sapiens », mais en fait, ils sont plus intelligents que nous parce qu’ils agissent naturellement, sans trop de réflexions ni d’objectif destructeur. On pêche 90% des poissons de l’océan et on en gâche énormément en jetant. L’homme a envie d’avoir toujours plus de tout, et crée un déséquilibre.

Comme nous arrivons à la fin de cette interview, peux-tu me dire quels sont les 5 albums que tu as le plus écoutés dans ta vie ?

Okay… alors… Ce n’est pas une question difficile : I, the mask de In Flames. Ten thousand days, de Tool. Diamond eyes de Deftones, Half of the bowl de Shovel et Staind de Staind. Je garde toutes ces infos sur mon profil Spotify…

Quelle pourrait être la devise de Klogr aujourd’hui ?

« Soyez authentiques ». Si tu veux partager ta musique avec le public et sans chercher à être rock star, alors pose toi et reste authentique…

As-tu quelque chose à rajouter pour conclure ?

Oui, je pense vraiment que Fractured realities est notre meilleur album à ce jour. Ca fait prétentieux, mais on a beaucoup travaillé dessus et clairement, il surpasse le reste. Nous sommes impatients de le présenter en concert et de pouvoir ensuite aller discuter avec le public au stand de merch. On verra si j’ai tort ou raison ! J’espère qu’on pourra se voir à un de ces concerts !

DARCY: Tout est à nous

France, Punk (At(h)ome, 2024

C’est sans aucun doute possible l’époque qui le veut. Les Rennais de Darcy sont de retour avec Tout est à nous, un troisième album où la colère du quotidien cède le pas aux cris de la révolte qui gronde. Forgé dans le moule contestataire cher à leurs glorieux ainés que sont Lofofora ou, plus proches encore musicalement, Tagada Jones. Le fond est insoumis, revendicatif, rageur. La forme est rugueuse, directe et sans concession. L’esprit contestataire omniprésent a été mis en son par un autre révolté notoire, Fred Duquesne (à ses heures perdues également guitariste et producteur de Mass Hysteria), et l’ensemble est sévèrement burné. Les onze titres défilent brutalement comme une manif qui tourne mal. La colère d’Irvin – son chant enragé a pris de la puissance – et palpable tout au long des Poings en l’air, La bagarre, Ce soir, ça va chier et autre Plus rien à foutre. Clairement et ouvertement engagé, Darcy frappe fort avec ce nouvel album au titre oh combien contradictoire car totalement capitaliste: Tout est à nous résonne comme une envie de déposséder l’autre pour posséder soi-même… C’est pourtant le cri de toutes les manifs anti-capitaliste que l’on entendra encore, malheureusement, bien longtemps: « tout est à nous, rien n’est à eux ». Un album puissant, un message fort et engagé, une musique explosive… Tout est réuni pour mener Darcy aux sommets de la scène punk rock metal hexagonale.

SYNPHOBIA: Shades

France, Metal progressif (Autoproduction, 2024)

Il y a des surprises comme ça, qui t’interpellent. Synphobia (la phobie du pêcher? Non, ce serait avec un « i »!) débarque dans me paysage metallique français avec ce premier album, Shades, bourré d’influences metal et prog. La formation francilienne est composée de Sébastien Ducharlet (guitare et chant), Arnaud Koscianski (guitare), Paul-Emmanuel Bastit (basse), Jean-Christophe Guillard (batterie) et Marie Koscianski-Ducharlet (claviers – ça ressemble à une histoire de famille, un peu, non?) Au travers de 8 titres, Synphonia explore des univers clairement progressifs avec des compos à tiroirs. Le groupe cherche à créer des tableaux aux ambiances sonores variées où se mêlent tendresse et désespoir, ombre et lumière. Les influences semblent assez évidentes, allant de Dream Theater à Cradle Of Filth, en passant par Iron Maiden ou encore Rush. Après avoir lancé Sand avec une intro martiale qui évoque la SF de Dune, on retrouve comme bien souvent une forme de colère vocale. Le chant, d’ailleurs, se veut aussi varié et, malgré quelques faiblesses, voire faussetés en chant clair (sur, entre autres, Circus), parvient à reproduire cette palette musicale. Il y a, tout au long de Shades, de bonnes idées (les parties orientales de Orphan of the damed et son joli refrain, l’intro étouffante du bien nommé Breathe, la douceur du piano sur Through the bars, titre qui monte en puissance) mais l’ensemble, toutes ces bonnes idées qui se mélangent un peu trop, manque parfois de liant, transformant certains passages en fourre-tout. Il y a pourtant de la matière et du savoir faire chez Synphonia, et l’on ne peut que se dire qu’il va falloir garder une oreille attentive aux prochaines productions de cette jeune formation. A suivre…

TRANK: The maze

France, Heavy rock (M&O, 2024)

Mais comment se fait-il qu’une formation aussi talentueuse que Trank reste encore autant dans l’ombre? Après avoir découvert le groupe en 2021 avec The ropes, un premier album simplement époustouflant, les voilà qui reviennent avec The maze, tout aussi exceptionnel. Au travers de 11 titres, Trank explore divers horizons musicaux, tous aussi entraînants que variés. Car jamais le groupe ne se répète, démarrant avec le très électrique Adrenalin pour terminer avec l’envoûtant The morning after. Au passage, les musiciens s’offrent de petites escapades du côté du punk (Chameleon) dans lequel une vérité est énoncée (« I am what I am told » – « je suis ce qu’on me dit d’être » – qui semble dénoncer le manque de libre arbitre ou d’esprit critique de la société actuelle), explore des aspects qu’on pourrait étiqueter « heavy new wave » (Pray for rain) avec toujours ces fils conducteurs que sont la diversité musicale des sources d’inspirations (dont Pink Floyd dont le groupe reprend Hey you), l’originalité et l’excellence – tant dans l’interprétation que dans la production, irréprochable, grasse, gourmande et généreuse à la fois. Trank a cette capacité à composer des morceaux taillés pour les foules, ce rock fait pour retourner des stades tout entiers. Jamais vulgaire, toujours efficace – d’autant plus que Michel chante dans un anglais parfaitement maitrisé et compréhensible – classieux même, The maze a tout pour mener Trank vers les sommets internationaux . Si seulement on (les majors internationales) daigne lui accorder un peu plus qu’une oreille distraite… On tient peut-être ici un futur géant du stadium rock. Celui qui, comme ils l’écrivent dans leur bio, « fait sauter les foules ET réfléchir ».

FABULAE DRAMATIES: Violenta

Belgique, Metal (Autoproduction, 2024)

Violenta est le troisième album de nos voisins belges de Fabulae Dramatis. Formé au début des années 2010, le groupe a déjà publié deux albums, Om en 2012 et Solar time’s fable en 2017. Quelques changements de line-up expliquent sans doute, en partie tout du moins, le temps passé entre deux albums. Aujourd’hui composé de la chanteuse Isabel Restrepo, du guitariste Daniel Diaz, du bassiste Marco Felix et du batteur Teo Dimitrov, le groupe nous propose ce Violenta, qui parait donc après sept ans de réflexion et qui semble être un album conceptuel (traitant de la colonisation brutale de la Colombie?) De manière intéressante, le groupe propose des textes en espagnol et en anglais, ce qui permet de joliment scénariser son propos. Musicalement, les huit titres puisent dans une variété de styles parfois étonnante. Le plus doux côtoit le plus brutal à l’image du chant qui va du tribal à la rage, évoquant souvent la souffrance d’un peuple opprimé. Si certaines idées de riffs ou de mélodies font immédiatement mouche (le tribal The jungle of ego, le très entrainant River of despair), si le chant évoque une certaine Angela Grossow (Arch Enemy) dans ses colères enragées, Fabulae Dramatis se veut avant-gardiste dans ses compositions et fait, malheureusement, souvent preuve de trop de réflexion dans sa musique. Ainsi, en voulant proposer une musique complexe, la formation perd en efficacité là ou plus de simplicité pourrait offrir un propos direct. Violenta reste cependant mystérieux et évoque un pan de l’histoire de notre décidément éternelle inhumanité.

KRACK: Bakounine

France, Italie, Zombie metal (M&O, 2024)

La pochette parle d’elle même: le monde est livré à la sauvagerie d’êtres abominables et sans merci… Avec Bakounine, le one man band Franco-italien de Krack nous plonge dans un univers macabre et violent. Les 11 titres de ce disque sont construits comme la bande son d’une série de zombies. Après une intro enragée, l’appel à la révolte est entendu… Si la voix gutturale et grognée donne le ton, le tempo, lui, varie au gré des morceaux. Parfois hardcore direct et dans ta face, à d’autres moments plus électro et martial, ici plus foncièrement metal, toujours ultra énergique, le groupe raconte une histoire qui ferait sans doute une bonne BD ou une série. L’espoir souvent matinal cède cependant rapidement le pas à la réalité de ce monde en état de survie. Les morts-vivants marchent, massacrent et saccagent sans pitié. La voix mise à part – une voix qui, reconnaissons-le, colle parfaitement au propos – l’ensemble est plein de bonnes idées et de petites originalités qui transforment cette expérience qui pourrait être douloureuse en moment assez « fun ».

ROBERT JON & THE WRECK live à Paris (le Trabendo, 16 novembre 2024)

J’avais pris un tel pied lors de leur concert de l’an dernier dans une grange réaménagée à Talcy (41), que je ne pouvais rater le passage de Robert Jon &The Wreck au Trabendo (malgré la présence au Zénith voisin d’un autre groupe que j’adore…) La file s’allonge sur le chemin qui mène à la petite salle et visiblement, il y aura du monde.

Fat Jeff

La mise en jambe est assurée par un certain Fat Jeff, un One man blues band. Le gaillard s’installe sur un tabouret, attrape sa guitare et pose le pied sur la pédale de sa grosse caisse. Ainsi préparé, il entame une jolie demi-heure de ce blues chaleureux et intemporel.

Le public, qui semble découvrir Fat Jeff, est attentif et séduit par cette voix rocailleuse et l’entrain du musicien qui, en fin de set, se lève, permettant enfin au public le plus éloigné de voir un peu plus que sa tête! Une bien jolie découverte. Il semble heureux d’être-là, d’autant plus qu’il s’agit de sa première prestation à Paris. Alors ouvrir pour Robert Jon le motive d’autant plus. Après son set, il ne manquera d’ailleurs pas une miette de celui des Américains…

Fatt Jeff

La foule est dense lorsque Robert Jon & The Wreck arrive sur scène. Dès les premières mesures de Hold on, le ton est donné. Le blues rock teinté sudiste fait mouche, et Henry James prend rapidement le public à la gorge avec un premier solo. Si Robert Jon est en voix, il ne se risque pas à l’exercice du solo qu’il laisse volontiers à son complice de 6 cordes.

Robert Jon & The Wreck

Chacun est à sa place sur cette scène pas très grande – Andrew Espantaman est tout au fond derrière sa batterie, Jake Abernathie, désormais parfaitement intégré, tranquillement assis derrière ses claviers, soutenu par le bassiste aux éternelles lunettes noires, Warren Murrel – et transforme chaque chanson en un moment de partage généreux.

Robert Jon & The Wreck

Croisement naturel (spirituellement, s’entend!) entre Jimi Hendrix, Richie Blackmore et Uli Jon Roth, Henry James ne cesse d’épater par ses interventions plus brillantes et lumineuses les unes que les autres. Un jour viendra où son talent explosera vraiment, mais pour l’heure, contentons nous de nous pâmer en écoutant chacune de ses notes, irréprochablement jouées.

Robert Jon & The Wreck

Si Red moon rising, le dernier album, est naturellement à la fête avec 5 extraits (Hold on, Rager, le morceau titre, Life between the lines et Ballad of a broken heated man), Glory bound et Last light on the highway sont également représentés avec 3 morceaux chacun, tandis que Ride into the light et le premier album autonommé le sont avec une chanson chacun.

Robert Jon & The Wreck

Si on les apprécie sur album, on se rend vite compte que le Blame it on the whiskey, Bring me back home again ou Oh Miss Carolina et Do you remember – ces deux derniers venant presque clore le concert – sont d’une redoutable efficacité sur scène. Le groupe ne laisse d’ailleurs pas un instant de répit au public avec qui la communication est fréquente et aisée, Robert Jon toujours plaqué sous son Stetson souriant et chaleureux.

Robert Jon & The Wreck

Après s’être fait désiré quelques courts instant, RJTW nous offre un seul et unique titre en rappel. Mais quel titre! Un Cold night allongé à l’envi qui se termine sur un duel dantesque, un dialogue fin et racé entre la guitare de Henry et les claviers de Jake qui viennent se taquiner, se répondre et se défier. Un bon quart d’heure de bonheur pour mettre un terme à ce superbe concert. Prochaine étape: le Trianon?

Robert Jon & The Wreck

Merci à Sabrina Cohen-Aiello et Veryshow d’avoir rendu ce report possible.