Un mois de mai maussade, une météo peu clémente… Fort heureusement, les « spécialistes » annoncent un léger mieux pour ce 25 mai, première des deux journées du Rock in Rebrech, 13ème du nom qui, une fois encore, accueille quelques jolies voitures. Contrairement à l’an passé, il n’y a pour cette nouvelle édition que des groupes français. Trois groupes sont attendus sur la scène principale, et pas des moindres puisque nous découvrirons les Orléanais de La Jarry qui seront suivis des Princesses Leya et des Toulousains de retour aux affaires, Sidilarsen.
Deux changements de taille sont à noter par rapport à l’édition 2023: No Mad Musik, l’asso organisatrice, a décidé de ne plus faire appel à des food trucks et se charge de toute la boisson et la nourriture. Bonne pioche, la queue ne disparaissant presque pas. Egalement, afin de distraire le public toute la soirée, un camion scène a été ajouté face à la scène principale pour recevoir, entre chaque groupe, les copains de PrimsA qui offrent ainsi une permanence musicale très orienté hard rock 80’s.
Si les préventes ne sont pas mirobolantes, la soirée attirera finalement un public dense – on parle de près de 1.200 entrées – et familial – de nombreux spectateurs sont venus en famille initier les plus petits aux joies de la musique live.
Las… Le temps vire encore au gris et de grosses gouttes de pluie se mettent à tomber… fort heureusement le temps d’un petit quart d’heure à peine. Pas suffisamment longtemps cependant – heureusement ! – pour transformer le terrain en patinoire boueuse.
PRISMA @ ROCK IN REBRECH 13
PrismA, que nous avions découvert live lors du récent CrickFest, est aujourd’hui présent pour animer les changements de plateaux de la scène principale. Démarrant avec un problème technique – la pluie a fait son oeuvre – il faut réinitialiser les claviers dont aucun son ne sort. Mais une fois partis, le groupe nous propose, au cours de ses 3 interventions, un beau panel de son savoir faire qu’on retrouve sur ses récentes productions, dont le plus qu’enjoué album Way of life. Ce sont en tout une bonne quinzaine de morceaux que PrismA nous offre ce soir, avec quelques inquiétudes pour les cordes vocales de Philippe Sanfilippo, le chanteur, visiblement transi de froid… Reste que le hard rock très 80’s proposé par le groupe reçoit un accueil chaleureux d’un public à la fête.
PRISMA @ ROCK IN REBRECH 13
LA JARRY @ ROCK IN REBRECH 13
Les locaux de la soirée investissent la scène pour une bonne heure de ce rock hard ultra vitaminé et festif. Si j’ai entendu parler de La Jarry, jamais je ne me suis penché sur les compos du groupe que je découvre ce soir. Clairement, je suis emballé par ce que j’entends et vois. Les quatre se donnent à fond, entrainant le public (gentiment interpelé dès le second titre par un « ça va les alcooliques? ») avec lui.
LA JARRY @ ROCK IN REBRECH 13
La Jarry propose un rock aux fortes intonations punkisantes et aux textes engagés (J’habite en France, On n’a pas le choix). Benoit Pourtau a le contact très facile avec le public, l’invitant à se rapprocher de la scène (« Allez, venez plus près les bourges! ») ou le faisant participer à plusieurs reprises (Babylone, On n’a pas le choix) et fait même monter qui le souhaite sur scène pour l’accompagner sur J’sais pas danser.
LA JARRY @ ROCK IN REBRECH 13
Un premier concert festif qui met en appétit et qui se termine avec l’annonce du lancement d’une longue tournée de presqu’un an. On vous souhaite de vous éclater, Messieurs, et de vous retrouver bientôt on stage!
LA JARRY @ ROCK IN REBRECH 13
PRISMA @ ROCK IN REBRECH 13
Après un changement de plateau – toujours animé, nous l’avons dit, par PrismA, et qui voit l’espace buvette/restauration ne pas désemplir – les « quatre petites princesses » comme ils se surnomment eux même (cf. l’interview à venir) envahissent l’espace scénique. Princesses Leya attire un public familial et de tous âges – il y a même des bébés heureusement casqués – qui se masse devant la scène. Avec le groupe musico-théâtral humoristique, on sait qu’on va passer un bon moment, mais cette foule, est-ce le nom du groupe, le côté décalé des sketches, la présence de l’humoriste Dédo ou simplement la musique qui la fait se masser devant la scène?
PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13
Quoiqu’il en soit, la bande est en forme et balance la sauce dès Analphabet. Puis, rapidement, le groupe entre dans le vif de sa pièce: le public ne comprend rien, ça énerve Dédo qui s’engueule avec le guitariste chevelu Antoine Schoumsky qui, lui, cherche à temporiser et, dans un accès de colère, le chanteur finit par lui arracher sa perruque. Ambiance… Bon, en même temps, on a le public qu’on mérite, hein! Même celui de Sèvre Babylone surtout en reprenant le hit intemporel et universel de Lorie, C’est le week end…
PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13
Puis le groupese trouve secoué, propulsé dans une faille spatiale, et se retrouve dans un monde nappé de rouge. Une voix sort d’outre monde, celle de… Satan? « Non, ça c’est mon nom de scène. Je m’appelle Philippe« . Le diable Philippe charge les Princesses Leya d’aller remétalliser le monde et les envoie dans différents univers parallèles. Le scénario est posé, devenant ainsi prétexte à dérouler le show.
PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13
Nos heros parviennent à lutter contre et convertir les Kangourous garou, organisent une orgie géante ou chacun Baise tout seul, luttent contre une forme de Boulime cannibale et parviennent même à convertir tout le public aux joie d’un wall of death – quoique, en prononçant ces mots, certains s’éloignent de la zone de clash – qui se transforme en un joyeux pogo.
PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13
Toujours plein d’humour, le groupe se dispute sur l’écologie, s’invente des noms de scènes – AbbaCDC, Pateratp – s’adresse régulièrement au public embarqué dans cette folle aventure avec le groupe, public surnommé « l’équipage »
PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13
Univers après univers, les Princesses Leya réussissent leur mission, mais il reste cependant à remonter à la source, celle du Big bang. Pour ce faire, Dédo doit surfer sur le public qui le porte aux confins de l’espace et le ramène, sain et sauf, mission accomplie, au point de départ. Oui, mission accomplie! Philippe est content, et en plus, c’est son anniversaire. En guise de cadeau, il veut une interprétation de Boys boys boys de Sabrina, hit intemporel et intergalactique qui devient Balls balls balls… avant que tous, groupe et équipage, ne soient renvoyés dans le monde « normal » remétallisé. Princesse Leya nous a offert un vrai bon moment de détente, et même si certains trouve qu’il y a trop de « blabla », c’est bien une comédie musicale et pas un concert auquel nous avons eu droit. Un moment d’évasion intersidéral.
PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13
PRINCESSES LEYA @ ROCK IN REBRECH 13
La nuit est tombée, les familles commencent à rentrer, d’autant plus que Sidilarsenest prévu de monter sur scène à… 23h30. Autant dire que je crains de voir le public déserter plus tôt que souhaité les lieux avec l’humidité qui s’installe. Cependant, hormis les enfants pour qui l’heure du dodo est venue, il reste du monde pour accueillir les Toulousains dont la scène est en train d’être mise en place, tandis que, à l’opposée, une longue file attend patiemment de pouvoir se procurer le merch des Princesses et que PrimsA continue d’animer cette inter session avant de remercier le public venu nombreux.
PRISMA @ ROCK IN REBRECH 13
SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13
Sidilarsen s’est fait rare depuis 2019, mais la sortie de son nouvel album, Que la lumière soit, justifie sa venue ce soir. Les dates commencent à s’afficher en nombre et la bande à Didou et Vyber espère bien pouvoir défendre longtemps ce disque déjà remarqué, en tout cas, être sur les routes jusqu’en 2025.
SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13
A l’image de la pochette de son album, le groupe tout entier se réunit, en cercle, au milieu de la scène baignée de rouge. Puis les hostilités commencent avec la nouveauté Intox, suivie des désormais classiques Retourner la France et Guerres à vendre qui, déjà retournent le public.
SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13
On remarque que la scène est sobrement décorée, les écrans qu’utilisait le groupe sur les côtés ont disparu au profit de simples estrades de chaque côté du kit de batterie. Une batterie tenue et frappée par Marvyn, le dernier arrivé qui, malgré son jeune âge et son petit gabarit cogne comme un diable et comme s’il avait toujours été là.
SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13
Malheureusement, est-ce par choix ou par contrainte, Sidilarsen joue presque en permanence à contre jour. Très peu éclairé en façade, c’est souvent un jeu d’ombre chinoise auquel le public a droit, malgré des lumières contrastées, vives et variées. Mais les 5 se donnent entièrement, allant chercher le public qui, en grande partie, connait déjà les nouveaux morceaux présentés ce soir (Adelphité, Du sang sur les fleurs, On revient sur Terre et Luminaria) et reprend avec entrain les plus anciens morceaux.
SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13
Si chaque album n’est pas ce soir représenté, les God’s got guns, On va tous crever et autres Back to basics voient le public accompagner avec force le groupe très en forme, avant que, là encore de manière classique, Sidilarsen ne ferme le ban avec La morale de la fable et l’incontournable Des milliards. Oui, Sidi est en forme et il ne fait guère de doute qu’on entende beaucoup parler d’eux cette année.
SIDILARSEN @ ROCK IN REBRECH 13
Malgré un temps grisâtre, une humidité presque constante et des horaires assez tardifs – une idée à explorer pour la prochaine édition: démarrer, en cette période encore scolaire, une heure plus tôt, surtout pour vraiment profiter de la tête d’affiche – le public est venu en nombre. Paradoxalement, la journée du 26 mai, gratuite, a attiré beaucoup moins de monde que ce samedi, pourtant payant. C’est rassurant pour l’avenir du Rock In Rebrech’, petit festival de province qui monte et monte tranquillement!
Interview Kave Fest. Entretien avec Sélim, organisateur. Propos recueillis le 24 mai 2024
Le Kave Fest a lieu dans un peu moins d’un mois, du 21 au 23 juin prochain. Même si la promo a déjà commencé, ce n’est pas un peu tard pour en parler sur nos médias ?
En fait, non. On s’est rendu compte que le mois le plus crucial en termes de promo, c’est le dernier mois. Le passage à l’achat se fait le dernier mois, donc, non, je ne trouve pas que ce soit spécialement tard. On a beaucoup de promo ciblée, que nous faisons nous même en amont, mais quitte à se donner à fond, il vaut mieux faire la promo un mois avant et toucher des gens qui n’ont rien de prévus ce week end et vont se dire « ok, c’est bon ! J’y vais ! »
Dans la mesure où c’est la première fois que nous discutons, peux-tu nous rappeler l’histoire du festival ?
Le Kave Fest, c’est une histoire assez drôle, est né dans mon jardin ! On est une asso issue d’Ile de France – j’ai grandi à Chatou toute ma vie – et j’ai la chance d’avoir un jardin assez grand. A l’âge de 19 ans, j’étais batteur dans un groupe, et on s’est dit qu’on allait faire un festival. Au lieu d’aller dans les petits clubs et les bars et autres salles parisiennes emblématiques, je me suis dit qu’il y avait plus de capacité d’accueil dans mon jardin que dans ces clubs, que ça nous couterait 0 €, ce serait en open air, et on pourra vendre la bière et d’autres trucs. Du coup, on a organisé un mini festival en 2016 avec 150 personne. On gérait tout, à la fois la scène, la bière, la sécu, on a loué des toilettes… On a fait ça proprement. Le projet a grossi en 2019 puisqu’on a reçu 450 personnes dans le jardin ! A partir de là, on s’est dit que, dans un jardin, ça faisait beaucoup de monde ! On s’est demandé comment trouver le même esprit qu’à la maison – ce qui faisait le succès de l’évènement, c’était le côté très convivial et bon enfant, mes parents étaient dans le staff, mes potes du lycée aussi. Toutes les personnes qui nt bossé sur ce projet sont mes proches, je les connais très bien – et on a commencé à s’intéresser au château. On a rencontré le maire de Gisors de l’époque, qui était fan de metal et, en 2020, il nous a mis à disposition le château. Alors, 2020, 2021, les éditions ont été annulées à cause du Covid, mais malgré ces deux années d’absence, on a pu faire une édition dans le château de Gisors sur 2 jours avec 800 personnes par jour, donc 1.600 spectateurs. C’était le début de l’aventure : à partir de là, je me suis professionnalisé – je suis devenu chargé de production pour d’autres festivals et autres – et on a commencé à rentrer dans d’autres dimensions d’événements avec relations avec la Préfecture, etc. C’est donc là que l’histoire du Kave Fest version château est née. L’histoire veut que ça ait commencé de manière très familiale et conviviale, le crew est toujours le même depuis le jardin… Le gars qui tenait mon bar a l’époque aujourd’hui il fait « resto-bar » et il a un bar avec 12 barmen en front avec 12 tireuses à bière alors qu’à l’apoque, c’était une tireuse dans mon jardin ! Donc c’est tous ensemble qu’on a fait un pas en avant et qu’on a créé ce festival.
Ce sera l’édition numéro combien ?
Dans le château, ce sera la troisième. La septième si on compte celles de Chatou, mais j’ai du mal à les compter parce qu’il y a vraiment un gap en termes de travail et de production. Ce n’est plus pareil du tout. Il n’y a pas les mêmes enjeux, d’un point de vue financier ce n’est pas la même chose. La seule chose qui soit restée, c’est l’énergie. On travaille toujours pour avoir un festival dont l’ambiance est familiale et conviviale.
Comment sélectionnez-vous les groupes qui seront à l’affiche ?
On a une éthique : on veut un festival qui soit le plus éclectique possible, on veut avoir tous les sous genres de metal et de rock aussi, en tout cas, le plus possible. Vu qu’on a qu’une seule scène, alors qui dit sous genre différent dit artistes qui, chacun dans son genre, restent accessible. Je prends l’exemple de Sceptic Flesh : c’est un groupe de death mélodique qui a aussi des codes de heavy moderne dans ses sonorités. C’est un groupe qui reste accessible pour quelqu’un qui écoute Alphawolf ou du metalcore, par exemple. On construit l’affiche à partir de tous ces sous genres mais avec cette accessibilité et la capacité d’un public à se retrouver à écouter un peu de tout. C’est le premier élément, celui de la direction artistique. Le deuxième élément, c’est tout simplement le coté budgétaire. A partir du moment où on a réussi à booker nos têtes d’affiche, qu’on a négocié avec eux, qu’on a de bonnes offres, qu’on a pu négocier avec les bookers… Dès que nos têtes d’affiches sont posées, on va chercher les groupes intermédiaires, forcément moins chers, mais toujours avec l’idée d’avoir tous les sous genres à l’affiche. Si on réussi à négocier un Plini – qui n’est pas venu en France depuis un bail et qui est quand même une tête d’affiche costaude par rapport à notre taille -on sait qu’on va avoir une TA un peu prog. Donc on sait qu’on va devoir aller chercher des groupes un peu différents pour couvrir tous les genres. On cherche à avoir une complémentarité dans l’affiche.
Donc, contrairement à certains autres festivals très orientés vers un seul genre, folk, extrême ou autre, le Kave Fest cherche la variété. Il y a effectivement une belle variété de genres à cette affiche. Il y a un nom qui m’amuse bien, c’est Amical Tendencies, j’imagine que c’est un tribute ?
(il rit) Ouais ! Amical Tendencies, ce n’est pas un tribute, c’est un DJ set. En clôture de festival, le samedi soir, il va reprendre un peu tout, de l’électro au metal, ce qui permettra un lâcher-prise en fin de journée.
Aujourd’hui, quelle est la capacité d’accueil du Kave Fest ?
On n’aime pas avoir les yeux plus gros que le ventre, donc la première année on s’est limités à 800 personnes par jour. En 2023, on est montés à 1.200 personnes par jour, et on a fait sold out. Là, l’objectif est un peu plus gros, mais réalisable : 2.000 personnes par jour, donc 6.000 en tout.
Sachant que vous avez rajouté une journée…
Oui, on a rajouté une journée. L’avantage du château, c’est que c’est un « bac à sable », on peut en faire ce qu’on veut à partir du moment où on l’aménage intelligemment. La vraie capacité, sur le plan sécuritaire et structurel, c’est 3.500 à 4.000 personnes par jour. Nous, on ne veut pas remplir cette jauge parce qu’on n’en a pas la capacité, ce serait nous tirer une balle dans le pied. On y va petit à petit, et aujourd’hui, on en est à la moitié de la capacité du château, à 2.000 personnes par jour.
Ce qui permet de conserver un esprit familial…Pour quelle raison avez-vous rajouté une journée supplémentaire qui, de plus, est gratuite ?
Parce que ça tombe le week end de la fête de la musique. Pour être très honnête, ça s’est fait un peu par hasard : on savait qu’on allait passer à 3 jours à un moment, mais pas cette année. Mais avec les jeux olympiques… La flamme olympique passe au château de Gisors le 6 juillet, ce qui est notre week end habituel, le premier week end de juillet. On essaie de se placer stratégiquement par rapport au Hellfest, qui a décalé son week end au dernier week end de juin, et le week end du juillet, dernier un peu viable avant que les gens ne partent en vacances, c’est aussi la fête nationale, donc le château est pris par la ville… Le seul moment disponible était le week end des 22 et 23 juin. Le 21, c’est la fête de la musique, alors on a proposé à la ville de nous aider, financièrement, structurellement, pour intégrer une proposition gratuite de rock et de metal au public local. La ville nous a totalement soutenus, nous a aidés avec la communauté de communes, le département, on a reçu des aides pour cette journée-là. Très simplement, la ville a pris en charge la billetterie potentielle de a journée de vendredi pour pouvoir la rendre gratuite pour tous.
Pour participer à cette journée gratuite, il faut s’inscrire quelque part ? Ce qui vous permettrait d’avoir des prévisions de visites, ou alors vous allez recevoir tout le monde au fil de l’eau ?
On a une inscription automatique avec l’achat du pass 3 jours – qui est moins cher que 2 journées puisqu’il est à 66 euros contre 36 euros la journée. Sinon, on va le faire au compte-gouttes parce que le vrai public cible, c’est le public local qui a envie de découvrir le rock et le metal. Les curieux vont avoir envie d’aller au château de Gisors, certains n’auront peut-être pas de culture metal, mais dans les villes de provinces, les gens bougent beaucoup pour la fête de la musique. Nous, on veut s’inscrire dans cette idée-là : les gens arrivent au château, s’ils veulent entrer et rester une heure, deux heures ou la journée, ils sont bienvenus.
Pour des gens qui ne connaissent pas le metal, il n’y a guère que Storm Orchestra qui soit « accessible ». Des groupes comme Psykup et Novelist ça déménage !
Il y a aussi Oakman qui est plus accessible… Quoique, Novelist, avec sa nouvelle chanteuse, c’est fun aussi, plus simple d’écoute pour quelqu’un qui ne connait pas le metal. Il y a des riffs vénères, mais c’est plus accessible, et Psykup reste très énergique aussi mais avec un esprit décalé.
Dans les affiches passées, quels sont les 3 groupes que tu es très content d’avoir eu à l’affiche ?
Alors, c’est parfait, il y en a 3 que j’ai en tête ! Même s’il y a plein de groupes qui m’impressionnent. Mais il y en a 3 qui ont une histoire particulière : le premier c’est Landmvrks qu’on a signés en 2020 avant le Covid, avant qu’ils n’explosent. Ils ont quand même accepté de jouer le jeu en 2022. Ils ont fait la tête d’affiche alors qu’ils avaient bien grossis. Là, il y a un « petit flair », et je suis assez content d’avoir été fan et de les avoir repérés avant qu’ils n’explosent et de les avoirs eus quand ils ont grossis. Myrath… Je suis tunisien d’origine, et c’est un groupe de cœur qui fait référence à mes racines, je les ai découverts là-bas… C’est le plus gros groupe qu’on a reçus, il y avait une prod, un cracheur de feu sur scène, donc il y avait aussi des enjeux sécuritaires. Et Diablo Swing orchestra. On est les premiers à les avoir fait venir en France après 10 ou 12 ans d’absence. Je les écoutais au lycée et je savais qu’il y avait un vrai public qui les attendait. Même eux étaient surpris ! et la rencontre humaine était très sympa.
Et cette année, il y a un groupe que tu es particulièrement fier d’avoir signé ?
Pff… Si je dois en citer 3… Évidemment, Plini. Ils sont Australiens, c’est un groupe qui a une renommée mondiale plus qu’internationale. Fierté personnelle aussi avec Thrown (NdMP : je crois…) qui est un peu comme Lanmvrks un groupe que j’ai repéré relativement tôt et qui est en train de péter, et Ankor, un groupe espagnol avec une chanteuse. C’est rare un groupe aussi prometteur avec une chanteuse. Je suis très content de les avoir cette année parce qu’on ne sait pas si ce sera encore possible dans 3 ou 4 ans…
Quelles sont les valeurs que le Kave Fest veut mettre en avant ?
A la base, on est un groupe de potes, alors je ne sais pas si on peut parler de « valeurs » pour faire un festival. On n’est pas engagés dans une vie sociale, par exemple. Par contre, on a une éthique plus que des valeurs… Une éthique écologique, on est aidés par Ecofest qui donne des conseils à des festivals, qui fait un audit pour mettre en place des process écologiques dans nos actions. Evidemment, on a une éthique féministe, dans la programmation et dans notre équipe. Je l’ai dit, on est une équipe de potes et dans la bande, il y a des filles. Elles ont des responsabilités dans l’asso et elles apportent une sensibilité différente, vraiment. Un truc « débile » auquel je n’aurai jamais pensé : une de mes responsables a simplement suggéré d’avoir des tampons au cashless afin de pouvoir dépanner les festivalières. C’est vrai que jamais de ma vie je n’y aurai pensé… On pense aux bouchons d’oreilles, on a ce qu’il faut si tu es en galère, mais on ne pense pas à ça. Et c’est important… C’est évident pour des filles mais absolument pas pour nous, et ça fait du bien, ce genre de recul… Il y a aussi le côté home-made : on travaille avec un brasseur local, pour la bière et le cidre, il y a des artisans qui sont à l’entrée du village… Ce n’est pas tant le côté patrimoine que le fait de nous entourer de gens qui aiment leurs produits et qui ont une dimension humaine, artisanale de ce qu’ils font.
Quelles sont les activités extra-musicales que le festivalier peut trouver s’il a envie de faire autre chose que de simplement participer à des concerts ?
Très bonne question, puisque cette année on a décidé de mettre les bouchées doubles sur cet aspect. On n’a qu’une seule scène, donc les changements de plateaux varie entre 25 et 35’, donc des temps morts assez importants. On a toujours voulu proposer dans ces moments des choses intéressantes. A une époque, on avait uniquement le village avec stand de tatouage, boddy wrok shop et autres et cette année on a décidé d’avoir une deuxième scène – pas encore nommée mais qui pourrait s’appeler la Basse Kour – avec une cracheuse de feu, des spectacles d’hypnose, de magie, des bardes qui font des reprises rock avec des instruments médiévaux, des chevaliers – qui étaient déjà là l’an dernier mais qui reviennent avec un show encore plus grand – du tir à la corde, des jeux… C’est ce qui fait l’ambiance familiale du festival.
Le festival dure 3 jours. Où le public peut-il dormir ?
On a un camping qui est mis à disposition par la Fermette bio de l’Epte qui peut accueillir 300 personnes. C’est également eux qui nous fournissent les aliments pour la cuisine – on ne fait pas appel à des food trucks, on fait tout nous-mêmes – et le propriétaire de la ferme nous prête son terrain. Il a construit des toilettes sèches, fait des aménagements pour accueillir 300 personnes. C’est pas énorme, mais c’est pas mal non plus, on fait camper des gens là-bas. C’est un camping qui est un peu plus « chiant » que dans la plupart des festivals metal parce qu’il y a un couvre-feu. Moi ça me va : il y a des chèvres, des canards, des animaux qui dorment la nuit. Une ferme, quoi ! Donc on interdit l’alcool, le tapage nocturne après minuit… Le metalleux ont l’habitude des campings avec apéro et la fête toute la nuit, nous, non. On a déjà eu quelques commentaires négatifs du style « on peut pas s’amuser » mais dans l’ensemble, les gens sont plutôt content d’y être. C’est un lieu qui est calme, propre, en adéquation avec les valeurs de la Fermette et des gens avec qui on travaille.
Donc pas besoin de bouchons pour dormir…
Potentiellement il y a les coqs et le chèvres (il sourit). Je conseille quand même les bouchons, même s’il n’y a pas les apéros à 3 heures du mat’ !
Tu parles de couvre-feu, quelles sont les amplitudes horaires du Kave fest ?
On fait du 17h-1h du matin le vendredi, le samedi de midi à 1 heure et le dimanche de midi à minuit, avec ouverture des portes une heure avant le début des festivités. L’avantage du château de Gisors, c’est que c’est le terminus de la ligne J. Les gens peuvent venir directement de Paris. On a calé la dernière tête d’affiche afin que les gens puissent rentrer sur Paris après le dernier concert.
Le camping a une capacité de 300 personnes. Quid des non parisiens qui ont besoin de dormir ?
Eh bien… Hôtel, il y a beaucoup de gens qui dorment dans leur voiture aussi…
Novelist revient.
Ouais !
Vous leur filez une carte de fidélité avec un troisième gratuit ?
(Rires) Du coup, c’est eux qui nous font le troisième gratuit ! On aime bien faire revenir des groupes parce que parfois il y a des rencontres et des ententes cools. On essaie de ne pas trop le faire vis-à-vis du public mais avec une nouvelle chanteuse, un nouvel album qui arrive, ça fait du bien de les avoir de nouveau. Ils sont cools, et musicalement ils ont quelque chose de nouveau à proposer. Il y a Detvar aussi qu’on fait revenir, il y en a d’autres qui reviendront aussi.
Quelle est la typologie du festivalier type du Kave Fest ?
Je les aime bien nos festivaliers… J’ai un souvenir d’une chose qui m’a marqué : en 2022, on était épuisés avec l’équipe, on était en sous-effectifs et on ne s’attendait pas à autant de monde. On a un rituel avec l’équipe : à la fin de la journée, avant le DJ Set, je fais monter toute mon équipe sur scène et on fait un remerciement général et on dit au revoir au public. Ce soir-là, on était crevés, et j’ai demandé au public de bien vouloir ramasser ses déchets, les mégots, les éco-cups… sinon, c’est à nous de le faire le lendemain… Véridique : le lendemain matin, le site était nickel. C’est ce qui est beau avec le Kave Fest : malgré le fait qu’on se professionnalise, que le festival grossisse…, on a pour objectif de rester humain, proche, convivial.
Et le profil type du festivalier : jeune étudiant, quinqua, trentenaire, tranche d’âge, sexe, CSP… ?
Alors, on est sur 65/35% d’hommes /femmes, ce qui est plutôt bien dans notre milieu, et une tranche d’âge de 25 à 35 ans. Qui dit public metal dit aussi « un peu plus âgé » alors on a aussi des quadras. Un public relativement aisé, aussi. En termes de pouvoir d’achat en tout cas, on n’est pas sur un « public rap » avec des entrées à 10 balles et des consommations réduites. On n’est pas non plus dans le public « électro bobo parisien » et des pass à 70€ la journée… On a un public qui aime bien profiter, et nous on fait en sorte de proposer des produits de qualité.
Le public metal est aussi un public de passionnés et de collectionneurs. Au-delà du merch, le vôtre et celui des groupes, y a-t-il des espaces dédiés pour les rencontres avec les artistes ?
On essaie de manière assez… indirecte de pousser les artistes à aller profiter du festival. Ils ont bien sûr leurs loges et leur espace à part, mais on leur offre des tickets conso ^pour aller au bar. L’espace merch est aussi souvent géré par les artistes parce que sur un festival de cette taille, ils n’ont pas de gens pour s’en occuper … Donc, oui, je dirai que la rencontre est faisable. On ne fait pas d’espace signature, etc… C’est très personnel, mais je trouve qu’on perd ce côté humain du festival… Si quelqu’un fait la queue pour avoir 5’ avec un gars, même si je comprends le plaisir de rencontrer quelqu’un dont on est fan, je trouve ça bizarre, ce n’est pas dans l’esprit du festival. Maintenant, je comprends tout à fait l’intérêt de le faire quand tu es fan. Moi, je rencontre Ozzy Osbourne, je deviens fou ! Même si ce n’est que 30 secondes… Je préfère réussir à inciter les artistes, les mecs de Plini, d’Alphawolf et les autres, à aller prendre une bière avec le public dans le festival, passer la frontière artistes/festivaliers – ces mecs, ils aiment le son, eux aussi – et passer du temps avec le public.
As-tu des anecdotes croustillantes, as-tu eu des demandes particulières de certains artistes, des choses qui t’ont surpris ?
Je suis plus souvent surpris des demandes des petits artistes que des grands… Les têtes d’affiches, elles sont professionnalisées, elles savent avec quoi et avec qui elles signent. Je bosse souvent avec des bookers qui nous connaissent bien, comme Veryshow, et c’est carré. Il y a des attentes techniques, pratiques, qui vient nous chercher à l’aéroport, à quelle heure on arrive, à quelle heure on joue… Que ce soit clean, respectueux, qu’ils soient bien nourris… Ils ne me demandent jamais des quantités astronomiques d’alcool parce qu’ils ont un show à assurer. On est sur une très bonne gestion de ces artistes pro. Par contre, les plus petits groupes autogérés… Il arrive souvent qu’ils n’aient pas ces codes là et qu’ils aient des demandes… euh… ben, tu leur dis « les têtes d’affiches, on ne leur donne pas ça, alors pourquoi on le ferait pour vous ? » C’est plus maladroit qu’autre chose. Le premier point de désaccord, c’est le cachet. Parfois, tu as des artistes amateurs qui font des calculs erronés et qui te demandent des cachets à 4.000€ alors que c’est ce que tu mets pour une « semi » tête d’affiche, des groupes qui commencent à avoir une certaine notoriété. Alors pour un groupe d’ouverture… On discute, et on fini par se mettre d’accord. On peut aussi avoir des histoires de matériel technique surévalué. Parfois, il peut y avoir des exigences en matière de conso, certains veulent un open bar pour eux et pour leurs potes… Mais on parle de cas très isolés. Globalement, c’est plus de la maladresse, on discute, on leur explique et, le jour J, ça se passe toujours très très bien. On n’a jamais eu de difficulté avec des artistes. Si ! Il y a eu une histoire rigolote avec une danseuse qui n’était pas membre des groupes mais qui voulait repasser sa chemise… Elle a viré toute la table de catering pour repasser au milieu de l’espace catering parce qu’on avait oublié de mettre en place une dressing room. Une erreur de notre part, qu’on a corrigée bien sûr, mais au lieu d’en faire part à notre équipe – on aurait trouvé une table en 2 secondes – elle a viré toute la bouffe de la table…
Tu as parlé d’argent : quel est le budget d’un festival comme le Kave Fest ?
A 10% près, on est aux alentours des 200.000€. Ça varie entre 200 et 240.000 € en fonction des choses à peaufiner. Le budget est très précis sur le papier, mais il y a toujours des locations de dernière minute, des hôtels un peu différents… il y a toujours des réajustements ici et là. Et ça fait facilement 20.000 balles d’écart. Un budget qui, pour la première fois, inclus un mini salaire pour les membres du bureau. On a toujours été bénévoles, et cette année, on va reverser à tous les responsable une petite enveloppe, symbolique mais avec un budget total de 10.000 € pour les chefs d’équipe.
Le symbole du Kave Fest est un phénix. Ça vient d’où ? Le fait que le festival soit revenu à la vie après le covid, qu’il renait d’année en année ?
Tu veux la vraie histoire ? Elle n’est pas belle, mais elle est drôle… C’est une bande de potes le Kave fest, et cette bande de potes, elle est née dans la Kave du premier festival qu’on a fait dans le jardin. Une cave en pierre voutée, superbe, et on faisait toutes nos soirées dedans avec mes potes. On jouait aux jeux video, on faisait les cons et on buvait des bières. Il se trouve que la bière qu’on buvait a un phénix en logo. On s’est inspiré de ce logo de bière pour le Kave Fest – la cave avec un K, la bière un peu esprit festival et camaraderie…Il y a des gens qui nous disent qu’il faut qu’on change la « marque » du festival parce que, à part cette bande de potes, personne ne sait pour quoi ça s’appelle Kave Fest, mais j’aime bien cette histoire : une bande de potes partis de rien du tout et qui arrivent très loin.
Où en sont les ventes, un peu moins d’un mois avant le coup d’envoi ?
On en est à environ 60% de la capacité. Comme on vise les 2.000 personnes jour, on va remettre des places en vente. J’espère qu’on fera un sold-out, je le pense… Si on vend tout sur la première jauge de 1.500 personnes, on remettra quelques places en vente pour atteindre les 2.000.
As-tu quelque chose à ajouter pour conclure ?
Le Kave Fest, c’est un peu mon bébé, j’en suis très fier, et je suis mon premier public. Je pense qu’on a quelque chose de très particulier, dans l’esprit et dans l’ambiance parce qu’on un lieu extraordinaire – faut l’imaginer, quand tu arrives devant ces murailles ! – et on a une ambiance très particulière, avec cette bande de potes, les interactions avec le public… Tout le monde me le dit et je pense que lire ce que je raconte, c’est une chose, le vivre, c’en est une autre. Je vous incite tous à tenter l’expérience !
C’est maintenant dans moins d’un mois que le Zénith de Nancy accueillera le Heavy Week End (du 21 au 23 juin) avec 11 groupes de la grande famille du metal réunis sur 3 jours.
Gérard Drouot Productions vient d’en dévoiler le running order à découvrir ci dessous.
Avec Legends, Orkhys pourrait bien y entrer, dans la légende. Le ton est donné, dès le morceau titre, un instrumental introductif sur fond de metal épique aux relents celtiques. Puis, titre après titre, Orkhys développe un univers varié, rapide et mélodique. Les guitares fusent tout au long de ces chansons qui toutes, traitent de personnages légendaires et méconnus. Si la section rythmique pose de solides structures, on admire aussi, c’est toujours la grande particularité d’Orkhys, le travaille de Laurène, harpiste, chanteuse et meneuse de revue de ce collectif dont on remarque la stabilité – Laurène est entourée aux guitares, des complices Brice Druhet et Henri Genty, du bassiste Julien Lancelot et du batteur Jean-Yves Chateaux). Malgré l’évidence de certaines sources d’inspiration (au hasard: Nightwish, Iron Maiden, voire The Cranberries pour le chant) Orkhys a aujourd’hui trouvé son identité sonore – ce metal épique agrémenté de la pureté médiévale de la harpe dont on note un titre chanté en français (Deirdre an bhroin) – autant que visuelle – non seulement un look travaillé mais également un design sombre et sobre. Trois ans après un premier album remarqué, Orkhys franchit un nouveau cap et nous offre un disque puissant, varié excellement produit. Vivement la scène!
La rage en français, ça a du bon… EKO, qui existe depuis 2015 et a connu moult changements avant de nous proposer ce Déficit d’humanité, un album révolté qui dit ce qu’il a à dire. Musicalement, les 11 titres évoquent – naturellement pourrait-on penser – Rage Against The Machine, mais le groupe puise également du côté de Living Colour, Fishbone, Bad Brains et autre groupes de ce que l’on désignait comme fusion, ce metal qui inclut hip hop, phrasé rap et irrévérence punk. Textuellement, on pense à nos groupes revendicatifs, Trust ou No One Is Innocent ou Mass Hysteria en tête. Des comparaisons certes faciles mais Eko apporte sa propre personnalité. Le groove omni présent ne laisse jamais indifférent et qu’on soit d’accord ou non avec les paroles, on ne peut qu’admirer la détermination directe d’Eko à faire passer son message. Un constat de la situation actuelle d’un monde en perdition et empli d’inhumanité. Sur scène, ça doit dépoter sévère!
France, Metal quelque peu expérimental et brutal (Autoproduction, 2024)
« Y a pas à dire, c’est une musique d’hommes »… « J’ai connu une Polonaise qui écoutait ça, le matin au réveil »... Des paroles de Monsieur Audiard détournées, certes, mais qui s’appliquent particulièrement à ce nouvel album des Français de Vesprine. Oh, il est loin le premier Ep de 2015… depuis, le groupe a publié trois albums et revient aujourd’hui avec ce Perpétuel qui, tout au long des 6 titres dégueule de haine, de rage et de colère. C’est sombre et brutal, et Vesperine ne laisse guère de place à l’espoir, malgré l’intitulé de son premier morceau. Mais plutôt que de foncer dans le tas comme une brute, le groupe te chope par les couilles et relâche rapidement la pression, apportant ainsi un peu de lumière et de douceur (le démarrage d’Universelle liesse – titre qui m’évoque par instants l’univers sonore de La Maison Tellier – laisse entrevoir un moment de répit). En développant des ambiances ouvertement paradoxales, en démarrant comme une brute pour se calmer par la suite, Vesperine parvient à créer un univers particulier, naviguant entre post hardcore, black metal, doom, sur fond de rythmes enlevés et martiaux comme une marche d’esclaves (Mouvement III – Tant qu’il y a de l’espoir), moments beaucoup plus légers et intimistes (Mouvement II, le poids du silence) malgré un chant plein de colère. Bref, un moment de bonheur à réserver à un public averti. Et curieux. Et pas dépressif.
Parfois il faut simplement oser. Oser mélanger des styles musicaux a priori sans rapport ou point commun, oser explorer ses envies et y intégrer ses influences, aussi variées soient elles. C’est ce que nous proposent les Canadiens de Bless Her Evil, groupe québécois formé en 2019. Lorsqu’ils se lancent dans l’aventure, Frank, Matt et Bert (respectivement à la guitare, à la basse et à la batterie) sont aussi fans du rock sudiste de Blackberry Smoke que du metal barré de Mudvayne ou celui plus mélodique d’Evanescence, mais sont également inspirés par le rock des 70’s ou le Neo du début de notre siècle. Pour mélanger tout ça, ils sont rejoints par la chanteuse D’Emman et nous proposent ensemble aujourd’hui un recueil de leurs délires exploratoires. Composé de 11 titres, We are mystery… porte bien son nom tant la variété des influences est présente. Passant d’une intro tribale à un riff digne de Metallica, cet album lorgne partout: on y trouve des traces aussi bien d’AC/DC que, plus discrètement, d’un jeune Motörhead, du punk (Dark cluster) ou un esprit électro (Robot bug). Bless Her Evil passe avec une remarquable facilité de morceaux énergiques et énervés (Brother the crow, The Moon upside down) à des moments plus calmes et tendres (Life, Ectoplasm, le 60’s/70’s Father reading) ou d’autres simplement groovy (Missy oide). Pour ratisser large, le groupe propose également un titre en français, La discorde, sombre et martial à souhaits. Avec We are mystery… Bless Her Evil s’adresse à un très large public grâce à une palette musicale riche et variée. Reste à aller le conquérir, ce public, sur scène.
France, Metalcore (mais pas que) (Autoproduction, 2024)
Il aura fallu 8 années aux Marseillais de Blooming Discord pour enfin offrir à son public son premier album, Memories from the future. Un premier album qui fait suite à 2 Ep qui ont permis à la petite bande de finaliser son line up, tester et se planter et vraiment trouver son identité musicale. Ce sont ici 10 titres qui nous sont livrés et la surprise est au rendez-vous. Si Blooming Discord évolue de prime abord dans un registre proche du metalcore, on se rend vite compte qu’il y a plus que ça dans ce qui motive le groupe. On reconnait aisément les sources d’inspirations de Blooming Discord qui puise dans les 90’s et le début des années 2000, et le son – superbement produit – est très américain. Le chant, à la fois clair et plus brutal de Karim fait des merveilles et l’on ne peut noter un accent qui pourrait, à juste titre, laisser croire qu’on n’a pas à faire à quelqu’un qui aurait grandit en France. Tout au long de ces dix titres, Blooming Discord nous entraine dans une furie auditive tout autant que dans des rythmes simplement entrainants ou dans un peu plus de douceur. Le groupe s’est donné les moyens de ses ambitions et nous propose un premier album d’une rare efficacité qui ratisse large et s’adresse à tout le monde. Une superbe carte de visite qui donne envie d’en découvrir plus.
Interview BLOOMING DISCORD. Entretien avec Sam (guitare) et Vincent (guitare rythmique) le 26 février 2024
Je découvre le groupe avec ce premier album, donc commençons avec la traditionnelle question : quelle est l’histoire de Blooming Discord ?
Vincent : L’histoire du groupe ? C’est bien que tu en parles avec nous parce que nous sommes un peu à l’origine de ça. Le groupe a débuté en 2015. Alors, on part de quoi, là ?…
Sam : A l’époque, j’avais un groupe de rock. On faisait des reprises et ça ne me suffisait pas. Je voulais faire quelque chose qui ressemblait plus à ce que j’écoutais, ce qui me faisait rêver quand j’avais 14 ans, Bullet For My Valentine, ce genre de groupes. Un soir, je vais à un anniversaire avec ma guitare et quand j’arrive, Vincent, que je ne connaissais absolument pas, était là et il avait aussi sa guitare. Il jouait toutes les musiques que je kiffais… Depuis, c’est l’amour fou !
Vincent : On a passé la soirée à jouer les musiques de nos répertoire communs. Ca a super bien matché musicalement. L’anecdote, c’est qu’on a passé toute la soirée ensemble, elle se termine, tout le monde s’en va. A l’époque, je dormais sur place. Sam part, puis revient parce qu’il avait oublié sa veste (NdMP : après « l’amour fou » mentionné précédemment, ça commence à ressembler au coup de la panne cette histoire, non ?). Là, il me dit que c’était cool, qu’il a passé une bonne soirée, me dit « je monterais bien un groupe ». Moi aussi, j’en avais envie. On s’est promis de se contacter à la fin de l’été, on avait tous les deux des choses à faire. A la fin de l’été, on s’est retrouvés, on a commencé à répéter tous les dimanches avec notre batteur de l’époque. A partir de là, on a créé le groupe, on a recruté un bassiste… plusieurs bassistes avant de rencontrer Antho. Lui, était à Paris à l’époque, il venait en vacances à Marseilels, d’où il est originaire. Il ne vient pas du tout du metal, à la base, il fait de la tektonik (rires es 2). Il est DJ, aucune connaissance dans le metal.
Sam : D’ailleurs, il n’aimait pas ça, il avait des a prioris sur le metal à la base… On lui a fait écouter nos groupes fétiches et il s’est rendu compte que, en fait, c’était vraiment lui ! Il ne jouait pas du tout de basse à l’époque. Il nous a dit : « les gars, attendez moi, je finis mes études à Paris, et dans 3 moi, je reviens et je veux être votre bassiste ! » On lui a dit qu’on n’avait pas le temps d’attendre, on a vu plusieurs autres personnes et, au final, le temps est passé, et il est revenu… Ce qui était assez frappant quand on s’est rencontrés, Vincent et moi, c’est que lui vient de la musique classique, moi, du rock, et un DJ qui arrive. Les trois se retrouvent et font du metal (rires) !
Oui, maintenant, les mélanges de genres, la fusion, elle donne souvent les résultats qu’on connait…
Sam : Exactement. Blooming n’est pas forcément dans les clous du metal, dans ce qui « est à la mode » aujourd’hui…
Avant de parler de la musique de Blooming Discord, j’ai vu sur un site internet qu’en 2015 vous aviez un autre look que sur les actuelles photos, et d’autres noms de scène. On parle bien du même groupe ?
Sam : Oui, ça a bien évolué aussi ! A l’origine, il y avait une sorte de concept album. L’idée était de sortir un album, pas 2 Ep. Pour des raisons logistiques, d’apprentissage, aussi, on a décidé de scinder les choses : avoir une première expérience en studio pour apprendre, puis une autre pour progresser. On s’est rendu compte que s’était bien d’avoir fait comme ça parce que ça nous a permis de faire ce premier album avec un peu plus de qualité. L’esthétique à la base était très tournée vers nos influences, il y avait un concept, une histoire… Entre temps, on a grandi, on s’est détachés de nos bases, de la dissonance… On a décidé de se recentrer sur quelque chose de plus essentiel. Juste faire de la musique pour kiffer avec le public.
Vincent : Pour bien comprendre, à part Sam qui avait déjà une expérience avec des groupes de reprises, les autres, c’était vraiment notre première expérience. Le groupe s’est formé en 2015 et il y a eu beaucoup de temps d’apprentissage du travail de groupe, de la définition de la direction artistique… A la base, on disait « on aime la dissonance, Tim Burton et on veut créer quelque chose d’assez théâtral ». Ça a beaucoup évolué pendant ces années d’apprentissage. Finalement, ces 2 Ep qu’on a sortis ont été l’aboutissement de tout ce travail de quelques années. Savoir quelle était notre choix artistique. C’est pour ça que notre premier album sort 8 ans après. Il nous a fallu du temps pour apprendre. Toutes les erreurs d’un groupe, on est tombés dedans…
C’est aussi comme ça qu’on apprend et qu’on grandi. Quelles sont vos principales influences aux uns et aux autres ?
Vincent : Ça évolue aussi avec le temps ! En ce moment, je suis assez branché par While She Sleeps, Bring Me The Horizon, il y a beaucoup d’influence de ce qu’on écoutait dans les années 2000, Slipknot, Korn, Steel Panther aussi (rires).
Steel Panther, je l’entends moins !
Sam : A la base, dans le groupe, on est tous, individuellement et profondément amoureux de chaque artiste qui peut transmettre quelque chose à sa manière. Que ce soit dans l’interprétation, dans la sincérité de son discours ou juste avec un concept particulier. C’est pour ça qu’il a dit Steel Panther, mais ça peut même être Queen, Michael Jackson, Elvis… Dès qu’il se passe quelque chose, on a envie de retranscrire cette sensation qu’on a pu éprouver en écoutant, en voyant des artistes en live. C’est ça qui nous anime. C’est une démarche d’authenticité, retranscrire ce qu’on aime chez ces artistes-là. Je pense que tu as pu le voir sur cet album, ce qui nous unis, la musique qui nous fait rêver, c’est celle des années 90/2000. Il y a quelque chose de grunge dans cet album, presque comme si on était nostalgiques de ces années-là, du Grunge, du metalcore. On a voulu reprendre tout ça en se disant qu’on avait envie de rendre hommage à tout ça tout en y ajoutant une touche de modernité.
Rendre hommage à la musique des années 90/2000… Si vous deviez décrire votre musique à quelqu’un qui ne vous connait pas, que diriez-vous ?
Vincent : J’aime bien définir le groupe comme jouant du rock metal. Le mot metal vient après. Il y a vraiment cet esprit rock dans ce qu’on fait. Je pense que quelqu’un qui n’écoute pas de metal peut apprécier. Ça peut être une porte d’entrée d’écouter ce qu’on fait parce que notre musique est assez ouverte. On a du mal à nous définir dans un style, même si en ce moment il y a une tendance très metalcore… C’est un milieu qui a des codes très précis, et nous, on se trouve un peu entre deux. Il y a des choses metalcore, mais en même temps, notre metal est plutôt gentil… C’est pour ça que je dis que c’est une porte d’entrée, les gens qui découvrent ça peuvent se dire qu’en fait, le metal c’est aussi ça…
Ce que j’ai noté en écoutant l’album c’est une variété dans les morceaux. Il y en a qui sont bruts de décoffrage, d’autres plus soft – j’ai noté que Idolies est un titre « tendre » même si derrière il y a des guitares très heavy. Vous ne vous contentez pas de ne faire que du metalcore. Il y a une variété d’influences que vous intégrez dans votre musique.
Vincent : Exactement, et c’est la force d’un album : avec un produit « complet », on peut montrer toutes les facettes de nos influences. C’est très bien d’avoir un morceau très « brut de décoffrage » comme tu disais, mais Blooming Discord, ce n’est pas que ça. C’est bien d’avoir aussi un titre comme Unlive, beaucoup plus… On va sortir les briquets pendant le concert ! Il y a des moments plus émotionnels, tristes ou nostalgiques. On essaie vraiment de faire ressortir toutes nos influences.
Sam : Au-delà de ça, c’est aussi dans la personnalité de chaque membre du groupe, tant dans les influences que dans ce qu’il peut se passer pendant le processus d’écriture. Par exemple, tout le monde a des hauts et des bas dans la vie. Unlive, c’est un moment qui pouvait être difficile dans la vie du bassiste – c’est lui qui l’a écrit. Sur le moment, on n’a pas forcément compris mais on s’est dit que si c’était important pour lui d’écrire cette musique. A la base on se disait que la musique était très belle et ensuite, on a tous traversé des moments difficiles et on a tous chialé sur cette musique. Elle est forte et elle signifie quelque chose pour nous.
Qui sont les musiciens qui composent aujourd’hui Blooming Discord ? Je suis allé vérifier votre site internet et il n’y a rien concernant votre ou line-up sur votre bio…
Sam : Disons que nous sommes dans un collectif où chaque personne apporte quelque chose. Ça part vraiment de la personnalité de chacun.
Vincent : On avait un premier batteur, Sébastien Papillon, qui a quitté le groupe après le premier Ep, et on l’a remplacé par Sébastien Lanthelme, donc on a gardé le « Seb » (rires). C’est quelqu’un qui est arrivé après la fondation du groupe, avec qui on s’entend super bien. C’est comme une famille. Quand on recrute – on a eu des phases de recrutement au début et au milieu quand on cherchait un nouveau batteur – on avait besoin des compétences et du côté technique, mais on avait aussi énormément besoin du côté relationnel, « famille ». Avant de recruter Seb, on a eu plusieurs batteurs qui avaient le côté technique mais avec qui ça ne matchait pas… On ne s’entendait pas suffisamment pour continuer dans le bon sens. Quand on a rencontré Seb, ça a collé directement, amicalement ou au niveau des compétences. Ca fait maintenant trois ans qu’il est avec nous. Il y a donc Seb à la batterie, Sam, guitariste soliste et fondateur du groupe, moi-même, fondateur également et guitariste rythmique, Anthony Scavenger, le fameux bassiste qui voulait rentrer dans le groupe et qui a acheté une basse pour ça, et Karim, alias Cage, le chanteur qui est entré dans le groupe aux tous débuts.
Parlons un peu de Karim, justement. Je suis très exigeant sur le chant anglais. Vous avez fait le choix de chanter en anglais et, pour une fois, j’ai la très agréable surprise d’écouter quelqu’un dont l’anglais est parfaitement compréhensible.
Sam : Alors… Karim il parle toutes les langues du monde (rires) ! Il est « multilingue », il parle français, arabe, italien, espagnol, c’est un don qu’il a… Il est trop fort !
Mais son anglais, il le travaille d’une manière particulière ?
Sam : Il a vécu une grosse partie de sa vie en Egypte et il me semble que l’anglais, là-bas, est assez parlé. Et il a beaucoup voyagé, aussi.
Vincent : Il faut aussi savoir que Karim est également champion du monde d’orthographe en français ! A 8 ans ! On crèche chez sa sœur à Paris qui nous a confirmé que c’est vrai. Bon, il n’avait pas 8 ans, elle nous a dit qu’il avait 13 ou 14 ans, il a été dans un concours d’orthographe, un concours mondial. C’est une compétition où il n’ya avait que des vieux, et c’est lui, à 14 ans, qui a gagné et devenu champion du monde d’orthographe. Voilà… Il a un côté littéraire très poussé et son don de pouvoir parler plusieurs langues doit venir de là.
Et c’est très agréable de pouvoir enfin écouter un groupe français dont le chant anglais est passe partout. Je pars du principe que si tu décides de chanter en anglais c’est que tu envisages de pouvoir exporter ton groupe hors de frontières francophones. Vous le féliciterez de ma part ! Maintenant, j’ai aussi l’impression qu’il y a parfois deux chanteurs : du chant clair, du chant guttural beaucoup plus brutal… C’est lui qui s’occupe de tout le chant ?
Vincent : En studio, oui, à 98%. Il y a quelques parties qui sont chantées soit par Sam soit par nous en clair. Les back, en live, ce n’est pas lui qui les fait, normal, mais en studio, c’est lui, oui.
Si l’un et l’autre vous deviez ne retenir qu’un seul titre de Memories from the future pour décrire à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Blooming Discord aujourd’hui, ce serait lequel ? Pas le meilleur, pas votre préféré, vous avez trois minutes pour convaincre avec un titre…
Sam : S’il y a trois minutes pour convaincre, disons qu’avec Latch tu auras une bonne idée. Il y a cette volonté d’être une porte d’entrée vers le metal
Vincent : Il y a ce côté festif…
Sam : Festif et fédérateur, il y a du chant clair, du chant saturé, il ya de l’énergie. Je dirais Latch. Après, personnellement…
Ce n’est pas ma question (rire général) ! Tu as dit Latch, ça me va. Vous êtes tous les deux d’accords, sur ce titre ?
Sam : Oui, après, personnellement je pense qu’on est aussi tous les deux d’accord (rires) !
Mais ce n’est pas ma question, je m’en fous de ça ! Vous m’avez parlé de 2 Ep ; j’ai trouvé Bramble and bones, mais pas le second, comment s’appelle-t-il ?
Sam : A la base, ça devait n’être qu’un album comme on l’a dit, qui s’est transformé en 2 Ep : le premier Bramble and bones, et le second Chamble and stones.
Le titre de l’album, Memories from the future, est assez dystopique. Vous traitez de thèmes particuliers ?
Sam : Ce qu’on aime bien, c’est ne pas donner de réponses aux sujets qu’on traite. Il y a un côté très philosophique… C’est Karim qui écrit la plupart des textes. On ajoute des petites choses de temps en temps, mais c’est principalement lui qui s’occupe de tout. Il faut savoir que Karim, c’est une âme…
Vincent : Torturée.
Sam : Voilà, torturée, qui, comme on le disait tout à l’heure est très orienté littérature. On aime ce côté-là de Karim qui aime poser beaucoup de questions sans apporter de réponses…
Vincent : Au-delà de ça, Karim a un côté très mystérieux, on ne le connait vraiment que quand on écoute et qu’on lit les paroles. Les paroles de cet album sont profondément introspectives. Il parle vraiment de choses qui lui sont propre et on peut en interpréter pas mal de choses sur, par exemple, des pulsions émotionnelles, qui sont contrastées. Le fait de s’avouer qu’on aime des choses, par exemple « tu ne te souviens pas de moi mais je me souviens de toi » (« you don’t remembrer me but I remember you »), ça ne s’adresse pas à quelqu’un en particulier, ça s’adresse à lui-même… Il ya beaucoup de contrastes dans Blooming Discord. Rien que dans le nom, déjà : Blooming, c’est la floraison, Discord, la discorde, le chaos. D’un point de vue instrumental aussi, il y a beaucoup de montées, de tensions, de détentes…
Y a-t-il des sujets que vous estimez, aujourd’hui, ne pas avoir leur place dans Blooming Discord ?
Sam : Politiquement… On est un groupe qui parle des difficultés de la vie, de la difficulté de gérer ses émotions, certaines situations. On n’a pas forcément envie de s’engager politiquement. Non pas qu’on n’a pas envie de prendre de risques, c’est juste que ce n’est pas le but aujourd’hui…
Si vous deviez penser à une devise pour Blooming Discord, ce serait quoi ?
Sam : Lanister paye toujours ses dettes (rires) ! Non… On peut prendre une seconde ? Ce serait « faire la fête et niquer des mères » (rires des deux ».
Vincent : En fait, on a la volonté de vouloir unifier les gens dans la fête…
Donc il y en a un qui est plus foncièrement rock n roll et l’autre qui cherche à rattraper le coup (les deux se marrent) ! Vous avez quelque chose à ajouter pour clore cet entretien.
Sam : Simplement que les gens qui vont lire cette interview aillent écouter Blooming Discord, qu’ils soient novices ou pas dans le metal. Il ne faut as penser que ça ne va pas vous plaire, chacun peut se reconnaitre dans pas mal de chanson. Et on est chauds pour venir faire la fête avec eux.
Quels sont justement vos projets de concerts ?
Vincent : On a quelques concerts de prévus : il y en a un le 23 mars à Avignon, à l’Aquabar, en compagnie de Scarlean et d’autres invités. On a fait notre release party le 7 février, sold out sur préventes et il y a beaucoup de gens qui n’ont pas pu rentrer… Du coup, on a réussi à trouver une date « de secours » pour ceux qui voudraient venir, ce sera le 29 mars au Jazz road de Mirabeau, à côté de Marseille, ensuite, le 31 mai pour un tremplin pour le Metaldays (NdMp : en Slovénie) de 2025.Quatre groupes vont jouer, l’un des quatre sera sélectionné par un jury pour aller jouer au Metaldays en 2025. On a aussi nos premières dates européennes : une à Milanet une à Bologne, en Italie, les 3 et 4 mai. On prépare ensuite une tournée pour l’automne 2025. On voudrait traverser la France en ligne droite, on ferait Marseille, Lyon, Paris, Lille, Bruxelles…
C’est pas tout à fait une ligne droite…
Vincent :… Quasiment (rires) ! on aimerait bien sortir un peu plus, aller en Allemagne…
Merci à tous les deux, j’espère pouvoir vous voir sur cette tournée si vous passez par Orléans
Sam : Avec plaisir ! On y a joué il n’y a pas très longtemps, c’est une très belle ville. On a été épatés par la beauté de la ville et on a envie de revenir !
Entretien avec Arno T. WALDEN, organisateur du festival Rock In Rebrech. Propos recueillis le 3 février 2024.
Les 25 et 26 mai prochains se tiendra la nouvelle édition du festival Rock In Rebrech. La petite commune voisine d’Orléans accueillera pour l’occasion un plateau 100% français avec la présence des locaux de La Jarry, la venue des Princesses Leya et une très belle tête d’affiche avec les Toulousains de Sidilarsen. Arno nous explique tout de cette 13ème édition – et plus encore…Visitez dès à présent le site pour obtenir vos billets: Rock In Rebrech 13ou avec le lien Helloasso
Arno T. Walden – Rock In Rebrech
Pour commencer, Arno T. Walden… Qui es-tu ?
(Rires) Je suis un musicien qui a fait ses premières armes sur le secteur d’Orléans. Ensuite, je suis allé à Paris, j’ai suivi des formations dans une école de chant, je suis parti en Angleterre, j’ai pas mal voyagé, en fait, avant de revenir m’installer dans la région. A une époque, j’étais intermittent mais après j’ai cessé. Et j’ai remis le pied à l’étrier parce que ça me manquait… Quand j’ai repris la musique, d’abord pour me distraire, puis, de fil en aiguille, il y a des gars qui m’ont fait me reconnecter. A l’époque, c’était un peu plus long parce qu’il n’y avait pas internet… J’ai fait un album avec un premier groupe, ensuite je suis parti sur un projet plus perso sous mon nom, j’ai fait deux albums, j’ai monté les Troopers (NdMP : The Iron Troopers, tribute band à Iron Maiden, qui sera en concert à Rebréchien le 20 avril prochain). Là, dernièrement, j’ai rejoint Trafic Jam (groupe fondé par Valentin Labani). Je suis musicien professionnel, et depuis quelques temps, je fais aussi du chant classique.
J’ai cru comprendre qu’à un moment tu travaillais aussi pour la municipalité…
J’étais élu. Comme tout bon citoyen, tu peux faire partie du Conseil municipal. J’ai trouvé ça intéressant, et je faisais partie de l’équipe, on a remporté le mandat précédent et j’ai été délégué à la culture. Déjà, avant, en tant que bénévole, je m’occupais du Rock in Rebrech. Là, en étant à la mairie, j’étais encore plus impliqué.
Peux-tu nous parler de l’histoire du Rock In Rebrech ? Ce n’est pas la première édition…
Ouh là ! Non, c’est la 13ème édition ! En tout, ça fait 15 ans que le festival existe, avec deux années d’interruption…
Lesquelles ? Je ne vois pas de quoi tu parles…
(Rires) Wasted years… On va éviter de parler de ces mauvais souvenirs… Comment est né le Rock In Rebrech ? Il y a 15 ans, un élu la mairie, Ludovic Langlais, est venu me dire qu’il avait envie de monter un… ce n’étais pas un festival, un tremplin rock sur Rebrechien. Il savait que j’étais musicien, et il voulait que j’utilise mon réseau pour développer son projet. En tant que musicien, ça m’intéresse de voir comment tout ça se passe de l’autre côté de la scène. Mon réseau, il était déjà essentiellement rock, hard rock, metal, donc l’identité « esthétique » du tremplin était toute trouvée. Je n’allais pas faire venir des groupes de reggae ou de pop, ce n’était pas mon domaine. Je ne connais personne là-dedans… On fait une première édition à la salle polyvalente, ça se passe super bien. On remet le couvert l’année suivante, sous la formule « tremplin ». J’étais un peu… frileux, parce que je n’aime pas vraiment cette idée de « compétition » en musique, dans l’art. En sport, OK, mais faire un « concours de musique », c’est tellement subjectif, ça dépend des envies de chacun… Donc, la seconde année, on le refait, mais ça merdouille. Notamment au niveau des votes du public, on n’était pas organisés, certains ont voté 72 fois… Troisième année, on remet le couvert et je suggère de faire venir une tête d’affiche pour rameuter du monde. Mon idée, c’était aussi de promouvoir mon style de musique auprès des gens. Déjà en France, le metal n’est pas très médiatisé, alors en ruralité, on n’imagine même pas ! Je me suis un peu posé comme « pasteur du metal » (rires). On est quand même assez bizarres, nous les métalleux : on a envie que tout le monde connaisse mais en même temps, on veut garder ça pour nous (rires).
On le voit avec les grands festivals. Beaucoup de personnes disent que « c’était mieux avant quand il n’y avait que 2.000 personnes ». Oui, mais derrière, il y a aussi une ambition !
Une ambition, une économie… On n’est jamais contents. Mais c’est un peu les Français… Donc, on fait venir Satan Jokers. Et là… C’est un peu le binz dans l’organisation, on arrivait à la fin du mandat, il commence à y avoir des tensions au sein de l’équipe municipale – je n’étais pas au fait de tous ces aspects-là à l’époque. Je fais venir Satan jokers, mais je jouais aussi. Donc, j’avais une double casquette. Au final, ça se passe super bien et c’est à ce moment qu’il y a la rupture avec le tremplin rock. L’année suivante, je fais partie de l’équipe municipale qui est élue. On remet le Rock In Rebrech sur la table de travail et j’impose en quelques sortes le Rock In Rebrech. On continue avec nos têtes d’affiche, il y a eu Elmer Food Beat, carton phénoménal. On a fait ça dans la salle polyvalente qui peut accueillir, je crois, 300 personnes. Là, on était largement au-delà (rires) !
Donc, il y a eu trois années de tremplin puis la volonté de transformer l’évènement en festival avec une vraie tête d’affiche. A l’époque le festival était gratuit.
Oui, il n’y a que l’an dernier où il soit devenu payant. Mais on va en reparler… Avant, il a toujours rencontré du succès, on a reçu, de beaux noms…
J’ai noté Cock Robin, Vulcain, Chris Slade Timeline, Marco Mendoza (NdMP : respectivement ex-batteur notamment d’AC/DC et ex-bassiste de Whitesnake, The Dead Daisies et d’autres). Comment te débrouilles-tu pour entrer en contact avec gens-là et les convaincre de venir à Rebréchien. Parce que Rebréchien, ce n’est pas Orléans, c’est rural…
On est d’accord ; il y a trois axes fondamentaux : d’abord, en tant que musicien, je connais beaucoup de programmateurs, de boites de booking… j’ai des amis que je contacte, à qui je pose des questions. Je réseaute beaucoup, en direct… Ensuite, comment convaincre les artistes de venir ? il y a le passif : quand ils voient les photos, entendent le bouche-à-oreille… la réputation les convainc. Et le truc « bassement mercantile », l’argent : un artiste a besoin de se nourrir. On lui propose un tarif, il est d’accord, il vient. Ils sont dans cette démarche de promotion, de « capter » des gens qu’ils ne toucheraient pas autrement…
J’imagine que pour des gens comme ceux que nous avons cités, des fines gâchettes reconnues, les tarifs ne sont pas les mêmes. Pour un festival gratuit, comment trouvez-vous les finances ?
Je t’explique en deux temps : premier temps, c’est « l’époque mairie ». A cette époque-là, c’est organisé par la mairie. Il y a une enveloppe globale pour gérer la mairie, et à l’intérieur, un budget pour la culture, entre autres. Sur mon mandat, il avait été choisi de prioriser le festival qui était l’évenement culturel de l’année pour la commune. Il y avait d’autres postes un peu moins couteux, comme des cérémonies. On globalisait tout ça. Le Rock In Rebrech étant gratuit, beaucoup de gens venaient et on se rattrapaient sur la buvette et la restauration. Il y avait aussi un partenariat avec Super U, V and B, des entreprises qui faisaient un peu de mécénat. S’il y avait un déficit, la mairie faisait un jeu de chiffre. Tous les ans, il y avait une compensation de déficit. Naturellement, quand tu fais des entrées gratuites, tu ne peux pas espérer entrer dans tes fonds… De toute façon, la culture n’a pas vocation à être excédentaire. La culture fonctionne aussi avec tous les à-côtés, il faut le comprendre. La culture, la santé, l’éducation… ce ne sont pas des secteurs pour gagner de l’argent. Ils sont là pour apporter de la cohésion dans un peuple, de la matière grise, générer des richesses par ailleurs. Si on prend l’exemple du Hellfest : si le festival s’arrête demain, ce sont tous les Clissonnais qui vont faire la gueule. Parce que le festival permet aux restaurants, aux hôtels, aux Air BnB, aux commerces de faire leur chiffre d’affaires pour l’année. C’est grâce à la culture, il faut vraiment avoir cette vision un peu plus large que le seul concert. Le maire de l’époque avait cette vision. Il avait bien compris cet intérêt de fédérer. Et on parle de Rebréchien ! Ça ne choquait personne, ce déficit. Six ans plus tard, le maire en place – il avait cumulé trois mandats et voulait passer à autre chose, ce que je comprends – se retire. Changement de municipalité, je décide de ne pas me représenter sur une liste. Traffic jam commence à décoller, on est signés sur un gros label, Rockshots records, et je me dis que je n’aurais jamais le temps… Entre ma formation de chant lyrique, les cours de chant que je donne, les Troopers, Trafic jam… « comment je vais faire ? » Je n’aime pas m’engager à la légère, donc j’arrête la mairie. Mais le nouveau conseil me demande de reprendre le Rock In Rebrech, avec l’asso dont je fais partie, No Mad Musik. La nouvelle municipalité a commencé juste avant le covid. L’an dernier, c’était la seconde édition avec eux. La libération arrive, en 2022 on fait venir Marco Mendoza. On a fait un vrai carton, je crois qu’on a eu 3.000 personnes ! Enorme !
Vous avez déplacé le festival en extérieur il y a quelques années. C’est une autre capacité que la salle polyvalente. Vous pouvez accueillir combien de personnes ?
J’ai envie de te dire que c’est presque illimité. Il y a un terrain de foot et tout un espace vert autour de la salle polyvalente. C’est là qu’on installe la scène. Je pense qu’on pourrait accueillir facilement 10.000 personnes. Après, c’est Rebréchien qui aurait des difficultés pour stocker les bagnoles (rires) ! Donc, après cette date avec Marco Mendoza, on s’est dit « c’est bon, c’est parti ! » En plus, on commence à attirer des stars internationales ! Classe. On bosse sur une autre édition, on attire des noms comme Krashkarma, Jelusick… là, on a quelque chose d’intéressant qui commence à se construire. En décembre 2022, je me fais pirater tous mes réseaux : mon compte Facebook, Instagram, mail, le site internet… tout ça pète. Impossibilité de retourner sur les anciens comptes – je suis banni… Je n’arrive à joindre personne, la panique totale… En janvier je crée un nouveau compte, je repars de zéro…
J’ai comme le sentiment que tu vas nous parler de la communication qui a foiré… On en vient donc à cette édition de l’an dernier, 2023, qui a été une grosse déception avec peu de monde…
Voilà… En plus, on a mis un moment à réagir. Tous les comptes connexes, et j’en assume la responsabilité, tous ces comptes, les Troopers, le festival, etc, tout était relié à mon compte sans autre administrateur. Donc tout ça… Terminé ! On aurait dû avoir un autre administrateur, et là, on aurait pu récupérer les comptes. En février, mon ancien partenaire son m’appelle en me disant qu’il n’a pas les reins assez solides pour assurer le son sur deux journées de festival. J’appelle des pros, je vois les montants… On a déjà signé les contrats avec les artistes, on ne peut plus faire machine arrière… Donc là, on devait faire payer les entrées, pas d’autre possibilité. On a fait 3.000 personnes l’année d’avant, faire payer les entrées, même si on ne fait rentrer que 2.000 personnes – là, on était dans nos délires – on fait les calculs, la buvette… L’objectif c’est d’être à zéro… En mars, on enclenche la com physique. Je contacte mon imprimeur qui m’annonce avoir mis la clé sous la porte… Il me donne un contact, un tuyau crevé, j’appelle partout… On fini par trouver quelqu’un en avril. Tu imagines ? En avril ! Le festival il est un mois après ! On n’a pas une affiche, pas de com’ sur internet et là… Coup de grâce : j’apprends qu’il y a un concert qui est organisé, un concert gratuit, à Saint Lié la Forêt, le même jour, avec des food trucks, qu’il y a autre chose un peu plus loin… je n’ai pas eu le temps de rentrer en contact avec eux, mais je suis prêt à parier que tout ça est dû au fait que nous n’ayons pas eu le temps de communiquer. Ils n’ont pas fait exprès d’organiser ça le même jour que nous, ils ne le savaient tout simplement pas ! Avant que ça ne commence, j’étais persuadé que ça allait être la merde. Les gens qui gueulent parce que c’est payant… 8€, quoi ! Comment c’est possible d’avoir ce genre de mentalité aujourd’hui ? Mais quand tu y réfléchis, ça a été gratuit pendant 11 ans, la musique, c’est gratuit – tu as un abonnement à 4€ et tu as tout à portée de main…
Aujourd’hui, on le voit : les groupes, c’est la scène et le merchandising qui les font vivre. Le guitariste de Black Stone Cherry disait il y a peu que la scène, c’est la seule chose que le public ne peut pas pirater ! Tu veux voir un groupe en vrai, tu dois y aller…
Je trouve ça bien. La scène, c’est l’endroit où doit être un musicien.
L’an dernier, il y a eu cette grosse découverte : Krashkarma. Ceux qui ne sont pas venus ou qui ont fait demi-tour peuvent le regretter…
Ah, oui ! Krashkarma, j’ai des nouvelles d’eux très régulièrement, ça faisait un moment que j’avais un œil sur eux. Qu’ils puissent faire cette musique à deux, c’est incroyable ! Je les ai découverts grâce au manager de Trafic Jam. C’est un malin, lui, il déniche des talents…
Ça veut dire que Trafic Jam c’est un groupe talentueux ?
(Rires) Je ne peux pas le dire ! Mais, bon… Mais chez Rock World, sa boite, il va y avoir des trucs intéressants. Jelusick, Krashkarma, tout ça, c’est lui ! Marco Mendoza aussi…
Là, on a toute l’histoire du Rock In Rebrech, dont l’an dernier avec la défection non seulement du public, mais également, le second jour, celle de 50% des food trucks…
Ouais, alors ça… Ils sont là pour faire du business, d’accord, mais ils ont signé un contrat. Tu l’honores, le contrat que tu signes. Je suis musicien, je signe un contrat avec une salle, qu’il y ait 10 ou 10.000 personnes, je joue. Il m’est aussi arrivé de jouer dans des endroits, de festivals ou autre, où il n’y avait pas assez de monde, et je n’ai pas été payé… Tu sais, il y avait un des food trucks, il était tenu par un gars qui venait du monde du cirque. Il me disait « je vous comprends. Parfois, on allait dans un village, on faisait 4.000 personnes, le lendemain, on s’installait ailleurs et il y avait 10 personnes. On donnait quand même notre spectacle. » C’est le jeu… Quand tu acceptes de faire partie d’un évènement, tu en fais partie s’il gagne, mais aussi s’il perd. C’est trop facile de dire « j’accepte d’en faire partie s’ils gagnent » ! On est tous embarqués dans la même aventure. Là, ce qu’il s’est passé, c’était très, très limite. Les food trucks, c’est fini ! Il n’y en aura plus un seul sur le festival. On va faire comme avant : du bénévolat, on va mettre les friteuses, les barbecues, et c’est reparti ! Ce n’est même pas la peine de penser à un food truck ! Non… Le V and B, oui, c’est notre partenaire historique et je les remercie, ils sont incroyables. Le patron des enseignes de Chécy, Ingré et Olivet, Richard Facen, est devenu un ami depuis. V and B est une chaine qui a été lancée dans les années 2000. Leur concept, c’est de vendre de l’alcool, vin et bière, et ils font un peu pub, lieu de détente « afterwork ». Tu peux aller boire un pot jusqu’à 20h, après ils ferment.
Dans un premier temps, lors de la soirée soutien au Rock in Rebrech, tu as annoncé les trois groupes du 25 mai : La Jarry, une formation locale, les Princesses Leya, un groupe humoristique – très sérieux en même temps parce que pour atteindre ce niveau d’humour, il faut y aller – et les Toulousains de Sidilarsen (qui viennent d’annoncer la sortie le 19 avril de leur huitième album Que la lumière soit). Tu as par la suite annoncé que le festival continuerait le 26 mai. Les deux jours seront en extérieur ?
Oui, tout se passera dehors. En fait, ça va ressembler exactement à ce que tu as vu l’année dernière…
Avec plus de monde…
Ben, oui. J’espère bien ! Le samedi, ce sera la journée des « spécialistes », ou des « pros » avec les groupes que tu as cités. Le lendemain, je suis en train de monter la programmation, on va proposer une « scène découvertes » avec des groupes locaux, des gens du coin qui veulent monter sur scène. Je ne peux pas le faire le samedi, j’ai vu comment ça se passe : tout le temps, les gens arrivent vers 18 heures, 19 heures. Faire venir des groupes à 16 heures pour les balances – la tête d’affiche sait sa balance avant les premiers groupes – c’est toute une organisation. Alors faire venir la tête d’affiche le matin pour la mise en place et pour que des groupes locaux jouent devant peu de monde, ça n’a pas de sens. Du coup, on fait le samedi avec les « têtes d’affiche », on va proposer une solution de camping avec vestiaires, douches, des gites… tout ce qu’il faut. Le lendemain, dimanche, ce sera un esprit scène ouverte avec entrée gratuite.
Donc le 25 sera payant. Tu as une idée des tarifs ?
Les préventes sont à 18 euros, ce sera plus cher – environ 20 euros – sur place le samedi (les préventes sont disponibles sur le site du festival: Rock In Rebrech 13 ou avec le lien Helloasso). On fait plus cher, oui. Cependant, j’ai regardé tous les festivals qui accueillent Sidilarsen cette année, le moins cher est à 17 euros. Partout où ils vont, c’est ce tarif. Et puis, j’écoutais il y a quelques jour un économiste qui disait – ça a résonné en moi – « ce qui est gratuit n’a pas de valeur ». Ce qui signifie que, aux yeux des gens, comme c’est gratuit, ce n’est pas respectable. Mais si tu payes, tu y donnes de la valeur… (NdMp: signalons également que l’achat d’un billet en prévente donne également droit à une boisson gratuite)
Tu ne veux pas faire la bière gratuite ?
(Rires) Ça, il faut voir avec Richard !
On est donc bien sur 2 journées, la première payante, avec pour objectif d’amortir, et la seconde, gratuite.
Exactement. Le dimanche, on laisse à disposition les barbecues, les gens pourront même faire leurs propres grillades. En revanche, la buvette reste payante.
Puisque tu parles de restauration : aujourd’hui, nous sommes dans une époque très écoresponsable. Vous allez fonctionner avec le système ecocup, des couverts et emballages recyclables ou bio dégradables ?
Alors, les couverts, je reconnais que je n’y ai pas encore pensé mais on va tendre vers le plus propre possible. Depuis quelques années, chaque année, on voit les choses évoluer. Au début, on ramassait des déchets de tous types, maintenant, le rangement se fait en une journée. Le soir, c’est nickel. Les écocup, ça a vraiment changé beaucoup de choses. Pousser plus loin, maintenant, c’est logique.
Parlons maintenant de la campagne de communication. Autant l’an dernier, vous avez pris une douche froide, là, elle a déjà commencé. Il y a des flyers et des affiches qui circulent. Quid des affichages, annonces presses, médias ?
Déjà il va y avoir une annonce dans Rock Hard, dans quelques jours on va au Hellfest corner à Paris pour essayer de monter avec eux un partenariat. Je voudrais pouvoir faire un « event » avec des places à gagner. On a aussi fait faire un logo qui représente Baphomet… Il va y avoir une campagne d’affichage, j’ai été interviewé sur France Bleu, et on passe par la Fédération des musiques métalliques qui existe depuis 2 ans. Pascal Guegue travaille avec des institutionnels, l’Adami, la Sacem… Il cherche à promouvoir le metal en France, c’est un peu le pèlerin du metal, il va partout… Maintenant, je crois que j’ai fait le tour… On s’est pris un râteau l’an dernier, ça ne nous empêche pas d’aller de l’avant. On a pu récupérer un peu avec la soirée de soutien mais on continue. Et on a une super affiche.
Je vais découvrir live les deux premiers groupes, cependant, Sidilarsen, je les ai vus à plusieurs reprises, et à chaque fois, c’est une claque. On passe un super moment. Leur musique est aussi metal qu’électro, et ça dépote ! En même temps, on revient à une affiche 100% française, ce qui doit, j’imagine générer des coûts un peu moins importants…
J’aime beaucoup leur côté crossover. Maintenant, pour les coûts, oui, même si, au début, j’ai contacté Rage tour et quand ils m’ont annoncé les tarifs de Mass Hysteria, j’ai dit non, ce n’est pas pour nous. Ils m’ont dit qu’ils avaient aussi Sidilarsen, qui fête ses 20 ans et sort un nouvel album. Ouh… là, oui, ça m’intéresse ! Je leur ai proposé de prendre deux groupes, « est-ce que vous me faites un prix ? »… Bref, les négociations mercantiles ! Donc, on aura aussi Princesses Leya, un groupe humoristique moins « crado » qu’Ultra Vomit. Moins caricatural… J’aime pas qu’on se moque de mes jouets en plus… C’est comme quand, pour résumer le Hellfest, tous les ans, Quotidien qui ne montre que des culs… C’est pas ça le Hellfest, c’est du spectacle, de la musique, une ambiance ! Si tu n’as vu que ça… Fais ton boulot de journaliste quoi !
As-tu quelque chose à rajouter concernant le Rock In Rebrech ?
Je crois que nous avons fait le tour, il y a déjà beaucoup de choses. Merci beaucoup !