NOT SCIENTISTS: Golden staples

France, Rock (Kidnap music, 2018) – sortie mai 2018

Chacun des membres de Not Scientists, groupe formé à Lyon, a forgé ses armes dans différents groupes d’univers variés. Sons Of Buddah, No Guts No Glory, un parcours semé de punk et de rock et marqué par l’énergie brute et directe qui permet au groupe de donner naissance à un premier album en 2015, Destroy to rebuilt. Aujourd’hui, Not Scientists est de retour avec Golden staples, un nouvel album composé de 10 titres dépouillés, au son clair qui évoquent souvent plus la New Wave de The Cure ou de Tears For Fears dans une configuration énervée que les Buzzcocks auxquels fut comparé le premier album. On pense aussi à toute la vague rock indé des 90’s. Les guitares sont entraînantes, le son propre et le chant anglais clair, bien que parfois difficile à déchiffrer. L’envie, cependant est telle que l’on se prend au jeu de ce disque rafraîchissant et chaleureux. Alors bien sûr, on peut se demander quel rapport entre le titre – « agrafes dorées » – et cette pochette en noir et blanc représentant une paire de gants dont les mailles (métalliques et aimantées?) se défont… Mais le groupe le dit: ils ne sont pas scientifiuque, alors, pourquoi se faire des nœuds au cerveau? Ecoutez, simplement!

THE KRIS BARRAS BAND: The divine and the dirty

Hard blues, Royaume-Uni (Provogue, 2018)

Quelle claque que ce second album du plus américain des bluesmen anglais du moment (là, j’espère que vous m’avez suivi parce que la suite n’est pas aussi complexe, voire même, elle est plus directe et simple…)! OK, je reprends? A première vue, on pourrait jurer que Kris Barras a été élevé dans un des Etats du Sud des USA ou en plein milieu des bayous de Louisiane (oui, je sais, c’est un des Etats du Sud des USA, la Louisiane…) tant ce The divine and the dirty transpire le rock sudiste de tous ses pores. Rock sudiste et blues, permettez moi d’être plus précis, svp. Guitares joyeuses à la ZZ Top des 70’s, chœurs irréprochables, mélodies (et quelques intonations) dignes d’un Bon Jovi aussi, (qui nous entraînent donc plus au Nord, vers le New Jersey…) Oui, le gaillard vise haut, et, à la force des Kick me down, I don’t owe nobody nothing ou autres Lovers or losers, son pari est gagné haut la main. Reste à transformer l’essai. Car quelques intonations vocales qui font penser à Bon Jovi ne suffisent pas à classer le bonhomme ou son ouvrage. Son timbre chaleureux et embué, l’utilisation simple et bien placé de – classiques – effets de guitares, un sens du rythme et de la mélodie, des choristes aux voix d’or… Ce The divine and the dirty fait mouche à chaque titre. J’adore.
Mais ça… vous l’aviez compris.

Publié dans CD.

Interview: BLACK STONE CHERRY

Interview BLACK STONE CHERRY. Entretien avec Jon Lawhon (basse) et John Fred Young (batterie). Propos recueillis à Paris, Gibson France, le 5 mars 2018

Une interview avec Black Stone Cherry ne se refuse pas. Non pas parce qu’il s’agit de mega stars interplanétaires – il ont encore beaucoup de chemin à parcourir, en tout cas en France où leur statut reste malheureusement presque confidentiel – mais tout simplement parce que ces gars sont d’une simplicité et d’une gentillesse sans pareil. En plus, Jon et John Fred sont aujourd’hui de très bonne humeur…

Metal-Eyes : La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était il y a un peu moins de deux ans, au lendemain de votre dernier concert parisien. Quels souvenirs en gardez-vous ?

John Fred : C’était génial !

Jon : C’est un des meilleurs concerts que nous ayons donnés ici.

John Fred : Oui, on a joué deux fois dans cette salle.

Jon : Il y avait deux fois plus de monde que la fois précédente !

John Fred : L’énergie qui s’est dégagée de ce concert… C’était…

Jon : Plein de gens qui montaient sur scène ! (rire général)

Metal-Eyes : On aime faire ce genre de choses…

John Fred : Crowdsurfing… C’était si cool…

Metal-Eyes : Ce concert a eu lieu avant la sortie de Kentucky, et vous étiez censés revenir soutenir cet album quelques mois plus tard. Une grande partie de la tournée européenne a été brusquement annulée ; que s’est-il passé ?

Jon : Des choses personnelles sont apparues, et on a préféré s’e occuper. On a détesté devoir annuler, mais c’était nécessaire.

John Fred : On savait qu’on reviendrait.

Metal-Eyes : Il n’y a eu aucune nouvelle ni info… Familly tree va sortir exactement 2 ans après Kentucky. Ce n’est pas si long, mais le temps a cependant paru très long…

John Fred : Oh, oui… On a enregistré Kentucky en 2015, il est sorti le 1er avril 2016.Deux ans plus tard, voici Familly tree, et, mec : on est fiers de nous !

Jon : L’attention des gens est plus courte aujourd’hui. On a toujours eu un rythme d’un an et demi à deux ans entre deux albums, ce qui semble être la limite. Au-delà, les gens commencent à t’oublier. C’est une des raisons pour lesquelles on a sorti le Ep de blues, quelque chose d’un peu différent mais qui maintient Black Stone Cherry dans l’actualité.

Metal-Eyes : C’était aussi un moyen de faire savoir aux fans que vous étiez toujours là, en vie ?

John Fred : Honnêtement, on commençait à s’ennuyer ferme ! Ce n’est pas Mascot qui nous a demandé de le faire… On a toujours aimé reprendre des morceaux de blues, alors on l’a fait ! On a pris 5 jours de studio, chez notre ami David Barrick, avec qui on a fait Kentucky et Familly tree. On n’avait aucune idée de ce qui allait en sortir. 5 jours en studio, 6 chansons… et il a fait un super travail. Et 3 des chansons sont devenues n°1 du Blues bill qui est la plus grande chaine de blues du réseau satellite, une des grosses stations rock du pays. On savait que le public était encore présent. Le gars qui anime cette station est un ami. En général, si les groupes qui ne font pas partie du circuit blues enregistrent une reprise qu’il diffuse, il reçoit des mails disant que ce n’est pas du vrai blues… Et il nous dit « vous, les gars, vous venez de vous faire un nom dans le circuit blues », et ça, c’est cool ! ça nous a redonné confiance, reprendre ces standards, un peu blue grass, les orienter dans un esprit Motown…

Metal-Eyes : Vous retrouver et retrouver cet esprit de famille qui vous a toujours unis. Familly tree va sortir le 20 avril et débute avec le titre Bad habit. Je n’ai pas lu les paroles, alors cette « mauvaise habitude » dont vous parlez est-elle responsable, en partie, de votre absence de 2 ans ? Ça sonne comme une confession…

John Fred : Non, parce qu’on n’a pas pris 2 ans de repos ! On a beaucoup tourné…

Jon : Oh, oui, on a tourné partout aux USA, et on fini par faire ce que nous devions pour cet album.

John Fred : Et cette mauvaise habitude, c’est d’être enlacés avec cette belle fille, c’est aussi simple que ça ! (Rires) Je voudrais bien te donner une explication plus profonde, mais,  non !

Metal-Eyes : Il y a aussi cette chanson intitulée « New kinda feeling ». C’est quoi, cette nouvelle sensation ?

John Fred : Tant de gens nous parlent de cette chanson… Pour moi, c’est une super chanson, mais c’est incroyable d’imaginer quelles chansons vont séduire le public et prévoir qu’on te pose des questions sur telle ou telle chanson est évident. Mais on ne s’attendait pas à celle-ci : en Angleterre, aux USA, toi, ici, maintenant, plein de gens semblent adorer cette chanson…

Jon : Pour moi, c’est un peu le reflet de l’ensemble de nos disques. Bien sûr, on peu retrouver des points communs, mais nous n’avons jamais enregistré deux fois le même disque. Certains groupes, et je en dis pas ça en mal, dès le départ, trouvent un son et s’y collent. Il n’y a pas un très grande évolution. Prends un groupe comme AC/DC, c’est AC/DC.

John Fred : C’est ce que tu attends d’eux, qu’ils fassent du AC/DC !

Jon : Au contraire, un groupe comme Led Zeppelin ne s’est jamais répété. Et nous tendons plus à être dans cet esprit. On adore AC/DC, mais on se sent plus proche de l’esprit Led Zeppelin.

Metal-Eyes : Vous ne voulez pas vous répéter…

John Fred : On ne le peut pas, en réalité. Quand on a commencé à enregistrer de la musique, on était au lycée. Quand tu es gamin, que tu commences à jouer, tu as des idées. Et ce que tu envisages gamin ne sera pas pareil dans 10 ans ; Quand tu grandis, tu réalises ce que les expériences t’ont apporté, que ce soit en tournée, dans ta vie personnelle, familiale, les événements mondiaux… C’est ce qui te permet de devenir un autre compositeur. Et nous composons tous les 4. Nos albums sont très diversifiés pour cette raison : ce ne sont pas qu’un ou deux gars qui écrivent, mais 4 qui balancent des idées. Parfois, nos albums sonnent comme… si toutes les chansons étaient différentes. C’est ce qui rend les choses intéressantes.

Metal-Eyes : Comment décririez-vous l’évolution du groupe entre Kentucky et Famuilly tree ?

John Fred : Je ne peux répondre que pour moi… Je suis toujours très fier de Kentucky, comme de chacun de nos albums, qui est le premier album que nous avons produit nous-mêmes. On était encore nouveaux sur le label Mascot, et toujours un peu dans l’esprit de « comment nous travaillions avant », avec un producteur, A&R et tous ces trucs. J’ai l’impression que, bien que faisant les choses nous-mêmes, nous avions encore certains réflexes et trucs que nous avions appris avec les albums précédents. Tandis que pour cet album, nous avons franchi un pas, nous avons beaucoup plus expérimentés et tenté des choses quand on était sur la route. Exploré nos racines, fait ressortir le rock sudiste et le blues – d’où est venu le Ep Black to blues – et ça nous a permis de réaliser Familly tree. Il n’a pas été répété, il n’y a pas eu de planification, on a écrit le disque sur la route, dans le Bus. Chris est devenu un assez bon ingénieur sur la route, il enregistrait tout à l’arrière du bus, et on a tous fait des allers-retours dans ce petit espace – l’arrière du bus est plus petit que l’espace entre ces deux canapés… Etre à 4 là-dedans, on l’a fait, on est vraiment serrés ! (rires)

Metal-Eyes : J’imagine, surtout si tu installe ta batterie !

John Fred : Tu sais quoi ? Il y a un truc super avec la technologie aujourd’hui : bien sûr tu peux avoir un kit électronique, mais tu peux trouver tous les rythmes et programmer ce que tu veux à partir d’une touche de claviers. C’est comme ça qu’on travaille nos démos avant d’entrer en studio. Il y a des années, quand un groupe avait des chansons, le label lui disait d’aller en studio, et de prendre le temps nécessaire. On parle de groupes comme… Guns n Roses, par exemple. Les budgets étaient si importants, parce que les groupes vendaient des disques. Maintenant, l’industrie du disque à changé, et il n’y a pas de budget permettant à un groupe d’aller en studio pendant 6 mois. Il ne nous a fallu que 22 jours pour enregistrer Familly tree. Il y a des raisons pour qu’on enregistre vite, c’est simplement notre style : on entre en studio, on enregistre et si ça nous convient, on garde la première prise ! Ca ne doit pas être parfait, même si, en ce qui concerne la batterie, je suis perfectionniste. Mais je préfère, de loin, une partie de batterie qui a du caractère, une âme. Je garde des choses sur lesquelles j’ai foiré, mais qui sont cool. Pas toujours, mais parfois.

Jon : John Fred réécoutait ses pistes et nous disait parfois qu’il voulait refaire telle partie de batterie, et on a dû le prier de la laisser telle quelle parce qu’il y avait ce côté un peu « magique ».

John Fred : La plupart des batteurs ne sont pas capables de s’immiscer dans un morceau, de jouer avec le morceau et de frapper juste quand il faut. Parfois, je retourne deux mesures en arrière et joue pile quand il faut.

Jon : Savoir exactement quel fût frapper et quand n’est pas évident. Pour que ça marche, il faut qu’il y ait le même kit, dans la même pièce avec le même air…

John Fred : (à Jon)  J’aime bien aussi quand vous… (à moi) On enregistre live, il faut le savoir, et (à Jon), j’aime bien quand vous partez dans vos trucs…

Jon : Et John Fred a fait très fort, parce que, en dehors de chez lui, il n’avait rien travaillé avec nous ! Il a tout fait spontanément.

John Fred : Bien sûr, quand tu dois enregistrer un disque sans avoir répété, tu fais des erreurs… La spontanéité, il n’y a que ça de vrai !

Metal-Eyes : Puisque tu parles d’ennui : ça fait des années que vous jouez ensemble et que vous donnez des concerts. Y a t-il des chansons que vous voudriez pouvoir ne plus jouer ? (les deux explosent de rire) Des chansons que, pourtant, vous devez jouer parce que les fans les veulent…

John Fred : Bien sûr ! Tous les groupes du monde passent par là, tous se lassent de certaines chansons, pas parce qu’elles sont mauvaises, parce qu’ils les ont trop jouées…

Jon : Je pense que le truc pour conserver une certaine fraicheur, c’est de travailler par cycle, et de changer les setlists. Pour cela, il faut avoir un certain nombre d’albums à proposer. Nous en sommes à notre 6ème disque

John Fred : Chacun de nos albums, à l’exception d’un seul, comporte 13 chansons. Je te laisse faire le calcul : ça fait une longue liste de morceaux à proposer.

Jon : On peut facilement varier nos setlists, ce qui nous permet de conserver cette fraicheur.

John Fred : Et on peut ajouter les faces B ! Une chanson comme White trash millionaire est sans doute un des plus importants piliers de notre catalogue, elle a fait exploser notre groupe. Tu demande à n’importe quel fan de choisir un titre, il y a de fortes chances qu’il retienne celui-là ! Si tu regardes les compteurs de nos vidéos sur You Tube, Mary Jane a fait 7 millions de vues. Bon, comparé à ce que certains gamins font – 50 millions – c’est rien (rires). Mais White trash, Me and Mary Jane et Blame it on the boom boom, on ne peut pas les éviter. Mais il y a ces fans qui attendent aussi des morceaux plus obscurs et peu les connaissent. Eux vont tripper. Nous voulons avoir une certaine image. Tu sais, le dernier album qu’on a fait avant Mascot… c’était un combat de tous les jours pour garder cette identité intacte ; ils voulaient absolument nous mouler comme un de ces groupes de rock US, et on le refusait. Le premier album, on se disait « non, on ne fait pas ça ». Pour Between the devil and the deep blue sea, sur lequel il y a de super morceaux, on était un plus formatés, le label voulait qu’on soit un groupe qui passe à la radio. Alors on a travaillé avec un grand producteur, à Los Angeles. Ça a été une super expérience, mais on a découvert que ce n’était pas nous.

Jon : On m’a souvent dit, quand on était sur notre ancien label : « garde le gros son et ne  réfléchis pas ». Si tu écoutes le premier album, la basse est partout. Au point qu’on a écrit dans les crédits « basse et basse lead » tant j’en ajoutais. J’en ai moins mis sur le second, je suis resté un peu plus en retrait, et pour le troisième, j’ai fait le strict minimum. Et ensuite, pour le 4ème, j’en ai refait un peu plus. Notre producteur était musicien, alors. Et il y a eu Kentucky, et j’ai donné juste ce qu’il faut.

Metal-Eyes : Familly tree mélange d’ailleurs toutes vos influences. J’ai été très surpris par les guitares sur Burning qui sont très orientées ZZ Top.

John Fred : Oh, oui ! (rires)

Metal-Eyes : Ca sonne même comme le ZZ Top de la période Eliminator… Il y a aussi du blues, du rock, cette superbe chanson d’amour que tout le monde voudrait écrire pour son enfant, my last breath… Maintenant si vous deviez ne retenir qu’une chanson de Familly tree pour décrire ce qu’est aujourd’hui Black Stone Cherry, ce serait laquelle ? ?

Jon : Je dirais Familly tree.

John Fred : Moi aussi…Parce que musicalement et littérairement, elle décrit et représente pleinement notre expérience. Elle parle des montagnes que nous avons gravies et celle d’où nous avons chuté. Elle parle d’une manière très poétique de notre parcours, et musicalement, chacun de nous, c’est le cas sur tout le disque mais plus encore sur ce morceau, a une véritable identité. J’adore ce morceau parce que quand je l’écoute, je peux vraiment entendre John Fred Young, Jon Lawhon, Chris Robertson et Ben Wells, pas que Black Stone Cherry.

Metal-Eyes : Quel pourrait être, 17 ans après vos débuts, la devise de Black Stone Cherry ?

Jon : Oh la vache !

John Fred : Punaise ! « Continue de continuer », c’est la meilleure chose qui me vienne à l’esprit… Jon ?

Jon : Je te suis !

Metal-Eyes : Quels sont vos prévisions de tournée ? Je n’ai rien vu pour l’instant en France, une date est annoncée au Download anglais…

John Fred : J’ai demandé à notre agent s’il était possible de nous faire jouer au Download Paris, mais… je ne sais pas.

Jon : On va revenir à l’automne, c’est sûr. Il y aura au moins un show en France.

Metal-Eyes :

John Fred : Je voudrais bien qu’il y en ait au moins deux ou trois…Il y a des endroits sympa, Lille, Lyon, Clisson.

Metal-Eyes : Vous venez de donner au Dr Feelgood un show acoustique, c’était comment ?

Jon : Super. On a eu environ 50 personnes, c’était old school.

John Fred : C’est la seconde fois que nous jouions Bad habit. La première c’atit il y a quelques jours dans l’appartement de Jimi Hendrix, qui est un musée maintenant. Au Feelgood, c’était cool, on a eu un petit soundcheck, les gens était détendus…

Metal-Eyes : Vous avez été en promo toute la journée. Quelle a été la question la plus étonante, la meilleure qu’on vous a posée aujourd’hui ?

John Fred : Euh… J’ai bien aimé qu’on parle de New kinda feeling. C’est assez surprenant car, je sais que c’est un bon morceau, mais voir autant de gens nous en parlé est vraiment super. Parfois, en tant que musiciens, ti as tes préférences, mais c’est cool de constater comment les chansons affectent les auditeurs, fans, médias ou autre…

Metal-Eyes : Pour terminer : après 17 ans ensemble, que rêvez-vous d’accomplir avec Black Stone Cherry ?

Jon : Simplement de continuer de grandir. Tu sais, on a pas toujours été le groupe important que nous sommes devenus, nous avons gagné chaque centimètre, et je souhaite continuer de les gagner, un par un.

John Fred : Chacun de tes 6 centimètres, petit à petit (ils explosent de rire) !

Interview: ANVIL

Interview ANVIL. Entretien avec Lips (chant, guitare). Propos recueillis au Trabendo de Paris le 25 février 2018

Jamais trop tard pour bien faire, dit-on? Ben tant mieux, car bien c’est au mois de février que cet entretien avec le furieux leader d’Anvil a eu lieu. Pounding the pavement est encore chaud, alors retrouvons Anvil en interview avec un Lips en pleine forme juste avant de rencontrer, pour la toute première fois de l’histoire du groupe, son public parisien!

Metal-Eyes :Lips, merci de me recevoir jsute avant votre concert de ce soir. Nous allons parler de votre album, de scène et de Anvil, naturellement ! Pounding the pavement est sorti il y a un mois. Quels sont les premiers retours que tu en as ?

Lips : J’en sais rien ! Comment le pourrais-je ?

Metal-Eyes :En lisant les critiques….

Lips : Je ne lis pas la presse ! La presse ne signifie rien pour moi, absolument rien ! ça a toujours été comme ça ! depuis 40, ça ne veut absolument rien dire, ça n’a jamais rien changé, et il en sera sans doute toujours ainsi !

Metal-Eyes : Le titre de votre album peut avoir plusieurs significations…

Lips : Hein ?

Metal-Eyes : Oui, en français, « battre le pavé » peut aussi faire référence aux prostituées qui arpentent le trottoir…

Lips : Non, non ! Faire le trottoir ? Non, fuck ! C’est incroyable ce que les gens peuvent avoir l’esprit tordu ! C’est tellement à côté de la plaque, je ne peux pas le croire ! Aw ! Battre le pavé signifie simplement que tu va chercher du boulot. C’est aussi simple que ça ! C’est ce que ça veut dire, je ne sais pas où tu es allé chercher cette idée… Quoi ?

Metal-Eyes : Ben, c’est aussi ce que font certaines, arpenter les rues pour bosser…

Lips : Ce que ça veut dire, c’est comme le VRP qui vend des aspirateurs au porte à porte. Tu vas de porte en porte pour essayer de vendre ton truc. C’est en gros ce que nous faisons, on le fait depuis 40, du porte à porte, de club en club, de ville en ville, tenter de convaincre les gens que nous sommes suffisamment bons pour qu’ils achètent nos CD, t-shirts et pour qu’ils viennent  à nos concerts.

Metal-Eyes :Anvil a toujours été considéré comme un porte-parole du heavymetal classique, voire du speed metal, mais les temps ont changés en 40 ans. Alors, sans refaire l’histoire du groupe, quelle a été votre évolution entre vos deux derniers albums.

Lips : Un grand cycle… On a commencé en n’ayant pas idée de ce qu’on faisait, on a fait un paquet de découverte accidentellement exprès, avons développé un public, pas reconnu ce que nous avions créé… Des membres du groupes ont perdu de vue qui et ce que nous sommes, ont créé des tensions, sont partis, ne laissant que Robb (Reiner, batterie) et moi. Tu sais, notre guitariste originel a voulu s’approprier le crédit de « l’importance » qu’avait pris le groupe sur les 3 premiers albums sans pour autant prendre une once de responsabilité d’avoir tout foutu en l’air… Les bonnes choses mais pas les mauvaises ! Tu as le choix entre bosser avec Johnny Z., le patron de Megaforce, ou avec David Krebs, qui s’occupait de Scorpions, Aerosmith… Eh bien, tu ne vas pas t’acoquiner de ce genre de type qui s’occupe de Scorpions ou Aerosmith si tu fait du heavymetal ! Ce mec ne savait même pas qui diable nous étions. Tu te retrouve sur scène à jouer 666 et le mec vient te voir en disant « vous n’allez nulle part avec ça ! » Maintenant, 40 ans plus tard, devine quelle chanson a servi dans le film qui a fait un carton (The story of Anvil, 2008) ? 666 ! Ouais, on va nulle part avec ça ! Le guitariste à l’époque… on devait écouter tout ce qu’il disait : il nous a mis sur des dates avec Bryan Adams et Aerosmith, nous dit « voilà ce qu’on doit devenir » Hein ? Quoi ? A ce même moment, Johnny Z. prend des paris en signant Metallica, Anthrax, Testament et tous ces groupes de metal ! Il voulait signer Anvil, mais Dave ne voulait pas bosser avec lui ! Il a quitté le groupe, mais avant ça, a tout saboté. On a pu jouer avec Aerosmith devant des responsables de label, et le mec se défonçait sur cette putain de cocaïne, l’alcool, baisait n’importe où et… s’est planté en foutant en l’air toutes nos opportunités. Mais ça, il n’en assume rien ! Maintenant, on fait ce qu’on souhaite faire ! C’est pour ça que je parle de cycles : aujourd’hui, je sais exactement ce qu’on doit faire et avec qui le faire !

Metal-Eyes : Mais tu es toujours resté le même ?

Lips : Oui, et maintenant, en gros, on continue dans l’esprit dans lequel nous avons débuté, et on fonce. C’est ce que je fais !

Metal-Eyes : En 1983, Anvil connaissait une popularité similaire à celle de Metallica. Comment expliques-tu ces succès opposés par la suite ?

Lips : Parce que, entre 1983 et 1987, il n’yavait pas de disque ! Au moment le plus important de notre carrière, lorsque nous devrions proposer de nouveaux disques, partir en tournée, on fait quoi ? On reste assis et on ne fait rien ! On fait quoi ? On prépare un disque qui n’aurait jamais dû arriver. Et au moment où sort cet album, ce n’est pas le bon type de disque ! On peut toujours voir les choses avec du recul : ce qu’on aurait dû faire, c’est se séparer de cette mauvaise graine (Dave Allison), et si nous voulions avoir un second guitariste, aller chercher quelqu’un comme Marty Friedman, ou avoir un second lead guitariste comme nous l’avions fait pour l’album Worth the weight, et sortir ce disque au lieu de Strength of steel !

Metal-Eyes :Strength of steel, c’était votre choix ou vous avez subi l’influence de gens extériers?

Lips : On a été influencés ! Par David Krebs, et par Dave Allison qui a tout foutu en l’air ! C’était contre ma volonté… Tout était contre moi, j’avais à faire face à une mutinerie. Et j’avais le choix entre partir – ce que mon premier  label m’encourageait à faire : « barre toi et monte un nouveau groupe » ! – ou continuer et sombrer avec le navire. Eh bien, j’ai sombré avec le navire !

Metal-Eyes : Parce que tu en es le capitaine.

Lips : J’en suis le capitaine et… Que pouvais-je faire? Je les ai laissé monter à bord.

Metal-Eyes : Tu as sombré avec le navire, cependant, tu n’a jamais fait machine arrière.

Lips :non!

Metal-Eyes: En 2008, il y a eu le film The story of Anvil. Ressentez-vous encore les effets que ce film a eu sur votre carrière ?

Lips : Oh, bien sûr… Tu vois, ça fait partie d’un tout. Quand tout a merdé dans les années 80, je me suis dit que je continuais, que je savais ce que je devais faire et comment le faire. Je me disais qu’un jour, un de mes fans allait grandir, devenir un responsable de maisons de disques ou quelque chose, et que j’allais enfin signer un contrat, que tout irait mieux, plus tard. C’est ainsi que je voyais les choses. Je sais que je suis un bon, très bon compositeur, je savais ce que j’avais en moi, ce que j’ai créé, ce qui est à moi que personne ne peut avoir : ma voix, mon jeu de guitare, tout cela est vraiment unique et, au bout du compte, ce sera reconnu. Si je travaille suffisamment et que j’en suis vraiment convaincu, c’est ce qui se passera ! Je raconte tout ça à Johnny Z. sur un parking et il me dit que je suis complètement dingue. « On cherche d’autres gars et on met le feu maintenant ! » Mais je ne pouvais le faire à ce moment, il fallait que je laisse toute cette tension retomber. Finalement, ce gamin qu’on a rencontré en 1992 au Marquee de Londres devient… scénariste pour Steven Spielberg. 25 ans plus tard, il revient dans ma vie et me dit « je vais faire un film ! » Moi ? « Bingo !Voilà le gars que j’attendais!” Ce que je disais à Johnny Z. s’est produit ! Et pas seulement ça, mais ce gars est allé voir Johnny Z., lui a parlé et Johnny Z. est dans ce putain de film ! Tout arrive pour une raison… Le film a-t-il eu un impact ? Oui, je le savais, même avant qu’il ne soit tourné ! Aussitôt que le réalisateur a dit – et on ne parle pas d’un rigolo avec une caméra vidéo, on parle d’un mec qui travaille à Hollywood ! – dès qu’il a dit on le fait, je savais que mon moment était enfin arrivé ! ce qui est triste en revanche, c’est le fait que les gens sont stupides, le grand public est vraiment stupide : ils viennent nous dire que la seule raison pour laquelle on est célèbres c’est le film… Allons ! La raison pour laquelle je suis connu, c’est la musique ! Il n’y aurait jamais eu de film s’il n’y avait pas d’abord eu la musique ! C’est clair, non ? Mais c’est facile à oublier parce que les gens oublient le passé, ils ne voient que le présent… Et ils ne regardent pas plus loin que ça ! Maintenant… après le film, le groupe serait mort sur place s’il n’avait pas de crédibilité. Si nous n’étions pas un bon groupe, notre histoire serait morte aussi rapidement que le film est arrivé. Mais ce n’est pas le cas. Nous sommes sortis, avons tourné et battu le pavé comme jamais nous ne l’avions fait de nos vie ! Le groupe est aujourd’hui 10 fois plus important qu’il ne l’a jamais été, même au plus haut des années 80 ! Ce qui est génial pour moi ! Ça ne pouvait tomber à un meilleur moment, dans le sens où… je ne peux plus aller bosser comme livreur, c’est fini, mon dos est flingué, je ne peux plus faire ce genre de boulot ! j’en ai fini avec ces boulots, mais ce avec quoi je n’ai pas fini, c’est le rock n roll. Tu n’en finis jamais ! Tu le fais, jusqu’à ta mort ! Maintenant, je finis par faire ce que j’étais supposé faire. J’ai dû emprunter cette route difficile – qui n’était pas si difficile… Ce qu’elle m’a apporté ? Une famille, ma propre maison, la sécurité pour le reste de ma putain de vie. Il y a des musiciens qui peuvent travailler une vie entière sans jamais rien obtenir ; J’ai tout obtenu, alors il n’y a aucune amertume.

Metal-Eyes : Je n’entends aucune amertume…

Lips : Non, non… Je veux simplement que le message soit clair : le groupe ne s’est pas planté parce qu’on était mauvais, le groupe s’est planté parce qu’on s’est fait baiser. Baisés comment ? Venons-y : en 1982, Attic records a vendu nos droits à un label français, je ne sais plus lequel. Ils ont pressé, piraté, des centaines de milliers de picture discs de Hard and heavy et Metal on metal, les ont distribués à travers la planète sans nous verser un putain de centime ! Anvil a vendu des centaines de milliers d’albums qui n’ont jamais été comptabilisés.

Metal-Eyes : C’est vraiment l’histoire d’Anvil…

Lips : Oui, et personne ne peut dire qu’on pue et qu’on n’a jamais rien vendu, rien de tout ça n’est vrai. Ce sont des faits !

Metal-Eyes : Comment expliques-tu le fait de n’avoir que rarement joué en France, et jamais à Paris ?

Lips : Peut-être qu’il y a un rapport avec ces bootlegs ? Peut-être que les gens dans ce business, ici, en France, sont des branleurs malhonnêtes…J’en sais rien, pour tout te dire. Mais j’ai une punaise dans les fesses qui me gêne, et qui m’a gêné pendant des années : on a signé des dates un bon nombre de fois, et elles ont été annulées. Pourquoi ? Je n’en sais rien.

Metal-Eyes : Mais ce soir, vous êtes ici…

Lips : Nous sommes ici, j’en suis reconnaissant et super content, et je vais donner au public ce qu’il est venu : un spectacle que personne ne sera prêt d’oublier ! C’est ce qui va se passer ! (rires)

Metal-Eyes : Il y a deux ans, vous étiez censés jouer à Paris, mais encore une fois, ça a été annulé, mais pas la date de Lyon… Tu te souviens de la raison de l’annulation…

Lips : Non… Il y a toujours une raison, mais on ne me la donne jamais. En 1983, on devait déjà jouer au Moulin Rouge avec Overkill… Ça avait aussi été annulé ! Je ne sais pas si on déjà joué à Paris ! En 1982, on devait ouvrir pour Accept ! La veille du concert, un des gars d’Accept est tombé de scène et s’est cassé la jambe ! Ce concert aussi a été annulé ! Malchance, j’en sais rien !

Metal-Eyes : Tu a vécu beaucoup de choses avec Anvil, quels sont encore tes rêves de réalisation avec Anvil ?

Lips : il ne s’agit pas de savoir ce dont je peux rêver ; tous mes rêves sont devenus réalité, tout ce que je voulais est arrivé. Si je meurs demain, ça roule. Ma place est un bon endroit, j’adore ce que je fais et je profite de chaque instant de ma vie, à 100%.

Metal-Eyes : Si tu devais choisir une chanson de votre dernier album pour expliqer aux gens ce qu’est Anvil aujourd’hui, ce serait laquelle ?

Lips:Doing what I want !

Metal-Eyes : Pour quelle raison ?

Lips : Parce que je fais ce que je veux ! (rires)

 

WITCHSORROW: Hexenhammer

Doom, Royaume-Uni (Candlelight/Spinefarm, 2017) – Sortie le 25 mai 2018

Bien que formé en 2005, Hexenhammer n’est que le quatrième album des Anglais de Witchsorrow, le désespoir des sorcières… De désespoir il est bel et bien question tout au long des 7 morceaux de ce nouvel album, aussi lourd qu’une enclume dépressive. Le propos musical est sombre et fait ressortir toute la noirceur de l’âme de ses compositeurs (Demons of the mind) qui, pourtant, ont pris le temps qu’il faut pour penser cet album. Si, quand on parle doom, on pense avant tout à Black Sabbath, c’est principalement Candlemass et Cathedral qui se démarquent ici. Dès Maleficius, le cadre est posé: malaise ambiant, envie de lumière, épaisseur et lourdeur du son… Hexenhammer fait partie de ces albums à déconseiller aux dépressifs mais que les « sains d’esprits » s’approprieront avec bonheur.  Mieux qu’une marche funèbre, un accompagnement vers la nuit éternelle qui suit le bûcher.

Interview: FURIAPOLIS

Interview FURIAPOLIS. Entretien avec Robin (basse), Nico (batterie), Brice (chant, guitare). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 22 février 2018

Metal-Eyes : Dans l’album, vous écrivez que cet album est « l’aboutissement d’un long projet ».  Question classique : devinez ce que je vais vous demander ?

Robin : « Racontez-nous l’histoire de Furiapolis » ?

Metal-Eyes : Par exemple !

Brice : Perspicace… Comment tu as fait pour deviner ? On devrait inventer une histoire…

Robin : Ouais, un truc un peu plus sexy…

Brice : C’est vrai que c’est pas très sexy… En fait, on a fait un groupe en 2009 et le seul but c’était de faire des reprises pour jouer dans des pubs, du Red Hot Chilli Peppers, Arctic Monkeys… Et petit à petit on a décidé de faire de la compo, et le line-up a un peu changé. On a recruté sur internet. Nico, on te connaissait par Simon, donc le bouche à oreille… On cherchait un batteur et Nico est arrivé en 2010. Depuis, le line-un n’a plus jamais changé, on a composé, on a sorti des Eps, et aujourd’hui, un album.

Metal-Eyes : Et vous vous êtes formés où ?

Brice : Marseille.

Metal-Eyes : A Marseille. Ok… Faut pas que je dise de conneries alors…

Brice : Non (rire général)

Metal-Eyes : Donc je ne vous dirais pas que c’est la ville du monde où j’ai eu le plus froid !

Brice : A Marseille ?

Robin : C’est sûr qu’avec 364 jours par an de soleil tu as dû venir le seul jour de mistral…

Metal-Eyes : Non, j’y ai passé 2 semaines de froid !

Brice : C’est vrai que si tu es venu avec le mistral, tu peux y aller !

Metal-Eyes : Ne dérivons pas… Vous écrivez aussi dans le livret cette citation de John Lennon qui dit que « le rock français, c’est comme le bon vin anglais ». Vous en êtes où par rapport à ça ?

Brice : J’espère qu’on a fait du bon rock français. On a rajouté une phrase juste derrière qui dit que c’est « à nous de lui prouver le contraire ».

Metal-Eyes : Et, d’après vous, vous y êtes parvenus ?

Brice : Ben… C’est à vous de nous le dire !

Robin : On, attend justement la critique pour voir si on y est arrivés…. ?

Metal-Eyes : C’est vrai que depuis quelques années, le niveau général, technique ou musical, a évolué et il n’y a pas de raison qu’on reste aussi loin derrière. Mais il n’était pas le seul le penser… Comment décririez-vous votre musique pour quelqu’un qui ne vous connait pas du tout ?

Brice : … C’est du rock, du vrai rock, avec de la distorsion, du chant soutenu mais pas crié, et c’est chanté en français. Donc du rock genre…

Metal-Eyes : Qu’est-ce que tu appelles du « vrai rock » ?

Brice : « Du vrai rock » ? C’est pas du metal, c’est pas du hard core, c’est pas non plus du pop rock avec des guitares clean et des voix fluettes, c’est du rock style Foo Fighters, Nickelback….

Nico : On parle souvent de rock alternatif

Brice : Oui, « alternatif ». Disons qu’on est un peu la version frenchie des gros standards US.

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences ? J’entends du Police, du Nickelback mais aussi par instants du Indochine (Note : deux des inteviewés me diront après en off que tous « détestent » Indochine et n’ont pas osé réagir. Dommage….) Il y a ces airs catchy et chantants, mais quelles sont vos principales influences individuelles ?

Robin : Individuelles ? Moi, c’est assez vintage parce que j’ai été élevé par un papa fan de Jimi Hendrix. Après pour ce qui est de la basse, je suis un peu plus dans le domaine du funky et compagnie, j’ai pas mal d’influences du style Les Claypool, de Primus, Markus Miller, donc là, on est carrément dans le jazz, jazz rock, et ensuite, j’adore des groupes comme Led Zeppelin, les Red Hot Chili Peppers, une influence assez majeure. Flea m’a donné envie de me mettre à la basse.

Nico : Moi, c’est… J’en ai pas du tout… Non, je déconne ! Je viens plutôt de la vague neo metal, parce que quand j’avais 14 ans, c’est ce qu’on écoutait en boucle, Linkin Park, System Of A Down, Korn… Après je suis venu vers le punk, punk rock, rock alternatif, type Blink 182, Biffy Clyro, Paramore, j’ai eu ma période Nirvana… Mais en tant que batteur, il n’y a pas forcément que des groupes, il y a aussi des batteurs, il en a plein, des pros, qui n’ont pas de groupe…Je pense notamment à Bennie Grave ou Thomas Lang qui sont dans plusieurs formations. Il y en a plein qui m’ont influencé.

Brice : Moi, j’ai été élevé avec des groupes comme Deep Purple ou Status Quo, c’est mon père qui écoutait ces groupes. Il n’y avait que des vinyles de ce type qui trainaient à la maison, et j’ai appris avec ça. J’apprenais les morceaux de guitares avec ça, je mettais le disque et je ‘entrainais à imiter. Après je suis tombé dans la dance des années 90 (il rit) et ensuite, j’ai été ramené à la réalité avec Nevermind de Nirvana. On me l’a mis entre les mains, et là, je me suis dit « OK, je reprends la guitare que j’avais laissée trainée » et je me suis remis à la musique pour de vrai.

Metal-Eyes : Votre son est d’ailleurs assez pur, parfois assez sec. Comment avez-vous travaillé l’enregistrement de ce disque ?

Brice : On travaille énormément en amont, avant le studio . On enregistre tout sur ordinateur, on travaille nos pistes séparément, on enregistre et on revoit nos arrangements de guitares – il y en a 2, donc il faut qu’on travaille les interactions pour pas qu’elles se mangent… Ce qui fait que quand on arrive en studio, c’est déjà réfléchi pour que ce soit propre et que ça sorte bien. Au-delà de ça, on a travaillé avec un ingé son qui est génial, Laurent Soluce, qui a su faire en sorte que tout soit bien dissocié. MA gratte est plus grasse, celle de Simon, plus aiguë, et au final, il nous a sorti un son très propre. Il y a du travail en amont et le savoir-faire d’un ingé son.

Robin : On a ce résultat grâce, aussi, à tout le travail de pré prod qu’on a fait.

Metal-Eyes : Ce qui est important puisque ça prouve que le live, c’est bien, mais ça se travaille aussi avant. Justement, un album de rock, ça se défend sur scène. Quels sont vos projets ?

Brice : Le 3 mars on a une grosse release party sur Marseille, on part jouer à Grenoble, Toulon, et on a d’autre dates qui sont dans les tuyaux.

Nico : On a déjà 5 ou 6 dates, et d’autres arrivent.

Brice : Notre projet  c’est que, la compo et l’enregistrement, c’est derrière nous, aujourd’hui, on est sur la promo, et rapidement, on doit être sur le projet tournée. Le but du jeu, étant donné qu’on défend un album chanté en français, c’est de pouvoir rapidement aller le défendre en France et dans les pays limitrophes.

Metal-Eyes : Il faut s’attendre à quoi, avec Furiapolis sur scène ?

Robin : … Une explosion de… D’oreilles (rires)

Brice : Non… On est un groupe de live, on pense nos chansons « live ». On aime avoir une interaction avec les gens et c’est aussi pour ça qu’on a écrit nos chansons en français, pour pouvoir toucher encore plus les gens. On a énormément de plaisir après le concert à rester là et discuter avec le public, avoir leur ressenti. Si tu viens nous voir en concert, j’espère que tu auras toi aussi ce ressent, avoir autant de plaisir que nous.

Metal-Eyes : C’est important pour le public.

Brice : Oui, c’est primordial !

Metal-Eyes : Vous chantez en français, il y a quelques phrases en anglais. Quels sont les thèmes de prédilection ? Y a-t-il une ligne directrice dans vos textes ?

Robin : Les textes délivrent un message. Après, dire qu’il y a une ligne directrice, pas nécessairement/ Chaque morceau a son message et l’interprétation qui peut en découler. Chaque personne en écoutant en fait son interprétation…

Brice : C’est vrai, et ça reste de messages positifs. Il y a des chansons qui parlent d’environnement, d’autres de paix, d’amour, de respect des femmes, d’autres de chocolat, de gourmandise et d’addiction. Un peu tous les thèmes, mais à chaque fois, des sujets auquels les gens sont sensibles…

Metal-Eyes : « Tous les thèmes »… Pas plus de 13, quand, même, c’est le nombre de chansons !

Brice : Oui, c’est vrai…

Metal-Eyes : Y a-t-il, au contraire, des sujets que vous souhaitez ne pas aborder ?

Robin : La religion, et la politique, pas si si c’est trop engagé politiquement. Hors de question… On n’est pas là pour faire de la propagande, formater le cerveau des gens et leur dire comment ils doivent penser, c’est pas notre truc.

Brice : Il n’y aura pas de couleur politique dans nos album, ni d’orientation religieuse vraiment dédiée. On reste dans des généralités.

Metal-Eyes : Donc du général, mais rien de ce qui relève des convictions ou de l’intime ?

Robin : Voilà, ça, ça appartient à tout un chacun.

Nico : Chacun est libre…

Brice : C’est moi qui écrit les textes et je sais que je n’ai pas du tout envie d’écrire au sujet de la religion… Dire « les juifs ceci, les chrétiens cela, les musulmans, ça » non, pas du tout ! Tu l’entends, d’entrée de jeu, je ne suis pas à l’aise… Pour moi, c’est quelque chose de tellement personnel, que ce n’est pas un sujet que j’ai envie de traiter. J’ai envie de traiter de sujets plus larges… L’amour, on est tous touchés par ça, en bien ou en mal.

Metal-Eyes : C’est votre premier album, mais ça fait quelques années que le groupe existe et que la formation est stable. Quelle pourrait être la devise de Furiapolis ?

Brice : Pfiu… Bonne question, ça…

Robin : Partage ? Je sais pas…

Nico : Très bonne question…

Metal-Eyes : Je l’aime bien celle-là !

Robin : Ah, ouais, et elle est très importante !

Brice : « Donner du plaisir » On en fait une vraie priorité : on ne va pas en live comme ça, on passe par une phase de résidence, on se met dans une salle de spectacle où on est juste entre nous, avec un ingé son et un régisseur lumières. On travaille le show et le seul mot d’ordre c’est « donner du plaisir aux gens ». Il faut qu’ils ne s’ennuient pas !

Robin : C’est la devise, normalement de tous les artistes. Bon, certains vont te dire « faire du fric »…

Nico : Tu crois que c’est ça, la devise de Marilyn Manson ?

Metal-Eyes : Que révez-vous de réaliser avec Furiapolis ?

Robin : Pour moi ? C’est la reconnaissance internationale (Nico rit). Je vais peut-être un peu loin, mais…

Metal-Eyes : International, c’est déjà 2 pays…

Robin : C’est vrai… On prend la France, la Suisse et la Belgique, c’est parfait ! Après, c’est sûr qu’on recherche une certaine reconnaissance, que le public soit sensible à ce qu’on fait…

Brice : Qu’on soit référencés parmi les bons groupes de rock français… « Il y a des bons groupes de rock, en France ? Oui, il y a untel, untel et aussi Furiapolis ». Ca, ce serait cool…

Nico : Ensuite, il y a aussi le fait que les gens découvrent notre musique et l’apprécient. C’est ce qu’on attend. Je trouve que c’est important parce que c’est important que les gens découvrent notre musique, et l’apprécient.

Metal-Eyes : Alors pour ceux qui vont découvrir votre musique, si chacun de vous ne devait retenir qu’un seul titre de Déesses pour expliquer ce qu’est Furiapolis, ce serait lequel ?

Brice : Je prendrais Emigrate, parce que le message est large, il parle de l’amour entre les peuples. Et d’un point de vue musical, c’est celle qui se situe au milieu de tout ce qu’on peut faire, entre le plus calme et le plus énervé, ça donne une bonne idée de ce qu’est Furiapolis. Mais ça n’engage que moi.

Nico : Dur choix, je les aime toutes… Celle qui nous représente le mieux ? C’est vrai qu’Emigrate, ça marche bien. Après, je pense essentiellement à SNCT qui est un mélange de ce qu’on faisait avant et de ce qu’on veut faire maintenant. C’est la base de ce morceau là. Les fondations, c’est de l’ancien Furiapolis, et c’est chanté en français avec un texte qui est assez marrant, qui parle de chocolat, ce qu’on ne faisait jamais avant. Oui, c’est un bon équilibre entre ce qu’on faisait avant et ce qu’on veut faire maintenant, avec cette notion d’humour..

Robin : Moi, pareil, mon cœur balance entre Emigrate et SNCT.

Metal-Eyes : Donc Emigrate arrive en premier, le titre d’ouverture. Vous avez passé pratiquement toute la journée en promo : quelle a été la meilleure question qu’on vous a posée, la plus étonnante, surprenante ?

Brice : Euh…

Robin : « Quelle est votre devise ? »

Brice : Est-ce que 007 est la BO du prochain James Bond ? On nous a posé cette question, à laquelle j’ai répondu « oui, bien sûr. Le seul truc, c’est que les producteurs du film ne le savent pas encore… » Mais on va leur dire !

Robin : Essaye de repenser à tes entretiens téléphoniques…

Nico : Oui, c’est ce que je fais… On m’a aussi posé des questions sur 007… Il y a plutôt des gens qui m’ont parlé d’un titre en particulier, De la coco, ils ont trouvé ça très drôle, et c’était le but…

Robin : Et moi… Attends, je réfléchis…

Metal-Eyes : Ca veut dire que tout à l’heure, tu fayotais vraiment ?

Robin : Quand ?

Metal-Eyes : Quand tu disais « la devise »…

Robin : Ouais, clairement !

Brice : En même temps, on ne nous l’a jamais posée celle-là, et c’est bien !

Robin : Pour l’instant, c’est vrai que c’est celle qui m’a le plus étonné, je ne m’y attendais pas. Le reste, avec les antisèches, ça aide… Mais faut pas le dire ! C’est vrai qu’il y a beaucoup de question qui sont évidente « parlez-moi de votre histoire, de l’album, que représente telle chanson ». Maintenant, c’est vrai que des questions comme ça, un peu plus philosophiques…

Metal-Eyes : Philosophique ? Ca on ne me l’a jamais fait ! Il fayote vraiment !

Brice : Il le veut son article !

Robin : Non, mais c’est vrai que c’est important, parce que ça conditionne un peu le groupe, là où on veut aller. Cette question m’a agréablement surpris, donc voilà : félicitations ! Tu es l’heureux gagnant ! (rires général)

 

WINTERFYLLETH: The hallowing of heirdom

Pagan/Folk, Royaume-Uni (Candlelight, 2018) – sortie le 18 avril 2018

Quelle grosse surprise que ce nouvel album des Anglais de Winterfylleth! A priori, je n’aurai pas chroniqué ce groupe qui nous a jusqu’ici habitués à des album rugueux, black et hurlés comme je n’aime pas… Seulement, comme d’autres, Winterfylleth sait surprendre et se remettre en question et propose aujourd’hui avec The hallowing of heirdom un album acoustique de folk pagan. Une introspection et une visitation de la nature. Pile au moment où je me dis « sortez les guitares et allumez un feu de joie », Embers débute avec ses crépitement de bûches qui se consument. La douceur de l’ensemble, des chants de The sheperd qui évoquent l’heroic fantasy du Seigneur des anneaux à la douceur des guitares de Frithgeard, Elder mother, A gleeman’s volt, jusqu’aux ambiances variées et jamais oppressantes du morceau titre, presque fleuve avec ses plus de 7 minutes, tout ici est une invitation au voyage, à l’introspection et à la communion avec la nature. Winterfylleth ne nous propose ni headbang ni excitation mais nous invite à la contemplation béate et pacifique. Une réussite.

AYREON: Universe

Metal Prrgressif, Hollande (Mascot, 2018)

« Ayreon n’est pas un projet pour la scène, je n’ai jamais joué live avec Ayreon. Mais, pour la première fois, nous avons décidé de donner quelques concerts avec Ayreon, en septembre 2017″ m’informait Arjen Lucassen le 22 février 2017 en interview. Ce Universe – Best of Ayreon live – est donc le résultat attendu d’un projet scénique rarissime. Personne ne s’étonnera donc que les 3 shows néerlandais affichent complets rapidement. La salle O13 a une capacité de 3000 places, et se révèle de la taille qu’il faut pour le projet, même si Lucassen aurait pu, fort probablement, attirer 5000 spectateurs. Cependant, le maître du contrôle réussit un exploit à plus d’un titre: d’abord, réunir le casting le plus complet possible des chanteurs ayant, à un moment ou un autre, collaboré au projet Ayreon. Bien sûr, tous ne sont pas là, mais quel casting! Et quelle mise en scène! Tout est prévu, planifié, tant visuellement que d’un point de vue sonore. Les écrans sont un véritable complément à chaque chanson, l’ensemble de la prestation est agrémentée d’effets, pyrotechniques ou fumigènes, variés et le temps passe à une allure folle. On s’étonne cependant de l’absence plus que remarquable du maître de cérémonie. Arjen Lucassen n’intervient que très tardivement, sur les deux derniers morceaux (sur les 28 de ce concert fleuve de presque 2h30). Timidité? Ce serait surprenant au regard de sa présence scénique, où il semble dans son élément. Mettre en avant les autres musiciens et artistes? Certes, mais ce Ayreon reste l’oeuvre de sa vie, alors? Il n’empêche, ce Universe retrace un exceptionnel moment de l’histoire de ce groupe à part. Moment complété d’un DVD bonus qui s’attache à évoquer dans le détail la genèse de ces 3 concerts, la logistique, l’organisation et les répétitions. Les témoignages des chanteurs – unanimes pour proclamer avoir dit « oui » sans réfléchir – sont nombreux. Un vrai document, riche d’information et de scènes « envers du décors ».  Universe – Best of Ayreon live est un must qui se décline également en version audio double CD. Nul doute que ce moment rare marque un tournant dans l’histoire de Lucassen et, a fortiori, entre dans l’Histoire d’Ayreon.

BLAZE BAYLEY live à Orléans (Blue Devils, le 6 avril 2018)

Est-ce une bonne chose de transiter par un groupe comme Iron Maiden ? Blaze Bayley et sa bande investissent ce soir le Blue Devils à Orléans, un resto rock doté, au sous sol, d’une salle de concerts de 200 places environs. Comme il le rappellera en fin de concert, depuis son départ de la vierge de fer avec qui il n’a enregistré que 2 albums, Blaze a offert 10 disques à ses fans. Mais toujours l’ombre de la vierge de fer plane. Le nombre de T-shirts floqué Iron Maiden est impressionnant, et je suis même surpris de voir un fan vêtu d’un blouson « Trooper beer ». Comment, Blaze peut-il trouver son envergure si ses « fans » ne rapportent son histoire qu’à ses 4 années passées avec Steve Harris ? Il s’en est passé des choses depuis ! Lire la suite

DEADLINE: Nothing beside remains

Hard rock, France (Bad reputation, 2018)

Depuis sa formation en 2009, les Français de Deadline se sont donné les moyens de parvenir à leurs fins, en embauchant Beau Hill pour le premier album paru en 2012, en tournant en ouverture de Gotthard ou Quireboys, en évoquant ouvertement ses influences (classic hard and heavy rock). Bref, tout pourrait aller pour le mieux mais voilà: Deadline est Français… Et en France, on ne s’intéresse guère aux groupes français, à quelques rares exceptions près. En 2017, l’arrivée d’un nouveau guitariste redonne la pêche à la formation qui enregistre Nothing beside remains, son quatrième album, si l’on inclus le Acoustic session paru en 2015. Nouvelle pêche, nouvelle envie, cela se ressent dans cet opus qui transpire AC/DC, Guns, Scorpions et consorts. Du gros, du lourd qu’on retrouve tout au long des 12 morceaux, au cours desquels figurent de jolis et trépidants riffs. Les musiciens le savent, si la structure rythmique tient la route, on peut tout faire autour. Et là, ça marche plutôt bien: des rythmes solides, des riffs entraînants, des invités, un hommage aux victimes du 13 novembre 2015… Ça fonctionne « plutôt » bien, musicalement en tout cas, et pour commencer, la seconde moitié de l’album surprenant moins. Car le chant me gêne: j’ai l’impression que Arnaud ne réussit jamais à trouver sa propre identité vocale, ses influences « axliennes » prenant trop facilement le dessus,. Mais n’est pas Axl qui veut… De plus, le timbre aigu peut lasser sur la durée. C’est la grande faiblesse de cet album par ailleurs efficace et original, qui lorgne même par instant vers le psyché des 70’s. Dommage…