Histoire d’une légende: HELLOWEEN

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Une nouvelle tournée ou un nouvel album de Helloween représente toujours pour l’amateur de mélodies puissantes, chantantes, aux rythmes rapides et enlevés un moment de plaisir. Car s’il y a fort à parier que si trois noms reviennent souvent, le metal allemand ne se résume pas à Scorpions, Accept ou Rammstein, loin s’en faut. Au fil des années, nos voisins germains ont su, bien mieux qu’en France, exploiter leurs différences culturelles pour en faire une force musicale et commerciale sérieuse et respectée. Si l’histoire retiendra, parmi d’autres, des formations comme Kreator, vétéran brutal de la scène Thrash, Running Wild, Rage ou Blind Guardian, elle se souviendra surtout de Helloween dont la montée en puissance fut aussi importante que sa chute fut brutale et sa reconquête courageuse et glorieuse. Depuis la sortie de son premier album, Walls Of Jericho en 1985, Helloween a en effet conquis le monde avant de sombrer dans une quasi banqueroute. Un changement de chanteur plus tard, la formation parvient, à la force du poignet, à redorer son blason et à stabiliser sa carrière, malgré quelques choix parfois surprenants. Malgré la sortie de succulents albums ces dernières années, il est un évenement que TOUS les fans attendaient avec impatience :  une réunion avec les anciens membres. Si les deux parties du Hellish tour ont permis un rapprochement avec Kai Hansen et son Gamma Ray, l’année 2017 sera marquée par la tournée Pumpkins united qui voit les membres actuels accueillir au sein de Helloween non seulement Kai Hansen mais également – surtout – Mickael Kiske, le premier chanteur. Retour sur l’histoire des citrouilles enragées.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

SPLENDEUR

Formé en 1978 par les guitaristes Michael Weitkath et Kai Hansen (également au chant) accompagnés de Markus Grosskopf (basse) et Ingo Schwichtenberg (batterie), Helloween s’impose en quelques années comme le challenger le plus important des leaders de la scène allemande du début des 80’s, Scorpions en tête. Le groupe prend le temps nécessaire pour peaufiner son style et travailler son répertoire. Ce n’est qu’en 1985 que sort son premier disque, un mini album sobrement connu sous le nom de Helloween. Si cette carte de visite de cinq morceaux ne montre naturellement pas encore toutes les facettes musicales du groupe, il en est une qui deviendra rapidement sa signature : le speed. Car Helloween joue vite. Le groupe semble non seulement déterminé à rivaliser avec des formations américaines au prestige grandissant, comme Metallica ou Slayer, mais cherche également à faire de l’ombre à ses compatriotes. Scorpions, avec Love at first sting (1984) dominent le monde du hard rock, Accept tente de leur voler la place avec son dernier né, Metal heart, Kreator vient de sortir Endless pain, les pirates de Running Wild confirment leur statut d’outsider aux dents longues avec leur second Lp, Branded and exiled… Bref, la concurrence est rude. Son mini Lp a permis à Helloween de se faire remarquer par le label Noise qui lui propose un contrat. Dans la foulée, le groupe publie son premier véritable album, le vigoureux Walls of Jericho dont les neuf titres confirment le statut tant local qu’européen du groupe mené par Kai Hansen. Les morceaux s’éloignent de l’esprit thrash direct pour inclure de nombreux aspects mélodiques qui évoquent souvent Judas Priest ou Iron Maiden. Evoquer la musique de Helloween se fait désormais en parlant de speed mélodique ou power metal. Le groupe s’impose alors un premier changement stratégique majeur : Kai Hansen ne pouvant assurer à la fois le chant et la guitare décide de céder le micro. Arrive le chanteur Michael Kiske dont les capacités sont bien supérieures à celles du Kai de 86. Helloween s’attaque à un gigantesque projet à traduire sur un double album. Las, Noise n’a pas assez confiance dans le potentiel commercial de son poulain et l’incite à publier la saga Keeper Of The Seven Keys en deux volumes. Une saga dont certains morceaux frôlent le quart d’heure, proche de l’esprit progressif. Keeper of the seven keys – part 1 parait en 1987 et montre un groupe heavy, speed, puissant, un groupe dont les mélodies efficaces, mémorisables aux intonations souvent aussi humoristiques que les illustrations de l’album font mouche immédiatement. Même le marché américain cède et tombe sous le charme des armées de citrouilles pas si maléfiques que ça. Keeper of the seven keys – part 2 suit un an plus tard (1988) et rencontre le même bonheur. Helloween s’offre la tournée des grands ducs, ouvrant sur les dates européennes du Monsters Of Rock dont la tête d’affiche n’est autre qu’Iron Maiden, alors au sommet de sa gloire. Les chemins des deux groupes se croiseront régulièrement à l’avenir, et ce n’est que pure logique. Car non seulement les deux chanteurs ont des voix similaires, mais le mimétisme se traduit même dans la musique, sans que Helloween ne tombe dans le vulgaire plagiat. Les Allemands développent leur propre univers tant musical que visuel. Bien que la citrouille alcoolique et amatrice de substances diverses devienne un élément indispensable de l’esprit Helloween, il est impossible de la confondre avec un certain Eddie dont l’aura n’est en rien comparable… Le succès du groupe est immortalisé en 1989 sur un premier album live, Live in the UK. Etrangement, ce disque sort sous trois versions différentes, avec le même track listing (la version européenne bénéficie toutefois au milieu d’un morceau supplémentaire, Rise and fall) mais trois appellations différentes : les Japonais ont ainsi droit à un Keepers Live tandis que le marché américain propose I want out live.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

DECADENCE

Les gros labels commencent à faire de l’œil aux Allemands qui se laissent finalement séduire par l’offre d’EMI (tiens donc…). Noise ne l’entend pas de cette oreille et intente un procès à Helloween qui a voulu casser son contrat. Le groupe perd le procès et subit les très lourdes conséquences du jugement : il doit payer une forte amende à Noise et, pire, se voit interdire de sortir le moindre disque en dehors des marchés européens et japonais. Condamné à perdre, ou plus exactement, forcé à renoncer à l’énorme potentiel commercial du territoire américain qui venait de lui faire un triomphe, Helloween va connaitre une chute aussi vertigineuse que sa conquête fut glorieuse. Kai Hansen quitte le cucurbitacée pour former Gamma Ray, et se voit remplacé par Roland Grapow. Les deux albums qui suivent sont osés, certes, mais humainement et commercialement catastrophiques. Le procès a laissé des traces, et la musique s’en ressent. L’accueil tant public que critique que reçoit Pink bubbles go ape à sa sortie en 1991 n’est pas froid, il est glacial. Personne ne comprend où le groupe veut en venir et Chameleon, paru en 1993, n’arrange pas les choses. Si Helloween n’a plus à démontrer son sens de la mélodie, le groupe semble avoir levé le pied, cela dès la couverture on ne peut plus simpliste. L’introduction du violon surprend, moins cependant que la disparition des guitares sur certaines chansons. Le public, désorienté, déserte et les tensions dans le groupe, plus importantes que jamais, résultent en l’éviction de Michael Kiske, suivi par le dépressif et schizophrène Ingo (le batteur se suicidera en mars 1995) et en la fin du contrat avec EMI. Peu de possibilités s’offrent au groupe : soit disparaitre, mais cela est inenvisageable tant la passion qui anime les membres fondateurs est intacte, soit relever la tête, et renaitre.

RECONQUETE

 

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

Le salut provient de l’intégration du chanteur d’une formation très en vue, Andi DERIS, dont le groupe Pink Cream 69 gravit fièrement les échelons de la gloire, et dont le dernier né, Games people play (1993), rencontre le succès un peu partout en Europe et au Japon. Helloween embauche également le batteur Uli Kusch et signe sur un label de taille raisonnable, Raw Power. La formation ainsi constituée ne changera pas jusqu’en 2002. Cette stabilité se traduira naturellement par une efficacité grandissante des compositions du nouveau Helloween. Andi Deris espère que ses fans, ceux de Pink Cream 69 le suivront dans cette nouvelle aventure. Mais il sait également qu’il faut proposer un bon album. Lorsque parait Master Of The Rings en 1994, les critiques s’avouent soulagés, accueillant positivement cet album qui renoue avec la puissance et les mélodies qui ont fait la gloire du groupe. Le public suit, le succès est de retour. La pêche nouvelle se traduit de nouveau deux ans plus tard avec The time of the oath dont la pochette rappelle l’époque glorieuse de Keeper of the seven keys. Helloween s’engage alors dans une vaste tournée mondiale et en tire le double live High live (1996), enregistré au bout de quatorze mois de tournée alors que le groupe était épuisé. Epuisé mais étant de nouveau dans le cœur des fans, Helloween reprend enfin confiance. La troupe de Michael Weikath doit toutefois confirmer auprès du public et des médias son retour en grâce. L’époque s’y prête d’autant plus que les avancées technologiques permettent à Helloween de tirer avantage du numérique.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

Better than raw complète la trilogie entamée avec les deux disques précédents et rassure tout le monde quant à la santé mentale et musicale du groupe et ce dès la pochette qui se rapproche toujours plus de l’esprit Helloween : une sorcière sexy préparant, le sourire aux lèvres, une potion quelconque dans une marmite digne de celle qu’utilise Panoramix. Quand un groupe décide d’inclure dans son nom le mot Enfer (Hell), il doit s’attendre à quelques surprises. Elles viennent cette fois-ci du Japon, qui publie deux CD de versions disons… particulières de certains des succès de Helloween depuis ses débuts. Fort heureusement, ces Karaoke Remixes 1 et 2 (1998) ne sont destinés qu’au marché nippon, le groupe n’ayant pu s’opposer à la diffusion de ces produits qui, au final, ne portent que le nom du groupe. En revanche, les Allemands étant contractuellement liés à Raw Power le temps d’un dernier album, c’est volontairement qu’ils enregistrent un CD décalé de reprises. Metal jukebox (1999) propose donc une collection de chansons populaires arrangées à la sauce metal. Abba y côtoient David Bowie ou, plus rock, Scorpions. Il est ensuite temps, avec l’arrivée du nouveau millénaire, de repasser à quelque chose de plus sérieux. Pour son nouveau label, Nuclear Blast, Helloween enregistre The dark ride au contenu aussi sombre que sa pochette, illustrée, une fois n’est pas coutume, d’une citrouille à l’aspect inquiétant, menaçant, voire horrifique. Si le groupe parvient à s’imposer de nouveau à travers la planète, tout ne se passe pas pour le mieux entre les musiciens. Alors que la formation était stable depuis une petite dizaine d’années, certains egos semblent prendre le dessus. Et lorsque « les gens ne jouent dans un groupe que pour l’argent, ou simplement pour leur égo et pas pour le bien du groupe, ça devient de moins en moins vivable » (NDMP : propos que m’a tenus Andi Deris au cours d’une interview en 2010). Helloween se sépare alors de Roland Grapow et invitent, quelques temps plus tard, Sascha Gerstner, guitariste officiant chez Freedom Call. Entre temps, Noise publie, après avoir obtenu le consentement du groupe, une nouvelle compilation, Buried treasure, un double album (triple en édition limitée). L’actualité, toutefois, c’est l’intégration de Sascha. Selon le guitariste, le premier album de Helloween auquel il participât fut enregistré simplement et naturellement, sans prise de tête.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

Tout semblait couler de source à une exception : Mark Cross, le nouveau batteur, ne put enregistrer ce disque car il était malade. Helloween reçut alors l’aide de Mikkey Dee, batteur de Motörhead. Incontestablement, Rabbit don’t come easy (2003) bénéficia de cette publicité. Car si cet album est de prime abord surprenant, il franchi l’épreuve du temps. Daniel Loble intégra par la suite Helloween en tant que batteur. Le groupe de nouveau reconstitué pouvait alors s’attaquer à un projet depuis longtemps attendu par les fans. Bien que le temps ait passé, pour beaucoup, Helloween sera à jamais indissociable des deux volets de Keeper of the seven keys. Dix-huit ans après, la formation estime qu’il est temps de donner un successeur à la saga, et ainsi clore la légende. Lorsque sort, en 2005 et sur SPV, Keeper Of The Seven Keys – The Legacy, les Allemands retrouvent leur place dans le cœur de nombreux fans. Oh, bien sûr, certains se disent déçus ou estiment que jamais il n’aurait fallu s’attaquer de la sorte à un tel monument du Metal, mais le public répond présent dans sa très grande majorité. Helloween met alors sur pieds une grande tournée mondiale d’une année au cours de laquelle sera enregistré le troisième live de la carrière du groupe. Le double Live in Sao Paolo (2007) est plus centré sur la trilogie des Keepers, tout en incluant quelques témoignages d’autres albums. Helloween semble désormais intouchable. La tournée a soudé ses membres comme jamais auparavant. Tout semble continuer de se faire naturellement. Cette année 2007 voit sortir Gambling with the devil, nouvelle offrande réussie et acclamée par le public et les médias. Le groupe semble équilibré, et parait simplement bien, à l’aise, ne cherchant pas, ou plus, à démontrer quoique ce soit. Il prend les choses comme elles viennent. C’est ainsi que nait l’idée, pour fêter les 25 ans depuis la sortie de Walls Of Jericho, de réengistrer certains morceaux en version acoustique. Les grands classiques de Helloween sont ainsi joyeusement et sans complexe revisités et présentés au public sous l’appellation Unarmed – Best Of 25th Anniversary. Mais à peine le public a-t-il le temps de comprendre ce projet que débarque le sombre et violent nouvel album 100% metal, 7 Sinners , qui renoue avec un parcours passé dont jamais Helloween n’aurait dû s’éloigner.

11 janvier 2011, Elysée Montmartre

La tournée qui suit est un triomphe, Helloween semblant avoir retrouvé équilibre et créativité. Deris s’est, petit à petit, imposé comme le leader de la formation en en devenant le compositeur et auteur principal, suivi de près par Sascha Gerstner. L’histoire se répète au cours des années et productions qui suivent, Helloween renouant avec un rythme album tournée soutenu, soit par périodes de deux à trois ans. Ainsi parait en 2013 Straight out of hell, un nouveau succès qui donne une seconde fois l’opportunité à Helloween de tourner en compagnie du Gamma Ray de Kai Hansen.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia – avec Kai Hansen

Le Hellish tour part II excite les appétits des fans les plus avides d’une reformation et le plaisir de se retrouver tous sur scène le temps de quelques chansons en rappel se lit sur les visages des musiciens. Une étape reste à franchir avant que le fantasme ne devienne réalité… En attendant, parait en 2015 un nouvel album, le très remarqué My god given right, suivi d’une nouvelle tournée mondiale à succès. Enfin, fin 2016 l’annonce tombe : Helloween remontera sur les planches mondiales en 2017 et 2018 pour une tournée exceptionnelle intitulée Pumpkins united. Une tournée intégrant Kai Hansen en troisième guitariste et Mickael Kiske qui partagera le chant avec Andi Deris. Les concerts verront ainsi un Helloween à 7 visages, 7 personnalité ayant, semble-t-il, enterré hache de guerre et griefs pour regarder ensemble vers l’avenir. Cette formation nous offrira à n’en pas douter un album live, mais qu’en est-il d’un nouvel album studio ? L’avenir nous le dira.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

Histoire d’une légende: TRUST

logo Trust (FRA)

 

Trust. Un nom qui claque aussi sèchement qu’une corde de guitare qui cède en plein solo. Un nom prédestiné pour un des rares mythes français du rock tant les obstacles dressés sur le chemin de la gloire furent parfois – souvent – difficiles à surmonter. Car en cette année 1976, année où tout a commencé, il en fallait de la foi et de la confiance en soi. Il fallait y croire ! Depuis, Bernie et Nono sont devenu au rock français ce que Mick Jager et Keith Richards ou Joe Perry et Steven Tyler sont à l’international: les enfants terribles, un duo aussi conflictuel qu’inséparable. C’est ce qui fait d’un groupe une légende…

Bernard Bonvoisin est né le 9 juillet 1956 à Nanterre, en banlieue parisienne. Son enfance, il la passe au milieu des murs gris des cités dortoirs qui fleurissent à l’année. Autant dire que la zone devient son terrain de jeu, son domaine privilégié. « Bernie », comme on le surnomme, n’a pas 20 ans lorsqu’il intègre Taxi, groupe au sein duquel il rencontre le bassiste Raymond Manna.

Au cours de l’été 1977, les deux compères rencontrent Norbert « Nono » Krief, lui aussi né en 1956, et guitariste au Club Méditerranée. Le courant passe entre les trois hommes et il n’en faut pas plus pour qu’ils décident de fonder leur propre groupe, Trust. Pendant quelques temps, la batterie est tenue par Omar Benmalbrouk, juste assez longtemps, en fait, pour que Trust puisse donner son premier concert, en ouverture de Bang, au Golf Drouot, le 1er septembre 1977.Et déjà Trust se démarque du reste de la scène hexagonale par ses guitares incisives et ses paroles directes, ainsi qu’une attitude rebelle qui n’est pas sans évoquer celle que développent, outre-Manche, ceux que l’on appellent les « punks »

Dans les semaines qui suivent, Trust obtient un contrat discographique avec Pathé Marconi et investit les studios de Boulogne Billancourt pour y enregistrer, en compagnie de Jean-Émile « Jeannot » Hanelat, son nouveau batteur, son premier 45 tours, Prends pas ton flingue. Par un heureux hasard, un certain Bon Scott, chanteur d’AC/DC, est présent, repérant les lieux pour l’enregistrement du futur album des Australiens d’AC/DC. Or, Bernie et Nono sont tous deux de grands fans du groupe et n’hésitent pas un instant à embarquer Bon afin de lui faire écouter leur version du Love at first feel, dans la version que Trust a intitulée Paris by night et qui doit figurer en face B dudit 45t.

Pourtant, sans que Trust ne le sache, un coup bas se trame dans les locaux de Pathé Marconi : la maison de disques a pleinement conscience du potentiel des Parisiens et n’a signé Trust que pour mieux le contrôler. Ou, plus précisément, pour s’assurer que Trust ne fasse pas d’ombre aux autres poulains du label, Téléphone. Les belles promesses de ce 45t ne représentent finalement qu’un leurre, une carotte derrière laquelle court l’âne – ou ceux que l’on prend pour tels – sans pouvoir l’attraper. Mais Bernie n’est pas du genre à se laisser… berner impunément et c’est dans une rage folle qu’il envahit les bureaux du label exigeant l’annulation du contrat. Il est, ce jour-là comme bien d’autres à l’avenir, suffisamment persuasif pour l’obtenir.

L’esclandre a tôt fait le tour de Paris, aux bons soins des responsables de Pathé, et d’aucun pourrait dès lors penser que la carrière de Trust n’ira pas plus loin. Et pourtant… Bernie, Nono, Ray et Jeannot ne baissent pas les bras et envahissent les studios de répétition et les scènes dès que se présente une opportunité. Chaque concert attire un public plus nombreux que le précédent, un public amateur de décibels, de l’énergie brute du punk et de l’efficacité directe du hard rock. Hervé Muller, journaliste, se prend alors de passion pour Trust et propose de manager le groupe. C’est une véritable aubaine qu’un homme « d’influence » décide de le prendre sous son aile. Mais ce n’est toutefois fois rien, ou presque, en comparaison de l’offre que reçoit Bernie de Bon Scott, avec qui il a gardé contact, en personne : que Trust ouvre pour AC/DC lors du concert que les   australiens donneront au Stadium de Paris le 24 octobre 1978. Bien évidemment, AC/DC attire un vaste public, au sein duquel se trouvent les responsables de CBS. Scotchés par la prestation, et faisant fi du scandale encore tout chaud, ils ne tardent pas à offrir un contrat en or à Trust. Et cette fois, l’accord n’a rien de commun avec la mauvaise expérience de Pathé. Les moyens déployés traduisent la volonté de CBS de permettre à Trust de percer.

C’est ainsi que les 4 s’envolent pour Londres, la mythique, et prennent possession des studio Scorpio sound. Bien que manager, Hervé Muller décide de produire l’album mais s’avère bientôt incapable de tenir ce rôle et se voit remercié avant la fin de l’enregistrement. Heureusement, pour avoir travaillé avec des pointures du rock (Jeff Beck) ou de la variété (Supertramp ou Elton John), l’ingénieur du son, Denis Weinrech, connait son métier sur le bout des doigts et termine l’enregistrement du disque.

C’est donc un album – presque – sous le bras, et sans manager, que Trust rentre en France. La recherche d’un nouvel « homme d’influence » se conclue par un accord avec un certain Bobby Bruno, dont l’objectif avoué est de tout mettre en œuvre pour que le groupe tourne le plus possible et de l’imposer, rapidement, sur le marché français.

Au mois de mai 1979, CBS commercialise le premier album éponyme de Trust. C’est peu dire que ce disque fasse l’effet d’une bombe ; sur fond de hard rock survolté, Bernie crache son venin et critique ouvertement la société moderne. Qu’il s’agisse de politique, de mode, de mœurs, quelques phrases, parfois seulement quelques mots prononcés dans L’élite, Bosser huit heures, Palace, Préfabriqués…  suffisent à dénoncer et pointer du doigt des états de faits « acquis » que Bernie – et nombre de jeunes ou moins jeunes – refuse d’accepter comme tels. Ce qui aurait pu ne passer que pour un incident dû à la colère non contenue dans les bureaux de Pathé se traduit par un album simplement explosif. Et Police milice transforme vite Bernie en une cible prioritaire de la flicaille hexagonale.

A peine cet album en bacs, Trust repart en croisade sur les routes françaises, avec un nouveau line-up : Ray vient de partir et se voit remplacé au pied levé par Yves « Vivi » Brusco. De septembre à novembre, Trust aligne 3 mois de tournée qui débutent bien difficilement à Lille devant à peine plus de 10 personnes… Mais le bouche à oreille, conjugué aux ventes croissantes du premier album, fait son office : les salles se remplissent plus que celles de la veille et Trust termine son périple dans des salles archi-comble. Un phénomène vient de naitre, il ne reste qu’à le viabiliser.

Les ventes, d’ailleurs, sont telles que Bobby Brune envoie ses poulains jouer en dehors des frontières nationales ; Trust se rend ainsi en Belgique, en Suisse, en Italie avant de rentrer en France et d’y découvrir que Trust est devenu disque de platine ! Un véritable exploit pour un groupe qui chante en français, langue habituellement « inconvenante » au rock mais qui, paradoxalement, n’a rien de surprenant au regard de la qualité des textes qui sortent largement des sentiers battus ou qui n’ont plus rien de rebelle. Les mots de Bernie sont « vrais », crus et directs. C’est donc en triomphateur que Trust joue, le 12 janvier 1980, dans un Pavillon de Paris survolté avant de se démarquer, une nouvelle fois, en donnant un concert exceptionnel devant les détenus de la maison d’arrêt de Fleury Mérogis le 24 janvier.

Sans perdre un instant, le groupe retourne à Londres et retrouve ses marques au Scorpio Sound afin d’y enregistrer son second album. De nouveau, et sans que rien n’ait été planifié, Trust y retrouve Bon Scott et AC/DC, venus donner naissance au successeur du multiplatine Highway to hell. Les deux chanteurs s’attèlent même à la traduction en anglais des textes du futur album de Trust mais leurs efforts sont stoppés nets lorsque, le 19 février, le corps inerte de Bon Scott est retrouvé à l’arrière d’une voiture. Le vocaliste est mort par étouffement après avoir, la veille au soir, bu plus que de raison. Le choc est rude, mais l’enregistrement de Répression continue malgré la colère que peuvent éprouver les Français.

Lorsque Trust retraverse la Manche, au mois de mars, c’est pour repartir sur les routes. Bobby Bruno a mis en place une nouvelle tournée qui doit définitivement imposer Trust à domicile. Et ailleurs, autant que possible. La tâche lui est facilitée par l’implication de ce que l’on désigne alors comme une radio périphérique (il n’y a en France, en 1980, que 4 stations de radio). Europe 1 diffuse en boucle, ou presque, Antisocial, le premier 45t extrait de Répression. Plus qu’un hymne, ce titre devient rapidement le cri de ralliement d’une jeunesse française en plein éveil.

Répression sort enfin le 30 mai 1980. La France entière lui fait un triomphe à nul autre pareil. Vendu par palettes entières, Répression devient disque d’or puis platine dans l’année. Bernie tape sur tout et tout le monde ; tous les thèmes sensibles et d’actualité y passent de manière à la fois aussi directe et plus subtile que sur le premier album. L’ayatollah Khomeiny et Jacques Mesrine mis à part, Bernie vise tout le monde sans citer personne transformant ses paroles, puisées dans l’actualité (Fatalité, Instinct de mort, Les sectes, Antisocial…) en textes intemporels, touchant bien plus qu’une génération. Dès lors, Bernie devient une sorte de grand frère. Sans surprise, la tournée Répression dans l’Hexagone – qui voit arriver un second guitariste en la personne de Mohammed Chemleck – se déroule dans des salles pleines. Mais le rythme infernal que vit le groupe pousse Jeannot à quitter Trust. Il est alors remplacé par Kevin Morris pour le reste de cette tournée.

Devenu, avec Téléphone, le groupe phare de la scène rock hexagonale, Trust peut terminer l’année 1980 en beauté. C’est donc confiant que CBS commercialise dès le début de l’année suivante la version anglaise de ce disque, simplement baptisé répression version anglaise. Les versions de travail traduites avec Bon Scott ayant – un malheur n’arrive jamais seul, dit-on ? – été volées, les textes ont été retravaillés en anglais par Jimmy Pursey. Le groupe veut percer à l’étranger et se retrouve embarqué dans une tournée anglaise en première partie d’Iron Maiden. Un nouveau batteur fait son apparition en la personne de Nicko Mc Brain (notez ici qu’aucun batteur ne fait long feu chez Trust, Jeannot étant le seul à avoir enregistré 2 albums studio…) Les Anglais ne pouvaient rêver meilleurs chauffeurs de salle tant l’énergie déployée par les Français est intense. Le Royaume-Uni adopte facilement Trust qui s’offre même le luxe d’y organiser une tournée de 20 dates en tête d’affiche – incluant le mythique Marquee – entre le 20 mai et le 11 juin 1981.

Un mois à peine après ce périple européen, la formation s’envole en direction de Stockholm où les studios Polar ont été réservés. Trust doit y enregistrer le plus qu’attendu – quoique commercialement, le groupe pourrait continuer de capitaliser sur les ventes – successeur de Répression. Mais ce troisième album représente une étape primordiale dans sa carrière. Alors, de nouveau, les moyens sont là : la production est confiée à Tony Platt, ingénieur du son d’AC/DC ou Foreigner (au côté du producteur Robert John « Mutt » Lange sur Highway to hell, Back in black ou 4…). Il suffit d’à peine 6 semaines, du  15 juillet au 25 août, pour mettre en boite Marche ou crève dont le mixage se fait dans la foulée à Londres. Trust profite de ce nouveau séjour anglais pour participer au légendaire festival de Reading, le 29 aout.  De nouveau, le groupe y fait un triomphe, au grand dam de la tête d’affiche, Ian Gillan, ex-chanteur de Deep Purple qui craint de voir les Français lui voler la tête d’affiche. Il exige alors que la sono soit, purement et simplement, coupée à la fin du set, empêchant Trust d’assurer le rappel pourtant demandé par le public ; Sans surprise, Gillan doit affronter tout un groupe dont les musiciens et techniciens sont furieux de ce coup bas et de ce manque de fair play. Rapidement, la « discussion » se transforme en pugilat. Gillan, il faut le croire, n’a jamais eu vent du fameux épisode Pathé… Mais le caractère de Bernie est bien le même. Fin de l’histoire…

Profitant du mixage de Marche ou crève, Trust décide d’en enregistrer une version anglaise, qui sera intitulée Savage. A grand renfort de pub, la VF parait en France le 12 octobre 1981, dans un pays en pleine mutation depuis l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, premier socialiste à la tête de l’Etat depuis plus de deux décennies. Quelle que soit la couleur qu’affiche le pays, cependant, force est de reconnaitre que Bernie manie le verbe avec autant de tranchant, de précision, de rage et de sens critique. Certitude… solitude, premier extrait de l’album, devient vite un tube, Ton dernier acte, hommage à Bon Scott, un hymne, mais l’album est bientôt considéré moins efficace que Répression. Le défi et les attentes, il est vrai, étaient de taille.

Il n’empêche… Starifié en France, presqu’idolâtré au Royaume-Uni, Trust se voit proposer d’ouvrir pour Judas Priest (également chez CBS) à travers le monde. Une opportunité en or sur laquelle n’importe quel groupe sauterait. Mais Trust n’est pas n’importe quel groupe et fait le choix de monter une nouvelle tournée qui doit débuter au mois de novembre. Trust refuse donc cette offre et sort l’artillerie lourde. Le spectacle met en scène un gigantesque bulldozer, symbole de Trust et de toute « une jeunesse qui refuse vos magouilles politiques ». Mais le public répond moins à l’appel. En France, car le nom de Trust circule au-delà de nos frontières. Ainsi, le quintette assure-t-il la tête d’affiche du festival Rockpalast à Cologne (Allemagne) le 5 juin 1982. Un événement suffisamment important pour que ce concert soit en partie rediffusé à la télévision française. Trust profite de sa présence sur place pour tourner en Allemagne en assurant la première partie de… Iron Maiden. Cependant, après avoir connu un démarrage fracassant, Marche ou crève voit ses ventes faiblir. Il est très difficile de donner un successeur à la hauteur d’un Répression (d’autres groupes ont subi le même sort…) et le public fait part de sa déception, ou d’une certaine lassitude, en se rendant moins nombreux aux concerts. Le monde aurait-il été, finalement, un choix plus judicieux ?

Pour ne rien arranger, alors que l’entente était au beau fixe, Nicko McBrain décide de quitter Trust. La tournée marathon qu’a effectué Iron Maiden à travers le monde pour promouvoir The number of the beast a littéralement épuisé Clive Burr pour qui un retour à la vie civile est nécessaire. Nicko rejoint donc le groupe de Steve Harris (qu’il ne quittera jamais) tandis que Trust, prêt à enregistrer un nouvel album, embauche… Clive Burr !

Ce disque, trust le veut exceptionnel à tout point de vue ; sans pouvoir parler d’échec, Marche ou crève n’a pas eu le succès escompté et Bernie, Nono et Vivi savent qu’ils doivent frapper un grand coup. Enregistré et produit par Andy Johns, qui a notamment travaillé avec Led Zeppelin, Trust – également appelé IV ou Idéal, du nom du premier single – laisse, dès sa parution en septembre 1983, le public coi. Oui, on peut parler de surprise ! Trust réussit à plus que surprendre son public, ses fans et la critique en explorant de nouveaux univers et horizons musicaux, en ajoutant des instruments inhabituels pour le rock, plus encore pour le hard rock (des violoncelles, un saxophone, ce dernier déjà utilisé sur les albums précédents) ainsi que des chœurs d’opéra. De plus, si les 5 premiers titres traitent de thèmes chers à Bernie (des dérives religieuses – Par compromission – à la politique internationale –Varsovie – ou l’absurdité de la guerre –Idéal), IV déroute le public avec sa seconde partie, la célèbre « face du diable ». Quatre chansons purement conceptuelles qui traitent du bien et du mal, de vendre son âme au diable et des conséquences à affronter. Dérouté, le public n’adhère pas (à tort…) et hurle même à la trahison. Et pourtant, Trust signe là une œuvre magistrale, avant gardiste (les arrangements classiques sont depuis devenus monnaie courante, non ?) et totalement incomprise par un public qui, fermé ?, n’attend qu’un nouvel Antisocial sans accepter la possibilité que les artistes puissent simplement souhaiter d’évoluer en ne se répétant pas.

Las… Non seulement le public n’achète pas le disque, mais il déserte également la gigantesque « tournée des cent jours » que Trust voulait tout aussi exceptionnelle. Le résultat est sans appel : les frais engagés se soldent par des pertes financières proportionnelles et Trust se voit dans l’obligation d’annuler de nombreuses dates… Face à cet échec retentissant, Clive Burr décide de quitter son poste.

Comment une formation devenue en l’espace de deux albums le symbole du hard rock français, la fierté hexagonale, a-t-elle pu se retrouver décrédibilisée en si peu de temps ? La réponse est multiple et complexe… D’abord, dès ses débuts, Trust a été comparé à AC/DC, un rapprochement uniquement basé sur l’esprit musical. Certes, les des formations jouent un hard rock direct, efficace et qui va droit au but. Certes, les musiciens sont devenus amis et proches. Certes, les deux groupes ont travaillé avec des personnes communes. Néanmoins, il s’agit de deux groupes distincts et si le son des Australien est immédiatement identifiable – AC/DC jouant « toujours la même chose » – Trust a su développer sa personnalité propre en explorant d’autres horizons. Ce que le public semble difficilement accepter. Ensuite, surtout, le succès fulgurant rencontré par les deux premiers albums de Trust a secoué les maisons de disques et suscité de nouvelles vocations chez les jeunes musiciens. Ainsi, dès 1981, la concurrence a déployé une véritable armada, Warning (Polydor) et Satan Jokers (Vertigo) démontrant que le hard rock français ne tient pas qu’en un seul nom. A partir de 1983, d’autres formations émergent soutenues dans leurs ambitions par de nouveaux labels non moins ambitieux (Axe Killer, Devil’s records…) et envahissent le territoire ; Sortilège, Vulcain, Blasphème, H-Bomb, ADX… Chacun attend qu’arrive, à force d’originalité et de tournées, son heure de gloire. Bref, si Trust est un modèle, personne n’hésite à venir marcher sur ses plates-bandes et lui faire de l’ombre. Enfin, et c’est sans doute là une erreur stratégique, Trust aurait dû accepter cette tournée en première partie de Judas Priest qui aurait pu lui ouvrir le marché mondial… mais cela, personne ne le saura jamais.

Malgré les différends qui croissent au sein du groupe, Trust remet – du mois l’espère-t-il – les pendules à l’heure en publiant au mois de septembre 1984 son cinquième album studio, sobrement intitulé Rock’n’roll. A l’instar de Lemmy, Bernie n’a jamais accepté l’étiquette « hard rock », bien trop réductrice. Trust est un groupe de rock, point ! Mais, une fois encore, les fans ne l’entendent pas de cette oreille. Le rock français, c’est téléphone, Trust reste LE symbole du hard rock… Les familles s’étripent jovialement dans une inutile guerre de clochers… Alors, lorsqu’en plus les premières notes du nouveau single arrivent sur les ondes, plus personne ne comprend : serre les poings baigne dans une atmosphère de claviers et n’est pas sans rappeler le Jump de van Halen. Si les Américains jouent ce  qu’ils appellent du Big rock et peuvent tout se permettre, Trust, en clamant ne jouer que du rock déstabilise encore plus ce qui reste de son public. User d’un instrument qui « n’a pas » sa place au sein du triptyque guitare basse batterie relève presque de l’hérésie selon certains. De fait, la nouvelle tournée, réduite au minimum, n’attire guère de monde au point même que le France Festival, qui se voulait être la grande fête du hard rock français en réunissant près d’une trentaine de groupes les 6 et 7 juillet 1985 et pour lequel Trust est tête d’affiche, n’attire qu’a peine plus de 2.000 personnes. C’est la débandade, le discrédit pour plus d’un groupe et le 31 juillet 1985 lors d’un concert en Bretagne – à Ploubalay – Bernie annonce la dissolution de Trust. On enterre ce soir la légende, le mythe, la fierté du hard rock hexagonal. Mais quelle autre possibilité y avait-il dans un pays où le public ne soutient que timidement ses propres groupes ? RIP Trust. Ce fut bon quand même…

La disparition de Trust sonne le glas du hard rock français. Non seulement la majeure partie des jeunes formations nationales jette-t-elle l’éponge, les plus anciennes aussi se éparent…Coïncidence ? L’autre géant du rock français, Téléphone, annonce aussi mettre un terme à ses activités. Bref, il ne reste en France que les « seconds couteaux » – Vulcain, ADX, Killers… – animés d’une passion pour la musique qui demeurent et persévèrent, espérant pouvoir occuper la place laissée vacante.

Chacun des désormais ex-Trust vaque à ses occupations. Nono joue au côté de Johnny Haliday tandis que Bernie s’adonne à sa passion du blues et enregistre Couleur passion. La France ne dispose plus, pour l’heure, d’une formation phare. La séparation de Trust a fait entrer le groupe dans la légende, en dépit du mauvais accueil reçu par ses dernières productions. Le vide devient bientôt oppressant et le public espère, réclame même, une reformation. Demande confirmée, et de quelle manière !, par l’accueil triomphal que lui réserve le public lors d’un concert d’AC/DC au Zénith de Paris (le 6 avril 1988) qui a invité certains des membres de Trust à monter sur scène. Trust reformé ? LA rumeur enfle, augmentée par le fait que les thrashers new-yorkais d’Anthrax prévoient de sortir leur version d’Antisocial, qui apparait sur State of euphoria, dont la sortie est prévue en septembre 1988. Enfin, cerise sur le gâteau, ce sont les amis d’Iron Maiden qui annoncent que si Trust se reforme, ils les accueilleront en ouverture des futures dates parisiennes de la vierge de fer. Les indicateurs sont au beau fixe, les planètes alignées comme il faut.

Bernie et Nono parviennent à trouver un terrain d’entente et annoncent la reformation officielle de Trust, sous un nouveau visage : Nono est aujourd’hui secondé à la guitare par Vivi, lui-même remplacé à la basse par Fred Guillemet, Farid retrouvant son poste de batteur. Après avoir donné quelques concerts d’échauffement à Monaco, Nice et Marseille, Trust se retrouve, le temps de deux soirées, embarqué au milieu du barnum Iron Maiden qui promet son album Seventh son of a seventh son sous la houlette des Monsters Of Rock. Avec seulement 4 groupe (se trouvent également à l’affiche Helloween et Anthrax), ces deux concerts tiennent plus du mini-festival. Mais peu importe ! Les 24 et 25 septembre 1988, Trust joue au Palais Omnisports de Paris Bercy, enfin ! Seul Vulcain a pu, deux ans avant, faire entre le hard hexagonal dans ce lieu en assurant la première partie de… Iron Maiden, justement ! Tout au long de ces deux soirées, l’accueil réservé à Trust est explicite : personne n’a oublié la légende et, dès les premiers pas du groupe sur les planches, le public réagit comme un seul homme. C’est un véritable triomphe que reçoit Trust qui profite de ces deux dates pour enregistrer son premier album live.

Paris by night parait au début de l’année 1989 sous la forme d’un double live. Il n’en fallait pas moins pour rendre un juste hommage à Trust et ne donner qu’un aperçu de ce que le groupe peut donner à son public. Instinct de mort, Saumur, L’élite, Antisocial… de nombreux classique sont ici revisités  et Bernie n’a aucune difficulté à faire manger 18.000 personnes dans sa main. Le seul regret que l’on puisse avoir est l’absence d’un bœuf avec Anthrax sur Antisocial. Pour le reste, la satisfaction est là.

La carrière de Trust semble dès lors relancée, le public attendant avec impatience un nouvel album studio. Ce n’est pourtant qu’au début de l’année 1990 que parait un mini album, … En attendant, qui doit faire patienter les fans. Seulement, ce disque passe rapidement su statut de lueur d’espoir à celui de déception, car malgré de titres très rock, il ne présente rien de vraiment original. Certes, la version explosive de petit papa Noël fait sourire une ou deux fois, mais force est de constater que la mayonnaise ne prend pas.

Les fans, donc, attendent. Longtemps, même. Car entre les musiciens, le soleil n’est toujours ^pas au beau fixe. Chacun reprend ses activités, Nono retrouvant Johnny tandis que Bernie enregistre un nouvel album solo, En avoir ou pas, et tourne pour le promouvoir. Il profite aussi de ce temps pour dévoiler une autre de sa personnalité artistique au cinéma. Il tient tout d’abord un rôle au côté de Lambert Wilson dans le film consacré à l’abbé Pierre, Hiver 54, avant de passer derrière la caméra. Bernie met en scène Les démons de Jésus, un chef d’œuvre d’humour noir et glauque, une véritable satire de notre société.

Personne ne parle plus de Trust jusqu’à ce jour de 1992 où une véritable bombe fait son apparition chez les disquaires. Trust est un « nouvel » album live, tiré des bandes de la mythique tournée Répression dans l’Hexagone de 1980 ! Et l’on comprend pourquoi et comment Trust a atteint de si haut sommets aussi rapidement. Cet album, rien moins qu’un bâton de dynamite, se voit justement récompensé d’un disque d’or.

Mais ce succès n’est pas pour autant suffisant pour envisager une reformation durable, malgré la réalité des attentes publiques. Un public en manque de nouveautés rock’n’roll. Ces dernières arrivent cependant pour Trust en 1993 sous la forme d’un mini recueil de 6 raretés, The backsides. Un vrai plaisir de retrouver des faces B presque jamais sorties dont Jack le Vaillant (découvert par beaucoup sur le susmentionné live) ou Limousine

1995. Soit dix longues années après sa séparation initiale, la surprise est de taille lorsque Bernie et Nono annoncent reformer Trust sur des bases, semble-t-il, durables. WEA a réussi à convaincre les deux musiciens d’enterrer la hache de guerre. Mais cette fois-ci, Vivi ne fait pas partie de l’aventure. Il est remplacé par David Jacob, tandis que les baguettes sont tenues par John Nirox. Tous s’enferment à L’Elite studio, aux Mureaux, pour y enregistrer Europe et haines. Lorsque l’album sort, début 1996, il suffit de quelques semaines pour qu’il soit certifié disque d’or. Dès le titre d’ouverture, le ton est donné : On lèche, on lâche, on lynche est dans la plus pure tradition trustienne, direct et sans concession. Lutter sans cesse, J’ai vu Dieu, Fais où on te dit de faire montrent un couple Bernie-Nono en pleine forme et Trust revient en force. Une nouvelle tournée est mise sur pied, mais, de nouveau, le batteur se fait virer avant de prendre la route. Il est alors remplacé par Hervé Koster qui, sur la route, semble parfaitement s’intégrer. À de rares exceptions, chaque date affiche complet et c’est dans un Zénith de Paris que Trust termine cette tournée en y enregistrant un nouvel album live.

A-live est le reflet de cette tournée à succès. Le seul reproche qui puisse être fait à ce disque est d’être trop centré sur le dernier album, mais c’est bien le but d’une tournée que de promouvoir son dernier né. Pourtant, décidément instable, Trust se sépare une nouvelle fois, les dissensions internes étant à l’origine de la rupture. Et, « comme d’habitude » pourrait-on presque dire, pour combler ce vide, Sony publie une nouvelle compilation, Anti best-of, un album réunissant les meilleurs titres de Trust de la période pré 85. Eh, oui, depuis le rachat de CBS, c’est Sony qui détient de droit de cette période dorée… mais n’a aucun pouvoir sur les morceaux les plus récents.

Chacun des musiciens est donc reparti de son côté retrouver ses activités jusqu’à ce qu’un label indépendant, XIII bis records, parvienne à trouver un accord qui résulte en de nouvelles retrouvailles. Bernie et Nono retrouvent ainsi David Jacob et Hervé Koster pour se réunir une nouvelle fois à L’Elite studios où le groupe enregistre Ni dieu ni maître. La campagne de promotion démarre largement avant la sortie de l’album, et c’est d’ailleurs un double album qui est annoncé, le premier CD étant composé de nouvelles chansons, le second proposant raretés et démos dont, surtout, ce fameux enregistrement de Ride on (AC/DC) que Trust avait enregistré lors d’une jam improvisée avec Bon Scott ! C’est donc un petit bijou qui va être offert au public au mois de juin 2000. On évoque même la possibilité que Trust ouvre – enfin ! – pour AC/DC au Stade De France.

Las ! Pour des raisons « techniques », Ni dieu ni maître, parait sous la forme d’un album simple. Pas une rareté en vue, rien que des nouveaux titres. Tous, d’ailleurs, salués par la critique qui retrouve le Trust des « grands » jours avec son mordant, sa rage et tout le panache de textes engagés et enragés. Cependant, malgré l’ensemble de ces qualités, l’album ne parvient pas à être certifié disque d’or. Pourquoi ? On peut imaginer que le public ait attendu avec impatience la version double promise, une version qui, finalement, ne verra jamais le jour. Pourtant, quelques explications auraient sans doute suffi à faire patienter le public quelques semaines supplémentaires, mais non… Bernie, furieux, scande qu’on ne l’y reprendra plus. L’affaire devient scandale et se voit jugée par la justice qui tranche : Ni dieu ni maître est retiré des bacs et les enregistrements d’origine doivent être détruits. Dommage, réellement dommage, car des titres comme Môrice, Maréchal, En manque de trop sont dignes de figurer aux côtés des plus célèbres morceaux de Trust.

N’ayant rien à perdre, XIII Bis en profite pour publier un nouvel album live, Still a-live, un « double » album qui n’est autre qu’une copie de A-live avec un CD supplémentaire ne contenant que 6 titres… Un album et demi qui n’est, en plus, destiné qu’au marché étranger. Les fans français ne peuvent donc se le procurer qu’en import, un comble que la presse remarquera largement, autant que la pauvreté du livret… Un autre label, FGL, profite également de l’espace laissé vacant pour publier, comme c’est alors la mode, un double album Tribute to Trust. Le plus important des groupes hard de France est ici repris par des compatriotes d’horizons variés (ADX, Nightmare, Oberkampf, Parabellum, Misanthrope…) et par des formations étrangères (Australie, USA, Italie, Suisse…) Il était temps de rendre un sérieux hommage à Trust.

6 années passent avant que Trust ne remonte sur scène, le 8 juillet 2006, au festival des Terres Neuvas à Bobital. C’est le line-up d’anthologie qui revient, composé des éternels Bernie et Nono, qui retrouvent Vivi à la basse et Farid à la Batterie. Un second guitariste rejoint ce quatuor en la personne d’Iso Diop que l’on retrouvera à l’avenir. Trust retire de ce concert un nouveau live, Campagne 2006 : soulagez-vous dans les urnes qui, outre le CD,  exploite le format DVD et propose 3 chansons inédites: Sarkoland, La mort rôde et Chaude est la foule. Pour ces retrouvailles, quelques concerts sont prévus dont un, le 4 décembre 2007,  à l’Olympia célébrant au jour près les 40 ans du premier passage du groupe dans la mythique salle. Là aussi, un témoignage DVD sera publié – Trust à l’Olympia qui rencontre un large succès malgré les surprise que réserve ce line-up pour le moins original puisqu’est intégré un nouveau membre, le DJ, Bruno Le Goff. La setlist est totalement remanié, sans être axée sur le premier album dont seuls 5 morceaux sont issus. Le public est chaud, les médias moins. Trust continue ses allées et venues, et pourtant…

Un nouvel album est enregistré et proposé au public en septembre 2008. 13 à table se veut encore plus engagé, la politique du moment inspirant de plus en plus Bernie. Mais l’album, malgré des chansons de la trempe de Toujours parmi nous ou Tout est à tuer, peine à trouver son public. Trust continue cependant de donner quelques concerts, ici et là, plutôt que de tourner intensivement, ce qui semble lui réussir. Le Apocalypse tour se fera sur une trentaine de dates, dont une belle partie dans différents Zénith de France et quelques festivals et escapades à l’étranger. Le groupe continue de jouer en 2009, dont de nombreux festivals, ce qui suscite l’intérêt de celui qui est en passe de devenir l’incontournable du monde français du metal.

Le coup d’éclat a lieu deux ans plus tard, en 2011, lorsque Ben Barbaud, organisateur du festival qui monte, annonce que Trust sera à l’affiche du Hellfest en juin 2011 et y jouera l’intégralité de ses 3 premiers albums ! Il n’en fallait pas moins pour exciter les fans. Mais 2 mois avant l’évènement, en avril 2011, un communiqué de presse en provenance du management annonce que Trust cesse sur le champ toute activité scénique. Tous les concerts sont annulés ! Forcément, des explications sont demandées et le groupe ne parvient pas à convaincre le public. Des excuses considérées comme fausses fusent, certains membres ayant déjà pris ailleurs et bien avant des engagements qui ne sauraient être rompus. Forcément on leur rétorque « mais quand vous avez signé pour le Hellfest, vous aviez déjà connaissance de ces engagements… Alors ? »  Ben Barbaud annonce, à son tour, qu’on ne l’y prendra plus. Pourtant…

XIII bis réussit un joli coup fin 2011, alors que Nono vient enfin de sortir son album solo, attendu depuis deux décennies. Mais le résultat final n’est pas aussi satisfaisant que le public l’aurait souhaité. ce qui retient l’attention, c’est que le label a convaincu Trust de publier un CD/DVD du concert du Rockpalast de 1982. Le groupe était alors invité par la télé allemande pour un concert exceptionnel, mettant en avant les grands noms du rock. Enregistré le 5 juin 1982, Live au Rockpalast montre un Trust au meilleur de sa forme qui interprète ses titres en anglais – pas forcément le meilleur des accents diront certains, mais peu importe. Le public est plus que réceptif.

Un nouveau long break vient rythmer la vie de Trust qui se reforme en 2016 et promet une longue tournée… David Jacob, au grand dam de Vivi qui ne cache pas sa déception (le mot est faible), est de retour à la basse, Iso Diop tient la seconde guitare et c’est Christian Dupuy qui s’installe derrière la batterie. Il est jeune, enthousiaste et devient rapidement la mascotte des anciens. Trust a décidé de sillonner la France, et chois des salles de capacité moyenne, moins de 1.000 places, et généralement plus petites. Le Au nom de la rage tour s’étale sur 2016 et 2017, avec quelques interruptions, mais dans l’ensemble, Trust renoue avec son public. Et cette fois, lorsqu’un communiqué de presse annonce la participation de Trust au Hellfest 2017, tout le monde s’assure qu’il n’y aura pas un coup de Trafalgar. Le contrat est bétonné, carré et le samedi 17 juin, 50.000 personnes peuvent enfin accueillir Trust à Clisson ! Une belle journée, très orientée Hard rock/Metal vintage d’ailleurs, qui sied très bien aux Parisiens. Trust en profite pour enregistrer un nouveau live, prévu en fin d’année, dont la sortie précède une série de 5 concerts d’affilée dans autant de salles de la capitale. Entre-temps, le groupe sillonne les festival hexagonaux (Artefacts, Harley Days, Evreux…) et a  trouvé une place quasi naturelle à la fête de l’huma, le 16 septembre 2017. La tournée, qui reprend à la rentrée de septembre, semble loin, très loin de se terminer…  Rebelle et toujours debout.

Blois, mars 2017

 

 

Histoire d’une légende: METALLICA

www.metal-eyes.com vous propose une nouvelle rubrique non régulière. Histoire d’une légende vous propose de découvrir ou redécouvrir la carrière des groupes entrés dans la légende. Alors qu’ils seront bientôt – enfin – de retour à Paris, nous avons choisi de consacrer cette première biographie à l’un des groupes fondateurs du thrash: Metallica.  D’autres suivront, au gré de l’actualité. pour l’heure, bonne lecture!

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Evoquer Metallica, c’est (presque comme) passer en revue plus de trois décennies de souvenirs. De la découverte de Kill ‘Em All grâce à un ami qui le programmait en guise de réveil matin les lendemains de concerts parisiens à son grand renouveau avec son dernier né, Hardwired… to self destruct, les Four Horsemen ont rythmé une grande partie de mon quotidien. Si je conserve des souvenirs par dizaines (avoir vu Cliff live par deux fois, avoir presque pu les rencontrer et les photographier en février 1987 au Zénith de Paris alors que je collaborais au fanzine Mercenaire – non, Denis, je ne te remercie pas pour ce raté ! Mais je ne t’en veux pas. Ou plus… – avoir attendu la sortie de Load alors que je me trouvais en formation aux USA…), ils ne sont toutefois pas assez nombreux pour évoquer une saga longue de trente et quelques années. Alors je m’en tiendrais aux faits. Rien qu’aux faits pour que justice soit ici rendue à ces cavaliers de l’apocalypse.

Pas forcément toujours exemplaire, Metallica est toutefois parvenu à se hisser plus haut que le panthéon du Metal : devenu une véritable institution mondiale, le groupe fondé en 1982 par Lars Ulrich et James Hetfield peut aujourd’hui (presque) tout se permettre. Ce privilège, c’est celui réservé à ces élus qui ont su braver les années, les décennies et, bien que devenus multimillionnaires, le commerce à outrance. Car Metallica, dans son exubérance, a su rester proche de ses fans. Autant que possible, en tout cas, comme il l’a encore récemment prouvé. Mais avant, repartons dans le passé, celui qui a construit cette légende moderne, ce monstre vivant…

On pourrait dater les origines de Metallica au 26 décembre 1963, date de la naissance de Lars Ulrich près de Copenhague au Danemark.

Ou plus tôt, même, au 3 août 1963, date du premier cri de James Hetfield dans la banlieue de Los Angeles

Mais un groupe nait plus tard, lorsque la passion commune fait se rencontrer ceux qui en deviendront les têtes pensantes.

À l’âge de 10 ans, Lars accompagne son père, tennisman professionnel, à un concert de Deep Purple. Ce soir-là, une véritable passion nait. Le jeune Lars, entre deux cours de tennis, s’enquiert des dernières sorties Rock, et Hard Rock. Sa grand-mère lui offre même, en 1977, son premier kit de batterie. Mais, afin de lui donner toutes ses chances et lui permettre de progresser au tennis, sa famille au grand complet émigre en 1979 aux USA et s’installe à Newport Beach, en Californie, afin que Lars se professionnalise, comme son père, dans le tennis. Mais rien ne semble pouvoir entamer sa passion pour le Metal…

Alors que James Hetfield joue avec Leather Charms, Lars Ulrich se voit débouté du poste de batteur pour lequel il a auditionné en avril 1981. « Pas assez bon », voire « trop mauvais » est l’impression qu’il laisse après sa prestation… Il pourtant reviendra à la charge après avoir pris des cours et, surtout, après avoir passé l’été en Angleterre où il suit Diamond Head et se lie d’amitié avec eux. Lars revient de ce séjour les valises pleines de découvertes locales. Du bon gros Metal qu’on ne trouve que difficilement aux USA. Trop direct, trop crade, trop… punk.

A Los Angeles, son ami Brian Slagel vient de monter son label, Metal Blade Records. Il envisage de publier une compilation et propose à Lars d’y figurer à la seule condition que ce dernier lui propose un groupe. Le jeune et déterminé batteur contacte alors de nouveau James Hetfield et lui propose de se lancer avec lui dans l’aventure. Le guitariste, alléché par l’opportunité décide qu’il est temps de lancer sa carrière. Ils recrutent le guitariste Lloyd GRANT qui fait des allées et venues au sein de la formation et finalise Hit The Lights, la chanson qui figurera sur ladite compilation.

Parallèlement, Ron Quintina, un ami animé de la même passion, demande conseil à Lars pour trouver un nom pour le fanzine qu’il a décidé de créer. Un fanzine consacré au Metal florissant. Quelques idées retiennent l’attention du batteur qui convainc Ron de conserver Metal Mania plutôt que Metallica, que Lars « subtilise » pour son profit. Son groupe se nommera donc Metallica. Un autre Ron, Mc Govney, compagnon de James Hetfield au sein de Leather Charm, rejoint Metallica en décembre 1981 au poste de bassiste. Le groupe ainsi formé peut donc être présenté à Brian Slagel, qui retient Hit The Lights pour sa compilation.

Dave Mustaine répond à une annonce et intègre, après auditions, Metallica début 1982. La sortie repoussée de la compilation Metal Massacre permet à Mustaine d’ajouter quelques soli au titre. Le 14 mars, le quatuor donne son premier concert au Radio City d’Anaheim, en banlieue de Los Angeles puis enregistre une démo (qui comprend la version de Hit The Lights qui paraitra sur la compilation) afin de décrocher la première partie des Anglais de Saxon qui viennent défendre Denim and leather au mythique Whisky A GoGo les 27 et 28 mars. La chance s’en mêle, Metallica n’étant pas le premier choix de Saxon. Mais le groupe retenu ne pouvant jouer, c’est le quatuor qui est appelé à la rescousse.

Après avoir tenté – une semaine durant – la formule à 5, James se concentrant sur le chant, et donné sous une forme ou une autre plusieurs concerts, Metallica voit enfin ses efforts récompensés avec la sortie, en juin 82, de Metal Massacre, compilation réunissant, avec Metallica, d’autres jeunes formations énervées et prometteuses comme Black’n’Blue, Bitch ou Malice.

Au mois de juillet, le groupe enregistre sa troisième démo. No Life ‘Til Leather contient 7 des titres qui figureront sur le premier album du groupe et fera l’objet de nombreux échanges sur le marché du « tape trading ».

La fin de l’année est remplie de tensions, et Mustaine se voit même évincé du groupe pendant une semaine. À la fin du mois d’octobre, alors qu’il assiste au concert donné au Troubadour, autre club de L.A., par le groupe de San Francisco Trauma, Brian Slagel remarque le bassiste et envisage de faire figurer cette formation sur un futur « volume 2 » de sa compilation. Lorsque Lars Ulrich fait part de ses doutes au sujet de l’implication de McGovney au sein de Metallica, Slagel lui parle de Cliff Burton. Les deux hommes se rencontrent après un concert de Trauma au Whisky, mais le bassiste refuse catégoriquement de quitter son groupe. Tant pis…

Metallica se rend à San Francisco afin d’y donner son premier concert en tête d’affiche, le 29 novembre 1982, au Old Waldorf. La première partie est Exodus, dont l’un des guitaristes se nomme Kirk Hammett. Mais pour l’heure, Lars Ulrich en est convaincu, il faut changer de bassiste… A force de le harceler, Cliff Burton fini par céder aux demandes de Hetfield et Ulrich. Mais il pose ses conditions pour rejoindre Metallica, la plus importante étant que Metallica quitte Los Angeles, ville de poseurs, pour rejoindre San Francisco. Le bassiste obtient gain de cause et intègre officiellement Metallica après un concert donné le 28 décembre 1982. Le style de Burton dénote en effet complètement de ce que l’on trouve à L.A. : le gaillard est autant fasciné par la musique classique que par l’insolence des Misfits, adore les films d’horreur et la littérature de H.P. Lovecraft, et il semble être sorti des années hippies avec ses pantalons à pattes d’éléphant…

Metallica pose officiellement ses valises et flight cases à SF le 12 février 1983. Alors que le groupe vit ensemble, Dave Mustaine décide de s’installer chez la grand-mère du road manager. En mars, Metalllica enregistre une nouvelle démo deux titres. Whiplash et No remorse sont les premiers enregistrements avec Cliff Burton… et les derniers avec Dave Mustaine.

Ron Quintina, pas rancunier pour un rond que Lars lui ait piqué le nom de Metallica, met le quatuor en relation avec un correspondant new-yorkais, Johnny Z (John Zazula), disquaire underground, qui s’avère intéressé par la musique du groupe et souhaite les voir jouer sur NYC. Metallica n’ayant pas l’argent nécessaire pour faire le voyage, ledit Johnny Z leur envoie 1500 dollars pour que les quatre puissent faire le déplacement de SF à NYC en avril. Le voyage en camionnette ne se passe pas bien. Chacun se relaye au volant mais Dave Mustaine est constamment saoul, même lorsqu’il doit conduire.

Arrivés à New York, les quatre sont hébergés par les Zazula et vendent leur démo No Life ‘Til Leather pour financer les frais d’hébergement. Un concert est donné en compagnie de Vandenberg et de Venom le 9 avril au L’amour’s, un club réputé du quartier de Brooklyn. Ce même soir, James, Lars et Cliff décident que l’aventure avec Dave doit cesser. Ils contactent Kirk Hammett, guitariste d’Exodus, afin qu’il les rejoigne et, alors que ce dernier arrive sur New York, le 11, James annonce à Dave son renvoi et lui donne un billet de retour à San Francisco en car.

Kirk travaille d’arrache-pied pour intégrer le répertoire de Metallica avec qui il donne son premier concert le 16 avril, en ouverture de The Rods, au Showplace de New York. Puis, le quatuor enregistre son premier album, financé par les Zazula qui investissent quelques 15.000 dollars dans cette petite affaire. Metallica veut intituler son album Metal Up Your Ass, mais Johnny Z. les en dissuade arguant que l’album ne sera, avec un titre pareil, jamais distribué. Lars, déjà lassé parle business musical, propose alors Kill ‘em all , et l’album parait sous ce titre au mois de juillet 1983 aux USA.

Kill ‘em all deviendra bientôt une pierre angulaire du Heavy Metal. Brutal de bout en bout, Metallica propose une musique radicalement différente de ce à quoi les jeunes Américains sont habitués. Que ce soit au niveau de leur apparence – quatre jeunes boutonneux en jeans troués et crades – ou de leur musique – directe, violente, saturée et sans concession – Metallica pose les base d’un genre nouveau. Et effrayant. Des morceaux comme Seek and destroy, Hit the lights, Jump in the fire, The four horsemen, Whiplash ou encore le solo de basse Anesthesia-(pulling teeth), s’ils deviendront de véritables classiques qui vont révolutionner le genre, intriguent (au mieux, et effraient, au pire) une jeunesse assoiffée de décibels. Puisant son inspiration au cœur du mouvement désigné comme la NWOBHM, grande passion de Lars Ulrich, Metallica a l’intelligence d’associer à la vitesse et la violence de Venom ou Motörhead son approche mélodique, puisée chez Diamond Head, Saxon ou Iron Maiden, un ensemble qui mêle une remarquable précision d’exécution à un bordel punkisant totalement contrôlé. Une musique radicale et à l’opposé de ce que propose MTV avec des clips de hardos permanentés et de strass habillés… Tout ce qu’exècrent Lars & Co.

Le groupe s’embarque alors dans une tournée américaine en compagnie des furieux Anglais de Raven qui viennent de sortir All for one. Le Kill ‘Em All For One Tour débute le 27 juillet à New Brunswick (New Jersey) et se terminera le 18 décembre, à Cleveland, dans l’Ohio.

1984 est l’année de tous les défis. Metallica doit venir fouler quelques planches européennes en compagnie, entre autres, de Venom. Le public du vieux continent est plus réceptif, son attitude plus en accord et son oreille déjà plus habituée au style musical que propose Metallica. Mais tout son matériel est volé juste avant que le quatuor ne décolle pour cette aventure. Lars réussit à négocier la location du matériel à Londres, autorisant de fait la tenue de cette tournée qui démarre à Zurich (Suisse) le 3 Février et prend fin le 12 au festival belge de Poperinge. Les quatre se rendent dès le lendemain au Danemark, afin de prendre la température du studio Sweet Silence de Copenhague et y préparer leur second album. La localisation géographique est importante, symbolique même, pour Lars qui renoue ainsi avec ses origines, d’une part, mais peut enregistrer sur le continent dont nombre de groupes ont fait et font encore vibrer lui et ses compagnons.

L’enregistrement démarre au mois de mars 84 sous la houlette du producteur Flemming Rasmussen. Au cours du mois, le groupe se rendra à Londres pour jouer au Marquee à deux reprises, les 14 et 27 mars. Mais une personne fait part de ses inquiétudes : John Zazula qui voit l’enregistrement durer… et son budget passer de 20.000 à 30.000 dollars. Les sessions d’enregistrement prennent fin au mois de mai, puis le groupe investit de nouveau les scènes européennes, dont 5 dates allemandes et hollandaises avec Twisted Sister que suivra le Heavy Sound festival de Poperinge qui se tient le 10 juin devant 15.000 spectateurs venus applaudir Motörhead, Merciful Fate, Baron Rojo ou encore H-Bomb.

Après avoir été approchés par diverses organisations, Metallica signe un contrat de management avec Q Prime . Les enfants terribles seront désormais pris en charge par Peter Mensch et Cliff Bernstein, juste avant que ne sorte, en juillet, Ride the lightning. Le duo se charge déjà des affaires de groupes de l’ampleur de AC/DC, Def Leppard, Ted Nugent…

Ce second album voit Metallica faire un pas de géant. Si la brutalité demeure l’idée directrice, le son concocté par Rasmussen met en avant toutes les qualités techniques de ce groupe à part. C’est simple : la précision est chirurgicale. Cependant, et contrairement à ce que l’on serait tentés de croire, le feeling domine. Le résultat se traduit par des morceaux puissants et épiques, des épopées d’un genre nouveau qui se nomment Creeping death, For whom the bell tolls, les plus violents Fight fire with fire, Ride the lightning, ou le long et majestueux instrumental The call of ktulu. Le groupe est, de plus, parvenu à affiner des textes qui traitent gravement de thèmes aussi variés que la peine de mort (Ride the lightning) ou la religion (l’histoire de Pharaon et Moïse et les sept plaies d’Egypte sur Creeping death) ou, tout simplement, la bêtise vengeresse humaine (Fight fire with fire). L’ensemble est si compact et séduisant que l’album restera une année presque entière (50 semaines) dans le Billboard américain !

Après avoir marqué les esprits lors de son passage au Breaking Sound Festival de Paris – au Bourget, plus précisément (deux jours pendant lesquels défilent pas moins que Ozzy Osbourne, Dio, Blue Oyster Cult, Sortilege, High Power, Daytona, Heavy Pettin’…) le 29 août, Metallica retourne en ses terres assister à son triomphe. La signature chez Elektra records lui ouvre certainement des portes… En tout cas, le label est déjà alléché par les 75.000 exemplaires de Ride the lightning qui se sont écoulés en à peine deux mois sur le territoire américain…

Metallica sait cependant qu’il a tout pour rapidement faire tomber le public européen, plus naturellement disposé à accepter ce genre de musique extrême qu’outre-Atlantique. Le groupe revient pour une série de concerts sur le vieux continent, dont une belle tournée française de huit dates, avant de se rendre en Allemagne, en Scandinavie et en Angleterre.

À peine l’année 1985 démarre-t-elle que Metallica repart réchauffer le bitume pour une durée de trois mois (la tournée se terminera à Portland, Oregon, le 19 mars). Dès le 10, le groupe joue en compagnie de W.A.S.P (qui quittera la tournée courant février à causes de relations… difficiles) et d’Armoured Saint (qui restera grâce à des relations.. chaleureuses).

Après quelques semaines de repos, Metallica traverse de nouveau l’Atlantique afin de participer à l’incontournable festival anglais Monters Of Rock de Castle Donington. Il y figure comme Une sorte d’ovni. Seul groupe de sa catégorie à l’affiche, Metallica joue avec Ratt, Magnum, Marillion, Bon Jovi et ZZ Top et remporte un franc et vif succès. Après le carton plein, le quatuor participe à plusieurs festivals dont, de retour à la maison, le Day On The Green d’Oakland avec Ratt, Victory, Y&T, Yngwie Malmsteen et Scorpions. Là encore, les styles se mélangent étonamment et Metallica, avec sa brutalité naturelle, se démarque, parvenant ainsi à attirer de nouveaux fans.

Afin de donner naissance au successeur de Ride the lightning, Metallica retourne en septembre 85 au Sweet Silence de Copenhague et enregistre une nouvelle fois sous la direction de Flemming Rasmussen. L’enregistrement prend fin mi-décembre, les quatre s’accordant quelques jours de repos pour la période des fêtes.

La nouvelle année démarre (le 1er janvier, donc, de 1986 cette fois… Merci de suivre ! ) avec un concert donné à San Francisco en compagnie d’Exodus et Metal Church, concert auquel participe également Dave Mustaine avant que Lars ne s’envole pour l’Europe afin d’y assurer la promotion de Master Of Puppets qui y sera commercialisé le 7 mars, cependant que Michael Wagener finalise le mastering de l’album.

Dès sa sortir, ce nouveau méfait marque par une maturité et un professionnalisme qui n’entament en rien l’esprit thrash des débuts. Utilisant la même organisation dans l’agencement des morceaux que sur Ride the ligntining (un titre court et violent ouvre l’album totalisant huit titres dont un instrumental), Master of puppets se révèle bien vite un monstre d’efficacité. Démarrant sur les chapeaux de roues (Battery), Metallica propose de longs morceaux rentre dedans qui alternent vitesse d’exécution, mélodie et brutalité, le tout bénéficiant d’un son offrant à chaque instrument sa juste place. Les thèmes abordés continuent d’être sérieux (l’emprise des narcotiques – Master of puppets – l’imbécillité de la guerre – Disposable heroes – ou de la religion – Leper messiah…). En quelques mois, Master of puppets devient disque d’or aux USA en dépassant les 500.000 ventes.

Une nouvelle tournée démarre, en ouverture du mythe vivant Ozzy Osbourne, dans le Kansas, à Wichita, le 27 mars. Le périple américain continue jusqu’en juin 1986. En tout cas, la première partie de cette tournée. Car le groupe va faire une courte escapade en Europe afin d’y asseoir son statut.

La tournée européenne démarre en Finlande le 5 juillet et Metallica rentre (déjà!) aux USA après le concert danois du 6, y tourne pendant deux semaines avant que James, grand fan de planche à roulettes, ne heurte un mur et se brise la poignet le 26 juillet… Le concert prévu à Evansville (Indiana) le soir même est annulé, mais la tournée continue. James est remplacé à la guitare par John Marshall, roadie et ami de Kirk Hammett de longue date, et, accessoirement, guitariste de Metal Chrurch, tandis qu’il se « contente » de chanter. La tournée américaine se termine le 3 août en Virginie et Metallica se prépare pour ses concerts sur le vieux continent. Le tour y débute, à Cardiff, Angleterre, le 10 septembre, toujours sous forme de quintette et avec les moshers new yorkais d’Anthrax en ouverture.

Le Royaume-Uni cède sous les coups de boutoirs d’un groupe au meilleur de sa forme qui, après 10 dates se rend en Scandinavie. Metallica joue à Lund le 24, le lendemain à Oslo et James Hetfield reprend la guitare le 26 à Stockholm. Après le concert, le groupe repart sur la route en tour bus. Le matin du 27, près de la ville danoise de Ljungby, le bus glisse sur une plaque de verglas (semble-t-il), dérape et se retourne, éjectant ses passagers qui, choqués par ce réveil brutal, tentent de retrouver leurs esprits. Ils se rendent comptent, alors, qu’un des leurs est resté coincé sous le car. Le corps sans vie de Cliff Burton est retrouvé écrasé. Le reste de la tournée est dès lors naturellement annulé, et Metallica envisage sérieusement d’arrêter. Pourtant, c’est avec la conviction de rendre hommage à son défunt bassiste que le groupe continue et se remet rapidement au travail encouragé tant par son management que par les parents de Cliff.

La recherche d’un nouveau membre débute et Metallica annonce fin octobre avoir fait son choix, et intègre le bassiste de Flotsam & Jetsam, Jason Newsted, dans l’équipe. Dès lors, le quatuor douloureusement recomposé s’engage dans la suite de sa tournée en commençant par le Japon, et continue, en décembre, par les Etats-Unis et le Canada.

L’Europe est de nouveau investie, avec Metal Church (et Anthrax sur certaines dates), dès janvier 87. Metallica jouera, jusqu’au 13 février, en France, Espagne, Allemagne, Italie, Belgique, Danemark, Suède… et s’impose comme un groupe irréprochable sur scène. Jason passe haut la main, auprès du public en tous les cas, le test de la scène.

Sale gosse s’il en est, James Hetfield, de retour à la maison, a un nouvel accident de skateboard. Cette fois, c’est le bras qu’il se casse. Il est obligé de porter une broche afin de consolider ce membre trop sollicité. James Hetfield devra à l’avenir faire un choix : le skate ou sa carrière musicale… On connait la suite.

Pendant la convalescence de son frontman, Metallica monte son propre studio de répétitions. La rééducation de James se termine en juin et le groupe enregistre en l’espace d’à peine une semaine The $5.98 Ep – Garage days, composé de reprises. Mais plus que de sortir un produit pour son label, cet Ep est une sorte de test vinylique pour Jason Newsted.

Les cavalier de l’apocalypse sont une nouvelle fois invités à jouer aux Monsters Of Rock le 22 août. L’affiche est tout aussi surprenante puisque le nom de Metallica y côtoie ceux de Cinderella, W.A.S.P, Dio ou Bon Jovi. Heureusement, un autre représentant de la scène extrême est présent, les potes moshers new-yorkais d’Anthrax. De plus, les Monsters se déclinent désormais dans différents pays européens, et Metallica est à l’affiche à chaque fois.

En octobre, Metallica annonce la sortie prochaine d’un documentaire vidéo et trahit ainsi son engagement de longue date de ne pas utiliser ce moyen de communication à la solde de MTV. Car des leurs débuts, Lars ULRICH et James Hetfield ont préféré encourager leurs fans à pirater, enregistrer, photographier ou filmer leurs prestations, prétextant que le succès, un groupe doit l’acquérir live, face à son public. Arguant aussi, surtout, que l’utilisation de la vidéo commerciale diffusée en boucle sur MTV ne garantit rien d’autre qu’une belle augmentation des ventes d’un album. Et là, Metallica annonce commercialiser une vidéo? ! ? Sauf que Cliff ‘Em All a seulement pour objectif de rendre hommage à Cliff Burton par le biais des enregistrements vidéos pirates que les fans ont pu tourner au fil des ans. Le document parait en novembre 1987 et si la qualité (sonore ou visuelle) n’a rien de professionnel, l’hommage est unanimement salué tant par la critique que par les fans qui font de ce document un immense succès commercial.

Armé de nouvelles compositions, Metallica entre en studio, non pas à Copenhague mais à Los Angeles. Cette fois, Rasmussen est trop occupé pour pouvoir se libérer avant le mois de janvier 88 et Metallica engage Mike Clink, qui vient récemment de finir de travailler sur un certain Appetite For Destruction, pour superviser la production. L’année se termine, et, comme prévu, Flemming Rasmussen rejoint l’équipe pour finaliser, quelques mois durant, le travail sur ce nouvel opus.

Metallica se lance dans une nouvelle tournée qui débute les 27, 28 et 29 mai par trois Monsters Of Rock américains. Cette édition réunit Van Halen, Dokken, Scorpions et Kingdom Come. Puis, la tournée continue alors que la sortie de l’album, prévue en juillet, est repoussée.

… And Justice For All parait enfin en septembre 1988, précédé, le 23 août, d’un premier extrait : Harvester Of Sorrow. Le 17 septembre, soit neuf jours à peine après sa sortie, Justice trouve une belle 4ème position dans les charts anglais. L’album profite des nouvelles technologies que propose l’époque, et parait dans tous les supports imaginables: double vinyle, cassette et CD. L’œuvre est longue (plus d’une heure) et surprend par son côté froid, voire glacial. La basse de Jason Newsted est étonnamment absente, comme effacée, alors que les morceaux, épiques et presque progressifs – dont tous sauf deux dépassent les 6’ – exigent la présence de cette partie rythmique. Ce n’est là qu’un des aspects du « nouveau » Metallica qui explore subtilement de nouvelles possibilités musicales, souvent moins axées sur la vitesse. Ce nouveau départ du quatuor est également marqué par la diffusion, dès septembre, de la toute première vidéo commerciale illustrant One, chanson inspirée par le film Johnny got his gun – Johnny s’en va-t-en guerre.

Sans surprise, désormais c’est la routine, Metallica repart une nouvelle fois sillonner l’Europe et lance sa tournée par un concert à Budapest le 11 septembre, avant de retourner aux USA en décembre où il reçoit sont tout premier disque de platine récompensant plus d’un million d’exemplaires vendus de … And Justice For All qui atteint la 24ème place du Billboard. Metallica, dès lors, commence à prendre conscience de l’impact que peut avoir la diffusion sur MTV d’une simple vidéo. Le mnde change, les gens aussi.

Surfant sur son succès, Metallica, toujours en tournée aux USA, est nominé aux Grammy Awards dans la catégorie « meilleur groupe de Metal ». Le quatuor commence à fréquenter les notables mais voit, le 22 février1989 la récompense lui échapper au profit de Jethro Tull.

La tournée continue, entraînant Metallica plus loin que jamais : les nouveaux maitres du Metal mondial découvrent ainsi la Nouvelle Zélande, l’Australie, le Japon avant de revenir aux USA pour y assurer une tournée estivale, puis se rendent au Brésil et en Argentine après avoir annulé leur venue européenne. Mais le groupe promet d’y revenir. Pour l’heure, il est temps de songer à alimenter la faim des fans, de plus en plus nombreux, avec un nouvel album. A concevoir, et à enregistrer…

Cependant, avant de retourner en studio, Metallica annonce les dates d’une mini tournée européenne. Le vieux continent est donc investi au cours du mois de mai 1990. L’Angleterre, l’Allemagne, la Hollande, la France auront les honneurs de quelques rares concerts avant que Metallica ne s’envole de nouveau pour les USA et le Canada.

En moins d’une décennie, Lars Ulrich et James Hetfield sont parvenus à imposer Metallica, un groupe immature composé de sales mômes irresponsables, hargneux bruyants et loin d’être des sex symbols, aux côtés de Judas Priest, Iron Maiden , Black Sabbath ou Motörhead, comme une formation majeure du monde du Heavy Metal. Les années 80, pourtant, ne furent qu’un début… Metallica n’aura de cesse, au cours des années à venir, de s’imposer comme Le groupe de Metal, LA référence mondiale.

Nous sommes au mois d’août 1990. Lars Ulrich et James Hetfield ont un rendez-vous des plus surprenants. Ils se rendent à Vancouver afin de rencontrer le producteur Bob Rock, notamment connu pour son travail avec Bon Jovi ou Mötley Crüe. Pas tout à fait le même style que ceux que l’on surnomme les Four Horsemen… Les fans les plus acharnés commencent à remettre en cause l’intégrité de leurs héros qui, après avoir quitté L.A., la ville des poseurs, engagent celui qui a donné tant de platine à ces mêmes poseurs…

Au mois de septembre parait une double compilation mise sur pied depuis le mois d’avril par Lars Ulrich et Geoff Barton, rédacteur en chef de la bible anglaise du Metal, Kerrang !! NWOBHM, ’79 revisited retrace sur un double album (ou double CD, incluant des titres supplémentaires) l’aventure des débuts du mouvement anglais en compilant divers morceaux rares et démos de Saxon, Jaguar, Def Leppard, Iron Maiden, Venom, Angel Witch, ou encore Diamond Head, évidemment… Totalement culte et introuvable aujourd’hui !

Les discussions avec Bob Rock ont abouti, et le groupe tout entier se retrouve au studio One on One de L.A. au mois d’octobre afin d’enregistrer le successeur de Justice. Les sessions s’étalent jusqu’en mai 1991. La sortie de Metallica, le titre de l’album bientôt rebaptisé le Black album, est annoncé pour le milieu de l’été, alors que Metallica participera, le 17, une nouvelle fois aux Monsters Of Rock en compagnie d’AC/DC, Mötley Crüe , Queensryche et The Black Crowes. Cependant, Metallica a décidé d’offrir une pré-écoute de l’album le 3 août au Madison Square Garden de New York (en petit comité : près de 20.000 fans y assistent !) et au Hammersmith Odeon de Londres. Sans doute les rumeurs ont-elles été à l’origine d’une telle opération… On subodore que Metallica a vendu son âme au dieu dollar en choisissant un producteur aussi peu Thrash que Bob Rock et en ayant annoncé avoir enregistré… une ballade (ce que le groupe avait déjà abordé sur Master of puppets, pour mémoire.) De plus, donner à son cinquième album est plus que symbolique. Nombres de formations l’ont fait avec leur premier enregistrement (Led Zeppelin, Iron Maiden, Black Sabbath…) et, pour les Four Horsemen, cela sonne comme un nouveau départ. Et dès la sortie américaine de Metallica, le 13 août 1991 à 00h00, c’est la ruée des fans.

Plus encore que … And Justice For All, Metallica présente un groupe plus orienté que jamais vers l’avenir. Le Thrash tel que voulu sur les trois premiers albums, Metallica en a fait le tour. Le côté épique, progressif de Justice ne fonctionnera pas tout le temps. Trop complexe pour garantir l’adhésion durable de millions de fans. Metallica revient donc à ses bases, explore les moindres aspects de ce qui forgea et fait encore le Heavy Metal. Et ratisse large : aucun titre n’est à jeter, aucun de démérite en comparaison des autres. Le travail de Bob Rock est exemplaire, celui de Metallica époustouflant. Simplement. Et la conjonction de ces entités a priori opposées donne ce résultat qui propulse Metallica au rang d’incontournable groupe de Rock, et de Metal. Un nouveau groupe de légende.

Mais ce groupe, lui, a débuté la tourné européenne des Monsters deux jours avant, tournée suivie de ses propres escapades, en Pologne, Hongrie. Le bloc de l’Est est alors en train de tomber et s’ouvre de plus en plus à la culture occidentale. Ainsi, Moscou accueille les Monsters Of Rock et les groupes à l’affiche jouent devant plus de 500.000 personnes !

La tournée américaine démarre en octobre. Metallica peut désormais s’offrir tous ses plus gros délires, et décide, en guise de première partie, de diffuser un film de 30’ racontant son histoire. Egalement, les hommes en noir (couleur désormais obligatoire pour tout le staff Metallica) proposent, comme l’avait fait Def Leppard quelques années auparavant, une scène centrale. Celle-ci est en forme de diamant et permet, ce qui avait été testé plus tôt, à quelques dizaines de fans d’investir le snake-pit, espace au centre de la scène permettant d’être au plus près du groupe. Les autres encerclent cette scène sur laquelle se trouvent plusieurs éléments mobiles, comme la batterie. Le coup d’envoi de cette nouvelle aventure est donné le 12 octobre à Oakland, en Californie, propulsant Metallica à travers le monde jusqu’au 4 juillet… 1993, à Wercher, en Belgique !

Alors que certains fans de la première heure – et autres collègues musiciens (Slayer en tête) – avaient tiré à boulet rouge sur Metallica, désigné comme « traitre à la cause du Thrash », « groupe ayant retourné sa veste », etc, etc… l’album avoisine les 5 millions de ventes mondiales avant que l’année ne se termine, et se voit célébré par la presse internationale. Kerrang !! parmi d’autres désigne Metallica comme Album de l’année.

En pleine tournée américaine, Metallica se rend à L.A. en février 1992 pour la cérémonie de Grammy Awards et y interpréte Enter Sandman. Cette fois, le groupe se voit décerner le trophée dans la catégorie Meilleur album Metal.

En avril, le 20, Metallica joue au stade de Wembley dans le cadre du festival donné en hommage à Freddie Mercury, mort du Sida quelques mois plus tôt, avant de repartir aux USA. Le 17, le groupe entame à Washington DC une tournée commune avec Guns’N’Roses, ouverte par Faith No More.

Le package passe par le Canada et le 8 août, un incident pyrotechnique brûle James Hetfield au bras aux 2èmes et 3èmes degrés, entrainant la fin prématurée du concert de Metallica, et le début de celui des Guns. Las, ces derniers quittent la scène tout aussi rapidement, sans autre forme d’explication, déclenchant dans le public une émeute… L’état de James Hetfield, transféré dans un hôpital de Denver (Colorado) entraîne de fait l’annulation les concerts suivants. Le groupe lui cherche un remplaçant qui sera une nouvelle fois trouvé en la personne de John Marshall. Le groupe ainsi recomposé reprend du service dès le 25 août à Phoenix (Arizona) et continue de sillonner le nouveau continent jusqu’à la fin du mois de septembre, puis se rend en Europe.

L’année se termine, le Black Album, comme on le surnomme désormais, totalise plus de 10 millions de ventes sur le seul territoire américain, s’est hissé à la première place du Billboard, a reçu moult récompenses et distinctions internationales et le groupe a été vu par quelques millions de spectateurs ravis à travers le monde. En d’autres termes, Metallica, le groupe des petits gars boutonneux et impertinents fondé il y a une décennie, est devenu un monstre légendaire incontournable… et même respectable.

L’année 1993 est presque totalement consacrée à assouvir le monde. Metallica passe partout où l’on veut bien l’accueillir (la tournée ne s’appelle pas Wherever I May Roam – où que je puisse vagabonder – pour rien…). Seul un incident, de taille, est à déplorer : lors de son passage à Djakarta les 10 et 11 avril, d’énormes émeutes éclatent à l’issue des concerts. Lars, au nom de son groupe, publiera un communiqué officiel déplorant et regrettant ces incidents, « les premiers de ce type depuis le début de cette longue tournée de 21 mois ».

Le 22 novembre, Metallica publie un témoignage live à son image : monstrueux. Il s’agit d’un coffret – Live shit : binge & purge – constitué de trois vidéos et d’un triple CD accompagnés d’un livret de 72 pages, d’un pochoir et d’un backstage pass de 1993. Un superbe objet pas forcément abordable puisque son prix s’élève à environ 120 €… Le coffret, initialement prévu en édition limitée (10.000 exemplaires pour l’Europe) se voit réédité dans la même quantité par Phonogram. Entre le prix et la réédition, certains fans dénoncent la méthode commerciale mise en place par le label et validée par Metallica .

D’autres « événements » viennent confirmer la nouvelle image de Metallica : les achats des uns de pièces aux tarifs inabordables (voir, par exemple, la collection de tableaux de Lars Ulrich), les activités « réservées à l’élite » pour d’autres… En d’autres termes, Metallica donne maintenant l’image d’un groupe quelque peu embourgeoisé, alors qu’il ne fait que profiter des fruits de son labeur. Car depuis dix ans, du labeur, il y en a eu. Metallica n’a jamais, à moins d’y être contraint, arrêté, ne s’est jamais posé plus d’une semaine, et n’a presque jamais déçu son public.

Le groupe repart sur les routes dès le mois de mai 1994 avant de retourner en studio au mois de janvier 1995. Il en ressortira avec un visage tout neuf…

Cinq années se sont écoulées entre la parution de Metallica et celle, très attendue, de Load. En réalité, Metallica a accumulé tant de matériel qu’il a été décidé de sortir deux albums, Load en 1996 et ReLoad en 1997, plutôt qu’un double CD. Plus jamais le groupe ne souhaite voir autant de temps s’écouler entre deux offrandes à ses fans… et tiendra (presque) parole dans les années à venir, inondant régulièrement le marché de produits divers, audio et vidéo.

Afin de marquer sa maturité nouvellement acquise, Metallica , devenu un groupe adulte, décide de travailler le visuel : d’une part, sa signature est modifiée: plus compacte, moins agressive, surtout, elle se veut annonciatrice de nombreux changements. Ensuite, les musiciens sont passés chez le coiffeur (sauf Kirk Hammett) et le tailleur. La nouvelle tête, la nouvelle apparence plus branchée est un autre élément qui déplait aux fans… Ils sont trop propres, trop stylés et trop éloignés du Thrash les Four Horsemen. Le public les regarde d’un œil méfiant et aun comportement parfois accusateur. Et la musique dans tout ça ? Metallica offre un album dense, d’une heure quinze, et cherche à renouer quelque peu avec le blues. Si les mélodies de Ain’t My Bitch ou 2X4 qui ouvrent cet album sont dynamiques, les fans dénoncent vite le manque de riffs thrash et la « discrétion » des soli. Par ailleurs, les incursions dans l’univers de la country (Mama said) et l’omniprésence de rythmes mid tempo, ne sont tout simplement pas du goût de tous. Bien que la production de Bob Rock soit une nouvelle fois à la hauteur, l’album devient vite, tout comme son successeur ReLoad en 1997, le plus décrié de la discographie des gars de San Francisco. Pour autant, l’un et l’autre atteindront le statut multiplatine aux Etats-Unis. Un succès commercial, oui, mais décevant au regard des records atteints par le Black Album, certes, mais aussi une déception d’un point de vue artistique. Mais Metallica est désormais un groupe à part, entré dans les chaumières, et est devenu une véritable institution américaine incontournable. Comme Bon Jovi, Aerosmith ou Bruce Springsteen…

Les tournées qui suivent continuent, elles, d’attirer des foules compactes. S’il est en effet un domaine où Metallica a toujours été irréprochable, c’est bien la scène. Et le groupe ne lésine pas, démarrant le Load tour au mois d’avril 1996 à San Jose, en Californie, et clôt l’année au même endroit après être passé par l’Amérique du Sud, le Canada et l’Europe. Les cinq premiers mois de 1997 voient le groupe concentrer le gros de ses efforts sur les USA. Metallica s’accorde ensuite un break avant d’envahir les festivals européens et de simplement s’y faire plaisir.

1998 voit une nouvelle galette – double – de Metallica arriver dans les bacs. Garage Inc. est une sorte d’extension au Garage Days Revisited sorti une décennie plus tôt. Le concept est le même, Metallica , par le biais de reprises et de faces-B de ses singles, rend hommage à ceux qui l’ont inspiré et permis d’arriver où il en est aujourd’hui. L’année est ensuite consacrée à la route, Metallica donnant cette fois la priorité aux contrées lointaines : Australie, Nouvelle Zélande, Japon reçoivent les hommes en noirs qui retournent à domicile toute la seconde moitié de l’année…

Il est parfois bon de surprendre son public et de casser la routine. Cela se traduit par une nouvelle collaboration avec Michael Kamen, chef d’orchestre qui avait déjà apporté sa collaboration à certains arrangements de Metallica (et de Queensrÿche, parmi d’autres). Les 21 et 22 avril, Metallica donne deux concerts avec l’orchestre symphonique de San Francisco, dirigé par Kamen. La relecture des morceaux de Metallica emballe le public et se traduit par la sortie, fin novembre, du double CD live S&M. Certains remarquent que l’on retrouve le « M » du logo d’origine de Metallica… Un signe ? L’album est acclamé par les fans et la critique. Le mariage a priori contre nature se révèle totalement efficace, l’œuvre de Metallica réarrangée ne s’en trouvant pas du tout dénaturée.

L’année 2000 est marquée par un évènement de taille. Un évènement dont Metallica ne ressortira pas indemne. Car le groupe a enregistré un nouveau titre pour la bande originale du film Mission : Impossible 2. Mais alors que la première diffusion radio officielle de I Disappear devait se faire le 19 avril, le groupe découvre que le morceau est très largement diffusé sur Internet, via le site d’échange de données Napster, fondé par les frères Fanning (Shaun et John) et Sean Parker. L’explosion de l’univers numérique et la popularisation de l’informatique ont engendrés de nouveaux modes de consommation de la musique. Des nouveaux comportements auxquels l’industrie musicale ne s’était pas préparée. Et n’a donc rien vu venir. Car les nouvelles générations ont élaboré des systèmes d’échange de fichier. Un échange, c’est « je te donne, tu me donnes », et on ne parle que d’une chose par transaction… Mais ici, avec les nouvelles technologies, les choses se font à une échelle telle que le « tape trading » d’il y a vingt ans, ou même le piratage sur cassettes audio d’il y a dix ans à peine font pâle figure… Le piratage des années 2000 se transforme en une véritable industrie parallèle. Le combat dans lequel s’engage Metallica, et plus spécifiquement Lars Ulrich, est plus celui pour le contrôle de la répartition des droits d’auteurs qui, avec ces nouveaux systèmes, échappent à tout contrôle. Le procès, long, entrainera la disparition de Napster, mais les résultats de l’industrie musicale connaîtront, malgré tout, des chutes vertigineuses. L’image de Metallica auprès des plus jeunes, principalement, est également salement touchée car désormais les sales gosses de la Bay Area passent pour de vils capitalistes assoiffés de dollars…

Metallica aura du mal à redorer son image, d’autant que le 17 janvier 2001 Jason Newsted annonce quitter le groupe. S’étant vu, parmi d’autres raisons invoquées par le démissionnaire, notifier un refus catégorique de s’impliquer plus avant dans son projet Echobrain, le bassiste en poste depuis 14 ans reprend, comme l’avaient fait avant lui des artistes comme Bruce Dickinson et surtout Rob Halford, sa liberté. Cette démission est en fait la conclusion d’années difficiles passées au sein de Metallica puisque jamais Jason ne fut considéré comme membre à part entière du groupe. Ni ne trouva sa place.

Cette claque donne à réfléchir au trio restant tant sur sa démarche créative que sur ses relations au niveau humain. Et plutôt que de se précipiter à chercher un remplaçant, c’est Bob Rock qui occupera temporairement la place de Jason.

Lorsque le groupe entre en studio, commence un long travail, douloureux, pénible pour tous. D’abord, le départ de Jason est mal vécu et Metallica décide de mettre un terme à trop de conflits en embauchant à demeure un psychologue chargé de les accompagner sur le chemin de la rédemption. Ensuite, le groupe a accepté d’être en permanence filmé dans le cadre d’un documentaire. Les caméras de Joe Berlinger et Bruce Sinofsky s’immiscent dans l’univers cloisonné de Metallica de mai 2001 à juin 2003, retraçant sans pudeur le quotidien d’un groupe phare : les conflits internes qui voient James claquer la porte et disparaitre (pour une cure de désintox), la recherche d’un nouveau bassiste, les engueulades au sujet des nouveaux morceaux, les répétitions avec un Bob ROCK plus bassiste que producteur, et le choix de Robert Trujillo (ex-Suicidal Tendencies, Ozzy Osbourne et Black Label Society) qui rejoint officiellement Metallica le 24 février 2003 avant de partir sur les routes pour de nouvelles aventures. Au départ, le duo de réalisateurs avait pour objectif de tourner un documentaire sur les coulisses de la création d’un album, mais les évènements leur ont apporté un nouvel angle de travail qui verra Some Kind Of Monster récompensé au festival de Sundance en janvier 2004. Mais entre-temps…

L’intermède imposé par James Hetfield prend fin au printemps 2002, et le groupe doté d’un souffle nouveau peut s’atteler à la tâche. Lorsque parait – enfin – St. Anger, le public découvre un album sans signature ni titre (autre que sur la tranche). Si Robert Trujillo fait officiellement partie de Metallica, c’est bien Bob Rock qui joue de la basse sur des morceaux longs, complexes, au chant râpeux, mais des morceaux sans aucun solo. Malgré la présence de titres accrocheurs comme Frantic, Invisible Kid ou Purify, l’album, une nouvelle fois, divise les fans certains reprochant au DVD bonus, montrant le groupe répéter en compagnie de son nouveau membre, d’avoir un meilleur son que sur le CD. Ce n’est d’ailleurs pas la dernière fois que les fans pointent du doigt des problèmes liés au son.

Le groupe a pourtant d’autres préoccupations en tête. Le lancement de l’album se fait par le biais de trois concerts donnés à Paris le 6 novembre 2003. Les fans ont du faire un choix, car l’organisation rendait impossible l’achat de billets pour les trois concerts. Ces derniers ne furent mis en vente qu’aux caisses de chaque salle quelques semaines plus tôt. Ainsi le Trabendo, la Boule Noire et le Bataclan eurent les honneurs de recevoir un Metallica intimiste et revigoré par le défi d’une nouvelle ère. Si l’exploit rappelle celui que réalisa quelques années plus tôt Def Leppard qui donna, en 24 heures, trois concerts sur trois continents différents, Metallica, en se concentrant sur une même ville – et pas n’importe laquelle, s’il vous plait, Paris, tout un symbole ! – économise en fatigue l’énergie qu’il dépense sur scène. Puis Metallica reprend la tournée des stades, envahissant les USA, et le reste du monde avant de s’accorder une année de repos en 2005.

Metallica réapparait en novembre 2005 pour deux concerts donnés en compagnie des éternels et incontournables Rolling Stones, puis les quatre retournent en studio au mois de janvier 2006. Et là, surprise : Bob Rock, producteur grâce auquel Metallica a vendu plusieurs dizaines de millions d’albums, n’est pas de la partie ! Metallica a choisi de travailler avec Rick Rubin le grand manitou du rap US des années 80, fondateur de Def American Records, et qui s’était déjà distingué en produisant des artistes comme Slayer (oh, le scandale de cette annonce… Ahh! le résultat discographique – South Of Heaven, Seasons In The Abyss) Comme le groupe en a pris l’habitude, il donne, durant l’été, quelques concerts afin de s’oxygéner, et présente même deux nouveaux morceaux à quelques privilégiés allemands et japonais.

L’enregistrement de l’album sous le contrôle de Rubin débute en 2007. Le producteur veut que Metallica se lâche, renoue avec son passé, retrouve la rage et le naturel de ses débuts. Le résultat parait sous le titre de Death Magnetic le 12 septembre 2008. Rubin a souhaité que Metallica renoue avec son passé ? Est-ce lui le responsable du retour du logo d’origine ? Ce détail signifie-t-il un retour au Thrash direct et sans concession qui fit les grandes heures du Metallica des années 80 ? Pour célébrer le lancement de Death Magnetic, Metallica donne deux concerts de charité à Berlin puis à Londres avant de constater le résultat de ses efforts : la critique est (quasi) unanime, l’album se classe en première places de nombreux tops et charts. Mais… Mais un détail chiffonne nombre d’acquéreurs, c’est le mix de la batterie qui grésille et sature pour un rendu plus que désagréable rendant l’écoute à volume important ou au casque pénible… Comment un groupe comme Metallica , avec les moyens technologiques dont il dispose, a-t-il pu laisser passer ce « détail » ? Comment n’avoir pas envisagé la possibilité que de nombreux fans n’aient pas forcément les moyens de s’offrir du matériel aussi haut de gamme que Metallica ? Mais le succès l’emporte au final sur l’insatisfaction, l’album voyant d’anciens fans revenir au bercail.

Metallica repart une nouvelle fois sur la route, et traverse le monde à un rythme moins soutenu – moins fatigant et moins exigeant, donc – que par le passé, se concentrant sur des périples de deux semaines de concert/une semaine de repos. La tournée, sans surprise, fait une nouvelle fois carton plein, et donne naissance à deux DVD, dont Français pour une nuit, retraçant magistralement le concert que Metallica donna aux arènes de Nîmes le 7 juillet 2009 . En plus, Metallica se voit sollicité pour être au centre d’une édition spéciale du jeu vidéo Guitar Hero qui parait également en 2009. Il est loin, le temps où Metallica jurait ne jamais céder au démon de la vidéo… Puis, en 2009 encore, Metallica fait officiellement son entrée au Rock’N’Roll Hall Of Fame. Un minimum pour le 7ème plus gros vendeur de l’histoire de la musique américaine…

2010… Metallica retourne en Amérique du sud, rendant visite à des fans qu’il avait délaissés pendant près d’une décennie. Et revient en Europe au cours de l’été. Pas seul, loin de là ! L’organisation du festival Sonisphere a organisé un événement de taille puisqu’il a réussi à réunir sur une même affiche, et pour une série de sept festivals, ceux que l’on désigne depuis vingt ans comme « le Big 4 » du Thrash : Metallica sera précédé de Slayer, Megadeth et Anthrax, les quatre groupes prévoyant de jammer ensemble. Une de ces journées historiques, celle de Sophia, en Bulgarie, fera l’objet d’un DVD témoignage (et d’un quintuple CD) sobrement intitulé « The Big 4 Live from Sophia ».

La tournée Death Magnetic, quant à elle, se termine à Melbourne (Australlie) le 21 novembre 2010 et Metallica rentre au bercail avec un nouveau projet en tête.

Cette fois, Metallica a décidé de prendre tout le monde à contre pied. Et la surprise est de taille lorsque le groupe annonce s’associer à Lou Reed, mentor du Velvet Underground, icône d’un certain rock décalé, du pop art d’Andy Warhol, aussi. Bref, un artiste à l’opposé de l’univers de Metallica. Mais on pourrait aussi dire que Lou Reed a, également, pris tout son monde à contre pied en décidant de s’associer à Metallica, icône du Thrash violent et explicite, mentor de toute une génération de groupes bruitistes et extrêmes, groupe clamant que le mélange de sang et d’urine qui illustre la pochette de Load est de l’art… Une association a priori contre nature (celle de Metallica et de Reed, s’entend), et pourtant, l’art en est bourré de ces associations…

Le résultat parait fin octobre 2011. Une seule indication sur la pochette : le titre, Lulu, rouge sang, écrit en superposition du buste d’un mannequin de cire sans bras. Très vite, l’album est décrié, montré du doigt, médias et fans lui offrant directement et sans autre forme de procès le statut de pire album du groupe. Le verdict est sans appel, Lulu ne se vendant qu’à quelques milliers d’exemplaires la semaine de sa sortie. La pire vente jamais enregistrée par un groupe, par des artistes de cette envergure qui donnent une dernière chance au public de San Francisco lors de quatre concerts exceptionnels donnés par Metallica entre le 5 et le 10 décembre 2011.

Car Metallica a décidé de fêter dignement son trentième anniversaire. Pour ce faire, le groupe investit le Fillmore, petite mais mythique salle de San Francisco fondé par Bill Graham dans les années 60 afin d’offrir à certains artistes (dont les Grateful Dead) un lieu où jouer. Seuls les membres du fan club peuvent se procurer des billets. Mais ils sont trop nombreux pour être tous servis. Un tirage au sort désigne donc les heureux privilégiés qui pourront assister à ces shows. Quatre concerts donnés pour 2000 spectateurs, chacun, avec des setlists et des invités chaque soir différents, et un tarif défiant toute concurrence : 6 dollars le concert, moins de 20 les quatre. Metallica est à la fête et ses invités, anciens membres (Dave Mustaine, Jason Newsted ou même les plus anciens Lloyd Grant et Ron McGovney), ceux qui ont failli « en être » (Pepper Keenan, John Bush) ou autres illustres inspirateurs (Biff Byford, Rob Halford, King Diamond, Lou Reed, Marian Faithfull…) aussi.

Afin de tenter de se racheter de la débâcle Lulu, Metallica publie un maxi de « restes » de Death Magnetic, un quatre titres intitulé Beyond magnetic. Mais c’est une nouvelle fois l’annonce de sa nouvelle tournée des stades qui « crée le buzz ». Metallica a 30 ans, le Black album tout juste plus de 20. Ce dernier sera le centre de cette nouvelle tournée, le groupe axant sa communication autour du fait que Metallica sera interprété dans son intégralité. Cependant, les quatre de San Francisco n’ayant jamais rien fait comme les autres, il semble évident que bien d’autres choses attendent le public. Pour la France, rendez-vous donc au Stade De France le 12 mai 2012. Sans surprises, le concert affiche en quelques heures complet et, comme sur le reste de sa tournée, Metallica fait les choses comme il faut: Gojira en ouverture est un bel amuse gueule, mais, au delà du spectacle – irréprochable, comme toujours – Metallica a décidé d’inviter ses fans – membres du fan club français principalement – à prêter et exposer quelques souvenirs dans une sorte de mini musée que peuvent « visiter » quelques privilégiés. Malgré quelques égarements, Metallica, finalement, sait rester proche de ses fans.

Jamais à court d’idées novatrices, Metallica décide de se lancer dans un nouveau projet, au cinéma, cette fois! En fait, le groupe se trouve au centre des recherches que mène le jeune acteur dane Deehan, héros de Through the never, film réalisé par Nimrod Antal. Metallica y donne un concert, tandis que Trip, le héros, se voit confier la mission de récupérer un objet. Son périple est brutalement interrompu à la suite d’un accident etc… Bref, un scénario basique mais une mise en scène qui se veut novatrice, deux éléments qui permettent à Metallica de publier un nouveau live, double, enregistré au Canada (Edmonton et Vancouvert) courant aout 2012. Un album qui démontre, une fois n’est pas coutume, la puissance scénique intacte des Horsmen.

Devenu monstre sacré, Metallica se fait naturellement plus rare. Ses concerts prennent la forme de véritables événements; Mais ce n’est pas assez. Toujours soucieux de l’avis des fans, le quatuor décide d’organiser, en 2014, une tournée particulière qui se tient du 16 mars au 10 août 2014 pour 25 concerts : intitulée Metallica by request, les fans reçoivent la promesse de ne jamais avoir deux fois la même set list. un véritable défi pour jame, Lars, Kirk et Robert puisque ce sont les fans eux-mêmes qui décident de la set list du soir en votant par SMS. Les chansons interprétées ne sont connues du groupe que quelque minute avant que ne démarre le concert, à la clôture des votes. Mais au final, le public n’opte que rarement pour des titres rares et réclame les plus connus… une belle expérience et un beau pari, relevé haut la main, cependant.

En 2015, la France est touchée par le terrorisme aveugle à deux reprises. La seconde affecte particulièrement Metallica puisque le 13 novembre 2015, des groupes radicalisés s’attaquent au Stade de France (sans pouvoir y pénétrer), aux clients de restaurants et bars des Terrasses et pénètrent dans le Bataclan où ils commettent un massacre sans nom. Le monde est sous le choc, d’autres villes ont été et seront touchées mais Metallica connait le Bataclan et décide de publier, l’année suivante, en 2016, les enregistrements du concert donné en ces lieux pour la sortie de St Anger. Paru en édition limité, Liberté, égalité, fraternité, Metalllica! regroupe les 9 chansons (dont on a pu avoir quelques extraits sur le Ep Some kind of monster) interprétées lors du périple de 2003 et devient rapidement un objet recherché des fans.

Mais le groupe s’est également attelé à la création du successeur de Death magnetic. En novembre 2016, lorsque parait Hardwired to self destruct, les fans savourent le premier double album – pardon: double CD – de la carrière du groupe qui revient en forme. Malgré une pochette et un titre mystérieux, tout le monde est d’accord: Metallica est en forme, revient avec l’esprit des débuts et… a fait attention à ne pas se planter dans le son travaillé avec du matériel »plus abordable »! Il grimpe rapidement à la première place de nombreux classements nationaux (France, Autriche, Suisse, Irlande Allemagne…) et confirme la position dominante de Metallica dans l’univers du Metal. La tournée annoncée est rapidement complète et c’est désormais avec impatience et ferveur que les fans français attendent l’ouverture des portes de l’Accor Hotels Arena de Paris les 8 et 10 septembre prochains.

Le monstre vit encore; mieux: il est en pleine forme et plus fort que jamais!