Interview: BLACK BART

Interview BLACK BART : entretien avec Babass (chant, basse) Propos recueillis par téléphone, le 6 novembre 2020

Le bordel qu’il doit y avoir dans la tête des pirates ! Comment, au cours d’un entretien, on en arrive à parler de musique, d’élections américaines, de confinement, comparer le nombre d’attestations faite en une journée, de la légendaire planque où Barbe noire aurait caché son trésor sur les côtes américaines… Bon, j’y suis pour quelque chose, certes, et quand une interview se transforme en discussion, le job est plaisant. Impossible cependant de tout retranscrire, et cela dans un pur souci de compréhension lors de ta lecture…

 

Metal-Eyes : Tu viens en off de me dire comment tu te sens, alors, on ne va pas parler du confinement…

Babass : Non… La situation est suffisamment chiante comme ça, alors on va éviter…

 

Metal-Eyes : Tu veux qu’on parle des élections américaines ?

Babass : C’est une belle comédie qui mériterait qu’on écrive une chanson dessus, mais, non… Je le ferai peut être un jour, qui sait ?

 

Metal-Eyes : On ne sera pas dans le même univers…

Babass : Il y a une sorte de piraterie quand même… Ça peut être cohérent.

 

Metal-Eyes : On remplacera Barbe Noire par…

Babass : …  « Mèche folle », le sale môme qui ne veut pas rendre ses jouets !

 

Metal-Eyes : On n’est pas là pour parler de ça mais bien de Blackbart. Comme c’est notre premier entretien, laisse-moi te poser la question la plus originale qui soit : peux-tu me raconter l’histoire de Black Bart ?

Babass : Alors, je reprends mes petites notes parce que je ne me souviens plus très bien (rires). En fait, ça a commencé avec Les Tontons Flingués, un quatuor avec Marco, Zozio et un autre guitariste qui a décidé de prendre son envol. On a alors intégré le jeune Rudy et ça a été l’occasion pour remettre en question ce qu’on faisait dans ce groupe. C’est aux alentours de 2008, on a toujours le même line-up depuis. On en a profité pour revenir à nos sources, à ce qu’on aime : le gros heavy qui tâche ! Ça a évolué tout doucement, on est de plus en plus heavy, il y a plus de thrash et de heavy allemand dans ce qu’on fait.

 

Metal-Eyes : Quand tu parles de heavy allemeand…

Babass : … il n’y a pas forcément de liens avec Running Wild comme on pourrait le croire. Ils font partie des groupes que certains d’entre nous ont écouté, mais on écoute tous des choses différentes, ce qui fait l’amalgame de nos sources d’inspiration. Rudy et moi sommes sans doute les deux plus heavy du groupe, Marco a un panel beaucoup plus large qui peut aller de I Muvrini à Megadeth… Et c’est à peu près la même chose pour Zozio qui reste un peu plus rock’n’roll, et ça nous permet d’avoir un panel assez large.

 

Metal-Eyes : J’avais noté sur votre précédent album des influences qui vont de Metallica à Judas Priest, en passant par Iron Maiden, donc le gros metal des années 80.

Babass : C’est tout à fait ça, c’est vraiment notre période favorite. Après, tous ces groupes ont continué, ils ont évolué aussi. Je n’aime pas cette formule, mais c’est vrai que c’est un peu notre fonds de commerce. En plus, on veut que ça sonne assez brut et assez naturel, aussi bien au niveau de la production.

 

Metal-Eyes : Vous avez décidé de faire reparler de vous avec la ressortie, ou la rediffusion de Canewydd Bach, un album qui date de 2018. Pour quelle raison vous voulez qu’on en repale aujourd’hui ?

Babass : On voudrait bien que cet album intéresse des labels, des tourneurs, et le meilleur moyen d’en faire reparler, c’est de le ressortir. On n’a pas de distrib’, pas de tourneur, et on pense que cet album mérite mieux que l’anonymat. Et avec la sortie de Pièce de huit, l’idée c’est de relancer cet album. L’un et l’autre sont liés, Pièce de huit est la continuité de Casnewydd Bach, et les prémices de ce qui arrive. S’il n’y avait pas eu la Covid, l’album serait arrivé un peu plus vite, mais là, on est un peu bloqués. Pièce de huit est un intermédiaire entre le passé récent et le futur proche.

 

Metal-Eyes : Vous avez aussi fait le choix de faire ce lien entre ces deux albums avec un Ep. Pourquoi ne pas être allés jusqu’au bout et proposer l’album en entier ? Il y a une vraie différence avec le Ep ?

Babass : Oui, il y a une différence avec les morceaux qu’on est en train d’écrire. On met un pied de plus dans le heavy thrash. Il y a des prémices sur Pièce de huit. Un morceau comme Le maitre est très lourd, mais le refrain est aussi très rapide. Une sorte de mélange et d’opposition entre les deux parties. On ne se donne pas de limite. Pour l’album à venir, il y aura des morceaux très lourds, ou d’autre choses, comme Les filles de madame Henry, plus légères.

 

Metal-Eyes : Sur pièce de huit, j’ai aussi noté une approche à la Slayer, dans Panier de crabes…

Babass : Tu es le premier à faire ce genre de remarque, et ce n’est pas faux. Slayer fait partie des groupes qui nous ont marqués un moment, il y a des rythmiques super intéressantes, le jeu de double grosse caisses, des choses que j’aime bien. C’est sûr qu’à un moment, ça revient aussi…

 

Metal-Eyes : Sur Le maître, à mi-parcours, il y a des traces d’ADX, aussi…

Babass : On a eu l’opportunité de jouer avec eux, sur un festival, il y a trois ans, je crois. Il y avait ADX, Vulcain Drakkar… J’aime beaucoup le dernier album d’ADX, les deux derniers, même. Les autres sont bien, mais ceux-là m’ont bien claqué la figure !

 

Metal-Eyes : Tu m’as dit que votre fonds de commerce, c’est le gros heavy qui tâche. Mais pour quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, comment décrirais-tu l’univers, l’esprit de Black Bart ?

Babass : Alors… On pourrait croire qu’on est totalement dans l’univers de la piraterie, qu’on pourrait ressembler à des groupes comme Alestorm, Running Wild, mais en fait, non. On est assez différents musicalement, on explore d’autres univers musicaux, on s’exprime en français et les thématiques ne sont pas forcément la fête, la beuverie, les filles et le rhum ! Comme je suis le maître de la plume, j’essaie d’élargir les sujets. 50% des textes sont tournés vers les légendes de la piraterie et de la mer, et le reste est tourné vers coups de gueule, les hérissements de poils et ce genre de choses. Il n’y a aucune chanson d’amour dans Black Bart, j’ai fait une croix dessus il y a 15 ans et j’ai dit que je n’en écrirais plus (rires) ! C’est un choix, complètement arbitraire. Sur le 4 titres, il y a Panier de crabes, qui parle du fait que, quand tu veux te sortir d’une situation, il y a toujours quelqu’un pour te tirer vers le bas. Chaloner Ogel, c’est une légende maritime, c’est l’ancien second de Black Bart, qui est aussi devenu celui qui l’a chassé, a arraisonné son bateau et a entrainé sa mort… Le maître a été inspiré par une émission de France Inter sur L’exorciste : il y avait le témoignage d’un prêtre qui a demandé, lors d’un exorcisme à ce qu’il y ait le silence dans la pièce et une voix caverneuse a répondu « non, non, plus jamais de silence ! J’ai inventé la télévision pour qu’il n’y ait plus de silence. » Ça m’a marqué et j’ai un peu détourné cette phrase parce que je crois, qu’aujourd’hui, le nouvel enfer, c’est internet, donc j’ai un peu dévié dessus. Et Mammon, qui parle de tous ces gens voués au diable de la finance qui est Mammon. Tu vois que le panel et large. Les thèmes abordés sont généralement à l’origine de la musique qui arrive derrière… Aussi bien musicalement qu’au niveau des textes, on essaie d’ouvrir le panel.

 

Metal-Eyes : Tu disais qu’il y a 15 ans tu as décidé d’arrêter de parler d’amour. Y a-t-il d’autres thèmes que tu refuses d’aborder parce qu’ils n’ont pas leur place dans Black Bart ?

Babass : A priori, je dis oui et non…

 

Metal-Eyes : Alors là, bravo ! Merci !

Babass : (rires) oui, c’est vrai… Je me suis auto-censuré sur un texte, il n’y a pas longtemps, il s’appelait Les chasseurs de vermine, et je me suis dit que c’était beaucoup trop provocateur pour le mettre en ligne.

 

Metal-Eyes : C’est aussi le rôle du rocker, du metalleux de provoquer, parfois…

Babass : Mais là c’était un vrai mode d’emploi pour aller zigouiller quelques malfaisants qui sévissent dans notre monde. Après, mes textes sont soumis aux autres membres du groupe, et personne ne m’a encore dit « non, ça va pas bien ? Tu ne vas pas chanter ça tout de même ! »

 

Metal-Eyes : La question est alors : comprennent-ils le sens de tes textes ?

Babass : Je leur soumets à chaque fois, s’ils ne comprennent pas, ça donne lieu à une explication de texte ! Parfois il y a des sortes de chausse trappe, je dissimule parfois les choses

 

Metal-Eyes : Sur Pièce de huit qui, je le rappelle ne contient que 4 titres, si tu devais n’en retenir qu’un pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Babass : Ah, j’hésite… Je pense que Le maître est assez représentatif de ce qu’on peut faire. Il y a les différentes orientations du groupe, il est moins linéaire que Panier de crabes.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : si tu devais imaginer une devise pour Black Bart, ce serait quoi ?

Babass : Oh, celle de John Barthelemy Roberts : « nous trinquerons avec la mort » ! C’était aussi le titre du second lp, « Nous trinquerons avec… » points de suspension.

 

Metal-Eyes : Le prochain album est prévu pour quand ? Notre ami Covid…

Babass : Notre ami Covid a tout foutu en l’air ! Nous nous auto finançons, on fait tout nous-mêmes, on cherche nos dates de concerts, on essaie d’avoir des défraiements et on met tout ça de côté, pour l’album suivant. On maitrise toute la partie technique, le studio ne nous coute rien, mais on a à notre charge le mastering, le mixage, la pochette. Cette année, les fonds sont à zéro. 9a nous retarde le projet…

 

Metal-Eyes : Vous avez pensé au financement participatif ?

Babass : Ben, on en a parlé tout à l’heure dans une autre interview, on a vu que les amis d’ADX l’avaient fait pour leur dernier album, et ça fait partie des réflexions qu’on a pour l’instant. Il y a des titres qui sont déjà enregistrés et mixés, d’autres en cours de finition. Et avec la seconde vague, le local de répètes est fermé… On attend de pouvoir se retrouver pour finaliser les morceaux.

 

 

BON JOVI: 2020

Rock pop, USA (Island, 2020)

Un nouvel album de Bon Jovi est-il toujours une bonne nouvelle? Franchement, ce 2020 au titre peu inspiré risque de ne s’attirer que deux types de réactions: les fans ultimes qui vont encore partialement crier au chef d’oeuvre et les autres qui, comme moi, ne dirons rien de plus qu’un simple « oui, du Bon Jovi, sans surprises ». Car au bout de presque 40 ans de carrière, la recette continue de fonctionner: des ballades sirupeuses constituent une bonne moitié de l’album (American reckoning, au texte quelque peu engagé, Story of love, Lower the flag, Unbroken), l’autre se faisant plus « rock » mais typique de ce que le public attend. A une exception près,  cependant: Do what you can qui lorgne volontiers du côté du southern rock. Mais franchement, les choeurs qui  démarrent dès Limitless, et que l’on retrouve sur Beautiful drug (les deux ont la même base: une basse groovy mise en avant, un refrain facile et des « oh,oh, ooh » trop racoleurs) n’ont pour seul objectif que de faire participer le public en concert. Ok, Blood in the water se démarque mais rapidement se pose le sentiment que le titre se veut un nouveau Dry county. Et ce titre là, il est sacré… Mais aussi, cette voix, qu’en penser? J’ai dû rater quelques épisodes, mais Jon Bon Jovi semble vouloir prendre un accent bad guy, un peu vulgaire par instants et aussi, plus éraillée que jadis, sans doute le résultat de trop de clopes. Moins séduisante à mes oreilles, en vérité. 2020 est un album gentiment plaisant mais qui laisse l’auditeur que je suis sur sa faim. Trop facile, trop entendu, trop mou. Une aventure qui pour moi s’est arrêtée avec These days. Dommage… Vivement 2021 qu’on passe à autre chose.

SKALD: Vikings memories

France, folk (Decca records, 2020)

Avec plus de 80.000 de son premier album vendus – sans compter le nombre de vues sur le net – comment Skald pouvait-il ne pas envisager une suite? C’est aujourd’hui chose faite, le « groupe » – ou projet, fondé par Christophe Voisin-Bonnet et composé de Pierrick Valence et Justine Galmiche, revenant avec Viking memories. Skald reprend la recette si efficace et séduisante d’un folk viking et tribal. Qui aime cette époque, cet esprit et, aussi, la série Vikings sera séduit par cette musique folk, inspirée et – très – contemplative. C’est un véritable voyage initiatique auquel la formation nous convie mais… Mais, pour tout amateur de metal et de décibels, il manque, et c’est bien le seul défaut de ce disque par ailleurs impeccablement mis en son, un peu de noirceur dans le propos, un peu de puissance, aussi. Est-ce l’objectif de Skald que de démonter les nuques? Non, bien sûr. C’est simplement beau, ça s’écoute très facilement, plutôt en deux fois pour bien intégrer l’ensemble. De la belle ouvrage qui nous change un peu de a violence habituelle de Pierrick.

EMBRYONIC CELLS: Decline

France, Metal extrême (MusikOEye, 2020)

Après un Horizon percutant et engagé, Embryonic Cells refait surface. Avec Decline, le désormais trio (Max Beaulieu, chant et guitare, Fred Fantoni, basse, et Djo Lemay, batterie – exit donc les claviers de Pierre Le Pape occupé à divers projets) continue de tracer son chemin dans le monde du metal extrême. Avec 7 titres totalisant 39′, Embryonic Cells va à l’essentiel, et c’est tant mieux. Car non seulement la thématique est dure, mais la musique peut se faire – très – oppressante, bien que souvent groovy – superbe pont sur To pay our share – et puise autant dans le black (le trop redondant Thermageddon) que dans l’univers d’un Paradise Lost sombre et inspiré (Devoid of promise). On trouve même des traces de Maiden et d’Ozzy sur Alone I fall (ce passage à la Diary of a madman en plus inquiétant!). Le plus gros défaut de cet album? Sa pochette qui se rapproche beaucoup trop de celle de Desolation blue, dernière offrande en date des Anglais de Buffalo Summer (est-ce un hasard? La ligne créditant l’artwork est écrite en noir et illisible…) Embryonic Cells, malgré la dureté de ses sonorités et la lourdeur de son propos, réussit encore à varier les plaisirs et parvient à s’adresser à un public large. Avec, en plus, une production soignée, un son riche et moderne, que demander de plus?

Concerts from home: VULCAIN

La série Concerts from home continue et reviens en terres hexagonales avec l’un des plus puissants albums en public des 80’s, offert par les forgerons de l’enfer. Retour sur la naissance de Live force. 

VULCAIN – Live force (Musidisc, 1987)

Alors que la majeure partie des groupes français a plié bagages après, disons, le France Festival de Choisy le Roi, Vulcain, les forgerons du metal made in France, publie en 1986 son troisième album, Big brothers. Si le quatuor (Daniel Puzio au chant et à la guitare, son frère Daniel à la basse, Didier Lohézic – récemment disparu – à la seconde guitare et Marc Varez à la batterie), trop souvent comparé, souvent mais pas toujours à tort, à un Motörhead français, affine son son, il reste politiquement engagé, remplaçant quelque peu un Trust ayant jeté l’éponge au milieu de l’été 85. En récupérant la place de leader du heavy rock français, Vulcain a même l’honneur d’être le tout premier groupe hexagonal du genre à jouer au POPBercy en ouverture du Somewhere on tour d’Iron Maiden, devant un public chaud bouillant, le 29 novembre 1986. Une très belle fête pour célébrer la sortie de ce Big Brothers, non ? Battant le fer tant qu’il est chaud, Vulcain – et son manager / mentor d’alors, Elie Benalie, mettent en place une tournée digne de ce nom, selon les critères français d’alors… Une vingtaine de dates est ainsi planifiée entre le 13 mars 1987 au Palais des Sports de Joué les Tours (37) et le final des 2 et 3 mai 1987 à la Locomotive de Paris (ancêtre de la désormais Machine, mais configuration identique). Une tournée qui verra Vulcain sillonner l’Hexagone (Nantes, Montpellier, Nice, Orléans, Lyon, Besançon…) et s’offrir une petite escapade chez nos voisins suisses, belges et italiens. Et partout, les salles affichent complet. Autant dire que les dates parisiennes, dont seule la première, le 2 mai, est retenue pour l’enregistrement d’un album live, sont attendues de pied ferme par l’ensemble des musiciens, des techniciens et même Chariot, les Anglais invités en première partie, inclus, pour faire de ce final une fête mémorable. Et c’est le cas, la Loco, blindée comme jamais deux soirs de suite, accueille sans doute plus que les quelques 800 personnes que sa capacité autorise… Tant mieux, car le public est au taquet, transformant cette salle et son long couloir/bar en une étuve digne des chaleurs des enfers. Véritable cinquième homme de ce 2 mai 1987, ce public porte Vulcain aux nues de bout en bout du concert. L’ensemble des trois albums est passé en revue tout au long des 11 classiques que propose le groupe, au top de sa forme. Rock’n’roll secours, Fuck the police, La dame de fer, Comme des chiens côtoient le plus récent Khadafi. Étrangement, Vulcain propose même une reprise de Hell ain’t a bad place to be (AC/DC) pour un pré-final dantesque où le quatuor est accompagné de tout Chariot, Pete Franklin se chargeant – heureusement, quand on connaît l’accent de Daniel ! – du chant avant de conclure avec l’incontournable Digue du cul. Bien qu’un peu court (il aurait alors été risqué pour un groupe français, même le numéro un du metal, de sortir un double live), Live Force qui parait fin 1987, témoigne de la puissance de feu et de la popularité de Vulcain, alors au sommet de son art. Live force a été remasterisé par Marc Varez et réédité en 2004 chez XIII bis records sous format CD agrémentés de 4 titres complémentaires (Faire du rock, Les damnés, Le soviet suprême et Soldat) offrant ainsi une expérience un peu plus complète de ces concerts d’anthologie. Les choix futurs – départ de Didier remplacé par Franck Pilant pour un album déroutant, le bien nommé Transition, suivi de Marcos Arrieta sur le non moins étonnant Big Bang) – verront Vulcain se perdre et se noyer dans le doute avant sa dissolution à la fin du siècle dernier puis sa reformation de 2010 et un nouveau live explosif ( En revenant…,  2011) remettant quelque peu Vulcain sur les rails.

ARKAN: Lila H

France, metal (Autoproduction, 2020)

Petit à petit, Arkan se fait plus qu’un nom dans le paysage metal hexagonal. Les origines algériennes de ses membres fondateurs – le multi instrumentiste Mus El Kamal, le bassiste Samir Remila et le batteur Foued Moukid – y sont pour beaucoup car Arkan ne se contente pas, ne s’est même jamais contenté, de en proposer qu’un metal extrême rigide et fermé. Au contraire,  la part folklorique est capitale dans la démarche du groupe, d’autant plus avec ce cinquième opus, Lila H. Ce qui rend son propos encore plus passionnant ici est le thème de l’album: les années 1990 en Algérie. Samir (dont vous pouvez retrouver l’interview ici)et Mus entraient à peine dans l’adolescence, ou plutôt n’avaient pas encore quitté l’enfance, qu’ils vivaient sous un régime de terreur, de terrorisme aujourd’hui connu sous le terme explicite de « décennie noire ». La peur s’emparant du pays – souvenez-vous le GIA et ses fanatiques religieux – privait sa jeunesse de ce qui devrait être les plus belles années d’une vie. Si l’album démarre avec un Dusk to dawn explosif et radicalement death, la suite se fait varié, pleine de lumière, d’inquiétude et d’espoir. Le partage des voix – Manuel Munoz qui est arrivé dans le groupe avec l’album précédent et Florent Jannier – donne un résultat souvent émouvant, les influences hispaniques et orientales (Black decade, Crawl) apportent une touche de lumière, mais la gravité du propos n’est jamais loin (Broken existences, My son). Il y a dans cet album aux mille facettes autant de rage et de colère que d’envie d’espérer qu’un jour ce monde puisse retrouver la raison. Lila-H est un album majeur dans la carrière d’Arkan, un album témoin et exutoire d’une beauté tout autant fascinante que repoussante.

AVATAR: Hunter gatherer

Suède, Metal (Century media, 2020)

Avatar a réussi un tour de force avec Avatar country, album le plus léger de sa discographie qui lui a permis de récolter un très large public. Mais il est temps, comme l’explique lors de notre dernier entretien John Alfredsson , son batteur, de revenir à des choses sérieuses. Avatar country n’était qu’un amusement et aujourd’hui, les Suédois, avec Hunter gatherer, nous offrent son opposé, son album le plus sombre et dur. Sombre, mais varié. A l’instar de ce Colossus oppressant et inquiétant, presque doom ou du furieux Silence in the age of the apes, qui introduit l’album, Avatar se délecte de nous entraîner sur des pistes aussi inquiétantes qu’attirantes. Ce n’est pas un hasard si ces deux morceaux ont fait l’objet de videos, pour autant, les Justice, When all but force has failed, Scream until you wake ou A secret door offrent cette variété salvatrice et hypnoti qui fait la particularité d’Avatar. Bien sûr, on retrouve les ingrédients typiques du groupe: le chant varié de Johannes Eckestrom, alternant avec une aisance toujours aussi déconcertante hurlement et tendresse intime, les guitares à la fois tranchantes et sautillantes de son ex-majesté Kungen et de son complice Jonas Jarlsby, ainsi qu’une rythmique souvent déconcertante et jamais figée offerte par Tim Undstrom et John, proposant des structures si solides que rien ne peut ébranler l’édifice.  pourrait cependant effrayer certains nouveaux fans, ceux séduits par la légèreté de son prédécesseur, mais pourrait attirer plus encore tant ce metal barré est efficace. Un must qui séduira les amateurs qui suivent le groupe depuis Hail the apocalypse, voire Black waltz pour les plus anciens.

Concerts from home: SCORPIONS

Parce que nous sommes privés de concert jusqu’à… seul le diable le sait, et encore… Metal Eyes, au travers de Concerts from home,  vous invite à revivre les grands ou plus obscurs moments live que la vie discographique nous a offerts. Cette semaine, allons chez nos voisin d’Outre Rhin célébrer les immenses Scorpions.

SCORPIONSTokyo tapes (RCA, 1978)

Made in Japan, le double album live de Deep Purple paru chez EMI en 1972 a fait un tel effet que nombreux sont les groupes souhaitant marcher dans les pas des Anglais. Scorpions, qui vient, après deux premiers albums un peu remarqués, de publier un indispensable triptyque (In trance en 1975, Virgin killer en 1976 et Taken by force en 1978) s’est hissé parmi les plus grands groupes du rock international. Un exploit pour un groupe allemand à une époque dominée par les Anglais et les Américains. Mais le groupe a le vent en poupe, tant à domicile où il a, en 1977, été élu meilleur groupe allemand, qu’en Europe que Scorpions sillonne intensivement. Sollicité de partout, la formation, alors composée de la solide base Klaus Meine (chant) et Rudolf Schenker (guitare), les fidèles Francis Buchholz (basse) et Uli Jon Roth (guitare) et Herman Rarebell (batterie, arrivé dans le groupe au mois de mai 77 en lieu et place de Rudy Lenners) se lance, au mois d’avril 78, dans une tournée japonaise en 1978. Taken by force est paru quelques mois plus tôt, en décembre 1977, lorsque les Allemands s’envolent. C’est la première fois que les teutons se rendent au pays du soleil levant, alors immortaliser l’instant semble une évidence. En fait de tournée, le groupe donne un total de 5 concerts à Nagoya, Osaka et Tokyo entre le 23 et le 27 avril 1978. Deux des dates de Tokyo sont ainsi immortalisée – les 24 et 27 avril – au Sun plaza hall. Deux dates qui deviendront Tokyo Tapes, produit par Dieter Dierks, fidèle producteur du groupe depuis 1975 et responsable des 3 albums mentionnés plus haut (et des suivants, jusqu’à la fin des 80’s). Ce témoignage été enregistré à l’aide du studio mobile Tamco par Tomotsu Yashida. Et le rendu est simplement à la hauteur de la folie des prestations du groupe, dont les musiciens sont encore capables de se contorsionner et de se muer en pyramide humaine. Forcément, seul un double album peut rendre justice à la puissance de ces prestations, nerveuses et épineuses à souhaits. Naturellement centré sur son dernier né avec 4 extraits, à égalité avec In trance, tandis que 3 morceaux honorent Virgin killer. Soit 11 titres sur les 18 de ce live. Le public japonais, qu’on dit habituellement sage, est ici bruyant même si on a parfois le sentiment qu’il ne reconnait pas immédiatement les chansons, qu’il attend les premières paroles pour clamer son approbation. Et Scorpions fait tout pour le séduire, alternant entre titres rock et ballades – une spécialité de toujours pour ceux qui n’ont découvert le groupe qu’en 1984… Les photos intérieures de ce double album montrent des musiciens heureux. Imitant les Beatles traversant la rue (il y a un peu plus de monde dans les rues de Tokyo que celles de Liverpool), et quelques tranches de vie et de concert ne sont malheureusement pas assez pour assouvir la curiosité du fan. Mais c’est aussi l’époque qui veut ça. Ce sera pourtant la dernière participation du lunaire Uli Roth qui sera par la suite remplacé (d’abord temporairement, puis définitivement, mais c’est une autre et longue histoire !) par le discret et sympathique Matthias Jabs. La carrière de Scorpions, alors au sommet de sa forme, n’a pourtant pas encore atteint les sommets créatifs et populaires que lui réservent les années 80. La bête va bientôt devenir un monstre sacré. Tokyo tapes lui en ouvre le chemin, le disque rencontrant un succès plus que mérité partout dans le monde. Ce premier live de Scorpions fut plus tard réédité sous format CD, remasterisé en 2001 par EMI (et se vit alors amputé de Polar nights par manque de place sur un CD simple) puis en2015 par BMG. Cette dernière version propose un CD supplémentaire regroupant Tokyo tapes dans son intégralité ainsi que 3 morceaux supplémentaires (Hell cat, Catch your train et Kimi Ga yo) ainsi qu’une seconde version de Polar nights, He’s a woman, she’s a man, Top of the bill et Robot man dans un packaging valorisant cette œuvre indémodable.

FURIES: Fortune’s gate

France, Heavy metal (Autoproduction, 2020)

Depuis le temps que Furies tourne, il arrive enfin, ce premier album, Fortune’s gate! Passé du quintette au quatuor 100% féminin à l’esprit glam à quatuor mixte a permis à Furies de se forger une belle identité musicale et sonore. Et que de chemin parcouru! Depuis ses débuts, le groupe n’a eu de cesse de se démarquer en proposant des actions originales: premier CD gracieusement offert, passage sur France Inter pour un hommage à Dalida, enregistrement et distribution d’une cassette… Bref, comment se démarquer en se faisant toujours plaisir? Car c’est bien le maitre mot, ici. Fana des 80’s et de tout le metal de cette époque – tout le metal, anglo-saxon ou français – Furies transmet sa passion au travers de 10 titres aussi puissant qu’entraînants. Franchement? Fortune’s gate sent bon les années 80, les transpire même de tous ses pores. La puissance de ce metal racé passe partout, emporte l’auditeur dans ce maelstrom de décibels et de mélodies bien ficelées, celle qui entrent dans la tête. La voix haut perchée de Lynda fait parfaitement l’affaire. Mais loin de se cantonner à une redite de cette époque que les musiciens ont à peine touchée du doigt, Furies modernise le propos en variant ses inspirations musicale. Alors, oui, on est séduit, d’autant plsu que les gros écueils qui décrédibilisaient alors le metal « made in France » sont évités: 1/ Lynda maîtrise parfaitement la langue anglaise (un seul morceau – Antidote – est interprété en français –  et 2/ la production est plus que soignée. Comme d’autres avant lui, Furies tente de raviver cette époque bénie avec un album riche et puissant. Comment ne pas succomber à You & I  et ses inspirations orientales, Voodoo chains ou Prince of the middle east? Un futur grand est né? Cela ne dépend que du soutien que le public pourra apporter à Furies. Cocorico!