Festival Un autre monde à Orléans

Les 28, 29, 30 et 31 août 2019, l’association Défi fêtera ses 30 ans au cours d’un festival gratuit qui se tiendra au cœur du parc Pasteur.

Au cours de ces journées, les spectateurs pourront assister à des concerts, expo photos et animations de quartier.

Le festival débutera avec des apéros-concerts les 28 et 29 août à 18h30.

Côté musique, ce sont pas moins de 9 concerts qui seront proposés sur deux scènes. Vous retrouverez ainsi, le vendredi à partir de 18h, le Gobson Groove Gang, Christian Olivier (Les Têtes Raides), Cigagny Möhawk, Faut Qu’ça Guinche ainsi qu’un retour sur les 30 ans de l’Asso et ses différentes réalisations.

Le samedi 31 août, l’Aselqo proposera des animations Quartiers en scène avec les jeunes du quartier (break dans, foot, rencontre avec des artistes en herbe…) suivi des concerts de Les Frères Smith, Bob’s Not Dead, The Dizzy Brains et le Famous Unimate Crash Karaoké. Des concerts à l’esprit punk, festif et fun, en somme.

L’asso Défi exposera également les photos de Justine Boudot.

Le festival est, rappelons le, proposé gratuitement. Alors, rendez-vous sans hésiter au Parc Pasteur du 28 au 31 août prochain.

Interview: NOVA TWINS

Interview NOVA TWINS. Entretien avec Amy Love (chant, guitare) et Georgia South (basse). Propos recueillis à la Taverne de l’Olympia à Paris le 8 août 2019.

Trois heures à peine avant de monter sur la scène de l’Olympia, les deux membres fondatrices de Nova Twins accordent quelques interviews au sous sol d’un bar situé juste derrière la mythique salle. Un cadre agréable, au frais pour une courte rencontre plus que sympathique.

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que nous nous rencontrons, je vais commencer par une demande habituelle : quelle est l’histoire de Nova Twins ?

Amy Love : Ca fait longtemps que nous sommes amis… Je suis allée au collège avec le frère de Georgia, sa famille m’a en quelques sortes adoptée

 

Metal-Eyes : C’est ce que je me disais,  vous êtes jumelles, mais vous ne vous ressemblez pas…

Georgia South : Exactement ! (rires)

Amy Love : Voilà ! On a toujours joué de la musique ensemble mais sans réellement monter un groupe. Parfois Georgia jouait mes chansons, parfois je jouais ce qu’elle composait. Un jour, nos projets respectifs semblait atteindre leurs limites et on était toujours fourrée l’une chez l’autre. Un jour, on s’ennuyait, et on s’est simplement dit « Ecrivons une chanson ». C’est ce que nous avons fait. C’était il y a 5 ans environs. (A Georgia) : tu avais ta basse, tu jouais quelque chose de groovy, j’ai ajouter un riff qui déchire, (à moi) et on a commencé à chanter l’air de Bad bitches, qui est devenue notre première chanson. Notre voyage a commencé ainsi, on est devenu un groupe à ce moment là.

 

Metal-Eyes : Un groupe de 2…

Amy Love : Ouais !

Georgia South : A cette époque, on était 2 et une boite à rythme. Maintenant, on a un batteur.

 

Metal-Eyes : D’après ce que j’ai pu lire, vous mélanger punk, hip-hop et autres influences. Comment décrirez-vous votre musique à quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Georgia South : Oh, bonne question… Je ne sais pas trop, c’est du Nova sound… On mélange rave, rock, pop, punk. C’est heavy, mais pas que ça

 

Metal-Eyes : J’en ai quelques unes…

Amy Love : Il y a des riffs heavy, avec un chant assez dingue, perché. C’est juste un mélange de différents sons.

Georgia South : Avec beaucoup de groove, très entraînant.

 

Metal-Eyes : Votre musique est très énergique, mais votre look semble très important aussi. Etes-vous influencées par Shaka Ponk ou (à Georgia) la reine Amidala dans Star Wars ?

Georgia South : La reine Amidala ? Non ! Je ne suis pas fan de Star wars en fait ! Pourquoi ? Je ressemble à la reine Amidala ?

 

Metal-Eyes : Regarde les photos, avec ses coiffures et maquillages.

Georgia South : Quand j’étais à l’école primaire, un garçon m’avait dit que je ressemblais à Jar-Jar Binks. J’ai dit OK, mais je ne connaissais rien à Star Wars.

 

Metal-Eyes : Tant que tu n’es pas stupide comme lui… Votre look est important, mais quelle importance lui accordez-vous dans votre performance scénique ?

Georgia South : On aime se sentir à l’aise, alors on porte les vêtements dans lesquels nous sommes à l’aise et qui ressemblent à notre musique.

Amy Love : Très colorés, un peu DIY. On les fait nous-mêmes.

 

Georgia South : Au début, on n’avait rien à se mettre, alors on a pris un T Shirt, une bombe de peinture et on l’a peint. Ca ressemblait un peu la cellule de notre vidéo, Devil face. On ressemblait à un mur (rires) !

 

Metal-Eyes : J’espère que vous ne ressemblerez pas aux murs ce soir ! Quelles sont vos principales influences musicales ?

Amy Love : Nos goûts sont très variés. Il y a des choses que nous aimons toutes les 2, du RnB, Missy Elliot, on aime beaucoup la nouvelle scène féminine. J’ai grandi dans une ville qui s’appelle Essex où il y avait de tout : du rock, de la pop, du garage, de la dance, des choses comme MC5, du punk, les New York Dolls, Deep Purple. Plein de choses plus modernes aussi…

Georgia South : Je partageais en quelques sortes un ipod avec mon frère. Il y avait des choses comme Eminem, Kayne West, Missy Elliot, Justin Timberlake. Tout ça, mélangé, nous a permis de créer le son qui est le notre.

 

Metal-Eyes : Donc une sorte de mélange entre le groove, le rythme et l’énergie ?

Amy Love : Oui, avec ce « swag » qui caractérise le hip-hop.

Georgia South : Si on peut danser dessus…

Amy Love : Il y a la lourdeur de certaines tonalités qu’on utilise, mais on veut pouvoir chanter et danser dessus.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets que vous privilégiez et d’autres, au contraire, dont vous ne souhaitez pas traiter dans vos chansons ?

Amy Love : Ah, ah ! C’est une bonne question !

 

Metal-Eyes : Je t’ai dit que j’en avais quelques unes…

Amy Love : En gros, on parle de  nos expériences, de ce que nous vivons. Parfois, de ce qui nous inspire au cinéma, comme ce fut le cas avec le film Thelma et Louise qui nous a bien marquées..

 

Metal-Eyes : Justement, c’est le titres d’un de vos Ep, alors qui est Thelma et qui est Louise ?

Georgia South : On avait dit quoi ?

Amy Love : Euh… tu es Thelma…

Georgia South : Je suis Thelma ? On s’en fout…Je ne sais plus.

 

Metal-Eyes : Tant que vous ne finissez pas comme elles…

Amy Love : Non ! On parle de ce que nous avons vécu, deux filles qui ont grandi à Essex. On ajoute ça à l’énergie de notre ressenti dans notre musique, on parle de ce qui est arrivé. On ne parlera pas de choses trop personnelles, de détails, mais on peut aborder le sujet d’un point de vue musical

Georgia South : On ne parle jamais de nos peines de cœur ou de victimisation. « Oh, ce gars m’a brisé le cœur, le méchant ». Non, ce serait plutôt : « Putain, on va le flinguer cet enfoiré ! »

 

Metal-Eyes : C’est un peu plus punk.

Amy Love : On pourrait écrire une chanson d’amour tordu aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez récemment joué au Hellfest, quels souvenirs en gardez-vous ?

Amy Love : 22.000 personnes en face de nous, et c’était épique (elle affiche un large sourire)

Georgia South : Tant de monde, et on jouait à 11h30. On n’attendait rien, en fait… On jouait si tôt, les gens devaient encore cuver… On s’est retournées et il y avait cet océans de gens, cette marrée humaine, on ne pouvait voir le fond… Cette énergie qu’ils nous ont apportée, on l’a vraiment sentie et appréciée. C’est étonnant à cette heure là, le public est vraiment impliqué.

 

Metal-Eyes : Ce qui me surprends, c’est que la plupart des groupes avec lesquels je parle et qui ont joué tôt au Hellfest ont l’air étonné de voir autant de monde le matin. Or, au Hellfest, depuis quelques années, le public est matinal et se fait de plus en plus nombreux.

Georgia South : Et ça, c’est super.

Amy Love : Je crois aussi qu’il y a cette attitude, en France, ce comportement envers la nouveauté. Les gens semblent très ouverts à la découverte de nouveautés. Alors ils se lèvent et viennent découvrir.

 

Metal-Eyes : Crois-tu qu’il s’agisse simplement du fait que les gens sont curieux de découvrir de nouveaux groupes, ou qu’ils ont envie de voir un nouveau groupe composé de filles ? Un peu sexiste comme question, mais ça peut jouer…

Amy Love : Je crois qu’il y a un peu des deux, c’est vrai.

Georgia South : Nous sommes vraiment minoritaires à l’affiche, il y a peu de femmes. Ca joue certainement, en effet…

 

Metal-Eyes : Vous avez pu rencontrer des fans et discuter après ?

Georgia South : On a dû partir juste après… On avait un avion à prendre. On voulait tant voir certains groupes, discuter avec le public, rester et profiter de l’ambiance…

 

Metal-Eyes : Comment vous êtes-vous retrouvées à l’affiche de ce soir, avec Prophets Of Rage ?

Georgia South : On a joué avec eux il y a deux ans au Zénith à Paris, Nous sommes restés bons amis, Tom Morello nous a invitées pour sa tournée solo aussi au Royaume-Uni.

Amy Love : Ils sont super encourageants, ils nous soutiennent vraiment

Georgia South : Ils ont toujours été derrière nous. C’est super !

 

Metal-Eyes : Une dernière question : quelle pourrait être la devise de Nova Twins en 2019 ?

Les deux : La devise ? Waow…

Amy Love : En 2019 ?

Georgia South : « Continue d’avancer »

Amy Love : Oui : « débarrasse toi de ce qui t’emmerde et continue d’avance »

 

Metal-Eyes (à Georgia) : Je préfère ta version, elle est plus élégante ! (rire général)

Amy Love : Je ne suis pas très élégante, désolée ! (rires)

 

Metal-Eyes : Merci pour ces instants, et je vous vois tout à l’heure sur scène.

Georgia South : J’adore cette salle, il faut que je la voie plus…

 

Metal-Eyes : Tu dois y retourner, maintenant… Vous avez votre sound-check

Amy Love : Oui, on y va. Merci à toi, à tout à l’heure !

 

 

 

PROPHETS OF RAGE live à l’Olympia le 8 aôut 2019 (avec Nova Twins)

C’est un concert exceptionnel à plus d’un titre auquel je me rends ce soir: 1/Prophets Of Rage revient en France sans grosse campagne de com’, et 2/ un concert de cette envergure en plain mois d’août, c’est rare! Et franchement, en cette période estivale, seconde semaine du mois où Paris est la plus vide de l’année, ben… l’Olympia est complet ou presque.

Après un petit moment de doute (les photographes accrédités ne seront pas autorisées à rester après les 3 premiers titres de POR) vite réglé par l’ami Roger, nous découvrons les Anglaises de Nova Twins qui avaient  déjà ouvert pour Prophets au Zénith de Paris il y a moins de 2 ans, le 10 novembre 2017 et qui se sont fait remarquer lors de leur passage au dernier Hellfest, jouant tôt face à plus de 20.000 spectateurs. D’autres les auront déjà vues en 2017 au Zénith de Paris en ouverture de… Prophets Of Rage. Seraient-elles devenues, en quelque sorte, les protégées des Américains? Et si j’ai pu apprécié la surprenante courtoisie et gentillesse des deux jeunes femmes qui se réclament, entre autre, du punk au cours d’une interview deux heures plus tôt (à découvrir bientôt), je n’ai pas encore eu l’occasion d’écouter leur musique.

Georgia South (basse) et Amy Love (chant et guitare), accompagnées d’un discret batteur, montent sur scène habillées d’une improbable tenue vert fluo. Concentrées au départ, les filles proposent un rock électro groovy à la fois dansant et hargneux. Un style qui emprunte autant au funk qu’au rock, au heavy ou au punk. Indéfinnissable, la musique de Nova Twins est à l’image de ses musiciennes: un ovni indéfinissable.

 

Annoncés à 20h50, Prophets Of Rage ne démarre finalement son concert que 15 bonnes minutes plus tard. Et c’est DJ Lord (Public Enemy) qui se charge de chauffer le public avec un set… de DJ rappant et scratchant sur divers airs du metal ou US et populaires (de l’hymne américain à Slayer en passant par La marche impériale de Star Wars). Mais que cette intro est longue! 20 bonnes minutes qui finissent par lasser et laisser penser que le groupe ne fait que rogner sur le vrai temps de jeu. Car le public attend tout un groupe, et certains commencent à siffler cette trop longue prestation.

Enfin, la salle est replongée dans le noir pour accueillir Prophet Of Rage dont les musiciens se postent devant la scène, poing levé à la manière de Tommie Smith et John Carlos. Mais personne, ce soir, ne disqualifiera B-Real (Cypress Hill, en survêtement, comme à la maison…), Chuck D (Public Enemy), Tom Morello et Tim Commerford (Rage Against The Machine, Audioslave). Puis la machine se met en branle et les gaillards s’énervent, font sauter un Olympia qui se transforme rapidement en un gigantesque trampoline tant le sol bouge et rebondit.

Si le groupe avait retourné le Zénith deux ans auparavant, il est sur le point de faire de même ce soir. L’efficacité de la setlist imparable fait son oeuvre. Setlist sont on pourra simplement remarquer que 8 titres au minimum sont identiques à celle d’il y a deux ans (dans le désordre: Testify, Living on the 110, Fight the power, Unfuck the world, Guerilla radio, Know your enemy…).

La recette est efficace, un medley en milieu de set permet de caser d’autres titres… Un gimmick que l’on retrouve parmi d’autres comme ce message plaqué derrière la guitare de Morello (pour la France c’est « Soutenir les gilets jaunes », pour les autres pays, ce sera quoi?) L’énergie est présente, l’entente entre musiciens parfaite. On ne regrettera finalement que ce manque de communication avec le public, communication qui aurait pu transformer cette soirée en communion. Mais on ne chipotera pas plus loin, tant ce concert fut explosif de bout en bout.

Le groupe prend congé sur l’indispensable Killing in the name of (bon sang, que c’est encore d’une cruelle actualité!) avant de revenir pour un unique rappel avec le non moins incontournable Bombtrack. Prophets Of Rage n’est pas prêt à dire son dernier mot, c’est une évidence!

 

Merci à Gérard Drout Production et à Roger Wessier (Replica promotion) d’avoir rendu ce report possible

SABATON: The great war

Heavy metal, Suède (Nuclear Blast, 2019)

En quelques années, grâce à des albums impeccables et des concerts exemplaires, Sabaton s’est imposé comme un des fers de lance de la scène metal actuelle, ce malgré une carrière  qui voit la bande à Joakim Broden et Pär Sundstrom célébrer cette année son 20ème anniversaire. Force est cependant de reconnaître que les deux fondateurs ont pris la décision qu’il fallait en remodelant complètement le groupe avant l’enregistrement de Heroes. Depuis, Sabaton navigue de succès en succès et sa double prestation en roue de secours du Hellfest (on rappelle pourquoi?) ne fera qu’embellir encore l’aura des Suédois. Après avoir conté des épisodes de bravoures au cours de l’Histoire avec The last stand, Sabaton se plonge aujourd’hui, avec The great war, dans la première guerre mondiale. Toujours sur fond de ce metal joyeux, enjoué et entraînant, le groupe nous emporte dans ces sombres années de la grande guerre. The future of warfare, qui introduit l’album, déroute quelque peu par ses aspects lents et sérieux. Les touches plus prononcées d’électro – qu’on retrouve de façon plus importante que dans les derniers albums – y sont pour beaucoup. Heureusement, dès Seven pillars of wisdom – qui traite d’un certain Lawrence d’Arabie – on retrouve la recette qui fait mouche. La suite est une fête non stop composée de ces refrains imparables (The attack of the dead men et son refrain saccadé, Devil dogs et ses choeurs…) The red baron (de son vrai nom Manfred von Richtofen, pilote de légende) explore avec efficacité de nouveaux horizons et ses claviers typés orgue d’église et un rythme qui accélère subrepticement. L’album se conclue avec le mélancolique et lourd The end of the war to end all wars mais surtout avec le superbe chant In flanders fields. Une prière émouvante qui vient clore un album qui, sans conteste, divisera de nouveau; les anti vont le détester – il y en a encore, qu’ils passent leur chemin – les fans vont adorer – il y en a de plus en plus. La preuve? The great war est déjà entré dans les char(t)s mondiaux. On notera aussi, comme ce fut déjà le cas sur l’album précédent, la richesse des notes qui accompagnent chaque chanson. Alors pour le metal, le show et le fun: vivement le Zénith à Paris! Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez retrouver l’interview que Joakim a accordée à Metal Eyes ici: Interview Sabaton

 

 

Interview: HERRSCHAFT

 

Interview HERRSCHAFT. Entretien avec Zoé H. (guitare). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 4 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Herrschaft s’est formé en 2004, vous publiez aujourd’hui votre troisième album studio. Que s’est-il passé pour vous ces 6 dernières années ?

Zoé H. : Le dernier album studio, Les 12 vertiges, est en effet sorti en 2013. En 2014, on a décidé de fêter nos 10 ans d’existence avec un album de remixes, qui a demandé beaucoup de travail. On a fait, en 10 ans, des remixes pour plein de groupes et plein de groupes ont aussi remixé Herrschaft. En 2015, on a sorti notre tout premier clip avec le morceau How Real men do, qui apparait dans l’album actuel, et aujourd’hui, on sort, enfin, après 56 ans d’absence effectivement, Le festin du lion (chronique à retrouver avec ce lien)

Metal-Eyes : Pour le quidam qui ne vous connait pas trop, dont je suis, et qui fait quelques recherches, on constate que le premier album est sorti en 2008, les 12 vertiges en 2013 et le festin du lion en 2019. Soit des écarts de 5 et 6 ans. Ca sous entends que le prochain sortira en 2026 ?

Zoé H. : On n’espère pas ! Quand on finit un album, on se dit que le prochain on le sort dans un an, peut être deux ans. Et au final… Je pourrais très bien te dire que le prochain sort dans deux ans, mais j’en sais rien…

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui fait que vous avez cet aspect « pas trop foudre de travail » ?

Zoé H. : Ecoute, en fait on travaille d’arrache-pied. Pour cet album, c’était un peu particulier puisqu’on a dû se réorganiser en 2014. Au début on était 3, Max et moi avons toujours été le noyau dur du groupe. On avait un autre chanteur, MZX, qui a décidé de partir en 2014. Il a fallu se recentre avec Max, voir si on allait continuer à 2, prendre un autre chanteur, et on est tombés d’accord sur le fait qu’on est bien à deux et qu’on veut faire les choses ensemble. Du coup, je ne sais plus qui de nous deux a proposé qu’il prenne le chant. Il n’avait jamais chanté avant, il a dû travailler très dur pour trouver sa voix, donner une nouvelle voix à Herrschaft. Ça, ça a été long, il a fallu qu’on fasse des tests en studio, voir si ça nous plaisait. On a coché cette case, ensuite, il a fallu voir si cette nouvelle formule fonctionnait aussi en live. Ça fonctionnait aussi. Déjà, là, on a deux ans qui sont passés, avant de se dire qu’on allait faire un nouvel album. Il nous a fallu 3 ans pour le faire, mais c’est aussi parce que j’ai mon propre studio. On est complètement maîtres de notre production de A à Z, on ne se laisse influencer par personne et on ne sort quelque chose que quand on en est à 200% satisfaits. On aurait pu sortir des choses avant, mais on n’en aurait pas été satisfaits, alors on a pris notre temps. Le fait d’avoir un studio, c’est un avantage parce que personne  ne nous dit quoi faire, mais c’est aussi un inconvénient parce qu’on n’a pas de pression ni de date limite ;

Metal-Eyes : Votre musique est très brute, très organique ; En plus de l’aspect indus, le nom allemand rappelle évidemment Rammstein, qui n’est pas votre seule influence. Mais qu’est-ce qui vous démarque de cette scène… je ne peux même pas décrire votre musique…

Zoé H. : Ben, tu vois, finalement, c’est peut-être ça qui nous démarque. Le fait que les gens aient du mal à nous coller une étiquette. On n’est pas qu’un groupe d’indus à influence germanophone. On a toujours voulu ce vrai mélange d’électro, on a essayé de le pousser plus loin, par rapport à d’autres groupes. On n’a pas privilégié le coté metal ou le coté électro, on a voulu faire une vraie fusion homogène des deux et aujourd’hui, on a inclus encore plus de choses avec du black metal, de la drum and bass… Certaines personnes nous disent même que maintenant on est presque prog, alors qu’il y a toujours cet aspect électro metal. J’ai l’impression, en tout cas je l’espère, c’est ce qu’on a voulu faire sur cet album, que c’est de l’électro metal mais très riche, avec des chants grégoriens, des chœurs d’enfants…

Metal-Eyes : En dehors du départ de MZX, comment décrirais-tu l’évolution de Herrschaft entre vos deux derniers albums ?

Zoé H. : Entre nos deux derniers albums ? Il y a un renouveau, parce qu’une nouvelle voix, et la continuité parce qu’on a gardé ce côté électro metal. Peut-être que maintenant on a un ton un peu plus léger…

Metal-Eyes (je ris) : Je n’aurais pas pensé à ce terme !

Zoé H. : Pourtant, si… Avant on était beaucoup plus sérieux, plus sombres et plus glacials. Peut-être dans les paroles, dans lesquelles il y a beaucoup d’humour, il y a un côté satanique, effectivement, mais avant c’était du satanique au premier degré, maintenant c’est du satanisme très cynique, décadent, voire grotesque. La vraie différence est là. Même la musique est plus légère. Je ne dirais pas « festive »,  on n’est pas « rigolo metal », même si je respecte tout à fait. On a ce côté grotesque, burlesque, moins lourd qu’avant.

Metal-Eyes : La pochette nécessite aussi quelques explications : on vous voit tous les deux avec vos masque, mais quel rapport y a-t-il entre cette illustration, ces deux personnages sataniques, et le titre, Le festin du lion ?

Zoé H. : Ces deux personnages sataniques pour moi représentent parfaitement ce qu’il y a dans l’album : il y a le diable et son assistant qui regarde l’humanité les implorant de les aider. Le diable regarde les hommes, en se disant «  je suis désœuvré, ils n’ont même plus besoin de moi pour faire n’importe quoi. » De ce point de vue, on a deux entités qui ont une supériorité sur un groupe, l’humanité. Le festin du lion, c’est un peu pareil : le lion, c’est le chef de clan qui envoie les autres chasser à sa place, qui se repose en attendant et qui se sert en premier. C’est une entité, un chef de clan qui dirige un groupe de personnes, d’individus qui sont à sa solde. Dans cet album, chaque morceau parle d’un arcane de pouvoir différent, toujours d’un individu, une entité ou une hiérarchie qui contrôle, de façon malsaine la plupart du temps mais pas forcément, un autre groupe d’individus qui sont à leur solde. Ça peut être d’un point de vue financier, un avocat véreux… Sur Technosatan c’est le diable qui se fout de l’humanité parce qu’il lui a donné la technologie et qu’ils en font n’importe quoi, sur New world order, c’est les complotistes qui voient le mal partout, qui sont persuadés qu’on les manipule, qu’une entité supérieure les manipule et qu’on leur vend n’importe quoi…

Metal-Eyes : Et que même si on cherche à leur démontrer le contraire alors c’est nous qui sommes manipulés…

Zoé H. : Voilà, exactement… The great fire c’est Satan qui regarde le monde brûler et qui se moque de dieu en lui disant «  regarde, je n’ai plus rien à faire, ils se débrouillent tous seuls, sans moi ! » A chaque fois, on aborde un thème différent, toujours en lien avec l’humanité.

Metal-Eyes : Ou la déshumanité, selon le point de vue.

Zoé H. : tout à fait. Moi, c’est ce qui m’amuse le plus dans les histoires aujourd’hui… Cette histoire, par exemple, hier, d’un directeur d’école catholique qui a été pris la main dans le sac en train de faire des orgies de cocaïne et de sodomie dès que les gens ont le dos tourné (NdMP : je ne sais pas si l’allusion est volontaire, Zoé, mais c’est un peu le principe de la sodomie, « le dos tourné », non ?) C’est de ça dont on parle, d’histoires qui nous amuse. On ne les juge pas : on les prend, on les présente au public et on laisse chacun se faire son opinion. Ça peut aborder le côté religieux avec les curés qui font n’importe quoi dans leur presbytère…

Metal-Eyes : D’où la nécessité de se plonger dans ces textes qui sont écrits en tout petit et qui nécessitent…

Zoé H. : Une loupe, oui ! Le festin du lion parle aussi de ça : c’est une métaphore d’un prédateur sexuel. On revient toujours à ce fil rouge.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de l’album pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Zoé H. : Ah, c’est compliqué… J’aime tous les titres de cet album, c’est la première fois que j’en suis aussi fier ! Pour quelqu’un qui ne nous connait pas, je pense que le plus simple pour entre dans l’univers de cet album c’est de prendre How real men do, parce qu’il a fait le sujet d’un clip (voir ci-dessous, attention, scènes surprenantes à déconseiller aux enfants). Dans ce clip, il y a toutes les idées qu’on veut véhiculer maintenant. C’est un clip très beau, et très drôle. Il y a beaucoup d’humour, de décadence, de grotesque et de cynisme. Il faut le voir… How real men do, on ne sait pas trop ce que ça veut dire, « comment font les vrais hommes », mais il y a un vrai truc dans ce clip qui, à mon avis, peut faire sourire tout le monde à la fin.

Metal-Eyes : Un groupe de rock, de metal, c’est aussi la scène. Vous avez des projets en ce sens ?

Zoé H. : Oui, on a un nouveau tourneur qui travaille sur la tournée. Pour l’instant je ne peux annoncer qu’une date, mais qui sera très belle : le 1er novembre à Nantes, au Warehouse. On partagera la scène avec d’autres confrères du même univers musical, Shâarghot, Punish Yourself qu’on connait bien, on est très liés à eux, on se connait très bien. Il y aura aussi OstFront, un groupe allemand. Ce sera une soirée multidisciplinaire avec des performances artistiques. Ca va être une très belle soirée.

Metal-Eyes : Il faut s’attendre à quoi sur scène avec Herrschaft ?

Zoé H. : Il faut s’attendre à beaucoup de visuel, de costumes parce qu’on incarne beaucoup de personnages différents. Ca fait très longtemps qu’on travaille la vidéo projection, les lumières que je programme moi-même pour accompagner les morceaux. C’est du spectacle pendant lequel on ne s’ennuie pas. Quand je vais à un concert et que je vois juste des musiciens qui jouent, je me lasse vite et je vais chercher une bière. Nous on veut capter l’attention du public.

Metal-Eyes : Donc faire en sorte que les gens n’aillent pas chercher de bière…

Zoé H. : ou qu’ils reviennent vite devant avec leur pinte !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Herrschaft en 2019 ?

Zoé H. : « manger des gens » ! Ou « regardez les brûler » ! C’est ce que font ces deux personnages sur la pochette : Satan regarde le monde brûler et il est presque déçu de ne pas en être partie prenante. Nous aussi, on regarde le monde brûler. Avec un peu de tristesse, malgré tout, mais on ne juge pas : on le prend et on constate. On en est spectateurs, simplement. On n’a pas le pouvoir de faire quelque chose, mais on regarde ceux qui en ont et on constate parfois qu’ils ne font rien. On essaie d’en rire…

Metal-Eyes : Toi tu es qui, Satan ou le bouc ?

Zoé H. : Je suis son assistant, là, le petit personnage rouge. Satan c’est le bouc. Pour moi, c’est le bouc le vrai patron.

Metal-Eyes : Donc, tu te situes à la droite du diable. Tout un symbole… Que souhaites-tu ajouter pour les lecteurs de Metal Eyes ?

Zoé H. : Déjà j’espère que vous aurez la curiosité d’aller voir le clip, et j’espère que ça vous plaira. Et allez voir les groupes d’indus sur scène, ils en ont besoin. C’est un mouvement qui est juste en train de ressurgir après une traversée du désert. On a eu un bon indicateur cette année avec plus de groupes électro – Combichrist, Eisbrescher, Shâarghot, Punish Yourself qui ont tous eu beaucoup de succès. J’espère que les organisateurs du festival vont l’entendre et en mettre plus. Et on a besoin de vous, public, en concerts, alors si vous aimez ça, il faut nous soutenir.

 

 

Interview: TIGERLEECH

Interview TIGERLEECH. Entretien avec Sheby (Chant). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 8 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Peux-tu en quelques mots raconter l’histoire de Tigerleech ?

Sheby : On a commencé en 2013 avec une première formation, qui a enregistré un Ep en 2014. Après, ça a bougé : Olivier arrive à la batterie en 2015, on compose, Fabien arrive à la guitare au début 2016 et là on avait une structure un peu plus solide, plus compacte. Ensuite, il fallait trouver un bassiste… Gabor, qui est Hongrois, nous rejoint en 2017. On fait un Ep cette même année. Gabor quitte le navire pendant un an, on continue à bosser, et il revient à la fin de l’été dernier. La nouvelle étape, c’est l’album. On avait déjà les morceaux, qu’on a finalisés. Les premiers Ep, c’est, je pense, une démarche normale, pour faire circuler le nom, que les gens écoutent… Avoir aussi un petit truc à vendre. L’album, c’est un peu plus sérieux, c’est la concrétisation.

Metal-Eyes : Tigerleech c’est donc ton bébé. Quelle est la signification du nom du groupe ?

Sheby : C’est une sangsue tigre qui vit à Bornéo, dans l’eau salée. Pas dans l’eau douce. C’est une grosse sangsue noire et jaune, un gros truc qui s’attaque à des crabes…

Metal-Eyes : Votre nom, c’est un peu une déclaration d’intention : vous allez nous coller pour ne pas nous lâcher…

Sheby (il rit) : Peut-être…

Metal-Eyes : D’où aussi la couleur rouge de la pochette, suceur de sang…

Sheby : Non, je ne crois pas. Il y a un mélange de deux animaux différents, mais c’est une interprétation comme une autre…

Metal-Eyes : Quel est ton parcours musical ?

Sheby : J’ai plus de 50 ans, j’ai quelques heures de vol… ca a commencé par mes parents qui écoutaient de la musique, de la chanson française. J’ai deux grand frères qui apportaient aussi de la musique, du yéyé, puis du rock, avec les Beatles, les Stones, puis du Led Zep, Deep Purple… Dans les années 80, mes parents ont bougé sur Renens, à l’époque où la vague punk arrivait en France. Mes frangins ont plongé dedans comme Obélix dans le chaudron et ont monté un groupe punk, les Trotskids, qui a tourné avec un groupe anglais, GBH. Moi, le petit frère, je les suivais, j’allais aux concerts, c’était un peu incroyable, et ce mouvement punk, c’était un truc énorme ! J’ai rejoint plus tard mes frangins à Paris, ils répétaient dans un studio où il avait un groupe mais pas de chanteur. Je leur ai dit « je suis chanteur, engagez moi », et c’est parti !

Metal-Eyes : Un peu comme Ozzy Osbourne qui dit à Black Sabbath « Moi, je chante » !

Sheby : Alors qu’il ne chantait pas ? Voilà, c’est un peu ça (rires)

Metal-Eyes : C’est assez prometteur pour toi…

Sheby : Oui, bien sûr! A l’époque, le batteur ne savait pas jouer, le bassiste non plus, on apprenait sur le tas, et c’était histoire de se défouler. Dans les années 90, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait Antalagone (je crois), un peu hardcore, qui est devenu Mass Hysteria. Je jouais avec les gars et Mouss, qui venait nous voir en répète, est devenu le chanteur de Mass Hystéria. Ça, c’est pour la petite histoire.

Metal-Eyes : Tigerleech vient de sortir The edge of the end (Chronique à lire avec ce lien). Que peux-tu en dire pour me convaincre de courir l’acheter?

Sheby : Déjà, faut pas courir, tu risques de tomber… on y a mis notre cœur et nos tripes. C’est un mélange de nos influences, un album avec beaucoup d’énergie, un mélange stoner, metal, des influences hardcore. On a beaucoup travaillé, on a enregistré avec Andrew Guillotin qui est un super ingé son avec qui ça a accroché professionnellement et humainement. Il a bossé avec plein de groupes, The Arrs, des groupes hardcore. Allez déjà l’écouter sur notre bandcamp… On le fait par passion. Nous, ce qu’on aime, c’est les concerts, partager notre musique avec les gens.

Metal-Eyes : justement, vous avez des dates de concerts en vue?

Sheby : Non, rien avant mars 2020, dans le sud de la France, Marseille et Fréjus. On fait tout nous-mêmes, l’album est auto produit, on n’a pas de tourneur, pas de label. Pour l’instant c’est du Do it yourself.

Metal-Eyes : N’importe qui sera interpellé par un titre de chanson : le seul en français masi il est chanté en anglais. Tu vois lequel ?

Sheby : Sexe dur? C’est l’histoire d’un couple qui fait l’amour, ou plutôt qui baise, de façon un peu engagée ; il y a un petit côté pornographique, entre deux adultes consentants.

Metal-Eyes : mais pourquoi avoir choisi ce titre en français, alors que les autres sont en anglais?

Sheby : Justement, je trouvais qu’un titre anglais, Hard sex, Rough sex, ça ne le faisait pas. C’est un clin d’œil pour ne pas oublier qu’on est français. Un peu notre French touch…

Metal-Eyes : A distribuer à Pigalle…

Sheby : Voilà (rires)

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de The edge of the end pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Tigerleech, ce serait lequel et pourquoi?

Sheby : C’est compliqué… Je pense quand même que ce serait Sandstorm, le premier morceau de l’album, qui est assez représentatif de ce qu’on fait. C’est un peu notre morceau fétiche, on l’a composé il y a deux ans et on ne s’en lasse pas.

Metal-Eyes : Ce qui est plutôt une bonne chose… Si tu devais penser à une devise pour Tigerleech, ce serait quoi ?

Sheby : Euh… « Energie, sincérité et passion. » Je pense que ce sont trois termes qui caractériseraient Tigerleech.

Metal-Eyes : Quelles sont tes autres activités en dehors de la musique?

Sheby : Déjà, j’ai une famille, des enfants, et je travaille. Je travaille dans la musique, sur les concerts. Je suis un peu au fait de ce qu’il se passe. Après, un peu de sport, bricolage. Jardinage, non, parce que j’habite en appartement ! Mais principalement, la musique, j’écoute beaucoup de musique.

 

La poétique des flammes – F. de Lancelot

France, roman metal (LDG éditions, 2019)

Ninon, jeune étudiante doctorante, a décidé de rédiger son mémoire sur l’univers musical. Plutôt que de suivre les conseils « avisés » du corps professoral lui suggérant de faire ses recherches sur le rap, musique populaire par excellence, elle fait le choix d’observer, d’étudier et de découvrir l’univers de son (futur ex) petit ami, musicien au sein du groupe toulousain Aorasie. En s’immergeant dans cet univers, Ninon prend en main la destinée de ce groupe composé d’âmes torturées, romantiques, déprimées et, de concert en festival, découvre la fraternité qui uni les membres de la communauté metal ainsi que les tensions qui peuvent naître de trop de proximité, ainsi que le regard, le jugement, voire la haine et la violence dont peuvent parfois être victimes les metalleux. D’espoirs en déconvenues – les concerts dans des salles vides, les tournées nécessitant trop de sacrifices temporels, humains et financiers – de déconvenues en reprise de courage, la jeune manageure improvisée s’entretien avec chacun des membres d’Aorasie (attention, âmes sensibles: évitez le parcours de Vika…), et d’autres formations (on se rattrape avec le portrait cru de Fabrice) pour étayer son mémoire.

Au travers de La poétique des flammes, F. de Lancelot emporte le lecteur dans l’univers musical et furieux du metal, sous toutes ses formes. Les connaisseurs trouveront aisément leur repères tant les descriptions et références sont familières, les novices, quant à eux, seront amenés à découvrir ce monde contradictoire, à la fois brutal et pacifique. Les Toulousains reconnaîtront certainement les lieux décris, les autres auront des points de chute en guise de future visite de la ville rose.

La plume de Lancelot est agréable, le vocabulaire et les tournures riches. On s’amuse de certaines idées (« Je viens d’une ville plus banale encore: Agen. Quelque part, je suis comme un pruneau: les gens ne se rendent compte de mon absence que parce que quand je suis là, je les fais chier« !), sa vision de l’engagement du fan de metal, le vrai, pas celui qui suit une quelconque mode, plus que juste et l’amateur se retrouvera aisément dans cette description, simple et tellement réaliste: « écouter du metal n’était pas une passade, pas une crise d’adolescence qui s’attardait mais une vraie dévotion qui durait toute une vie« . Combien d’entre nous se reconnaissent-ils dans cette réalité?

Si l’on peut déplorer la répétition de fautes d’accords (l’auteur semble oublier que son narrateur est une narratrice…), le lecteur remarquera les entretiens idéalisés, certes retranscrits « version » Ninon mais loin de la réalité – je n’ai jamais rencontré un musicien qui ait un langage aussi riche et soutenu que celui des membres d’Aorasie – même si on apprécie les caractères individuels, dont le romantisme exacerbé, proche de Baudelaire et de Lamartine à la fois, de Frédéric, visiblement le plus cultivé et intellectuel du groupe, ou la brutalité presque rustre de Fabrice, membre d’un autre groupe.. Cependant, le contenu reste scotché à la réalité des galères que vivent les musiciens. La mise en forme est remarquable, La poétique des flammes étant richement illustré de portraits des intervenants, de cartes retraçant les tournées, de reproductions gothiques des textes de Frédéric à sa muse Marie. Des interludes agréables dans un récit épique dont on a du mal à décrocher. Une invitation à découvrir un univers fait de bruit et de fureur, certes, mais également, surtout fait d’un esprit fraternel et convivial ou la communauté et le partage sont des maîtres mots.

HERRSCHAFT: Le festin du lion

France, Metal indus (Les noires productions, 2019)

OK, dès Technosatan, le message, pour celui qui, comme moi, découvre le groupe, semble clair: les Français de Herrschaft pratiquent un metal électro et industriel violent, brutal et direct. Marylin Manson, Ministry, Rob Zombie et consorts n’ont qu’à bien se tenir… La prod est soignée, le rythme est épileptique. Impossible de ne pas imaginer qu’un morceau pareil ne fasse pas fureur dans une boite de nuit! Les dix titres de ce Le festin du lion font preuve d’une rage non contenue – le chant hargneux de Max est parfois effrayant, les machines bastonnent à tous les étages et les guitares de Zoé H. charcutent genre boucherie héroïque. Heureusement, pour atténuer cette furie, le groupe s’accorde, pardon, nous accorde quelques moments de rare répit, afin de nous laisser souffler. On sent que le groupe sait où il va, et ce quatrième album démontre aussi qu’il sait comment y aller. Le festin du lion est un album puissant à conseiller à tous les amateurs de metal indus et electro surpuissant. Une vraie baffe dont Zoé vous dira tout ce qu’il en pense dans une interview que vous découvrirez très prochainement.

SAMMY HAGAR & THE CIRCLE: Space between

USA, Rock (BMG, 2019)01

Jadis surnommé le Red rocker,  qui avait débuté sa carrière avec Montrose et est également connu pour être l’ex-chanteur de Van Halen (ou plutôt comme celui qui succéda brillamment à DLR) et pour sa participation plus que remarquée au sein du sublime Chickenfoot, revient aujourd’hui avec The Circle, super groupe composé de Sammy Hagar (chant et guitare), Vic Johnson (guitare), Michael Anthony, son ancien comparse de Van Halen (basse) ainsi que Jason Bonham à la batterie qui s’est formé en 2014. L’album que nous offre aujourd’hui le groupe, Space between, est présenté comme un album concept « à écouter dans son intégralité pour une meilleure expérience » – c’est ce qu’affirme le sticker apposé sur le disque en tout cas. Et c’est bien ce qu’il faut faire… Alternant entre morceaux bluesy et tranquilles et titres foncièrement rock  et rentre dedans, mixant le tout avec du boogie à la presque Status Quo, Sammy Hagar & The Cricle parvient à redorer un genre pas tout à fait disparu sans se ridiculiser. Le groove est immense, le blues et la soul omni présents, la prod est léchée et le résultat global est simplement impeccable. Comment résister à Free man ou No worries? Comment ne pas penser à led Zep ou AC/DC sur Trust fund baby? Space between est une pure réussite rock, un disque vibrant et entraînant. L’écouter sans bouger semble impossible tant ça balance à tous les étages. A 71 ans, on peut affirmer que le rock conserve ! J’adore.

ALLUSINLOVE: It’s OK to talk

Rock, Royaume-Uni (Autoproduction, 2019)

Après un premier Ep, les 4 garçons de Leeds de Allusinlove continuent d’explorer l’univers du rock, hard rock, tendance déjanté. Dès Full Circle, le groupe semble inspiré par les Beatles tant le propos se fait presque pop. Puis, sur fond d’un rock furieux, All my love évoque un Black Sabbath qui aurait fauté avec le punk. En gros, si quelqu’un espère trouver dans cepremier album It’s OK to talk une véritable identité musicale, ben… c’est rapé. Le groupe n’a posé aucune limite, se faisant ici légèrement (carrément) psyché, là plus pop et ici encore romantique, voire mélancolique. Ce nouvel album semble vouloir s’adresser au public le plus large possible. Des calmes et des furieux, et tout au long de ce disque on reconnait, posés comme des jalons, quelques clins d’œil en références aux nombreuses sources d’inspirations des Anglais. Comme dirait l’autre, c’est de la belle ouvrage.