Interview: TRANK

TRANK (de gauche à droite): David, Johann et Michel

Interview TRANK: entretien avec Michel (chant, programmation), Julien (guitares), David (basse), Johann (batterie). Propos recueillis à Paris, Black Dog, le 10 septembre 2020

 

Retrouver le chemin des interviews en face à face… Enfin ! Et quand en plus la première rencontre post Covid se fait avec la découverte française de l’année, comment se plaindre. C’est donc Trank au complet qui me reçoit dans la bonne humeur pour une longue interview « en vrai ». Humainement aussi chaleureux que leur musique est entraînante, Trank est sans aucun doute le groupe à suivre et à soutenir.

 

Metal-Eyes : Commençons par une première question sans surprise : pouvez-vous nous raconter l’histoire de Trank, en quelques mots ?

Michel : On s’est formé en 2016. On a commencé par sortir un premier 6 titres pour se faire la main, mais notre ami David n’était pas encore là. C’est vraiment quand il est arrivé que le son et la personnalité de Trank se sont mis en place. On a sorti 3 singles en 2018 qui nous ont permis de décrocher de grosses premières parties comme Deep Purple, Anthrax ou Papa Roach. On retrouve ces singles sur le premier album – enfin ! On a pris notre temps, on peut dire qu’on est perfectionnistes et qu’on aime bien faire les choses.

 

Metal-Eyes : Et vous êtes originaires d’où ?

Michel : Warf !

Julien : On vit tous dans la région genevoise. On est tous Français, originaires de France mais la vie nous a amenés à aller travailler en Suisse ou à côté, et c’est là qu’on s’est retrouvés.

 

Metal-Eyes : Quel est le parcours musical de chacun ?

Michel : Alors… Parlons de ce que nous avons en commun : on a tous fait de la musique dans des groupes amateurs ou semi pro sans jamais tomber sur le projet qui nous donne suffisamment de motivation pour continuer d’un point de vue professionnel, jusqu’à ce qu’on finisse par se rencontrer. J’ai commencé par croiser Julien. Je jouais à l’époque dans un groupe de reprises à Genève avec qui j’ai tout appris, comment me tenir sur scène, chanter du rock. Ce groupe, pour diverses raisons, ne voulait pas passer à l’étape de la composition, qui, moi, me tentait vraiment. Je voulais trouver un partenaire pour des choses plus rock, sachant que je faisais des choses plus mélancoliques… Je voulais trouver quelqu’un qui m’aide à me pousser dans des retranchements plus rock. Je suis tombé sur… ce mutant qui composait à la chaine des riffs incroyables sur sa guitare high tech improbable. Je connaissais Johann depuis des années et je savais que lui aussi cherchait un groupe dans lequel s’investir. Après, il nous a fallu du temps avant de trouver le bon bassiste – on en a eu trois ou quatre avant que David arrive par le biais classique des annonces. Et c’est vraiment quand il est arrivé qu’on a finalisé ce qu’est l’identité du groupe.

 

Metal-Eyes : Et vous, vous avez commencé dans quoi ?

David : Que de la compo… j’ai commencé avec le punk, guitariste de punk.

 

Metal-Eyes : Punk anglais ou US ?

David : Non, non, punk anglais, d’abord, et US par la suite. Après je suis resté coincé dans le metal sous toutes ses formes, je suis passé par plusieurs instruments avant de finir à la basse. Un choix volontaire de ma part : en étant guitariste, c’était un peu fatiguant de ne croiser que des guitaristes (rire général) … J’aime beaucoup les guitaristes, mais quand tu cherches un groupe ? il y a 40 guitaristes qui se présentent, alors… Je me suis donc mis à la basse et j’y trouve mon compte parce que je fais à la basse ce que je fais à la guitare.

 

Metal-Eyes : Un nouveau Lemmy…

David : Non… Non… D’ailleurs, je n’ai jamais été bercé par Motörhead, ce n’est pas dans ma culture musicale. Je crois que j’ai un style particulier…

Michel : Qui s’intègre à mort dans ce qu’on fait, notamment parce qu’on n’a pas de guitariste rythmique. On est un groupe sans, du coup, il y a une place plus grande pour la basse, en termes rythmiques et mélodiques.

 

Metal-Eyes : Revenons à la guitare : ton parcours, c’est quoi ?

Julien : Alors, moi j’ai commencé par de la guitare classique et du flamenco, donc des guitares percussives, taper dessus, et après, quand j’ai commencé la guitare électrique, j’ai repris du rock français, puis je me suis lancé dans des musiques un peu plus funk, puis du punk… Ce qui m’intéressais, c’était de pouvoir composer, donc j’ai commencé à utiliser les logiciels de l’époque comme guitare pro. C’est comme ça que j’ai rencontré Michel qui voulait lui aussi composer.

 

Metal-Eyes : Donc une éducation assez variée à la guitare, différents styles qui vont s’intégrer à Trank (il confirme). Enfin, à la batterie…

Johann : J’ai commencé à apprendre la batterie il y a une trentaine d’années, avec différentes percussions – xylophone, caisse claire, cymbales… J’ai fait ça pendant une dizaine d’années, avec solfège et tout ça…

Michel : Il a cassé son triangle, ça a été le drame…

Johann : J’étais dégouté, c’était la pièce maitresse de mon jeu et puis… il est plus là…Au fil des années, j’ai joué dans différents groupes aux styles très divers – de la pop au metal progressif style Dream Theater, les groupes qu’on reprend quand on est jeune histoire de dire « ouais, j’ai réussis à reprendre un truc compliqué ! ». Je n’ai pas rejoué en groupe parce que j’ai déménagé, même si je faisais des petits trucs de temps en temps. Et quand Michel m’a proposé ce projet, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Et quand on est ensemble, il y a vraiment (en chœur avec Michel) un truc qui se passe… A la fois d’un point de vue musical et personnel. On s’entend bien… enfin, moi, je m’entends bien avec eux ! J’ai joué de tout et j’écoute de tout ce qui fait que chaque chanson est un challenge, je me demande ce qui va le mieux coller à la chanson, et j’aime bien ça…

 

Metal-Eyes : Avant de parler de la musique elle-même, on ne peut pas passer à côté de la signification du nom du groupe (ils explosent de rire). En allemand, ça vient du verbe Trinken, boire, au passé, donc « buvait ». Quelle est votre relation à la bouteille ? Je vois beaucoup d’eau et de café…

Michel : Alors, pour certains d’entre nous, du mal à les ouvrir (clin d’œil à Johann qui oublie d’ouvrir ses bouteilles d’eau avant les concerts…)

Johann : … Alors, c’est le moment embarrassant pour moi. On s’échangeait des message en se demandant ce qu’on pourrait trouver comme nom de groupe, et, à un moment, je leur fais une blague toute pourrie, comme toutes mes blagues, et je leur dis « pourquoi on ne s’appellerait pas Trank ? Ça fait comme un Tank, mais tranquille » … Blague pourrie, donc, mais retour de bâton, ils me disent tous que c’est génial. Moi je me dis « oh, merde… » (rires)

Michel : On voulait un nom simple qui soit prononçable dans toutes les langues. On ne s’est jamais dit que notre musique pouvait marcher dans notre coin, on s’est toujours projetés à l’extérieur, donc on voulait quelque chose qui puisse se prononcer où qu’on se trouve, et quelque chose en une syllabe, ça nous allait bien. Avec Julien, en studio, on se disait qu’on voudrait bien un K dans le nom, une petite rigueur germanique. Il y a une influence un peu industrielle parfois, un son un peu monolithique, parfois… Et ce qui a déclenché le jeu de mot de Johann, c’est qu’on jouait avec des noms comme Krank, le film avec Jason Statham, et avec un mot d’une chanson de Kraftwerk… Il a joué avec les deux et ça a donné Trank. Effectivement, c’est un nom qui vient d’une grosse blague, mais il fait partie de ces noms qui n’ont aucune signification particulière – OK, en allemand, c’est l’imparfait de boire, c’est l’abrégé aussi de « C’est du rock alternatif dans lequel on trouve plein d’influences diverses, qui est parfois assez intenses. Il est parfois sombre, mais toujours accessible et qu’on veut toujours accrocheur. Il y a une forme d’intensité et de noirceur dans la musique du groupe mais on veut que les gens y répondent en se joignant à nous.

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas trouvé de noirceur…

Michel : Oh, il y a, on peut dire, quelques touches un peu menaçantes dans certains passages…

 

Metal-Eyes : Il y a de la cold wave, de la new wave, du metal, mais je ne peux pas parler de « noirceur » dans ce que j’ai écouté… On ne peut pas dire que ce soit inquiétant. Il y a de la puissance, de l’entrain et beaucoup d’envie…

Michel : Ça me fait plaisir que tu dises ça parce que, justement, c’est le but. Réconcilier ces influences du prog, de l’alternatif, du metal, de la cold wave dans quelque chose qui soit cohérent, quelque chose qui reflète cette petite part d’ombre mais qui reste accrocheur et qui donne envie venir. Ce n’est pas de la musique extrême qui repousse les gens avec une sorte de barrage sonore – c’est très bien, mais la musique qu’on veut jouer ensemble, elle n’est pas comme ça : elle invite plus qu’elle ne repousse

 

(A ce moment, Julien nous quitte pour aller répondre à une autre interview)

Metal-Eyes : Vous avez enregistrés plusieurs Ep avant de sortir cet album. Michel disait tout à l’heure que vous avez besoin de répéter les choses, mais pourquoi ne pas avoir choisi de sortir un album plus tôt ? Qu’est-ce qui vous a ralentis, freinés ?

Michel et David : Le perfectionnisme…

Michel : Le perfectionnisme d’une part… On a enregistré notre premier Ep en 2016, il y avait 6 titres, on l’a envoyé à droite à gauche. Après, on a composé 2 ou 3 nouvelles chansons qu’on a enregistrées pour pouvoir après aller démarcher et présenter Trank. C’est ce qu’on a fait, et ça a plutôt bien marché parce qu’on a commencé à avoir des propositions de premières parties prestigieuses, et, d’autre part, avec ces premières parties, on s’est rendus compte que ces chansons prenaient vraiment toute leur dimension sur scène, avec ce gros son derrière. Du coup, on s’est dit que si le son qu’on veut c’est ça, il allait falloir enregistrer un peu différemment. Donc, on a repris tout ce qu’on avait arrangé et on s’est demandé ce qui pouvait rentrer dans ce nouveau cadre. Je pense que tu t’en es rendu compte avec le CD, il y a pas mal de styles. Mais on voulait avoir cet élément commun d’une musique épique, voire cinématographique, qu’on puisse imaginer une histoire derrière la musique.

 

Metal-Eyes : Je vais même t’avouer une chose : je l’ai écouté plusieurs fois… Je n’arrive pas à voir comment le chroniquer, je n’arrive pas à vous placer dans une case, même s’il y a des éléments reconnaissables…

David : Super, génial…

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas dit que j’aime ou que je n’aime pas…

Michel : C’est un très beau compliment, parce que, ce dont on s’est rendus compte c’est qu’il y a une identité sonore. C’est assez facile au bout d’un moment de savoir ce qu’est une chanson de Trank. C’est du rock alternatif pêchu avec cette petite touche de… de froideur, si tu veux l’appeler comme ça. Il ya une certaine influence metal par moments, dans la guitare, le chant, les attaques basse batterie. Oui, il y a des références à ça, il y a aussi des références à la cold wave, à du rock alternatif – il y a une influence de Muse, une patte dans la façon de jouer de laguitare… mais en même temps, il n’y a pas une étiquette facile à mettre sur le groupe en terme de genre « Rock alternatif » ça nous va très bien, parce que ça veut tout dire et rien dire…

 

Metal-Eyes : Comme « Metal moderne »…

Michel : Ouais, c’est un peu ça ! Exactement…

 

Metal-Eyes : Vous avez retravaillés les morceaux des singles avant de rentrer en studio pour l’album ?

Johann : On les a refaits intégralement, on a retravaillé tout ce qui était arrangements, programmation, etc. parce que, d’une part, il y a toujours la version studio et la version live… On a toujours travaillé les deux versions en parallèle sachant qu’en live, ça joue… live (ndmp : bravo l’évidence…) Sur la version album, si on veut que les instruments marchent ensemble, il ne faut pas que ça se marche dessus. Sinon, il y en a partout et l’auditeur ne comprend plus rien. Donc, on a dû faire pas mal de ménage en cherchant ce qui pouvait compléter le son et ne pas se clasher avec.

Michel : Aussi, comme on les avait déjà joués sur des grandes scènes, on avait une idée d’une musique un peu épique. En plus de pouvoir leur rendre justice en les jouant sur des grandes scènes, ça nous a donné de nouvelles idées… Des morceaux comme Take the money and run, on avait ça en tête depuis très longtemps. La version qu’il y a sur album est radicalement différentes de celle du Ep : la partie basse/batterie n’a rien à voir, la guitare a beaucoup évolué aussi, il n’y avait pas de séquences… Ces dates en premières parties de grands groupes ont été un réservoir d’idées, du coup, ça aurait été dommage d’insérer ces morceaux sur l’album alors qu’on avait les moyens de les faire sonner encore plus gros et plus accrocheurs ! Ce groupe, c’est une histoire d’équilibre. Clair – Obscur. Puissance – Accessible. Il y a un autre équilibre qui est important, c’est au niveau du son : qu’il soit suffisamment riche et fouillé pour qu’on sente qu’il se passe quelque chose. Que le son soit au service de ce qu’on veut véhiculer. On a fait l’enregistrement en mode « très vieille école » avec notre ingé son et producteur, avec des vieilles consoles analogiques, des préamplis à tubes… ce qui nous a donné un matériau très riche harmoniquement. On l’a fait mixer à New York par Bryan Robbins, l’ingénieur du son de Bring Me The Horizon, qui nous a aidés à donner la même puissance, la même trempe, le même tranchant, la même masse que ce qu’on arrive à avoir en live.

 

Metal-Eyes : ça s’entend, il y a un son très massif, gros, ce qui n’est ^pas très habituel pour un groupe hexagonal. Il y a autre chose qui n’est pas habituel : c’est un bon accent anglais dans le chant (Michel rit).

Michel : C’est gentil, merci…

 

Metal-Eyes : Il ne sait plus quoi dire…

Johann : Vas-y, donne tout, t’es bien parti là (rires) !

 

Metal-Eyes : Si vous deviez chacun ne retenir qu’un seul titre de The ropes pour définir ce qu’est Trank aujourd’hui, ce serait lequel ?

Michel : Compliqué, ça… On aurait du mal…

David : Chaque morceau a une histoire différente…

 

Metal-Eyes : Je sais, ça… « C’est un ensemble », « on ne sépare pas une famille », je les ai toutes entendues mille fois !

David : Pose plus la question alors (rires) !

Michel : Vous m’arrêtez si vous n’êtes pas d’accord

Les autres, en choeur : Pas d’accord (rires) !

Michel : Il y a des morceaux prototypes, je crois que le choix se ferait entre la première, The shinning, et la chanson titre. Elles ont toutes les deux ce mélange entre la puissance des guitares metal, la rythmique de l’alternatif et de la cold wave, et ce passage par des moments plus rentre dedans… Toutes ces choses, ce sens de la dynamique qu’on essaie d’avoir, c’est le cœur du territoire sonore qu’on cherche à avoir.

Johann : Il y a quelques semaines, on a fait une interview sur une radio suisse et le journaliste nous disait « j’ai l’impression que c’est comme si vous popisiez le metal ». Il le disait dans le sens le plus positif du terme. Ce qu’on essaie de faire, c’est qu’il y ait une mélodie qui marche, dès le départ. Une mélodie vocale, instrumentale, mais que ça marche. C’est le cœur de la pop, et derrière, il y a cette dimension accrocheuse, punchy, et ce sera toujours une dimension supplémentaire par rapport à une mélodie qui marche.

 

Metal-Eyes : Donc ce serait soit Shining soit The ropes, qui sont tous les deux accrocheurs (ils approuvent). (à part) Il faut que j’arrête de faire des compliments, j’ai pas encore écouté l’album..

(Michel explose de rire)

Johann : Non, mais tu fais super bien le gars qui a écouté !

David :  Carrément ! Nous on était embarqués là…On sent le métier là !

Michel : Ah ouais, trop fort !

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Trank en 2020 ?

Michel : On a toujours la même qu’on se dit avant de monter sur scène… Il y a une phrase qu’on se dit toujours avant : « Rien à foutre, déjà morts ». C’est une phrase qui vient de la prière des samouraïs avant la bataille. Si tu choisis d’aller à la bataille, quelque part, tu as déjà renoncé à rester en vie, tu es déjà mort. Et ça reflète un état d’esprit. Quand on monte sur scène, qu’on entre en studio, on est assez combatifs. On se bat contre nos propres limites, on cherche à repousser nos propres limites. C’était un privilège de faire ces premières parties, mais c’est aussi une énorme pression, de même que de jouer devant 5.000 personnes. Tu ne peux pas te cacher derrière des milliards de watts… si quelque chose n’est pas bon, ça va s’entendre ! On investit énormément émotionnellement dans la musique qu’on fait, pour y prendre du plaisir et en donner aux gens qui nous écoutent. Donc c’est une façon de nous dire « on y va comme on va à la bataille, mais on se calme au niveau pression ».

Johann : Et un groupe qui s’éclate sur scène, en général, ça se voit et le public suit. Un groupe qui n’a pas envie d’être là…

Michel : C’est le pire concert…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : comment se fait-il que Ian Gillan, le chanteur de Deep Purple, ne soit pas avec vous sur la photo avec les deux groupes ?

Julien : Parce que Ian… il refusait de faire des photos avec qui que ce soit…Tous les musiciens de Purple étaient adorables, mais pour la petite histoire, à la fin du concert, il y avait un van qui venait se garer directement backstage, dans la salle. Ils ouvrent la porte. Nous on pense que dès la fin du concert, Deep Purple grimpe dans le van et quitte la salle, mais non, il n’y en a qu’un, c’est Gillan. Les autres sont restés, ils sont venus discuter avec nous, boire des bières, ce qui est un énorme privilège, mais faut savoir que ce n’est pas par rapport aux premières parties qu’il part…

Michel : A sa décharge, on voit qu’il a des difficultés, il a du mal à marcher sur scène et je crois qu’il est dans une démarche pour conserver toute son énergie pour le chant. Le fait est qu’il a sa voix ! Le soir où on l’a vu, il était en très grande forme. On a eu la chance de les voir en side stage, et franchement, je croyais que ça allait être mauvais… Le contraste entre sa souffrance physique et les notes qu’il sortait ! La clarté, le niveau de puissance, c’était phénoménal… Et contrairement à d’autres que je ne citerais pas, il n’y avait pas de Pro Tools derrière pour rattraper les notes difficiles. C’est tout en direct…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose à ajouter ?

Johann : Comme disait Michel tout à l’heure, on fait avant tout de la musique pour nous amuser. Et, tu le disais, on a du mal à coller une étiquette sur notre style. C’est à la fois un grand compliment et ça rend aussi notre vie, et la tienne, plus difficile (Michel explose de rire). Ce n’est pas un calcul commercial, on a tellement de belles choses à faire, on les fait le mieux possible. On espère que ça va plaire aux gens, des publics variés, d’ailleurs, mais c’est d’abord ce que nous, on, voudrait écouter.

Michel : C’est un groupe qu’on a monté par passion, ça plait, génial !

 

Concerts from home: BARON ROJO

Puisque nous sommes privés de concerts depuis trop longtemps et pour une durée indéterminée, Metal Eyes a décidé de revisiter certains albums live avec cette nouvelle rubrique « Concerts from home ». De grands classiques intemporels à des témoignages plus « locaux » ou intimistes nous pourrons ainsi nous replonger dans le bruit et la fureur de ce qui fait notre monde, sillonner le monde des décibels et du fun sans avoir, puisque de chez nous, à nous soucier de gestes barrières. En attendant de nous retrouver devant les scène locales ou d’arenas. Enjoy!

Pour le second volet de cette nouvelle série, je vous propose une rapide escapade chez nos chaleureux voisins espagnols et l’un de leurs étendards rock. Caramba!

BARON ROJODesde Baron a Bilbao (Santo Grial records, 2010)

Qui, au début des années 2000 oserait encore parier un billet sur le gang des frères de Castro (Carlos au chant, à la guitare et à l’harmonica, Arman à la guitare et, un peu moins, au chant aussi) ? Avec à peine quatre albums moyennement remarqués en 15 ans, le public lâche, au cours des années 90 un peu l’une des légendes du heavy hispanique qui, principalement, tournent en Amérique latine. Pourtant, Baron Rojo s’est imposé dans le paysage musical dès ses premiers albums des années 1980. La force des Larga vida al rock’n’roll, Volumen Brutal et Metalmorphosis, ses trois premiers essais, en ont fait un groupe star en Espagne, certes, mais également en Europe, et, naturellement, en Amérique du Sud. De cette période est tiré un premier superbe témoignage live, Baron Rojo al vivo, paru en 1984. Seulement, voilà… De dissensions internes en tensions palpables, le line-up varie au même rythme que le marché musical mute. Mais ce soir, le 23 août 2007, les Madrilènes investissent la scène de la Fiesta de aste Nagusia de Bilbao devant 10.000 spectateurs. Le Baron se donne pour mission de prouver qu’il n’a rien perdu de son énergie, de sa gnaque, de son envie de vaincre. Et ça pète du début à la fin de ce concert, Baron Rojo multipliant les références qui ont égrené son histoire avec ses classiques (Larga vida al rock’n’roll, Incomuicacion, Satanico plan, volumen brutal, Resistire…) et ses influences évidentes, souvent (Queen, Deep Purple, AC/DC, Iron Maiden) qu’il distille au milieu de ses titres qui, souvent, transpirent l’improvisation (ah, cette version imparable de Los rockeros van al infierno!). Baron Rojo est, ce soir, au meilleur de sa forme, se donne corps et âme à ce public qui porte ses héros. Cet album, publié en 2007, propose également le concert en DVD. Les images parlent d’elles-mêmes : c’est sous une pluie battante qu’est accueilli le quatuor et, bien qu’une armée de parapluies se dresse, le public fait bien savoir qu’il est présent. Les lights sont sobres, Baron Rojo continue encore aujourd’hui de tourner intensivement, presque uniquement dans les pays hispaniques. Cet album (publié sous forme d’un double CD/DVD avec la totalité des 28 titres de ce concert et un livret de 30 riches pages et en simple CD de 10 petits titres + DVD du concert complet) reste cependant le témoignage monumental d’un groupe qui a marqué son époque et qui, malheureusement, n’a jamais rencontré le succès international qu’il aurait mérité. Ça peut aussi donner envie d’aller les voir, à domicile, le 30 décembre 2020 pour leur concert d’adieu, avec la promesse de nombreux invités, d’une captation… Seulement si…

TRANK: The ropes

Rock, France (Autoproduction, 2020) – Sortie le 15 septembre 2020

Oh, cette claque! Une de celles d’autant plus appréciables quand on ne s’y attend pas… Trank, groupe fondé en 2016, a déjà publié 4 singles, tourné en première partie de groupes à l’influence discutable comme Anthrax ou Deep Purple, aux style opposés. C’est déjà dire l’intérêt que différents univers portent à Trank. Et, avec son premier album, The ropes, on se rend vite compte que la musique du quatuor est en effet difficilement étiquetable. Toujours puissant et mélodique, le groupe propose des morceaux puisant autant dans le metal actuel que dans une certaine forme de new wave, dans le punk US festif ou dans le rock au sens le plus large du terme. Parfois rentre dedans, à d’autres moments quelque peu mélancolique (Forever and a day), aucun des 12 morceaux ne se répète ou ne laisse indifférent. Les guitares sont enjouées, la batterie entraînante et variée, le chant – dans un anglais parfaitement compréhensible – la basse groovy… Comment dire? La musique de Trank est aussi attirante qu’un aimant, aussi goûteuse et alléchante qu’un plat concocté avec amour et passion. Voilà, « passion », c’est le fil conducteur de The ropes, album à découvrir d’urgence. Comment résister à Shining, Undress to kill ou au cinématique et quelque peu rammsteinien In troubled times ou Again ? Il y a de la rigueur et de l’envie, même dans le plus calme et aérien The road. Et lorsque les concerts reprendront… Pour l’heure, The ropes entre vite fait dans le cercle de mes grosses découvertes de l’année. A suivre, à soutenir. Nous avons sans doute avec Trank l’avenir du rock français, un rock d’envergure internationale!

CONCERTS FROM HOME: IRON MAIDEN – Live after death

Puisque nous sommes privés de concerts depuis trop longtemps et pour une durée indéterminée, Metal Eyes a décidé de revisiter certains albums live avec cette nouvelle rubrique « Concerts from home ». De grands classiques intemporels à des témoignages plus « locaux » nous pourrons ainsi nous replonger dans le bruit et la fureur de ce qui fait notre univers, sillonner le monde des décibels et du fun sans avoir, puisque de chez nous, à nous soucier de gestes barrières. En attendant de nous retrouver devant les scène locales ou d’arenas. Enjoy!

A tout seigneur, tout honneur…

IRON MAIDENLive after death (EMI, 1985)

Leur cinquième album studio n’est pas encore en bacs qu’Iron Maiden est déjà – de nouveau – sur les routes. Le World slavery tour démarre officiellement le 9 août 1984, à Varsovie, en Pologne. Une Pologne encore (« toujours » ?) sous le joug d’un envahisseur de plus en plus décrié. Signe des temps, malgré sa poigne de fer, l’Etat que dirige le général Jaruzelski accepte la tenue de quelques concerts de cette musique tant décriée à l’Est. Iron Maiden visitera ainsi 5 villes polonaises et ira poser ses flight cases en Hongrie et en Yougoslavie avant de s’attaquer à l’Europe, aux USA et à l’Asie dans une tournée qui prendra fin le 5 juillet 1985 en Californie.

Le 3 septembre 1984, Powerslave, le nouvel album de la vierge de fer parait enfin tandis que le groupe donne un concert à Madrid, en Espagne. Sans parler des qualités de cet album depuis entré dans l’histoire, on ne peut que remarquer qu’Iron Maiden semble avoir trouvé l’équilibre : il s’agit du second album d’un line up sans modification aucune. Un groupe qui, en plus, s’est uni, soudé, au cours de la précédente tournée. Et cela a un impact notable sur tout ce que fait Iron Maiden.

Ce groupe va bien au-delà des musiciens – Steve Harris (basse), Bruce Dickinson (chant), Dave Murray et Adrian Smith (guitares) et Nicko Mc Brain (batterie). C’est aussi tout l’entourage, toute l’équipe technique qui forme ce clan, cette famille, à commencer par l’indéboulonnable paire de managers que sont Rod Smallwood et Andy Taylor, mais aussi les fidèles Martin Birch (producteur des albums depuis Killers en 1981), Dave Lights (lumières), Dick Bell, Doug Hall ou encore, comment les oublier, l’illustrateur Derek Riggs et le photographe Ross Halfin.

C’est ce clan qui se retrouve à la maison, à Hammersmith Odeon de Londres les 8, 9, 10 et 12 octobre 1984 alors que l’album caracole en tête des charts (n°2). Le show est rodé et, à domicile, Martin Birch décide d’enregistrer ces concerts à l’aide du Rolling Stones Mobile. Une première étape avant le gros morceau, quelques mois plus tard, où les micros du Record Plant Mobile n°3 capteront les concerts donnés au Long Beach Arena de Los Angeles pendant 4 soirées – du 14 au 17 mars 1985. C’est la première fois qu’un groupe joue soirs d’affilée dans une même ville à guichets fermés ! Dans une salle d’une capacité d’environ 13.500 places… Alors non seulement ces concerts seront enregistrés, mais en plus ils seront filmés. Et il est grand temps pour la Vierge de Fer de proposer un premier live, car, en 1985, Motörhead, Saxon, Judas Priest et tant d’autres se sont déjà, depuis des années, prêtes à l’exercice avec succès. Au tour des nouveaux maitres du metal de se jouer le jeu.

Le résultat de ces captations se nomme Live after death, le tout premier album live d’Iron Maiden qui parait le 26 octobre 1985. Un double, même, composé de 17 titres (plus le speech de Churchill en intro). Martin Birch, en matière de live, n’en est pas à son premier essai. Comme il l’explique dans les notes du disque, le premier live auquel il a apporté son oreille est l’incontournable Maiden In Japan de Deep Purple, en 1972. Un double album, là encore.

Tout au long de ces deux galettes – les trois premières faces sont les enregistrements de Los Angeles, la dernière ceux de Londres) le public (re)découvre un groupe au sommet de sa forme. Iron Maiden va constamment chercher son public, et l’échange d’énergie, la réciprocité dégage une puissance de feu sans pareille. La vidéo, elle, montre, en plus des concerts, le groupe derrière le rideau de fer. Un témoignage rare, dont cette scène où la bande se retrouve embarquée dans un mariage… local.

Si le public se délecte des désormais classiques du genre (Aces High, 2 minutes to midnight, The trooper, Powerslave, The number of the beast…), son plaisir continue avec le produit en lui-même. Derek Riggs a, une nouvelle fois, créé une pochette au mille références et détails, une pochette qui occupe le regard des heures durant. Surtout, au-delà des pochettes papier des galettes, joliment illustrées de nombreuses photo, Iron Maiden offre un livret de 8 pages truffées d’informations diverses, allant de la liste complète des dates de cette tournée à des informations purement techniques. On y apprend ainsi que la tournée de 322 jours a vu le groupe visiter 24 pays ou occuper 7778 chambres d’hôtel…

Arrivé n°2 des charts anglais (la VHS sera n°1), Live after death s’impose bientôt dans la catégorie des live incontournables du rock et devient un témoignage historique. Il sera réédité en CD dans une première version tronquée des titres de l’Hammersmith, avec un livret plu sobre, voire dénué d’intérêt. Il faudra attendre 1998 et la vague de rééditions du back catalogue pour retrouver l’intégralité de ces enregistrements sur un double CD (agrémenté d’une illustration inédite de Riggs) ainsi qu’un livret reprenant l’ensemble des notes de l’album et d’une plage multimédia avec vidéos et autres documents. Si les photos sont moins nombreuses, quelques illustrations inédites viennent compléter le plaisir.

 

BLACK BART : Casnewydd Bach

France, Heavy metal (Autoproduction, 2018)

Le metal pirate arrive en France et il se nomme Black Bart! Les moussaillons, en pleine préparation de leur 4ème album, ont décidé de se rappeler à notre bon souvenir en redistribuant ce Casnewydd Bach, troisième album sorti en 2018. A-t-il vieilli? Non, car les pirates, en campagne depuis 2007 avec un équipage inchangé (Babass’ au chant et à la… basse, Rudd et Zozio aux guitares,et Marco à la batterie) puisent leur(s) inspiration(s) dans le metal traditionnel, mélodique et rythmé. Celui des 80’s. Le monde de la piraterie en a inspiré plus d’un, de Running Wild à Alestorm, et reste aussi une source d’inspiration intarissable. Et Black Bart, ce nom si souvent évoqué qui fut aussi le thème d’une face B de Maiden (Black Bart blues). Si les sources d’inspirations sont souvent évidentes – allez ne pas reconnaître une basse à la Steve Harris, une intro à la Master de Metallica ou des riffs à la Priest ou Accept sans compter la détermination « vent en poupe » de la bande à Rock n Rolf), le quatuor les intègre joyeusement dans ses compos. C’est parfois si évident qu’on n’a même pas envie d’évoquer le mot de plagiat tant c’est fait avec amour et envie. La production est elle aussi marquée du sceau des années 80, tout comme le chant en français, rugueux et plein de rhum, est parfois étonnant (voire limite et déroutant, comme sur Le dernier voyage). Mais il y a du cœur à l’ouvrage et rien que ça, cette musique faite pour le plaisir sans forcément se prendre trop au sérieux, ça donne envie d’aller plus loin. Alors, en attendant le nouvel album promis pour bientôt, laissons le sourire nous barrer le visage et profitons de cet album plaisant. A suivre: chronique du Ep Pièce de huit.

Hommage à Martin BIRCH

Martin Birch – photo: ?

Martin Birch, un des plus importants producteurs de l’univers hard rock/metal est décédé le 9 août 2020 à l’âge de 71 ans.

Né le 27 décembre 1947 à Woking, ville située au sud ouest de Londres et aujourd’hui connue pour abriter, entre autres, les usines de l’équipe McLaren, Martin Birch grandit avec le rock, milieu dans lequel il évolue en tant qu’ingénieur du son puis producteur à part entière.

Ses premiers faits d’armes marquants sont signés avec Deep Purple. Si le mythique groupe anglais est producteur de certains de ses albums mythiques, Martin Birch est crédité en tant qu’ingénieur du son sur rien moins que Concerto for group and orchestra,  Machine Head, In rock ou Burn. Des albums qui lui permettent, à la fin des années 70, de se faire un nom et une réputation.

Ritchie Blackmore l’embarque dans ses valises lorsqu’il forme Rainbow dont il produit le premier album Ritchie Blackmore’s Rainbow en 1975, avec Ronnie James Dio au chant. Il s’occupe également des albums suivants, produisant Rising, l’immense double live On stage et le fabuleux Long live rock ‘n’ roll qui marque le départ de Dio pour Black Sabbath.

Entre temps, Martin Birch suit David Coverdale dans son projet Whitesnake dont il produit le tout premier essai, Snakebite, en 1978, avant de s’attaquer aux albums suivants. Impossible de ne pas citer les œuvres indispensables que sont Trouble ou Lovehunter, deux albums de heavy blues chaleureux qui arrivent en pleine vague punk… Mais ce sont surtout les années 80 qui vont en faire le producteur incontournable qu’il devient rapidement. Sa carrière continue, bien sûr avec Whitesnake, dont on retiendra le sublime double Live… in the heart of the city, et les albums studio Ready and willing, Come and get it, Saints and sinners ou le plus « discutable » Slide it in.

Revenons à Dio et son intégration au groupe de Tony Iommi: Martin Birch transforme, au tout début des 80’s, la bête Black Sabbath en un monstre d’efficacité avec deux albums, une fois encore, indispensables: Heaven and hell et Mob rules. Deux « petites » collaborations qui poussent Black Sabbath au panthéon du rock avant que le départ de Dio ne voit le groupe se perdre…

Comment, aussi, passer à coté de sa collaboration, sa complicité même, avec Iron Maiden? Le groupe de Steve Harris lui accorde sa confiance dès 1981 et son second album, Killers. Birch ne quittera plus les manettes du son de la vierge de fer en engendrant une palette d’hymnes du genre jusqu’au début des années 90 . Soit la période la plus créative du groupe, celle de ses classiques incontestés: The number of the beast, Piece of mind, Powerslave, Somewhere in time, Seventh son of a seventh son, No prayer for the dying (le moins bon de tous, sans doute…) et Fear of the dark, sans oublier deux live, le chef d’oeuvre Live after death et Live at Donnington. Bref, toute la première période « dickinsonnienne ». Ainsi que toute celle avec Adrian Smith…

Si la carrière de Martin Birch semble notamment marquée par ses collaborations avec des groupes anglais, d’autres lui accordent également leur confiance, à l’instar des Américains de Blue Oÿster Cult qui semblent chercher un second souffle. Le groupe fait donc appel au producteur très en vue pour son album de 1980, Cultösaurus erectus, et le rappelle pour le suivant, l’année suivante, pour Fire of unknown origin. Un univers quelque peu différent qui pourtant séduit le public.

Il collabore également avec l’ange blond, surdoué de la guitare, Michael Schenker et son MSG pour qui il produit le troisième album, Assault attack, en 82, mais ce sera là leur unique collaboration.

Martin Birch aura illuminé de son les années 80. il décide de prendre sa retraite en 1992 après avoir finalisé son travail avec Iron Maiden pour Fear of the dark. Pour eux comme pour d’autres, après son passage, plus rien ne fut comme avant. Tous les groupes qui ont collaboré avec Martin Birch ont vécu avec lui leur moments de plus grande créativité. Passer après Birch? Une tâche plus que compliquée, semble-t-il.

Merci, Martin, si tu nous as quittés, ton oeuvre, elle, sera là pour l’éternité. RIP.

Interview: AVATAR

Interview AVATAR: entretien avec John Alfredsson (batterie). Propos recueillis par téléphone, le 10 juillet 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Comment ça se passe en Suède, d’un point de vue sanitaire, ces jours-ci ?

John : Bien… enfin, « bien » est tout relatif. Mais… Nous survivons…

 

Metal-Eyes : Votre dernier concert était à Saint Petersbourg, le 14 mars. N’était-ce pas un peu étrange de vous retrouver entre deux états, « on va devoir rentrer » et « on doit continuer » ?

John : Oui, la Russie était, je crois, un des derniers pays à avoir fermé ses frontières. Quand nous jouions en Russie, nous ne pouvions que constater que tous les autres pays du monde fermaient, les uns après les autres, et tous les groupe que nous connaissons, qui étaient en tournée, annulaient. Nous, on était là à se demander si nous étions censés continuer de jouer… C’était étrange, vraiment…

 

Metal-Eyes : J’imagine aussi que vous ne pouviez prendre la décision d’annuler de votre propre chef pour des questions d’assurances…

John : Oui, mais d’un autre côté, nous n’avons donné que 3 concerts en Russie, en ouverture de Sabaton. Et au bout du compte, l’endroit le plus sécure est sur scène. Nous n’étions pas inquiets pour nous, plus pour le public. Nous espérions simplement que quelqu’un savait ce qu’il faisait avec cette foule, tu me comprends ? Je ne crois pas que nous, en tant qu’artistes, devons dire aux politiciens ce qu’ils doivent faire. Je ne supporte pas d’entendre des artistes demander à ce qu’on les laisse jouer, pas dans ces conditions. C’est aux autres de nous dire quand il sera temps de rouvrir, ou de fermer si c’est nécessaire.

 

Metal-Eyes : Parlons du groupe maintenant : le cycle Avatar country se termine. Que vas-tu en retenir ? A part le Covid…

John : Euh… Je crois que je me souviendrai de ce cycle comme l’un des plus amusants que nous avons vécu. Nous ne nous sommes jamais autorisés à nous permettre autant de choses que sur Avatar country. Tout était permis.

 

Metal-Eyes : Même Hellzapoppin…

John : Oui, même eux ! Ce genre de choses ! C’était très… comment dire ? « Relaxant » de pouvoir nous laisser aller. Quand nous programmions cette tournée, nous nous demandions quelle était la chose la plus dingue qu’on puisse faire, et nous avons fonctionné comme ça tout le temps. Nous ne le referons plus dans un avenir proche. C’est ce dont je me souviendrais de ce cycle, faire des choses comme accueillir Hellzapoppin sur la tournée, faire apparaître le roi sur un trône… ou faire un film !

 

Metal-Eyes : Faire un film qui ferme ce cycle. J’imagine que tu parles de The legend of Avatar country (il confirme). Ceci signifie donc que le pays d’Avatar était en réalité une légende, il n’existe pas du tout ?

John : Il existe dans nos cœurs, à jamais.

 

Metal-Eyes : Donc, « longue vie au roi » ?

John : Oui, « longue vie au roi » !

 

Metal-Eyes : Vous étiez également censés ouvrir pour Iron Maiden, dont un passage à Paris demain, 11 juillet. Etait-ce toujours sur le thème Avatar Country ou alliez-vous proposer quelque chose de neuf ?

John : En réalité, nous devions donner ce soir un concert secret dans un club de Paris. Qui aurait été le dernier show de Avatar country. Et demain, avec Iron Maiden, nous devions donner le premier concert de la tournée Hunter gatherer

 

Metal-Eyes : Un nouveau cycle s’ouvre avec Hunter gatherer. C’est un album très sombre, à l’opposé de Avatar country. Qu’est-ce qui vous a fait passer de la lumière aux ténèbres ?

John : Avatar country n’était pas supposé être un album au départ. Il devait être un Ep entre deux albums « normaux ». Quand nous avons commencé à composer, nous avions tellement de matériel que je ne parvenais pas à écarter une chanson. Alors « merde ! on fait un album ! » Ça a commencé comme une blague entre nous. Nous avons eu le sentiment à l’époque que nous devions sortir ces chansons. Et ça nous a simplement soulagés de le faire. Nous n’avons jamais eu pour vocation d’être un groupe rigolo… Avatar country, tu peux le voir de plusieurs manières : tu peux le considérer comme une comédie, mais aussi comme une critique de la société du moment. Il s’est passé tellement de choses en 2016, quand nous l’avons écrit… Nous ne parlons jamais de politique dans Avatar, mais nous avons choisi de commenter. Nous nous sommes vraiment amusés à faire cet album, et quand la tournée a commencé, c’était si plaisant de simplement pouvoir proposer des concerts aussi gros ! C’était super fun… la première semaine. Ensuite, il y a eu 150 concerts supplémentaires ! Nous parlons beaucoup et dans le tour bus, on écoutait de la musique, on échangeait et quand l’un d’entre nous a demandé ce que nous allions faire ensuite, la réponse a fusé : pas un putain d’album de comédie ! » Nous savions tous que notre prochain album devait être sérieux. Sinon, nous courions le risque d’être catalogué comme un groupe de comédie, et ce n’est pas ce qu’est Avatar. Ce ne fut qu’un petit détour.

 

Metal-Eyes : Hunter gatherer est un album plus sombre, plus heavy et plus colérique. Qu’avez-vous mis dedans ?

John : C’est certainement l’album le plus sombre que nous ayons enregistré. Une sorte de contre réaction à Avatar Country

 

Metal-Eyes : Justement, vous avez acquis tant de nouveaux fans avec Avatar country… Ne crains-tu pas la réaction de ces nouveaux fans lorsqu’ils découvriront cette autre facette d’Avatar ?

John (il réfléchit) : Non… Non. Je suis sûr à 100% qu’il va y avoir un paquet de fans qui ne va pas aimer cette facette, qui dira préférer « l’ancien » Avatar. Mais c’est toujours le cas, à chaque album… et au bout du compte, nous ne pouvons y prêter attention. Nous aimons nos fans, nous les aimons vraiment, ce sont les meilleurs fans du monde, mais on ne fait pas les choses pour eux : nous faisons les choses pour nous. Avatar, c’est réaliser ce que nous souhaitons. Si les gens aiment ça, c’est un bonus et ça nous permet de continuer. Si personne n’achète nos t-shirts ou nos disques, nous ne pourrions pas payer nos loyers, la situation serait plus complexe. Mais concernant la musique, nous la plaçons en priorité. La vente de T-shirts vient après. Quand nous composons, tant que nous sommes satisfaits, c’est le principal. Si personne n’aime ça, je pourrais me tenir debout fièrement et dire « désolé si ça ne vous plait pas, moi j’en suis fier ! Allez vous faire foutre, je ne compose pas pour vous ! » Mais oui, je suis sûr qu’un paquet de fans n’aimera pas cet album. Ils peuvent continuer d’écouter Avatar country (rires) ! L’album ne disparaitra pas…

 

Metal-Eyes : Et j’imagine qu’il est également possible que certains de ces fans les plus récents soient séduits et cherchent à découvrir votre passé, Hail the apocalypse, Feathers and flesh, Black waltz voire même avant…

John : Oui, aussi, c’est possible.

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution d’Avatar entre vos deux derniers albums, Avatar country et Hunter gatherer ?

John : Mmh… De toute évidence, nous avons changé de voie entre Avatar country et celui-ci ! Plein de choses se sont produites ces deux ou trois dernières années. Ça m’a surpris de voir autant de personnes monter dans ce train. Avatar est devenu une sorte de phénomène. Incroyable de voir ça, et comme je l’ai dit, nous avons les meilleurs fans du monde. Comment on a évolué ? Naturellement… Nous faisons ça depuis presque 20 ans. C’est assez difficile pour moi d’analyser ces dernières années parce que notre évolution s’est faite depuis le début. Nous vieillissons, devenons plus sage.

 

Metal-Eyes : Avez-vous changé votre manière de composer pour ce nouvel album ?

John : Nous avons commencé par discuter, beaucoup. Quelle sera le cadre, de quoi allions nous parler ? Dès le départ, nous étions d’accord sur le fait que ce serait l’opposé, qu’il serait très sombre, qu’il ne devrait y avoir aucune blague…Et ce ne serait pas un album conceptuel, comme c’était le cas avec Avatar country ou Feathers and flesh. Il nous fallait retourner vers des terrains inexplorés. Avatar country était une sorte d’hymne au heavy metal. A tout ce qu’on aime dans cette musique : un roi, du fantastique, tout tient dans une boite, petite. Pour Hunter gatherer, nous avons décidé de prendre une grande boite, sans limites. Il y a Silence in the age of apes, très violente, brutale, Colossus, très sombre, une autre avec du piano… Nous avons beaucoup écrit, quelque chose comme 40 chansons… et nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à la meilleure manière de les lier, d’en faire quelque chose de cohérent, qui tienne la route. Et nous avons passé beaucoup de temps à répéter aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez beaucoup tourné, comme tu l’as rappelé. Quand avez-vous trouvé le temps d’écrire et de composer autant ?

John : Un des luxes que nous devons au fans, et c’est la première fois que ça nous arrive en 20 ans, c’est que nous pouvons recevoir un petit salaire. Ça aide beaucoup. Jusqu’à Avatar country, nous étions tous dans l’obligation de travailler à côté, et c’était difficile parce que nous ne pouvions nous voir qu’une heure par-ci, une heure par-là. Quelqu’un avait un empêchement… Cette fois, nous avons pu bénéficier de temps et dès que nous n’étions plus sur la route, nous nous attelions au travail. Comme nous le faisons depuis toujours au sein d’Avatar, nous voyageons ensemble. Nous avons quelques lieux de rencontre : la famille de notre chanteur a une maison dans la forêt, j’ai une maison dans la forêt, notre guitariste, Jonas, le roi, vit sur une île en dehors de Göteborg. Alors nous y allons ensemble, restons sur place une semaine, isolés dans un endroit où il n’y a rien d’autre à faire que de travailler.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Hunter gatherer pour explique à quelqu’un ce qu’est Avatar aujourd’hui, ce serait laquelle ?

John (il réfléchit) : … A secret door. Je pense qu’elle résume bien l’album. Hunter gatherer explore différentes voix, très dures, très mélodiques, très industrielle, et je crois que A secret door contient tout cela. Bien sûr, je pourrais aussi dire Colossus, qui est le premier extrait. L’une ou l’autre est représentative.

 

Metal-Eyes : Colossus, la vidéo, vient d’être dévoilée au public. Quelles sont les premières réactions ?

John : Je suis en train de suivre en direct et je vois qu’il y a… 6.000 pouces levés, donc j’imagine que c’est positif. Mais je ne lis pas les commentaires. Je ne lis pas les chroniques, je suis une de ces âmes fragiles (rires). Si les gens aiment, tant mieux, mais je ne me plonge pas dans les critiques. Parce que, le pire qui puisse arriver, c’est de lire 100 chroniques qui encensent l’album et une, une seule, donne un avis différent, et ça peut être blessant… Rien que pour cette raison, j’ai décidé d’arrêter de les lire. Je sais, je dois aller voir un psy…

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Avatar pour ce nouveau cycle ?

John : Euh… « Soyez gentils » dans le sens généreux, bons.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : la Suède est aujourd’hui un des plus important pays du metal. On a beaucoup parlé de la scène death metal au début des années 90, maintenant, c’est un des pays qui propose les groupes les plus mainstream et variés avec des groupes comme Sabaton, Amon Amarth, Royal Republic, Ghost, vous et tant d’autres qui développent de vrais spectacles visuels. Comment expliques-tu ce phénomène ?

John (il rit) : J’adore ça ! Nous sommes assis tranquillement et tu parles d’Amon Amarth comme d’un groupe mainstream !

 

Metal-Eyes : En dehors du chant, c’est aujourd’hui plus du metal…

John : Ouais, mais si tu retournes 20 ans en arrière, tu n’en parlerais pas comme ça ! Même aujourd’hui, c’est très rapide, avec des doubles grosses caisses, des growls… Je crois que c’est plus l’époque qui change que la musique. Mais c’est vrai, il y a du spectacle, c’est très visuel. Et j’adore les fans capables de parler d’Amon Amarth, que j’adore, comme d’un groupe « mainstream » (rires).

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à rajouter ?

John : Gardez la tête froide, votre cœur ouvert et vos mains propres ! Nous sommes vraiment très impatients de vous retrouver sur la route, surtout en France. Vraiment, nous adorons la France !

 

Metal-Eyes : C’est pour ça que vous y aviez prévu un concert secret sans doute…

John : Oui, oui, absolument.

 

ROBERT JON & THE WRECK: Last light on the highway

Rock sudiste, USA (autoproduction, 2020)

Le rock sudiste a cette force de savoir être un genre transgénérationnel. Pour peu que l’on aime le rock, le blues, la soul, alors il est aisé de se laisser emporter par des riffs simples et vraies. Robert Jon & The Wreck (RJTW) viennent encore nous le prouver avec Last light on the highway, leur Xème album. Voici encore une formation obscure connue des seuls initiés et qui mérite vraiment de trouver un plus large public… Mais ces mecs en veulent! Ce nouvel album sort un an à peine après leur dernier effort, Take me higher. Les 11 titres évoquent toute l’histoire du Southern rock surprennent par instants en évoquant Phil Collins ou John Cougar Mellencamp. Tant dans le chant que musicalement, d’ailleurs, le groupe puisant dans le royaume du bon gout populaire, entraînant, rythmé et joyeux. Avec ses inspiration soul, rock et pop, ses guitares qui craquent ici et se font légères, ses chœurs chaleureux, ses claviers discrets et sa rythmique directe et efficaces, RJTW va plus loin que le simple rock sudiste et s’adresse à un large public avec l’envie de le faire bouger. Impossible de rester de marbre… Un album sans autre prétention que de se faire et de faire plaisir, Last light on the highway s’écoute au volant sur une longue route et aide à faire défiler les paysage. Un disque pour s’évader.

HELLFEST 2021: l’affiche presque au complet

Nous le savons depuis quelques temps, Hellfest production vient de le confirmer: l’affiche de la XVème édition, qui se tiendra les 18, 19 et 20 juin 2021, accueillera 90% des groupes qui devaient initialement jouer cette année. Bien sûr, on pourra regretter l’absence d’Infectious Grooves, de Mastodon ou, dans une moindre mesure selon mes critères, de Baby Metal, mais c’est ainsi. Seuls une quinzaine de groupes restent à confirmer. Ci dessous, un extrait du communiqué de presse listant notamment les futurs absents et annonçant quelque belles surprises!

Rappel: les billets 2020 restent valables pour l’édition 2021. Mais ça, vous le saviez déjà. D’ici-là, sortez couverts et prenez soin de vous!

Hellbangers, avec un peu d’avance par rapport à d’habitude, voici la programmation de l’édition 2021 !

90% des groupes nous ont reconfirmé leur présence pour l’an prochain, et vous vous en doutez, ils sont particulièrement impatients de vous retrouver en terres clissonaises !

13 groupes prévus sur l’édition 2020 n’ont malheureusement pas pu confirmer leur présence pour 2021 : Incubus, Mastodon, Infectious Groove, Thy Art Is Murder, Alter Bridge, Baby Metal, Joyous Wolf, Periphery, Unleashed, Meshuggah, The Black Dahlia Murder, Body Count et August Burns Red.

Heureusement, nous avons pu en confirmer 3 nouveaux : Puscifer (Hellcome back Maynard James Keenan), Dropkick Murphys (le jumelage Clisson / Boston est en bonne voie !) et Northlane (pour du Metalcore Australien de haut niveau !).
Nous travaillons encore sur les 10 groupes à vous annoncer pour boucler cette affiche ! Faites-nous confiance, nous sommes déjà sur de bonnes pistes !

Vous pouvez retrouver la playlist 2021 dans sa totalité sur Spotify : https://spoti.fi/30MgW2D

Pour découvrir les groupes et sauvegarder vos favoris, l’application mobile Hellfest est toujours disponible :
IOS : https://apple.co/2tS9feK
Android : http://bit.ly/39rvCqk

Ce post est aussi l’occasion pour nous de vous souhaiter un bel été ! L’équipe de la production prend quelques semaines de vacances pour revenir en pleine forme en septembre et vous préparer une édition 2021 tant attendue!

Encore un immense merci pour vos messages, mails, appels et courriers de soutien ces derniers mois qui nous ont aidé à surmonter cette annulation de notre édition anniversaire.

D’ici là faites attention à vous et à vos proches (et continuez à respecter les gestes barrières !)

Hellfest Crew

 

ALCATRAZZ: Born innocent

USA, Hard rock (Silver Lining, 2020)

Lorsqu’on évoque Alcatrazz, on pense soit à la prison d’où « on ne s’évade pas », une île à quelques encablures de San Francisco – mais suffisamment éloignée des terres et cernée de courants forts et contraires pour décourager les meilleurs nageurs – une prison désormais devenue lieu de visites touristiques, soit au groupe fondé au début des années 1980 par Graham Bonnet, chanteur passé au sein du Rainbow de Richie Blackmore ou du MSG de Michael Schenker. La première mouture du groupe avait accueilli un jeune Yngwie Malmsteen, prodige de la guitare devenu référence de nombreux six cordistes, amateurs ou professionnels. Mais avec un line-up instable, et malgré 3 albums de qualité, jamais Alcatrazz ne réussit à franchir le cap des challengers. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, Graham Bonnet reprend son micro et s’entoure d’une équipe efficace avec laquelle il propose, 34 ans après le dernier album studio, Born innocent, un album qui fleure bon le bon vieux temps. Celui où les manches de guitares déversaient un flot de notes et de mélodies, où le chant signifiait quelque chose, où l’efficacité et l’attitude primaient sur le reste. Les 13 titres de ce nouvel album renouent avec ce passé lointain mais pourtant si familier et proche. C’est sans doute la seule faiblesse de ce disque varié, à la production irréprochable: être trop nostalgique, proposer une musique quelque peu datée. Mais la voix de Bonnet est bluffante, tout comme le jeu de Joe Stump, un guitariste à suivre de près. La mélodie omni présente et le refrain qui fait mouche parviennent aisément à faire de cet album « sans prétention » un moment de plaisir simple et intense. Ne vous attendez pas à une révolution, Born innocent entre simplement dans la catégorie des albums rafraichissants. A l’image du sourire que Bonnet affiche dans le livret intérieur.