ELYOSE: Déviante

France, Metal (Autoproduction, 2023)

J’ai dû rater leur précédent album, mais garde de bons souvenirs de leur troisième, un Reconnexion varié et truffé d’invités (chro ici). Voici qu’Elyose revient sous forme de duo avec Déviante, titre qui évoque pour le moins un monde SF post apocalyptique. Le chant français de Justine Daaé, à la fois doux, déterminé, pop et envoutant, est impeccablement soutenu par une instrumentation mêlant nu metal, indus/electro, et heavy moderne. On retrouve – sans surprise, serai-je tenté d’écrire (d’ailleurs, je l’écris) l’esprit d’Evanescence, groupe évident sans pour autant être omni présent. Si les compositions se révèlent complexes sans être trop alambiquées, il manque un petit quelque chose, un supplément d’âme: le groupe n’est aujourd’hui que duo, et cela se ressent dans le rendu final, principalement dans la batterie qui semble programmée et manque de toucher humain. On reste cependant dans cet esprit électro rentre dedans et efficace et ce « détail » mis à part, le propos musical est très réussi. Elyose est sans doute à voir sur scène, lieu partagé dans un récent passé avec rien moins que Therion ou Tarja. A quand la route?

 

Interview: HIGHWAY

Interview HIGHWAY – entretien avec Ben Chambers (guitare) – propos recueillis par téléphone le 3 février 2023

Les sudistes de Highway viennent de sortir The journey (chro ici), leur quatrième album (cinquième production en comptant le Ep de leurs débuts) et une nouvelle fois encore parviennent à se démarquer avec une production 100% acoustique. Et franchement, depuis le temps que j’aime le rock simple et direct des sudistes, il était temps que je puisse m’entretenir avec eux. C’est donc le guitariste du quatuor qui se plie à l’exercice et franchement, des discussions comme ça, simple comme si « entre potes de toujours », ça fait du bien! Ben nous dit tout et plus sur ce nouveau disque plus que séduisant et réussi.

Metal Eyes : Ca fait un petit bout de temps que je suis Highway, et on va parler aujourd’hui de The journey, votre nouvel album…

Ben Chambers : Oui, je me souviens de chroniques sur Metal Eyes mais aussi sur un autre webzine il y a longtemps…

On ne va pas revenir sur l’histoire du groupe formé en 2002, vous sortez maintenant votre quatrième album…

Cinquième, même, sauf si on considère le premier comme un Ep, ce qu’il est… ok quatrième album.

Donc, un quatrième album, et vous avez fait le choix de sortir un disque acoustique. Un album a moitié composé de nouveautés et à moitié de reprises d’un groupe qui s’appelle Highway…

Oui, il est pas mal, c’est un groupe dont on est fans (rires)

Pourquoi avoir fait ce choix de reprendre certains de vos morceaux en acoustique ?

C’était un peu le point de départ de cet album : des concerts en acoustique, on en fait régulièrement et on adore ça. On avait revisité des morceaux en acoustique et on a toujours eu de bons retours, c’est une autre expérience. On s’est simplement dit que ce serait bien qu’on les enregistre, mais ça, c’était il y a longtemps. La pandémie est arrivée et on s’est simplement dit : « allez, faisons tout ce qu’on    toujours voulu faire mais qu’on n’a jamais pris le temps de faire ». On a fait plein de choses, un clip dessin animé qui a pris beaucoup de temps, on a travaillé sur des jeux video et on fait cet album. On a pris des morceaux qu’on jouait déjà en live mais en poussant beaucoup plus loin les orchestrations et les arrangements… On a écrit de nouveaux morceaux dédiés à ce format acoustique. On a fait ça parce qu’on adore ça… On a plein d’influences d’albums de blues acoustique, de groupe de hard qui faisait ça à l’époque des MTV Unplugged… ça montre une autre facette de Highway mais avant tout, le moteur, c’est le plaisir. On a fait ça parce qu’on a envie de le faire. On est allé au bout de cette idée. Pourquoi on a choisi de reprendre 4 de nos morceaux ? Parce que ça permettait de laisser une trace de ce qu’on joue live et ça permet aussi aux personnes, comme toi, qui connaissent Highway d’écouter une autre version du groupe, avec un petit coup de neuf. Il y a des morceaux qui datent d’il y a quinze ans !

Le petit coup de neuf commence dès Like a rockstar puisque vous avez ajouté des cuivres, des chœurs et l’interprétation est totalement différente.

Ah ouais, totalement ! C’est pour ça que je dis qu’on est vraiment allé au bout du truc. On a voulu se réinventer et pas seulement faire un album guitare/voix. On a travaillé pour la première fois avec un producteur – jusque-là, c’était plutôt de l’autoprod – qui s’appelle Bret Caldas-Lima qui travaille avec plein d’artistes, metal et autre. Il nous a beaucoup aidés pour pousser au maximum ces arrangements et apporter une couleur à chaque chanson. On a travaillé vraiment de concert avec lui, il nous a poussés à ajouter des cuivres, du piano, les orchestrations sur le dernier morceau The Journey. C’était vraiment passionnant d’aller toujours plus loin, de voir comment on pouvait sublimer es titres avec ce travail d’arrangements… En tant que musicien, c’était vraiment très enrichissant de retravailler d’anciens morceaux et d’en créer de nouveaux dans cet esprit-là. Vraiment trop cool (rires) !

Le principal c’est que vous y ayez trouvé du plaisir, vous le faites pour vous d’abord.

Ah, oui, on s’est vraiment éclatés. On ne nous attendait pas là, et ça nous a permis de surprendre un peu les gens. Nous aussi, ça nous a surpris… Mais on s’est tous éclatés !

Vous avez aussi choisi un titre qui est très évocateur, The journey, le voyage. C’est un voyage dans un univers qui est le vôtre, un voyage musical, un voyage dans le temps avec ces chansons revisitées mais aussi un voyage au travers de toutes vos influences.

Tout à fait, tu as parfaitement résumé l’idée de ce voyage. C’est tout ça. Revoyager dans notre discographie, dans le temps, comme tu dis, dans l’espace et dans les atmosphères… Il y a du blues, de la soul, du flamenco, il y a tout ce qu’on aime et qu’on n’a jamais réussi à inclure et que le format acoustique nous permet de faire.

Vous avez attaqué le travail sur cet album quand ?

Les anciens morceaux existaient déjà, mais on a vraiment commencé à se pencher dessus avec le Covid et les confinements. C’est là qu’on s’est demandé quels morceaux on allait choisir d’enregistrer. Les enregistrements ont commencé fin 2021 et se sont terminés début 2022, plusieurs sessions sur 4 ou 5 mois. Le confinement nous a permis de pouvoir nous pencher sur les détails. Le prochain album, qui sera électrique, je peux le dire…

Ce sera pour 2029 !

Non, ce sera avant, même si on est lents…

Je suis certain que ce sera pour 2029. Quand on regarde l’écart entre chacun de vos albums, il y a toujours 6 ans… Donc, 2029, c’est logique.

Ouais, mais on a le droit de changer… (rires)

En même temps, ça fait trois 6, un chiffre un peu magique, non ? Mieux encore… Si tu tapes sur google « line-up highway », sais-tu combien de propositions sont affichées ? Il y en 666 millions, je l’ai fait tout à l’heure…

Génial, génial… C’est vrai que c’est un chiffre magique… ou satanique, je ne sais pas… (rires) Le prochain album électrique, ok, je ne donne pas de date mais il est déjà bien avancé, il sera électrique mais avec son lot de surprise. Si The journey est un peu un ovni dans notre discographie, il a quand même notre patte, il y a un fil rouge.

Il y a clairement l’identité musicale de Highway, du classic hard rock, la voix de Benjamin, le jeu de guitares…

Ben a aussi beaucoup travaillé son chant pour ce disque. C’est un autre format, l’acoustique. D’habitude il y a sa voix éraillée, il pousse des cris, mais là, il a dû travailler différemment et ça aussi c’est chouette. Bosser avec ce producteur lui a permis de travailler dans un registre plus clean, faire passer plus d’émotions… j’ai hâte qu’on continue dans cette voix, en électrique mais avec ce qu’on a appris de cet album.

Tu parlais tout à l’heure de concert, un groupe de rock c’est aussi la scène. Quels sont vos pprojets à venir ?

On ne va pas faire de tournée pour cet album. On continue les concerts électriques et c’est assez rigolo parce qu’on joue en acoustique des morceaux qu’on a électrifiés. Il y a certains concerts où on fera un petit set acoustique pour rendre hommage à cet album, et il y aura aussi quelques évènements spéciaux où on jouera cet album avec les invités, cuivres, piano… dans des endroits un peu spéciaux comme des théâtres, pour coller à l’univers de ce disque. Sinon ce sera surtout des concerts électriques. Si tu nous suis un peu, tu sais qu’on joue régulièrement en Espagne, là, on va aussi aller pour la première fois en Italie… On reste un groupe électrique.

Si tu devais ne retenir qu’un seul des 8morceaux de The journey pour dire « voilà, Highway, en acoustique, c’est ça », lequel retiendrais-tu ?

C’est pas facile, parce qu’ils sont tous très différents. Maintenant, je dirai, principalement lorsqu’on joue live, le premier titre, Like a rockstar. Parce que c’est la preuve que même en acoustique, ça peut être fun, dynamique… On est toujours debout, on fait la fête. Mais ce titre montre que, même en acoustique, on peut avoir la rock attitude.

Justement, qu’est ce que vous faites comme des rock stars ?

Un peu tout ! L’idée des paroles de ce morceau, c’est de dire que quoi que tu fasses, fait le à fond, avec le style, la pêche, l’assurance, avec passion et c’est ça qui fait que tu le fais bien, que tu es heureux et fier de ce que tu fais, que tu sois électricien, dentiste, musicien. Fais les choses à fond. Après, on n’est pas le plus décadent des groupes, on a un décadent dans le groupe et ça suffit (rires) Et puis, on n’a pas envie d’être tristes, on traverse tous des moments tristes et difficiles. Romain, mon frère, et moi, on a perdu notre papa en fin d’année, on lui dédie l’album. C’était dur, mais la musique aide aussi à cicatriser, à se concentrer sur le moment présent. Et c’est vrai que le faire à fond aide beaucoup à traverser des moments plus difficiles.

C’est aussi une thérapie. Et, je fais peut-être un lien douloureux, mais « the journey » peut aussi évoquer ce voyage de votre père vers un autre monde.

Aussi… On lui a dédié l’album, ça a été long, difficile, ça s’est fait pendant le processus de l’album et clairement, oui, c’est aussi ça, un autre voyage…

Alors on va revenir à quelque chose de plus positif, d’autant plus que tu as encore quelques interviews à suivre et si tu y vas complètement déprimé… Alors, si tu devais décrire la musique de Highway à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, que lui dirais-tu pour lui donner envie de se plonger dans votre discographie ?

Je dirais que Highway c’est un groupe de hard rock, classic hard rock, avec beaucoup de mélodie et d’énergie. C’est le groupe de notre vie, Highway, donc dedans, il y atout, du hard rock australien de nos premiers amours auquel on a intégré en grandissant toutes les autres influences qui sont arrivées. Donc c’est un groupe assez mélodique qu’on a beaucoup travaillé, on a rajouté des chœurs… Ça reste une base rock binaire avec du blues, de la mélodie… C’est du rock assez… varié, fin. On essaie d’avoir de la finesse dans notre musique. On ne veut pas être juste un groupe de hard rock binaire, que j’adore, soyons clairs, mais avec Highway, on cherche toujours à rajouter quelques éléments pour enrichir notre musique.

Qui est responsable de la pochette et des illustrations ?

Il s’appelle Christian de Vita. C’est quelqu’un avec qui on a travaillé sur le clip de Chemical trip qui est sorti pendant le confinement. On avait fait un clip dessin animé, et ce mec, c’est un graphiste qui travaille à Paris que j’avais contacté dans l’optique de ce type de clip. Il avait fait celui de Slash, Bad rain, que j’avais beaucoup aimé. Je l’ai contacté, il travaille en France et il a accepté. Le tout a aboutit à ce projet et quand on a eu le concept de cette pochette d’album genre ambiance ciné, on s’installe et on en profite comme au cinéma, je lui ai tout de suite proposé. Je savais qu’il avait déjà l’idée de l’ambiance de tout ça, du cinéma – il travaille chez Disney. Il a fiat ça en collaboration avec un autre graphiste de Nantes. Tous les deux ont fait la pochette et… une affiche de film, une illustration par chanson qu’on retrouve dans le livret du CD. C’est donc aussi tout un concept visuel associé à cet album : tu rentre dans un cinéma, un théâtre, voir le film de The journey où chaque chanson est une scène différente avec les mêmes acteurs.

Tu parles de Chemical trip : l’illustration vous montre tous les quatre sur un arc en ciel aux couleurs de la gay pride (il se marre). Il y a un engagement de votre part ?

Ah, ah, non, il n’y a aucun engagement. C’est juste parce que c’était psychédélique. Il n’y a pas de rapport au drapeau gay, c’était vraiment plus part rapport au côté psyché, champignons hallucinogènes et tout ça. Maintenant, c’est vrai qu’on peut y voir un message et une sorte d’engagement.

Sans même parler d’engagement, ça pourrait simplement être un clin d’œil…

Ça pourrait, amis ce n’était pas le cas…

Je termine avec la pochette. Elle est, naturellement très évocatrice de cinéma mais surtout de cinéma américain (il acquiesce). Vous avez une relation particulière avec les USA. Vous y voyagez régulièrement ?

C’est notre culture, oui… Tu sais quoi ? J’en reviens. Il y a trois semaines, je me suis fait un trip court en Louisiane et au Tennessee pour aller suivre la route du blues, du jazz, de la naissance du rock’n’roll. J’adore… C’est ma culture musicale, et être dans ce berceau où est né le rock… Quand tu vas à Memphis et que tu rentres dans les studios, les Sun studios où sont nés les premiers morceaux d’Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash… C’est incroyable, émouvant… J’adore… Oui, je suis fan, et ça transparait dans notre musique.

Et les Américains sont plus dans l’entertainement que dans la culture, fameuse « exception culturelle française ». Cependant, qu’est-ce qui manque aujourd’hui à Highway pour passer au stade supérieur, vous avez une carrière qui commence à être longue, une discographie assez riche… Que manque-t-il ?

Si je le savais… Peut-être les contacts, le fait de n’avoir pas été là, au bon endroit au bon moment… Tout ce qu’on fait, on le fait avec amour, petit à petit avec les moyens qu’on a. Aujourd’hui, on croit vraiment à cet album qui peut nous ouvrir des portes vers un public pas forcément hard ou metal. Nous on continue, on sait qu’on va rencontrer quelqu’un qui va nous permettre de franchir une nouvelle étape. Comme ça a été le cas à chaque album, on a rencontré des gens qui nous ont permis de franchir une nouvelle étape. On verra où nous emmènera ce nouveau voyage… « It’s a long way to the top » … J’ai déjà accompli beaucoup de rêves avec ce groupe depuis qu’on l’a fondé – des tournées européennes, avec Schenker, rencontré des gens géniaux partout en Europe, faire des journées promo à Paris… Je ne pensais pas qu’on serait encore là 20 ans après !

Quelle pourrait être la devise de Highway aujourd’hui ?

La devise ? Je crois que c’est toujours la même chose depuis le début : « Enjoy, have fun ». Profite, quoi. Eclates toi et ne pense pas au passé ou au futur, éclates toi aujourd’hui.

As-tu une dernière chose à ajouter puisque nous arrivons au terme de cette interview ?

Surtout, merci à toi qui nous soutiens depuis nos débuts, tu fais partie des premiers à avoir écrit à notre sujet, à avoir fait des chroniques. On va monter une tournée, et on va partout, alors s’il y a des organisateurs intéressés, n’hésitez pas !

 

Plus d’infos sur le site du groupe: www.highwayrocks.com

 

CIGANY MÖHAWK

France, Punk (Autoproduction 2023)

J’ai découvert Cigany Möhawk lors du festival Un autre monde en 2019. Le groupe jouait alors sur la petite scène du parc Pasteur à Orléans et proposait un mélange de punk old school et de thrash, le tout teinté d’un esprit folk dansant mené tambour battant par un accordéon des plus joyeux. Le groupe restait alors volontairement underground, refusant les réseaux sociaux et travaillant dans un pur esprit DIY. L’esprit est toujours le même, une page Facebook en plus. Cigany Möhawk nous propose avec ce premier album 13 titres aussi dansants qu’énergiques, entrainants et explosif tout à la fois. Au delà de l’accordéon, la particularité des Blesois est de n’avoir opté pour un chant ni anglais ni français, le groupe s’exprimant en ce qui ressemble à du roumain. Le lien est vite fait pour les amateurs avec l’autre formation tzigane historique de ces contrées, Dirty Shirt. Et cela donne tout son sens à l’accroche que veut le groupe qui s’adresse à ceux qui ne craignent pas « la rencontre entre punk et tzigane ». La joyeuse rage déployée tout au long de ce premier album fait du bien par où ça passe tant le propos est fédérateur et la jovialité omni-présente. Alors, oui, on se plait à imaginer le groupe animer de folles soirées estivales ou mettre le feu (au figuré s’il vous plait!) à des clubs de moyenne capacité. Tu veux t’éclater et en découvrir plus, alors c’est sur sa page FB, l’album pouvant être directement commandé chez M&O music, acheté à prix libre en direct ou même… à vous de lire la suite chez eux! Et comme ils l’écrivent si bien, maintenant: let’s punk!

SINS OF SHADOWS: Imperium

France, Heavy metal (Autoproduction, 2022)

Il y a deux ans, en 2020 donc…, Sins Of Shadows nous présentait son premier album, The master’s way, que j’avais quelque peu démonté ici même, notamment à cause de la production indigne de son époque, tout en évoquant l’envie et le potentiel du groupe. Le groupe revient aujourd’hui avec Imperium et a visiblement – audiblement serait plus approprié – décidé de corriger certaines erreurs du passé. Dès les premières mesures de Ordinary men, on est entrainé dans cette furie de classic heavy metal qui nous replonge dans les 80’s et ses compositions variées, mélodiques et efficaces, son chant haut perché parfois approximatif qu’on aimait adorer ou détester. On retrouve la marque des plus grands, de Maiden (on peut même pousser jusqu’à la période Blaze Bailey) à Helloween en passant par la vague power metal scandinave et allemande. Les 9 titres alternent les tempi sans temps mort, recherchant l’efficacité. Cette fois encore, le groupe clairement ne cherche pas à réinventer le genre et veut simplement se faire plaisir, ce qu’il parvient à réaliser haut la main. Un album pas prise de tête pour un sou, qui fait secouer les crinière et taper du pied, on n’en demande pas plus. Et ça, j’approuve!

GRANDMA’S ASHES: This too shall pass

France, Rock/Stoner (2023, Autoproduction)

Allez, disons le tout net: si la bonne fée pouvait se pencher sur les cendres de grand-mère… Dès la première écoute de ce This too shall pass, Grandma’s Ahses, trio féminin formé en 2018 et déjà auteur d’un premier Ep, The fates, paru en 2021, se démarque d’une scène aujourd’hui par trop lisse et consensuelle. Les 13 titres de ce premier essais (dont 3 interludes absents de la version vinyle) explorent sans complexes divers horizons musicaux, allant du rock garage au stoner enfumé, en passant par un heavy rock aux limites du doom. Et quand ça castagne parfois, ben… ça pête sévère! On trouve aussi bien des traces du metal froid d’un Blue Oÿster Cult que le rock énervé de 4 Non Blondes. Le chant – dans un anglais plus que maitrisé – passe par des phases de douceur bienveillante comme il sait se faire langoureux ou mélancolique, souvent envoûtant et toujours soutenu par une basse ronflante et une batterie syncopée. Il y a dans cet album plus que de la simple complicité et complémentarité musicales. Avec This too shall pass, un album qui sait prendre des risques et sortir des sentiers battus (la réalisation de Fred Leblanc, impliqué avec Pogo Car Crash Control ou Toybloïd y est sans doute aussi pour quelque chose) Grandma’s Ashes se distingue de la jeune garde, interpelle et surprend. Et dans le paysage musical actuel – français ou international – ça fait du bien.

SLEEPING ROMANCE: We all are shadows

Italie, Metal progressif (Autoproduction, 2022)

Formé en 2013, les progueux italiens de Sleeping Romance nous ont proposé en fin d’année 2022 (octobre, je crois) We all are shadows, leur troisième album dont chaque titre est l’acronyme du nom de la chanson. Une intro narrée par la chanteuse Lina Victoria donne envie de se plonger dans le propos musical qui suit. L’influence d’Evanescence se fait sentir  dès SAM – Smoke And Mirrors – mais le groupe ne se contente pas que d’évidences. La suite mêle puissance et douceur, légèreté vocale et dynamisme musical. Un contrepied vocal est présent en arrière plan avec un chant guttural parfois discret et qui remonte en surface le temps d’une courte colère. Sleeping Romance lorgne ensuite vers les horizons tracés tant par Apocalyptica (la présence de cordes est souvent mise en avant) ou encore l’indus version Rammstein. La production est riche et généreuse mettant en avant chacun des instruments comme il se doit et si l’ensemble est bien foutu et très agréable à écouter, la personnalité de Sleeping Romance mériterait d’être plus encore explorée pour que le groupe se démarque vraiment de ses influences. Voilà toutefois un album que les amoureux de belles mélodies auront plaisir à découvrir.

ACOD: Fourth reign

France, Black/Death (Autoproduction, 2022)

Je m’étais laissé prendre au jeu de la séduction avec le dernier album d’ACOD, on ne m’y reprendra pas… L’intro calme, symphonique et presque bucolique, très cinématographique, pour séduisante qu’elle soit, peine à cacher le contenu sombre et explosif de ce cinquième album des Marseillais. Sur d’anciens chemins… cède la place à 9 titres taillés dans un black/death metal qui sait aller chercher une certaine forme de lumière. Alors, oui, ça hurle et ça frappe vite sur Genus vavcuitatis – et son passage plus doux au milieu du morceau – ça se fait plus heavy à la… oh surprise… Amon Amarth sur The profecy of agony et ses chœurs plus légers, ça speede sur Sulfur winds rituals… Acod, malgré un chant typique black, parvient donc à varier son propos tout au long des plus de 50 minutes de l’album. Pas évident de tout ingurgiter en une fois, mais une exploration de quelques écoutes permet de découvrir quelques… « subtilités » mises en son par Linus Corneliusson qui a mixé l’album (et est connu pour son travail avec, entre autres Dark Tranquility ou Ishanhn) comme ce texte narré en français au sein de Nekyia catharsis. Avec ce Fourth reign – over opacities and beyond, le duo français marque un véritable pas en avant et se pose comme l’un des gros espoirs du genre. Une belle réussite doublée, une nouvelle fois, d’une superbe pochette de Paolo Girardi.

WORKING KLASS HEROES: No excuses, no remorses

France, indus/electro (Autoproduction, 2022)

Interview Working Klass Heroes. Entretien réalisé le 5 décembre 2022 avec Fabien (guitare)

Working Klass Heroes s’est « formé en juin 2010 à Perpignant. Jusqu’en 2015, on était un groupe plus power rock dans le style de Bukowski un peu teinté de metal. Il y a ensuite eu un changement de line-up avec l’arrivée d’un nouveau chanteur, d’un nouveau bassiste et d’un batteur. » C’est ce line-up qui, trois ans plus tard, publie son premier album. Mais arrive 2020 et le confinement pendant lequel « le bassiste et le chanteur sont partis. Ils ont voulu arrêter. Le chanteur à la base est batteur dans un autre groupe et il a préféré retourner vers la batterie. De notre côté, on a profité de la période pour commencer à recomposer et il y a eu l’arrivée d’Adrien, le nouveau chanteur et du nouveau bassiste, Chris, qui est le cadet du groupe, un p’tit jeune de 20 ans. »

L’album est sorti au mois de mars, il est donc assez étonnant de n’en faire la promo que maintenant… Fabien s’en explique : « notre batteur est tombé malade à cette période. Il a eu un cancer de la peau et il a dû se soigner, de la chimio, des laser… Nous, avant d’être un groupe, on est une grosse famille. On a un peu levé le pied et on l’a laissé se soigner. Il va aujourd’hui beaucoup mieux, et on a décidé ensemble de reprendre la promo. »

WKH a intitulé cet album, composé de 11 titres brutaux et très teintés indus/electro agrémentés de quelques touches de death, No excuses, no remorses (ce qui fera sans doute sauter n’importe quel anglophone, Remorse étant généralement à la fois singulier et pluriel dans la langue de Shakespeare et ne prenant la marque du pluriel que pour exprimer divers type de remords. Fin de la leçon, penchons-nous plutôt sur le contenu musical). Comment Fabien décrit-il la musique de Working Klass Heroes ? « Je dis qu’il s’agit d’électro dance metal ! On s’est penché sur le côté electro parce que, dès le premier album, on avait un clavier/machiniste dès le premier album et on n’avait pas exploité toutes les capacités de l’electro. Nos influences font qu’on s’est dirigés dans cette voie. Nos influences ? Ça va de Mass Hysteria à Ministry, en passant par Crossfaith et Prodigy… » On pourrait aussi affilier WKH à ses compatriotes de 6/33, Herrschaft, Punish Yourself, Shâargot… « Oui, mais on a aussi ce côté un peu plus metal qu’on retrouve chez Mass Hysteria ou Sidilarsen. Maintenant, dans le groupe, on a tous des influences différentes, comme Red Hot Chili Peppers, le rock 70’s… on a mis nos influences en commun et ça a donné cet album, un disque plus festif que le précédent. Ce qu’on veut, c’est nous amuser ». S’amuser, oui, mais ça reste dans l’ensemble un disque violent avec quelques passages fédérateurs comme ces « oh oh oh », sur Holy diva qui cache un passage en français – ou celui qui sera obligatoirement bippé et censuré si l’album sort aux USA puisque Children of the porn débute avec un « Come on fuck me » provocateur. Reste que, au-delà de cette brutalité, les guitares sont incisives, la rythmique enlevée et beaucoup de passages sont assez hypnotiques comme une invitation à la transe, d’autres se faisant plus groovy comme sur the end is nigh.

Contrairement à ce que le nom du groupe évoque – les héros de la classe laborieuse – les textes n’abordent pas de sujets politique, mais plutôt des choses du quotidien, la fête et la vie. D’ailleurs, si Fabien devait ne retenir qu’un titre de cet album pour convaincre d’écouter cet album, il retiendrait « The queen of the dancefloor, justement parce que c’est la fête, un titre qui dit qu’on est là pour s’amuser, pour le partage ». Dans le même ordre d’idées, quelle pourrait être la devise de Working Klass Heroes ? « Comme je le dis toujours, ce serait « venez prendre de l’amour dans nos concerts » simplement ! ». Ah, ouais ? Mais il est brutal, l’amour là ! (il rit) « Oui, mais ce n’est que de l’amour, rien d’autre ! »

HIGHWAY: The journey

France, Hard rock (Autoproduction, 2022)

Le plus américain des groupes français de classic hard rock, j’ai nommé Highway, revient avec sa cinquième production, The journey. Un album volontairement étonnant car acoustique. Etonnant aussi car on aurait pu s’attendre à plus d’électricité de la part d’un groupe qui sort un album tous les… trop rarement. Mais voilà, Highway a cette classe qui fait les grands (qu’il na malheureusement toujours pas réussi à rejoindre). On trouve sur ce The journey des titres originaux – Like a rockstar et ses cuivres, One, super mélodique et plein de belles émotions, The journey – ainsi que des titres déjà présentés sur ses précédentes productions. Alors c’est vrai qu’avec les sudistes il faut s’armer de patience. IV, le précédent album date de 2017 (son prédécesseur de… 2011!) mais une nouvelle fois, l’attente en valait (largement et plus que cela!) la peine. Car tout ici fleure bon le travail soigné, sérieux et plus que pro. Les arrangements, les chœurs sont dignes de ce qui, dans le genre, se fait de mieux outre Atlantique. La voix de Ben Folch est toujours aussi profonde, superbement accompagnée par Morgane Cadre à la douceur bienveillante (écoutez ces canons sur One, si vous ne fondez pas, vous n’êtes pas humains!), la guitare de Ben Chambert reste simple et directe superbement accompagnée par la rythmique de son frère Romain à la batterie et de Sam Marshal à la basse. Le blues est aussi de sortie car on se refait pas. Highway revisite ses albums depuis Have a beer, son Ep de 2002, avec Motel in Alabama (qui évoque un certains Black velvet d’Alanah Myleset Have a beer ). In the circus of madness, ses accents hispanisant et clins d’oeil au flamenco vient lui de Goodbye money (2005), freedom (ah ces choeurs gospels et bluesy!) revisite le superbe United States of Rock n Roll (2011) tandis que Chemical trip représente le dernier en date, IV. L’album se termine sur le morceau titre, ballade à fleur de peau, superbe de bout en bout avec ses arrangements très cinématographiques. En nous proposant ce type de production, fun, plus que généreuse et sincère, Highway s’offre la possibilité de toucher un vaste public, amateur de rock, de grands espace, d’acoustique et de chansons ultra efficaces (en tout cas qui me touchent comme et là où il faut) et de bonne humeur constante, l’invitant à se plonger dans sa (trop courte) discographie passée qui mérite plus que d’être redécouverte. On ne peut qu’espérer que Highway trouve enfin un vaste public pour lui apporter cette fraicheur et cet enthousiasme communicatif qui reste l’apanage des grands. Allez, il est temps qu’une vraie bonne fée se penche sur ce groupe et le porte aux sommets! A quand de grandes scènes?

Tous les albums sont disponibles sur le site du groupe: http://www.highwayrocks.com/ ou directement sur le shop (https://www.highwayshop.kingeshop.com/Albums-CD-Vinyle-cbbaaaaaa.asp) alors faites vous plaisir en soutenant un des meilleurs groupes du genre made in chez nous!

NEAT: Neat

France, Metal Electro/Indus (Autoproduction, 2022)

Amis amateurs de sons électro et déjantés, une oreille portée sur ce premier album de Neat pourrait vous satisfaire. Au delà d’une pochette qui mêle graffiti et Matrix, le contenu est tout aussi furieux que varié. Il y a partout, tout au long des 12 titres proposés, un mélange de genres dans une fusion improbables. On y retrouve la folie d’un Faith No More qui fricoterait avec des musiciens de jazz progressif, la rage d’un chant de colère, des instants plus heavy ou simplement rock. Les guitares peuvent être aussi saturées qu’épurées, et toujours on retrouve ces sonorités indus et électro. Voici un premier album intriguant qui nécessite plusieurs écoutes pour bien se l’approprier. Un disque risqué, donc, qui ne s’adresse pas aux purs amateurs de metal mais bien aux amateurs de Shâargot, Punish Yourself, Herrschaft, Rob Zombie, Ministry et consorts. A découvrir.