
Comme il y a trois ans, c’est une affiche à trois groupes que nous propose ce soir les Danois de Volbeat. Comme il y a trois ans, aussi, c’est un Zénith en petite configuration qui accueille environ 4.000 spectateurs. Choisir le dernier jour des congés scolaires français, avec reprise le lendemain, donc des parents occupés ailleurs, n’est pas forcément le meilleur choix mais les présents savent pour quoi ils viennent.

A 19h, c’est le quatuor anglais Witch Fever qui déboule. Si chacune des musicienne a son look – Amy Walpole (chant) en bas résille et culotte camouflage, Alisha Yarwood (guitare) en costume (ou presque) cravate, Alex Thompson (basse) en longue robe de soirée et Annabelle Joyce (batterie) en simple jean/t-shirt, chacune joue son rôle qui séductrice et communicante, Une autre plus en retrait et concentrée… Un look à l’image, aussi, de la musique pourrait-on dire. Formé en 2021, Witch Fever propose un rock étrange, parfois doom, par instants langoureux, à d’autres moments un peu psyché ou encore simplement noisy…

On s’y perd un peu, mais elles vivent pleinement leur trip. La complicité entre Amy et Alex est réelle, les deux se retrouvant fréquemment sur l’avancée de scène, où la chanteuse, toujours souriante, explose ou séduit même si son discours est un peu mou…. Seule la guitariste reste un peu trop en retrait et concentrée sur son instrument.

Le public encore épars est attentif. Lorsque Amy explique la position du groupe concernant le conflit israelo-palestinien, elle rappelle aussi qu’elles ne « tolèrent pas l’antisémitisme. On veut seulement une Palestine libre ». Le set continue avec un morceau beaucoup plus lent, proche d’une heavy ballad avant de conclure avec plus de dynamisme; Un set sympathique d’une demi heure qui voit les filles quitter la scène après un rapide « thank-you ».


Avec Bush, on passe clairement dans une autre catégorie. Je découvre le groupe ce soir et, clairement, la musique des Anglais me semble inclassable tant le quatuor mange à de nombreux rateliers. Leur rock, toujours dansant et jovial, puise autant dans la musique hispanique que dans le grunge, alterne entre rythmes latinos et riff rageur.

Le groupe anglais formé en 1992 vient ce soir défendre son nouvel opus, I beat loneliness. Charismatique en diable, Gavin Rossdale, chanteur/guitariste fondateur de Bush, saute et danse dans une forme de transe communicative.

Sous son chapeau – qu’il quittera au deux tiers du set – le guitariste Chris Traynor semble simplement heureux d’être là, tout sourire et concentré. Il n’hésite jamais à aller chercher le public, rejoignant Gavin sur l’avancée pour faire face à la foule au plus près, et echanger quelques pas de danse avec le chanteur, désormais débarrassé de sa chemise.

Bush nous offre une belle version electrifié de Come together (The Beatles) avant que Gavin ne demande à chacun d’allumer la torche de son téléphone. Cette lumière l’accompagne sur un magnifique gospel chanté avec une voix qui évoque Johnny Clegg.

Ce concert ultra festif se termine avec Gavin qui interpelle en français le public le remerciant et annonçant le dernier morceau. Puis il saute les crash pour traverser le public, serrer des pognes, faire des câlins tant dans la fosse que dans les gradins du Zénith sous les yeux ébahis du public, aux anges. J’aperçois même un peu plus loin dans les gradins Fred Duquesnes (Mass Hysteria) et sa copine excitée comme une gamine et qui décide de suivre Gavin à son retour dans la fosse. Des instants simples que le public n’oubliera pas pour conclure ce set haut en couleurs.


Une voile cubique est dressée devant la scène permettant au staff de fignoler les derniers arrangements. C’est avec quelques minutes d’avance que le Zénith est replongé dans le noir et que résonne les premières notes de The devils bleeding crown. En dégainant 3 classiques d’affilée (Lola Montez suivi d’un premier discours plein de bonne humeur introduisant Sad man’s tongue), Volbeat se met le public dans la poche.

Naturellement, les yeux se tournent vers le « nouveau » venu, Flemming C. Lund, remplaçant de Rob Caggiano, et si le gaillard n’a pas l’aura de son prédécesseur, il fait le job à merveille et s’impose petit à petit tout au long du concert.

Le light show, agrémenté de quelques fumigènes, est splendide, et on sent Michael Poulsen très en forme. Il faut rappeler que cette date parisienne est une des dernières de la tournée et que le groupe est plus que rôdé. La communication est facile, la complicité entre les musiciens réelle, chacun arpentant la scène en tout sens, Poulsen utilisant chaque micro disponible étant ainsi visible par tous les spectateurs. On pourra commenter la tenue de Kaspar Boye Larsen (basse), un bob vissé sur la tête, mais lui aussi est partout, haranguant la foule autant que faire se peut.

Le nouvel album, God of angels trust est mis à l’honneur avec 4 titres. Demonic depression est rapidement interprété suivi plus tard de In the barn of the goat giving birth to Satan spawn in a dying world of doom dont le seul titre fait rire tout le monde (Poulsen ajoutant même qu’on « n’a pas le temps pour ça, vous devez aller travailler demain« , précisant au passage que Volbeat ne soutien aucune forme de religion, « religion is crap, believe me!« ) suivi de By a monster’s hand, futur classique des setlists.

Après Heaven nor hell, le chanteur lance le concours de crowdsurfers accompagné de The devil rages on. Seulement 3 surfers jouent le jeu, rapidement raccompagnés vers la fosse par la sécu. Sur le break, un écho bizarre, retentit, sans doute volontaire, mais bizarre et dérangeant.

Puis arrive le temps calme, avec Time will heal, dernier extrait du dernier album mais sans doute, aussi, le moment le plus faible du concert. Tant pis, on repart sur les chapeaux de roues avec une série de classiques: Black rose précède Seal the deal et For Evigt, toujours empli d’émotion.

Puis, sans quitter la scène, sans rappel, Poulsen et sa bande concluent cette superbe et festive soirée avec les incontournables Still counting et A warrior’s call/pool of booze, booze, booza. Un peu plus d’une heure et demie d’un concert haut en couleurs offert par un groupe au meilleur de sa forme. très belle soirée. On espère ne pas avoir à attendre de nouveau trois ans avant de retrouver Volbeat en salle.

Merci à Gérard Drout Productions et Olivier Garnier d’avoir rendu ce report possible.