BILAN 2020

Eh bien, enfin, la voilà qui se termine, cette année 2020 que personne n’aurait un jour pensé vivre ainsi. Une année gâchée par une nature qui s’en prend même aux animaux, une nombre incroyable d’injustices et un virus invisible et meurtrier qui a remis en cause toutes nos croyances, tout ce que l’on pensait acquis: notre liberté, nos envies de nous réunir, de découvrir, de faire la fête, de nous retrouver en concerts, en festivals, ensemble…

Forcément, c’est un bilan mitigé auquel Metal-Eyes se livre aujourd’hui, en n’espérant qu’une chose: ne pas avoir à réitérer l’exercice dans les mêmes conditions.

Au rang des exercices les plus aisés,  le top 5 des concerts:

1/Sabaton (avec Apocalytica et Amaranthe) au Zénith de Paris, le 7 février 2020

2/ Slipknot (avec Behemoth) à l’Accor Arena de Paris, le 30 janvier 2020

3/DragonForce (avec Frozen Crown et Anthasia) à la Machine du Moulin Rouge de Paris, le 11 février 2020

4/ La première édition de la Firemaster Convention (avec Chris Holmes, Vulcain, ADX et d’autres) à Chateauroux, le 22 février 2020

5/ Toybloïd (avec Slurp) sur la terrasse du Trabendo de Paris, le 23 septembre 2020

 

Au rayon des albums, l’année a été riche, de nombreux groupes en profitant aussi pour peaufiner leurs productions. Alors sans classement, un bref aperçu de mes préférences de 2020:

Black Stone Cherry (The human condition) 

Diamond Head (Lightning to the nations 2020),

Iron Maiden (Nights of the dead: live in Mexico city)

Tyler Bryant and the Shakedown (Pressure) 

Bullrun (Wilderness) 

Avatar (Hunter gatherer) 

Furies (Fortune’s gate) 

Trank (The ropes) 

Def Leppard (The early years 1979-1981) 

Pearl Jam (Gigaton)

Silence Of The Abyss (Unease & unfairness)

Il nous a aussi fallu nous réinventer, nous tous qui aimons aller à la rencontre des musiciens pour les interviewer. Forcément, mars a mis à mal ce plaisir et il m’a fallu trouver d’autres repères pour continuer de discuter avec eux. Phoners, Skype… Ça ne m’a pas empêché d’en mener 10% de plus que l’an dernier. Voici un petit panel des meilleurs de ces moments, mon mini top « interviews »:

Avatar (Skype avec John Alfredsson, le 10 juillet), Trank au quasi complet (Paris, Black Dog, le 10 septembre), Silence Of The Abyss (phoner, le 29 avril. Pour une fois que je peux me moquer des Corses!), Hollywood Undead (Skype avec Johnny 3 Tears, le 15 décembre) et plein d’autres. Mais vivement qu’on retrouve le face à face!

On parle des déceptions de l’année? Non, hein…

Et je ne vais pas vous souhaiter un « bonne année », la dernière fois, ça a foiré! Alors restons simples: je vous souhaite une meilleur année, pleine de belles choses, de grands moments et de retrouvailles. Rock on!

HOLLYWOOD UNDEAD: New empire Volume 2

Metal, USA (2020)

Pour ce second volet de New empire – la première partie est parue en début d’année – C’est une Johnny 3 Tears enjoué et en forme – bien que peu familier avec l’outil – qui se connecte en ce 15 décembre à Skype pour s’entretenir avec Metal Eyes et nous parler du petit nouveau des enfants terribles de Hollywood Undead. Premier constat: New empire vol. 2 est beaucoup plus pop que son prédécesseur. Dansant et enjoué de bout en bout, presque du soft punk pour ados… C’est pourtant bien là l’esprit festif des Américains qui ne se sont jamais cantonnés à un seul style. Quelle est la situation sanitaire à Nashville?  » Bien meilleure qu’à LA, les gens portent le masque (note: ce qui pour H.U est plutôt habituel…), je crois que seuls les cinémas ont dû fermer, mais je m’en fous parce que j’en ai rien à battre du cinéma actuel! » La crise sanitaire a-t-elle cependant eu un impact sur la sortie de l’album? « Oh oui! Vol. 2 devait sortir au mois de mars ou avril. Quand le volume 1 est sorti, on était en tournée en Europe. Le show de Paris est le premier que nous ayons annulé. On s’est donc retrouvé à la maison sans trop comprendre ce qu’il se passait… On ne pensait même pas à cet album. Le côté positif, c’est que nous avons pu composer de nouvelles chansons pour Vol. 2. On a retiré  celles qui, selon moi, étaient à chier pour les remplacer par de meilleures. Les labels étaient fermés aussi, ce qui explique que Vol. 2 ne sorte que maintenant« . Johnny confirme que le Vol. 1 est beaucoup plus agressif, tant dans les riffs que dans les textes. « Nous voulions quelque chose de vraiment heavy. Pour Vol. 2, on voulait quelque chose de plus soft et passe partout sans pour autant préméditer quoi que ce soit« . D’ailleurs, pour célébrer cette sortie, H.U donnait une House party le 18 décembre – « ce qu’on faisait quand on était étudiants et qu’on a commencé: jouer dans le salon des potes. Ça me manque un peu, boire 3 litres de bière et foutre le bordel dans le salon et voir les parents en colère! » Quelle évolution Johnny 3 Tears voit-il entre le précédent album, Five, et la doublette New empire? « Il n’y a pas d’évolution pensée. En tant que personnes, nous sommes tous amenés à évoluer, en fonction de tes sentiments, de ce qu’il se passe dans ta vie. Ce qui arrive à chacun d’entre nous se retrouve quelque peu sur l’album. Mais rien n’est prémédité. » La particularité de Hollywood Undead réside, entre autre, sur le grand nombre de chanteurs. Comment le choix de qui chante quoi se fait-il? « Mmhhh… nous avons des voix différentes, une partie du choix se fait en fonction de la tonalité du titre. Je m’occupe de ce qui est plus heavy, Danny est ténor, il s’occupe de ce qui est plus haut… Et puis tu sais, live, on change toujours, on échange nos instruments… Ca dépend vraiment de la chanson et de ce que ressent chacun. On fait en sorte de rester le plus naturel possible sans dire « toi tu fais-ci, moi, ça« … » H.U étant un groupe festif, ce Vol. 2 voit quelques invités de marque, dont Papa Roach avec qui le groupe était en tournée au moment des confinements mondiaux. « La plupart des morceaux avec des invités sont lié au Covid… On ne le fait pas d’habitude, sauf une fois, avec B-Real de Cypress Hill. Mais tous les musiciens qu’on connait étaient comme nous: coincés chez eux. Alors plutôt que de ne rien faire, on s’est tous mis au boulot! Toutes les chansons étaient prêtes, nous avons pu les modifier. D’habitude, c’est compliqué de nous réunir: quand nous enregistrons, d’autres sont sur la route, ou en train d’enregistrer, donc pas disponibles. Ou l’inverse… Mais là, tout le monde était là, avait envie de bosser, ce qui explique qu’il y a autant de monde. On a tous enregistré à la maison. Le seul déplacement que nous ayons fait, c’est pour tourner la vidéo avec Tech-9 qui ne voulait pas bouger. » Quelle chanson de Vol. 2 représente-t-elle le mieux ce qu’est aujourd’hui Hollywood Undead? « Mec, elle est compliquée ta question! Elle est bonne, frangin! Sur Vol. 2? La plus représentative? Je dirai Monsters, parce que je pense que c’est celle qui contient le plus de notre passé, elle explique d’où nous venons, les raisons qui nous ont amenés à faire de la musique« . Ok, et quelle serait la devise de H.U – à part Fuck Covid? « ah, ah! je crois que celle là, c’est la devise de tout le monde en ce moment! Je dirai « Vis l’instant présent ». Je crois que les gens se prennent bien trop au sérieux. Et si tu te prends trop la tête avec ce qui s’est produit il y a 5 ans, ou si tu prévois ce qui peut se passer dans 5 ans, tu perds ton temps« . Hollywood Undead aime la fête et Johnny conclue avec un simple « j’espère qu’on se retrouvera bientôt, qu’on se verra au Hellfest qui est vraiment mon festival préféré« .  Avec la reconnaissance du groupe en France, c’est vraiment tout le mal que nous puissions nous souhaiter!

STUBORA: Vision obscure

France, Heavy metal (auto production, 2020)

A peine un an après avoir publié son dernier album, Horizon noir, les Français de Stubora reviennent avec un EP, Vision obscure. Reprenant les codes visuels du précédent méfait (un triangle équilatéral dont, dixit Cyril, chant et guitare, avec qui Metal Eyes s’est entretenu le 15 décembre dernier, « chaque côté représente un membre du groupe, chacun ayant la même importance que les deux autres. Chacun a son rôle, mais chacun a le même poids dans chacune des décision du groupe » et un fond sombre), ce 6 titres n’était au départ pas prévu aussi vite. « En novembre 2019, on pensait avoir du temps devant nous pour tourner et assurer la promo de Horizon noir. On a mis en place le set, le matos… on avait tout prévu, et là est arrivé le virus. Et ça fout tout en l’air. on se rend compte que les concerts ne vont pas reprendre (…) On s’est dit qu’il fallait qu’on reste actifs pour continuer de faire vivre cet album sur lequel on avait travaillé 2 ans. On a décidé de faire cet Ep, dans la continuité de l’album, comme une extension de l’album.Faire quelque chose pour continuer d’être présents« . Le titre lui même, Vision obscure, se veut dans la continuité de l’album, mais il a aussi été inspiré par la crise sanitaire. « Horizon noir, à l’époque, reflétait le futur qu’on envisageait, mais on était loin d’imaginer la situation à venir. Avec le confinement et tous les problèmes sanitaires, ce n’est plus l’horizon qui est noir, c’est le présent! » Musicalement, Stubora reste fidèle à lui même: du heavy mélodique mixé au rock et au thrash, deux chanteurs – Cyril et Mick – aux styles différents et complémentaires. Les 5 titres – plus une reprise – transpirent de cette « envie et de l’énergie » dont Cyril fait part, même s’il « n’y avait rien de prévu ou de déterminé avec cet Ep. »Pour autant, Stubora, bien que trio, n’a pas eu l’opportunité de se réunir pour l’enregistrement: « On habite à 2 ou 300 km les uns des autres, on a commencé à travailler à distance. On avait commencé pendant le confinement et, heureusement, les réseaux sociaux nous aident à vraiment travailler à distance! » Chacun a pu enregistrer dans son home-studio, ce qui a permis de développer de nouveaux modes de travail. « Quand ils ont commencé à annoncer la 2ème vague (…), on a mis en place tout un processus de production (…) On se retrouve vraiment bien dans ce qu’on voulait faire, et le seul challenge, ça a été de condenser tout ça en 4 mois« , le temps que s’est assigné Stubora pour réaliser cet Ep. Le trio a également décidé de reprendre Cerveau limité, un de ses propres titres qui figurait sur l’album précédent. Pourquoi ce choix? « On ne voulait pas d’un Ep avec un ou deux titres… Pendant le confinement, Mick avait repris Soleil noir en acoustique, et on s’est dit qu’on pouvait en effet faire une ou deux reprises. Mais de manière différentes. J’ai proposé de faire un remix de Cerveau limité, qui est un des titres forts de l’album, et de lui donner une autre couleur, laisser plus de place à des choses qui attirent peut être un peu moins l’oreille« . Mais il y a également des nouveautés qui marquent une évolution: « Atta, 451,  qui a un texte historique, ce qu’on n’avait jamais fait, un remix, nouveau aussi. » Tout en restant dans son univers, Stubora a en effet réussi à avancer et se réinventer quelque peu. Difficile cependant de ne retenir qu’un titre pour expliquer ce qu’est Stubora aujourd’hui… « Tu ne peux pas résumer Stubora à un seul titre, il en faut au minimum 2. Le coté un peu plus thrash de Atta 451 et celui un peu plus rock, heavy qu’il ya sur Vision« . A bien y réfléchir, c’est logique, chacun des chanteurs ayant un style différent, il faut bien que chacun soit représenté. Concluons donc avec la traditionnelle question: quelle serait la devise du groupe? « Ah! Ce serait « Ne lâche rien », parce que le groupe existe depuis 1996, a sorti son premeir album en 1998. En 2020, on est toujours là. On n’est pas un groupe international, mais on ne lâche rien et on est toujours là. Quand on commence, on ne se rend pas compte de tout ce qu’il faut faire, de tous les efforts pour rester. La passion qui nous tient, donc il faut se donner, et s’adapter – on le voit bien en ce moment! On a toujours le même état d’esprit depuis l’album Résurrection,en 2015« 

SINS OF SHADOWS: The master’s way

Power metal, France (Autoproduction, 2020)

Une pochette attirante, que n’aurait certainement pas renié le Grateful Dead. Un nom de groupe si petit – Sins Of Shadows dont le nom est emprunté à un titre des Américains de Symphony X – que je l’ai confondu avec le titre de l’album – The master’s ways. Et puis ces premiers riffs comme pompés sur un classique de Megadeth. Ok pourquoi pas, tant qu’il ne s’agit que d’introduire son propos en interpellant l’auditeur. Seulement… Oui, déjà, « seulement »: dès le morceau titre qui ouvre l’album, le son est d’un autre âge… Comment, aujourd’hui, sauf si c’est volontaire, une formation peut-elle proposer un CD qui sonne comme une démo des 80’s enregistrée sur un 4 pistes dans un garage? Forcément, l’équilibre sonore n’y est pas (est-ce un hasard si l’acronyme est SOS?).  Et je me dis que l’écoute va être compliquée… Pourtant, maintenant que le négatif est cité, musicalement, il y a de l’envie et de la matière, même si Sins Of Shadows ne réinvente pas la machine à courber les bananes. Les rythmiques enlevées – double es-tu là? – le chant féminin clair et les guitares rageuses laissent entrevoir des compositions qui puisent autant dans le power que dans le metal symphonique. SOS Les ambiances peuvent être aussi sombres (Not in my world) que rythmées (A man in the crowd) ou speedées (Today’s the day et ses riffs à la Maiden – peut-être un peu trop, même…). L’instrumental The mountain montre un visage plus progressif du combo, confirmant au passage la variété de ses sources d’inspirations. Si musicalement Sins Of Shadows est très moderne et actuel, il sera difficile de passer outre l’écueil de la production. Une erreur à ne pas commettre à l’avenir en confiant cette tâche à quelqu’un dont c’est le travail. C’est d’autant plus dommage qu’il y a de la matière.

SANCTUARY: Resilience

France, Black/Death (Autoproduction, 2020)

Formé en région parisienne, Sanctuary propose un premier Ep en 2016, suivi d’un premier album en 2018. Remarqué sur la scène black, le trio puise son inspiration chez Behemoth, Anorexa Nervosa Immortal ou le Opeth des débuts. Ses compositions, variées, aux sonorités symphoniques, tapent fort, et varient les tempi tout au long du nouvel album, Resilience. C’est la force de Sanctuary, mais voilà… Ceux qui me connaissent le savent, je n’aime pas ce type de « chant ». Si musicalement, je ne peux que reconnaître l’efficacité des compositions, puissantes, sombres et diversifiées, je n’arrive pas à trouver du plaisir. Musicalement intéressant, avec des intros et des ponts souvent calmes, légers et aériens, parfois inquiétantes, à d’autres moment feutrées comme dans un club de jazz, mais qui cachent un océan de noirceur explosive vocalement ça me repousse… Et puis ce logo aux extrémités quelque peu discutables, un S et un Y dont la forme rappelle autre chose, une politique nauséabonde… Provoc’ ou idéal? Vraiment pas pour moi… Je laisse ma place aux amateurs du genre.

DIAMOND HEAD: Lightning to the nations 2020

Heavy metal, Angleterre (Silver lining, 2020)

Certains célèbrent l’anniversaire d’un album en en proposant une version remastérisée, rehaussée de faces B et raretés, d’autres en organisant un tournée dédiée pour jouer l’album dans son intégralité. Plus rares sont les formations qui choisissent de réenregistrer l’opus dans sa totalité. C’est ce que nous propose aujourd’hui Diamond Head, pilier de la NWOBHM, avec ce Lightning to the nations 2020. Ce choix s’avère rapidement plus que judicieux. Bien plus « coup de jeune » que « lifting », cette nouvelle version s’avère fidèle à l’originale – d’abord connue sous le nom de White album à sa sortie en 1980 avant d’être rebaptisées Lighning to the nations au détour d’une réédition – désormais introuvable. DH a démontré avec ses dernières livraisons (impossible de passer à côté de The coffin train paru l’an dernier) être en forme et ses musiciens unis. Le chant de Rasmus Bom Andersen est plus juste que ne pouvait l’être la version originale chantée par Sean Harris, c’est la différence la plus notable. L’esprit originel est conservé et embelli, et la production renforce et modernise la puissance de ces titres. Diamond Head ne se contente pas seulement de reprendre ses propres titres, il en rajoute 4, et non des moindres. Bouclant la boucle, c’est au tour de Brian Tatler (guitare), fondateur du groupe et seul membre originel, de reprendre Metallica avec un morceau emblématique de son premier album, No remorse. Un juste retour des choses lorsqu’on se souvient que Lars Ulrich et James Hetfield, fans ultimes du combo anglais, ont repris avec Metallica une bonne moitié des titres de cet album (Am I Evil?, Helpless, It’s electric). On y trouve également le légendaire Immigrant song (Led Zeppelin), Sinner (Judas Priest) et le moins connu Rat Bat Blue (Deep Purple). Des défis au regard de la popularité et de la variété des chanteurs d’origine, défi dont se sort brillamment Rasmus. Ce Ligntning to the nations 2020 est une parfaite opportunité pour redécouvrir un des mythes qui a construit ce Heavy metal qui nous est cher, alors pourquoi se priver? Superbe de bout en bout. Joyeux Noël!

IHSHAN: Pharos

Norvège, expérimental (Candlelight, 2020)

Après un Telemark explorant les côtés plus sombres et violents, Ihsahn revient avec son pendant lumineux et calme. Pharos, tout comme Telemark propose 3 titres originaux et 2 reprises. Mais le chanteur prend ici un virage radical par une exploration soft et aérienne de sa musique. Même si le propos est sombre, la douceur d’une gravité presque mélancolique de Loosing altitude et ses touches symphoniques entraînent l’auditeur dans une exploration sonore reposante. Spectre at feast a quant à lui de belles intonations pop – qui expliquent sans doute le choix de reprendre Manhattan, skyline, des voisins suédois de A-ha, reprise teintée de claviers très 80’s qui se fond parfaitement dans l’ensemble. Le morceau titre, Pharos, s’inspire plus d’ambiances jazzy, tout en, comme l’évoque la peinture qui illustre ce disque, montant en puissance dans une lourdeur de plus en plus sombre. Roads, reprise de Portishead, offre une guitare sobre et un mélange orchestral de cordes pour un résultat sensible et écorché. En deux Ep, Ihsahn démontre comme il sait si bien le faire ne jamais être là où on pourrait l’attendre ou le souhaiter. Ombre et lumière, nuit et jour, black metal et soft rock, le Norvégien dévoile encore une fois sa sensibilité. Prenant.

BLACK STONE CHERRY : The human condition

Hard rock, USA (Mascot records, 2020)

Si, avec Kentucky (2016) et Familly tree (2020), Black Stone Cherry confirmait revenir à son hard rock teinté d’influences sudiste quelques temps délaissés sur son opus précédent – Magic mountain (2014) – le quatuor le plus stable de l’histoire du rock US cherche, avec The human condition et sa pochette grave – les visages des quatre membres du groupe évoquent pauvreté, misère, vie dans la rue… – à se renouveler tout en conservant son identité sonore. Dès Ringin’ in my head, le groove et le funk font se dandiner l’auditeur. Il faut attendre Push down & turn pour trouver les premières traces de guitares furieuses. Chris Robertson est particulièrement en voix, ses échanges de guitares avec Ben Wells particulièrement efficaces. La rythmique, elle, se réinvente totalement, la basse de Jon Lawhorn cherchant le groove qui tue sans jamais trop en faire, tandis que John Fred Young n’est jamais avare de trouvailles qui interpellent. Black Stone Cherry a toujours proposé des moments rock et d’autres plus tendres comme des hommages (When angels learn to fly), des chansons d’amour (In love with the pain) ou des ballades (If my heart had wings). Avec son riff hypnotique, Live this way est sans doute le titre le plus heavy du lot, avec Don’t bring me down, tandis que Ride sonne très road song avec un riff heavy européen des 80’s. Si Black Stone Cherry sait parfaitement composer des chansons efficaces et qui font mouche, parfois un peu trop typées radio ou gros son rock US, le groupe prend un certain risque en cherchant à se renouveler, et y parvient haut la main. C’est sa force: se réinventer sans trahir son identité, ses racines et ses influences.

SEETHER: Si vis pacem para bellum

Metal, Afrique du Sud (Spinefarm, 2020)

« Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Ainsi va cette locution latine – Si vis pacem para bellum –  qui nomme le nouvel album des Sud Africains de Seether. Le message est non seulement clair, mais il est d’actualité. Et dès Dead and done, le morceau introductif, le ton est donné: des guitares furieuses, un rythme enlevé, un chant qui évoque toujours un certain Cobain cette fois doublée de colère non retenue. Le groupe franchit ici une nouvelle étape en proposant un hard rock grungy et sacrément burné qui, au cours des 13 morceaux ne se répète jamais. C’est puissant et direct, tout en restant mélodique. La pochette, version négative de Poison the parish (illustration blanche ensanglantée sur fond noir vs. illustration sombre sur fond clair). Le chant de Shaun Morgan – qui s’est également chargé de produire l’abum – est varié, hargneux, doux et enragé, autant que les guitares, qu’il tient avec Corey Lowery sont variées, aériennes et entraînantes. Seether n’a aujourd’hui pas le succès qu’il mériterait pourtant. Cet album, qui se laisse écouter d’une traite, est pourtant la preuve du gage de qualité et de variété qu’est Seether.

BULLRUN: Wilderness

France, Hard rock (Autoproduction, 2020)

Découverts en 2017 avec un premier Ep – Dark amber – efficace et varié, les Français de Bullrun reviennent enfin avec un nouveau méfait, Wilderness, un autre EP au propos plus heavy. Au travers de ces 6 nouveaux titres, le trio confirme son potentiel tout en affirmant son identité sonore et son orientation musicale. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons dû patienter trois ans, le groupe explorant les sonorités et se cherchant, mais semblant désormais s’être trouvé. Le résultat est un Ep plus compact et cohérent, plus foncièrement heavy, rugueux et rentre dedans. Downtown met les choses au clair dès le départ: on n’est pas loin des relents de bières et de clopes qui pouvaient définir un Motörhead des 80’s. Wilderness, saccadé et furieux évoque plus Maiden ou Metallica tandis que Fire and hate – objet d’un premier clip chiadé et superbement mis en scène – achève de rompre des nuques. Redemption day se démarque quelque peu avec une intro un peu southern rock, le heavy se réimposant avec Roll your dice et Dust and sand. Avec Wilderness, non seulement Bullrun fait preuve de maturité mais donne l’impression de vouloir explorer le monde. Et le potentiel est là: une voix profonde, puissante et rageuse, un anglais parfaitement maîtrisé, véritable atout, une mise en son exemplaire, une envie de partage, des ambiances très US assumées. A quand la scène et un album complet???