Interview: HEADCHARGER

Entretien Headcharger. Rencontre avec Sébastien Pierre (chant) et Romain Neveu (basse). Propos recueillis au Hard Rock Café de Paris le 16 février 2017

Headcharger

 

C’est au Hard Rock Café du boulevard Montmartre à Paris que les Normands de Headcharger sont venus rencontrer les médias pour parler de Hexagram, leur nouvel album que vient de sortir Verycords. Les gaillards sont en forme, fier de ce sixième disque et, lien de cause à effet ?, très bavards. Si on ne nous avait pas arrêtés, nous y serions sans doute encore !

 

Metal-Eyes : Si vous le permettez, nous allons commencer avec un retour en arrière, et revenir à Slow Motion disease qui a marqué un véritable tournant dans la carrière de Headcharger. Pouvez-vous revenir sur les raisons qui vous ont motivés à suivre cette orientation ?

Romain : L’envie d’évoluer, en fait. Avant cet album, il y en a eu trois autres, et même avant Headcharger, avec Doggystyle, qui était beaucoup plus hardcore. C’est moi qui composais à l’époque, le groupe se mettait en place… On a voulu intégrer les influences de chacun, ce qui a pris un ou deux albums. Le premier, éponyme, et le suivant, Watch the sun encore assez typé chant saturé, grosses guitares, rentre dedans. Les influences de chacun ont vraiment pu se mettre en place à partir de The end starts here, qui, pour nous est un peu le tournant musical du groupe, et qu’on a vraiment poussé avec Slow motion disease, où on est parti sur quelque chose de plus rock : le chant gueulé était encore présent mais de moins en moins. Les influences de chacun se sont imbriquées, affinées, parce qu’on se connait depuis longtemps. Et c’est la musique qui nous plaisait au fond de nous, c’est pour cette musique que nous étions fait, pas pour faire du gros hardcore. Du gros rock, du gros son, mais pas quelque chose de bourrin…

Sébastien: On a pour habitude de dire que si tu écoutes le premier et le dernier album de Headcharger, tu as un côté schizophrène qui se dégage, alors que si tu prends le premier album, puis le second, le troisième, le quatrième… il y a une réelle évolution sur chaque album et l’ensemble parait plus cohérent et compréhensible.

Metal-Eyes : C’est une évolution naturelle.

Romain : Oui, et c’est vrai que tu écoutes le dernier et ensuite le premier, tu te demandes « c’est quoi ce bazar ? C’est pas le même groupe ! ». On en est totalement conscient, mais c’est vrai que si tu écoutes tout, pas tout d’affilée parce qu’il faut un peu de temps, le procédé est, là, procédé d’assagissement, ou plutôt d’affinement de style…

Metal-Eyes : Depuis trois albums, on a vraiment l’impression que le style Headcharger est trouvé.

Sébastien: Indiscutablement, et je pense que c’est encore plus vrai avec Hexagram.

Metal-Eyes : Nous allons en parler. Mais avant : trois années séparent Black diamond snake et Hexagram, ce qui n’est pas inhabituel chez vous. Comment occupez-vous votre temps entre deux albums ? Il y a les tournées, bien sûr…

Sébastien: Tournées, et la composition. Tu sais, on a tout le temps un processus de composition assez naturel. On ne se force jamais à composer, ça vient au fil du temps… Il se trouve que pour cet album, Hexagram, le maître mot était d’être complètement décomplexés.

Romain : Se faire plaisir, faire vraiment exactement ce que l’on veut.

Sébastien: Que nous fassions un album qui nous plaise à nous avant tout.

Metal-Eyes : Ce qui est le principal.

Sébastien: Oui, mais ce n’est pas toujours évident  dans la phase de composition.

Metal-Eyes : pourquoi ?

Sébastien: Parce que tu peux être influencé par les gens que tu rencontres sur une tournée, qui te disent que ce qu’ils ont aimé sur tel album c’est tel morceau et pourquoi, et machin, et tu te dis que c’est peut-être là que le groupe peut être tiré dans ses qualités… Et je pense que Black diamond snake est encore un peu comme ça, un peu « le cul entre deux chaises » : il a un côté qui commence à s’affiner, à s’assumer, mais pas encore à 100%.

Metal-Eyes : Justement: je rapproche Hexagram bien plus de Slow motion disease de Black diamond snake à plus d’un titre : d’une part, la pochette, malgré des couleurs différentes, et la présence de rochers et d’animaux, est plus claire, plus lumineuse et rappelle les grands espaces américains. Musicalement, aussi, et vous vous éloignez du concept qu’il y avait sur l’album précédent…

Sébastien: Exactement, il n’y a pas de concept. Il y a une ligne directrice qui est la musicalité mais il n’y a clairement pas de concept album.

Metal-Eyes : Avec le recul, que pensez-vous de Black diamond snake ?

Sébastien: C’était un album de transition, et le pense que c’était assez bien vu de ta part, entre Slow motion et Hexagram. On était vraiment à une étape : d’abord, l’album a été composé sans batteur – Rudy bous a rejoints à 4 mois de l’enregistrement de Black diamond, il a donc été juste un exécutant…

Romain : Il n’a pas eu le temps d’ajuster son jeu à nous, ni nous de nous adapter à son jeu, or, pour nous, la batterie est l’élément le plus important…

Metal-Eyes : A partir du moment où la rythmique est là, la structure est en place, on peut faire tout ce qu’on veut autour.

Sébastien: C’est exactement ça.

Romain : Et pour finir avec ce que Seb disait, il y avait encore ce petit côté influençable, avec ces choses qu’on pouvait nous dire. Il y a des harmonies de guitares, des choses qu’on aime beaucoup, mais on a peut-être trop cherché à faire ce genre de chose. Du coup, c’est un album qu’on adore, mais il y a des petites choses… On n’avait sans doute pas assez recentré le débat. Avec Hexagram, on a réussi à revenir à ce que doit être Headchargher, à ce que nous devons être aussi.

Sébastien: Et Hexagram a cette force que n’a pas Slow motion qui est l’ouverture. Ouverture sur la composition, sur la production… Un truc qui fait un peu… Tu parlais de grands espace, c’est ça, un truc où tu respires, tu te dis que le groupe est bien dans ses baskets, il a envie de passer un message te tu les sens sereins dans ce message. Ils ne se posent pas de questions. Je pense que sur Hexagram, on y est. Sur Slow motion, on le sentait venir. Je pense que c’est pour ça qu’il a été aussi bien accueilli, tout le monde sentait le potentiel  qui pouvait s’en dégager et sur Hexagram, on y est.

Metal-Eyes : Donc je ne dis pas que des conneries. J’ai réécouté Black diamond snake avant de venir et je l’ai trouvé beaucoup plus sombre, moins facile d’accès.

Romain : Oui, oui, c’est vrai. Mais, le son est plus brut de décoffrage, la production est moins lisible, moins claire, et c’est vrai que c’est la grosse différence. Du coup, tu as raison, Slow motion et Hexagram, les productions sont plus claires, plus propres, plus… « à l’américaine », avec ce gros son épais mais tout est distinct. Slow motion est un peu plus brut, on voulait quelque chose de plus organique, sans trop retravailler des choses derrière.

Metal-Eyes : Comment expliquez-vous le fait de passer d’un son clair et gras, sur Slow motion, à quelque chose de plus sombre avec Black diamond, pour revenir à du son plus gras ?

Romain : Justement, on s’est toujours dit que ce serait génial de pouvoir enregistrer un album live comme à l’époque, ce que Led Zep ou plein d’autres groupes pouvaient faire.

Metal-Eyes : Si c’était le cas, vous en sortiriez deux par an…

Romain : Oui, oui, mais ce ne serait plus drôle, ce serait de la chaîne ! ce serait dommage…

Sébastien: A moins d’être au stade de génie, ce que sont ces groupes…Led Zep, Elton John, ce sont des génies. On n’est pas des génies.

Romain : Sur Black diamond, on a voulu essayer parce que, si la prod de Slow motion était grosse, il y avait aussi plus de travail de production derrière. Il aurait fallu aller un peu plus loin pour trouver cette production qu’on souhaitait, mais il nous manquait ce petit côté un peu organique. Au final, on est partis un peu trop sur Black diamond snake mais qui est cool, sombre comme tu disais. La prod d’Hexagram, c’est ce qu’on voulait : gros, épais, fat, c’est distinct, c’est  clair, mais il y a quand même ce côté organique qu’on voulait. On n’a pas eu besoin de beaucoup retravailler.

Sébastien: Et on a appris. D’abord, on a appris de nos erreurs. Ensuite, un album, c’est juste un instantané, d’un moment T. C’est un peu comme une photo, un album

Metal-Eyes : C’est ce que vous êtes aujourd’hui.

Sébastien: Exactement, et comme aujourd’hui Hexagram est un album dont on est particulièrement fier- on en est fiers tout simplement parce qu’il est assumé.

Romain : On s’était bien préparés aussi en amont.

Metal-Eyes : Justement, comment avez-vous abordé la conception d’Hexagram.

Romain : Une partie des morceaux d’Hexagram est composé de petites chutes de Black diamond. Je ne te parle pas de morceaux complets, simplement de riffs qu’on trouvait cool à l’époque mais on n’avait pas réussi à en faire ce qu’on voulait, Seb en terme de chant, nous en terme de compositions globales…

Sébastien: Et qui ne rentraient pas forcément dans l’histoire qu’on voulait raconter sur Black diamond. Tu vois, il y a des titres qu’on met de côté, pas que ce soit de mauvais titres… C’est juste que par rapport à ce qu’on voulait dire, ça ne correspondait pas. Je crois qu’il y a deux titres… On les a repris, en se disant « tiens, si on faisait ça » ; et c’est venu naturellement. Le morceau sonne différemment, et voilà !

Romain : C’est un nouveau morceau

Sébastien: Il devient cohérent, logique et fidèle au message qu’on veut donner.

Metal-Eyes : Il y avait l’idée, mais ce n’était pas le bon moment.

Sébastien: Exactement.

Romain : C’est exactement ça. Après il y a aussi les autres morceaux qui sont arrivés, on a beaucoup bossé en pré-production ; maintenant, grâce aux nouvelles technologies, on peut faire plein de choses, on s’envoie les morceaux, on peut bidouiller des choses, on écoute… 6 mois avant, on avait 13, 14 morceaux, on les a gardés jusqu’à notre arrivée en studio et il y en a d’autres… Ça se trouve, ce sera pour le septième album… Mais on savait exactement avant ce qu’on voulait. On est arrivés en studio, on savait globalement le son qu’on voulait, les arrangements qu’on voulait – à la limite même de savoir quel matériel on voulait utiliser, avec l’aide de notre ingénieur du son live et celui du studio… On a eu qu’à enregistrer et apporter quelques arrangements supplémentaires et se faire plaisir. On savait exactement, tous, ce qu’on devait jouer et ça nous a apporté une liberté… pas complète mais presque. On a pris un mois pour vraiment tout faire

Sébastien: un album, on le prend un peu comme un écrivain ou un peintre qui fait des crioquis… Là, pour un album comme Hexagram, il y a dû y avoir quelque chose comme 40 ébauches. Et d’un seul coup, tout devient clair dans ta tête, tu te dis « non, celui-ci on en le garde pas parce qu’il ne correspond pas, celui-ci on le garde mais il faudrait… » D’un seul coup, tu rentres dans un processus qui est naturel, tu es sur des rails. Le maitre mot était de rendre un ensemble cohérent, je pense que c’est la force d’Hexagram.

Romain : C’est onze titres différents mais qui marchent ensemble.

Sébastien: On parlait de Slow motion et de Black diamond ? Hexagram a cette force qui le rend plus cohérent que ces deux albums.

Metal-Eyes : Alors que les titres sur Slow motion s’enchainent bien, il y a une vraie cohérence.

Romain : Il y a une cohérence, mais il y a des titres un peu plus rentre dedans parfois…

Sébastien: Et il y a peut-être une monotonie sur Slow motion que tu ne retrouves pas sur Hexagram qui a un côté – on est très fans de cinéma – un côté un peu road movie. Tu passes d’un truc plus speed et frontal à quelque chose de plus posé, tu prends le temps de regarder les paysages. Tout ça, c’est des images… Tout d’un coup, tu arrives sur quelque chose de plus happy… L’album a été composé en pensant à ces images-là.

Metal-Eyes : Vous parliez tout à l’heure d’évolution, ce qui est tout à fait naturel pour un groupe, d’autant plus avec ce résultat-là – pardon, mais « tout flatteur vivant aux dépends de celui qui l’écoute », j’en profite (rire général)…

Romain : Ouais ! Continue, c’est bien ça !

Metal-Eyes : Vos copains de Klone viennent de sortir un album entièrement acoustique. Est-ce que vous envisagez, à un moment de votre carrière, de faire quelque chose comme ça ?

Sébastien: On n’a pas barrières. Je pense à, simplement parce qu’on en avait envie il y a un an environ, on a sorti une reprise de Black Sabbath en acoustique. Children of the grave en version acoustique et totalement réarrangé…

Romain : Acoustique, et semi électrique. Une réadaptation complète du morceau.

Sébastien: Pour le moment, on n’a pas cette envie parce qu’on est sur Hexagram, mais pourquoi pas ? Ce n’est pas un truc qu’on trouve ridicule, et, en plus, j’ai eu l’occasion de jeter une oreille attentive sur l’album de Klone et c’est super ! Ils ont fait un super boulot. Ca pourrait aussi, pourquoi pas, être un album entier de nouvelles compositions, mais je ne sais pas le message qu’on voudra faire passer. Mais c’est un projet qu’on peut assez facilement envisager.

Romain : Sachant qu’on l’a déjà fait il y a quelques années : Sur The end starts here, il y avait un morceau acoustique, sur Slow motion le dernier morceau est acoustique avec des petites pointes électriques et on avait deux ou trois dates en set acoustique avec cinq ou six titres… Après, ça demande beaucoup de boulot, et on est avant tout un groupe électrique.

Metal-Eyes : Klone aussi…

Romain : Oui, aussi, et c’était certainement le moment où ils ont eu envie de le faire.

Metal-Eyes : Ils ont évolué aussi…

Romain : Oui, et ils font aussi une musique avec des atmosphères qui marchent très bien aussi. Pour nous, comme le dit Seb, aucune porte n’est fermée, et ça peut être très plaisant.

Metal-Eyes : Revenons à vous, quand même. On n’est pas là pour faire la pub de Klone !

Romain : Oh, on peut, c’est très bien !

Sébastien: On a d’ailleurs eu un batteur en commun sur des tournées, Morgan (Berthet).

Metal-Eyes : Je voudrais savoir le pourquoi de ce titre, Hexagram, et le rapport qu’il y a entre le titre et la pochette : commençons par le titre, Hexagram qui dénote dans le monde du metal qui ne jure que par le pentagramme…

Sébastien: On parlait à l’instant de ligne conductrice pour cet album. Et la ligne conductrice du thème de l’album ça a été la dualité depuis le début. Sur la pochette, la dualité est évidente avec ces deux buffles qui s’entre choquent. Ensuite, il y en a une qui est moins évidente entre ce côté primaire du choix de l’animal, qui est un bœuf musqué et le logo, qui est un hexagramme, un peu plus moderne dans ses formes rectilignes. Et, ensuite, l’hexagramme en soi est aussi une dualité, entre le Yin et le Yang, une question de combinaison de signes et autres de la culture chinoise. Du coup, on trouvait très intéressant de traiter, ce que tu retrouves aussi dans les textes, la dualité sous toutes ses formes.

Metal-Eyes : Avez-vous pensé au côté linguistique, étymologique : hexa signifie six, et c’est votre sixième album ?

Sébastien: Ecoutes, on n’y avait absolument pas pensé, mais une de tes collègues nous parlait de l’hexagone pour le côté français… On a l’habitude dans les textes de laisser un double degré de lecture, de la place pour l’interprétation, et là, c’en est la preuve, on est en plein dedans ! Après, la définition que je viens de te donner, c’est le message que nous avons apporté à tout ça. C’est pas forcément le bon message – il n’y a pas de bon message – et chacun y voit ce qu’il veut.

Romain : Et c’est esthétique, ça colle bien. C’est déclinable sur plein de choses. On n’a jamais eu un logo très fort, comme un AC/DC ou un Metallica, et c’est quelque chose assez caractéristique. Mais il ne faut pas non plus chercher trop loin : l’esthétique est bien, ça colle bien avec l’imagerie et les idées qu’on veut véhiculer.

Metal-Eyes : Si vous deviez chacun ne retenir qu’un titre pour illustrer ce qu’est Headcharger aujourd’hui, lequel serait-ce ?

Sébastien: (sans hésiter) Coming back to life.

Romain : Pareil. Ça représente bien ce qu’est le groupe en terme de son et de composition. Et c’est un morceau mid tempo, up tempo, là où on se place vraiment bien.

Sébastien: Il a un côté assumé. C’est le genre de morceau que tu ne peux pas faire si tu ne l’assumes pas.

Romain : Ce n’est pas le tube metal, c’est une chanson, qui nous représente. C’est pour ça qu’on la mise en premier.

Metal-Eyes : Une toute dernière chose : quelle est la meilleure question qu’on vous ait posée aujourd’hui ?

Sébastien: Euh… Qu’est-ce que vous voulez manger ? (rires)

Romain : C’était pas mal… Et c’était quoi où j’ai répondu un gremlins ?

Metal-Eyes :

Sébastien: C’était « qu’est-ce que tu aimerais être si tu n’étais pas ce que tu es ? »

Romain : Oui, je pense que c’était un animal ou quelque chose comme ça, et j’ai dit Gremlins.

Sébastien: Et ça te correspond bien…

 

DEAD BY APRIL: Worlds collide

dead by april 2017Suède, Metal (Spinefarm, 2017)

Très moderne dans l’esprit, Dead By April propose un judicieux mélange de metal passe partout, basé sur des mélodies imparables, et d’intensité guitaristique et ryhmique alliée à une certaine rugosité vocale. Une recette somme toute assez commune aujourd’hui, mais exploitée avec talent par le chanteur (partagé avec Christoffer Andersson) guitariste et compositeur Pontus Hjelm, qui, accessoirement produit ce disque. Worlds collide n »est pas la première production du groupe. Les amateurs de la formation suédoise connaissent sans doute ses trois précédents méfaits (premier album éponyme en 2009, Incomparable en 2011 et Let the world know en 2014), tous trois remarqués pour leur modernité. Simplement, si le metalcore a eu son heure de gloire, le genre semble amené à se faire plus discret. Dead By April en a conscience et s’en démarque par des mélodies accrocheuses, du genre qui, par leurs accents popisants, visent, parfois, les passages radio. Les onze chansons forment un ensemble agréable, compact, et s’adressent à un public plutôt jeune. Worlds collide est à la fois accrocheur, sans être trop racoleur, et puissant. Du bon travail.

Note: 7,5/10

ANTHRAX et The Raven Age live à Paris (Elysée Montmartre, le 16 mars 2017)

anthrax europe 2017

L’annonce de ce concert a fait son effet… Pensez-vous, pouvoir écouter, en live, Among the living afin de célébrer son 30ème anniversaire, ça ne se refuse pas! D’autant plus que je ne garde qu’un souvenir moyen des deux prestations qu’Anthrax a donné l’été passé au Download et, bien que en meilleure forme, du Hellfest. Ajoutez à cela le fait que je n’ai pas eu l’opportunité de retourner à l’Elysée Montmartre depuis sa réouverture, et qu’en plus je vais pouvoir voir, après les avoir rencontrés pour une interview, ce que donne The Raven Age en conditions live, tous les éléments sont réunis pour passer une bonne soirée.

La salle rénovée est lumineuse, propre et très accueillante. Intérieurement, la configuration me semble identique, exception faite du vestiaire et d’un espace salon où l’on trouve le merch. Le concert n’est pas complet et, alors qu’il se murmure qu’il y a un peu de retard, The Raven Age monte sur scène avec un peu d’avance. Les Anglais donnent ce soir le dernier concert de la tournée européenne et ça se sent: Michael Burrough, le chanteur, n’est pas en place, sa vois est limite, et ses acolytes ont du mal à faire bouger un public qui reste poli. George Harris est malheureusement dans l’ombre, s’en échappant à de trop rares occasions.  Dan Wright (guitare) et Matt Cox (basse) ont beau se démener, il manque quelque chose. Musicalement, les morceaux sont ce soir moins denses et moins attirant que sur album… Bref, sans être raté, ce rendez-vous avec le public parisien n’est simplement pas des plus mémorables.

Avec Anthrax, on entre dans une autre dimension. Dès Among the living, le groupe est à fond,  Joey Belladona est en voix, Scott Ian toujours au taquet, et Frank Bello est partout! Le son est aussi puissant que les lights, ce qui participe entièrement à la réussite de ce concert exceptionnel. Le public slame dès les premiers morceaux en un flot continu qui ne cessera qu’à la fin du concert. Musicalement, c’est un défilé de classiques: la première partie du concert célèbre donc le trentième anniversaire de Among the living, album phare et culte interprété dans son intégralité. Ian clame même que A skeleton in the closet était son morceau favori il y a 30 ans, et qu’il le reste encore aujourd’hui. Efilnikufesin (N.F.L) est suivi d’un solo de guitare d’un Jonathan Donais parfaitement intégré. For all kings, dernier album en date, est représenté par deux titre en seconde partie (Breathing lightning et Blood eagle wings), le reste du set étant composé d’un choix assez évident allant de Madhouse à Antisocial qui marque un point final. La première fois que je les ai vus, Anthrax ouvrait pour Metallica au zénith de Paris, mettant les Horsemen en danger (mais pas très longtemps!). Ce soir, le groupe a été tout aussi impérial, et simplement magistral. Superbe soirée!

Merci à Valérie Reux et Nuclear Blast

Note: Disque dur HS… Il est malheureusement impossible aujourd’hui de vous proposer quelques photos de ce concert. Promis: dès que (si) je récupère les données, je vous offre un florilège de clichés live!

NEXT STEP: Legacy

NEXT STEP 2017Hard rock, Espagne (Rock Estatal records, 2017)

Voici un bout de temps que je ne me suis pas plongé dans l’univers du hard rock espagnol. Si Baron Rojo, Angeles Del Infierno ou, plus récemment, Magö de Oz sont incontournables, j’ai toujours bien aimé Lujuria, Saratoga, Obus ou, dans des styles opposés Los Suaves ou Angelus Apatrida, parmi d’autres. Dommage que cette scène n’ait jamais réussi à s’exposer autant que les Allemands, parce qu’il y existe un grande variété de genres, et une indéniable qualité. Aujourd’hui, Next Step pourrait inverser la donne. Le quatuor, composé de Guillermo Garcia (chant et guitare), Irene Génova (guitare), Jesus Hernandez (basse) et Diego Solana (batterie), propose Legacy, un premier album qui sent bon le metal à la fois moderne et traditionnel. Moderne par son son actuel, un usage modéré de double grosses caisses et quelques grognements qui viennent compléter un chant clair efficace et attirant. Traditionnel par ses lignes mélodiques musicales et vocales. Les compositions sont carrées, la ballade monte en puissance et les références variées. La plus évidente est, sans aucun doute possible, un Volbeat presque omniprésent dans les mélodies et le chant, un chant parfois aussi emprunté à James Hetfield ou des lignes de guitares qui évoquent les grandes heures du hair metal, Mötley Crüe en tête. Avec de telles références, on a envie d’en savoir plus. Et l’album défile à belle allure. malgré quelques faiblesses inhérentes à la jeunesses du combo, on sent tout de même la naissance de ce qui pourrait devenir un futur grand. Si seulement Next Step se défait de ces influences pour explorer et imposer sa véritable personnalité et si le marché international lui ouvre les bras. C’est cette seconde partie qui est la plus délicate…

Note: 7,5/10

 

MADJVE: Buisiness first

madjiveHard rock, France (Autoproduction, 2017)

« On va enfin pourvoir voir Madjive! » sont les paroles qui introduisent ce Business first, nouvel album de Madjive. Madjive? Inconnu chez moi, et pourtant… Le groupe, qui vient de l’est de la France, a déjà plusieurs enregistrements à son actif (3 Ep et 2 albums) et donné de nombreux concerts un peu partout en Europe. Distillant un hard rock joyeusement bordélique, Madjive évoque à la fois le punk irrévérencieux et je m’en foutiste que le rock fun et déjanté d’un Royal Republic. Pas sérieux, ne pas s’abstenir, svp! C’est marrant, direct et ça envoie bien le bois sur fond de critique ouverte, acerbe et corrosive du monde des affaires. 12 chansons où énergie rime avec bonne humeur. ça commence par un Ignition programme sous forme de narration de ce qui va suivre. Et ce qui suit est constitué à la fois de rock et de chansons à boire. Un vrai folklore d’amusement. C’est le mot qui semble le mieux résumer, expliquer l’esprit de ce groupe qui ne se prend pas une seconde au sérieux et , dans cet esprit, parvient à nous entraîner dans son délirant sillage. Le verso est bien pensé, aussi, puisque chaque titre bénéficie d’une ligne explicative. Claire, nette et précise. Un album à écouter entre potes autour d’un bon apéro. APÉRO?

Note: 7,5/10

THE RAVEN AGE: Darkness will rise

THE-RAVEN-AGE_Darkness-Will-RiseMetal, Royaume uni (BMG, 2017)

Si The Raven Age va faire parler de lui, c’est, déjà, parce que cette jeune formation a intensivement tourné en ouverture, entre autres, d’Iron Maiden, avec un simple Ep à son actif, mais également parce que l’un de ses guitaristes n’est autre que le (l’un des) fils de Steve Harris, George. Rien de surprenant que papa prenne ses ouailles sous son aile, Maiden l’a fait plus d’une fois (Lauren Harris, sur deux tournées, et le Rise To Remain d’Austin Dickinson). Simplement, maintenant qu’un album est là, il semblerait judicieux d’oublier le « fils de » afin de mieux se centrer sur la musique. Tirant son nom d’une légende populaire disant que les ténèbres s’abattront sur Londres lorsque les corbeaux de la Tour de Londres disparaîtront, le quintette nous offre 13 chansons taillées dans le metal passe partout. Le chant est harmonieux et puissant, tandis que les mélodies se font rapidement chantantes et entraînantes. La production est, dans l’ensemble correcte, et l’on sent, malgré quelques lignes qui évoquent « le groupe de papa », que The Raven Age veut créer son identité sonore. Une identité puisée au sein des influences évidentes que sont, par exemple, Killswitch Engaged ou Avenged Sevenfold, génération oblige. Simplement, malgré une évidente bonne volonté et un savoir faire indéniable, le groupe ne parvient guère à maintenir l’attention. Dès The merciful one, je commence à décrocher. C’est plaisant mais il manque une raison d’accrocher, chose qui, à n’en pas douter, sera corrigé à l’avenir car on a envie de chantonner et de bouger. Et si BMG parie sur The Raven Age, ce n’est pas seulement pour des raisons filiales. Peut-on imaginer…

Note: 7,5/10

STEEL PANTHER: Lower the bar

SteelPanther_2017mHard Rock, USA (Steel Panther Inc., 2017)

Quand Michael Starr et sa bande vont-ils arrêter leurs pitreries? 3 ans après un All you can eat exemplaire en presque tout, le quatuor parodisiaque (quoi? un mélange de « parodie » et « aphrodisiaque » ça ne vous plait pas?) nous propose un Lower the bar qui porte bien son nom. Car si l’esprit est toujours le même – un hard rock carré et des paroles réservées aux adultes – le niveau général du nouvel album de Steel Panther est bien en deçà de ce que l’on pouvait espérer des Américains. Se lasseraient-ils de chanter en dessous de la ceinture? De répéter à l’envi des riffs à la Van Halen, de singer Ratt, Mötley Crue et consort? Le chant de Michael Starr, s’il est toujours puissant, manque de cette conviction narquoise et de ces intonations outrageuses. Les guitares de Satchel ne s’enflamment pas comme hier… La basse de Lexxi Foxx est efficace sur Now the fun starts, un des titres qui se distinguent par une approche très groovy et bluesy. Mais rien ne fait tilt. La recette utilisée auparavant est ici identique, mais en deçà. Même l’illustration de l’album manque d’humour potache. C’est pas de sexe qu’il a envie, ce gars, c’est bien de boire… Là où celle de All you can eat était provocatrice et pleine d’humour, celle-ci semble avoir été faite à l’arrache…Musicalement, il n’y a pas trace ici d’un 17 girls in a row ou de Party like tomorrow is the end of the world. Même les ballades semblent peu inspirées.Un album sympathique mais loin de ce à quoi Steel Panther nous avait habitués. Il est sans doute temps de se renouveler. Attendons le  Hellfest et la tournée pour voir s’il y a du changement visuel…

Note: 6/10

Sortie 24 mars 2017

 

HEADCHARGER: Hexagram

HEADCHARGER 2017Hard rock, France (Verycords, 2017)

Il aura fallu trois ans à Headcharger pour proposer un successeur à Black diamond snake (2014). Aujourd’hui, Hexagram vient aujourd’hui conclure, ou simplement continuer, une trilogie magnifique entamée avec Slow motion desease (2012) avec lequel on pourra faire plusieurs parallèles. Tout d’abord, ces buffles de la couverture nous replongent dans les paysages sauvages américains qui illustraient déjà la pochette de Slow motion desease. Musicalement, et c’est le principal, Hexagram s’en rapproche également, s’éloignant du thème de l’histoire abordé avec Black diamond snake. Les guitares grasses, le chant embué, les ambiances… On ne trouve plus trace ici d’un metalcore qui permit pourtant aux Caennais de s’imposer sur la scène française. Je leur préfère – et de loin – ce hard rock, heavy aux guitares fulgurantes, à la grandiloquence exemplaire, cette maîtrise du rythme et de l’énergie qu’on ne retrouve que chez les plus grands. Parfaitement mis en son, Headcharger entraîne l’auditeur dans une furia maîtrisée aux sonorités variées (l’entraînant Coming back to life, le furieux Gusty move, le groovy A long wait…) Ici, l’énergie mise à part, pas un titre ne ressemble à un autre, plaçant l’ennui en dehors de l’équation. La basse imposante de Name your price domine les guitares furieuses que l’on retrouve avec un plaisir non feint sur The one you want to be. On se surprend même à entendre des guitares évoquant ici Maiden (Dirty like your memories), là Priest ou encore les 70’s (Load the dice). Une nouvelle fois, Headcharger nous propose un album réussit qu’on écoute comme on boit un bon calva: en le dégustant. Pour ce qui concerne les oreilles: sans modération!

Note: 9/10

STORM ORCHESTRA: Bite the bullet

VISUEL EP STORM-ORCHESTRA-Bite-The-Bullet-CoverHard rock, France (Autoproduction, 2017)

Storm Orchestra est un trio parisien composé de 3 ingénieurs du son. On y trouve Maxime Goudard (chant et guiare), Adrien Richard (basse) et Marc Familari (batterie). Déjà auteur d’un So?  qui m’est inconnu, c’est avec une certaine curiosité que j’écoute ce nouvel essai, Bite the bullet. Ce Ep propose 4 titres mêlant hargne et énergie, fureur et calme, metal et intonations modernes. Ce disque débute avec When I touch your et El Tyranno, deux chansons résolument hard rock, directes et puissantes. Survival est plus moderne, avec des influences rap/neo metal  et un groove efficace. Blown apporte une conclusion sous forme d’une rage contenue grâce à une basse qui ronfle et gronde. Si Storm Orchestra propose un metal moderne, bien fichu et réfléchi, il se trouve cependant face à une difficulté de taille: comment se démarquer de la masse? Ils sont nombreux, sur ce créneaux. Pourtant, ce trio est plein de belles promesses. On le sait, un Ep, outil à la mode, permet d’être régulièrement présent. Alors, maintenant, il faut persévérer et confirmer!

 

Note: 7/10

Interview: AYREON

Entretien Ayreon. Rencontre avec Arjen Lucassen. Propos recueillis à Paris le 22 février 2017

On n’a jamais deux fois l’occasion de faire une première bonne impression, dit l’adage. Celle avec Arjen Lucassen laisse des traces tant le bonhomme en impose. Même si l’on sait les néerlandais souvent grands, le gaillard dépasse aisément les 2m. Reste qu’une fois la surprise passée,c’est un passionné et heureux de vivre géant avec qui nous avons débattu à quelques jours de la sortie de The source nouvelle oeuvre épique de son bébé, Ayreon.

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Metal-Eyes : The source arrive 4 ans après The theory of everything, ce qui n’est pas inhabituel pour toi  dans la mesure où les albums d’Ayreon sont généralement long, et au regard de tes autres projets. Comment décrirais-tu l’évolution d’Ayreon entre ces deux derniers albums ?

Arjen Lucassen : Je crois que celui-ci est très différent. Je considère The theory of everything comme mon album progressif. Il y avait mes heros du prog, de Yes, Genesis, King Crimson… qui sont pour moi parmi les plus grands du prog de tous les temps. L’album était très orienté « claviers », tandis que The source est plus rock, plus orienté « guitares ». Il y a, aux guitares, notamment Guthrie Govan qui, je pense, est actuellement le meilleur guitariste du monde, il y a aussi Paul Guilbert, qui était un des géants des années 80 et 90. Egalement, j’ai composé The theory of everything d’une manière totalement différente : je suis allé au studio et j’ia enregistré tout ce que j’avais et j’y ai collé toutes les idées qui me venaient. Ce qui a donné de longues chansons de 20’. Le bon côté c’est que ça a donné un album très spontané, le mauvais côté, c’est que ce n’est pas très accrocheur. The theory of everything est un album difficile, on passe par beaucoup d’humeurs, il n’y a pas de structure. Je crois que ce nouvel album, The source est bien plus structuré. Dans les voix, l’ensemble est plus attirant, les chansons, bien que liées par les chroniques, sont distinctes… C’est un album radicalement différent de The theory of everything, ce qui ne signifie pas qu’il soit meilleur ou moins bon, ça c’est à l’auditeur d’en décider

Metal-Eyes : une nouvelle fois, c’est un double album. N’est-ce pas un peu risqué, aujourd’hui, au regard du marché du disque moribond, de continuer de publier des albums doubles ?

Arjen Lucassen : Je pense que mes fans me tueraient si je ne publiais qu’un album simple ! (rires) Ils s’y sont habitués, depuis les débuts d’Ayreon, ce ne sont que des doubles albums. Je crois que si, aujourd’hui, je ne publiais qu’un simple, les fans penseraient que je n’ai plus assez d’inspiration…

Metal-Eyes : … ou que tu es paresseux

Arjen Lucassen : ou que je suis paresseux, oui! (rires). « je ne vais pas payer pour un album simple ! » Ce n’est cependant pas conscient : j’accumule toutes mes idées que j’enregistre sur mon PC, j’ai 50 ou 60 idées, et ensuite je commence à les effacer et choisir celle-ci ou l’autre. A un moment, je prends du recul pour voir ce que j’ai et… oh, il y en a beaucoup, plus de 80 minutes de musique ! Je sélectionne beaucoup, j’ai dû écarter quelque chose comme 20 chansons que je ne trouvais pas assez bonnes, ce qui est une autre différence avec The theory of everything pour lequel j’ai utilisé tout ce que j’avais. Mais cette fois, j’ai été plus sélectif, il y a d’autres idées.

Metal-Eyes : Et le concept est différent également.

Arjen Lucassen : Totalement : The theory of everything est à part dans toute l’histoire d’Ayreon. C’est l’historie d’un scientifique qui cherche à découvrir la théorie de tout, tandis que je retourne à la SF, avec The source. C’est un prequel de toute l’histoire d’Ayreon

Metal-Eyes : Musicalement, qu’as-tu mis dans cet album ? En l’écoutant, j’entends du Queen, des influences irlandaises, orientales également, le tout mélangé à cette culture symphonique et opératique.

Arjen Lucassen : Je crois que ces influences ont toujours fait partie de l’histoire d’Ayreon. Mes goûts musicaux sont si étendus… ça a commencé avec les beatles dans les années 60, avant d’aller vers Pink Floyd, je suis passé par toute la période glam rock avec David Bowie, Alice Cooper, T-Rex, Sweet. Puis j’ai découvert le hard rock avec Deep Purple, Led Zepelin et Black Sabbath, avant de découvrir le rock progressif, Genesis, Jethro Tull… C’est ce qui m’a formé. Alors si tu entends des influences celtes, c’est sans doute lié à Jethro Tull. Des influences orientales ? C’est sans doute Zeppelin avec des chansons comme Kashmir ou Rainbow et Gates of Babylon. Ce n’est pas conscient, ce sont simplement ces chansons qui te forment, et qu’enfant tu écoutes un million de fois. Tous ces artistes qui disent ne pas être influencés par d’autres… c’est impossible ! ça fait partie de ton éducation.

Metal-Eyes : Qu’en est-il du concept, dans les textes ?

Arjen Lucassen : ça traite des origines de l’humanité, c’est ce à quoi « la source » fait référence. Je base tous mes albums sur des faits scientifiques. Je suis très intéressé par la science, je regarde tous ces documentaires scientifiques, Stephen Hawkins et d’autres… L’un d’eux a déclaré qu’il est tout a fait probable que la vie sur terre provienne d’un adn extra-terrestre. La Terre a été frappée par tant de comètes qu’il est tout à fait envisageable que l’une d’elles y ait déposé un ADN. Ce qui signifie qu’il y a probablement, quelque part, une autre planète avec une forme de vie similaire.

Metal-Eyes : C’est à espérer ce serait triste d’être les seuls dans cet univers !

Arjen Lucassen : Oui, absolument vrai… L’autre fait scientifique est que l’on pense qu’en 2050 on aura atteint une « singularité technologique » ce qui signifie que les machines surpasseront les hommes. Elles seront plus intelligentes que les humains. Ce sont les deux points scientifiques de cette nouvelle histoire.

Metal-Eyes : Puisqu’on parle de machines, sur Aquatic race figurent ces mots : « Pas d’ordinateurs, pas de machines ». Comment as-tu enregistré cet album sans machines sachant qu’il y a une vingtaine de participants ?

Arjen Lucassen (Rires) : Attends, que je me souvienne du contexte… Non, c’est la nouvelle planète sur laquelle ils se rendent… ils doivent quitter la planète Alpha car les machine ont débranché toute support  à la vie, et ils doivent quitter la planète. Ils se rendent sur la planète Y qui n’est composée que d’eau. Ils doivent apprendre à vivre sous l’eau, dans un monde dépourvu de machines et d’ordinateurs. Mais je crois totalement en la technologie, je l’approuve et l’adore, elle rend mon travail tellement plus facile !

Metal-Eyes : Comment me décrirais-tu The source afin de me convaincre de filer l’acheter?

Arjen Lucassen : Il y ales meilleurs chanteurs du monde, c’est une évidence, et il réuni la meilleure des équipes dont je pouvais rêver. Il y a les meilleurs guitaristes et je crois qu’il s’agit de ma meilleure production, la meilleure jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit d’un album très aventurier : tu navigues à travers différentes humeurs et différents styles de musique, il est très varié… Je pense que cet album est plus accrocheur que le précédent. Je crois que c’est suffisant pour te convaincre de courir l’acheter ! (rires)

Metal-Eyes : Comment as-tu réuni cette équipe? Ik y a environ vingt intervenants, et j’imagine que vous ne vous êtes pas tous réunis en studio…

Arjen Lucassen : Non, c’est impossible…

Metal-Eyes : Merci la technologie, donc. Comment as-tu décidé qui jouerait quoi ?

Arjen Lucassen : En ce qui concerne la batterie, c’est toujours le même, tout comme pour le violon, le violoncelle et la flûte. J’ai découvert les meilleurs, alors pourquoi changer ? En ce qui concerne les chanteurs, j’ai pour habitude de ne travailler qu’avec de nouveau chanteurs. Mais cette fois-ci, je n’ai pas voulu me limiter, je voulais simplement les meilleurs chanteurs du monde, que j’ai déjà travaillé avec eux ou pas. J’ai d’abord finalisé la musique, puis écris l’histoire avant de penser à quel chanteur pourrait occuper quelle place, ce qui est très important.

Metal-Eyes :Tu sais donc déjà qui tu vas contacter pour tel ou tel rôle ?

Arjen Lucassen : Absolument. D’autant plus avec un projet de SF. Il y a des chanteurs qui ne voudraient absolument pas participer à un tel projet, à cause de leur image… Je ne sais pourquoi mais quelque chose fait qu’on pense souvent que la SF et le metal sont incompatibles. Un nouveau Star Wars sort au cinéma, tout le monde y court, mais si tu le fais en musique ça fait faux…

Metal-Eyes : Pourtant, ta musique est très cinématographique…

Arjen Lucassen : Totalement, c’est un film pour les oreilles. Je pense que, avant tout, la musique doit être bonne. Si en plus il y a une histoire, ça ajoute une dimension, tout comme l’artwork. La musique permet de s’évader, 80 minutes. C’est mon idéal.

Metal-Eyes : Tu as prévu des images pour accompagner cet album ?

Arjen Lucassen : Oui, il y a le premier clip, pour The day the world breaks down qui contient de nombreuses images de fond. L’artwork a été très important, cette fois-ci. Il m’a d’ailleurs beaucoup inspiré dans l’écriture de l’histoire. Lorsque j’ai vu la couverture, cette femme avec les tubes, ça m’a inspiré cette question au sujet d’humains qui devaient s’habituer à vivre sous l’eau. J’avais introduit la course éternelle vers la planete Y sur mon album précédent, et c’est aussi ce qui m’a inspiré. Il va aussi y avoir 3 lyric videos basée sur ce même artwork et qui donnent corps à cette histoire. Ce sont des petits films…

Metal-Eyes : Tu as dis précédemment avoir jeté une vingtaine d’idées. Si l’on pense à tes autres projets, comment décide-tu de ce qui termineras sur un album d’Ayreon et ce qui ira ailleurs ?

Arjen Lucassen : Je peux toujours adapter une chanson en fonction du projet visé. Une chanson est soit bonne, soit mauvaise. Si elle est bonne, je l’utilise, sinon, je la jette. C’est comme de faire une reprise : tu peux en faire n’importe quelle interprétation, mais la chanson doit, à la base, être bonne. Je ne choisis pas en fait. Si j’ai 10 chansons, elles iront sur le projet sur lequel je travaille. J eme sentirais mal à l’aise d’écarter une bonne chanson pour la placer ailleurs. Je travaillais à une époque avec un groupe que je ne mentionnerai pas, nous étions en studio et ce chanteur a eu une super idée, on a travaillé dessus et il nous a dit : « je vais la garder pour mon prochain album » ! On lui a tous répondu qu’on bossait sur celui-ci et il nous a répondu vouloir garder de chansons pour son prochain album…J’ai quitté le groupe après ça parce que ce n’est pas ma façon de voir les choses… Je me souviens que mon amie, une de mes amies passées me disais que je fasais tant, que je mettais tant de bons chanteurs sur ce disque « mais que vas-tu faire pour le prochain ? » « J’en sais rien… » Je sais que le meilleur album doit être créé maintenant, on verra bien demain pour la suite !

Metal-Eyes : C’est une bonne philosophie. Si tu devais ne retenir qu’une chanson de The source pour expliquer ce qu’est Ayreon aujourd’hui, laquelle serait-ce ?

Arjen Lucassen : Sans hésiter, The day that the world breaks down ? Parce qu’elle est très représentative de l’album: tous les chanteurs y figurant, il y a tous les styles musicaux abordés, très doux, très durs, très bluesy, très spatial… et tous ces éléments reviennent à un moment ou un autre. Une chanson comme Everybody dies, qui est ma favorite, n’est pas représentative de l’album. Je pense que si les gens sont amenés à entendre ce titre en premier, ils imagineront que tout l’album est comme ça.

Metal-Eyes : The day that the world breaks down est aussi la chanson qui introduit l’album. Donc, d’une certaine manière, tu me dis qu’une fois que j’ai écouté cette chanson, je peux zapper le reste…

Arjen Lucassen : Non, non, je dis au contraire qui si tu apprécies cette première chanson, tu peux écouter le reste (rires) !

Metal-Eyes : Tu prévois de transposer cet album sur scène ?

Arjen Lucassen : Eh bien, Ayreon n’est pas un projet pour la scène, je n’ai jamais joué live avec Ayreon. Mais, pour la première fois, nous avons décidé de donner quelques concerts avec Ayreon, en septembre 2017. Il y aura trois shows, à Tilburg, en Hollande, qui seront un Best of Ayreon, ce qui signifie que je vais jouer deux chansons de chaque album, donc deux chansons de The source…

Metal-Eyes : Un concept comme celui-ci – des concerts best- of – pourrait-il signifier la fin d’Ayreon?

Arjen Lucassen : Non, non, Ayreon prendra fin lorsque je disparaitrais. C’est mon projet favori, je peux tout y mettre, toutes mes idées. Et si j’arrête Ayreon, je ferais mieux d’arrêter de respirer : c’est ma vie… Etre créatif est la raison de mon existence, et Ayreon mon œuvre…

Metal-Eyes : Lorsque vous donnerez ces concerts, parviendrez-vous à avoir tous ces chanteurs, ou n’en ferez-vous venir que quelques uns?

Arjen Lucassen : On ne peut avoir 16 chanteurs… J’ai choisi des titres avec peu de chanteurs, un ou deux. On a déjà fait des représentations théâtrales, mais c’est du théâtre et tu peux faire venir beaucoup de chanteurs. Je crois qu’ici, il est préférable d’avoir un nombre limité de chanteurs afin de limiter les choses. Ca va déjà être complètement dingue, avec 16 chanteurs et plus de deux heures de musique et un show… Mais, oui, il y aura des chansons avec 5 chanteurs sur scène et je voudrais pouvoir faire monter tout le monde sur scène.

Metal-Eyes : Ce qui signifie qu’une chanson comme The day that the world breaks down, avec tous ces chanteurs, ne pourrait être interprétée sur scène…

Arjen Lucassen : C’est toi qui le dis… (rires) J’essais de ne pas dire quelles chansons seront jouées ou pas, mais, oui, tu as raison. Malheureusement…