Interview: ANTI FLAG

A quelques jours de la sorti de 2020 vision, nouvel album des punks américains de Anti Flag qui sera en bacs le 17 janvier 2020, Metal Eyes est allé parler, pour cette dernière interview de 2019, de politique, du monde et du reste avec Justin Sane, guitariste chanteur d’une douceur et d’un engagement sans pareils.

Interview Anti-Flag. Rencontre avec Justin Sane (chant, guitare). Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra à Paris le 3 décembre 2019

 

 

Metal-Eyes : Je suis en présence de… j’allais dire Justin Time, non, Justin Sane de Anti Flag

Justin Sane (il rit) : Non, tu es juste à l’heure ! Moi, je suis Justin Sane !

 

Metal-Eyes : Tu es là pour nous parler de votre nouvel album, qui arrive le 17 janvier 2020. Tout d’abord, American fall est votre dernier album studio paru en 2017, suivi de American reckoning, en 2018, qui est un album acoustique de reprises de vos deux précédents albums. Quel était l’objectif de réaliser cette compilation acoustique ?

Justin Sane : Je pourrais en parler longtemps…

 

Metal-Eyes : On ne dispose que d’une demi-heure…

Justin Sane : Alors, je vais à l’essentiel. Nous avons joué en acoustique de plus en plus souvent et certaines chansons que nous jouions ainsi n’avaient jamais été enregistrées. Certaines personnes les avaient simplement entendues en concerts, et on a voulu les proposer aux autres. Ça, c’était le point principal. On a enregistré quelques reprises, chacun avait un morceau en tête qu’il voulait enregistrer depuis longtemps – moi, c’était Cheap Trick. Le projet s’est affiné mais il n’y avait pas de véritable travail, nous n’étions pas à fond dedans. A cette époque, ma mère avait été diagnostiquée avec un cancer et je voulais faire quelque chose de créatif mais je n’avais pas l’énergie de me dire que j’allais composer un album. Je me suis dit que ce serais cool de pouvoir travailler sur un disque qui avait déjà été écrit pour moi, et on s’est attaquer à ces versions acoustiques.

 

Metal-Eyes : Le résultat était intéressant et surprenant.

Justin Sane : Oui, c’était intéressant. Je ne dirais pas que c’est notre meilleur album, mais c’était une expérience différente.

 

Metal-Eyes : Ce disque a en quelque sorte clôt la trilogie « American » qui avait débuté avec American Spring en 2015, un an avant l’élection de Donald Trump.

Justin Sane : Exact, oui, oui…

 

Metal-Eyes : Maintenant, nous arrivons en 2020. La pochette de votre nouvel album est assez explicite – 2020 vision, avec un Trump complètement brouillé. Une question : qui penses-tu pourrait affronter Donald Trump lors des prochaines présidentielles ?

Justin Sane : Et gagner ?

 

Metal-Eyes : Simplement s’opposer à lui… Il y a Bernie Sanders qui revient, mais à part lui ?

Justin Sane : Je pense que Bernie pourrait remporter ces élections. La raison principale… Nous habitons à Pittsburg, en Pennsylvanie. Il y a un mélange culturel très intéressant, et Pittsburg est surnommé le Paris des Appalaches (il rit). Où en étais-je ??? Ah oui, ce que je veux dire c’est que nous habitons dans les Appalaches, et beaucoup de gens pauvres vinent là-bas. C’est une résultante du système économique dans lequel nous vivons, beaucoup de gens sont restés sur le carreau. Il est très intéressant de voir que 20 ans après les manifestations anti accords mondiaux du commerce à Seattle et Washington qui ont vu des gens s’élever contre cette mondialisation économique pensant que ça allait affecter beaucoup de gens, l’économie et la planète. Nous voici 20 ans plus tard et on se rend compte que ces prévisions sont exactes : la planète meurt, il y a des gens comme Donald Trump qui sont parvenus à exploiter le système économique pour avoir plus de pouvoir – et finir à la Maison blanche…Beaucoup de personnes qui ont voté pour lui l’ont fait pas parce qu’elles sont racistes ou autre, mais parce qu’il disait que « le système est corrompu, Hillary Clinton fait partie du system, je n’en fais pas partie et je vais travailler pour vous ». Quand tu parles avec les gens des Appalaches te dirons qu’elles ont voté soit pour Trump, soit pour Sanders, parce qu’ils étaient tous deux vus comme des outsiders. Ils auraient voté pour n’importe quelle personne vue comme un populiste extérieur au système. Je crois que Bernie Sander est un de ces outsiders qui a vraiment envie de se battre pour les plus démunis là où Trump est arrivé avec ce côté faussement populaire, et ses idées d’extrême droite, néo fascistes et on a maintenant un suprémaciste blanc à la Maison blanche… C’est pour cela que je pense que Sanders peut le battre.

 

Metal-Eyes : Mais il y a de fortes probabilités pour que Trump soit réélu…

Justin Sane : De très fortes possibilités, oui. Comme Bush a été réélu. Et il était très peu populaire quand il é été réélu…

 

Metal-Eyes : De ce que j’ai pu écouter de l’album, 2020 vision est plus heavy que vos deux précédents efforts (il confirme). Où avez-vous puisé l’inspiration pour retrouver cette énergie et la repositionner dans votre musique ?

Justin Sane : Tu sais, ça vient sans doute du fait que nous avons décidé d’écrire un album qui traite de maintenant. Souvent, sur nos albums précédents, on parlait de choses plus généralistes, et même si on abordait des sujets d’actualité, nous ne mentionnions pas George Bush ou Barak Obama. Maintenant, nous pouvions parler de leur politique intérieure ou extérieure… Nous sentons, avec Trump, que nous passons à autre chose : dans notre histoire moderne, on n’a jamais vu un néo fasciste de son niveau entrer à la Maison Blanche. Ce disque devait traiter de lui, de lui en tant qu’icône de poster pour tous ces extrémistes qui gagnent du terrain partout dans le monde. Mais si nous devions composer un disque qui traite de « maintenant » alors donnons lui le son d’aujourd’hui. Nous ne voulions pas répéter nos deux derniers albums, nous avions l’intention, volontairement, d’aller explorer d’autres horizons qui feraient que les gens puissent dirent que c’est bien un disque de la fin des années 2020.

 

Metal-Eyes : Alors comment analyserais-tu l’évolution musicale de Anti Flag entre vos deux derniers albums ?

Justin Sane : Mmh… Clairement, il y a un certain nombre de choses. Trump pourrait n’être que le symptôme d’un problème beaucoup plus vaste. Mais s’il n’est qu’un symptôme, il est toujours LE symptôme. Je veux dire qu’il représente vraiment le pire de tout ce qu’il représente.

 

Metal-Eyes : Le pire, et sans doute aussi le plus comique de ce qu’il veut représenter…

Justin Sane (il rit) : Oui, c’est vrai ! Ce serait tellement distrayant de voir ce type de comédie ! Mais c’est une comédie, d’une certaine manière. Sauf que cela affecte vraiment la vie des gens, et c’est là que c’est vraiment douloureux. Je crois que ce que nous avons voulu faire avec ce disque, c’est de laisser les gens considérés comme des boucs-émissaires, les persécutés, les membres de la communauté LGBT, les pauvres, les femmes… Laisser savoir aux gens qui se sentent persécutés qu’il y a d’autres personnes qui sont à même de prendre leur défense. Nous, on est quatre mecs blancs dans un groupe, et cela nous donne un privilège que beaucoup de gens, dans notre société, n’ont pas. Nous voulons que les gens persécutés sachent que nous sommes là pour eux ; « nous sommes là pour vous, pour prendre votre défense, nous élever avec vous si vous avez besoin de nous pour vous aider ». Il s’agit bien de solidarité, parce que nous savons bien que, nous aussi, nous pourrons avoir besoin de l’aide d’autrui à certains moments. C’est vraiment le message que nous voulons faire passer avec ce disque, vous pouvez compter sur nous.

 

Metal-Eyes : Ce qui semble être très clair. Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de 2020 vision pour expliquer ce qu’est Anti Flag aujourd’hui, lequel serait-ce et pour quelle raison ?

Justin Sane : J’adore Don’t let the bastards beat you down, parce qu’il s’agit, en effet, uniquement de solidarité. Nous prenons en compte le fait que le monde actuel connait beaucoup de problèmes. Pour moi, ce morceau nous ramène aux tout débuts du groupe, à la raison pour laquelle on a monté ce groupe : nous avons cette musique, elle est celle d’une communauté de gens, s’adresse à tout le monde. Si tu es inadapté, cette musique est pour toi. Si tu es plus dans le courant, mainstream, mais que tu crois en l’entraide, que tu es emphatique, alors, notre musique est aussi pour toi. Si tu es quelqu’un qui s’intéresse à quelqu’un d’autre que ta petite personne, notre communauté est faite pour toi.

 

Metal-Eyes : Si tu veux construire des ponts plutôt que des murs…

Justin Sane : Exactement ! Pour moi, cette chanson est fun, elle est dynamique, mais témoigne du fait que les problèmes existent mais que nous pouvons lutter ensemble. Si nous remontons à nos origines, la raison pour laquelle je me suis investi dans le punk c’est que c’était fun ! Je m’intéressais à la politique, mais le fait est que lorsque j’allais en concert, on s’amusait avant tout. Si les gens ne se sentent pas bienvenus dans un endroit, ils n’auront aucune envie d’y rester. Cette chanson couvre un peu tous ces aspects.

 

Metal-Eyes : Tu parles de concerts. Vous serez en juin à l’affiche du Hellfest. La dernière fois que vous y avez joué c’était en 2013. Mais vous allez cette fois jouer assez bas sur l’affiche. N’est-ce pas un peu frustrant pour toi ?

Justin Sane : C’est juste un défi, on a intérêt à tout donner ! On a 40 minutes, donc à nous de prouver que nous méritons d’être là.

 

Metal-Eyes : Et vous allez jouer sur la nouvelle Warzone, que vous n’avez pas encore vue…

Justin Sane : Oui, j’ai entendu qu’elle est vraiment super. Tu sais, on ne fait pas vraiment attention à notre position sur l’affiche d’un festival. Si tu joues tôt, les gens sont en forme et excités, prêts à foncer ! Et ils ne sont pas encore bourrés ! Alors parfois, c’est positif de jouer tôt. Au milieu de la journée, le public peut avoir un coup de mou, et en fin de nuit, ils sont rincés. Et nous avons joué sur tous ces créneaux… En festival, j’aime bien jouer tôt. Et ça a un avantage : une fois que tu a donné ton concert, la pression retombe, tu peux aller voir les concerts des autres, boire, prendre du bon temps.

 

Metal-Eyes : Donc on se retrouvera là bas !

Justin Sane : Et à la fin de la journée, il y a de fortes chances que je sois bourré ! (rires)

 

Metal-Eyes : Il n’y a pas que le Hellfest, quels sont vos autres projets de tournée ?

Justin Sane : Nous commençons à tourner en Europe le 7 janvier et l’album sortira le 17. Ensuite, nous retournons aux USA, puis ce sera les festivals d’été, et nous resterons ensuite en Europe, donc beaucoup de concerts en vue. Je ne sais pas encore quand nous serons en France, j’espère à l’automne 2020.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Anti Flag en 2020 ?

Justin Sane (avec un large sourire, avant d’ éclater de rire) : Ne laissez pas les bâtards vous abattre !

 

Metal-Eyes : Facile, mais elle est efficace !

Justin Sane : Oui, mais on s’en sert… On a fait des bannières qui le disent. Je veux rappeler aux gens qu’il ne faut pas baisser les bras. Les gens au pouvoir conservent leur pouvoir en nous faisant croire, de manière cynique, que nous n’avons aucune chance. Je ne ferais pas tout ça, je n’écrirais pas ces chansons si je croyais que nous n’avions aucune chance. C’est marrant, on en parlait plus tôt : en France il y a eu mai 1968, et là, il y a ces grosses manifestations qui arrivent mardi (NdMP : l’interview a eu lieu avant la première mobilisation contre la réforme des retraites du 5 décembre). En 1968, beaucoup de gens pensait que ça n’allait être qu’un week end de manifestations, mais ça a complètement changé la société. Il se pourrait qu’il ne s’agisse pas que « d’une autre grève », ça pourrait être à l’origine de quelque chose de plus important. L’étincelle qui embrase tout, et c’est cela dont les pouvoirs en place ont toujours peur. C’est pour cela que ce type de mouvement puisse mettre le feu, et que tout change, que cela leur fasse perdre leurs pouvoirs. C’est pour cela qu’il faut toujours pousser plus loin, résister, car quand il y aura cette ouverture, ça peut donner quelque chose de très grand.

 

Metal-Eyes : Quelle est alors ta vision du monde en 2020 ?

Justin Sane : Je crois que notre album traite simplement du fait que nous vivons dans une sorte de dystopie. Il existe littéralement des camps de concentration aux frontières américaines, il y a des camps de concentration en Chine, il y en a beaucoup un peu partout dans le monde. Regarde de quelle manière les réfugiés ont été traités en Europe. Que se passe-t-il aujourd’hui, d’un point de vue écologique, économique, humain ? C’est insoutenable et je crois que notre vision est de dire que les enjeux du monde de actuel sont tels que la sortie ne peut pas être positive… Il faut une nouvelle vision de comment faire les choses, et cela commence par reconnaitre que tout le monde a droit à la dignité, à l’humanité. Ce serait un bon point de départ…

 

Metal-Eyes : Allez, cessons d’être sérieux et terminons avec ceci : quelle est ta blague préférée ?

Justin Sane : Ma blague ? Ah, fuck !!!

 

Metal-Eyes : Non, ça, ce n’est pas une blague…

Justin Sane : Comme ça, j’en sais rien…

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que je la pose celle là…

Justin Sane : Elle est super, j’adore. Mon frère est un magicien, et il est aussi maitre en arts martiaux, une sorte de ninja. Il donne un spectacle où il mélange les deux c’est impressionnant, moi ça me fait rire. Ce n’est pas une blague, je sais, m’ais si mon frère était là, il aurait une très bonne blague à te raconter (il explose de rires). Et toi, c’est quoi ta blague préférée…

 

Metal-Eyes : Merde, comme toi, j’en ai aucune qui me vienne ! J’aurai dû m’y préparer aussi ! En tout cas, merci pour cette interview et nous nous reverrons au Hellfest.

Justin Sane : Si on se croise au Hellfest, viens prendre un pot avec moi. Je ne suis jamais trop bourré pour un autre verre (nouvelle explosion de rires) !

 

 

ENTROPY ZERO: Mind machine – a new experience

France, Cyber Metal (Autoproduction, 2019)

C’est une douce voix qui nous accueille à bord du vaisseau Entropy Zero. Elle se nomme EZ (easy, facile) et va nous accompagner au travers de ce voyage au coeur de l’esprit. Ce voyage débute avec un instrumental – Memory process – aux sonorités électroniques qui évoquent immanquablement un vaisseau spatial. La suite, tout aussi basée sur des machines, joue sur les sonorités et ambiances. On se retrouve ici dans un port envahi de cornes de brumes, là au coeur d’un océan déchaîné, là en plein temple tibétain ayant servi de lieu d’exil et d’entrainement à un certain Bruce Wayne, ou encore au cœur d’un salon aux ambiances jazzy et feutrées… Tout au long de ce Mind machine – A new experience, Entropy Zero emporte l’auditeur dans un univers à la fois familier et intriguant inspiré autant par les travaux de J-M Jarre ou de Daft Punk que par la vision propre du trio . Les amateurs de SF se plongeront avec bonheur dans cet univers qui mélange à la fois Alien, Contact, Abyss et d’autres références du genre à un monde plus cyber punk légèrement post apocalyptique à la Terminator ou Mad Max dans lequel un titre comme Vinyl3 apporte un semblant de lueur d’espoir, rapidement contrebalancé par le très mélancolique Pretty little dead thing. Au final, cet album porte vraiment bien son nom: une nouvelle expérience à découvrir et à soutenir.

Interview: ROYAL REPUBLIC

Juste avant leur concert parisien de l’Elysée Montmartre, Metal Eyes est allé discuter avec Jonas et Hannes ravis de se retrouver à Paris, malgré les mouvements de grève. Deux gaillards toujours aussi gentils et passionné avec qui il est toujours agréable de parler.

Interview ROYAL REPUBLIC. Rencontre avec Hannes (guitare) et Jonas (basse). Propos recueillis à l’Elysée Montmartre à Paris le 10 décembre 2019

 

Metal-Eyes : Tout d’abord, Club Majesty, votre dernier album est sorti il y a quelques mois. Quels sont les retours jusqu’à présent ?

Hannes : On a eu de très bons retours. On ne fait pas trop attention aux critiques, mais le public semble aimer ce disque, ce qui est sans doute le plus important, et plus important encore, c’est que nous l’aimons vraiment, nous en sommes super fiers.

 

Metal-Eyes : C’est sans doute plus facile de défendre un album sur scène quand on l’aime…

Hannes : Oui, et les gens le savent quand tu n’es pas à fond. Tu ne peux pas le défendre correctement, ils le savent, tu peux pas leur faire croire des conneries de ce genre…

Jonas : Et nous savions dès le départ, comme pour chaque album, que nous sommes ceux qui resterons coincés avec ces chansons jusqu’à notre mort. Alors, si tu n’aimes pas ce que tu fais… Certaines chansons n’ont pas fini sur l’album parce que nous devons être persuadé que chacun d’entre nous s’amusera à les interpréter. On écrit donc avant tout de la musique pour nous, et tant mieux si les gens l’apprécient.

 

Metal-Eyes : Ce qui signifie que vous composez avec la scène en tête.

Jonas : Oui, mais aussi dans le sens de l’écoute. Si on trouve une chanson bonne, avons-nous plaisir à la réécouter, aussi ? Mais évidemment, une fois que nous l’avons enregistrée, la question est de savoir comment nous allons l’interpréter live. Ce qu’on va y apporter. Et sur cette tournée, on a presque tout fait avec une guitare synthé (il affiche un large sourire).

Hannes : Mais en effet, je dirais que oui, nous écrivons vraiment en vue de la scène. C’est ce que nous faisons, et c’est ce que nous faisons le mieux. C’est ce qui nous a permis d’arriver là où nous sommes. Nous avons parcouru tout ce chemin en tournant, en jouant live. On n’a jamais eu de hit important, de grosse diffusion radio, non… Nous sommes ici grâce à nos tournées intensives depuis presque onze ans. Alors si ça ne fonctionne pas en live, ça ne nous fera aucun bien.

 

Metal-Eyes : Cela signifie-t-il que vous testez vos chansons live avant d’entrer en studio pour les enregistrer ? 

Hannes : Non, et je crois que c’est une des choses que nous devrions faire. Un des axes de progrès, nous retrouver dans un studio de répétition et travailler nos chansons ensemble.

 

Metal-Eyes : Avec du public, pour voir ses réactions ?

Hannes : Oui, ça aussi, mais avant tout, nous quatre et jouer ensemble. Pour cet album, par exemple, nous n’avons jamais joué ces chansons avant de déclencher l’enregistrement. Ce qui est étrange : chacun de son côté enregistre des démos, les envois aux autres, on est soit d’accord soit pas, et si les pouces sont levés, nous continuons de travailler les chansons. Mais toujours à l’ordinateur, programmant des trucs – évidemment, la basse et la guitare, on doit jouer – mais je crois que nous devons (à Jonas) et c’est mon opinion, je crois que nous devrions commencer à jouer nos chansons ensemble dans une même salle avant d’enregistrer (Jonas approuve). Pour nous assurer que ça fonctionne comme nous le voulons, que nous nous sentons bien avec, et, accessoirement, nous les approprier, trouver « accidentellement » ces petites choses qui feront la différence. Les accidents, ça arrive, et parfois, c’est très positif.

 

Metal-Eyes : Comment analyseriez vous l’évolution de Royal Republic entre vos deux dernier albums, Week end man et Club majesty ?

Jonas : Il y a un point commun : il y a toujours eu chez nous ce côté Rock meets disco, un esprit assez dansant

 

Metal-Eyes : Ce qui est encore plus flagrant sur Club majesty…

Jonas : Depuis le premier album, ça a toujours été le cas. Le titres les plus dansants sont ceux qui marchent le mieux, les préférés du public. A partir de là, on s’est dit, après Week-end man, que nous devions aller encore plus dans cette direction dansante. Nous apprécions vraiment ça…

 

Metal-Eyes : C’est plus que simplement du rock’n’roll…

Jonas : Oui, oui !

Hannes : C’est une évolution permanente depuis la toute première chanson que nous avons écrite. Beaucoup de critiques disent que nous avons changé notre son. Je les comprends, mais je ne suis pas d’accord : si tu écoute notre premier album, il y a Full steam space machine avec ce rythme très disco. Depuis le début. Je ne dirais pas que nous avons changé de voie mais que c’est une évolution naturelle depuis le premier jour de notre rencontre, de la formation du groupe. Et je crois que nous avons créé un foyer. Nous sommes vraiment bien avec ce que nous jouons. Nous ne sommes pas un groupe progressif dans le sens où nous aimons tenter des choses, développer… Qui sais, peut-être que le prochain album sera du death metal core ! (rires)

 

Metal-Eyes : Au moins, vous ne vous répétez jamais, il y a toujours quelque chose de nouveau. Et en tant qu’auditeur, je trouve ça important d’être

Hannes : Je le crois aussi, et c’est valable aussi pour nous quatre : tester, nous surprendre… Si nous restons coincés dans une routine, ce ne serait pas bon…

 

Metal-Eyes : Ce qui peut être un des éléments de réponse de ma question suivante. La première fois que nous nous sommes rencontrés, Hannes, c’était dans un hôtel à Paris et Adam (chant, guitare) était présent. Il avait dit que votre première rencontre entre lui et toi, était assez bizarre, que vous n’étiez pas dans le même monde. Comment expliques-tu, et la question s’adresse aussi à toi, Jonas, que presque 15 ans après vos débuts vous soyez toujours ensemble là où tant d’autres formations connaissent de réguliers changements de line-up ?

Hannes : C’est une très bonne question… En fait, c’est assez drôle : Per, Adam et moi étions dans le bus hier soir. Nous disions exactement ce que tu viens de dire : nous sommes quatre personnalités complètement différentes, on se disait que c’est quand même hallucinant que onze ans après on s’entende toujours aussi bien, que nous soyons les meilleurs amis du monde. Et c’est dingue, parce que comme tu l’as dit, notre première rencontre était plus que bizarre. Nous n’avions rien de commun les uns avec les autres, nous étions si différents. La seule chose commune c’était notre amour de la musique et quand nous jouions ensemble ça sonnait si bien !

 

Metal-Eyes : Alors comment expliquez-vous être encore ensemble onze ans après ?

Jonas (il écarquille les yeux) : Du respect mutuel…

 

Metal-Eyes : J’adore le regard de Jonas, ces gros yeux intrigués ! (rire général)

Jonas : Oui, mais il faut dire que le temps passe vite quand tu t’amuses. Ça fait de nombreuses années passées ensemble, mais nous avons été chanceux, bénis, de trouver cette harmonie au sein du groupe, avec le crew sur la route aussi. On est souvent séparés de nos familles, mais sur la route, nous sommes avec notre seconde famille. Et c’est comme dans toute famille, parfois c’est difficile, mais la plupart du temps tu passes de bons moments. Nous sommes comme des frères. J’ai un vrai frère, et parfois on se dispute, d’autres, on est solides. (A Hannes) Comme tu l’as dit, la musique nous lie, c’est notre colle magique.

Hannes : Oui, et nos différences, personnelles et musicales – il y a beaucoup de désaccords et de disputes quand on enregistre, des pleurs… Au final, nous sommes capables de ne retenir que le meilleur de chacun, des opinions, avis, apports et nous finissons toujours par réaliser quelque chose que nous pouvons soutenir, que chacun de nous aime vraiment et dont nous sommes fiers. On s’est demandé comment nous étions parvenus à intégrer autant de disco, mais j’en suis arrivé au point où je n’ai pas envie d’en changer, j’ai peur de ce qu’il pourrait se produire. Tout comme s’il y avait plus de mélodie… Mais une chose est sûre et doit être dite, c’est que nous nous aimons vraiment tous les quatre (Jonas approuve) et nous somme des amis très proches.

Jonas : Aussi parce que chacun de nous aime tant la musique que personne ne veut faire les choses à moitié. Il y a quelque chose de plus que de simplement composer…

 

Metal-Eyes : Alors, si chacun de vous devait ne retenir qu’une chanson de Club majesty pour expliquer ce qu’est Royal Republic aujourd’hui, laquelle serait-ce et pourquoi ?

Jonas : Je dirais… Can’t fight the disco est assez représentative de ce qu’est cet album. Il y a un message dans la chanson, mais aussi ce côté dansant et très rock à la fois. On ne veut que proposer quelque chose d’irrésistible au public. Et le côté dansant est un très bon moyen de voir le gens se dandiner, lever les bras et sourire. On ne veut pas lancer des mosh pits ou des… comment ça s’appelle ? Des wall of death, on ne veut que voir les gens heureux et sourire. Leur énergie nous est transmise, et c’est si bon parce que le pouvoir de la musique est là, même quand quelque chose va mal. Alors on leur rend cette énergie.

Hannes : Pour moi, ce serait… Fire man and dancer est aussi un bon morceau. Je crois que ces deux titres sont ce que nous faisons vraiment de mieux aujourd’hui.

 

Metal-Eyes : Les deux chansons ont trait à la danse… La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, au Cabaret sauvage en 2017, tous trois, Per était avec nous, me disiez que ce type de salle correspondait parfaitement à Royal Republic. Vous jouez ce soir à l’Elysée Montmartre qui a une plus grande capacité. Que pensez-vous de cette salle ?

Jonas : J’adore cet endroit ! Je trouve cette salle superbe, l’architecture est belle, et en France, les salles sont généralement très belles. On est très heureux de la manière dont nous sommes accueillis et traités… Il y a des toilettes, des douches… On ne demande pas la lune, mais il y a des endroits où quand on demande si on peut se doucher, la réponse est « oui, à l’hôtel. 4 kilomètres » ! Et c’est aussi un bon indicateur du fait que le travail paie.

Hannes : C’est plus ou moins la taille idéale pour nous. Quelque part entre 1600 et 2500 personnes, c’est l’idéal : assez grand mais on peu toujours interagir avec le public. Le premier rang n’est pas à 10 mètres de toi.

 

Metal-Eyes : Vous avez pu visiter un peu les alentours ? Pas en métro puisque tout est fermé…

Jonas : Je me suis promené dans le quartier, oui. J’ai trouvé ça super cosy, avec toutes ces boutiques où j’ai pu faire quelques achats pour Noël. Nous sommes venus plusieurs fois à Paris, les deux premières fois nous avons fait les choses typiquement touristiques comme la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe. On a pu voir des choses très touristiques et des bars où les gens vont mourir (rires) !

Hannes : Je suis monté pour voir le Sacré cœur, que j’ai visité pendant une demi-heure. C’est très beau, et une belle balade.

 

Metal-Eyes : Une belle balade, une sacrée montée des marches aussi. La dernière fois que je suis monté, nous avons dû le faire deux fois.

Hannes : Non, pourquoi ?

 

Metal-Eyes : Les personnes avec qui j’ai fait la visite voulaient voir certaines choses. Et une fois redescendus, l’une d’elles me dit « oh, non ! On a oublié d’aller Place du Tertre ». On est repartis, à pieds…

Hannes : Oh non (rire général) ! En plus c’est crevant comme montée !

 

Metal-Eyes : Les concerts ont toujours été très visuels. Qui se charge de vos tenus et de la scène ?

Hannes : Nous créons nos vêtements nous-mêmes. On y réfléchi ensemble, et les lumières, c’est Tommy qui travaille avec nous.

Jonas : Nous, on a l’idée, un budget, on lui en fait part et lui nous dit si c’est faisable ou pas.

 

Metal-Eyes : Dernière question : quelle pourrait être la devise de Royal Republic en 2020

Jonas : « On n’est peut être plus un groupe de rock mais quand on joue, ça rocke ! »

Hannes : C’est pas un peu prétentieux ?

 

Metal-Eyes : Allez, c’est parti pour une dispute !

Hannes : Oui, tu vois ! Tu vois, on y arrive (rires). C’est une question difficile. J’aime bien ça… Attends, quelque chose d’intelligent…

 

Metal-Eyes : Celle de Jonas est catchy, la tienne sera intelligente.

Hannes : Ah, je n’ai rien de court… comme je l’ai dit, j’aime ce que nous faisons et c’est ainsi que je veux continuer car je me sens comme à la maison. Mais je pense que…

 

Metal-Eyes : Ça pourrait être « continuons de faire ce que nous faisons de mieux »

Jonas : Oui, merci ! C’est ça… Nous allons continuer d’évoluer et de nous améliorer.

Hannes : Exactement.

 

MICHAEL MONROE: One man gang

Heavy rock, Finlande (Silver lining, 2019)

Impossible de ne pas finir l’année avec cette touche rock, punk metal, bref avec ce petit bijou que nous offre le trop rare Michael Monroe. Parce que cette année aurait été incomplète si, après avoir eu le bonheur de le rencontrer en interview et de couvrir son concert parisien, Metal Eyes faisait l’impasse sur One man gang, ce neuvième album solo de celui trop connu pour être l’ancien chanteur de Hanoi Rocks. Car One man gang a tout pour plaire à un public varié: de l’énergie, de la mélodie, du rythme, de l’irrévérence, du charme. Bref, tout au long des One man gang, du premier single Last train to Tokyo ou du tristement réaliste Junk planet, la voix éraillée et du Finlandais fait le job. Accompagné d’une équipe de rêve (ok, certains regretteront le départ de Dregen, mais ne chipotons pas), Monroe nous offre rien moins que son album le plus inspiré depuis longtemps. Alors, Noël approchant, qu’est-ce qui vous empêche de faire un heureux de plus?

ROYAL REPUBLIC: Live à Paris (l’Elysée Montmartre, le 10 décembre 2019)

En pleine période de grève des transports qui affecte surtout les Franciliens, je parviens avec patience à rallier la Gare du Nord avant de me rendre à pieds à l’Elysée Montmartre. Une vingtaine de minutes de marche pour retrouver Royal Republic que je dois interviewer avant le concert (interview à découvrir bientôt). Autant dire qu’une fois sur place, j’adopte le principe du « J’y suis, j’y reste ».

La salle se remplit lentement (la foule est encore en train de faire la queue au vestiaire, plus longue que jamais) alors que Blackout Problems entre en scène. Le quatuor allemand – que les fans ont déjà pu découvrir au Forum de Vauréal un gros mois plus tôt, toujours en ouverture de RR – propose un soft rock qui mèle entrain et énergie. Mario Radetski, le chanteur guitariste ne tarde d’ailleurs pas à se mettre le public dans la poche en sautant les barrières de sécurité, avec sa guitare et son pied de micro, pour s’installer au milieu du public qui l’entoure et n’a plus d’yeux que pour lui jusqu’à ce qu’il remonte sur scène.

Souriant et charmeur, le chanteur s’adresse au public dans un français qu’il préfère abandonner, et fait preuve de beaucoup d’humour (j’adore lorsqu’il demande à tout le monde de participer, « même vous là haut, au balcon! – vide, le balcon!) Et il sait s’y prendre, le gaillard lançant, juste avant Queen, des « One two » repris par le public avant d’y aller un français avec des « Un deux » qui ont pour écho « Un deux, un deux trois quatre » de tout un parterre qui saute et danse au rythme de ce rock aux sonorités électro.

Ce concert n’est que le second que donne le groupe à Paris. Mais Mario en profite pour annoncer que Blackout Problems y jouera bientôt en tête d’affiche, le 7 février, au 1999, une nouvelle salle située rue Saint Maur.

 

Si la queue au vestiaire commence à réduire, le public se tasse en salle. Les morceaux choisis pour l’entracte sont assez explicite de la soirée à venir, et en lien avec l’esprit du dernier album de Royal Republic, plus disco que jamais: tous les grands tubes disco des 70’s sont

de sortir, de Upside down à Born to be alive en passant par Heart of glass et Le freak)

Un peu avant l’heure, la salle est plongée dans le noir avec en guise d’intro You sexy thing (Hot Chocolate). Puis le quatre Suédois entrent en scène en costards rutilants,  avec un doublé du dernier album, Fireman & dancer suivi de Can’t fight the disco qui mettent tout le monde d’accord. Le public saute et commence à danser. Adam est en voix et prouvera toute la soirée être dans une forme resplendissante, Jonas très énergique, Hannes plus concentré se lâche avec plaisir, tandis que Per se la joue cool et puissant derrière son kit.

Sur Underwear, Adam fait venir un technicien sur scène pour lui envoyer sa guitare avant de rejoindre Per et s’empare d’une baguette. Les deux proposent ainsi un duo de batterie très sympathique. Puis c’est le trépidant Full steam spacemachine pour lequel Adam incite le public à sauter.

Jonas s’empare d’une guitare synthé pour proposer les intros de Jump (Van Halen) et de The final coutdown (Europe) avant un Stop movin’ irrésistible. Qui a déjà vu Royal Republic le sait, ce groupe donne au public autant que ce dernier lui envoie en retour. C’est un perpétuel échange d’énergie, de fun et de bonne humeur. Adam rapidement présente ses compagnons: « mon ami Jonas, à la basse. Mon ami Per. Et Hannes… l’ami de tout le monde! » avant de se présenter pour la première fois d’un simple : « My name is Adam ».

Tommy Gun débute avec l’invitation que lance Adam à une jeune femme à le rejoindre sur scène. Il lui passe sa guitare, elle joue, lui ne se chargeant que de plaquer les accords. Quelques pas de danse avant la question: « quel est ton nom?  – Julie! – Je m’appelle Adam! » un bisou, et au revoir!

Le concert touche à sa fin et Adam propose au public de faire semblant. Le message est en gros: « On va faire comme si on partait, parce que le rappel est obligatoire. Si on n’en fait pas, on n’est pas payés. Alors on s’en va, vous criez, on revient ». Dont acte, et un final de trois chansons suivie d’un Ace of spades (Motörhead) chanté par Jonas (ça fait drôle de voir un Lemmy aussi classe!) avant que Baby ne sonne la fin des festivités.

Comme à son habitude, le quatuor a transformé ce concert en une vraie fête. Le parterre est devenu dancefloor, et c’est un public heureux qui s’en retourne… faire la queue pour récupérer ses affaire au vestiaire. Un superbe dernier concert de 2019 pour Metal Eyes. Que 2020 nous en apporte plein des comme ça.

Merci à Live Nation et à Roger Wessier.

MASS HYSTERIA: Live Hellfest 2019

France, (plus que du) Metal (Verycords, 2019)

N’ayant pu assister au concert parisien de Mass ce 6 décembre à Paris à cause de la grève des transport, et n’ayant pas encore pris le temps d’en parler, sans doute est-il temps de revenir sur ce Live Hellfest 2019. Annoncé depuis 2018 comme le plus grand concert de Mass Hysteria de tous les temps, la formation de Mouss ne pouvait se permettre de ne pas immortalisé l’événement. La scène cachée derrière un énorme ride blanc flanqué du logo du groupe, le public s’impatiente et exulte lorsqu’est annoncé le nom du groupe. Reprendre mes esprit installe le quintette avant un explosif Positif à bloc sur lequel Mouss invite le public à « tournez, tournez et ramassez ceux qui tombent ». Et d’enchaîner avec World on fire, qu’il dédie « aux gilets jaunes authentiques, et pas à ces enfoirés de black blocks ».
Mass Hysteria bénéficie d’un avantageux créneau – de 22 à 23h05 – lui permettant de jouer alors que la nuit ne s’est pas totalement installée et que le public n’est pas encore tout à fait cramé. Mais cette grosse heure force le groupe à proposer une setlist qui va à l’essentiel. Tous les plus importants titres y passent. De Vae Soli à Contradiction en passant par L’enfer des Dieux (toujours dédié aux victimes du terrorisme et qui me file toujours autant le frisson) et Chiens de la casse, rien n’est laissé au hasard, certainement pas le final composé de Plus que du metal et Furia, classique certes, mais toujours aussi efficace. Les moyens techniques sont sortis pour capturer le plus de scènes possible: chaque musiciens, comme toujours au Hellfest, est au centre des images, au même titre que le public grâce à de belles plongées de Louma et des vues de la grande roue. Mouss cherche le public avec énergie. Une énergie décuplée grâce à des effets de lumière, de fumées et une pyrotechnie omniprésents. Le feu et le Hellfest, c’est une longue histoire, et à la tombée de la nuit, le rendu est encore plus impressionnant.
Si ce CD/DVD est indispensable ne serait-ce que par sa puissance de feu et parce que Mass est aujourd’hui un des meilleurs groupes français de tous les temps, le DVD propose également le concert de Mass au Hellfest en 2013 ainsi qu’un lien vers le concert de 2019 en réalité virtuelle. Une expérience unique qui attirera les plus curieux. Et comme les fêtes approchent eh bien, ce Live Hellfest 2019 constitue un cadeau idéal pour tout amateur de décibels.

LAURA COX live à Paris (Trabendo, le 4 décembre 2019)

 

C’est avec quelques minutes de retard que j’arrive au Trabendo, ce qui me fait rater le début du concert de Zak Perry. L’homme, la tête couverte d’un chapeau, a la peau tannée et ridée, typique de celle qui a trop pris, volontairement ou non, le soleil du sud des USA. Et ce que j’entends semble confirmer cela: un blues rock chaleureux avec un chant qui vient des tripes et des bayous. Plus précisément, le gaillard vient du Missouri où il a fondé son groupe, The Beautiful Things, gang de rednecks au rock chaleureux à la Hogjaw, Whiskey Myers et autres revival 70’s.

Pendant 45′, le combo distille ce rock teinté de hard et de blues, chaleureux et plein de soleil. Pour autant – est-ce dû à mon arrivée tardive ? – je ne retiens pas un air plus qu’un autre. La musique de Zak donne envie de bouger, certes. Bien qu’ayant enregistré un Live sessions from France, il demande un peu maladroitement si « quelqu’un parle anglais ici? », genre, pas totalement faux, en France, on est un pays de bouseux qui ne parlent pas anglais…  Reste que ce concert fut une agréable mise en bouche.

Laura Cox, jeune prodige de la guitare qui sort son second album et célèbre ça en investissant le Trabendo? Le pari est risqué mais au regard de la foule présente ce soir, c’est un judicieux pari car la salle est quasi complète. La belle et son groupe mettent d’ailleurs les petits plats dans les grands. La batterie est montée sur une haute estrade entourée d’un mur d’amplis Orange et les lights semblent présents en nombre. Ce qui sera bientôt confirmé.

Démarrant avec le très direct Fire fire, premier extrait de son nouvel album, Laura se met en voix. C’est sans doute la seule faiblesse de la jeune chanteuse: une voix pas assez agressive. Pourtant, quelques passages (parmi d’autres, le final enragé de sa reprise de Fortunate son dont nous reparlerons) prouve qu’elle peut chanter de manière rauque et rock, et là ça le fait vraiment. Rapidement, elle va chercher le public, avec, au fil des minutes, de plus en plus d’aisance. « Trabendo! Vous êtes là? Je ne vous entends pas! » Elle fait aussi preuve d’humour et de dérision, critiquant parfois le manque de bruit et « menaçant » de partir. Précisant, en milieu de set, « qu’il manque deux choses: de la bière et des watts ». Et hop! Que je t’attrape une bouteille de bière…

Si le show fait la part belle à son nouvel album, le premier, Hard blues shot, est loin d’être oublié. Et l’on sourit avec Too nice for rock n roll que Laura va faire mentir tout au long du concert. D’abord avec sa reprise de Foxy lady de maître Hendrix, puis avec une flopée d’invités qui défilent. Et ça, c’est un signe… Serions-nous en train d’assister à la naissance d’une star? Le quatuor est d’abord rejoint par un guitariste (que je n’ai su identifier et dont le nom m’a échappé), avant d’être rejoint par la chanteuse Mary Reynaud (sur Just another game).

Puis c’est au tour de celui qui est devenu un ami d’intervenir. Nono, mythique guitariste de Trust arrive pour un Fortunate son qui démontre une belle complicité entre lui et la jeune femme. Enfin, dernier titre avant rappel, River voit la venue de l’excentrique Gaëlle Buswell.

Le rappel est composé de trois morceaux désormais emblématiques: Hard blues shot, Freaking out loud et la reprise de Heartbreaker (Pat Benatar) qui voit tous les intervenants du soir monter sur scène et sur les amplis pour offrir un final grandiose. C’est une belle, très belle, soirée que nous venons de vivre, une soirée pleine de très belles promesses. Un conseil: ne ratez pas Laura Cox en juin, au Hellfest. Ce sera une superbe mise en jambe pour ce week end!

Merci à Sabrina et Veryshow d’avoir rendu ce live report possible.

 

LINDEMANN: F&M

Allemagne, Metal (Universal, 2019)

Quelques semaines après une tournée des stades de son autre groupe, Till Lindemann revient avec un nouvel album de Lindemann, F&M, pour Frau & Mann – Femme et Homme. Cette nouvelle collaboration avec Peter Tätgren (Pain, Hypocrisy) qui s’est chargé de toute la composition, Till se concentrant sur les textes et le chant. Pour cette seconde collaboration, le duo a opté pour le chant en allemand, ce qui, immanquablement fait penser à Rammstein. Mais pas que: les mélodies, froides et puissantes aussi. Sauf que F&M est tout sauf un nouvel album de Rammstein. Lindemann trouve, malgré des similitudes (froideur, esprit SM, imagerie malsaine – regardez le livret intérieur, superbe et décadent), son identité et son univers sonore. Et surprend, parfois, comme avec cette intro de Knebel, simple guitare sèche et voix grave sur chant populaire. Un étonnement qui apporte un peu de calme (relatif, attention à l’explosion) au milieu des Steh auf, Ich weiss es nicht ou Blut, particulièrement enjoués. Le morceau titre, fun, démarre avec des « Aïe, aïe, aïe » (sans doute pas écrits à la française…) qui laissent pensif. Ce morceau dénote cependant avec l’univers sombre que le duo met en avant, et introduit l’autre facette de cet album, piochant dans le bal musette (Ach so gern) et autre sentimentalisme romantique (Schlaf ein) avant de retrouver ce qu’on connait si bien ce ce metal mécanique avec Gummi. Une vraie réussite qu’on attend de retrouver sur scène en début d’année. Attention, la date parisienne de la Cigale est déjà complète. F&M est un beau cadeau en cette fin d’année.

HELL OF A RIDE: Nine of cups

France, Heavy rock (Autoproduction, 2019)

Prenez des cow-boys moderne, de grosses bagnoles et un esprit castagneur à la Tarantino. Vous aurez une idée de ce rock lourd et direct que nous propose Hell Of A Ride avec son second album, Nine of cups. Le groupe reprend les aventures de leurs héros déjantés. John Ringsdale, « Mad Dog », a disparu, et les Pussy Riders (!) partent à sa recherche. Sur fond de metal moderne très influencé par le gros son US actuel, HOAR parvient une nouvelle fois à créer un univers sonore puissant et enjoué, chantant et entraînant. Dès les premières mesures de Stand up, le ton est donné: de la rage et de la puissance qui, après quelques hurlements de colère, font place à une voix puissante, rauque et rugueuse. Certains titres évoquent ouvertement Sixx A.M., d’autres lorgnent plus du côté d’un punk US stylé, mais toujours HOAR vise l’efficacité. Reste un mystère: la signification de ce titre, Nine of cups, forcément lié à l’univers du tarot… Reste qu’on embarque volontiers à bord de cet amas de metal, de bruit et de fureur. Hell Of A Ride a un vrai potentiel international, alors faisons croire que le groupe est américain et bénéficie du soutien d’un gros label, voulez-vous?

LES ROCKEURS ONT DU COEUR: The Lunatiks, Missing et So More Chains live

Samedi 30 novembre la salle des fêtes de Saint Jean de Braye, commune voisine d’Orléans dans le Loiret (dans le 45 pour ceux qui préfèrent) accueillait pour la cinquième année consécutive l’association Art’Scenik, organisatrice, au profit des Resto du cœur, de la soirée Les rockeurs ont du cœur. Le principe est simple: 3 groupes sont invités à donner un concert, les sessions inter-plateaux étant animées par un musicien ou un groupe. Et pour pouvoir pénétrer en ces lieux, le tarif est un simple jouet neuf. Une bonne action pour une bonne soirée.

Ce soir sont prévus dans la salle d’une capacité de 300 places The Lunatiks (pop rock), Missing (rock) et So More Chains (metal). Dans le hall, une estrade est installée qui accueille Swing K 1000, trio de jazz manouche qui fait… swinguer le public sur des reprises de tous horizons. Une variété de genres qui attire malheureusement à peine une centaine de personnes. Doit y avoir un truc à la télé…

Avec quelques minutes de retard, Mamirock, organisatrice de la soirée et, accessoirement chanteuse de Missing, ouvre le bal avec un rapide discours remerciant le public présent puis annonçant le premier groupe, The Lunatiks, « dont le chanteur vous sera peut-être familier. On l’a vu à la télé il y a peu ».  Nous y reviendrons.

Composé de 4 jeunes musiciens, The Lunatiks propose un rock pop moderne bien que teinté du son anglais des 60’s. Clem, le chanteur, se fait remarquer par sa voix douce et puissante à la fois, et propose une vaste palette montant souvent et aisément dans les aigus. Multi facettes, il joue également de la guitare et du piano et est accompagné à la guitare du discret et concentré Aymeric, de Lauraine à la batterie et d’un nouveau bassiste qui donne ce soir son premier concert avec le groupe, Max, dont le look de dandy excentrique à la Willy Deville ne passe pas inaperçu.

Du rock à la pop, le groupe séduit un public attentif, et malgré de nombreuses relance, Clem ne parvient pas à faire vraiment se rapprocher les gens de la scène. Il s’amuse des cordons fluo des bouchons d’oreilles, seule chose qui lui permette de distinguer le public. Un léger moment de froid se fait sentir lorsqu’il demande si quelqu’un l’a vu cette année à The Voice, télé-crochet auquel il a participé. Mais non, apparemment personne, ou presque, ne l’a vu. Dommage sans doute que l’asso n’ait pas fait plus de pub autour de ça, cela aurait sans doute attiré plus de gens, plus de jeunes… Reste que The Lunatiks a donné un premier concert des plus sympathiques et fait preuve d’entrain et d’originalité dans son propos musical.

 

Avec Missing, on passe à un autre propos. Le groupe mené par Mamirock (organisatrice de la soirée, faut-il le rappeler?), femme au caractère bien trempé et d’une joyeuseté à toute épreuve, propose un set de reprises d’horizons divers. La grande force de Missing, ce sera dit, est de ne pas proposer de simples reprises mais de retravailler avec soin et humour chacun des titres proposés.  Et pour le coup, il y a bon nombre de morceaux qui forment un véritable jeu de piste, qui sont un mystère jusqu’au déclic qui fait dire: « mais oui! c’est… »

En toute vraisemblance, le groupe est là uniquement pour s’amuser. La paire de guitariste David « le sérieux » et Philippe « le gai-luron » fait des merveilles, ce derniers virevoltant parfois tel Jannick Gers, va chercher le public dans la fosse quitte à se faire rappeler à l’ordre (« Philippe, non! On joue, là » lui lance David) et revenir tel un enfant pris sur le fait (« ben quoi, j’ai rien fait… »)

Le public est plus massif pour acclamer les Shout (Tears For Fears), Billie Jean (Michael Jackson), Hush (Deep Purple) et autre Another one bites the dust (Queen). une mention spéciale sera cependant portée à cette revisitation du titre phare de Eurythmics, Sweet dreams qui voit Mamirock habitée et démoniaque, donnant une toute autre interprétation, à la fois malsaine et très sexuelle, à ce hit intemporel. Là encore, Missing nous a offert une prestation enjouée, fun et entraînante. Un groupe à découvrir ou retrouver le 14 décembre au Blue Devil’s à Orléans.

 

En troisième position, nous découvrons So More Chains, un groupe de metal à la fois thrash et moderne formé il y a deux ans à peine. Le chant est partagé entre Thomas, guitariste et principal vocaliste au chant clair et puissant et Vincent, le batteur, qui apporte quelques touches extrêmes avec des growls bien sentis.

Si les musiciens sont concentrés, chacun fait le job, seul Michael, le guitariste lead, semble se donner à fond. Il reste encore des marques à trouver. La puissance des compos originales jouées rappelle parfois les débuts des grands du thrash, Metallica en tête et j’admire Bring the hell et son intro aux sonorités égyptiennes qui m’évoque The last in line de Dio.

 

Malheureusement, le concert se déroule devant un parterre au public épars. Les jeunes parents sont rentrés coucher les enfants, certains plus expérimentés restent et observent, apprécient. Les titres s’enchaînent avec comme un sentiment de manque de motivation, et c’est bien dommage, car les musiciens envoient sévère, et l’amateur de ce style que je suis se laisse facilement emporter par les riffs puissants et efficaces proposés une bonne heure durant.

Si l’on peut regretter le fait que plus de monde aurait pu se déplacer, on ne peut que saluer l’initiative d’Art’Scenik et la générosité tant des bénévoles de l’association que du public présent et, naturellement, des musiciens venus animer cette soirée. On remet ça dans un an, Mamirock?