Interview: DANKO JONES

Entretien avec Danko Jones (chant, guitare). Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra de Paris, le 4 mars 2019

Il est bavard, le Danko… Tellement que nous décidons, l’ami Erwan du webzine WarmTV (www.wearerockmetal.fr) et moi, de mener cette interview ensemble. Un exercice toujours plaisant et parfois surprenant. C’est qu’il en a de ces idées de questions tordues, Erwan! Non, non, ne vous ruez pas sur la fin de cette interview. Prenez le temps de savourer…

Metal-Eyes : Tout d’abord, Danko, comment vas-tu et comment se passe cette journée promo ?

Danko Jones : Bien, très bien, et la journée promo se passe très bien aussi. J’ai commencé ici, à Paris ce matin. Je suis arrivé de Toronto hier. Je vais à Stockholm ce soir, je continuerais demain à Milan, puis à Berlin …

Metal-Eyes : Une vraie tournée promo, donc, pour ton nouvel album. Mais commençons par ceci : quel regard portes-tu, deux ans après, sur ton album précédent, Wild cat ?

Danko Jones : Je suis très satisfait de tout ce qui est arrivé avec cet album : avant que l’album ne sorte, lorsque nous avons quitté le studio et que nous jouions ces morceaux sur scène, l’année s’est écoulée, l’an passé s’est écoulé, et j’en suis toujours très heureux. Je suis très heureux que nous ayons fait ce disque.

WarmTV : Aujourd’hui, nous sommes ici pour parler du nouvel album, A rock supreme qui sortira le 26 avril. Vous avez déjà sorti 3 singles pour ce disque. Quant tu as commencé dans la musique, c’était déjà comme ça pour la promotion ?

Danko Jones : Ce n’était même pas la même chose pour Wild Cat… On n’avait sorti qu’un single pour annoncer l’album. Là, c’est le premier album pour lequel nous avons bénéficié de temps. On a sorti We’re crazy… je ne sais plus, l’été dernier, je crois. Burn in hell est sorti en décembre ou janvier, au moment des fêtes, et maintenant Dance dance dance. Et il y a une vidéo pour chacun de ces titres, aussi, ce que nous ne faisions pas avant. Mais aujourd’hui, c’est tellement facile de sortir une vidéo, tel que nous le faisons. Nous n’y figurons pas : les gens nous filment en concert et assemblent le tout. Pour We’re crazy et Burn in hell. Dance dance dance est plus une « video officielle », dirigée par Amir Chandin qui a dirigé… sans doute toutes les vidéo d’hélicoptère que tu as pu voir, les Cardigans, quelques vidéos de Ghost, et nous adorons son travail. Et on le connait depuis plus de 15 ans. On s’est revus il y a quelques temps lors d’un meeting hélico, on est sortis le soir, on a discuté… Maintenant que nous avons repris contact, on lui a proposé. On l’a laissé choisir le concept, nous à Toronto, lui à Stockholm. Nous savions qu’il nous proposerait une super idée de vidéo qui nous emballerait et nous sommes ravis du résultat. Amir, bien qu’il se soit tourné vers le long métrage, continue de faire des vidéos musicales de temps à autre. Nous devions travailler avec lui il y a des années, mais nos plannings ne le permettaient pas. C’est un protégé de Jonas Akerlund qui a fait des vidéos pour… de Madonna à Metallica, en passant, je crois, par Lady Gaga, et il a fait le film Lords of chaos…

Metal-Eyes : Puisque nous parlons d’image, une des choses que le public remarquera certainement est l’illustration de ce nouvel album, très comics, ce qui est assez inhabituel dan sl’esprit Danko Jones…

Danko Jones : Ce qui est surtout inhabituel c’est qu’elle est très chargée. Nos autres albums bénéficient généralement d’une image très expressive, puissante. Nous adorons les premières illustrations, Ulf Lunden a réalisé cette pochette, il a fait les 2 dernières de Graveyard, et on adore son travail. Quand on l’a contacté, il avait déjà une esquisse de cette image d’une fille dans sa chambre. Fan de rock. Je ne sais même pas s’il s’agissait d’une fille ou d’une simple silhouette. On a bien aimé l’idée de cette rockeuse. Il y a plein de filles qui aiment le rock, mais on ne les met jamais en avant, alors c’était sympa à faire. Il y a beaucoup plus de détails que sur nos anciennes pochettes, avec plein de références à nos anciennes pochettes. Il y aune Gibson SG, des images… On en est très contents.

WarmTV : Il s’agit de votre 12ème album.

Danko Jones : 12ème en tout, 9ème album studio. Il y a 3 autres albums qui sont des sortes de compilations de morceaux inédits, démos, faces B, versions alternatives, ce genre de compilation. I’m alive and on fire est une compil de faces B et de titres inédits, B-sides parle de lui-même. Et Garage rock, des démos de 4 titres que nous n’avons jamais sortis mais que nous avons joués live. Je les ai retrouvés sur une cassette, dans une boite chez mes parents : nous les avons digitalisés, et transformés en disque il y a bientôt 4 ans. Alors, oui, tu as raison, il s’agit de 12ème album de morceaux originaux, mais seulement le 9ème en studio.

WarmTV : Tu as commencé en chantant ton amour du rock et des femmes, et aujourd’hui, tu continues de chanter ton amour du rock et des femmes. Backstage…

Metal-Eyes : et du sexe, à l’arrière d’une voiture !

Danko Jones (rire) : Oui, ça, ce n’est que sur une chanson !

WarmTV : Où trouves-tu cette énergie, plus de 20 ans après ?

Danko Jones : Les gens croient souvent que c’est simpliste et facile, mais en réalité, c’est un vrai défi quand tu t’imposes des choses et que tu ne travailles que sur trois accords, trois thèmes. C’est en gros ce que je m’impose depuis 20 ans.

Metal-Eyes : Te défier toi-même ?

Danko Jones : Oui, et c’est un vrai défi de trouver comment, une nouvelle fois, chanter au sujet de cette fille. Ou trouver une nouvelle manière de chanter au sujet du rock, ce que j’aime, comme I gotta rock, ou ici I’m in a band. Ce n’est pas quelque chose de délibéré mais je peux m’y référer aujourd’hui. Je suis certains qu’il y a une autre chanson qui traite du rock… C’est un thème auquel nous nous sommes ouverts ces dernières années, avant cela, nous étions un jeune groupe et ne voulions parler que de filles et de sexe. Maintenant que nous avons passé tant d’années dans un groupe, c’est devenu un sujet au sujet duquel chanter parce que : a/ il n’y a plus beaucoup de gens qui le font, et c’est une sorte de mémo disant qu’il ne reste pas tant de groupes, c’est donc devenu un sujet de discussions, ou plutôt de chansons, et ça ne me gène pas de le faire, ce qui sera encore le cas sans doute sur le prochain album. Mais il faut que le titre de la chanson soit bon. Le titre oriente la chanson sur son thème, il faut que ce soit assez anthémique, représentatif de la chanson.

Metal-Eyes : Qu’en est-il justement du titre de l’album, A rock supreme ?

Danko Jones : En fait, aucune des chansons de l’album de semblait pouvoir convenir pour représenter le disque. I’m in a band est un super titre de chanson, mais s’il devait être celui de l’album, il n’inclue pas Rich et John. Or, nous sommes un groupe. Ca a été difficile, on a beaucoup réfléchi à un titre, chacun a fait des propositions, et ça nous a tellement fatigué et un jour, c’était en France, lors de notre dernière tournée, nous n’avions toujours pas de titre. Fin novembre, début décembre… L’album avait été remis, l’artwork était prêt, et  Ulf avait placé A rock supreme comme dernier… détail. Rich a un jour lancé dans les loges « Pourquoi pas  A rock supreme ? », qui est un dérivé de A love supreme de Coltrane, que nous adorons tous, on a tous les 3 cet album. Le seul problème qu’on avait c’est qu’il s’agit d’un tel album légendaire, qu’on ne peut y toucher. C’est presque un sacrilège de ne serait-ce que le paraphraser. Et là, ça a été le déclencheur, j’ai dit « alors bordel, on devrait le faire, tout de suite ! »  J’aime vraiment cette idée, le côté un peu sacrilège. Ce n’est pas le même genre que le notre, alors personne ne peut vraiment nous accuser de plagiat. On n’appelle pas ce disque « Sgt Peter’s lonely hearts club band ». On est sorti de notre élément, et ça reste un disque qu’on adore. Ce n’est pas la première fois qu’on le fait, alors c’est presque une tradition pour nous d’intituler nos albums d’après des disques de jazz : Fire music a été directement inspiré du disque d’Archie Shepp (album de jazz de 1964). On parlait du titre de ce disque et je pestais « merde ! J’aurai voulu que nous inventions ce titre, Fire music. » C’est un de mes titres d’album préférés de tous temps. Et Shepp l’a trouvé, du jazz ! JC a suggéré de le prendre, genre, « on ne nous dira rien ». On l’a fait, et je pensais qu’on allait faire un million d’interviews pendant lesquelles on nous parlerait d’Archie Shepp, mais pas une seule question ! (rire) Ce n’est que maintenant, alors que nous nous sommes inspiré d’un album de Coltrane, que je commence à parler de Shepp, mais on ne l’a jamais fait pendant toute la durée de promo de Fire music, ou après, avec Wild cat, et maintenant, on me pose des questions au sujet de A rock supreme… Je crois que les gens croient qu’il y a un message caché derrière le titre de l’album, dans les textes, mais il n’y en a pas. Rien de profond ne se trouve dans les textes, tout reste assez direct et cru.

Metal-Eyes : J’ai une dernière question et je te laisse conclure, Erwan : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de A rock supreme pour expliquer ce qu’est Danko Jones, le groupe, à quelqu’un qui ne vous connait pas, laquelle serait-ce et pourquoi ?

Danko Jones : JC séquence chaque album maintenant. Pour celui-ci, il a fait plusieurs tracklisting. Je crois qu’il n’y en a qu’un qui ne débutait pas avec I’m in a band. Je lui ai dit « allez, mec ! ça doit être I’m in a band ! » Ce titre est simple et direct, et c’est une vraie bonne déclaration d’ouverture. Quand je l’ai réécouté, une fois terminé, tout me représente, personnellement : les paroles parlent de moi – elles sont à la première personne. Maintenant que tout est fini, je crois qu’il s’agit de ce qui se rapproche le plus d’un hymne personnel auquel j’ai participé. Il y a certaines chansons que nous avons pu écrire qui font partie de mes favorites, mais celle-ci, je l’aime vraiment, elle me représente entièrement, le solo de guitare est sans doute mon solo préféré – je n’en fais pas beaucoup parce que je ne suis pas très bon dans cet exercice.

WarmTV : Tu étais en France en décembre pour 2 shows. Tu as sans doute entendu parler des Gilets jaunes que tu as vus en décembre, et qui sont encore là aujourd’hui. Quelle est ton opinion à ce sujet ?

Danko Jones : Oh, waow, ça n’a plus rien à voir avec la musique. Tu sais, je viens du Canada, et vous n’êtes peut-être pas au courant, mais ce mouvement a été récupéré au Canada. Par un groupe d’extrême droite, contre les immigrants et tout. Je ne crois pas que les Gilets Jaunes en France soit d’extrême droite (…) A la base, c’est la classe populaire,ai-je tort ? A la base, je soutiens les revendications. Je crois qu’il ne s’agit plus d’un secret : je suis plus à gauche qu’autre chose. J’ai grandi dans une famille très à gauche, mais je n’aime pas vraiment en parler. Ça devient brumeux, parce qu’au Canada, les Gilets Jaunes, à Alberta, sont racistes, contre les immigrants, les indigènes… Ca devient vraiment compliqué, maintenant : Gilet Jaune signifie différentes choses pour différentes personnes (…) Je ne peux pas dire que je suis pour ou contre en étant enregistré, parce que ce phénomène s’est développé au-delà de la France, dans mon pays. Ils ont récupéré le nom et transformé le reste. Ils tentent de se dissocier, au Canada, des autres mouvements racistes. Tous ces gens… C’est dingue, ils avaient ce truc contre les pipelines, contre les indigènes, contre l’écologie, ils se sont réunis à Ottawa… Quelle que soit ma réponse à ta question, elle sera interprétée de la mauvaise manière, parce qu’il s’agit de deux choses différentes… Tapes sur internet « Gilets Jaunes, Alberta », tu auras toutes les infos. Et ajoute le mot « raciste »…

Metal-Eyes : Je pense que nous allons conclure sur ces paroles…En tout cas, merci beaucoup, j’espère qu’on sera bientôt amenés à te retrouver sur scène. Il y a 2 shows prévus en France, j’espère qu’il y en aura plus à venir.

Danko Jones : Oui, il y en aura d’autres, puisque nous prévoyons une tournée des grandes villes en France et en Europe.

 

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Reese WYNANS and friends: Sweet release

USA, Blues (Provogue, 2019) – Sorti le 1er mars 2019

Douce sortie… Reese Wynans, ce nom vous est peut-être étranger. Ce claviériste américain, né en 1947, s’est distingué par sa participation au milieu des 70’s à Captain Beyond, et plus encore celle, plus longue et fructueuse, avec Double Trouble, groupe de rock sudiste aux influences country. Depuis, il n’a jamais eu de cesse de composer, d’enregistrer, de collaborer. Il revient aujourd’hui avec Sweet realease, un album qu’il a enregistré avec… plein d’amis. Le résultat est à la hauteur des espérances, car le bonhomme, le blues, il le vit, il l’a dans la peau. Imaginez un peu: un liste d’invités longue comme un générique de film, avec, dans le désordre, Warren Haynes, Sam Moore, Jack Pearson, Kenny Wayne Shepperd et j’en passe… Chacun des 13 morceaux transpire cet amour du blues, de la soul et de la country, des USA et de ses immenses décors de far west. Dès Crossfire, l’esprit des Blues Brothers plane, rapidement suivi de cet esprit gospel qu’on pourrait retrouver au cours d’une messe dans le sud des USA. Du blues, du feeling, de l’amour… C’est tout ce que contient cet album enjoué et entraînant. Amoureux du genre, ne passez pas à côté!

AVANTASIA live à l’Olympia (le 10 avril 2019)

Tobias Sammet ne fait jamais les choses à moitié. Ses fans le savent et il le leur rend bien avec Avantasia, projet qui lui a toujours permis plus de folie scénique que Edguy, sa formation « traditionnelle ». Un concert d’Avantasia, c’est la garantie de passer un bon moment de metal, avec toutes les couleurs musicales du genre. Du heavy à la ballade, en passant par le power ou le symphonique, il y en a pour tous les amateurs de metal mélodique. Lire la suite

JORDAN RUDESS: Wired for madness

Prog, USA (Music theories, 2019) – Sortie le 19 avril

Si Jordan Rudess est un des membres incontournables de Dream Theater, l’écouter en solo est une belle expérience. Car le claviériste laisse libre cours à ses délires et ses explorations musicales. Il nous propose aujourd’hui Wired for madness qui, dès le premier morceau – Wired for madness part 1 – le voit nous présenter tout son univers. Et celui-ci est étendu, allant de l’électro au metal progressif en passant par les années folles et le jazz. Tout est d’ailleurs dit sur la pochette: de la technologie futuriste et du rêve dans un univers coloré. Jordan Rudess surprend dès ce premier titre de plus de 11′, morceau qu’on croirait instrumental mais qui voit le chant n’apparaître qu’au bout de 9’30… Un long morceau tellement travaillé que le temps passe vite. Tant mieux, car la seconde partie du morceau titre, qui évoque le monde de Fritz Lang ayant flirté avec Pink Floyd, entre autres, dépasse les 20′. A la fois doux et rugueux, ce morceau explore encore d’autres horizons sonores. L’univers du cinéma – aventure autant que déjanté – n’est jamais très loin. La suite est composée de titres plus courts (4’10 à 6’03), permettant à l’auditeur de souffler un peu. Si les Off the ground (qui évoque par instants Ghost) et Just for today, légers et aériens,  Perpetual shine, un ovni prog mais parfois presque disco et souvent déjantées, Just can’t win très crooner et bluesy, l’ensemble est aussi varié, curieux que séduisant, intriguant ou surprenant.Chaque invité – dont James La Brie et John Petrucci (de Dream Theater), Vinnie Moore ou Joe Bonamassa – a son espace d’expression et en profite autant que possible. Les amateurs de sensations fortes en seront pour leurs frais, les esprits curieux et ouverts risquent fort de tomber sous le charme de cet album hors normes et hors du temps. Wired for madness est un album superbe qui porte bien son nom.

Mark MORTON: Anesthetics

Metal, USA (WPP records, 2019)

Mark Morton nous en a parlé de cet album solo, Anesthetics (cf. l’interview de Mark), composé de titres qui ne rentrent pas dans le carcan de son groupe, Lamb Of God. L’écoute de ces 10 morceaux confirme en effet que le bûcheron sait aussi avoir d’autres facettes, et en nombre. Si sa dextérité guitaristique est mise en avant dès le très heavy Cross off, chanté par Chester Benington (Linkin Park),  Sworn apart se fait plus mélodique et chantant, titre sur lequel on reconnait aisément Jacoby Shaddix (Papa Roach). La première surprise vient avec le très doux et bluesy Axis chanté par Mark Lanegan (Screaming Trees, Mad Season, Queens Of The Stone Age…) au timbre si particulier, entre grave et rauque, et Myles Kennedy (Alter Bridge, Slash). Mark Morton se permet même un solo très sudiste à la ZZ Top des 70’s. Forcément, cela donne envie d’aller plus loin. La lecture des crédits indique que l’on va retrouver un peu d’énergie: Chuck Billy (Testament) s’empare du micro sur The never, speed et agressif. On retrouve Myles Kennedy avec un Self defiance plus mélodique et orienté hard rock. Blur, qui n’a rien à voir avec le groupe du même nom, voit l’arrivée du moins notoire Mark Morales, chanteur de Sons of Texas dont le dernier album a fat l’objet d’une chronique ici même, est un morceau plus sombre, aux relents stoner avec quelques influences sudistes.  L’intervention de Joss Todd (Buckcherry) marque un autre retour presque thrash avec le bien nommé Back from the dead, rapide et déterminé. La seconde surprise arrive avec la ballade blues/soul Reveal chantée par Naeemiah Maddox. Une pause qui monte en rage et en puissance avant que Mark Morton ne s’exprime enfin vocalement (en compagnie de Mark Morales) sur Imaginary days, titre puissant, hard rock et déterminé à souhait avec sa mélodie presque orientale. L’album se conclut avec  The truth is dead, titre qui démarre avec douceur, permettant d’entendre Alyssa White-Gulz sous un autre jour, plus doux et mélancolique. Cependant, le morceau s’envole et devient très trhash avec l’intervention brutale de Randy Blythe, complice de Mark au sein de Lamb Of God. Pour résumer, il est difficile d’extraire un seul morceau de cet album varié qui s’adresse à tout amateur de metal multi facettes, et chacun y trouvera son compte. Une belle réussite.

AQME: Requiem

France, Metal (At(h)ome, 2019)

Formé en 1999, Aqme nous offre un neuvième album studio avant de définitivement tirer sa révérence. Requiem est donc le chant du cygne d’un des fleurons de la scène hexagonale, un de ces groupes qui fit renaître l’espoir, baignant sa musique entre rock mélodique et brutalité directe. Il y a deux ans, pourtant, Aqme semblait vouloir, avec un album sans titre, repartir à zéro. Mais le message est clair: quand on chante dès l’introductif Entre les mains « il n’y a plus personne pour y croire », tout est dit. La rage de n’avoir pu devenir plus qu’un éternel espoir?  C’est, vous l’aurez compris, une étrange sensation que de rédiger quelques lignes au sujet de ce que l’on sait être la fin. Les titres, d’ailleurs, ne sont pas le fruit du hasard: Enfer, Un adieu, Illusion, Sous d’autres cieux… Tout est fait pour noyer l’espoir d’une possible survie.  Alternant entre groove et puissance, chant doux et enrager, Aqme signe ici ce qui sera sans doute retenu comme une de ses plus belles productions. Efficace de bout en bout, varié, ce disque sera défendu sur scène au cours d’une tournée au long cours, tournée d’adieu qui, sans nul doute, fera salle comble.

TROOPER FEST #4: No Class, The 4 Horsemen et The Iron Troopers live à Rebrechien, le 30 mars 2019

Ben voilà quelque chose que je n’ai pas fait depuis (trop) longtemps: aller soutenir la scène locale dans le cadre d’un concert de tribute bands. Avec une affiche annonçant des groupes hommages à 3 de mes formations préférées, qu’est-ce qui pouvait bien me retenir? Alors direction Rebrechien, ville voisine d’Orléans, pour uen soirée qui s’annonce sous de bons augures.

La soirée commence avec No Class, tribute à Mötorhead, venant d’Angers. Un look de biker armé d’une Rickenbacker, Phil a sans aucun doute le look qu’il faut pour séduire Lemmy. S’il l’a rencontré, il pourra nous le dire. En attendant, avec sa longue barbe blanche, accompagné de ses compères- Will à la guitare et au chapeau à la Phil Campbell et Clem à la batterie – nous propose une setlist au petits oignons ainsi qu’un show détendu et complice.

Le groupe choisi de piocher, outre les plus indispensables hits du trio, dans la discographie moins souvent mise en avant. Et quel plaisir d’écouter un extrait du mésestimé Another perfect day. Le reste est composé de ces classiques indémodables qui font toujours bouger les foules.

La voix de Phil est forgée à la clope, et ressemble à celle de Lemmy: rauque et agressive à souhait. Contrairement à Phil Campbell, Will est grimacier et joue avec le public. Les deux occupent le devant de scène avec une réelle aisance, tandis que Clem s’applique à frapper comme il faut, tranquillement. Au final, No Class nous offre un set efficace et carré. Une bien agréable mise en bouche

Set list No ClassShoot you in the back, Iron fist, Jailbait, Metropolis, Fire fire, Capricorn, I got mine, Ace of spades, Bomber, The hammer, Overkill

Qui sera surpris de voir quatre gars habillés de noir investir la scène? A la fin des années 80, rappelez-vous, Metallica avait décidé d’adopter ce look Men in black, obligatoire pour toute personne gravitant sur sa scène (techniciens inclus), un peu à la manière d’un Status Quo en blue jean/basket blanches ou d’un Wild Dawn en chemises à carreaux.

The 4 Horsemen n’était pas, originellement, à l’affiche. Le groupe niçois a remplacé au pied levé Skor et nous propose ce soir une autre setlist de rêve. Que des classiques de la grande période avec un Fuel plus récent.Le quatuor est concentré, et semble, au début, un peu tendu. C’est vrai que l’exécution de certains titres requiert une attention particulière qui, ce soir, se fait légèrement au détriment de la spontanéité.

N’empêche… Démarrant, comme ses mentors, avec The ecstasy of gold, le ton est donné. Effets spéciaux en moins, le quatuor nous offre une nouvelle volée de hits qui ne laissent personne indifférent. En se concentrant sur la première période de la vie de Metallica, The 4 Horsemen ne peut que taper dans le mille.

L’interprétation est parfaite, et le bassiste se permet même d’aller taquiner le public. Dommage qu’il ne soit allé plus loin que les barrière, qu’il n’ait pas décidé de s’offrir un bain de foule avant d’attaquer, de retour sur scène la conclusion composée de Seek and destroy et de l’incontournable Enter sandman. Un moment très sympa, même si cette prestation fut, selon moi, un cran en dessous de celle de No Class.

Set list The 4 Horsemen(The ecstasy of glod) – Creeping death, Fuel, Master of puppets, For whom the bells toll, Fade to black, Sad but true, Through the never, The four horsemen, Blackened, Seek and destroy, Enter sandman

Une fois la scène vidée de ses encombrements, le staff retire les couvertures qui cachaient un semblant de décor. L’effort est louable d’autant plus que, malgré des moyens forcément limités, ce décor se veut futuriste et  nous projette à la période Somewhere in time. Soit une belle promesse. Mais, étonnamment, plutôt que l’éternel Doctor doctor de UFO, The Iron Troopers choisit ce qui ressemble à du Jean-Michel Jarre en guise d’intro. Pas très grave, me direz-vous, après tout c’est ce qu’ils jouent qui compte…

Et là, encore une fois, c’est un programme… miam, qui nous replonge à la fin des années 80. Très axé autour de Somewhere in time, le set démarre avec le morceau titre de ce superbe album. La basse de Fred tonne et claque, les guitares ont un son assez sec… Il faudra quelques minutes pour que le son devienne plus correct et l’on sent des musiciens appliqués. Ils se détendent cependant alors que leur son devient plus adapté.

Et c’est un florilège qui nous est offert. Arno, le chanteur, se perche au dessus du public le temps d’un Powerslave qu’on souhaite entendre plus souvent, sort le drapeau anglais sur l’indémodable The trooper, et ses compagnons sont simplement souriants. Tout comme le public qui profite de cette bien agréable prestation. Alors, évidemment, il n’y a qu’un Maiden, et une floppée de tribute bands, et aucun n’arrive à la cheville de l’original. Mais il y a du coeur, et c’est bien là le plus important.

Cela, le public le sait, venant chaque année plus nombreux au Troopers-fest. Arno annonce même que si ça continue comme ça, « l’année prochaine, il faudra aller ailleurs. Ou on annule! » Oui, mais non, en fait, car tout le monde y trouve son compte, et son plaisir.

Setlist The Iron TroopersSomewhere in time, 2 minutes to midnight, Stranger in a strange land, Wasted years, Powerslave, Killers, Wrathchild, Revelations, The trooper, The number of the beast, Hallowed be thy name, Iron Maiden, Fear of the dark, Run to the hills

Pour ceux qui seront dans le coin, notez que No Mad Musik organisera également la 10ème édition du festival Rock in Rebrech’ qui se déroulera cette année sur 2 jour. Les têtes d’affiches seront rien moins que Cock Robin et, dans notre famille, un certain Chris Slade et son Timeline. Cela se passera les 29 et 30 juin prochains.

 

Walter TROUT: Survivor blues

Blues rock, USA (Provogue, 2018) – sorti le 25 janvier 2019

Quel plaisir de retrouver Walter Trout pour un nouvel album studio. Survivor blues débute avec Me, my guitar and the blues planant qui met en avant un musicien à fleur de peau. Totalement bluesy, évoquant par instant le regretté Gary Moore dans son jeu, Trout semble indiquer la voie qui va suivre. Pourtant, non, car dès Be careful how you vote, il se fait plus rock et direct, légèrement engagé aussi. On aurait sans doute apprécié un peu plus de prise de risque das les paroles assez répétitives et convenues (« Attention pour qui tu votes à chaque élection car celui que tu choisis pourrais bien te laisser tomber », on a lu mieux, non?) Mais peu importe au final, car Trout a la guitare qui démange et fait tout pour se soulager, passant d’une énergie à une autre avec un chant soul et sensible. on apprécie le duo avec Sugaray Rayford, autre bluesman américain à la voix en or (Woman don’t lie).  Tout au long de cet album Trout alterne blues, rock et soul, émotion et énergie. Please love me, Red sun, It takes time sont un coup de pied aux fesses, tandis que Nature’s disappearing, Something inside of me ou Out of bad luck sonnent plus comme une douce et tendre caresse. Voila donc un album qu’on écoute avec un réel plaisir, tendrement enlacés au coin du feu.

BADFLOWER: OK, I’m sick

USA, Rock (Big machine, 2019)

Badflower serait-il « the next big thing »? A l’écoute de son premier album, OK, I’m sick, on serait tenté de lui souhaiter. Car le groupe formé à Los Angeles se démarque avec un rock énergique et très varié. Puissant et rugueux au démarrage avec X Ana X, cet album se tourne rapidement vers la mélodie presque pop (The Jester), avant de plonger dans une douceur aérienne sur le titre Ghost qui fait des ravages sur le net. Alors, oui, on reconnaîtra aisément les influences de ce heavy américain taillé sur mesure pour séduire les radios, mélange de rock mélodique et de grunge, parfois allumé et spacial (24) ou pesant (Heroin, Cry) et on remarquera également une certaine irrévérence verbale (avec moult versions de « fuck » placées ci et là). Le chant est clair tout en reflétant une certaine tristesse, sans tomber dans la mélancolie et sait se faire rageur (écoutez ce contraste sur We’re in love…), émouvant ou directif.  Surtout, on apprécie cette diversité des rythmes, cette recherche d’une variété qui maintient l’auditeur en éveil. En ratissant large, OK, I’m sick présente tous les atouts pour placer Badflower parmi les espoirs sur lesquels il faudra garder une oreille.

Beth HART: Live at the Royal Albert Hall

Blues / soul, USA (Provogue, 2018) – sorti le 30 novembre 2018

Comme son ami Joe Bonamassa, Beth Hart est un bourreau de travail. On se demande quand elle arrête de jouer, de tourner, et de publier des albums. Ce Live at the Royal Albert Hall est un double qui n’a rien de commun avec son précédent live (Front and center – Live from New York city) également paru l’an dernier. 2 live en moins d’un an, il faut pouvoir le justifier… Ici, Beth nous colle le frisson dès le morceau introductif, As long as I have a song, chanté a capella avant d’annoncer que ce soir, sa mère (dont elle parlera tout au long du concert) est dans la salle avec un enthousiasme et un amour non feints, tout comme lorsqu’elle évoque sa défunte sœur en présentant Sister heroin. Le blues électrique arrive juste après avec un For my friends explosif. La dame chauffe le public, l’invite à se lever et à bouger, interagit en permanence… Beth Hart est sur scène comme un poisson dans l’eau. Les décibels et le rythme en plus. Je ne rentrerai pas dans le détail de sa performance qui reste simplement bluffante, impressionnante. Quelle énergie! Et quelle voix! Blues à souhait, parfois miaulante et surprenante, Beth Hart parvient à surprendre à chaque instant. Les 23 chansons de ce double album filent à belle allure, entraînant dans leur sillage le public, et l’auditeur n’ayant pas assisté à ce concert donné dans la célèbre salle londonienne le 4 mai 2018. Concert pour lequel Beth Hart (chant, piano, guitare et basse acoustique) était entourée de Jon Nichols (guitare) Bob Marinelli (basse) et Bill Ransom (batterie et percussion), compagnons qu’elle présente au fur et à mesure de ce show, plus rock et blues, moins jazzy aussi, que le précédent live. Même si cet album est sorti en fin d’année dernière, il est toujours temps de le découvrir et de, simplement, prendre une nouvelle leçon de blues live… Imparable!