Interview: TURBOWOLF

Interview TURBOWOLF. Entretien avec Chris (chant). Propos recueillis à l’Alba Opéra Hotel, à Paris, le 16 mai 2018

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Metal-Eyes : Je découvre Turbowolf avec ce nouvel album, The free life. Il s’agit déjà de votre troisième album, mais peux-tu me raconter brièvement l’histoire de Turbowolf ?

Chris : Absolument. Nous avons débuté le groupe en 2006, à Bristol, Andy, le guitariste, et moi. Nous avons eu différents bassistes et batteurs à cette époque, mais je crois que nous avons un line-up stable désormais. Ça fait 6 ou 7 ans que nous avons le même bassiste. Notre vision, et notre « mission », dès le départ, est de créer quelque chose qui nous excite, nous, en musique rock. Pas seulement quelque chose de nouveau, quelque chose qui nous plaise. C’est encore ce que nous cherchons aujourd’hui.

Metal-Eyes : Quels sont, jusqu’à aujourd’hui, les grands moments vécus par le groupe ? Sans doute l’enregistrement du premier album ?

Chris : L’enregistrement du premier album, c’est certain ! Comme je l’ai dit, nous avons formé le groupe aux alentours de 2006 et notre premier album n’est sorti qu’en 2011. Entre temps, nous avons donné beaucoup de concerts, peaufiné notre son, travaillé et décidé quelles chansons allaient terminer sur l’album, celles que nous écartions. C’était un grand moment pour nous de faire ce premier album. De travailler avec un label, c’était la première fois que nous travaillions avec une maison de disques. Nous avons fait partie de groupes depuis que nous sommes ados, mais là c’était nouveau : il a fallu trouver qui allait sortir le disque, comment tourner plus professionnellement… Avant même la sortie de l’album, nous avons tourné, en 2010, avec Korn et Dimmu Borgir sur la même affiche. C’était une affiche très particulière mais ça a plutôt fonctionné. Nous faisions un peu tâche parce que nous ne sonnons comme aucun de ces deux groupes…

Metal-Eyes : Aucun des groupes ne sonne comme l’autre, ce sont 3 styles différents.

Chris : Exactement. C’était une affiche très diversifiée. C’était un grand moment pour nous parce que nous n’avions jamais joué devant autant de monde. Avant ça, nous jouions dans des caves, des petits clubs, et là, on joue dans des grandes salles… C’était cool. Ensuite, un autre grand moment a été l’enregistrement de notre second album avec notre ami Tom Dougherty, qui a travaillé avec Royal Blood, il vient de terminer le nouvel album de Ghost. A ce moment là Tom était simplement notre ami. Maintenant, il est ce producteur rock mondialement connu…. Mais il reste un super ami. Rabbits est devenu une sorte de hit pour nous, c’est notre chanson la plus connue aujourd’hui. Nous avons pur tourner en Amérique, où nous avons eu pas mal de passages radios et où nous avons été plutôt bien exposés… Nous avons aussi rencontré un de nos groupes préférés de tos temps, Death From Above, et avons même eu le plaisir que Sebastian, le chanteur du groupe, chante sur notre nouvel album. Voilà quelques grands moments qui nous mènent à aujourd’hui.

Metal-Eyes : Je n’ai pas pu écouter l’album entièrement, mais ce que j’en retire c’est du Black Sabbath, du psyché et beaucoup de choses heavy. Qu’avez-vous mis dans ce disque et quelles sont vos influences ?

Chris : Nos influences sont de ne pas nous laisser trop influencer. Comme je l’ai dit, dès le départ, nous avons voulu faire quelque chose de neuf dans la musique rock, trouver un son qui nous soit propre, trouver notre chemin. De nombreux groupes que nous apprécions n’entre dans aucune case : Rage Against The Machine, System Of A Down, Smashing Pumpkins… De nombreux groupes que les gens ont, plus tard, voulu catégoriser. Rap metal, grunge, neo metal… Ces groupes sont uniques, et nous souhaitons faire de même, que les gens aient du mal à nous définir. On aime ça, et si les gens ont du mal à classer notre musique, cela signifie, pour nous, que nous sommes sur la bonne voie.

Metal-Eyes : De quoi parlez-vous dans les chansons ?

Chris : J’essaye de ne pas faire de déclaration trop ouverte, littérale. De ne pas donner de réponse ouverte. Je préfère poser des questions et peindre autour d’un thème, laisser l’auditeur en tirer ce qu’il souhaite. Je trouve intéressant, en tant qu’auditeur, d’écouter un album et de me faire ma propre idée des ce qui est traité dans les paroles.

Metal-Eyes : Y a-t-il, au contraire, des sujets que vous ne souhaitez pas aborder ?

Chris : Nous voulons que le groupe soit une échappatoire de la réalité, nous ne voulons pas devenir trop politique dans notre musique.

Metal-Eyes : Pourquoi, parce que c’est trop personnel, ça marque trop une époque ?

Chris : Non, même si, évidemment, ce sont des facteurs. Nous ne voulons pas être attachés à ce monde, nous voulons créer un nouvel espace, une nouvelle dimension cosmique vers laquelle les gens puissent s’évader. Aller ailleurs avec notre musique.

Metal-Eyes : Vous ne souhaitez pas plus aborder des thèmes comme la religion ou d’autres choses intimes ?

Chris : J’ai le sentiment que je traite ces sujets en écrivant les paroles. Mais je les rends suffisamment abstraites pour que les gens y trouvent leur propre interprétation, y mettent un sens qui leur soit propre. Je trouve cela plus important de poser un sujet et d’être amené à y réfléchir, en parler, plutôt que de se voir imposer une vision. Si je peux inspirer une réflexion, je suis un homme heureux, j’ai fait mon travail !

Metal-Eyes : De même que si tu peux provoquer une discussion autour d’un sujet, j’imagine…

Chris : Bien sûr !

Metal-Eyes : Que pourrais-tu me dire pour me convaincre de filer acheter The free life dès la fin de cette entrevue ?

Chris : Je dirais… Tout d’abord, je te demanderais si tu aimes la musique bruyante. Tu pourrais me répondre que non. Je te répondrais alors : « Eh bien, même si tu n’aimes pas la musique bruyante, tu pourrais aimer ce que nous faisons. Parce la manière dont nous écrivons… nous cherchons à créer un pont entre le « bruit » et tous ces sons que les gens appellent horribles et de choses plus douces, les enrober dans du coton. Et tu devrais trouver des choses qui te plaisent dans notre groupe car il y a beaucoup de pop, de funk dans notre musique. Tu devrais donc trouver de quoi te satisfaire ». Et si tu aimes la musique bruyante, tu vas apprécier nos riffs et nos mélodies.

Metal-Eyes : Un groupe de rock joue aussi sur scène. Vous n’avez cependant pas été souvent à Paris…

Chris : On a joué à Paris… 3 ou 4 fois, je crois.

Metal-Eyes : Et y a-t-il une tournée prévue ?

Chris : Nous venons de terminer une tournée européenne, mais nous n’avons pas joué à Paris, ni en France. Je ne sais pas trop pour quelle raison… On a un agent. Il n’est plus notre agent, pas pour cette raison, mais aujourd’hui, on en a un autre. Pourquoi on n’a pas joué en France ? Nous avons donné 8 ou 9 concerts en Europe, ce qui n’est pas beaucoup. Paris, nous y jouerons en octobre. Je ne peux te donner de date, ni avec qui, mais c’est un groupe pour lequel nous ouvrirons. Dans une grande salle, mais nous ne pouvons l’annoncer pour le moment. Nous attendons que ce soit confirmer.

Metal-Eyes : Après 3 albums, et une stabilité de 8 ans, quelle pourrait être, aujourd’hui, la devise de Turbowolf ?

Chris : (il réfléchit)… Soyez différent ?

Metal-Eyes : Sympa, je prends. Maintenant si tu devais ne retenir qu’une chanson de The free life pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce qu’est Turbowolf, laquelle serait-ce ?

Chris : Ok… Je choisirais… la chanson The free life, qui est la dernière chanson du disque. Parce que je pense que de nombreux sons, de nombreuses choses que nous faisons se trouvent sur ce titre. Les parties dures, un peu punk, celles un peu plus pop, des passages plus énervés…

Metal-Eyes : Et comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre vos deux derniers albums ?

Chris : Ok, d’accord. Le précédent, nous l’avons co-produit avec notre ami Tom Dougherty, celui-ci, Andy et moi l’avons produit et mixé. Nous avons pris les choses beaucoup plus au sérieux pour ce disque. Passer plus de temps afin d’obtenir les choses que nous voulions. C’est l’évolution principale, devenir de plus en plus autonomes. Musicalement et artistiquement, nous ne voulions pas répéter les deux premiers disques et en créer un qui rentre dans leur lignée. Je crois que nous y sommes parvenus.

Metal-Eyes : Une dernière choses : vous êtes ici depuis ce matin, vous répondez à de nombreuses questions : quelle a été selon toi la meilleure question, celle qui t’a le plus surpris, étonné, que tu as préféré ?

Chris : Ma question préférée ? En fait, jusqu’à présent, j’ai préféré ton interview…

Metal-Eyes : Je n’ai pas dit interview, seulement la question. Même si je suis le meilleur (rires)

Chris : Oui, tu es le meilleur, c’est ça ! Sérieusement, c’est jusqu’à présent la meilleur interview, alors bravo !

Metal-Eyes : Merci !

Chris : Je pense que parler de ce que nous ne souhaitons pas traiter directement dans nos textes était intéressant parce qu’on ne nous pose pas souvent ce genre de question. C’était une question différente.

Metal-Eyes : Merci beaucoup pour cette interview et bonne chance avec The free life qui est sorti en mars.

Chris : Merci à toi !

 

ZEAL & ARDOR: Stranger fruit

Fusion negro spiritual/Black metal, USA (Radicalis music, 2018)

Vous l’avez sans doute découvert avec Devil is fine ou plus récemment au travers de l’interview que nous a consacrée l’âme du groupe: Zeal & Ardor c’est le projet de Manuel Gagneux, américano- helvétique qui, joueur, a lancé un défi: celui de créer une chanson à partir de deux styles musicaux a priori incompatibles. Et bim, quand quelqu’un lui propose « Negro spiritual et Black metal », le gaillard s’exécute. Le résultat se fait remarquer au delà de ce que Manuel aurait pu imaginer, relayé, entres autres, par Rolling Stone. Et le voici qui propose aujourd’hui un troisième album, Stranger fruit. Composé de 16 titres, ce nouveau disque voit Zeal & Ardor faire un pas de plus dans la direction du succès. Car même un « insensible » comme moi à la folie vocale du black metal y trouve son compte. Manuel nous plonge en pleins bayous de Louisiane, au milieu des champs de coton ou de tabac de Géorgie ou de Caroline du Nord ou du Sud, en plein cœur de ces lieux où les noirs, esclaves, chantaient leur peine dans ce qui est devenu le negro spiritual, puis le blues. L’album démarre « tranquillement » avant de monter en puissance, en rage et en colère. Les hurlements black, alliés à la folie rythmique du genre traduisent cette souffrance avec brio. La mise en son, minimaliste, facilite également ce voyage géographique et temporel. Maintenant que Manuel Gagneux s’est entouré d’un groupe, on va pouvoir voir son oeuvre prendre forme sur scène. A commencer par celle du Hellfest puisque Zeal & Ardor est plus que bien placé sur l’affiche de la Temple. Rendez-vous est pris!

Interview: THE DEAD DAISIES

Interview THE DEAD DAISIES. Entretien avec John Corabi (chant). Propos recueillis au Trabendo, à Paris le 6 mai 2018

 

Metal-Eyes : Tout d’abord, comment vas-tu, John ?

John Corabi : Bien, super ! Nous sommes en tournée et nous sommes prêts à prendre un peu de repos avant d’aller au Japon. Le public a été super, tous les shows au Royaume-Uni ont affiché complet et c’est presque partout complet ici en Europe. C’est assez incroyable…

Metal-Eyes : The Dead Daisies vient de sortir son 4ème album, Burn it down. Quels sont les premiers retours que vous avez eus à son sujet ?

John Corabi : Honnêtement, les retours ont été excellents. Tout le monde semble s’accorder sur le fait qu’il s’agit dune nouvelle étape, d’une progression logique pour les Daisies. Mais personnellement, je ne fais pas trop attention aux critiques car chacun aime des chansons différentes, voit différentes explications dans les paroles. Quelqu’un peut adorer le disque, quelqu’un d’autre le détester… J’essaie juste de faire au mieux et je croise mes doigts

Metal-Eyes : Tant que tu prends du plaisir à faire ce que tu fais…

John Corabi : Oui, oui, et la plupart des fans, je peux les voir chanter avec nous quand on monte sur scène. C’est génial !

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution de The Dead Daisies entre Make some noise et Burn it down ?

John Corabi : Je pense que nous sommes simplement plus à l’aise les uns avec les autres, nous savons comment les choses fonctionnent, quoi faire en studio. Notre façon de faire est quelque peu inhabituelle…

Metal-Eyes : C’est-à-dire ?

John Corabi : Eh bien, quand on se retrouve en studio, nous n’avons pas de chanson finalisée, nous finissons tout dans ces moments. On débarque, l’un de nous suggère d’écouter tel riff, mais il y a 5 gars dans ce groupes, chacun compose, et il y a Marti Fredericksen, qui a produit plein de choses pour nous qui écrit aussi. Alors il y a 6 compositeurs qui passent leur temps à balancer des idées. C’est un process très rapide, et très étrange : quand on a fait Revolucion, il nous a fallu un mois. Pour le composer, l’enregistrer et le mixer. Make some noise, tout a été fait en, je crois, 5 semaines. Celui-ci nous a pris un peu plus de temps, Marti a pris quelques breaks parce qu’il était aussi en tournée avec Steven Tyler, mais il nous a fallu 7 semaines en tout, artwork compris. C’est rapide, mais je pense que maintenant, on sait que ça doit être fait, alors on met nos casquettes « enregistrement studio », et on donne le maximum pour le disque.

Metal-Eyes : Vous vous connaissez bien mieux, maintenant ? Quand quelqu’un a une idée qui ne vous plait pas, vous le dites simplement et l’oubliez ?

John Corabi : Tu sais, on a aussi de désaccords, mais on fait en sorte de trouver un point d’entente et, au bout  du compte, si je dis que je pense que la chanson devrait sonner ainsi mais que David, Doug ou Marco ne sont pas d’accord, alors Marti se pose comme le vote arbitraire. Il est le capitaine, le producteur, et, de toute évidence, nous faisons confiance à son expertise pour dire « John, Doug a raison », ou le contraire, tu me comprends ? C’est vraiment un process de dingue, mais c’est assez facile, somme toute.

Metal-Eyes : La dernière fois que nous nous sommes parlés, au Hellfest, tu avais justement donné des surnoms à tes camarades : Brian était le penseur, tu étais le joker et David, le pilote. Comment définis-tu les autres membres, et cette vision de vous a-t-elle évolué ?

John Corabi : Je dirais que c’est à peu près la même chose. Brian est, de toute évidence, parti, Deen est arrivé et… tu sais quoi ? Je dirais que Deen ressemble en de nombreux points à Brian : il est très énergique, il réfléchit beaucoup, c’est un super batteur doublé d’un excellent chanteur. C’est à peu de choses près pareil, mais quand on entre en studio pour enregistrer, nous avons chacun nos opinions, mais donnons tout pouvoir à Marti pour nous dire « je pense que nous devrions le faire ainsi ». Il est le producteur, nous l’engageons pour faire ça, il est une oreille extérieure et apporte ses idées sur une chose sur laquelle nous avons travaillée mais dont nous ne sommes pas sûrs. Il nous dira si on tient quelque chose… Soyons réalistes : il a eu beaucoup de succès en écrivant des chansons comme Jaded avec Steven Tyler, il a écrit avec Def Leppard, Ozzy… et tous ces grands artistes. Alors pourquoi ne l’écouterions nous pas ? Nous prenons son avis et parfois on lui donne notre point de vue. Il y réfléchit et prend une décision. Il est sans conteste le capitaine.

Metal-Eyes : Que serait Marco ?

John Corabi : Marco serait un joker, aussi. On se bat toujours pour être dans la lumière, et c’est tout bon !

Metal-Eyes : A mon avis, Burn it down est plus heavy que Make some noise. Plus sérieux, aussi. Quel est ton point de vue ?

John Corabi Je suis d’accord. Je pense qu’il est plus… politique, oui, mais il y a aussi des chansons qui traitent de nos vies, comme Set me free, Resurrected… Il est agressif un peu heavy, tout en étant plus éclectique que le précédent. Il est heavy, parfois, mais pas dans le sens dur… Je le vois plus heavy comme pouvait l’être Zeppelin ou le vieux Black Sabbath, tu vois ? Ce qui est du classic rock maintenant. Ce que tu dis est très vrai. C’est comme les paroles : beaucoup de gens nous demandent de quoi traite telle ou telle chanson. De la vie ! J’écris les paroles en dernier ; j’écoute la musique et j’écris. Rise up, par exemple, reflète la colère…

Metal-Eyes : Rise up, justement, semble comme si elle avait été écrite hier, un appel au réveil de la jeunesse. Comment réagis-tu au discours que vient d’avoir Donald Trump avec la NRA stipulant que si les Parisiens avaient été armés, il n’y aurait jamais eu autant de morts au Bataclan ?

John Corabi : Tu sais quoi ? Tout le monde se bat pour sa cause. La NRA, aux USA, donne à tous ces politiciens des centaines de milliers de dollars pour voter pour eux. Je ne suis pas forcément d’accord. Je suis simplement persuadé que ce serait le chaos total si un paquet de gens pouvaient se tirer dessus « voilà le mec, boom ! Oh, non, je me suis planté, pardon ! » C’est une situation complexe, je ne saurais pas comment en venir à bout. Je n’ai aucune envie de faire de la politique aujourd’hui, mais je ne suis pas du tout d’accord avec le président des Etats-Unis à ce sujet. Absolument pas.

Metal-Eyes : Tu conviens donc que Rise up, aujourd’hui, peut dénoncer cela, aussi ?

John Corabi : Je pense que, selon moi… Je ne fais absolument pas confiance à nos politiciens. Ma confiance envers les politiciens est identique à celle que je porte aux avocats. Ou aux vendeurs de voitures. C’est tout ce qu’ils sont. Rise up n’est pas contre Donald Trump, elle est contre les politiciens. Ma vision est que je vote, tu votes, nous les avons placés au pouvoir, leur avons donné leur poste. Si tu regardes ce qui se passe aux USA, et vraisemblablement tu t’intéresse à la politique étrangère, il y a 2 partis : les conservateurs, et les libéraux. Si tu prends une personne de chaque bord, tu  les places dans une pièce et leur dit « tout intérêt moral mis à part » – les intérêts gouvernementaux sont pour mois des intérêts moraux, le mariage gay, l’avortement, ce genre de débat j’en ai rien à foutre ! – pose leur la question « que voulez vous vraiment ? » Je pense que tous dirais vouloir travailler, gagner suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille, pouvoir, disons, une fois par an, partir en vacances avec sa famille, avoir la sécurité sociale et en cas d’urgence, de pouvoir s’en occuper. La sécurité, tout simplement. Et je pense que c’est ce que tout le monde souhaite. Les gens souhaitent simplement une vie heureuse, ne pas payer trop d’impôts, payer des assurances sans rien obtenir en retour, tu vois ce que je veux dire ? Je suis certains que ces deux personnes découvriraient avoir beaucoup plus en commun que ce qu’elles pensent. Le reste, c’est moral, spirituel, religieux. Ça n’a rien à voir avec le gouvernement ! Je dis à tout le monde qu’ils ont votés, qu’ils ont élus ces gens, conservateurs ou libéraux, nous les avons mis au pouvoir ! Ils gagnent beaucoup d’argent à faire de la politique, alors si nous voulons que les choses changent, on ne reste pas assis à ne rien faire ou à se plaindre. On se lève, on sort, on va voter ou on se lève et on fait savoir que ça ne nous plait pas ! C’est tout ce dont traite cette chansons. Je vois des gens qui disent « merde, je déteste Trump, je le déteste ! ». Ok, tu as voté ? « non » Alors ferme ta putain de gueule !

Metal-Eyes : C’est exactement ce que je pense !

John Corabi : Tu ne te plains pas si tu ne fais pas entendre ta voix, si tu ne fais rien, même de simple, pour que ça change. A commencer par aller voter.

Metal-Eyes : Nous sommes d’accord. Vous reprenez, comme toujours, une chanson. Pourquoi avoir choisi Bitch, des Rolling Stones ?

John Corabi : Il y a un million de chansons des Stones qu’on aurait pu reprendre…

Metal-Eyes : Peut-être pas autant…

John Corabi : Non, tu as raison. Tu sais quoi? Tu viens de faire une autre remarque très juste : on adore les Stones, mais au regard de l’ensemble de notre album, le riff colle parfaitement au reste du disque. On l’a répété, on l’a rendu un peu plus heavy et ça fonctionne. Tu sais ce qui m’amuse, en revanche ?

Metal-Eyes : Dis moi…

John Corabi : Combien de personnes ne savent absolument pas qu’il s’agit d’une chanson des Rolling Stones ? Ils pensent que nous l’avons écrite… Maintenant, sur scène, je l’annonce : « OK, on va faire une chanson d’un des plus grands groupe de rock ! Vous aimez les Rolling Stones ? » Je dois leur faire savoir, parce que nombreux sont ceux qui ne savent pas que c’est une de leurs chansons. Je trouve ça dingue !

Metal-Eyes : Parlons de ce gars (je pointe Deen Castronovo, le nouveau batteur, qui est en interview à une table à côté de nous). Comment l’avez-vous sélectionné ?

John Corabi : Je ne connaissais pas Deen. J’en avais entendu parlé, mais Doug et Marco avaient travaillé avec lui. Ils l’ont appelé, il est venu, nous avons eu une très longue conversation au sujet de son passé et de certains évènements de sa vie. Il a été très honnête puis s’est assis à la batterie. Il est génial. Et pour moi, c’est super d’avoir en plus cette voix en backing vocals, il est extraordinaire au chant, tu m’entendras.

Metal-Eyes : Deux dernières choses : si tu devais retenir un seul titre de Burn it down pour expliquer ce qu’est The Dead Daisies aujourd’hui, ce serait laquelle ?

John Corabi : … Je réfléchis… Je pense que ça pourrait être soit Burn it down ou Judgement day, deux chansons qui couvrent tout le panel musical des Daisies. Elles ont beaucoup de couleurs différentes, d’ambiances aussi. L’une des deux, car elles démontrent qu’il y a plus à découvrir dans ce groupe que simplement du rock.

Metal-Eyes : Quel pourrait être la devise des Dead Daisies aujourd’hui ?

John Corabi : Mmh, mmh… Tu sais quoi ? « profites de ta vie ! » Nos vies sont si fragiles, on ne sait pas de quoi demain est fait. Le Bataclan l’a prouvé, beaucoup d’autres choses depuis, aussi. « Profites de ta vie, sois bon et amuses-toi. Et rocke ! » (rires)

Merci à Olivier Garnier et Roger Wessier (Replica promotion) d’avoir rendu cette interview possible.

 

 

Interview: ZEAL AND ARDOR

Interview ZEAL AND ARDOR. Entretien avec Manuel Gagneux (tout sauf batterie). Propos recueillis au Black Dog, à Paris Paris le 3 mai 2018

Metal-Eyes : Manuel, tout d’abord, comment vas-tu ? 

Manuel Gagneux : Bien ! Surcaféiné, donc je suis super éveillé (rires) !

Metal-Eyes : Ce qui est plutôt bien, puisque tu es en tournée de promotion pour le nouvel album de Zeal And Ardor. Comme il s’agit de notre première rencontre, je vais rester très traditionnel : peux-tu, en quelques mots, raconter l’histoire de Zeal And Ardor ? D’après ce que j’ai compris, tout est parti d’un gag…

Manuel Gagneux : Oui… J’avais l’habitude de faire un jeu en ligne où je demandais aux gens de choisir chacun un style musical, je choisissais deux des genres, les mélangeais pour en faire une chanson en une vingtaine de minutes. Un jour, un gars a suggéré « musique nègre et black metal ». Plutôt que de m’en offusquer, j’ai pensé « va te faire foutre, je vais te pondre une bonne chanson avec ça ! » Je l’ai fait, et ensuite, ça a un peu échappé à mon contrôle… Rolling Stone en a parlé et maintenant… me voici en train de donner des interviews à Paris !

Metal-Eyes : C’est bon signe ! Ta musique mélange du Black metal, de la musique noire, du blues, de la soul… Avec autant de styles, comment parviens-tu à obtenir un résultat si cohérent ?

Manuel Gagneux : C’est la force de l’erreur… La plupart des choses ne collent pas ensemble, c’est vraiment une suite d’erreurs… J’ai une idée et cherche ce qui pourrait venir la contraster de manière intéressante. Parfois ça fonctionne, d’autres fois, non. La plupart du temps, ça ne colle pas, mais quand ça marche, j’utilise tout ça comme une sorte de jeu de Lego pour en tirer une chanson.

Metal-Eyes : Et qui te conseille, décides-tu seul de ce qui est bon ou prends-tu des conseils extérieurs ?

Manuel Gagneux : Je travaille seul, la plupart du temps. Quand je termine une chanson, je la présente à des amis, pour avoir un retour. Mais c’est beaucoup plus tard !

Metal-Eyes : Tu es sur le point de sortir ton troisième album, Stranger Fruit. Comment décrirais-tu ton évolution musicale entre Devil is fine et Stranger fruit ?

Manuel Gagneux : Comme j’ai disposé d’un peu plus de temps et d’argent pour réaliser ce disque, j’ai pensé que ce serait juste de proposer un album un peu plus long, d’avoir un meilleur son et un meilleur mix. J’ai obtenu l’aide de gens compétents, même si j’ai écrit toutes les chansons. Le son de guitare, par exemple, est aussi bon grâce à Thibault Adam, un producteur autrichien qui m’a aidé, le son de la batterie ets le résultat du mix de Kirk Lew.

Metal-Eyes : As-tu eu recours à des musiciens extérieurs, y a-t-il des invités sur ce disque ?

Manuel Gagneux : Oui, il y en a un : la batterie a été enregistrée par Marco Von Allen qui joue aussi live avec nous. Mon corps est simplement trop faible pour pouvoir jouer de la batterie. Je programme la batterie, lui fais écouter ce que j’attends et, comme par magie, il le réalise ! Le reste, c’estr moi.

Metal-Eyes : Je n’ai pas eu le temps d’écouter tout l’album, cependant, je n’ai pas entendu de Black metal sur la première moitié. Où se cache ton côté Black ?

Manuel Gagneux : … Dans la seconde moitié (rires) !

Metal-Eyes : J’aurais dû m’y attendre !

Manuel Gagneux : Tu parles du genre Black metal ? Je pense qu’il se situe en des endroits intéressants. Il y a des groupes qui parviennent à proposer du très bon Black de façon traditionnelle et d’autres qui cherchent à l’amener dans d’autres directions. C’est ce que je cherche à faire. D’ici 5 ans, je pense qu’il va y avoir une explosion de sous genre liés au Black.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Stranger fruit pour décrire ce qu’est aujourd’hui Zeal And Ardor, laquelle serait-ce ?

Manuel Gagneux : Je pense que ce serait Ship on Fire, parce qu’elle résume chaque élément de l’album, à l’exception de l’interlude…

Metal-Eyes : Quelle est ton éducation musicale ?

Manuel Gagneux : Mes parents sont tous deux musiciens, mais je n’ai pas eu une éducation musicale traditionnelle. Je n’ai jamais eu de cours de musique… En fait, si : j’ai pris un cours de guitare dans une école de jazz et j’ai détesté ça… Je pense que mon éducation se résume à avoir été un ado sans petite amie et avec une guitare… J’ai appris en écoutant des choses techniques, comme Wintersun, qui m’a vraiment impressionné, et tous les dieux de la guitare comme Van Halen, Dream Theater et tous ces trucs techniques. C’était mes influences à l’époque, aujourd’hui, ce sont des musiciens comme Marc Ribaud, Mr Bungle et Zappa, des gens étranges…

Metal-Eyes : Quel pourrait être la devise de Zeal And Ardor ?

Manuel Gagneux : Une devise ? « Fais ce que tu veux sans te soucier de ce que pensent les autres ». C’est très cliché, peut-être, mais…

Metal-Eyes : Tu vas jouer au Hellfest pour la première fois cette année, à une place assez bonne sur l’affiche. Que représente le Hellfest pour toi, Américain ?

Manuel Gagneux : Ca reste un festival indépendant, avec une affiche de tueur. J’ai l’impression que les gens ne sont pas sur sollicité. C’est pas un truc de Live Nation, en gros ! En tant que musiciens qui joue en festival, on se rend vite compte si l’orga est celle de passionnés ou si ça n’est qu’un boulot. Et j’ai le sentiment que c’est un de ces festivals où les gens adorent être, même s’ils y travaillent. J’espère que ce sera spécial.

Metal-Eyes : Comment te prépares-tu pour un tel événement ? Tu es un musicien solo, mais tu seras accompagné d’un groupe.

Manuel Gagneux : En fait, on joue ensemble depuis un an, et je ne peux imaginer travailler avec d’autres personnes. Je l’ai tenté, parce qu’ils n’ont pas obtenu de visa pour les USA, où j’ai donné des concerts avec d’autres musiciens. Très bons, mais ce n’était pas pareil. On répète un max, c’est tout !

Metal-Eyes : Et eux viennent d’où ?

Manuel Gagneux : Ils sont tous de Bales, où je vis maintenant. Des amis…

Metal-Eyes : Des Suisses qui n’ont pas pu avoir de visa pour les USA ?

Manuel Gagneux : Oui, parce qu’il faut un visa de travail en tant que musiciens. Mais il faut avoir été un groupe depuis deux ans, 18 mois, pour obtenir ce type de visa. Une règle décidé je ne sais comment, mais, bon…

Metal-Eyes : Et c’est eux qui seront avec toi à Clisson ?

Manuel Gagneux : Oui…

Metal-Eyes : Et tu pourras constater ce que tu viens de dire : l’ambiance est spéciale. Tu verras des gens faire la queue pour acheter, cette année, les billets pour l’an prochain.

Manuel Gagneux : C’est dément !

Metal-Eyes : Si tu devais décrire la musique de Zeal And Ardor à quelqu’un qui ne vous connait opas, afin de le convaincre d’acheter votre album, que lui dirais-tu ?

Manuel Gagneux : Je ne veux convaincre personne d’acheter l’album s’il ne le souhaite pas, mais… Ma musique joue sur des émotions extrêmes, à la fois agressives et mélancoliques ou joyeuses. Il n’y a pas de compromis, je suis toujours dans les extrêmes. Alors, si tu aimes les extrêmes, peut-être aimeras-tu ma musique !

Metal-Eyes : Tu parviens à mélanger ces ambiances. J’entends le blues des bayous, et la souffrance mêlée de tristesse des gens qui travaillaient dans les bayous de Louisiane.

Manuel Gagneux (il lève les bras, poings fermés): Oui ! J’y suis arrivé ! C’est ce que je cherche à faire !

Metal-Eyes : Une dernière chose : tu as passé une bonne partie de ta journée en promo, quelle a été ta question préférée jusqu’ici ? La plus surprenante, intéressante…

Manuel Gagneux : La meilleure question ? Je dirais : « Quelle est la meilleure question qui t’a été posée aujourd’hui ? »

Metal-Eyes : Et pour quelle raison ?

Manuel Gagneux : … Ah, nom de Dieu ! (rires) Parce que c’est une question ouverte, qui fait réfléchir à ce qui a été demandé depuis ce matin. Une question très professionnelle à laquelle je ne peux pas répondre par « oui » ou « non ».

Metal-Eyes : Alors je prends cette réponse comme un compliment ! Bonne chance avec ce nouvel album et je te verrais au Hellfest !

Manuel Gagneux : Avec plaisir ! Et merci pour ton temps, aussi !

 

ROOM ME: Anaon

Rock, France (Autoproduction, 2018)

Room Me, c’est le projet solo de Anne-Sophie Rémy qui s’est chargée, aidée ci et là de Fabien Pillard et bénéficiant du mix de Julien Rosenberg, de mettre en boite ce mystérieux Anaon. Heureusement, la pochette intérieure explique la signification de ce titre: « Anaon est l’ensemble des âmes des morts et le lieux où elles se retrouvent: le monde après la mort« . Ambiance? Sombrement, oui! Car ce disque est à l’image de ces paroles: oppressant et fantomatique. Anne-Sophie joue sur les ambiances mélancoliques et sombres, alternant entre lenteur et lourdeur. Des ambiances aériennes mais chargée d’humidité se dégagent de ce disque qu’on pourrait presque qualifier de doom mais qui est surtout et avant tout gothique, inquiétant et oppressant. Bref, un album qui se déguste de préférence au soleil – pour équilibrer l’ensemble et ne pas sombrer dans la dépression! – aussi attirant que le vide d’un gouffre vertigineux. Ça impressionne et donne envie de plonger au fond des choses. A découvrir avec prudence.

THE DEAD DAISIES live à Paris (avec The New Roses, le Trabendo, le 6 mai 2018)

Quelle soirée! Pas étonnant, avec une affiche réunissant deux des groupes à l’esprit des plus rock’n’roll du moment. Avant de retrouver The New Roses, découvert au Hellfest 2017, je rencontre une nouvelle fois, sous un radieux soleil, John Corabi pour une interview détendue que vous découvrirez bientôt.

A l’ouverture de la salle, le public découvre un stand  de merch richement fourni de vinyles et autres objets dont, pour les Dead Daisies, des pantoufles (!) et même un tour programme, objet devenu rarissime aujourd’hui…

 

La salle se rempli tranquillement et accueille les Allemands de The New Roses à 19h20, un poil plus tôt qu’annoncé. Le quatuor découvert le 17 juin dernier m’avait un peu laissé sur ma faim. Alors rater un instant de ce concert parisien, vous n’y pensez pas! Toujours aussi sympathiques, Timmy Rough et sa bande (allez un peu voir les pseudo des gars, vous allez rire, peut être) délivrent un set de 40′ simple et direct.

Souriants et grimaciers, les 4 ne sont jamais avares de sourires et clins d’œil au public et photographes, transformant cette prestation en un moment de rock joyeux. La simplicité reste toujours prometteuse et The New Roses mérite vraiment de franchir, au bout de 3 albums, un nouveau cap de reconnaissance. Les amoureux de rock’n’roll direct se doivent de soutenir ce groupe!

 

Une petite vingtaine de minutes plus tard, les lumières du Trabendo s’éteignent de nouveau. Il fait déjà une chaleur étouffante dans la salle, ce qui n’empêche nullement le public de se tasser devant la scène. The Dead Daisies arrive sobrement et balance Resurrected, premier titre extrait de son dernier album, le plus qu’efficace Burn it down. Ce sont d’ailleurs pas moins de 7 morceaux qui sont ce soir offerts au public, dont la reprise de Bitch que John Corabi est obligé de présenter en précisant qu’il s’agit d’un morceau « du plus grand groupe de rock du monde, The Rolling Stones! » Bitch reste en effet assez méconnu mais ce n’est pas une création originale!

Make some noise est également bien représenté avec 6 extraits. John Corabi, dandy hippie magnifique, est très en voix, et Marco Mendoza semble être son éternel complice, quand bien même il se voit rétorquer d’arrêter  » ou tu n’es plus mon frère! » Le pilote, David Lowy est quelque peu en retrait au début mais devient rapidement le maître de la scène, le capitaine de la troupe, tandis que Doug Aldrich, à la fois exubérant et simple, attire tous les regards.

Deen Castronovo aussi, le dernier arrivé de la bande changeante. Il offre même un solo de batterie comme on n’en a pas entendu depuis des lustres, original et efficace, prouvant, si besoin était, que nombreux sont ceux qui ont encore un bout de chemin à parcourir.

Chaleureux de bout en bout, The Dead Daisies offrent, comme à leur habitude, une prestation rock n roll, simple et efficace qui se conclue, comme toujours, par une séance dédicaces. Simplement, le succès aidant, le groupe est désormais obligé de limiter le temps et de sélectionner les fans à l’entré. Premier arrivés, premiers servis. Une belle conclusion à une superbe soirée!

GODSMACK: When legends rise

Metal, USA (2018, Spinefarm)

Godsmack a toujours su trouver le juste équilibre pour proposer des albums à la fois puissants et enjoués, sans jamais perdre de vue son esprit joyeux et direct. Avec When legends rise, les Américains ne dérogent pas à la règle, franchissant même un pas supplémentaire qui pourrait – enfin – leur permettre de percer vraiment en France. Car le groupe y retse méconnu alors que, back home, il affiche une palette de hits incontournable et que chacun de ses disque rencontre un franc succès.Qu’est-ce qui, ici, peut les freiner? Les 11 morceaux font mouche, l’auditeur étant aisément entraîné dans le sillage de ces mélodies d’une remarquable efficacité. Direct et doté d’un son d’une lumineuse clarté, parfois, aussi, « radio friendly », tout est réussi. On se prend à chanter en chœur les Bulletproof, Take it to the edge ou Unforgettable, à taper du pied sur le morceau titre ou Say my name… Bien sûr, on n’est guère surpris par le track listing qui propose une ballade (Under your scars) en milieu d’album avant de repartir de plus belle. Godsmack nous propose du Godsmack flamboyant et gourmand, en pleine forme et When legends rise, semble loin de conclure une carrière déjà bien riche. Une ouverture vers la reconnaissance en France, peut-être?

THE IRON TROOPERS

Heavy metal, France (Autoproduction, 2018)

Les Orléanais les connaissent bien No Mad Musik, ceux qui animent diverses soirées, Tribute et autres concerts, dans la région. Et toi, lecteur, ne sera guère surpris de le lire: The Iron Troopers est un tribute band à la vierge de fer, Iron Maiden, donc, monté par une bande de potes passionnés. Le line up? Dans le rôle de Bruce Dickinson: Arno Walden. Steve Harris: Fred. Dave Murray et Adrian Smith : Chris Dannacker et Nono (non, pas celui-là…). Enfin Nicko Mc Brain is Thomas Lemaire. On ne s’étonnera pas, au vu du track-listing principalement axé sur les années 80 – une exception avec Speed of light – de l’absence de clone pour Jannick Gers. Les Troopers s’amusent avec ce disque à reprendre, live en studio, de grands classiques de Maiden: The trooper, The number of the beast, Waysted years, The evil that men do et Powerslave sont ainsi proposés dans des versions brutes. Les guitares craquent tout en respectant les partitions d’origine presqu’à la note près, et l’on se prend à headbanguer et taper du pied. Maintenant, sans se prétendre Dickinson, le chant d’Arno Walden est puissant mais parfois limite. Peut être veut-il trop en faire et perd en efficacité ce qu’il pourrait gagner avec plus de simplicité vocale. La saturation des guitares, aussi, me gêne. Même si les moyens techniques sont d’un autre niveau, ce côté direct manque quelque peu de finesse alors que les mélodies de guitares maideniennes sont essentielles au son du groupe. Ce disque, sympathique mais sans autre prétention, est  cependant celui d’un groupe qui se fait plaisir, et c’est bien là le principal! Pas facile d’être (l’un des – très – nombreux) Tribute bands d’une des plus grosses légendes du Metal que la Terre ait portée!

BLACK STONE CHERRY: Family tree

Hard rock, USA (Mascot, 2018) – sorti le 1er avril 2018

Cet album est une petite merveille de southern hard rock. Si Black Stone Cherry a brutalement disparu des écrans radar à l’aube de sa dernière tournée européenne pour soutenir Kentucky (en 2016), les frangins ont su surmonter leurs difficultés personnelles et se rappeler, l’an dernier, à notre bon souvenir avec un EP de reprises de blues. Histoire de dire « coucou, on est toujours là! » Rassurant, certes, et l’espoir de voir un nouvel album resurgi. Family tree est le résultat de ce repos – qui ne le fut pas tant que ça (cf. l’interview) – est aujourd’hui entre nos oreilles. Dès les premières mesures de Bad habit, on sait que BSC est en forme. Du heavy rock teinté de blues tel que les 4 savent si bien le faire. Instantanément, je tape du pied attendant la suite. Burnin’, véritable hit en puissance, sonne comme du ZZ Top période Eliminator. Voyez le topo? ça swingue, ça balance et ça groove comme jamais! Et ça continue avec le festif New kinda feeling et ce superbe mid tempo, véritable déclaration d’amour, qu’est My last breath. On remarque aussi, bien sûr, la chaleur vocale du guest Warrel Haynes sur  Dancin’ in the rain, le clin d’oeil groovy et funky au possible James Brown, hommage à qui vous savez (non, pas Lemmy, rooh…)… Bref, jusqu’au morceau titre qui vient clore ce nouvel album, cette nouvelle réussite, Black Stone Cherry nous embarque comme il sait si bien le faire dans un voyage rock n roll sans prétention et surtout bigrement bien fait. Imparable, tout simplement.

METALDAYS: le festival de rêves?

Coincée entre, à l’Ouest, l’Italie et un petit bout de mer Adriatique, au Nord, l’Autriche et au Sud, la Croatie, se situe la Slovénie. Vous iriez, spontanément, en Slovénie, vous? Perso, ce n’est pas la première destination qui me vienne à l’esprit. Mais une question: « Tolmin? Oucéksé, ça, Tolmin? »

Et pourtant… L’amateur de metal le sait bien: quelques festivals méritent de s’y intéresser et de voyager. Le Metaldays (www.metaldays.net), qui célèbre sa 15ème édition, se tiendra du 22 au 28 juillet prochain dans cette petite ville à quelques heures de vol de Paris. Et cette année, pour fêter l’événement, Govan, un des organisateurs, a décidé de faire comme les groupes qu’il reçoit: une tournée de promotion.

Certains se demanderaient pourquoi venir à Paris. « Parce que la France représente le second public du festival », rétorque le barbu tatoué. « Metaldays n’est pas le plus gros festival, on n’accueille que 12000 personnes par jour, environ. Et la France, à elle seule, représente pas moins de 2000 personnes qui viennent passer la semaine à Tolmin« .

Un sixième de la fréquentation, presque un cinquième, quand même. Juste derrière l’Allemagne (3500) et devant l’Autriche (un peu moins de 2000). Seconde nation parmi les plus de 60 (Chine, Nouvelle Zélande, Australie, USA, Canada…) dont les citoyens s’offrent une semaine dans un paysage de rêve. Car si le festival se passe sur une semaine, il ne dure en réalité que 5 jours, ce qui permet au public de « s’installer le premier jour, de se reposer après le festival« . Et pendant les 5 jours du fest, « généralement, les spectateurs font un peu de tourisme« . Oui, mais, il a quoi de si particulier, le Metaldays par rapport aux autres grands fest européens comme le Grasspop, le Wacken ou notre Hellfest? « Il n’y a pas de scénographie particulière, c’est vrai. Seulement, le site du festival est particulier puisqu’il se situe entre deux rivières. Les spectateurs peuvent donc se baigner, sortir de l’eau et venir voir jouer un groupe deux minutes après! Ou revenir d’une ballade pour assister à un concert. Metaldays combine vacances d’été et metal. C’est le lieu qui fait notre différence et rend Metaldays unique« .

Bien, mais un festival, ce sont aussi les groupes. « On est très fiers de l’affiche, mais on retrouve ces groupes sur d’autres festivals au cours de l’été. On n’investit pas dans de grosses structures style aéroport. Le Metaldays, c’est un peu d’anarchie et un peu de… Si tu viens pour la première fois, tu entres sur le sites et tu fais ce que tu veux. Tu peux croire qu’on ne sait pas ce qu’on fait, mais tout ce que tu vois a une raison d’être! »

Comment les groupes sont ils sélectionnés? Le Metaldays coure-t-il derrières eux ou sont-ce les groupes qui contactent l’orga? « Les agents travaillent avec plusieurs groupes. Ils nous envoient les disponibilités pour l’année ou les deux années à venir – on travaille déjà sur l’édition 2019 – et nous, en fonction de nos envies et des disponibilités, on organise le line-up. On essaie de ne pas faire venir les groupes trop souvent – 3 ans – mais parfois, leur actualité fait qu’on réduit les espaces« .

Avec 3 scènes, le Metaldays fait en sorte d’éviter les doublons, que deux groupes du même style ne jouent pas au même moment ou l’un juste après l’autre. Cela afin que les spectateurs puissent profiter au maximum de l’ensemble et voir un maximum de groupes.

Quand je demande à Goran ce dont il est le plus fier de ces 15 éditions, sa réponses est inattendue: « je suis particulièrement fier que nous n’ayons jamais eu de gros problèmes. Nos visiteurs sont si polis et courtois entre eux… Notre communauté est vraiment superbe. Pas de bagarre, ni de bullshit… »

Justement, qu’en est-il de la sécurité? Naturellement, elle est au cœur des préoccupations de l’organisation : »il y a les obligations légales, que nous respectons à la lettre. Aussi, les pompiers nous imposent des mesures. Mais aussi, nous avons sur le site des sauveteurs maritimes qui surveillent les baigneurs à tout moment. Des maitres nageurs, sauveteurs en mer spécialisés et diplômés, capables d’intervenir en toutes circonstances. Aussi, il y a ce que nous ajoutons en améliorant les choses d’une année sur l’autre« . Fun, metal, vacances et sécurité… tout pour séduire en somme.

Et pas que les metalleux, puisque le site se met en mode « festivals » tout au long de l’été. « Ce qui coûte le plus cher, c’est la structure, et son transport. Une fois installée, pourquoi ne pas s’en servir pour d’autres événements? » S’ajoutent ainsi 3 autres festivals de genres variés: le Punk days, Overjam – reggae – et Motörcity – qui réuni blues et grosses cylindrées. A eux 4, ces festivals vendent un total de 30.000 billets, ce qui est plus qu’encourageant pour cette région méconnue.

Terminons avec un cinquième happening qui lui se tiendra du 29 novembre au 1er décembre: il s’agit du Winter Days of Metal, festival hivernal combinant relaxation et concerts. Si ces derniers ont lieu indoor, le côté « relax » propose 2 options: soit un pass ski ou un pass « bien-être », comprenant spa, massages, jacuzzi… Et là, les spectateurs devront se rendre en montagne, à Bohijn.

Mais en attendant, c’est bientôt l’été et si vous voulez vibrer au sons de Judas Priest, Accept, Soulfly, Behemoth Epica, Black Star Riders, Coroner, Hatebreed, Girschool, Igorr et plein d’autres, préparez vous soit en avion (Paris Venise ou, moins fréquent, Paris Lubjana), soit en voiture. Une belles semaine de vacances, en somme!

Vous trouverez toutes les informations – tarifs, line-up, accès… sur le site du Metaldays: www.metaldays.net