Interview: SWARM

Interview SWARM : rencontre avec Antoine (guitare). Propos recueillis à Paris, Black Dog, le 8 janvier 2020

Metal-Eyes : Antoine, tu es guitariste au sein de Swan, et vous êtes présents pour assurer la promotion de Anathema, votre second album paru fin 2019. S’agissant de notre première rencontre, peux-tu raconter l’histoire du groupe ? Je sais que Swan s’est formé en 2012/2013, à Antibes, que votre premier album, Division and disharmony, est paru en 2017 et 2 ans plus tard vous publiez donc Anathema. Quelles sont les autres grandes étapes de votre parcours ?

Antoine : Oui, c’est exact. On a formé le groupe dans ces eaux-là, on a enregistré notre premier album, ce qui nous a pris du temps parce qu’il y a eu pas mal de péripéties…

 

Metal-Eyes : De quell genre?

Antoine : On a eu pas mal de problèmes avec la personne avec qui on enregistrait. L’enregistrement a duré environ un an. Entre-temps, notre premier chanteur a décidé de quitter le groupe, et Rémy est arrivé pendant l’enregistrement. On a fait le mixage chez Sébastien Camhi, studio Art music qui nous a un peu rattrapé le projet qui n’était pas en bonne voie pour plein de raisons. Il s’est retrouvé avec un truc à reconstruire et il nous a super bien rattrapé le coup. On a fait deux tournées pour supporter ce premier album, on a sorti trois clips. On est rentrés en studio en février 2019, chez Sébastien Camhi, où on a enregistré et mixé l’album. On a fait le mastering en Allemagne. On a sorti un premier clip pour le titre Frontiers, et on a fait une tournée en octobre novembre derniers.

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences respectives, et qu’avez-vous mis dans ce second album ?

Antoine : L’idée de base du groupe, dès sa formation, c’était de faire du groove metal. Il n’y a pas tant de groupes que ça qui ont existé dans ce genre, et le peu qu’il y a, c’est soit des très gros comme Pantera, soit des tout petits groupes. Mais finalement, il n’y a pas tant de groupes qui ont développé ce style. C’est dionc une base intéressante pour développer un son varié…

 

Metal-Eyes : Et qui vous sort un peu de l’étiquette metalcore qu’on vous colle assez souvent et qui reste très limitative…

Antoine : Oui, on dit souvent qu’on fait du metalcore, j’aime beaucoup ça, on est pas mal dans le groupe à apprécier ça, pas tous, mais pour moi, le metalcore, c’est plus des groupes comme Killswitch Engaged, et ce n’est pas vraiment notre musique. Nous, on va plus se baser sur des groupes comme Pantera, Machine Head, et faire notre sauce sur ces bases. Après, on a d’autres influences, parfois on va plus dans le hardcore, d’autres fois on est un peu plus prog…

 

Metal-Eyes : Comment avez-vous travaillé ce second album? Notes-tu une évolution, et comment analyses-tu l’évolution entre vos deux albums ?

Antoine : Déjà, on a changé de second guitariste et il apporté sa patte. Au niveau du chant, puisqu’il s’occupe du chant screamé et growlé, et au niveau de la guitare, il a apporté ses influences. Après, au niveau du style en soi, ce qui a changé, c’est que le premier album était assez monolithique. C’était un pavé, beaucoup de batterie au taquet, de doubles croches… et là, on a voulu prendre un peu plus de risque, aérer un peu l’album avec des guitares en retrait sur certains passages, comme le couplet de Frontiers. Plus de guitare clean, aussi, on a fait une power ballad. On a fait des choses un peu différentes et on prend quelques risques. On a fait un premier morceau qui dure 8 minutes, New sun, un morceau à tiroirs, c’est quelque chose qu’on ne retrouve pas souvent…

 

Metal-Eyes : C’est un risqué, pour un jeune groupe comme vous d’ouvrir un album avec un titre aussi long…

Antoine : On en a conscience, oui. Après, ça peut payer  ou pas, maintenant, on a voulu le faire comme ça parce que c’était dans la logique de la composition de l’album. Et le thème de l’intro se retrouve à la fin de l’album, arrangé différemment, ce qui fait une boucle.

 

Metal-Eyes : Si on ne devait retenir que deux mots pour expliquer l’évolution entre ces deux albums, ce serait « plus aéré »

Antoine : Oui.

 

Metal-Eyes : Vous aviez des intentions plus particulières avec ce second album ?

Antoine : Comme je disais, le premier à pose les bases de Swarm. Avec celui-là, on approfondi les choses. Rémy, le chanteur, qui écrit aussi les paroles, avait d’autres choses à dire. C’est un concept album au sens large, qui se base sur la dualité, l’opposition, ce qu’on peut trouver partout : la pochette est réversible avec d’un côté la lumière, de l’autre, le sombre, l’homme qui domine la femme et la femme qui domine l’homme…

 

Metal-Eyes : un côté enchainé, l’autre désenchainé…

Antoine : Exactement… L’idée, était vraiment de travailler là-dessus, même au niveau des paroles.

 

Metal-Eyes : Justement, je n’ai pas tout lu, cependant j’ai l’impression qu’il y a de votre part non pas un engagement politique mais plutôt un constat de l’état de la planète, de l’humanité – ou plutôt, comme je le dis aujourd’hui, de l’inhumanité actuelle. Vous traitez de quoi, plus précisément ?

Antoine : C’est assez bien résumé. Notre but n’est pas de nous engager genre « votez à gauche ou votez à droite ! », c’est plus, comme tu disais, une idée de constat. L’album est basé là-dessus, que ce soit un constat écologique ou sociétal, c’est plus un bilan de là où en est l’humanité en 2019-2020. On se place plus en observateur, du côté des paroles.

 

Metal-Eyes : Sans donner de leçons….

Antoine : On n’est pas là pour  dire aux autres ce qu’il faut faire. On fait des constats, c’est tout. Un morceau comme Frontiers traite des frontières que l’on va se poser les uns les autres. Le clip, qui peut paraitre en total décalage avec la musique – le morceau est assez hardcore, le clip est plus rap 90’s, old schhol – évoque cette idée : casser un peu l’image du méchant metalleux qui est là, dans un garage, qui tourne la tête et qui n’est pas content…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre d’Ananthema pour expliquer ce qu’est Swarm aujourd’hui, ce serait lequel et pourquoi ?

Antoine : Je trouve que Life on hold est un très bon résumé de ce qu’on peut faire, ce qu’on sait faire : il y a un riff principal très groovy, un couplet/riff très entraînant et à côté de ça un pont mélodique avec des soli avec un peu plus d’émotion. C’est un peu l’idée générale du groupe, et il y a une patte un peu différente. Je trouve que c’est une bonne introduction.

 

Metal-Eyes : Un album se défend sur scène : quels sont vos projets de tournée et de concerts à venir ?

Antoine : Alors, on joue au Rock and Eat le 1er février à Lyon, on sera à Nice en mars. On a aussi une date en juillet dans un petit festival dans le Var, et on est en train de préparer une tournée en mai.

 

Metal-Eyes : Vous venez d’Antibes : comment se porte la scène du sud de la France, de la Région PACA, et où vous situez-vous sur cette scène ?

Antoine : La scène de la Région Paca… Ce n’est pas forcément le terreau du metal, mais il y a un public, des groupes aussi. Où on se situe ? On est des petits jeunes en comparaison de groupes comme Heart Attack qui existe depuis un bout de temps, qui font de belles choses, des tournées, des festivals. Mais il y a des salles, un public, même s’il n’en a pas beaucoup. Il y a quand même une vie pour le metal dans le sud. On a pas mal écumé ces scène, on continue de le faire, mais maintenant, on cherche à s’exporter un peu plus, sortir de la région, jouer ailleurs.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait-être la devise de Swarm en 2020 ?

Antoine : Euh… Je dirais « Stay close to the swarm ». Swarm, c’est un essaim, et il y a ce côté un peu fédérateur parce qu’on a tendance, tous, à se tirer un peu dans les pattes alors que, sans aller dans la caricature « on est une grande famille du metal, on est des bisounours », on est souvent dans l’opposition. C’est dommage.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose: l’année 2020 ne faisant que débuter, quelles sont tes resolutions?

Antoine : C’est de ne pas avoir de résolutions, parce qu’on ne les tient jamais ! (rires)

 

Metal-Eyes : Bien vu! Merci beaucoup, plein de bonnes choses avec cet album qui, a priori n’est pas mon genre de musique mais quand je me suis plongé dedans, j’ai eu beaucoup d’agréables surprises.

Antoine : Ben, merci, ça, ça me fait plaisir, avoir des retours d’un public autre que le nôtre de base. C’est super cool.

 

 

Interview: DEWOLFF

Interview DeWolff. Rencontre avec Pablo van de Poel (chant, guitare) et Luka van de Poel (batterie). Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra à Paris le 11 décembre 2019

Metal-Eyes : Pablo, avant de parler du nouvel album de Dewolff, Tascam tapes, parlons de son coût, que vous affichez : vous affichez partout qu’il vous a coûté moins de 50 dollars…

Pablo : Vous êtes très attachés au côté financier, on dirait (il rit). On a eu cette idée un peu dingue de mettre ces infos un peu partout. Ce chiffre est en fait fictif, car dans la réalité, ce disque ne nous a rien coûté. Il a été enregistré avec du matériel dont nous disposions déjà.

 

Metal-Eyes : Quand tu parles de matériel, tu parles de chansons que vous aviez déjà composes?

Pablo : Non, on n’avait rien avant, nous avons tout compose sur la route. Tu sais, j’ai acheté cet enregistreur 4 pistes Tascam il y a 8 ans, pour quelque chose comme 35 euros. On a sans doute acheté des câbles ou des trucs comme ça, ce qui fait les 50 dollars qu’on annonce.

 

Metal-Eyes : Vous avez donc enregistré vos morceaux directement sur cet enregistreur Tascam?

Pablo : Oui, et nous avons enregistré partout sur la route: dans le van, dans les chambres d’hôtels, backstage… une grande partie de l’album a été enregistré en France, en tournée, backstage.

 

Metal-Eyes : En tapant le boeuf?

Pablo : Oui, mais nous devions aussi faire les choses assez rapidement, nous ne disposions que d’une heure ou deux pour réaliser quelque chose. C’est le temps dont nous disposions, voyageant d’une salle à l’autre… Le temps entre notre arrivée et l’heure de monter sur scène. Du temps que nous ne consacrions pas à lire, dormir…

 

Metal-Eyes : Que peux-tu dire au sujet de Tascam tapes afin d’inciter le public à filer l’acheter dès sa sortie?

Pablo : Eh bien, il s’agit de Dewolff comme vous ne l’avez jamais entendu auparavant. D’habitude on écrit une chanson, que nous modifions la semaine suivante, puis encore… avant de l’enregistrer et tenter de la capturer de la meilleure manière possible. Ce que nous avons fait là, sur la route, dès qu’on tenait quelque chose, un son, un riff, on se disait qu’il fallait en faire quelque chose. J’y ai ajouté des paroles et nous avons enregistré le plus rapidement possible. Nous n’avons pas cherché à enregistré le plus de choses possible en un minimum de temps, mais nous avons vite pris conscience que nous si nous terminions rapidement une chanson, nous pouvions en capturer l’essence même, brute, nouvelle. Normalement, en enregistrant, tu démarres quelque chose, tu te rends compte que c’est bon, tu veux le perfectionner et développer parce que tu as du temps. Tu retourneras au studio la semaine prochaine pour terminer, si nécessaire. Là, nous avons enregistré les chansons au moment où nous nous disions que « ça, c’est cool ! », au moment où ton inspiration est au top et où nous pensions que c’est ainsi que cette chanson devait sonner.

 

Metal-Eyes : En dehors de cette nouvelle manière d’enregistrer, comment analyserais-tu l’évolution de Dewolff entre vos deux derniers albums studio, Thrust et Tascam tapes ?

Pablo : Avec Thrust, nous nous sommes dit que nous avons cherché à mettre dans nos chansons tout ce qui fait Dewolff, aussi bien le côté jam que le hard rock. Nous avons tout voulu inclure, tandis que pour Tascam tapes, nous avons été beaucoup plus spontané. On a pensé à des groupes comme Little Feet, à leurs qualités de compositeurs. Pour Thrust, nous avons composé les meilleurs titres possibles, et quelques mois après avoir terminé, nous nous sommes demandé ce que nous allions faire ensuite. « Allons-nous nous répéter et dire aux gens que nous avons, encore, enregistré les meilleurs titres possible, ou faisons nous quelque chose de dingue, de différent ? » Nous nous sommes dit que c’était une option assez cool…

 

Metal-Eyes : Comment penses-tu alors aborder vos enregistrements futurs? Sur la route, encore, ou de retour en studio ?

Pablo : Je crois que, sur la tournée à venir, nous allons embarquer le 4 pistes Tascam, enregistrer des trucs avec mais pas forcément sortir ces versions. C’était très amusant de réaliser un album aussi rapidement. Je suis très fier de ce que nous avons réalisé et de la manière de le faire, mais j’aspire aussi à pouvoir passer du temps en studio, tenter de réaliser « un chef-d’œuvre ». Avec ce dernier album, nous n’avons, à aucun moment, ressenti une quelconque pression. Nous avons enregistré ce que nous voulions quand nous le souhaitions. Tu sais, nos retours se trouvaient sous les sièges du van… L’idée c’était d’enregistrer, de tout écouter de retour à la maison, et si nous avions assez de matériel, de sortir un album. Nous n’avons pas perdu de temps, nous nous sommes bien amusés. C’est aussi agréable de se retrouver dans cette bulle du studio, de pouvoir travailler plus longuement sur un album.

 

Metal-Eyes : L’un dans l’autre, tu n’as pas de préférence pour une méthode plus qu’une autre…

Pablo : Non, j’aime l’équilibre entre les deux approches. Et j’aime aussi le traitement de l’art en général, voir ce que le créateur d’une œuvre traverse pour réaliser son œuvre, comment elle évolue. Ce n’est pas statique, ça bouge tout le temps. Regarde les peintres, le tableau change et se développe tout le temps. (Nous sommes rejoints par son frère, le batteur Luka van de Poel). J’aime aussi revenir sur ce que nous avons pu faire et constater notre évolution. Tascam tapes a été enregistré avec des samples de batterie, et d’une certaine manière il ne ressemble en rien à ce que peut faire Dewolff habituellement. Mais, si tu compares avec nos anciens albums, tu reconnaitras Dewolff.

 

Metal-Eyes : Luka, comment analyses-tu l’évolution de Dewolff entre vos deux derniers disques ?

Luka : Je crois que Tascam tapes est très différents mais que ceci est dû à la manière de le composer et de l’enregistrer. Nous avions beaucoup de limitations, enfermé dans un van, nous ne disposions que de quelques instruments et de cet enregistreur cassettes. C’est ce qui le différencie principalement de Thrust, pour lequel nous avions un studio, plein de temps pour le travailler, l’équipement… tout à disposition. Mais la manière dont sonne Tascam tapes, à cause de ces limitations, ça j’aime beaucoup ! Compact. Il fallait aller.

 

Metal-Eyes et Pablo, au même moment: Droit au but…

Pablo : Waow ! pile en même temps (check)

Luka : Et quand nous pensions avoir une chanson, on l’enregistrait. Avant, nous avons peut être sur pensé les choses « Oh, ça c’est cool, mais on devrait peut-être rajouter cela, ceci… »

 

Metal-Eyes : Pablo, tu parlais de réaliser « un chef d’œuvre », mais ce n’est pas en sur réfléchissant qu’on en crée un…

Pablo : Non, en effet. Nous avons beaucoup appris de ces deux albums. Avec Thrust, nous avons réalisé que nous aurions pu moins réfléchir, celui-ci est plus brut, le prochain sera, qui sait, quelque chose entre les deux…

 

Metal-Eyes : Vous tournez beaucoup, quelles sont vos prévisions pour défendre cet album ?

Pablo : Nous célébrons la sortie au Paradisio, à Amsterdam. Le concert est complet, et ensuite nous allons en France, Allemagne, Espagne, Italie, jusqu’en avril. Puis Prague, et…

Luka : Nous allons en Scandinavie, au Royaume-Uni.

 

Metal-Eyes : Si chacun de vous ne devait retenir qu’un titre de ce nouvel album pour expliquer ce qu’est Dewolff en 2020, lequel serait-ce ?

Pablo : Oh… Je peux te dire quelle est ma chanson préférée…

 

Metal-Eyes : Pas ta préféré, celle qui représente le plus le groupe aujourd’hui.

Pablo (il se saisit de l’album et regarde les titres au verso) : Je ne connais aucune de ces chansons… Je dirais It ain’t easy, parce qu’elle s’est mise en place tellement rapidement. Entre le moment où nous avons commencé à l’écrire et celui où nous l’avons enregistrée à l’arrière du van, il ne s’est écoulé que 10 minutes ! Le lendemain, quand nous l’avons réécoutée, nous l’avons trouvée top. Elle saisit l’essence de ce qu’il se passait à ce moment. Mais je crois que ce qui va le mieux représenter Dewolff en 2020, c’est la version live de ces chansons qui seront beaucoup plus rock’n’roll.

Luka : On a commencé à répéter ces titres, et les versions sont déjà très différentes. Tu pourras constater le changement quand tu les entendras live.

 

Metal-Eyes : Quelle est le titre le plus représentatif de qui vous êtes, Luka ?

Luka : Je pense Blood meridian. Cet album est tellement différent de ce que nous avons pu faire dans le passé… Made it to 27 est aussi une parfaite représentation de ce que nous sommes. Mais les concerts restent la meilleure représentation de qui nous sommes…

 

Metal-Eyes : Facile (rire general)

Pablo : Je crois que chacun de nos albums n’est que l’ombre de ce qu’est réellement Dewolff. Si tu veux vraiment nous connaitre, il faut nous voir sur scène

Luka : Ça ferait un bon titre d’album, ça: “Shades of Dewolff”

 

Metal-Eyes : Une dernière chose: quelle pourrait être la devise de Dewolff en 2020 ?

Pablo : Euh… Dewolff: le groupe du people… (rires)

Luka : Travaillez plus dur, courrez mieux, jouez mieux et faites le tout le temps!

 

 

 

Interview: APOCALYPTICA

Interview Apocalyptica. Rencontre avec Mikko Sirén (batterie). Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra à Paris le 27 novembre 2019

Metal-Eyes : Tout d’abord, comment vas-tu aujourd’hui ?

Miko : Je vais bien, merci. C’est super d’être de retour à Paris.

 

Metal-Eyes : Ça fait un bout de temps, en effet…

Miko : Trop longtemps, oui. J’ai vraiment être ici. A chaque fois que je viens… Les vibrations de cette ville sont vraiment différentes de ce que je peux trouver ailleurs, c’est un endroit unique, j’aime vraiment venir à Paris.

 

Metal-Eyes : Beaucoup de temps s’est également écoulé entre vos deux derniers albums puisque Shadowmaker est paru il y a maintenant cinq ans (il confirme). Qu’avez-vous fait durant ces cinq années ?

Miko (il rit) : Que diable avons-nous fait ? C’est ça le truc, c’est pas notre faute (rires) ! Shadowmaker est sorti il y a environ cinq ans, et on a tourné pour le défendre pendant environ deux ans. Ensuite, nous avons eu l’idée d’organiser une tournée anniversaire pour célébrer les vingt ans de notre premier album, Plays Metallica by four cellos. Au départ, nous ne voulions donner qu’une vingtaine de concerts : dans les plus grandes villes Européennes, quelques dates aux USA, une ou deux en Amérique du sud et en Russie. On a organisé ces concerts en pensant qu’après nous rentrerions en studio pour le nouvel album. Lorsque ces concerts ont été annoncés, nous avons reçu d’autres demandes et ça a continué jusqu’à ce que tout échappe à notre contrôle. Encore et encore… Je ne me plains pas, nous avons adoré donner ces concerts pour ce public demandeur. Mais l’idée de ne donner que vingt concerts s’est transformée et nous avons fini par en donner 230 dans 45 pays !

 

Metal-Eyes : Onze fois plus…

Miko : Exactement, et cette tournée a duré plus de deux ans et demi. Après deux ans à promouvoir Shadowmaker, nous avons pris un mois de congés et avons attaqué directement cette tournée pendant deux ans et demi. Au final, il n’y avait aucune possibilité pour nous de nous retrouver en studio, c’est pour cela qu’il nous a fallu autant de temps. Nous avons dû trouver le temps et avons interdit à notre agent de continuer de booker des dates durant l’hiver dernier. Nous avons eu environs 7 mois off. Nous avions composé deux titres pendant la tournée, et avons consacré 5 mois à la composition et l’enregistrement du reste. Le bon côté des choses, c’est que nous avons pu constater, pendant cette tournée instrumentale, à quel point les gens étaient enthousiastes à l’idée de retrouver Apocalyptica sous cette forme : quatre violoncelles et un batteur. Ça nous a donné l’impression que c’est ce que le public attendait. Je ne veux pas dénigrer les chanteurs avec qui nous avons collaboré, chacun des cinq derniers albums avait un chanteur, mais on s’est dit qu’il était sans doute temps d’apporter quelque chose de spécial à nos fans hardcore, une façon de les remercier. Plus nous y pensions, mieux ça sonnait, et les concerts confirmaient ce sentiment. Tout comme pour la production : nous avons travaillé avec de super producteurs avec qui nous avons beaucoup appris, et nous nous sommes dit que, partant du principe que, si nous retrouvions les bases de ce que nous sommes, alors nous devions tout faire nous-mêmes, dont nous charger de la production. Le meilleur producteur du monde pour réaliser cet album c’est Apocalyptica. Nous ne voulions subir aucune influence extérieure. C’est ainsi que nous avons également produit ce disque nous-mêmes. Bref, une super longue histoire pour expliquer cette attente… Il nous a fallu tout ce temps pour réaliser que, maintenant, en 2020, nous souhaitions sortir un nouvel album instrumental, et nous remercions les fans d’avoir attendu si longtemps.

 

Metal-Eyes : Et retrouver les racines d’Apocalyptica.

Miko : Absolument. Et, encore une fois, nous ne dénigrons aucun des chanteurs, d’autant plus que nous allons de nouveau collaborer avec des chanteurs, sous peu…

 

Metal-Eyes : Tu viens de nous expliquer votre approche toute particulière de la notion de paresse (il rit). Où avez-vous trouvé l’énergie de composer après autant de concerts ?

Miko : Pour moi c’est facile, je crois que cette fois, tout le monde était si enthousiaste de la réponse du public de nous retrouver sous cette forme, et ça nous a apporté cette énergie, cette envie de recomposer. Et quand le besoin, l’envie sont en toi, même si tu es épuisé, l’énergie vient d’elle-même. Également, en donnant ces 230 concerts, nous avons senti le besoin de proposer d’autres choses, même si nous nous sommes vraiment amusés. Mais répéter un show aussi souvent te fait ressentir le besoin, parfois, de nouveauté.

 

Metal-Eyes : Jouer quelque chose qui puisse aussi être un peu plus excitant pour vous.

Miko : Oui, pour un certain temps, en tout cas. Peut être que dans cinq ans nous pourrons redonner des concerts « Metallica », mais pour le moment nous avons besoin de nouveauté.

 

Metal-Eyes : Dans votre récente biographie sur votre site internet, vous écrivez « nous avons abordé l’écriture de Cell-O comme une œuvre artistique à part entière ». Comment avez-vous abordé la composition de cet album ?

Miko : Je crois que chaque fois que nous entrons en studio, nous y allons enrichi, plus expérimentés. Grâce à nos rencontres avec d’autres musiciens, notre expérience scénique, nos expériences précédentes. Cette fois, nous sommes arrivés avec un peu plus de savoir, notamment sur les aspects techniques, comment approcher l’enregistrement. Nous savions que nous avions la capacité à le faire, à nous produire nous-mêmes, et ce fut le plus gros changement. Et Cell-Zero…

 

Metal-Eyes : Ah, c’est donc Cell-Zero et pas Cell-O… Nous allons en reparler.

Miko : Oui, on dit Cell-Zero. Dans notre histoire, nous avons créé une particule qui est la cellule Zéro. Une particule imaginaire, le plus petit atome que tu puisses imagine, invisible, mais qui est dans notre ADN. Indéfinissable… Mais qui est le commencement de tout. Un peu comme un morceau, qui n’est qu’un assemblage de particules infimes, des notes, des mélodies, des breaks, et quand tu les assembles, elles donnent une chanson. L’essence même de la chanson, tu ne peux la créer comme ça, elle vient de ton âme, de ton cœur, c’est la particule initiale, la cellule Zéro. Ceci combiné à tout ce que nous avons constaté au cours de nos voyages… C’est dingue de voir comment les gens pensent environnement, comment les gens se traitent les uns les autres, de constater de quelle manière nous plongeons dans cette sorte de chaos… Ces évènement imprévisibles… Par exemple, il y a dix ans, personne ne pensait que le fascisme allait ressurgir. Tout le monde semblait penser que ça faisait partie de l’histoire, mais en un claquement de doigts, ça revient. En même temps, la Terre hurle sa souffrance, nous dit que nous devons changer nos façons de faire. Nous pensions aussi que cette cellule zéro pouvait être cet élément qui a fait perdre aux gens leur connexion à la planète, aux autres. Nous n’avons plus d’empathie envers autrui, nous préférons nous concentrer sur l’augmentation des profits des entreprises plutôt que sur la manière de nous auto-suffire, de produire en fonction de nos besoins. L’idée de cet album est aussi politique, environnementale. En dehors de la musique et du titre de l’album, que tu comprends maintenant, nous avons voulu donner à chaque morceau un titre explicite, une sorte de portrait. Et, tu ne l’as pas encore vu, mais l’artwork illustre tout cela. Dans le livret, nous avons voulu une illustration spécifique pour chaque morceau. Ces peintures, associés à chaque titre, donnent une vision différente.

 

Metal-Eyes : Il s’agit bien de Cell-Zero, ça n’a donc rien à voir avec le célèbre dessert améericain Jell-O (il explose de rire) ou avec l’intrument, principal du groupe. Cependant, ce titre pourrait également faire penser à une cellule de prison…

Miko : Et ça c’est la partie cool… Nous, en tant que groupe de musiciens, nos seuls outils sont la musique, les titres de chansons et de l’album. C’est tout ce qu’on offre aux gens. Ensuite, à chacun de faire sa propre histoire, d’interpréter comme il le souhaite.

Metal-Eyes : Alors je vais rester avec mon interprétation de Jell-o (rires)

Miko : Oui, reste avec celle-là ! Ce truc gélatineux et translucide ! Souvent, quand on discute avec les gens, c’est beaucoup plus intéressant de savoir quel est ton ressenti plutôt que d’explique ce que nous avons voulu faire. Nous n’avons donné que l’étincelle, ensuite, ça démarre avec les gens.

 

Metal-Eyes : Je vais t’en parler dans un instant, mais avant, comment analyses-tu l’évolution d’Apocalyptica entre vos deux derniers albums, Shadowmaker et Cell-O, en dehors de l’aspect production dont nous avons parlé ?

Miko : Je crois que Shadowmaker représente la fin d’un cycle. Nous avons commencé un cycle très orienté sur le chant, nous voulions enregistrés des titres qui puissent passer en radio, et y sommes parvenus avec succès. Ce que nous avons fait également avec Shadowmaker. Ces quatre albums d’affilés sont comme une entité. Quand nous avons terminé Shadowmaker et sommes entrés dans ce cycle interminable de tournée, nous avons réalisé que ça avait été super cool de faire ces albums, mais que nous devions passer à autre chose. Revenir au côté originel d’Apocalyptica, à savoir du metal progressif instrumental.

 

Metal-Eyes : Selon moi, cet album est très cinématique, il pourrait servir de bande son au cinéma, notamment dans le registre heroic fantasy. Que reste-t-il de metal chez Apocalyptica ?

Miko : Ce qu’il reste de metal ? Je crois qu’Apocalyptica a toujours voulu récolter des iodées de partout dans le monde et les réunir autour d’une table. Le point de départ est simple : des instruments classiques et de la musique metal. Tu combines deux univers. Plus nous aavons avancé dans ce monde de violoncelles, en ajoutant des riffs, du chant…, nous avons ajouté diverses influences, tout en conservant la base : les instruments, et l’attitude. Selon moi, le metal devrait toujours être à 50% basé sur l’attitude. Pas sur le son. Mais après 20 ans, il y a plein de choses sur cette table. Tu peux encore entendre l’influence de Slayer, de tous ces groupes que nous aimons, et cette manière si particulière, unique de jouer du violoncelle. Personne d’autre n’en joue comme ça ! Selon moi, c’est ce qui reste du metal. Je crois aussi que le metal actuel a tant de règles… C’est une musique très conservatrice : pour jouer du metal, il doit y avoir ceci et cela. Et merde, quoi encore ? Le metal doit faire tomber les codes, les barrières, pas en ériger ! J’ai du mal à m’extasier avec le metal actuel, je le trouve ennuyeux, très répétitif…

Metal-Eyes : Il y a tant de groupes, aussi, et les musiciens ont un tel niveau, partout dans le monde…

Miko : Oui, c’est ahurissant ! Mais où est passé le punk, ce qui éveillerait mon intérêt ?

 

Metal-Eyes : Où est la différence ?

Miko : Exactement, la différence… J’ai beaucoup de mal à trouver quelque chose d’excitant dans le metal. Gojira reste exceptionnel, selon moi, ils ont su garder leur style originel, et c’est super. Mais c’est rare…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Cell-O pour expliquer ce qu’est Apocalyptica aujourd’hui, lequel serait-ce ?

Miko : Ce serait Cell-O, le second titre de l’album. Nous avons tous le sentiment que c’est ce titre qui représente le mieux l’album. Il est très long, 11 minutes avec des parties variées, différentes, ça change tout le temps comme un organisme vivant. Eicca a composé ce titre et il voulait faire ressortir tout ce qu’il avait en tête à ce moment-là. J’adore ce morceau qui va du silence au hurlement, de quelque chose de mélodique au thrash le plus brutal et tout ce qui va avec.

 

Metal-Eyes : Vous restez un groupe de rock, vous allez tourner, en Europe vous serez avec Sabaton. A quoi devons nous nous attendre au cours de cette tournée, et prévoyez-vous une tournée en tête d’affiche ?

Miko : La tournée avec Sabaton n’est composée que de 25 concerts, sur les 200 que nous prévoyons. Ce sera une tournée exceptionnelle parce que l’approche de Sabaton est très particulière : ce sont des gens très inspirants, pas seulement parce qu’ils sont Suédois. Ils nous ont contacté en nous disant que ce n’était pas qu’un package avec des groupes qui jouent leur set. Ce qu’ils veulent, c’est que chaque groupe joue avec les autres. Un de nos violoncellistes ira jouer avec eux, la chanteuse d’Amaranthe viendra jouer avec nous, nous irons jouer ensemble avec Sabaton. Nous avons joué Fields of Verdun, de Sabaton, nous allons créer de la musique ensemble au cours de cette tournée, ce sera vraiment un échange… Après ça, nous allons aux USA, tourner avec Lacuna Coil, puis retour en Europe à l’automne, nous ferons la tournée des festivals cet été…

 

Metal-Eyes : Il y aura donc une réelle interactivité entre les groupes… Une dernière chose : quelle pourrait être la devise d’Apocalyptica en 2020 ?

Miko : Oh, mon dieu ! C’est ta dernière question ? Je suis un batteur ! Euh….

 

Metal-Eyes : Oui, mais tu connais la différence entre un batteur et un ingé son ?

Miko : Non…

 

Metal-Eyes : Un batteur sait compter jusqu’à 4, eux s’arrêtent à 2 (ouf, ça le fait marrer)

Miko : Attends, une pour toi : tu sais pourquoi Stevie Wonder ne voit plus ses amis ?

 

Metal-Eyes : En dehors du fait qu’il soit aveugle ?

Miko : Oui… Parce qu’il est marié (rires) ! J’essaie de trouver une porte de sortie… Euh… Une devise ? Ne renonce jamais !

 

Metal-Eyes : Ok ! Le temps est écoulé alors nous allons renoncer à cette interview. Merci pour toutes ces informations, nous te retrouverons le 27 février au Zénith de Paris avec Sabaton, et avant cela, avec le nouvel album qui parait en janvier 2020

Miko : Merci à toi !

Interview: ANTI FLAG

A quelques jours de la sorti de 2020 vision, nouvel album des punks américains de Anti Flag qui sera en bacs le 17 janvier 2020, Metal Eyes est allé parler, pour cette dernière interview de 2019, de politique, du monde et du reste avec Justin Sane, guitariste chanteur d’une douceur et d’un engagement sans pareils.

Interview Anti-Flag. Rencontre avec Justin Sane (chant, guitare). Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra à Paris le 3 décembre 2019

 

 

Metal-Eyes : Je suis en présence de… j’allais dire Justin Time, non, Justin Sane de Anti Flag

Justin Sane (il rit) : Non, tu es juste à l’heure ! Moi, je suis Justin Sane !

 

Metal-Eyes : Tu es là pour nous parler de votre nouvel album, qui arrive le 17 janvier 2020. Tout d’abord, American fall est votre dernier album studio paru en 2017, suivi de American reckoning, en 2018, qui est un album acoustique de reprises de vos deux précédents albums. Quel était l’objectif de réaliser cette compilation acoustique ?

Justin Sane : Je pourrais en parler longtemps…

 

Metal-Eyes : On ne dispose que d’une demi-heure…

Justin Sane : Alors, je vais à l’essentiel. Nous avons joué en acoustique de plus en plus souvent et certaines chansons que nous jouions ainsi n’avaient jamais été enregistrées. Certaines personnes les avaient simplement entendues en concerts, et on a voulu les proposer aux autres. Ça, c’était le point principal. On a enregistré quelques reprises, chacun avait un morceau en tête qu’il voulait enregistrer depuis longtemps – moi, c’était Cheap Trick. Le projet s’est affiné mais il n’y avait pas de véritable travail, nous n’étions pas à fond dedans. A cette époque, ma mère avait été diagnostiquée avec un cancer et je voulais faire quelque chose de créatif mais je n’avais pas l’énergie de me dire que j’allais composer un album. Je me suis dit que ce serais cool de pouvoir travailler sur un disque qui avait déjà été écrit pour moi, et on s’est attaquer à ces versions acoustiques.

 

Metal-Eyes : Le résultat était intéressant et surprenant.

Justin Sane : Oui, c’était intéressant. Je ne dirais pas que c’est notre meilleur album, mais c’était une expérience différente.

 

Metal-Eyes : Ce disque a en quelque sorte clôt la trilogie « American » qui avait débuté avec American Spring en 2015, un an avant l’élection de Donald Trump.

Justin Sane : Exact, oui, oui…

 

Metal-Eyes : Maintenant, nous arrivons en 2020. La pochette de votre nouvel album est assez explicite – 2020 vision, avec un Trump complètement brouillé. Une question : qui penses-tu pourrait affronter Donald Trump lors des prochaines présidentielles ?

Justin Sane : Et gagner ?

 

Metal-Eyes : Simplement s’opposer à lui… Il y a Bernie Sanders qui revient, mais à part lui ?

Justin Sane : Je pense que Bernie pourrait remporter ces élections. La raison principale… Nous habitons à Pittsburg, en Pennsylvanie. Il y a un mélange culturel très intéressant, et Pittsburg est surnommé le Paris des Appalaches (il rit). Où en étais-je ??? Ah oui, ce que je veux dire c’est que nous habitons dans les Appalaches, et beaucoup de gens pauvres vinent là-bas. C’est une résultante du système économique dans lequel nous vivons, beaucoup de gens sont restés sur le carreau. Il est très intéressant de voir que 20 ans après les manifestations anti accords mondiaux du commerce à Seattle et Washington qui ont vu des gens s’élever contre cette mondialisation économique pensant que ça allait affecter beaucoup de gens, l’économie et la planète. Nous voici 20 ans plus tard et on se rend compte que ces prévisions sont exactes : la planète meurt, il y a des gens comme Donald Trump qui sont parvenus à exploiter le système économique pour avoir plus de pouvoir – et finir à la Maison blanche…Beaucoup de personnes qui ont voté pour lui l’ont fait pas parce qu’elles sont racistes ou autre, mais parce qu’il disait que « le système est corrompu, Hillary Clinton fait partie du system, je n’en fais pas partie et je vais travailler pour vous ». Quand tu parles avec les gens des Appalaches te dirons qu’elles ont voté soit pour Trump, soit pour Sanders, parce qu’ils étaient tous deux vus comme des outsiders. Ils auraient voté pour n’importe quelle personne vue comme un populiste extérieur au système. Je crois que Bernie Sander est un de ces outsiders qui a vraiment envie de se battre pour les plus démunis là où Trump est arrivé avec ce côté faussement populaire, et ses idées d’extrême droite, néo fascistes et on a maintenant un suprémaciste blanc à la Maison blanche… C’est pour cela que je pense que Sanders peut le battre.

 

Metal-Eyes : Mais il y a de fortes probabilités pour que Trump soit réélu…

Justin Sane : De très fortes possibilités, oui. Comme Bush a été réélu. Et il était très peu populaire quand il é été réélu…

 

Metal-Eyes : De ce que j’ai pu écouter de l’album, 2020 vision est plus heavy que vos deux précédents efforts (il confirme). Où avez-vous puisé l’inspiration pour retrouver cette énergie et la repositionner dans votre musique ?

Justin Sane : Tu sais, ça vient sans doute du fait que nous avons décidé d’écrire un album qui traite de maintenant. Souvent, sur nos albums précédents, on parlait de choses plus généralistes, et même si on abordait des sujets d’actualité, nous ne mentionnions pas George Bush ou Barak Obama. Maintenant, nous pouvions parler de leur politique intérieure ou extérieure… Nous sentons, avec Trump, que nous passons à autre chose : dans notre histoire moderne, on n’a jamais vu un néo fasciste de son niveau entrer à la Maison Blanche. Ce disque devait traiter de lui, de lui en tant qu’icône de poster pour tous ces extrémistes qui gagnent du terrain partout dans le monde. Mais si nous devions composer un disque qui traite de « maintenant » alors donnons lui le son d’aujourd’hui. Nous ne voulions pas répéter nos deux derniers albums, nous avions l’intention, volontairement, d’aller explorer d’autres horizons qui feraient que les gens puissent dirent que c’est bien un disque de la fin des années 2020.

 

Metal-Eyes : Alors comment analyserais-tu l’évolution musicale de Anti Flag entre vos deux derniers albums ?

Justin Sane : Mmh… Clairement, il y a un certain nombre de choses. Trump pourrait n’être que le symptôme d’un problème beaucoup plus vaste. Mais s’il n’est qu’un symptôme, il est toujours LE symptôme. Je veux dire qu’il représente vraiment le pire de tout ce qu’il représente.

 

Metal-Eyes : Le pire, et sans doute aussi le plus comique de ce qu’il veut représenter…

Justin Sane (il rit) : Oui, c’est vrai ! Ce serait tellement distrayant de voir ce type de comédie ! Mais c’est une comédie, d’une certaine manière. Sauf que cela affecte vraiment la vie des gens, et c’est là que c’est vraiment douloureux. Je crois que ce que nous avons voulu faire avec ce disque, c’est de laisser les gens considérés comme des boucs-émissaires, les persécutés, les membres de la communauté LGBT, les pauvres, les femmes… Laisser savoir aux gens qui se sentent persécutés qu’il y a d’autres personnes qui sont à même de prendre leur défense. Nous, on est quatre mecs blancs dans un groupe, et cela nous donne un privilège que beaucoup de gens, dans notre société, n’ont pas. Nous voulons que les gens persécutés sachent que nous sommes là pour eux ; « nous sommes là pour vous, pour prendre votre défense, nous élever avec vous si vous avez besoin de nous pour vous aider ». Il s’agit bien de solidarité, parce que nous savons bien que, nous aussi, nous pourrons avoir besoin de l’aide d’autrui à certains moments. C’est vraiment le message que nous voulons faire passer avec ce disque, vous pouvez compter sur nous.

 

Metal-Eyes : Ce qui semble être très clair. Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de 2020 vision pour expliquer ce qu’est Anti Flag aujourd’hui, lequel serait-ce et pour quelle raison ?

Justin Sane : J’adore Don’t let the bastards beat you down, parce qu’il s’agit, en effet, uniquement de solidarité. Nous prenons en compte le fait que le monde actuel connait beaucoup de problèmes. Pour moi, ce morceau nous ramène aux tout débuts du groupe, à la raison pour laquelle on a monté ce groupe : nous avons cette musique, elle est celle d’une communauté de gens, s’adresse à tout le monde. Si tu es inadapté, cette musique est pour toi. Si tu es plus dans le courant, mainstream, mais que tu crois en l’entraide, que tu es emphatique, alors, notre musique est aussi pour toi. Si tu es quelqu’un qui s’intéresse à quelqu’un d’autre que ta petite personne, notre communauté est faite pour toi.

 

Metal-Eyes : Si tu veux construire des ponts plutôt que des murs…

Justin Sane : Exactement ! Pour moi, cette chanson est fun, elle est dynamique, mais témoigne du fait que les problèmes existent mais que nous pouvons lutter ensemble. Si nous remontons à nos origines, la raison pour laquelle je me suis investi dans le punk c’est que c’était fun ! Je m’intéressais à la politique, mais le fait est que lorsque j’allais en concert, on s’amusait avant tout. Si les gens ne se sentent pas bienvenus dans un endroit, ils n’auront aucune envie d’y rester. Cette chanson couvre un peu tous ces aspects.

 

Metal-Eyes : Tu parles de concerts. Vous serez en juin à l’affiche du Hellfest. La dernière fois que vous y avez joué c’était en 2013. Mais vous allez cette fois jouer assez bas sur l’affiche. N’est-ce pas un peu frustrant pour toi ?

Justin Sane : C’est juste un défi, on a intérêt à tout donner ! On a 40 minutes, donc à nous de prouver que nous méritons d’être là.

 

Metal-Eyes : Et vous allez jouer sur la nouvelle Warzone, que vous n’avez pas encore vue…

Justin Sane : Oui, j’ai entendu qu’elle est vraiment super. Tu sais, on ne fait pas vraiment attention à notre position sur l’affiche d’un festival. Si tu joues tôt, les gens sont en forme et excités, prêts à foncer ! Et ils ne sont pas encore bourrés ! Alors parfois, c’est positif de jouer tôt. Au milieu de la journée, le public peut avoir un coup de mou, et en fin de nuit, ils sont rincés. Et nous avons joué sur tous ces créneaux… En festival, j’aime bien jouer tôt. Et ça a un avantage : une fois que tu a donné ton concert, la pression retombe, tu peux aller voir les concerts des autres, boire, prendre du bon temps.

 

Metal-Eyes : Donc on se retrouvera là bas !

Justin Sane : Et à la fin de la journée, il y a de fortes chances que je sois bourré ! (rires)

 

Metal-Eyes : Il n’y a pas que le Hellfest, quels sont vos autres projets de tournée ?

Justin Sane : Nous commençons à tourner en Europe le 7 janvier et l’album sortira le 17. Ensuite, nous retournons aux USA, puis ce sera les festivals d’été, et nous resterons ensuite en Europe, donc beaucoup de concerts en vue. Je ne sais pas encore quand nous serons en France, j’espère à l’automne 2020.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Anti Flag en 2020 ?

Justin Sane (avec un large sourire, avant d’ éclater de rire) : Ne laissez pas les bâtards vous abattre !

 

Metal-Eyes : Facile, mais elle est efficace !

Justin Sane : Oui, mais on s’en sert… On a fait des bannières qui le disent. Je veux rappeler aux gens qu’il ne faut pas baisser les bras. Les gens au pouvoir conservent leur pouvoir en nous faisant croire, de manière cynique, que nous n’avons aucune chance. Je ne ferais pas tout ça, je n’écrirais pas ces chansons si je croyais que nous n’avions aucune chance. C’est marrant, on en parlait plus tôt : en France il y a eu mai 1968, et là, il y a ces grosses manifestations qui arrivent mardi (NdMP : l’interview a eu lieu avant la première mobilisation contre la réforme des retraites du 5 décembre). En 1968, beaucoup de gens pensait que ça n’allait être qu’un week end de manifestations, mais ça a complètement changé la société. Il se pourrait qu’il ne s’agisse pas que « d’une autre grève », ça pourrait être à l’origine de quelque chose de plus important. L’étincelle qui embrase tout, et c’est cela dont les pouvoirs en place ont toujours peur. C’est pour cela que ce type de mouvement puisse mettre le feu, et que tout change, que cela leur fasse perdre leurs pouvoirs. C’est pour cela qu’il faut toujours pousser plus loin, résister, car quand il y aura cette ouverture, ça peut donner quelque chose de très grand.

 

Metal-Eyes : Quelle est alors ta vision du monde en 2020 ?

Justin Sane : Je crois que notre album traite simplement du fait que nous vivons dans une sorte de dystopie. Il existe littéralement des camps de concentration aux frontières américaines, il y a des camps de concentration en Chine, il y en a beaucoup un peu partout dans le monde. Regarde de quelle manière les réfugiés ont été traités en Europe. Que se passe-t-il aujourd’hui, d’un point de vue écologique, économique, humain ? C’est insoutenable et je crois que notre vision est de dire que les enjeux du monde de actuel sont tels que la sortie ne peut pas être positive… Il faut une nouvelle vision de comment faire les choses, et cela commence par reconnaitre que tout le monde a droit à la dignité, à l’humanité. Ce serait un bon point de départ…

 

Metal-Eyes : Allez, cessons d’être sérieux et terminons avec ceci : quelle est ta blague préférée ?

Justin Sane : Ma blague ? Ah, fuck !!!

 

Metal-Eyes : Non, ça, ce n’est pas une blague…

Justin Sane : Comme ça, j’en sais rien…

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que je la pose celle là…

Justin Sane : Elle est super, j’adore. Mon frère est un magicien, et il est aussi maitre en arts martiaux, une sorte de ninja. Il donne un spectacle où il mélange les deux c’est impressionnant, moi ça me fait rire. Ce n’est pas une blague, je sais, m’ais si mon frère était là, il aurait une très bonne blague à te raconter (il explose de rires). Et toi, c’est quoi ta blague préférée…

 

Metal-Eyes : Merde, comme toi, j’en ai aucune qui me vienne ! J’aurai dû m’y préparer aussi ! En tout cas, merci pour cette interview et nous nous reverrons au Hellfest.

Justin Sane : Si on se croise au Hellfest, viens prendre un pot avec moi. Je ne suis jamais trop bourré pour un autre verre (nouvelle explosion de rires) !

 

 

Interview: ROYAL REPUBLIC

Juste avant leur concert parisien de l’Elysée Montmartre, Metal Eyes est allé discuter avec Jonas et Hannes ravis de se retrouver à Paris, malgré les mouvements de grève. Deux gaillards toujours aussi gentils et passionné avec qui il est toujours agréable de parler.

Interview ROYAL REPUBLIC. Rencontre avec Hannes (guitare) et Jonas (basse). Propos recueillis à l’Elysée Montmartre à Paris le 10 décembre 2019

 

Metal-Eyes : Tout d’abord, Club Majesty, votre dernier album est sorti il y a quelques mois. Quels sont les retours jusqu’à présent ?

Hannes : On a eu de très bons retours. On ne fait pas trop attention aux critiques, mais le public semble aimer ce disque, ce qui est sans doute le plus important, et plus important encore, c’est que nous l’aimons vraiment, nous en sommes super fiers.

 

Metal-Eyes : C’est sans doute plus facile de défendre un album sur scène quand on l’aime…

Hannes : Oui, et les gens le savent quand tu n’es pas à fond. Tu ne peux pas le défendre correctement, ils le savent, tu peux pas leur faire croire des conneries de ce genre…

Jonas : Et nous savions dès le départ, comme pour chaque album, que nous sommes ceux qui resterons coincés avec ces chansons jusqu’à notre mort. Alors, si tu n’aimes pas ce que tu fais… Certaines chansons n’ont pas fini sur l’album parce que nous devons être persuadé que chacun d’entre nous s’amusera à les interpréter. On écrit donc avant tout de la musique pour nous, et tant mieux si les gens l’apprécient.

 

Metal-Eyes : Ce qui signifie que vous composez avec la scène en tête.

Jonas : Oui, mais aussi dans le sens de l’écoute. Si on trouve une chanson bonne, avons-nous plaisir à la réécouter, aussi ? Mais évidemment, une fois que nous l’avons enregistrée, la question est de savoir comment nous allons l’interpréter live. Ce qu’on va y apporter. Et sur cette tournée, on a presque tout fait avec une guitare synthé (il affiche un large sourire).

Hannes : Mais en effet, je dirais que oui, nous écrivons vraiment en vue de la scène. C’est ce que nous faisons, et c’est ce que nous faisons le mieux. C’est ce qui nous a permis d’arriver là où nous sommes. Nous avons parcouru tout ce chemin en tournant, en jouant live. On n’a jamais eu de hit important, de grosse diffusion radio, non… Nous sommes ici grâce à nos tournées intensives depuis presque onze ans. Alors si ça ne fonctionne pas en live, ça ne nous fera aucun bien.

 

Metal-Eyes : Cela signifie-t-il que vous testez vos chansons live avant d’entrer en studio pour les enregistrer ? 

Hannes : Non, et je crois que c’est une des choses que nous devrions faire. Un des axes de progrès, nous retrouver dans un studio de répétition et travailler nos chansons ensemble.

 

Metal-Eyes : Avec du public, pour voir ses réactions ?

Hannes : Oui, ça aussi, mais avant tout, nous quatre et jouer ensemble. Pour cet album, par exemple, nous n’avons jamais joué ces chansons avant de déclencher l’enregistrement. Ce qui est étrange : chacun de son côté enregistre des démos, les envois aux autres, on est soit d’accord soit pas, et si les pouces sont levés, nous continuons de travailler les chansons. Mais toujours à l’ordinateur, programmant des trucs – évidemment, la basse et la guitare, on doit jouer – mais je crois que nous devons (à Jonas) et c’est mon opinion, je crois que nous devrions commencer à jouer nos chansons ensemble dans une même salle avant d’enregistrer (Jonas approuve). Pour nous assurer que ça fonctionne comme nous le voulons, que nous nous sentons bien avec, et, accessoirement, nous les approprier, trouver « accidentellement » ces petites choses qui feront la différence. Les accidents, ça arrive, et parfois, c’est très positif.

 

Metal-Eyes : Comment analyseriez vous l’évolution de Royal Republic entre vos deux dernier albums, Week end man et Club majesty ?

Jonas : Il y a un point commun : il y a toujours eu chez nous ce côté Rock meets disco, un esprit assez dansant

 

Metal-Eyes : Ce qui est encore plus flagrant sur Club majesty…

Jonas : Depuis le premier album, ça a toujours été le cas. Le titres les plus dansants sont ceux qui marchent le mieux, les préférés du public. A partir de là, on s’est dit, après Week-end man, que nous devions aller encore plus dans cette direction dansante. Nous apprécions vraiment ça…

 

Metal-Eyes : C’est plus que simplement du rock’n’roll…

Jonas : Oui, oui !

Hannes : C’est une évolution permanente depuis la toute première chanson que nous avons écrite. Beaucoup de critiques disent que nous avons changé notre son. Je les comprends, mais je ne suis pas d’accord : si tu écoute notre premier album, il y a Full steam space machine avec ce rythme très disco. Depuis le début. Je ne dirais pas que nous avons changé de voie mais que c’est une évolution naturelle depuis le premier jour de notre rencontre, de la formation du groupe. Et je crois que nous avons créé un foyer. Nous sommes vraiment bien avec ce que nous jouons. Nous ne sommes pas un groupe progressif dans le sens où nous aimons tenter des choses, développer… Qui sais, peut-être que le prochain album sera du death metal core ! (rires)

 

Metal-Eyes : Au moins, vous ne vous répétez jamais, il y a toujours quelque chose de nouveau. Et en tant qu’auditeur, je trouve ça important d’être

Hannes : Je le crois aussi, et c’est valable aussi pour nous quatre : tester, nous surprendre… Si nous restons coincés dans une routine, ce ne serait pas bon…

 

Metal-Eyes : Ce qui peut être un des éléments de réponse de ma question suivante. La première fois que nous nous sommes rencontrés, Hannes, c’était dans un hôtel à Paris et Adam (chant, guitare) était présent. Il avait dit que votre première rencontre entre lui et toi, était assez bizarre, que vous n’étiez pas dans le même monde. Comment expliques-tu, et la question s’adresse aussi à toi, Jonas, que presque 15 ans après vos débuts vous soyez toujours ensemble là où tant d’autres formations connaissent de réguliers changements de line-up ?

Hannes : C’est une très bonne question… En fait, c’est assez drôle : Per, Adam et moi étions dans le bus hier soir. Nous disions exactement ce que tu viens de dire : nous sommes quatre personnalités complètement différentes, on se disait que c’est quand même hallucinant que onze ans après on s’entende toujours aussi bien, que nous soyons les meilleurs amis du monde. Et c’est dingue, parce que comme tu l’as dit, notre première rencontre était plus que bizarre. Nous n’avions rien de commun les uns avec les autres, nous étions si différents. La seule chose commune c’était notre amour de la musique et quand nous jouions ensemble ça sonnait si bien !

 

Metal-Eyes : Alors comment expliquez-vous être encore ensemble onze ans après ?

Jonas (il écarquille les yeux) : Du respect mutuel…

 

Metal-Eyes : J’adore le regard de Jonas, ces gros yeux intrigués ! (rire général)

Jonas : Oui, mais il faut dire que le temps passe vite quand tu t’amuses. Ça fait de nombreuses années passées ensemble, mais nous avons été chanceux, bénis, de trouver cette harmonie au sein du groupe, avec le crew sur la route aussi. On est souvent séparés de nos familles, mais sur la route, nous sommes avec notre seconde famille. Et c’est comme dans toute famille, parfois c’est difficile, mais la plupart du temps tu passes de bons moments. Nous sommes comme des frères. J’ai un vrai frère, et parfois on se dispute, d’autres, on est solides. (A Hannes) Comme tu l’as dit, la musique nous lie, c’est notre colle magique.

Hannes : Oui, et nos différences, personnelles et musicales – il y a beaucoup de désaccords et de disputes quand on enregistre, des pleurs… Au final, nous sommes capables de ne retenir que le meilleur de chacun, des opinions, avis, apports et nous finissons toujours par réaliser quelque chose que nous pouvons soutenir, que chacun de nous aime vraiment et dont nous sommes fiers. On s’est demandé comment nous étions parvenus à intégrer autant de disco, mais j’en suis arrivé au point où je n’ai pas envie d’en changer, j’ai peur de ce qu’il pourrait se produire. Tout comme s’il y avait plus de mélodie… Mais une chose est sûre et doit être dite, c’est que nous nous aimons vraiment tous les quatre (Jonas approuve) et nous somme des amis très proches.

Jonas : Aussi parce que chacun de nous aime tant la musique que personne ne veut faire les choses à moitié. Il y a quelque chose de plus que de simplement composer…

 

Metal-Eyes : Alors, si chacun de vous devait ne retenir qu’une chanson de Club majesty pour expliquer ce qu’est Royal Republic aujourd’hui, laquelle serait-ce et pourquoi ?

Jonas : Je dirais… Can’t fight the disco est assez représentative de ce qu’est cet album. Il y a un message dans la chanson, mais aussi ce côté dansant et très rock à la fois. On ne veut que proposer quelque chose d’irrésistible au public. Et le côté dansant est un très bon moyen de voir le gens se dandiner, lever les bras et sourire. On ne veut pas lancer des mosh pits ou des… comment ça s’appelle ? Des wall of death, on ne veut que voir les gens heureux et sourire. Leur énergie nous est transmise, et c’est si bon parce que le pouvoir de la musique est là, même quand quelque chose va mal. Alors on leur rend cette énergie.

Hannes : Pour moi, ce serait… Fire man and dancer est aussi un bon morceau. Je crois que ces deux titres sont ce que nous faisons vraiment de mieux aujourd’hui.

 

Metal-Eyes : Les deux chansons ont trait à la danse… La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, au Cabaret sauvage en 2017, tous trois, Per était avec nous, me disiez que ce type de salle correspondait parfaitement à Royal Republic. Vous jouez ce soir à l’Elysée Montmartre qui a une plus grande capacité. Que pensez-vous de cette salle ?

Jonas : J’adore cet endroit ! Je trouve cette salle superbe, l’architecture est belle, et en France, les salles sont généralement très belles. On est très heureux de la manière dont nous sommes accueillis et traités… Il y a des toilettes, des douches… On ne demande pas la lune, mais il y a des endroits où quand on demande si on peut se doucher, la réponse est « oui, à l’hôtel. 4 kilomètres » ! Et c’est aussi un bon indicateur du fait que le travail paie.

Hannes : C’est plus ou moins la taille idéale pour nous. Quelque part entre 1600 et 2500 personnes, c’est l’idéal : assez grand mais on peu toujours interagir avec le public. Le premier rang n’est pas à 10 mètres de toi.

 

Metal-Eyes : Vous avez pu visiter un peu les alentours ? Pas en métro puisque tout est fermé…

Jonas : Je me suis promené dans le quartier, oui. J’ai trouvé ça super cosy, avec toutes ces boutiques où j’ai pu faire quelques achats pour Noël. Nous sommes venus plusieurs fois à Paris, les deux premières fois nous avons fait les choses typiquement touristiques comme la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe. On a pu voir des choses très touristiques et des bars où les gens vont mourir (rires) !

Hannes : Je suis monté pour voir le Sacré cœur, que j’ai visité pendant une demi-heure. C’est très beau, et une belle balade.

 

Metal-Eyes : Une belle balade, une sacrée montée des marches aussi. La dernière fois que je suis monté, nous avons dû le faire deux fois.

Hannes : Non, pourquoi ?

 

Metal-Eyes : Les personnes avec qui j’ai fait la visite voulaient voir certaines choses. Et une fois redescendus, l’une d’elles me dit « oh, non ! On a oublié d’aller Place du Tertre ». On est repartis, à pieds…

Hannes : Oh non (rire général) ! En plus c’est crevant comme montée !

 

Metal-Eyes : Les concerts ont toujours été très visuels. Qui se charge de vos tenus et de la scène ?

Hannes : Nous créons nos vêtements nous-mêmes. On y réfléchi ensemble, et les lumières, c’est Tommy qui travaille avec nous.

Jonas : Nous, on a l’idée, un budget, on lui en fait part et lui nous dit si c’est faisable ou pas.

 

Metal-Eyes : Dernière question : quelle pourrait être la devise de Royal Republic en 2020

Jonas : « On n’est peut être plus un groupe de rock mais quand on joue, ça rocke ! »

Hannes : C’est pas un peu prétentieux ?

 

Metal-Eyes : Allez, c’est parti pour une dispute !

Hannes : Oui, tu vois ! Tu vois, on y arrive (rires). C’est une question difficile. J’aime bien ça… Attends, quelque chose d’intelligent…

 

Metal-Eyes : Celle de Jonas est catchy, la tienne sera intelligente.

Hannes : Ah, je n’ai rien de court… comme je l’ai dit, j’aime ce que nous faisons et c’est ainsi que je veux continuer car je me sens comme à la maison. Mais je pense que…

 

Metal-Eyes : Ça pourrait être « continuons de faire ce que nous faisons de mieux »

Jonas : Oui, merci ! C’est ça… Nous allons continuer d’évoluer et de nous améliorer.

Hannes : Exactement.

 

Interview: STUBORA

Interview STUBORA. Rencontre avec Mick (chant, basse). Propos recueillis au Hard Rock Cafe à Paris le 21 novembre 2019

 

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée de promotion, Mick ?

Mick : Bien, très bien. De façon intensive, mais c’est toujours agréable de parler de sa musique…

 

Metal-Eyes : Ah ! C’est donc pour ça qu’on est là ?

Mick : C’est pour ça, je pense…

 

Metal-Eyes : Alors allons-y : Stubora s’est formé en 1996, dans la Meuse. Depuis le début de votre parcours, vous n’avez connu qu’un changement majeur de musicien…

Mick : Non, il y en a eu plus. En fait, il y a trois phases, pour résumer : Cyril, guitare chant, est à l’origine du groupe qu’il a formé en 1996. A cette époque le groupe était orienté hardcore. Première partie de l’histoire jusqu’en 2004-2005 où il y a des problèmes de line-up.

 

Metal-Eyes : Donc après l’album What we see is not what we wanna see ?

Mick : C’est ça, juste après. Cyril me propose alors de le rejoindre. On se connait depuis longtemps, depuis le collège, et on a déjà joué ensemble mais rien de sérieux. Il me propose de les dépanner pour deux concerts prévus – leur précédent bassiste s’est fait la malle. Je les dépanne, Cyril me demande de rester dans le groupe, il a envie de s’orienter vers un style plus metal rock, et moi, c’est aussi ce vers quoi je tends. Le hardcore ne m’intéresse pas. J’aime en écouter mais pas forcément en jouer. On commence notre partenariat musical, on compose tous les deux, on se partage le chant et on va comme ça jusqu’en 2012-2013, on sort un Ep et un album et on a des difficultés avec le batteur qui, dans un premier temps, a un accident de moto qui le laisse invalide pendant quelques temps. L’activité du groupe est un peu suspendue, et à la reprise, il est moins motivé et finalement il quitte le groupe. On reste quelque temps sans batteur, mais on recommence à composer, et en 2014, on trouve Niala par le biais d’une annonce. On trouve un super batteur, quelqu’un avec qui on s’entend bien, qui, lui aussi cherchait un groupe… On a la même démarche, à peu près le même âge, des goûts qui se rejoignent et il a un niveau technique qui nous permet tout de suite d’aller loin dans la composition. On ne se fixe pas de barrière… De là, on sort notre premier album avec ce line-up en 2015, Résurrection, le bien nommé parce que le groupe végétait. On a fait quelques concerts par la suite et in a entamé la composition de ce nouvel album, Horizon noir, qui sort hier (le 20 novembre, donc)

 

Metal-Eyes : Puisqu’on en est à l’histoire du groupe, quelle est la signification du nom du groupe, Stubora ?

Mick : A la base, ça vient de l’anglais Stuborn, qui veut dire entêté, têtu. A l’époque, il y avait beaucoup de nom en A, Cyril n’a pas voulu garder le mot en entier… Ça s’est transformé en Stubora, ça sonnait bien et on l’a gardé.

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Stubora à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Mick : C’est toujours difficile de décrire sa propre musique… Avec Cyril, on est les deux principaux compositeurs – paroles ou musique. On se rejoint sur certains groupes, mais on a aussi des influences complètement différentes… Donc on fait des concessions, on apporte nos univers différents et on essaye de proposer, malgré nos facettes différentes, quelque chose d’homogène. On se situe dans un heavy rock, mais pas heavy comme dans les années 80. Plus dans le sens de ce qui peut se faire aux Etats Unis, c’est-à-dire rock avec des gros riffs, avec des mélodies de chant accrocheuses, et une musique pêchue et accrocheuse aussi.

 

Metal-Eyes : Une des particularités du groupe c’est que vous êtes tous deux chanteurs. Comment vous répartissez vous le chant ? Quelque part, ça parait assez évident : l’un se charge de ce qui est plus heavy, l’autre de ce qui est plus rock.

Mick : C’est en fait naturel puisque j’ai tendance à composer des choses plus rock, Cyril des choses plus metal, plus extrême. En gros, pour schématiser, les morceaux qu’il compose, c’est lui qui chante dessus et vice-versa.

 

Metal-Eyes : Ca peut arriver, justement, que l’un chante sur une chanson de l’autre ?

Mick : Oui, dans la phase de composition ou de production, on se rend compte que, pour servir le morceau, sur ce passage là, ce serait intéressant d’avoir une voix plus agressive, ce sera alors plus Cyril, sur tel autre passage, ça passerait mieux avec quelque chose de plus mélodique, donc, ma voix. On peut être amenés à chanter sur le morceau que l’autre a composé. Après, il y a aussi un vrai échange dans la composition, même si on apporte quelque chose de bien avancé. On peut proposer des changements, des arrangements, une mélodie de chant sur le riff d’un autre…

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences ? J’ai l’impression qu’il y a du heavy typé Metallica, presque thrash mais pas que ça, et parfois, au-delà d’un côté rock, c’est parfois assez pop. J’avais fait, pour l’album précédent, une comparaison avec Niagara et l’album Quel enfer qui, en son temps était très typé hard rock à la Aerosmith.

Mick : Oui, c’est vrai. C’est certainement le résultat de nos influences très variées. Même si dans la composition je suis porté sur des choses plus mélodiques, j’aime aussi des choses très agressives et extrêmes. Je ne me fixe pas de barrières. Il y a de la bonne musique et de la mauvaise. J’aime autant des choses classique, rock influencé blues, que des choses plus extrêmes. Le côté pop des mélodies… Je n’irai pas jusqu’à dire « pop », mais un de nos but, c’est toujours proposer une mélodie accrocheuse, quelque chose qu’on retient, des bons riffs puissants et entraînants et des lignes de chant qui vont rendre le morceau accrocheur.

 

Metal-Eyes : Tant que ça passe, que ça accroche, que ça vous accroche, j’imagine.

Mick : C’est ça, c’est la base.

 

Metal-Eyes : Si on revient un peu en arrière, les albums avant Résurrection avaient des titres en anglais, et depuis, tout est en français. Je ne connais pas les albums précédents ; le chant était aussi en anglais ?

Mick : Alors, sur la période hardcore, le chant était intégralement en anglais…

 

Metal-Eyes : Donc sur Oropa’A et What we see…

Mick : C’est ça. Sur le Ep, Bleeding my world, aussi, et sur The almighty, on commence à intégrer des chansons en français. Pour Résurrection, on prend un virage complètement en français.

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a décidés à ce changement ?

Mick : L’anglais, même si c’est la langue qui colle le mieux au rock, il faut le maîtriser à 100%, rien que sur les sonorités. Alors, sur les deux premiers albums, quand c’est du chant hurlé, les problèmes de prononciation, on ne les entend pas. Quand on commence à attaquer sur de la mélodie, on n’a pas le droit à l’erreur. Et on se rendait compte qu’on n’avait pas une maîtrise parfaite de l’accent…

 

Metal-Eyes : Le problème principal des groupes français…

Mick : Oui, et ça revenait souvent dans des remarques, ça nous embêtait. En termes de composition et d’écriture, aussi, il n’y a que dans notre langue maternelle qu’on peut aller au bout des choses, avoir une palette de vocabulaire riche, avoir plus de possibilités dans l’écriture. Alors… c’est un risque de chanter en français mais on le prend parce que…

 

Metal-Eyes : La question qui s’impose, alors : est-ce que vous avez une carrière internationale ?

Mick : Non… On n’a pas ce type de carrière… Et on peut exprimer plus de choses, être plus personnels, plus riches en termes de paroles.

 

Metal-Eyes : Vos deux derniers albums sont donc en français, alors comment analyses-tu l’évolution de votre musique entre Résurrection et Horizon noir ? 4 ans ont passés, il y a une stabilité dans le line-up, le chant est en français, mais à part ça ?

Mick : L’évolution, elle est surtout au niveau technique… On est en autoproduction intégrale, on est dans une meilleure maîtrise technique, dans une expérience de l’enregistrement, de l’enseignement qu’on a pu tirer de nos erreurs d’un point de vue technique. Et on a développé une méthode de travail et je pense qu’on s’est améliorés en tant que compositeurs. La grosse différence ? C’est qu’on a été beaucoup plus exigeants envers nous-mêmes et envers les autres sur le dernier album. Dès le départ, on avait décidé qu’on devait être satisfait à 100% de l’album, qu’on allait présenter les meilleurs riffs, les meilleures mélodies et on n’a pas hésités à nous auto critiquer, à proposer des choses pour aller toujours plus loin. Si on sentait qu’un passage était plus faible, on n’hésitait pas à le dire.

 

Metal-Eyes : C’est sans doute lié au fait que c’est le second album avec le même line-up. Le titre de ce disque, Horizon noir, fait, je pense, plus référence à votre vision du monde actuel qu’au groupe d’Etampes qui s’appelle Black Horizon (il rit). Quel est le regard que tu portes aujourd’hui sur notre monde ?

Mick : On n’est pas des gens pessimistes… Mais lorsqu’on n’écrit des paroles, ça ne nous intéresse pas d’écrire sur ce qui va bien. La musique, c’est un exutoire, c’est proposer des choses qui vont nous toucher, des expériences de la vie, des constats de ce qui nous entoure. Effectivement, il n’y avait pas de thèmes, mais on s’est retrouvés, avec Cyril, à écrire sur des thèmes communs, liés à l’environnement, l’écologie, des thèmes qui, je pense, commencent à toucher tout le monde. On a des enfants, on est inquiets de voir que ça ne va pas assez vite, et pas dans le bon sens… Mais il y a toujours de l’espoir, sinon, on ne ferait pas d’enfants.

 

Metal-Eyes : Et quel regard portes-tu sur la scène metal française ? Vous en faites partie depuis quelques temps…

Mick : En France, on a vu une évolution, on n’a plus rien à envier aux scènes américaines ou européennes. On a atteint un niveau avec une vraie scène, des musiciens talentueux, des grosses productions, avec du niveau et de la qualité de composition… On n’a plus rien à envier aux autres, et il ne faut pas avoir peur de garder cette identité française, de proposer des paroles en français. Même si nos influences musicales sont anglo-saxonnes, je pense que la scène française se porte plutôt bien.

 

Metal-Eyes : Il faudrait quoi pour qu’elle explose cette scène française ?

Mick : C’est compliqué, c’est culturel… On n’est pas en Allemagne, en Angleterre… En Allemagne, ils ont des groupes qui font carrière chez eux parce qu’il y a un public, que les gens bougent. Le public metal français c’est vraiment un public de passionnés, il se bouge mais n’est peut-être pas assez nombreux pour vraiment soutenir nos groupes. On est quand même encore très ancrés dans la variété…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Horizon noir pour expliquer à quelqu’un ce qu’et Stubora aujourd’hui, ce serait lequel ?

Mick : C’est compliqué… Un seul titre pour expliquer ce qu’on est ? Je dirais peut-être Identité. Parce qu’on propose un mid tempo avec en même temps un côté sombre… Mais c’est difficile. C’est accrocheur, il y a du riff, oui, Identité peut être un bon choix.

 

Metal-Eyes : En parlant d’identité, vous avez un visuel qui est assez morbide (note : le visage de chaque musicien est remplacé par une tête de mort). Quelle en est la signification ?

Mick : Le titre et le visuel se sont imposé après la composition. Il s’est avéré que les chansons étaient assez noires en général, on s’est dirigés vers quelques chose qui illustre bien les paroles. Après, on est des metalleux, on aime bien les têtes de mort, les choses sombres (il rit).

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : quelle pourrait être la devise du groupe ?

Mick (il réfléchit) : C’est compliqué… Je pense que c’est « Stay stuborn », on est entêtés, on ne lâche pas le morceau. Tous les problèmes qu’on peut rencontrer, malgré l’âge qui passe, la motivation et l’envie de proposer de bonnes chansons sont toujours là.

 

Interview: HYPNO5E

Interview HYPNO5E. Rencontre avec Jonathan (basse). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 3 octobre 2019

 

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée promo, Jonathan ?

Jonathan : Plutôt pas mal. Débutée difficilement pour moi parce que je me suis fait piéger hier soir…

 

Metal-Eyes : Par quoi ?

Jonathan : La fête (il rit) ! Le retour sur Paris, la sortie de clip à fêter… Nuit très courte, ce qui n’est pas très bon pour la concentration. Sinon, on a rencontré plein de gens intéressants, il y a eu plein de question intéressantes… C’est une belle journée.

 

Metal-Eyes : Chez Hypno5e, vous avez une approche très cinématographique de la musique. Votre nouvel album, A distant (dark) distant source, commence avec un extrait de film que je ne parviens pas à identifier, mais je crois reconnaitre Trintignant. Je me trompe ?

Jonathan : Je n’ai pas le nom, mais c’est extrait d’une pièce de théâtre de Jean Cocteau. Ah… Je ne me souviens plus du nom…

 

Metal-Eyes : On ne vous a pas encore posé la question ?

Jonathan : Non, pas encore… La machine infernale ! Je n’ai plus le nom des acteurs, mais ce n’est pas Trintignant.

 

Metal-Eyes : Cette approche très cinématique dans votre musique qui regroupe beaucoup de choses. L’auditeur sera interpellé par le premier titre, On the dry lake, qui dure plus de 12’ et qui est un véritable melting pot de tout ce que vous savez faire. Comment abordez-vous votre travail pour parvenir à un tel résultat ?

Jonathan : En termes de composition ? C’est étonnant, moi-même j’ai été étonné de travailler comme ça, comparé à ce que je faisais avec mes autres groupes, avant d’entrer dans Hypno5e. Manu a une capacité de composition incroyable, il maîtrise parfaitement les harmonies qu’il cherche à la guitare, quelque chose que je suis incapable de faire. On se rejoint, on travaille chez lui, il y a plein de petits bouts, de morceaux d’idées. On se rejoint pour faire l’album et on enregistre directement en studio la construction qu’on va garder, riff après riff. Ensemble on avance sur les morceaux, et tant qu’on ne sent pas qu’il faut arriver à la fin, qu’il faut encore développer tel élément, on continue. C’est pour ça que parfois on dépasse largement la durée habituelle. Là, on est arrivé à 18’ sur le single, A distant (dark) source. Sur l’album, les morceaux sont dans l’ordre de composition. On ne pense pas à quel morceau sera en ouverture de l’album. C’est la première fois qu’on garde les morceaux dans l’ordre de composition. On ne s’est pas dit « tiens, ce sera celui-là en ouverture de l’album », on ne l’a pas composé dans ce but-là. On discute de ce que l’on va faire, après le batteur vient apporter ses parties, sa patte, sa technique sur ce qu’on a fait en studio. On n’a pas le matériel qu’il faut pour le faire directement, comme le mixage et le mastering qui sont faits par des professionnels.

 

Metal-Eyes : Il y a une belle évolution chez Hypno5e. Comment l’analyses-tu ?

Jonathan : Déjà, il y a eu le projet acoustique. C’est là que la voix a commencé à se faire plus clean, et on commence à la retrouver sur les derniers morceaux.

 

Metal-Eyes : Il y a une volonté d’aller vers quelque chose de moins rugueux, alors ?

Jonathan : Oui. Mais ce n’était même pas réfléchi. Quelque part, le projet acoustique a fait travailler cette idée. On peut sentir cette différence par rapport au tout premier album. Je pense qu’on doit cette évolution au projet acoustique.

 

Metal-Eyes : Justement, comment analyses-tu l’évolution d’Hypno5e entre vos deux derniers albums électriques, Shores of the abstarct line et A distant (dark) source, le projet acoustique Alba, les ombres errantes, s’étant immiscé entre les deux ?

Jonathan : Je pense que A distant (dark) source est plus abouti. On a eu plus de temps moins de problèmes en termes de production de l’album, de mixage, on a fait des tentatives à l’étranger pour enregistrer. Tout ne s’est pas passé comme on voulait et on a tiré beaucoup d’expérience de tout ça. C’est pour ça qu’on s’est dit qu’on allait faire un maximum de choses nous-mêmes. Shores, c’est le premier album où j’étais présent. Il a fallu qu’on apprenne tous à retravailler ensemble, avec le nouveau batteur aussi, qu’on trouve la bonne formule. Et je pense qu’on est arrivé à ça, ce qui nous permet d’aller plus vite en matière de composition. Pour moi, on a la bonne méthode et on va continuer sur cette voie là.

 

Metal-Eyes : Ce serait donc plus une évolution dans l’unité du groupe, où vous parlez le même langage et vous savez où vous voulez aller.

Jonathan : C’est ça, et il y a une confiance aussi, une même direction pour tout le monde. Et ça, ça met du temps.

 

Metal-Eyes : omment comptez-vous défendre cet album sur scène ?

Jonathan : Il y a une tournée de sortie d’album qui arrive en janvier février 2020. Tournée française et européenne limitrophe, dont une date au Petit Bain à Paris. Et on enchaîne avec une nouvelle tournée au Mexique. On y est allé deux fois l’an dernier, sans faire de tournée ici, ce qui n’est pas très cool pour nos fans français.

 

Metal-Eyes : Comment est perçu Hypno5e à l’étranger, justement ?

Jonathan : Au Mexique, la première fois on ne savait pas où on allait. On avait quelques contacts qui se sont occupés de booker quelques dates, et ça s’est très bien passé. On a fini par signer avec un booker là-bas, qui nous a fait revenir dans l’année avec une tournée plus aboutie, des festivals, dont un gros à Mexico, avec une tournée dernière.  Donc on y retourne, on revient en France ensuite. On va défendre l’album sur les deux années qui viennent.

 

Metal-Eyes : Il faut s’attendre à quoi scéniquement ?

Jonathan : Il y a une recherche de scénographie. On a fait le choix, en live, de ne laisser aucune place à l’improvisation, tout est millimétré. On appuie le côté cinématographique par la vidéo, de manière que les gens se fassent leur propre film tout en étant influencés par l’image. On profite aussi de la synchro de la lumière. C’est programmé, donc pas de place pour l’impro. On n’est pas des ordinateurs non plus, il peut y avoir des ratés, mais chacun suit sa partie. Si l’un se décale, c’est terminé, parce que les samples, la lumière programmée, tout continue. Faut pas se louper ! C’est déjà arrivé, et c’est hyper stressant…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de A distant (Dark) source pour expliquer ce qu’est Hypno5e aujourd’hui, ce serait lequel ?

Jonathan : Je pense que le morceau titre, qui est sorti en single, montre tout ce qu’on sait faire. L’ovni, c’est Tauca, le dernier morceau, c’est celui que je ne prendrai pas, pas assez représentatif. Je prendrai A distant (dark) source.

 

Metal-Eyes : Musicallement, vous imposez-vous des limites, y a t-il des choses que vous refusez de faire ?

Jonathan : Non, d’abord, il faut que ça nous plaise à nous. Ensuite, parfois, en studio, on fait des trucs qui partent de rien, on voit comment ça se passe. On fait surtout ce qu’on aime maintenant, et c’est comme ça qu’on évolue. C’est assez naturel. On joue ce qu’on aime, et on évolue avec. Avant d’intégrer le groupe, Hypno5e était mon groupe préféré. Maintenant, je compose avec mon groupe préféré… Il n’y a pas de limites, tant que ça nous plait. Parfois, on se demande comment ça va être perçu, mais on ne s’interdit rien.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Hypno5e ?

Jonathan : Être sur la route un maximum. C’est ce qui nous unis, où que ce soit. On a appris beaucoup à travers les voyages, à l’international. Ça nous a beaucoup apporté. Les débuts, c’était très difficile. On a eu des grosses galères aux USA, mais en même temps, c’est ce qui a construit Hypno5e. On a eu quelques grosses galères, oui…

 

Metal-Eyes : Une anecdote, pour terminer ?

Jonathan : Un camion qui brûle en arrivant à un festival… Je repense aussi à une tournée aux Etats-Unis où le bassiste et l’ingé lumières se font renvoyer à la frontière. On tentait de passer avec des visas touristes alors qu’on était en tournée… On avait le speech à la frontière disant qu’on allait jouer avec des amis… Eux se sont fait attraper, questionner encore et encore, le bassiste a donné le nom du manager pensant qu’il allait couvrir, mais le manager, américain, a tout balancé : « C’est Hypno5e, ils sont payés tant… » et ils se sont trouvé dans un avion retour en France. Nous on s’est retrouvé à 4, 3 musiciens et l’ingé son, à se demander ce qu’on faisait… On était un peu en cavale, ils savaient que la moitié du groupe était entrée dans le pays. On se fait choper en train de vendre du merch, c’est travail illégal plus commerce… On a hésité, on a annulé la première date, et on a demandé au promoteur si l’immigration était venue. Après avoir beaucoup hésité, on a décidé de faire le reste de la tournée. En imaginant qu’ils allaient nous attendre au retour… L’ambassade de France et notre manager français nous ont dit ce qu’on risquait : une grosse amende, une interdiction de territoire pendant 10 ans. Ouais, c’était une belle galère !

 

 

Interview: RAGARAJA

Interview RAGA RAJA. Rencontre avec Léo (batterie), Euryale (chant et dictature), Chris et Stanislas (guitares). Propos recueillis au Café Dunkerque à Paris le 10 octobre 2019

Metal-Eyes : Je découvre RagaRaja avec votre album. Question classique : pouvez-vous me raconter l’histoire du groupe ?

Euryale : Il était une fois, dans un pays lointain… Non, sérieusement, c’était la petite blague pour démarrer… Après un accident que j’ai eu sur le tournage d’un clip d’un précédent projet, j’ai décidé de monter mon propre groupe, en prenant la place de chanteur. Avant, j’étais simplement guitariste.

 

Metal-Eyes : « Simplement » ? (à Chris et Stanislas) Vous avez noté, les gars (rires) ? Mais il a aussi dit qu’il était dictateur…

Euryale : … Comme ça, ça me permettait d’être autonome, de ne pas dépendre des aléas de la vie d’un groupe, qui peut parfois être un frein. J’avais envie d’être le plus libre possible. 6 mois après cet accident, j’avais arrêté la musique, je me suis dit que j’allais reprendre, derrière le micro, ce dont j’avais envie depuis un bout de temps. Et je n’ai plus trop envie de quitter le poste, ça me va très bien !

 

Metal-Eyes : Vous avez commencé quand ?

Euryale : En 2014. On a sorti un premier titre pour prendre la température.

 

Metal-Eyes : C’est toi, Euryale, qui es à l’origine du groupe. Vous vous connaissiez avant ou pas ?

Stanislas : A la base, Maxime faisait partie d’un autre projet qui s’appelait Dacryma, que j’avais inclus en tant que guitariste. Certains membres ont voulu fonder leur propre groupe et à partir de ce moment-là, on s’est dit que conserver le nom ne servait à rien, et on a changé pour devenir Ragaraja. Fabien, notre bassiste, nous a rejoint, ensuite Chris est arrivé et maintenant, c’est Léo qui arrive.

Léo : Je suis assez récent, ça fait un an que je suis dans le groupe.

 

Metal-Eyes : Vous n’allez pas nous faire un coup à la Trust en changeant de batteur tous les 4 matins ?

Euryale : On l’a déjà fait, c’est notre quatrième batteur et je n’ai pas envie d’en changer aussi souvent.

 

Metal-Eyes : Quelles sont les grandes dates significatives dans a vie du groupe ?

Eryale : La sortie du premier titre, parce qu’on a vu un engouement qu’on n’avait pas vu avec le précédent projet, et on s’est dit, avec juste un titre et un clip qui faisait 3.000 vues en une semaine « waow, ça c’est top ! » Ensuite, le premier concert, en mai 2015. Voir cet engouement aussi dans la fosse, c’était top, et le retour de Stan, qui était au Québec. Pour sa première scène, on s’est retrouvés face à 300 personnes. Ça fout un peu les chocottes quand tu n’as pas l’habitude de la scène !

Stanislas : Et toutes les premières parties avec Hacktivist, Aqme, Bukovski, Smash Hit Combo, T.A.N.K…

 

Euryale : Cancer Bats, aussi. On a fait pas mal de premières parties intéressantes, mais quelques concerts « purs » aussi. Le premier concert avec Léo, aussi, notre batteur définitif, parce que je n’ai pas envie d’en changer. Clairement pas ! C’est un membre du groupe à part entière. On a commencé à jouer les titres de l’album, plus ceux du Ep, qu’on a trainé pendant 4 ans. Il fallait passer à autre chose.

 

Metal-Eyes : Quelle est la signification du nom du groupe ? Ça sonne très sanskrit…

Euryale : Oui ! Tu es le deuxième qui le remarque, bien ! Oui, c’est sanskrit. C’est le roi des passions dans sa forme irritée dans les croyances shintoïste et bouddhiste. Pour exprimer la colère froide qu’on avait envie d’exprimer, on s’est dit que cette divinité pouvait nous représenter.

 

Metal-Eyes : Comment définiriez-vous votre musique pour quelqu’un qui ne vous connait pas. En plus c’est vrai, j’ai à peine eu le temps d’écouter votre album…

Euryale : Oh, c’est… criminel…

 

Metal-Eyes : ah ! Ce chef d’œuvre en attente ! (rires général)

Euryale : On a tous le droit de se dire « ben aujourd’hui je n’aurais pas mon orgasme musical » (rires) ! Il y a plein de définitions possibles. De but en blanc, et c’est là-dessus que j’ai envie de communiquer, c’est de la colère au format MP3.

 

Metal-Eyes : Une petite colère, une colère compressée, donc ?

Euryale : De la colère contenue, oui. Le format MP3, c’est contenir les informations pour les communiquer le plus vite possible, les réduire pour les échanger rapidement.

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences principales ?

Stanislas : Il y en a tellement… On va piocher un peu dans le metal progressif, dans le djent, le metalcore, le deathcore… On a condensé ça en « metal moderne », ce qui évite de nous coller une étiquette et nous permet d’aller un peu où on veut.

Euryale : Quand je compose, mon but, c’est d’avoir le gros riff de guitare pour celui qui a envie de bouger la tête, la petite mélodie pour celui qui a envie de s’accrocher à quelque chose, d’avoir un chemin qui le guide, mélodiquement avoir du plaisir. Ce n’est pas que de la colère, il y a de la réflexion derrière ça. C’est pareil avec les paroles. Je les gueule, mais si tu veux les lire, tu peux trouver quelque chose de plutôt raffiné. Je fais très attention aux mots que j’utilise. Il y en a que je n’utilise pas parce qu’ils n’ont pas une esthétique « haut de gamme » je dirais. C’est con, mais je n’ai jamais dit « un ordinateur ». Je dis plutôt « un écran » qui englobe plus choses. Si tu me demande, j’ai envie de dire qu’on fait du Rap, parce que « Rap », ça veut dire « Rythm And Poetry ». Et les gens ne le savent plus aujourd’hui… Au final, un choix musical, c’est juste un choix de sonorités. Moi, j’ai envie que les gens écoutent Ragaraja dans le métro le matin, et qu’ils aient une envie, une rage d’affronter la vie comme pas possible !

 

Metal-Eyes : Rien de tel pour bien démarrer une journée qu’un bon titre. Sheitan, votre Ep, est sorti en 2015. Comment analysez-vous, au-delà des changements de line-up, l’évolution de Ragaraja entre ces deux disques ?

Léo : Pour moi, clairement, c’est de l’efficacité en plus. J’ai beaucoup écouté, bien écouté et j’ai une oreille extérieure. Pour moi, c’est plus efficace, plus complet, stylistiquement, c’est-à-dire qu’on a tous des influences dans le metal, et le style est plus compacté.

Chris : Comparé au 1er Ep, c’est vrai que l’album est bien plus complet, plus riche. Ce qu’on peut voir sur le titre Egosphere, où on a tout un panel de rythmes, de breaks, et tout le monde peut s’y retrouver.

Stanislas : Et c’est aussi plus optimisé pour le live. Avec Sheitan, on s’est rendu compte que beaucoup de morceaux sont super à l’écoute mais après, quand on les joue sur scène… Ce qu’on a composé pour l’album sera plus efficace à jouer en live. Au niveau de l’énergie.

Euryale : En fait, ça accroche plus. Quand on a composé le premier album, on a écrit des trucs sans les tester devant des gens. Quand tu ne fais pas cet effort-là, de jouer en vrai, tu ne vois pas certaines choses. Sur CD, c’est super, mais en live, sans comprendre pourquoi, ça ne marche pas. Je ne sais pas pourquoi, mais dès qu’on joue certains trucs en live, il y a un truc qui se perd. On a un ou deux titres comme ça qu’on a retirés du set parce que ça ne prend pas. Nous qui étions dans une approche « on existe sur CD et sur clip et ensuite on fait des concerts » on s’est dit que ce n’est pas le chemin à suivre. On a décidé de refaire les choses dans l’ordre. L’ordre naturel c’est capter les gens, capter en live, capter l’énergie qu’on a et ensuite mettre tout ça sur un album. Avec Sheitan, on a pris le mauvais chemin, on a voulu tout ancrer dans le numérique. Maintenant, on veut entrer dans le réel.

 

Metal-Eyes : Parlons un peu de Egosphere. Au-delà de la colère contenue dont vous avez parlé tout à l’heure, qu’est-ce qui en fait un album exceptionnel ? En d’autres termes, convainquez-moi de courir l’acheter…

Euryale : Pour te convaincre de l’acheter, je dirais que tu peux fermer les yeux et l’écouter de bout en bout. Tout est fluide, tout s’enchaîne, il y a une vraie cohérence, c’est un album qui te fera traverser plusieurs atmosphères sans jamais te perdre. Il te donnera plusieurs sensations : de la colère, mais aussi parfois de la mélancolie. Je pense que c’est un album assez riche sur les mélodies, les variations rythmiques, ça ne tourne pas en rond autour des mêmes gammes. On a voulu faire 11 titres pour que les gens se disent « OK, je vais écouter le suivant sans le zapper ».

 

Metal-Eyes : Alors sur ces 11 titres, si vous deviez chacun n’en retenir qu’un seul pour expliquer ce qu’est Ragaraja à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel ?

Léo : Personnellement, ce n’est pas forcément celui que je préfère, mais je dirais Egosphere, parce que c’est celui qui a le plus large panel esthétique. Il est long, il dure 7’, il y a plein de breakdowns, de djent, des gammes, de la mélodie.

Stanislas : Moi, ce serait plutôt Fractale. Après, je suis plus orienté scène hardcore et Fractale est optimisé pour le live : c’est un titre rapide, assez hardcore et il résume bien la colère.

Chris : Moi, c’est un compromis entre les deux qui, comme l’a dit Léo, Egosphere a le plus de choses, autant musicalement que dans les paroles, et Fractale enfonce le truc.

Euryale : Moi, je vais aller à contre-courant. Bien sûr Egoshere est représentatif, c’est pour ça qu’on s’est dit que l’album devait avoir ce nom… Mais je vais retenir la première chanson, premier souffle. C’est un morceau que je n’ai pas écrit, c’est Fabien, le bassiste qui l’a écrit, sur lequel j’ai posé des paroles au sujet de l’enfant qu’il vient d’avoir, il y a deux mois environ. En fait, ce morceau symbolise deux choses très importantes qui caractérisent l’album : il est varié, il est rapide, rageur, et c’est le premier morceau que je n’écris pas, il représente le fait que je passe à une autre forme d’expression. Et il a une vraie portée dans le réel également puisqu’il parle de son enfant. Je me suis mis à la place de son enfant en me demandant « si je devais naitre dans cette famille, comment je me sentirais ? »

 

Metal-Eyes : Je ne dirais rien… Un bon truc pour aller têter aussi… (rire général)

Euryale : Oui, non, l’idée c’est aussi, la naissance d’un bébé, mais aussi la naissance de notre bébé à tous, on a tous mis les mains dedans, on a tous participé au projet et ça, c’est quelque chose qui change beaucoup par rapport à avant.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose, un peu de réflexion : quelle pourrait être la devise de Ragaraja ?

Euryale : Ah, je l’aime bien celle-là ! Ah, j’aime bien ce genre de question !

Stanislas : Aïe, j’étais pas prêt ! (rires)

 

Euryale : Alors, si je devais trouver un slogan, je dirais : « Vis, vibre… sors »

Chris (il réfléchit longuement, comme les autres): Transpiration, live et énergie.

Léo : Moi, je dirais juste « Déchaîne toi »

Stanislas : Je sais pas…

 

Euryale : Tu vois que ça sert les fiches que j’ai envoyées… (à moi) Tu vois, lui, il est Balance, ça veut dire qu’il prend toujours du temps avant de donner une réponse. A mon avis, tu pourras revenir dans 2 heures ! (rires)

 

Metal-Eyes : On en a déjà 3, ce qui est plutôt bien. Merci en tout cas, et bonne chance avec la sortie de l’album.

 

Interview: MICHAEL MONROE

Interview MICHAEL MONROE(chant, harmonica). Propos recueillis au Hard Rock Cafe le 18 septembre 2019

L’homme est rare en France. Alors lorsqu’une invitation est lancée pour rencontrer Michael Monroe, le fondateur de Hanoi Rocks qui vit aujourd’hui une carrière en solo, impossible de refuser. Le chanteur est bavard, très, presque intarissable même. Pas facile de l’interrompre pour tenter de poser d’autres questions. Rencontre avec une pile électrique branchée sur une batterie atomique.

 

Metal-Eyes: Michael, comment vas-tu aujourd’hui ?

Michael Monroe :Je vais bien, juste un instant ! (NdMP : Il joue quelques notes à l’harmonica me regarde avec un large sourire.) Maintenant, je vais encore mieux !

 

Metal-Eyes: Tu es ici pour parler de ton nouvel album…

Michael Monroe : One man gang, oui, qui sortira le 18 octobre.

 

Metal-Eyes: Ton album précédent remonte à environ quatre ans. Comment t’es-tu occupé pendant tout ce temps ?

Michael Monroe : Facile ! Comment je trouve le temps de faire tout ce que je fais, c’est plutôt ça la question ! Je fais plein de choses, et avec ce groupe, qui se nomme Michael Monroe… One man gang, c’est un titre parfait pour cet album. Ecrire des chansons pour cet album m’a occupé pendant un ou deux ans, et tourner m’occupe beaucoup aussi, mais, la raison pour laquelle j’ai voulu attendre un peu plus longtemps était que je voulais m’assurer d’avoir une bonne équipe pour s’occuper de cet album, pour qu’il ne parte pas à la poubelle. Jusqu’à l’an dernier, nous n’avions pas un management décent…

 

Metal-Eyes: Donc tu parles plus de l’équipe qui gère tes affaires que de l’équipe musicale ?

Michael Monroe : Oui, je parle de l’aspect business. Toutes ces années, nous n’avions ni label, ni agent ni management décents. Maintenant, grâce au nouveau management, je travaille avec une super agence, UTA, et un excellent label, Silver Lining qui va sortir l’album. Ce disque est terminé depuis décembre 2018. Il me fallait vraiment la bonne équipe pour le travailler parce qu’il s’agit d’un album trop bon pour être relégué aux oubliettes.

 

Metal-Eyes: Comment analyserais-tu l’évolution de Michael Monroe, le groupe, entre Black out states et One man gang ?

Michael Monroe : OK… Sur Black out states, Rich Jones avait remplacé Dregen à la guitare. Ce line-up était le meilleur pour cet album. One man gang est le second album avec ce même line up, avec Rich Jones à la guitare, ce qui est assez significatif pour ce groupe. Il ne fait pas de doute désormais que Rich Jones est le second guitariste du groupe. On a sorti la compilation Best of en 2017, et ce disque comportait quelques nouveautés. One foot out of the grave qui était le single pour cet album – même si on n’a jamais terminé la vidéo… Il y avait quelques autres inédits aussi, donc un peu de nouveau matériel. En comparaison à Black out states, One man gang a sa propre identité, avec beaucoup de dynamiques, une grande variété en termes de sons, de couleurs musicales. Ce n’est pas que du pur hard rock qui rocke, avec une ballade sirupeuse… On tente de rester éloignés des clichés. Il y a plein de trucs sympa à découvrir, comme Heaven is a free state, on a pensé à différents trucs pour que cet album reste intéressant. On a enregistré 18 chansons pour ce disque, et n’avons retenu que les 12 meilleures pour donner envie à l’auditeur de l’écouter encore. Et encore… Musicalement, on retrouve tous nos groupes préférés, comme The Clash, The Damned, Mott The Hoople. Je ne prévois jamais rien dans ma vie, on fait les choses et on voit ce que ça donne. Par exemple, Nasty Suicide joue sur Wasted years. Ce n’était pas prévu, simplement, il l’a fait et c’était parfait sur ce titre.

 

Metal-Eyes: Comme tu viens de le rappeler, c’est le second album avec le même line-up. Pense-tu que cette stabilité a influencé ta manière de composer ?

Michael Monroe : Oui ! Je donne a chacun la possibilité de s’exprimer librement dans ce groupe. Je ne suis pas un maniaque du contrôle, je n’ai pas un gros ego comme, semble-t-il, la plupart des chanteurs peuvent en avoir… J’ai toujours préféré collaborer plutôt que d’imposer. J’ai toujours pensé « groupe ». Je pourrais tout écrire et composer seul, je saurais quel résultat attendre, mais j’ais toujours préféré le travail commun où chacun peut s’exprimer.

 

Metal-Eyes: Du travail d’équipe, quoi…

Michael Monroe : Oui, du travail d’équipe. « Teamwork to do the  dreamwork » (Travail d’équipe pour faire le travail de rêve).

 

Metal-Eyes: Sympa…

Michael Monroe : Oui, j’aime bien ! On se connait si bien maintenant, ça fait bientôt dix ans qu’on travaille ensemble. Et ce que j’aime aussi, c’est que Rich Jones et Steve Conte écrivent aussi des paroles. Et quand ils le font, c’est comme s’ils étaient dans ma tête. Je lis leurs textes et je me dis « attends… je peux assumer chacun de ces mots ». Ca m’enlève aussi une certaine pression, ne pas avoir à tout écrire moi-même.

 

Metal-Eyes: Tu viens de dire que tu n’es pas le boss. Cependant, le groupe porte ton nom, Michael Monroe, et le nouvel album s’appelle One man gang. Ce qui donne quand même une bonne idée de qui est le patron !

Michael Monroe : On est quand même en démocratie, c’est très rare qu’on ne soit pas d’accord. Untel voudrait ceci, tel autre cela, alors, à ce moment, c’est moi qui tranche. C’est mon nom qui est sur le disque, quand même.

 

Metal-Eyes: Donc on sait qui est le patron.

Michael Monroe : Oui, oui, il faut que quelqu’un sache dire « ok, pause, on arrête et voilà ce qu’on fait. Fin de discussion ! » (rires)

 

Metal-Eyes: Si tu devais ne retenir qu’un titre de ce nouvel album, One man gang, pour expliquer ce qu’est Michael Monroe, le groupe, en 2019, ce serait lequel ?

Michael Monroe : Woaw…Ca c’est une question…

 

Metal-Eyes: Merci !

Michael Monroe : (il réfléchit) Je dirais… une chanson qui définirait Michael Monroe… Je dirais Final train to Tokyo, le single. Ce titre nous représente bien, sans trop en faire non plus. Il y a plein de titres plus profonds, comme Low life in high places, mais celui là est cool. Last train est assez représentatif, même si j’aurais pu dire Junk planet, mais non, ça en ferait trop !(rires)

 

Metal-Eyes:Un groupe de rock, c’est aussi des concerts. Tu as toujours été très rare en France… Je me souviens t’avoir vu à Cannes en 2001 avec Hanoi Revisited…

Michael Monroe : Ah ouaissss!

 

Metal-Eyes : tu es également venu une fois à Vauréal, mais à part ça, je  ne trouve pas beaucoup de trace de passages en France. Comment expliques-tu cela ? Tu es un homme rare…

Michael Monroe : C’est vrai, mais je n’ai aucun contrôle là-dessus. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurai joué en France dès les années 80. Nous n’avons jamais joué en Europe, ou presque… Hanoi Rocks n’a jamais joué en Italie, en Espagne, en France alors que nous sommes Européens, qu’il y a un énorme marché. N’importe qui penserait que le management se pencherait sur l’Europe. On a joué en Israël, à Bangkok, en Inde et plein d’endroits bizarres. Je ne sais pas pourquoi, mais crois-moi : si j’avais le choix, je jouerais plus en France. On a maintenant un super agent et j’espère qu’il va nous trouver des dates pour rétablir la situation. Le show que tu as cité, à Cannes… Je l’avais oublié. J’ai beaucoup aimé y jouer mais cette période était compliquée…C’était en 2001, c’est ça ? La même année que celle où mon épouse est décédée. Je m’occupais autant que possible pour ne pas y penser, j’étais dans une sorte de nuage, toujours occupé à travailler. Tout va tellement mieux maintenant ! J’ai été marié avec ma première femme pendant 16 ans, j’ai trouvé une autre compagne qui partage ma vie, on est mariés depuis 17 ans maintenant. J’ai beaucoup de chance… Ce concert, c’était un vrai cauchemar à mes yeux, tout allait de travers. L’orga pensait qu’on était que des branleurs sleaze, Andy Mc Coy et moi. Mais je m’en fous, des étiquettes… Ils sont venus nous voir, disant qu’il fallait raccourcir le show, on enlève quelques titres et ils reviennent : « non, finalement, on va vous donner plus de temps ». T’avais l’impression que personne ne savait ce qu’il faisait. Backstage, le mec qui s’occupait des guitares… C’était son premier concert. Ça va être un désastre… Et, aussi, on n’a pas eu de balance ! Pas de soundcheck, comment on va pouvoir jouer ? Un vrai bordel. Juste avant le début du concert, le mec revient nous voir pour nous dire qu’on doit retirer 2 ou 3 titres… FUCK YOU !!!C’était n’importe quoi !

 

Metal-Eyes : Donc tu as encore des souvenirs de ce concert ! J’ai cru comprendre que tu vas bientôt jouer en France…

Michael Monroe : Le 29 octobre à la Maroquinerie. Je veux que tout le monde vienne, on va passer un super moment et on va tenter de rattraper le temps perdu. J’adore la France, j’adore Paris, je voudrais pouvoir jouer plus souvent chez vous. J’ai même étudié le français à l’école. C’est vraiment fascinant de pouvoir enfin être ici…

 

Metal-Eyes : Tu es Finlandais. Comment vois-tu la scène finlandaise actuelle. Il y a de grands noms, d’autres émergents…

Michael Monroe : Il y a plein de choses sympa avec les groupes finlandais. Ville Vallo de Him m’a dit que Hanoi Rocks avait ouvert les portes à la scène rock finlandaise, permettant à d’autres groupes de jouer à l’étranger. The Rasmus, Nightwish – Tarja est une de mes très bonnes amies – Apocalyptica, ce sont des pionniers, aussi…

 

Metal-Eyes : Steve N Seagulls ?

Michael Monroe : Je suis moins familier avec ce qu’ils font. Il y a beaucoup de bon groupes de rock en Finlande, mais malheureusement, il y a ces effets de mode dans le monde et, au final, les groupes finlandais copient trop souvent ce qui se fait ailleurs, principalement aux USA. La mode du hip hop – et il y a un paquet de groupes de hip hop complètement inutiles en Finlande. Ils ne contribuent en rien à l’évolution de la musique. Mais il y a aussi de très bons groupes et je vous encourage à aller les découvrir.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Michael Monroe, le groupe encore, en 2019 ?

Michael Monroe : Toujours « aucun cliché autorisé, pas de remplissage que de la tuerie (No clichés allowed, no fillers all killers) du rock authentique qui botte les culs »

 

Metal-Eyes : Ce n’est plus une devise, c’est un roman !

Michael Monroe (rires) : Exact! C’est un de mes surnoms!

 

Metal-Eyes : Une dernière chose puisqu’il nous reste quelques minutes…

Michael Monroe : Bien ! Ritchie Blackmore, l’origine du metal ! Le metal vient d’où ? Du rock. Et regarde ces guitaristes qui parlent pour ne rien dire ! Ils mettent trop de notes partout, c’est pas ça ! Le meilleur solo que Ritchie Blackmore ait joué, c’est celui de No, no, no, sur Fireball. Si on parle de solo, c’est ça ! Même le solo de Smoke on the water, sa façon de lever ses cordes. Il a ce toucher unique… Je me demande pourquoi tous ces guitaristes aujourd’hui ne cherchent qu’à jouer le plus de notes possible, ils passent à côté de ces trucs si cool…

 

Metal-Eyes : Il y a aujourd’hui un renouveau important de la scène des 70’s et 80’s, du rock sudiste, du hard vintage. Penses-tu que ce que les gens nomment Hair metal ou glam metal pourrait tirer bénéfice de ce revival ?

Michael Monroe : Quoi que l’on puisse mettre derrière l’étiquette de Hair metal, de glam ou même de sleaze rock – je ne sais même pas ce que ça veut dire, je n’ai rien à voir avec ça, je ne veux souiller personne ! Ceux qui pense que se laquer les cheveux permet de savoir jouer n’ont rien pigé ! C’est un crime, c’est une putain de perte de temps. Tu trompes les gens… Ils peuvent vendre des millions d’albums, ça ne signifie pas qu’ils soient bons. Il y a quelques groupes sympas de cette période, mais, en général, les effets de mode, ça pue. Je n’aime pas les étiquettes. Avec Hanoi Rocks, et depuis, on joue de tout, ça va du punk eu rock. On n’a jamais dit qu’on était glam. Tous les genres peuvent aller en enfer, le rock n’a pas besoin d’être classifié. La bonne musique restera de la bonne musique, sans étiquette.

 

Metal-Eyes : Nous conclurons donc là-dessus. Merci beaucoup, Michael, et je te verrais sur scène à Paris dans un mois.

Michael Monroe : Merci à toi et… Metal Eyes, garde un œil sur… euh… toi! (rires)

Michael Monroe sera le 29 octobre sur la scène de la Maroquinerie à Paris. Concert événement en vue!

Merci à Roger Wessier d’avoir rendu cette rencontre possible

 

 

Interview: Sofie et Johann – Welcome to Hell(fest)

Interview Sofie Von Kelen (auteure) et Johann Guoyt (dessinateur). Propos recueillis au Hard Rock Cafe le 30 septembre 2019

Sofie, je la connais depuis des années. On se croise régulièrement là où se produit ADX. Johann, je ne l’ai jamais rencontré. Les deux sont pourtant d’assidus participants au Hellfest qu’ils ont décidé de raconter en se mettant en scène dans une trilogie de BD qui fait aujourd’hui l’objet d’une édition intégrale (plus d’info ici: Welcome to hell(fest) – l’intégrale augmentée.) Un objet pour lequel Sofie et Johann ont décidé de passer par le financement participatif via Ulule. Moins de 2 semaines avant la date limite de cette levée de fonds (vous avez jusqu’au 24 octobre seulement pour verser quelques euros), ils se sont confiés à Metal Eyes au cours d’une joyeuse interview.

 

Metal-Eyes : Johann, peux-tu nous raconter la genèse de ce projet BD Welcome to Hell(fest) ?

Johann Guyot : L’idée est venue de Sophie qui était alors journaliste BD et rock, puisqu’elle couvrait pas mal de concerts pour le magazine Abus Dangereux. Elle a été amenée à aller souvent au Hellfest…

Sofie von Kelen : Oui, mais pas en tant que journaliste. C’était au FuryFest, comme ça, pour m’amuser…

Johann Guyot : De mon côté, je suis dessinateur, illustrateur et j’ai ma propre maison d’éditions. On s’est connus sur un festival de BD…

Sofie von Kelen : Au festival d’Angoulême. J’ai acheté sa BD autobiographique où il racontait ses histoires de métalleux…

Johann Guyot : J’avais déjà fait un truc sur les concerts et les disques qui m’avaient marqué, ce qui ressemble un peu au début de Welcome, sur le ton, en tout cas. On est devenus amis par la suite. Sofie m’a contacté alors qu’elle comptait aller au Hellfest, ce à quoi j’étais plutôt réticent à l’époque… Autant j’adore ce genre musical, mais de là à aller dans cette foule… J’ai toujours été en concerts, mais dans des petites salles, alors un festival, sans être agoraphobe… 3 jours comme ça ?

Sofie von Kelen : Je venais de m’installer à Paris, et je pensais que ce serait beaucoup plus marrant de faire quelque chose comme ça plutôt que des reports classiques. Au début, d’ailleurs, on voulait mettre ça dans Abus Dangereux, ce n’étais pas prévu pour devenir un bouquin. On voulait juste faire un live report en BD. Au bout de deux ans, on avait accumulé du matériel et on s’est dit « en fait, on va faire un livre ! »

Johann Guyot : Le premier tome recouvre trois années consécutives – 2012 à 2014 – et il est sorti en 2015.

Sofie von Kelen : On a mis un peu de temps à trouver notre ton, notre voix.

Johann Guyot : Ensuite, on ne savait pas trop ce qu’on allait faire, mais deux autres albums sont sortis. On a continué à faire des croquis là-bas, et on a sorti deux autres volumes. En 2017, la dernière année qu’on a couvert pour le tome 3, on s’est dit qu’on allait arrêter là. Sauf que le tome 1 est épuisé depuis très longtemps et on nous l’a souvent réclamé. Beaucoup de gens nous ont réclamé une réédition et on s’est dit que c’était peut-être l’occasion de sortir une intégrale.

Sofie von Kelen : De tout remettre au bon format, de nettoyer certaines illustrations, de tout remettre bien…

Johann Guyot : Et d’en faire un objet assez classieux

Sofie von Kelen : Un beau bouquin de plus de 300 pages, couverture cartonnée…

 

Metal-Eyes : Chaque tome a été publié à combien d’exemplaires ?

Johann Guyot : Le premier à 1.300. Un petit tirage parce qu’on ne savait pas trop où on mettait les pieds. Il se trouve qu’on a fait appel à un distributeur qui l’a plutôt bien vendu. On lui en filé 600, mais il nous en a demandé 900, il avait des commandes un peu partout. On a vendu le reste en librairie et sur des stands en festivals.

Sofie von Kelen : Le second, on l’a tiré à 2.000 exemplaires, il nous en reste 2 ou 300…

 

Metal-Eyes : Ce qui fait de toute façon une différence entre le nombre de possesseurs du premier et du second.

Sofie von Kelen : Oui, c’est ça. Et le troisième, on l’a volontairement tiré en édition limitée à 300 exemplaires, numérotés et signés, ce qui en fait un peu un objet collector. On ne savait pas du tout ce qu’on allait faire après, on savait qu’on arrêtait, alors on a fait de ce troisième un objet un peu rare. Et après, on s’est dit : « l’intégrale » (elle rit)

 

Metal-Eyes : Avant de parler de l’intégrale, le pitch de Welcome to Hell(fest), c’est quoi ? Et quel est le ton que vous y mettez ?

Johann Guyot :

Sofie von Kelen : C’est de raconter notre festival.

Johann Guyot : C’est un reportage… Des carnets de voyages, comme on peut en trouver dans le milieu de la BD. Des planches qui racontent quelque chose. C’est autobiographique dans le sens où on se met en scène. Quand je dessine, je dessine Sofie et moi-même dans le festival. Ce sont des choses qui nous sont vraiment arrivées, les groupes que je vois, je les croque sur place. Et Sofie, journaliste, rapporte des chroniques, des interviews de groupes…

Sofie von Kelen : Au fil des séries, il y a eu 3 postures : nsur les premières années, moi j’étais encore journalistes pour Abus dangereux et Johann était néophyte. Ensuite, on s’est positionnés tous deux en tant qu’auteurs, en indépendants, et la troisième phase, c’est quant on a commencé à avoir notre stand sur l’Extreme market. Là il y a un œil un peu plus… on s’attarde un peu plus sur le public, sur les gens du market, sur le côté périphérique. On s’est vraiment rendu compte, en tant qu’exposants, de tout ce qu’il y a autour du Hellfest.

 

Metal-Eyes : On le sait : le Hellfest, ce n’est pas que les concerts, ou la grande roue, c’est aussi le camping ; le market, le Hell city square…

Johann Guyot :

Sofie von Kelen : La ville de Clisson, les gens qui font la déco. On a essayé de creuser un peu plus.

 

Metal-Eyes : Pour pouvoir financer l’intégrale, vous faites une levée de fonds via Ululeous faut combien et vous en êtes où ? (Vous pouvez contribuer jusqu’au 24 octobre ici: https://fr.ulule.com/welcome-to-hellfest-integrale/)

Sofie von Kelen : Il nous faut 12.000 euros.  (note : il reste aujourd’hui 45% de fonds à lever, et un peu plus d’une semaine de campagne). C’est ça qui va nous permettre de réaliser un beau produit, on ne veut pas faire un truc cheap.

Johann Guyot : On a un graphiste à payer, les envois des contre parties…

 

Metal-Eyes : Une des contre-parties que chaque contributeur va recevoir c’est un bisou de l’équipe.

Sofie von Kelen : Voilà !

 

Metal-Eyes : Sofie, on se voit régulièrement, au Hellfest ou en concerts. Des bisous j’en ai déjà. Est-ce que je dois vraiment contribuer ?

Sofie von Kelen : Euh, non, ben… Je pensais plutôt à un bisou virtuel. A la terre entière… Je pensais plus à un bisou spirituel ! (rires)

Johann Guyot : Par contre, si au Hellfest il y a des mecs qui me demandent un bisou sur le cul, je vais y réfléchir à deux fois…

 

Metal-Eyes : C’est l’expérience qui parle ? (rire général)

Johann Guyot : Non, non, pas encore, mais je vais y penser !

Sofie von Kelen : Je n’y avait pas encore réfléchi à l’année prochaine, au Hellfest, des mecs qui vont venir demander des bisous ! (rires)

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui, justement, va attirer le bédéphile et l’inciter à acheter Welcome to Hell(fest) ?

Sofie von Kelen : Le bédéphile, je pense que ce sera au niveau de l’objet, parce que c’est quelqu’un qui aime les beaux objets, avec des couvertures bien contrastées.

Johann Guyot : Le contexte aussi : Sofie s’adresse plus au public metal là où je m’attarde plus sur un public de… bédéistes. Mes influences sont ce qu’elles sont, et tout est traité sur un ton humoristique. J’espère aussi toucher un public non fan de metal.

Sofie von Kelen : Je vois souvent sur les stands des salons de BD, Angoulême, Saint Malo et d’autres, beaucoup de gens qui n’ont rien à voir avec le metal et qui achètent Welcome to Hell(fest). Parce qu’ils ont feuilleté, ils ont envie de voir, de découvrir…

Johann Guyot : Il y a beaucoup d’anecdotes aussi. C’est presque de la sociologie, voir, analyser comment les gens qui travaillent toute l’année et vont au Hellfest se lâchent totalement pendant trois jours. Décrire comment le cadre de je ne sais quelle entreprise se trouve pendant un week-end gros nounours, le cul à l’air… C’est assez marrant de voir ce genre de choses. On parle avant tout de musique, mais pas que de ça.

Sofie von Kelen : Il faut aussi que les gens qui ne s’y connaissent pas en metal s’amusent en le lisant.

Johann Guyot : Ce n’est pas élitiste, ce n’est pas fait que pour le metalleux.

 

Metal-Eyes : Vous êtes tous deux fans de metal. Vos goûts se complètent-ils ou sont-ils à l’opposé ?

Johann Guyot : Ils ne sont pas complètement différents.

Sofie von Kelen : Moi je suis plus sur les 70’s, les vieilles gloires comme Blue Oÿster Cult, Uriah Heep, et tout ce qui est vieux hard et NWOBHM. Surtout axés heavy. Tout le neo 70’s. Je suis très axée chanson : j’ai besoin qu’il y ait un couplet un refrain, un solo… J’aime pas quand ça blaste pendant 3’30…

Johann Guyot : On n’est pas si éloignés que ça. J’aime beaucoup le rock, le psyché. Je suis aussi très branché vieux metal extrême, Venom, Hellhammer, Bathory… J’aime quasiment tous les styles, mais dans leur forme originale. Les groupes qui construisent quelque chose, quand je me dis « tiens, ça change un peu, il y a du nouveau ». Je trouve tous ces groupes passionnants. J’aime aussi le vieux punk des années 70, comme Discharge ou Black Flag. Les débuts du thrash, du black metal… Les contre-cultures, ou les précurseurs…

 

Metal-Eyes : Est-ce que vous alimentez votre inspiration, votre vue, votre vie du Hellfest avec la musique que vous écoutez au quotidien ou est-ce plutôt ce que vous y vivez, « ça je le note, j’en ferai quelque chose » ?

Johann Guyot : Quand un groupe me plait, je vais croquer le groupe, mais ce qui m’intéresse c’est de raconter l’histoire, comment j’en suis arrivé à devenir fan de ce groupe. Un retour à mon adolescence… Ce que j’ai ressenti avec tel ou tel disque. On ne parle pas forcément du Hellfest, finalement…

Sofie von Kelen : Sur les chroniques, je me rends compte que j’ai fait les deux. C’est vraiment au feeling : il y a des groupes qui m’ont donné envie de parler de leur histoire et de leur discographie, et d’autres qui m’ont donné envie de parlé de ce qui s’était passé pendant le concert.

 

Metal-Eyes : Sophie, je te croise régulièrement à l’extreme market. Il faut le tenir ce stand ; comment faites vous pour vous organiser pour voir des concerts ?

Sofie von Kelen : On est trois à tenir le stand : Johann, moi, et Julien Rousseau le bassiste d’ADX. On fait des tours. Comme le market ferme vers minuit, on peut aller voir les deux derniers groupes ensemble.

Johann Guyot : Les premières années on était partout, on voulait tout voir… Mais avec le temps, la fatigue aidant, on sélectionne un peu plus !

 

Metal-Eyes : Vous commencez à plutôt bien vous connaitre depuis 2012. Sofie, quelle est la plus grande qualité de Johann ? (Elle a le regard étonné et se met à rire) Johann, tu peux déjà commencer à réfléchir à la même chose pour Sophie…

Johann Guyot : Oui, j’avais compris…

Sofie von Kelen : La plus grande qualité de Johann ? C’est sa capacité à prendre du recul. Moi, je m’enflamme assez facilement sur un groupe, sur un truc, un détail d’organisation… Je peux stresser assez facilement, Johann, il prend du recul par rapport à tout. Il m’aide à relativiser…

Johann Guyot : Qu’est-ce que je peux dire ? Au niveau organisation, on peut compter sur Sophie. Quand il y a un truc de prévu, c’est rassurant. Là où je suis assez bordélique, elle est organisée. Je suis arrivé de Bordeaux aujourd’hui pour les interviews, je ne savais pas ce que j’allais trouver, mais je savais que Sofie avait tout prévu. C’est assez rassurant quand quelqu’un gère ces choses là.

 

Metal-Eyes : Et son plus gros défaut, alors ?

Johann Guyot : Ce qu’elle disait juste avant : Sofie s’enflamme très vite. C’est pas forcément un défaut, d’ailleurs : elle a gardé ce coté ado un peu « groupie ». Il y a un truc qui m’a toujours frappé chez elle, si le groupe qu’elle adore fait une crasse ou s’est mal comporté, elle va se mettre à détester le groupe, là où moi, je reste totalement extérieur à ça. Si j’aime la musique… ça me fait rire en fait, elle est très sur l’émotion…

Sofie von Kelen : Le plus gros défaut de Johann ? La procrastination ! (rires)

Johann Guyot : C’est pas faux !

Sofie von Kelen : Quelque fois je lui demande un truc et ça prend des jours. « Ouais, j’ai presque fini, demain tu l’auras ! Non, j’ai commencé, j’ai une idée » La procrastination !

 

Metal-Eyes : Tout fan rêve de partager des moments avec ses idoles. Le Hellfest a-t-il été un bon terrain de rencontres pour vous ?

Johann Guyot : On a vu des trucs assez hallucinants, oui !

Sofie von Kelen : Ça le fut, à l’époque où on faisait des interviews, et avant d’avoir le stand. Mais surtout, ça l’était à l’époque où il y avait l’ancien espace VIP où il y avait les journalistes, les groupes, etc. Maintenant, c’est plus l’espace VIP pour les fêtards, et les groupes ont leur propre espace, on ne peut plus les rencontrer. Je ne rencontre quasiment plus aucun groupe au Hellfest.

 

Metal-Eyes : Sauf ceux qui viennent dans cet espace.

Johann Guyot : Rencontrer Bobby Liebling de Pentagram, c’était une expérience. Voir un type aussi cintré… Puis Dave Chandler, extrêmement sympathique…

 

Metal-Eyes : Quels sont vos meilleurs souvenirs à tous les deux, de vos nombreux Hellfest ?

Johann Guyot : Sans hésiter, Venom en 2015, même si ce n’était pas le line-up original. Mais il y avait Cronos, dont je suis fan depuis toujours. Aussi, et j’étais tout devant, comme un grosse de 15 ans… Il y a eu Discharge en 2012. Le son était mauvais, mais j’adore ce groupe. Pentagrame, aussi, et puis, l’année dernière, ce sera dans les bonus parce qu’il y a eu une super affiche, Pestilence, Possessed et Hellhammer…

Sofie von Kelen : Meilleur souvenir de concert ? Je mettrai dans mon top 4 ou 5… Candelmass il y a 3 ans, Alice Cooper, un de mes groupes culte, Wardroma, toujours hallucinant sur scène, Metal Church que j’attendais depuis des années et… J’ai adoré Magma aussi. Je ne m’attendais pas à une réaction aussi vive du public.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être votre devise à l’un et à l’autre ?

Johann Guyot : Rock n roll damnantion !

Sofie von Kelen : It’s a dirty job, but someone has to do it !

 

Metal-Eyes : Dernière chose : quels sont vos paris pour le Hellfest 2020 ?

Johann Guyot : Le problème c’est que, pour moi, tout est passé. Il y a un truc assez hallucinant avec le Hellfest, c’est qu’ils parviennent à faire venir tant de groupes, à chaque fois, il y a une surprise… Tout le monde parle de Metallica qui n’est jamais venu, mais voir Metallica aujourd’hui, c’est pas ce qui m’excite…

Sofie von Kelen : De toutes façons, ils ne le feront pas pour des questions de finances et d’exclusivité avec un certain tourneur… Je sais que je serai ravie de l’affiche parce qu’il y aura au moins 15 groupes que je vais adorer, mais je ne m’attends pas à de grosses surprises. J’aimerai bien un peu plus de 70’s… Ils deviennent vieux, et ce serait bien de pouvoir les voir une fois… Si j’aimerai bien voir Page et Plant. Je les ai vus aux Eurokéennes, c’était brillant.

 

Metal-Eyes : Merci à tous les deux, la levée de fonds se termine le 24 octobre, l’appel aux contributeurs est lancé ! Et la publication est prévu en décembre, juste avant Noël…

Johann Guyot : Merci à toi.

Sofie von Kelen : Merci beaucoup, et oui, il faut faire vite, il ne reste plus beaucoup de temps !

 Rappel: les contributions pour la publication de  Welcome to Hell(fest) – l’intégrale se poursuivent jusqu’au 24 octobre. Quelques euros pour un peu de culture fun et metal, chacun peut le faire! Un joli cadeau pour Noel, en plus…