Qu’il est bien nommé ce nouvel album des Bretons de Komodor! C’est un bond dans le temps auquel le quintette nous convie avec Time & space. Dès le riff introductif de Hard to deal, les guitares saturées et le son vintage, on replonge à la frontière des années 60 et 70, lorsque Led Zeppelin ou The Who explosent tout sur leur passage. Puis, tout au long des Soul tricker, Once upon a time, Burning land ou autres Raise your hands ou Madness, Komodor revisite les classiques de l’époque en s’inspirant ici de Blue Oÿster Cult, là de Kiss, incorporant des touches des Eagles, Pink Floyd, Alice Cooper, Hawkwind ou du glam rock de David Bowie ou T-Rex sans jamais perdre de vue sa propre personnalité musicale. Résolument vintage et volontairement oldie, Time & space est un album organique, dont la musique vient des tripes et l’ensemble (le chant anglais mis à part…) se révèle d’une rare efficacité. Le genre de musique qu’on aime écouter dans des clubs où chaque titre peut – doit – entrainer le public dans une transe d’un autre âge. La surprise de ce début d’année.
Si au départ JJAX est le projet solo de Julien Jacquemond, que les amateurs de metal hexagonal connaissent sans doute pour son travail passé avec Inner Visions, le projet est devenu groupe, le guitariste chanteur s’entourant d’autres fines gâchettes : Karim Attoumane, guitariste de Zuul FX, Brice Berrerd, bassiste de Les Discrets et Arnaud Gorbaty, ancien batteur de Alkemyst ou Further Dimension. La formation publie ses premiers essais via bandcamp en 2021 et propose aujourd’hui Reason to hope, une solide galette qui mélange oldie but goodie à des sonorités résolument modernes. Le résultat est à la fois étonnant et efficace. On a parfois l’impression que Jjax plonge dans un trip nostalgique en réexplorant les origines du thrash (de belles guitares sauvages à la Metallica/Slayer) ou à l’époque dorée de la NWOBHM, certains passages vocaux m’évoquant Diamond Head, ou encore les duels de guitares que ne renieraient pas des Maiden ou Priest. Certaines influences remontent même plus loin, au rock and roll des 60’s ou au hard rock naissant (The spirit résume bien cet état d’esprit, ainsi que les deux reprises, Carry on waywardson – ici renommé « Carry on, my wayword son – de Kansas et Riff raff d’AC/DC). Mais Jjax se veut aussi contemporain en proposant des moments plus rageurs et brutaux – dont quelques grognements bien sentis – et des refrains qu’on pourrait aisément siffloter. Jjax s’offre même le luxe de quelques participations extérieures, et non des moindres puisqu’on retrouve au gré des titres Ivan Keller (Jelusick), Madie (Faith In Agony, ex-Nightmare) et Swan et Jerem G (BlackRain), preuve que le groupe présente un réel intérêt. Huit titres originaux aux guitares aussi furieuses que mélodiques et deux reprises pour un album haut en couleurs. Sans doute pas une révolution mais un vrai bon moment à conseiller.
Interview CRICKFEST 5 : Entretien le 24 janvier 2026 avec Chris Danacker, président de l’association
Cette année, la cinquième édition du Crick Fest se tiendra le 11 avril, toujours à l’espace Loire de Cléry Saint André, c’est bien ça ?
C’est ça, même endroit, et mêmes horaires : ouverture des portes à 18h30 pour finir à… quand on coupera le son !
Encore une fois, il y aura 4 groupes…
Oui, sur la troisième édition, il n’y avait que 3 groupes, mais je trouve que ça ne fait pas festival. C’est un gros concert, mais avec 4 groupes, comme l’an dernier, on est déjà plus dans l’esprit festival. On a avancé l’horaire sinon ça fait finir trop tard. Je pense que là, ça tient bien.
Il y a une grosse différence par rapport aux années précédentes, c’est que, pour la première fois, vous accueillez un groupe étranger, les Italiens de DGM.
Exactement.
Qu’est-ce qui a orienté ce choix ?
A la base, ça devait être un autre groupe. Étranger, mais pas italien…
Plus dans le nord ?
C’est ça (ndMP : je pense qu’il s’agit d’une formation assez rare en France dont j’ai couvert le premier concert donné en France en près de 6 années, à confirmer). Mais ils nous l’ont fait à l’envers, les prix ont été multipliés par 5 en 3 ans et, de là, on a commencé à chercher d’autres groupes ; J’ai regardé sur YouTube – je ne connaissais pas DGM – j’ai trouvé un lien et j’ai été scotché. J’ai pris contact avec pas mal de monde qui pouvais m’aider avec DGM, dont Julien, le chanteur de Amon Sethis. C’est lui qui s’est chargé du booking de DGM, et il jouera également avec son groupe. J’adore l’esprit du groupe, qui mélange les influences, metal, oriental…
Il y aura donc DGM, Amon Stehis, ton groupe, Prisma… Tu n’as pas peur que le public se lasse de Prisma à l’affiche ?
Ça dépend… Si on continue de composer à un rythme aussi soutenu qu’en ce moment, non. Et puis, il ne faut pas oublier qu’on a créé le Crick Fest pour que PrismA puisse se produire. Il y a une belle scène, et le CrickFest a aujourd’hui une belle scène.
Le premier groupe qui jouera, c’est Epitude.
Epitude, même si logo n’est pas forcément super clair ! Avant, ça s’appelait GDM. Il répétait dans mon studio et un jour, je leur ai demandé ce que signifiait « GDM ». Ils m’ont répondu « en fait, on ne trouvait pas = de nom, alors on a choisi GDM : Groupe De Merde » (rires) ! Je leur ai dit que tout allait bien, leur musique est nickel – c’est du rock prog, ils adorent Opeth et ce type de groupe, et c’est des bénévoles de l’asso. J’ai prévu des personnes supplémentaires pour les remplacer.
On sait que la jauge est limitée à 350 spectateurs. Vous en êtes où des ventes aujourd’hui ?
On en est à un peu plus d’une centaine de places vendues, ce qui est bien et plutôt rassurant. On est un peu au-dessus de ce qu’on avait fait l’an dernier à la même époque. Ce qui laisse entrevoir une nouvelle belle édition.
Et ce qui peut ouvrir d’autres portes à des groupes étrangers… En dehors de la présence d’un groupe étranger, y a-t-il d’autres nouveautés cette année ?
Mmh… On a plus de bénévoles, et ça devrait permettre plus de facilité, surtout pour le rangement. Le dimanche, on en bave, tout ranger, tout nettoyer pour rendre les lieux comme il faut ; On a passé des bons moments, mais on est tous flingués. A part ça… non. Je disais à notre première réunion que je ne vois pas pourquoi on changerait des choses qui fonctionnent. On a viré ce qui ne fonctionnait pas – la première année on a eu un sandwich trop compliqué qui n’a pas marché, on a viré. Il y aura une personne supplémentaire pour la vidéo. J été donne une exclu puisque PrismA compte utiliser les images et le son du CrickFest sur un ou deux titres pour en faire un futur clip.
Un dernier mot sur les tarifs du CrickFest ?
18€ en prévente pour les adultes, 15€ pour les mineurs de 12 à 18 ans, accompagnés d’un adulte, et sur place, s’il reste des places, ce sera 23 et 18€, et gratuit pour les moins de 12 ans, toujours accompagné d’un adulte.
Et notez bien la date: le 11 avril à Cléry Saint André, à côté d’Orléans. Nous, on se reverra bientôt pour parler d’un autre évènement, plus gros encore !
C’est une soirée très sympatique que nous propose ce soir le Dropkick Bar d’Orléans, un des trop rares lieux de vie et de décibels encore situé en plein centre ville. Ce samedi est en effet placé sous le signe du rock, mais du rock sous diverses formes.
La soirée débute avec un seul en scène étonnant. derrière le nom mystérieux de Order89, formation bordelaise et marseillaise déjà auteure de trois albums, se cache habituellement un duo, ce soir réduit de moitié. Seul Jordi Rodriguez se présente. Après avoir calé son ordi, il se saisit d’une basse et entame son set. Seulement… les bandes diffusent un son avec une basse bien mise en avant. Quel intérêt alors que de se présenter une basse à la main si tout est pré enregistré?
ORDER89 @Dropkick bar Orleans
La musique de Order89 est une sorte de cold wave/post new wave avec une attitude gentiment punk, un ensemble qui rappelle quelque peu Alain Bashung. Si le public présent, encore quelque peu épars, semble séduit, je ne suis pas sensible à ce qui est proposé. J’aime les groupes avec des instruments, pas les ordi. J’aime quand ça joue, pas quand ça suit, et là, il n’y a que du chant, sympa, un peu torturé, parfois mélancolique, mais ce n’est clairement pas mon style.
ORDER89 @Dropkick bar Orleans
Les Orléanais d’Orpheum Black suivent leur petit bonhomme de chemin. Après une pause salvatrice, le quintette s’est ressourcé et se retrouve en forme. Le look a légèrement changé – adieu la grosse doudoune blanche à plumes de Mélodie (chant et claviers) qui se présente dans une tenue beaucoup plus sobre. La tribu est désormais toute de noir vêtue et propose ce soir, pendant 45′, quelques nouveautés déjà parues sur les réseaux (Sara, Like a warrior, R.A.W. et, je crois, King with no crown) et qui passent facilement l’épreuve de la scène
ORPHEUM BLACK @Dropkick bar Orléans
Si la bonne ambiance au sein du groupe est palpable, quand bien même l’exiguïté de la scène empêche chacun de se libérer entièrement et de circuler comme il le souhaiterait, il y a une véritable alchimie entre Greg et Mélodie, les deux chanteurs qui communiquent de manière si complémentaire qu’on imagine mal un concert l’un sans l’autre.
ORPHEUM BLACK @Dropkick bar Orléans
Si Romain (guitare) ne descend plus comme il le faisait pour se promener dans le public, on le sent toujours totalement habité par son instrument, allant parfois jusqu’à se démonter les cervicales, tandis que, de l’autre coté de la scène, Nathan (basse) se montre aussi concentré que parfois déchainé sur sa basse. Clairement, nous avons à faire à une formation en totale harmonie.
ORPHEUM BLACK @Dropkick bar Orléans
La salle est désormais plus que bien remplie, et le public, clairement venu pour Orpheum Black, soutien ses héros avec bonne force et bonne humeur. Preuve en est lorsque Greg aperçoit un groupe de cinq spectateur dont chacun porte un T-shirt avec la photo d’un des membres du groupe représenté avec son animal « totem » (j’ai repéré un aigle et un gorille)!
ORPHEUM BLACK @Dropkick bar Orléans
La soirée se termine avec du rock plus « classique » et traditionnel proposé par Fool System. Entrainant, la formation évoque parfois Téléphone avec des touches plus modernes à la Foo Fighters, et le public – moins nombreux, on circule facilement dans la salle – semble réceptif.
FOOL SYSTEM @Dropkick bar Orleans
Là encore, on se laisse emporter par ce rock franc du collier et le savoir faire du groupe formé il y a maintenant une bonne décennie. Les quatre, habitués des lieux, se font visiblement plaisir, et le public présent en profite pleinement.
FOOL SYSTEM @Dropkick bar Orleans
Là encore, ce sont 45′ entrainantes que Fool System a offert au public du Dropkick, lieu de plus en plus emblématique et incontournable. Une soirée pendant laquelle le quatuor aura pu présenter son nouvel Ep, plein de promesse.
FOOL SYSTEM @Dropkick bar Orleans
C’est une nouvelle bien belle soirée en ce début d’année qui est des plus prometteuses que nous a proposée la joyeuse équipe du Dropkick. D’autres sont à venir!
Magoyond fait partie de ces formations à part. A chacune de ses publications, le groupe nous invite à un voyage entre terres horrifiques et SF oppressante (les bien nommés Kryptshow et Necropolis, tous deux parus aux alentours de halloween en 2019 et 2022, par exemple). Cette fois, avec un léger décallage, le Mago (Julien Escalas, chant et guitare) et ses fidèles compagnons (Victor Bruzzi, guitare, « Aspic » – Arnaud Condé – basse et Bruno Guerzoni, batterie) nous entrainent dans un voyage aux confins du temps qui peut évoquer à la fois les univers de Philippe Brussolo ou Michael Moorcock (auteurs de SF dont j’ai beaucoup aimé, respectivement, Le bricolo et la sage Le nomade du temps) et la lourdeur cameronesque de Terminator. Zeppelin, le nouvel album – en réalité un Ep de 6 titres et leurs version instrumentales – nous embarque à bord de ce navire mythique afin d’échapper au monde d’en bas. « Nous passerons par les airs » conclue la narration introductive qui ouvre les portes à ces admirables orchestrations. Si Magoyond est une entité de 4 musiciens, c’est un projet qui s’est toujours voulu beaucoup plus large, avec une ambition mesurée et calculée. Le groupe fait en effet de nouveau appel à un orchestre, une nouvelle fois dirigé par Aspic et le résultat est simplement remarquable. La voix grave et profonde du conteur Le Mago nous emporte dans des décors aussi sombres qu’empli de cet espoir fou de se sortir de cet univers malsain. Une nouvelle fois, Magoyond nous offre un album à la superbe mise en son et en scène. Vivement que ce groupe à part et hors norme trouve son public!
C’est le 13 décembre 2017 que les Parisiens de Sex Shop Mushrooms ont vu le jour. Mais, non! C’est n’importe quoi ce que tu écris! Oui, d’accord, mais quand même… Que penser d’un tel intitulé d’album, 131217, franchement? Bon, ok… SSM a vu le jour en 2022 et a publié un premier album, God doesn’t exist, en 2024. Un album franc du collier, direct, intimement grunge version Nirvana. Revoici le quatuor qui déboule avec un second album – 131217 pour ceux qui ont zappé les premières lignes – plus brut encore. Tout aussi enragé que son prédécesseur, ce disque transpire autant la sincérité qu’une forme punkisante de je m’en foutisme. Le qu’en dira-t-on et la langue de bois, ce n’est pas le trip de ces énervés qui au travers de 11 chansons entrainent l’auditeur dans leurs délires. Impertinent dès le morceau d’ouverture – Help me I’m cumming (pour les non anglophones, ça se traduit simplement par « aide moi, je jouis ») – le groupe nous replonge à la naissance du grunge dans un esprit résolument punk et le fait avec brio (exception faite de… l’anglais, mais ils s’en foutent aussi!) 131217 est un album aussi efficace qu’il est intense et Sex Shop Mushrooms a tout pour faire pogoter son public en concerts. Et, comme les quatre l’écrivent si justement au verso du livret, « aucun groupe ne survit seul. Soutenez vos groupes locaux ». Ca commence par cet album, déclaration d’intention 100% rock n roll.
Un peu plus de trois années se sont écoulées depuis Icarus, un Ep sorti en 2022. Les Bordelais progressifs de Seven Eyed Crow auront pris le temps nécessaire pour concocter son second album (Organized chaos est sorti en 2018… Un groupe qui en effet prend son temps!), intitulé Emerge. Composé de 10 titres, cette nouvelle galette est aussi aérienne qu’elle peut proposer des passages d’une détermination à toute épreuve. Si comme pour toute formation dite « prog » il y a de nombreux passages complexes, Emerge propose également sont lot d’instants groovy et entrainants. Quelques incursions dans le metal rappé et rageur (Mind blowing signs) côtoient un esprit soul à la Sade (oui, oui, Until m’évoque Smooth orperator dans ses parties les plus calmes), voire le reggae. Les cavalcades et les syncopes instrumentales, ces instants qui rattachent Seven Eyed Crow au metal, sont nombreuses. Une belle réussite qui pourrait permettre au groupe – qui a étrangement décidé de remplacer son corbeau à sept yeux par sept… méduses – de franchir un cap supplémentaire.
Avec Pictures, les Français de HamaSaari nous invitent à un voyage en huit étapes sonores. Clairement inspiré par le rock progressif doux et planant autant que par le metal tranchant et direct, la formation transforme Ineffable, un premier essai paru en 2023, avec ce nouvel album riche d’univers sonores. Passant avec une remarquable aisance de tempi légers et aériens à des fulgurances tempétueuses, le groupe composé des frères Jupin (Jordan, chant et guitare et Jonathan, basse), Axel Vaumoron (guitares) et Élie Chéron (batterie) démontre une maturité exemplaire dans ses compositions qui, contrairement à certains progueux trop intellectuels, semblent tout droit venues du cœur et des tripes. En n’étant jamais démonstratifs, HamaSaari parvient à interpeler et attirer dans son sillage l’amateur de belels et puissantes mélodies. Bien fait et bien produit, cet album démontre simplement que la France a de vrais talents musicaux dans tous les domaines et que, en matière de prog, HamaSaari n’a rien à envier à nos Klone et autre Hypno5e nationaux. Pictures est un de ces albums envoûtants qu’on aimerait voir rencontrer un très large public.
Ce soir, ce sont deux découvertes qui m’attendent avant de pouvoir assister à la prestation de Beyond The Black, toujours mené par sa chanteuse, Jennifer Haben. Mais avant, place à deux formations inconnues de mes services: Seraina Telli et Setyoursails. Et ce soir, c’est clair, c’est une première soirée girl power, les trois formations étant menées par des chanteuses. Aux styles radicalement différents, nous allons vite nous en rendre compte! C’est un Bataclan en « petite » configuration (le balcon est fermé) qui accueille un petit millier de spectateurs.
Seraina Telli@Paris Le Bataclan
La scène est envahie de verdure et plantes artificielles – le stand de merch, très vert, donne un premier aperçu – composé de gigantesques fleurs en tissus, d’un pied de micro orné de feuillage et de mousse s’étalant sur les claviers. Les lumières s’éteignent et le public découvre une sorte d’épouvantail armé d’une guitare – verte, à ce stade, ça semble aller de soi – qui s’approche du centre de la scène. Coiffée d’un chapeau « chevelu » qui lui cache complètement le visage, toute de noir et de vert vêtue, Seraina Telli susurre ses premières paroles sur une scène toute éclairée de… vert avant de se découvrir et d’entrer de mettre le pied sur l’accélérateur.
Seraina Telli@Paris Le Bataclan
Une demi-heure durant, la jeune suissesse, seulement accompagnée de son complice batteur, délivre un set haut en couleurs et en énergie. Pop et rock à la fois, coincée entre une Britney Spears énervée et Halestrom, le duo se montre, malgré l’étroitesse de la scène, plus qu’enjoué et parvient aisément à se mettre le public, très réceptif, dans la poche. Les prises de paroles sont toujours joyeuses et positives, Seraina semblant vraiment heureuse d’être là ce soir. A l’image de son concert, simplement rafraichissant.
Seraina Telli@Paris Le Bataclan
Avec Setyoursails on change de registre. La scène est dépouillée, aucun artifice ne traine exception faite d’une petite estrade pour la chanteuse, Jules Mitch. Après une intro techno, la salle est plongée dans le noir et là… La brutalité de l’intro ne fait aucun doute, le groupe pratique un metalcore/hardcore des plus explosifs. La chanteuse ayant hurlé un « are you ready to rock n roll », on sait à quoi s’attendre. Les lumières sont aussi minimalistes que la musique est massive. Rapidement, pourtant, après avoir rappelé que c’est sa seconde venue à Paris, le groupe obtient un premier circle pit.
SetYourSails@Paris Le Bataclan
Si, au départ, je n’éprouve aucune sensibilité, Setyoursails se montre bientôt très entrainant et d’une exemplaire efficacité. Des titres comme Bad company proposent un groove imparable et d’autres comme Fckoff sont prétexte à faire chanter, avec facilité, le public que Jules tient, elle aussi, dans la paume de sa main.
SetYourSails@Paris Le Bataclan
Même si certains passages m’évoquent Avatar, Setyoursails propose un set d’une incontestable efficacité. Quand bien même André Alves, le guitariste, soit peu mobile – il semble qu’il soit malade, alors, chapeau – la formation allemande a su séduire le public qu’elle quitte avec un Best of me plus que rageur.
SetYourSails@Paris Le Bataclan
Un grand voile noir floqué du nom de la tête d’affiche – Beyond The Black – tombe en devant de scène, bloquant la vision du public. Les Allemands viennent à peine de publier leur dernier album, Break the silence, paru au tout début du mois, et vont lui faire honneur. Certes, le public ne connait pas encore bien le nouveau répertoire, mais les titres extraits de cet album – pas moins de six, soit un tiers du set – vont se montrer très efficaces.
Beyond The Black@Paris Le Bataclan
Mais d’abord, annonçant l’arrivée de la formation, Paint it black (The Rolling Stones) retenti. Puis des lumières rouges éclairent le rideau de scène qui, dès les premières mesures de Break the silence, tombe, laissant apparaitre les héros du soir. Petit à petit, la troupe de Jennifer Haben séduit un public plus nombreux et le metal aux accents pop fait ce soir encore son petit effet.
Beyond The Black@Paris Le Bataclan
Beyond The Black dégaine d’office deux cartouches qui font mouche, Break the silence et Rising high, deux premières nouveautés directes entrecoupées de Hysteria, issus de Heart of the hurricane (2018). Chaque album sera représenté ce soir par au moins un titre, Songs of love and death, le premier opus datant de 2015 demeurant en seconde position avec cinq extraits.
Beyond The Black@Paris Le Bataclan
Rapidement, on se rend compte que la musique de BTB va au-delà du simple « metal symphonique à chanteuse », quand bien même on en reconnaisse les codes, dont ces quelques joutes verbales à la « belle et la bête » lorsque le guitariste Christian Hermsdorfer grogne en réponse à la chanteuse. Seulement, la formation intègre d’autres éléments, allant de la pop aux musiques folkloriques avec des intonations orientales ou hispaniques.
Beyond The Black@Paris Le Bataclan
Chacun des musiciens semble dans une remarquable forme, l’espace scénique étant occupé par chacun, Jennifer Haben s’écartant même régulièrement pour laisser l’avant garde s’exprimer. La complicité est palpable et se ressent dans les interprétations efficaces de chaque morceau.
Beyond The Black@Paris Le Bataclan
On admire les nouveautés comme Ravens (pour lequel la chanteuse a revêtu une gigantesque paire d’ailes dorées qui lui donne une autre envergure lorsqu’elle ouvre majestueusement les bras), The flood et le très chantant Let there be rain avec son intro hispanique, autant qu’on se laisse prendre au jeu des titres plus anciens tels Lost in forever, Written in blood et autres When angels fall, nouveau prétexte à une joute verbale.
Beyond The Black@Paris Le Bataclan
A mi parcours, BTB nous offre un duo électro, un duel de synthés que se lancent Jennifer Haben et Christian avant de proposer le seul extrait de Horizons (2020) avec Woubnded healer. Les animations de fond de scène – un long écran qui diffuse de belles animations ainsi que, par instants, quelques paroles de refrains – sont complémentaires, réfléchies et jamais envahissantes, et ne distraient pas inutilement le public qui saute à l’unisson sur des morceaux comme Shine and shade.
Beyond The Black@Paris Le Bataclan
Et quand on apprécie, le temps semble vite passer… In the shadows voit le groupe quitter la scène le temps de se faire réclamer. Le rappel est d’un triptyque imparable composé de The art of being alone, Running to the edge et de Hallelujah au refrain scandé par le public au gré des « sing » qui s’affichent à l’écran.
Beyond The Black@Paris Le Bataclan
Si Beyond The Black fut exemplaire, démontrant que le groupe a la capacité à séduire un large public, ce sont trois groupes, menés tambours battant par des chanteuses totalement impliquées, qui nous ont offert une soirée des plus chaudes et mémorables. Une année live qui débute de la plus belle des manières et qui augure le meilleur !
Merci à Sabrina Cohen Aiello et Mathilde Honoré (Veryshow) d’avoir rendu ce report possible
Prenez un peu de Bukowski (le guitariste chanteur Matthieu Dottel et le batteur Romain Sauvageon), un peu de Enhancer (le claviériste chanteur Toni Rizzotti), liez le tout avec le guitariste Miguel Novais et le bassiste Jiu Gebenholtz, ajoutez un peu d’amour du cinéma et de la passion pour le rock et vous obtenez Perfecto, groupe fondé en région parisienne déjà auteur d’un premier album, Quasar of love. Les gaillards reviennent en force avec Do it! un long Ep – 6 titres pour un peu moins de 30′ – qui démarre sur les chapeaux de roues avec le très rock morceau titre. Si on peut penser que Perfecto va continuer dans cette veine, on se fourre le doigt dans l’œil car dès Kiss ’em all, le groupe se lance dans l’exploration de diverses tonalités qui vont du blues à la soul des vieux jours (entendez « période Motown »). La grande force de ce disque est une variété rafraichissante et entrainante, l’ensemble des titres étant renforcé par une production résolument moderne. Et si les ambiances ciné ne sont jamais loin – l’intro type film d’épouvante de The knife thrower – Perfecto nous emporte dans ses univers sonores avec un réel bonheur. Une belle bulle de fraicheur vitaminée pour démarrer l’année en somme.