Interview: EVANESCENCE

Interview EVANSCENCE : entretien avec Troy McLawhorn (guitare). Propos recueillis par Zoom le 9 mars 2021

Metal-Eyes : Evanescence va, devrais-je dire « enfin » ?, publier un nouvel album le 26 mars, c’est exact ?

Troy (il rit) : oui, ça fait longtemps. On a été occupés, même si je sais que pour beaucoup de gens on peut avoir donné l’impression de ne rien foutre ! Mais tu sais, on a nos familles, on a fait la tournée Synthetis, nous ne sommes pas restés sans rien faire. Oui, c’est le premier album de nouvelle compos rock que nous enregistrons depuis 2012…

 

Metal-Eyes : Justement, Synthetis est sorti en 2017, mais il ne s’agit pas d’un véritable album d’Evanescence, en tout cas, pas avec du nouveau matériel. Il s’agissait plus de revisiter d’anciennes chansons du groupe. Le dernier véritable album, Evanescence, remonte à bientôt 10 ans. Qu’est-ce qui vous a amenés à créer ces nouvelles chansons et enregistrer ce nouvel album ?

Troy : On parlait beaucoup d’un futur album pendant la tournée Synthetis, nous écoutions beaucoup de musique, nous avons vraiment eu beaucoup de plaisir à faire cette tournée, qui nous a donné l’occasion de faire vraiment connaissance, de nous positionner, faire le point sur là où nous en sommes musicalement, ce que nous souhaitons faire pour le prochain album. Les idées du nouvel album sont nées pendant cette tournée. Nous sommes un groupe, nous sommes toujours prêts à proposer de nouvelles idées. Le truc, c’est que Amy ne veut pas « balancer » un nouvel album tous les ans, il est nécessaire qu’elle se sente inspirée…

 

Metal-Eyes : Oui, mais ce truc (je lui montre The bitter truth) n’est que le quatrième album du groupe…

Troy : Je sais, je sais, mais ce n’est pas toujours facile de créer quelque chose de neuf. Je la comprends, je comprends sa façon de voir les choses.

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui a ravivé la flamme, quel a été le détonateur pour la réalisation de cet album ?

Troy : le détonateur (il rit) ? J’en sais rien… Je crois que sur la tournée Synthetis, on s’est bien amusés, mais, pour moi, c’était dur. Nous avons tous fait un pas en arrière pour que l’orchestre soit mis en avant. Il n’y avait pas cette même montée d’adrénaline que sur une tournée normale. J’étais assis sur un tabouret, il n’y avait aucun retour sur scène, je ne jouais pas le rôle traditionnel d’un guitariste rock, j’étais plus dans l’esprit d’un claviériste à créer une atmosphère… Pour moi, le détonateur a été cette tournée : quand elle a pris fin, j’étais super prêt à me retrouver avec les autres et à jouer super fort !

 

Metal-Eyes : Dirais-tu que tu as ressenti de la frustration au cours de cette dernière tournée ?

Troy : Non, je ne me suis pas senti frustré. La tournée a été très fun, il y avait plein de choses intéressantes que je n’aurais pas vécues autrement, j’ai rencontré tous ces super musiciens qui n’ont répété qu’une ou deux chansons avec nous avant de jouer tout un concert en lisant simplement un bout de papier ! Je trouve ça dément, je suis incapable de faire un truc pareil, je ne suis pas ce genre de musicien ! Plus jeune, je voulais aller dans une école de guitare, mais je me suis retrouvé avec ce groupe de gars plus âgés qui avaient déjà joué dans des groupes, qui avaient déjà tourné et qui m’ont demandé de les rejoindre dès que j’ai terminé le lycée. Mon école, c’était ça : partir en tournée, je n’ai aucune formation de guitare, je n’y connais rien en théorie musicale, et jouer en clubs, était une sacrée expérience à mes yeux.

 

Metal-Eyes : Comment avez-vous compisé ce nouveau matériel ?

Troy : Il n’y a pas eu de plan général… Notre première réunion de travail a eu lieu entre deux concerts, avant un show au Canada. Amy a suggéré qu’on ne rentre pas, qu’on se loue un truc au Canada, qu’on s’y retrouve entre nous. Ça a été un super point de départ. Nous avons tous aimé ce moment, on a tous posé notre matériel et échangé nos idées, ensemble. On a commencé en 2018, je crois.

 

Metal-Eyes : Je pense à cette période : il y a des paroles assez sombres, des choses personnelles, comme une sorte d’engagement politique avec Use my voice. J’imagine que Trump a eu une influence puisqu’il était déjà en place à la Maison Blanche. Dirais-tu que tout cela a influencé l’écriture d’Amy ainsi que votre approche de la composition ? 

Troy : Oui, je pense que cela nous a influencés. C’était une période compliquée pour notre pays, et une grande partie de l’album a été écrite pendant le confinement. La pandémie nous a vraiment touchés. Je ne vais parler que pour moi, mais je pense que les autres te diraient la même chose : la vie normale a pris fin, et j’ai eu le sentiment que l’univers s’est effondré. Sur quelle planète je me retrouve ? Je ne peux même pas bouger de chez moi ! Et je ne voulais aller nulle part parce que je ne voulais rien rapporter à la maison. Mes beaux-parents ont emménagé près de chez nous juste avant la pandémie. Nous voulions aussi les protéger, ne pas le rendre malades. Je pense que tout un chacun ressent une forme de dépression en ces temps bizarres. Oui, je pense que cela a influencé les paroles d’Amy et notre musique : les chansons les plus heavy transmette une forme d’agressivité, ce qui nous a permis d’évacuer une certaine frustration, aussi.

 

Metal-Eyes : Quand j’écoute cet album, il y a naturellement un son typique d’Evanescence, la voix d’Amy très reconnaissable, mais il y a aussi des sonorités orientales, des moments particulièrement joyeux, d’autres plus sombres. Qu’avez-vous mis dans cet album ?

Troy : On n’a pas voulu nous mettre dans une boit e en écrivant ce que nous avons déjà fait. Amy a apporté quelques idées, des choses que je n’aurais pas forcément écrites, des choses plus orientés « claviers » … J’essaie de me souvenir du titre de la chanson (note : je lui montre le verso de ma copie de l’album. Il le voit et se marre). Ouais ! Je devrais avoir une copie de l’album avec moi, ça m’éviterait ce genre de trucs ! Je n’arrive pas à lire… (Je lui lis les titres) Oui, Yeah right ! C’est une chanson très différente pour nous, mais le truc cool à son sujet – Amy est une très grande fan de Michael Jackson – c’est que son groove, ses claviers évoquent l’univers de Mickael Jackson. Elle était marrante à jouer, et c’était fun d’ajouter des guitares agressives dessus !

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de ce nouvel album pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Evanescence aujourd’hui, la quelle serait-ce et pour quelle raison ?

Troy : Oh, waoh… je peux te rappeler plus tard (rires) ? Laquelle représente Evanescence ? Je pense que Better without you est un bon exemple qui montre où nous en sommes tout en restant assez traditionnelle de ce que nous faisons. Même si Use my voice est tout aussi représentative.

 

Metal-Eyes : Une seule. Tu sais compter : une, pas deux !

Troy (rires) : Oui, mais c’est impossible. Comme me demander quel est mon guitariste préféré… Toutes ces chansons font partie de ce que nous sommes… nous les aimons toutes.

 

Metal-Eyes : Ton premier choix était Better without you, c’est ce que je retiendrais. Vous êtes aussi un groupe de scène, vous étiez censés tourner depuis quelque temps avec Within Temptation – pas en première partie mais en tant que co-têtes d’affiche (il approuve). Cette tournée a une nouvelle fois été repoussée. Est-elle encore d’actualité, personne ne sachant exactement de quoi demain est fait ?

Troy : Je crois que oui. Nous sommes sur le départ et nous sommes prêts. Il y a un programme, mais on ne sait pas quand nous pourrons partir. Au départ, on pensait partir l’été dernier, puis ça a été repoussé, à cause de la pandémie, au mois de septembre… puis en septembre 2021… Qui sait ?

 

Metal-Eyes : Les deux groupes sont menés par une femme, vos publics ne sont pas forcément les mêmes. Comment en êtes-vous arrivés à monter ce projet ensemble ?

Troy : Je ne sais pas vraiment… Je crois que ce sont les chanteuses. On a donné un concert ensemble à un festival, je ne sais plus trop quand, il y avait Alice Cooper, Dee Snider… Je ne crois pas qu’elles s’étaient déjà rencontrées, mais il est possible que ce soit le déclencheur.

 

Metal-Eyes : Comme nous l’avons dit Evanescence n’a publié que 4 albums et tu ne fais partie du groupe que depuis 2007. Comment occupes-tu ton temps avec aussi peu d’activité, même si de temps en temps le groupe part en tournée ?

Troy : C’est pas évident… Au départ, lorsque j’ai rejoint le groupe, ce n’était que dans le but de remplacer le guitariste et terminer la tournée. C’est tout ce que le groupe attendait de moi, et j’ai accepté. Nous avons appris à nous connaitre et à la fin de la tournée, Amy m’a dit « je pense que le prochain album n’est pas pour demain, mais lorsque le moment sera venu, tu seras le bienvenu ». Je savais qu’après cette tournée il y aurait 3 ou 4 années sans rien. Entre temps, j’ai joué avec Seether pendant 3 ans, entre 2007 et 2011. Et nous avons fait cet album, et ce que j’apprécie vraiment avec The bitter truth, c’est que j’y ai participé de A à Z, j’ai pris part à la composition de chaque morceau. Sur l’album précédent, je ne suis arrivé qu’à la fin du processus, j’étais avec Seether. Et puis, j’avais aussi une place dans un groupe tribute à Aerosmith, Pandora’s Box, avec qui nous avons donné pas mal de concerts dans des clubs, des casinos, etc… C’était sympa, ça m’a ramené à ma période de clubs : tu t’amuses, tu peux sortir, jouer de la musique… Il y a moins de pression, ce n’est pas ta musique, tu n’es là que pour jouer de la musique et offrir du bon temps aux gens. Je suis un grand fan d’Aerosmith et je joue toutes les parties de Brad Whitford. La pandémie a tué tout ça… On devait jouer deux fois par mois sur des croisières, mais tout a été annulé.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Evanescence en 2021 ?

Troy : Notre devise ? Ah… Je pense que ça pourrait être : « Utilise ta voix », ou « Fais toi entendre », tout simplement.

 

Metal-Eyes : Ce qui fait sens… As-tu une dernière chose à ajouter ?

Troy : J’espère simplement que nos fans, et ceux qui ne sont pas fans, seront de la partie. Malgré la situation, nous portons toujours le drapeau, et nous allons retrouver nos fans dès que possible.

 

Metal-Eyes : A ce sujet, n’avez-vous jamais envisagé de jouer au Hellfest ?

Troy : Je crois que nous en avons parlé, oui. C’était prévu il y a quelques années, je crois que Slayer était à l’affiche. Mais c’était à l’époque de Synthetis mais je n’en suis pas sûr. Maintenant, on attend que les choses s’éclaircissent pour pouvoir repartir sur la route…

 

Album: Inconnu

Metal, provenance: ? (Label?, 2020 – je crois)

Voici un bel objet, un  superbe album d’un groupe intéressant. Le troisième titre dépote grave tandis que le suivant voit le groupe se calmer. On remarquera la puissance de feu et l’impertinence stylistique du 8ème titre, les envolées guitaristiques du 6ème et cette voix qui trouve toute sa démesure sur le 9ème morceau. En deux mots, voici un bien bel album que chacun devrait se procurer. Seul problème: la version promo que j’ai reçue ne contient aucune information: de quel groupe s’agit-il? Quel est le titre de l’album? Franchement, je n’en sais rien…

Publié dans CD.

SAXON: Inspirations

Hard rock, Angleterre (Silver lining, 2021)

Coincés, comme nous tous, à domicile, sans autre choix que de s’occuper comme ils peuvent, les 5 de Saxon se sont retrouvés autour d’un projet commun qui a germé à cause du confinement. Même si un nouvel album est prévu, pour le moment dans l’impossibilité de le défendre, Biff et sa bande ont choisi de se faire plaisir en enregistrant un album de reprises, celles qui furent, comme nous en informe le titre de l’album, leurs Inspirations. Sans surprise, on retrouve un bon paquet de hit des 70’s, et quelques extrapolations. Sans surprise non plus, ce sont de grands noms auxquels Saxon a choisi de rendre hommage: des Rolling Stones (Paint it black) à AC/DC (Problem child), le groupe pioche dans le lourd et l’efficace. De Motörhead à Led Zeppelin, en passant par Deep Purple (Bomber, Speed King, Immigrant song) ou la reprise version Black Sabbath de Evil woman font partie des plus heavy. POur se faire plus original, sans toutefois aller explorer des terres surprenantes – on reste dans la zone de confort et les repères du rock – Saxon reprend également les Beatles ou Thin Lizzy. Pas de gros risque, donc, pas de grande surprise non plus. Sauf cette version de Hold the line de Toto à laquelle d’aucun n’aurait pas forcément pensé. Ok, les Anglais choisissent la sécurité et ne prennent pas de risques particulier mais réussissent à respecter les VO tout en apportant un son typique de Saxon. Heavy, gras, on reconnait la patte du quintette même si on dirait que c’est Ozzy qui s’égosille sur Evil woman. Et, franchement, en plein lockdown, alors que personne ou presque ne peut voyager… quelle bonne idée de conclure sur ce See my friends. Un joli clin d’oeil plein de cet humour typiquement anglais, non?

SOEN: Imperial

Suède, Progressif (Silver Lining, 2020)

Le duo fondateur et pilier de Soen, Joel Ekelöf (chant) et Martin Lopez (batterie) a une nouvelle fois pu compter sur la participation du guitariste Cody Ford, déjà présent sur Lotus en 2019. Ce dernier voyait les Suédois (bon, la formation est aujourd’hui plus internationale que proprement suédoise…) faire un grand pas en avant. Lykaia (2017) avait déjà fait une quasi unanimité au sein de la communauté metal, et Lotus avançait encore plus vers la perfection, offrant des guitares plus rudes sur un fond tout aussi aérien. Ce chemin est tout aussi notable sur Imperial, nouvel album qui porte plus que bien son nom: Cody, désormais bien intégré, apporte un son plus rugueux encore, contrebalancé par la légèreté apparente des mélodies et la voix douce et envoûtante de Joel. Au travers de ces 8 titres, qui mêlent rage et douceur, tempête et accalmie, Soen démontre une nouvelle fois que puissance peut rimer avec excellence. Si l’univers progressif est incontestable, Soen a désormais son propre univers musical, très loin des cadors du genre dont il se détache avec brio. Et puis cette pochette est elle un signe? Imperial, avec sa pochette noire, sa signature vernie et son serpent, pourrait-il devenir à Soen ce qu’un certain Black album fut à vous savez-qui ? C’est en tout cas tout ce qu’on peut lui souhaiter tant Soen s’approche de la perfection. Si seulement ce pouvait être aussi simple…

JUNON: The shadows lengthen

France, Metal rugueux (Ep – Autoproduction, 2021)

Nouveau venu sur la scène du metal rugueux, Junon? Que nenni! Car le quintette est né des cendres d’un General Lee dont le post hardcore avait été suffisamment exploré. Revenant sous le nom de la déesse protectrice de la Rome antique, Junon propose un metal rugueux au chant aussi torturé que mélodique, aussi puissant que mélancolique. Au travers de The shadows lengthen, un Ep 4 titres – dont Carcosa qui a déjà été publié sous forme de single fin 2021 – le groupe explore une variétés d’horizons musicaux, alternant entre fureur explosive, guitares incisives, rythmiques en béton tout en proposant des moments plus calmes. Junon ne cherche jamais à réinventer le style, simplement il l’interprète avec force et conviction. Une carte de visite rageuse et efficace.

MASON HILL: Against the wall

Angleterre, Heavy rock (7Hz, 2021)

Voila des gens qui ont visiblement tout compris… Mason Hill est une formation anglaise qui propose un heavy rock traditionnel et très moderne. Un peu fourre tout et facile comme descriptif? Ecoutez donc ce Reborn qui introduit avec douceur Against the wall. Sa guitare légère bientôt doublée de claviers et d’un chant chaleureux pose l’ambiance sinon le cadrer avant d’entrer dans le vif du sujet avec No regret, titre que ne renierait aucune des formations actuelles de metal mélodique entraînant. Une basse au groove prenant et intemporel, des changements de rythmes en veux-tu, en voilà, une production au top… Mason Hill met les petits plats dans les grands et réussit un tour de force: il y a une véritable identité musicale dans ce Against the wall qui, pourtant reste toujours familier. Old school meets modern school pourrait-on dire… On ne s’ennuie pas un instant, Mason Hill parvient à nous maintenir attentif, donne envie de bouger, de chanter (ces « Oh oh » simples et imparables sur Broken son) et alimente au travers de 11 titres toujours la curiosité de son auditeur (11+une autoreprise de Reborn qui vient aussi clore l’album). Voilà le genre de groupe qui donne furieusement envie de retrouver encore plus vite les concerts…

EVANESCENCE: The bitter truth

USA, Rock (Columbia, 2021)

Si l’on fait exception de Synthetis et ses réinterprétations de ses propres titres paru en 2017, le dernier album d’Evanescence remonte à 2011. 10 ans, quand même… Autant dire que les attentes des fans peuvent être grandes, tout comme la frustration de voir la tournée en co-headlining avec Within Temptation une nouvelle fois repoussée. Attention, pas annulée, mais bien repoussée. En attendant, le groupe de Little Rock nous propose avec The bitter truth une nouvelle fournée de mélodies imparables. Oui, mais… Rapidement, il semble que le groupe soit en mode « pilotage automatique ». La voix reconnaissable d’Amy Lee ne surprend plus, et les mélodies, si elles sont variées, ne parviennent pas à vraiment étonner ou retenir l’attention. Si l’écoute des Broken pieces shine ou de The game is over – deux morceaux assez sombres – ou des plus engagés Use my voice, Blind belief ou encore de Better without you se fait sans effort, à la question J’en retiens quoi de cet album?  la réponse est Joker... Oh, certes, il n’y a rien à vraiment jeter ici mais… Quand on intitule son oeuvre L’amère vérité, il faut aussi savoir l’accepter, cette vérité… Nul doute que ces morceaux puissent prendre une autre dimension en live, mais ne nous mentons pas: on aurait souhaité du plus prenant pour un album que le public attend depuis 10 ans…