Interview SLEEPING ROMANCE

Interview SLEEPING ROMANCE : entretien avec Lina (chant) Propos recueillis par téléphone le 23 janvier 2023.

Metal Eyes : C’est la première fois que nous échangeons, et comme je découvre Sleeping Romance avec ce nouvel album, peux-tu me raconter l’histoire du groupe ?

LinaSleeping Romance est un groupe qui a été fondé en 2013 par Frederico. C’est un groupe italien à la base de metal symphonique, avec une touche de power metal. Deux albums sont sortis et en octobre nous avons publiés le troisième, We are all shadows qui cherche une autre identité musicale, un peu plus new metal. On est un groupe de 5 personnes, deux guitaristes, un bassiste, un batteur, et moi-même au chant depuis 2020.

Ton parcours avant de les rejoindre, c’était quoi ?

J’ai toujours chanté, mais avant j’étais avec un groupe parisien, en 2016. C’était plus un groupe de heavy mélodique, on n’avait pas de grandes ambitions, on jouait avant tout pour nous. Et un moment est arrivé où je me suis posée des questions, je me suis demandé si je n’allais pas approfondir tout ça, et c’est à ce moment que j’ai vu l’annonce qu’ils ont postée, après la séparation avec l’ancienne chanteuse. Jusque-là, tout se passe super bien. Je suis en contact avec eux depuis le premier confinement, on a annoncé que j’avais rejoint le groupe en novembre 2020, mais ça faisait déjà 6 mois qu’on travaillait ensemble. Et tout se passe vraiment bien, tout le monde participe, chacun a son rôle…

We are all shadows est sorti en octobre. Pourquoi n’en faire la promo que maintenant ?

On s’est dit qu’avec toutes les sorties qu’il y a en ce moment, on risquait d’être noyés sous la masse. On n’est pas un gros groupe. Donc on a préféré garder la promo pour le moment où on jouerait en France. Et comme on a des dates les 25, 27 et 28 février, à Nice, Lille et Paris, on a préféré axer la promo maintenant. A Nice, ce sera à l’Alterax, à Lille, la BratCave et à Paris, on sera à l’International. Des petites salles, mais comme ce sont nos premiers concerts en France, on préfère ne pas être trop ambitieux, on fait ça de manière conviviale. On a aussi un concert prévu aux Pays Bas, au Female Metal fest, le 30 avril. On a joué aux Pays bas en 2022, j’ai beaucoup aimé et j’ai hâte d’y retourner. On jouera aussi au festival 666 à Cercoux cet été. Là aussi un festival qui prend de l’ampleur. Et puis il y a un autre festival prévu, mais je n’ai pas encore le droit d’en parler…

Tu n’as pas le droit d’en parler, ok. C’est un festival en France ou ailleurs ?

En France.

Bon, ça nous donne déjà une indication même si on ne va pas tout miser sur un seul nom… Un concert de Sleeping Romance, ça donne quoi ?

Ouf ! On bouge tout le temps, c’est très explosif, il y a beaucoup de headbang. Les nouveaux morceaux prennent une tout autre ampleur en live et je pense vraiment que ça vaut le coup de venir voir ce que ça donne. Ce n’est pas un moment qui vient illustrer l’album, c’est plutôt un moment qui ajoute quelque chose aux morceaux.

Si tu devais décrire la musique de Sleeping Romance à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, que dirais-tu ?

Je dirais que c’est un Evanescence en plus moderne puisqu’il y a aussi, à certains endroits, du chant saturé, avec un peu moins de touches électro qu’Evanescence n’en a. C’est une sorte de mix entre le Evanescence d’avant et d’aujourd’hui en un peu plus saturé.

Il y a aussi des touches de Rammstein selon moi. Qu’en penses-tu ?

Alors… Rammstein n’est pas une influence que m’a citée Frederico, mais les groupes qui l’ont influencé ont, eux, une influence Rammstein. C’est probable qu’il y ait un lien, oui ! Architects, Katatonia, Leprous… Tout se rejoint.

Il y a aussi un peu d’Apocalyptica dans les constructions mélodiques…

Oui, c’est vrai. Maintenant, on a aussi du violoncelle, on a travaillé avec un quatuor à cordes, donc, oui, le lien est normal. Mais il y a tellement de choses dans notre musique. Quand on n’a que quelques minutes pour parler de nous, on préfère mettre l’accent sur ce qui nous réunit.

Vous faites des économies de temps, ok, mais aussi d’encre puisque vous avez décidé d’intituler vos chansons par l’acronyme de chacune d’elle (elle rit). En dehors de l’esprit prog, il y a une raison particulière à ce choix ?

C’est complètement l’esprit prog ! C’est parti d’une réflexion : à chaque fois qu’on parlait des titres entre nous, on ne les appelait jamais par leur nom complet, on n’utilisait que les initiales. Smoke and mirrors, on disait SAM… On a gardé cette habitude et on s’est dit que ce serait marrant de le mettre aussi sur la pochette de l’album. En plus, c’est vrai, ça fait un peu prog !

Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour présenter votre musique, lequel choisirais-tu ? Pas ton préféré, seulement le plus représentatif de l’esprit de Sleeping Romance.

Sans hésiter Smoke and mirrors. Parce que je pense que c’est le plus efficace et le plus complet de ce que l’on fait, il y a du prog, des passages un peu plus… vulnérables, d’autres plus agressifs, et il montre qu’on ne veut pas rester dans une structure figée. Pour moi, c’est le plus complet tout en restant efficace. Je trouve qu’il y a beaucoup de groupes de prog qui peuvent être difficiles à appréhender pour quelqu’un qui ne s’y connait pas, et ce titre permet cette accessibilité.

SI tu devais maintenant penser à une devise pour le groupe, pas un acronyme, s’il te plait, ce serait quoi ?

Je dirais simplement « surprise ! » Parce que, clairement, depuis que Federico a décidé d’aller dans cette nouvelle direction, il cherche à surprendre, à aller là où on ne l’attend pas. On a dit pendant longtemps sur les réseaux sociaux qu’on allait changer de direction, et les gens ont quand même été surpris quand on a sorti l’album ! Je pense même que les gens ne sont pas au bout de leurs surprises.

 

WORKING KLASS HEROES: No excuses, no remorses

France, indus/electro (Autoproduction, 2022)

Interview Working Klass Heroes. Entretien réalisé le 5 décembre 2022 avec Fabien (guitare)

Working Klass Heroes s’est « formé en juin 2010 à Perpignant. Jusqu’en 2015, on était un groupe plus power rock dans le style de Bukowski un peu teinté de metal. Il y a ensuite eu un changement de line-up avec l’arrivée d’un nouveau chanteur, d’un nouveau bassiste et d’un batteur. » C’est ce line-up qui, trois ans plus tard, publie son premier album. Mais arrive 2020 et le confinement pendant lequel « le bassiste et le chanteur sont partis. Ils ont voulu arrêter. Le chanteur à la base est batteur dans un autre groupe et il a préféré retourner vers la batterie. De notre côté, on a profité de la période pour commencer à recomposer et il y a eu l’arrivée d’Adrien, le nouveau chanteur et du nouveau bassiste, Chris, qui est le cadet du groupe, un p’tit jeune de 20 ans. »

L’album est sorti au mois de mars, il est donc assez étonnant de n’en faire la promo que maintenant… Fabien s’en explique : « notre batteur est tombé malade à cette période. Il a eu un cancer de la peau et il a dû se soigner, de la chimio, des laser… Nous, avant d’être un groupe, on est une grosse famille. On a un peu levé le pied et on l’a laissé se soigner. Il va aujourd’hui beaucoup mieux, et on a décidé ensemble de reprendre la promo. »

WKH a intitulé cet album, composé de 11 titres brutaux et très teintés indus/electro agrémentés de quelques touches de death, No excuses, no remorses (ce qui fera sans doute sauter n’importe quel anglophone, Remorse étant généralement à la fois singulier et pluriel dans la langue de Shakespeare et ne prenant la marque du pluriel que pour exprimer divers type de remords. Fin de la leçon, penchons-nous plutôt sur le contenu musical). Comment Fabien décrit-il la musique de Working Klass Heroes ? « Je dis qu’il s’agit d’électro dance metal ! On s’est penché sur le côté electro parce que, dès le premier album, on avait un clavier/machiniste dès le premier album et on n’avait pas exploité toutes les capacités de l’electro. Nos influences font qu’on s’est dirigés dans cette voie. Nos influences ? Ça va de Mass Hysteria à Ministry, en passant par Crossfaith et Prodigy… » On pourrait aussi affilier WKH à ses compatriotes de 6/33, Herrschaft, Punish Yourself, Shâargot… « Oui, mais on a aussi ce côté un peu plus metal qu’on retrouve chez Mass Hysteria ou Sidilarsen. Maintenant, dans le groupe, on a tous des influences différentes, comme Red Hot Chili Peppers, le rock 70’s… on a mis nos influences en commun et ça a donné cet album, un disque plus festif que le précédent. Ce qu’on veut, c’est nous amuser ». S’amuser, oui, mais ça reste dans l’ensemble un disque violent avec quelques passages fédérateurs comme ces « oh oh oh », sur Holy diva qui cache un passage en français – ou celui qui sera obligatoirement bippé et censuré si l’album sort aux USA puisque Children of the porn débute avec un « Come on fuck me » provocateur. Reste que, au-delà de cette brutalité, les guitares sont incisives, la rythmique enlevée et beaucoup de passages sont assez hypnotiques comme une invitation à la transe, d’autres se faisant plus groovy comme sur the end is nigh.

Contrairement à ce que le nom du groupe évoque – les héros de la classe laborieuse – les textes n’abordent pas de sujets politique, mais plutôt des choses du quotidien, la fête et la vie. D’ailleurs, si Fabien devait ne retenir qu’un titre de cet album pour convaincre d’écouter cet album, il retiendrait « The queen of the dancefloor, justement parce que c’est la fête, un titre qui dit qu’on est là pour s’amuser, pour le partage ». Dans le même ordre d’idées, quelle pourrait être la devise de Working Klass Heroes ? « Comme je le dis toujours, ce serait « venez prendre de l’amour dans nos concerts » simplement ! ». Ah, ouais ? Mais il est brutal, l’amour là ! (il rit) « Oui, mais ce n’est que de l’amour, rien d’autre ! »

AIRBOURNE live au Zénith Paris la Villette – le 28 novembre 2022 (avec Blues Pills)

Oh, la, la… Attention les cocos… On nous avait parlé d’embouteillages au portillon, on ne nous avait pas menti. Après deux années de disette, les voici tous qui déboulent pour donner des concerts et le choix est rude… La veille, Bercy accueillait Evanscence et Within Temptation tandis que le Zénith recevait Powerwolf,  Deux concerts apparemment complets sans compter que, le lendemain, c’est Nightwish qui investit aussi Bercy…. Et ce soir, oh, ce soir! Ce soir, dès l’approche du Zénith Paname La Villette, ça sent la testostérone, la bière et le poil viril dans ce Zénith qui accueille, en petite configuration, les Australiens d’Airbourne. Un groupe qu’on ne vient pas voir par hasard. Airbourne, c’est la garantie d’une soirée rock’n’roll simple et directe, et on sait ce qu’on vient chercher.

Initialement annoncés, Crobot n’est pas à l’affiche de ce soir. Heureusement, le peu de douceur féminine prévue est bien présent avec les Suédois de Blues Pills mené par Une Elin Larsson en toujours très grande forme. La chanteuse se dépense sans compter dès ses premiers pas sur scène, allant chercher le public où il se trouve avec force sourire et pêche énergisante.

Et une tenue quelque peu plus sobre que celle portée au Hellfest en juin dernier (rappelez-vous ce superbe justaucorps rouge transparent!) Toute de noire habillée, Elin danse, chante et se déhanche sur ces morceaux ultra groovy que sont Low kiss, Kiss my past goodbye ou Devil man.

Les 45 minutes allouées au quatuor passent à grande vitesse. A peine le temps d’interpréter 9 titres, soit une chanson de plus qu’au sus mentionné Hellfest, les 8 autres identiques mais joués dans un autre ordre, à peine le temps de se mettre en jambe que déjà, les 4 tirent leur révérence sous les acclamations d’un public largement conquis. Une belle et très joviale prestation, en somme. Et on se demande vraiment quand ce groupe passera au stade supérieur et sera autre chose qu’une simple première partie…

Mais le public est avant tout là pour Airbourne. La musique de Terminator et les balayages rouges annoncent l’arrivée des frangins O’Keefe et de leurs compagnons de jeu. Comme (presque) toujours, c’est sans surprise Ready to rock qui ouvre les hostilités (autrement, c’est Raise the flag. Pas d’autre choix…).

Si Joel O’Keefe, toujours simplement vêtu d’un jean noir arraché aux genoux, attire à lui la très grande majorité des regards, Justin Street (basse) et Harry Harrison (guitare) se démènent pour ne pas être en reste. Ca headbangue, ça tape du pied et ça court dans tous les sens, déployant une énergie folle, Joel s’offrant même, ça nous rappelle l’ancien temps de qui vous savez, un tour dans le public perché sur les épaules d’un roadie.

La setlist a quelque peu évolué depuis les deux passage au Hellfest d’Airbourne en juin dernier puisque la veille, à Tourcoing, deux titres ont été interprétés pour la première fois: Firepower et Rock n roll for life et sont intégrés aux désormais classiques du groupe. Des classiques qui, eux, n’évoluent guère en live, puisqu’on retrouve, pêle-mêle, Girls in black, Too much, too young, too fast, Breakin’ outta hell, Stand up for rock n roll parmis d’autres.

Tout au long du concert, Joel interpelle Paris et rappelle à quel point il est heureux, ils sont heureux, d’être de retour. En France et sur les routes en général. Si on sait à quoi s’attendre, Airbourne me surprend avec ce roadie qui monte sur scène en poussant un trolley sur lequel sont posés gobelets et bouteilles. Et voici Joel qui pose sa guitare, demande une première fois au public s’il a soif, s’empare d’une bouteille de Jack qu’il vide dans 4 gobelets. Puis s’empare d’une canette de coca qu’il vide également avant de tendre un gobelet à chacun des musiciens qu’il présente. Voici les 4 qui s’avancent devant la scène, lèvent leurs verres et se mettent à boire. Une gorgée symbolique avant de tendre les gobelets à des personnes dans le public.

Dans la série fun, plus tard ce sera un lancer de gobelets pleins – Jack ou bière? qui sait – dans le public. Certains, plus habiles ou mieux placés, réussissent à rattraper un des ovnis avant qu’il ne se soit entièrement vidé, mais c’est rare… Les autres terminent en éclaboussant le public dont certains membres ont dû se faire sermonner en rentrant… « Mais ma moumoune, non, je te jure, j’étais pas au bar, c’est ce con de Joel qui a balancé des seaux de bibine dans le public… – Mais oui, bien sûr, va te laver et me touche pas! – Mais moumoune… – Au lit et dodo, crasseux! » Fun, et rock n roll.

Stand up for rock n roll à peine terminé, Airbourne quitte la scène. Je regarde ma montre. Naaaan…! il est seulement 22 heures, ils se barrent après à peine une heure de concert? Ok, ils courent partout, mais une petite heure de jeu, c’est court pour une tête d’affiche dans une salle comme le Zénith. Ca me rappelle les derniers concerts d’un Motörhead en fin de course, d’un Girlschool essoufflé, d’anciens (que j’admire cependant) quoi. Mais pas d’un groupe dans la fleur de l’âge. D’autres anciens, Saxon, Maiden, Megadeth et consorts quittent la scène après 90’…

Naturellement, le rappel est là et Ryan O’Keefe vient taquiner la sirène d’alarme annonciatrice d’un Live it up qui voit son frangin s’installer en hauteur. Efficace artifice mais désormais incontournable. La surprise du chef, c’est l’introduction (déjà joué la veille pour la première fois) du nouveau crédo du groupe, Rock n roll for life, imparable, avant un conclusif Runing wild. Sans conteste Airbourne fait le job, et le fait bien. Simplement, malgré toute l’énergie et le fun développé ce soir, on pourrait s’attendre à 1/ un concert qui dépasse les 90′ syndicales et 2/un peu plus de spectacle dans ce type d’enceinte. A peine plus de titres interprétés que lors de son second passage au Hellfest cette année… Déceptions cependant compensées par la qualité de cette prestation plus qu’énergique de nos trois mousquetaires du rock pur jus qui nous ont offert une belle soirée.

Merci à Olivier Garnier (Replica promo) et Olympia Production d’avoir rendu ce report possible.

Interview: MAGOYOND

Entretien avec Bruno (MAGOYOND) – entretien réalisé le 9 novembre 2022

Photo promo

Metal-Eyes.com: Kryptshow est sorti en 2019, c’est un double album et celui avec lequel j’ai découvert votre univers. Justement, comment le décrire, cet univers de Magoyond ?

Bruno: C’est une bonne question parce qu’on n’arrive pas nous-mêmes à nous mettre dans une case… On est très fans de tout ce qui est « horreur » ou horrifique, que ce soient des choses qui font peur ou d’autres plus légères comme l’univers de Tim Burton…

Un peu « Contes de la crypte »…

Complètement, et le nom du précédent album vient entièrement de là, entièrement inspiré de cette série qu’on regardait à la télé étant gamin, avec sa mascotte en plastique qui veniat et présentait les épisodes. Magoyond, je le classerais dans le metal, le cinéma d’horreur et fantastique. C’est plusieurs choses qui font que ce groupe est aujourd’hui.

Si tu devais décrire la musique de Magoyond à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, tu en dirais quoi ? Il y a ce côté légèrement horrifique, mais la musique ?

On s’efforce maintenant d’envisager chaque chanson comme une histoire différente. Une histoire dans laquelle on cherche à faire rentrer l’auditeur ; On reste dans la thématique metal, avec des grosses guitares, un gros chant, mais avec un petit plus. Il va y avoir de l’orchestration, une petite chorale… On inclut plusieurs styles et quelqu’un qui, à la base, n’écoute pas de metal va pouvoir être transporté. On pense un peu notre musique comme une BO de film, on essaie de transporter l’auditeur vers ce que lui va pouvoir imaginer.

Il y a effectivement ce que lui peut imaginer, mais Necropolis est surtout une histoire qui lui est racontée, il y a de la narration. Julien met en place tout l’univers un peu inquiétant et accessible à tous les publics.

Exactement, et tu fais bien de le préciser parce qu’on s’en rend vraiment compte avec les concerts, on a aussi bien des enfants que des parents… Il y a toutes les tranches d’âge possible. On n’a pas encore eu de morts-vivants… l’album est sorti le 28 octobre, et il nous a semblé évident de faire une double date pour halloween pour la release party. Ça s’est fait au Zèbre de Belleville à Paris, les 31 octobre et 1er novembre dans une thématique qui correspond à 100% à ce qu’on veut faire.

Justement, un concert de Magoyond, il faut s’attendre à quoi ? C’est tellement imagé comme musique qu’on peut imaginer que vous développez un univers particulier sur scène…

Oui, on est un peu obligés… Il y a plus que de la batterie/basse/guitare et chant, et sur scène, malheureusement, on ne peut pas faire entrer tout le monde, sinon il faudrait le Stade De France, et on n’en est pas encore là. Magoyond sur scène ? En gros, on reproduit ce qu’on a sur album, avec un show lumières et des ambiances pour accompagner notre musique. Aussi, tout ce qu’on entend sur l’album, on va le retrouver sur scène : ce qu’on ne peut pas faire directement en live – les chœurs, l’orchestre – on le fait sur bandes, que tout soit vraiment callé à la perfection. On veut coller au maximum à ce qu’on a enregistré.

Puisque nous avons abordé le sujet, Necropolis est sorti il y a quelques jours. Trois mots : vends-le-moi.

Alors… Folie, émotion, allez un troisième…

Non, « en trois mots » : Vends. Le. Moi. Toi, tu peux utiliser des phrases si tu veux ! Je me suis mal exprimé !

Oui, c’est toi qui as dit 3 mots ! Alors, pour faire simple, avec Kryptshow, on avait placé la barre assez haute, on est aussi passé par le financement participatif pour l’album. On avait pensé avoir atteint un palier musicalement, et en fait, le guide de Necropolis c’était de faire mieux et plus aboutit, et faire ce dont on rêvait depuis des années : travailler avec l’orchestre. Là, c’est du Magoyond puissance 1000 parce qu’il y a eu un travail de fignolage tel… Quelqu’un qui découvrirait, je dirais « venez écouter et découvrir le travail de gens passionnés ». On s’efforce de faire mieux à chaque album.

Alors « mieux » et « plus abouti », « du Magoyond puissance 1000 » ; vous voulez faire mieux à chaque album… C’est le troisième, vous avez de l’ambition et c’est très bien. Mais si on a là du Magoyond puissance 1000, le prochain, ça va donner quoi ?

Ben, Magoyond puissance 10.000 ! On fera tout pour, en tous cas. Là, on est déjà super contents du résultat et on réfléchit déjà à la suite, mais pour le moment, l’heure est à défendre Necropolis sur scène. Ce sera déjà une belle chose.

Tu viens de nous parler de l’esprit de Magoyond. Si tu devais ne retenir qu’un titre de Necropolis pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Magoyond, lequel serait-ce ? Pas to préféré, le plus représentatif.

Avec un seul titre ? Je t’en aurais bien donné deux…

C’est pour ça que je ne t’en demande qu’un.

Oui, bien sûr. Je pense que ce serait la chanson éponyme, Necropolis, qui reprend des thèmes de nos anciens albums autant que de celui-ci, tant musicalement que dans la narration. Ce n’est pas le morceau le plus complexe mais je pense que c’est celui qui vient le plus s’inscrire dans la ligné de ce qu’on a fait depuis nos débuts et ce vers quoi on se dirige. Il y a le côté narration, le côté metal…. Necropolis serait le plus représentatif de ce qu’on fait aujourd’hui.

Une chose m’intrigue, vous l’avez depuis longtemps, c’est ce Z. Il représente quoi ?

Ça remonte à Pandemia, notre premier album et c’est lié à l’histoire avec notre mascotte Hector Zam. C’est en fait le virus Z, qu’on pourrait décrire comme un virus zombie, mais aussi, on retrouve le Z de Zam. C’est le fameux virus qui a commencé a décimé la population dans tout l’ordre Magoyond décrit dans nos trois albums.

Et il y a un autre « virus » qui veut décimer la population ukrainienne et qui s’identifie aussi avec un Z…

Ça, malheureusement… Nous, on était là avant… C’est le fruit malheureux du hasard, les Russes se sont approprié cette lettre, mais que les gens soient rassurés, nous n’avons aucune affiliation, nous ne faisons que de la musique, pas de la politique (rires) !

Vous avez travaillé avec un orchestre sur plusieurs morceaux. Comment avez-vous travaillé ensemble et comment les avez-vous convaincus de travailler avec vous ?

Dans le groupe, on a Aspic, le bassiste actuel, qui, en dehors de Magoyond, est un vrai musicien professionnel. Ce qui implique qu’il sait aussi bien diriger un ensemble, un orchestre que, et c’est lui qui s’en occupe, de se charger de la prod, des enregistrements aux arrangements. Aspic, c’est vraiment l’homme à tout faire. Pour cet album, on est passé d’un orchestre numérique à du « full » orchestration. Il a tout simplement écrit les partitions. On a démarché des centres où on peut enregistrer des orchestres. Là, c’était à la Seine Musicale qui a des orchestres à disposition avec qui on se met d’accord sur le nombre de musiciens nécessaires, la durée de jeu… Ça s’est fait comme ça. Le jour de l’enregistrement, Aspic arrive avec les partitions, les musiciens sont briefés, il enregistre le tout depuis sa cabine, il écoute, est-ce bien joué comme ce qu’il imaginait, il va voir les musiciens pour quelques directives… C’est vraiment lui qui a dirigé toute cette partie symphonique et sans lui, on n’aurait pas ce résultat.

Contrairement à ce que tu disais, là, c’est plus qu’une « petite chorale »…

Non, en effet, mais je ne sais pas exactement combien de musiciens il y avait. Tu peux les compter, si tu veux, ils sont sur le livret…

On peut imaginer que vous souhaitiez, à terme, pouvoir présenter un concert avec tout ce monde sur scène. Y a-t-il quelque chose de prévu en ce sens ?

De prévu, malheureusement, avec les moyens que sont les nôtres aujourd’hui, on est un peu limités. Et d’un point de vue logistique, c’est une organisation qui est très gourmande, autant financièrement que pour réunir tout le monde. Mais, oui, c’est un rêve qu’on a de pouvoir réunir tout ce monde, tout comme c’était un rêve d’enregistrer avec un vrai orchestre, qui date de notre premier album… Il a fallu 10 ans pour le faire. Monter sur scène avec un vrai orchestre, c’est un rêve, mais pas possible aujourd’hui. Magoyond, c’est nous 4, on fait tout nous-mêmes, de A à Z…

Le voilà ce fameux Z !

Oui, bien vu, très bon rebond ! Si un jour on devait faire un concert comme ça, il faudrait la garantie d’une structure et des moyens pour gérer ça. Peut-être une date unique pour un énorme concert…

Comment décrirais-tu l’évolution de Magoyond entre Kryptshow en 2019 et Necropolis en 2022 ?

Eh bien, c’est une suite logique. On a tous un peu grandi avec ce qu’on a vécu et le temps passé chez soi avec cette pandémie… On n’était pas précurseurs, mais le thème s’y prêtait bien ! Petit à petit, autant dans nos attentes musicales que visuelles, on s’est vraiment posés pour faire évoluer le projet dans le bon sens et surtout offrir une œuvre à la hauteur de la contribution des gens qui nous ont fait confiance et de ce que nous nous avions en tête depuis un bon moment, l’orchestre, la chorale, toutes ces choses qui ont permis à notre son d’évoluer et proposer des choses de meilleure qualité que ce qu’on a fait jusque-là.

Kryptshow était déjà de grande qualité…

Oui, oui, on ne le renie pas du tout mais on a voulu faire mieux. Et on en est satisfaits, on espère que le public le sera aussi…

Si tu devais penser à une devise pour Magoyond, ce serait quoi ?

Ouh là là ! C’est les petites questions piège…

Non, non, il n’y a pas de piège…

Non, c’est vrai, c’est bien ces questions un peu inopinées… Une devise pour Magoyond ? « Mangez sain, mangez des humains » ? En rapport avec les zombies, on va rester sur une petite note d’humour…

 

MESSALINE: Vieux démons

France, Heavy metal (Brennus music, 2022)

Chronique/Interview MESSALINE – Entretien avec Mathieu (guitare) réalisé le17 octobre 2022

Messaline n’a pas sorti d’album studio depuis Illusions barbares en 2015, et son line-up a depuis fortement évolué. Ne reste en place que son fondateur, le chanteur Eric Martelat qui s’est entouré, notamment, d’un vieux briscard de la guitare, Mathieu, qu’il connait depuis le lycée. Leurs chemins se recroisent en 2010 via un tribute à Black Sabbath, puis plus tard, en 2017, avec une formation hommage à HF Thiéfaine. Ce n’est qu’en 2018 qu’il intègre Messaline en tant que guitariste accompagné d’Alain Blanc, le nouveau batteur. Vieux démons déboule avec un line up nouveau qui intègre également 2 choristes et fleure bon le vintage. « Il y a beaucoup de chœurs féminins sur l’album et on veut que ce soit une dominante en live. Aujourd’hui, Messaline, c’est donc 6 personnes. Un groupe qui a fait peau neuve. Le groupe continue ce qu’il faisait avant, mais avec de nouvelles couleurs du fait qu’il y a de nouveaux musiciens.» Vieux démons est un album résolument orienté rock et hard rock 70’s. Ce que Mathieu confirme : « Eric considérait être arrivé au bout de certaines choses et a voulu revenir aux fondamentaux des années 70. On s’est dit qu’on allait rendre des hommages à tous ces groupes avec qui on a appris la musique, les Led Zep, Deep Purple, en allant chercher dans leurs répertoires des riffs emblématique qu’on a remanié à notre sauce. L’idée c’était que les gens se disent « Merde, ça me dit quelque chose mais j’arrive pas à savoir quoi ! » »  Des références totalement assumées, donc, pas du pompage pur et simple…  C’est souvent d’ailleurs tellement évident qu’on ne peut se tromper : on retrouve l’esprit de Black Sabbath sur Black shaman, les envolées de Robert Plant sur Immigrant song sur Je voulais te dire, Le jardin des délices a des touches de rock sudiste, un clin d’oeil tout aussi évident à AC/DC avec un « Highway pour l’enfer »… Les amateurs du groupe retrouveront même des références à… Messaline, puisque sur le morceau titre, Eric chante les mots « Eviscérer les dieux » qui est aussi le titre d’un ancien album du groupe. « Il y a des récurrences dans tous les albums de Messaline de tout ce qui a été fait avant, et on n’a pas voulu déroger à la règle, donc il y a aussi, des références à Messaline sur cet album ! »

Le nouveau line-up a-t-il apporté une nouvelle façon de composer ? « Une guitare sèche, le chant… On a vraiment composé à l’ancienne : j’enregistrais chez moi des parties de guitare, on est parti sur une base de, je crois, 24 à 27 riffs ou morceaux différents – on est assez boulimiques de travail avec Eric – on a pris les morceaux qui semblaient le plus inspirer Eric au niveau du chant mais aussi qui soient en lien avec ce que faisait Messaline avant. On a fait des prémaquettes, on a élaboré le squelette de l’album, enregistré basse et guitares, envoyé tout ça au studio avant de tout réenregister. » Ça reste donc assez organique comme façon de procéder, à l’ancienne, comme les références qu’on retrouve sur cet album. Dès Les 3 stryges, une ambiance est posée, un peu « fin de vie » avant un retour à la vie assez jazzy, prog à la Magma et Ange (référence ultime pour Eric Martelat) dont le fondateur, Christian Descamps intervient sur Black Shaman. Il y a d’autres invités, sur ce disque : « il y a des invités qui interviennent sur endroits : d’abord des invités qui n’ont pas forcément une grande reconnaissance, des gens avec qui on a joué dans des groupes, de très bons musiciens qui ont apporté des couleurs qu’on recherchait sur divers morceaux : de la guitare flamenco, de l’orgue Hamond, du slide, de l’harmonica… C’est vraiment des potes qui sont venus nous prêter main forte. Après il y a un instrumental qui fait une transition, et à la fin il y a la reprise de Ange qui est en fait un medley de 4 morceaux qu’on a réassemblés, réorganisés pour pouvoir faire cet hommage. Et puis il y a ces chanteurs : Jo Amore de King Crown, renaud Hantson, Christian Descamps… » Il y a également deux interludes, deux « marque page » qui permettent à l’auditeur de souffler un peu. Maintenant, quel est le morceau le plus représentatif du Messaline de 2022 selon Mathieu ? « Sans hésiter, Les 3 stryges. Parce qu’il y a un riff mémorable, résolument rock hard. Et puis un refrain très progressif qui devient de plus en plus grandiloquent avec l’avancée du morceau, et surtout, il y a cette espèce d’introduction qui dure 2’ et qui annonce les thèmes abordés dans le morceau. Ce titre a une vraie plus-value sur son ensemble ». On remarquera aussi la pochette – une nouvelle œuvre signée Stan W. Decker – où les membres de Messaline se mettent également en scène : « On a voulu aller jusqu’à la référence sur la pochette où il y a des clins d’œil à Rainbow, au Love gun de Kiss, et à la peinture de la fin du XIXème. Eric, qui est prof de dessin, avait fait le croquis de base de ce qu’allait devenir la pochette. Il était déjà en contact depuis un certain temps avec Stan qui a accepté de faire cette superbe pochette, à l’image de ce qu’on voulait véhiculer. » Un groupe c’est aussi la scène, et si quelques concerts sont prévus, Messaline devrait retrouver la route à partir du mois d’avril. Terminons avec le classique de Metal-Eyes : quelle pourrait être la devise de Messaline, selon Mathieu ? « Ouh, là…. Allez, Carpe diem » lâche-t-il en riant. Ce qui ne devrait pas s’avérer trop compliqué, Messaline s’étant toujours adressé aux amateurs de mélodies puissante et de riffs efficace. Le retour à un esprit « classic hard rock » développé sur Vieux démons saura trouver son public.

Interview: RED MOURNING

Interview RED MOURNING – Entretien téléphonique avec JC (chant) le 11 octobre 2022

En regardant votre discographie, on se rend compte que vos 3 derniers albums sont séparés de 4 ans. Tu ne peux pas utiliser l’excuse Covid pour les précédents, alors c’est dû à quoi ? De la flemme, manque de créativité, autre chose ?

Non, non (il rit)… Ce n’est pas de la flemme… On est plutôt des bosseurs, des compositeurs acharnés. Nous, ce qui nous intéresse, c’est de sortir de beaux albums. On passe beaucoup de temps à fignoler, on est extrêmement exigeants avec nous-mêmes, on bosse avec Francis Caste qui est lui-même exigeant… On ne se permet pas de dire tous les ans ou tous les deux ans on va sortir des morceaux au kilomètre, on en peaufine un ou deux et le reste c’est du « filler ». On préfère prendre plus de temps et faire les choses bien.

Peux-tu nous raconter la genèse de ce nouvel album, Flowers and feathers ?

C’est le 5ème album du groupe, et c’est un peu la continuité du reste. Comme je te le disais, on compose beaucoup, on a continué à avancer, à sélectionner nos morceaux – on compose pas mal, mais on en jette pas mal aussi. Et puis, on a bien réfléchi aux différents arrangements – pendant la période de confinement, on s’est bien concentrés là-dessus. A un moment, comme on a fait sur les précédents, on s’est arrêtés, regardés et on s’est dit « ok, là on a vraiment de quoi faire un bel album ». Il fa fallu ensuite booker le studio, voire quand Francis était disponible et mettre tout ça en boite avec les changements qu’il peut y avoir en enregistrant aussi.

Tu dis que vous prenez le temps nécessaire pour fignoler et donc être totalement satisfaits de votre album (il confirme). Le précédent, Under punishment’s tree, est sorti il y a 4 ans – devrais-je le rappeler ? Comment analyserais-tu l’évolution de Red Mourning entre ces deux albums, Punishment et Flowers and feathers ?

Chacun d’entre nous a évolué, dans sa pratique et dans sa vie perso, naturellement. Mais au-delà, il y a eu un changement de line up il y a maintenant 5 ans. Ce nouvel album est le premier qu’on a composé et enregistré avec le nouveau guitariste, Alex. Forcément, ça change les choses… Aurélien aussi, notre batteur, s’est beaucoup plus impliqué dans la phase de composition, donc avec des compositeurs un peu différents on retrouve des structures de morceaux qui sont aussi différentes avec notamment des structures rythmiques un peu plus complexes, des structures de morceaux un peu plus progressives, plus compliquées… Et on a aussi continué d’expérimenter avec différents instruments comme l’harmonica, l’orgue, le piano, le banjo, etc. On a aussi ajouté de nouveaux instruments. Ce sont des « petites » choses qui font qu’on a un album qui marque une vraie évolution par rapport au précédent. En tout cas, c’est notre ressenti.

Je ressens une plus grande liberté d’expression dans des tonalités bluesy. Sur les albums précédents, c’était plus « doom des bayous ». Il y a ici des morceaux plus blues tout comme ton chant, tu te permets plus de variété et d’exploration vocale.

Oui… avec la maturité, personnelle et de groupe, on se laisse plus de libertés, les barrières, souvent psychologiques, tombent les unes après les autres. On se rend compte que, parfois, on s’obligeait à faire comme ça parce que c’est les codes du metal. Mais en fait, il n’y a aucune raison de se restreindre et il faut se libérer de ces carcans et expérimenter, faire avancer le schmilblick…

Pour ces nouvelles expérimentations, vous avez changé votre manière de composer au cours de ces 4 dernières années ?

Oui, ça a un peu évolué. Aurélien et Alex on beaucoup plus composé sur cet album et leur manière de faire c’est de composer un morceau en entier chez eux. Après, il y a des phases d’adaptation, de retravail, mais ils ont plus l’habitude d’arriver avec des choses toutes faites. Dans le passé, on composait beaucoup en répètes, on jamait et il en ressortait des choses qu’on modifiait sur place. Là il y a peut-être une approche plus réfléchie, un peu moins…

Bourrine…

(Rires) oui, moins bourrine, moins « on fait les choses au hasard et on verra ce qu’il en ressort ». Je caricature, mais il y a un peu de ça, c’est une approche différente.

J’ai écouté l’album plusieurs fois et, pour moi, il y a10 titres et 10 ambiances différentes. C’est très varié, d’où une question pas évidente : si tu devais ne retenir qu’un titre de Flowers and feathers à faire écouter à quelqu’un qui ne vous connais pas, lui dire « écoute ce morceau, c’est ce que nous sommes », lequel serait-ce ?

Ah, ah, ah ! Bon, dans ta question, il y a une partie de la réponse…  C’est forcément impossible. Il y a des questions de préférence, d’ambiance…

Au-delà de tes préférences… Tu as 5 minutes pour me convaincre d’écouter le reste…

Elle est très difficile ta question… Je vais essayer de te répondre quand même : un titre comme Six pointed star, je le trouve très original : il est entièrement joué au lap-steel, y compris les parties metal. Il y a des harmonies vocales, de la violence aussi, donc je mettrais sans doute celui-là… Mais, comme tu le disais, l’album est très varié, donc la réponse est difficile.

Je suis assez d’accord avec toi, il vous représente bien. En revanche, un morceau qui n’est pas représentatif de l’esprit Red Mourning mais qui peut indiquer ce vers quoi vous tendez, c’est Blue times…

C’est marrant, parce que ce morceau-là est le seul qu’Aurélien a composé de A à Z, y compris les paroles. C’est moi qui le chante, mais oui, il change un peu. On s’autorise l’acoustique, et on aime intégrer ce genre de choses de plus en plus. Il est beau, ce titre…

Et ton chant est beaucoup plus « passe partout », ta voix est plus douce…

Oui, je me suis aventuré un peu sur d’autres façons de chanter. D’ailleurs, on sort un clip pour ce morceau en novembre.

La pochette également est assez sobre. Il y a une volonté de votre part de montrer une Red Mourning plus sobre ?

Oui, tout à fait. On avait envie aussi de montrer qu’on explore autre chose dans notre identité visuelle, que là aussi on veut s’affranchir des codes. On a voulu quelque chose de plus clair tout en restant organique, quelque chose de simple et agréable, qui soit chaud, on en sent la matière. On a travaillé avec Morgane qui est graphiste et qui avait déjà fait des designs pour nous, des T-Shirts… Oui, il y a une volonté d’aller vers quelque chose de plus clair et différent.

Au niveau des textes, il y avait un thème assez clair sur l’album précédent, y a-t-il ici aussi un thème, y a-t-il des choses qui ressortent plus particulièrement ?

Oui, il y a des thèmes qui ressortent. Ça reste principalement des sujets de préoccupations personnelles qu’on retrouve sur tous les albums. Les textes sont écrits par rapport à des expériences personnelles à différents moments de ma vie, qui tournent autour de choses qui changent, qui disparaissent, qui n’ont plus de sens… Avec l’expérience du Covid, il y a plein de gens qui se sont posés des questions sur leur vie, sur ce qui avait du sens pour eux… et c’est un questionnement qui peut toucher tout le monde : qui on est, pourquoi on accorde de l’importance à certaines choses.

Et y a t-il, au contraire, des thèmes que vous n’aborderiez pas, qui n’ont pas leur place dans le groupe ?

(Il réfléchit) En fait, on ne s’est jamais vraiment posé la question… C’est moi qui arrive avec mes textes et, systématiquement, quand j’écris, c’est toujours sur des ressentis personnels. On n’est pas un groupe politique, donc on ne va pas aborder de thématiques politique contemporaine, même si on a naturellement nos convictions – là, j’ai mon T-shirt Ukraine, je le porte sur scène mais ce ne sont pas des sujets que j’aborde.

Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Red Mourning ?

Euh… « Soyons fidèles à nous-mêmes ». Cette musique qu’on fait, on s’exprime et on laisse s’exprimer qui nous sommes. Il faut se regarder en face et pas essayer d’aller reproduire autre chose que ce qui nous correspond.

 

Interview : MALEMORT

Interview Malemort, entretien avec Xavier Malemort (chant). Propos recueillis au téléphone le 9 septembre 2022

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée de promo, le jour de la sortie du troisième album de Malemort ?

Xavier Malemort : Ça se passe très bien, c’est en effet aujourd’hui que sort Château-Chimères, et c’est le jour de la promo, comme quoi, les choses sont plutôt bien faites ! C’est un peu comme une libération, on arrive à ce moment où le disque arrive au stade pour lequel il a été fait, c’est-à-dire être écouté. En plus, ces dernières années ont été compliquées pour tout le monde et pouvoir faire parler la musique, oui, c’est assez libératoire.

Nous nous étions rencontrés la première fois au Glazart, à Paris, puis lors de votre passage remarqué au Hellfest en 2018. Il y a eu beaucoup de changements au sein du groupe depuis. Que s’est-il passé pour qu’il y ait une telle implosion ? L’impact du Hellfest ?

Je ne pense pas que ce soit le Hellfest, non. C’est surtout des histoires de groupe… Un groupe, c’est des musiciens, des caractères et quand on est mis à l’épreuve des difficultés, il y a des choses qui se font et se défont. Là, ça s’est plutôt défait, donc pour la santé du groupe et surtout pour pouvoir un jour créer un troisième album, il n’y avait pas d’autre solution que de se séparer d’un certain nombre de personnes du groupe. Il reste avec moi les deux Sébastien avec qui j’avais déjà écrit Ball Trap. La base des musiciens qui ont créé l’album précédent est là. Après, c’est comme dans les couples : un groupe, c’est parfois des moments difficiles à passer et là c’était devenu indispensable. Mais pour nous tous.

Peux-tu justement présenter tes nouveaux partenaires de jeu ?

Alors… C’est très particulier… Sur cet album-là, on a décidé de ne pas avoir à nous limiter en termes d’écriture du fait du choix de tel ou tel musicien. Donc on a travaillé avec des gens qu’on connait et dont on connait le talent depuis longtemps. On a donc travaillé avec des gens qui ont une histoire avec Malemort et qui étaient très bon sur ce qu’on voulait. Aurélien Ouzoulias, par exemple, était très intéressé par la tournure que prenait cet album et Shob à la basse nous avait été chaudement recommandé, notamment par Aurélien. On avait là des partenaires de jeu hyper solides, ce qui nous a laissé carte blanche pour penser l’écriture du disque et ne pas se limiter.

Est-ce eux qu’on aperçoit sur la vidéo de Je m’en irai ?

Non, pas du tout (rires) ! Ceux que tu aperçois, ce sont deux personnes qu’on aime beaucoup et qui pourraient… On verra bien, mais en tout cas, c’est une incarnation possible live de Malemort. Il y a Romain qui est le batteur de Bukowski et Joe qui joue aussi avec Romain dans un autre groupe. On est tous du Val d’Oise, c’est toute une bande de musiciens, on se connait, on se croise depuis des années. On savait qu’ils feraient super bien l’affaire, au-delà du côté humain.

Puisqu’on parle de clip, il y a aussi le premier, Quelle sorte d’homme, où on te voit marcher seul – ou presque puisqu’il y a des accessoiristes qui sont là pour t’aider. L’idée de ce clip c’était quoi ?

L’idée était d’illustrer la vie de Michel Magne, qui est celui qui a créé le studio dans ce château d’Hérouville assez mythique et qui est un immense compositeur de musique de films, notamment. J’ai illustré ça par des allusions à des titres de films dont il avait écrit la musique. C’est beaucoup de films des années 50, 60 et début des années 70. Il y a aussi beaucoup de musique de polar, et c’est un esprit que j’ai voulu illustrer, mais avec un côté second degré. Il y a ce type qui se voit en héros de polar et que tu retrouves à la fin en train de lire un OSS 117, à moitié à poil.

Tu l’as dit, Château-Chimères est un album concept qui traite de la vie de Michel Magne qui a donc transformé ce château en studio. Qu’est-ce qui a inspiré ce concept ? Le château d’Hérouville est dans le même département que vous…

Tu ne crois pas si bien dire ! Il est à 3 km de chez moi. Quand je suis arrivé dans la région il y a une dizaine d’années, j’ai découvert l’histoire du château, ça m’a passionné et j’ai toujours senti qu’il y avait quelque chose à faire avec cette histoire. Mais en même temps, j’avais peur d’abimer les choses par une annotation maladroite, par exemple. A l’époque de Ball Trap je me posais la question de savoir si je tentais le coup, mais je ne le sentais pas. Je me suis donc laissé tenter par mon autre passion que sont les années folles.

Et là, tu t’es senti suffisamment adulte et mûr pour aborder l’histoire du château d’Hérouville…

Adulte et mûr, je ne sais pas (rires), en tout cas, artistiquement, j’ai trouvé quel angle prendre. Le problème c’est que c’est un studio dans lequel on a enregistré de la musique des années 70, qui n’est pas celle que joue Malemort. Il n’était pas questions qu’on fasse de la pale copie de la musique des années 70. J’ai donc trouvé l’idée de ces vignettes, 12 épisodes qui racontent en filigrane l’histoire du château à travers les personnalités fortes qui ont marqué son histoire, mais en fantasmant un peu tout ça, tout en faisant en sorte que l’auditeur qui n’aurait pas forcément envie de se plonger dans cette histoire – il aurait bien tort, même si ça peut se comprendre – ne soit pas obligé de le faire non plus. Tu peux très bien écouter le disque en interprétant les paroles différemment. Pour bien comprendre les paroles, il faut avoir le grimoire qui va avec.

Comment le décrirais-tu ce nouvel album ? On reconnait ta marque vocale, ton écriture. Mais comment vendrais-tu cet album à quelqu’un qui ne connait pas Malemort ?

Je lui dirais qu’on navigue entre le metal, le rock et la chanson. Pour quelqu’un qui connait déjà un peu Malemort, je lui dirais qu’on a voulu mettre dans ce disque plus de profondeur que dans le précédent. On en était très contents, mais on avait le sentiment de ne pas être totalement au bout. Là, je pense que c’est un album qui pourra résister à beaucoup d’écoutes et qui pourra distiller des saveurs pendant longtemps.

Il y a quand même de grosses différences entre Ball Trap et Château-Chimères. Comment décrirais-tu, en dehors des changements de musiciens, l’évolution de votre musique entre ces deux disques ?

Elles se lisent à plusieurs niveaux, et des choses assez paradoxales : il y a une place qui est faite à la guitare et aux soli qui est plus grande, mais on a veillé à ce que cela serve le propos. On a beaucoup plus arrangé l’ensemble, et on s’est interdit moins d’influences… Je crois qu’il y a plus d’influences variées que sur Ball Trap, on n’a pas le sentiment de se limiter. Même lorsqu’on va au-delà de ce que les gens peuvent imaginer, la production permet d’éviter un côté hétérogène. Du côté du chant, j’ai beaucoup travaillé le phrasé, des textes un peu plus concis et légers… Ça a l’air d’être une somme de détails, mais c’est un peu ça… Toi, comment tu l’as vu, comment tu l’as perçu ?

Vu… Je le vois en noir et blanc (il rit). Comment je l’ai perçu ? Comme un album très varié – encore une fois, on reconnait ton chant qui reste assez unique, et il y a une variété de morceaux comme Pyromane blues qui sont assez explosifs là où d’autres, Magnitude pop ou La garçonne, ont des airs plus funs et pop. Il y a une belle variété de styles tout en restant dans l’esprit de Malemort et cohérent.

Tu viens de le dire mieux que moi, en fait (rires) ! Tu sais, j’aime bien ces groupes qui sont capables d’avoir des propos variés sur un même disque, ça te permet de les écouter dans un état d’humeur différent. On peut parler des Beatles, de Queen. Dans les années 70, c’est fou ce qu’ils ont fait ! Les medias mainstream ont détesté Queen pendant sa carrière, mais les fans adoraient. Ils adoraient le fait que Queen puisse passer par tous ces styles, du hard rock au funk, et c’était Queen.

Revenons-en à Malemort. Pour quelle raison le château d’Hérouville est il nommé Château-Chimères sur cet album ?

Parce que je pense que « Château d’Hérouville » c’est un peu trop ciblé, ça nous éloigne du rêve…

Mais une chimère, c’est illusoire…

Oui, mais, même si les albums on les a toujours, le Château d’Hérouville, pour moi, représente cette décennie durnat laquelle on a cru que la musique allait révolutionner le monde, allait tout changer. Les musiciens étaient les premiers à le croire et les fans pensaient aussi que la musique allait changer leurs vies et la société. C’est une croyance fabuleuse qui a généré d’immenses albums et qui s’est écroulée avec l’arrivée des années 80 où finalement la réalité a repris le pas sur les illusions. Tu sais, c’est souvent les utopies qui finissent par foirer qui fascinent. Le château d’Hérouville, c’est ça. C’est un parc en pleine cambrousse où vont venir Pink Floyd, David Bowie, qui vont passer un temps à enregistrer des albums énormes et qui ont aussi eu une vie complètement folle là-dedans.

Si tu devais ne retenir qu’un titre de Château-Chimères pour dire à quelqu’un qui ne vous connait pas : « voilà ce qu’on fait. Malemort, c’est ça », ce serait lequel ?

Mmmhhh… C’est difficile, chacun des morceaux a été pensé et composé comme une entité différente… Non, franchement, je ne peux pas répondre à ça, c’est trop compliqué…Je suis désolé, je voulais faire l’effort mais finalement on induirait la personne sur une piste qui sera fausse. C’est pour ça aussi qu’on a sorti deux singles différents, pour représenter la variété de ce qu’on fait. Le troisième clip, si on arrive à trouver un peu de blé pour le faire, représentera une autre facette du disque.

« Un peu de blé »… Vous êtes passés par le financement participatif, est-ce que ça a répondu à vos attentes ?

On a eu beaucoup de chance, en plus c’était une période difficile pour tout le monde, mais il y a beaucoup de personnes qui nous ont fait confiance, qui nous ont soutenus. De notre côté, tout était prêt, je ne me voyais pas demander aux gens de participer si on n’avait rien, comme c’est parfois le cas dans ces trucs-là… Je savais qu’on avait un album de valeur, il était prêt, on avait tout enregistré, tout masterisé, on avait simplement ce problème de blé, qui est toujours un problème, d’ailleurs, parce que même si on peut dire que le crowdfunding a très bien marché, on est très loin des sommes qu’il aurait fallu récolter pour compenser ce qui a été dépensé. Mais je trouve ça magnifique ce qui s’est passé, ce rapport direct entre les artistes et leur public. On avait promis à ceux qui nous ont donné un coup de main de pouvoir découvrir le disque quelques jours avant sa sortie, et c’est le cas. On reçoit plein de messages, de témoignages de la façon dont les gens vivent leur découverte de ce nouveau disque. C’est ça qui est beau, là, tu te dis que c’est pour ça que tu fais ça, tu vois que tout ce que tu as créé contribue à apporter du plaisir à d’autres.

Et toi, quelle sorte d’homme voudrais-tu célébrer ?

Je dirai un homme qui croit encore un peu aux idéaux, qui pense encore que l’altruisme peut être une voie, qui pense qu’on peut encore faire des choses ensemble. Et puis, en tant qu’homme, un homme qui ont de l’allure, qui peuvent encore t’emporter quelque part, des Gabin, Ventura, Blier, quoi… Ca fait pas du tout 2022, mais personnellement, ce sont ces gens-là qui me font rêver.

J’ai le dernier Rock Hard en mains, je suis à la page 107, je vois Album du mois Megadeth avec 8,5/10. Je tourne 3 pages avant, page 104, je vois Malemort Album du mois avec 9/10. Deux choses : « album du mois », ça fait quoi ? Et avoir une note plus élevée que Megadeth, ça fait quoi ?

(Il rit) Alors là, tu vas toucher le point sensible… Tout le monde ne le lit pas forcément comme tu viens de le faire, mais… Depuis l’adolescence, j’ai toujours été un grand lecteur de la presse metal. C’est quel =que chose qui m’a forgé, qui a forgé ma culture, et les noms des journalistes, ceux qui écrivent ces articles, ça m’a toujours touché. J’ai un rapport très fort avec ça. Donc, pour moi, la presse papier – et Rock Hard a pris la suite de magazines qui ont disparu – je le lis tous les mois depuis le départ et pour moi, c’est une sorte d’accomplissement. Tu parlais « d’album du mois » … Je crois en la parole de ces gens-là, pour d’autres groupes que le mien, donc il n’y a pas de raison que je n’y crois pas lorsqu’il s’agt de Malemort. En plus, ce qui me fait plaisir, la chronique est co-signée par Phil Lageat et Arno Strobl alors qu’ils peuvent avoir des goûts très différents, à l’opposé l’un de l’autre… ce binôme là me parle beaucoup. Quant au 9/10, je suis suffisamment électeur de Rock Hard pour savoir que ce n’est pas une note attribuée en permanence. Donc, oui, j’en suis immensément fier, c’est le moment où je me suis dit « Allez, Xavier, savoure ce moment, pose toi 2 minutes et savoure l’instant … »

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Quels sont vos projets à venir ?

Les projets ? D’abord attendre que tout ce bordel se calme… On a un album qui, je le pense, est solide, qui va infuser et que les gens vont découvrir en profondeur. Je veux le défendre dans de bonnes conditions. Je n’exclus pas quelque chose d’un peu évènementiel, mais pour le reste, ce sera plutôt en 2023 avec quelque chose de solide sur printemps-été-automne. Il y a des choses envisagées, mais, aussi, la réception du disque aura un impact, ce ne sera pas anodin dans ce qui va se passer ensuite.

Une toute dernière chose : quelle pourrait être la devise de Malemort en 2022 ?

Euh… « Toujours plus libre ».

En 2018, tu disais « Liberté égalité fraternité et va te faire… » (rires) Tu concluais en disant « Metal libre ». Donc on rejoint aussi cette idée de liberté cette année encore.

Voilà, on y revient toujours !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HELLTEVIEWS: retour sur les rencontres du Hellfest XV

S’il est un lieu privilégié pour faire des rencontres hors période de promo, c’est bien un festival. Le Hellfest fut l’occasion pour Metal Eyes d’aller questionner nombre de musiciens au cours de ces deux week ends. Retour sur une série d’interviews hellfestives quelque peu différentes d’une séance habituelle. Un exercice qui se fera de nouveau tant les musiciens se sont prêtés au jeu et ont semblé apprécier.

Au cours de ces sept journées, Metal Eyes a pu rencontrer des groupes espoirs autant que des valeurs sûres. Tous se sont prêtés au jeu du questionnaire chinois donnant des réponses aussi variées que, parfois, étonnantes ou, plus souvent, attendues. Pour d’autres (Manigance et Sortilège) le temps imparti n’a pas permis de poser ces questions à réponse spontanée. Nous avons cependant pu découvrir Black Beard (Julien et Jérémy), Tarah Who? (Tarah et Coralie), Heart Attack, As A New Revolt (Manu et Julien), Sorcerer (Anders, Peter et Justin) et Ensiferum (Petri), rediscuter avec Last Temptation (Butcho, Peter et Farid), Dirty Shirt (Leni et Christian), 6:33 (Rorscach, Nico et Vicken), Ayron Jones (punaise qu’il parle vite, celui-là!) ou encore Moly Baron (Camille, Sébastien et Steven) pour des moments de plaisir simple. Retour sur des hellterviews hellfestives! Note: les photos sont présentées dans l’ordre des rencontres. Vous pouvez les retrouver dans la galerie dédiée Hellterviews.

BLACK BEARD

Avant de démarrer ce portrait chinois, une première question est posée à pratiquement tous les musiciens rencontrés:

Dans ton autre vie, quel métier exerces-tu? En réalité, c’était plus « Dans la vraie vie, c’est quoi ton vrai métier, celui qui fait plaisir à ta maman? » Si les réponses varient, nous constatons sans surprise que, à l’exception de Petri Lindoos, leader d’Ensiferum et Farid Medjane, batteur de Last Temptation (et ex-batteur de vous savez qui), aucun ne vit de la musique de son groupe et tous ont une activité annexe. La majeure partie exerce un métier lié à la musique – 1 prof de guitare, 2 profs de batterie, 1 prof de chant/coach scénique – ou est intermittent du spectacle (3 techniciens son/video), certains ont une activité musicale annexe avec des side project (Butcho, chanteur de Last Temptation et l’un des membres de Moly Baron) ou connexe comme pierceur/tatoueur (Nico, guitariste de 6:33) et d’autres ont un métier totalement différent. Ainsi, si l’une des personnes rencontrées « cultive de la beuh« , l’immense majorité des autres a un métier plus reconnu par les autorités. Et cela va du responsable d’affaires dans la commercialisation de systèmes de sécurité (Anders, chanteur de Sorcerer) à intérimaire (Manu, chanteur de As A New Revolt – « parce que trouver un CDI et demander à partir régulièrement 3 ou 4 jours, c’est compliqué« ) en passant par responsable de rayon en grande surface (Chris, batteur de Heart Attack), fabriquant de bracelets pour les festivals (Peter, guitariste et fondateur de Last Temptation) à… médecin légiste pour un hôpital suédois (Justin, bassiste de Sorcerer).

TARAH WHO

Sans entrer dans une analyse psychologique, que peut-il bien se cacher derrière ces brutes de musiciens de hard rock/metal/indus/électro? Le portrait chinois nous révèle, nous le savons tous déjà, des cœurs tendres et amoureux de belles choses. Commençons par les questions posées à tous les musiciens et leurs réponses – parfois argumentées. Si tu étais…  (Note: pour plus de facilité, les deux Peter seront ci-dessous suivi des initiales de leurs groupes respectifs – « Peter LT » et « Peter S »)

HEART ATTACK

… Un animal

Ils ont la cote, nos animaux domestiques. Dans l’ordre des préférences, le chat détrône tout le monde (Butcho, Farid, Steven, Julien et Nico l’un d’eux précisant même être certains que « si tu as été bon dans la vie, je suis sûr que tu te réincarnes en chat« ) contre un seul chien (Petri « un grand chien!« ). Juste derrière nos ronronneurs arrive le singe (Camille, Christian, Julien et Rorschach « entre l’orang-outang et le gorille« ) – on peut même en ajouter un cinquième avec le paresseux (Sébastien) – suivi d’un autre félin, le tigre (Ayron Jones, Manu et Coralie) et de l’ours au caractère bien léché (Chris et Leni). Si, jusque là, il n’y a guère de surprise, certains artistes peuvent étonner: nous avons ainsi un aigle (Jérémy) et un condor (Justin) seuls animaux volants qui surveillent sans doute le seul aquatique cité, le requin (Peter LT qui n’est « pas trop fan de l’eau, alors je voudrais bien savoir ce que c’est de vivre dans l’eau« ). Plus surprenant, on trouve un élan (Peter S), une loutre d’Asie (Vicken) et un… rhinocéros (Anders).

ENSIFERUM

… Un roman

Les musiciens puisent souvent leur inspiration dans d’autres formes d’expression, dont la lecture. Mais pas tous. Ainsi, cinq d’entre eux se sont pas lecteurs du tout (Christian, William, Petri, Justin et Julien). Certains livres ont plus marqué que d’autres toutefois. En tête, l’univers clownesque et cauchemardesque de Ca de Stephen King est cité par Nico, Vicken et Steven. L’auteur est également apprécié pour les Evadés (Rorschach). On retrouve sans surprise l’univers de Tolkien et son Seigneur des anneaux (Chris et Sébastien). De grands classiques sont également cités tels Les Misérables (Julien), Rhinocéros (Peter LT qui avait commencé par citer Comment devenir millionnaire d’un certain Donald Trump avant de se rétracter aussitôt), La gloire de mon père (Manu), Le parfum (Butcho) ou encore Paradis perdus (Peter S) ou des œuvres plus récentes comme Les rivières pourpres (Farid) ou Monsieur Malaussène (Jérémy). Plus surprenant est le choix de Tarah qui opte pour Guérir le stress et l’anxiété sans Freud ni prozac ou celui, plus proche de nous, de son binôme Coralie plus portée sur une biographie de musicien.

LAST TEMPTATION

…Un héros de BD/comics

Ah, ah! On pourrait croire que les super-pouvoirs attireraient aisément nos héros musicaux. Eh bien… Il y en a, bien sûr, de Spiderman (Julien) à Hit Girl (Coralie) en passant par Spawn (Nico), Deadpool (Christian), Rorschach (devinez… Rorschach « C’est mon nom de scène, c’est pas un hasard« ) ou un autre personnage de Watchmen (Vicken), Batman (Ayron Jones, « celui des 90’s qui commence à devenir sombre« ). Visiblement, on lit plus de BD que de romans chez les metalleux dont certains puisent dans le passé avec Le Fantôme (Anders qui se souvient de « sa bague tête de mort qui laisse sa trace quand il cogne« ), le héros de notre enfance, Pif (William, parce que « Hercule, c’est un looser« !)ou plus récent avec Lanfeust de Troy (Camille a qui la référence « Prince Dhellu » a échappé), Thorgal (Jérémy) ou Obélix (Sébastien, « parce qu’il aime bien manger, comme moi« ). Mais ceux qui leur tiennent la dragée haute à tous, ceux qui ont été cités plus d’une fois, sont au nombre de 3 et attention! Nous avons le fils des âges farouches, Rahan (Farid et Leni) et un autre poilu en la personne de Wolverine (Chris et Peter S). Aurions nous pu cependant nous attendre à trouver sur le podium le héros de Franquin, j’ai nommé Gaston Lagaffe (Julien et Peter LT)?

AS A NEW REVOLT

… Un film

A nos classiques! Ils en sont amateurs, les musiciens, de ces films de grand écran. Et nous aussi, alors que partageons nous? Un seul film est répété, sans surprise au regard de l’univers historique: Braveheart (Chris et William). Les autres vont du musical Amadeus (Farid) à la SF avec l’incontournable saga Star Wars (Petri. Il suffit de regarder ses doigts!). On passe en revue la comédie avec The big Lebowski (Jérémy), Sacré Graal (Leni) ou encore La grande vadrouille (Sébastien) aux psycho pétés Iglorious Basterds (Coralie) ou Fight club (tiens, le même acteur principal pour Butcho), Pulp Fiction (tiens, un autre Tarantino pour Christian) ou encore The mask (Julien). Les classiques sont aussi de sortie avec Casablanca (Anders) et le plus récent Angel Heart (Peter LT). Le romantisme gothique de Tim Burton trouve une jolie place avec Edward aux mains d’argent (Nico) et Big Fish (Rorschach) tout comme le western avec Le bon, la brute et le truand (Justin) et Pour quelques dollars de plus (Peter S). Tarah elle préfère le documentaire sur Joan Jett tandis que Camille se projette dans la pellicule de Old Boy (la version coréenne).

DIRTY SHIRT

… Un écrivain

Sans réelle surprise, ceux qui ne lisent pas ne se projettent pas auteur. Pour les autres, ben… guère de surprise non plus. On retrouve naturellement Stephen King (Nico, Vicken, William et Butcho) et Bukowski est cité deux fois (Julien et Rorschach). On trouve un poète, Arthur Rimbaud (Farid qui cite Le dormeur du val, « je ne sais même pas si on l’étudie encore à l’école…« ), et beaucoup d’auteurs contemporains ou récents comme JK Rowling (Ayron Jones), Tolkien (Chris), Jules Verne (Christian), Marcel Pagnol (Manu), Isaac Asimov (Leni) ou encore Piers Paul Read (Sébastien);

6:33

… Un personnage historique

Allez, on se lance? On est au Hellfest alors c’est immanquable: certains seraient Lemmy (Jérémy et Julien) ou Ozzy Osbourne (Steven), là où d’autres seraient mieux dans la peau d’un dictateur: Néron (Farid, « il était dur, le contraire de moi, je suis gentil… »), Napoléon (Petri, qui hésite avec Jules César, et Coralie). Sans surprise, un de nos amis roumains (Leni) cite un certain Vlad , plus connu sous le nom de Dracula. Pas si morbide que ce que l’histoire raconte, mais autoritaire et intransigeant… « Si quelqu’un perdait une pièce d’or, il pouvait revenir une semaine ou un an après, il la retrouvait au même endroit« . Une certaine forme de politique qui en appelle d’autres. Ainsi, Peter LT cite Nixon « plus récent et controversé, mais une époque où on la relation au pouvoir était différente, et il en a payé le prix« , tandis que Rorschach s’imagine en Nelson Mandela. « Le mec, il passe 25 en taule, il sort, il n’est qu’amour. Il est élu et l’Afrique du sud remporte la coupe du monde de rugby… Extraordinaire!« . Peter S cite Olaf Palmer, ce politicien scandinave assassiné dont on n’a toujours pas retrouvé le meurtrier… Tarah, elle, s’imagine en RGB. Vous savez, Ruth Bader Ginsburgh. Allez, faites quelques recherches et vous découvrirez une féministe américaine hors du commun. Mais celui qui revient le plus n’est autre que William Wallace, héros de Braveheart (Julien et Chris). On ne saurait faire l’impasse sur l’apparition de Vercingétorix (Manu), les conquérants Genghis Khan (Butcho) et Christophe Colomb (Sébastien) ou le plus philosophe Homère (Justin). Mais surtout, surtout… rappelons nous de Godefroy de Montmirail (William) ou Jacky du Club Dorothée (qui a aussi co animé des émissions musicales avec Antoine de Caunes, au passage) cité par Nico personnages oh combien non historiques ! A nous de nous replonger dans la vie de tous ces personnages, maintenant!

AYRON JONES

… Un monument

On ne va pas vous faire l’affront de le garder jusqu’à la fin, le monument le plus cité au sein de ce Hellfest XV n’est autre que la statue de Lemmy (Tarah, Christian). Le reste navigue entre le mur de Berlin (« Mais détruit » pour Rorschach), des pyramides (celle de Ghisée pour  Camille et celle du Louvre pour Sébastien pour qui « mettre de l’art moderne au milieu d’architecture ancienne, c’est fabuleux« ), l’obélisque de Washington (Anders) ou Big Ben (« Ca fait du bruit, ça fait chier mais c’est joli quand même » selon Vicken) ou le Colisée (William). Certains se penchent plus sur des monuments naturels comme le grand Canyon (Steven), le mont Rushmore travaillé par la main de l’homme (Petri et Ayron Jones car « j’aime quand on me regarde« ). Manu, lui évoque le Palais idéal du facteur Cheval d’Hauterives dans la Drome tandis que Nico parle du site grec de Knossos (« Ils continuent de fouiller le site et de trouver des choses. « ). Plus proche de nous, Chris mentionne l’Arc de Triomphe « avant le passage des gilets jaunes » tandis que les autres n’ont guère d’idée…

SORCERER

 

… Un pays

On pourrait croire que les musiciens sont attachés à leur pays ou leurs racine, mais pas forcément. Naturellement, beaucoup le sont en ce qui concernent la France (Sébastien, Butcho, William ou Rorschach qui précise « à un moment j’ai eu des doutes, mais on a vraiment beaucoup de chance en France pour beaucoup de choses que les autres n’ont pas…). Les USA, pays de tous les possibles sont cités par trois (Farid, Peter LT – « plus le sud Californie » – et Manu – « j’aime et je déteste. Autant c’est un pays magique, autant, parfois, j’ai envie de les défoncer…« ). La Suède se retrouve aussi sur le podium (Nico et Peter S). De nombreux pays européens sont également cités avec, par ordre alphabétique, l’Allemagne (Camille), l’Autriche (Leni), la Belgique (Julien) la Finlande (Coralie), l’Italie (Jérémy), le Luxembourg (Anders), les Pays Bas (Ayron Jones)le Portugal (Chris) ou la Roumanie (Christian). On termine avec des paysages plus lointains et exotiques comme la Nouvelle Zélande (Steven)le Pérou (Justin), le Japon (Vicken) ou encore, paradis des surfers, Hawaii (Tarah). De quoi commencer à organiser ses prochains voyages…

MOLY BARON

Merci à Alexandre Saba (M&O music) Roger Wessier (Replica promotion), Romain Richez et Elodie Sawicz (Agence Singularités) d’avoir rendu ces rencontres, toutes plus que sympathiques, possibles et merci à l’ensemble des musiciens et artistes de s’être prêtés au jeu. On a vraiment passé des moments très agréables ensemble et j’ai fait de très agréables rencontres. Je n’ai cependant qu’un regrets: le trop faible pourcentage d’interviews de femmes alors qu’elles étaient assez nombreuses cette année sur le site. On verra l’année prochaine…

INSOLVENCY: Illusional gates

France, Metalcore (Autoproduction, 2022)

Nous avions déjà rencontré Insolvency en 2018 à la sortie de son premier album, Antagonism of the soul. Alors qu’est apparu en début d’année Illusional gates, le nouveau méfait des Troyens, Metal Eyes a pu s’entretenir avec Prosper, leur nouveau batteur qui a « trouvé le groupe complètement par hasard, sur annonce. Je suis allé voir ce qu’il font, et ça m’a beaucoup intéressé parce que je faisais déjà du metal ado. Je suis ensuite parti faire des études de musique pour voir d’autres styles, me diversifier et c’était un peu naturel pour moi de revenir au metal. J’ai intégré le groupe en 2020, en plein Covid. Le deuxième album était déjà écrit, également la batterie. je n’ai eu qu’à apprendre les parties en apportant quelques modifications, mettre ma patte. » Justement, comment lui, le dernier arrivé, analyses-t-il l’évolution de Insolvency entre ces deux albums?   » Du fait que je me suis formé à d’autres choses que du metal, je crois avoir apporté une sorte de diversification dans mon jeu. Je peux sans doute apporter quelque chose de plus moderne, dans d’autres styles. J’ai fait du jazz pendant pas mal de temps ce qui m’apporte un regard différent sur le style metalcore qui est déjà, à la base, assez codé. On est tous des individualités qui écoutons des choses très différentes, et on apporte des choses différentes dans la musique du groupe. »

La musique de Insolvency, il est vrai, reste très brute, même si le double chant hurlé et clair apporte une sorte d’équilibre. Seul quelques touches de piano en intro tentent de cacher le mur de brutalité sans merci qui suit. « Je pense que cet album a vraiment évolué. Ce n’est pas du compliqué pour faire compliqué. Il a une variété de styles, de la brutalité comme tu le disais mais aussi un équilibre avec de la mélodie. C’est un disque à écouter dans sa totalité« .

De quoi traitent les paroles? Le titre fait-il référence à la crise sanitaire? « Non, même si on peut le penser, mais l’album était déjà écrit avant et les thèmes abordés l’auraient été, Covid ou pas. On a dû dealer avec cette période, pour aller en studio, nus retrouver. Les thèmes sont plus personnels que sur le premier album, plus liés aux expériences de chacun, à des déceptions professionnelles ou dans la vie personnelle. Illusional gates, ça représente un peu une utopie qu’on se ferait de certaines situations. » Plongeons nous donc directement dans les textes de Mirage et Afterlight, ça nous donnera une idée du contenu! (devinez: ce sont les deux instrumentaux)

Si musicalement le groupe a évolué, visuellement, on reste dans le même esprit bleuté et brumeux avec des ombres fantomatique. « C’est un artwork assez sobre, pour illustrer ce qu’on fait en musique. Le choix des couleurs dit qu’on n’est pas ultra sombres ! On parle de choses qui nous sont arrivées et que d’autres ont sans doute vécues. Et on leur dit que malgré tout, on continue, on est là et on avance. »

Deux invités sont au casting de cet album: Ryan, de Fit For A King, et CJ, de Thy Art Is Murder. Autant dire deux grosses voix qui viennent se mêler à celle du bassiste chanteur Pierre Challouet et de son compère guitariste et chanteur Valentin Gondouin. « Tout s’est fait à distance, on était vraiment dans la période Covid, CJ est Australien, Ryan Américain, donc c’était compliqué d’organiser une vrai rencontre. On a envoyé des pistes, des morceaux, on a même testé plusieurs morceaux avec chacun d’eux, mais on n’a pas eu de vrai échanges humains. On a eu quelques exigences, mais le plus important, c’est que le morceaux leur ont vraiment plu. Ils ont pu apporter leur patte, on a, même à distance, fait un travail commun. Et pour nous, c’est top d’avoir la participation de gens comme ça. Ca nous donne une légitimité, le reconnaissance de nos pairs, si je puis dire. »

Pour me convaincre d’écouter cet album, lequel Prosper considère-t-il comme le plus représentatif de l’identité d’Insolvency qui me convaincrait d’en écouter plus? « Alors, c’est pas mon préféré, mais je pense que c’est le morceau éponyme, Illusional gates qui représente bien toutes les palettes de l’album, musicalement et dans les paroles. »

Avant de nous quitter, quelle pourrait être la devise d’Insolvency? « Attends… Je dirai « Stay strong ». Parce que, comme je le disais, malgré tout ce qu’on peut vivre, on est toujours là, on maintient notre projet, de faire la meilleure musique possible; Et c’est un message qui peut s’adresser à tout le monde« .

Entretien avec Prosper (batteur), propos recueillis le 22 avril au téléphone

 

FIREMASTER CONVENTION #3: vendredi 29 avril

Les 29 et 30 avril et le 1er mai 2022 s’est tenue la troisième édition de la Firemaster Convention de Châteauroux. Celle de l’an dernier s’était adaptée à la crise sanitaire et avait fait l’objet de diffusion de concerts à distance. Cette année marque le retour d’un accueil physique dans ce même hall des expos de la préfecture de l’Indre plus tardivement dans l’année que lors de l’édition de 2020 (qui, pour rappel, vit Vulcain donner son dernier concert – sans que le groupe ne le sache lui-même). Et c’est une bonne chose car cette fois, la température intérieure est normale, on ne se les gèle pas!

La site est une nouvelle fois divisé en deux: une grande partie réservée au market et activités annexes (projections de films – Metal hurlant et Lords of chaos – débat et conférences, jeux divers, photo booth), la salle de concert se trouvant dans le dernier tiers. L’espace occupé par la scène est plus vaste qu’il y a deux ans, les lights et décors clairement plus travaillés et professionnels. Pourquoi, avec une affluence à la base limitée, ne pas avoir proposé un point rencontre et dédicaces? C’eut été le lieu idéal pour tout le monde en cette reprise de concerts… A voir pour l’an prochain.

Dès mon arrivée, un triste constat s’impose: le public est absent… Dans un si grand hall, c’est flagrant. Maintenant, nous ne sommes que vendredi, certains travaillent encore, alors espérons que les concerts du soir attireront plus de monde. L’affiche de ce vendredi est pourtant alléchante proposant des styles variés, du metal sympho au thrash en passant par le hard rock.

Les concerts débutent avec les Lyonnais de Whyzdom, seul groupe à jouer pour tout public détenteur de pass « Day » ou « Night ». Devant à peine une centaine de spectateurs, Vynce Leef (fondateur, guitariste passé depuis à la basse) et ses comparses terminent de jouer un titre avant qu’il ne lance au public: « c’était le soundcheck! Maintenant, on sort, et on revient après l’intro! ».

La bonne humeur est visiblement de sortie, d’autant que, Marie, la chanteuse le dira plusieurs fois, c’est le premier concert que le groupe donne depuis 3 ans. Avec un set de 45′, Whyzdom propose 8 titres au public auxquels s’ajoute une sympathique mise en scène – le regard sévère de Marie maniant l’épée! une très agréable mise en bouche.

Ce sont ensuite les Grenoblois d’Amon Sethis qui viennent présenter leur dernier album en date, Part 0: the queen with golden hair (2020). Toujours inspiré par l’Égypte antique, Julien, le chanteur et dernier membre fondateur se présente masqué , enflammant son pupitre tel un rituel d’alors.

Le heavy presque prog fait son effet, malheureusement devant un public toujours peu nombreux, mais qu’importe. Les gars sont à la tâche et se font plaisir pendant les trois quarts d’heure alloués, distillant leur metal progressif sans être prise de tête et teinté de ces ambiances orientales qui font mouche. Un set efficace, un groupe au taquet, des musiciens qui semblent ravis de disposer d’une vaste scène. Julien arbore en fin de show son livre de chevet, « une édition de Champollion – celui qui décrypta les hiéroglyphes – trouvée dans un vide grenier pour à peine 50 centimes… » histoire de participer un peu plus à la culture du quidam châtellerain.

Le premier gros morceau du jour se nomme Titan. Reformé presque par hasard, le groupe de Patric Le Calvez a publié l’an dernier l’un des albums français les plus remarqués de 2021, Palingenesia. Prévu à l’affiche du « Firemaster à distance » de l’an dernier, le groupe n’avait pu se déplacer, car « on finalisait l’album. En plus, les conditions de circulations étaient telles qu’on a préféré se concentrer sur les derniers aspects du disque« .

La salle commence à bien se remplir, le nombre de T-shirts floqués du logo du groupe tendant à démontrer qui est la vedette du jour. Nous le savons, Titan sera également à l’affiche du Hellfest. Quand je leur demande comment on se prépare à un tel évènement, la réponse est simple « On ne se prend pas la tête. On connait nos titres, on ne va pas s’amuser à vouloir prendre toute la place au HF… Mais on y va, tranquillement. », au point qu’après son show, certains des musiciens concèdent ne pas avoir été vraiment en place. Pas si vrai, même si une moitié d’entre eux arbore un look cuir biker et l’autre est plus cool.

Mais scéniquement, rien à dire: Titan propose un heavy metal brut et thrashisant qui séduit de bout en bout. Le Calvez est en voix, on sent une formation complice et heureuse de profiter du temps présent quelque peu béni. Et si le public n’a pas encore entièrement assimilé ce dernier album, il reprend en chœur l’hymne L’Irlande au coeur. Et dans quelques semaines, avec quelques milliers de personnes, je dirai sans trop m’avancer que « frissons garantis ». Oh, oui, vivement le HF même s’il sera très tôt!

Trust, la légende, la fierté nationale qui a révolutionné le hard français est le groupe qui joue le plus longtemps. Une heure quinze allouée aux Parisiens et j’ai envie de dire: pour ça? Déjà, Trust est le seul groupe à n’avoir pas proposé de merch. Pourquoi? Mais plus encore, le groupe se contente, hormis Antisocial, de ne jouer que des titres de ses deux derniers albums en date, Dans le même sang (2018) et Fils de lutte (2019), deux albums pourtant de très bonne facture, sans véritable enthousiasme. Trust offre un concert… ennuyeux.

Bernie, d’ordinaire si engagé et harangueur, ne s’adresse au public qu’en donneur de leçons (« C’est bien d’accueillir les réfugiés ukrainiens, mais quand il s’agit des Syriens ou des Afghans, c’est une autre histoire… Ouais, ils sont blonds aux yeux bleus, ça fait un peu raciste, non? ») mais guère plus. Au nom de la rage? Elle est finalement loin. même sur Fils de pute, tête de liste, pourtant d’actualité, rien. On fait participer le public, un peu, mais la rage n’est pas là ce soir. David Jacob et Izo Diop, en dehors d’un moment sautillant, font de la figuration et Nono… le concert démarrant avec des problèmes de guitare, qu’il doit changer, a-t-il eu une influence sur le renfrognement général? Reste que le bulldozer est en panne. On se contente aujourd’hui de peluches posée en observatrices sur les amplis personnalisés. Décevant.

Phil Campbell and the Bastard Sons investissent la scène vers minuit. Le public est bien présent, se massant devant les planche pour voir l’ex-guitariste de Motörhead. Mais le Gallois est là pour son groupe et bien que des titres de son ancienne formations soient un passage obligatoire, les deux tiers du set voient le quintette proposer du matériel original et bigrement efficace. C’est simple, le bougon laisse place au sourire à plus d’une reprise, et ça fait du bien à voir.

Le rock, le vrai, un peu hard, un peu punk, direct et crasseux, c’est ça. inutile d’en faire des tonnes, les gars connaissent leur boulot et retournent rapidement la salle. Neil Starr (le seul qui ne soit pas un des ses fils mais en a une putain d’attitude!) se met le public dans la poche en un temps record, ne le ressortant que pour mieux le tenir dans sa main.

On pourra s’étonner que la première reprise de Motörhead fut un titre de l’époque de Fast Eddie, Iron Fist, mais on ne boude pas son plaisir. Quelle que soit la formule – originale ou passée – ça joue grave et ça regarde devant. Et, devinez quoi? devant, c’est un nouveau hellfest à ne pas manquer. Phil Campbell fait aisément oublié le concert d’avant et le public peut s’en retourner heureux. Bravo!

Metal Eyes ne fut pas présent pour les deux autres journées. Charge aux amis de United Rock Nation et de Live And Tracks – punaise, ça fait du bien de vous retrouver les gars! – de vous conter la suite des évènements.

A l’année prochaine, si tout va bien. Car sans soutien du public, ces initiatives sont amenées à disparaitre, alors, bougeons-nous, bougez-vous! Des concerts, fest et conventions pullulent, allez-y!