Interview: THE HEARD

Vous vous souvenez de Klara Force? La guitariste de feu Crucified Barbara revient, accompagnée de Nikki et Ida, avec son nouveau projet, The Heard. De passage à Paris, Metal Eyes est allé l’interroger ainsi que la chanteuse Pepper Potemkin. Interview fun, décontractée pour présenter un projet simplement hard rock… A découvrir et à soutenir, The island, le premier album sortant le 2 novembre.

Interview THE HEARD. Entretien avec Klara Force (guitare) et Pepper Potemkin (chant). Propos recueillis à Paris le 2 octobre 2018

 

Metal-Eyes : Nous n’allons pas parler des raisons qui ont mené au split de Crucified Barbara sauf si tu le souhaites. Le split a eu lieu en 2016, comment as-tu occupé ton temps depuis, Klara ?

Klara : Principalement en composant de la musique et en formant The Heard. Il y a eu d’autres choses : des études en religion et journalisme, mais le principal a été la musique.

Metal-Eyes : Tu avais déjà The Heard en tête ?

Klara : Non, j’avais de la musique en tête, pas spécialement The Heard qui a grandi pour devenir ce groupe au gré du temps. Mais j’avais véritablement encore beaucoup de musique en moi, et c’était pareil pour Nikki et Ida. On a un peu jammé, écrit quelques riffs qui sonnaient plutôt bien, alors pourquoi ne pas lancer un nouveau groupe ?

Metal-Eyes : Nous allons en parler dans un moment. Pepper, nous te connaissons peu, en dehors du cadre de tes performances en tant que « femme burlesque » (elle rit). Peux-tu nous en dire un peu plus à ton sujet ?

Pepper : Eh bien, je viens d’une petite ville à côté de Stockholm qui s’appelle Gustafsberg et j’ai toujours fait de la musique, principalement chanté, depuis que je suis toute jeune. Tu sais : chanter avec des groupes de reprises, aider à faire des démos. J’ai toujours voulu être sur scène, d’une manière ou d’une autre. Quand j’ai commencé à faire du burlesque, c’était le premier pas vers la scène. Ensuite, j’ai ajouté de la musique et maintenant me voici ici, avec The Heard.

Metal-Eyes : Alors comment vous êtes-vous trouvées ?

Klara : On se connait depuis quelques années, tu sais, des visages familiers que tu croises en concerts…

Pepper : Nous sommes toutes de Stockholm, alors on s’est toujours croisées, on se rencontrait de temps à autres. Un jour j’ai rencontré Ida dans le métro, et elle m’a demandé ce que je faisais. Je rentrais, et je lui ai dit que j’allais écouter des disques et chanter, me projeter dans la peau d’une chanteuse de rock. Elle m’a proposé de venir faire un saut à leur local de répétitions histoire d’écouter ce qu’elles faisaient. Pourquoi pas ? Elle m’a envoyé quelques titres, j’ai bien aimé et quelques jours plus tard, je les retrouvais au studio. Ce fut un coup de foudre visuel et auditif ! (Rires)

Metal-Eyes : Nikki et Ida te suivaient également depuis le split, elles aussi avaient encore beaucoup de musique en elles ?

Klara : Oui, c’était une période triste, mais en même temps une période de soulagement. Un temps de renouveau : ok, on n’en a pas terminé toutes les trois, continuons de répéter. Au fur et à mesure, ce projet devenait de plus en plus sérieux, il nous fallait trouver un chanteur et un second guitariste. « Ce qu’on fait sonne putain de bien, il faut qu’on monte un groupe ! »

Metal-Eyes : Et ce n’est pas un groupe entièrement féminin puisque le second guitariste Skinny de Deathstars. Etait-ce un choix ou était-il simplement la meilleure option à ce moment-là ?

Klara : En fait, je n’ai jamais pensé au genre lorsqu’il s’est agit de choisir les musiciens. Ça a toujours été le talent et les aspects humains, et Skinny se trouve être un vieil ami. Ce n’est pas qu’une question de talent – même si Skinny et moi en somme bourrés – il s’agit aussi de l’alchimie entre nous. Tu dois travailler avec des gens avec lesquels tu aimes traîner mais aussi qui partagent la même vision que toi. Et c’est pareil pour toi (elle s’adresse à Pepper), vous étiez, toi et Skinny, tous deux…

Pepper : … affamés (rires)

Klara : Oui, oui, mais vous étiez sur la même longueur d’ondes que nous en ce qui concerne l’orientation musicale. On a répété à quelques reprises avec Skinny et puis tu es arrivée.

Metal-Eyes : Comment avez-vous travaillé ce premier album, The island ?

Klara : Nous avons commencé à écrire de la musique sans savoir qu’il allait s’agir d’un album conceptuel. Mais après quelques chansons, on s’est dit qu’il y avait un lien entre ces chansons, quelque chose de plus. Alors on s’est dit « merde, on va faire un concept album ! ». Quelque chose que nous n’avions jamais fait auparavant.

Pepper : C’est également quelque chose de très intéressant que de réaliser un  album conceptuel.

Metal-Eyes : De quoi traite cet album ? une île, bien sûr, mais que s’y passe-t-il ?

Klara : Beaucoup de choses ! C’est un endroit imaginaire inspiré par une île de la mer Baltique, pas loin de Stockholm. On a lu et entendu beaucoup d’histoires effrayantes au sujet de cette île.

Pepper : Nous y avons ajouté des créatures et autres histoires…

Klara : Oui. On a utilisé cette histoire comme base et avons laissé notre imagination et nos fantasmes grandir : on a ajouté des personnages, les avons fait vivre nos aventures sur cette île. En fait, les chansons sont comme de courtes histoires.

Metal-Eyes : Tu as dit que tu avais notamment étudié la religion. As-tu mis une partie de ces études dans les paroles de ce disque ?

Klara : Oh oui (rires). Par exemple, la chanson Tower of silence est inspirée par l’ancienne religion zoroastrique. Une tour du silence est comme un cimetière où tu place tes défunts, en haut d’une tour plutôt que dans la terre. Le zoroastrisme considère la terre comme sacrée, alors on n’enterrait pas les morts car cela souillerait la terre. On les plaçait très haut, dans une tour où les oiseaux mangeaient les cadavres.

Metal-Eyes : Sympa comme concept (rire général)

Klara : Bien sûr, nous avons placé notre tour du silence sur notre île.

Pepper : Nous voulons une île propre.

Metal-Eyes : Il y a beaucoup de monde sur cette île ?

Klara : Oh oui : il y a la reine Scarlett, la reine Dame de la Colline, le bourreau et toute ses victimes passées.

Metal-Eyes : Et il faudra que chacun meure à un moment… Musicalement, ce que j’ai entendu est du rock très inspiré par les années 70, ce n’est pas du hard rock aussi direct que ce que pouvait proposer Crucified Barbara. Y avait-il une volonté de ta part Klara, malgré le retour de 3 ex Crucified Barbara, de t’éloigner de ce hard rock, une façon de dire « ce n’est pas le même groupe » ?

Klara : Ce n’est pas le même groupe du tout, ce n’est pas un Crucified Barbara numéro 2. C’est quelque chose de complètement différent, c’est The Heard. Il ne s’agit pas non plus de changer pour changer, de prouver que nous pouvions faire quelque chose d’autre. Nous voulions changer et aller dans la direction que nous souhaitions suivre, en tant que groupe. La musique que nous jouons est celle que nous aimons, elle correspond à nos goûts.

Metal-Eyes : C’est à espérer !

Pepper : Ca n’aurait aucun sens autrement !

Metal-Eyes : Nous avons parlé du concept. L’album commence avec le morceau titre, The island et se termine avec Leaving the island. Une fois que vous avez quitté cette île, où pensez-vous que le groupe va atterrir ?

Klara : Euh, nous allons… Je ne sais pas où nous allons nous trouver ! (rires) Il est trop tôt pour le dire, mais il ne s’agit pas du seul album que nous allons faire. Nous avons déjà un paquet d’idées.

Pepper : Oui, il y a des chansons qui sont déjà bien avancées, alors…

Metal-Eyes : Ce dernier morceau est une ouverture vers quelque chose d’autre. En tant que groupe de rock, et tu le sais parfaitement, Klara, la musique se passe aussi sur scène : quels sont vos projet de concerts ?

Klara : Précisément, je ne sais pas… Mais on veut jouer.

Pepper : Jouer le plus possible. Les festivals d’étés seraient super, bien sûr, mais nous devons attendre que l’album soit sorti, le 2 novembre.

Klara : On a déjà donné quelques concerts, et c’était top.

Metal-Eyes : Vous avez un concept sur scène, également ?

Klara : D’être géniaux ! (rire général)

Metal-Eyes : Etre génial, c’est un fait ou ça ne l’est pas !

Pepper : Je sui vraiment dans le visuel, alors, pour moi, venir de la scène burlesque me donne cette pensée visuelle et j’essai vraiment d’atteindre le public jusqu’au fond, de telle sorte que chacun puisse se sentir faire partie de la fête. Ce n’est pas qu’une question de monter sur scène et d’interpréter les chansons de la meilleure manière possible, il faut aussi les lier entre-elles, raconter les histoires, les prendre à bras le corps… Comment raconter une histoire à chaque fois.

Klara : Et tu es très mobile, il y a beaucoup de mouvement avec toi. Ce n’est pas typique du metal, hard rock. C’est très intéressant pour moi d’observer tout cela : des robes amples, de grands gestes que je n’ai pas l’habitude de voir. C’est très sympa de voir quelque chose qui n’est pas que… du headbanging… C’est fun, différent.

Metal-Eyes : Comment décririez-vous la musique de The Heard à quelqu’un qui ne vous connait pas encore ?

Klara (elle réfléchit): Je ne pourrais pas ne pas utiliser le terme de hard rock. Hard rock fera partie de la description (Pepper approuve).

Pepper : Beaucoup de personnes à qui on a parlé ont également mentionné le doom.

Klara : On n’a pas cherché à faire du doom, mais beaucoup le disent, alors on se trouve dans le spectre du doom, sans doute…

Pepper : C’est un peu comme du hard rock brillant, mystique et mystérieux…

Metal-Eyes : Mystique et mystérieux ?Le doom vient sans doute de cette influence 70’s que l’on retrouve…

Toutes deux : Oui, absolument.

Metal-Eyes : Si vous deviez ne retenir chacune qu’une chanson de The island pour présenter le groupe, une qui soit typique de The Heard, laquelle serait-ce ?

Klara : Aucune… c’est impossible parce qu’il n’y en a pas une qui soit typique. Elles sont toutes représentatives du groupe mais pas une ne nous résume. C’est un album concept alors… Par exemple, Silence est très douce et calme. Je dirais volontiers « écoute Silence, j’adore cette chanson, mais elle n’est pas représentative de l’album. On pourrait aussi parler de Revenge qui est agressive, rapide. Je l’adore aussi. Il faudrait un peu de tout pour que tu puisses te faire une idée du groupe.

Metal-Eyes : Ce qui sous entend qu’il n’y a pas de single évident sur cet album…

Klara : Ça a été difficile de choisir. On a décidé de retenir Tower of silence comme premier extrait, mais ça a été difficile de faire un choix, à cause de ça.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a fait opter pour Tower of silence ?

Klara : C’est une bonne chanson.

Pepper : Oui.

Metal-Eyes : Ce qui signifie que les autres ne le sont pas ?

Klara : Non !

Pepper : Non, elles sont super bonnes (rire général) On a pensé qu’une chanson rapide serait un bon début.

Klara : Mais ce ne fut pas un choix facile. On en a beaucoup parlé.

Pepper : Il y avait toujours des discussions, « oh, celle-ci, non, celle-là ! Oh, laquelle, nom de Dieu ? » (rires)

Metal-Eyes : Comment avez-vous enregistré cet album ? Ensemble en studio, à l’ancienne, ou chacun de votre côté en vous envoyant vos pistes ?

Klara : On a beaucoup écrit ensemble au local de répétitions, mais aussi à la maison, et chacun venait avec ses idées. On a bien travaillé la pré-production à la maison. On a enregistré les démos à la maison en faisant attention aux détails, dans le mix, les arrangements, et ne pas laisser de place au hasard. Nous étions bien préparés en entrant en studio, même s’il y a eut quelques changements de dernière minute… Ensuite, on a enregistré la basse et la batterie ensemble, puis ce furent les guitares, et enfin, le chant, le melotron…

Pepper : Ton préféré ! (rires)

Metal-Eyes : Il vous a fallu combien de temps ?

Klara : Environ trois semaines. Mais pas d’affilée.

Pepper : On a beaucoup travaillé de nuit…

Klara : Notre budget était restreint, donc on a pu louer le studio que lorsque ceux qui payaient plus n’était pas là : en soirée et la nuit…

Metal-Eyes : Donc ils avaient le confort, vous aviez le dur labeur…Quelle pourrait être, en tant que nouveau groupe, la devise de The Heard, celel que vous écririez sur tous vos futurs albums ?

Klara : Hum… Question difficile… Ça pourrait être quoi ? « Guide-moi vers une suprême mort»… C’est une de nos chansons…

Pepper : Oui ! (rires) Je suis preneuse aussi.

Metal-Eyes : « Suprême mort », ce n’est pas « mort suprême »… Quelle en est la signification ?

Klara : C’est un hommage à l’album de John Coltrane, Love supreme. C’est aussi l’histoire de la femme folle de la colline qui vient sur l’île pour réaliser sa carrière créative, mais elle craque à cause de ses démons intérieurs, trop d’alcool… Elle craque et se laisse tenter par ces appels d’une « mort suprême » que lui lance l’île.

Metal-Eyes : Klara, la dernière fois que nous nous étions rencontré, c’était avec Crucified Babara, un groupe engagé dans la cause féministe. J’imagine que cette cause vit encore en toi. Comment l’intègres-tu dans The Heard ?

Klara : Elle est évidemment présente.

Metal-Eyes : Sur la couverture de l’album, d’ailleurs, ce n’est pas Jésus qui marche sur l’eau, c’est une femme.

Klara : C’est Pepper…

Pepper : C’est moi ! (rires) Je suis Jésus, tu ne l’as pas remarqué ?

Metal-Eyes : Ça tombe bien, on a besoin de quelques miracles en ce moment…

Pepper : Oui, je suis là pour vous sauver, tous ! (rires)

Klara : Par exemple, la chanson Revenge a été fortement inspirée par le mouvement MeToo qui parle des sorcières qui se vengent du bourreau qui les a condamnées à mort. Maintenant, il est temps pour les sorcières de se venger : « pendez le bourreau haut et court et brûlez le vivant ». C’est agressif, mais l’an dernier était l’époque qui a permis à certaines femmes de lancer ce mouvement et de prendre leur revanche. Obtenir justice, même si ce n’était pas par le biais de la justice.

Metal-Eyes : Pour terminer, quelle a été la meilleure question, la plus étonnante ou surprenante qui vous ait été posée aujourd’hui ?

Pepper : Oh waow… Pas évident… On en a tellement eu…

Klara : On a eu beaucoup de questions intéressantes, des thèmes différents. Avec toi, maintenant, au sujet de notre concept, de féminismes, mais quelqu’un a aussi voulu aborder le sens profond des paroles… Je trouve ça très sympa d’avoir ce type d’interviews qui nous sortent du «  super, rock’n’roll, c’est génial… » Ça change, et ça nous correspond.

Metal-Eyes : Donc pas de question plus surprenante qu’une autre ?

Pepper : Celle-ci ! (rire énorme)

Klara : Oui, celle-ci ! Elle nous force à nous rappeler. Tu sais, historiquement, les questions les plus dures sont généralement déplacées, et on n’en a pas eu de ce type, heureusement.

Pepper : Tu es celle qui a cette expérience, je n’y ai pas encore eu droit !

Klara : Les plus ennuyeuses sont du style « oh, Crucified Barbara, vous avez splitté… Quelle dommage… » Je le comprends, et ça ne me dérange pas trop, mais quand tu viens avec ce nouveau projet qui t’emballe tant et que quelqu’un veut revenir sur une période vraiment triste de ta vie, c’est dur.

Metal-Eyes : Une dernière chose à ajouter pour les lecteurs de Metal-Eyes ?

Klara : Soyez prêts à nous accueillir, et contactez nous sur les réseaux sociaux afin de nous laisser savoir ce que vous pensez de notre musique.

Pepper : Tenez-vous prêts pour la sortie de l’album , le 2 novembre !

Metal-Eyes : Comment vous retrouver ? Il y a plusieurs The Heard…

Klara : Oui, mais nous ne sommes pas le groupe de 1965 ! (rires)

Pepper : Ni celui du Canada !

Klara : La page facebook est Theheardofficial, sur instagram, pareil…

Metal-Eyes : Klara, une toute dernière chose : nous avons parlé concert, tu as joué plusieurs fois à Paris : quelle est la salle que tu préfères ?

Klara : On en parlait justement en nous promenant ce matin… Il y a cet endroit qui s’appelle le Divan du Monde. On a donné un super concert là-bas, mais j’ai cru comprendre qu’il n’y a plus de rock dans cette salle… C’est dommage…

Metal-Eyes : Mais il y a d’autres salles à Paris. Tu connais un peu la vilel Pepper ?

Pepper : J’y suis déjà venue, pour danser, mais je ne la connais pas assez bien…

Klara : Le public avait été super, ici. Quand tu penses à la France, ce n’est pas le hard rock qui vient à l’esprit. Mais les gens qui aiment le metal, en France, semblent vraiment s’y dévouer corps et âmes et donnent l’impression de vraiment le vivre à fond. Prendre du bon temps !

 

Merci à Him Media (Elodie et Julien) d’avoir rendu cette interview possible, et merci à Pepper et Klara pour leur gentillesse et leur spontanéité tout au long de cette interview rafraîchissante.

DROP DEAD: Mayhem Inc.

Hard rock, France ( Autoproduction, 2018)

Les amateurs de hard rock un peu vintage et glam vont être aux anges. Des guitares qui crissent, des riffs entraînants, une rythmique franche et directe, une voix forgée aux clopes et au whisky… Voilà quelques uns des ingrédients qu’on retrouve tout au long de ce Mayhem Inc., le nouvel album des Français de Drop Dead. Le groupe puise son inspirations dans le gros son du southern rock, dans l’irrévérence du punk, un peu de tendresse ci et là, et s’amuse avec ce qui fit les beaux jours des 80’s et une partie des 90’s, version heavy ou grunge américains. Sans aucun doute, d’ailleurs, le quatuor lorgne-t-il secrètement vers de lointaines terres outre-Atlantique. Drop Dead réserve même quelques surprises et étonnement comme ce Anarchy qu’on aurait, a priori, imaginé violent. Mais non, c’est le contraire. Les Taste of money, Fuck you (I’m a rock star), Path to the reason et autres High school font taper du pied, inlassablement. L’ensemble est attirant, séduisant même, et ne laisse pas indifférent l’amateur de riffs couillus, d’effets wah wah et de morceaux francs et directs. Un album à découvrir, et un groupe prometteur à soutenir.

THE BROWNING: Geist

Thrash electro, USA (Spinefarm, 2018) – sortie 26 octobre 2018

Comme avec son précédent album, Isolation paru fin 2016, The Browning revient avec un nouvel album de ce que j’avais décrit comme de « l’electhrash ». Les 12 nouveaux morceaux de Geist sont d’une brutalité organique, un résultat rendu possible par le mélange de rage gutturale et d’apports electro. La rythmique plus que soutenue est sujette à crise cardiaque, et le « chant » est aussi furieux que déterminé. Seulement, voilà: la recette semble stagner, malgré une pause bienvenue et un coucou du côté du metalcore en milieu d’album. On prend les mêmes et on recommence? Le côté ultra speed et electro, s’il a encore toute sa place, n’offre pas beaucoup d’espace à des explorations sonores plus variées. Certes, c’est bien foutu, ça speede et ça cartonne grave, il y a une recherche d’ambiances, mais j’ai l’impression que le propos se répète. Toujours pas mon truc mais les amateurs sauront apprécier. Ceci dit, j’aime beaucoup la pochette!

 

FUNNY UGLY CUTE KARMA: Before it was cool

France, Metal varié (EP Autoproduit, 2018)

Pour les amateurs de metal made in France, le nom d’Adeline Bellart devrait être familier. Après avoir enregistré deux albums et donné un bon paquet de concerts avec Asylum Pyre, groupe qu’elle quitte en 2016, la chanteuse s’éprend des talents et de la folie douce de Dorian Gilbeau, guitariste et bassiste avec lequel elle fonde Funny Ugly Cute Karma en 2017. Cela n’aura échappé à personne: entre l’association des idées et l’acronyme, le projet est sérieux et joue la carte de la dérision. ça tombe bien, puisque ce premier Ep de 4 titres, Before it was cool (3 originaux et 1 reprise, au double sens évident – « Avant que ce ne fut cool » ou « Avant c’était cool ») nous présente quelques facettes de l’univers musical que souhaite explorer le duo. L’agressivité vocale qui introduit On the run est atténuée par le côté cartoonesque de la musique et la douceur vocale d’Adeline. Immédiatement, je pense à la folie douce d’un Avatar. Shelter démarre tranquillement – voix guitare et beat – avant d’alterner avec noirceur et lourdeur et des guitares qui évoquent par instants Tom Morello et ses Rage (Rage Against The Machine et Prophets Of Rage). Nuage de maux, bonne idée, est chanté en français. Mi slam mi enragé, cetet poésie flirte avec la mélancolie et, de nouveau, la folie. Enfin, Radio/video, reprise de System Of A Down vient conclure avec brio ce premier essai qui n’attend qu’une transformation. Une très belle entrée en matière, foncièrement metal mais avant tout exploratrice de sonorités inhabituelles. A découvrir.

THERAPHOSA

France, Metal (Ep Autoproduit, 2018)

Theraphosa, pour les connaisseurs, est un type d’araignée particulièrement dangereuse.  D’où la représentation d’une arachnée blanche sur fond noir de ce second Ep du trio français venu de Chelles (le premier, Inject the venom, est paru en 2012, une éternité! D’où, sans doute, un nouveau départ en ne nommant pas ce disque.) Je ne suis pas connaisseur, donc, je me plonge dans les sonorités de ce disque éponyme qui propose 5 morceaux et découvre une prière en ouvrant le CD, une prière à la reine araignée. Serait-on tombée dans une secte aux malsains rituels? Non, simplement au cœur des aspirations et inspirations musical d’un groupe de rock. Le premier morceau, The king of vultures est un mid tempo presque doom, intrigant et attisant la curiosité. The god within accélère le tempo et propose un riff obsessionnel et hypnotique sur fond de chant guttural, en alternance avec plus de mélodie. Le plus de 6′ passent sans qu’on ne s’en aperçoive. Puis The butcher, avec son chant clair presque a capella, nous entraîne dans un univers tout aussi heavy, au royaume du headbanging. Malgré ses guitares speedées, Obsession se distingue avec un chant presque pop, et surtout très mélodique. Leeches conclue ce disque avec ce rythme imparable, celui qui fait s’agiter les tignasses et taper du pied en cadence. Sans aucun doute un futur classique en live. Theraphosa parvient à se distinguer de ce qui se fait actuellement sur la scène metal, et rejoint les espoirs parmi les groupes français. Prometteur, tout simplement.

DIAMANTE: Coming in hot

Pop rock, USA (Better noise, 2018)

Dès Coming in hot, le morceau titre qui ouvre l’album, il semble clair qu’une des influences principales – au niveau du chant – soit une certaine Joan Jett. Le côté narquois et insolent de cette voix! Mais il n’y a pas que ça, Diamante (je ne vous parle pas des cheveux bleu façon Alissa White-Gulz) puise dans la pop rock n rollesque qui fait mouche te fait se dandiner le popotin. Ça, c’est le côté Madonna et Brintney, flagrant sur le mielleux I’m sorry. De grosses influences assumées au service de chansons entraînantes. Pas franchement hard rock, mais bougrement sympathique, cet album ne souffre que d’une mise en image pénible: mais qui a eu cette idée de coller des crédits en rouge sur fond noir? C’est pénible à lire. Musicalement, cependant, c’est bien mis en son grâce à la production de Howard Benson. Les chansons et les rythmes sont variés, les morceaux toujours très formatés pour des passages en radio. Bref, un ensemble fait pour séduire le plus large public possible. Si ce Coming in hot composé de 14 chansons aux relents tubesques est plus que fortement sympathique, se distinguera-t-il de la masse de musique pop aux sonorités rock? En tout cas, il y a de la matière.

FLAYED: III – Empty power parts

Hard rock, France (Overpowered records, 2018)

Avec XI million, son précédent opus, Flayed était parvenu à frustrer quelques auditeurs. Ce disque puissant et superbement rock n roll n’était qu’un « petit » Ep de 5 titres qui en avait laissés quelques uns sur leur faim. Dont je fais partie. Alors autant dire que l’arrivée de ce troisième CD est accueillie avec envie et curiosité. Il aura fallu presque 3 ans au groupe pour nous proposer enfin ce Empty power parts (sur le label Overpowered, fallait le faire, quand même!) et d’entrée le constat s’impose: Flayed est en forme. Les aspirations musicales de Renato – un des chanteurs les plus puissants en France aujourd’hui (chanteur, pas hurleur, soyons d’accord) – et sa bande (Julien, principal compositeur, et Rico aux guitares, Charly à la basse, JP à la batterie et Raf à l’orgue Hammond) – sont telels que jamais aucun des 10 titres ne ressemble à un autre. Puisant dans le rock et le heavy des 70’s et 80′, agrémentant les chansons d’un son résolument moderne, Flayed nous invite à un voyage sonore où se mêle puissance, mélodie, entrain et tendresse. Et confirme au passage ce que dont nous devrions tous nous persuader: la France tient de grandes formations (au hasard, Frantic Machine, Moly Baron, Disconnected, Melted Space ou Highway, bien que plus ancien) et Flayed en est un des illustres fleurons. Alors, on la soutient cette scène?

ACE FREHLEY: Spaceman

Hard rock, USA (SPV, 2018)

C’est avec une régularité exemplaire que Ace Frehley nous propose une nouvelle galette: 2016 Origins vol.1, 2017 et la réédition de Anomaly… et le voici de retour avec Spaceman, son surnom de scène alors qu’il était au sein du mythique Kiss. Un passé qui, décidément ne le quittera jamais. Comment pourrait-ce être le cas, d’ailleurs, lui qui a participé pendant presque une décennie à forger cette légende? En démarrant avec Without you I’m nothing, comme un hommage à ce public qui ne l’a jamais vraiment quitté, et une introspection rock simple et directe qui marque le reste de l’album. Un premier titre au groove étonnant et une basse qui rappelle… Ben oui, les crédits le mentionnent bien: Gene Simmons tient ici la basse, tout comme il le fait sur Your wish is my command. Un signe? D’autant plus au moment où Kiss annonce une dernière tournée, on peut vite délirer et imaginer une nouvelle réunion. Mais, revenons à ce nouvel album de (seulement) 9 titres. Le rock est omni présent, les riffs saillants qu’a toujours aimé composer Ace également. Pas de prise de tête, pas de fioriture, on se dandine sur les Rockin’with the boys, ou l’autre hommage à son quartier avec Bronx Boy. Pursuit of rock’n’roll parle de lui même, suivi d’un I wanna go back très 70’s et quelque peu nostalgique (ben oui, on vieillit tous!). Bien sûr, ne pas faire allusion à la SF serait plus qu’étonnant. C’est donc chose faite avec Mission to mars, titre explosif et déterminé, et le long Quantum flux (presque 6’30) qui clôt ce nouvel album. Alors on ne cherche pas le grand chanteur qu’Ace n’a jamais été, mais il y a tant de conviction, d’envie et de joie de vivre dans cet album qu’on espère, au minimum, une tournée et un nouveau passage au Hellfest. En solo ou/et avec Kiss. On peut rêver, non?

ALICE IN CHAINS: Rainier fog

Hard rock, USA (BMG, 2018) – Sortie le 24 août 2018

Après un passage remarqué au Hellfest 2017, juste avant Iron Maiden, les fans attendaient avec impatience le nouvel album d’un des derniers représentants de la vague grunge de Seattle, Alice In Chains. Rainier fog, paru à la fin de l’été vient donc satisfaire ce public toujours présent. Le groupe prend régulièrement son temps, et ce troisième album avec Warren DuVall au chant nous est proposé 5 années après The devil put dinausaurs here (2013).  Toujours aussi affûtée, la guitare de Jerry Cantrell va droit au but, franche, directe et incisive. Les 10 titres de ce disque sont à la fois lourds, oppressants (Red giant, Drone) et entraînants (The one you know, Rainier fog, Deaf ears, blind eyes) ou plus légers (Fly, Maybe). Sans jamais en faire trop, la production fait ressortir les ambiances recherchées faisant de cet album une nouvelle franche réussite. Bon, faut pas être à la limite de la dépression, bien au contraire. Amis du lourd, Rainier fog vous apportera sans aucun doute son lot de belles sensations! Et puis, les amateurs se laisseront également séduire par cette pochette  aux mille facettes. Le plaisir de l’objet…

ATREYU: In our wake

Metalcore, USA (Razor & Tie, 2018) – Sortie le 12 octobre 2018

Atreyu revient avec In our wake, un nouvel album pas piqué des vers. Les vers de la poésie, s’entend! Le metalcore sans concession des Américains a depuis longtemps fait ses preuves et, que l’on soit sensible ou non au genre, une chose est sure: les gaillards cartonnent! Produit par John Feldman, déjà aux manettes de Lead sails and paper anchor en 2007, les amateurs retrouveront des traces de cette époque. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, car en faisant de nouveau appel à ce producteur, Atreyu  replonge dans son passé. Un passé qui, semble-t-il a été réclamé par les fans sur la route et qui a rallumé une flamme pas encore éteinte. Bien sûr, cet album n’est en rien passéiste, il reste moderne tant dans ses compositions, brutes et directes, que dans sa production, puissante et claire à la fois. Bien que n’étant pas sensible au genre, je dois reconnaître l’efficacité de morceaux comme Terrified, Into the open ou le morceau titre. La violence d’un Nothing will ever change ne déplairait sans doute pas à un Slayer des premiers jours… Metalcoreux, vous savez ce qu’il vous reste à faire!