Interview: HEADCHARGER

Entretien Headcharger. Rencontre avec Sébastien Pierre (chant) et Romain Neveu (basse). Propos recueillis au Hard Rock Café de Paris le 16 février 2017

Headcharger

 

C’est au Hard Rock Café du boulevard Montmartre à Paris que les Normands de Headcharger sont venus rencontrer les médias pour parler de Hexagram, leur nouvel album que vient de sortir Verycords. Les gaillards sont en forme, fier de ce sixième disque et, lien de cause à effet ?, très bavards. Si on ne nous avait pas arrêtés, nous y serions sans doute encore !

 

Metal-Eyes : Si vous le permettez, nous allons commencer avec un retour en arrière, et revenir à Slow Motion disease qui a marqué un véritable tournant dans la carrière de Headcharger. Pouvez-vous revenir sur les raisons qui vous ont motivés à suivre cette orientation ?

Romain : L’envie d’évoluer, en fait. Avant cet album, il y en a eu trois autres, et même avant Headcharger, avec Doggystyle, qui était beaucoup plus hardcore. C’est moi qui composais à l’époque, le groupe se mettait en place… On a voulu intégrer les influences de chacun, ce qui a pris un ou deux albums. Le premier, éponyme, et le suivant, Watch the sun encore assez typé chant saturé, grosses guitares, rentre dedans. Les influences de chacun ont vraiment pu se mettre en place à partir de The end starts here, qui, pour nous est un peu le tournant musical du groupe, et qu’on a vraiment poussé avec Slow motion disease, où on est parti sur quelque chose de plus rock : le chant gueulé était encore présent mais de moins en moins. Les influences de chacun se sont imbriquées, affinées, parce qu’on se connait depuis longtemps. Et c’est la musique qui nous plaisait au fond de nous, c’est pour cette musique que nous étions fait, pas pour faire du gros hardcore. Du gros rock, du gros son, mais pas quelque chose de bourrin…

Sébastien: On a pour habitude de dire que si tu écoutes le premier et le dernier album de Headcharger, tu as un côté schizophrène qui se dégage, alors que si tu prends le premier album, puis le second, le troisième, le quatrième… il y a une réelle évolution sur chaque album et l’ensemble parait plus cohérent et compréhensible.

Metal-Eyes : C’est une évolution naturelle.

Romain : Oui, et c’est vrai que tu écoutes le dernier et ensuite le premier, tu te demandes « c’est quoi ce bazar ? C’est pas le même groupe ! ». On en est totalement conscient, mais c’est vrai que si tu écoutes tout, pas tout d’affilée parce qu’il faut un peu de temps, le procédé est, là, procédé d’assagissement, ou plutôt d’affinement de style…

Metal-Eyes : Depuis trois albums, on a vraiment l’impression que le style Headcharger est trouvé.

Sébastien: Indiscutablement, et je pense que c’est encore plus vrai avec Hexagram.

Metal-Eyes : Nous allons en parler. Mais avant : trois années séparent Black diamond snake et Hexagram, ce qui n’est pas inhabituel chez vous. Comment occupez-vous votre temps entre deux albums ? Il y a les tournées, bien sûr…

Sébastien: Tournées, et la composition. Tu sais, on a tout le temps un processus de composition assez naturel. On ne se force jamais à composer, ça vient au fil du temps… Il se trouve que pour cet album, Hexagram, le maître mot était d’être complètement décomplexés.

Romain : Se faire plaisir, faire vraiment exactement ce que l’on veut.

Sébastien: Que nous fassions un album qui nous plaise à nous avant tout.

Metal-Eyes : Ce qui est le principal.

Sébastien: Oui, mais ce n’est pas toujours évident  dans la phase de composition.

Metal-Eyes : pourquoi ?

Sébastien: Parce que tu peux être influencé par les gens que tu rencontres sur une tournée, qui te disent que ce qu’ils ont aimé sur tel album c’est tel morceau et pourquoi, et machin, et tu te dis que c’est peut-être là que le groupe peut être tiré dans ses qualités… Et je pense que Black diamond snake est encore un peu comme ça, un peu « le cul entre deux chaises » : il a un côté qui commence à s’affiner, à s’assumer, mais pas encore à 100%.

Metal-Eyes : Justement: je rapproche Hexagram bien plus de Slow motion disease de Black diamond snake à plus d’un titre : d’une part, la pochette, malgré des couleurs différentes, et la présence de rochers et d’animaux, est plus claire, plus lumineuse et rappelle les grands espaces américains. Musicalement, aussi, et vous vous éloignez du concept qu’il y avait sur l’album précédent…

Sébastien: Exactement, il n’y a pas de concept. Il y a une ligne directrice qui est la musicalité mais il n’y a clairement pas de concept album.

Metal-Eyes : Avec le recul, que pensez-vous de Black diamond snake ?

Sébastien: C’était un album de transition, et le pense que c’était assez bien vu de ta part, entre Slow motion et Hexagram. On était vraiment à une étape : d’abord, l’album a été composé sans batteur – Rudy bous a rejoints à 4 mois de l’enregistrement de Black diamond, il a donc été juste un exécutant…

Romain : Il n’a pas eu le temps d’ajuster son jeu à nous, ni nous de nous adapter à son jeu, or, pour nous, la batterie est l’élément le plus important…

Metal-Eyes : A partir du moment où la rythmique est là, la structure est en place, on peut faire tout ce qu’on veut autour.

Sébastien: C’est exactement ça.

Romain : Et pour finir avec ce que Seb disait, il y avait encore ce petit côté influençable, avec ces choses qu’on pouvait nous dire. Il y a des harmonies de guitares, des choses qu’on aime beaucoup, mais on a peut-être trop cherché à faire ce genre de chose. Du coup, c’est un album qu’on adore, mais il y a des petites choses… On n’avait sans doute pas assez recentré le débat. Avec Hexagram, on a réussi à revenir à ce que doit être Headchargher, à ce que nous devons être aussi.

Sébastien: Et Hexagram a cette force que n’a pas Slow motion qui est l’ouverture. Ouverture sur la composition, sur la production… Un truc qui fait un peu… Tu parlais de grands espace, c’est ça, un truc où tu respires, tu te dis que le groupe est bien dans ses baskets, il a envie de passer un message te tu les sens sereins dans ce message. Ils ne se posent pas de questions. Je pense que sur Hexagram, on y est. Sur Slow motion, on le sentait venir. Je pense que c’est pour ça qu’il a été aussi bien accueilli, tout le monde sentait le potentiel  qui pouvait s’en dégager et sur Hexagram, on y est.

Metal-Eyes : Donc je ne dis pas que des conneries. J’ai réécouté Black diamond snake avant de venir et je l’ai trouvé beaucoup plus sombre, moins facile d’accès.

Romain : Oui, oui, c’est vrai. Mais, le son est plus brut de décoffrage, la production est moins lisible, moins claire, et c’est vrai que c’est la grosse différence. Du coup, tu as raison, Slow motion et Hexagram, les productions sont plus claires, plus propres, plus… « à l’américaine », avec ce gros son épais mais tout est distinct. Slow motion est un peu plus brut, on voulait quelque chose de plus organique, sans trop retravailler des choses derrière.

Metal-Eyes : Comment expliquez-vous le fait de passer d’un son clair et gras, sur Slow motion, à quelque chose de plus sombre avec Black diamond, pour revenir à du son plus gras ?

Romain : Justement, on s’est toujours dit que ce serait génial de pouvoir enregistrer un album live comme à l’époque, ce que Led Zep ou plein d’autres groupes pouvaient faire.

Metal-Eyes : Si c’était le cas, vous en sortiriez deux par an…

Romain : Oui, oui, mais ce ne serait plus drôle, ce serait de la chaîne ! ce serait dommage…

Sébastien: A moins d’être au stade de génie, ce que sont ces groupes…Led Zep, Elton John, ce sont des génies. On n’est pas des génies.

Romain : Sur Black diamond, on a voulu essayer parce que, si la prod de Slow motion était grosse, il y avait aussi plus de travail de production derrière. Il aurait fallu aller un peu plus loin pour trouver cette production qu’on souhaitait, mais il nous manquait ce petit côté un peu organique. Au final, on est partis un peu trop sur Black diamond snake mais qui est cool, sombre comme tu disais. La prod d’Hexagram, c’est ce qu’on voulait : gros, épais, fat, c’est distinct, c’est  clair, mais il y a quand même ce côté organique qu’on voulait. On n’a pas eu besoin de beaucoup retravailler.

Sébastien: Et on a appris. D’abord, on a appris de nos erreurs. Ensuite, un album, c’est juste un instantané, d’un moment T. C’est un peu comme une photo, un album

Metal-Eyes : C’est ce que vous êtes aujourd’hui.

Sébastien: Exactement, et comme aujourd’hui Hexagram est un album dont on est particulièrement fier- on en est fiers tout simplement parce qu’il est assumé.

Romain : On s’était bien préparés aussi en amont.

Metal-Eyes : Justement, comment avez-vous abordé la conception d’Hexagram.

Romain : Une partie des morceaux d’Hexagram est composé de petites chutes de Black diamond. Je ne te parle pas de morceaux complets, simplement de riffs qu’on trouvait cool à l’époque mais on n’avait pas réussi à en faire ce qu’on voulait, Seb en terme de chant, nous en terme de compositions globales…

Sébastien: Et qui ne rentraient pas forcément dans l’histoire qu’on voulait raconter sur Black diamond. Tu vois, il y a des titres qu’on met de côté, pas que ce soit de mauvais titres… C’est juste que par rapport à ce qu’on voulait dire, ça ne correspondait pas. Je crois qu’il y a deux titres… On les a repris, en se disant « tiens, si on faisait ça » ; et c’est venu naturellement. Le morceau sonne différemment, et voilà !

Romain : C’est un nouveau morceau

Sébastien: Il devient cohérent, logique et fidèle au message qu’on veut donner.

Metal-Eyes : Il y avait l’idée, mais ce n’était pas le bon moment.

Sébastien: Exactement.

Romain : C’est exactement ça. Après il y a aussi les autres morceaux qui sont arrivés, on a beaucoup bossé en pré-production ; maintenant, grâce aux nouvelles technologies, on peut faire plein de choses, on s’envoie les morceaux, on peut bidouiller des choses, on écoute… 6 mois avant, on avait 13, 14 morceaux, on les a gardés jusqu’à notre arrivée en studio et il y en a d’autres… Ça se trouve, ce sera pour le septième album… Mais on savait exactement avant ce qu’on voulait. On est arrivés en studio, on savait globalement le son qu’on voulait, les arrangements qu’on voulait – à la limite même de savoir quel matériel on voulait utiliser, avec l’aide de notre ingénieur du son live et celui du studio… On a eu qu’à enregistrer et apporter quelques arrangements supplémentaires et se faire plaisir. On savait exactement, tous, ce qu’on devait jouer et ça nous a apporté une liberté… pas complète mais presque. On a pris un mois pour vraiment tout faire

Sébastien: un album, on le prend un peu comme un écrivain ou un peintre qui fait des crioquis… Là, pour un album comme Hexagram, il y a dû y avoir quelque chose comme 40 ébauches. Et d’un seul coup, tout devient clair dans ta tête, tu te dis « non, celui-ci on en le garde pas parce qu’il ne correspond pas, celui-ci on le garde mais il faudrait… » D’un seul coup, tu rentres dans un processus qui est naturel, tu es sur des rails. Le maitre mot était de rendre un ensemble cohérent, je pense que c’est la force d’Hexagram.

Romain : C’est onze titres différents mais qui marchent ensemble.

Sébastien: On parlait de Slow motion et de Black diamond ? Hexagram a cette force qui le rend plus cohérent que ces deux albums.

Metal-Eyes : Alors que les titres sur Slow motion s’enchainent bien, il y a une vraie cohérence.

Romain : Il y a une cohérence, mais il y a des titres un peu plus rentre dedans parfois…

Sébastien: Et il y a peut-être une monotonie sur Slow motion que tu ne retrouves pas sur Hexagram qui a un côté – on est très fans de cinéma – un côté un peu road movie. Tu passes d’un truc plus speed et frontal à quelque chose de plus posé, tu prends le temps de regarder les paysages. Tout ça, c’est des images… Tout d’un coup, tu arrives sur quelque chose de plus happy… L’album a été composé en pensant à ces images-là.

Metal-Eyes : Vous parliez tout à l’heure d’évolution, ce qui est tout à fait naturel pour un groupe, d’autant plus avec ce résultat-là – pardon, mais « tout flatteur vivant aux dépends de celui qui l’écoute », j’en profite (rire général)…

Romain : Ouais ! Continue, c’est bien ça !

Metal-Eyes : Vos copains de Klone viennent de sortir un album entièrement acoustique. Est-ce que vous envisagez, à un moment de votre carrière, de faire quelque chose comme ça ?

Sébastien: On n’a pas barrières. Je pense à, simplement parce qu’on en avait envie il y a un an environ, on a sorti une reprise de Black Sabbath en acoustique. Children of the grave en version acoustique et totalement réarrangé…

Romain : Acoustique, et semi électrique. Une réadaptation complète du morceau.

Sébastien: Pour le moment, on n’a pas cette envie parce qu’on est sur Hexagram, mais pourquoi pas ? Ce n’est pas un truc qu’on trouve ridicule, et, en plus, j’ai eu l’occasion de jeter une oreille attentive sur l’album de Klone et c’est super ! Ils ont fait un super boulot. Ca pourrait aussi, pourquoi pas, être un album entier de nouvelles compositions, mais je ne sais pas le message qu’on voudra faire passer. Mais c’est un projet qu’on peut assez facilement envisager.

Romain : Sachant qu’on l’a déjà fait il y a quelques années : Sur The end starts here, il y avait un morceau acoustique, sur Slow motion le dernier morceau est acoustique avec des petites pointes électriques et on avait deux ou trois dates en set acoustique avec cinq ou six titres… Après, ça demande beaucoup de boulot, et on est avant tout un groupe électrique.

Metal-Eyes : Klone aussi…

Romain : Oui, aussi, et c’était certainement le moment où ils ont eu envie de le faire.

Metal-Eyes : Ils ont évolué aussi…

Romain : Oui, et ils font aussi une musique avec des atmosphères qui marchent très bien aussi. Pour nous, comme le dit Seb, aucune porte n’est fermée, et ça peut être très plaisant.

Metal-Eyes : Revenons à vous, quand même. On n’est pas là pour faire la pub de Klone !

Romain : Oh, on peut, c’est très bien !

Sébastien: On a d’ailleurs eu un batteur en commun sur des tournées, Morgan (Berthet).

Metal-Eyes : Je voudrais savoir le pourquoi de ce titre, Hexagram, et le rapport qu’il y a entre le titre et la pochette : commençons par le titre, Hexagram qui dénote dans le monde du metal qui ne jure que par le pentagramme…

Sébastien: On parlait à l’instant de ligne conductrice pour cet album. Et la ligne conductrice du thème de l’album ça a été la dualité depuis le début. Sur la pochette, la dualité est évidente avec ces deux buffles qui s’entre choquent. Ensuite, il y en a une qui est moins évidente entre ce côté primaire du choix de l’animal, qui est un bœuf musqué et le logo, qui est un hexagramme, un peu plus moderne dans ses formes rectilignes. Et, ensuite, l’hexagramme en soi est aussi une dualité, entre le Yin et le Yang, une question de combinaison de signes et autres de la culture chinoise. Du coup, on trouvait très intéressant de traiter, ce que tu retrouves aussi dans les textes, la dualité sous toutes ses formes.

Metal-Eyes : Avez-vous pensé au côté linguistique, étymologique : hexa signifie six, et c’est votre sixième album ?

Sébastien: Ecoutes, on n’y avait absolument pas pensé, mais une de tes collègues nous parlait de l’hexagone pour le côté français… On a l’habitude dans les textes de laisser un double degré de lecture, de la place pour l’interprétation, et là, c’en est la preuve, on est en plein dedans ! Après, la définition que je viens de te donner, c’est le message que nous avons apporté à tout ça. C’est pas forcément le bon message – il n’y a pas de bon message – et chacun y voit ce qu’il veut.

Romain : Et c’est esthétique, ça colle bien. C’est déclinable sur plein de choses. On n’a jamais eu un logo très fort, comme un AC/DC ou un Metallica, et c’est quelque chose assez caractéristique. Mais il ne faut pas non plus chercher trop loin : l’esthétique est bien, ça colle bien avec l’imagerie et les idées qu’on veut véhiculer.

Metal-Eyes : Si vous deviez chacun ne retenir qu’un titre pour illustrer ce qu’est Headcharger aujourd’hui, lequel serait-ce ?

Sébastien: (sans hésiter) Coming back to life.

Romain : Pareil. Ça représente bien ce qu’est le groupe en terme de son et de composition. Et c’est un morceau mid tempo, up tempo, là où on se place vraiment bien.

Sébastien: Il a un côté assumé. C’est le genre de morceau que tu ne peux pas faire si tu ne l’assumes pas.

Romain : Ce n’est pas le tube metal, c’est une chanson, qui nous représente. C’est pour ça qu’on la mise en premier.

Metal-Eyes : Une toute dernière chose : quelle est la meilleure question qu’on vous ait posée aujourd’hui ?

Sébastien: Euh… Qu’est-ce que vous voulez manger ? (rires)

Romain : C’était pas mal… Et c’était quoi où j’ai répondu un gremlins ?

Metal-Eyes :

Sébastien: C’était « qu’est-ce que tu aimerais être si tu n’étais pas ce que tu es ? »

Romain : Oui, je pense que c’était un animal ou quelque chose comme ça, et j’ai dit Gremlins.

Sébastien: Et ça te correspond bien…

 

Interview: AYREON

Entretien Ayreon. Rencontre avec Arjen Lucassen. Propos recueillis à Paris le 22 février 2017

On n’a jamais deux fois l’occasion de faire une première bonne impression, dit l’adage. Celle avec Arjen Lucassen laisse des traces tant le bonhomme en impose. Même si l’on sait les néerlandais souvent grands, le gaillard dépasse aisément les 2m. Reste qu’une fois la surprise passée,c’est un passionné et heureux de vivre géant avec qui nous avons débattu à quelques jours de la sortie de The source nouvelle oeuvre épique de son bébé, Ayreon.

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Metal-Eyes : The source arrive 4 ans après The theory of everything, ce qui n’est pas inhabituel pour toi  dans la mesure où les albums d’Ayreon sont généralement long, et au regard de tes autres projets. Comment décrirais-tu l’évolution d’Ayreon entre ces deux derniers albums ?

Arjen Lucassen : Je crois que celui-ci est très différent. Je considère The theory of everything comme mon album progressif. Il y avait mes heros du prog, de Yes, Genesis, King Crimson… qui sont pour moi parmi les plus grands du prog de tous les temps. L’album était très orienté « claviers », tandis que The source est plus rock, plus orienté « guitares ». Il y a, aux guitares, notamment Guthrie Govan qui, je pense, est actuellement le meilleur guitariste du monde, il y a aussi Paul Guilbert, qui était un des géants des années 80 et 90. Egalement, j’ai composé The theory of everything d’une manière totalement différente : je suis allé au studio et j’ia enregistré tout ce que j’avais et j’y ai collé toutes les idées qui me venaient. Ce qui a donné de longues chansons de 20’. Le bon côté c’est que ça a donné un album très spontané, le mauvais côté, c’est que ce n’est pas très accrocheur. The theory of everything est un album difficile, on passe par beaucoup d’humeurs, il n’y a pas de structure. Je crois que ce nouvel album, The source est bien plus structuré. Dans les voix, l’ensemble est plus attirant, les chansons, bien que liées par les chroniques, sont distinctes… C’est un album radicalement différent de The theory of everything, ce qui ne signifie pas qu’il soit meilleur ou moins bon, ça c’est à l’auditeur d’en décider

Metal-Eyes : une nouvelle fois, c’est un double album. N’est-ce pas un peu risqué, aujourd’hui, au regard du marché du disque moribond, de continuer de publier des albums doubles ?

Arjen Lucassen : Je pense que mes fans me tueraient si je ne publiais qu’un album simple ! (rires) Ils s’y sont habitués, depuis les débuts d’Ayreon, ce ne sont que des doubles albums. Je crois que si, aujourd’hui, je ne publiais qu’un simple, les fans penseraient que je n’ai plus assez d’inspiration…

Metal-Eyes : … ou que tu es paresseux

Arjen Lucassen : ou que je suis paresseux, oui! (rires). « je ne vais pas payer pour un album simple ! » Ce n’est cependant pas conscient : j’accumule toutes mes idées que j’enregistre sur mon PC, j’ai 50 ou 60 idées, et ensuite je commence à les effacer et choisir celle-ci ou l’autre. A un moment, je prends du recul pour voir ce que j’ai et… oh, il y en a beaucoup, plus de 80 minutes de musique ! Je sélectionne beaucoup, j’ai dû écarter quelque chose comme 20 chansons que je ne trouvais pas assez bonnes, ce qui est une autre différence avec The theory of everything pour lequel j’ai utilisé tout ce que j’avais. Mais cette fois, j’ai été plus sélectif, il y a d’autres idées.

Metal-Eyes : Et le concept est différent également.

Arjen Lucassen : Totalement : The theory of everything est à part dans toute l’histoire d’Ayreon. C’est l’historie d’un scientifique qui cherche à découvrir la théorie de tout, tandis que je retourne à la SF, avec The source. C’est un prequel de toute l’histoire d’Ayreon

Metal-Eyes : Musicalement, qu’as-tu mis dans cet album ? En l’écoutant, j’entends du Queen, des influences irlandaises, orientales également, le tout mélangé à cette culture symphonique et opératique.

Arjen Lucassen : Je crois que ces influences ont toujours fait partie de l’histoire d’Ayreon. Mes goûts musicaux sont si étendus… ça a commencé avec les beatles dans les années 60, avant d’aller vers Pink Floyd, je suis passé par toute la période glam rock avec David Bowie, Alice Cooper, T-Rex, Sweet. Puis j’ai découvert le hard rock avec Deep Purple, Led Zepelin et Black Sabbath, avant de découvrir le rock progressif, Genesis, Jethro Tull… C’est ce qui m’a formé. Alors si tu entends des influences celtes, c’est sans doute lié à Jethro Tull. Des influences orientales ? C’est sans doute Zeppelin avec des chansons comme Kashmir ou Rainbow et Gates of Babylon. Ce n’est pas conscient, ce sont simplement ces chansons qui te forment, et qu’enfant tu écoutes un million de fois. Tous ces artistes qui disent ne pas être influencés par d’autres… c’est impossible ! ça fait partie de ton éducation.

Metal-Eyes : Qu’en est-il du concept, dans les textes ?

Arjen Lucassen : ça traite des origines de l’humanité, c’est ce à quoi « la source » fait référence. Je base tous mes albums sur des faits scientifiques. Je suis très intéressé par la science, je regarde tous ces documentaires scientifiques, Stephen Hawkins et d’autres… L’un d’eux a déclaré qu’il est tout a fait probable que la vie sur terre provienne d’un adn extra-terrestre. La Terre a été frappée par tant de comètes qu’il est tout à fait envisageable que l’une d’elles y ait déposé un ADN. Ce qui signifie qu’il y a probablement, quelque part, une autre planète avec une forme de vie similaire.

Metal-Eyes : C’est à espérer ce serait triste d’être les seuls dans cet univers !

Arjen Lucassen : Oui, absolument vrai… L’autre fait scientifique est que l’on pense qu’en 2050 on aura atteint une « singularité technologique » ce qui signifie que les machines surpasseront les hommes. Elles seront plus intelligentes que les humains. Ce sont les deux points scientifiques de cette nouvelle histoire.

Metal-Eyes : Puisqu’on parle de machines, sur Aquatic race figurent ces mots : « Pas d’ordinateurs, pas de machines ». Comment as-tu enregistré cet album sans machines sachant qu’il y a une vingtaine de participants ?

Arjen Lucassen (Rires) : Attends, que je me souvienne du contexte… Non, c’est la nouvelle planète sur laquelle ils se rendent… ils doivent quitter la planète Alpha car les machine ont débranché toute support  à la vie, et ils doivent quitter la planète. Ils se rendent sur la planète Y qui n’est composée que d’eau. Ils doivent apprendre à vivre sous l’eau, dans un monde dépourvu de machines et d’ordinateurs. Mais je crois totalement en la technologie, je l’approuve et l’adore, elle rend mon travail tellement plus facile !

Metal-Eyes : Comment me décrirais-tu The source afin de me convaincre de filer l’acheter?

Arjen Lucassen : Il y ales meilleurs chanteurs du monde, c’est une évidence, et il réuni la meilleure des équipes dont je pouvais rêver. Il y a les meilleurs guitaristes et je crois qu’il s’agit de ma meilleure production, la meilleure jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit d’un album très aventurier : tu navigues à travers différentes humeurs et différents styles de musique, il est très varié… Je pense que cet album est plus accrocheur que le précédent. Je crois que c’est suffisant pour te convaincre de courir l’acheter ! (rires)

Metal-Eyes : Comment as-tu réuni cette équipe? Ik y a environ vingt intervenants, et j’imagine que vous ne vous êtes pas tous réunis en studio…

Arjen Lucassen : Non, c’est impossible…

Metal-Eyes : Merci la technologie, donc. Comment as-tu décidé qui jouerait quoi ?

Arjen Lucassen : En ce qui concerne la batterie, c’est toujours le même, tout comme pour le violon, le violoncelle et la flûte. J’ai découvert les meilleurs, alors pourquoi changer ? En ce qui concerne les chanteurs, j’ai pour habitude de ne travailler qu’avec de nouveau chanteurs. Mais cette fois-ci, je n’ai pas voulu me limiter, je voulais simplement les meilleurs chanteurs du monde, que j’ai déjà travaillé avec eux ou pas. J’ai d’abord finalisé la musique, puis écris l’histoire avant de penser à quel chanteur pourrait occuper quelle place, ce qui est très important.

Metal-Eyes :Tu sais donc déjà qui tu vas contacter pour tel ou tel rôle ?

Arjen Lucassen : Absolument. D’autant plus avec un projet de SF. Il y a des chanteurs qui ne voudraient absolument pas participer à un tel projet, à cause de leur image… Je ne sais pourquoi mais quelque chose fait qu’on pense souvent que la SF et le metal sont incompatibles. Un nouveau Star Wars sort au cinéma, tout le monde y court, mais si tu le fais en musique ça fait faux…

Metal-Eyes : Pourtant, ta musique est très cinématographique…

Arjen Lucassen : Totalement, c’est un film pour les oreilles. Je pense que, avant tout, la musique doit être bonne. Si en plus il y a une histoire, ça ajoute une dimension, tout comme l’artwork. La musique permet de s’évader, 80 minutes. C’est mon idéal.

Metal-Eyes : Tu as prévu des images pour accompagner cet album ?

Arjen Lucassen : Oui, il y a le premier clip, pour The day the world breaks down qui contient de nombreuses images de fond. L’artwork a été très important, cette fois-ci. Il m’a d’ailleurs beaucoup inspiré dans l’écriture de l’histoire. Lorsque j’ai vu la couverture, cette femme avec les tubes, ça m’a inspiré cette question au sujet d’humains qui devaient s’habituer à vivre sous l’eau. J’avais introduit la course éternelle vers la planete Y sur mon album précédent, et c’est aussi ce qui m’a inspiré. Il va aussi y avoir 3 lyric videos basée sur ce même artwork et qui donnent corps à cette histoire. Ce sont des petits films…

Metal-Eyes : Tu as dis précédemment avoir jeté une vingtaine d’idées. Si l’on pense à tes autres projets, comment décide-tu de ce qui termineras sur un album d’Ayreon et ce qui ira ailleurs ?

Arjen Lucassen : Je peux toujours adapter une chanson en fonction du projet visé. Une chanson est soit bonne, soit mauvaise. Si elle est bonne, je l’utilise, sinon, je la jette. C’est comme de faire une reprise : tu peux en faire n’importe quelle interprétation, mais la chanson doit, à la base, être bonne. Je ne choisis pas en fait. Si j’ai 10 chansons, elles iront sur le projet sur lequel je travaille. J eme sentirais mal à l’aise d’écarter une bonne chanson pour la placer ailleurs. Je travaillais à une époque avec un groupe que je ne mentionnerai pas, nous étions en studio et ce chanteur a eu une super idée, on a travaillé dessus et il nous a dit : « je vais la garder pour mon prochain album » ! On lui a tous répondu qu’on bossait sur celui-ci et il nous a répondu vouloir garder de chansons pour son prochain album…J’ai quitté le groupe après ça parce que ce n’est pas ma façon de voir les choses… Je me souviens que mon amie, une de mes amies passées me disais que je fasais tant, que je mettais tant de bons chanteurs sur ce disque « mais que vas-tu faire pour le prochain ? » « J’en sais rien… » Je sais que le meilleur album doit être créé maintenant, on verra bien demain pour la suite !

Metal-Eyes : C’est une bonne philosophie. Si tu devais ne retenir qu’une chanson de The source pour expliquer ce qu’est Ayreon aujourd’hui, laquelle serait-ce ?

Arjen Lucassen : Sans hésiter, The day that the world breaks down ? Parce qu’elle est très représentative de l’album: tous les chanteurs y figurant, il y a tous les styles musicaux abordés, très doux, très durs, très bluesy, très spatial… et tous ces éléments reviennent à un moment ou un autre. Une chanson comme Everybody dies, qui est ma favorite, n’est pas représentative de l’album. Je pense que si les gens sont amenés à entendre ce titre en premier, ils imagineront que tout l’album est comme ça.

Metal-Eyes : The day that the world breaks down est aussi la chanson qui introduit l’album. Donc, d’une certaine manière, tu me dis qu’une fois que j’ai écouté cette chanson, je peux zapper le reste…

Arjen Lucassen : Non, non, je dis au contraire qui si tu apprécies cette première chanson, tu peux écouter le reste (rires) !

Metal-Eyes : Tu prévois de transposer cet album sur scène ?

Arjen Lucassen : Eh bien, Ayreon n’est pas un projet pour la scène, je n’ai jamais joué live avec Ayreon. Mais, pour la première fois, nous avons décidé de donner quelques concerts avec Ayreon, en septembre 2017. Il y aura trois shows, à Tilburg, en Hollande, qui seront un Best of Ayreon, ce qui signifie que je vais jouer deux chansons de chaque album, donc deux chansons de The source…

Metal-Eyes : Un concept comme celui-ci – des concerts best- of – pourrait-il signifier la fin d’Ayreon?

Arjen Lucassen : Non, non, Ayreon prendra fin lorsque je disparaitrais. C’est mon projet favori, je peux tout y mettre, toutes mes idées. Et si j’arrête Ayreon, je ferais mieux d’arrêter de respirer : c’est ma vie… Etre créatif est la raison de mon existence, et Ayreon mon œuvre…

Metal-Eyes : Lorsque vous donnerez ces concerts, parviendrez-vous à avoir tous ces chanteurs, ou n’en ferez-vous venir que quelques uns?

Arjen Lucassen : On ne peut avoir 16 chanteurs… J’ai choisi des titres avec peu de chanteurs, un ou deux. On a déjà fait des représentations théâtrales, mais c’est du théâtre et tu peux faire venir beaucoup de chanteurs. Je crois qu’ici, il est préférable d’avoir un nombre limité de chanteurs afin de limiter les choses. Ca va déjà être complètement dingue, avec 16 chanteurs et plus de deux heures de musique et un show… Mais, oui, il y aura des chansons avec 5 chanteurs sur scène et je voudrais pouvoir faire monter tout le monde sur scène.

Metal-Eyes : Ce qui signifie qu’une chanson comme The day that the world breaks down, avec tous ces chanteurs, ne pourrait être interprétée sur scène…

Arjen Lucassen : C’est toi qui le dis… (rires) J’essais de ne pas dire quelles chansons seront jouées ou pas, mais, oui, tu as raison. Malheureusement…

 

Interview: AS LIONS

Entretien As Lions. Rencontre avec Austin Dickinson (chant) et Connor O’Keefe (guitare, piano). Propos recueillis à Paris le 16 février 2017

AS LIONS

 

Metal-Eyes : Tous deux faisiez auparavant partie de Rise To Remain qui s’est séparé en 2015. Trois de ses membres – vous deux et Will – avez décidé de continuer en formant As lions. Lorsque vous avez décidé de fonder ce groupe, quelles étaient vos intentions et vision de As Lions ?

Austin Dickinson : Nous voulions faire la musique qui nous ressemble plus, en tant que personnes. Pas tant en tant que simples compositeurs, ce qui nous excitait vraiment c’est cette position de compositeurs et d’auditeur. Ce que nous écrivions à l’époque… La moitié correspondait à l’album de Rise To Remain que nous devions enregistrer, mais l’autre moitiéne ne convenait pas du tout. C’est devenu la base de As Lions. Nous voulions créer quelque chose qui soit, selon nous, plus dynamique, plus intéressant pour nous et qui soit plus en rapport avec les raisons qui font que nous adorons faire de la musique. Un groupe contemporain avec des influences classiques, la musique que nous adorons et avec laquelle on a grandi. Nous voulions nous l’approprier, y apporter notre touche, créer notre propre son et évoluer en tant que compositeurs, aussi.

Metal-Eyes : Comment décririez-vous votre musique à quelaqu’un qui vous découvrirait aujourd’hui?

Connor O’Keefe : Je dirais qu’elle est très “cinématique”, ça sonne grand et, très certainement, très mélodique

Austin Dickinson : Exactement. C’est dynamique, je… ça sonne comme du cinéma. Tu sais, nous voulons créer de la musique qui pourrait (il rit) conclure le plus épique des films de la planète, ou quelque chose qui puisse susciter l’imaginaire. Nous voulons que tu puisses explorer des univers inattendus. On essaie d’apporter quelque chose de différent à table. C’est la partie excitante : explorer de nouvelles choses, trouver un moyen de créer… des putains de nouveaux sons ! (rires)

Metal-Eyes : A l’époque de Rise to Remain, le groupe a beaucoup tourné à travers le monde, entre autres avec Iron Maiden. Comment des musiciens jeunes et «inexpérimentés » vivent-ils ce genre d’expérience ? Qu’est-ce que ça vous a apporté en tant que musiciens ?

Austin Dickinson : On n’a fait qu’une tournée avec Iron Maiden.

Metal-Eyes : Mais sur des scènes gigantesques…

Austin Dickinson : Oui, et je crois que cette tournée a beaucoup fait parler du groupe. On a aussi tourné avec Funeral For A Friend, Trivium, in Flammes… Beaucoup de groupes différents, ainsi que des festivals. L’Europe a très bien accueilli Rise To Remain et nous avons, j’ai doré tourner : le sens de la communauté, être dans le même bateau, il n’y a rien de comparable. Je crois que ce que ça m’a apporté, c’est que ça m’a aidé à forgé mon instinct sur la manière de tourner, d’écrire, pour ce type d’audiences, très bruyante souvent, et j’adore ça ! Tout le monde a son opinion, c’est évident, mais tout le monde ne parvient pas à sortir du « J’aime beaucoup ce que vous faites » ou « j’adore ton groupe ! » Mais j’apprécie et j’accueille cela avec plaisir parce que ça reste exceptionnel. Les fans m’ont permis d’apprendre à les comprendre et ce que la musique représente pour eux. C’est pour ça, en partie, que je suis ici, dans ce boulot. Je suis avant tout un fan de metal, et tu ne peux pas oublier d’où tu viens.ni que tu es partie de quelque chose de plus grand que ton groupe.

Connor O’Keefe : Pareil…

Metal-Eyes : ok, merci (rire général)

Connor O’Keefe : Avec As Lions, on vient de tourner avec Shinedown et Five Finger Death Punch, donc on redécouvre ces choses avec eux. On expérimente des choses avec eux, en adaptons, nous en approprions et en laissons de côté…

Metal-Eyes : Dites m’en plus au sujet du nom du groupe, As Lions. C’est connu, les lions rugissent beaucoup, ils ont pour habitudes de laisser leur femelles chasser pour eux, éduquer leurs petits – quand ils ne les tuent pas. C’est ce que vous êtes : apresseux et de nature violente ?

Austin Dickinson : Nous sommes exactement cela: bouffer nos petits…

Connor O’Keefe : … Laisser les filles aller chercher la bouffe…

Austin Dickinson : Nous sommes paresseux et des trous du cul à l’égo surdimensionné. Tu peux entendre tout ça dans notre musique (il explose de rire) ! Non… Le nom ? Nous voulions nous démarquer d’un genre : si nous n’étions qu’un groupe de rock, nous serions The Lions ou si nous étions un putain de groupe de death metal, nous serions Sceptic Lions ou un truc du genre (rires) … Nous voulions nous démarquer d’un genre spécifique, passer pour un groupe de rock, de metal, un peut tout, sans qu’on puisse avoir une idée préconçue. Aussi, les lions sont assez symboliques, contrairement à des animaux… « fonctionnels ». Ils sont symboliques de bruit et de fierté. Ça nous ressemble, on pourrait dire, écrire des choses comme ça !

Metal-Eyes : Parlons un peu de votre musique. La première qui m’a marqué, c’est ton chant qui est loin, très loin de ce que tu faisais avec Rise To Remain. Qu’est-ce qui t’a poussé à choisir ce type de chant plutôt que le chant metalcore ?

Austin Dickinson : Je pense que quand tu changes d’orientation, de chemin, il est important de te poser quelques questions. La première, ça a été : « hurler. Est-ce une part fondamentale de mon identité, selon moi ? Non, pas vraiment. » Quand ta technique est assez bonne pour limiter les dégâts, c’est bien, mais tu ne peux faire ça pendant 50 ans, et je ne le veux pas ! Est-ce une partie de mon identité ? Pas forcément. Est-ce ce en quoi je crois ? Pas nécessairement. Est-ce que je souhaite tenter de nouvelles choses ? Absolument ! Est-ce que je souhaite m’améliorer en tant qu’auteur ? Putain, oui ! J’ai tenté d’avancer, et je crois qu’il y a beaucoup plus d’émotions que tu peux travailler, et je crois aussi que, avec le hurlement, on passe à côté de beaucoup de choses. Tu ne touches pas autant les gens avec le hurlement. Et, avec cet album et les suivants, j’ai vraiment envie d’être le plus proche possible de l’auditeur. Comme si j’étais juste à côté. Tu sais, le contenu et les paroles de nos chansons ne seraient pas là si ce n’était important à nos yeux. J’adore avoir ce type de connexion avec les gens. Je ne dis pas que je ne hurlerai plus jamais, je pense seulement que j’en ai fait le tour et je voulais vraiment démarquer ce chant entre Rise To Remain et As Lions.

Metal-Eyes : Et ce nouveau chant a-t-il affecté ta façon de jouer ?

Connor O’Keefe : Au sein de Rise To Remain, je jouais de la basse. Mais aussi du piano. Nous avons simplement pu baisser le ton et adapter, à la guitare acoustique et au piano, le musique au chant. En ce qui concerne la guitare, nous voulions simplement qu’elle soit énorme, pleine de riff et qu’elle puisse crée une ambiance. C’était une adaptation assez facile. Même assez naturelle, dirais-je.

Metal-Eyes : Nous vivons dans une époque égoïste, qui est le titre de votre album qui reflète assez bien ce dont nous pouvons être les témoins. Quels sont les thèmes que vous avez abordés et y a-t-il des sujets que vous ne souhaitez pas traiter avec As Lions ?

Austin Dickinson : Je voulais vraiment parler de la consommation, de l’image, de ces obsessions personnelles que nous avons aujourd’hui. Je ne pourrais pas en parler si je n’en étais pas coupable moi-même. Je crois que ce n’est que partie de notre existence dans le cadre de nos sociétés modernes. J’ai aussi l’impression que nous nous sentons obligés de nous présenter tels que nous ne sommes pas. Que nous avons besoin de remplir le moindre espace de silence ou de temps libre avec ces choses qui nous marquent. Et cela efface l’individualité, qui devrait être célébrée, je pense. Nous sommes tous des individualités. En même temps, je vois beaucoup de gens qui ne sont pas égoïste. A toute action correspond une réaction… Peut-être que c’est moi qui me fait l’écho de ce qui se passe dans le vrai monde, mais je vois beaucoup de personnes qui se battent pour des causes, s’élèvent contre la bigoterie, le racisme, l’homophobie, je vois beaucoup de gens qui se bougent pour éradiquer ça, et c’est vraiment magnifique ! Parallèlement on a vu tous ces phénomènes croitre, tout ces préjudices sont égoïstes. C’est un monde qui change et els gens réagissent. Comme cet album qui est trrès réactionnaire. La musique, en tant que telle, est unificatrice, c’est un langage universel. Il est important pour moi d’aborder ces thèmes auxquels nous sommes tous confrontés. Et si nou s pouvons permettre à 2 personnes de s’unir, ou à 20.000, nous le considèreront comme une réussite. Maintenant, il n’y a pas de thèmes que je ne voudrais aborder. Plus je traite de sujets, plus je suis épanoui ! (rires)

Metal-Eyes : Si vous ne deviez retenir, chacun d’entre vous, qu’une chanson de Selfish age pour expliquer ce qu’est As Lions, laquelle serait-ce ?

Connor O’Keefe : White flags, je pense…

Austin Dickinson : White flags, oui. Je pense qu’elle contient tout, même si ce n’est pas ma préférée, qui serait plutôt World on fire. Mais White flags a un peu de tout ce que nous faisons.

Metal-Eyes : Austin, quand tu as décidé de travailler dans l’industrie de la musique, as-tu reçu des conseils particuliers de la part de ton père qui a une longue expérience dans ce domaine ? Des conseils sur quoi faire ou pas ?

Austin Dickinson : Quand j’ai commencé, on allait donner un concert et plein de gens du business étaient présent. Il m’a attrapé par les épaules, m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit que je devais m’assurer que tous les verrous étaient bien fermés en quittant la maison. C’est tout ! (rires)

Metal-Eyes : Et toi, t’a-t-il conseillé, Connor ?

Connor O’Keefe : Pas vraiment. C’est un homme vraiment charmant !

Austin Dickinson : Il est simplement mon père, c’est tout !

Connor O’Keefe :

Metal-Eyes : Mais tu es plus grand que lui!

Austin Dickinson : Je suis le plus grand de la famille, oui, mais je ne suis pas vraiment grand! On est une famille de hobbits ! (rires)

Metal-Eyes : Une dernière chose: vous suivez ce que fait George Harris avec son propre groupe, The Raven Age ?

Austin Dickinson : Oui, oui, nous avons grandis ensemble, n’avons jamais été très éloignés. Je sais qu’il était sur la tournée The Book Of Souls, avec The Raven Age. Leur batteur, Jay, en fait…

Connor O’Keefe : Je le connais depuis très longtemps. On a joué dans plusieurs groupes ensemble et il nous a même dépannés avec Rise To Remain sur quelques concerts…

Austin Dickinson : Oui, il nous a vraiment aidés, il a balancé la sauce, c’était génial !

Connor O’Keefe : Il joue depuis tellement longtemps, je l’ai vraiment vu progresser.

Austin Dickinson : C’est vraiment le batteur qu’il faut pour The Raven Age !

Metal-Eyes : Merci à vous deux, et j’espère vous voir bientôt sur scène !

Austin Dickinson : Merci à toi de nous avoir reçus!

AS LIONS

Interview: HIGH SCHOOL MOTHER-FUCKERS

Interview High School Mother-Fuckers. Rencontre avec Pamy (batterie) et Fuzzy (basse). Propos recueillis à Paris le 16 février 2017

 

High School MF 2 - Copie

Metal-Eyes : Commençons par un petit rappel : c’est en 2003 que s’est formé High School Mother-Fuckers, avant tout en hommage aux Ramones.

Pamy : C’est ça.

Metal-Eyes : Donc un côté punk rock et hard rock très affirmé, autant qu’un côté glam, visuel autant que musical. Votre actualité, c’est ce split avec The Joystix, Skulls out. Pourquoi avoir choisi ce format plutôt qu’un album tout court ou quelque chose sous votre propre nom ?

Pamy : En fait, un album… On s’est dit qu’on en a sorti un il n’y a pas longtemps. Enfin… « il n’y a pas longtemps… » Le format nous plaisait, et à la base, on voulait que ce soit un vinyle. Financièrement parlant, autant pour les Joystix que nous, ce n’était pas très rentable. Donc, on est partis sur le split CD. On ne voulait pas faire l’album tout de suite, Fuzzy vient juste d’entrer dans le groupe

Fuzzy: … 2 ans, quand meme!

Metal-Eyes :

Pamy : Oui, mais deux ans, pour nous, c’est pas énorme !

Fuzzy: La notion du temps n’est pas la même (rires)

Pamy :  C’est ça… C’était un peu prématuré, le temps qu’il se mette comme nous à l’alcool, la drogue et aux filles…

Metal-Eyes : Donc avant, il n’y avait ni l’un, ni l’autre ni le troisième, c’est ça?

Pamy : Non, il n’avait que deux chats.

Metal-Eyes : En 2017, HSMF, c’est quoi? Tiens, commençons justement par toi, Fuzzy…

Fuzzy: C’est quoi? C’est un groupe… A quel niveau?

Metal-Eyes : Ce que ça représente pour toi.

Fuzzy: J’ai arêté un groupe, en fait, deux autres, quand ils m’ont embauché. C’est un groupe de rock’n’roll français, donc on essaie tant bien que mal d’y arriver, mais c’est pas gagné, à la base. On s’éclate, je pense que c’est avant tout une bande de potes, on ne fait pas ça pour l’argent… Ça se saurait ! C’est prendre la route, boire des coups avec les potes, le rock’n’roll, quoi !

Metal-Eyes : Et pour toi Pamy ?

Pamy : pour moi, High Shool c’est les potes, c’est une famille, le rock’n’roll, c’est l’aventure, se marrer… Pas se prendre au sérieux… c’est un mélange de tout ça. On n’est pas des punks parceque on aime bien notre chez-soi en rentrant le soir. Mais c’est une famille. Une fois qu’on rentre dedans, on y est bien.

Metal-Eyes : Discographiquement, et scéniquement, vous êtes assez rares. N sait que c’est assez diffiocile en France, mais ce n’est pas non plus le plus évident pour se faire connaitre, d’être absents. Comment comptez-vous y remédier ? (3’48)

Pamy : On est en préparation d’un clip, par exemple, pour le titre Ride into the blue qui est sur le split. Ensuite, on va faire de plus en plus de split, je pense, avec des groupes qui nous tiennent à cœur. On a des noms qu’on garde pour nous car rien n’est établi, mais ce sera plus avec des groupes internationaux.

Metal-Eyes : Toujours sur Shootgun, j’imagine.

Pamy : Toujours sur Shootgun Generation Records.

Fuzzy: Il y a aussi un site internet qu’on n’avait pas avant (www.highschoolmotherfuckers.com).

Metal-Eyes : Comment décririez-vous l’un et l’autre l’évolution du groupe entre vos deux dernières productions ?

Pamy : Déjà, on a changé de bassiste. Aurèle est parti et Fuzzy est arrivé avec, finalement, un côté un peu plus punk dans son jeu. Et maintenant, on a aussi un peu de bouteille, on se connait tous par cœur. Au niveau de la composition, c’est bien plus facile qu’avant, on galérait parce que chacun composait dans son coin.

Metal-Eyes : Donc c’est principalement au niveau du travail qui devient plus collectif ? Et musicalement, Fuzzy, tu as apporté quoi de plus dans ton jeu de basse ? Quelles influences avez-vous mises en commun ?

Fuzzy: J’ai pas mal d’influences qui sont à la base des High School, que ce soit les Ramones, Motörhead, le punk ou des groupes plus glam, genre Hanoi Rocks. C’est pour ça que je suis venu jouer dans High School, parce que ces influences, c’est ce qui me plaisait.

Pamy : C’est aussi toujours ce qu’on a dit : dans High School, on est toujours un peu entre deux chaises… Pour les hard rockers, purs et durs, on est trop metal, et pour ce qui sont plus metal, on est trop punk…

Fuzzy: En même temps, c’est ce qui est très bien. On n’est pas les seuls : regarde les Sticky Boys, ils sont aussi le cul entre deux chaises, comme nous. Moi, j’aime bien les groupes qui mélangent ces influences…

Metal-Eyes : Puisqu’on parle de Skulls out, l’un et l’autre, si vous n’aviez qu’un seul titre à retenir pour expliquer ce qu’est HSMF aujourd’hui, ce serait lequel?

Fuzzy: Je pense que c’est assez compliqué. Chacun des 5 titres représente une facette de High School. A jouer…

Pamy : Moi, je l’ai: Still hungover in Hungary! C’est pour les paroles, et puis c’est nous, notre expérience des gueules de bois qu’on a eues en partant en tournée en Hongrie, et une fois qu’on est là-bas, on est nous. On ne se prend pas la tête, on se tape des murges à terminer par terre…

Fuzzy: Pourquoi tu me regardes??? (rires)

Pamy : …avec un œil au beurre noir… C’est ce côté Rock’n’roll, punk et je pense que Still hungover nous représente bien.

Fuzzy: Je suis un peu d’accord, ça représente bien High School Mother Fuckers.

Metal-Eyes : Vous allez bientôt vous produire à l’Empreinte de Savigny le Temple en ouverture des Backyard Babies le 20 mars prochain. C’est pas n’importe qui, ils sont aussi assez punks et glam dans l’esprit. Comment vous préparez-vous à ce type de concert ?

Pamy : Tout simplement, et déjà on est heureux de le faire. Quand on a vu la date, on s’est dit qu’il faut qu’on joue avec eux… On est super heureux de le faire, et on se prépare comme pour n’importe quel autre concert. On prend toujours très au sérieux la préparation d’un concert, et sur scène ce sera de l’énergie, du fun… C’est aussi ce qui nous représente, on n’est pas Dream Theater, on est là pour faire du rock, s’éclater et permettre aux gens de prendre du bon temps. (9’21)

Metal-Eyes : En dehors de cette date, il y en a d’autres de prévues?

Pamy : On est en train de prévoir une tournée en Hongrie/France, encore une fois, mais avec un groupe un ^peu plus important que les Joystix, en Hongrie en tout cas, qui s’appelle les Junkies; Mais qui reste dans le même esprit.

Metal-Eyes :En france, ce serait une vraie tournée, ou ce que j’appelle plus communéement une tournée “des week ends”?

Pamy : Ben, c’est ça le problème en France: on ne peut pas faire de varies tournées … Regardes, à part les Backyard Babies qui risquent de remplir un lundi soir à l’Empreinte, n’importe quel groupe joue un lundi soir, n’importe où, pas grand monde se déplace…Ce qui marche c’est jeudi, vendredi, samedi soir, mais déjà, le dimanche, c’est cuit: les gens travaillent le lendemain, et si on ne s’appelle pas Aerosmith, on déplace pas les foules.

Fuzzy: De toutes façons, la dernière tournée qu’on a faite, on a joué toute la semaine parce qu’on n’a pas non plus les moyens de se déplacer et revenir à Paris pour ne jouer qu’en week end. Après, c’est sûr qu’il y a des villes où on attire moins de monde en semaine, on n’est pas sur place pour faire la promo…

Metal-Eyes : En ce moment, vous écoutez quoi?

Pamy : Le nouveau Night Ranger !

Fuzzy: J’aime bien Bitters, ça représente bien ce que j’aime, ou le Michael Monroe. Mais il y en ade moins en moins ils disparaissent tous !

Pamy : Nouveau, il n’y en a pas beaucoup qui me font tripper… En nouveauté, je n’écoute pas grand-chose, à part Sticky Boys, les potes… J’ai pas accroché. Tout ce qui sort actuellement ne me touche pas forcément. Je préfère écouter des vieux trucs, même du death de l’époque, Entombed ou des trucs comme ça, mais j’ai du mal avec les nouveaux… Quand je vois un groupe comme In Flames qui sort des albums mortels, et le dernier, c’est une catastrophe ! Ils font de la pop ou je ne sais pas quoi…Un peu bizarre, quoi ! La nouvelle scène ? J’arrive pas à accrocher.

Metal-Eyes : Est-ce que ça peut être dû au fait qu’il y a tellement de choses qui sortent, qu’aujourd’hui, tout le monde peut se déclarer musicien et enregistrer à la maison…

Pamy : C’est ça, oui, aussi

Fuzzy: Après c’est noyé dans la masse, il y a peut-être des super trucs qui’on ne connait pas et ce qui sort, avec de la promotion, et qui arrive à mes oreilles, c’est pas forcément les meilleurs trucs non plus.

Pamy : Ce n’est pas évident de déceler et d’écouter de bons groupes parce que, justement, comme tu viens de le dire, il y a tellement de choses, c’est tellement inondé de groupes, je ne dirais pas mauvais opu moyen, je ne les connais pas, mais il y en tant que, effectivement, quelque chose fait maison ne va pas sonner pareil que le boulot de gars qui passent un mois ou deux en studio. Je pense que, malheureusement, c’est un peu pollué par tout ça. Le home studio, maintenant, tout le monde peut y avoir accès, et il n’y a plus vraiment d’ingénieur du son non plus…Le Davout, regarde, il est en train de fermer…

Fuzzy: Et il y a une fausse batterie…

Pamy : Trop de synthétique.

Metal-Eyes :Que faudrait-il en France, selon vous, pour que le marché change un peu, a delà du fait que le marché du disque soit moribond ?

Pamy : Déjà, je pense que tout le côté MP3, machin et tout ça a flingué le marché du disque.

Metal-Eyes : Donc on revient au vinyle?

Fuzzy: Ca revient, oui, mais je pense aussi que c’est une question d’éducation musicale. On écoute de la merde…

Metal-Eyes :

Pamy : Je travaille avec certains jeunes qui me disent « c’est quoi le nom de ton groupe ? Ah, cool, je vais voir si je peux le télécharger » ! C’est pas « tu peux me vendre le CD ? », il n’y a plus ce réflexe-là, et c’est dommage. Comme tu dis, à part le vinyle, je ne vois pas ce qui peut sauver l’industrie musicale.

Interview: DANKO JONES

Entretien avec Danko Jones (chant et guitare). Propos recueillis à Paris le 25 janvier 2017.

C’est dans le cadre feutré du salon d’un hôtel parisien que Danko Jones, le musicien, reçoit les médias pour parler de Wild Cat, le nouvel album de Danko Jones, le groupe. Le musicien est calme, doux même, mais surtout déterminé. Et parlez-lui de sujet qui fâchent, il devient intarissable. Interview fleuve à lire jusqu’au bout!

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Metal-Eyes : Merci Danko de recevoir Metal Eyes. Tu es à Paris pour la promotion de Wild Cat, votre huitième album studio. Tout d’abord, nous sommes toujours en janvier, bonne année, et, donc, quels sont les souhaits, résolutions et attentes de Danko Jones en 2017 ?

Danko Jones : Eh bien, nous avons un nouvel album qui arrive, Wild Cat, donc nous allons consacrer beaucoup de temps à le promouvoir – ça va nous prendre presque toute l’année. C’est la première chose, nous allons tourner et le promouvoir, principalement. D’un autre côté, il y a des projets annexes sur lesquels nous travaillons JC et moi, dont un magazine appelé Iron Magazine, avec deux membres de Circle, en Finlande. C’est un groupe qui existe depuis… 25 ans, qui sort constamment des albums. Nous avons collaboré l’an dernier et un Ep de 4 titres va paraître le mois prochain (février). J’ai aussi enregistré avec Lebby Walker et, j’espère, ce single sortira cette année. Il y a Mike Mc Creedy de Mark Lanegan de Screaming Trees, Duff McKagan des Guns, et ils ont fait appel à plusieurs chanteurs. J’ai interprété deux chansons. Et je suis en train de monter une anthologie de mes écrits pour différents magazines que j’espère publier d’ici cet été. J’ai pas mal de personnes qui y collaborent, pour des illustrations, dont certains de mes dessinateurs de comics préférés, Larry Fleener, Gary Dumm…

Metal-Eyes : J’allais te demander plus tard comment tu t’occupes entre deux albums de Danko Jones, mais tu viens de répondre…

Danko Jones : En fait, j’ai un podcast que j’alimente toutes les deux semaines. Ça fait 5 ans maintenant, pour un total de 143 épisodes.

Metal-Eyes : Revenons au groupe : Danko Jones en 2017, c’est quoi ?

Danko Jones : La même chose que ce que nous avons toujours été : un groupe de rock, qui publie des albums et tournons. En espérant que le public apprécie les disques.

Metal-Eyes : Il devrait apprécier celui-ci. JC (basse) et toi travaillez ensemble depuis maintenat 20 ans. Comment décrirais-tu la relation qui vous uni tous les deux ?

Danko Jones : Comme tu l’as dit, nous nous connaissons depuis si longtemps… Ça fait 21 ans qu’on travaille ensemble. Tu vis et tu apprends à travailler avec l’autre, surtout dans une relation aussi confidente. Ce qui fait que notre relation perdure est le respect mutuel, le fait de permettre à l’autre de faire ce qu’il fait. Il est très bon dans certaines choses, et je suis très bon dans d’autres et on a confiance l’un et l’autre dans nos domaines respectifs. Je pense que cela permet d’entretenir une vraie bonne relation. Le message est simplement « ne sois pas un trou du cul » Sois simplement cool avec tout le monde et les choses se feront d’elles même. Tu sais, la relation que j’ai avec JC est la même avec Rich (batterie) et avec notre équipe. Traitez les gens avec respect… C’est souvent difficile à faire dans l’industrie musicale, qui est bourrée de faux semblants, de bravades, d’égo et… L’égo est, je crois, ce qui entraine beaucoup de gens dans ce business. Ou le manque d’égo…

Metal-Eyes : Le groupe publie un album tous les deux ans, environs. Vous restez occupé entre temps. Comment est né Wild Cat ?

Danko Jones : Un peu comme Fire Music, de manière naturelle et relax. On a commencé le travail il y a un an, environ et, je ne sais plus, fin avril ou début mai nous avions presque tout écrit, démo enregistré et pré produit… Il y a eu les festivals d’été qui nous ont permis de passer l’été en festivals et à ces enregistrements de se reposer et s’ancrer en nous. A la fin de l’été, on s’est dit qu’il nous fallait deux ou trois chansons de plus, que celle-ci n’était pas assez puissante, celle-là devait être remplacée. Alors, nous avons enregistré trois nouvelles chansons, deux ont fini sur l’album et en septembre nous étions en studio pour l’enregistrement. Même si ça parait très rapide, ça s’est fait en douceur. Tu sais, quand tu fais les choses dans le confort et tranquillement, sans la pression de date butoir ou de délai… on atteint de bons résultats. Prends le temps de respirer… Nous avions le luxe du temps pour nous, pour cet album et le précédent. Avant, ce n’était pas le cas. Le  deadline arrivait très vite, et nous n’avions que peu de temps pour composer, enregistrer… Maintenant, nous pourrions nous imposer une limite, mais, grâce au succès de Fire Music, et la manière dont nous avons réalisé ce disque, nous n’allons rien changer ! Et c’est moins de pression. On avait une putain de pression sur les épaules, qui veut vire comme ça ? La tournée est assez stressante, tu sais qu’elle arrive, alors pourquoi en rajouter ? Quand quelque chose va vire longtemps, pourquoi ajouter de la pression ? Moins tu te mets de pression, plus facilement tu atteins de bons résultats.

Metal-Eyes : j’ai pu écouter Wild Cat qui, selon mes premières impressions, mélange diverses influences; On retrouve du Green Day sur I gotta rock, Ramones sur Going out tonight, Thin Lizzy sur You are my woman, et je peux même entendre du Jimi Hendrix sur Revolution. Cela te semble-t-il correct, et qu’avez-vous mis d’autre dans cet album ?

Danko Jones : La majeure partie est correcte. Green Day ne fait pas partie de nos références (rires). I gotta rock est simplement un morceau de rock traditionnel, je n’entends pas ce soit disant punk… Mais, si tu l’entends, soit ! Ce n’est pas un groupe… Ils sont bons, mais je n’écoute pas ce groupe, pas assez pour qu’ils m’influencent. Pour le reste… You are my woman est définitivement un clin d’oeil à Thin Lizzy, tout comme Going out tonight fait référence aux Misfits, c’est évident. Des chansons comme Wild Cat font référence à Van Halen – Hot for teacher, Fools, Top Jimmy. Let’s start dancing mélange Van Halen et Bad Brains… Oui, parfois il y a de nouvelles influences mais rien de vraiment neuf, en réalité. On n’a jamais eu de chanson qui sonne entièrement comme du Van Halen, on n’a même jamais composé dans cet esprit ! C’est nouveau pour nous, et tout est fait sous couvert de « Rock n Roll »…

Metal-Eyes : Au niveau des textes, tu parles de Rock n Roll, sur scène, sur la banquette arrière d’une voiture, s’amuser, faire l’amour à l’arrière d’une voiture. Il n’y a rien de très neuf ou ai-je raté quelque chose ?

Danko Jones : Le rock est sans doute le seul genre musical qui puisse faire référence à lui-même, c’est devenu une sorte de tradition. Avec des chansons comme I gotta rock, ça fait sens. Le metal ne peut pas le faire sans être vu comme un paria, le jazz ne le fait pas, le rap non plus… En termes de paroles et de thématiques, oui, ça traite toujours d’amour, de sexe, de filles, de femmes, de relations… Je ne sais pas quoi d’autre chanter avec ces riffs-là. En tere de politique ou de prise de conscience sociale ? Ce ne sont pas des riffs fait pour cela, ils ne se marient pas avec ces thèmes. Je crois aussi que l’idée d’écrire des chansons sur le même thème, encore et encore, avec le même type de musique fait qu’on décrédibilise ce type musical. Mais je pense qu’il y a aussi une forme d’art à réarranger en permanence les trois mêmes accords avec les mêmes thèmes. Les groupes qui veulent toujours avancer et utilisent des termes comme « progression » et « aller de l’avant » ou « être plus mature » feront tout ce qui est en leur pouvoir pour atteindre cet objectif. Vu de l’extérieur, ça semble très artistique, très créatif. Mais, à mes yeux, ce n’est qu’une illusion, d’écrire de la sorte, alors que c’est bien plus difficile artistiquement de te confiner et voir comment tu peux tirer quelque chose… pas de neuf, mais de différent, plus frais d’un thème récurrent. Je crois qu’on fait beaucoup trop attention à ces choses… Les gens me disent toujours qu’on sort le même album, que je parle toujours de femmes… Oui, mais je l’ai fait de 100 manières différentes ces 20 derniers années, et je n’arrêterais pas ! Je crois que s’il y a une forme d’art qui ne reçoit pas l’attention mérité, c’est ça. Je pense que c’est parce que les gens se braquent sur la présentation du thème… Tu parles de femmes, de rock… Ce ne sont pas des sujets « sérieux », et les gens pensent que ce n’est rien de plus que… boire de la bière et s’écorcher les genoux avec une musique de faible intérêt. Mais je ne vois pas les choses ainsi, surtout en travaillant encore et encore les arrangements de ce sujet. C’est très satisfaisant d’écrire une chanson dans cette tradition mais de manière différente. Wild cat n’a rien à voir avec Sound of love, totalement différente de Love travel ou First date… Elles sonnent toutes différemment bien que traitant du même thème. C’est ce qui fait de cet art quelque chose d’amusant et de créatif. Les gens ne s’en rendent pas toujours compte. D’un autre côté, pourquoi le feraient-ils ? Nous nous présentons comme un groupe léger, de fêtards… Mais quand tu t’intéresses au making of, à ce qui se passe en coulisses, tu ne peux nier qu’il y a une forme d’art, sans conteste.

Metal-Eyes : Justement, aujourd’hui, tu te considères plus comme un musicien ou un artiste ?

Danko Jones : Oh, mon dieu, non, je déteste ce mot d’artiste ! Même le fait d’utiliser l’expression « il y a une forme d’art à faire ça » me gêne… Les personnes qui se croient artistes se sont sans doute masturbé le cerveau. Je trouve ça vraiment prétentieux et je n’ai pas de temps pour ça. Qui que ce soit qui se dit « artiste » devant moi… généralement, je me renferme… (rires) Je n’y fais pas attention ; Je ne suis qu’un gars dans un groupe de rock.

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution de Danko Jones, le groupe, entre Foire music et Wild cat ?

Danko Jones : C’est une continuité de Fire music. Pas une seconde partie, mais bien une continuation dans le sens où nous avons utilisé les mêmes studios, avons travaillé avec le même producteur. Ce qui est, vraiment, la première fois que nous faisons cela dans notre carrière : enregistrer des disques avec la même équipe. Depuis Born a lion et de disque en disque, il y avait toujours une chose qui changeait. Le line up, le studio, le producteur, l’un de ces éléments, deux ou tous changeait. D’une certaine manière, c’est sans doute parce que mes oreilles sont faites à ce groupe, je peux sentir le changement venir. C’est une bonne chose.Je ne regrette rien de ce que nous avons fait auparavant mais j’ai l’impression que nous tenons quelque chose. Et je pars du principe qui dit « pourquoi réparer quelque chose qui n’est pas cassé ? ». Une fois que nous avons compris les marqueurs de Fire music et les avons réalignés pour Wild cat, eh bien, pourquoi en changer ? Rich… Enregistrer avec Rich, qui est dans le groupe depuis 4 ans… Ça a été tellement plaisant d’enregistrer avec lui, de travailler avec lui ces 4 dernières années, ça ne va pas changer… C’était plaisant avec Eric, et il avait un tel son… pourquoi parier sur quelqu’un que nous ne connaissons pas… C’est un rocker, nous savons comment chacun travaille… pourquoi changer cela ? Eric a tendance à travailler dans certains studios parce qu’il les connaît, il sait quel son il obtiendra et où. Nous avons procédé de la même manière pour Fire music et Wild cat.

Metal-Eyes : Pourrait-on dire que l’évolution du groupe réside dans sa stabilité, alors ?

Danko Jones : Oui, tu as raison. Même si Fire music était plus « colérique », il n’y a pas de revanche ici. Toutes les chansons de Wild cat sont énergique, elles rockent et… expliquent bien ce que nous sommes en tant que groupe. On ne cherche rien. Avec Fire music, nous sortions d’une situation très tumultueuse avec le  line up précédent. Oui, il y a des résidus de cette expérience sur Fire music. Mais depuis, nous avons rencontré notre plus gros succès commercial, et il n’y a pas de colère. Les albums sont un reflet de ce que nous sommes à un moment précis.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Wild cat pour expliquer ce qu’est Danko Jones à quelqu’un qui ne vous connais pas, ce serait quelle chanson ?

Danko Jones : Sans doute Wild cat. J’étais si content quand nous avons choisi d’en faire le titre de l’album, parce qu’il y a tant d’éléments dans cette chanson. Autrement, My little rock n roll qui est aussi une de mes préférés de l’album. Je choisirais l’une de ces deux-là, mais plus le morceau titre.

Metal-Eyes : Il y a quelques concerts prévus en mars, et j’imagine que d’autres dates vont être annncées à la sortie de l’album.

Danko Jones : Sans doute, oui… Pour l’instant, on y travaille. Bien sûr, chaque semaine des festivals sont annoncés, ce qui va nous occuper de juin à août, mai est en cours… On travaille sur l’automne… Généralement, on commence avec une tournée d’échauffement de deux ou trois semaines avant de revenir jusqu’en automne. Je suis à peu près certain que nous reviendrons à l’automne prochain en France pour quelques concerts avant de rentrer et revenir…

Metal-Eyes: On connait le musicien, mais on connait moins Danko Jones, l’homme. Quels sont tes passe-temps ?

Danko Jones : Mes passe-temps ? eh bien, je fais mon podcast. Je ne le fais pas pour l’argent ou comme un boulot. Je n’ai pas de délais, je réponds à moi-même, j’invite les gens que je veux inviter… ca m’occupe toutes les deux semaines, et il y a de quoi. C’est exigeant, mais je ne pense pas que ça prenne le pas sur le groupe. Je connais d’autres personnes qui sont dans des groupes et publient deux ^podcasts par semaine. Même un seul, c’est beaucoup. Deux en une semaine ? ça peut être cool ; je vais prendre un mois de repos une fois l’album sorti et l’utiliserai pour préparer des podcatss en nombre, ce qui me permettra de pouvoir tenir jusqu’à la période des festivals cet été. C’est un hobby. J’écris aussi. Des articles pour des magazines. Ils me laissent écrire ce que je veux et je le ^prend comme un exercice d’écriture la plupart du temps. C’est fun. Je n’ai pas de hobbies comme le tennis ou collectionner ceci ou cela… Si, je collectionne des disques, on peut considérer ça comme un hobby. Il m’arrive d’organiser des voyages pour ça, parfois. Mais je l’ai toujours fait. Je considère mon podcast comme mon hobby principal.

Metal-Eyes : Terminons avec une question sérieuse : il y a quelque jours, votre voisin a investi la maison Blanche d’un nouvel occupant. Il n’a pas seulement décidé de construire un mur à la frontière mexicaine, j’ai aussi entendu dire qu’il envisageait d’en construire un à la frontière canadienne…

Danko Jones : Oh, j’espère qu’il va le faire (rires) Qu’il construise son putain de mur… Il ne… il ne veut pas construire un mur au Canada, d’où tu tiens ça ?

Metal-Eyes : Ce sont des musiciens canadiens qu’i m’en ont parlé…

Danko Jones : Non, non, non, ils ne savent pas de quoi ils parlent ! Quels musiciens canadiens t’ont dit ça ?

Metal-Eyes : Pas de nom !

Danko Jones : Ok, j’appelle ça de la désinformation, ou de la manipulation de faits.

Metal-Eyes : Comment considères-tu ce qu’il se passe aujourd’hui aux USA ?

Danko Jones : Ah… c’est une blague. Donald Trump est un porc fasciste. J’ai peur de le dire, mais ça devient, à la minute, de plus en plus une nation fasciste. Je suis Canadien, je pense que je suis en sûreté, mais qui sait ? Quand la plus grande puissance du monde devient fasciste, qui est en sécurité ? Je te dirais cela : il n’y a pas de mur prévu entre les USA et le Canada ! Quel que soit le musicien qui t’a dit ça, il doit vraiment avoir la tête dans le cul… S’il plaisantait, c’est une chose, mais s’il est sérieux… Il y a une réalité de construction entre les USA et le Mexique, oui. Mais ça ne va pas se produire. Ça ne peut pas se produire. Si ça se fait, ce ne sera que temporaire. Tout ça n’est fait que pour nous distraire. Et c’est là-dessus que, je pense, nous devons tous nous concentrer : de quoi cherche-t-il à nous distraire ? Avec ses tweets démentiels que personne sain d’esprit n’oserai dire ? Pourquoi dit-il ces choses ahurissantes ? Je n’ai ni les moyens ni les moyens intellectuels pour comprendre quelle est la cause de ce s choses. Mais, j’en suis persuadé : il ne s’agit que de détourner notre attention. De quoi ? Ses investissements, ses conflits d’intérêts ? Il a annulé son rendez-vous sur les conflits d’intérêts pour rencontrer Kanye West… Il n’a toujours pas expliqué ses réformes sur les impôts. Je suis Canadien, mais ses décisions vont directement nous affecter, en tant qyue Canadiens…

Metal-Eyes : Et les Europpéens aussi…

Danko Jones : Oui, oui , d’un point de vue global et économique ! Ses positions sur le changement climatique – « ça n’existe pas » – ça va affecter l’avenir de l’humanité ! Ils sont déjà en train d’envisager de quitter les accords de Paris. Cela va affecter la planète entière. Il démembre le NAFTA, les accords de libre-échange nord-américains… Cela va affecter des personnes que je connais, des familles entières. Ce ne sont pas des choses que je lis dans les journaux, ce sont des personnes que je peux nommer qui vont se trouver au chômage. J’ai tweeté au sujet de Donald Trump et je suis choqué lorsque des Américains n’ont pour seule réponse : « en quoi cela t’intéresse-t-il ? tu es Canadiens ? Tu devrais même ne pas t’y intéresser ! Comment cela te touche-t-il, tu es Canadien ! Ne te mêle pas de notre politique… » et je me dis : mais les gars, vous ne vous rendez même pas compte, vous vivez dans une telle bulle que vous ne réalisez pas à quel point cela va vous toucher. Un niveau d’ignorance mêlé à encore plus d’ignorance… C’est tellement facile de détourner l’attention que c’en est parfois difficile de s’en rendre compte. Pourquoi balance-t-il des tweets sur un spectacle de Broadway, Ok, mais ce n’est qu’un putain de spectacle à Broadway, que vise-t-il, bordel !  Et là, tu réalises que le système éducatif aux USA est juste… déplorable. C’est pire que tout.. Mais bon…

Metal-Eyes : en tout cas, merci Danko pour cet échange et bonne chance avec la sortie de Wild Cat, qui paraît le 3 mars prochain.

 Merci à Roger Wessier pour l’organisation de cette rencontre. 

 

INTERVIEW: THE RAVEN AGE

Entretien avec Dan Wright et George Harris (guitares) – The Raven Age. Propos recueillis à Paris le 7 février 2017

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Metal-Eyes : Je suis aujourd’hui, 7 février 2017, en présence de George Harris et Dan Wright, tous deux guitaristes au seine de The Raven Age. Tout d’abord, et je suis certains que des dizaines de personnes vous l’ont déjà demandé : c’est notre première rencontre, pouvez-vous nous raconter l’histoire de The Raven Age ?

George Harris : L’idée du groupe est née en 2009, lorsque nous nous sommes rencontrés, Dan et moi. Nous sommes devenus amis, jouons tous deux de la guitare et écoutons le même style de musique. Nous avons commencé à composer, et deux ans plus tard, nous avons décidé de monter notre propre groupe. On se débrouillait plutôt bien… Nous avons donné notre premier concert en 2013, et depuis tout s’est enclenché, sans contrôle, on a tourné à travers le monde et… c’est dingue depuis!

Metal-Eyes : A ce jour, vous avez sorti un Ep. Un album arrive, dont nous allons parler, mais tout d’abord, entre février et août 22016 vous avez tournés avec Iron Maiden. Nous connaissons la relation qui vous unis, toi et le bassiste d’Iron Maiden, qui se trouve être ton père, ce qui a certainement facilité l’accès du groupe à cette affiche. Toutefois, comment de jeunes et inexpérimentés musiciens tels que vous êtes, vivent-ils un tel périple, dans de telles conditions ? Il ne s’agit pas de jouer dans des clubs, mais bien dans des endroits énormes…

George Harris : Oui, énormes. Le plus gros endroit où nous ayons joués avant ça accueillait… 2300 personnes et le premier concert de cette tournée c’était devant 22.000 personnes. Le premier show ! C’était très éprouvant nerveusement, pour nous tous. Mais je pense que notre son, notre vision de ce que nous serons à l’avenir en tant que groupe… On s’est toujours projetés sur de grandes scènes. Nous avions une certaine idée de comment nous devrions nous comporter sur de telles scènes. Ensuite, il faut mettre cela à exécution. Les premiers shows sont angoissant, que va-ton-faire de cet espace ? Comment l’occuper ? Mais nous aimons ça, et même si nous étions nerveux, nous étions encore plus excités par ce défi et cette opportunité. C’était une expérience simplement extraordinaire.

Metal-Eyes : Maintenant, après avoir tourné à travers le monde, dans des conditions aussi bonnes pour un jeune groupe, de quoi pouvez-vous encore rêver ?

Dan Wright : C’est sûr que pour nous, c’est une belle étape, en tant que groupe.

George Harris : Je pense que, avant tout, nous devons avoir conscience que c’est notre rêve. Et autant nous avons la chance d’avoir pu vivre une telle expérience, le rêve ultime est de pouvoir le faire par nous-mêmes. En tête d’affiche. Nous sommes revenus de cette tournée plus motivés que jamais ! On a entendu des histoires au sujet de groupes qui ont vécu de telles tournées et qui ont eu beaucoup de mal à revenir à la réalité. Nous étions tous excités à la fin de cette tournée, et nous sommes remis au travail, avons sorti le matériel… Nous savons que si nous trvaillons dur, saisssons d’autres opportunités, tournons, nous pouvons continuer. C’est ce que nous allons faire sur cette tournée avec Anthrax. Il y a l’album qui sort sur BMG, une belle opportunité aussi. Tant que nous continuons de travailler dur, et réalisons que ces conditions sont superbes, alors notre travail paiera.

Metal-Eyes : Une dernière question concernant cette tournée : dans quelle mesure pensez-vous qu’elle ait impacté votre musique ? Votre manière de composer ou d’enregistrer ?

George Harris : Pour cet album, les chansons étaient composées avant la tournée. Mais nous composé pendant cette tournée. Mais je ne pense pas que ça ait modifié notre façon de composer. Nous sommes restés nous-mêmes en ce qui concerne la façon de composer. On se dit que nous devrions orienter ce titre de telle manière, inclure ceci parce qu’il sera joué live. Nous sentons qu’il faut faire telle ou telle chose afin d’amener cette chanson là où elle doit aller. Même si cette tournée a été gigantesque pour nous, nous avions déjà eu de grosses tournée avec Mastodon et Gojira. Et ça n’a pas changé notre manière de composer non plus.

Dan Wright : Je crois que ça nous a surtout donné du temps pour composer, plus. Il y avait tant de temps entre les shows, et après notre set-up, et soundcheck, il y a 4 ou 5 heures avant le show… Quand tu es sur la route, tu as plus de temps pour composer. Tu vois différents endroits, plein de choses te traversent l’esprit… Tu ne songes pas forcément à composer, mais certaines choses arrivent à certains endroits ou moments. Un riff de guitare, un environnement qui t’inspire… Ca aide vraiment d’être sur la route tant tu vois de choses, tu vis tant d’émotions… Tu appuies sur la détente, tu attrapes une guitare et écrit ton riff…

Metal-Eyes : Comment décrirez-vous Darkness will rise, votre album qui sera en bacs le 17 mars, pour me convaincre de l’acheter ?

George Harris : (rires) C’est un album très dynamique, je dirais. Ce n’est pas un album composé uniquement de metal rapide. Il y a plusieurs batteurs ce qui, je crois, le rend intéressant. De nombreuses chansons sont assez longues, l’album dure 77’ je crois… Chaque chanson est différentes, il y a des parties thrash, d’autres plus lentes… Il y a un peu de tout, ce qui peu plaire à plein de gens différents.

Metal-Eyes : Et si vous deviez ne retenir qu’un titre de cet album pour expliquer – à moi et à ceux qui vont vous découvrir – ce qu’est ce groupe, ce serait quel titre ?

Dan Wright : Satisfy, je dirais. Celle dont nous venons de publier une vidéo. Je crois que c’est la meilleures représentation de ce que nous sommes, de la manière dont nous racontons les histoires, avec des moments forts et d’autres plus calmes. Toutes nos chansons, selon moi, sont ainsi sur cet album, mais je pense que c’est la plus représentative.

George Harris : Je suis d’accord.

Metal-Eyes : Ok. Si George est d’accord (rires des deux). Une question pour toi, George: quand tu as décidé de te lancer dans le business de la musique, quel type d’avertissement ton père, qui, par le plus grand des hazards, est un des bassistes les plus appréciés de la planète, a-t-il put e donner? Il a une longue expérience dans de nombreux domaines, avant et après ta naissance…

George Harris : Le principal conseil qu’il m’ait donné, et c’est encore valable aujourd’hui, est de rester fidèle à moi-même. « Reste fidèle et intègre. Il y aura beaucoup de gens sur ta route, certains voudront te convaincre de jouer de telle manière, d’enregistrer de telle manière… Mais personne ne sait ce qui est bon pour ton groupe aussi bien que toi. Quelle que soit ta vision, accroches toi à elle ! » Tu sais, c’est avoir du caractère et ne laisser personne te dicter ce que tu dois faire et ce genre de chose

Metal-Eyes : Il t’a aussi conseillé, toi, ou les autres membres du groupe ?

Dan Wright : Oui, absolument! Il a été fantastique en matière de conseil. Il nous fait confiance en ce qui concerne la prise de décision, mais il a été de bon conseil pendant la tournée. Le meilleur conseil qu’il nous ait donné était comment attaquer cette scène ! Tu sais, elle était si grande que, pour nous, c’était effrayant bien qu’excitant. Avoir quelqu’un de présent pour nous conseiller avant de monter sur scène nous a été vraiment très bénéfique. Même d’un point de vue musical, il est une inspiration. Il ne nous a rien conseillé de ce point de vue, mais simplement le fait d’être là, sa présence, ça ne peut pas être mauvais.

Metal-Eyes : J’imagine… Revenons à votre album. Pouvez-vous nous parler de l’enregistrement: où a-t-il eu lieu, comment avez vous procédé?

George Harris : Nous l’avons enregistré au studio où nous répétions, chez nous, à Londres. Nous avons impliqué Matt Hight, il est venu, a enregistré les batteries. Ensuite, nous avons investit les studios et j’ai chapeauté l’enregistrement du reste : les guitares, la basse et les voix. C’était très relax, sans pression. Nous n’étions pas contraint par le temps, l’argent, d’avoir quelqu’un présent dont tu as l’impression que tu lui fais perdre du temps et ces trucs là. L’ambiance était très relaxe, ce qui a retiré pas mal de pression. Nous pouvions donc prendre le temps de faire les choses comme nous l’entendions. Et nous avions la tournée entre temps, entre deux sessions… Donc, l’enregistrement s’est étalé sur pas mal de temps, le mixage aussi… Le tout a pris environ un an.

Metal-Eyes : Qu’en est-il du deal avec BMG, comment l’avez-vous obtenu?

George Harris : En gros, après notre tournée avec Maiden, nous avons vraisemblablement attire pas mal de regards, nous avons aussi récolté de nombreux fans. Spotify a pris cela en compte et nous a ajoutés à sa playlist Metal et a vu les chiffres augmenter rien qu’avec ce qu’on pouvait dire à notre sujet. A partir de là, BMG a aussi entendu parler de nous, nous a contactés, a écouté l’album et, pendant une semaine environ, nous sommes restés discrets. Ensuite, nous les avons rencontrés et ils étaient si impressionnés par l’album, la manière dont il sonne, par notre organisation… Je crois que la raison pour laquelle nous avons choisi de travailler avec eux est qu’ils semblent vraiment adhérer à notre art, aux histoires que nous créons et à l’univers que nous voulons créer… Ils ne veulent pas s’investir dans l’aspect artistique mais simplement apporter leur expertise pour la commercialisation du disque.Une des raisons de ce choix est qu’ils nous font entièrement confiance en matière artistique : nous créons tous nous-mêmes, nous faisons tout en tant que groupe. C’est pour ça que nous avons choisi de travailler avec eux, et les derniers mois – les 6 prochaines semaines, en fait – ont été assez dingues !

Metal-Eyes : Oui, on y arrive.  La pochette de l’album évoque à la fois un casque et le crane d’un corbeau. Quelle relation existe-t-il entre cette illustration et le titre de l’album ?

George Harris : Darkness will rise est directement lié au nom du groupe, The Raven Age. Historiquement, les corbeaux étaient considérés comme les gardiens de la ville de Londres. Les tours, les exécutions… Les corbeaux protégeaient cela. La légende disait que si les corbeaux étaient amenés à disparaitre, alors l’Empire britannique tomberait. Darkenss will rise évoque donc  l’idée que les corbeaux ont les pleins pouvoirs parce qu’ils doivent être là pour empêcher l’Empire de disparaitre. C’est aussi un message pour nous, en tant que groupe, pour nous battre en ce début de carrière… L’artwork représente en effet un corbeau qui s’apprête à aller au combat. Pour nous, c’est nous lancer dans la bataille de cette industrie…

Metal-Eyes : Avez-vous entendu parler de cet autre groupe anglais…

Dan Wright : RavenEye ? Oui, ils nous ont d’ailleurs contactés il y a quelques mois, nous disant qu’on les avait pris pour nous et inversement !

Metal-Eyes : Le chanteur a apparemment une passion pour les oiseaux, dont les corbeaux, mais ce n’est pas votre cas ! En revanche, avez-vous choisi le nom du groupe en relation avec le roman Game of thrones ?

George Harris : Non, en fait, nous n’avions pas vu la série au moment où nous avons formé le groupe, en 2009. Elle est d’ailleurs sortie après…Non, c’est vraiment l’histoire liée à la Tour de Londres et la légende que cela créé…

Metal-Eyes : Quelques mots au sujet de votre éducation musicale. Pas l’apprentissage de la guitare, mais le développement de votre culture musicale. A priori, George, il y avait beaucoup de musique à la  maison, était-ce la même chose chez toi Dan ?

Dan Wright : Oui, les membres de ma familles jouaient aussi dans des groups et j’ai dû recevoir ma première guitare enfant ; Du style « tiens, voici une guitare, vois si ça te plait ». Mais je n’ai vraiment commencé à m’y intéresser qu’à l’âge de 13 ans… Après, je suis allé étudier la musique. J’ai toujours voulu aller étudier la composition à l’université, j’ai toujours été intéressé par les musiques de films, et je crois que tu peux entendre dans notre musique le côté épique du cinéma. Notre relation, George et moi, est évidemment liée à notre attrait pour ce genre de compositions. Oui, la musique a définitivement toujours fait partie de mon univers !

Metal-Eyes : Et votre culture musicale s’est-elle faite plus en fonction de ce que vous pouviez entendre à la maison ou au contact, comme c’est souvent le cas à l’adolescence, de vos amis ?

Dan Wright : Exactement ! Avec les copains, au lycée, nous regardions les chaines musicales, et il y avait ces vidéos de Funeral For A Friend, Bullet For My Valentine, Avenged Sevenfold, Killswitch Engaged et ces groupes là… Nous allions à des concerts ensemble, et, parce que je jouais de la guitare, je fréquentais pas mal de groupe et allais les voir. C’est devenu une part de ma vie. Et nous avons réalisé que nous avions les mêmes expériences et attentes…

George Harris : Pour moi, c’est pareil. J’ai été exposé au Heavy Metal dès ma naissance…

Metal-Eyes : Même avant ta naissance!

George Harris : Oui, oui! Bien avant (rires). Je crois que j’ai toujours évolué autour de l’industrie musicale. Il y avait de la musique partout, dans la voiture, pour aller à l’école, il y avait plein de musique, des BO de films, des choses plus obscures… J’ai assimilé tout cela inconsciemment et ça ressort aujourd’hui. Cela a sans aucun doute une influence sur ta construction. J’ai commencé avec des groupes vers 14 ans, et mes influences ont toujours eu un rôle à jouer.

Metal-Eyes : Une dernière chose, George: suis-tu ce que fait Austin Dickinson avec son groupe, As Lions?

George Harris : Je les suis sur Instagram pour savoir ce qu’ils font, oui.

Metal-Eyes : Je le vois dans quelques jours et lui poserai la même question !

George Harris : Ah, oui! Cool! (rires)… Non, je le suis, pour savoir comment ils se débrouillent. Ils viennent de soutenir Five Finger Death Punch aux USA et leur album vient de paraitre. On est tous assez occupés ces derniers temps. Je ne lui ai pas parlé depuis quelques temps, on s’était vus à des festivals… Mais oui, je le suis.

Metal-Eyes : Nous ne vous avons pas encore vus en France, en tout cas pas avec Iron Maiden. Quand nous verrons vous live en France ?

George Harris : Eh bien, nous allons jouer le 16 mars prochain en ouverture de Anthrax, à l’Esy..Elysée Montmartre (NdMP : il a un peu de mal à prononcer ce nom). C’est cet endroit qui est fait dans les mêmes matériaux que la tour Eiffel ?

Metal-Eyes : Exactement, une charpente en métal, avec des chevilles fusionnées. Une technologie développée au 19ème siècle. La salle a été fermée quelques années à la suite d’un incendie mais a rouvert tout récemment. Je vous y verrais, j’espère. Merci pour cet échange et bonne chance pour votre carrière.

Tous deux : Merci à toi !

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Interview: BLACK STAR RIDERS

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Entretien avec Damon Johnson (guitare). Propos recueillis à Paris le 30 novembre 2016

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C’est dans le cadre luxueux cadre d’un grand hôtel Parisien que Damon Johnson et Scott Gorham, les deux guitaristes de Black Star Riders, reçoivent la presse pour parler de Heavy Fire, nouvel album à paraître début 2017. Fraîchement arrivé le matin de Nashville et à quelques heures de prendre un avion pour l’Allemagne, c’est un Damon Johnson serin et posé qui accueille Metal Eyes.

 

Metal-Eyes : Damon, revenons rapidement en arrière, si tu le permets : à la fin de 2012, les membres de la nouvelle incarnation de Thin Lizzy décident d’enregistrer quelques chansons ensemble mais pas sous ce nom, est-ce exact ?

Damon Johnson : En réalité, au départ, nous voulions enregistrer cet album sous le nom de Thin Lizzy. On en a parlé. De nombreuses chansons avaient cette tonalité Thin Lizzy, quoi que puisse être ce son. Nous avons ensuite décidé qu’il serait certainement bien plus respectueux, au regard de  l’héritage musical de Phil Lynott, qui n’était pas qu’un grand front man mais surtout un grand compositeur, il a écrit toutes ces chansons… Ca a été vraiment une sage décision qui a oté beaucoup de pression de nos épaules, principalement Ricky, qui est lui-même un superbe compositeur, il était plus censé d’appeler cet album Black Star Riders tout en conservant cet esprit.

Metal-Eyes : En mai 2013, vous publiez votre premier album, All hell breaks loose, deux ans plus tard, parait The killer instinct et début 2017 arrive Heavy fire. Comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre ces trois albums ?

Damon Johnson : Comme je l’ai dit un peu plus tôt, nous voulions nous concentrer sur le premier album que l’on voulait très « thin Lyzziesque » si je peux m’exprimer ainsi. Il y avait beaucoup de riffs de guitares, dans les tempos, même dans le chant, les harmonies vocales. La plus grande différence entre les deux premiers albums est que nous n’étions plus sous cette étiquette « Thin Lizzy ». Nous avons eu du succès avec All hell breaks loose, ce qui nous a grandement soulagés. On était comme… « woaw, les gens apprécient vraiment » alors continuons sous ce nom et voyons ce que ça donne. Travailler avec Nick Raskulinecz, notre producteur est superbe. Il est très spécial, extraordinaire, il connait nos forces, nos faiblesses, et sait exactement comment obtenir le meilleur de nous. Après avoir fait ce second disque avec Nick, nous savions ce qui nous attendait pour Heavy fire. L’objectif était d’écrire 20 chansons, retourner voir Nick, avec lui, décider des 10 meilleures et en faire un album. Nous étions très impliqués dans le process et, en même temps, très surpris par le résultat. On a laissé Nick avoir le dernier mot sur ce qu’il pensait être les chansons qui finiraient sur l’album.

Metal-Eyes : Il est le producteur, mais sur les deux premiers albums, tu étais le compositeur principal. C’est encore le cas pour Heavy fire ?

Damon Johnson : Oui. Ricky et moi écrivons la base des chansons. Il y a une grande alchimie entre nous, beaucoup de respect mutuel. Il est un frère pour moi.

Metal-Eyes : Aux cheveux roux…

Damon Johnson : (rires) Oui, mon frère roux d’Irlande du Nord (rires) ! Tu sais, nous avons une éthique de travail identique : se lever tôt, faire de l’exercice, prendre soin de nous, et faire ce qui doit être fait. Donc, oui, nous nous occupons de la base, Scott a toujours quelques superbes riffs à proposer, et ça a été la même chose sur cet album. Je suis vraiment content que Robbie, notre bassiste, ait proposé quelques idées, aussi.

Metal-Eyes : Le process d’écriture devient un peu plus un travail collectif que simplement le fruit du travail de deux personnes, donc ?

Damon Johnson : Oui, c’est vrai que la structure des trois albums c’est Ricky et moi. Et ce sera sans doute pareil à l’avenir. Mais on aime quand les autres apportent leurs idées. Tu dois te souvenir que Ricky et moi composons depuis longtemps, au sein de nos groupes précédents. C’est une situation unique que de trouver un guitariste légendaire et deux gars tous dans le même groupe avec toute cette expérience de composition. Tu ajoutes Jimmy (de Grasso) et Robbie, qui ont enregistré des dizaines de supers albums de rock… C’est une excellente équipe !

Metal-Eyes : Peut-on considérer qu’aujourd’hui, pour chacun d’entre vous, Black Star Riders est votre priorité ?

Damon Johnson : Sans aucun doute.

Metal-Eyes : Vous parvenez donc à répéter ensemble et vous retrouver ? Vous enregistrez ensemble ou vous utilisez la technologie moderne pour envoyer des dossiers ?

Damon Johnson : Quand on écrit,  on utilise la technologie pour nous envoyer des idées. Pour chacun des albums, Ricky et moi tentons de nous retrouver pendant 4 ou 5 jours et construire les débuts des nouvelles idées. On s’est retrouvés en janvier de cette année, puis avons passé le reste du printemps et de l’été à travailler. Dès que nous sommes ensemble, nous travaillons sur diverses choses. On a passé une semaine chez Scott, par exemple. Mais pour la réalisation de l’album à proprement parler, nous voulons nous retrouver tous les 5 dans la même pièce, on branche les amplis et on transforme tout ça en chansons de Black Star Riders. On doit être tous les 5 pour pouvoir le faire.

Metal-Eyes : Je n’ai pas vraiment pu écouter totalement Heavy fire, cependant ce que j’en ai entendu laisse entrevoir des touches, naturellement, très Thin Lizzy, et ce qui m’a vraiment marqué c’est la voix de Ricky qui ressemble de plus en plus à celel de Phil Lynott. Est-ce volontaire ou une évolution naturelle de sa tessiture depuis The Almighty ?

Damon Johnson : C’est une évolution totalement naturelle. Tu dois garder en mémoire qu’une des raisons qui ont fait que Ricky était aussi parfait pour que Scott l’intègre comme chanteur de Thin Lizzy est qu’il a grandi en étudiant Phil. Pas seulement sa musique, tout…

Metal-Eyes : Et ils viennt du même pays, ont la même culture.

Damon Johnson : Oui, ils ont cette culture en commun, et ils ont également ces mêmes capacités vocales. Phil avait ce tte voix exceptionnelle de baryton, de même que Ricky. Il a un réel sens de la mélodie vocale, comme Phil. Tu ajoutes les influences de Ricky que sont Joe Strummer, Bruce Springsteen, van Morisson… Il est le chanteur parfait pour Thin Lizzy et pour Black Star Rider.

Metal-Eyes : Chaque titre d’album évoque le western d’où le groupe tire son nom; C’est volontaire, j’imagine?

Damon Johnson : (il rit) Je ne sais pas, en fait. Ce que je sais, en revanche, c’est que cela lie notre groupe ; nous regardons beaucoup de westerns ensemble, sur la route, des films de guerres aussi. On discute beaucoup à table, dans les loges, dans le bus… Je sais que Ricky, enfant des années 70 ayant grandi en Irlande, a vécu des moments terribles à Belfast… Il n’est pas étonnant que cela influe sur sa manière d’écrire. Il va simplement au-delà de la lutte, il se met dans la peau, dans l’esprit des personnages, pas qui ils sont, mais aussi d’où ils viennent, comment ce qu’ils font peut affecter leur vie dans 20 ans… Ricky est vraiment un suer conteur, et, encore une fois, c’est une vraie joie pour moi de travailler avec lui. Il est aussi bon guitariste, et il apporte ses idées, gratte quelque chose et me demande mon avis. À partir de là, on délire et on envoie des idées comme ça. Nous avons vraiment beaucoup de chance d’avoir au sein du groupe un écrivain de son calibre. Il est très spécial.

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu Black Star Riders et Heavy fire à quelqu’un qui ne vous connais pas?

Damon Johnson : C’est très simple: Black Star Riders vient d’un environnement classique mais avec un son modern. Nous prenons vraiment comme un compliment – pas que des fans, d’autres groupes, aussi – leurs commentaires sur ce que nous avons réussi à accomplir. Il ne fait aucun doute que nous avons tous étudié le classic rock, mais le produit final, avec la collaboration de Nick Raskulinezc et de Jay Rustin, qui mixe nos albums, le produit final a un son intemporel. Je pense que chaque auditeur le ressent, quel que soit son âge. Nous avons tous des enfants, d’âges différents, qui aiment ce genre de musique, et leurs amis apprécient aussi le classic rock, et Black Star Riders. De vraies chansons, classiques avec un son moderne.

Metal-Eyes : je sais qu’un album est une unité, cependant, si tu devais ne retenir qu’un seul titre pour que je comprenne ce qu’est Black Star Riders aujourd’hui, lequel choisirais-tu?

Damon Johnson : C’est vraiment difficile… Si je ne devais retenir qu’une chanson… Tu sais, ça devrait sans doute être notre premier single, When the night comes in. Parce qu’elle est énergique, il y a un refrain ultra efficace, de superbes paroles, un phrasé vocal très intéressant et une unité joyeuse… J’espère que cela se retrouve ailleurs, pas seulement sur Heavy fire mais aussi sur les deux premiers albums. Nous voulons faire de la musique populaire, pas des chansons folks. Notre musique a vocation à être jouée sur de grandes scènes, avec un public qui chante. Nous pensons être sur cette voie et j’espère que Heavy fire nous en rapproche encore, qu’il soit le prochain chapitre.

Metal-Eyes : Il y a donc un nouvel album qui arrive, j’imagine qu’une tournée est en prévision. Quels sont vos plans pour 2017 ?

Damon Johnson : Tout d’abord, il y a une tournée anglaise en mars. Le Royaume-Uni est là où tout a commencé, là où se trouve notre premier fan base. Nous allons donc démarrer notre tournée là-bas, avoir une belle affiche avec d’autres super groupes, et j’espère que nous ajouterons rapidement d’autres dates en Europe. Nous voulons vraiment revenir en France, nous y avons tant de fans qui nous ont exprimé leur amour et leur soutien et qui connaissent, comprennent l’histoire de ce groupe. J’espère avoir une meilleure visibilité des dates vers le 1er février. Ensuite il y aura une tournée des festivals, on vient de confirmer le Sweeden Rock. J’espère que 2017 sera une année occupée.

Metal-Eyes : Vous voyagez beaucoup, vous rencontrez beaucoup de gens, des fans, des journalistes… Quand tu t’installes avec quelqu’un pour discuter comme nous le faisons là, t’arrive-t-il d’imaginer de quoi la personne en face de toi va parler ?

Damon Johnson : J’ai vraiment l’impression que les journalistes avec lesquels j’ai pu échanger ont une grande connaissance pas seulement à notre sujet mais aussi en ce qui concerne l’histoire de la musique rock. Bien plus en Europe qu’aux USA, d’ailleurs. Il y a une véritable appréciation non seulement du travail que Scott a pu réaliser durant sa carrière, mais également de notre travail. C’est assez spécial de sentir cette flamme en vie dans un seul endroit. En général, je trouve sympa – c’est arrivé une ou deux fois aujourd’hui, avec toi à l’instant, tu viens de poser une question qu’on ne m’avait encore jamais posée, ce qui est une bonne chose parce que ça nous pousse à réfléchir. Je trouve toujours flatteur que quelqu’un prenne le temps d’écouter des chansons que j’ai participé à créer, prendre des notes, en tirer des questions et venir en parler avec moi. Ce ne sera jamais un acquis, c’est un honneur, un privilège pour nous de pouvoir le faire.

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets dont tu voudrais pouvoir parler avec un journaliste, sans raport avec votre musique ?

Damon Johnson : Tu sais, on a tous des familles super, nous avons énormément de soutien de nos épouses, de nos enfants. Ils font entièrement partie de cette histoire, une des raisons pour lesquelles ce groupe fonctionne. Pour chacun de nous, si nous avions des familles frustrées, nous reprochant de ne pas être assez à la maison… Elles comprennent que c’est d’une certaine manière notre destin d’être musiciens, artistes. C’est un sujet de nous ne parlons pas beaucoup, je pense. En tout cas Ricky ou moi. Nos femmes… Elles ont un travail bien plus difficile que le nôtre, et les savoiraussi supportrices dans ce que nous faisons est un énorme soutien.

Metal-Eyes : une dernière chose : le monde entier a été très surpris il y a quelques semaines, voire choqué. En tant qu’Américain, quelle est ton opinion au sujet de l’élection de votre 45ème président, Donald Trump ?

Damon Johnson : C’est un sacré coup pour moi… Je n’ai pas voté pour lui, je n’ai jamais envisagé un scénario dans lequel il serait vainqueur, alors cette nuit-là a été très choquante, dans tous les sens du terme. Ça a permis de faire avancer les discussions, même avec mes amis qui ont voté pour lui, ça a ouvert les portes à un dialogue que nous n’avons jamais eu avant… Pour nombre d’entre nous, il est acceptable que tes amis aient un point de vue différent, on se retrouve pour un verre, un diner, nos gosses jouent ensemble. Maintenant, cela a ouvert les portes à la discussion, pas dans la colère, ais plus « aide moi à comprendre comment ce type a pu mener une campagne en disant de telles choses, horribles, inintelligentes, comment a –t-il pour rallier le soutien d’une telle proportion de gens dans notre pays ? » Comment est-il parvenu, selon moi, à démoraliser une telle quantité de gens ? La communauté LGBT, els immigrants… Nous n’élevons pas nos enfants ainsi, et c’est très difficile pour eux de comprendre comment cet homme a pu devenir président des USA sans réalisme… « On va expulser les Mexicains ! On va changer les lois, abolir l’avortement ! » C’est d’une agressivité à laquelle mon pays n’a pas été confronté… La bonne nouvelle c’est qu’il fait machine arrière sur certains points, ce qui nous laisse un peu d’espoir, contrairement à ce que nous avons vécu cette soirée là…

 

Merci à Valérie Reux pour l’organisation de cette interview.

Interview: GOTTHARD

Entretien avec Leo Leoni (guitare). Propos recueillis à Paris le 15 décembre 2016

 

Leo Leoni est Suisse. Le pays aux trois langues officielles dont les citoyens sont naturellement (mais pas systématiquement) portés à être polyglottes, ce qui peut rendre un entretien quelque peu intéressant, le sympathique guitariste mélangeant parfois les langues, cherchant ses mots en anglais pour mieux répondre en français. Et pour la dernière entrevue de l’année, Metal-Eyes a été gâté tant le gaillard est simple et sympathique malgré 25 ans de carrière.

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Metal-Eyes : Leo, tu es à Paris pour la promotion de Silver, le nouvel album de Gotthard qui sort le 13 janvier prochain. Tout d’abord, Silver est un album qui célèbre les 25 ans de Gotthard…

Leo Leoni : Accidentellement! (rires)

Metal-Eyes : Pourquoi “accidentellement”?

Leo Leoni : Parce qu’on était en train de travailler sur l’album et on a pensé “ouh! Il va sortir l’année prochaine », on a commencé à calculer, et ça fait 25 ans… C’est un accident, mais c’est arrivé !

Metal-Eyes : C’est ce qui a induit le nom de Silver ?

Leo Leoni : A la fin, oui. Quand on a réalisé que ça fera 25 ans qu’on a commencé, on a pensé aux noces d’argent…

Metal-Eyes : Quand vous vous en êtes rendus compte, comment vous êtes-vous mis à travailler pour cet album pour fêter dignement ce 25ème anniversaire ?

Leo Leoni : En fait, quand on a réalisé ça, l’album était déjà fini, on terminait le mixage. Donc il n’y avait pas beaucoup à faire. La seule chose qu’il y avait encore à travailler, c’était la pochette de l’album.

Metal-Eyes : Il s’agit du 12ème album studio de Gotthard, et, aussi, du 3ème album avec Nic Mader, qui a remplacé Steve Lee, malheureusement et accidentellement décédé aux Etats Unis en 2010. Comment décrirais-tu l’évolution de Gotthard depuis l’arrivée de Nic, et surtout depuis Bang !, votre précédent album ?

Leo Leoni : L’évolution, c’est clair : le premier album qu’on a fait avec Nic, c’était juste après le décès de Steve. Nous on est là et il y a ce mec qui arrive. Malheureusement, dans cette situation, heureusement pour sa situation. Mais c’était quelque chose d’inconnu, si tu vois ce que je veux dire, lui avec nous et nous avec lui… Forcément, c’était nous qui voulions donner le La, comme ont dit. Avec Bang !, on se connaissait plus qu’avant, on avait fait une année de tournée, tu sais ce qui va marcher ou pas, ce qui est bien ou mois bien, on peut faire quelque chose en plus. Maintenant, après Bang !, c’est clair : ça fait 4 ans qu’on est ensemble, on a travaillé sur le nouvel album et il y a plus d’expérience, on se connait mieux. Je pense qu’avec cet album, on peut dire que Nic est là. Ce qui est passé est passé, on ne l’oubliera jamais, mais comme je dis, Firebirth était back to the roots, avec Bang !, on a commencé à adapter un peu pour Nic, et maintenant, on s’est trouvés, si tu veux.

Metal-Eyes : J’imagine que son implication est aujourd’hui plus importante dans le travail du groupe. En quoi a-t-elle permis au son de Gotthard d’évoluer ?

Leo Leoni : Pas plus…Elle était déjà importante… Bon, la première chose c’est qu’il est le plus jeune et c’est clair qu’il écoute sans doute d’autres musiques que celles avec lesquelles on a grandi. Je pense que Nic a une touche un peu plus jeune – je ne dis pas que nous, on est vieux (rires) – et il y a des mélodies qu’on aurait jamais touchées. Ce qui est intéressant, c’est même s’il apporte des mélodies – quand on commence à travailler sur un album, chacun apporte ses idées. Les idées de Nic étaient peut-être un peu différentes, mais quand on travaille dessus, ça sonne comme Gotthard. C’est ce qui est intéressant. Et peut-être que quelqu’un d’autre, lui, moi, les autres, est arrivé avec des idées qui n’étaient pas vraiment ce qu’il fallait pour l’album. Il vient avec quelque chose qui n’est pas vraiment lié à… notre back catalogue… Il est le moins Gotthard, mais c’est comme ça.

Metal-Eyes : Mais il arrive avec sa jeunesse, ses idées…

Leo Leoni : Carrément, et il arrive à être comme Gotthard, finalement. Nous aussi, on s’est peut-être ouverts un peu plus.

Metal-Eyes : Est-ce que ça vous a permis de changer votre façon de travailler ?

Leo Leoni : La façon de travailler n’a pas vraiment changée parce que tout le monde vient avec ses idées. Une partie de l’audition qu’on a faite… on voulait vraiment que ce soit comme ça, on ne cherchait pas seulement un interprète, on cherchait aussi un compositeur, qui puisse composer de la même façon que nous. Il est arrivé et il travaillait comme on a travaillé. On a commencé à travailler sur deux ou trois morceaux, pendant les auditions, qui se sont retrouvés sur Firebirth. Maintenant, c’est la même chose, ça n’a pas vraiment changé.

Metal-Eyes : Vous avez choisi comme premier single la power ballad Stay with me. Pourquoi ce choix en particulier?

Leo Leoni : Ben… Le choix, c’est qu’on voulait un morceau qui nous représente. Il y avait plusieurs sigles potentiels sur cet album. Ce morceau… La Suisse est un pays démocratique, donc Gotthard est aussi démocratique ! On s’est dit voilà les morceau, et chacun donne son avis. Moi, comme producteur, j’ai dit ce que je pensais, et, pour moi, Stay  with me représente le mieux ce qu’est Gotthard maintenant, et l’album Silver. Il y a des ballades, des soft ballads, et il y a aussi le blues, uhne super performance de Nic à la voix, des guitares, une guitare sèche, une guitare solo…. C’est Gotthard aujorud’hui. Sur l’album, il y a tout, des ballades, du rock, des chansons sans solo, aussi… Et là, on a voté et on s’est tous dit que c’est celle-là. Il y a des morceaux on était trois ou quatre, d’autres, deux, mais celle là a fait l’unanimité. La maison de disque n’a pas discuté. Le groupe a dit c’est ça, ils ont suivi.

Metal-Eyes : Tu parles de la variété des styles qu’on peut trouver. Comment, justement décrirais-tu cet album pour…

Leo Leoni : Gotthard ! (rires)

Metal-Eyes : Oui, bien sûr, mais il est un peu moins « hard rock » que ce à quoi on a été habitués…

Leo Leoni : Oh, je ne pense pas… Si tu regardes les 25 ans de carrière de Gotthard tu vois qu’il y a du rock, du heavy, carrément du pop, soft… Je pense qu’il est moins soft que d’autres disques. J’ose même dire que je pense que c’est notre deuxième troisième album. Parce que Nic est là, mais tu paux aussi placer ce disque dans la première partie du groupe, avant Defrosted, avant l’album acoustique. Je pense que c’est du 100% Gotthard en 2017.

Metal-Eyes : Old school 2017, donc.

Leo Leoni : Oui, Back to the roots !

Metal-Eyes : Y a-t-il sur Silver des choses que vous n’aviez jamais tenté avant ?

Leo Leoni : Non, je ne pense pas… Je ne pense pas qu’on n’a pas osé, on a continué de faire ce qu’on voulait. C’est clair que tu changes, tu évolues… Tu ne veux pas répéter ce que tu as déjà fait. Si tu te répètes, ce n’est pas juste, tu dois évoluer… J’ai utilisé la même Les Paul que celle que j’utilisais il y a quelques années, mais ça n’est pas osé… Peut-être mettre des mélodies avec des guitares plus puissantes…

Metal-Eyes : Quleque chose que vous n’aviez jamais fait avant ? Les violons, ce n’est pas nouveau…

Leo Leoni : Oui, il y en avait, il y a eu de l’accordéon… L’année passée, on a fait des shows avec un orchestre aussi… Il n’y a rien de nouveau, non.

Metal-Eyes : Si tu ne devais reten ir qu’un seul titre de Silver pour définir ce qu’est Gotthard aujourd’hui, ce serait lequel ?

Leo Leoni : (sans hésiter) Stay with me. Parce qu’il y a tout dedans, comme je le disait. Il y a ud blues, du soft, des mélodies, des guitares… Il y a une combinaison de tout !

Metal-Eyes : On connait ta passion pour Queen. Que penses-tu du fait, aujourd’hui, de retrouver Queen avec différents chanteurs ? Queen and Paul Rodgers, Queen and…Freddie Mercury est irremplaçable, pourtant ils continuent d’utiliser le nom de Queen…

Leo Leoni : Freddie Mercury est irremplaçable, comme Steve est irremplaçable, ou Bon Scott ou tous ceux qui ont disparu. Je pense que c’est bien qu’ils continuent. Ils ont fait un choix… Le premier choix, c’était Paul Rodgers après le tribute à Freddie Mercury. Tout le monde pensait que c’était George Michael, le chanteur après Mercury, et il y a eu Paul Rodgers et les gens se sont demandé « c’est quoi, ça ? », et maintenant, il y a ce chanteur et tu te souviens exactement de George Michael quand il a fait le tribute ! La dernière version, c’est la même chose… Le mec, il eszt habillé exactement comme George Michael ! La seule différence, c’est Brian May qui a maintenant des cheveux blancs… Mais je trouve que le sens de Queen est encore là, et que ce chanteur fait quelque chose de fantastique, avec un grand respect, comme Paul Rodgers, d’ailleurs. J’aime plus cette version que la précédente, mais je trouve aussi qu’il ne faut pas sous estimer ce Brian May fait, ce qu’il a toujours apporté à ce groupe. Tu le sens, et c’est incroyable. Et puis… respect, ce qu’ils ont fait est incroyable. Je trouve que ce serait bien s’ils sortaient quelque chose avec de nouvelles chansons, mais… Il y a quelque chose qui manque, peut-être qu’ils sont en train d’y travailler, on ne sait pas…

Metal-Eyes : Tu rencontres beaucoup de journalistes et de fans dans ton métier. Est-ce que, lorsque tu rencontres quelqu’un, tu as parfois l’impression de savoir ce dont la personne va vouloir parler avec toi, en dehors de la promo, bien sûr ?

Leo Leoni : (Il réfléchit) Parfois… Non, tu ne peux pas. En fait, tu commences à discuter avec quelqu’un et tu le sens que quelque chose va arriver. Mais pas comme ça.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui te fait ressentir ça?

Leo Leoni : Pzzt… Je ne sais pas, tu sens que ça arrive, là où la discussion va s’orienter. Quelqu’un qui va te demander un autographe, oui, tu le sens, on commence à parler de Gotthard… Quelqu’un qui est habillé avec une veste Harley Davidson, c’est clair qu’on va peut être plus parler de moto que de musique ! Mais autrement, non.

Metal-Eyes : Aujourd’hui, nous sommes à Paris, ville dans laquelle tu viens régulièrement. Y a-t-il un endroit à Paris que tu conseillerais à un ami qui y viendrait pour la première fois ?

Leo Leoni : un seul endroit, c’est difficile, parce que Paris, il y a tant de choses à voir, c’est fantastique. J’adore ! Montmartre, la petite île, là…

Metal-Eyes : L’Ile de la Cité ?

Leo Leoni : oui, j’adore, c’est fantastique. Il y a beaucoup d’endroits à visiter, les Champs Elysées…

Metal-Eyes : il y a un endroit où tu aimes particulièrement te rendre, aller dîner à Parais ?

Leo Leoni : Pas vraiment… Je trouve que c’est tellement particulier que tu rentres dans un bistrot, tu dis que tu voudrais un tartare, et un verre de vin… Tu sais exactement ce que tu vas recevoir. Je pense que c’est la meilleure pub que Paris peut recevoir. Montmartre, j’aime beaucoup, les artistes, cette ambiance. Je pense que c’est à voir, oui.

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets qui ne sont habituellement pas abordés avec des journalistes et dont tu voudrais pouvoir un jour parler ?

Leo Leoni : Une des choses dont je suis en train de parler en ce moment avec les journalistes, c’est important pour les artistes, pour la musique mais pas seulement, pour la littérature, aussi, c’est de redonner une valeur à la musique, à l’art. Aujourd’hui, tout le monde télécharge, et c’est ok pour eux, mais c’est rendre le futur pauvre. C’est une choses qui faut que les journaliste et les médias peuvent faire : réapprendre à la nouvelle génération qu’il y a une valeur dans cet art. Si tu penses aux grands musiciens comme Mozart, Beethoven… Ils étaient payés par les rois. Si eux le faisaient déjà, c’était parce qu’ils investissaient dans quelque chose d’important, l’art, la musique. Aujourd’hui, c’est un peu oublié parce que « c’est normal » d’écouter, de charger de la musique gratuitement, un livre, ou des photos… Le travail des autres…

Metal-Eyes : Tu penses qu’on peut faire comment ?

Leo Leoni : Ah… Eduquer. C’est l’éducation. Je ne dis pas à l’école, mais dans les medias. Il faut parler de ça, de la valeur de ce qu’est l’art. Il fallait commencer… hier…

Metal-Eyes : Mais on peut continuer demain.

Leo Leoni : Oui, on doit commencer à un moment

Metal-Eyes : Ceci dit, tous vos albums ont été certifiés or ou platine, les derniers sont entrés directement numéro 1 en Suisse. Ça veut dire que le produit a encore une certaine valeur, quand même…

Leo Leoni : oui, oui, mais je pense en général. Dans le monde entier, il y a beaucoup de musique, et c’est la façon dont la musique est donnée au monde qui n’est pas correcte. « If you want to eat a piece of bread, you have to buy a piece of bread or do it yourself”. C’est la meme chose: si tu veux écouter de la musique, tu dois comprendre que quelqu’un l’a écrite, l’a jouée, s’est investit dedans. Il faut donner une valeur à l’art.

Metal-Eyes : Lors de ton interview précédente, je t’ai entendu parler du Hellfest ; Quels sont vos projets de tournée ? Les festivals, c’est peut-être encore un peu loin…

Leo Leoni : On a notre tournée prévue en Europe, et ce qu’on va faire, c’est la tournée d’argent. On espérait pouvoir jouer au Hellfest cette année, mais les têtes d’affiches étaient déjà bouclées… On fera les festivals en 2018, je pense. On voudrait pouvoir jouer en France, mais c’est difficile : on ne veut pas jouer dans les petites salles, il faut trouver un promoteur prêt à investir, c’est difficile. Ils vont regarder la dernière tournée, il y avait du monde, mais… Il faut trouver une situation juste pour tout le monde : pour les fans qui ont droit à un show, pas seulement quelque chose dans une petite boite où tu ne peux même pas accorder ta guitare… On veut aussi donner quelque chose aux gens qui viennent. Je pense qu’on va beaucoup tourner avec ce Silver tour, en festivals où le programme va changer.

 

Merci à Olivier Garnier pour l’organisation de cette rencontre.

Interview: FLAYED

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Entretien avec Renato (chant) et Charly (basse). Propos recueillis à Paris le 25 novembre 2016

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que nous nous rencontrons, alors commençons par une question classique, traditionnelle : racontez nous l’histoire du groupe qui, si mes informations sont bonnes, s’est formé en 2013…  

Renato : Exactement ; c’est un groupe qui a 3 ans et déjà 3 CD – bientôt 4. Un groupe formé de 6 personnes et, effectivement, en 3 ans, on a sorti 3 albums : Symphony for the Flayed et Monster man, deux albums, et XI million, le nouvel Ep dont nous allons parler ensemble, tout de suite…

Metal-Eyes : Peut-être… ou pas, on verra…

Renato : Ou pas. On a aussi 250 dates au compteur, une petite tournée québécoise, et une bonne tournée française.

Metal-Eyes : Donc vous avez vu pas mal de salles, tourné avec des grands comme Scorpions… Puisque nous en parlons, quelle est votre plus belle expérience à ce jour?

Tous deux : Ben, ça!

Charly : Première partie de Scorpions au festival Guitare en Scène… Accueil de fous, et le personnel compose de passionnés, qui ne sont pas là pour le côté pécuniaire de la chose et des conditions vraiment excellentes, du monde, de bonnes réactions du public et un accueil comme on a rarement vu.

Metal-Eyes : Pareil pour toi, Renato?

Renato : Pareil, oui. Le meilleur souvenir, ça reste l’ouverture de ce concert de Scorpions. Une des plus grosses scènes qu’on ait faites, avec un accueil de dingue et une réaction du public ouf… Après ce festival, il y a beaucoup de gens qui reviennent nous voir en concert parce qu’ils nous y ont vus. Et il y en a qui se tapent des bornes de dingues pour venir nous voir, depuis ce festival ! Oui, c’est certainement le meilleur coup qu’on a joué ces trois dernières années.

Metal-Eyes : Parlons maintenant de XI million, puisque c’est quand même pour ça que vous êtes là…

Renato : Tu es sûr du coup ?

Metal-Eyes : Oui, oui ! Allons-y ! D’abord, pourquoi avez-vous choisi ce format du Ep?

Renato : On a choisi ça parce que, après avoir sorti 2 albums totalement autoproduits – on avait une promo via Klonosphère, et une distribution via Season of mist – on a décroché un deal avec un label, Kaotoxin, et c’était une manière de tester le label et de faire plaisir aux fans tout en gardant ce calendrier d’une sortie par an. C’est un Ep où on s’est vraiment fait plaisir, on tâche de faire plaisir aux fans, comme avec cette reprise de Fortunate son (Creedence Clearwater Revival) en plein milieu. C’est exactement la transition entre deux albums, puisqu’il y a deux titres issus des sessions de Monster man, qu’on ne pouvait pas mettre sur le CD pour des soucis de timing – ces deux titres ne passaient pas sur une édition vinyle, et il y a deux titres qui sont issus des compositions du prochain album, qui n’y figureront pas mais qui datent de la même période. Voilà pourquoi on a sorti un Ep, qui est totalement transitif.

Metal-Eyes : Et qui vous permet de rester en contact avec le public… Comment vous organisez-vous dans le travail de composition ?

Charly : Alors la compo, c’est tout géré par Julien, le guitariste soliste qui nous connait très bien. Ça fait une quinzaine d’années qu’on se connait tous et c’est la première fois qu’on pouvait se réunir sur un projet particulier. On sait comment il bosse, très bien et très vite, il sait exactement comment on joue individuellement donc on lui laisse vraiment carte blanche de ce côté-là ce qui nous permet d’avoir un gros gain de temps par rapport au format traditionnel de travail en groupe. Ça ne sert à rien de tergiverser pendant des heures, on sait très bien que ce qu’il va nous proposer sera musicalement juste et que ça collera au jeu individuel de chacun. On gagne vraiment beaucoup de temps grâce à ça.

Metal-Eyes : Au niveau des textes, c’est également lui qui s’en charge ?

Renato : Non… Il s’occupe de la batterie, la basse et les guitares. Ensuite, quand on est ensemble, tout est retouchable. Ensuite je pose des lignes de chant et des textes, et l’orgue vient se poser pour sceller le tout. Il écrit tout, mais rien n’empêche de retoucher.

Metal-Eyes : Il y a une structure qui est montée, les grandes lignes de son projet

Charly : Les grandes lignes sont posées. L’intérêt justement de se connaitre, c’est d’avoir la liberté de s’approprier les choses même si rien n’est fixe. Tout le monde est au courant, personne n’est mis de côté, c’est d’un commun accord qu’on fonctionne comme ça.

Renato : Ce n’est pas du tout une politique tyrannique.

Metal-Eyes : Vos influences… Elles sont claires : du gros rock, du rock des années 70. Quand j’écoute XI Million, j’entends du AC/DC, du Deep Purple, même, sur l’introduction à la basse de la reprise, j’ai l’impression d’entendre le Dallas 1p.m. de Saxon. C’est assez varié, y a-t-il des choses particulières qui vous réunissent ?

Charly : On a tous ces groupes-là, tous les groupes rock des années 60/70 en bagage commun. Après, on vient tous de scènes différentes : la moitié vient de la scène metal, l’autre moitié, un peu plus rock traditionnel. On est parvenus à mixer les deux, on s’est rejoints sur s’est classiques-là mais on ne voulait pas faire de copier-coller ou se forcer sur une ligne. On ne s’est pas posé la question… On s’est rendus compte que le rock, il fallait en sortir parce que ça fait partie de nous, et derrière, on avait qu’à équilibrer la chose entre la modernité de la production et du rendu et la digestion des influences. C’est toujours une question difficile, « Pourquoi » et « d’où vous venez »…

Metal-Eyes : Alors je la transforme : quelle est votre éducation musicale à tous les deux ?

Renato : Personnellement, je viens du metal, c’est apr ça que j’ai commencé. En fait, on a un groupe avec Charly qui s’appelle God Damn, et on fait du stoner, typé Down, Pantera et toute la scène de la Nouvelle Orléans dans laquelle j’ai beaucoup puisé avant de découvrir tous les classiques rock. J’ai d’abord découvert le metal, avant de découvrir le classic rock, ce qui a débouché sur Flayed. Charly, c’est l’inverse.

Charly : Moi, j’ai une culture musicale classique rock des années 60/70, et il y a le « classique gamin » : tu attaques le piano et au final tu dégages tout ça quand tu es ado. Donc de mon côté c’est rock 60’s, classique et jazz, et vers l’âge de 13 ans, j’ai découvert le metal, extrême, j’ai trouvé ça cool. Après, les années ont fait qu’on a mis le pied dans la scène metal, avec God Damn, justement, et on en revient toujours un peu à ce qui reste plaisant le plus longtemps possible. On avait tous ça en bagage commun, des classiques que tu mets en soirée et que tout le monde aime, et ça permet d’écrémer pas mal de mauvais choix, je pense.

Metal-Eyes : Et l’éducation musicale pure, vous avez pris des cours, reçu un enseignement musical particulier? Il y avait déjà de la musique chez vous ?

Charly : Mes deux parents sont musiciens, mon père était pro à une époque, j’ai attaqué le piano à 5 ans. Tu n’as pas le choix, tu es dans un moule, le solfège avec. Derrière, ça permet de vraiment gagner du temps, quand tu veux faire ce qui t’intéresse. Avec le recul, tu te dis que c’était vraiment une bonne chose. Tu ne vois pas le rapport au début, mais au final, tu gagnes du temps par rapport aux collègues.

Renato : Je n’ai pas du tout été élevé dans une famille qui écoutait de la musique ou en faisait. Mon père est un peu accordéoniste, ça n’aide pas (rires), et ma mère n’est pas du tout là-dedans… C’est plutôt mes amis qui ont fait mon éducation musicale. Je suis arrivé au lycée, j’ai commencé à gratter un peu, j’ai intégré un groupe – Charly était dedans d’ailleurs, donc ça fait depuis ma naissance musicale que je joue avec cet homme-là – donc ce sont mes amis qui ont forgé mon identité musicale. Autodidacte complet, total !

Metal-Eyes : Comment expliqueriez-vous à quelqu’un qui ne connait pas le groupe ce qu’est Flayed?

Renato : C’est un groupe de hard rock typique avec un son modern des années 2000. C’est-à-dire qu’on pioche dans toutes ces influences des années 70, avec l’orgue Hammond en tête, mais on a tellement bouffé de metal ces 20 dernières années qu’on est toujours au fait de ce qui se fait. J’écoute beaucoup de groupes français et j’adore aller découvrir ce qui se fait, en dehors des mastodontes, bien sûr. On pioche dans tout ça pour faire en sorte que Flayed ne soit pas du tout has-been et que ce soit écoutable par le plus grand nombre.

Metal-Eyes : Donc vintage avec des tonalités modernes. Comment définiriez-vous l’évolution de Flayed entre Monster man et XI million, qui, pour moi, est assez flagrante.

Charly : Uh, uh… Je pense que tout ce qui est axé sur XI million et ce qui va suivre sur a nouvelle galette… La part de la musique est plus importante. On est sur un rendu de sensations pour le public et une satisfaction d’exécution de morceaux don’t on se dit, à la base, “ouh, ça, ça risqué d’être coton… » et arriver, au final, à les faire d’une manière efficace.

Renato : Et ils paraissent simples, à l’écoute. C’est quelque chose qui revient souvent. Alors qu’en fait, on se casse le cul comme pas possible !

Metal-Eyes : Vous sentez vous-même l’évolution entre ces deux disques ?

Renato : Oui, depuis le tout premier en fait. Comme il n’y a qu’un compositeur principal, on a pris au début ce qu’il y a dans son back catalog et on s’est tous posés dessus ; Donc, au début, c’est son album, à lui. Ensuite, il a commencé à composer pour nous. On se connait tous depuis 15 ans mais on n’avait jamais bossé ensemble. Donc, à partir du moment où on a travaillé ensemble, il s’est mis à écrire pour chaque personnalité du groupe. Alors, effectivement, l’évolution elle est là : c’est que ce mec écrit pour nous.

Metal-Eyes : L’impression que j’ai, c’est que XI million est beaucoup plus rentre dedans que monster man : on a quelque chose de beaucoup plus compact, puissant. S’il n’y avait qu’un morceau de XI million que vous deviez retenir, l’un et l’autre, pour définir ce qu’est Flayed aujourd’hui, ce serait lequel ?

Charly : XI million, tout simplement…

Renato : Oui, on est d’accord là-dessus…

Charly : C’est le plus complet, il y a un gros refrain qui tranche beaucoup, accessible au plus grand nombre, il y a de la mise en place avec des croche-pattes un peu partout…

Metal-Eyes : C’est sympa, ça, sur scène, les croche-pattes !

Renato : Oui, et on s’en fait littéralement (rires)!

Charly : C’est ce truc qui fait qu’on a l’impression d’avoir des choses plus intéressantes à jouer, avec des prises de risqué, et, aussi, une musicalité plus importante sur les refrains, plus abordables, disons. Avec le son qui est géré pour aussi, avoir un spectre plus large, entre les moments « calmes » et ceux avec du gros rendu. La suite sera, je pense, axée dans ces couleurs-là, avec ces énergies : des tempos assez appuyés, une grosse base de rock, mais pas que…

Renato : Des couplets qui groovent et des refrains qui se retiennent.

Metal-Eyes : Alors « Des couplets qui groovent et des refrains qui se retiennent » ça donne quoi sur scène?

Renato : On ne peut pas le juger, on n’est pas objectifs… En tout cas, les retours qu’on a, publics et pro, c’est que, généralement, sur scène c’est comme sur le CD, voire mieux parce qu’il y a l’énergie live. On bouge beaucoup, on est hyperactifs, comme la musique. on suit la musique et, sur scène, ça se ressent. Ce qui fait plaisir, c’est qu’à chaque fois, les mecs nous disent que ça joue comme sur le CD. Tu sors de là et tu te dis que le boulot est fait, on a rempli le contrat.

Metal-Eyes : Vous avez 250 concerts à votre actif, vous prévoyez de tourner bientôt, ou vous préférez attendre la sortie de l’album ?

Renato : Non, on ne va pas attendre! On vient de finir une partie de tournée, en France avec nos collègues québécois, les Tramps. On a encore deux dates en décembre, dont le Kaotoxin fest avec beaucoup de groupes du label, et une date à Reims, le week end du 10 décembre, et après on arrête tout pour se concentrer sur la fin de l’écriture de l’album. Il nous manque quelques titres… On a encore écouté quelques rushes du troisième album, il est presque prêt mais pas tout à fait, donc on se donne 2-3 mois pour garnir le truc et rendre un produit impeccable. On va retourner jouer printemps puis sur les festivals cet été, puis jusqu’à la sortie de cet album à la fin de l’année.

Metal-Eyes : Comment vous vous organisez dans le travail? Vous travaillez à distance et mélangez les fichiers, ou vous vous retrouvez en studio?

Charly : Tout est enregistré au même endroit. Ensuite, on a tenté de se retrouver tous ensemble en studio, seulement les agendas font que c’est compliqué – pendant qu’il y en a un qui bosse, les autres perdent de la thune. On a quand même un studio à disposition, chose rare pour un groupe. L’intérêt de savoir à l’avance c’est de pouvoir avoir un calendrier de sorties. On sait que tous les ans, à cette période-là, on va caller des sessions de studio, et tout ne se fait pas dans les mêmes créneaux parce que, au niveau du calendrier, c’est chaud. Mais sur une période de 2 à 3 mois, tout se fait.

Renato : Donc on va commencer cet été avec la batterie et enquiller pour que, fin août, on ait l’album complet.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui, aujourd’hui, vous différencie du reste de la scène hard rock française?

Renato : Je pense que, aujourd’hui, il n’y a personne qui fait ça en France: du hard rock dans ce goût-là, avec cette modernité et, surtout, cet orgue Hammond… Personne ne s’en sert aujourd’hui en France, très peu en tout cas…

Metal-Eyes : Surtout que c’est un monstre à déplacer…

Renato : Ouais, ben on eut te le dire, surtout en tournée! (rires) Quand il faut le sortir et le rentrer tous les soirs, la cabine Leslie est bienvenue, c’est clair ! Je pense que c’est un élément qui joue dans la balance, y a pas grand monde qui veuille le sortir du camion tous les soirs, cet orgue Hammond, et qui l’adapte à la musique et le mette aussi fort que les guitares. Que ce ne soit pas une petite nappe derrière qui lie le tout. C’est une troisième guitare, avec les soli qui vont.

Metal-Eyes : C’est là où, sans que ce soit du plagiat, on a parfois l’impression d’entendre du Deep Purple.

Renato : Exactement, et c’est le but recherché. Mais notre organiste est, bien évidemment, fan de Jon Lord comme jamais ! (rires)

Metal-Eyes : Tu me dirais le contraire, je ne te croirais pas. Tout comme vous devez avoir un guitariste un peu fan d’AC/DC…

Les deux : Ah, complètement, oui!

Renato : Tu as très bien saisi les personnages!

Interview: NIGHTMARE – rencontre avec Maggy Luyten

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Rencontre avec Maggy (chant) (NIGHTMARE). Propos recueillis à Paris, le 28 septembre 2016

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Le 25 novembre prochain paraît le nouvel album de Nightmare. Une petite révolution en soit car le premier interprété par Maggy Luyten, chanteuse remplaçant le démissionnaire Jo Amore et que nous avions pu découvrir live lors du dernier Hellfest. Aussi efficace sur scène que devant son micro, la sympathique et détendue chanteuse a reçu Metal Eyes à Paris pour tout vous dévoiler sur ce nouvel opus, un album charnière dans l’histoire des Grenoblois.

Metal-Eyes : Magalie, tout d’abord, comment vas-tu depuis que nous nous sommes vus au Hellfest en juin dernier ?

Maggy : Très bien, aussi simple que ça.

Metal-Eyes : Revenons un peu en arrière puisqu’il s’agit de ta première tournée et de ton premier album avec Nightmare. Que tires-tu de ce concert au Hellfest et des autres concerts que vous avez donnés depuis ?

Maggy : Ce qui m’a fort marquée, c’est qu’on a fait le Hellfest, puis Metal days, Sabaton Open air, et je trouve que c’était assez frappant… Quand tu es dans l’apprentissage de quelque chose, il y a plusieurs étapes: première étape, la découverte. Hellfest. On découvre, ça s’est super bien passé, on se dit qu’on va améliorer certaines choses. Deuxième étape: on réalise. Metal Days. Et troisième étape: tu profites. En Suède, au Sabaton open air, on en a profité. On a senti qu’à ce troisième concert, on enfonçait le clou.

Metal-Eyes : Vous aviez, chacun, trouvé vos marques ?

Maggy : En tout cas, les bonnes bases déjà. Après, il y a encore beaucoup de travail, parce qu’on a que quelques festival dans le dos, et ce n’est pas après X petites dates que tu peux prétendre avoir un show qui tourne et qui est rodé. Donc, il y a encore pas mal de taf, mais je trouve qu’après un petit nombre de scènes, ça se passe très bien. Je n’ai pas l’impression qu’on ne se connait, qu’on est dans le groupe que depuis un an, ensemble. À partir de la Suède, c’était comme si on jouait ensemble depuis des années, et c’est plutôt bon signe…

Metal-Eyes : Quels sont les retours que vous avez eus du public ?

Maggy : Bien, bien… on n’a ^pas eu de retours négatifs. Il y a toujours des gens qui préféraient le passé, mais c’est minime. Ça se passe bien, la preuve : ici, j’avance peut-etre sur les questions, on vient de sortir le clip de Ikarus qui vient de franchir les 20.000 vues en seulement quelques jours. C’est donc bien accueilli. Est-ce que les gens accueillent bien le nouveau line-up ? Oui, jusqu’à présent, je ressens une bonne énergie.

Metal-Eyes : Parlons justement de l’album : la première chose que je remarque, c’est la puissance qui s’en dégage, et surtout, ma question est peut-être machiste, mais ton introduction : c’est un cri de rage, très masculin. Est-ce une façon pour toi de dire : « OK, il y a maintenant une nana dans Nightmare, mais c’est une nana qui a des couilles » ?

Maggy : Je ne l’ai pas fait pour ça. En fait, j’aime chanter comme ça, je me découvre une passion pour le chant un peu extrême, mais je n’ai pas envie de tomber dans l’extrême pour autant. C’est plus une couleur que j’avais envie de mettre, qui colle bien au texte, à une intro d‘album. Mais, oui, c’est sûr que j’ai, indirectement, voulu m’imposer un peu. Ce n’est pas parce qu’on fait partie de la « gente féminine » qu’on n’a pas de puissance non plus….

Metal-Eyes : Il y en a quelques unes qui l’ont déjà prouvé, nous sommes bien d’accord. J’imagine que tu as dû te plonger dans l’histoire musicale de Nightmare. Comment décrirais-tu l’évolution de Nightmare, toi, nouvelle arrivée, entre The aftermath et ce nouvel album ?

Maggy : Je trouve que c’est assez cohérent. Le son de batterie a vachement changé (NdMP : le batteur ayant changé aussi, c’est d’autant plus évident), mais au niveau du son des guitares, c’est assez fidèle. C’est Franck, principalement et Matt qui, de plus en plus – l’air de rien, ça fait déjà 4 ans – sont hyper complémentaires, c’est impressionnant ! je pense que l’évolution on l’entendrait plus sur quelque chose comme Dead Sun : c’est plus épuré, il y a moins d’orchestrations, le mix, le mastering font que le son évolue. Et, par défaut, la voix : il n’y a rien à faire, la voix c’est aussi l’identité d’un groupe…

Metal-Eyes : Si tu devais décrire cet album, que m’en dirais-tu ?

Maggy : Hum… (elle sourit) C’est toujours difficile de vendre sa propre musique… On n’a qu’une envie c’est de dire « va écouter ! ». Mais… je dirais que si tu aimes le metal, que tu aimes le metal puissant, direct, avec des lignes bien mélodique, du grain dans la voix, une batterie hyper calé, un jeu de batterie hyper intéressant mais qui n’en fait pas trop pour autant, des grattes avec des lignes de guitares qui se superposent… Va écouter ! et des textes, aussi, intéressants, je pense.

Metal-Eyes : De quoi parlent-ils, ces textes ?

Maggy : On est très souvent dans la métaphore ce qui, comme beaucoup de groupe aiment faire, te permet d’avoir ta propre explication. Mais c’est principalement basé sur des expériences personnelles, en gros. Avec Yves, il y a deux trois choses dans l’album… Il y a un gros point commun entre nous, qu’on relate sur Inner sanctum. Il y a  pas mal de belles choses à aller chercher, qu’on dévoilera petit à petit, je pense.

Metal-Eyes : Comment vous êtes-vous organisés au niveau du travail ? ça a été collectif, ou avez-vous travaillé à distance ? Tu es basé en Belgique, il est donc difficile de se retrouver facilement en studio…

Maggy : C’est sûr… ça a été assez vite, en fait, parce que Franck avait pas mal de compos rangées dans un tiroir, il attendait de pouvoir les ressortir au bon moment. Matt est aussi arrivé avec des compos, Yves avec son jeu de basse Olivier Casula, avec son jeu de batterie – il n’en met pas une à côté, il a vraiment apporté cette dynamique… On a débarqué avec Yves en studio Honoris Factory, en Belgique pour faire mes lignes de chant. Je suis arrivée avec toutes mes idées, en chantier, de textes et de ^paroles, en me disant « c’est opbar, on verra bien » (rires), et Yves pareil, il est arrivé avec ses idées mélodique. On s’envoyait des idées avant d’entrer en studio, et, j’enregistrais aussi, chez moi, des idées. On a fait des démos, très vite, mais sans entrer dans le détail parce qu’on voulait garder ça pour le studio. En studio, tout est né, en collaboration avec Allison Down (?) qui m’a coachée, et qui est invité sur l’album. Je lui ai demandé de ne rien laisser passer. Il m’a bien poussée au niveau du chant. On a eu la chance d’avoir ce lifting par un Américain, artiste, pas un prof d’anglais qui va te corriger la grammaire et oublier la poésie. Les textes ont été liftés aussi, ce qui enlève cette touche « frenchie » qu’il aurait pu y avoir quand ce n’est pas ta langue maternelle.

Metal-Eyes : Au niveau de l’anglais, en effet, je n’ai rien à dire.

Maggy : Parce qu’il était là ! je n’avais pas envie de laisser passer une erreur de prononciation… C’est dommage, si tu veux t’exporter, autant bien le faire !

Metal-Eyes : Si tu devais retenir un seul titre de cet album pour décrire ce qu’est aujourd’hui Nightmare, ce serait lequel ?

Maggy : (elle chuchote) Oh, c’est dur… Pfou… Je vais te répondre de façon très stratégique : Ikarus.

Metal-Eyes : Parce que le clip ?

Maggy : Oui, mais pas que. Ce n’est pas pour rien qu’on a choisi cette chanson-là pour le clip. Je pense qu’on retrouve dans Ikarus un peu tout ce qu’il y a dans l’album. Même si ça me fend le cœur de dire « Ikarus » dans le sens où j’ai envie de dire « toutes », mais celle-là me va très bien pour représenter la suite.

Metal-Eyes : Il s’agit du dixième album de Nightmare, un chiffre symbolique. Vous prévoyez quelque chose de spécial pour la future tournée ?

Maggy :Si c’est quelque chose de spécial, ça veut dire que c’est un peu une surprise…  Par contre, ce que je peux te dire, c’es qu’à La Belle Electrique, à Grenoble, le 25 novembre, on compte vraiment mettre le paquet au niveau du light show, du son – on aura eu le temps de bien préparer tout ça. Les conditions seront optimales, et on n’a pas d’excuse pour faire un mauvais show. On a intérêt à être prêts, et on le sera !

Metal-Eyes : Une chose qui m’a surprise en faisant quelques recherches, c’est que le site de Nightmare n’est pas du tout à jour…

Maggy : Absolument pas…

Metal-Eyes : Est-ce parce que les gars sont resté scotches sur le passé, qu’ils n’ont pas digéré, pas fait le deuil du départ des frères Amore?

Maggy : Non pas du tout… C’est simplement qu’on a été tellement occupées à faire le reste qu’on a mis le site en stand by. On essaie déjà de maintenir la page facebook plus ou moins à jour…

Metal-Eyes : Mais aujourd’hui, il y a quand meme un grand – deux grands – changement.

Maggy : Tout à fait. Le site arrive, on y travaille, parce que il n’y a rien à faire. On a beau avoir une page Facebook, ce n’est pas suffisant.

Metal-Eyes : Aujourd’hui, tu te considères plus comme une musicienne ou comme une artiste ?

Maggy : Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre… Tu peux être musicien sans pour autant avoir l’âme d’un artiste. J’en connais qui jouent superbement bien en lisant des partition, et tu leur enlève la partition, ils sont perdus… Mais j’ai du mal à considérer ça comme un artiste parce que ça veut dire que tu n’utilise pas tes oreilles, ton feeling. Et quand tu es artiste, tu n’es pas obligé d’être musicien non plus… (NdMP : ce qui contredit donc la réaction première de Maggy) Je me sens les deux , mais je me sens musicienne avant d’être chanteuse. Dans le sens où, pour moi, le chant est un instrument, et que, quand tu l’utilise avec cette optique de musicien, c’est beaucoup plus riche que de simplement dire « moi, je suis chanteur ». C’est un tout… Merci pour ta question, on ne me l’a jamais posée, c’est sympa !

Metal-Eyes : Nightmare a beaucoup voyagé au cours de sa carrière. En tant que nouvelle arrivante il y a des endroits où tu voudrais te produire avec Nightmare ?

Maggy : Je veux aller partout… Enfin, « partout »… Je me comprends ! (rires) Je me souviens, quand j’ai tourné avec Beyond the Bridge, les pays de l’Est sont hyper chaleureux, accueillant. L’Autriche, aussi. Après, c’est peut-être aussi un coup de bol… C’est vrai qu’on sent fort les public, dans le Nord, les réactions sont différentes du Sud, mais ce n’est pas pour autant que c’est bien ou mieux : c’est juste différent. Maintenant, on en a dit beaucoup de choses, que c’est dangereux, des trucs comme ça, mais j’irai bien en Amérique du Sud. Ils ont l’air bien chauds-bouillants.