SPIRIT BOMB: Tight

France, Metal (Music records, 2021)

Spirit Bomb, c’est un projet qui remonte à presque loin… Marseille, 2015. Un guitariste et un dessinateur ont l’ambition de faire cohabiter leurs formes d’expressions respectives. C’est ainsi qu’Arnaud et Pierre se lancent à la recherche d’autres musiciens afin de composer tant bien que mal ce Tight  qui prend son envol avec l’arrivée du chanteur Valérian. BD, SF, rock, le projet prend forme et est promis à un double destin: musical, tout d’abord avec l’arrivée de ce CD de 13 chansons entrainantes et enjouées, qui mêlent à loisir groove imparable et sonorités hip hop ou electro. L’énergie est de mise avec une ligne directrice très cinématique. Car Tight se veut avant tout la bande son efficace d’un BD attendue en 2022. Les amateurs de Gorillaz y trouveront leur compte tout autant que ceux de Rage Against The Machine.  Plus encore, même, car si la production est moderne, on trouvent aussi des traces de classic rock efficaces. Oui, ça groove sec, ça balance des riffs sur fond de chant puissant et mélodique. Les amateurs de bon(s) son(s) vont prendre leur pied.

Interview: LITTLE CEASAR

Interview LITTLE CEASAR : entretien avec Ron Young (chant). Propos recueillis au téléphone le 9 septembre 2021

Metal-Eyes : Ron, pour te dire la vérité, je n’ai absolument pas eu le temps d’écouter votre nouvel album. Mais… il n’y a pas de nouvel album !

Ron Young : Il n’y a pas de nouvel album ! le plus récent date de 2018. Si nous avions eu cette conversation plus tôt, nous aurions pu avoir l’impression d’une sortie plus récente (rires). Mais malheureusement, tout s’est ligué pour transformer les choses en un vrai bordel. Nous tentons de reprendre où nous en étions, jouer dans des villes comme Paris où nous n’avons jamais joué, et continuer de réfléchir à un nouvel album, sortir une vidéo. Mais nous sommes un groupe quelque peu différent en ce sens que nous ne sortons pas nos albums sur un label pour le travailler 8, 10 semaines très intensément pour mieux l’oublier ensuite, on balance encore plein d’argent au groupe pour retourner en studio, composer, enregistrer… Nous faisons les choses à notre rythme, comme nous les sentons. Il y a plein de groupes aujourd’hui qui refusent d’enregistrer un nouvel album parce que ça leur cout trop cher et que personne ne les écoute. Ca me parait un peu manquer de respect, jouer de la musique pour de mauvaises raisons. Mais nous, ça nous démange d’y retourner, de pouvoir rejouer, maintenant que nous nous sentons un peu plus protégés, et que nous avons envie de retrouver notre créativité. Ressortir et nous rappeler pourquoi nous faisons les choses, et pour qui nous les faisons, dissiper le brouillard de l’an dernier, retrouver de cette magie qui se produit lorsque tout le monde se retrouve pour soutenir la musique live. C’est vrai, c’est magique…

 

Metal-Eyes : Puisque tu parles de musique, vous étiez censés lancer votre tournée européenne au Raismesfest qui a été annulé.

Ron Young : Oui. Nous avons toujours su que ce concert était « avec des si », parce qu’il y a tant de bureaucratie, de protocoles, des règles sanitaires que c’était très compliqué pour eux de tout mettre en œuvre logistiquement pour que le festival se tienne. C’est une des raisons pour lesquelles un grand nombre de groupes étirent leurs tournées. Nous avons la chance d’être « une unité commando » (rires). Nous pouvons jouer dans un club et passer sous les radars. Ce n’est pas comme jouer dans une salle plus grande qui a plus de liens avec les politiques et les autorités, qui attirent plus de regards, les règles peuvent changer, tout le monde doit avoir un pass sanitaire ou être testé sinon la salle peut être fermée, la licence retirée. La plupart des lieux où nous jouons n’ont pas ces contraintes. On joue underground, dans des petites salles, on ne voyage pas avec d’autres personnes qui pourraient être testées positives. Il y a une sorte de bénéfice à être les premiers à retrouver la route après la pandémie, et c’est ce que nous faisons. Un autre concert a été annulé en Belgique, à cause d’inondations. Des inondations qui sont le résultat du non changement climatique, c’est ce que disent certains de mes compatriotes… Certains Américains voudraient nous faire croire qu’il n’y a pas de changement climatique, et que cette pandémie n’existe pas.

 

Metal-Eyes : Donc, pour eux ce ne sont encore que des « Fake news »

Ron Young : Exactement. « Ne croyez pas ce que vous voyez, croyez ce que nous disons… » Donc, un des clubs où nous devions jouer a été très endommagé par ces inondations et ne pouvait pas être remis en état avant notre passage. En dehors de cette date et du festival, toutes les autres sont maintenues. Et tu sais quoi ? On prend les choses comme elles viennent, un jour à la fois. On verra ce qu’il se passe.

 

Metal-Eyes : C’est votre première fois en France ?

Ron Young : Non, on a déjà joué dans le Nord, à Arras et… je ne sais plus, mais on n’a jamais joué à Paris. Jamais ! Nous sommes si impatients, c’est une de ces choses qui résultent de coïncidences qui nous ont empêché de le faire, mais là, nous avons vraiment insisté pour qu’on nous trouve un endroit où jouer. Ce qui se fait, nous jouons aux Etoiles.

 

Metal-Eyes : Une salle sympa, avec une petite scène…

Ron Young : C’est ce qu’on aime, le contact direct avec le public. Il parait que c’est un lieu sympa, ce qui compte ‘est la qualité du lieux, l’intérêt du public. Ne jamais avoir joué à Paris, c’est criminel !

 

Metal-Eyes : Justement, Little Ceasar sur scène, c’est quoi ?

Ron Young : Little Ceasar sur scène, c’est un groupe honnête, reconnaissant, émotif et puissant. Nous avons conscience de la magie qui peut s’opérer entre le public et le groupe, sa spontanéité, et nous souhaitons traduire cette reconnaissance car c’est grâce aux gens qui viennent chaque soir nous voir que nous existons. Pas le contraire. Avoir la possibilité de faire ce que nous adorons faire, entre personnes qui s’adorent, c’est unique. Après le concert, nous venons rencontrer le public et remercier chacun. Comment ça va fonctionner avec le Covid, je ne sais pas. Je pense qu’il va y avoir des arrangements. Mais c’est important pour nous que les gens sachent que nous leur sommes reconnaissants. Nous sommes des fans de musique avant d’être des musiciens. Nous sommes sincères, sur scène, simples, il n’y a pas de fumée, on ne tend pas le micro au public pour qu’il chante – parce que « je ne suis plus capable de chanter des notes aussi hautes » – pour flatter mon ego ou gonfler mon portefeuille… Il n’y a rien de tout ça. C’est un voyage musical.

 

Metal-Eyes : Tu viens de dire que vous êtes « un groupe de gars qui adorent le faire ensemble ». bien sûr nous ne parlons pas ici de sexe…

Ron Young : Mais si, d’une certaine manière ça l’est ! (rires) Du sexe aural – a u r a l, pas l’autre !

 

Metal-Eyes : Si je comprends bien, tous les 5, vous regardez dans la même direction ?

Ron Young : Tout le temps, oui. Et le champ de vision est large. Nous n’inventons rien, nous nous faisons plaisir. Nous avons grandi avec les mêmes repères musicaux et nous cherchons simplement à être Little Ceasar. Lorsque nous composons une chanson, nous voulons être respectueux envers les gens que nous admirons. Ce titre a des airs d’AC/DC ? C’est juste parce que nous sommes des fans d’AC/DC… On ne va pas chercher à dire le contraire.

 

Metal-Eyes : Revenons à la musique. Tu nous a dit à quoi nous attendre avec Little Ceasar sur scène, mais toi, comment imagines-tu le public parisien ?

Ron Young : Je n’en sais rien du tout…Nous avons joué dans des endroits tout petit, la sono est un peu suspecte, on en parle à notre manager, lui faisant part de nos doutes – « tu es sûr, ça craint rien ? » – et il nous répond que ç ava être la soirée la plus fun de la tournée. Ben ouais, c’est ça ! On monte sur scène, et il y a ce public qui est prêt à tout donner, qui est chaud, spontané, sans freins, et on oublie tout, pas de retour, trois spots mais on se souvient de ce concert. Alors, on n’a pas d’attentes particulière quand on monte sur scène, c’est notre boulot que d’obtenir un retour du public. J’ai grandi à Los Angeles et j’ai vu des groupes, vraiment, qui se demandaient pourquoi le public ne réagissait pas… Ils ne sont venus là que pour avoir un semblant de vie rock star, mais faire bouger le public ? Ce qu’ils voulaient c’étaient les filles, la dévotion des fans, et ils ont fait de cette vie un stéréotype… Mais, mec, si tu n’as pas de réaction du public, c’est parce que vous craignez ! Vous devriez retourner à votre local de répète et vous poser les bonnes questions.

 

Metal-Eyes : J’espère en tout cas que le public sera en nombre suffisant…

Ron Young : On vit une drôle d’époque. Les gens font attention, et 1/ les gens n’ont pas encore repris entièrement confiance et 2/ notre public est dans la tranche d’âge où les chiffres du Covid ne sont pas bons (rires) ! Mais on jouera pour 20 personnes de la même manière que pour 200.

 

Metal-Eyes : Quel pourrait être la devise de Little Ceasar ?

Ron Young : Ouh, waow ! (…) « On n’aurait pas pu le faire sans vous ». Ça inclus tout le monde, toi, le gars qui nous organise ces interviews (Olivier Garnier et Roger Wessier de Replica promotion), le proprio de ce bar… C’est une immense chaine où chacun joue un rôle.

EXHORTED: Old bastards never die

France, Hardcore (M&O, )

Oh punaise, hardcore de derrière les fagots qui déménage, c’est tout ce que propose Exhorted! La rage explosive s’exprime par des rythmiques plombées, un chant guttural furieux, des guitares directes et sans concessions. Quoique, il y a dans tout ce maelstrom une certaine recherche de mélodie qui, par instants, dans les soli ou quelques intros, permet de se poser et reprendre son souffle. Help me introduit ce Old bastards never die (j’adore ce titre!) comme un avertissement bien plus qu’un appel au secours. Les 9 titres qui figurent sur cet album sont d’une brutalité exemplaire et il y a fort à parier que certaines nuques risquent de céder. Lorsque le propos n’est pas speed, il se fait lourd comme un temps d’orages (God is mine, Let me go) mais la rage reprend vite le dessus. Les guitares charcutent comme jamais et il est étonnant de ne voir les noms de ces instrumentistes dans le line up du groupe. Groupe? Ne figurent ici que Yves Balandret (chant), Lionel Marquez ((basse) et Edoardo Panepinto (batterie). Un mystère de plus à résoudre mais une situation qui ne saurait perdurer. En tout cas, jetez une oreille à cet album, promesse sportive pour tout amateur de pogo!

BLACK 7: Look inside

Allemagne, instrumental (Autoproduction, 2021)

Black 7, c’est le projet du guitariste et multi instrumentiste allemand Lars Totzke. Originaire de Hannovre (oui, comme… mais qui n’est pas une influence), le gaillard a grandi dans les années 80 et 90 au son de ceux qui ont fait du hard rock et du metal ce que le genre est devenu. Au travers de Look inside (une belle invitation que ce titre…) ce premier album de 14 titres – un multiple de 7… – Black 7 (un hommage à la guitare noire 7 cordes de Lars) explore divers univers, ici influencé par Iron Maiden, là par Dream Theater, tout en incluant des touches de Slipknot ou korn. Unleashed ouvre le bal avec force mélodie, suivi d’un Lead the way qui évoque autant Ritchie Blackmore qu’Iron Maiden. Le plus soft Lift up, léger et aérien est une pause qui arrive un peu tôt mais en trois titres, le ton est donné: Black 7, c’est la recherche de la mélodie et de l’énergie. Awakening cumule tous ces plaisirs, tout comme le bien nommé In my dreams. Discover lorgne quant à lui du côté hispanique avec brio tandis que Out of the box nous replonge dans le son des boites à musiques de notre enfance. Bref, Lars Totzke se fait plaisir, évoque ceux qui l’ont influencé – même le grand Gary Moore semble revenir du royaume des morts – et explore des univers aussi lumineux que parfois sombres et lourds (le morceau titre). Une très belle réussite d’un musicien expérimenté (il a fondé Madrigal au milieu des 90’s, un trio acoustique au début des années 2000) tente de nouveau sa chance avec ce projet instrumental de très bonne facture à découvrir. Toutes les infos sur www.black-seven.net15

Interview: PAT O’MAY

Interview PAT O’MAY  (Guitares, chant, composition…). Propos recueillis par Skype le 10 septembre 2021

 

Discuter avec Pat O’May, c’est toujours l’assurance de passer un bon moment. Tout y passe, de la musique à la politique en passant par le cinéma et… les chupa chupps. Mieux encore : c’est l’occasion de découvrir un moyen de gagner une guitare d’ici la fin du mois de septembre. A découvrir au cours de l’interview qui suit.

Pat O’May – photo promo

 

Metal-Eyes : Pat, pour commencer, je suis MP avec le webzine Metal Eyes…

Pat O’May : Génial !

 

Metal-Eyes : Oui, tu ne peux rien dire d’autre…

Pat O’May : C’est ce que je dis à tous les journalistes que je rencontre : « tu es bien meilleur que celui d’avant toi… »

 

Metal-Eyes : Eh, bien, merci. Cette interview est donc terminée, ça a été un plaisir…

Pat O’May : Merci, au revoir… (rires)

 

Metal-Eyes : On s’était rencontrés il y a 6 ans pour la promotion de Behind the pics. Avant que nous ne parlions du nouvel album, pourquoi un laps de temps aussi long entre ces deux productions ?

Pat O’May : Plein de choses… Il y a eu un album après Behind the pics qui était une commande de la maison de disques avec laquelle je travaillais à l’époque et qui ‘m’avait demandé d’écrire des arrangements symphoniques pour des morceaux traditionnels bretons. C’était l’album Celtia symphonia, et après, j’ai fait mon album anniversaire pour les 23 ans. C’était un double live. Tu vois qu’il y a eu pas mal de choses, et pour préparer ce concert-là, il a fallu du temps. Ensuite, il y a eu la tournée pour cet album live qui nous a amenés un peu partout et à chaque concert, j’invitais un copain à venir jammer, et ensuite, je partais pour faire cet album Welcome to a new world que j’ai écrit en novembre/décembre 2019 et janvier 2020. Il aurait dû sortir en septembre de l’an dernier en fait…

 

Metal-Eyes : Ben…que s’est-il passé dis ?

Pat O’May : Ecoute, j’ai dû… un restant de Chupa Chupps avec un virus de merde dedans et voilà (rires).

 

Metal-Eyes : Comme beaucoup d’autres, il a été victime de la crise sanitaire. C’est la première fois que tu écris un concept album (il confirme). Comment t’est venue cette idée, et de quoi traite-t-il ?

Pat O’May : A travers mon travail, j’essaie de proposer un voyage aux gens. L’idée c’est de faire voyager, et là, je me suis dit que ce serait cool de faire voyager les gens sur une heure. Quand tu fais ça en musique, ça s’appelle un concept album. Je suis allé m’isoler comme je fais d’habitude pour pouvoir écrire, être vraiment centré sur ce que je suis en train de faire. J’ai écrit ce premier morceau, I shall never surrender, et je me suis dit « ce serait bien que tous les morceaux soient liés par un sound design, un espèce de nappe. J’avais ma guitare, j’ai gratté un truc comme ça et ça a donné naissance à Grinch. Tout l’album a été construit comme un fil d’Ariane : la fin de Grinch m’a inspiré le suivant et ça a continué comme ça. L’ordre des morceaux que tu entends sur l’album est exactement l’ordre dans lequel j’ai écrit les titres.

 

Metal-Eyes : C’est quelque part un hasard si I shall never surrender qui ouvre cet album et In this town sont les deux morceaux les plus longs de l’album, ce n’est pas réfléchi ?

Pat O’May : Ah non, pas du tout. Je suis très spectateur de l’inspiration qui m’arrive. Je ne cherche pas à contrôler, pas dans ce genre d’écriture. Je laisse les choses m’arriver, je les exploite, ou non si j’estime que ce n’est pas la bonne inspiration. A ce moment, je l’écarte tout de suite, je ne cherche pas à la creuser. C’est un peu comme quand tu rencontres quelqu’un, tu sens vite s’il va y avoir des atomes crochus ou pas. Je savais que je voulais faire voyager les gens mais je n’avais pas encore l’idée du concept. Le concept est arrivé sur le quatrième titre : j’étais en train de le composer, je fais une pause et je commence à bricoler une pochette. Je regarde, je fouille sur internet et je trouve une photo comme ça, sur fond vert, un peu espace et je me dis c’est ça. Je fais une image arrêtée de ça, je continue de fouiller et je trouve ce bonhomme et je flash dessus. Je l’intègre dans Photoshop et ça donne la pochette que tu connais. Le concept est né comme ça : le mec n’a pas de visage, mais… pourquoi il n’a pas de visage ? Tout est parti de là.

 

Metal-Eyes : D’où le nom de No Face et la recherche de son histoire…

Pat O’May : C’est ça, exactement. Après, j’ai commencé à construire l’histoire avec des réflexions personnelles que je me tiens depuis longtemps. Avec le Covid, il y a une résonnance particulière à ce que j’ai écrit, parce que ce personnage de No Face se demande pourquoi il est comme ça, s’il est né comme ça ou s’il l’est devenu. Bien sûr, c’est la seconde réponse, il est devenu comme ça. Tout vient de sa gestion de la peur, la peur de lui-même, des autres et finalement il construit un univers qui lui semble confortable mais qui, en fin de compte, l’enferme dans un autisme total. Il n’a plus envie d’aller voir ce qu’il se passe à l’extérieur.

 

Metal-Eyes : Il s’auto isole… Dans les couleurs comme dans le look de ce No Face, et dans l’histoire de ce monde parallèle, il y a beaucoup d’évocation de Matrix.

Pat O’May : Complètement. Et ça aussi, ce n’est pas voulu, c’est arrivé comme ça. On est un peu à la croisée des chemins entre Tommy et Matrix.

 

Metal-Eyes : En même temps, le look que vous adoptez tous les trois sur la photo arrière, il y a un peu de Men In Black…

Pat O’May : Ah, aussi ? (Rires) C’est vrai…

 

Metal-Eyes : Puisqu’on parle de détails, il y a une chose que je trouve plaisante : la présentation qu’on trouve sur la pochette est en anglais, et c’est traduit en français.

Pat O’May : Bien sûr…

 

Metal-Eyes : Bien sûr… Ce qui me surprend c’est que vous avez traduit « Hi » par « Hello » en français…

Pat O’May (il marque une pause) : … Ah, oui, ouais… t’en fais pas (rires). Tu l’aurais traduit comment ?

 

Metal-Eyes : Ben, par « Bonjour », « Salut » … Un truc français, quoi !

Pat O’May (rires) : c’est vrai !

 

Metal-Eyes : Sur tes productions précédentes, il y avait pas mal d’invités. Tu as convié du monde ici ?

Pat O’May : J’ai juste demandé à Loïc Bléjean de faire la petite intro de cornemuse irlandaise (uileann pipes). C’est le seul invité qu’il y a. C’est un truc que je m’étais dit : comme j’ai fait beaucoup d’album avec beaucoup d’invités, j’ai voulu en faire un avec seulement le groupe. Avant l’écriture, c’est parti dessus. Jaime tellement l’énergie du groupe sur scène que j’ai voulu retrouver ça sur album : un album direct, trio, basique.

 

Metal-Eyes : C’est certainement aussi plus simple d’interpréter ces titres bruts sur scène que de se retrouver avec un orchestre celtique tout entier…

Pat O’May : C’est sûr !

 

Metal-Eyes : Et ça fait des économies au niveau des chambre d’hôtel.

Pat O’May (rires) : C’est certain, mais encore plus au niveau du bar !

 

Metal-Eyes : Au-delà du fait que ce soit ton premier concept album, comment analyses-tu ton évolution musicale entre Behind the pics, ton dernier album studio hors commande et ce nouveau, Welcome to a new world.

Pat O’May : J’ai comme le sentiment de m’être plus libéré sur cet album. D’avoir laissé plus d’espace à la liberté, mais c’est plus à toi de me le dire. C’est toujours difficile de parler de son travail sans être redondant, mais, oui, j’ai laissé plus voguer l’inspiration, la contrôler moins – c’est ma marotte de tout contrôler – mais j’ai laissé plus aller les choses.

 

Metal-Eyes : Ca rejoint ce que tu disais au début, si ça ne te convenait pas, tu mettais de côté. Le titre en lui-même, on en parle beaucoup en ce moment : ce nouveau monde, ça a un rapport avec ce « grand remplacement » ou le « great reset » chers à certains ?

Pat O’May (il se gausse) : Pu***… Zemmour, sors de ce corps ! (rires)

 

Metal-Eyes : Oh, il n’y a pas que lui…

Pat O’May : Oh, non, il y en a un paquet, ils sont légions…

 

Metal-Eyes : Tu confirmes donc que c’est bien en lien…

Pat O’May : Je… Je te confirme que ça n’a rien à voir (rires). En fait, ce nom, je l’avais trouvé dès le début de l’écriture, dès le mois de novembre 2019, et c’est vrai (son ton s’est mué en « très sérieux ») que ça a un écho particulier avec ce plan promo qu’on a monté depuis un an et demi en créant un Covid mondial. Ça nous a couté une blinde, mais bon (rire général)

 

Metal-Eyes : Donc nous connaissons aujourd’hui les origines du…

Pat O’May : … du Covid : c’est moi ! (rires) Je vais monter une entreprise de décovidage (rires)

 

Metal-Eyes : Bon, restons-en à ta guitare…

Pat O’May : Oui, il vaut mieux !

 

Metal-Eyes : Revenons-en à l’album : tu t’éloignes beaucoup de tes influences celtiques (il confirme). Comment définirais-tu la musique qu’il y a sur Welcome to a new world à quelqu’un qui ne connait pas encore ta musique ?

Pat O’May : C’est assez difficile à résumer en un mot…

 

Metal-Eyes : Tu peux faire une phrase aussi…

Pat O’May : Hein ? C’est vrai ?

 

Metal-Eyes : Même plusieurs si tu veux !

Pat O’May : Ah woaw, génial ! (re rires) Je crois que c’est un mélange de pas mal d’influences : du classic rock, du neo rock prog… je ne me pose pas de limites… Je crois que la seule limite que je m’imposerai en musique c’est de ne jamais écrire un morceau de reggae ou de rap, mais le reste…

 

Metal-Eyes : Si ça s’intègre, pourquoi pas ?

Pat O’May : Qui sait ?

 

Metal-Eyes : Il y a plusieurs surprises sur cet album. Commençons par celle que l’on trouve sur I shall never surrender qui commence par une intro parlé, la présentation de No Face, une intro celte aussi et soudain, surprise, à 4’25…

Pat O’May : Eh ouais…

 

Metal-Eyes : Le discours de Churchill. Il est mondialement connu aujourd’hui, c’est pas un peu risqué d’aller sur ce terrain-là, même si le discours fait partie du domaine public ?

Pat O’May : Non. D’une part, c’est du domaine public, mais je trouvais que ce discours est vraiment en phase avec ce qu’il se passe dans la tête de No Face. C’est quelque chose de complètement intemporel. Il y a d’ailleurs d’autres références à cette période dans l’album. Il y a Radio Londres à un moment, « Un ami viendra ce soir », et d’autres choses. Oui, ça me semblait intéressant. Il y a même un morceau où tu retrouves des mots de Trump, de Thatcher, Mussolinni, Goebells… C’est le moment où No Face se rend compte qu’il s’est vraiment fait bouffer par le discours ambiant. J’ai même cherché, à un moment, et je en déconne pas, une phrase de Zemmour qui s’intègrerait là-dedans. Vraiment, je trouve qu’il a vraiment sa place là-dedans, mais je n’ai rien trouvé avec la bonne tonalité, ça ne marchait pas.

 

Metal-Eyes : Donc, s’il y a un « matrix 2 »…

Pat O’May : Oui ! (il explose de rire)

 

Metal-Eyes : De ce que j’ai pu écouter de Welcome to a new world, j’y trouve du celtique – on ne se refait pas – du hard rock, de la mélodie, je pense à un morceau comme Anything I want avec la basse de Christophe Babin très en avant, très groovy…

Pat O’May : Alors là, je suis content que tu parles de ce titre-là ! Tu sais, je fais des maquettes très abouties. C’est pas un disque, mais ce n’en est pas loin… Sur ce titre là, la ligne de basse que tu entends, c’est Christophe qui l’a créée. Il n’a pas repris la ligne de basse que j’ai faite, il a amené ça et je l’ai trouvée d’une beauté, c’est prenant, c’est magnifique.

 

Metal-Eyes : Je trouve ce morceau entraînant et trépidant. A cette basse, s’ajoute ta guitare, ton toucher que je trouve très aérien sur ce morceau qui va venir rencontrer le titre suivant avec un esprit très western…

Pat O’May : Absolument. Sur le morceau qui suit, il y a un côté très Police sur le riff de basse…

 

Metal-Eyes : C’est un album qui s’écoute très facilement et qui est très varié.

Pat O’May : Je pense que c’est probablement l’album le plus facile à écouter de ma discographie.

 

Metal-Eyes : Si tu devais n’en retenir qu’un morceau pour définir ce que tu es musicalement, ce serait lequel ?

Pat O’May : Euh… In this town. Le dernier. Parce qu’il passe par tout un tas de choses, notamment au niveau des solos, un est très aérien, l’autre se barre dans des trucs que je n’avais jamais faits avant, limite jazzy. Une première partie cool, et ça monte avant de redescendre… J’ai vraiment cherché une dynamique.

 

Metal-Eyes : Malgré la période, y a-t-il des projets de scène ?

Pat O’May : Bien sûr. Le concert de sortie de l’album sera au Café de la Danse à Paris le 22 septembre. On a préparé une scénographie avec de la vidéo et plein de surprises dedans. On joue l’intégralité de l’album et ensuite un tout petit rappel d’une quarantaine de minute des anciens morceaux. Et en plus, c’est une info que je te donne, on va faire gagner une guitare Vola aux personnes qui seront présentes au concert. J’ai signé avec cette marque de guitare, et ils nous offrent cette grosse guitare, à 2.000 euros. Le mec, il se sera peut-être emmerdé au concert, mais il n’aura pas perdu sa journée (rires) !

 

Metal-Eyes : Et comme ce n’est pas une super grande salle… Tu sais quelles seront les conditions d’accueil, d’ailleurs ?

Pat O’May : Pass sanitaire, et demi-jauge. Donc 250 personnes.

 

Metal-Eyes : Donc ça double les chances de gagner la guitare…

Pat O’May : De fait, oui.

 

Metal-Eyes : Pour terminer : quelle pourrait être la devise de Pat O’May en 2021 ?

Pat O’May : La devise de Pat O’May en 2021 ? (Note : c’est ce qu’on appelle de l’écholalie, non ?) Je n’avais pas pensé à ça… C’est bien. Mon maitre mot, c’est « l’ouverture ». Ma musique n’est que le reflet de la personne que je suis dans la vie. Aller voir les gens, discuter, c’est important, ne pas rester enfermé dans ses certitudes. C’est ça qu’il faut pêter, c’est ce qui fait chier le monde.

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à ajouter ?

Pat O’May : Alors si tu viens… Plutôt que des sucettes, viens avec du saumon bio… (rires)

 

Metal-Eyes : Du saumon bio d’Orléans, on peut en trouver, mais on n’a plus le droit de le pêcher…

Pat O’May : Pas grave, il y en a du très bon de Chine !

 

Metal-Eyes : Bio, OK, mais ce ne sera pas écolo…

Pat O’May : Ah, c’est vrai, je n’avais pas pensé à ça (rires) ! ça n’a rien à voir…

 

Metal-Eyes : Je te souhaite plein de bonne choses avec ce nouvel album que je trouve différent de ce que tu fais et très novateur.

Pat O’May : Eh bien, ça me fait très plaisir de te l’entendre dire. C’est cool.

 

Metal-Eyes : Tu sais ce qu’on dit ? « Tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute… » (il se marre). Merci, au revoir et bonne fin de journée…

Pat O’May : Ah, ah, ah ! A bientôôôôt… Merci, c’était cool !

 

 

FISHING WITH GUNS: Under the silver lake

France, Hardcore (Autoproduction, 2021)

Forcément, quand on décide d’aller pêcher avec des flingues, il ne faut guère être pressé de se sustenter. Les coreux parisiens de Fishing With Guns mettent en pratique le nom qu’ils ont choisi. Il leur aura cette fois fallu pas loin de 6 ans pour que les poissons dispersés ne se retrouvent dans ce lac argenté. Une production tous les 5 ans, c’est un bon rythme, non? D’autant qu’il s’agit ici d’un Ep 5 titres qui mélangent brutalité et détermination. un ensemble magnifiquement mis en son par Francis Caste décidément incontournable magicien sonore sans pareil. Aussi speed et rageur que plus aérien, Under the silver lake (un titre qui pourrait être celui d’une série à suspense) nous entraîne dans un univers sombre et riche en émotions. Le chant, puissant, enragé, explosif, ne faiblit jamais, les guitares taillent dans le vif et la section rythmique bombarde autant qu’elle le peut. C’est puissant et pourrait, si le groupe avait opté pour un album entier, être usant. On ressort proprement lessivé de cette courte expérience, un  véritable condensé de rage dans ta face.

Interview: DANKO JONES

Interview DANKO JONES : entretien avec JC Calabrese (basse). Propos recueillis par Skype le 20 août 2021

Alors que Power trio, le nouvel album des Canadiens de Danko Jones, c’est un JC Calabrese, bassiste du combo en pleine forme qui nous dit tout de la conception de ce disque et de bien plus encore. Interview joviale et détendue à l’image du bonhomme.

Danko Jones 2021 by Dustin Rabin

Metal-Eyes : Comment vas-tu aujourd’hui, JC ?

JC : Oh, je vais bien, merci de le demander ! Et merci de prendre le temps de parler de notre nouvel album, Power trio.

 

Metal-Eyes : Que je viens juste de recevoir aujourd’hui.

JC : Fantastique ! Tu peux me le montrer, je n’ai pas encore vu le produit fini, je n’ai vu que les maquettes… (Je lui montre le CD) Oh, ça donne bien.

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas encore eu le temps de l’écouter entièrement, comme tu l’imagines. Juste avant, que donne la situation sanitaire au Canada ?

JC : Je crois que la majeure partie de la population, nous devons être 65% de la population, a reçu la double dose du vaccin. Le gouvernement impose que les travailleurs sociaux, ceux qui sont au contact des gens, qui travaillent dans le médical soient vaccinés. La situation semble meilleure que l’an dernier même s’il y a encore beaucoup d’hésitation au sujet du vaccin, comme partout. Mais au final, si ce vaccin ne nous tue pas, nous risquons de mourir d’une maladie contre laquelle il existe un vaccin. On peut s’en protéger de ce virus, on ne devrait même pas en débattre… Il y a beaucoup de discussions, de doutes à ce sujet, et c’est en grande partie dû à nos voisins (Il pointe le doigt vers le sud) Les USA… Il y a sans aucun doute de la désinformation venant de chez eux.

 

Metal-Eyes : Il y a les mêmes hésitations aussi ici, en France… Comment as-tu occupé ton temps pendant cette étrange période ?

JC : Honnêtement, ça fait plus de 25 ans que nous avons formé ce groupe, et j’ai été sur les routes depuis 20 bonnes années, sans avoir de routine, me trouvant à des endroits différents, me nourrissant à des heures variées… Et tout d’un coup, je me retrouve à dormir dans mon propre lit, me nourrir à des heures régulières au quotidien… J’ai pu lire des livres qui s’entassaient depuis des années, et ça fait un certain temps que je souhaite me remettre à courir – autant comme sport que comme passe-temps. Je m’y suis remis il y a 18 mois maintenant, et je m’y tiens. J’ai pu tirer le meilleur parti de cette situation – et nous n’aurons jamais plus autant de temps pour nous, je pense… Le principal, c’est de savoir en tirer profit et de garder son esprit occupé. Quand ton esprit pense à ce que tu ne peux pas faire, tu ne fais pas ce que tu pourrais faire. C’est un peu ce qui nous a poussés à faire cet album. J’ai incité les gars à faire cet album – « on a tellement de temps, faisons-le, maintenant ». J’ai suggéré que nous travaillons par email, tenter de travailler avec ces nouveaux procédés. Danko était hésitant au départ et ça a finalement fonctionné !

 

Metal-Eyes : Il y a tant de gens qui ont été forcés de travailler à distance qu’il n’est pas étonnant que des groupes aient fait de même. Ceci répond à une de mes questions qui portait sur le processus de création pour ce nouvel album.

JC : En gros, il y avait tant d’incertitudes avec cette pandémie – on ne savait pas si nous pourrions nous retrouver dans une même pièce, si oui, y aurait-il une distanciation obligatoire… bref, on ne pouvait pas se retrouver te travailler « à l’ancienne ». J’ai donc proposé aux autres de travailler par email, envoyé une interface à Danko pour qu’il puisse connecter sa guitare à son ordi, enregistrer ses idées, me les envoyer pour que je les arrange, les fasse parvenir à Rich (Knox, le batteur). Il recevait les bases de guitare et de basse, un morceau au clic sur lequel il pouvait ajouter sa batterie avant de me les renvoyer pour que je les arrange. Une fois fait, nous mettions le titre de côté pour y revenir plus tard et passions à autre chose. On a procédé de la même manière pour un paquet de chanson et avons trouvé notre rythme à travailler ainsi. A un certain moment, certaines restrictions ont été levées et nous avons pu nous retrouver avant d’entrer en studio afin de jouer pour la première fois des chansons que nous avions composées via internet. Le plus surprenant, c’est qu’elles sonnaient comme si nous les jouions depuis des années, sans doute parce que nous avons bénéficié de tant de temps pour les travailler, les répéter… Et, tu sais, quand tu enregistre avec trois personnes qui font beaucoup de bruit et un gars qui hurle, tu n’entends pas la même chose que si tu enregistres tes parties de basse tranquillement au calme. Nous avons été philosophes, avons tiré le meilleur de ces outils et de la situation. Ça nous a permis de faire de super bonnes démos qui ont servi de base à l’album. Un bon process. Quand tu retires la scène à un groupe qui ne fait que ça depuis des années, c’est un grand recul, mais tu ne peux pas te centrer sur ce qui n’est plus, ce que tu n’as pas. Tu dois te concentrer sur ce qui est là, ce que tu peux faire. C’est ce qui nous a permis de réaliser cet album.

 

Metal-Eyes : Donc si je te comprends bien, vous étiez déjà, avant de vous retrouver en studio, très satisfaits de vos démos ?

JC : Oui, elles ont été enregistrées pendant la pandémie. Nous avons été forcés de le faire au mieux…

 

Metal-Eyes : Ce qui sous entends qu’Eric Ratz, le producteur, n’a pas eu tant de travail que ça…

JC (rires) : Non, c’était assez marrant en fait : Eric a fait une ou deux suggestions mais en ce qui concerne les arrangements des chansons, tout était quasiment en place. Eric a donc pu bénéficier d’un peu plus de temps pour se concentrer sur les éléments sonores et dynamiques qu’il voulait obtenir pour la guitare, la basse, la batterie. Une paire supplémentaire d’oreilles est toujours la bienvenue. Nous sommes assez expérimentés en tant que musiciens, nous savions où nous voulions aller.

 

Metal-Eyes : Un son typique de Danko Jones, d’ailleurs. Il y a onze titres sur Power trio et tu viens de nous en expliquer la conception. Certains de ces morceaux sont très catchy, très rock n roll, d’autres, comme Ship of lies, très jumpy. Qu’avez-vous mis dans cet album qui a été composé chacun de son côté ?

JC :  Ship of lies, par exemple, c’est un de mes titres. Je voulais écrire une chanson avec ce rythme, un peu comme ton rythme cardiaque quand tu cours, 120 bpm. Je me suis rendu compte, avec d’autres chansons, que le public réagit vraiment bien à ce type de rythme, c’est donc ce que j’ai recherché. Je me demande toujours comment le public va réagir à telle ou telle chanson, et quand j’ai composé celle-là, je visualisais le public dansant, sautant, le sourire aux lèvres. Tu ne peux pas te planter avec ça ! (Rires)

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution de Danko Jones, le groupe, entre cet album et le précédent, A rock supreme ?

JC : Tu sais, pour A rock supreme, nous avons été amenés à travailler avec un de mes producteurs préférés, Garth Richardson. Garth a une telle culture… Il est issu de ce monde, son père était un grand producteur. Ce qu’il nous a apporté… sa vision, et quand tu travailles avec quelqu’un comme lui, tout déteint sur toi. Tu apprends toujours de ce type de personnes, des manières de faire un disque. Et de toute évidence, pour Power trio, nous avons dû apprendre à travailler dans de nouvelles circonstances – ne pas nous voir, ne pas nous retrouver dans une même pièce. Nous avons dû faire avec. Tu sais, la musique devrait toujours être fun, quelque chose que tu adores faire, et si tu gardes ça en tête, tu peux réaliser de beaux albums.

 

Metal-Eyes : Donc la différence principale, c’est la manière dont vous les avez réalisés…

JC : Absolument.

 

Metal-Eyes : Il y a une autre grande différence : aussi bien Wild cat que A rock supreme avaient des pochettes très colorées. Celle-ci, que tu viens de découvrir, est particulièrement sobre…

JC : Tu parles de la pochette ? Cette fois, nous avons travaillé avec un designer allemand. Il a apporté cette rigueur allemande. Pour Wildcat, c’était quelqu’un de Barcelone, et tu peux voir ce côté plus « poppy », tandis que A rock supreme, c’est un artiste suédois. Ils apportent chacun leur touche. Là, c’est pareil, et on a dit « fonce ! ». Et tu sais quoi ? Les silouhettes des photos ont été faites par un photographe français… Manu, tu connais ? Un photographe de Paris. Au fil des années, il est devenu un de mes très bons amis, entre les concerts qu’il a photographiés et nos rencontres… Parce que nous nous sommes retrouvés dans une pièces pour un shooting, j’ai suggéré d’utiliser des silhouettes. C’est intemporel et passe partout. J’ai demandé à Manu si c’était possible et il l’a fait. Les photos ont été prises à Paris…

 

Metal-Eyes : ‘Allemagne, le Canada, la France… C’est un album international…

JC (il sourit) : Oui, c’est un album international !

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Power trio pour expliquer ce qu’est Danko Jones aujourd’hui, ce serait laquelle, et pourquoi ?

JC : Mmhh… Je choisirai I want out, la première de l’album. C’est une sorte de déclaration d’intentions, elle est puissante et on sait ce qu’on va écouter. Et elle compense quelque peu cette impression que nous avons trous eue, disant « je veux sortir », « Laissez moi sortir, j’en ai marre de cette situation ». C’est un morceau fun à écouter au volant, ça te donne envie d’accélérer. C’est un peu ce qu’est Danko Jones, on n’est pas des penseurs…

 

Metal-Eyes : Tu parles de sortir, de concerts. Avez-vous des plans actuellement, de concert ou de tournée ?

JC : Pour le moment, on a eu de la chance, on a pu donenr quelques concerts ici, au Canada. Je dois reconnaitre avoir été impressionné par la gestion de ces concerts, aussi bien pour nous qui donnons les concerts que pour les spectateurs. Après avoir vu ça, j’ai le sentiment que nous suivons la bonne voie. Partout dans le monde on sait que nous avons besoin de cet aspect social dans nos vies, il faut retrouver cette liberté. Ils ont finalement rouvert quelques terrasses ici, à Toronto, et quand tu vois les gens discuter de tout, de rien, de foot, ça fait plaisir. Ce sont ces petites choses qui nous manquent et que nous oublions. Que nous ne voulons pas oublier. Alors, pour les concerts, nous en avons donnés une poignée et il semble que nous tournions au Canada en décembre. Si tout va bien, nous devrions venir faire une tournée des clubs en Europe en mai, avec une date à Paris le 28 mai. Je ne sais plus où.

 

Metal-Eyes : Si je te parle de Catherine Deneuve ou d’Irène Jacob…

JC : Ah, ce sont mes actrices françaises préférées (il rit). J’ai encore le poster de Belle de jour en bas ! J’ai des sketches des Parapluies de Cherbourg… J’ai adoré Irène Jacob dans Trois couleurs, rouge, j’ai trouvé ce film fantastique. Tu as touché mon point sensible lorsque j’étais plus jeune ! Irène Jacob et Catherine Deneuve.

 

Metal-Eyes :Et puisque nous parlons de la France et de l’impossibilité actuelle de voyager, lorsque nous pourrons de nouveau nous déplacer librement, quel est l’endroit du monde où tu voudrais te rendre en priorité ?

JC : Avant tout, je veux rentrer chez moi, en Calabre, voir ma mère. Ce sera ma priorité, ensuite, j’ai tellement d’amis en Europe que je voudrais prendre le temps de les voir.

 

Metal-Eyes : Revenons un peu à la musique : comment décrirais-tu cet album pour inciter quelu’un à l’acheter ?

JC : C’est un album plein d’énergie positive, direct et sans fioriture, avec des chansons catchy qui te feront ne penser à rien.

 

Metal-Eyes : Une dernière question :quelle pourrait être la devise de Danko Jones aujourd’hui ?

JC : « Persiste, peu importe ce que les gens te disent ». Si tu crois en ce que tu fais, ne baisse pas les bras. Si nous avions écouté les gens il y a quelques années, nous n’aurions pas continué en tant que groupe. Si tu fais ce que tu aimes, si tu vis ta passion… Ce n’est pas un hobbie, un passe-temps, la musique, c’est ma vie ! L’argent est secondaire, ça ne t’enrichit pas. Ce qui t’enrichit, c’est de partager tes expériences avec autrui…

 

Metal-Eyes : Ce qui te rend riche, c’est aussi Knox… (Note : en anglais ça donne « What makes you rick is knocks », jeu de mot avec le nom du batteur, Rich Knox)

JC :  Ah, ah ! excellent. Je vais devoir l’utiliser !

 

Metal-Eyes : C’est son quatrième album avec le groupe, plus un live. Il y a une constance, une stabilité au sein de Danko Jones depuis une dizaine d’années. J’imagine que vous vous sentez de nouveau « un groupe » ?

JC : Oh, clairement, oui ! Quand il y a cette stabilité, il y a… certaines nuances dans nos façons de jouer qui se sont mises en place. Parfois, quand tu joues avec une nouvelle personne, tu dois trouver des marques. Maintenant, c’est en place.

 

Metal-Eyes : Ce qui l’a sans doute aidé dans son jeu pour ce nouvel album, il savait déjà où aller.

JC : Oui, lorsque l’occasion a frappé, il a cogné (En anglais : « When the opportunity knocked, he knocked ») pardon… un autre jeu de mots…

 

Metal-Eyes : On pourrait même le dire au présent « when the opportunity knocks, Rich Knox »…

JC : oui, excellent !

 

Metal-Eyes : JC, avant que nous ne nous quittions, as-tu quelque chose à ajouter au sujet de ce nouvel album ?

JC : C’était quoi ? la double vie de Véronique, c’est un autre film avec Irène Jacob. Un film fantastique. Je fouillais mes DVD l’autre jour, et je suis retombé dessus.

 

Metal-Eyes : A part Irène Jacob, tu souhaites ajouter autre chose ?

JC : Je suis très jaloux du Paris Saint germain ! L’équipe est extraordinaire cette année, et Messi qui vient d’arriver !

 

Metal-Eyes : Mais Messi ne joue pas ce soir à Brest…

JC : T’en fais pas, il est là. Et ce gardien ! Fantastique… (il explose une nouvelle fois de rire)

 

 

ESQUYS: Instinct

Folk Metal Symphonique, France (Autoproduction 2021)

Nouveau venu sur la scène du metal, Esquys se montre avec Instinct, un premier album très ouvert d’esprit. Explorant tout à la fois les univers du metal symphonique que du folk metal, le « groupe » (?) nous propose 8 titres, dont 3 instrumentaux. Disons le tout de go: je suis bien plus sensible à ces derniers, fouillés et travaillés, qui entraînent l’auditeur dans des paysages médiévaux et bucoliques. Ah, qu’il est magnifique ce Ddansiwr! Si les chansons sont efficaces, variés et puissantes, elles souffrent trop souvent de comparaisons si évidentes qu’elles en perdent en qualité. Le chant d’Anna Fiori – chanteuse mexicaine déjà auteure de 2 albums – s’il est de très haut niveau, évoque d’une telle évidence Amy Lee (Evanescence) sur Open your Eyes, celui de la soprano Ranthiel ressemble comme deux gouttes d’eau à une certaine Tarja sur Ghosts, certaines parties de Frozen rappelant quant à elles Bon Jovi down tempo… de ces évidences résultent une perte d’efficacité. Dommage, car cet album préfigure de grandes possibilités musicales qui pourraient se résumer en trois mots: épique, médiéval et aérien. Hey, je retrouve même quelques traces de Mike Oldfield et de ses Tubular bells orchestra sur Your smile, mais c’est ici assez… hypnotique. Instinct nous propose donc une jolie variété de sons et tonalités et présente une formation plus que prometteuse qui pourrait trouver sa place en se démarquant de trop évidentes influences et, conséquence logique, en affirmant ou en se découvrant une identité vocale.