ULSTER PAGE: Memory

Rock, France (South Line records, 2017)

Ulster Page… Un nom qui sonne comme un appel à la mémoire de l’IRA, à une période pas si lointaine qu’on espère pourtant révolue de guerres fratricides. Un nom qui sonne comme celui d’un groupe irlandais. Et pourtant… Ils sont Français. Après un premier Ep paru en 2015, Ulster Page s’attelle à la conception de cet album mémoire, et nous offre aujourd’hui un recueil de 10 chansons brutes et taillées à même le rock. La production sèche et claquante, fait bien ressortir les influences 90’s, à une croisée rock, noisy et grunge. Memory se veut un album direct, sans concession, et le travail de mémoire est volontaire et réfléchi. Peut-on parler de concept? Sans doute à la lecture des textes qui raconte un épisode de l’histoire qui sonne d’une cruelle actualité.

DEMENTIA: Persona

Metal, France (Autoproduction, 2017)

Introduit par Blur – rien à voir avec le groupe – une sorte de complainte mélancolique, Persona prend tout son envol dès le bien nommé Speedball. Francis Caste, magicien des manettes, gourou de la prod hexagonale, est, encore une fouis parvenu à obtenir le meilleur des musiciens de Dementia, qui restent cependant producteurs de leur projet. Enregistrés aux studios sainte Marthe entre mars et avril de cette année, les 14 titres chantés dans un anglais très honorable et avec une rage salutaire, font la part belle à l’énergie, la puissance d’exécution et la mélodie. Persona est un album qui sonne résolument moderne, qui puise cependant dans l’histoire du metal, du hard rock et du prog; c’est ce qui fait la force de ce disque, une belle introduction à l’univers sonore de Dementia, pas si dément que ça! Une alliance savamment orchestrée, une exploration de sons et d’horizons variés qui se laisse écouter sans sourciller.

HOWLIN’ MACHINES: Fever

Hard rock, France (Autoproduction, 2017)

Qui peut nier que la scène hexagonale est active? De plus en plus de (bons) musiciens s’adonnant au plaisir de former un groupe, il n’est guère étonnant de trouver au milieu de cette foultitude innombrable de petites pépites prenant la forme de jolies promesses. Originaire du sud de Paris, de Villeneuve Saint George dont on évitera la confusion avec le fameux nuit du même saint, Howlin’ Machines est le fruit de la réunion en 2015 de copains de lycées; deux années de travail plus tard, le groupe nous offre ce premier Ep. Des jeunots, donc, et ça donne quoi? Bien que jeune, ça sent l’amour des anciens, AC/DC première période et le hard rock naissant en tête, un soupçon de blues, du Stooges d’Iggy Pop ou  du Motörhead aussi. Le son  de Fever, leur premier Ep (avec 7 titres, on pourrait parler d’album, non?) est oldie, volontairement, les guitares saturées et le riff simple et direct – certains appelleraient ça du stoner…. Howlin’ Machines ne s’encombre pas de fioriture et reste terre à terre. Dans le bon sens du terme, car le trio n’en fait jamais trop, tout au long des 7 titres qu’il nous propose (un petit travail sur l’anglais, correct mais pas au top, sera cependant à envisager.) C’est simplement chantant et entraînant. En concert, ça doit être  genre brut de décoffrage, super efficace!

BULLRUN: Dark Amber

Heavy Metal, France (Autoproduction, 2017)

Franciliens d’origine, le trio de Bullrun (eh oui, ils sont trois à se réunir en 2011: au chant et à la basse: Rémy Gohard – pseudo? – à la guitare, Gaël Berton, et à la batterie, Mark Dezafit) fait ses premières armes à Orléans, qui n’en avait pas demandé autant! Largement influencés par les géant du genre que sont Motörhead ou Metallica – influences évidente à l’écoute des compos – le groupe peaufine son identité et propose aujourd’hui Dark amber, un premier Ep de 6 titres libéré au mois d’avril dernier. Premier constat, plus que la marque Metallica, c’est l’empreinte vocale de James Hetfield qui rappelle l’influence des Horsemen, et ce dès The devil in me. C’est puissant, direct, et l’anglais est plus que maîtrisé. Les morceaux qui suivent tiendront-ils la distance? On est en droit de se le demander… Si, musicalement, She’s coming se démarque avec une approche plus saccadée, la ligne vocale est similaire, et c’est dommage. Mais c’est le seul bémol que je trouve ici…  Faster than light s’enfonce dans un heavy 80’s mélodique et efficace en diable dont on note ce refrain très (trop?) chantant. Highway glory fait en revanche secouer les cheveux et taper du pied, et le groove imparable de Burn fait bouger le popotin. Reste le morceau éponyme qui clôt ce premier Ep pied au plancher. Dark amber est une grosse surprise (le gros son bien crade est à noter) qu’on a plaisir à écouter et réécouter. Pigé? Tout plein d’infos à découvrir sur www.bullrunofficial.com et sur facebook.com/bullrunofficial.com

 

FESTIVAL INTERCEPTOR : Rencontre avec l’orga

Pour la première fois, la ville de Bordeaux va accueillir le nouveau festival Interceptor. Du 6 au 8 octobre, ce sont donc trois jours de rage et de fureur qu’on nous promet. Avec une affiche globalement orientée metal extreme – mais pas que – le festival se déroulera en deux lieux distincts: le Rockschool Barbey, incontournable salle d’une capacité de 700 personnes et, à quelques pas, le Void, qui peut accueillir 200 spectateurs. un peu de marche et d’air frais dont nous avons voulu nous entretenir avec les organisateurs. Nous avons donc rencontré Matt, maître du Rockschool Barbey et de sa programmation.

Vous l’aurez remarqué, l’Interceptor se commence un jeudi. Pourquoi ce choix? « On avait plusieurs solutions. Mais on a pensé qu’en faisant ce festival vendre à dimanche, le public pourrait avoir une barre pour reprendre le boulot le lundi. En commençant le jeudi, ceux qui viennent peuvent prendre deux ou trois jours de congés et reprendre le travail tranquillement le lundi ». Sur que vu sous cet angle, c’est plus jouable, surtout à cette période.  D’autant plus si l’on pense à l’hébergement ddes efstivaliers non locaux. « On a envisagé de demander à faire un camping en centre ville, mais ce n’est pas jouable. Alors on a recensé les différents hôtels, auberge de jeunesse… » D’accord, mais c’est situé où par rapport aux salles? « L’auberge de jeunesse – d’une capacité de plus de 150 lits – est juste à côté, on n’a qu’à ouvrir la porte et on est au Rockschool Barbey »

Un festival, cependant, c’est une affiche. Et l’on peut se demander – je ne me gêne pas pour poser la question à Matt – si, entre le nom retenu pour cette petite fête et le visuels qui évoquent Mad Max, on peut s’attendre à une déco post apocalyptique… « on n’a rien prévu pour cette année, mais les groupes qui viennent sont déjà dans cette mouvance ». Alors, justement, comment on réuni une telle affiche, principalement orientée metal extrême mais à laquelle sont associés des formations plus « soft », comme Swans ou Angel Witch? « On a commencé par contacter des groupes et d’autres nous ont demandé directement quand ils ont entendu parler de ce festival ». Cette affiche extrême rappelle quelque peu les premiers pas du Fury Fest, ancêtre du Hellfest. Interce^ptor a-t-il pour ambition de grandir comme le festival clissonnais? « Non, pour le moiment on va voir ce que ça donne, mais il y a de la place pour tout le monde. Et ce n’est pas parce qu’un festival a une marque plus extrême qu’on ne peux pas se lancer sur ce créneau ».

OK, mais une inquiétude me taraude. Rien qu’en  2017, on a vu le PMFF – réussite artistique mais catastrophe financière – un Fall Of Summer pas complet et un Ragnarock qui fait scandale. Matt n’a pas peur d’y laisser des plumes? « En fait, non, car ce festival s’inscrit dans la programmation générale du Rockschool Barbey. Si on se plante cette année, il y a le reste de la programmation pour équilibrer, même si on ne peut être sûrs de rien ».

Quand on organise un festival, il y a forcément des groupes qu’on tient absolument à voir. Quel groupe Matt est-il vraiment heureux d’avoir à l’affiche? Si on ne l’arrête pas, il les cite tous… Alors, je reformule: quel groupe ne ratera-t-il sous aucun prétexte? « Je me suis arrangé pour que tout ce qui doit être fait le soit comme il faut. Je vais tout éteindre, le portable, le talkie et me poser devant la scène et en profiter »

Vous aussi, non? Avec des pass 3 jours à 60 €, pourquoi hésiter?

Tous les renseignements sont dispos sur www.interceptorfest.com

ALICE COOPER: Paranormal

Rock, USA (earMusic, 2017)

Le chantre du shock rock est de retour. Une si longue absence de 6 ans nous sépare de la dernière offrande d’Alice Cooper qui nous offre ici une collection de 12 chansons produites par Bob Ezrin. Non content de faire appel à son vieux compagnon, Vincent Furnier incite Alice à convier de vieux potes, tels Billy Gibbons (ZZ Top) à la guitare immédiatement identifiable, Roger Glover (Deep Purple) ou le plus jeune Larry Mullen Junior (U2). Le son est limpide et met en valeur un chant qui sait se faire aussi joyeux que sombre ou inquiétant. Alice Cooper est un conteur, d’horreurs, certes, mais un conteur fantasque et hors pair qui nous invite avec envie dans son univers délicieusement malsain et gentiment gore et fait la part belle aux personnalités multiples de ce schizophrène reconnu(avec un titre comme You and all of your friends, on ne peut guère penser se cantonner à un simple Dr Jekyll et Mr Hyde…) Au gré des Dead flies, Rats, Paranormal personality, Dynamite road… on voyage au cœur même de l’histoire du rock, qu’il soit hard, simplement rock ou plus psyché, voire prog… Nul doute que Paranormal, l’album, bénéficiera d’une production scénique hors norme. Le gaillard de 70 ans est au mieux de sa forme, et ça fait plaisir à entendre! En tout cas, c’est une nouvelle belle réussite!

36 CRAZYFISTS: Lanterns

Metalcore, USA (Spinefarm, 2017)

Jamais je n’ai été un grand amateur de metalcore, ni de neo metal, les deux « étiquettes » qui collent comme de la glu au dos des Américains de 36 Crazyfists. pour son huitième méfait, Lanterns, Brock Lindow seul membre originel, semble toujours aussi déterminé. Si Death eater attque sévère, Wars to walk away from, explosif, est plus ambiancé, un signe encourageant. Mais on ne se refait pas: si 36 Crazyfists sait apporter une savante dose de mélodies à ses compos, le maître mot demeure « brutale efficacité ». Metalcore est sans doute restrictif, mais on reste dans le « core ». Même la power ballad Sea and smoke se fait brutale, contrairement à l’acoustique Where revenge ends, temps calme et doux avant le retour de la furie. Doté d’une belle production, l’album se laisse, finalement, écouter avec plasir. Même si des pauses sont, dans mon cas, nécessaires…

SMOKEHEAD: From the abyss

Heavy metal, France (Autoproduction, 2017)

Le soleil brille encore sur la côte d’Azur, d’où arrive Smokehead avec son heavy gras comme un kebab. Les guitares rugueuses et la voix puissante et étouffées – notons un chant en anglais, perfectible mais enfin compréhensible ! – les rythmes enlevés prennent l’auditeur à la gorge dès les premières mesures de The Dakota fire hole. Ca sent le soleil et le désert, sans conteste. Crave et ses « bang bang » à reprendre live est tout aussi efficace, tandis que Fire, plus ambiancé, à la basse groovy, montre une autre facette du groupe. Cette variété est promesse d’efficacité, et la suite répond à nos attentes. Rapide et direct (Black & white), lent et aérien (Would you wait for me), le clin d’oeil ensoleillé à la région d’origine (Riviera), sentimental (Desire)… Si l’on parle volontiers de Stoner – la production étouffée y est pour beaucoup – Smokehead est avant tout un groupe de heavy rock sauce metal. L’esprit US est présent et l’on écoute volontiers cet album à fond au volant sur le highway. Maintenant, qui tombe sur une photo du groupe peut douter du caractère sérieusement heavy des gaillards. Et pourtant… Laissez vous surprendre, vous ne serez pas déçus par les 14 compos de ce From the abyss plus que prometteur.

KLOGR: Keystone

Metal, Italie (Zeta factory, 2017)

Dites, Klogr… C’est toujours du neo metal qu’ils pratiquent? Parce qu’à l’écoute de Sleeping through the seasons et Prison of light, les deux premier morceaux de ce nouvel album, Keystone, on a l’impression d’avoir à faire à un trio prog metal. Ambiances recherchées et lourdeur du tempo, les Italiens ont certes mûri; cependant, que les anciens fans se rassurent, le neo est toujours d’actualité dès le brutal Technocracy. Faut dire qu’un titre pareil, ça a de quoi énerver! Ce qui conditionne la suite, naturellement. Rock et rageur, doux et dur, les Drag you back, Pride before the fall, très groovy, ou plus martial et inquiétant (Something’s in the air), démontrent que Klogr explore divers horizons tout en gardant son cap. Pas forcément mon truc, mais reconnaissons que l’ensemble se veut novateur et différent. Une curiosité, donc.

SHRAPNEL: Raised on decay

Thrash – Death melodique, Royaume Uni (Candlelight/Spinefarm records, 2017)

Je m’adresse ici, avec la plus grande bienveillance qui soit, aux amateurs de hard FM, fans de hair metal, de Bon Jovi à Ratt, en passant par Poison ou Warrant: FOUTEZ-MOI LE CAMP!!! Quand un groupe s’appelle Shrapnel, il y a guère d’espoirs de l’écouter conter fleurette… C’est tranchant, explosif et dans ta face de bout en bout. Demandez donc à Tony Stark ce qu’il en pense… Sur les 11 titres ici proposés, pas un ne cherche à lever le pied ni ralentir la cadence. On reconnait volontiers les influences des Anglais, certaines évidentes telle Slayer, Exodus, Testament, mais aussi Nuclear Assault, The Haunted, sans parler du death dans sa globalité…. Si ça ne vous évoque rien, ben, tant pis. Mais si ça vous parle, vous aurez compris qu’on évoque ici du thrash pur jus, agressif et sans concession. Le chant presque black est inquiétant, les guitares aussi explosive qu’en recherche de riff mélodique et la rythmique… Sans doute est-ce le point faible tant la double est omni présente. Les amateurs de sensations fortes apprécieront sans aucun doute, les autres prendront soit une bonne décharge d’adrénaline soit la porte. Reste qu’on ne ressort pas l’expérience indemne!