
Il est bien loin le temps où nos arthropodes teutons préférés nous annonçaient leur départ à la retraite. Depuis 2012, Scorpions n’a de cesse de toujours se faire, nous faire, plaisir avec quelques nouveautés discographiques et, surtout, de nombreuses tournées. Difficile de croire, alors que le groupe repart sur les routes, que Scorpions ait vraiment pu penser à sa retraite. Car le plus gros et plus ancien groupe de rock allemand propose depuis quelques temps des sets qui aident à oublier quelques années de vaches maigres et de manque d’inspiration discographique, redonnant un réel sens à une carrière qui, outre de nombreux envieux, fit et fait encore rêver des millions de personnes à travers la planète. Alors, pendant que Scorpions attaque un nouveau temps de partage avec le public, nous avons souhaité vous offrir un résumé de sa carrière, en attendant de pouvoir revoir une nouvelle fois ce groupe mythique qui a écrit certaines des plus belles et exceptionnelles p(l)ages du rock. Ils sont peu nombreux les groupes Allemands à pouvoir se vanter d’un tel parcours.
Lorsque le guitariste Rudolf Schenker fonde, à Hanovre, Scorpions, c’est au cœur d’une Allemagne à deux visages, qui vit en pleine guerre froide. Nés du « bon » côté, à l’Ouest, donc, les jeunes de 1965 découvrent, grâce (ou à cause) aux troupes américaines les nouveaux codes culturels du monde occidental. Vestimentaires, tout d’abord, avec l’apparition du blue jean et des blousons de cuir, alimentaire également, avec la commercialisation de produits comme le chewing gum ou les sodas, et également musicaux avec l’arrivée du rock’n’roll incarné, entre autres et principalement par Elvis Presley.
Sans être pour autant totalement permissifs, les parents d’alors, qui ont vécu la guerre, cette guerre infamante qui a jeté l’opprobre sur l’Allemagne, sont parfois plus ouverts d’esprits et tolérants avec leur progéniture. C’est le cas des époux Schenker qui encouragent leurs enfants et les poussent dans les voies artistiques nouvelles.
Rudolf Schenker se lance dans l’aventure dès 1965 en fondant le groupe de sa vie : Scorpions. Les années passent, ainsi que les musiciens, le jeune homme forgeant son identité musicale au gré de ses petites expériences. Son frère Michael, également guitariste, le rejoint en 1970. Il vient d’un groupe qui se nomme Copernicus dont il débauche le chanteur Klaus Meine qui devient bientôt indissociable de l’image des Scorpions.

1972 voit les premiers efforts récompensés avec la sortie d’un premier album, Lonesome Crow. Le petit arthropode a choisi d’intituler son premier essai « le corbeau solitaire » … Si le titre peut passer pour original, les chansons, quant à elles, jettent les bases de la musique que développera Scorpions dans les années à venir : les guitares jouent un rôle prédominant, tant dans les mélodies que dans la tenue des riffs, la voix si particulière de Klaus rendant l’ensemble assez facilement identifiable, bien que dans la veine de la musique d’alors. Ce premier essai permet à Scorpions d’assurer la première partie de Rory Gallagher, Uriah Heep ou UFO, ces derniers parvenant à débaucher Michael Schenker. Le blond guitariste quitte ainsi son frère dès 1973 pour rejoindre Pete Way et sa bande.

C’est alors qu’un phénomène rejoint Scorpions : Uli John Roth brille autant par son jeu que par son mysticisme et son look hippie. Mais plus encore, sans que ce ne soit évident pour l’heure, c’est l’arrivée du discret bassiste Francis Buchholz, un futur pilier du groupe, qui passera plus de quinze ans avec Scorpions, qu’il faut remarquer. La sortie de Fly To The Rainbowsur RCA en 1974 démontre que le choix est le bon. Si l’histoire n’a retenu que le dynamique Speedy’s Coming, l’album reste bourré de ces éléments propres aux Allemands : hard rock et mélodies soignées. La pochette, colorée, dessinée par Wandrey’s, est aussi quelque peu décalée : si le recto nous montre une sorte de scaphandrier du ciel, volant sur des skis à hélices, le verso nous dévoile l’autre face de cet énergumène volant. Un peu comme si le groupe nous disait « kiss my ass » … Et c’est bien là que les noms des musiciens sont inscrits !

L’année suivante, lorsque le temps est venu de préparer un nouvel album, Scorpions démarre une longue et fructueuse collaboration avec le producteur Dieter Dierks. Illustré par une photo pleine d’un érotisme subtil (signée Michael Von Gimbut), In Trance parait en 1975 et se démarque plus encore par la puissance de chansons passées à la postérité : Dark Lady, In Trance, Robot Man… Scorpions redéfinit quelque peu sa musique en conservant les ingrédients utilisés précédemment (double voix Klaus/Uli mélodies efficaces et mémorisables) en écartant subtilement les aspects trop psychédéliques (toujours présents sur Evening Wind ou Sun In My Hand) pour se recentrer sur l’essentiel. In Trance fait alors exploser Scorpions au Japon – et devient même la meilleure vente jamais réalisée par un album RCA au pays du soleil levant. Notons également que l’image des Scorpions s’affine grâce à une signature nouvelle : le logo qui deviendra bientôt indissociable de l’image du groupe. Les Allemands partent sillonner une partie du continent européen en ouverture de Kiss, une opportunité qui ne se refuse pas. Elu par leur concitoyens meilleur groupe live allemand, Scorpions s’attaque alors à sa première tournée anglaise qui vit les cinq musiciens investir le Marquee de Londres.

Si sa carrière internationale est bien lancée, Scorpions doit maintenir la pression musicale et rentre de nouveau en studio au début de l’année 1976, avec un nouveau batteur (le 4ème en 4 albums, mais cette fois, c’est le bon !) en la personne de Herman Rarebell parfait pendant rythmique de Francis Buchholz. Désormais, les Allemands font tout pour qu’on parle d’eux : de la scandaleuse illustration de couverture montrant une adolescente assise nue derrière une vitre où l’on devine le passage d’une balle d’arme à feu au contenu musical, toutes les raisons du monde sont réunies pour que Virgin Killer soit le sujet de conversations du moment. La pochette à elle seule fait jaser dans les derniers salons où l’on cause, bien que l’époque ne soit pas encore à la dénonciation de la pédophilie. Nul doute qu’aujourd’hui, ce type de pochette subirait une censure immédiate (les rééditions ont remplacé l’originale par une photo du groupe datant des sessions de In Trance). Mais qu’on parle d’eux en bien ou en mal, l’important est qu’on parle de Scorpions… Le public va croissant. La puissance de morceaux comme Pictured Life, Catch Your Train, Hell Cat ou le morceau titre rentrent dans le lard en allant droit au but : le son concocté par Dieter Dierks est rond et sec, généreux et râpeux tout à la fois, les guitares aiguisées tiennent une place prédominante. Scorpions vient de trouver l’identité de sa musique avec ce line up exceptionnel, proposant des ballades plus que réussies (In Your Park et Yellow Raven). Une seule difficulté reste à noter : il ne peut y avoir qu’un chanteur. On préfèrerait que le plus « hendrixien » des guitaristes allemands (Uli Roth) laisse Klaus Meine maitre des voix sur Polar Nights. Cette faute oubliée, Scorpions continuent de s’imposer et remporte même son premier disque d’or au Japon, est sacré meilleur album de l’année en Allemagne… Tout semble aller pour le mieux et sourire aux Allemands en ces années 70.

Crachant leur venin tant qu’il y en a, Rudolf Schenker et sa troupe décident de confirmer le potentiel et l’importance artistique de Scorpions aussi vite que possible. Toujours accompagné de Dieter Dierks, le groupe s’attèle à la réalisation du sublime Taken By Force. Après le scandale de la pochette précédente, l’album n’est illustré que par une bande sur laquelle figurent la photo et le nom de chacun des musiciens et au centre de la pochette est inscrit le titre. Plus sobre, tu meurs ! Le message sous-entendu est clair : c’est la galette à l’intérieur qui doit nous intéresser. Et là, il n’y a rien à redire : Scorpions a trouvé son équilibre et passe à la vitesse supérieure, se plaçant dans le peloton de tête des formations européennes de cette fin de décennie. Steamrock Fever, et ses guitares hurlantes totalement taillées pour la scène, accompagne les futurs classiques que sont We’ll Burn The Sky (et sa douce introduction qui deviendra la signature des ballades propres au groupe), The Riot Of Your Time, le controversé (il fallait bien quelque chose quand même !) He’s A Woman – She’s A Man – ultra speed et violent (ah ! ces aboiements de Klaus !) – ou le très « hendrixien » The Sails Of Charion qui porte les derniers stigmates de l’ère psychédélique.

Scorpions s’embarque alors pour une nouvelle tournée mondiale qui passera, en avril 1978, par le Japon où sera enregistré le double live Tokyo Tapes, une collection de 18 des meilleures créations des Allemands. Face à un public tout acquis à sa cause, Scorpions se montre explosif de bout en bout, ou presque. Les grands classiques sont foison (Backstage Queen, In Trance, We’ll Burn The Sky, Steamrock Fever, He’s A Woman – She’s A Man…), ainsi que le passage “obligé” Pictured Life sur lequel chante Roth, pour la dernière fois. Car, à l’issue de cette tournée marathon, le guitariste fils du soleil et de la lune quitte ses compères pour fonder Electric Sun. C’est d’ailleurs ce titre qui sera retiré de la réédition CD quelques années plus tard afin de pouvoir faire tenir ce concert sur un seul disque…

De retour en Allemagne, avant d’avoir trouvé un nouveau guitariste, le groupe entre une nouvelle fois en studio où Michael vient seconder son frère. L’enregistrement de Lovedrive commence alors que les auditions continuent. Le groupe pense intégrer un instrumentiste anglais ou américain, mais finalement, son choix se porte sur un jeune Allemand, Matthias Jabs qui se voit accorder le temps d’apprendre quelques morceaux avant d’entrer en studio. Sacré baptême du feu pour celui qui deviendra l’alter-ego de Rudolf Schenker, et un des piliers du groupe, encore présent aujourd’hui.
Une fois l’enregistrement terminé, le groupe met sur pied une nouvelle tournée. Pourtant, un évènement risque de mettre en péril la bonne santé de Scorpions : Michael demande de réintégrer le groupe. Famille, quand tu nous tiens… Matthias Jabs est mis sur la touche alors que le groupe s’engage dans une vaste tournée mondiale. Mais, alors que Scorpions est bien engagé sur la route, « l’ange blond » s’envole soudain en plein milieu de la tournée, juste avant le concert de Lyon, laissant son frère et ses compagnons dans une mouise sans nom. Enfin, on peut l’imaginer. La seule solution est d’appeler Matthias Jabs à l’aide. Ce dernier revient, apprend en un temps record le répertoire qu’il devra interpréter et sauve ainsi le groupe qu’il ne quittera plus jamais, apportant du sang frais, et sain, à tous.
Fin technicien, doté d’un grand sens de la mélodie et d’un enthousiasme à toute épreuve, ses apports permettent à Scorpions de franchir un nouveau palier. Ce line-up (Klaus Meine, Rudolf Schenker, Matthias Jabs, Francis Buchholz et Herman Rarebell) est celui qui donnera naissance aux plus respectés albums du groupe qui se fixe un nouvel objectif ambitieux, mais réaliste : la conquête en grand format du continent américain. Débute alors une tournée en ouverture, à quelques exceptions près, de Ted Nugent, AC/DC ou Aerosmith.
Lovedrive (n°36 en Angleterre et 55 aux USA) fait un triomphe dès sa sortie en janvier 1979 grâce à la conjonction de plusieurs éléments : Scorpions fait partie des plus importantes formations européennes de cette fin de décennie, certes, mais en plus, au-delà de la pochette à l’humour décalé qui fait encore jaser, Jabs apporte de la fraicheur et une énergie nouvelle au groupe, deux éléments qui se ressentent dans chacune des compositions auxquelles il a participé. Rudolf Schenker étant maintenant maître des compositions (compositeur de sept des huit morceaux, co-compositeur du dernier) joue beaucoup sur l’homogénéité de l’ensemble. Scorpions fait un pas de plus vers l’excellence et voit même ses efforts enfin récompensés : plus de 500.000 exemplaires sont vendus sur le seul territoire américain, faisant de Lovedrive le premier album d’or que reçoivent les Allemands sur le nouveau continent.

La sortie, en 1980, de Animal Magnetism confirme le statut incontournable de Scorpions. L’équilibre entre les musiciens est enfin trouvé. Mieux, il existe entre eux une parfaite symbiose… Les compositions sont carrées, efficaces et, simplement, populaires. L’album est une réussite tant artistique que commerciale (il est disque de platine aux Etats-Unis où il atteint la 52ème position du Billboard, et arrive n°23 des charts UK) et la tournée qui suit confirme la maitrise scénique du groupe qui ose le décor d’un scorpion en guise d’estrade pour la batterie. Partout les foules se font plus denses, et plus exigeantes aussi. Si la tournée est une réussite complète, la voix de Klaus Meine commence, sur la fin, à montrer des signes de faiblesse.
Alors que Scorpions se trouve en studio en 1981 pour préparer son futur album, un évènement vient soudain interrompre les enregistrements. Le chanteur se retrouve sans voix. Plus un son correct ne sort de sa gorge. Des examens médicaux révèlent la présence de polypes sur ses cordes vocales. Klaus Meine est immédiatement hospitalisé à Cologne, avec succès. Cependant, si l’opération a permis de se débarrasser des corps étrangers et indésirables, le chanteur se voit intimer l’ordre formel de demeurer muet quelques mois s’il veut pouvoir simplement espérer rechanter un jour. Dans le cas contraire, son mutisme pourrait être définitif. Pendant sa convalescence, les autres membres du groupe continuent de travailler. Klaus participe également, donnant ses instructions et signifiant ses idées par écrit. Pour travailler de manière réaliste, Scorpions engage un chanteur « intérimaire », un Américain du nom de Don Dokken. Forcément, les rumeurs fusent, d’autant qu’à cette période, de nouveaux phénomènes se font remarquer. Certes, les Def Leppard, Iron Maiden, Saxon ont encore peu d’expérience, mais la fougue dont ils font preuve semble n’avoir pas de limite. Si le monde cède aux coups de boutoirs de la NWOBHM, Scorpions en a vu d’autres…

Tout rentre dans l’ordre lorsqu’un visage bandé, hurlant de douleur, les yeux crevés par des fourchettes, vient orner les devantures et bacs des disquaires. Blackout parait en 1982 et la claque est immédiate : Blackout, No One Like You, Now, Dynamite, Can’t Live Without You, rien n’est à jeter. Seul China White semble n’être pas totalement à sa place (qui me rappelle l’esprit de The Zoo, dont on connait le succès), tandis que la sublime ballade When The Smoke Is Going Down clôt cet ensemble extraordinaire. Extraordinaire, comme la voix de Klaus Meine, dure, déterminée, rugueuse, puissante ou douce selon les besoins. Modulable à souhait. A tel point qu’un journaliste affirmera que « les médecins n’ont pas soigné le chanteur, ils lui ont collé LA voix du Heavy Metal ». Les inquiétudes s’envolent bien vite, et la tournée qui suit remporte un succès similaire à celui de l’album (certifié plusieurs fois platine, élu meilleur album de l’année…) Aux Etats Unis, où Blackout atteint le top 10 du Billboard (et arrive 11ème des charts anglais), Scorpions embarque une autre bête pour chauffer le public : Iron Maiden. Puis l’année suivante, c’est la tête d’affiche du US Festival de San Bernardino (Californie) qui est offerte aux Allemands qui jouent devant plus de 325.000 spectateurs ! Le groupe est demandé partout, tout le monde veut voir le phénomène, et les dates s’ajoutent les unes après les autres…

Pourtant, il faut mettre un terme à cette vie de saltimbanque de luxe. Il est grand temps de retourner en studio et d’offrir aux très nombreux fans de Scorpions une nouvelle injection de mélodies fines et dures. Love At First Sting sort au début de l’année 1984 et confirme tout le bien que l’on pense de ce groupe qui jusqu’à présent a réalisé un parcours discographique quasiment sans faute. Bad Boys Running Wild, Rock You Like A Hurricane ou Crossfire deviennent rapidement des hymnes incontournables. Mais c’est la ballade Still Loving You qui propulse le groupe au firmament. LE morceau, LA chanson, LE slow ultime que toutes les radios et télés diffusent à l’envie. Rien qu’en France, il s’écoule près de deux millions d’exemplaire du 45t ! Partout le groupe est plébiscité. Scorpions est même le premier groupe allemand à jouer 3 soirs d’affilée à guichets fermés au légendaire Madison Square Garden de New York, réunissant quelques 60.000 spectateurs chaque soir. Et ce succès se confirme partout à travers le monde, Love At First Sting parvenant à atteindre la 6ème position aux USA, la 17ème en Angleterre et les récompenses pleuvent : double platine aux USA, or en France et dans de nombreux pays européens…

La démesure semble de rigueur. En 1985, Scorpions joue au festival brésilien Rock In Rio devant quelques centaines de milliers de personnes, enregistre plusieurs shows de sa tournée mondiale, dont un premier passage derrière le rideau de fer, à Budapest, en Hongrie, et livre un testament auditif avec un double live, World Wide Live. Sans doute moins percutant que Tokyo Tapes, cet album n’en restitue pas moins fidèlement la folie des fans, dont certains découvrent, lors des concerts, que Scorpions n’est pas un groupe à ballades (le temps a su montrer la parfaite maitrise des Allemands en la matière…) mais bien un groupe de hard rock (le temps a aussi su démontrer la parfaite maitrise des mêmes Allemands en la matière…) Sans surprise, ce témoignage trouve de nouveau le chemin des tops en se classant, belle performance pour un album live, n°14 aux USA et 18 au Royaume Uni.

Scorpions a toutes les cartes en mains pour s’atteler avec sérénité à la réalisation de Savage Amusement, qui sera le dernier album produit avec Dieter Dierks. Les tensions, malgré deux années de repos, sont réelles. Cependant, et sans surprise, le public répond massivement, faisant de cette nouvelle galette un succès immédiat, dès sa sortie en 1988. Savage Amusement se classe n°1 dans divers pays européens, arrive n°3 aux USA… Mais pendant que le groupe sillonne une nouvelle fois la planète, le public occidental émet des signes de déception : oui, Savage Amusementest un vrai succès, commercialement parlant mais artistiquement, on a parfois l’impression d’entendre une recette réutilisée. Le pire est pourtant à venir…

C’est sans doute aussi à ce moment que les membres de Scorpions vont connaitre les dures lois de la gravité. Car lorsqu’on est monté aussi haut, on ne peut que redescendre. En cela, le label du groupe va avoir sa part de responsabilités en pariant sur (ou exigeant ?) une promotion basée sur « la » ballade. D’ailleurs, 1988 et 1989 ont vu sortir deux compilations, le Ep Gold Ballads et l’album Best Of Rockers And Ballads. Tout est dit…
De plus, un évènement vient changer les esprits : la guerre froide semble vouloir prendre des congés. Youri Gorbatchev veut détendre les relations entre les deux blocs. Glasnost et Perestroïka sont de rigueur. Ainsi, sans être le premier groupe à jouer derrière le rideau de fer, Scorpions est le premier groupe occidental de rock (décadent, donc, aux yeux de nombre de camarades soviets) à jouer en Union Soviétique. La ville de Leningrad (redevenue depuis Saint Pétersbourg pour les ignorants…) accueille les Allemands dix soirs d’affilée ! Ils retourneront l’année suivante, en 1989, à Moscou dans le cadre du Moscow Music Peace Festival, réunissant rien moins que Ozzy Osbourne, Bon Jovi, Mötley Crüe, Skid Row, Cinderella et les locaux de Gorky Park en plus de Scorpions, qui joue face à 260.000 spectateurs et une sécurité assurée par des militaires souvent plus occupés à profiter de ce qu’il se passe sur scène que dans le public.

Cette expérience moscovite inspirera les bases de ce qui deviendra Wind Of Changes. La chanson au message pacifique sort courant 1990, peu de temps après la chute du mur de Berlin. Wind Of Changes devient immédiatement un hymne international, une ode à la liberté qui trouvera plus de force encore avec la chute du bloc de l’est. Malgré l’enthousiasme et l’extraordinaire ferveur que suscite cette chanson, la sortie de l’album Crazy World semble moins exciter les foules. Malgré, aussi, la présence de chansons comme Tease Me, Please Me ou Kicks After Six qui portent la griffe de Scorpions et qui devraient rassurer le public. Mais la réalité est tout autre. Tout d’abord, l’absence de Dieter Dierks se fait d’autant plus sentir que le groupe a voulu produire cet album lui-même. Ensuite, les grands pontes du marketing ont décidé, depuis une certaine chanson d’amour, d’assurer la promotion des futurs albums de Scorpions avec la ballade, transformant insidieusement et durablement la perception que le public peut avoir de Scorpions qui, de groupe de hard rock devient groupe à ballades. Ainsi, et selon la biographie qui figure sur le site web du groupe, « leurs ballades, telle Still Loving You, Holiday (…) Always Somewhere et When The Smoke Is Going Down sont parvenues à gagner le cœur même de ceux qui détestent le hard rock. » Eh bien, cette réputation, encore d’actualité, a fait fuir un grand nombre de hard rockers dans le monde, qui tous, pour autant qu’ils soient amateurs de Scorpions, savent que les ballades font intégralement partie de l’univers musical des Allemands, mais pas pour occulter le reste. Crazy Worlds’en ressent, faisant preuve de moins d’originalité et de créativité, comme si les musiciens avaient été poussés à composer LA future ballade, celle qui allait tout casser… La tournée qui suit, si elle rencontre un franc succès, bien que moins important que précédemment, se solde par le départ du bassiste Francis Buchholz. L’équilibre en prend de nouveau un coup.

Avec un nouveau membre, le bassiste Ralph Rieckerman, Scorpions s’en retourne en studio, et se fait cette fois aider par un magicien du son : Bruce Fairbairn (qui a travaillé avec, et parmi d’autres, excusez du peu, Loverboy, Bon Jovi, AC/DC, Aerosmith, Van Halen, Kiss…) Tout est mis en œuvre pour redorer l’image du groupe mais à sa sortie, en 1993, la critique s’avoue, une nouvelle fois, déçue par Face The Heat. Les effets et recettes usés jusqu’à la corde lassent le public, et même Alien Nation ou No Pain, No Gain semblent réchauffés… Pire encore : Taxman Woman, Unholy Alliance semblent, comme d’autres chansons, être là pour faire du remplissage. Scorpions vit une cruelle phase de manque d’inspiration…
Scorpions est alors sur la mauvaise voie, mais refuse de se rendre à l’évidence. Ou presque, car en engageant un nouveau manager, les choses pourraient changer. Le choix de Rudolf Schenker et sa bande se porte sur Stewart Young, qui s’occupe des affaires d’AC/DC, groupe qui est également passé par une longue période de doute. Mais Pure Instinct (1996) ne redresse pas la barre. Bien au contraire, Scorpions s’est laissé avoir : son album contient bien trop de ballades sirupeuses. Le mal est fait, le public tourne le dos au groupe, les stades se transforment en des salles bien plus petites… La confiance a cédé la place à la méfiance et quelques titres rock ne suffisent pas à inverser la vapeur. D’autant plus que Herman Rarebell, le batteur, décide de jeter l’éponge à son tour. En quelques mois, c’est toute l’ossature rythmique qui s’en est allée. Tout est à refaire. James Kottak, ex-batteur de Kingdom Come et Warrant, intègre Scorpions, assure la tournée et demeure dans le groupe pendant de nombreuses années. La tournée permet à Scorpions d’explorer des territoires qui lui étaient jusque-là inconnus, en Asie, Moyen et Extrême Orient. De nouveaux marchés à conquérir alors qu’en occident, le hard rock et le metal connaissent une crise sans précédent. Alors ces nouvelles contrées, et l’accueil que réserve le public, ont de quoi redonner confiance au groupe qui prépare un nouvel album pour la fin du siècle.

Eye To Eye sort en1999. Sur sa pochette en noir et blanc, étrangement, ne figurent que trois visages, ceux des plus anciens membres du groupe : Rudolf Schenker, Klaus Meine et Matthias Jabs. Cette illustration est pleine de sous-entendus (on évitera la comparaison avec les trois singes, svp), et lorsque le CD est décortiqué… il se fait descendre par une critique et un public qui disent « Stop ! » Les sonorités pop, trop pop, parfois électro ne plaisent pas. Que cherche Scorpions, hier flamboyant, aujourd’hui à peine l’ombre de lui-même ? La seule originalité du disque est qu’il contient une chanson en allemand, Du Bist So Schmutzig… Mais Rammstein fait bien mieux en chantant dans la langue de Goethe, et Doro Pesch (ex- Warlock et actuelle Doro) s’est plus d’une fois fait ce plaisir, donc, question « originalité », on repassera.

Ensuite, un album remporte la majorité des suffrages. C’est un vrai défi qu’ont relevé les hommes en noir de Metallica, accompagnés par Michael Kamen puisque le groupe pourtant boudé – euh, tout est relatif … – au cours des années 90, présente au monde les résultats live de sa collaboration avec un orchestre symphonique. Cela fait bien longtemps que classique et métal font bon ménage, mais cette fois, on accède au niveau supérieur. Alors, après la mode des albums Unplugged, voici celle des live symphoniques ou philarmoniques. Scorpions ne déroge pas à la règle et travaille avec l’orchestre philarmonique de Berlin afin de sortir, en juin 2000, Moment Of Glory qui sera suivi l’année suivante par Acoustica, un autre superbe live, cette fois-ci enregistré au Portugal. Si ces deux albums sont réussis – ce dont personne ne pouvait douter, les chansons de Scorpions étant parfaites pour ce type d’arrangement et d’orchestrations – le public n’y croit vraiment plus et ne suis pas.

Il est alors temps de se recentrer sur l’essentiel, à savoir : le Hard Rock. Il faudra trois ans à Scorpions pour terminer Unbreakable. Incassable, l’idée est séduisante… Car malgré les revers de fortune qu’a pu connaitre le groupe (dont le départ de Ralph Rieckerman, bientôt remplacé par Pawel Macidowa, un bassiste polonais – là encore les blagues se font légions, le groupe n’aurait plus les moyens de s’offrir les services d’un musicien allemand, et bla bla bla…) rien n’en est encore venu à bout. Si le résultat final est moyennement reçu, Unbreakable redonne un certain espoir, laissant deviner que le rock est toujours ancré dans le cœur des Allemands qui tentent de retrouver pêche et niaque. Oui, l’espoir semble en passe de pouvoir renaitre, grâce à des chansons carrées comme Blood Too Hot ou Deep And Dark qui sonnent comme le Scorpions des grands jours. Les deux années qui suivent sont consacrées à tourner. Se donner en spectacle. Lorsque le festival de Wacken invite Scorpions à tenir la tête d’affiche début août 2006, les Allemands offrent un show hors du commun, pendant plus de 2h30. Et les plus de 60.000 spectateurs présents assistent à un moment d’histoire dans la vie du groupe qui invite ses anciens membres sur scène : Uli Roth, Michael Schenker et Herman Rarebell répondent présents.

Renouant avec le succès, retrouvant la confiance des fans, Scorpions s’attèle à la réalisation d’un album ambitieux, un album conceptuel dont la musique se veut un retour musical aux sources. Humanity Hour 1 est bien reçu par les critiques et le public. Les médias voient dans cet album les marques du grand retour de Scorpions (qui, pour la première fois depuis In Trance, modifie son logo…) grâce à la puissance et l’efficacité du rapide et lourd Hour 1 et des hymnes que pourraient devenir You’re Lovin’ Me To Death, la ballade The Future Never Dies (qui rappelle Queen dans sa construction) ou le mid tempo Love Will Keep Us Alive. Oui, enfin, les cinq Scorpions retrouvent du plaisir et varient les ambiances musicales, ne cherchant plus à plaire au label mais à eux-mêmes et au public, à qui ils annoncent fièrement We Will Rise Again. Simplement.

De nouveau, les deux années qui suivent sont consacrées à sillonner le monde et à annoncer…qu’une nouvelle tournée mondiale démarrera en 2010. Elle sera la dernière, le groupe décidant de se retirer après plus de quatre décennies au service du Rock. Un 17ième album studio est enregistré et la claque est grande lorsque sort Sting In The Tail. Le Scorpions des grands jours est de retour, au mieux de sa forme. Que Schenker, Meine et Jabs décident de mettre un terme à l’aventure, soit. Mais il semble hors de question de partir la queue entre les jambes. Non, avec cet album quasiment sans faute – le précédent avait ouvert la voie du retour à l’excellence – Scorpions peut partir la tête haute, fier de son œuvre. Car conclure avec des brûlots comme le morceau titre, Slave Me, Rock Zone, No Limit ou la ballade Loreleï, c’est partir en beauté. Seuls certains concerts de cette tournée à rallonge déçoivent, parmi lesquels on compte le Hellfest ou le Grasspop en 2011, où le groupe semble usé, manquant cruellement de ce dynamisme légendaire. Mais on peut espérer que Scorpions réserve à son public de salle, hors festival, quelques surprises… Chaque concert voit naturellement le public répondre « présent », un public qui retrouve un groupe au top de sa forme. Scorpions semble avoir trouvé une fontaine de jouvence car, de retraite, il n’est bientôt plus question.


Les cinq annoncent un nouvel album intitulé Comeblack dont la sortie est prévue pour fin 2011. Une compilation qui revisite pour moitié des titres de Scorpions et pour l’autre moitié des standards des années 60 et 70. Et, déjà, de nouvelles dates de tournée sont annoncées dont certaines dans des villes de France que Scorpions a rarement visitées… Retraite joyeuse ? L’heure de dire « Auf Wiedersehen « semble n’avoir pas encore sonné, ce que le groupe a depuis largement prouvé, n’ayant de cesse de sillonner les routes. Cependant, les dix dernières années n’ont pas été toujours très calmes pour les Allemands.

Si James Kottak a depuis longtemps prouvé être totalement à sa place, le batteur se fait plus que trop souvent remarquer. Outre son alcoolisme, il devient incontrôlable, et son comportement outrancier lui attire des ennuis dont Scorpions se serait bien passé. Comme en ce 3 avril 2014 où il se fait arrêter à Dubaï à la suite d’un geste insultant pour l’islam et se voit condamné à un mois de prison alors que le groupe devait jouer à Barhein… Tout le monde peut avoir une nouvelle chance, et Kottak participe ainsi à l’enregistrement d’un nouvel album, Return to forever – un titre fort approprié tant le groupe semble s’éloigner de plus en plus de la retraite ! Le 18ème album voit le jour en février 2015, Scorpions continuant de sillonner les routes, dont un Hellfest en juin de cette même année qui sera immortalisé sur une version Tour edition (2016) contenant 2 DVD live pleins de bonus (un concert aux USA, le Hellfest, des video et reportages…).
2015, pourtant, se termine mal, très mal. Le 13 novembre, la folie islamiste frappe Paris en trois lieux : des attaques terroristes visent le Stade de France, sans pouvoir y accéder, tandis qu’un autre groupe tire à vue sur des clients de bar et de restaurants des « Terrasses ». L’horreur absolue continue lorsqu’un autre groupe envahi le Bataclan en plein concert des Eagles Of Death Metal, tirant sur le public paniqué et, certains membres porteurs de bombes, se faisant exploser. 130 morts, plus de 410 blessés dont une centaine en urgence absolue… Naturellement, tous les évènements publics sont annulés le temps de retrouver un niveau de sécurité conforme aux attentes. Scorpions retrouve Bercy le 24 novembre, un Bercy aux abords plus que sécurisés, certes, mais un Bercy plein comme un œuf pour une communion musicale libératrice, plus encore libératrice lorsque Kottak entame au cours de son solo le rythme de la Marseillaise instantanément chantée par 20.000 gorges qui hurlent que, comme au début de l’année après les attaques de Charlie Hebdo, non, on ne se laissera pas vaincre par la peur du terrorisme aveugle.

Alors que le monde se remet de ses émotions, Scorpions prend finalement, « enfin » serait sans doute approprié, la décision de se séparer de son batteur de plus en plus ingérable et dont la santé décline au rythme de son alcoolisme (James Kottak mourra moins d’une décennie plus tard, le 9 janvier 2024 à l’âge de 61 ans, dans sa ville natale de Louisville, Kentucky). Il ne faut guère de temps pour lui trouver un remplaçant capable de supporter le rythme des tournées et connaissant les affaires musicales. L’heureux élu est rapidement trouvé en la personne du furieux frappeur Mikkey Dee, ex-batteur de Motörhead « libéré » de ses fonctions après la mort de Lemmy, le 29 décembre 2015. Son recrutement est officialisé le 16 septembre 2016 et les tournées continuent, ainsi que les enregistrements, dont Born to touch your feelings, en 2017, compilation de ballades désormais incontournables mais qui ne marque pas outre mesure les esprits.

Cette même année 2017 voit Scorpions entamer une tournée mondiale célébrant son album Crazy World. Célébration qui deviendra bientôt une habitude seulement interrompue – outre la crise sanitaire qui, entre mars 2022 au premier trimestre 2022, a vu toutes les manifestations publiques interdites – par la sortie, en 2022, d’un nouvel album studio, Rock believer, plus que positivement accueilli. Les Allemands repartent sur les routes pendant deux années (tournée au cours de laquelle Scorpions modifie les paroles de Wind of change après les attaques injustifiées de la Russie contre l’Ukraine) mais la route semble désormais sans fin.

2024 est quant à elle l’occasion de célébrer le 40ème anniversaire de Love at first sting. Pour l’occasion, Scorpions offre aux Français trois très belles dates au Théâtre antique de Vienne (le 18 juin), à la première édition du festival Heavy Week end (le 21 juin) où Klaus Meine, vieillissant, a plus que du mal à se déplacer – on apprendra par la suite que le chanteur a récemment subi une opération du dos, les douleurs expliquant sa difficile mobilité – et au Festival de Carcassonne (le 23 juillet).

2025 est aussi une nouvelle année de tournée, et, de nouveau, Scorpions honorera la France de sa présence en trois lieux : le 21 juin au Hellfest, le 24 à l’Accor Arena et, un mois plus tard, le 24 juillet, aux arènes de Nîmes. Oui, elle semble vraiment bien loin la retraite, alors continuons tant que faire se peut, de célébrer cet incontournable et, depuis longtemps maintenant, légendaire groupe qui a donné au rock certains de ses plus grands hymnes. Bad boys (are still) running wild !









































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Au mois de mai 1979, CBS commercialise le premier album éponyme de Trust. C’est peu dire que ce disque fasse l’effet d’une bombe ; sur fond de hard rock survolté, Bernie crache son venin et critique ouvertement la société moderne. Qu’il s’agisse de politique, de mode, de mœurs, quelques phrases, parfois seulement quelques mots prononcés dans L’élite, Bosser huit heures, Palace, Préfabriqués… suffisent à dénoncer et pointer du doigt des états de faits « acquis » que Bernie – et nombre de jeunes ou moins jeunes – refuse d’accepter comme tels. Ce qui aurait pu ne passer que pour un incident dû à la colère non contenue dans les bureaux de Pathé se traduit par un album simplement explosif. Et Police milice transforme vite Bernie en une cible prioritaire de la flicaille hexagonale.
Répression sort enfin le 30 mai 1980. La France entière lui fait un triomphe à nul autre pareil. Vendu par palettes entières, Répression devient disque d’or puis platine dans l’année. Bernie tape sur tout et tout le monde ; tous les thèmes sensibles et d’actualité y passent de manière à la fois aussi directe et plus subtile que sur le premier album. L’ayatollah Khomeiny et Jacques Mesrine mis à part, Bernie vise tout le monde sans citer personne transformant ses paroles, puisées dans l’actualité (Fatalité, Instinct de mort, Les sectes, Antisocial…) en textes intemporels, touchant bien plus qu’une génération. Dès lors, Bernie devient une sorte de grand frère. Sans surprise, la tournée Répression dans l’Hexagone – qui voit arriver un second guitariste en la personne de Mohammed Chemleck – se déroule dans des salles pleines. Mais le rythme infernal que vit le groupe pousse Jeannot à quitter Trust. Il est alors remplacé par Kevin Morris pour le reste de cette tournée.
Devenu, avec Téléphone, le groupe phare de la scène rock hexagonale, Trust peut terminer l’année 1980 en beauté. C’est donc confiant que CBS commercialise dès le début de l’année suivante la version anglaise de ce disque, simplement baptisé répression version anglaise. Les versions de travail traduites avec Bon Scott ayant – un malheur n’arrive jamais seul, dit-on ? – été volées, les textes ont été retravaillés en anglais par Jimmy Pursey. Le groupe veut percer à l’étranger et se retrouve embarqué dans une tournée anglaise en première partie d’Iron Maiden. Un nouveau batteur fait son apparition en la personne de Nicko Mc Brain (notez ici qu’aucun batteur ne fait long feu chez Trust, Jeannot étant le seul à avoir enregistré 2 albums studio…) Les Anglais ne pouvaient rêver meilleurs chauffeurs de salle tant l’énergie déployée par les Français est intense. Le Royaume-Uni adopte facilement Trust qui s’offre même le luxe d’y organiser une tournée de 20 dates en tête d’affiche – incluant le mythique Marquee – entre le 20 mai et le 11 juin 1981.
réservés. Trust doit y enregistrer le plus qu’attendu – quoique commercialement, le groupe pourrait continuer de capitaliser sur les ventes – successeur de Répression. Mais ce troisième album représente une étape primordiale dans sa carrière. Alors, de nouveau, les moyens sont là : la production est confiée à Tony Platt, ingénieur du son d’AC/DC ou Foreigner (au côté du producteur Robert John « Mutt » Lange sur Highway to hell, Back in black ou 4…). Il suffit d’à peine 6 semaines, du 15 juillet au 25 août, pour mettre en boite Marche ou crève dont le mixage se fait dans la foulée à Londres. Trust profite de ce nouveau séjour anglais pour participer au légendaire festival de Reading, le 29 aout. De nouveau, le groupe y fait un triomphe, au grand dam de la tête d’affiche, Ian Gillan, ex-chanteur de Deep Purple qui craint de voir les Français lui voler la tête d’affiche. Il exige alors que la sono soit, purement et simplement, coupée à la fin du set, empêchant Trust d’assurer le rappel pourtant demandé par le public ; Sans surprise, Gillan doit affronter tout un groupe dont les musiciens et techniciens sont furieux de ce coup bas et de ce manque de fair play. Rapidement, la « discussion » se transforme en pugilat. Gillan, il faut le croire, n’a jamais eu vent du fameux épisode Pathé… Mais le caractère de Bernie est bien le même. Fin de l’histoire…
Profitant du mixage de Marche ou crève, Trust décide d’en enregistrer une version anglaise, qui sera intitulée Savage. A grand renfort de pub, la VF parait en France le 12 octobre 1981, dans un pays en pleine mutation depuis l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, premier socialiste à la tête de l’Etat depuis plus de deux décennies. Quelle que soit la couleur qu’affiche le pays, cependant, force est de reconnaitre que Bernie manie le verbe avec autant de tranchant, de précision, de rage et de sens critique. Certitude… solitude, premier extrait de l’album, devient vite un tube, Ton dernier acte, hommage à Bon Scott, un hymne, mais l’album est bientôt considéré moins efficace que Répression. Le défi et les attentes, il est vrai, étaient de taille.
Ce disque, trust le veut exceptionnel à tout point de vue ; sans pouvoir parler d’échec, Marche ou crève n’a pas eu le succès escompté et Bernie, Nono et Vivi savent qu’ils doivent frapper un grand coup. Enregistré et produit par Andy Johns, qui a notamment travaillé avec Led Zeppelin, Trust – également appelé IV ou Idéal, du nom du premier single – laisse, dès sa parution en septembre 1983, le public coi. Oui, on peut parler de surprise ! Trust réussit à plus que surprendre son public, ses fans et la critique en explorant de nouveaux univers et horizons musicaux, en ajoutant des instruments inhabituels pour le rock, plus encore pour le hard rock (des violoncelles, un saxophone, ce dernier déjà utilisé sur les albums précédents) ainsi que des chœurs d’opéra. De plus, si les 5 premiers titres traitent de thèmes chers à Bernie (des dérives religieuses – Par compromission – à la politique internationale –Varsovie – ou l’absurdité de la guerre –Idéal), IV déroute le public avec sa seconde partie, la célèbre « face du diable ». Quatre chansons purement conceptuelles qui traitent du bien et du mal, de vendre son âme au diable et des conséquences à affronter. Dérouté, le public n’adhère pas (à tort…) et hurle même à la trahison. Et pourtant, Trust signe là une œuvre magistrale, avant gardiste (les arrangements classiques sont depuis devenus monnaie courante, non ?) et totalement incomprise par un public qui, fermé ?, n’attend qu’un nouvel Antisocial sans accepter la possibilité que les artistes puissent simplement souhaiter d’évoluer en ne se répétant pas.
Las… Non seulement le public n’achète pas le disque, mais il déserte également la gigantesque « tournée des cent jours » que Trust voulait tout aussi exceptionnelle. Le résultat est sans appel : les frais engagés se soldent par des pertes financières proportionnelles et Trust se voit dans l’obligation d’annuler de nombreuses dates… Face à cet échec retentissant, Clive Burr décide de quitter son poste.
Malgré les différends qui croissent au sein du groupe, Trust remet – du mois l’espère-t-il – les pendules à l’heure en publiant au mois de septembre 1984 son cinquième album studio, sobrement intitulé Rock’n’roll. A l’instar de Lemmy, Bernie n’a jamais accepté l’étiquette « hard rock », bien trop réductrice. Trust est un groupe de rock, point ! Mais, une fois encore, les fans ne l’entendent pas de cette oreille. Le rock français, c’est téléphone, Trust reste LE symbole du hard rock… Les familles s’étripent jovialement dans une inutile guerre de clochers… Alors, lorsqu’en plus les premières notes du nouveau single arrivent sur les ondes, plus personne ne comprend : serre les poings baigne dans une atmosphère de claviers et n’est pas sans rappeler le Jump de van Halen. Si les Américains jouent ce qu’ils appellent du Big rock et peuvent tout se permettre, Trust, en clamant ne jouer que du rock déstabilise encore plus ce qui reste de son public. User d’un instrument qui « n’a pas » sa place au sein du triptyque guitare basse batterie relève presque de l’hérésie selon certains. De fait, la nouvelle tournée, réduite au minimum, n’attire guère de monde au point même que le France Festival, qui se voulait être la grande fête du hard rock français en réunissant près d’une trentaine de groupes les 6 et 7 juillet 1985 et pour lequel Trust est tête d’affiche, n’attire qu’a peine plus de 2.000 personnes. C’est la débandade, le discrédit pour plus d’un groupe et le 31 juillet 1985 lors d’un concert en Bretagne – à Ploubalay – Bernie annonce la dissolution de Trust. On enterre ce soir la légende, le mythe, la fierté du hard rock hexagonal. Mais quelle autre possibilité y avait-il dans un pays où le public ne soutient que timidement ses propres groupes ? RIP Trust. Ce fut bon quand même…
Paris by night parait au début de l’année 1989 sous la forme d’un double live. Il n’en fallait pas moins pour rendre un juste hommage à Trust et ne donner qu’un aperçu de ce que le groupe peut donner à son public. Instinct de mort, Saumur, L’élite, Antisocial… de nombreux classique sont ici revisités et Bernie n’a aucune difficulté à faire manger 18.000 personnes dans sa main. Le seul regret que l’on puisse avoir est l’absence d’un bœuf avec Anthrax sur Antisocial. Pour le reste, la satisfaction est là.
La carrière de Trust semble dès lors relancée, le public attendant avec impatience un nouvel album studio. Ce n’est pourtant qu’au début de l’année 1990 que parait un mini album, … En attendant, qui doit faire patienter les fans. Seulement, ce disque passe rapidement su statut de lueur d’espoir à celui de déception, car malgré de titres très rock, il ne présente rien de vraiment original. Certes, la version explosive de petit papa Noël fait sourire une ou deux fois, mais force est de constater que la mayonnaise ne prend pas.
Personne ne parle plus de Trust jusqu’à ce jour de 1992 où une véritable bombe fait son apparition chez les disquaires. Trust est un « nouvel » album live, tiré des bandes de la mythique tournée Répression dans l’Hexagone de 1980 ! Et l’on comprend pourquoi et comment Trust a atteint de si haut sommets aussi rapidement. Cet album, rien moins qu’un bâton de dynamite, se voit justement récompensé d’un disque d’or.
1995. Soit dix longues années après sa séparation initiale, la surprise est de taille lorsque Bernie et Nono annoncent reformer Trust sur des bases, semble-t-il, durables. WEA a réussi à convaincre les deux musiciens d’enterrer la hache de guerre. Mais cette fois-ci, Vivi ne fait pas partie de l’aventure. Il est remplacé par David Jacob, tandis que les baguettes sont tenues par John Nirox. Tous s’enferment à L’Elite studio, aux Mureaux, pour y enregistrer Europe et haines. Lorsque l’album sort, début 1996, il suffit de quelques semaines pour qu’il soit certifié disque d’or. Dès le titre d’ouverture, le ton est donné : On lèche, on lâche, on lynche est dans la plus pure tradition trustienne, direct et sans concession. Lutter sans cesse, J’ai vu Dieu, Fais où on te dit de faire montrent un couple Bernie-Nono en pleine forme et Trust revient en force. Une nouvelle tournée est mise sur pied, mais, de nouveau, le batteur se fait virer avant de prendre la route. Il est alors remplacé par Hervé Koster qui, sur la route, semble parfaitement s’intégrer. À de rares exceptions, chaque date affiche complet et c’est dans un Zénith de Paris que Trust termine cette tournée en y enregistrant un nouvel album live.
A-live est le reflet de cette tournée à succès. Le seul reproche qui puisse être fait à ce disque est d’être trop centré sur le dernier album, mais c’est bien le but d’une tournée que de promouvoir son dernier né. Pourtant, décidément instable, Trust se sépare une nouvelle fois, les dissensions internes étant à l’origine de la rupture. Et, « comme d’habitude » pourrait-on presque dire, pour combler ce vide, Sony publie une nouvelle compilation, Anti best-of, un album réunissant les meilleurs titres de Trust de la période pré 85. Eh, oui, depuis le rachat de CBS, c’est Sony qui détient de droit de cette période dorée… mais n’a aucun pouvoir sur les morceaux les plus récents.
Chacun des musiciens est donc reparti de son côté retrouver ses activités jusqu’à ce qu’un label indépendant, XIII bis records, parvienne à trouver un accord qui résulte en de nouvelles retrouvailles. Bernie et Nono retrouvent ainsi David Jacob et Hervé Koster pour se réunir une nouvelle fois à L’Elite studios où le groupe enregistre Ni dieu ni maître. La campagne de promotion démarre largement avant la sortie de l’album, et c’est d’ailleurs un double album qui est annoncé, le premier CD étant composé de nouvelles chansons, le second proposant raretés et démos dont, surtout, ce fameux enregistrement de Ride on (AC/DC) que Trust avait enregistré lors d’une jam improvisée avec Bon Scott ! C’est donc un petit bijou qui va être offert au public au mois de juin 2000. On évoque même la possibilité que Trust ouvre – enfin ! – pour AC/DC au Stade De France.
N’ayant rien à perdre, XIII Bis en profite pour publier un nouvel album live, Still a-live, un « double » album qui n’est autre qu’une copie de A-live avec un CD supplémentaire ne contenant que 6 titres… Un album et demi qui n’est, en plus, destiné qu’au marché étranger. Les fans français ne peuvent donc se le procurer qu’en import, un comble que la presse remarquera largement, autant que la pauvreté du livret… Un autre label, FGL, profite également de l’espace laissé vacant pour publier, comme c’est alors la mode, un double album Tribute to Trust. Le plus important des groupes hard de France est ici repris par des compatriotes d’horizons variés (ADX, Nightmare, Oberkampf, Parabellum, Misanthrope…) et par des formations étrangères (Australie, USA, Italie, Suisse…) Il était temps de rendre un sérieux hommage à Trust.
6 années passent avant que Trust ne remonte sur scène, le 8 juillet 2006, au festival des Terres Neuvas à Bobital. C’est le line-up d’anthologie qui revient, composé des éternels Bernie et Nono, qui retrouvent Vivi à la basse et Farid à la Batterie. Un second guitariste rejoint ce quatuor en la personne d’Iso Diop que l’on retrouvera à l’avenir. Trust retire de ce concert un nouveau live, Campagne 2006 : soulagez-vous dans les urnes qui, outre le CD, exploite le format DVD et propose 3 chansons inédites: Sarkoland, La mort rôde et Chaude est la foule. Pour ces retrouvailles, quelques concerts sont prévus dont un, le 4 décembre 2007, à l’Olympia célébrant au jour près les 40 ans du premier passage du groupe dans la mythique salle. Là aussi, un témoignage DVD sera publié – Trust à l’Olympia qui rencontre un large succès malgré les surprise que réserve ce line-up pour le moins original puisqu’est intégré un nouveau membre, le DJ, Bruno Le Goff. La setlist est totalement remanié, sans être axée sur le premier album dont seuls 5 morceaux sont issus. Le public est chaud, les médias moins. Trust continue ses allées et venues, et pourtant…
Un nouvel album est enregistré et proposé au public en septembre 2008. 13 à table se veut encore plus engagé, la politique du moment inspirant de plus en plus Bernie. Mais l’album, malgré des chansons de la trempe de Toujours parmi nous ou Tout est à tuer, peine à trouver son public. Trust continue cependant de donner quelques concerts, ici et là, plutôt que de tourner intensivement, ce qui semble lui réussir. Le Apocalypse tour se fera sur une trentaine de dates, dont une belle partie dans différents Zénith de France et quelques festivals et escapades à l’étranger. Le groupe continue de jouer en 2009, dont de nombreux festivals, ce qui suscite l’intérêt de celui qui est en passe de devenir l’incontournable du monde français du metal.
XIII bis réussit un joli coup fin 2011, alors que Nono vient enfin de sortir son album solo, attendu depuis deux décennies. Mais le résultat final n’est pas aussi satisfaisant que le public l’aurait souhaité. ce qui retient l’attention, c’est que le label a convaincu Trust de publier un CD/DVD du concert du Rockpalast de 1982. Le groupe était alors invité par la télé allemande pour un concert exceptionnel, mettant en avant les grands noms du rock. Enregistré le 5 juin 1982, Live au Rockpalast montre un Trust au meilleur de sa forme qui interprète ses titres en anglais – pas forcément le meilleur des accents diront certains, mais peu importe. Le public est plus que réceptif.

Kirk travaille d’arrache-pied pour intégrer le répertoire de Metallica avec qui il donne son premier concert le 16 avril, en ouverture de The Rods, au Showplace de New York. Puis, le quatuor enregistre son premier album, financé par les Zazula qui investissent quelques 15.000 dollars dans cette petite affaire. Metallica veut intituler son album Metal Up Your Ass, mais Johnny Z. les en dissuade arguant que l’album ne sera, avec un titre pareil, jamais distribué. Lars, déjà lassé parle business musical, propose alors Kill ‘em all , et l’album parait sous ce titre au mois de juillet 1983 aux USA.
Ce second album voit Metallica faire un pas de géant. Si la brutalité demeure l’idée directrice, le son concocté par Rasmussen met en avant toutes les qualités techniques de ce groupe à part. C’est simple : la précision est chirurgicale. Cependant, et contrairement à ce que l’on serait tentés de croire, le feeling domine. Le résultat se traduit par des morceaux puissants et épiques, des épopées d’un genre nouveau qui se nomment Creeping death, For whom the bell tolls, les plus violents Fight fire with fire, Ride the lightning, ou le long et majestueux instrumental The call of ktulu. Le groupe est, de plus, parvenu à affiner des textes qui traitent gravement de thèmes aussi variés que la peine de mort (Ride the lightning) ou la religion (l’histoire de Pharaon et Moïse et les sept plaies d’Egypte sur Creeping death) ou, tout simplement, la bêtise vengeresse humaine (Fight fire with fire). L’ensemble est si compact et séduisant que l’album restera une année presque entière (50 semaines) dans le Billboard américain !
Dès sa sortir, ce nouveau méfait marque par une maturité et un professionnalisme qui n’entament en rien l’esprit thrash des débuts. Utilisant la même organisation dans l’agencement des morceaux que sur Ride the ligntining (un titre court et violent ouvre l’album totalisant huit titres dont un instrumental), Master of puppets se révèle bien vite un monstre d’efficacité. Démarrant sur les chapeaux de roues (Battery), Metallica propose de longs morceaux rentre dedans qui alternent vitesse d’exécution, mélodie et brutalité, le tout bénéficiant d’un son offrant à chaque instrument sa juste place. Les thèmes abordés continuent d’être sérieux (l’emprise des narcotiques – Master of puppets – l’imbécillité de la guerre – Disposable heroes – ou de la religion – Leper messiah…). En quelques mois, Master of puppets devient disque d’or aux USA en dépassant les 500.000 ventes.
… And Justice For All parait enfin en septembre 1988, précédé, le 23 août, d’un premier extrait : Harvester Of Sorrow. Le 17 septembre, soit neuf jours à peine après sa sortie, Justice trouve une belle 4ème position dans les charts anglais. L’album profite des nouvelles technologies que propose l’époque, et parait dans tous les supports imaginables: double vinyle, cassette et CD. L’œuvre est longue (plus d’une heure) et surprend par son côté froid, voire glacial. La basse de Jason Newsted est étonnamment absente, comme effacée, alors que les morceaux, épiques et presque progressifs – dont tous sauf deux dépassent les 6’ – exigent la présence de cette partie rythmique. Ce n’est là qu’un des aspects du « nouveau » Metallica qui explore subtilement de nouvelles possibilités musicales, souvent moins axées sur la vitesse. Ce nouveau départ du quatuor est également marqué par la diffusion, dès septembre, de la toute première vidéo commerciale illustrant One, chanson inspirée par le film Johnny got his gun – Johnny s’en va-t-en guerre.
Plus encore que … And Justice For All, Metallica présente un groupe plus orienté que jamais vers l’avenir. Le Thrash tel que voulu sur les trois premiers albums, Metallica en a fait le tour. Le côté épique, progressif de Justice ne fonctionnera pas tout le temps. Trop complexe pour garantir l’adhésion durable de millions de fans. Metallica revient donc à ses bases, explore les moindres aspects de ce qui forgea et fait encore le Heavy Metal. Et ratisse large : aucun titre n’est à jeter, aucun de démérite en comparaison des autres. Le travail de Bob Rock est exemplaire, celui de Metallica époustouflant. Simplement. Et la conjonction de ces entités a priori opposées donne ce résultat qui propulse Metallica au rang d’incontournable groupe de Rock, et de Metal. Un nouveau groupe de légende.
Le 22 novembre, Metallica publie un témoignage live à son image : monstrueux. Il s’agit d’un coffret – Live shit : binge & purge – constitué de trois vidéos et d’un triple CD accompagnés d’un livret de 72 pages, d’un pochoir et d’un backstage pass de 1993. Un superbe objet pas forcément abordable puisque son prix s’élève à environ 120 €… Le coffret, initialement prévu en édition limitée (10.000 exemplaires pour l’Europe) se voit réédité dans la même quantité par Phonogram. Entre le prix et la réédition, certains fans dénoncent la méthode commerciale mise en place par le label et validée par Metallica .
Cinq années se sont écoulées entre la parution de Metallica et celle, très attendue, de Load. En réalité, Metallica a accumulé tant de matériel qu’il a été décidé de sortir deux albums, Load en 1996 et ReLoad en 1997, plutôt qu’un double CD. Plus jamais le groupe ne souhaite voir autant de temps s’écouler entre deux offrandes à ses fans… et tiendra (presque) parole dans les années à venir, inondant régulièrement le marché de produits divers, audio et vidéo.
de riffs thrash et la « discrétion » des soli. Par ailleurs, les incursions dans l’univers de la country (Mama said) et l’omniprésence de rythmes mid tempo, ne sont tout simplement pas du goût de tous. Bien que la production de Bob Rock soit une nouvelle fois à la hauteur, l’album devient vite, tout comme son successeur ReLoad en 1997, le plus décrié de la discographie des gars de San Francisco. Pour autant, l’un et l’autre atteindront le statut multiplatine aux Etats-Unis. Un succès commercial, oui, mais décevant au regard des records atteints par le Black Album, certes, mais aussi une déception d’un point de vue artistique. Mais Metallica est désormais un groupe à part, entré dans les chaumières, et est devenu une véritable institution américaine incontournable. Comme Bon Jovi, Aerosmith ou Bruce Springsteen…
1998 voit une nouvelle galette – double – de Metallica arriver dans les bacs. Garage Inc. est une sorte d’extension au Garage Days Revisited sorti une décennie plus tôt. Le concept est le même, Metallica , par le biais de reprises et de faces-B de ses singles, rend hommage à ceux qui l’ont inspiré et permis d’arriver où il en est aujourd’hui. L’année est ensuite consacrée à la route, Metallica donnant cette fois la priorité aux contrées lointaines : Australie, Nouvelle Zélande, Japon reçoivent les hommes en noirs qui retournent à domicile toute la seconde moitié de l’année…
Il est parfois bon de surprendre son public et de casser la routine. Cela se traduit par une nouvelle collaboration avec Michael Kamen, chef d’orchestre qui avait déjà apporté sa collaboration à certains arrangements de Metallica (et de Queensrÿche, parmi d’autres). Les 21 et 22 avril, Metallica donne deux concerts avec l’orchestre symphonique de San Francisco, dirigé par Kamen. La relecture des morceaux de Metallica emballe le public et se traduit par la sortie, fin novembre, du double CD live S&M. Certains remarquent que l’on retrouve le « M » du logo d’origine de Metallica… Un signe ? L’album est acclamé par les fans et la critique. Le mariage a priori contre nature se révèle totalement efficace, l’œuvre de Metallica réarrangée ne s’en trouvant pas du tout dénaturée.
L’intermède imposé par James Hetfield prend fin au printemps 2002, et le groupe doté d’un souffle nouveau peut s’atteler à la tâche. Lorsque parait – enfin – St. Anger, le public découvre un album sans signature ni titre (autre que sur la tranche). Si Robert Trujillo fait officiellement partie de Metallica, c’est bien Bob Rock qui joue de la basse sur des morceaux longs, complexes, au chant râpeux, mais des morceaux sans aucun solo. Malgré la présence de titres accrocheurs comme Frantic, Invisible Kid ou Purify, l’album, une nouvelle fois, divise les fans certains reprochant au DVD bonus, montrant le groupe répéter en compagnie de son nouveau membre, d’avoir un meilleur son que sur le CD. Ce n’est d’ailleurs pas la dernière fois que les fans pointent du doigt des problèmes liés au son.
L’enregistrement de l’album sous le contrôle de Rubin débute en 2007. Le producteur veut que Metallica se lâche, renoue avec son passé, retrouve la rage et le naturel de ses débuts. Le résultat parait sous le titre de Death Magnetic le 12 septembre 2008. Rubin a souhaité que Metallica renoue avec son passé ? Est-ce lui le responsable du retour du logo d’origine ? Ce détail signifie-t-il un retour au Thrash direct et sans concession qui fit les grandes heures du Metallica des années 80 ? Pour célébrer le lancement de Death Magnetic, Metallica donne deux concerts de charité à Berlin puis à Londres avant de constater le résultat de ses efforts : la critique est (quasi) unanime, l’album se classe en première places de nombreux tops et charts. Mais… Mais un détail chiffonne nombre d’acquéreurs, c’est le mix de la batterie qui grésille et sature pour un rendu plus que désagréable rendant l’écoute à volume important ou au casque pénible… Comment un groupe comme Metallica , avec les moyens technologiques dont il dispose, a-t-il pu laisser passer ce « détail » ? Comment n’avoir pas envisagé la possibilité que de nombreux fans n’aient pas forcément les moyens de s’offrir du matériel aussi haut de gamme que Metallica ? Mais le succès l’emporte au final sur l’insatisfaction, l’album voyant d’anciens fans revenir au bercail.
Le résultat parait fin octobre 2011. Une seule indication sur la pochette : le titre, Lulu, rouge sang, écrit en superposition du buste d’un mannequin de cire sans bras. Très vite, l’album est décrié, montré du doigt, médias et fans lui offrant directement et sans autre forme de procès le statut de pire album du groupe. Le verdict est sans appel, Lulu ne se vendant qu’à quelques milliers d’exemplaires la semaine de sa sortie. La pire vente jamais enregistrée par un groupe, par des artistes de cette envergure qui donnent une dernière chance au public de San Francisco lors de quatre concerts exceptionnels donnés par Metallica entre le 5 et le 10 décembre 2011.
Jamais à court d’idées novatrices, Metallica décide de se lancer dans un nouveau projet, au cinéma, cette fois! En fait, le groupe se trouve au centre des recherches que mène le jeune acteur dane Deehan, héros de Through the never, film réalisé par Nimrod Antal. Metallica y donne un concert, tandis que Trip, le héros, se voit confier la mission de récupérer un objet. Son périple est brutalement interrompu à la suite d’un accident etc… Bref, un scénario basique mais une mise en scène qui se veut novatrice, deux éléments qui permettent à Metallica de publier un nouveau live, double, enregistré au Canada (Edmonton et Vancouvert) courant aout 2012. Un album qui démontre, une fois n’est pas coutume, la puissance scénique intacte des Horsmen.
Mais le groupe s’est également attelé à la création du successeur de Death magnetic. En novembre 2016, lorsque parait Hardwired to self destruct, les fans savourent le premier double album – pardon: double CD – de la carrière du groupe qui revient en forme. Malgré une pochette et un titre mystérieux, tout le monde est d’accord: Metallica est en forme, revient avec l’esprit des débuts et… a fait attention à ne pas se planter dans le son travaillé avec du matériel »plus abordable »! Il grimpe rapidement à la première place de nombreux classements nationaux (France, Autriche, Suisse, Irlande Allemagne…) et confirme la position dominante de Metallica dans l’univers du Metal. La tournée annoncée est rapidement complète et c’est désormais avec impatience et ferveur que les fans français attendent l’ouverture des portes de l’Accor Hotels Arena de Paris les 8 et 10 septembre prochains.