Interview: TRANK

TRANK (de gauche à droite): David, Johann et Michel

Interview TRANK: entretien avec Michel (chant, programmation), Julien (guitares), David (basse), Johann (batterie). Propos recueillis à Paris, Black Dog, le 10 septembre 2020

 

Retrouver le chemin des interviews en face à face… Enfin ! Et quand en plus la première rencontre post Covid se fait avec la découverte française de l’année, comment se plaindre. C’est donc Trank au complet qui me reçoit dans la bonne humeur pour une longue interview « en vrai ». Humainement aussi chaleureux que leur musique est entraînante, Trank est sans aucun doute le groupe à suivre et à soutenir.

 

Metal-Eyes : Commençons par une première question sans surprise : pouvez-vous nous raconter l’histoire de Trank, en quelques mots ?

Michel : On s’est formé en 2016. On a commencé par sortir un premier 6 titres pour se faire la main, mais notre ami David n’était pas encore là. C’est vraiment quand il est arrivé que le son et la personnalité de Trank se sont mis en place. On a sorti 3 singles en 2018 qui nous ont permis de décrocher de grosses premières parties comme Deep Purple, Anthrax ou Papa Roach. On retrouve ces singles sur le premier album – enfin ! On a pris notre temps, on peut dire qu’on est perfectionnistes et qu’on aime bien faire les choses.

 

Metal-Eyes : Et vous êtes originaires d’où ?

Michel : Warf !

Julien : On vit tous dans la région genevoise. On est tous Français, originaires de France mais la vie nous a amenés à aller travailler en Suisse ou à côté, et c’est là qu’on s’est retrouvés.

 

Metal-Eyes : Quel est le parcours musical de chacun ?

Michel : Alors… Parlons de ce que nous avons en commun : on a tous fait de la musique dans des groupes amateurs ou semi pro sans jamais tomber sur le projet qui nous donne suffisamment de motivation pour continuer d’un point de vue professionnel, jusqu’à ce qu’on finisse par se rencontrer. J’ai commencé par croiser Julien. Je jouais à l’époque dans un groupe de reprises à Genève avec qui j’ai tout appris, comment me tenir sur scène, chanter du rock. Ce groupe, pour diverses raisons, ne voulait pas passer à l’étape de la composition, qui, moi, me tentait vraiment. Je voulais trouver un partenaire pour des choses plus rock, sachant que je faisais des choses plus mélancoliques… Je voulais trouver quelqu’un qui m’aide à me pousser dans des retranchements plus rock. Je suis tombé sur… ce mutant qui composait à la chaine des riffs incroyables sur sa guitare high tech improbable. Je connaissais Johann depuis des années et je savais que lui aussi cherchait un groupe dans lequel s’investir. Après, il nous a fallu du temps avant de trouver le bon bassiste – on en a eu trois ou quatre avant que David arrive par le biais classique des annonces. Et c’est vraiment quand il est arrivé qu’on a finalisé ce qu’est l’identité du groupe.

 

Metal-Eyes : Et vous, vous avez commencé dans quoi ?

David : Que de la compo… j’ai commencé avec le punk, guitariste de punk.

 

Metal-Eyes : Punk anglais ou US ?

David : Non, non, punk anglais, d’abord, et US par la suite. Après je suis resté coincé dans le metal sous toutes ses formes, je suis passé par plusieurs instruments avant de finir à la basse. Un choix volontaire de ma part : en étant guitariste, c’était un peu fatiguant de ne croiser que des guitaristes (rire général) … J’aime beaucoup les guitaristes, mais quand tu cherches un groupe ? il y a 40 guitaristes qui se présentent, alors… Je me suis donc mis à la basse et j’y trouve mon compte parce que je fais à la basse ce que je fais à la guitare.

 

Metal-Eyes : Un nouveau Lemmy…

David : Non… Non… D’ailleurs, je n’ai jamais été bercé par Motörhead, ce n’est pas dans ma culture musicale. Je crois que j’ai un style particulier…

Michel : Qui s’intègre à mort dans ce qu’on fait, notamment parce qu’on n’a pas de guitariste rythmique. On est un groupe sans, du coup, il y a une place plus grande pour la basse, en termes rythmiques et mélodiques.

 

Metal-Eyes : Revenons à la guitare : ton parcours, c’est quoi ?

Julien : Alors, moi j’ai commencé par de la guitare classique et du flamenco, donc des guitares percussives, taper dessus, et après, quand j’ai commencé la guitare électrique, j’ai repris du rock français, puis je me suis lancé dans des musiques un peu plus funk, puis du punk… Ce qui m’intéressais, c’était de pouvoir composer, donc j’ai commencé à utiliser les logiciels de l’époque comme guitare pro. C’est comme ça que j’ai rencontré Michel qui voulait lui aussi composer.

 

Metal-Eyes : Donc une éducation assez variée à la guitare, différents styles qui vont s’intégrer à Trank (il confirme). Enfin, à la batterie…

Johann : J’ai commencé à apprendre la batterie il y a une trentaine d’années, avec différentes percussions – xylophone, caisse claire, cymbales… J’ai fait ça pendant une dizaine d’années, avec solfège et tout ça…

Michel : Il a cassé son triangle, ça a été le drame…

Johann : J’étais dégouté, c’était la pièce maitresse de mon jeu et puis… il est plus là…Au fil des années, j’ai joué dans différents groupes aux styles très divers – de la pop au metal progressif style Dream Theater, les groupes qu’on reprend quand on est jeune histoire de dire « ouais, j’ai réussis à reprendre un truc compliqué ! ». Je n’ai pas rejoué en groupe parce que j’ai déménagé, même si je faisais des petits trucs de temps en temps. Et quand Michel m’a proposé ce projet, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Et quand on est ensemble, il y a vraiment (en chœur avec Michel) un truc qui se passe… A la fois d’un point de vue musical et personnel. On s’entend bien… enfin, moi, je m’entends bien avec eux ! J’ai joué de tout et j’écoute de tout ce qui fait que chaque chanson est un challenge, je me demande ce qui va le mieux coller à la chanson, et j’aime bien ça…

 

Metal-Eyes : Avant de parler de la musique elle-même, on ne peut pas passer à côté de la signification du nom du groupe (ils explosent de rire). En allemand, ça vient du verbe Trinken, boire, au passé, donc « buvait ». Quelle est votre relation à la bouteille ? Je vois beaucoup d’eau et de café…

Michel : Alors, pour certains d’entre nous, du mal à les ouvrir (clin d’œil à Johann qui oublie d’ouvrir ses bouteilles d’eau avant les concerts…)

Johann : … Alors, c’est le moment embarrassant pour moi. On s’échangeait des message en se demandant ce qu’on pourrait trouver comme nom de groupe, et, à un moment, je leur fais une blague toute pourrie, comme toutes mes blagues, et je leur dis « pourquoi on ne s’appellerait pas Trank ? Ça fait comme un Tank, mais tranquille » … Blague pourrie, donc, mais retour de bâton, ils me disent tous que c’est génial. Moi je me dis « oh, merde… » (rires)

Michel : On voulait un nom simple qui soit prononçable dans toutes les langues. On ne s’est jamais dit que notre musique pouvait marcher dans notre coin, on s’est toujours projetés à l’extérieur, donc on voulait quelque chose qui puisse se prononcer où qu’on se trouve, et quelque chose en une syllabe, ça nous allait bien. Avec Julien, en studio, on se disait qu’on voudrait bien un K dans le nom, une petite rigueur germanique. Il y a une influence un peu industrielle parfois, un son un peu monolithique, parfois… Et ce qui a déclenché le jeu de mot de Johann, c’est qu’on jouait avec des noms comme Krank, le film avec Jason Statham, et avec un mot d’une chanson de Kraftwerk… Il a joué avec les deux et ça a donné Trank. Effectivement, c’est un nom qui vient d’une grosse blague, mais il fait partie de ces noms qui n’ont aucune signification particulière – OK, en allemand, c’est l’imparfait de boire, c’est l’abrégé aussi de « C’est du rock alternatif dans lequel on trouve plein d’influences diverses, qui est parfois assez intenses. Il est parfois sombre, mais toujours accessible et qu’on veut toujours accrocheur. Il y a une forme d’intensité et de noirceur dans la musique du groupe mais on veut que les gens y répondent en se joignant à nous.

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas trouvé de noirceur…

Michel : Oh, il y a, on peut dire, quelques touches un peu menaçantes dans certains passages…

 

Metal-Eyes : Il y a de la cold wave, de la new wave, du metal, mais je ne peux pas parler de « noirceur » dans ce que j’ai écouté… On ne peut pas dire que ce soit inquiétant. Il y a de la puissance, de l’entrain et beaucoup d’envie…

Michel : Ça me fait plaisir que tu dises ça parce que, justement, c’est le but. Réconcilier ces influences du prog, de l’alternatif, du metal, de la cold wave dans quelque chose qui soit cohérent, quelque chose qui reflète cette petite part d’ombre mais qui reste accrocheur et qui donne envie venir. Ce n’est pas de la musique extrême qui repousse les gens avec une sorte de barrage sonore – c’est très bien, mais la musique qu’on veut jouer ensemble, elle n’est pas comme ça : elle invite plus qu’elle ne repousse

 

(A ce moment, Julien nous quitte pour aller répondre à une autre interview)

Metal-Eyes : Vous avez enregistrés plusieurs Ep avant de sortir cet album. Michel disait tout à l’heure que vous avez besoin de répéter les choses, mais pourquoi ne pas avoir choisi de sortir un album plus tôt ? Qu’est-ce qui vous a ralentis, freinés ?

Michel et David : Le perfectionnisme…

Michel : Le perfectionnisme d’une part… On a enregistré notre premier Ep en 2016, il y avait 6 titres, on l’a envoyé à droite à gauche. Après, on a composé 2 ou 3 nouvelles chansons qu’on a enregistrées pour pouvoir après aller démarcher et présenter Trank. C’est ce qu’on a fait, et ça a plutôt bien marché parce qu’on a commencé à avoir des propositions de premières parties prestigieuses, et, d’autre part, avec ces premières parties, on s’est rendus compte que ces chansons prenaient vraiment toute leur dimension sur scène, avec ce gros son derrière. Du coup, on s’est dit que si le son qu’on veut c’est ça, il allait falloir enregistrer un peu différemment. Donc, on a repris tout ce qu’on avait arrangé et on s’est demandé ce qui pouvait rentrer dans ce nouveau cadre. Je pense que tu t’en es rendu compte avec le CD, il y a pas mal de styles. Mais on voulait avoir cet élément commun d’une musique épique, voire cinématographique, qu’on puisse imaginer une histoire derrière la musique.

 

Metal-Eyes : Je vais même t’avouer une chose : je l’ai écouté plusieurs fois… Je n’arrive pas à voir comment le chroniquer, je n’arrive pas à vous placer dans une case, même s’il y a des éléments reconnaissables…

David : Super, génial…

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas dit que j’aime ou que je n’aime pas…

Michel : C’est un très beau compliment, parce que, ce dont on s’est rendus compte c’est qu’il y a une identité sonore. C’est assez facile au bout d’un moment de savoir ce qu’est une chanson de Trank. C’est du rock alternatif pêchu avec cette petite touche de… de froideur, si tu veux l’appeler comme ça. Il ya une certaine influence metal par moments, dans la guitare, le chant, les attaques basse batterie. Oui, il y a des références à ça, il y a aussi des références à la cold wave, à du rock alternatif – il y a une influence de Muse, une patte dans la façon de jouer de laguitare… mais en même temps, il n’y a pas une étiquette facile à mettre sur le groupe en terme de genre « Rock alternatif » ça nous va très bien, parce que ça veut tout dire et rien dire…

 

Metal-Eyes : Comme « Metal moderne »…

Michel : Ouais, c’est un peu ça ! Exactement…

 

Metal-Eyes : Vous avez retravaillés les morceaux des singles avant de rentrer en studio pour l’album ?

Johann : On les a refaits intégralement, on a retravaillé tout ce qui était arrangements, programmation, etc. parce que, d’une part, il y a toujours la version studio et la version live… On a toujours travaillé les deux versions en parallèle sachant qu’en live, ça joue… live (ndmp : bravo l’évidence…) Sur la version album, si on veut que les instruments marchent ensemble, il ne faut pas que ça se marche dessus. Sinon, il y en a partout et l’auditeur ne comprend plus rien. Donc, on a dû faire pas mal de ménage en cherchant ce qui pouvait compléter le son et ne pas se clasher avec.

Michel : Aussi, comme on les avait déjà joués sur des grandes scènes, on avait une idée d’une musique un peu épique. En plus de pouvoir leur rendre justice en les jouant sur des grandes scènes, ça nous a donné de nouvelles idées… Des morceaux comme Take the money and run, on avait ça en tête depuis très longtemps. La version qu’il y a sur album est radicalement différentes de celle du Ep : la partie basse/batterie n’a rien à voir, la guitare a beaucoup évolué aussi, il n’y avait pas de séquences… Ces dates en premières parties de grands groupes ont été un réservoir d’idées, du coup, ça aurait été dommage d’insérer ces morceaux sur l’album alors qu’on avait les moyens de les faire sonner encore plus gros et plus accrocheurs ! Ce groupe, c’est une histoire d’équilibre. Clair – Obscur. Puissance – Accessible. Il y a un autre équilibre qui est important, c’est au niveau du son : qu’il soit suffisamment riche et fouillé pour qu’on sente qu’il se passe quelque chose. Que le son soit au service de ce qu’on veut véhiculer. On a fait l’enregistrement en mode « très vieille école » avec notre ingé son et producteur, avec des vieilles consoles analogiques, des préamplis à tubes… ce qui nous a donné un matériau très riche harmoniquement. On l’a fait mixer à New York par Bryan Robbins, l’ingénieur du son de Bring Me The Horizon, qui nous a aidés à donner la même puissance, la même trempe, le même tranchant, la même masse que ce qu’on arrive à avoir en live.

 

Metal-Eyes : ça s’entend, il y a un son très massif, gros, ce qui n’est ^pas très habituel pour un groupe hexagonal. Il y a autre chose qui n’est pas habituel : c’est un bon accent anglais dans le chant (Michel rit).

Michel : C’est gentil, merci…

 

Metal-Eyes : Il ne sait plus quoi dire…

Johann : Vas-y, donne tout, t’es bien parti là (rires) !

 

Metal-Eyes : Si vous deviez chacun ne retenir qu’un seul titre de The ropes pour définir ce qu’est Trank aujourd’hui, ce serait lequel ?

Michel : Compliqué, ça… On aurait du mal…

David : Chaque morceau a une histoire différente…

 

Metal-Eyes : Je sais, ça… « C’est un ensemble », « on ne sépare pas une famille », je les ai toutes entendues mille fois !

David : Pose plus la question alors (rires) !

Michel : Vous m’arrêtez si vous n’êtes pas d’accord

Les autres, en choeur : Pas d’accord (rires) !

Michel : Il y a des morceaux prototypes, je crois que le choix se ferait entre la première, The shinning, et la chanson titre. Elles ont toutes les deux ce mélange entre la puissance des guitares metal, la rythmique de l’alternatif et de la cold wave, et ce passage par des moments plus rentre dedans… Toutes ces choses, ce sens de la dynamique qu’on essaie d’avoir, c’est le cœur du territoire sonore qu’on cherche à avoir.

Johann : Il y a quelques semaines, on a fait une interview sur une radio suisse et le journaliste nous disait « j’ai l’impression que c’est comme si vous popisiez le metal ». Il le disait dans le sens le plus positif du terme. Ce qu’on essaie de faire, c’est qu’il y ait une mélodie qui marche, dès le départ. Une mélodie vocale, instrumentale, mais que ça marche. C’est le cœur de la pop, et derrière, il y a cette dimension accrocheuse, punchy, et ce sera toujours une dimension supplémentaire par rapport à une mélodie qui marche.

 

Metal-Eyes : Donc ce serait soit Shining soit The ropes, qui sont tous les deux accrocheurs (ils approuvent). (à part) Il faut que j’arrête de faire des compliments, j’ai pas encore écouté l’album..

(Michel explose de rire)

Johann : Non, mais tu fais super bien le gars qui a écouté !

David :  Carrément ! Nous on était embarqués là…On sent le métier là !

Michel : Ah ouais, trop fort !

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Trank en 2020 ?

Michel : On a toujours la même qu’on se dit avant de monter sur scène… Il y a une phrase qu’on se dit toujours avant : « Rien à foutre, déjà morts ». C’est une phrase qui vient de la prière des samouraïs avant la bataille. Si tu choisis d’aller à la bataille, quelque part, tu as déjà renoncé à rester en vie, tu es déjà mort. Et ça reflète un état d’esprit. Quand on monte sur scène, qu’on entre en studio, on est assez combatifs. On se bat contre nos propres limites, on cherche à repousser nos propres limites. C’était un privilège de faire ces premières parties, mais c’est aussi une énorme pression, de même que de jouer devant 5.000 personnes. Tu ne peux pas te cacher derrière des milliards de watts… si quelque chose n’est pas bon, ça va s’entendre ! On investit énormément émotionnellement dans la musique qu’on fait, pour y prendre du plaisir et en donner aux gens qui nous écoutent. Donc c’est une façon de nous dire « on y va comme on va à la bataille, mais on se calme au niveau pression ».

Johann : Et un groupe qui s’éclate sur scène, en général, ça se voit et le public suit. Un groupe qui n’a pas envie d’être là…

Michel : C’est le pire concert…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : comment se fait-il que Ian Gillan, le chanteur de Deep Purple, ne soit pas avec vous sur la photo avec les deux groupes ?

Julien : Parce que Ian… il refusait de faire des photos avec qui que ce soit…Tous les musiciens de Purple étaient adorables, mais pour la petite histoire, à la fin du concert, il y avait un van qui venait se garer directement backstage, dans la salle. Ils ouvrent la porte. Nous on pense que dès la fin du concert, Deep Purple grimpe dans le van et quitte la salle, mais non, il n’y en a qu’un, c’est Gillan. Les autres sont restés, ils sont venus discuter avec nous, boire des bières, ce qui est un énorme privilège, mais faut savoir que ce n’est pas par rapport aux premières parties qu’il part…

Michel : A sa décharge, on voit qu’il a des difficultés, il a du mal à marcher sur scène et je crois qu’il est dans une démarche pour conserver toute son énergie pour le chant. Le fait est qu’il a sa voix ! Le soir où on l’a vu, il était en très grande forme. On a eu la chance de les voir en side stage, et franchement, je croyais que ça allait être mauvais… Le contraste entre sa souffrance physique et les notes qu’il sortait ! La clarté, le niveau de puissance, c’était phénoménal… Et contrairement à d’autres que je ne citerais pas, il n’y avait pas de Pro Tools derrière pour rattraper les notes difficiles. C’est tout en direct…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose à ajouter ?

Johann : Comme disait Michel tout à l’heure, on fait avant tout de la musique pour nous amuser. Et, tu le disais, on a du mal à coller une étiquette sur notre style. C’est à la fois un grand compliment et ça rend aussi notre vie, et la tienne, plus difficile (Michel explose de rire). Ce n’est pas un calcul commercial, on a tellement de belles choses à faire, on les fait le mieux possible. On espère que ça va plaire aux gens, des publics variés, d’ailleurs, mais c’est d’abord ce que nous, on, voudrait écouter.

Michel : C’est un groupe qu’on a monté par passion, ça plait, génial !

 

Interview: AVATAR

Interview AVATAR: entretien avec John Alfredsson (batterie). Propos recueillis par téléphone, le 10 juillet 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Comment ça se passe en Suède, d’un point de vue sanitaire, ces jours-ci ?

John : Bien… enfin, « bien » est tout relatif. Mais… Nous survivons…

 

Metal-Eyes : Votre dernier concert était à Saint Petersbourg, le 14 mars. N’était-ce pas un peu étrange de vous retrouver entre deux états, « on va devoir rentrer » et « on doit continuer » ?

John : Oui, la Russie était, je crois, un des derniers pays à avoir fermé ses frontières. Quand nous jouions en Russie, nous ne pouvions que constater que tous les autres pays du monde fermaient, les uns après les autres, et tous les groupe que nous connaissons, qui étaient en tournée, annulaient. Nous, on était là à se demander si nous étions censés continuer de jouer… C’était étrange, vraiment…

 

Metal-Eyes : J’imagine aussi que vous ne pouviez prendre la décision d’annuler de votre propre chef pour des questions d’assurances…

John : Oui, mais d’un autre côté, nous n’avons donné que 3 concerts en Russie, en ouverture de Sabaton. Et au bout du compte, l’endroit le plus sécure est sur scène. Nous n’étions pas inquiets pour nous, plus pour le public. Nous espérions simplement que quelqu’un savait ce qu’il faisait avec cette foule, tu me comprends ? Je ne crois pas que nous, en tant qu’artistes, devons dire aux politiciens ce qu’ils doivent faire. Je ne supporte pas d’entendre des artistes demander à ce qu’on les laisse jouer, pas dans ces conditions. C’est aux autres de nous dire quand il sera temps de rouvrir, ou de fermer si c’est nécessaire.

 

Metal-Eyes : Parlons du groupe maintenant : le cycle Avatar country se termine. Que vas-tu en retenir ? A part le Covid…

John : Euh… Je crois que je me souviendrai de ce cycle comme l’un des plus amusants que nous avons vécu. Nous ne nous sommes jamais autorisés à nous permettre autant de choses que sur Avatar country. Tout était permis.

 

Metal-Eyes : Même Hellzapoppin…

John : Oui, même eux ! Ce genre de choses ! C’était très… comment dire ? « Relaxant » de pouvoir nous laisser aller. Quand nous programmions cette tournée, nous nous demandions quelle était la chose la plus dingue qu’on puisse faire, et nous avons fonctionné comme ça tout le temps. Nous ne le referons plus dans un avenir proche. C’est ce dont je me souviendrais de ce cycle, faire des choses comme accueillir Hellzapoppin sur la tournée, faire apparaître le roi sur un trône… ou faire un film !

 

Metal-Eyes : Faire un film qui ferme ce cycle. J’imagine que tu parles de The legend of Avatar country (il confirme). Ceci signifie donc que le pays d’Avatar était en réalité une légende, il n’existe pas du tout ?

John : Il existe dans nos cœurs, à jamais.

 

Metal-Eyes : Donc, « longue vie au roi » ?

John : Oui, « longue vie au roi » !

 

Metal-Eyes : Vous étiez également censés ouvrir pour Iron Maiden, dont un passage à Paris demain, 11 juillet. Etait-ce toujours sur le thème Avatar Country ou alliez-vous proposer quelque chose de neuf ?

John : En réalité, nous devions donner ce soir un concert secret dans un club de Paris. Qui aurait été le dernier show de Avatar country. Et demain, avec Iron Maiden, nous devions donner le premier concert de la tournée Hunter gatherer

 

Metal-Eyes : Un nouveau cycle s’ouvre avec Hunter gatherer. C’est un album très sombre, à l’opposé de Avatar country. Qu’est-ce qui vous a fait passer de la lumière aux ténèbres ?

John : Avatar country n’était pas supposé être un album au départ. Il devait être un Ep entre deux albums « normaux ». Quand nous avons commencé à composer, nous avions tellement de matériel que je ne parvenais pas à écarter une chanson. Alors « merde ! on fait un album ! » Ça a commencé comme une blague entre nous. Nous avons eu le sentiment à l’époque que nous devions sortir ces chansons. Et ça nous a simplement soulagés de le faire. Nous n’avons jamais eu pour vocation d’être un groupe rigolo… Avatar country, tu peux le voir de plusieurs manières : tu peux le considérer comme une comédie, mais aussi comme une critique de la société du moment. Il s’est passé tellement de choses en 2016, quand nous l’avons écrit… Nous ne parlons jamais de politique dans Avatar, mais nous avons choisi de commenter. Nous nous sommes vraiment amusés à faire cet album, et quand la tournée a commencé, c’était si plaisant de simplement pouvoir proposer des concerts aussi gros ! C’était super fun… la première semaine. Ensuite, il y a eu 150 concerts supplémentaires ! Nous parlons beaucoup et dans le tour bus, on écoutait de la musique, on échangeait et quand l’un d’entre nous a demandé ce que nous allions faire ensuite, la réponse a fusé : pas un putain d’album de comédie ! » Nous savions tous que notre prochain album devait être sérieux. Sinon, nous courions le risque d’être catalogué comme un groupe de comédie, et ce n’est pas ce qu’est Avatar. Ce ne fut qu’un petit détour.

 

Metal-Eyes : Hunter gatherer est un album plus sombre, plus heavy et plus colérique. Qu’avez-vous mis dedans ?

John : C’est certainement l’album le plus sombre que nous ayons enregistré. Une sorte de contre réaction à Avatar Country

 

Metal-Eyes : Justement, vous avez acquis tant de nouveaux fans avec Avatar country… Ne crains-tu pas la réaction de ces nouveaux fans lorsqu’ils découvriront cette autre facette d’Avatar ?

John (il réfléchit) : Non… Non. Je suis sûr à 100% qu’il va y avoir un paquet de fans qui ne va pas aimer cette facette, qui dira préférer « l’ancien » Avatar. Mais c’est toujours le cas, à chaque album… et au bout du compte, nous ne pouvons y prêter attention. Nous aimons nos fans, nous les aimons vraiment, ce sont les meilleurs fans du monde, mais on ne fait pas les choses pour eux : nous faisons les choses pour nous. Avatar, c’est réaliser ce que nous souhaitons. Si les gens aiment ça, c’est un bonus et ça nous permet de continuer. Si personne n’achète nos t-shirts ou nos disques, nous ne pourrions pas payer nos loyers, la situation serait plus complexe. Mais concernant la musique, nous la plaçons en priorité. La vente de T-shirts vient après. Quand nous composons, tant que nous sommes satisfaits, c’est le principal. Si personne n’aime ça, je pourrais me tenir debout fièrement et dire « désolé si ça ne vous plait pas, moi j’en suis fier ! Allez vous faire foutre, je ne compose pas pour vous ! » Mais oui, je suis sûr qu’un paquet de fans n’aimera pas cet album. Ils peuvent continuer d’écouter Avatar country (rires) ! L’album ne disparaitra pas…

 

Metal-Eyes : Et j’imagine qu’il est également possible que certains de ces fans les plus récents soient séduits et cherchent à découvrir votre passé, Hail the apocalypse, Feathers and flesh, Black waltz voire même avant…

John : Oui, aussi, c’est possible.

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution d’Avatar entre vos deux derniers albums, Avatar country et Hunter gatherer ?

John : Mmh… De toute évidence, nous avons changé de voie entre Avatar country et celui-ci ! Plein de choses se sont produites ces deux ou trois dernières années. Ça m’a surpris de voir autant de personnes monter dans ce train. Avatar est devenu une sorte de phénomène. Incroyable de voir ça, et comme je l’ai dit, nous avons les meilleurs fans du monde. Comment on a évolué ? Naturellement… Nous faisons ça depuis presque 20 ans. C’est assez difficile pour moi d’analyser ces dernières années parce que notre évolution s’est faite depuis le début. Nous vieillissons, devenons plus sage.

 

Metal-Eyes : Avez-vous changé votre manière de composer pour ce nouvel album ?

John : Nous avons commencé par discuter, beaucoup. Quelle sera le cadre, de quoi allions nous parler ? Dès le départ, nous étions d’accord sur le fait que ce serait l’opposé, qu’il serait très sombre, qu’il ne devrait y avoir aucune blague…Et ce ne serait pas un album conceptuel, comme c’était le cas avec Avatar country ou Feathers and flesh. Il nous fallait retourner vers des terrains inexplorés. Avatar country était une sorte d’hymne au heavy metal. A tout ce qu’on aime dans cette musique : un roi, du fantastique, tout tient dans une boite, petite. Pour Hunter gatherer, nous avons décidé de prendre une grande boite, sans limites. Il y a Silence in the age of apes, très violente, brutale, Colossus, très sombre, une autre avec du piano… Nous avons beaucoup écrit, quelque chose comme 40 chansons… et nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à la meilleure manière de les lier, d’en faire quelque chose de cohérent, qui tienne la route. Et nous avons passé beaucoup de temps à répéter aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez beaucoup tourné, comme tu l’as rappelé. Quand avez-vous trouvé le temps d’écrire et de composer autant ?

John : Un des luxes que nous devons au fans, et c’est la première fois que ça nous arrive en 20 ans, c’est que nous pouvons recevoir un petit salaire. Ça aide beaucoup. Jusqu’à Avatar country, nous étions tous dans l’obligation de travailler à côté, et c’était difficile parce que nous ne pouvions nous voir qu’une heure par-ci, une heure par-là. Quelqu’un avait un empêchement… Cette fois, nous avons pu bénéficier de temps et dès que nous n’étions plus sur la route, nous nous attelions au travail. Comme nous le faisons depuis toujours au sein d’Avatar, nous voyageons ensemble. Nous avons quelques lieux de rencontre : la famille de notre chanteur a une maison dans la forêt, j’ai une maison dans la forêt, notre guitariste, Jonas, le roi, vit sur une île en dehors de Göteborg. Alors nous y allons ensemble, restons sur place une semaine, isolés dans un endroit où il n’y a rien d’autre à faire que de travailler.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Hunter gatherer pour explique à quelqu’un ce qu’est Avatar aujourd’hui, ce serait laquelle ?

John (il réfléchit) : … A secret door. Je pense qu’elle résume bien l’album. Hunter gatherer explore différentes voix, très dures, très mélodiques, très industrielle, et je crois que A secret door contient tout cela. Bien sûr, je pourrais aussi dire Colossus, qui est le premier extrait. L’une ou l’autre est représentative.

 

Metal-Eyes : Colossus, la vidéo, vient d’être dévoilée au public. Quelles sont les premières réactions ?

John : Je suis en train de suivre en direct et je vois qu’il y a… 6.000 pouces levés, donc j’imagine que c’est positif. Mais je ne lis pas les commentaires. Je ne lis pas les chroniques, je suis une de ces âmes fragiles (rires). Si les gens aiment, tant mieux, mais je ne me plonge pas dans les critiques. Parce que, le pire qui puisse arriver, c’est de lire 100 chroniques qui encensent l’album et une, une seule, donne un avis différent, et ça peut être blessant… Rien que pour cette raison, j’ai décidé d’arrêter de les lire. Je sais, je dois aller voir un psy…

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Avatar pour ce nouveau cycle ?

John : Euh… « Soyez gentils » dans le sens généreux, bons.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : la Suède est aujourd’hui un des plus important pays du metal. On a beaucoup parlé de la scène death metal au début des années 90, maintenant, c’est un des pays qui propose les groupes les plus mainstream et variés avec des groupes comme Sabaton, Amon Amarth, Royal Republic, Ghost, vous et tant d’autres qui développent de vrais spectacles visuels. Comment expliques-tu ce phénomène ?

John (il rit) : J’adore ça ! Nous sommes assis tranquillement et tu parles d’Amon Amarth comme d’un groupe mainstream !

 

Metal-Eyes : En dehors du chant, c’est aujourd’hui plus du metal…

John : Ouais, mais si tu retournes 20 ans en arrière, tu n’en parlerais pas comme ça ! Même aujourd’hui, c’est très rapide, avec des doubles grosses caisses, des growls… Je crois que c’est plus l’époque qui change que la musique. Mais c’est vrai, il y a du spectacle, c’est très visuel. Et j’adore les fans capables de parler d’Amon Amarth, que j’adore, comme d’un groupe « mainstream » (rires).

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à rajouter ?

John : Gardez la tête froide, votre cœur ouvert et vos mains propres ! Nous sommes vraiment très impatients de vous retrouver sur la route, surtout en France. Vraiment, nous adorons la France !

 

Metal-Eyes : C’est pour ça que vous y aviez prévu un concert secret sans doute…

John : Oui, oui, absolument.

 

Interview: TOYBLOÏD

Interview TOYBLOÏD: entretien avec Madeleine (basse et chant). Propos recueillis par téléphone, le 1er juillet 2020

Metal-Eyes : si mes informations sont bonnes, Toybloïd s’est formé en 2007. Vous vous êtes formés où ?

Madeleine : Paris. On est totalement parisiens, et on y est toujours !

 

Metal-Eyes : Il y en a pas mal qui sont partis ces derniers temps… Jusqu’à présent, vous avez enregistré 2 Ep – You will scream for more en 2010 et From scratch en 2013, ainsi qu’un album, Toybloïd en 2016, et Modern love qui vient de sortir, c’est bien ça ?

Madeleine : Oui, c’est bien ça.

 

Metal-Eyes : Si on fait les comptes, on peut dire que vous n’êtes pas des foudres de travail, je me trompe ?

Madeleine : Ah, ah ! Ouais, c’est comme ça que tu le prends ! C’est vrai que ça fait 13 ans qu’on existe et qu’on n’a pas sorti grand-chose. Il a fallu près de 10 ans jusqu’au premier album parce qu’on était très jeunes, il nous fallait du temps pour nous améliorer, améliorer l’écriture des morceaux, réunir une équipe pour faire un album, et ça a été assez long. Après, c’est vrai que ça a été assez long entre les deux albums – presque 4 ans. Mais là, pour le coup, on ne s’est pas du tout tourné les pouces. Après le premier album, on a décidé de se séparer de tout le monde – manager, label – parce qu’on voulait absolument faire les choses par nous-mêmes. Forcément, ça a pris du temps de monter un label, s’occuper de plein de trucs administratifs, trouver des financements. Ça a été beaucoup de travail en plus de celui d’écrire un album. On a bossé !

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Toybloïd pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Madeleine : Pour moi, c’est des chansons pop avec des mélodies qui rentre bien dans la tête, des grosses guitares, des gros riffs… des chansons format court hyper classique – couplet-refrain-couplet-refrain-pont-couplet – des chansons efficaces qui marchent bien sur scène, dans ta voiture, dans ton salon…

 

Metal-Eyes : On rajoute une petite touche de punk ou pas ?

Madeleine : Bien sûr ! Punk dans la musique, dans l’esprit – on a voulu se démerder tout seuls pour tout faire.

 

Metal-Eyes : La pochette de l’album est assez provocatrice, il n’y a même pas le nom du groupe. C’est volontaire ?

Madeleine : Oui (elle rit) ! Je ne sais pas si c’est la meilleure idée du monde, mais on aimait tellement cette photo qu’on ne voyait pas du tout où on pouvait mettre notre nom dessus. C’était trop moche ! On l’a fait quand même sur le vinyle, il y a un petit sticker avec notre nom, mais sinon, la pochette c’est juste la photo. On voulait que ce soit frontal et voilà, faut tourner le CD pour savoir que c’est nous !

 

Metal-Eyes : Elle est assez provocatrice – je n’arrive pas à définir si c’est un couple hétéro ou homo. Quand on va sur votre page Facebook, j’ai l’impression qu’il y a un engagement auprès de la communauté LGBT. Je me trompe ?

Madeleine : Exactement. Il nous a fallu pas mal d’années avant de nous lancer dans cet engagement. C’est pas quelque chose qu’on voulait mettre en avant, on n’avait pas l’impression que c’était spécialement important de parler de ça et finalement, on s’est rendu compte que si, c’est important. C’est quelque chose qui n’est toujours pas du tout accepté de nos jours, donc il faut y aller, en parler. Quasiment toutes les chansons de l’album parlent de ça. C’est un engagement qui est assez récent dans la vie du groupe et je pense que ça nous fait du bien. C’ets principalement Lou avec ses textes, mais voilà, c’est parti avec de nouveaux engagements ! On a pris confiance en nous avec les années et on a des choses à dire, alors on les dit.

 

Metal-Eyes : Il y a aussi des gens qui ont encore besoin d’entendre et de comprendre certaines choses. On vit tous avec nos différences et c’est très bien ainsi.

Madeleine : Exactement.

 

Metal-Eyes : Comment analyses-tu l’évolution du groupe entre vos deux albums ? Vous avez décidé de tout reprendre en main, mais musicalement, quelle évolution ?

Madeleine : Mmh… Pour moi, ce qui a le plus évolué, c’est principalement la production. Le premier, il a été enregistré dans un super studio à Londres, tout en analogique, pas d’ordinateur, à l’ancienne, et c’était ultra intéressant de travailler comme ça parce que ça t’oblige à arriver en étant prêt. Il n’y a pas de « on verra plus tard, au mixage ». Ça a été hyper formateur, il faut être prêt, bien jouer parce qu’il n’y a rien pour te rattraper si tu te plantes. Pour le deuxième, on avait envie de faire quelque chose de beaucoup plus moderne, parce que, nos influences, c’est beaucoup de rock des années 2000. On voulait faire quelque chose de très produit, si on avait envie de mettre trois guitares, eh bien, on met trois guitares ! Et prendre le temps. Le premier, on l’a enregistré en conditions live. Celui-ci, on a pris le temps : d’abord la batterie, ensuite la basse, et ça donne un résultat totalement différent. Mais sur scène, c’est parfaitement cohérent.

 

Metal-Eyes : Vous avez aussi changé de batteur entre-temps. Que vous apporte Greg en plus, ou en moins ?

Madeleine : Eh, ben… euh… Avec Pierre, le batteur précédent, tout se passait bien, c’est lui qui a voulu partir. On était triste, mais, bon. Greg l’a remplacé, et, oui, il est rigolo parce qu’il joue vraiment le jeu. Au tout début, il était très mal sapé quand il montait sur scène, un peu punk, il s’en foutait. Nous, on lui demandait de faire un petit effort, ‘tu pourrais mettre une petite chemise sympa… » Et il s’est complètement pris au jeu, maintenant, il monte sur scène, il se met du vernis, des boucles d’oreilles… On ne lui avait jamais demandé d’aller aussi loin (elle se marre), mais il s’est vraiment pris au jeu. C’est pas son caractère de base, mais du coup, il apporte ce côté rigolo sur scène. Les gens l’adorent ce grand dadais avec son vernis et son maquillage ! Il a apporté beaucoup de fraicheur, c’est un très bon batteur, et il est ravi de jouer avec deux filles. Il nous laisse la place, il écrase dans un coin, il sait que c’est nous les patronnes ! (rires)

 

Metal-Eyes : De toutes façons, c’est sa place de batteur, derrière, au fond…

Madeleine : Ben ouais, faut pas déconner (rires).

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Modern love pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel, et pour quelle raison ?

Madeleine : Alors attends, je réfléchi deux secondes… C’est une bonne question… J’ai l’impression que Shiny kid – pas parce que c’est le seul que j’ai écrit – est représentatif. Très rock, avec un refrain hyper lumineux. J’ai l’impression qu’il résume assez bien l’album.

 

Metal-Eyes : Tu parlais de concert à l’instant. J’ai vu qu’un concert est prévu le 16 septembre à la Maroquinerie.

Madeleine : Oui.

 

Metal-Eyes : Franchement, vous y croyez ?

Madeleine (elle explose de rire) : Je sais pas quoi te dire, on vient d’en parler pendant une heure. Au départ, ça devait être le 21 mai, on l’a déplacé en se disant que « septembre, c’est large » ! Maintenant… Est-ce que ce sera possible de le faire ? Légalement peut-être mais dans des conditions telles que ce sera affreux : tout le monde avec un masque, des distances… C’est le grand débat. Tout est si flou, c’est compliqué… On ne sait pas.

 

Metal-Eyes : Si tu devais penser à une devise pour Toybloïd, ce serait quoi ?

Madeleine : Tu penses à quelque chose qui existe déjà ? « Pierre qui roule n’amasse pas mousse ».

 

Metal-Eyes : Tu es musicienne, créative ou pas ?  

Madeleine (rires) : Je sais pas, ça va être dur de trouver une formulation…. Ce qui est sûr, c’est qu’avec le groupe, maintenant, on sait qu’on peut avoir confiance en nous, qu’on a des choses à dire, qu’on a envie de les dire, que les gens les entendent, qu’on a envie de créer un cadre bienveillant pour les gens qui ont envie de nous écouter. Que ce soit des filles qui pensent qu’elles n’ont pas le droit de faire du rock parce que ce sont des filles… on leur montre qu’on peut. Que si un garçon est gay, qu’il voit que ce n’est pas un problème. Ç a ne devrait pas être un combat, tout ça, ça devrait être des choses juste normales, mais, de fait, ce sont des combats qu’il faut continuer à mener.

 

Metal-Eyes : Donc, la devise, ce serait quoi ?

Madeleine : Ah, je sais pas ! Une devise… « Fais-toi confiance et fais ce que tu veux dans la vie » !

 

Metal-Eyes : Ben voilà, ça me va très bien. Ça fait un peu version française d’Aleister Crowley, mais je prends ! On n’a pas parlé de vos influences respectives…

Madeleine : On écoute beaucoup de choses… Lou, par exemple, est très fan de L7. Son père lui a fait écouter un CD des L7 quand elle était super jeune, moi, je n’ai pas du tout été élevée au rock de nanas… J’étais super fan de Placebo, les Clash, les Ramones, Nine Inche Nails, et tous les groupes des années 2000, Frantz Ferdinand… Après, on écoute aussi beaucoup de trucs actuels, de pop, comme Rihanna, Beyonce… Ce sont des machines de guerre de refrains efficaces et nous, on adore ça ! On aime bien l’idée d’avoir des inspirations très pop et de mettre des grosses guitares dessus.

 

Metal-Eyes : Est-ce qu’on parle de Nicolas Sirkis ? C’est l’oncle de Lou, quel soutient il vous apporte ?

Madeleine : Il a toujours été super pour nous. Je comprends que tu poses la question parce que ça a toujours été un peu délicat, est-ce qu’on en parle ou pas ? On veut pas être rapportés à ça tout le temps, mais maintenant, on a grandi et on est l’aise avec ça. Donc, oui, il a été là dès le départ avec une espèce de petit regard bienveillant mais pas du tout envahissant. Ce qui est super, c’est qu’il nous a très vite faits jouer en première partie d’Indochine. Je crois que notre cinquième concert, c’était au Zénith d’Orléans, c’est complètement délirant. Ça nous a mis un bon coup de pied au derrière pour être plutôt bons sur scène, très vite. Ça nous a donné un vrai coup de boost, grâce à lui. Après, on a joué dans je sais pas combien de Zénith, on a fait deux fois Bercy, deux fois le Stade de France, on a faits des trucs de dingues qui nous ont aidés, je pense, à être un bon groupe de scène.

 

Metal-Eyes : A trois sur scène, il faut aller le chercher le public de Bercy…

Madeleine : Ouais, en plus, à deux nanas devant… C’est une expérience de dingues. Dèjà, personnellement, je suis très très heureuse qu’il nous ait offert ça ! Ce qu’il a fait de plus pour cet album là – on est entièrement productrices de cet album, on a choisi tous les gens avec qui on a travaillé – à la toute fin, c’est qu’il nous a signés sur son label, KMS disques, qui est une filiale de Sony. Donc, l’album est distribué par Sony music, très bien, il est exposé, il y a des grandes affiches à la FNAC…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : vous aimez bien les ragots ?

Madeleine : Les ragots ? Ouais, pourquoi, tu en as ?

 

Metal-Eyes : Le nom du groupe joue sur les mots Toy (jouet) et Tabloid, la presse anglaise à ragots…

Madeleine : Ahhhh ! Ecoute, le nom du groupe… On l’avait à peine formé, on se connaissait à peine, et il y a eu ce jeu de mots qui est sorti entre ces deux mots pour donner Toybloïd, mais je ne sais même plus comment. Ce nom, personne ne sait le pronnoncer, personne ne sait l’écrire, on ne sait jamais trop quoi répondre quand quelqu’un nous demande ce que c’est (rires) ! Mais l’avantage, c’est que quand tu tapes le mot sur internet, tu tombes directement sur nous, il n’y en a pas 36 !

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à ajouter ?

Madeleine : Ben… Allez acheter notre album, il est disponible partout, en streaming, et allez regarder nos clips. On en est super fiers ! Pour le premier album, on a fait peu de clips et on n’en est qu’à moitié contentes, mais là, comme on a tout fait nous-mêmes, on en est très contents. Il y a déjà 4 ou 5 clips qui sont sortis, qu’on a fait avec des copains, en famille, donc oui, on en est fiers. Et on a hâte de repartir sur les routes ! C’est extrêmement frustrant de sortir un album dans ce contexte-là…

 

Metal-Eyes : Je comprends, on a tous envie de reprendre les concerts, que ce soit devant la scène, ou sur scène.

Madeleine : C’est ça ce qui va être fou, tout le monde sera au taquet, aussi bien le public que l’artiste sur scène ! Le positif, c’est que ça va regénérer des moments d’euphorie…

 

Metal-Eyes : Avec peut-être un moment de questionnement…

Madeleine : Ouais, mais je suis sûre qu’il y aura des moments super quand ça va reprendre.

 

 

Interview: DESPITE THE END

Interview DESPITE THE END: entretien avec Ludovic (guitare). Propos recueillis par téléphone, le 26 juin 2020

 

Metal-Eyes : Votre Ep est sorti le 24 avril. En plein confinement, à cause du Covid…

Ludovic : Il y a deux mois, oui. Exactement, à cause du Covid.

 

Metal-Eyes : Est-ce que tu rends compte que ton prénom comporte chacune de lettres de cette maladie ? C’est de la provocation gratuite ?

Ludovic (il explose de rire) : Non, je n’y avais pas fait attention, c’est vrai!

 

Metal-Eyes : Il y en a deux qui n’y sont pas, mais on pourrait prendre un accent et dire “lu covid”….

Ludovic (il se marre) : On me l’avait pas faite, mais j’aime bien! Allez, Lucovid, c’est parti ! Lire la suite

Interview: HELL OF A RIDE

Interview HELL OF A RIDE : entretien avec Franck (basse). Propos recueillis par téléphone, le 20 mai 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Franck appelle pour nous parler du nouvel album de Hell Of A Ride, Nine of cups. Il est sorti quand exactement, ça fait un petit moment ?

Franck : Il est sorti en septembre dernier.

 

Metal-Eyes : Ca fait donc un peu plus de 6 mois qu’il est sorti. Quels sont les retours que vous avez eus ?

 Franck : Dans l’ensemble, extrêmement positif. On a eu quelques retours négatifs de personnes assez déstabilisées par le nouveau son. Mais dans 95% des cas, c’est extrêmement positif. « Grosses production, grosses composition, extrêmement accrocheur », donc, oui, dans l’ensemble, très positif.

 

Metal-Eyes : C’est le second album qui parle des aventures de Mad Dog qui, cette fois, a disparu. Peux-tu nous parler des circonstances de sa disparition ?

Franck : Mad Dog disparait, en fait, ça fait suite à pas mal de tergiversations au sein du groupe… On avait du mal à savoir s’il fallait continuer avec lui, il y avait un débat sur le fait que c’est une mascotte mais qu’en même temps on ne savait pas trop comment gérer son image. Du coup, il a disparu pendant quelques temps, on a laissé parler le groupe, et on l’a fait réapparaitre pour ce nouvel album en le mettant encore plus en valeur sur ce disque et sur les clips. Comme Echoes et Never give up par exemple.

 

Metal-Eyes : En dehors de ces difficultés, qu’est-ce qui l’a fait revenir ? Les Pussy Riders y sont pour quelque chose…

Franck : Oui, tout à fait. On a pris la décision qu’il serait notre mascotte. Un peu comme pour Maiden ou Megadeth. Il nous semblait intéressant de le remettre sur le devant et d’avoir une sorte de fil directeur, un guide pour tout ce qui artwork et clips.

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Hell Of A Ride pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Franck : La définir précisément en disant que c’est du hard rock ou du heavy metal, non. Ce n’est ni l’un ni lautre, c’est une musique à la croisée de pas mal de styles différents. Je dirai que ça se rapproche de Godsmack, de Papa Roach, aussi. Sous certains aspects, ça se rapproche de Nickelback. On pourrait dire que c’est soit du gros rock, soit du rock alternatif. Mais avec la profusion aujourd’hui de groupes et de styles, c’est difficile. Hard rock, c’est sûr.

 

Metal-Eyes : C’était un peu une question piège, pour bien commencer (il rit) puisque, il y a 5 ans, en en parlant avec vous, je crois que c’est Lo qui définissait votre musique comme du heavy stunt rock…

Franck : Oui, oui, ça pourrait être ça. « Stunt » dans le sens où Mad Dog est cascadeur, donc le stunt peut s’y retrouver. Sur le premier album, le côté voitures avait été pas mal mis en avant. On n’est pas dans du rock anglais, plutôt dans un style heavy américain, californien, donc ça peut se définir aussi comme ça. Le dernier album ayant encore plus d’influences différentes, je dirais plus rock alternatif…

 

Metal-Eyes : Il y a une grosse imagerie dans votre musique, ce qui la rend assez cinématique. Ça fait très Tarantino. Est-il une référence ou une influence, ce réalisateur ?

Franck : C’est peut-etre un peu des deux. C’est évident sur le premier Ep, un peu moins sur Bête noire, le premier album, mais ça a tendance à disparaître sur Nine of cups. Il nous a beaucoup influencé au début mais on a commencé à vouloir trouver nos propres marques en mettant en scène nos propres références et nos univers.

 

Metal-Eyes : Alors comment analyserais-tu l’évolution de Hell Of A Ride entre Bête noire et Nine of cups ?

Franck : Sur Bête noire, on avait fait un travail de composition interne au groupe. Uniquement nous-mêmes. La grosse différence c’est que, sur Nine of cups, on a fait appel à des personnes extérieures au groupe. Des personnes dont on apprécie le travail soit pour la composition, soit pour des arrangements ou des paroles. On a demandé à Charles « Kallaghan » Massabo qui a produit nos précédents disques – c’est un Français qui s’est installé à Los Angeles en 2011, je crois – et qui commence à connaitre pas mal de monde là-bas. On lui a demandé si on pouvait lui donner quelques noms et s’il était possible qu’il nous mette en contact afin de savoir si ces personnes seraient prêtes à travailler sur l’album avec nous. C’est la différence majeure entre les deux albums : l’ouverture à la composition à des personnes extérieures au groupe.

 

Metal-Eyes : Ce qui a, j’imagine, un impact sur votre musicalité et les ambiances en général ?

Franck : Tout à fait. Bête noire avait, je pense, un côté assez rock’n’roll, tandis que Nine of cups a un côté plus complexe et élaboré, dû, en effet, à ces collaborations.

 

Metal-Eyes : Cinq ans, ou presque, entre deux albums, c’est long. Tu l’expliques comment ? C’est de la paresse ou la complexité de votre musique ?

Franck (il rit) : Les deux ! En fait, il y a pas mal de choses : déjà, il faut qu’on se mette d’accord à 5, ce qui n’est pas toujours facile. Il y a beaucoup de discussions, ce qui peut causer pas mal de perte de temps. Ensuite, il y a le travail sur les dates, sur l’univers musical… Il y a pas mal de boulot. Alors, c’est vrai, c’est un peu long entre deux album et on va travailler là-dessus puisque on est déjà en train de travailler sur les idées de compos du prochain album. Ce qui évitera de réitérer cette erreur de trop de temps entre deux albums.

 

Metal-Eyes : Peux-tu nous parler du titre de l’album ? Ça fait très univers du tarot…

Franck : Mais le Neuf de coupe est en effet la carte la plus forte du jeu de tarot qui, en fonction de son sens, a des significations extrêmement positives ou extrêmement négatives. C’est un peu le thème de cet album qu’on a axé du côté ésotérique et fantastique avec le clip de Never give up. Il est inspiré du minotaure et du fil d’Ariane. La carte Nine of cups annonce clairement le côté ésotérique, assez fantastique.

 

Metal-Eyes : Il y a aussi une forme de dualité…

Franck : Elle est mise en valeur dans les clips, où notre personnage principal, John Ringsdale, Mad Dog, fait face à ses propres démons. C’est la dualité de cette personne avec la carte du neuf de coupe.

 

Metal-Eyes : Maintenant que les magasins ont rouvert, je vais te demander d’être commercial et de me vendre cet album…

Franck : Très bonne demande (il rit) … Je pense que la personne qui a écouté le premier album risque d’être assez surprise. Par la production, déjà, dont la qualité est, franchement, énorme. C’est ce que l’on voulait faire mais c’est allé au-delà de nos aspirations dans le sens où la production est vraiment professionnelle. Ensuite la qualité des compositions : elles sont assez complexes, il y a pas mal d’arrangements assez riches au niveaux des voix, des samples, puisqu’on en utilise pour enrichir le tout. Donc ça donne un album assez riche et complexe, et agréable à entendre.

 

Metal-Eyes : Vous avez déjà envisagé la suite des aventures de Mad Dog ?

Franck : Oui, on les a envisagées dans les grandes lignes, donc je ne peux absolument pas être précis à ce sujet. Mais a priori on va continuer avec lui. On a déjà commencé à travailler sur les compositions sans avoir vraiment dégagé l’univers musical. Mais, oui, a priori, on va continuer avec Mad Dog.

 

Metal-Eyes : Ben… Si c’est votre mascotte, ce serait dommage de l’enterrer tout de suite…

Franck : Exactement, ou alors, il faudrait expliquer sa disparition. On n’en est pas encore là.

 

Metal-Eyes : Ce sera une bonne raison pour que les Pussy Riders continuent d’aller le chercher !

Franck : Exactement (rires) ! Bien vu !

 

Metal-Eyes : Vous pourrez aussi faire des Pussy Riders vos mascottes à la place de ce looser de Mad Dog…

Franck : J’avoue que ce serait complexe parce qu’elles sont nombreuses mais ça pourrait être pas mal !

 

Metal-Eyes : Et sur scène, ça peut donner un bon visuel. Ça ferait du monde, mais ça pourrait être sympa… Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Nine of cups pour expliquer ce qu’est Hell Of A Ride aujourd’hui, ce serait lequel ?

Franck : Sans hésiter Never give up, never surrender, donc le clip qu’on a sorti il y a une semaine. C’est un morceau très accrocheur : un riff d’intro qui annonce le morceau et qui devient ensuite vraiment très puissant avec un refrain extrêmement accrocheur qu’on retient facilement. Sans aucun doute, c’est celui-ci.

 

Metal-Eyes : Et toi, à titre personnel, quel est le morceau que tu attends vraiment de pouvoir jouer lorsque vous pourrez redonner des concerts ?

Franck : Je pense que c’est aussi Never give up… Oui

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise aujourd’hui de Hell Of A Ride ?

Franck : En gros, c’est « Never give up, never surrender », encore une fois. En gros, quels que soient les obstacles, les difficultés, ne jamais rester à terre. C’est ce qui fait la force du groupe : on sait que faire de la musique à un niveau assez élevé ou pro, c’est assez compliqué parce qu’il y a une profusion de groupes. Il y a Instagram, Facebook, tout le monde a son soundcloud, tout le monde s’y met. Le fait de se détacher, de pouvoir trouver des dates et de jouer son album, se détacher sur scène, c’est, parfois, difficile. Il y en a dans le groupe qui peuvent doute, se poser des questions. Le fait de douter n’est pas grave, ce qu’il faut, c’est pouvoir se relever par la suite.

 

Metal-Eyes : Sur ma chronique je dis que votre album a un potentiel international. Ça ne vous tenterait pas de faire croire que vous êtes un groupe étranger soutenu par un très gros label ? (NdMP : je pense à ce moment aux Allemands de John Diva qui veulent persuader tout le monde qu’ils sont Américains)

Franck : Euh… si, avoir ce genre d’atout avec nous ce serait énorme. On cherche avant tout un tourneur, plus qu’un label, pour pouvoir nous exporter ou, au moins, commencer par la France et l’Europe avant d’aller un peu partout. Faire croire qu’on est un groupe américain, ce serait quelque chose à faire tenir… Au bout d’un moment, les gens se rendraient compte que nous sommes Français, même si l’univers musical est clairement de culture américaine. C’est évident.

 

Interview: SURVIVAL ZERO

Interview SURVIVAL ZERO : entretien avec Thibault (Batterie). Propos recueillis par téléphone, le 4 mai 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Je découvre Survival Zero avec cet album. Peux-tu me raconter l’histoire du groupe.

Thibault : On s’est formés fin 2007 sous l’impulsion de Pierre, le chanteur. Il m’a contacté, m’a envoyé quelques projets de compos qui m’ont accroché. Ensuite, on a démarché les autres membres du groupe.

 

Metal-Eyes : Vous vous connaissiez déjà, avant ?

Thibault : Tout le monde se connaissait déjà, sauf moi. Les autres ont tous déjà eut des groupes ensemble, ont travaillé sur différents projets. Moi, j’étais dans un groupe de death mélodique pendant 10 ans, groupe qui a splitté. Mais je connaissais Pierre de vue. Ça a matché, on s’est lancés à fond. L’idée, c’était de présenter quelque chose de carré dès le début.En termes de visuel, de son, d’environnement du groupe.

 

Metal-Eyes : Vous êtes basés où ?

Thibault : Sur Troyes.

 

Metal-Eyes : Vous sortez votre premier album, The ascension. Le titre est assez explicite, la

Thibault : Après une chute, les épreuves de la vie…

 

Metal-Eyes : Oui, mais le groupe est encore jeune, j’imagine qu’il n’y a pas eu énormément d’épreuves…

Thibault : Oui, après on en a tous eu dans nos vies.

 

Metal-Eyes : Comment en êtes-vous venus à cet album ? Chacun arrive avec ses idées et vous travaillez autour ? Vous travaillez ensemble ?

Thibault : Comme chaque membre est arrivé au fur et à mesure… La base des compos, c’est Pierre, qui avait pas mal de compos, mais chacun y a mis sa patte. On a d’abord travaillé la rythmique, et ensuite, avec l’arrivée de Régis, on a travaillé les ambiances. Nous, on conçoit un groupe où chacun apporte ses idées.

 

Metal-Eyes : Le nom du groupe est un peu osé en ce moment…

Thibault (rires) : ben, c’était pas voulu ! C’est inspiré de Patient zéro, donc je te laisse imaginer ce que ça représente. On est partis de ça, on a un peu inversé le sens pour avoir un côté… un peu plus positif.

 

Metal-Eyes : Euh… « Positif » en parlant de Zéro survivance ?

Thibault : Pas de survie, oui…

 

Metal-Eyes : On trouve beaucoup de choses dans votre musique, du death, du thrash, des choses plus mélodique. Pareil dans le chant de Pierre. Quelles sont vos influences ?

Thibault : On a voulu partir sur une base Machine Head / Lamb Of God, avec l’idée d’utiliser les influences de tout le monde. Benoit, il a plus un côté hardcore, moi, c’est plus le death technique, Pierre, il est plus prog. Tant que ça nous parle…

 

Metal-Eyes : La pochette, elle représente quoi ?

Thibault : On en a parlé avec l’illustrateur, on lui a montré des bouquins, des BD de SF, on lui a montré les paroles, et il nous a sorti ces premiers plans de pochette. Et ça nous a vraiment plu.

 

Metal-Eyes : Plus mystérieux que la pochette, il y a votre logo, une sorte d’enclume dans un hexagone. Quelle en est la signification ?

Thibault : C’est juste un symbole pour représenter le groupe… Avec le S et le Z du nom du groupe… On voulait quelque chose d’un peu mystérieux.

 

Metal-Eyes : Maintenant que tu me dis S et Z, je les vois, ça me parait évident. Ça me fait penser à celui de Twisted Sister, avec aussi un T et un S.

Thibault : Ça ne saute pas forcément aux yeux.

 

Metal-Eyes : De quoi parlez vous dans les textes ? C’est peut-être une question à poser à Pierre…

Thibault : Il t’en parlerait mieux, mais on aborde principalement des sujets comme la dépression, de SM… Des choses sur l’espace, notre place dans tout ça.

 

Metal-Eyes : Basé sur des expériences personnelles ?

Thibault : Ben, lui a fait une dépression et il l’a retranscrite en texte. Mais il l’a fait de façon très imagée pour laisser ouverte l’interprétation de chacun. Il ne veut pas que ce soit une autobiographie.

 

Metal-Eyes : Et y a-t-il des thèmes que vous préférez ne pas aborder ?

Thibault : La Politique, c’est sûr ! On ne mettra jamais les pieds là-dedans. Après, tout reste ouvert. Ce sera assez sentimental, imagé. Des sentiments que chacun peut ressentir.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de The ascension, le plus représentatif de ce qu’est Survival Zero, ce serait lequel selon toi ?

Thibault : Le dernier… The other verse. Je pense qu’elle balaye bien toutes nos influences. C’est une compo qui est assez ouverte sur la fin. Il y a tout ce qu’on peut trouver sur l’album.

 

Metal-Eyes : Et toi, en tant que batteur, sur laquelle tu t’éclates le plus ?

Thibault : Glorious nemesis. Elle est rentre-dedans, et c’est assez plaisant à jouer.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise pour Survival Zero ? Quelque chose que vous imprimeriez sur vos T-shirts et vos albums à venir ?

Thibault : Oh, t’es méchant là (rires) ! Il y a un truc qui revient souvent, c’est « bagarre ». Maintenant, je ne sais pas si sur un T-shirt… Mais c’est vrai, quand on balance un riff, si ça nous plaît, on dit « Bagarre ! », « C’est la bagarre ! »

 

 

Interview: THERAPHOSA

Interview THERAPHOSA : entretien avec Matthieu (basse). Propos recueillis par téléphone, le 11 mai 2020

Theraphosa by Denis Goria – photo promo

Metal-Eyes : Vous êtes originaires de Chelles, en région parisienne et avez déjà enregistré deux Ep, en 2012 et en 2018. Peux-tu compléter votre histoire ?

Matthieu : C’est bien ça. Theraphosa est né en 2007. La formation n’a pas changé depuis, elle est composée de Vincent, mon frère, à la guitare et au chant, moi, à la basse et aux chœurs et du batteur, Martin. On a toujours joué en banlieue parisienne. On a effectivement sorti 2 Ep, Inject the venom en 2012 et un autre en 2018, et nous sortons aujourd’hui notre premier album.

 

Metal-Eyes : Quels ont été les grands marqueurs pour le groupe ?

Matthieu : Pour le moment, je ne pense pas que nous ayons de grands marqueurs.. Si, peut-être en 2016, lorsqu’on est allé enregistrer notre deuxième Ep à Helsinki. C’est grace au photographe Denis Coria : en enregistrant dans un studio, l’ingé son connaissait Denis avec qui il nous a mis en contact. S’en est suivie une collaboration et lorsque l’on voulait enregistrer notre premier Ep, il nous a mis en contact avec Jan d’Amorphis.  C’est ainsi que nous sommes allés l’enregistrer à Helsinki. C’était notre premier réel contact avec la sphère professionnelle de la musique, et ça a été très formateur.

 

Metal-Eyes : Parlons un peu de votre musique : comment pourrais-tu définir la musique de Theraphosa pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Matthieu : Je dirais qu’elle est sombre et élégante, marquée de mélodies qui évoquent un tiraillement entre le bien et le mal, l’ombre et la lumière, et que le tout baigne dans une atmosphère religieuse.

 

Metal-Eyes : « Religieuse » dans le sens pieu du terme ou dans le sens spirituel ?

Matthieu : On peut y voir les deux. Personnellement, j’y vois un sens pieu, mais vous pouvez y voir le côté spirituel. Avec Vincent, nous essayons de trouver un socle commun à nos deux visions, mais aussi à celle de ceux qui nous écoutent. Qu’ils soient croyants ou non, quelle que soit leur religion, d’ailleurs

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences ?

Matthieu : Elles sont assez variées… Notamment du Ghost. Vous pouvez retrouver dans certaines lignes de chant et de chœurs cette ambiance que sait créer Ghost.

 

Metal-Eyes : Que peux-tu me dire de ce premier album complet ?

Matthieu : On a enrichi notre musique, on y a ajouté des influences classiques. Aussi bien romantiques que sacrées ou liturgiques. Au niveau des thèmes abordés, on a approfondi notre réflexion de sujets qu’on avait déjà abordés, notamment la transcendance. Bien sûr, et c’est un thème récurrent dans Theraphosa, on traite de la condition humaine. The curse of Cronos, par exemple, traite du temps et de la relation que l’homme entretien avec le temps. C’est un album je pense assez spirituel. Cet aspect, je pense qu’il sera récurrent, voire qu’il définira le groupe.

 

Metal-Eyes : Alors quelle est la part de la religion, de la spiritualité dans le groupe ?

Matthieu : Personnellement ? Je suis croyant, catholique pratiquant, mon frère, lui, est athée, profondément athée, comme le batteur. On peut très bien le ressentir sur ce premier album. Les influences de la musique sacrée, le côté liturgique que peut avoir le groupe. Pour ce qui concerne les thèmes abordés, la transcendance est un très bon exemple car il s’agit d’une notion théologique. Mais elle a été reprise par des philosophes athées. Dans ce cas, on parle « d’immanence ». Ce sont deux notions opposée, mais qui convergent vers la même finalité : le dépassement de soi, de sa condition. D’un point de vue moral, physique et intellectuel. Ce sont ces différences que nous avons dans le groupe qui, je crois, enrichissent ces notions que nous abordons. Bien sûr, quand vous faites de la musique, vous êtes vecteurs d’un message. Et nous faisons en sorte que ce message ne pose pas de problème aux membres du groupe.

 

Metal-Eyes : Donc sans pratiquer de prosélytisme quel qu’il soit ?

Matthieu : Exactement. On essaye d’avoir un double sens dans nos paroles. Parfois, certains morceaux sont plus orientés que d’autres, plus teintés de notions religieuses, d’autres plus athées. Mais il y a un double sens et nous espérons que chacun peut y trouver ce qu’il souhaite.

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution de Theraphosa entre votre Ep et ce nouvel album ?

Matthieu : Du point de vue musical, je trouve que le style de Theraphosa se précise, qu’il a évolué vers quelque chose de plus riche et complexe. Je pense qu’il commence à prendre sa vraie forme. Dans nos relations et nos méthodes de travail, là aussi, les choses ont évolué par le fait que le batteur et moi nous prenions plus part au processus de création, musique et écriture. Nous avons dû développer un processus de travail principalement pour l’écriture. Je n’interférais pas avec ce qu’écrivais mon frère, je ne regardais que une fois terminé. Pour cet album, nous produisons chacun des textes que nous nous présentons, nous jugeons ceux que nous considérons de bonne qualité, ceux avec des notions de ce qu’on aimerait aborder. Ensuite, nous on voit s’il y a des retouches à faire, des choses qui ne représentent pas notre façon de penser et on fait avec.

 

Metal-Eyes : Donc il y a plus une ouverture à la discussion entre vous là où, avant, c’était imposé ?

Matthieu : C’était de fait imposé parce que Martin et moi, n’avion pas le même bagage musical que mon frère. Il avait deux ans de musique derrière lui, et nous, rien. Naturellement, il a pris en charge la composition et l’écriture. Il avait une maturité que nous n’avions pas. On est restés comme ça, naturellement. Maintenant, nous avons tous vieilli, accumulé un peu d’expérience et nous souhaitons participer plus au processus de création. Vincent n’y voit aucun inconvénient.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que vous ne souhaitez pas aborder, qui n’ont pas leur place au sein de Theraphosa ?

Matthieu : Comme ça, il n’y pas de thème qui me semble inabordable. C’est surtout la façon dont on en parle et le message final. Je vais te donner un exemple : sur Morning star, mon frère tenait à dépeindre la noirceur de l’humanité, ce en quoi, je suis d’accord, car les faits sont là, l’homme a une part d’ombre en lui, et il est le principal créateur de ses souffrances. Seulement, je tiens à y laisser une note d’espoir. Mon but n’est pas de dépeindre la noirceur de l’humanité, de dire que l’homme est mauvais et nous liguer les uns contre les autres, mais plutôt dire que nous sommes tous gris, l’être humain est tout en nuances et qu’il faut l’accepter, accepter la réalité du conflit pour accéder à cette transcendance et accepter la réalité, trouver le moyen d’obtenir ce que l’on désire. Si, les sujets qui pourraient être interdits : ceux qui imposent Dieu ou qui l’insultent. En tant que croyant, je ne peux pas laisser faire ça. Et Vincent, qui n’est pas croyant, ne peut pas laisser un message « missionnaire ». Ce sont des terrains dans lesquels on ne s’aventurera pas dans Theraphosa, ceux qui atteignent directement nos idéaux. On peut en parler, on le fait très régulièrement entre nous, mais pas dans le groupe.

 

Metal-Eyes :  Vous n’êtes ni un groupe chrétien, ni anti chrétien, pro ou anti religieux, donc…

Matthieu : Exactement.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de votre album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce qu’est Theraphosa, ce serait lequel ?

Matthieu : Ah… C’est un choix assez difficile. J’opterais pour The curse of Cronos. Parce qu’il évoque la condition humaine, sa condition par rapport au temps. C’est un thème récurrent au sein du groupe, donc vous pouvez avoir une idée de ce que le groupe peut aborder comme sujets. Musicalement, il y a beaucoup d’influences : le refrain qui est assez technique rythmiquement, assez pop aussi, dans mon rythme de basse. Dans le pont, il y a des références aussi bien classiques que black metal. Ce titre, avec tous ces mélanges, est assez progressif. Je pense que ce titre peut être le héros de l’album.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il un titre que tu attends de jouer avec impatience ?

Matthieu : Tout à fait, c’est Dies irae. Parce que, déjà, j’ai participé à sa création. De plus, la ligne de chant est très agréable et la chanson est vraiment agréable à jouer. J’adore jouer ce morceau, donc en concert, ce sera vraiment un plaisir de la jouer et voir les réactions des gens.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Theraphosa ?

Matthieu : Mhh… La devise ? Pour l’instant, je ne vois pas… Si, peut-être une : ce serait cette symbolique que nous tirons de l’araignée qui est « l’élégance et la résilience »a

Interview: SILENCE OF THE ABYSS

Interview SILENCE OF THE ABYSS : entretien avec David (guitare). Propos recueillis par téléphone, le 29 avril 2020

Photo promo

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que nous nous parlons, alors peux-tu commencer par me raconter l’histoire du groupe ?

David : Diane et moi, on est en couple depuis 14 ans. On est tous les deux fans de metal et on fait beaucoup de musique. Ça fait plus de 20 ans que je suis dans le monde de la musique, mais pas dans le metal. Diane, pareil. Un jour, on s’est dit qu’il faudrait aussi penser à se faire plaisir. C’est bien, l’alimentaire, mais on n’a jamais fait notre musique préférée. Etienne a eu, en 2017, l’envie de monter un groupe de metal. J’avais un élève qui chantait plutôt pas mal et je lui ai demandé s’il voulait faire un essai avec nous. On a fait des reprises de Motörhead et dans la foulée, on a commencé à composer et on a sorti notre premier Ep en 2018.

 

Metal-Eyes : Quelle est l’origine du nom du groupe ?

David : Alors… Là, il y a plusieurs choses… On voulait le mot abysse parce qu’on est proche de la mer et qu’on ne peut pas s’empêcher de la voir tout le temps…

 

Metal-Eyes : Vous n’êtes pas proche de la mer, vous êtes entourés par la mer ! Vous êtes Corses, c’est pour ça que la mer a décidé de vous entourer…

David : C’est ça, surement pour qu’on ne fasse pas de conneries (rires) ! Non, je déconne !

 

Metal-Eyes : Oui, moi aussi. Pour une fois qu’on peut déconner avec un Corse sans risquer de se prendre une bombe…

David : Tu as raison, il faut en profiter ! Je déconne encore !

 

Metal-Eyes : C’est surtout parce qu’on est très loin et confinés… Je ne dirais pas ça en face, tu t’en doutes! 

David : Attention à après le déconfinage (rires)! Un jour, on a pris une feuille et chacun a dit son mot. On a dit énormément de conneries, jusqu’au jour où quelqu’un a dit « Silence », on a joué avec les deux mot, Silence Of The Abyss est sorti, on a kiffé alors c’est resté.

 

Metal-Eyes : Comment définirais tu la musique de Silence Of The Abyss pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

David : C’est compliqué parce qu’on a déjà du mal à nous placer dans une catégorie… On a entendu plein de trucs, post thrash, death progressif… On ne s’y retrouve pas parce qu’on a beaucoup d’influences, et on essaie de créer des harmonies qui nous appartienne. On cherche des harmonies, des accords très enrichis, qui parfois nous posent des problèmes pour poser des mélodies dessus. Le truc qu’on avait trouvé, on dirait qu’on fait du metal tout court ou du metal méditerranéen. Quand on dit ça les gens nous disent que ça représente bien ce que l’on fait…

 

Metal-Eyes : Oui, ça me parle aussi.

David : On joue là-dessus, on se rapproche de ces deux styles. En plus, avec cet album, on s’est lâchés, on est partis dans tous les sens, en le faisant le plus sincèrement possible. Et en nous amusant, aussi. Jouer de la musique c’est « jouer », ce n’est pas que travailler. Des fois, il y a des gens qui me disent « là, là, ça ressemble à du Machine Head ! » J’ai jamais écouté Machine Head de ma vie, c’est un truc de fous !

 

Metal-Eyes : J’aime bien le terme de « metal méditerranéen dans la mesure où vous avez une musique assez explosive – pour des Corses, ce n’est pas étonnant.

David : C’est tout à fait normal, même (rires)!

 

Metal-Eyes : Je pense que ça va être dur cette interview (rires)! Quand j’ai écouté votre album, j’y ai trouvé des influences thash, metal, metal moderne, aussi, mais c’est un peu fourre-tout comme terme. J’ai aussi senti quelques influences orientales.

David : Oui, ça… On est en Méditerranée, c’est quelque chose qui nous appartient depuis qu’on est nés. Presque tout le monde ici est né avec une guitare dans les mains. Il y a la culture corse, les chants…

 

Metal-Eyes : Il y a aussi une culture latine, hispanique…

David : Oui, on aime beaucoup ces choses-là, la musique cubaine aussi. On adore les instruments acoustiques, tout ce qui est percussion, aussi. Si on peut l’intégrer à Silence, on le fait. Ça fait partie de nous !

 

Metal-Eyes : Il n’y a pas de limite à votre musique. Si ça vous parle, vous le mettrez dedans.

David : C’est ça. Si demain on a le plus gros riff du monde mais qu’on ne le ressent pas, on le jette. Tant qu’on respecte ce qu’on fait, qu’on le ressent…

 

Metal-Eyes : D’autant plus que les deux tiers du groupe sont en couple, alors ça permet d’éviter les engueulades à la maison !

David : C’est ça ! Parce qu’on s’est bien défoulés ailleurs aussi !

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution de SOTA entre votre Ep, il y a deux ans, et votre album, Unease and unfairness ?

David : Il y a beaucoup plus de maturité sur l’album. On a beaucoup bossé entre les deux, et la maturité qui s’est dégagée a été très rapide. Les encouragements des chroniques, les compliments qu’on a reçus, je pense que nous ça nous a motivés pour bosser, bosser et trouver encore plus cette harmonie qu’on cherche depuis longtemps. Que ce soit assez original. En plus, maintenant qu’il y a Jean-Bernard, le nouveau chanteur, ça fait 15 ans qu’on le connait. Ce trio, ça fait un peu vie de famille…

 

Metal-Eyes : Votre pochette est aussi pleine d’influences : on y voit une réinterprétation de l’homme de Vitruve de de Vinci, de la science-fiction avec cette femme qui porte un masque à gaz, sa position évoque aussi la religion chrétienne avec la crucifixion. En plus, vous ne pouviez pas l’envisager, mais il y a cette boule verte qui ressemble à un virus, même s’il n’a pas la même couleur que le Covid… Vous avez voulu exprimer quoi ?

David : C’est assez incroyable, on l’a sorti le 13 mars et juste après il y a eu ce Covid… On a laissé ça à Kahinienn graphix. Quand il nous a demandé ce qu’on voulait, il nous a demandé les thèmes de nos chansons. Maltraitance animale, nihilisme, post-apocalyptique. On lui a envoyé les maquettes de chansons, il a écouté et nous a dit ce que ça lui évoquait. On a trouvé ça super, ce qu’il nous a dit collait vraiment.

 

Metal-Eyes : Ça colle aussi avec le titre : Mal-être et injustice

David : C’est exactement ça, et cette pochette évoque tous les thèmes qu’on aborde dans l’album.

 

Metal-Eyes : Quels sont les thèmes que vous abordez, justement ?

David : Ah… Ça dépend de qui écrit les textes, s c’est JB ou Diane. JB est prof de philo, alors ça peut partir loin (rires). Si j’ai vu un reportage qui m’a touché, je vais écrire la musique, eux, c’est pareil. Sur cet album, il y a la maltraitance animale, surtout, et humaine. Avant le virus, on sentait que les choses étaient en train de changer. Si c’est pas maintenant, ce sera dans 20 ou 30 ans, mais quelque chose change, d’où l’optique post apocalyptique. Ce qu’on essaie de faire, que ce soit dans la musique ou dans le textes, c’est de toujours laisser une lueur d’espoir.

 

Metal-Eyes : Metallica a une influence particulière pour vous ?

David : Pff… Oui, je crois que Metallica, ça m’a toujours suivi en musique. Énormément, oui ! Ca ne m’a jamais quitté, Metallica.

 

Metal-Eyes : Ça se sent particulièrement sur Lunar…

David : Oui, c’est fou, je n’y ai même pas pensé ! Lunar a été créé très simplement : il y a un fou qui a mis le feu, ici, chez nous et ça a cramé je ne sais pas combien de milliers d’hectares, ça a tué je ne sais pas combien de milliers d’animaux. On avait ça sous les yeux parce que la maison est très proche. On avait la haine, et de suite, les accords qui sont tombés ont été la base de Lunar. C’est un titre qu’on a fait en un jour ou deux ! La batterie a été tracée en… une demi journée, tellement on avait la haine.

 

Metal-Eyes : C’est un instrumental : pourquoi avez-vous décidé de clore ce disque avec un instrumental.

David : On l’a senti comme ça, il n’y a ni pourquoi, ni comment. On ne sentait pas de voix dessus – on a quand même essayé quelques chœurs par ci par là, mais… Il y a des morceaux qui doivent être que instrumental. Il est chargé quand même, et c’est compliqué de mettre des voix dessus.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Unease and unfairness pour expliquer ce qu’est Silence Of The Abyss, ce serait lequel ?  

David : C’est très compliqué… C’est un album qui part dans tous les sens et chaque chanson nous évoque quelque chose. C’est un album où chacun a la sienne…

 

Metal-Eyes : Et toi, si tu rencontres quelqu’un demain – bon, tu n’as pas le droit de rencontrer quelqu’un demain, tu es sensé être chez toi – mais à l’avenir, tu veux faire comprendre à cette personne ce qu’est votre musique avec un seul titre, tu lui ferais écouter lequel ?

David : Ah, c’est compliqué… Allez, Nothing at all, parce que c’est le plus représentatif de ce qu’on fait : il y a beaucoup de choses dedans, du lourd, on speed à la fin, il y a des harmonies. Mais je ne suis pas sûr du tout de ce que je dis !

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise Silence Of The Abyss en 2020 ?

David : Ah… « toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort », une connerie comme ça ! Si on est motivés, qu’on voit que les gens kiffent et qu’on a de bons retours, c’est une devise qui pourrait nous aller.

 

Metal-Eyes : Donc on passe des abysses, des profondeurs, à des sommets beaucoup plus élevés ?

David : Oui, pourquoi pas ? Bien sûr !

 

Metal-Eyes : Est-ce que vous profitez de ce temps de confinement pour préparer la suite ?

David : C’est ce qu’on s’est dit au départ, on a la chance d’avoir la batterie à la maison, d’être confinés Diane et moi. Donc, c’est super. On a cette chance énorme de pouvoir travailler. Mais bizarrement… moi, le confinement, ça m’a coupé les jambes. En créativité, ça m’a ruiné. Je n’avais même pas envie de prendre une guitare, c’est quelque chose qui ne m’est jamais arrivé. Ça a duré 3 semaines, un mois où j’avais envie de rien. Là c’est reparti, on travaille sur deux nouveaux titres qu’on a commencé à maquetter. L’envie était dure à retrouver… Diane, pas du tout, elle le vit comme un rêve absolu, le confinement, elle trouve ça super génial (rires) ! Là, on répète le show pour plus tard, on profite de ce temps pour mettre en place les choses pour après. On est sur différentes idées de nouvelles chansons…

Interview: HAUMEA

Interview HAUMEA : entretien avec Seb (batterie). Propos recueillis par téléphone, le 13 avril 2020

Photo promo

Metal-Eyes : On n’a pas dû te poser beaucoup la question aujourd’hui, alors pour commencer, peux-tu raconter l’histoire d’Hauméa ?

Seb : L’histoire d’Hauméa ? On ne me l’a pas demandé aujourd’hui, en effet (rires)… Hauméa, c’est la réunion de 4 musiciens qui ont des parcours complètement différents sur la scène musicale : il y en a qui viennent du metal extrême, d’autre du rock français. On a monté un combo pour essayer de mixer tout ça, te le résultat, c’est 2 Ep, dont le dernier, Leaving vient de sortir.

 

Metal-Eyes : Vous êtes originaires d’Alençon. Le groupe s’est formé quand ?

Seb : Tout début 2018.

 

Metal-Eyes : Vous avez tous joué dans d’autres groupes avant de former Hauméa : quels étaient vos formations précédentes ?

Seb : Andy, le guitariste, était dans Erider (?), un groupe de deathcore, Lea était avec un groupe extrême qui s’appelait Rotting Face, qui a pas mal tourné, 3 ou 4 fois en Europe, ce qui n’est pas négligeable… Moi, j’étais avec Nobody’s Straight, un groupe de Hardcore et Nico, le chanteur était avec Lady Morose.

 

Metal-Eyes : Quels ont été les retours sur votre premier Ep ?

Seb : Les chroniques disaient en vouloir encore, alors on a poursuivi (rires). On a eu beaucoup de bonnes chroniques disant que c’était prometteur. Le second vient de sortir, on a déjà des éloges à son sujet, et ça, c’est plus que gratifiant.

 

Metal-Eyes : Pourquoi avoir choisi ce nom d’Hauméa qui est celui d’une planète naine ? Est-ce parce que vous aussi vous gravitez autour d’une certaine sphère musicale ?

Seb : C’est un peu le délire, oui. Il y a deux idées derrières : Hauméa, c’est une musique un peu solaire, spatiale. On part dans différents univers. Mais Hauméa, c’est aussi la déesse de la fertilité dans la mythologie hawaïenne. Et à l’époque où on s’est formés, on était 4 musiciens sans groupe, et le fait de nous trouver était comme une renaissance pour nous. Il y a une double signification derrière le nom d’Hauméa.

 

Metal-Eyes : Il y a pourtant un lien évident avec la planète puisque vous avez gravé son numéro – 136108 – sur la première barre du H…

Seb : Cette planète a été repérée dans l’Orne je ne sais plus en quelle année, mais c’est pour ça qu’il y a le nombre 61 dans son intitulé.

 

Metal-Eyes : Rien à voir, donc, avec le fait que vous soyez amateurs d’astronomie ?

Seb : Pas du tout. Sinon, on n’aurait pas choisi une planète qui a une forme d’œuf (rires) !

 

Metal-Eyes : Et on en parle juste au moment de Pâques… Autre chose : c’est un peu provocateur en ce moment de publier un disque qui s’appelle Leaving en cette période de confinement…

Seb : Rien n’est prémédité. Après, quand on pense à ce qui se passe actuellement, je trouve ça excellent, la main sur la pochette est tendue, la personne veut sortir… C’est en totale contradiction avec ce qu’il se passe en ce moment.

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique d’Hauméa pour quelqu’un qui ne la connait pas et souhaite la découvrir ?

Seb : Je dirai que c’est du rock metal, avec beaucoup d’émotion, de rage aussi. Une musique assez cadencée et lourde à la fois.

 

Metal-Eyes : Les deux premiers termes qui me soient venus à l’esprit en écoutant le disque c’est Hardcore et punk. Ça correspond à vos influences ?

Seb : Oui, on peut dire ça… C’était le milieu musical dans lequel j’évoluais avant. Notre bassiste vient du grindcore, notre guitariste, du detah, deathcore, moi, du hardcore et le chanteur vient de la chanson française. On reste tous fans de Deftones, Faith No More, Gojira. Mais aussi The Cure… On écoute tellement de choses qu’on essaie de mixer le tout.

 

Metal-Eyes : Vous ne vous imposez pas de limites j’imagine…

Seb : Chez Hauméa, il n’y a pas de limite. Notre guitariste arrive avec un riff, si ça matche, c’est adopté. On pose les textes, on fait des arrangements, et si ça matche encore, alors on le pose sur une galette.

 

Metal-Eyes : Quels sont les thèmes que vous abordez dans vos textes ?

Seb : On parle principalement de sentiments, le côté émotionnel, le mal qu’on peut ressentir en soi, les addictions, à l’alcool, à la drogue. Ça peut être du vécu personnel, il y a aussi du constat écologique et humain. On aborde plusieurs thèmes sans pour autant faire de prosélytisme politique. C’est pas du tout notre fer de lance. On préfère se concentrer sur le vécu.

 

Metal-Eyes : Sur des expériences individuelles ?

Seb : Pour beaucoup, oui. Soit vécu en direct, soit interposé. Certains morceaux traitent de ce qui a pu arriver à un d’entre nous, un de nos proches. Ce sont des marqueurs d’inspiration.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets que vous préférez ne pas aborder, qui n’ont, aujourd’hui, pas leur place dans Hauméa ?

Seb : La politique, ça ne nous intéresse pas. On en parle entre nous, mais on n’est pas là pour faire de la politique, on ne veut pas avoir d’étiquette politique. On pointe du doigt l’humain en tant que tel, pas un parti politique ou un gouvernement en particulier. Ça, on n’en a rien à cirer !

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Leaving pour décrire ce qu’est Hauméa aujourd’hui, ce serait lequel et pourquoi ?

Seb : Celui qui nous représente le mieux ? Je dirais Breathe, celui qui a fait l’objet d’un clip. C’est celui sur lequel l’empreinte d’Hauméa est la plus palpable : il y a de l’émotion, de la puissance, de la rage, aussi. Et c’est vraiment tout l’univers d’Hauméa.

 

Metal-Eyes : Pourquoi avoir choisi ce format de disque, un peu plus long qu’un Ep mais plus court qu’un album ?

Seb : Le travail d’un album est très long. C’est pas qu’on est fainéants, loin de là, mais à la suite d’Unborn, on voulait avoir une activité assez régulière, et le format Ep/lp se prête relativement bien avant de se concentrer sur la préparation d’un album. Le format Ep nous permet d’avoir une continuité dans cette dynamique de promotion avant la sortie d’un album. Pour le démarchage, aussi, au niveau de l’orga de festivals ou même des Fnac : eux-mêmes disent préférer avoir des Ep. Et pouvoir sortir quelque chose plus régulièrement montre qu’on a envie de continuer.

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution musicale d’Hauméa entre vos de disques ?

Seb : Elle a été plus marquée sur les textes puisqu’on fait valoir le chant en français. C’est le chant qui a principalement évolué même si on a muri musicalement, bien sûr, mais c’est principalement au niveau des textes où on mélange l’anglais et le français. Le français est une langue poétique, c’est notre langue maternelle, et elle est plus à même de créer une métaphore que l’anglais. L’anglais est réservé pour les grosses parties avec les punchlines. On est parvenu à faire ce mélange des deux langues, ce que peu de groupes osent mettre en place.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Hauméa ?

Seb : Oh, la question piège…

 

Metal-Eyes : Non, pâs piège, différente, c’est tout. Celle-là, tu ne peux pas dire qu’on te la pose tous les jours !

Seb : Oh, non… Là, tu m’as coupé l’herbe sous le pied… « De l’émotion, si tu en veux, avec Hauméa, tu l’auras »

 

Interview: ONE LIFE ALL IN

Interview ONE LIFE ALL IN: entretien avec Clem (guitare). Propos recueillis par téléphone, le 24 avril 2020

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Metal-Eyes : Peux-tu commencer par raconter l’histoire du groupe qui est né de votre rencontre avec Don Fosse, chanteur de Spudmonsters, et qui a participé à un titre de ton groupe, Seekers Of The Truth en 2015 ? Vous l’avez par la suite sollicité pour participer à ce nouveau projet qu’est One Life All In.

Clem : Exactement. Au tout début, Franck et moi jouions avec Seekers Of The Truth. On a fait une date avec les Spudmonsters, l’ancien groupe de Don, sur Lyon en 2014. Ca s’est très bien passé, on a un peu échangé durant la soirée et quelques jours plus tard, Franck l’a recroisé au Hellfest puisque les Spudmonsters y jouaient aussi. Ils ont passé pas mal de temps ensemble, Don et lui, et tout s’est super bien passé. Quand on a enregistré l’album de Seekers, on voulait faire un morceau avec un featuring et on a tout de suite pensé à Don qui a accepté d’enregistrer un titre avec nous. Il l’a fait à distance, de chez lui à Cleveland, nous a tout envoyé et nous, on a remis ça au studio à Lyon. On a gardé contact, continué d’échanger. Pour moi, ça en restait là, mais pas dans la tête de Franck qui avait des morceaux en tête. On était encore avec Seekers à l’époque et il m’a demandé de lui donner un coup de main avec l’ordinateur. Il avait les idées mais il ne savait pas forcément faire. Au début, je pensais que c’était des morceaux pour Seekers, mais un peu plus tard, il m’a dit que c’était pour un autre projet, sans trop savoir qui il y aurait comme batteur, comme chanteur mais il m’a demandé de continuer de l’aider à enregistrer.

 

Metal-Eyes : A la base, c’est donc vous deux, Franco et toi ?

Clem : A la base, oui. Quand on a fini d’enregistrer les 6 premiers morceaux, on a demandé à Don si ça l’interssait de chanter dessus. On lui a envoyé les démos, ça lui a plu, il a enregistré son chant sur les 6 titres et nous les a renvoyés. On était super contents.

 

Metal-Eyes : C’est donc ce qui a donné votre premier Ep, The A7 session ?

Clem : Oui, c’est ça. On a ensuite demandé à Kevin (Foley, ex Benighted) s’il voulait nous rejoindre, il a accepté, est rentré en studio et a très rapidement enregistré la batterie. Don est venu en France pour enregistrer ses parties en studio. On a profité des quelques jours de sa présence pour enregistrer un clip.

 

Metal-Eyes : Comment avez-vous fait la connaissance de Kevin ?

Clem : Il assiste à beaucoup de concert, et on se croise régulièrement. Là, c’est Franck qui a pris contact avec lui, par l’intermédiaire d’un autre ami commun. C’est arrivé à un moment où Kevin avait envie de faire autre chose que du metal extrême. Il a joué dans beaucoup de groupes, dont le plus gros est Sepultura. Dernièrement, il a joué avec Lofofora, Black Bomb A et il y en aura certainement d’autres !

 

Metal-Eyes : C’est le syndrome du batteur d’aller taper un peu partout ! Comment définirais-tu la musique de One Life All In, sachant que sur votre bio vous vous définissez déjà comme un groupe de hardcore positif. Vous entendez quoi par là ?

Clem : Je la définirais de punk hardcore, et « positif » par rapport à l’attitude et surtout aux paroles. On n’est pas du genre à dire qu’on est les meilleurs, les plus tatoués… Ce n’est pas notre nature…

 

Metal-Eyes : Vous n’êtes pas un groupe grande gueule, quoi…

Clem : Non, c’est pas notre genre, humainement, et ce n’est pas ce qu’on veut faire de notre musique, assez ouverte. Et on essaie d’avoir une attitude qui va avec notre caractère.

 

Metal-Eyes : C’est quelque chose qu’on retrouve au sein de ton précédent groupe, Seekers of The Truth, qui avait un discours très positif…

Clem : Oui. Oui, c’est quelque chose d’important. Surtout dans le style de hardcore qu’on voit maintenant, qui est beatdown, très revendicatif…

 

Metal-Eyes : Justement : il y a des thèmes que vous privilégiez dans vos paroles ?

Clem : Pas vraiment. C’est Don qui écrit les paroles, il y a beaucoup d’expériences personnelles. Il y a quelque chose qui ressort beaucoup de ses paroles, c’est quelqu’un de très positif, qui essaie toujours de voir le bon côté des choses, même quand il y a quelque chose de négatif au premier abord, il cherche à en tirer quelque chose de positif. Ce qui nous apporte beaucoup, nous pousse à tenter des choses. De toutes façons, si on n’essaie pas on ne saura jamais…

 

Metal-Eyes : Et y a-il des choses que vous préférez ne pas aborder, qui ne font pas partie de votre univers ?

Clem : Je dirais tout ce qui est négatif, politique. Musicalement, ce n’est pas un aspect qu’on aborde. On a des convictions, mais on n’en parle pas.

 

Metal-Eyes : Vous évitez tout ce qui peut être clivant pour vous concentrer sur les aspects positifs de la vie.

Clem : Oui, c’est mon ressenti. Don te dirait peut-être autre chose, il a pris le parti d’écrire des paroles plus personnelles, ce qui n’était pas le cas avec les Spudmonsters, où il pointait du doigt des choses comme la pauvreté. Je pense qu’il est peut-être dans une période de sa vie où il a besoin d’exprimer des choses plus personnelles.

 

Metal-Eyes : Vous continuez de travailler à distance, j’imagine ?

Clem : Oui, même si on a modifié certaines choses : on lui envoie la musique et lui peut corriger des passages, les raccourcir, modifier une mélodie qui ne l’accroche pas trop, qui prend trop de place. On compose de notre côté, on envoie, on modifie, déplace, enlève certains arrangements…

 

Metal-Eyes : Est-il possible que Don vous envoie des lignes de chants et que vous travaillez la musique ensuite ?

Clem : Ça pourrait arriver. Ça ne s’est pas encore produit mais, on en avait parlé, c’est quelque chose que j’aimerai bien faire : pouvoir composer un morceau en fonction d’une mélodie de chant.

 

Metal-Eyes : Eh bien voilà un projet pour le troisième CD !

Clem : Voilà !

 

Metal-Eyes : Quelle est la signification du nom du groupe, One Life All In ?

Clem : C’est un peu le… « carpe diem ». Faire en sorte de faire plein de choses et être bien avec ce que l’on fait. Remplir sa vie avec les meilleurs éléments possibles.

 

Metal-Eyes : Votre esprit est positif. Votre nouveau disque s’appelle Letter of forgiveness – Lettre de pardon. Vous voulez pardonner quoi et à qui ?

Clem : C’est un titre que Don a écrit… Il en parlerait mieux que moi, mais je vais tenter : il a fait certaines choses dans sa vie dont il n’est pas fier, il a des regrets, des remords. Il a eu besoin d’écrire ce titre pour lui, pour accepter de n’avoir pas fait les bons choix aux bons moments. « Excusez-moi pour le mal que j’ai pu faire, parce que j’en ai fait », c’est son message…

 

Metal-Eyes :  Tu peux parler un peu de la pochette aussi ? Une princesse un peu tribale avec cette couronne de fleurs et de fer…

Clem : Moi, ce que j’aime, c’est le côté un peu ambivalent : un visage un peu fermé, qui contraste beaucoup avec les fleurs du dessus…

 

Metal-Eyes : Elle a un regard très mélancolique, je trouve…

Clem : En plus, oui, exactement. Une courrone et des fleurs, c’est pas quelque chose qu’on trouve souvent, en tout cas, pas dans mon esprit, et j’aime bien ce paradoxe. Au départ, c’est une illustration qu’a faite Dave Pickel, un tatoueur américain ami de Don. Don avait ce visuel dans un coin, dans son ordinateur, je sais pas où mais il l’avait ! Il nous l’a proposé, on a dit OK, il a demandé à Dave si on pouvait l’utiliser, et il a accepté mais a demandé à retoucher, peaufiner certaines choses. La pochette du CD, c’est lui, le reste de l’artwork, c’est Sylvain, de Seekers, qui est aussi graphiste. Je trouve cette pochette, le contraste qu’il peut y avoir avec l’imagerie habituelle du hardcore. Ça va bien avec notre esprit et ce qu’on veut transmettre.

 

Metal-Eyes : Il y a aussi ce contraste avec votre premier CD sur lequel il n’y avait que le nom. Comment analyses-tu l’évolution de One Life All In entre vos deux disques ?

Clem : On pourrait presque croire qu’il s’agit de deux groupes différents… Sur le premier, les morceaux étaient assez basiques, directs, sans fioritures. Pour le second, on a beaucoup travaillé les mélodies, on a ajouté une seconde guitare qui apporte pas mal de choses. Au niveau de la structure des morceaux, on sort du schéma couplet-refrain. Au niveau des sonorités on a ajouté des choses un peu plus punk, sur certains morceaux, on s’est même amusés à changer de tonalités, ce que je n’avais jamais fait avec les autres groupes, avant.

 

Metal-Eyes : Vous vous connaissez mieux aussi, vous avez plus de repères communs (il acquièsce). Il y a un mot qui ressort quand j’écoute Letter of forgiveness, c’est que je le trouve plus tribal. Es-tu d’accord avec ce terme ?

Clem : Tu entends quoi par tribal ?

 

Metal-Eyes : Dans les rythmiques, surtout, que je trouve assez sèches, parfois martiales…

Clem : D’accord, ce n’est pas forcément faux.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Letter of forgiveness pour présenter à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est One Life All In, ce serait lequel ?

Clem : Je pense que ce serait 83rd dream, la reprise de The Cult. Je pense qu’elle reprend tout l’esprit du groupe. Une intro assez épurée, puis une partie un peu plus mélodique, une autre assez rentre dedans, et une fin assez metal, à la Lamb Of God. Oui, c’est un morceau qui reprend tout ce qu’on aime.

 

Metal-Eyes : Pour terminer : quelle pourrait être la devise de One Life All In, sans parler de confinement, Bien sûr !

Clem : Il y a une chose qu’on se dit souvent avec Franck : « on continue la mission ». On va continuer, l’album qui est en préparation, alors on continue et on se fait plaisir.

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à ajouter ?

Clem : Oui, je voudrai en profiter pour vous remercier, vous, webzines, de partager cette passion, en rédigeant des chroniques, en faisant des interviews. En relayant l’information et en faisant vivre la musique. Je pense aussi, surtout en ce moment, aux magazines qui vivent des moments difficiles et qu’il faut soutenir, surtout en ce moment, comme les organisateurs de concerts… C’est important aussi de se déplacer à un concert, local ou pas, c’est ce qui fait vivre la scène, toute la scène. D’acheter des CD, des T Shirts, c’est aussi ça qui fait vivre les groupes.