DGM et Amon Sethis live au CrickFest V (avec Prima et Epitude – Espace Loire, Cléry Saint André, le 11 avril 2026)

Pour sa cinquième édition, le CrickFest innove une nouvelle fois. En effet, après avoir l’an dernier élargi l’affiche en ajoutant un groupe, cette année, l’association Crick For Zik invite pour la première fois un groupe étranger. C’est donc aux Italiens de DGM d’assurer la tête d’affiche de ce petit festival qui se tient à l’Espace Loire de la petite ville de Cléry Saint André, à quelques kilomètres d’Orléans. Outre les Italiens, nous retrouvons ce soir les Grenoblois d’Amon Sethis ainsi que les débutants locaux d’Epitude et les vétérans PrismA, à l’origine du festival. Avec 3 groupes estampillés dans le genre, la soirée s’annonce très progressive.

Crickfest5, Clery St Andre

Cette année, s’il y moins d’exposants – les groupes ont naturellement sorti leur merchandising – Metal-Eyes, partenaire du festival (et du Zik And Dry organisé par la même asso le 19 septembre prochain avec, notamment Crucified Barbara et H.E.A.T., nous en reparlerons) a organisé une mini expo photos dont un hommage à Bruno Ramos (« De Manigance à Sortilège, hommage à Bruno Ramos) qui avait enflammé la salle archi bondée ici même il y a deux ans avec Sortilège. Une initiative appréciée tant des spectateurs que de l’orga et des anciens compagnons de route de Bruno.

C’est avec quelques minutes de retard que Chris Acker, président de l’asso, monte sur scène pour inaugurer la soirée et remercier le public présent, rappelant qu’il y a eut quelques inquiétudes mais que, finalement, les préventes ont accéléré ces derniers jours. On circule très facilement dans cet Espace Loire qui accueillera au pic de la soirée environ 200 spectateurs tous âges confondus – d’ailleurs, les vacances viennent de commencer, ce qui peut en partie expliquer l’affluence moyenne.

Epitude @Crickfest5, Cléry St André

Chris est rapidement suivi des jeunes musiciens locaux, Epitude, également bénévoles de l’association, qui rencontrent quelques soucis techniques. Quelques minutes suffisent pour régler le gros des couacs et lorsque le quatuor se lance, il est clair que ses musiciens sont très concentrés. Et on les comprends, car au-delà d’un naturel stress de jouer devant un vrai public, leur musique se révèle complexe tout en restant accessible.

Epitude @Crickfest5, Cléry St André

Au gré des morceaux, les quatre, bien qu’encore assez peu mobiles sur scène, se détendent et s’attirent bientôt l’approbation du public. Tout de noir habillés, ils enchainent mélodies envoutantes et rage contenue. La musique, à la fois puissante et aérienne, séduit la petite mais attentive foule présente en ce début de soirée. Epitude est une jeune formation prometteuse qu’il va sans doute falloir surveiller de près;

Epitude @Crickfest5, Cléry St André

C’est ensuite au tour des vétérans du coin, organisateurs de ce mini festival et habitués des lieux d’investir les planches. Avec une heure de jeu, PrismA a la bonne idée de proposer une setlist remaniée et d’offrir de nouveaux titres. Après une intro très martiale, la formation attaque avec un Crazy night enflammé suivi d’une doublette « découverte » composée de Masters of game et The power of wings, deux nouveautés plus que prometteuses (il y en aura ce soir quatre en tout avec Stay strong et Breaking the mirror, tous prometteurs d’un futur album enjoué et rentre dedans).

Prisma @Crickfest5, Cléry St André

Outre les titres inédits, nous rencontrons enfin le nouveau claviériste du groupe, concentré et tout à son ouvrage bien que visiblement assez détendu. Comme l’ensemble du groupe d’ailleurs dont un Philippe Sanfilipo souriant et qui dès le début du set va chercher le public pour ne jamais relâcher sa prise.

Prisma @Crickfest5, Cléry St André

No more tears, moment calme du set, est également annonciateur de l’approche de la fin du show. Trois morceaux enlevés se succèdent – le très chantant Freedom or war, Guilty of love et Tell me why avant que le groupe ne « s’absente » pour rapidement revenir pour un rappel. Rock now fait sauter le public et le voit lever les poings en cadence. Prisma a ce soir encore offert un set carré et simplement efficace.

Prisma @Crickfest5, Cléry St André

Malgré une longue carrière, Amon Sethis reste encore trop confidentiel. Une fois le changement de plateau terminé, j’incite Ben, le batteur de Prisma à ne pas rater l’entrée des Grenoblois tant je garde un bon souvenir de leur passage à Châteauroux en 2022. Après une intro orientale, une ombre apparait en fond de scène jouant avec deux bâtons enflammés. Un masque hideux avance et met le feu au pupitre avant que la fureur de Lamentations ne se déclenche. Sous les acclamations du public déjà subjugué, public qui a compris qu’il va vivre quelque chose de spécial, Julien arrache ce maudit masque à la fin du titre.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Le set est ce soir principalement axé sur les deux derniers opus du groupe puisque 12 des titres interprétés en sont extraits – Part III: dawn of an apocalyptic world (avec 7 titres dont l’intro) et Part 0: the queen with the golden hair (avec 5 morceaux) – et tous se révèlent d’une belle efficacité sur scène, à la fois fins et brutaux.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Planqué sous la capuche de son sweat, Andréa Ricci a, dans ses attaques de sa six cordes, quelques attitudes qui me rappellent Yann Heurtaux (Mass Hysteria). Sa complice, la bassiste Laëtitia Bertrand, frappe du pied tandis que Sébastien Perrad s’occupe de maltraiter ses fûts.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Proposant un metal direct, Amon Sethis entraine le public dans son univers au cœur de la VIIème dynastie de l’Égypte antique. Lights et fumigènes font également bel effet, metant en lumières diverses ambiances au gré des titres. Julien, revêt son masque – ou un autre – à diverses reprises, Mask of wrath, en fin de show, étant prétexte à une lutte entre deux de ces entités quelque peu maléfiques.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Quand bien même il reste la tête d’affiche, Amon Sethis a, ce soir, marqué de nombreux esprits et, sans surprise, le public se rue vers le merch pour, au-delà de se fournir en musique et t-shirts, échanger avec tous les membres du groupe, serrer des pognes dans la bonne humeur et le plaisir de la découverte.

Amon Sethis @Crickfest5, Cléry St André

Si DGM existe depuis 1994, les Italiens ne jouent que trop rarement en France – une petite douzaine de dates seulement recensées par le site Setlist.fm. Comme nous l’expliquait le guitariste Simone Mularoni plus tôt, c’est grâce à Julien Tournoud, chanteur d’Amon Sethis qui a désormais sa boite de production, que les Italiens se retrouvent ici ce soir, et ils en semblent ravis. Même s’ils tournent partout dans le monde et dans toutes les conditions d’accueil (de son propre aveu, s’il y a un endroit dans le monde où le groupe ne jouera plus c’est dans un certains club souterrain parisien), ils sont séduit par la salle et se promettent de retrouner le public.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

Le set prévu doit durer à peine plus d’une heure, ce qui pourrait permettre de rattraper le retard. Et ce soir, je vais en profiter car je suis loin de vraiment connaître DGM autrement que par son nom et son dernier album, et c’est la première fois que je les vois sur scène. Dès l’arrivée des cinq, le message est clair: du heavy prog qui rentre dedans et ne compte laisser personne indifférent.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

On sent chacun des musiciens très à l’aise, même leur batteur, Michele Sanna (quelle frappe!), qui n’est pourtant là qu’en remplacement mais qui maitrise parfaitement le répertoire. Les autres – Andrea Arcangeli à la basse, Emanuel Casali aux claviers et à la flûte traversière (une influence Jethro Tull???) – sont à la fois concentrés et mobiles. Mais tous les regards se portent aussi sur Mark Basile, le chanteur imposant tant par son physique déterminé que par son regard perçant ou, surtout, cette voix puissante et mélodique qui entraine l’auditeur dans son sillage.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

DGM propose une setlist assez équilibrée entre ses cinq derniers albums – occultant toute la période avant 2010 – et offre au public une judicieuse sélection de titres généralement courts. et c’est tant mieux car quoi de plus difficile que de rester concentré 15′ parfois sur des parties techniques qui ne s’adressent au final qu’à un public de musiciens plus que d’amateurs de musique? Là, jamais le groupe ne perd son auditoire -hormis quelques parents qui, même si les vacances viennent de commencer, rentrent coucher leur progéniture.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

Ghost of insanity voit Mark annoncer la venue d’un invité spécial pour l’accompagner au micro: il s’agit de Julien, d’Amon Sethis, qui remonte sur les planche le temps d’un duo enflammé et inquéiétant. Mark, les bras croisés et le regard sévère attend que Julien ui cède la parole pour ensuite partager un moment de plaisir et de complicité. un beau moment acclamé par le public.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

Le concert se termine ensuite avec Reason, le groupe, visiblement très satisfait, venant saluer le public avant de – c’est bien l’avantage de ces concerts de province – foncer vers le stand de merch pour, eux aussi, signer des autographes, prendre quelques photos, échanger avec les (nouveaux) fans prêts à acheter un ou deux albums ou t-shirts.

DGM @Crickfest5, Cléry St André

Si cette cinquième édition du Crick Fest n’a pas affiché complet (sans doute la faute au début des congés scolaires et/ou à la méconnaissance du public des deux têtes d’affiche), ce sont quand même quelque 200 spectateurs qui se sont, ce soir encore, éclatés dans cette salle de 350 places. L’association annonce être à l’équilibre et prévoit d’ores et déjà une sixième édition dont la tête d’affiche sera…,

DGM @Crickfest5, Cléry St André

… dévoilée plus tard car même Metal Eyes n’en sait rien aujourd’hui. Alors, avant un CrickFest 6, rendez-vous (rendons-nous) sur le site du superbe parc culturel du Val d’Ardoux, à Dry, à côté d’Orléans, pour la première édition du festival Zik N Dry qui accueillera rien moins que H.E.A.T. et Crucified Barbara le 19 septembre prochain – il reste moins de 300 tickets « early birds » à tarifs préférentiels disponibles sur le site de l’orga

Interview: HIGHWAY

Interview HIGHWAY. Entretien avec Benjamin Folch (chant) et Ben Chambert (guitare). Propos recueillis le 27 mars 2026

Ben, on avait discuté assez longuement à la sortie de votre album acoustique, The journey, en 2023. Quels retours en avez-vous eus ?

Ben : Les retours ont été super. C’est un disque un peu à part dans notre discographie pusiqu’il est entièrement acoustique, un peu comme les MTV unplugged des années 90…

Benjamin : On a toujours voulu faire un album acoustique et on a eu cette occasion pendant cette période de Covid, l’occasion de bosser différemment, à distance et sur de l’acoustique, et on s’est dit « on le fait ». C’était le bon moment pour le faire.

Ben : On jouait déjà en acoustique de temps en temps, quelques morceaux. Là, on l’a enregistré…

Benjamin : On avait un peu peur des réactions… « Highway là où on ne l’attend pas, qui propose un album en acoustique, comment ça va être perçu ? »

Ben : La majorité des gens a trouvé ça super cool. Certains on moins aimé, c’est sûr, mais les plus ouverts ont apprécié. C’est nous, c’est la patte Highway…

Et c’est aussi vos morceaux déjà connus…

Ben : Oui, et trois ou quatre ans après, je le trouve toujours aussi bon.

Justement, il y a toujours un grand délai entre deux albums de Highway. Lorsqu’un groupe de rock a la possibilité de s’offrir quatre ans entre deux albums, en général, c’est que ce sont des rock stars, mais ce n’est pas votre cas ! (rires des deux)

Ben : Pas encore, mais…

Qu’est-ce qui explique ce temps entre deux albums ? United states of rock n roll en 2011, IV six ans après en 2017. Et on ne parle que des albums studio de compos originales…

Ben : On compte quand même The journey dedans parce que le processus d’enregistrement a été identique. Ok, on avait déjà composé les morceaux, mais on les a revisités et, pour nous, c’est le même processus que pour un album normal.

Benjamin : Aussi, quand on a enregistré The journey, on avait déjà des morceaux électriques qui n’avaient pas lieu d’être sur cet album mais qu’on a gardés pour après.

Ben : C’est vrai qu’on prend le temps, mais on a tous des vies bien remplies et il faut se laisser le temps de bien faire les choses, de proposer de bons morceaux.

C’est un peu l’idée que j’avais, vous n’êtes pas encore assez important pour prendre tout votre temps et…

Ben : Ça viendra… quand ? It’s a long way

Oui, It’s a long way to the top… On doit avoir la référence quelque part ! Parlons maintenant de votre nouvel album, last call for rock n roll. Que pouvez-vous nous en dire ?

Benjamin : beaucoup de choses (rires) ! Il sort le 24 avril, il y a 12 morceaux, très différents… On a exploré des pistes très différentes, il y a des choses très groovy, d’autres plus metal, il y a un morceau acoustique… et c’est un album très mélodique.

Ben : C’est un peu la continuité électrique de The journey qui nous a ouvert la voie à des voix plus élaborées, des arrangements plus variés. Par exemple des cuivres qu’on retrouve sur The action, des claviers, des trucs qu’on ne faisait pas avant. Là on a voulu avoir le même process et faire des choses nouvelles. Ça reste évidemment du rock mais il se passe plein de trucs dans cet album. C’est un peu le Highway de maintenant.

Si on parle de vos deux derniers albums 100% électriques, comment chacun d’entre vous analyse-t-il l’évolution de Highway entre IV et Last call for rock n roll ?

Ben : Avec IV, on avait déjà un process de compo qui avait évolué par rapport à ce qu’on faisait avant…

Benjamin : Oui, on avait déjà beaucoup évolué par rapport à United states of rock n roll

Mais ce n’est pas ma question ! Je vous parle de l’évolution entre IV et Last call…

Benjamin : En fait, cette évolution s’est poursuivie : il y a eu cette parenthèse acoustique qui nous a appris à travailler différemment. On a un peu plus poussé les curseurs là où on voulait les amener. Ce qu’on ne savait pas forcément faire avant.

Ben : Et puis on a appris, en tant que musiciens, on a progressé. Avec les concerts qu’on a donnés, on s’est imprégnés d’autres choses. Et, du coup, on a testé d’autres choses. La grosse différence aussi, c’est qu’on a, pour cet album, travaillé avec un vrai producteur, ce qu’on n’avait pas fait avant. On avait travaillé avec Brett Caldas-Lima sur IV pour le mix, mais là, on l’a vraiment intégré comme producteur. Ill a fait les maquettes, il a décortiqué les morceaux, il a mis sa patte. La grosse différence, c’est qu’il a placé la barre plus haut à tous les niveaux. Le vrai travail d’un producteur…

Benjamin : Le travail sur le son, aussi. Il a tout enregistré et beaucoup travaillé sur le son de Highway, qu’il soit le plus parfait possible.

Ben : Il a pris ce qu’on savait faire et il l’a sublimé.

Donc le Highway que j’aimais avant, aujourd’hui, je vais l’adorer ?

Les deux, ensemble : Ah ouais !

Comment décririez-vous la musique de Highway à quelqu’un qui ne vous connait pas afin de l’inciter à plonger dans votre discographie complète ?

Benjamin : Hey… C’est du hard rock, du hard rock très mélodique, que ce soit au niveau des instruments, des mélodies ou des voix, et c’est quelque chose qui peut toucher beaucoup de monde. Souvent, moi le premier, quand j’écoute de la musique, j’ai envie d’une mélodie qui percute et me reste dans la tête. Et ça, avec Highway, tous les morceaux sont efficaces.

Ben : il y a le côté catchy, mais il y a aussi cet esprit « good vibes ». On fait quand même de la musique qui nous ressemble, il y a de la joie de vivre, un côté positif…

Benjamin : Qu’on essaie de transmettre à tout le monde.

Ben : On vit dans un monde où il se passe beaucoup de trucs durs et on veut apporter un peut de joie de vivre à tout le monde…

« Beaucoup de trucs durs »… Je ne vois pas de quoi tu veux parler en ce moment ! C’est peut-être une question que je ne devrais pas poser, mais tu abordes le sujet, Ben. Que pensez-vous de la situation des USA en ce moment ?

Ben : Ben… on a honte d’aimer les États-Unis…

Benjamin : Là, on n’y remettra pas les pieds pendant un bon moment. J’ai pas de honte à le dire, c’est un pays que je trouve exceptionnel sur beaucoup de points mais, là, je n’ai pas envie d’y aller pendant quelques années…

Ben : Ce qu’on aime, c’est la culture américaine…

Benjamin : Aller manger dans un diner à 23h…

Ben : En écoutant les Guns !

Revenons à la musique. Si vous deviez l’un et l’autre ne retenir qu’un seul titre de Last call for rock n roll pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Highway aujourd’hui, ce serait lequel ?

Benjamin : Ah, c’est très dur… Si je devais n’en choisir qu’un… ce serait Peace out, parce qu’il est très mélodique, il y a beaucoup de chœurs, il est léger, agréable, il est plaisant comme morceau. Il est aussi progressif, avec des changements des rythmes et d’ambiances. Moi, c’est un morceau qui me met de bonne humeur.

Peace out… ça colle bien à la question précédente en plus ! Et toi, Ben ?

Ben : Effectivement, c’est un morceau que j’adore, et les arrangements vocaux sont ouf. Mais si je devais retenir un seul morceau, mon préféré, mon petit chouchou, c’est (Don’t) look back, un morceau un peu ovni. Sa mélodie me transperce à chaque fois, je l’écoute, je suis bien. C’est un peu comme un nounours, mon morceau nounours… J’ai envie de me mettre en boule, et de lui faire un câlin…

Tu aimes tout sur ce morceau, mais est-ce celui que tu ferais écouter à quelqu’un pour lui dire « c’est ce que nous sommes aujourd’hui » ?

Ben : En effet, j’ai un peu digressé… C’est mon morceau préféré mais peut-être pas celui qui représente le mieux le groupe. Si je devais ne retenir qu’un titre qui nous représente, ce serait Hi-way, qui reprend ce que nous avons fait avant, avec les harmonies vocales, le gros son, et il s’appelle Hi-way, en deux mots, alors « this is Highway »… Oui, je dirai celui-là.

Quels sont vos projets de tournée pour défendre ce nouvel album ?

Benjamin : On a beaucoup de discussions autour de futures dates, on en a 5 qui sont confirmées et annoncées : il va y avoir Dijon le 18 avril, en mai ce sera le Brin de Zinc à Chambéry, notre release party au Rockstore de Montpellier le 30 mai, on laisse passer l’été et on sera au Backstage By The Mill à Paris le 19 septembre et retour du côté de Montpellier au Just N Fest le 2 octobre.

Paris, je ne pourrais pas y être, je suis sur un autre festival…

Ben : Le Crick ? Non, le Zik n dry (NdMP : le 19 septembre prochain, à Dry (45) avec en têtes d’affiche Crucified Barbara et H.E.A.T) ? Deux personnes qui nous ont interviewés avant nous ont dit qu’elles y seraient aussi…

Benjamin : Ce sera peut-être pour nous l’occasion de venir jouer sur Orléans, s’il y a des festivals comme ça…

Il n’y a pas que des festivals… Sur Orléans et alentours, il y a plein de super salles, de 200-400 places, avec des conditions d’accueil au top.

Benjamin : C’est bon à savoir… En tous cas, on travaille aussi les plans pour des festivals en 2027. A suivre !

J’ai aussi vu sur votre site qu’aujourd’hui vous n’êtes plus quatre mais cinq musiciens. C’est quand même un grand changement dans le groupe ! Qui est le cinquième membre ?

Benjamin : Déjà, on va demander « qui est le quatrième » ? On a changé un peu de line-up, on changé de bassiste, Sam Marshal a eu envie de faire d’autres choses avec ses nouveaux groupes. Du coup, on a recruté Cerise Pouillart, notre nouvelle bassiste. C’est aussi une nouveauté pour nous de travailler avec une fille…

Ben : A la base, elle est guitariste et chanteuse, et elle s’est mise à bosser la basse comme une dingue, les chœurs aussi parce qu’elle chante aussi… Elle a une super voix !

Benjamin : Elle a été pendant 12 ans leadeuse des Ladies Ballbreaker, elle a tourné plus d’une fois avec ce tribute…

Tribute d’un groupe que vous n’aimez pas du tout, d’ailleurs !

Ben : Non, pas du tout (rires). Elle nous apporte toute cette expérience et c’est vraiment intéressant. Maintenant, le cinquième…

Benjamin : On a muté, on est passés à cinq : on a recruté Flo (Florian Arnaud) à la guitare qui amène lui aussi sa guitare et sa voix – c’est aussi un excellent chanteur ! Pourquoi in est passé à cinq ? Parce qu’on voulait vraiment mettre en avant, sur scène, les guitares qu’il y a sur l’album.

Ben : On s’est un peu lâchés sur l’album et ça aurait été dommage d’amputer ces arrangements qu’il y a sur l’album. On aurait pu le faire mais sur le disque, c’est vrai qu’on est allés assez loin au niveau des grattes, donc on a pris ce guitariste avec qui, en plus, ça matche humainement. On le connait depuis longtemps, on a fait quelques concerts avec lui et quand Sam est parti, on s’est dit autant proposer une vraie nouvelle version du groupe. On écrit une nouvelle histoire, un nouveau chapitre. On apporte quelque chose de vraiment nouveau, avec des nouvelles guitares, de nouveaux chœurs…

Benjamin : Comme le dit Ben, on voulait cette nouveauté, et il y a cette fraicheur, cette énergie qui nous ont poussés à travailler différemment, amener un nouveau show sur scène, une nouvelle dynamique.

Ben : On a vraiment hâte de présenter ces morceaux sur scène, notre nouveau show, et que vous veniez nous voir…

Ou que vous veniez nous voir (rire général) ! Si vous deviez aujourd’hui réenregistrer un de vos albums avec le line-up actuel, ce serait lequel ?

Ben : Ah, dis… C’est dur comme question !

Benjamin : Peut-être U.S…

Ben : Oui, peut-être United States of rock n roll…

Benjamin : Il y a plein de trucs qu’on ne savait pas faire à l’époque et qui le ferait sonne bien mieux maintenant.

Il était déjà bien…

Benjamin : Mais le refaire avec des voix féminines, ça serait super. C’est un album que j’adore, mais ça lui donnerait une autre ampleur. Les morceaux sont vraiment cool, mais il mériterait quelque chose…

On sait qu’un groupe de rock en France ne vit que rarement de sa musique. Quels sont vos autres activités professionnelles ?

Ben : On a des statuts différents : le noyau dur, Ben, moi et mon frangin (Romain Chambert, batterie) on a des boulots à coté…

Benjamin : Moi, je suis directeur, je manage une équipe de sept personnes qui vend de la déco de maison, des tissus, du parquet…

Ben : Moi, je suis radiologue, en imagerie médicale. Romain, lui, est inspecteur du travail. C’est bien, parce que quand on n’est pas déclarés sur les concerts, il peut arranger les choses (rires). Flo et Cerise sont tous les deux dans la musique…

Benjamin : Flo est prof de guitare, Cerise est prof de chant.

Si vous deviez penser à une devise pour Highway, ce serait quoi ? Benjamain, je t’avais déjà posé la question…

Ben : Ah ? J’avais dit quoi ? En attendant, je dirai No limit (Benjamin acquiesce). C’était notre mantra en studio, No limit ! On fait ce qu’on veut, et on y va à fond…

A l’époque tu me disais « Enjoy, have fun »

Ben : Tu vois quand je te dis qu’on est good vibes ! C’est exactement ça ! Maintenant, c’est devenu « No limit » (rires) !

SAXON: le making of de Wheels of steel

En 2025, Saxon devait célébrer en grandes pompes le 45ème anniversaire de la sortie de son second album paru en 1980, l’incontournable pierre angulaire du heavy metal britannique Wheels of steel. Seulement, voilà: les plans ont été quelque peu contrariés. Biff Byford, le chanteur historique et dernier membre fondateur du groupe, a dû subir en urgence un traitement afin de lutter contre un cancer, désormais, semble-t-il, soigné. Les dates annulées ont été reportées, et Saxon conserve son programme dont ses trois dates françaises du Castles and Eagles tour, avec Sortilège en première partie et Overdrivers plus récemment ajouté. Nous retrouverons donc Biff et sa bande à Nantes, Toulouse et Paris les 15, 16 et 17 mai 2026 pour des concerts qui s’annoncent d’ores et déjà historiques (retrouvez ici l’article consacré à Saxon et le Zénith de Paris, paru en 2025 et mis à jour).

Mais… Saxon promettant de jouer l’intégralité de son mythique album, Metal-Eyes vous propose de revenir sur la naissance de Wheels of steel et de ses hymnes intemporels.

Effectuons cependant un rapide retour en arrière, à la fin des années 70. C’est après avoir assisté à un de leurs concerts que Pete Hinton, qui travaille alors pour le prestigieux label EMI (The Beatles, The Animals, Queen, Deep Purple, David Bowie, Kate Bush pour ne citer que quelques noms d’alors du label auxquels se sont joint, dans les années 80, Iron Maiden, Red Hot Chili Peppers, Whitesnake…), approche Son Of A Bitch promettant de reprendre contact avec eux. Seulement, comme le rappelle Biff Byford dans son auto biographie, silence radio. « Apparemment, lui et Freddie Cannon, également d’EMI, avaient été recrutés pour diriger la section anglaise de ce qui semblait alors un obscur label français, Carrère (…) Ils nous ont fait une offre : une avance de 30.000 £ pour deux albums avec une option pour d’autres. On s’est dit : « pourquoi pas ». Pete Hinton venait de chez EMI, et, à vrai dire, nous étions un peu déçus (…) de nous retrouver sur ce label que nous ne connaissions même pas ». Chacun des musiciens reçoit également 40 £ pour aller acheter des fringues correctes…

C’est également Pete Hinton qui suggère au groupe, insiste même, de trouver un autre patronyme, pensant que Son Of A Bitch ne passera jamais sur les ondes. Ainsi naquit Saxon (originellement « Anglo Saxon », mais, nouvelle suggestion de Hinton, réduit au simple patronyme actuel), alors composé de Biff au chant, Paul Quinn et Graham Oliver aux guitares, Steve Dawson à la basse et Pete Gill à la batterie.

Produit par John Verity, le premier album auto nommé parait le 21 mai 1979 chez Carrère. Concis – l’album ne dure qu’à peine une demi-heure – Saxon propose une diversité de titres qui peut ressembler à un patchwork mêlant heavy rock et progressif. Si l’identité du groupe n’est pas encore clairement définie, quand bien même on trouve des traces de ce qui va faire sa réputation, l’album se vend tout de même à quelques 15.000 exemplaires au Royaume-Uni, un score pour le moins encourageant.

Avant la sortie de son premier album, Saxon se lance dans une tournée anglaise qui débute le 7 février 79 à Bradford pour se terminer le 19 décembre de cette même année au célèbre Hammersmith de Londres. Ce ne sont en réalité que 37 dates – on ne peut parler de tournée que sur la dernière partie, période pendant laquelle le groupe commence à jouer ses nouveaux titres, dont Wheels of steel qui, selon le site Setlist.fm, aurait été joué en public pour la première fois le 13 octobre 1979 à Manchester pour intégrer plus que régulièrement les setlists de Saxon par la suite, aujourd’hui encore.

L’année 1980 commence avec la participation du groupe au Friday Rock Show, émission incontournable de la BBC. L’enregistrement a lieu le 23 janvier 1980 et sera diffusée le 15 février (l’émission figure entre autres sur la réédition de 2009 du premier album publié par… EMI, ainsi que sur la version booklet de 2018 de BMG). Saxon se produit également le 2 février au Electric Ballroom de Londres où le groupe, tête d’affiche, est accompagné par AngelWitch et Sledgehammer avant d’investir pour le reste du mois le Ramport Studio situé au sud de Londres. Initialement initialement conçu en 1973 par The Who qui envisageaient d’y mettre en boite l’incontournable Quadrophenia, le lieu accueille un bon nombre de vedettes de l’époque dont, parmi bien d’autres, Supertramp qui y enregistre Crime of the century en 1974. Thin Lizzy puis Judas Priest s’y installent respectivement pour Johnny the fox (1976) et Sin after sin (1977).

Pete Hinton propose de produire ce second album, dernière livraison contractuelle pour Carrère, rappelons-le… Cependant, c’est sans pression que les Anglais entament cette nouvelle période qui va s’avérer décisive dans la carrière du combo. Le budget alloué n’étant pas extensible, les sessions se passent vite, la post production, mixage et mastering également.

A peine sortis des studios, Biff, Paul, Graham, Steve et Pete lancent, le 21 avril au City Hall de Newcastle, le Wheels of steel tour qui se terminera le 23 décembre au Hull City Hall de Kingston upon Hull. Une longue tournée dont les dates se multiplient dès la parution de l’album.

La sortie de Wheels of steel est prévue pour le 5 mai 1980, une sortie qui aurait pu être mise à mal tant la concurrence est dense : le premier album de Def Leppard, On through the night, est arrivé le 14 mars et a trouvé son chemin en 15ème place des charts. Iron Maiden publie son premier album le 14 avril et rate le podium de peu (n°4). Les anciens sont aussi de la partie, dont Black Sabbath (Heaven and hell, le 25 avril) et Whitesnake (Ready n willing, le 3 mai).

A peine deux jours après, le public découvre donc Wheels of steel. Le guerrier du premier album a cédé sa place à un aigle métallique juché sur une roue de moto. Le logo devenu mythique du groupe est la seule marque rouge de cet album. Au verso, cinq mecs assis, voire tranquillement affalés sur un canapé, tous revêtant l’incontournable Perfecto. Pas de frime, un look de prolo rockers. Et l’on va rapidement découvrir le même esprit dans la musique, brute et directe, et les textes des chansons qui parlent simplement de la vie – les excès en moins.

Le morceau titre fait l’objet d’un premier single (avec, en face B, Stand up and be counted). Si le morceau est apprécié des radios, c’est l’album dans son entièreté qui donne des claques.

Une radio qui ressemble à celle de la police de la route (dont Saxon reparlera sous peu) en bruit de fond, des motos qui déboulent et s’éloignent en trombe introduisent Motorcycle man. Dès ce titre introductif, Saxon déclare son amour pour les belles mécaniques et les grosses cylindrées. Le morceau est à la fois fougueux et aérien, doté de guitares sans fioritures, d’un chant puissant et mélodique et d’une rythmique entrainante et de paroles simples et populaires, des paroles qui, en gros, disent « si tu me vois rouler, ne tentes pas de m’arrêter, le suis un motard ». Un clin d’œil à peine masqué à un certain Easy rider et son hymne intemporel Born to be wild (Steppenwolf), et aux motards en général.

Tout au long de l’album, Saxon se montre ambitieux en variant les plaisirs et les tempi. Exit donc les envies progressives, place au rock heavy, speedé et mélodique. Et toujours populaire. Stand up and be counted s’adresse ainsi, sur un rythme imparable, au public qui ne peut que lever le poing et secouer les cheveux.

Objet du second single (qui paraitra à la fin du mois de juin de cette même année), 747 (strangers in the night) mêle brillamment lourdeur, celle d’un avion de ligne et un refrain à faire chanter le public. Biff explique que ce titre ne raconte pas que l’histoire d’un avion perdu en vol (un numéro et un routing complètement imaginaires, d’ailleurs) mais qu’il évoque aussi une panne d’électricité générale qui a plongé New York dans les ténèbres, panne qui a forcé des avions à devoir être déroutés vers d’autres destinations. Il s’agit aussi du premier de nombreux autres titres traitant d’avions, moyen de transport que, comme il me l’expliquait en 2018 (http://metal-eyes.com/interview-saxon), Biff n’apprécie pas, qu’il subit plus qu’autre chose.

Puis arrive le morceau titre qui en un clin d’œil se transforme en hymne intemporel. Wheels of steel, on le sait moins, a pour origine une vielle voiture que possédait Biff. Il explique même que ce titre devait être la base de ce qui allait devenir plus tard Princess of the night. Avec son mid tempo lourd, son refrain sec que chacun continue aujourd’hui encore de chanter en concerts, son ambiance générale, Wheels of steel a tout pour mériter son statut intemporel.

Rien que pour cette première face où rien n’est à jeter, Saxon entre dans la légende. La face B, quant à elle, débute avec le furieux Freeway mad, encore un morceau dédié à la route. Un titre rapide et claquant aux guitares enragées et aux rythmes épileptiques. Un morceau expéditif qui est d’ailleurs le plus court de l’album (2’41 !)

Avec trois titres traitant de bécanes et moteurs, on pourrait penser que Saxon cherchait alors à s’adresser à un public précis.  Mais comme le rappelle aussi Steve Dawson, Biff et lui possédaient chacun une moto, ce qui les a « inspirés pour des chansons comme Stallions of the highway ou Motorcycle man (…) Mais le lien avec le monde des motards ne vient pas de nous. Les bikers, Hell’s Angels et autres motards se sont emparés du titre et en ont fait des hymnes ». Il note également que s’ils ne faisaient pas partie du même monde, les bikers les ont toujours traités avec respect. Pas étonnant, Saxon ayant toujours été respectueux d’autrui également.

See the light shining, appuie un peu sur le frein. Le morceau, direct et rapide, ne voit sa détermination calmée que par le break plus lent mais tout aussi déterminé qui évoque la lumière du titre. Sans doute celle des étoiles qui commencent à briller dans les yeux des musiciens, celle, aussi, qui éclaire la scène. Si le morceau peut parfois ressembler à un assemblage de différentes idées, comme c’est d’ailleurs très souvent le cas, le résultat est mémorable et rentre lui aussi dans la tête.

Prolo jusqu’au bout, rock band uni, Street fighting gang évoque les souvenirs d’enfance de Biff, gamin qui n’avait cure de l’école et préférait passer la nuit dehors. Là encore, la production sèche et claquante colle à l’esprit de la chanson.

Vient ensuite le moment « émotion ». Suzie hold on, titre le plus soft de l’ensemble, relate l’histoire d’une amie du groupe (prénommée… Suzie) atteinte d’un cancer. Au travers de ses textes, Biff encourage son amie à se battre, à faire ce qu’elle croit être juste pour s’en sortir. Suzie hold on sera choisi comme troisième single, et paraitra sous ce format, accompagné en face B de Judgement day (live), en septembre 1980.

Après le calme, la tempête. Vraisemblablement inspiré par leurs amis de Motörhead et la double de Phil Taylor, Saxon appuie à fond sur l’accélérateur avec Machine gun qui canarde et défonce tout sur son passage. Une conclusion explosive qui m’a toujours laissé sur ma faim.

Wheels of steel ne serait peut-être pas ce qu’il est devenu sans la production de Pete Hinton. Les musiciens se souviennent de lui comme étant quelqu’un proposant des idées. Les moyens de l’époque ne permettaient certes pas d’avoir un son gras comme aujourd’hui, mais le résultat est là : 9 morceaux au son organique, brut de décoffrage, franc du collier, qui n’ont rien à cacher et se veulent simplement directs et directement efficace. Wheels of steel est le résultat d’un groupe qui ne cherche pas à frimer, un groupe droit dans ses bottes qui, sans le savoir encore, vient de signer un chef d’œuvre qui, naturellement, grimpe dans les charts et trouve une jolie 5ème place dans les charts anglais.

Si quatre de ces morceaux font encore régulièrement partie des setlists du groupe – ne cherchez pas, c’est toute la face A dont on parle – on attend avec impatience de pouvoir réentendre l’album entier joué live. Le temps n’a pas de prise sur un tel disque. Carrère a eu le nez creux, et, comme Biff l’expliquait, à l’époque, les maisons de disques misaient beaucoup sur le single et « si tu vendais 500.000 singles, alors tu vendais autant d’albums ». Wheels of steel ne s’est pas autant vendu mais a tout de même atteint la certification Or au Royaume-Uni, soit 100.000 exemplaires ayant trouvé preneur. L’histoire a fait le reste, au travers, entre autres, de nombreuses rééditions.

Parmi celles-ci, la naissance du CD a naturellement fait l’objet d’une première livraison via EMI/Parlophone (chez qui Saxon a finalement trouvé refuge au milieu des années 80, pas forcément pour son plus grand bien, d’ailleurs, mais c’est une autre histoire et un autre débat). Rien de plus que l’album vinyle, la pochette étant simplement plus foncée que l’originale. On se penchera cependant d’avantage sur les autres livraisons dont celle qu’EMI propose en 2009 (avec 8 morceaux supplémentaires : 2 démos de 1980 (Suzie hold on, Wheels of steel) et la version live de Stallions of the highway ainsi que 5 titres de la prestation désormais entrée dans l’histoire que le groupe a donnée aux Monsters of rock en 1980. L’album est complété d’un livret de 8 pages dont de longs explicatifs signés Jerry Erwing du magazine Metal Hammer et d’un patchwork de diverses affiches de concert et pochettes des 45t. On retrouve ces mêmes titres sur la version « booklet » éditée en 2018 par BMG dotée, comme les autres albums de Saxon ayant fait l’objet de ce même format, de 26 pages richement illustrées ainsi que des textes des chansons. Ce même label a également proposé cette même année une réédition en version double vinyle (d’autres albums en ont également été l’objet) ainsi qu’une édition limitée célébrant le 45ème anniversaire de la bête (uniquement pour le record store day de 2025) avec un double vinyle bleu et rouge, dont un propose les 9 titres joués lors des Monsters of rock de 1980. Bref, Wheels of steel est un album légendaire qui n’a pas fini de séduire jeunes et moins jeunes amateurs de décibels !

Rendez-vous maintenant, rendons-nous même!, dans ces Zénith qui accueillent Saxon (avec Sortilège et Overdrivers) dont celui de Paris qui a fait l’objet l’an dernier d’un article dédié par votre webzine, à retrouver avec ce lien: Saxon au Zénith de Paris

Sources : Never surrender (or nearly good looking), Biff Byford and John Tucker, Iron pages books, 2007, Wheels of steel : The explosive early years of the NWOBHM, Martin Popoff, Wymer publishing, 2019, NWOBHM encyclopedia fifth edition, Malc Macmillan, Iron pages books, 2020, ainsi que diverses éditions de l’album, setlist.fm, saxon747.com et autres sites internet, entretien avec Biff au Bataclan (2011).

DeWolff et Blues Pills live à Paris (le 3 avril 2026 au Bataclan)

Ce soir, Verycords nous convie à une soirée 100% vintage dans le cadre de la tournée Double Bill Tour. Une petite tournée européenne d’une douzaine de dates avec des temps de jeu équitablement répartis entre les Hollandais de DeWolff et les Suédois de Blues Pills. Malheureusement, j’arrive un peu tard pour pouvoir me trouver devant la scène et, de la console, les éclairages sont brumeux… Dommage pour les photos mais, comme le disait Joe Perry: Let the music do the talking!

Ce soir, au Bataclan, c’est le trio qui ouvre le bal. En dégainant d’entrée de jeu Nightrain et In love (respectivement extraits de Love, death & in between – 2023 – et Muscle shoals – 2024), DeWolff pose les bases du ton de la soirée en nous invitant à monter dans sa machine à remonter le temps visuel et sonore.

Dewolff en live, ceux qui les ont déjà vus le savent bien, c’est une belle explosion d’énergie, une recherche de communion avec le public qui, ce soir, se montre réceptif, en tout cas sur la première grosse moitié du concert. Il faut dire que Pablo Van Der Poel (chant et guitare) fait tout pour aller le chercher, ce public, et son frangin, Luka, n’est pas en reste derrière sa batterie. De son côté, Robin Piso s’éclate derrière son orgue en balançant des sons d’un autre âge.

Et puis voici venu le temps de l’éclate et de l’improvisation. Un temps qui rappelle naturellement les 70’s enfumées mais qui rapidement devient long, trop long peut-être, et l’on voit une partie du public détourner son attention et se diriger vers le bar. Un moment de flottement d’un bon quart d’heure qui fini par perdre le public, un temps sans doute trop long quand on ne dispose que d’une heure quinze de jeu.

Même si on apprécie la plongée de Pablo dans le public pour un long bain de foule en fin de set, on aura quand même vu le groupe plus inspiré, notamment lors de son passage à la Maroquinerie de Paris en 2023. Ce soir n’est pas un soir « sans » mais un soir où il manque en fin de show un ingrédient. Un concert certes énergique mais au final, en demi-teinte.

Un gigantesque A multicolore en fond de scène derrière la batterie évoque les couleurs de la télé des années 70. Ben oui, on est toujours dans cet esprit vintage. Lorsque Blues Pills arrive sur scène, je suis étonné de voir une nouvelle version du groupe. Elin Larsson (chant) semble être la seule rescapée, ou, plutôt, membre permanente du groupe aujourd’hui composé de trois femmes et un homme. Aucune idée de qui est qui, exception faite de la chanteuse à la voix d’or.

Et c’est bien elle qui, comme d’habitude, fait le show, arpentant, dès son arrivée, la scène de long en large, allant chercher le public en serrant nombre de mains tendues et en s’offrant, dès High class woman, le premier morceau du show, une première plongée dans le public à qui elle indique, la main tendue comme si elle fendait la foule, son intention. Ce n’est qu’une première échappée populaire parmi d’autres.

Etonnamment, ce n’est pas son dernier album, Birthday, qui est le plus représenté ce soir. Sans doute le fait qu’il date de 2024 explique-t-il la présence de 3 titres (Top of the sky, Birthday et Don’t you love it) là où le premier album éponyme (2014) et Holy Moly (2020) sont représentés chacun par 4 extraits. N’empêche, Blues Pills propose des titres courts et fait sauter et danser le public de bout en bout.

Bien que l’on sente ce soir le groupe très uni et complice, Erin attire à elle seule, par son énergie et son enthousiasme communicatif, l’ensemble des regards. Invitant le public à participer, communiquant plus que facilement et régulièrement avec lui, elle ne laisse aucun temps mort ni aucune place pour un quelconque ennui.

Le rappel – Little sun suivi de Devil man – vient mettre un terme à cette soirée riche en énergie et en partage. Le rock vintage a encore de beaux jours devant lui, et, ce soir, nous en avons encore une fois eu deux exemples revigorants.

Merci à Sabrina Cohen Aiello et toute l’équipe de Veryshow pour avoir rendu ce report possible.

DISCOZERO: It was capitalism all along

France, Rock (Autoproduction, 2026)

Nouveau venu sur la scène rock énervé, Discozero s’est formé en 2023 autour du chanteur Matthieu Miègeville, du guitariste Nicolas Foucaud, de la bassiste Katia Jacob et du batteur Zacharie Mizzi. Avec son premier album, It was capitalism all along, le quatuor nous propose un rock faisant fi des codes et des convenances. Au delà d’un chant anglais une nouvelle fois difficilement compréhensible, on sent que Discozero veut imposer au public une sorte d’irrévérence punk, un doigt envoyé à la face de cette industrie à recettes prédéfinies. Aussi dansants que remuants, les 8 morceaux de ce premier album font preuve de rage sinon de maturité, comme si les quatre refusaient de quitter leur enfance. J’ai parfois l’impression aussi qu’ils hésitent parfois, n’osent pas assez souvent, à lâcher la bride et laisser plus de place à une forme de folie enragée qui donnerait plus d’ampleur et d’énergie aux chansons. Un premier pas sympa mais qui ne me marque pas plus que ça. Dommage

Interview: MAGOYOND

Interview MAGOYOND. Entretien avec Julien « Le Mago » (chant). Propos recueillis le 17 mars 2026

Julien, une chose que j’ai remarquée avec vos derniers albums c’est qu’ils sortent maintenant à intervalles réguliers : Kryptshow est paru en 2019, Necropolis en 2022 et Zeppelin en 2025. Tous les 3 ans, c’est un rythme que vous vous imposez chez Magoyond ?

Pas vraiment, mais c’est vrai que cette régularité nous plait… On joue et on digère les morceaux sur scène et on a envie de nouveauté. C’est un bon ratio de temps mais, en même temps, si on regarde chacun de ces albums, de Kryptshow à Zeppelin, le nombre de morceaux diminue !

Il y a aussi une particularité parce que Magoyond ce n’est pas qu’un groupe, vous travaillez souvent avec un orchestre, ce qui nécessite du temps et de l’organisation. Comment combinez-vous tout ça, comment procédez-vous pour la composition et les arrangements ?

D’abord, le financement participatif nous aide à orienter la manière dont on travaille. On peut très bien travailler seuls dans nos studios avec nos instruments, comme on l’a fait pour Kryptshow, par exemple, sauf que pour avoir une plus grande liberté créative on a instauré le financement participatif autant pour le côté « précommandes » que pour la possibilité de dépasser le budget prévu et d’aller plus loin en termes de créativité, de fonctionnalité – enregistrer avec des chœurs, des orchestres… Il n’y aurait que nous, on fonctionnerait très bien aussi, mais, avec le financement participatif, la dimension… « grandiloquente » nous force à nous dire qu’il va falloir composer non pas avec quatre personnes mais avec cent à cent vingt personnes. A nous d’imaginer combien de temps cela peut nous prendre et on se laisse porter par le tout.

Les thèmes – l’esprit musical et l’esprit littéraire – du groupe restent ancrés dans le fantastique. Ça remonte au premier album, Pandemia, avec la SPZ – Société Protectrice des Zombies.

C’est exact, le fantastique nous nourrit mais, surtout, je ne sais écrire que des choses qui racontent des histoires dans des thèmes qui me parlent. J’ai beaucoup plus de mal à parler de mes déchirures, de ce qui me fait du mal… Je suis beaucoup plus à l’aise en développant un univers – à la base, c’est ce qu’on fait : développer un univers en l’agrémentant musicalement. Au fur et à mesure des albums, l’histoire s’étend, se complexifie, devient plus dense… On ajoute des protagonistes, des lieux, on se fait plaisir sur ce qu’on veut raconter. On voyage en même temps que l’auditeur, mais on a un an d’avance.

Vous projetez déjà sur ce qu’il va se passer avec le prochain album ?

C’est ça, on essaie toujours d’avoir des petits coups d’avance tant dans la composition que du point de vue de l’histoire. On fait tout pour surprendre. L’important c’est de ne pas faire du réchauffé et de surprendre avec de la nouveauté. Souvent, quand on termine un opus, je sais déjà ce qu’il va se passer. Parfois, même les membres du groupe ne sont pas au courant… J’ai plusieurs pistes, on en discute et celles qui fonctionnent le plus… on saute dedans !

L’un d’entre vous s’occupe plus particulièrement des arrangements finaux (il confirme). Musicalement, qui arrive avec les bases ? Toi, tu as l’histoire, le textes, mais le reste ? Je mets l’orchestre à part…

L’orchestre à part, ok. Magoyond fonctionne à quatre, et il est hyper important de se dire que si chacun fait quelque chose de son côté, ce n’est pas du Magoyond. Ça devient du Magoyond quand on travaille ensemble. Vito va travailler sur des riffs très rentre-dedans, Aspic sur les orchestrations, moi j’apporte en effet le côté textuel, narratif. J’écris des speaches pour que cette chanson soit plus dans telle ambiance ou tel esprit. Nobru, le batteur, s’occupe de toute la partie rythmique, et c’est en mettant tout ça en commun qu’on parvient à créer nos chansons. 90% du final proviennent de ce travail collectif, 10% par magie, au mix, en tranchant sur des idées parce qu’on n’arrive pas à se décider ou que c’est un peu compliqué… A un moment, ça peut coincer… C’est aussi ça la beauté de ce groupe parce qu’on fait tout ensemble.

Tu viens de dire « j’écris des speaches ». Te considères-tu plus comme chanteur ou comme narrateur ?

Eh bien, tu l’as dit : narrateur ! J’écris des histoires et je suis venu à la chanson parce qu’il fallait bien que quelqu’un chante mes textes… Au début de Magoyond, j’écrivais des chansons un peu humoristiques et je me suis dit que j’allais m’y coller, mais sans aucune prétention. Sans jamais avoir pris un cours de chant de ma vie, sans connaitre le solfège… après, au fur et à mesure des albums, j’ai compris que le projet prenait de l’ampleur et j’ai dû m’y mettre, très sérieusement. J’aime bien cette image du passeur d’histoires. D’ailleurs, je considère nos albums et nos chansons comme des nouvelles, des petites nouvelles dans une grande anthologie du fantastique, de l’horreur, comme tu veux, et j’en suis le principal conteur.

Aujourd’hui, je considère vos histoires plus comme du fantastique mais il peut y avoir, à l’avenir, des situations plus horrifiques…

Oui, c’est ça, en effet !

Cette évolution de l’histoire nous amène à l’organisation d’un voyage et vous avez des idées assez délirantes avec notamment cette carte d’embarquement qu’on retrouve dans le CD… Il est censé y avoir combien de voyageurs dans ce Zeppelin ?

Il y en a 10.000 – il n’y a pas 10.000 cartes d’embarquement, mais dans l’histoire on embarque 10.000 zombies de Necropolis avec nous. Peut-être qu’on en perdra en vol, on en récupèrera certainement d’autres en cours de route (il rit). Mais c’est ça qui est intéressant : on peut tout faire. Ce que tu soulignes, là, c’est vrai : on aime travailler les artefacts et quand on fait des produits dérivés, quand on travaille l’ambiance, l’immersion, vu qu’il y a deux graphistes dans le groupe, dont moi, c’est hyper jouissif de créer des artefacts qui auraient tout à fait pu se trouver dans cet univers. Un peu à la manière de Harry Potter ou du Seigneur des anneaux, on est bercés dans cette pop culture. Donc on crée des éléments graphiques qui rattachent directement aux chansons. Plutôt que d’avoir un t-shirt de groupe ou un décapsuleur ou autre, dès qu’on crée quelque chose, ce sera relié à notre univers, à une chanson. Et ça nous permet d’être palpable, les chansons prennent vie et ça va dans le processus de narration.

Ca se retrouve également sur votre site avec du merch qu’on n’a pas l’habitude de voir…

Oui, parce que, grâce à notre métier, on sait fabriquer des objets. L’idée pour moi, et pour l’équipe, c’est de pouvoir proposer des choses que les gens n’ont pas l’habitude de voir avec un très bon rapport qualité/prix. Et nous, ça nous permet, dès qu’on a une idée un peu et qu’elle est un peu farfelue, de se dire « est-ce que c’est réalisable ? Et pourquoi pas ? » Une petite parenthèse : vu la thématique du dernier album, Zeppelin, une de nos compagnes nous a suggéré l’idée de faire un passeport à faire tamponner lors des dédicaces en concert, avec un tampon différent pour chaque endroit où on va. Eh bien, plutôt que de faire des dédicaces sur un bout de papier comme ça, à l’arrache, on l’a matérialisé sur un passeport hyper immersif, passeport de Necropolis avec les tampons… Quand les gens viennent nous voir, on marque la ville, la date… Plus qu’une simple réflexion sur les produits dérivés, on se demande comment aller encore plus loin pour surprendre et pour que les gens adhèrent…

Justement, quels sont vos projets de concert pour défendre Zeppelin ?

On en a fait pas mal entre la fin et début pour commencer la promo de l’album. Tous étaient sold-out, c’était super, mais je ne te cache pas que, étant un groupe indépendant sur Paris, sans label et sans tourneur, ce n’est pas facile d’avoir des dates mais on se débrouille quand même. Prochainement, on va jouer en Belgique et puis il va y avoir quelques festivals cet été, le Volcanic Fest, Lyon, Lille, et d’autres dates. On aimerait plus défendre notre musique sur des grandes scènes, mais les places sont chères… Donc on va où le vent nous porte.

Tu disais que dans le groupe il y a deux graphistes. On sait qu’un groupe de rock ne vit pas de sa musique, quelles sont vos autres activités hors Magoyond ? Je crois qu’Aspic est totalement engagé dans la musique… On ne parle pas de l’orchestre, encore une fois !

Non, bien sûr, mais l’orchestre, c’est en effet le travail d’Arnaud – Aspic – qui est musicien professionnel, il consacre sa vie à ça. Il est bassoniste baroque, il a son orchestre baroque avec qui on a collaboré pour Zeppelin. Victor – Vito – est chef opérateur pour la télé, donc on fait nos propres images aussi bien en papier qu’en vidéo. Nobru et moi, nous sommes directeurs artistiques, moi, en free-lance. On arrive à coordonner nos emplois du temps puisque dans le groupe il y a des intermittents et que nos statures nous laissent un peu de place pour la création et notre projet qui prend de plus en plus d’ampleur. Quand tu vois nos quatre profils, on est presque une agence… On pourrait travailler pour Magoyond comme on le ferait pour un client professionnel ! On aime créer nos propres images, on le fait pour des gens – je le fais dans la pop culture, j’accompagne des groupes de musique, des gros projets de la pop culture, des youtubeurs, la télé… On a ce sens de la création et… on est bien tombés !

Revenons un peu à la musique, comment décrirais-tu la musique de Magoyond, notamment celle de Zeppelin, à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout ?

C’est une question difficile, parce qu’il y a plusieurs styles… Je dirais d’abord qu’on se rapproche du metal symphonique. On a pleins de codes du genre mais on n’en est pas, on est assez avant-gardistes dans notre manière de composer avec, à la fois, du metal moderne, du symphonique, du cabaret metal. Souvent, quand on dit « cabaret metal », les gens int des images en tête… Le style qui n’est pas du tout référencé en France mais qui nous caractérise, c’est du cinematic metal, qui te fait avoir des images en tête. On en trouve beaucoup en Europe du Nord et aux Etats Unis, mais pas trop en France.

Zeppelin a la particularité d’être composé de deux parties : six chansons – ou six narrations – et leurs versions instrumentales. Maintenant, si tu devais ne retenir qu’un seul des morceaux de cet album pour expliquer l’esprit de Magoyond aujourd’hui, ce serait lequel ?

Alors, je vais te citer le morceau que le public a posé en figure de proue de Zeppelin, c’est Pavillon noir. Ce n’est pas forcément ce qu’on avait prévu, même si c’est très difficile d’imaginer un seul titre… Pavillon noir a cette particularité d’être une peu consensuelle, d’avoir un refrain fédérateur, un gros riff, elle est dans le format de 3’30 qui passe bien partout, elle surfe entre le côté metal moderne et les aspects un peu plus symphoniques des refrains, donc je pense que c’est une bonne manière de présenter un one-shot de tout ce que Magoyond peut faire. A la base, j’aurai voulu te dire We come in peace qui se rapproche beaucoup de l’aspect théâtral, grandiloquent, mais il faut croire que Pavillon noir a su atteindre le public.

Maintenant, on l’a vu tout à l’heure, trois années séparent Necropolis de Zeppelin. Comment analyserais-tu l’évolution de Magoyond entre ces deux albums ?

Zeppelin a été vraiment pensé pour le live, pour que les chansons soient vraiment scandées, chatées, pour quelque chose qui soit plus direct. Necropolis, on a pris notre temps, c’est la première fois qu’on découvrait l’orchestre symphonique, le chœur, des morceaux plus lents, plus énormes, et c’est ce que certains peuvent nous reprocher en écoutant Zeppelin, « il manque un petit ingrédient ». Mais je pense que Zeppelin est plus efficace, plus rentre dedans. Necropolis est un album qu’on aime beaucoup, qu’on va continuer à jouer longtemps, mais il est moins un album de live. Aujourd’hui, on a trouvé une recette et tous les morceaux qu’on va faire évoluer dans cette veine-là, notre style s’affine.

Tu parles d’évolution ; comment travailles-tu ta voix qui est naturellement grave, profonde, mais il y a beaucoup de choses dans ta narration. Tu as une technique particulière ?

Depuis Zeppelin, j’ai un coach vocal pour tout ce qui est saturation et calage de la voix. Il y a des choses que je ne maitrisais pas forcément avant. Je fais du théâtre depuis qui j’ai 7 ans, je viens de la série audio et de la radio, où on apprend à jongler avec sa voix. C’est pour ça que dans Magoyond il y a ce « parlé-chanté » qui est une zone de confort pour moi. Je connais peu le chant, je le découvre encore après des années. Par contre, prendre des voix, incarner des personnages, c’est quelque chose que j’aime beaucoup faire, et donc, on cherche, on regarde ce qui fonctionne ou pas… Certaines choses sont très naturelles, d’autres sont très compliquées à sortir.

Au-delà du fantastique dont nous parlions avant, quelles sont vos inspirations aux uns et aux autres ?

Je ne vais pas parler pour le groupe, mais nous avons tous un trait commun : des groupes qu’on écoute beaucoup comme Periphery, Tesseract, ou plus récemment Sleep Tolen ou Spiritbox qui nous rassemble. Pour les plus anciens, il y a la base d’Iron Maiden, Dream Theater, Aerosmith ou Sash, qui restent communs à tous. Après, on est tellement éclectiques que chacun a ses références. Aspic, qui est dans la musique baroque, a suivi un enseignement très strict et a des références que nous n’avons pas. Là où nous nous retrouvons tous, c’est la musique de films… Je pourrai te citer Hans Zimmer, John Williams, la BO de Matrix aussi. On s’est rapproché de ses groupes qui ont un fond très moderne, et on essaie de nous rapprocher de ça tout en gardant des codes « à l’ancienne ».

Cet Ep nous invite à un voyage, même à une fuite (il confirme). Tu disais avoir déjà un an d’avance, alors, la suite va ressembler à quoi et vous la prévoyez pour quand ? Dans trois ans ?

Pas forcément… Le format Ep nous intéresse beaucoup, plus que le format album qui est aujourd’hui un peu désuet, les labels sortant des singles et Ep à foison, l’album n’est finalement qu’un… assemblage de tout ce qui a été fait avant. On ne sait pas si on va continuer ce voyage sous la forme d’un Ep ou de petites capsules. Mais je sais déjà où on arrive et ce n’est pas qu’à un seul endroit. Necropolis nous a permis de partir, de prendre la fuite, mais on va probablement arriver n’importe où sur la planète et pas qu’à un seul endroit. Chaque chanson pourrait être à un endroit différent ou, si on fait un Ep, on pourrait se concentrer sur un endroit du monde… On a beaucoup d’idée, nous devons aussi nous structurer d’un point de vue musical. Avant, on était un peu bloqués, d’un point de vue narratif on pouvait difficilement faire des chansons avec des consonnances asiatiques ou africaines… ça aurait été bizarre alors que là, on pourrait très bien avoir du metal tribal à la Sepultura ou d’autres choses plus asiatiques, tout simplement parce que notre Zeppelin nous permet de nous déplacer n’importe où sur la planète. L’avantage, aussi, c’est qu’on ne sait pas si on va découvrir des gens qui ont, eux aussi, subi l’apocalypse ou n’ont pas encore été touchés. Cette ouverture, je la trouve fantastique parce que je peux tout écrire, on pourra se retrouver sur des endroits, des zones particulières… On pourra aussi traiter du zombie vaudou, le zombie originel qui pourra nous amener en Haiti. On a des personnages forts, et j’ai bien envie de voir à quoi va ressembler Magoyond dans quelques années. Je pense que ça va être intéressant !

J’espère que tu n’es pas le seul à avoir envie de voir où sera Magoyond dans quelques années ! Je pense que votre style reste particulier, on accroche ou pas, mais je crois que le public qui accroche reste fidèle.

On le voit beaucoup et je pense que tu as raison.

Autre chose que je remarque, c’est le côté monochrome de chaque pochette d’album : dans les tons gris/noir pour Kryptshow, marron pour Necroplois et violet pour Zeppelin. J’imagine qu’il y a là encore une volonté du graphiste ?

C’est vrai, chaque album a sa couleur, camaïeu. C’est un peu l’héritage un peu rétro, certains albums de Maiden, par exemple, avaient une couleur dominante. Nous, on conçoit nos albums et les illustrations comme une gamme de couleur qu’on fait évoluer, tel un camaïeu. Je pense que c’est l’héritage Maiden – tu sais qu’ils ont ressortis tous les albums et sur la tranche tu vois Eddie, un peu comme la collection des James Bond ou d’autres (NdMP : on pourrait citer Saxon et son aigle, Megadeth et Vic Rattlehead ou encore Scorpions et sa signature…). Quand tu prends le CD, tu sais qu’il fait partie d’un tout, et j’imagine nos albums comme ça. Il y a un dégradé de couleurs qui se fait assez naturellement, et on sait déjà que le prochain sera dans les tons bleus… ce qui en dit un peu plus sur la suite… C’est un peu gratuit. C’est beau, ça nous plait et on voit les époques. C’est d’ailleurs pour ça que quand on a refait Pandemia, notre premier album, qui était un peu vert, pas assumé, on l’a refait bien vert, acide comme on l’imaginait. Mais à l’époque, on n’avait pas les ressources pour le faire. On a édité une nouvelle version vinyle, ce qu’on n’avait jamais fait. Le financement participatif de Zeppelin nou s a permis de faire un sacré record et dans les paliers qu’on a débloqués, on s’est offert la réédition en vinyle collector de Pandemia. On a donc fait refaire l’illustration et on plus assumé les couleurs, le côté « comics », et là il rentre plus dans la collection.

Tu parles de Pandemia, votre premier album… Il y a eu une évolution du line-up de Magoyond au fil des ans, line-up aujourd’hui stable. Si tu devais réenregistrer un de vos albums avec le line-up actuel, ce serait lequel ?

Mmmhhhh… Eh bien je pense que ce serait Kryptshow, avec un orchestre, en ajustant quelques petits détails sur certaines chansons. Les chansons ont été composées entre 2012 et 2019, donc il y a déjà eu des évolutions, mais je pense que cet album, avec un orchestre comme on le fait aujourd’hui, ce serait top. Pandemia est beaucoup trop dans son jus, trop jeune, même si on trouve des éléments qu’on retrouve aujourd’hui, mais il part un peu dans tous les sens !

Pour terminer, si tu devais imaginer une devise pour Magoyond, ce serait quoi ?

Une devise… Ah, c’est pas facile comme question… Je dirai, c’est une anthologie de la fin du monde. Comme les Contes de la crypte ou les Chair de poule…

GRANDMA’S ASHES et SUN live à Paris (L’Élysée Montmartre, le 28 mars 2026)

Que de chemin parcouru depuis notre première rencontre il y a trois ans après leur passage au Hellfest! Après une signature chez Verycords et un nouvel album dans la foulée, elles sont retenues pour animer au travers de deux titres la cérémonie des Foudres au Bataclan en 2025 et bien que n’ayant que deux albums à leur actif, les filles de Grandma’s Ashes s’offrent maintenant une vaste tournée en France et ailleurs qui passe par l’Elysée Montmartre parisien. Un pari audacieux mais visblement payant puisque la salle est correctement remplie avec pas loin de 1.000 spectateurs.

Levo Evolove @L’Elysée Montmartre, Paris

Comme sur quelques autres dates, ce soir c’est Sun qui a la charge d’ouvrir les hostilités. Quoique… l’affiche locale annonce une « performance » de Levo Evolove, drag king comme il se nomme. La dite performance se résume à une chanson visiblement en playback, un blabla et la lecture de son téléphone pour annoncer Sun. Bref, tout sauf une « performance » mémorable, un moment dont on aurait pu se passer, même.

Levo Evolove @L’Elysée Montmartre, Paris
Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Enter donc Sun qui vient livrer ici sa Brutal Pop. Dès son arrivée, voilée dans sa robe en crinoline, on sent qu’on va vivre un grand moment. Si elle reste quelque peu immobile durant le premier titre, c’est pour mieux se déchainer sur sa guitare et à son micro dès qu’elle tombe voile et lunettes noires. Et là, une heure durant, entre changement de voix radical en un clin d’œil et harangue de la foule, Sun voit rapidement le public lui manger dans la main.

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Accompagnée d’un batteur qui martèle des rythmes aussi dansants qu’endiablés et un bassiste qui ne tient pas en place, Sun, si elle tarde un peu à s’adresser au public, devient très communicative expliquant ici qu’un gars lui a piqué la notion de Brutal pop qu’elle a inventée, là son expérience à Barcelone avec un moshpit au milieu duquel quelqu’un dansait la macarena, là encore elle explique le titre John and I (money), l’histoire d’un mec qui la suit partout…

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Jouant avec sa longue et blonde chevelure qu’elle fait voler au vent, Sun enchaine les titres aussi variés qu’enjoués lorsqu’elle aperçoit dans les premiers rangs du public des pancartes sur lesquelles on peut lire de simples « Merci Sun ». Elle en pour présenter et remercier ses musiciens et les personnes qui l’accompagnent dans cette aventure qu’on espère voir perdurer. Une première partie comme celle-là, on s’en souvient longtemps. Une future grande, très grande, à suivre de très près. Elle se rend rapidement après son set au stand de merch où une longue queue se forme pour échanger quelques mots. Elle y restera toute la soirée – en tenue de scène, svp!

Sun @L’Elysée Montmartre, Paris

Le changement de plateau se fait rapidement, des panneaux de bandes en plastique rouge prenant place de chaque côté de la scène et des chaînes tombant du plafond. Grandma’s Ashes a aussi envie de marquer les esprits avec une scène travaillée. Et, au regard de la tournée à rallonge, les trois vont certainement voir leur fan base s’agrandir encore!

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Le style musical de Granma’s Ashes est bien différent de celui de la première partie. Evoluant dans un registre plus grungy et alternatif, le trio se montre très appliqué. Eva Hägen (chant et basse) séduit tout de suite avec son timbre de voix particulier, haut, parfois enragé, à d’autre moments plus mélancolique tandis que Myriam El Moumni reste concentrée sur sa guitare et que, perchée sur une belle estrade, Edith Séguier frappe ses futs avec précision.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Au gré des titres, toutes trois se détendent, viennent chercher le public, se montrent complices en riff et en idées. Myriam sourit à certaines remarques d’Eva, toutes deux investissant rapidement chaque espace libre de la scène.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

En une heure de temps – certes une durée un peu courte pour une tête d’affiche – Grandma’s Ashes délivre un set varié et puissant. Un seul moment m’a moins séduit, lorsque, sur (je crois) Army of me, reprise de Bjork, Eva s’empare d’un micro vocodé qui modifie, inutilement, son chant en ajoutant de désagréables échos. Mais pour le reste, une bonne dizaine de titres (tout Bruxism y passe, seul Aside est extrait de leur premier album, This too shall pass), les filles se montrent simplement impeccables.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Le concert se termine, après les remerciements d’usage au label (Verycords « qui nous a signées alors que personne ne s’intéressait à nous »), à leur manageuse (Angela Druffin de NRV Promotion) qui les accompagen et les soutient depuis le début, avec le retour, en ombre caché derrière un pare-vue rouge, de Levo Evolove qui les rejoint pour un dernier titre.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Si on peut reprocher un léger manque de lâcher prise, l’enjeu d’un tel concert, dans une salle aussi prestigieuse que l’Élysée Montmartre doit être générateur de pression. N’empêche, dans son style, Grandma’s Ashes a ce soir également marqué de nombreux points et il semble évident que nous entendrons de plus en plus parler de ce trio féminin, engagé et enragé.

Grandma’s Ashes @L’Elysée Montmartre,Paris

Merci à Marine Honoré (Veryshow) et Angela Druffin (NRV Promotion) d’avoir rendu ce report possible

NO TERROR IN THE BANG: Existence

France, Metalcore (Klonosphere, 2026)

No Terror In The Bang, c’est un patronyme adapté d’une réplique de Sir Alfred Hitchckok qui affirmait qu' »il n’y a pas de terreur, seulement son anticipation » sous entendant que c’est chacun qui créé ses peurs et ses angoisses. Le groupe français du même nom a bien compris le principe et dès le premier grognement de Moon pourrait laisser penser que Sofia Bortoluzzi, la chanteuse, va dégueuler sa haine tout au long des 5 titres de cet Ep. Mais, non, il n’en est rien, quand bien même la vocaliste semble très inspirée par des Alicia White-Gulz (désormais ex-Arch Enemy) ou, plus encore sans doute, Tatiana Shmayluk (Jinjer). Le metalcore proposé par le groupe (également composé des guitaristes Etienne Cochin et Clément Bernard, du bassiste Brice Bouchard et du batteur/clavieriste Alexis Damien) navigue entre ombre et lumière, tendresse et virulence tout au long des 5 morceau de cet Ep vivant simplement nommé Existence. Un clin d’œil au monde actuel sans aucun doute. Efficace de bout en bout grâce à des morceaux courts et directs (de 3’16 à 4’31), Existence se veut tout simplement explosif, vindicatif et sans compromis. De ce point de vue, c’est réussi!

KORBO: Amnésiste

France, Metal progressif (Autoproduction, 2026)

Second album des progueux parisiens de Korbo, Amnésiste se veut une œuvre ambitieuse. très ambitieuse même. Avec ses 5 titres pour une durée totale de quelques 42′, on sait qu’on est dans l’univers du metal progressif avec tout ce que cela peut comporter. Composé de Aaron Djélà (chant et guitare), Léa Périgois (guitare), Tim Ansuz (basse) et Gabriel Jaboulay (batterie), le quatuor explore des univers aussi variés, denses et musicalement riches que torturés et sombres. pas étonnant quand on comprend que le thème de l’album traite de la maladie d’Alzheimer. Démarrant de manière assez soft avec une sorte de crissement mélancolique, Néant monte en puissance avant d’alterner avec des temps plus calmes allant même visiter la guitare hispano. Certaines intonations vocales m’évoque le NFL d’Anthrax tandis que les guitares, lorsqu’elles reprennent de l’ampleur me rappellent Maiden ou Metallica. Seulement voilà: si musicalement Korbo se veut irréprochable, ses compositions à tiroirs, faisant souvent le grand écart entre rage et calme plat, s’adressent avant tout, comme très souvent dans ce genre musical, plus à des musiciens ou musicologues qu’à de simples amateurs – dont je fais partie – qui vibrent plus avec des morceaux concis et directs. La palette musicale est ici si variée qu’il faut de nombreuses écoutes pour entrer dans ces univers torturés. Ensuite, le chant d’Aaron, s’il colle sans doute au thème, m’est difficilement supportable. Plaintif, souffrant, pas toujours clair – je n’ai réalisé qu’au second titre, Sans maintenant, le plus court, aussi (4’23), qu’il chantait en français! – il manque de rondeur et de puissance, cherchant parfois des effets « artistiques » auxquels je ne suis pas sensible (la répétition de « Si je ne sais pas alors j’inventerai » sur le morceau titre, par exemple). Enfin, la production assez étouffée ne parvient pas à vraiment apporter à chaque titre l’ampleur et la générosité voulue par le metal progressif. Les amateurs du genre y trouveront certainement de la matière car il y en a tout au long de cet album riche, intense et calme à la fois, plein d’envie et de volonté. Mais, à de rares exceptions, je n’ai jamais été fan de metal progressif trop intellectualisé pour mes oreilles. Pas pour moi, je passe…

Interview: HOLY FALLOUT

Interview HOLY FALLOUT. Entretien avec Paul Girardot (chant, guitare), propos recueillis le 13 février 2026

Paul, c’est la première fois que nous échangeons, commençons par une question classique : quelle est l’histoire du groupe ?

Holy Fallout s’est formé en 2018 et, comme beaucoup de groupes, il y a eu des changements de line up. La formation actuelle existe depuis environ deux ans maintenant. Il y a Flo à la guitare, Matt à la basse, Adrien à la batterie et moi au chant et à la guitare. On a un peu redirigé le style global de la musique, c’est-à-dire qu’on a commencé vraiment dans le prog et on conserve ces racines-là tout en, progressivement, nous en éloigner.

Comment décrirais-tu la musique de Holy Fallout à quelqu’un qui ne vous connait pas, justement ? Pour l’inciter à vous découvrir.

C’est marrant parce que c’est un peu ce qu’il s’est passé lors d’un concert du côté de Nantes : dans le public, il y avait des gens qui n’écoutent pas du tout de metal et qui ont apprécié ce qu’on fait. Je dirai que c’est une porte d’entrée au metal, quand on n’en écoute pas, dans le sens où… Pour moi, on fait du metal alternatif : on a une base metal, un son metal et des ingrédients mais on n’est pas non plus dans ce qui se fait de plus extrême. On mixe divers éléments, du rock, de la pop, parfois un peu d’électro à une base metal. C’est ce qui nous défini, je pense.

J’ai même détecté quelques influences rap…

Ouais, ça, c’est quelque chose qui vient du neo metal ! On en est tous un peu client, c’est ce qui a marqué notre adolescence. Je continue d’en écouter, je trouve que c’est un style qui est assez riche, tu mets autant Rammstein que Marilyn Manson dedans, c’est la première hybridation du metal avec une musique plus mainstream…

Dans ma chronique, je fais aussi une comparaison, pour le début de votre album, avec un autre groupe plus ancien, Headcharger. Vous avez des affinités avec cette formation ?

Pour tout te dire, on a découvert cette ressemblance avec a chronique. On connaissait ce groupe de nom, mais on n’a jamais… J’en ai écouté dernièrement parce qu’on participe à une compétition sur Twitch, le metal combat, et pour la phase des poules 3, une partie du jury a aussi trouvé qu’on avait quelques ressemblances avec Headcharger. Personnellement, je ne trouve pas du tout. Eux, il n’y a pas de samples, on est moins sur le neo metal… Vocalement, c’est possible, d’autres personnes du groupe ont écouté et m’ont dit qu’il y a quelque chose dans la voix. C’est marrant cette ressemblance, tu n’es pas le seul à nous en parler, je crois qu’il y a eut 2 chroniques qui l’ont noté, et le Metal Combat… On nous a même dit que ce serait bien de nous éloigner de cette influence alors que… ce n’est pas du tout une influence !

Après ce premier titre, vous vous éloignez de cette ressemblance. Quelles sont vos influences aux uns et aux autres ? Il y a du neo metal, de l’extrême, et du prog, OK…

On balaie pas mal de styles du metal, du prog à l’extrême, mais il n’y a pas que ça, en fait… Il y a du prog, Haken, Leprous ou même Dream Theater, que je n’écoute plus trop mais c’est le genre de groupe qui façonne ta manière de réfléchir, de composer. On écoute un peu de classic rock, du rock progressif comme Pink Floyd ou Steven Wilson. Personnellement, j’écoute un peu de rap, de jazz, de la musique de films… C’est très vaste, on écoute beaucoup de choses différentes.

Comment vous organisez vous pour la composition ? L’un de vous arrive-t-il avec une base ou est-ce plus un travail collectif ?

Il y a une base : je fais des maquettes, avec ou sans paroles. Après, on sélectionne les idées qui nous plaisent le plus, on les travaille individuellement – le batteur va refaire ses parties de batterie, le bassiste pareil avec la basse… N’importe qui peut proposer ce qu’il veut et on assemble. On déconstruit pour mieux construire, en somme. Pour 404, on est partis de mes maquettes, on travaillait avec un ingé son, Dany Letouchard qui nous a enregistrés et a produit l’album. Il avait lui aussi son mot à dire et a proposé quelques choses. On a eu une oreille externe au groupe et il a fait partie de l’aventure. Parfois, tu es le nez dans le guidon et tu ne vois pas le choix le plus judicieux. Il nous a bien aidé pour ça.

Pourquoi ce titre, 404 ?

J’aime bien ce côté un peu simpliste dans un titre mais qui peut aussi être bourré de significations. La première qu’on connait, c’est bien sûr l’erreur 404 en informatique, le néant… Et je trouvais intéressant de mettre ça en rapport avec notre société actuelle qui devient de plus en plus « technoïsée », on est de plus en plus tributaires de ces outils que nous créons au point de nous effacer devant… Nos téléphones portables, les réseaux sociaux qui prennent de plus en plus d’importance. Ne faisons-nous pas une erreur en leur accordant autant de place ?

Quel parallèle y a-t-il entre ce titre et l’illustration de couverture. On voit que c’est une mer déchainée, mais tournée à 90°, on peut y voir un géant de pierre, une montagne qui s’effondre…

Cédric Balait, notre graphiste, a son atelier, et on lui a passé les maquettes, qu’il a écoutées pendant des semaines et il est arrivé avec cette idée, nous disant « voila ce que ça m’inspire ». Quand tu es au beau milieu de l’océan, tu peux avoir ce sentiment d’être perdu. Quand tu retournes la photo, tu peux y voir autre chose. On aime beaucoup ce côté minimaliste, c’est une photo, mais ça fourmille d’idées et chacun peut y voir différentes choses !

Comment analyserais-tu l’évolution de Holy Fallout entre vos deux albums ?

On est dans des formats un peu plus courts, des morceaux un peu plus… « classique » dans les structures avec toujours ce point commun de chercher l’émotion, de chercher ces ascenseurs qui sont un peu notre marque de fabrique. Le côté doux et violent à la fois, on le retrouve dans les deux albums, mais les morceaux sont maintenant plus taillés pour le live. On prend beaucoup de plaisir à jouer et je pense que ça se ressent dans le public. On essaie de proposer quelque chose d’unique, avec des barres LED, on cherche à illustrer nos morceaux…

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de 404 pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Holy Fallout, ce serait lequel ?

Crippled, je dirai. C’est le morceau d’ouverture, et c’est pas pour rien qu’il ouvre l’album. Il est rentre-dedans et il a aussi ce côté un peu… un peu plus original et fouillé. Il y a un travail sur les voix. Un mec nous a dit « c’est Pentatonix qui rencontre Sepultura ». Il y a effectivement un travail sur les voix avec un coté très rentre dedans. C’est difficile de résumer un groupe à un seul morceau, on n’a pas envie de se cantonner à un seul style. Tout ce qui nous plait en musique, on a envie de le faire, un peu à l’instar de Pain Of Salvation… A chaque album, ils proposent quelque chose de différent tout en étant reconnaissable. J’espère pouvoir m’approcher de cet esprit…

On sait bien qu’un groupe de rock aujourd’hui ne vit pas, ou très difficilement, de sa musique. Quelles sont vos autres activités pour subvenir à vos besoins du quotidien ?

On a des métiers à côté. Je suis prof d’anglais dans le secondaire, Adrien, le batteur, est ingénieur e électricité, notre guitariste est ingénieur dans une autre boite, Matt, notre bassiste, travaille à l’usine mais je ne sais plus quel poste… On a tous de l’alimentaire à côté.

Quelle pourrait être la devise de Holy Fallout ?

Il y en a plusieurs, dont une qui me vient en tête… C’est plus une private joke, mais on la trouve assez incroyable. C’est « une seule issue ». C’est un groupe qui s’appelle Seuil d’Alerte qui utilise ça. Il y en a une deuxième, plus en rapport avec notre côté humain, c’est « quand tu tombes de cheval, il faut remonter en selle ».