Pumpkins United: HELLOWEEN live à Paris (Zénith Paris la Villette, le 15 novembre 2017)

Les fans le savent et attendaient cet événement depuis longtemps: le retour de Michael Kiske, le second chanteur mais celui qui a vu la carrière du groupe décoller, et de Kai Hansen, premier chanteur guitariste, dans la famille Helloween. Mieux encore, les deux ex ne prennent la place de personne puisqu’ils viennent compléter le line up composé depuis des lustres par Andi Deris (chant), Mickael Weikath et Sascha Gerstner (guitares), Markus Grosskopf (basse) et Dani Löble (batterie) pour un spectacle à 7 visages. On le sait depuis quelques temps, les chanteurs alterneront entre duo/trio et parties individuelles, pour le plus grand bonheur de tous.

Personne ne sait encore s’il une première partie est prévue. En arrivant sur place, le public découvre un Zénith en petite configuration, et un gigantesque backdrop célébrant cette réunion. Le concert n’est pas complet mais il y a suffisamment de monde pour que la soirée soit chaude. le temps passe, et il est clair que Helloween sera seul ce soir. Pas plus mal avec un concert annoncé de près de 3 heures… Plongée dans le noir à 20h, la salle résonne d’une ovation publique et des premières notes de Halloween. Séparés par la batterie, les deux chanteurs ne tardent pas à utilisée l’avancée de scène, accompagnés de Kai Hansen, où, sans surprise, ils reçoivent une ovation explosive. Les enfants prodigues sont de retour, et la famille se réunit rapidement autour, affichant – ce qui sera une constante – une complicité retrouvée. Les photographes ne savent plus où donner de la tête tant il y a de monde sur scène… Ces mêmes photographes vivent même une petite galère, les consignes données aux agents de sécu changeant d’un agent à l’autre: « vous pouvez rester », « non, la sortie, c’est ici… Ah, ben, en fait, vous pouvez rentrer avec vos pass photos, mais de l’autre côté » « Non, ici, sans billet, vous n’entrez pas… » Bon, les gars, vous avez le choix: gradins ou fosse? » Ce petit intermède nous fait rater 3 chansons, mais, allez, ça fait partie des gentilles galères. Merci, Fabienne de nous avoir fait, finalement, entrer!

 

Les 7 sur scène donnent rapidement l’impression non seulement d’avoir, en vrai pros qu’ils sont, trouvé leur marques, mais aucun des musiciens ne cherchent à s’imposer. L’esprit de groupe, ce soir, a éjecté royalement égos et conflits d’intérêts. Tous affichent une belle complicité et une réelle joie d’être là.

En fond de scène, un écran diffuse des animations de circonstances, citrouilles, Dr Stein et autres créatures, dont le duo de citrouilles déconnantes Seth et Doc qui animent les divers intermèdes du set. Nombreux, d’ailleurs, ces intermèdes cassent un peu le rythme mais avec un show aussi long, les musiciens ont sans doute besoin de souffler et de récupérer au calme.

L’un des moments forts arrive rapidement, Kai Hansen se posant devant son micro pour interpréter, en compagnie de ses anciens compères, 3 titres des débuts de Helloween. Autant dire que le public est aux anges avec ce triptyque composé de Starlight, Ride the sky et Judas (encore un titre d’actualité tellement nos politicards puent à travers le monde), suivis de Heavy metal (is the law). Un grand moment salué comme il le mérite !

Le décor est à la fois sobre (une citrouille découpée et des marches de part et d’autres de la batterie), tandis que les lumières sont remarquables et parfaitement réfléchies pour mettre en valeur tous les musiciens à tour de rôle – ni trop ni trop peu – et chaque chanson bénéficie d’un traitement spécifique. Le moment calme voit Sasha Gerstner accompagner, seul, Deris et Kiske sur les ballades Forever and one et A tale that wasn’t right avant que les hostilités ne reprennent avec le très enjoué et optimiste I can qui précède un superbe solo de batterie. Dani Löble frappe ses fûts quelques minutes avant que l’écran ne projette les images d’une main glissant une VHS dans un magnétoscope. Su la tranche est inscrit « Ingo drum solo ». Ingo Schwichtenberg est, lui aussi, à l’honneur ce soir grâce à ces images d’archives qui deviennent le prétexte d’une bataille de batterie entre Ingo et Dani. Beau, impressionnant et, surtout, émouvant.

Why ? est sujet à un petit moment de flottement lorsque Kai Hansen s’approche de Michael Kiske, vraisemblablement pour lui dire qu’il chante un ton trop bas, ce qui fait rire le chanteur qui se reprend vite avant le retour de Deris pour un Soul survivor d’enfer. C’est le seul titre, d’ailleurs, qui voit ces 2 mots (Soul et Survivor, pour ceux qui ne suivent pas…) projetés en fond de scène…

Juste après Power, Andi Deris se fend d’un petit speach avant d’introduire How many tears chanté à 3 voix. Sur les côtés de la scène, je remarque les secouristes qui s’affairent, tentant apparemment d’extraire un slammer mal tombé. Il y en a peu, ce soir, et les agents de sécurité sont gênes par la disposition de la scène…Les choses semblent bien se terminer. Reste que How many tears ressemble à s’y méprendre à un final. Mais non, c’est trop tôt… Pourtant, non, Helloween quitte la scène et revient pour un premier rappel.

C’est Kiske qui s’y colle pour un Eagle fly free bienvenu, suivi d’une joli « accusation » : « ce morceau dure 15’… C’est Michael Weikath qui en est coupable » introduisant l’intégrale de Keeper of the seven keys. Un vrai grand moment de concert durant lequel le chant est partagé judicieusement. Et c’est fini… Jusqu’au retour du susmentionné Weiki qui se fend d’un joli solo et, ce qui n’apparaît pas sur les concert précédent, un bel extrait de Blue suede shoes. Enfin, final dantesque, Future world est explosif, autant que le public sur I want out, message à peine nécessaire après près de 3 heures d’un show qui se conclue avec des cotillons et confettis.

Ce soir, Helloween était au mieux de sa forme. Dommage que le public ne fut pas plus nombreux, mais c’est ainsi. Les présents ont passé rien moins qu’une des meilleurs soirées de l’année. Ni plus, ni moins. Superbe !

 

Merci à GDP, Olivier Garnie, Fabienne et Roger Wessier d’avoir rendu ce report possible.

ANNIHILATOR: For the demented

Thrash, Canada (Silver lining, 2017)

Annihilator n’a pas dit son dernier mot. ça sonne comme une conclusion? Ben oui, et alors? A la première écoute, ce For the demented, nouveau disque du groupe de Jeff Waters me semble plus efficace que le précédent opus studio, Suicide society, trop orienté Megadeth et Metallica. Ici, Waters se concentre sur ce qu’il sait faire de mieux: du thrash old school, aux rythmes endiablés. Forcément, on trouve des traces de ses mentors, mais pas que: certaines (rares) ambiances évoquent même Ghost, c’est dire! L’ensemble est compact, brutal et direct, tout au long des ces 10 morceaux d’une puissance sans pareille. dernière tournée et sur Triple threat, CD/DVD paru l’an dernier. Bien sûr, s’il chante toujours « à la » Mustaine, il semble avoir beaucoup progressé et gagné en confiance. PLutôt que de courir derrière la perle rare, autant se faire confiance, non? D’autant plus que ses accompagnants prennent un certains pouvoir, notamment Fabio Alessandrini qui s’impose comme un des meilleurs batteurs de sa génération. Mais non! Un coup d’oeil aux crédits montre qu’une fois encore, Jeff Waters s’est chargé de tout, jusqu’à la programmation de la batterie… Et ses rythmes son épileptiques et accompagnent merveilleusement un ensemble syncopé, digne d’une crise cardiaque. Vous voulez savoir? Ça sent le Hellfest à plein nez, tant ça cartonne de bout en bout… On en redemande!

CYLEW: Mot3l

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Cylew fait partie de ces groupes qui apportent une véritable crédibilité au rock français chanté en anglais, trop souvent décrié chez nos voisins anglo-saxons en premier lieu. Tout est pensé pour faire mouche. Le titre de cet album: Mot3l. Avec un 3 en guise de E comme « 3ème album » ou « 3 membres du groupe ». Cylew a déjà publié deux albums, Not so sleeping not so beauty en 2008 et Black lace prophecy en 2012. Mot3l nous offre une variété de tons, entre rock déterminé et balade romantique, avec quelques escapades du côté de la cold wave, de la soul et du rock US version LA. Rien que de très normal quand on sait que la chanteuse franco américaine, Lady Cylew, a grandi dans la cité des anges. Ce qui explique aussi cette diction anglaise sans reproche. La simplicité reste maitresse de l’oeuvre, et, comme tout acte simple, ce qui en ressort, c’est l’efficacité, le plaisir de donner et d’écouter. C’est tendre, rock, lumineux, envoûtant. Bref, on le (je me) laisse tomber sous le charme de ces instant sobres (Western sky, Sun), soul (Like a flare), simples et moqueurs (Take it all) qui égrainent cet album tout en finesse et détermination suave et veloutée.

Convaincus? Alors, pour ceux qui le pourront, rendez vous au Dr Feelgood des Halles (rue Quincampoix, à Paris) pour la realease party qui se tiendra le 15 décembre.

ATTRACTION THEORY: Principia

Metal, France (MII, 2017)

Certains ont pu découvrir Attraction Theory début janvier 2017, sur la petite scène du PMFF VI. Il aura donc fallu à Didier Chesneau (ex-Headline) près de 10 mois pour nous offrir ce Principia, premier opus du duo qu’il forme avec Constance Amelane qu’on avait pu découvrir au micro de Women In Iron Form lors d’un précédent PMFF, et qui a également tenu le micro au sein de Whyzdom… Cet Ep est en réalité plus un single agrémenté de titres bonus puisqu’il ne contient que 3 morceaux originaux, The Eye et Attraction Theory, auxquels le groupe (on retrouve le bassiste de Headline Christophe Babin, ainsi que le batteur John Macaluso) ajoute Silent signs, écrit par Sylvie Grare, chanteuse de Headline, et l’un des tubes de Mike Oldfield, To France, ainsi qu’une version alternative des 2 premiers morceaux originaux. L’ensemble est – naturellement – produit de main de maître par Didier Chesneau et est un appel à découvrir un album complet pour mieux pouvoir juger de la capacité de séduction publique d’Attraction Theory. Pour l’heur, le duo/groupe, nous propose un rock pêchu, à mi chemin entre prog et metal, avec de jolies et puissantes mélodies. Des débuts prometteurs dont vous pourrez bientôt découvrir les dessous, Didier nous ayant tout dévoilé lors d’une récente interview.

Interview: VANDENBERG’S MOONKINGS

Interview VANDENBERG’S MOONKINGS : rencontre avec Adrian Vandenberg (guitares). Entretien mené le 26 octobre 2017 chez Gibson France, Paris.

Quand on vous demande en dernière minute si vous souhaitez faire l’interview d’un de vos héros d’adolescence, vous dites quoi ? Absent depuis 4 ans, Adrian Vandenberg vient assurer le service après vente du nouvel album de son Moonkings. Bavard ? Oui, et vous saurez tout sur ce nouveau disque

 

metal-eyes: Adrian, nous nous étions rencontrés lors de la sortie du premier album de Moonkings, comment te portes-tu depuis 4 ans ?

Adrian Vandenberg: Vraiment bien, et les choses s’améliorent de jour en jour parce que la date de sortie approche ! Nous allons, d’ici deux semaines, commencer la tourner, et nous avons hâte. Il y a eu des retards pris pour cet album, que j’espérais pouvoir publier il y a un an et demi, mais tu sais, on fait tous ces plans, et ça change tout le temps… Mais ça arrive !

metal-eyes: Le groupe lui-même a conservé le même line-up, cependant. Comment vous êtes vous occupés tout ce temps ?

Adrian Vandenberg: D’abord, on a donné beaucoup de concerts. Nous avons commencé à tourner juste après la sortie du premier album, en Europe, au Japon, et l’an dernier… Ce qui nous a mis en retard… J’ai contracté la maladie de Lyme, et il m’a fallu un an et demi pour m’en remettre. Une tique m’a mordu à la jambe. C’est une situation de merde parce que tu te sens fatigué, un peu ailleurs. Je suis vraiment heureux de m’en être débarrassé, beaucoup de personnes n’y parviennent pas. Ça m’a retardé, ainsi que tout le groupe. Tout : le studio, les répétitions, tout s’est rallongé. Mais au final, c’est une bonne chose parce que juste avant d’entrer en studio, j’ai pu écrire deux de mes chansons préférées de l’album, Walk away et If you can’t handle the heat, et elles ne se seraient pas retrouvées sur l’album sans ça…

metal-eyes: Vous avez soutenu le premier album sur scène. Quels sont tes souvenirs du concert parisien ?

Adrian Vandenberg: C’est une des plus belles salles que j’ai pu voir, le Divan du monde et sa déco unique des années 30. Ces canapés, et tout… C’était super. En réalité, nous voulions donner plus de concerts en France mais la tournée à commencé avant la sortie de l’album. Personne ne savait à quoi s’attendre, alors pourquoi booker des concerts ? Ce sera de l’instrumental, du rock ? Qui sait ? Maintenant, ce sera plus facile parce que le premier album a reçu un accueil fabuleux, et le nouveau, les gens se disent « ah, Vandenberg ? Il lui a fallu des années pour revenir, qui sait s’il ne lui faudra pas encore 30 ans pour revenir ? » (rires). Ce sera plus facile maintenant, avec le succès du premier album, d’organiser plus de concerts en France et ailleurs.

metal-eyes: Maintenant que les membres du groupe se connaissent mieux, y a-t-il eu des changements dans votre façon de travailler en studio ?

Adrian Vandenberg: D’une certaine manière, car nous nous sommes rapprochés en tant que groupe, grâce à tous ces concerts que nous avons donnés ensemble. On n’a pas vraiment beaucoup répété, ce que je souhaitais éviter pour ne pas trop « polir » les chansons. Ce que tu entends sur l’album est très dynamique et spontané. En réalité il y a quelques jams sur ce disque. Cet esprit me manque et je crois qu’il y a une raison pour laquelle les gens retournent vers la musique de Led Zeppelin, Free, tout cet esprit 70’S. Si tu écoutes leur musique chez toi, au casque, tu te retrouves en studios avec ces musiciens. Cette spontanéité, cette vibration me manque depuis… 25 ans, depuis que la musique est devenue un business, la musique de nombreux groupe est devenue, également, plus linéaire : tu entres en studio avec un super producteur, il y a toute cette technique pour que tu puisses réaliser un album « parfait », ce qui n’est pas, selon moi, ce que doit être un disuqe de rock. Il doit y avoir du feeling, de bonnes chansons, ce que je crois que nous faisons. Les qualités de musicien, que ce soit dans un groupe comme le notre ou ces groupes que les gens redécouvrent, il y a de très bons musiciens. Tu peux te fier à leur maitrise de la musique, tandis qu’aujourd’hui, c’est tellement facile pour un groupe médiocre d’enregistrer un bon album en se reposant sur la technologie. Ca explique aussi pourquoi beaucoup de gens sont déçus quand ils voient un groupe live : ils jouent avec un disque dur. Les groupes les plus populaires ont 80% de leur musique sur un disque dur, c’est un spectacle de marionnettes. Je fais partie de la vielle école : le show auquel tu assiste ce soir sera unique, tu n’en verras pas un second identique. Ce sera différent le lendemain : le public est différent, tu n’es pas dans le même état, la salle est différente… Rien ne peut être pareil. C’est plus aventureux, tu comprends ?

metal-eyes: Certains des grands groupes aujourd’hui, c’est vrai que tu les vois sur une tournée, tu n’as pas de surprise sur la suivante, même si le décor est différent. Parlons un peu de Mark II : pou moi, il semble qu’AC/DC a rencontré Whitesnake, Led Zeppelin et Jimi PaHendrixge, et toute cette vague vintage. Qu’avez-vous mis dans ce disque ?

Adrian Vandenberg: Quand j’ai lancé Moonkings avec le premier album, je me suis rendu compte que je voulais éviter de me coincer dans l’esprit des morceaux à succès que j’avais écrit dans les années 80, à cause de leur succès. Avec Vandenberg ou Whitesnake… A chaque fois qu’un label s’immisce dans le processus, ce qui est normal puisque c’est leur business. Mais en tant qu’artiste, tu veux éviter cela. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons signé avec Mascot, le premier label avec lequel j’ai discuté. Le patron du label m’a dit : « j’ai suivi toute ta carrière, tu n’as jamais fait un mauvais album. Avec nous, tu peux réaliser le disuqe que tu veux, personne n’interférera ». C’est plutôt un bon début, non ? J’ai donc réalisé le disque que je souhaiterai acheter – si, dans mon cas, je ne l’avais pas gratuitement (rires) ! Nous nous sommes vraiment concentrés sur la spontanéité, la dynamique. C’est la première chose qui frappe, plus que la technique, ou les capacités des musiciens. Si tu écoutes un vieil album des Stones, personne ne peut dire s’ils sont bons musiciens ou pas… Il y a du danger, une attitude, et si tu lisses trop le son, ce que j’ai vécu dans ma carrière, tu peux  te dire que la démo sonnait mieux. C’est dommage. J’ai aujourd’hui assez d’expérience pour savoir comment éviter cela. N’en fais pas trop en studio, laisses assez de place en studio pour les tripes… On n’a répété juste avant d’entrer en studio, à la dernière minute ou presque. Il y a beaucoup de spontanéité dans de nombreuses chansons, jouées sans filet. On n’a pas vraiment réfléchi, pour certains titres, à comment les terminer, on a joué et… Il s’est passé ce qu’il s’est passé, tout simplement ! The fire  ou If you can’t handle the heat se sont terminées en sessions jams dans le studio, comme dans les 70’s. J’en suis très fier ! J’ai dû les écouter 1000 fois, et elles me font toujours le même effet. Une chanson doit tenir d’elle-même, ensuite, en studio, c’est du bonus…

metal-eyes: Si la structure est solide, tu peux faire ce que tu veux autour…

Adrian Vandenberg: Exactement, tu peux en faire une chanson country ou pop, si tu veux ! Un bon refrain est très important… Je suis un grand fan des Beatles et… Les gens vont me tuer pour ça, mais je respecte aussi beaucoup Abba : ces gars faisaient de la pop mais avec tout ce qu’il faut. Tu peux en tirer une chanson de hard rock si tu veux ! Love runs out, sur notre album, et personne ne s’en est rendu compte, est une reprise d’une chanson de One Republic. On en a fait une chanson de Moonkings. La raison pour laquelle nous l’avons reprise est parce qu’une émission de télé hollandaise nous a demandé de jouer live. L’idée est de jouer un de tes titres et une reprise, à ta manière. C’était difficile parce qu’ill y a beaucoup de rap… Et j’ai entendu cette chanson de One Republic et j’ai réalisé que c’était presque une structure blues, et il n’a pas été trop complexe d’accélérer le tempo. On voulait que ce soit un titre bonus pour le Japon, qui veut toujours un peu plus… Mais quand Mascot l’a entendue, ils l’a voulaient sur l’album. Je leur ai dit que c’était à eux de se débrouiller avec les Japonais, je ne veux rien avoir à faire avec àa. Et je trouve qu’elle a toute se place sur l’album.

metal-eyes: Selon moi, Jan a, par instants, de plus en plus d’intonations à la David Coverdale. Vous en êtes vous rendu compte ?

Adrian Vandenberg: Pas forcément plus sur cet album que sur le précédentn d’ailleurs. Il a certains héros, et David en fait partie. Jan a 40 ans, et lorsqu’il était ado, il avait ses idoles : Robert Plant, Roy Rogers, Coverdale, Chris Cornell, Ray Gillan de Badlands, et aussi Rod Stewart, celui des débuts…

metal-eyes: Que des voix puissantes…

Adrian Vandenberg: Oh, oui, très puissantes, et il a ce type de voix. Chacun a un certain timbre, et ça ne change pas. Le sien peut évoquer David Coverdale, et même s’il chantait une chanson des Beatles, on entendrait ce timbre. C’est ainsi. Ce dont je suis ravi, c’est que, pour cet album, Jan a gagné en assurance. Il chante ces chansons avec plus d’assurance que sur le premier album. Il n’a pas chanté pendant deux ans. Sur le premier album, je l’ai beaucoup coaché pour qu’il se libère, et là, il est arrivé avec plus de certitudes. Une autre différence : sur le premier album, le chant a été enregistré avec un micro à 30.000 euros. Vintage… Il se tenait devant, et je me suis rendu compte que Jan… En tant que chanteur, tu ne dois pas te sentir vraiment à l’aise avec ça, pas en tant que chanteur de rock. Là, on a utilisé un micro bien moins cher, le genre qu’on utilise en radio. Il peut supprimer un maximum de sons d’arrière plan. Lors d’une émission de radio, tu écoutes l’animateur, tu n’as pas envie d’entendre les tasses de café dans le fond. Jan le tenait comme s’il chantait live, tu vois la position du chanteur de rock sur scène ? Je savais qu’il se sentait bien plus à l’aise. La différence entre ce micro et un micro à 30.000 euros s’entend dans son chant.

metal-eyes: Ca a donc changé son comportement lors de l’enregistrement.

Adrian Vandenberg: Absolument, c’est exactement ça.

metal-eyes: Comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre ces deux albums ? AU début, vous ne vous connaissiez pas beaucoup, depuis vous avez tourné, 4 années se sont écoulées…

Adrian Vandenberg: Je me suis rendu compte après les quelques premiers concerts, nous partagions tous le même bus et chaque soir je sentais que nous nous rapprochions, que nous pouvions compter les uns sur les autres. Par exemple, notre premier gros festival en Hollande se tenait devant 50.000 personnes. Les gars n’avaient jamais joué devant plsu de 100 personnes (rires). Et là, ils se retrouvent face à plusieurs milliers de spectateurs, sur une scène de 80 mètres de large, et je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais ils ont agi comme s’ils avaient fait ça toute leur vie. Et soudain, ma guitare est tombée en panne, 4 fois. Il y avait un problème technique ou je ne sais quoi, et face à ce type de problème, un tiers du son qui disparait… Ils ont agit de la seule manière possible : en jouant les mêmes mesures, en occupant la scène, et le public s’est rendu compte que je ne pouvais rien faire. Ils ont vraiment assuré ce jour là. Aussi, je me demandais comment Jan allait s’en sortir vocalement live, car en studio il peut monter ou descendre, et il s’en est parfaitement sorti aussi. Maintenant, on est devenu si proches que quand il y a un problème, ce qui arrive naturellement de temps à autres, tu sais que les autres vont rattraper le coup. Et aussi, on a le même type d’humour, alors quand on va donner un concert, on passe toujours de bons moments. Tout le monde est détendu, il n’y a pas de drogues, ni d’alcool, ce qui est vraiment chouette et bien. Il n’y a pas de mauvaises surprises.

metal-eyes: J’ai vu la video de Tightrope, tournée en festival. Vous avez déjà interprété ce titre en festival ?

Adrian Vandenberg: Oui, nous l’avons jouée lors des 3 derniers festivals qu’on a donnés. Le public aime avoir un avant gout de ce qui arrive. Nous ne l’avions répétée qu’une ou deux fois avant, mais c’était un festival de taille moyenne, et ça nous a donné des repères.

metal-eyes: Justement, vous prévoyez de tourner en fin d’année puis au début du printemps, y at-il des festivals européens prévus ?

Adrian Vandenberg: J’espère, j’espère vraiment que nous pourrons jouer dans les festivals en Europe et en France, il y en a un bon paquet maintenant. C’est super de jouer dans des clubs, mais les festivals permettent de toucher un vaste public.

metal-eyes: Si tu devais ne retenir qu’une chanson de MKII pour définir ce qu’est Vandenberg’s Moonkings aujourd’hui, laquelle serait-ce ?

Adrian Vandenberg: Sans hésiter The fire car elle démarre tranquillement, Jan chante avec une certaine mélancolie, et elle monte en puissance avec de gros riffs… Et à la fin, tu peux nous entends jammer, je n’en fais pas beaucoup à la guitare, je n’ai plus rien à prouver aujourd’hui. Je pense que c’est une bonne introduction au groupe. Elle montre le type de chansons que nous jouons, nos racines blues rock…

metal-eyes: Quelle pourait être la devise du groupe aujourd’hui ?

Adrian Vandenberg: La devise ? Probablement… « Jouez avec tout votre cœur, sans aucune limite. »

metal-eyes: Une dernière chose : selon toi, quelle a été la meilleur question, la plus surprenante, étonnante qu’on t’a posée aujourd’hui ?

Adrian Vandenberg: Aujourd’hui ? Mmmh… Voyons… Tu peux dire que c’est une question difficile… J’ai du mal avec ça, avec le temps, j’ai entendu tellement de questions que plus rien ne me surprend vraiment ! Olivier (Garnier) m’en a posée une bonne hier : Nous étions avec Joe Bonamassa qui se plaignait que tout le monde lui pose les mêmes questions. Et il a eu une interview juste après et le journaliste lui a demandé s’il aime Britney Spears ! Ça l’a surpris, et il a demandé dans quel sens… «  Musicalement mais aussi physiquement » Il n’a pas su quoi répondre… Et le journaliste a continué en lui demandant s’il aimait es filles, il l’a emmené complètement ailleurs ! Je ne sais pas vraiment en fait. Tu l’as remarqué, quand quelqu’un me pose une question, je l’utilise comme un cadre pour parler de l’album, du groupe et parfois, une réponse peut, dans mon cas, nous entrainer complètement ailleurs ! (rires) En fait, c’est une de tes remarques : tu es le premier à dire que la voix de Jan s’approche plus aujourd’hui de celle de David Coverdale. Je trouve qu’il s’en est éloigné par rapport au premier album, et cela montre que chacun peut entendre des choses différentes. C’est ce qui est super avec la musique. Ma sœur est une pianiste classique – j’aime beaucoup le classique, aussi – et je lui explique depuis qu’elle a commencé à jouer à l’age de 6 ans, que j’ai toujours aimé le Moonshine de Sinatra. Je la vois comme une chanson pop de l’époque : elle n’est pas compliquée mais elle a ce feeling incroyable. Ma sœur me dit qu’il y a tant d’autres morceaux plus structurés parmi ses chansons. Oui, mais je lui explique que cette chanson me touche par sa simplicité. Il y a un dicton en Hollande qui dit que dans la simplicité, le maitre se révèle. C’est pareil avec la cuisine : c’est un art, comme la peinture, la musique… J’ai un ami qui est chef, et parfois, quand on se voit, je lui apporte une bouteille de bordeaux et lui dit « prépare un repas qui aille avec ça ! » Prépare quelque chose que tu voudrais manger, en France, dans un restaurant au milieu de nulle-part. Et il trouve toujours quelque chose d’assez simple, un peu de viande, du poisson et trouve la perfection avec beaucoup de poisson…

metal-eyes: Tu parles de peinture : tu continues de peindre, j’imagine ?

Adrian Vandenberg: Je n’ai plus vraiment le temps. J’ai un peu peint digitalement, mais pas de toile… Faire quelque chose d’un peu différent, même si je ne suis pas fondu d’informatique. L’an dernier je n’ai réalisé que deux peintures  par manque de temps. Mais je vais me rattraper.

STONE OF A BITCH

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Oh, les gars, heureusement que musicalement Stone of a Bitch m’interpelle parce que le chant anglais en ferait rire plus d’un! Non, sérieusement: si on vise l’international (c’est bien pour ça qu’un groupe français chante en anglais, non?), autant se donner les moyens de ne pas se faire lapider sur la maîtrise de la langue de Shakespeare, je pense… D’autant plus que la voix de Chris Go est plus que sympathique. Cela dit, les 10 titres de ce premier album éponyme sont taillés dans un rock direct, teinté de punk, parfois un brin mélancolique. Romantisme quant tu nous tiens… Ajoutez à cela une belle dose de groove et d’impertinence, une variété de rythmes et vous aurez une petite idée de ce que vise SOAB. On notera également un livret sobre regorgeant de jolies illustrations. Un effort, et ça le fait.

TRUST live à Paris: le Bataclan, 8 octobre 2017

Pour son troisième concert de la série depuis longtemps annoncée de 5, Trust investit le Bataclan. La devanture annonce Trouble en première partie. Nom sympathique, voire prometteur qui, instantanément, m’évoque Deep Purple…

Un peu avant 19h30, Trust et son équipe montent sur scène. Bernie demande, simplement et sobrement au public encore peu nombreux de prendre la main de son voisin. « Nous allons faire une minute de silence à la mémoire de ceux qui sont tombés ici ».  Une minute naturellement respectée, puis applaudie. Sur un des retours, une bougie blanche est d’ailleurs allumée, et le restera tout au long du concert.

A 19h30, Trouble monte sur scène. Deux femmes aux basse et guitares, un gars, aux claviers. Et non… Le trio n’a rien de commun avec la légende mentionnée plus haut. Le groupe bruxellois nous propose un set new/cold wave, électro étrange mais poliment accueilli. La chanteuse communique aisément avec le public, et se met parfois à danser sans que l’on ne comprenne vraiment sur quel rythme…. Un truc dans sa tête qui fait effet, mais qui ne me touche pas du tout. A part le final de Revolution, son dernier morceau, Trouble n’est pas dangereux, et n’est pas mon truc. Passons.

Certains critiquent ce que Trust est devenu sur la base d’une prestation en demi teinte, sans superbe, au Hellfest, et d’un récent live quelque peu bousculé sur les réseaux sociaux… C’est la troisième fois que je vois Trust cette année et laissez moi simplement écrire ceci: si Trust n’est certes plus le grand groupe destructeur et dangereux qu’il fut naguère, celui des années 80, il a le mérite de ne pas proposer deux fois le même show, setlist mise à part. A Blois, Bernie était plus rappeur que rocker, enragé et engagé. Au Hellfest, étrangement réservé, sans doute parce que le show était enregistré et le temps limité. Ce soir, il est enjoué, dynamique et simplement en grande forme même si le vocaliste est plus… « raisonnable » dans sa relation avec le public, multi-générationnel mais surtout composé de sexagénaires venus saluer le mythe. Un détail me tracasse tout de même: là où, dans les années 80, Trust avait pour décor de scène un bulldozer, « symbole d’une jeunesse qui refuse vos magouilles politiques », le décor est aujourd’hui composés de chiens en peluche et d’une lampe de salon… Trust serait-il devenu un groupe pantouflard? C’était la blague que je ne pouvais rater, car, non, la tournée interminable et la pêche des frères ennemis Nono et Bernie tendent à prouver le contraire.

Mélangeant classiques (Préfabriqués, Au nom de la race, Marche ou crève, Fatalité et un plus que bienvenu Comme un damné ainsi que Certitude… solitude et l’indispensable Antisocial) à des titres plus récents (La mort rôde, Le temps efface tout) ou ceux que nous découvrirons sur le futur album (dont la sortie est désormais prévue – pourquoi? L’album est prêt – début 2018) et qui semblent prometteur d’un Trust très en forme. Il y a certes L’archange, presque un classique, qui ouvre chaque concert de ce Au nom de la rage tour, mais également le très groovy Démocrassie, ou un Exterminateur introduit par un joli discours de Bernie: « une chose est sure: nous sommes passés du stade de prédateurs à celui d’exterminateur. Ce morceau est dédié à tous les électeurs de Macron ». Euh, Bernie… Tu aurais préféré qu’on vote pour Marine? Ah, sans doute faisais-tu référence au premier tour !

En dehors de cela, il n’y a guère de saillie, Bernie est moins tranchant, moins vindicatifs que lors du concert de Blois, par exemple. L’humour est de rigueur, Bernie chariant son groupe lors de la présentation des musiciens: David Jacob, bassiste a pieds nus: « c’est ça, les bassistes, ça s’achète des instruments mais ça ne peux plus s’habiller », Christian Dupuy, le batteur: « on a adopté un enfant » (Nono avait parlé, à Blois, d’adoption de bébé), et Nono n’échappe pas à la règle, tout de blanc vêtu… La forme est là, cependant, et je ne formule qu’un regret: au regard de ce qui fut joué les deux jours précédents, la setlist ne bouge que peu. Deux-trois titres diffèrent alors que Trust aurait pu, comme l’a fait ADX lors du PMFF a chacun de ses 3 concerts en janvier dernier, proposer un tracklisting différent. D’autant plus pour ceux des fans ayant acheté les pass 5 jours proposés… On aurait bien voulu entendre des morceaux différents du reste de la tournée. L’élite est régulièrement joué, mais quid de Bosser 8 heures, Dialogue de sourds, Mr Comédie, Les sectes, Le mitard,  Paris, I shall return (plutôt que Surveille ton look). Et quid du tant décrié 4ème album? Par compromission, Idéal, Varsovie, Purgatoire? Ce disque ne mérite pas d’être oublié, mais bien redécouvert tant il recèle de pépites… Dommage, l’occasion aurait été vraiment belle d’enregistrer ces 5 concerts pour en faire un vrai document historique, complémentaire du Live Hellfest récent.

N’empêche, cela semble un choix de plus en plus judicieux que celui de faire le pari de salles de taille moyenne. La proximité avec le public est réelle, Bernie fustigeant ce soir ceux au balcon qui restent assis. « Et vous, là haut, levez vous! On est tous debout ici, c’est un concert de rock! » Trust est sans doute le groupe français qui aura, en 2017, joué – Hellfest mis à part – devant le plus grand nombre de spectateurs. Et personne ne semble pouvoir les concurrencer sur le nombre de salles visitées. Trust est en forme et ça fait plaisir à voir. Vivement le prochain album – et une autre tournée?

Ah, dernière chose: Bernie fut prompt à Blois – et sans doute ailleurs – à demander au public de regarder le concert avec ses yeux plutôt qu’à travers un téléphone. Ce soir, rien. Lassé de se répéter, le gaillard? ça ne rate pourtant pas, l’effet Antisocial, c’est ça :

La prochaine fois, tu veux rester tranquille avec tes fans, Trust? Commence avec Antisocial, ensuite on sera entre nous!

Merci à Sabrina et Veryshow d’avoir rendu ce report possible.

ANTI-FLAG: American fall

Neo punk, USA (Spinefarm, 2017)

Ils ont quoi, tous ces groupes US nés dans les 90’s qui se disent issus de la mouvance punk à nous pondre des albums aujourd’hui tout sauf dangereux? Anti-Flag semble suivre les traces des Sum 41, The Offspring ou autres Green Day. C’est efficace, certes, mais trop popisant pour être vraiment l’oeuvre d’un groupe encore en colère. Attention: le chant de Justin Shane a toujours ces intonations narquoises et irrévérencieuses, les influences punks ou ska sont bien présentes un peu partout, cependant le son est trop propre pour le genre, manque de crasse. Selon mes critères, évidemment! Les Ohohoh que l’on retrouve partout sont toutefois une invitation à faire la fête et foutre un gentil bordel. American fall est un album festif, efficace, loin du punk mais, après tout, bigrement entraînant.

Z: No loose behaviour

Hard rock, Belgique (Autoproduction, 2017)

Allez savoir pourquoi, mais Z se prononce Z-Band… Après, on va se demander pour quelle raison nos voisins belges font l’objet de moqueries… N’empêche, Z vaut le détour: le hard rock proposé par les 4 sur No loose behaviour est plein de ce feeling et de ce groove qui sont la marque des grands. Pas de chichi, la formation ne cherche qu’à faire bouger les popotins et agiter les nuques en cadences. Si l’anglais de Mr Woody au chant n’est pas toujours aisément compréhensible, ses montées dans les aigus et sa puissance font plaisir à entendre. Et là encore, le gaillard n’en fait jamais trop. Hard rock, stoner, empreint de cette efficacité 70’s, ce premier album fait mouche. Le son est gras à souhait, les mélodies entêtantes, et l’esprit est généralement old school sans être nostalgique. Z aime le bon gros rock, ça s’entend et ça décrasse. Les mecs ont la frite. Et celle-là, même si on la leur a fait 1000 fois le coup, je ne peux la laisser passer.

site web: www.z-bandofficial.com 

Interview: MOLY BARON

Interview MOLY BARON : rencontre avec Gary (chant, guitare) et Raphaël (batterie). Entretien mené le 24 octobre 2017 au Hard Rock Cafe, Paris.

metal-eyes: Moly Baron a été formé en 2015 à Paris avec des musiciens français et un chanteur guitariste irlandais. Quelles ont été les moments importants dans la vie du groupe depuis ses débuts ?

Gary: En 2014, j’ai lancé ce projet depuis ma chambre, en réalité. Il y a eu quelques démos, dont la plupart des chansons figurent sur l’album, et je me suis mis en quête de musiciens. J’ai trouvé Steven, le guitariste, puis Seb, le bassiste, et il y a 6 mois, nous avons découvert Raph, qui a été le plus difficile à trouver. Trouver un bon batteur est compliqué, tous sont musiciens de session, n’importe quel bon batteur fait des sessions… C’est difficile de trouver un batteur de ce niveau.

metal-eyes: Ce qui est un beau compliment pour Raphaël.

Gary: Oui, bien sûr ! Il y a eu deux grandes réalisations jusqu’à aujourd’hui : finir cet album, ce qui nous a demandé à peu près 3 ans – nous avons tous un boulot au quotidien. Ensuite, être capable de chanter sur cet album. Je ne suis pas chanteur, je n’ai jamais eu l’intention de chanter. Il a fallu tellement de temps pour trouver un chanteur que je m’y suis mis.

metal-eyes: Ce qui signifie que trouver un bon batteur est plus facile que de trouver un bon chanteur ?

Gary: Euh… probablement, oui. J’ai donc chanté, ce qui a été une grande découverte. Nous avons donc fait cet album et c’est extraordinaire de le savoir publié. La seconde vraie réalisation est d’avoir joué à l’Elysée Montmartre en ouverture des Psychedelic Furs. J’étais si nerveux ! C’est à peu près tout, dans la mesure où on n’est exposé que depuis 5 ou 6 mois…

metal-eyes: Raphaël est dans le groupe depuis seulement 6 mois ce qui explique que vous ne soyez que 3 sur le CD et 4 sur votre site web.

Gary: Exactement. Raph est arrivé après. Quand on a enregistré l’album, j’ai programmé toute la batterie, tout y était, mais ça ne semblait pas naturel. J’ai donc cherché un batteur de studio, que j’ai trouvé à Nashville. Je lui ai envoyé toutes la programmation et il a tout rejoué. Raph a un style différent, et pour moi il est bien meilleur que ce batteur de session : il est plus lourd, a un feeling différent.

metal-eyes: Pour moi, la musique de Moly Baron mélange la mélodie du rock avec la lourdeur du metal, l’émotion, la mélancolie du blues. Comment décririez-vous la musique de Moly Baron, et qu’y mettez-vous ?

Gary: C’est assez difficile d’être objecif avec ta propre musique… Je pourrais la décrire en citant des noms de groupes. Nous incluons un peu de Metallica, dont j’ai toujours été fan, U2 aussi, tu peux entendre du vieux  Muse, du blues rock à la Thin Lizzy, Led Zeppelin… Un mélange de tout ça. C’est un peu incohérent mais pour certains, c’est assez sympa de changer de registre. Tous ces groupes que j’ai cités, et Rage Against The Machine, Red Hot Chili Peppers… sont de grosses influences. Mais j’imagine que si tu mélanges tout ça, le résultat est assez original aussi. Je crois qu’on a le son de Moly Baron.

metal-eyes: Ca sonne aussi familier à mes oreilles que différents, parce que toutes ces influences sont présentes. Je n’ai pas pris le temps de lire les paroles. De quoi parlez-vous, même si un titre comme Fear is better business than love parle de lui-même, ne parlez-vous que de ce qui se passe  dans le monde ?

Gary:  Je n’écris jamais les paroles avant, et je ne voulais pas sonner comme quelqu’un de prétentieux qui a un « important message ». J’ai vraiment écrit en fonction de ce qui me parlait : les élections américaines l’an dernier, c’était dingue… L’abus de pouvoir des grandes corporations, des médias qui diffusent leurs messages, à gauche comme à droite, ce qui est vraiment décevant. La seule manière d’avoir de l’information, de la vraie information, est d’aller sur le net trouver des médias indépendants. La plupart des gens ne font pas cet effort, allument simplement la télé, regardent les chaines nationales comme la BBC ou CNN, sans se rendre compte que c’est de la propagande d’Etat. J’ai écrit en fonction de l’époque et des événements que je vivais, et ça se ressent aussi dans la pochette, un peu dingue. Tout traite de perdre sa conscience, son esprit critique.

metal-eyes: Un fait qui remonte loin…

Gary: Ca a toujours été… George Orwell et 1984. Le morceau Incognito est quelque peu basé sur 1984, c’est la dernière chanson que nous ayons composée. Je devenais dingue, il fallait qu’on termine ce truc ! Je ne sais pas comment décrire ça : je me sentais comme emprisonné à la fin !

metal-eyes: Tu parles de George Orwell, qu’en est-il de Ray Bradubury et Fahrenheit 451, le fait de brûler des livres, détruire la culture ?

Gary: Tu sais ? C’était le nom de ma dernière entreprise, « 451 » ! (rires) C’est en rapport, mais loin de moi l’idée de marcher sur les plates bandes de quelqu’un avec un message… Ce qui s’est produit avec cet album était naturel, ça s’est fait comme ça. Peut-être que l a prochaine fois je parlerais d’environnement ou je ne sais quoi…

metal-eyes: Raphaël, comment as-tu intégré le groupe ? Tu peux répondre ne français, si tu le souhaites

Raphaël: Non, je vais répondre en anglais (note: l’interview se déroule en anglais et Raph, batteur français, répond en anglais de bout en bout. Bel effort et bel esprit !) Depuis que j’ai 14 ou 15 ans, j’ai toujours cherché à jouer au sein d’un groupe parce que c’est le meilleur moyen de s’améliorer musicalement. C’est mon rêve : j’ai vraiment envie de devenir musicien. Je n’ai jamais eu l’opportunité de rencontrer d’autres musiciens. Mes amis n’écoutent généralement pas de metal via des sites web et annonces. Il y a 6 ou 7 mois, j’ai vu sur un site l’annonce de Moly Baron qui était si professionnelle, j’ai su que je voulais jouer avec ce groupe, c’était un vrai défi. Je les ai contacté, on a fait une audition et j’étais assez stressé car je n’ai jamais joué avec un clic ou des samples. Je me suis lancé et il semble qu’ils aient apprécié mon style !

Gary: Je peux raconter une anecdote ? Avant qu’il n’arrive, nous avions rencontré un de ses… pas amis mais collègues de cours…

Raphaël: En fait, j’étudie au conservatoire de Paris, e un des élèves de ma classe de batterie a aussi contacté Moly Baron. On ne se connaissait pas, et quelques jours avant l’audition, on a échangé : « oh, je vais passer une audition avec un groupe, Moly Baron. – Ah, toi aussi ? »… On n’était pas en compétition mais on a joué comme on joue d’habitude et c’est à eux de décider.

Gary: Le premier qui est venu a joué et on s’est dit « chouette, c’est lui, nous l’avons trouvé. » Nous n’avions pas encore rencontré Raph et on se disait « oh… faut qu’on aille voir cet autre gars ! On vient de trouver notre batteur… » Raph est arrivé et on s’est dit « Merde ! Il est meilleur ! » Nous étions ravis de n’avoir pas annulé !

metal-eyes: J’imagine… Quel a été, pour chacun de vous, votre premier choc musical ? Le groupe ou le musicien qui vous a fait dire « voilà ce que je veux faire ! »

Gary: Si je remonte très loin, je dirais Bon Jovi. Slippery when wet, j’adore cet album. Ensuite c’est Metallica et …And justice for all. J’adore Harvester of sorrow, Blackened… Ca m’a soufflé comme jamais ! Je me suis dit, à ce moment là : « C’est ça que je veux faire ! » Pas Bon Jovi, vraiment plus Metallica !

Raphaël : The White Stripes. Ce n’est pas compliqué mais c’est si puissant ! Le chant, les guitares, il y a tant d’énergie que j’ai été vraiment emporté. J’écoute tous leurs albums depuis que j’ai… 7 ou 8 ans.

Gary: J’imagine un gamin de 7 ans écouter The White Stripes ! Pour nous, ils sont arrivés largement après nos 7 ans ! Ils ont commencé quand ? En 98 ?

Raphaël : Michel Gondry a réalisé certains de leur clips, dont Fell in love with a girl, je ne sais pas si tu le connais, il est entièrement fait avec des Lego. Je regardais ça quand j’étais vraiment jeune, toute la journée, et… Waow ! C’est ce qui a tout déclenché.

metal-eyes: Vous prévoyez de tourner un peu maintenant que le groupe est au complet?

Gary: On a quelques concerts prévus, et le but de cette journée promo est aussi de pouvoir en faire plus. On espère, maintenant que l’album est sorti, pouvoir nous concentrer sur les festivals d’été mais aussi aller en Allemagne et au Royaume Uni, des lieux où nous devons concentrer nos efforts si nous souhaitons grandir. C’est plus compliqué en France. Si tu crois en ta musique, tu peux réaliser des choses. Mais si personne n’en parle, si personne n’écoute ce que tu fais…

metal-eyes: Si vous deviez ne retenir qu’une chanson de ce premier album pour définir ce qu’est Moly Baron, ce serait laquelle ? En tant qu’auteur et en tant que nouveau membre ?

Gary: Laisse-moi réfléchir… Sans doute… Incognito : elle a une allure rock traditionnelle avec un riff final très thrash, cette sorte de voix mélodique et ces décors sonores divers, un peu comme Brian Eno. Un peu étrange, mais il y a une belle variété dans cette chanson. Et le chant n’est pas évident. On doit garder cette chanson pour la fin de nos concerts tellement ça use ! Il y a aussi ce groove funky, et ce solo très blues. Oui, Incognito est ma chanson !

Raphaël: Une qui représente bien Moly Baron est When darkenss holds : elle mélange toutes les ambiances sombres du metal avec des parties mélodiques, de belles harmonies. Même si ma chanson préférée est Incognito. On compose de nouvelles chansons, plus agressives qu’avant.

metal-eyes: Quelle pourrait être la devise de Moly Baron ?

Gary: Notre devise ? Oh, mon Dieu ! Ouf… Aucune idée… « Rock Metal Groove Paris Dublin » ? (rires) C’est dur, mec ! C’est la question la plus difficile de la journée !

Raphaël: Aucune idée…

metal-eyes: On y reviendra… Tu viens de dire que c’était la question la plus difficile du jour, mais quelle a été la meilleure, la plus surprenante ?

Gary: Oh… Merde, quelqu’un m’a posé une question aujourd’hui, je n’arrive pas à m’en souvenir !

Raphaël: J’en ai une : quelqu’un m’a demandé quelle œuvre d’art, hors musique j’ai apprécié récemment. Je trouve que c’est très intéressant parce que tu peux aborder différents arts : la peinture, la culture, la littérature qui expriment des émotions que tu peux ressentir. J’ai vraiment apprécié cette question.

Gary: Il y a eu un tel déluge de questions aujourd’hui que je ne parviens pas à m’en souvenir.

metal-eyes: C’est le genre de question qui te force à repasser la journée…

Gary: Je suis sûr que dès que tu vas partir je vais m’en souvenir ! Il y a eu de très bonnes questions aujourd’hui, celle-là en fait partie. Vos questions n’ont pas été répétitives, ce qui est une bonne chose. Parfois, on répond aux mêmes choses toute la journée, mais ce ne fut pas le cas aujourd’hui. J’ai apprécié.

Raphaël: Je reviens à la devise : « Exprime tes sentiments »

metal-eyes: Merci pour cette interview, j’espère qu’on vous verra bientôt sur scène !

Gary: Oh, oui. Le 16 décembre à Paris, au Batofar, et d’autres dates suivront. Merci à toi !