Interview: STUBORA

Interview STUBORA. Rencontre avec Mick (chant, basse). Propos recueillis au Hard Rock Cafe à Paris le 21 novembre 2019

 

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée de promotion, Mick ?

Mick : Bien, très bien. De façon intensive, mais c’est toujours agréable de parler de sa musique…

 

Metal-Eyes : Ah ! C’est donc pour ça qu’on est là ?

Mick : C’est pour ça, je pense…

 

Metal-Eyes : Alors allons-y : Stubora s’est formé en 1996, dans la Meuse. Depuis le début de votre parcours, vous n’avez connu qu’un changement majeur de musicien…

Mick : Non, il y en a eu plus. En fait, il y a trois phases, pour résumer : Cyril, guitare chant, est à l’origine du groupe qu’il a formé en 1996. A cette époque le groupe était orienté hardcore. Première partie de l’histoire jusqu’en 2004-2005 où il y a des problèmes de line-up.

 

Metal-Eyes : Donc après l’album What we see is not what we wanna see ?

Mick : C’est ça, juste après. Cyril me propose alors de le rejoindre. On se connait depuis longtemps, depuis le collège, et on a déjà joué ensemble mais rien de sérieux. Il me propose de les dépanner pour deux concerts prévus – leur précédent bassiste s’est fait la malle. Je les dépanne, Cyril me demande de rester dans le groupe, il a envie de s’orienter vers un style plus metal rock, et moi, c’est aussi ce vers quoi je tends. Le hardcore ne m’intéresse pas. J’aime en écouter mais pas forcément en jouer. On commence notre partenariat musical, on compose tous les deux, on se partage le chant et on va comme ça jusqu’en 2012-2013, on sort un Ep et un album et on a des difficultés avec le batteur qui, dans un premier temps, a un accident de moto qui le laisse invalide pendant quelques temps. L’activité du groupe est un peu suspendue, et à la reprise, il est moins motivé et finalement il quitte le groupe. On reste quelque temps sans batteur, mais on recommence à composer, et en 2014, on trouve Niala par le biais d’une annonce. On trouve un super batteur, quelqu’un avec qui on s’entend bien, qui, lui aussi cherchait un groupe… On a la même démarche, à peu près le même âge, des goûts qui se rejoignent et il a un niveau technique qui nous permet tout de suite d’aller loin dans la composition. On ne se fixe pas de barrière… De là, on sort notre premier album avec ce line-up en 2015, Résurrection, le bien nommé parce que le groupe végétait. On a fait quelques concerts par la suite et in a entamé la composition de ce nouvel album, Horizon noir, qui sort hier (le 20 novembre, donc)

 

Metal-Eyes : Puisqu’on en est à l’histoire du groupe, quelle est la signification du nom du groupe, Stubora ?

Mick : A la base, ça vient de l’anglais Stuborn, qui veut dire entêté, têtu. A l’époque, il y avait beaucoup de nom en A, Cyril n’a pas voulu garder le mot en entier… Ça s’est transformé en Stubora, ça sonnait bien et on l’a gardé.

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Stubora à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Mick : C’est toujours difficile de décrire sa propre musique… Avec Cyril, on est les deux principaux compositeurs – paroles ou musique. On se rejoint sur certains groupes, mais on a aussi des influences complètement différentes… Donc on fait des concessions, on apporte nos univers différents et on essaye de proposer, malgré nos facettes différentes, quelque chose d’homogène. On se situe dans un heavy rock, mais pas heavy comme dans les années 80. Plus dans le sens de ce qui peut se faire aux Etats Unis, c’est-à-dire rock avec des gros riffs, avec des mélodies de chant accrocheuses, et une musique pêchue et accrocheuse aussi.

 

Metal-Eyes : Une des particularités du groupe c’est que vous êtes tous deux chanteurs. Comment vous répartissez vous le chant ? Quelque part, ça parait assez évident : l’un se charge de ce qui est plus heavy, l’autre de ce qui est plus rock.

Mick : C’est en fait naturel puisque j’ai tendance à composer des choses plus rock, Cyril des choses plus metal, plus extrême. En gros, pour schématiser, les morceaux qu’il compose, c’est lui qui chante dessus et vice-versa.

 

Metal-Eyes : Ca peut arriver, justement, que l’un chante sur une chanson de l’autre ?

Mick : Oui, dans la phase de composition ou de production, on se rend compte que, pour servir le morceau, sur ce passage là, ce serait intéressant d’avoir une voix plus agressive, ce sera alors plus Cyril, sur tel autre passage, ça passerait mieux avec quelque chose de plus mélodique, donc, ma voix. On peut être amenés à chanter sur le morceau que l’autre a composé. Après, il y a aussi un vrai échange dans la composition, même si on apporte quelque chose de bien avancé. On peut proposer des changements, des arrangements, une mélodie de chant sur le riff d’un autre…

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences ? J’ai l’impression qu’il y a du heavy typé Metallica, presque thrash mais pas que ça, et parfois, au-delà d’un côté rock, c’est parfois assez pop. J’avais fait, pour l’album précédent, une comparaison avec Niagara et l’album Quel enfer qui, en son temps était très typé hard rock à la Aerosmith.

Mick : Oui, c’est vrai. C’est certainement le résultat de nos influences très variées. Même si dans la composition je suis porté sur des choses plus mélodiques, j’aime aussi des choses très agressives et extrêmes. Je ne me fixe pas de barrières. Il y a de la bonne musique et de la mauvaise. J’aime autant des choses classique, rock influencé blues, que des choses plus extrêmes. Le côté pop des mélodies… Je n’irai pas jusqu’à dire « pop », mais un de nos but, c’est toujours proposer une mélodie accrocheuse, quelque chose qu’on retient, des bons riffs puissants et entraînants et des lignes de chant qui vont rendre le morceau accrocheur.

 

Metal-Eyes : Tant que ça passe, que ça accroche, que ça vous accroche, j’imagine.

Mick : C’est ça, c’est la base.

 

Metal-Eyes : Si on revient un peu en arrière, les albums avant Résurrection avaient des titres en anglais, et depuis, tout est en français. Je ne connais pas les albums précédents ; le chant était aussi en anglais ?

Mick : Alors, sur la période hardcore, le chant était intégralement en anglais…

 

Metal-Eyes : Donc sur Oropa’A et What we see…

Mick : C’est ça. Sur le Ep, Bleeding my world, aussi, et sur The almighty, on commence à intégrer des chansons en français. Pour Résurrection, on prend un virage complètement en français.

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a décidés à ce changement ?

Mick : L’anglais, même si c’est la langue qui colle le mieux au rock, il faut le maîtriser à 100%, rien que sur les sonorités. Alors, sur les deux premiers albums, quand c’est du chant hurlé, les problèmes de prononciation, on ne les entend pas. Quand on commence à attaquer sur de la mélodie, on n’a pas le droit à l’erreur. Et on se rendait compte qu’on n’avait pas une maîtrise parfaite de l’accent…

 

Metal-Eyes : Le problème principal des groupes français…

Mick : Oui, et ça revenait souvent dans des remarques, ça nous embêtait. En termes de composition et d’écriture, aussi, il n’y a que dans notre langue maternelle qu’on peut aller au bout des choses, avoir une palette de vocabulaire riche, avoir plus de possibilités dans l’écriture. Alors… c’est un risque de chanter en français mais on le prend parce que…

 

Metal-Eyes : La question qui s’impose, alors : est-ce que vous avez une carrière internationale ?

Mick : Non… On n’a pas ce type de carrière… Et on peut exprimer plus de choses, être plus personnels, plus riches en termes de paroles.

 

Metal-Eyes : Vos deux derniers albums sont donc en français, alors comment analyses-tu l’évolution de votre musique entre Résurrection et Horizon noir ? 4 ans ont passés, il y a une stabilité dans le line-up, le chant est en français, mais à part ça ?

Mick : L’évolution, elle est surtout au niveau technique… On est en autoproduction intégrale, on est dans une meilleure maîtrise technique, dans une expérience de l’enregistrement, de l’enseignement qu’on a pu tirer de nos erreurs d’un point de vue technique. Et on a développé une méthode de travail et je pense qu’on s’est améliorés en tant que compositeurs. La grosse différence ? C’est qu’on a été beaucoup plus exigeants envers nous-mêmes et envers les autres sur le dernier album. Dès le départ, on avait décidé qu’on devait être satisfait à 100% de l’album, qu’on allait présenter les meilleurs riffs, les meilleures mélodies et on n’a pas hésités à nous auto critiquer, à proposer des choses pour aller toujours plus loin. Si on sentait qu’un passage était plus faible, on n’hésitait pas à le dire.

 

Metal-Eyes : C’est sans doute lié au fait que c’est le second album avec le même line-up. Le titre de ce disque, Horizon noir, fait, je pense, plus référence à votre vision du monde actuel qu’au groupe d’Etampes qui s’appelle Black Horizon (il rit). Quel est le regard que tu portes aujourd’hui sur notre monde ?

Mick : On n’est pas des gens pessimistes… Mais lorsqu’on n’écrit des paroles, ça ne nous intéresse pas d’écrire sur ce qui va bien. La musique, c’est un exutoire, c’est proposer des choses qui vont nous toucher, des expériences de la vie, des constats de ce qui nous entoure. Effectivement, il n’y avait pas de thèmes, mais on s’est retrouvés, avec Cyril, à écrire sur des thèmes communs, liés à l’environnement, l’écologie, des thèmes qui, je pense, commencent à toucher tout le monde. On a des enfants, on est inquiets de voir que ça ne va pas assez vite, et pas dans le bon sens… Mais il y a toujours de l’espoir, sinon, on ne ferait pas d’enfants.

 

Metal-Eyes : Et quel regard portes-tu sur la scène metal française ? Vous en faites partie depuis quelques temps…

Mick : En France, on a vu une évolution, on n’a plus rien à envier aux scènes américaines ou européennes. On a atteint un niveau avec une vraie scène, des musiciens talentueux, des grosses productions, avec du niveau et de la qualité de composition… On n’a plus rien à envier aux autres, et il ne faut pas avoir peur de garder cette identité française, de proposer des paroles en français. Même si nos influences musicales sont anglo-saxonnes, je pense que la scène française se porte plutôt bien.

 

Metal-Eyes : Il faudrait quoi pour qu’elle explose cette scène française ?

Mick : C’est compliqué, c’est culturel… On n’est pas en Allemagne, en Angleterre… En Allemagne, ils ont des groupes qui font carrière chez eux parce qu’il y a un public, que les gens bougent. Le public metal français c’est vraiment un public de passionnés, il se bouge mais n’est peut-être pas assez nombreux pour vraiment soutenir nos groupes. On est quand même encore très ancrés dans la variété…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Horizon noir pour expliquer à quelqu’un ce qu’et Stubora aujourd’hui, ce serait lequel ?

Mick : C’est compliqué… Un seul titre pour expliquer ce qu’on est ? Je dirais peut-être Identité. Parce qu’on propose un mid tempo avec en même temps un côté sombre… Mais c’est difficile. C’est accrocheur, il y a du riff, oui, Identité peut être un bon choix.

 

Metal-Eyes : En parlant d’identité, vous avez un visuel qui est assez morbide (note : le visage de chaque musicien est remplacé par une tête de mort). Quelle en est la signification ?

Mick : Le titre et le visuel se sont imposé après la composition. Il s’est avéré que les chansons étaient assez noires en général, on s’est dirigés vers quelques chose qui illustre bien les paroles. Après, on est des metalleux, on aime bien les têtes de mort, les choses sombres (il rit).

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : quelle pourrait être la devise du groupe ?

Mick (il réfléchit) : C’est compliqué… Je pense que c’est « Stay stuborn », on est entêtés, on ne lâche pas le morceau. Tous les problèmes qu’on peut rencontrer, malgré l’âge qui passe, la motivation et l’envie de proposer de bonnes chansons sont toujours là.

 

Interview: HYPNO5E

Interview HYPNO5E. Rencontre avec Jonathan (basse). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 3 octobre 2019

 

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée promo, Jonathan ?

Jonathan : Plutôt pas mal. Débutée difficilement pour moi parce que je me suis fait piéger hier soir…

 

Metal-Eyes : Par quoi ?

Jonathan : La fête (il rit) ! Le retour sur Paris, la sortie de clip à fêter… Nuit très courte, ce qui n’est pas très bon pour la concentration. Sinon, on a rencontré plein de gens intéressants, il y a eu plein de question intéressantes… C’est une belle journée.

 

Metal-Eyes : Chez Hypno5e, vous avez une approche très cinématographique de la musique. Votre nouvel album, A distant (dark) distant source, commence avec un extrait de film que je ne parviens pas à identifier, mais je crois reconnaitre Trintignant. Je me trompe ?

Jonathan : Je n’ai pas le nom, mais c’est extrait d’une pièce de théâtre de Jean Cocteau. Ah… Je ne me souviens plus du nom…

 

Metal-Eyes : On ne vous a pas encore posé la question ?

Jonathan : Non, pas encore… La machine infernale ! Je n’ai plus le nom des acteurs, mais ce n’est pas Trintignant.

 

Metal-Eyes : Cette approche très cinématique dans votre musique qui regroupe beaucoup de choses. L’auditeur sera interpellé par le premier titre, On the dry lake, qui dure plus de 12’ et qui est un véritable melting pot de tout ce que vous savez faire. Comment abordez-vous votre travail pour parvenir à un tel résultat ?

Jonathan : En termes de composition ? C’est étonnant, moi-même j’ai été étonné de travailler comme ça, comparé à ce que je faisais avec mes autres groupes, avant d’entrer dans Hypno5e. Manu a une capacité de composition incroyable, il maîtrise parfaitement les harmonies qu’il cherche à la guitare, quelque chose que je suis incapable de faire. On se rejoint, on travaille chez lui, il y a plein de petits bouts, de morceaux d’idées. On se rejoint pour faire l’album et on enregistre directement en studio la construction qu’on va garder, riff après riff. Ensemble on avance sur les morceaux, et tant qu’on ne sent pas qu’il faut arriver à la fin, qu’il faut encore développer tel élément, on continue. C’est pour ça que parfois on dépasse largement la durée habituelle. Là, on est arrivé à 18’ sur le single, A distant (dark) source. Sur l’album, les morceaux sont dans l’ordre de composition. On ne pense pas à quel morceau sera en ouverture de l’album. C’est la première fois qu’on garde les morceaux dans l’ordre de composition. On ne s’est pas dit « tiens, ce sera celui-là en ouverture de l’album », on ne l’a pas composé dans ce but-là. On discute de ce que l’on va faire, après le batteur vient apporter ses parties, sa patte, sa technique sur ce qu’on a fait en studio. On n’a pas le matériel qu’il faut pour le faire directement, comme le mixage et le mastering qui sont faits par des professionnels.

 

Metal-Eyes : Il y a une belle évolution chez Hypno5e. Comment l’analyses-tu ?

Jonathan : Déjà, il y a eu le projet acoustique. C’est là que la voix a commencé à se faire plus clean, et on commence à la retrouver sur les derniers morceaux.

 

Metal-Eyes : Il y a une volonté d’aller vers quelque chose de moins rugueux, alors ?

Jonathan : Oui. Mais ce n’était même pas réfléchi. Quelque part, le projet acoustique a fait travailler cette idée. On peut sentir cette différence par rapport au tout premier album. Je pense qu’on doit cette évolution au projet acoustique.

 

Metal-Eyes : Justement, comment analyses-tu l’évolution d’Hypno5e entre vos deux derniers albums électriques, Shores of the abstarct line et A distant (dark) source, le projet acoustique Alba, les ombres errantes, s’étant immiscé entre les deux ?

Jonathan : Je pense que A distant (dark) source est plus abouti. On a eu plus de temps moins de problèmes en termes de production de l’album, de mixage, on a fait des tentatives à l’étranger pour enregistrer. Tout ne s’est pas passé comme on voulait et on a tiré beaucoup d’expérience de tout ça. C’est pour ça qu’on s’est dit qu’on allait faire un maximum de choses nous-mêmes. Shores, c’est le premier album où j’étais présent. Il a fallu qu’on apprenne tous à retravailler ensemble, avec le nouveau batteur aussi, qu’on trouve la bonne formule. Et je pense qu’on est arrivé à ça, ce qui nous permet d’aller plus vite en matière de composition. Pour moi, on a la bonne méthode et on va continuer sur cette voie là.

 

Metal-Eyes : Ce serait donc plus une évolution dans l’unité du groupe, où vous parlez le même langage et vous savez où vous voulez aller.

Jonathan : C’est ça, et il y a une confiance aussi, une même direction pour tout le monde. Et ça, ça met du temps.

 

Metal-Eyes : omment comptez-vous défendre cet album sur scène ?

Jonathan : Il y a une tournée de sortie d’album qui arrive en janvier février 2020. Tournée française et européenne limitrophe, dont une date au Petit Bain à Paris. Et on enchaîne avec une nouvelle tournée au Mexique. On y est allé deux fois l’an dernier, sans faire de tournée ici, ce qui n’est pas très cool pour nos fans français.

 

Metal-Eyes : Comment est perçu Hypno5e à l’étranger, justement ?

Jonathan : Au Mexique, la première fois on ne savait pas où on allait. On avait quelques contacts qui se sont occupés de booker quelques dates, et ça s’est très bien passé. On a fini par signer avec un booker là-bas, qui nous a fait revenir dans l’année avec une tournée plus aboutie, des festivals, dont un gros à Mexico, avec une tournée dernière.  Donc on y retourne, on revient en France ensuite. On va défendre l’album sur les deux années qui viennent.

 

Metal-Eyes : Il faut s’attendre à quoi scéniquement ?

Jonathan : Il y a une recherche de scénographie. On a fait le choix, en live, de ne laisser aucune place à l’improvisation, tout est millimétré. On appuie le côté cinématographique par la vidéo, de manière que les gens se fassent leur propre film tout en étant influencés par l’image. On profite aussi de la synchro de la lumière. C’est programmé, donc pas de place pour l’impro. On n’est pas des ordinateurs non plus, il peut y avoir des ratés, mais chacun suit sa partie. Si l’un se décale, c’est terminé, parce que les samples, la lumière programmée, tout continue. Faut pas se louper ! C’est déjà arrivé, et c’est hyper stressant…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de A distant (Dark) source pour expliquer ce qu’est Hypno5e aujourd’hui, ce serait lequel ?

Jonathan : Je pense que le morceau titre, qui est sorti en single, montre tout ce qu’on sait faire. L’ovni, c’est Tauca, le dernier morceau, c’est celui que je ne prendrai pas, pas assez représentatif. Je prendrai A distant (dark) source.

 

Metal-Eyes : Musicallement, vous imposez-vous des limites, y a t-il des choses que vous refusez de faire ?

Jonathan : Non, d’abord, il faut que ça nous plaise à nous. Ensuite, parfois, en studio, on fait des trucs qui partent de rien, on voit comment ça se passe. On fait surtout ce qu’on aime maintenant, et c’est comme ça qu’on évolue. C’est assez naturel. On joue ce qu’on aime, et on évolue avec. Avant d’intégrer le groupe, Hypno5e était mon groupe préféré. Maintenant, je compose avec mon groupe préféré… Il n’y a pas de limites, tant que ça nous plait. Parfois, on se demande comment ça va être perçu, mais on ne s’interdit rien.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Hypno5e ?

Jonathan : Être sur la route un maximum. C’est ce qui nous unis, où que ce soit. On a appris beaucoup à travers les voyages, à l’international. Ça nous a beaucoup apporté. Les débuts, c’était très difficile. On a eu des grosses galères aux USA, mais en même temps, c’est ce qui a construit Hypno5e. On a eu quelques grosses galères, oui…

 

Metal-Eyes : Une anecdote, pour terminer ?

Jonathan : Un camion qui brûle en arrivant à un festival… Je repense aussi à une tournée aux Etats-Unis où le bassiste et l’ingé lumières se font renvoyer à la frontière. On tentait de passer avec des visas touristes alors qu’on était en tournée… On avait le speech à la frontière disant qu’on allait jouer avec des amis… Eux se sont fait attraper, questionner encore et encore, le bassiste a donné le nom du manager pensant qu’il allait couvrir, mais le manager, américain, a tout balancé : « C’est Hypno5e, ils sont payés tant… » et ils se sont trouvé dans un avion retour en France. Nous on s’est retrouvé à 4, 3 musiciens et l’ingé son, à se demander ce qu’on faisait… On était un peu en cavale, ils savaient que la moitié du groupe était entrée dans le pays. On se fait choper en train de vendre du merch, c’est travail illégal plus commerce… On a hésité, on a annulé la première date, et on a demandé au promoteur si l’immigration était venue. Après avoir beaucoup hésité, on a décidé de faire le reste de la tournée. En imaginant qu’ils allaient nous attendre au retour… L’ambassade de France et notre manager français nous ont dit ce qu’on risquait : une grosse amende, une interdiction de territoire pendant 10 ans. Ouais, c’était une belle galère !

 

 

Interview: RAGARAJA

Interview RAGA RAJA. Rencontre avec Léo (batterie), Euryale (chant et dictature), Chris et Stanislas (guitares). Propos recueillis au Café Dunkerque à Paris le 10 octobre 2019

Metal-Eyes : Je découvre RagaRaja avec votre album. Question classique : pouvez-vous me raconter l’histoire du groupe ?

Euryale : Il était une fois, dans un pays lointain… Non, sérieusement, c’était la petite blague pour démarrer… Après un accident que j’ai eu sur le tournage d’un clip d’un précédent projet, j’ai décidé de monter mon propre groupe, en prenant la place de chanteur. Avant, j’étais simplement guitariste.

 

Metal-Eyes : « Simplement » ? (à Chris et Stanislas) Vous avez noté, les gars (rires) ? Mais il a aussi dit qu’il était dictateur…

Euryale : … Comme ça, ça me permettait d’être autonome, de ne pas dépendre des aléas de la vie d’un groupe, qui peut parfois être un frein. J’avais envie d’être le plus libre possible. 6 mois après cet accident, j’avais arrêté la musique, je me suis dit que j’allais reprendre, derrière le micro, ce dont j’avais envie depuis un bout de temps. Et je n’ai plus trop envie de quitter le poste, ça me va très bien !

 

Metal-Eyes : Vous avez commencé quand ?

Euryale : En 2014. On a sorti un premier titre pour prendre la température.

 

Metal-Eyes : C’est toi, Euryale, qui es à l’origine du groupe. Vous vous connaissiez avant ou pas ?

Stanislas : A la base, Maxime faisait partie d’un autre projet qui s’appelait Dacryma, que j’avais inclus en tant que guitariste. Certains membres ont voulu fonder leur propre groupe et à partir de ce moment-là, on s’est dit que conserver le nom ne servait à rien, et on a changé pour devenir Ragaraja. Fabien, notre bassiste, nous a rejoint, ensuite Chris est arrivé et maintenant, c’est Léo qui arrive.

Léo : Je suis assez récent, ça fait un an que je suis dans le groupe.

 

Metal-Eyes : Vous n’allez pas nous faire un coup à la Trust en changeant de batteur tous les 4 matins ?

Euryale : On l’a déjà fait, c’est notre quatrième batteur et je n’ai pas envie d’en changer aussi souvent.

 

Metal-Eyes : Quelles sont les grandes dates significatives dans a vie du groupe ?

Eryale : La sortie du premier titre, parce qu’on a vu un engouement qu’on n’avait pas vu avec le précédent projet, et on s’est dit, avec juste un titre et un clip qui faisait 3.000 vues en une semaine « waow, ça c’est top ! » Ensuite, le premier concert, en mai 2015. Voir cet engouement aussi dans la fosse, c’était top, et le retour de Stan, qui était au Québec. Pour sa première scène, on s’est retrouvés face à 300 personnes. Ça fout un peu les chocottes quand tu n’as pas l’habitude de la scène !

Stanislas : Et toutes les premières parties avec Hacktivist, Aqme, Bukovski, Smash Hit Combo, T.A.N.K…

 

Euryale : Cancer Bats, aussi. On a fait pas mal de premières parties intéressantes, mais quelques concerts « purs » aussi. Le premier concert avec Léo, aussi, notre batteur définitif, parce que je n’ai pas envie d’en changer. Clairement pas ! C’est un membre du groupe à part entière. On a commencé à jouer les titres de l’album, plus ceux du Ep, qu’on a trainé pendant 4 ans. Il fallait passer à autre chose.

 

Metal-Eyes : Quelle est la signification du nom du groupe ? Ça sonne très sanskrit…

Euryale : Oui ! Tu es le deuxième qui le remarque, bien ! Oui, c’est sanskrit. C’est le roi des passions dans sa forme irritée dans les croyances shintoïste et bouddhiste. Pour exprimer la colère froide qu’on avait envie d’exprimer, on s’est dit que cette divinité pouvait nous représenter.

 

Metal-Eyes : Comment définiriez-vous votre musique pour quelqu’un qui ne vous connait pas. En plus c’est vrai, j’ai à peine eu le temps d’écouter votre album…

Euryale : Oh, c’est… criminel…

 

Metal-Eyes : ah ! Ce chef d’œuvre en attente ! (rires général)

Euryale : On a tous le droit de se dire « ben aujourd’hui je n’aurais pas mon orgasme musical » (rires) ! Il y a plein de définitions possibles. De but en blanc, et c’est là-dessus que j’ai envie de communiquer, c’est de la colère au format MP3.

 

Metal-Eyes : Une petite colère, une colère compressée, donc ?

Euryale : De la colère contenue, oui. Le format MP3, c’est contenir les informations pour les communiquer le plus vite possible, les réduire pour les échanger rapidement.

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences principales ?

Stanislas : Il y en a tellement… On va piocher un peu dans le metal progressif, dans le djent, le metalcore, le deathcore… On a condensé ça en « metal moderne », ce qui évite de nous coller une étiquette et nous permet d’aller un peu où on veut.

Euryale : Quand je compose, mon but, c’est d’avoir le gros riff de guitare pour celui qui a envie de bouger la tête, la petite mélodie pour celui qui a envie de s’accrocher à quelque chose, d’avoir un chemin qui le guide, mélodiquement avoir du plaisir. Ce n’est pas que de la colère, il y a de la réflexion derrière ça. C’est pareil avec les paroles. Je les gueule, mais si tu veux les lire, tu peux trouver quelque chose de plutôt raffiné. Je fais très attention aux mots que j’utilise. Il y en a que je n’utilise pas parce qu’ils n’ont pas une esthétique « haut de gamme » je dirais. C’est con, mais je n’ai jamais dit « un ordinateur ». Je dis plutôt « un écran » qui englobe plus choses. Si tu me demande, j’ai envie de dire qu’on fait du Rap, parce que « Rap », ça veut dire « Rythm And Poetry ». Et les gens ne le savent plus aujourd’hui… Au final, un choix musical, c’est juste un choix de sonorités. Moi, j’ai envie que les gens écoutent Ragaraja dans le métro le matin, et qu’ils aient une envie, une rage d’affronter la vie comme pas possible !

 

Metal-Eyes : Rien de tel pour bien démarrer une journée qu’un bon titre. Sheitan, votre Ep, est sorti en 2015. Comment analysez-vous, au-delà des changements de line-up, l’évolution de Ragaraja entre ces deux disques ?

Léo : Pour moi, clairement, c’est de l’efficacité en plus. J’ai beaucoup écouté, bien écouté et j’ai une oreille extérieure. Pour moi, c’est plus efficace, plus complet, stylistiquement, c’est-à-dire qu’on a tous des influences dans le metal, et le style est plus compacté.

Chris : Comparé au 1er Ep, c’est vrai que l’album est bien plus complet, plus riche. Ce qu’on peut voir sur le titre Egosphere, où on a tout un panel de rythmes, de breaks, et tout le monde peut s’y retrouver.

Stanislas : Et c’est aussi plus optimisé pour le live. Avec Sheitan, on s’est rendu compte que beaucoup de morceaux sont super à l’écoute mais après, quand on les joue sur scène… Ce qu’on a composé pour l’album sera plus efficace à jouer en live. Au niveau de l’énergie.

Euryale : En fait, ça accroche plus. Quand on a composé le premier album, on a écrit des trucs sans les tester devant des gens. Quand tu ne fais pas cet effort-là, de jouer en vrai, tu ne vois pas certaines choses. Sur CD, c’est super, mais en live, sans comprendre pourquoi, ça ne marche pas. Je ne sais pas pourquoi, mais dès qu’on joue certains trucs en live, il y a un truc qui se perd. On a un ou deux titres comme ça qu’on a retirés du set parce que ça ne prend pas. Nous qui étions dans une approche « on existe sur CD et sur clip et ensuite on fait des concerts » on s’est dit que ce n’est pas le chemin à suivre. On a décidé de refaire les choses dans l’ordre. L’ordre naturel c’est capter les gens, capter en live, capter l’énergie qu’on a et ensuite mettre tout ça sur un album. Avec Sheitan, on a pris le mauvais chemin, on a voulu tout ancrer dans le numérique. Maintenant, on veut entrer dans le réel.

 

Metal-Eyes : Parlons un peu de Egosphere. Au-delà de la colère contenue dont vous avez parlé tout à l’heure, qu’est-ce qui en fait un album exceptionnel ? En d’autres termes, convainquez-moi de courir l’acheter…

Euryale : Pour te convaincre de l’acheter, je dirais que tu peux fermer les yeux et l’écouter de bout en bout. Tout est fluide, tout s’enchaîne, il y a une vraie cohérence, c’est un album qui te fera traverser plusieurs atmosphères sans jamais te perdre. Il te donnera plusieurs sensations : de la colère, mais aussi parfois de la mélancolie. Je pense que c’est un album assez riche sur les mélodies, les variations rythmiques, ça ne tourne pas en rond autour des mêmes gammes. On a voulu faire 11 titres pour que les gens se disent « OK, je vais écouter le suivant sans le zapper ».

 

Metal-Eyes : Alors sur ces 11 titres, si vous deviez chacun n’en retenir qu’un seul pour expliquer ce qu’est Ragaraja à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel ?

Léo : Personnellement, ce n’est pas forcément celui que je préfère, mais je dirais Egosphere, parce que c’est celui qui a le plus large panel esthétique. Il est long, il dure 7’, il y a plein de breakdowns, de djent, des gammes, de la mélodie.

Stanislas : Moi, ce serait plutôt Fractale. Après, je suis plus orienté scène hardcore et Fractale est optimisé pour le live : c’est un titre rapide, assez hardcore et il résume bien la colère.

Chris : Moi, c’est un compromis entre les deux qui, comme l’a dit Léo, Egosphere a le plus de choses, autant musicalement que dans les paroles, et Fractale enfonce le truc.

Euryale : Moi, je vais aller à contre-courant. Bien sûr Egoshere est représentatif, c’est pour ça qu’on s’est dit que l’album devait avoir ce nom… Mais je vais retenir la première chanson, premier souffle. C’est un morceau que je n’ai pas écrit, c’est Fabien, le bassiste qui l’a écrit, sur lequel j’ai posé des paroles au sujet de l’enfant qu’il vient d’avoir, il y a deux mois environ. En fait, ce morceau symbolise deux choses très importantes qui caractérisent l’album : il est varié, il est rapide, rageur, et c’est le premier morceau que je n’écris pas, il représente le fait que je passe à une autre forme d’expression. Et il a une vraie portée dans le réel également puisqu’il parle de son enfant. Je me suis mis à la place de son enfant en me demandant « si je devais naitre dans cette famille, comment je me sentirais ? »

 

Metal-Eyes : Je ne dirais rien… Un bon truc pour aller têter aussi… (rire général)

Euryale : Oui, non, l’idée c’est aussi, la naissance d’un bébé, mais aussi la naissance de notre bébé à tous, on a tous mis les mains dedans, on a tous participé au projet et ça, c’est quelque chose qui change beaucoup par rapport à avant.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose, un peu de réflexion : quelle pourrait être la devise de Ragaraja ?

Euryale : Ah, je l’aime bien celle-là ! Ah, j’aime bien ce genre de question !

Stanislas : Aïe, j’étais pas prêt ! (rires)

 

Euryale : Alors, si je devais trouver un slogan, je dirais : « Vis, vibre… sors »

Chris (il réfléchit longuement, comme les autres): Transpiration, live et énergie.

Léo : Moi, je dirais juste « Déchaîne toi »

Stanislas : Je sais pas…

 

Euryale : Tu vois que ça sert les fiches que j’ai envoyées… (à moi) Tu vois, lui, il est Balance, ça veut dire qu’il prend toujours du temps avant de donner une réponse. A mon avis, tu pourras revenir dans 2 heures ! (rires)

 

Metal-Eyes : On en a déjà 3, ce qui est plutôt bien. Merci en tout cas, et bonne chance avec la sortie de l’album.

 

Interview: MICHAEL MONROE

Interview MICHAEL MONROE(chant, harmonica). Propos recueillis au Hard Rock Cafe le 18 septembre 2019

L’homme est rare en France. Alors lorsqu’une invitation est lancée pour rencontrer Michael Monroe, le fondateur de Hanoi Rocks qui vit aujourd’hui une carrière en solo, impossible de refuser. Le chanteur est bavard, très, presque intarissable même. Pas facile de l’interrompre pour tenter de poser d’autres questions. Rencontre avec une pile électrique branchée sur une batterie atomique.

 

Metal-Eyes: Michael, comment vas-tu aujourd’hui ?

Michael Monroe :Je vais bien, juste un instant ! (NdMP : Il joue quelques notes à l’harmonica me regarde avec un large sourire.) Maintenant, je vais encore mieux !

 

Metal-Eyes: Tu es ici pour parler de ton nouvel album…

Michael Monroe : One man gang, oui, qui sortira le 18 octobre.

 

Metal-Eyes: Ton album précédent remonte à environ quatre ans. Comment t’es-tu occupé pendant tout ce temps ?

Michael Monroe : Facile ! Comment je trouve le temps de faire tout ce que je fais, c’est plutôt ça la question ! Je fais plein de choses, et avec ce groupe, qui se nomme Michael Monroe… One man gang, c’est un titre parfait pour cet album. Ecrire des chansons pour cet album m’a occupé pendant un ou deux ans, et tourner m’occupe beaucoup aussi, mais, la raison pour laquelle j’ai voulu attendre un peu plus longtemps était que je voulais m’assurer d’avoir une bonne équipe pour s’occuper de cet album, pour qu’il ne parte pas à la poubelle. Jusqu’à l’an dernier, nous n’avions pas un management décent…

 

Metal-Eyes: Donc tu parles plus de l’équipe qui gère tes affaires que de l’équipe musicale ?

Michael Monroe : Oui, je parle de l’aspect business. Toutes ces années, nous n’avions ni label, ni agent ni management décents. Maintenant, grâce au nouveau management, je travaille avec une super agence, UTA, et un excellent label, Silver Lining qui va sortir l’album. Ce disque est terminé depuis décembre 2018. Il me fallait vraiment la bonne équipe pour le travailler parce qu’il s’agit d’un album trop bon pour être relégué aux oubliettes.

 

Metal-Eyes: Comment analyserais-tu l’évolution de Michael Monroe, le groupe, entre Black out states et One man gang ?

Michael Monroe : OK… Sur Black out states, Rich Jones avait remplacé Dregen à la guitare. Ce line-up était le meilleur pour cet album. One man gang est le second album avec ce même line up, avec Rich Jones à la guitare, ce qui est assez significatif pour ce groupe. Il ne fait pas de doute désormais que Rich Jones est le second guitariste du groupe. On a sorti la compilation Best of en 2017, et ce disque comportait quelques nouveautés. One foot out of the grave qui était le single pour cet album – même si on n’a jamais terminé la vidéo… Il y avait quelques autres inédits aussi, donc un peu de nouveau matériel. En comparaison à Black out states, One man gang a sa propre identité, avec beaucoup de dynamiques, une grande variété en termes de sons, de couleurs musicales. Ce n’est pas que du pur hard rock qui rocke, avec une ballade sirupeuse… On tente de rester éloignés des clichés. Il y a plein de trucs sympa à découvrir, comme Heaven is a free state, on a pensé à différents trucs pour que cet album reste intéressant. On a enregistré 18 chansons pour ce disque, et n’avons retenu que les 12 meilleures pour donner envie à l’auditeur de l’écouter encore. Et encore… Musicalement, on retrouve tous nos groupes préférés, comme The Clash, The Damned, Mott The Hoople. Je ne prévois jamais rien dans ma vie, on fait les choses et on voit ce que ça donne. Par exemple, Nasty Suicide joue sur Wasted years. Ce n’était pas prévu, simplement, il l’a fait et c’était parfait sur ce titre.

 

Metal-Eyes: Comme tu viens de le rappeler, c’est le second album avec le même line-up. Pense-tu que cette stabilité a influencé ta manière de composer ?

Michael Monroe : Oui ! Je donne a chacun la possibilité de s’exprimer librement dans ce groupe. Je ne suis pas un maniaque du contrôle, je n’ai pas un gros ego comme, semble-t-il, la plupart des chanteurs peuvent en avoir… J’ai toujours préféré collaborer plutôt que d’imposer. J’ai toujours pensé « groupe ». Je pourrais tout écrire et composer seul, je saurais quel résultat attendre, mais j’ais toujours préféré le travail commun où chacun peut s’exprimer.

 

Metal-Eyes: Du travail d’équipe, quoi…

Michael Monroe : Oui, du travail d’équipe. « Teamwork to do the  dreamwork » (Travail d’équipe pour faire le travail de rêve).

 

Metal-Eyes: Sympa…

Michael Monroe : Oui, j’aime bien ! On se connait si bien maintenant, ça fait bientôt dix ans qu’on travaille ensemble. Et ce que j’aime aussi, c’est que Rich Jones et Steve Conte écrivent aussi des paroles. Et quand ils le font, c’est comme s’ils étaient dans ma tête. Je lis leurs textes et je me dis « attends… je peux assumer chacun de ces mots ». Ca m’enlève aussi une certaine pression, ne pas avoir à tout écrire moi-même.

 

Metal-Eyes: Tu viens de dire que tu n’es pas le boss. Cependant, le groupe porte ton nom, Michael Monroe, et le nouvel album s’appelle One man gang. Ce qui donne quand même une bonne idée de qui est le patron !

Michael Monroe : On est quand même en démocratie, c’est très rare qu’on ne soit pas d’accord. Untel voudrait ceci, tel autre cela, alors, à ce moment, c’est moi qui tranche. C’est mon nom qui est sur le disque, quand même.

 

Metal-Eyes: Donc on sait qui est le patron.

Michael Monroe : Oui, oui, il faut que quelqu’un sache dire « ok, pause, on arrête et voilà ce qu’on fait. Fin de discussion ! » (rires)

 

Metal-Eyes: Si tu devais ne retenir qu’un titre de ce nouvel album, One man gang, pour expliquer ce qu’est Michael Monroe, le groupe, en 2019, ce serait lequel ?

Michael Monroe : Woaw…Ca c’est une question…

 

Metal-Eyes: Merci !

Michael Monroe : (il réfléchit) Je dirais… une chanson qui définirait Michael Monroe… Je dirais Final train to Tokyo, le single. Ce titre nous représente bien, sans trop en faire non plus. Il y a plein de titres plus profonds, comme Low life in high places, mais celui là est cool. Last train est assez représentatif, même si j’aurais pu dire Junk planet, mais non, ça en ferait trop !(rires)

 

Metal-Eyes:Un groupe de rock, c’est aussi des concerts. Tu as toujours été très rare en France… Je me souviens t’avoir vu à Cannes en 2001 avec Hanoi Revisited…

Michael Monroe : Ah ouaissss!

 

Metal-Eyes : tu es également venu une fois à Vauréal, mais à part ça, je  ne trouve pas beaucoup de trace de passages en France. Comment expliques-tu cela ? Tu es un homme rare…

Michael Monroe : C’est vrai, mais je n’ai aucun contrôle là-dessus. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurai joué en France dès les années 80. Nous n’avons jamais joué en Europe, ou presque… Hanoi Rocks n’a jamais joué en Italie, en Espagne, en France alors que nous sommes Européens, qu’il y a un énorme marché. N’importe qui penserait que le management se pencherait sur l’Europe. On a joué en Israël, à Bangkok, en Inde et plein d’endroits bizarres. Je ne sais pas pourquoi, mais crois-moi : si j’avais le choix, je jouerais plus en France. On a maintenant un super agent et j’espère qu’il va nous trouver des dates pour rétablir la situation. Le show que tu as cité, à Cannes… Je l’avais oublié. J’ai beaucoup aimé y jouer mais cette période était compliquée…C’était en 2001, c’est ça ? La même année que celle où mon épouse est décédée. Je m’occupais autant que possible pour ne pas y penser, j’étais dans une sorte de nuage, toujours occupé à travailler. Tout va tellement mieux maintenant ! J’ai été marié avec ma première femme pendant 16 ans, j’ai trouvé une autre compagne qui partage ma vie, on est mariés depuis 17 ans maintenant. J’ai beaucoup de chance… Ce concert, c’était un vrai cauchemar à mes yeux, tout allait de travers. L’orga pensait qu’on était que des branleurs sleaze, Andy Mc Coy et moi. Mais je m’en fous, des étiquettes… Ils sont venus nous voir, disant qu’il fallait raccourcir le show, on enlève quelques titres et ils reviennent : « non, finalement, on va vous donner plus de temps ». T’avais l’impression que personne ne savait ce qu’il faisait. Backstage, le mec qui s’occupait des guitares… C’était son premier concert. Ça va être un désastre… Et, aussi, on n’a pas eu de balance ! Pas de soundcheck, comment on va pouvoir jouer ? Un vrai bordel. Juste avant le début du concert, le mec revient nous voir pour nous dire qu’on doit retirer 2 ou 3 titres… FUCK YOU !!!C’était n’importe quoi !

 

Metal-Eyes : Donc tu as encore des souvenirs de ce concert ! J’ai cru comprendre que tu vas bientôt jouer en France…

Michael Monroe : Le 29 octobre à la Maroquinerie. Je veux que tout le monde vienne, on va passer un super moment et on va tenter de rattraper le temps perdu. J’adore la France, j’adore Paris, je voudrais pouvoir jouer plus souvent chez vous. J’ai même étudié le français à l’école. C’est vraiment fascinant de pouvoir enfin être ici…

 

Metal-Eyes : Tu es Finlandais. Comment vois-tu la scène finlandaise actuelle. Il y a de grands noms, d’autres émergents…

Michael Monroe : Il y a plein de choses sympa avec les groupes finlandais. Ville Vallo de Him m’a dit que Hanoi Rocks avait ouvert les portes à la scène rock finlandaise, permettant à d’autres groupes de jouer à l’étranger. The Rasmus, Nightwish – Tarja est une de mes très bonnes amies – Apocalyptica, ce sont des pionniers, aussi…

 

Metal-Eyes : Steve N Seagulls ?

Michael Monroe : Je suis moins familier avec ce qu’ils font. Il y a beaucoup de bon groupes de rock en Finlande, mais malheureusement, il y a ces effets de mode dans le monde et, au final, les groupes finlandais copient trop souvent ce qui se fait ailleurs, principalement aux USA. La mode du hip hop – et il y a un paquet de groupes de hip hop complètement inutiles en Finlande. Ils ne contribuent en rien à l’évolution de la musique. Mais il y a aussi de très bons groupes et je vous encourage à aller les découvrir.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Michael Monroe, le groupe encore, en 2019 ?

Michael Monroe : Toujours « aucun cliché autorisé, pas de remplissage que de la tuerie (No clichés allowed, no fillers all killers) du rock authentique qui botte les culs »

 

Metal-Eyes : Ce n’est plus une devise, c’est un roman !

Michael Monroe (rires) : Exact! C’est un de mes surnoms!

 

Metal-Eyes : Une dernière chose puisqu’il nous reste quelques minutes…

Michael Monroe : Bien ! Ritchie Blackmore, l’origine du metal ! Le metal vient d’où ? Du rock. Et regarde ces guitaristes qui parlent pour ne rien dire ! Ils mettent trop de notes partout, c’est pas ça ! Le meilleur solo que Ritchie Blackmore ait joué, c’est celui de No, no, no, sur Fireball. Si on parle de solo, c’est ça ! Même le solo de Smoke on the water, sa façon de lever ses cordes. Il a ce toucher unique… Je me demande pourquoi tous ces guitaristes aujourd’hui ne cherchent qu’à jouer le plus de notes possible, ils passent à côté de ces trucs si cool…

 

Metal-Eyes : Il y a aujourd’hui un renouveau important de la scène des 70’s et 80’s, du rock sudiste, du hard vintage. Penses-tu que ce que les gens nomment Hair metal ou glam metal pourrait tirer bénéfice de ce revival ?

Michael Monroe : Quoi que l’on puisse mettre derrière l’étiquette de Hair metal, de glam ou même de sleaze rock – je ne sais même pas ce que ça veut dire, je n’ai rien à voir avec ça, je ne veux souiller personne ! Ceux qui pense que se laquer les cheveux permet de savoir jouer n’ont rien pigé ! C’est un crime, c’est une putain de perte de temps. Tu trompes les gens… Ils peuvent vendre des millions d’albums, ça ne signifie pas qu’ils soient bons. Il y a quelques groupes sympas de cette période, mais, en général, les effets de mode, ça pue. Je n’aime pas les étiquettes. Avec Hanoi Rocks, et depuis, on joue de tout, ça va du punk eu rock. On n’a jamais dit qu’on était glam. Tous les genres peuvent aller en enfer, le rock n’a pas besoin d’être classifié. La bonne musique restera de la bonne musique, sans étiquette.

 

Metal-Eyes : Nous conclurons donc là-dessus. Merci beaucoup, Michael, et je te verrais sur scène à Paris dans un mois.

Michael Monroe : Merci à toi et… Metal Eyes, garde un œil sur… euh… toi! (rires)

Michael Monroe sera le 29 octobre sur la scène de la Maroquinerie à Paris. Concert événement en vue!

Merci à Roger Wessier d’avoir rendu cette rencontre possible

 

 

Interview: Sofie et Johann – Welcome to Hell(fest)

Interview Sofie Von Kelen (auteure) et Johann Guoyt (dessinateur). Propos recueillis au Hard Rock Cafe le 30 septembre 2019

Sofie, je la connais depuis des années. On se croise régulièrement là où se produit ADX. Johann, je ne l’ai jamais rencontré. Les deux sont pourtant d’assidus participants au Hellfest qu’ils ont décidé de raconter en se mettant en scène dans une trilogie de BD qui fait aujourd’hui l’objet d’une édition intégrale (plus d’info ici: Welcome to hell(fest) – l’intégrale augmentée.) Un objet pour lequel Sofie et Johann ont décidé de passer par le financement participatif via Ulule. Moins de 2 semaines avant la date limite de cette levée de fonds (vous avez jusqu’au 24 octobre seulement pour verser quelques euros), ils se sont confiés à Metal Eyes au cours d’une joyeuse interview.

 

Metal-Eyes : Johann, peux-tu nous raconter la genèse de ce projet BD Welcome to Hell(fest) ?

Johann Guyot : L’idée est venue de Sophie qui était alors journaliste BD et rock, puisqu’elle couvrait pas mal de concerts pour le magazine Abus Dangereux. Elle a été amenée à aller souvent au Hellfest…

Sofie von Kelen : Oui, mais pas en tant que journaliste. C’était au FuryFest, comme ça, pour m’amuser…

Johann Guyot : De mon côté, je suis dessinateur, illustrateur et j’ai ma propre maison d’éditions. On s’est connus sur un festival de BD…

Sofie von Kelen : Au festival d’Angoulême. J’ai acheté sa BD autobiographique où il racontait ses histoires de métalleux…

Johann Guyot : J’avais déjà fait un truc sur les concerts et les disques qui m’avaient marqué, ce qui ressemble un peu au début de Welcome, sur le ton, en tout cas. On est devenus amis par la suite. Sofie m’a contacté alors qu’elle comptait aller au Hellfest, ce à quoi j’étais plutôt réticent à l’époque… Autant j’adore ce genre musical, mais de là à aller dans cette foule… J’ai toujours été en concerts, mais dans des petites salles, alors un festival, sans être agoraphobe… 3 jours comme ça ?

Sofie von Kelen : Je venais de m’installer à Paris, et je pensais que ce serait beaucoup plus marrant de faire quelque chose comme ça plutôt que des reports classiques. Au début, d’ailleurs, on voulait mettre ça dans Abus Dangereux, ce n’étais pas prévu pour devenir un bouquin. On voulait juste faire un live report en BD. Au bout de deux ans, on avait accumulé du matériel et on s’est dit « en fait, on va faire un livre ! »

Johann Guyot : Le premier tome recouvre trois années consécutives – 2012 à 2014 – et il est sorti en 2015.

Sofie von Kelen : On a mis un peu de temps à trouver notre ton, notre voix.

Johann Guyot : Ensuite, on ne savait pas trop ce qu’on allait faire, mais deux autres albums sont sortis. On a continué à faire des croquis là-bas, et on a sorti deux autres volumes. En 2017, la dernière année qu’on a couvert pour le tome 3, on s’est dit qu’on allait arrêter là. Sauf que le tome 1 est épuisé depuis très longtemps et on nous l’a souvent réclamé. Beaucoup de gens nous ont réclamé une réédition et on s’est dit que c’était peut-être l’occasion de sortir une intégrale.

Sofie von Kelen : De tout remettre au bon format, de nettoyer certaines illustrations, de tout remettre bien…

Johann Guyot : Et d’en faire un objet assez classieux

Sofie von Kelen : Un beau bouquin de plus de 300 pages, couverture cartonnée…

 

Metal-Eyes : Chaque tome a été publié à combien d’exemplaires ?

Johann Guyot : Le premier à 1.300. Un petit tirage parce qu’on ne savait pas trop où on mettait les pieds. Il se trouve qu’on a fait appel à un distributeur qui l’a plutôt bien vendu. On lui en filé 600, mais il nous en a demandé 900, il avait des commandes un peu partout. On a vendu le reste en librairie et sur des stands en festivals.

Sofie von Kelen : Le second, on l’a tiré à 2.000 exemplaires, il nous en reste 2 ou 300…

 

Metal-Eyes : Ce qui fait de toute façon une différence entre le nombre de possesseurs du premier et du second.

Sofie von Kelen : Oui, c’est ça. Et le troisième, on l’a volontairement tiré en édition limitée à 300 exemplaires, numérotés et signés, ce qui en fait un peu un objet collector. On ne savait pas du tout ce qu’on allait faire après, on savait qu’on arrêtait, alors on a fait de ce troisième un objet un peu rare. Et après, on s’est dit : « l’intégrale » (elle rit)

 

Metal-Eyes : Avant de parler de l’intégrale, le pitch de Welcome to Hell(fest), c’est quoi ? Et quel est le ton que vous y mettez ?

Johann Guyot :

Sofie von Kelen : C’est de raconter notre festival.

Johann Guyot : C’est un reportage… Des carnets de voyages, comme on peut en trouver dans le milieu de la BD. Des planches qui racontent quelque chose. C’est autobiographique dans le sens où on se met en scène. Quand je dessine, je dessine Sofie et moi-même dans le festival. Ce sont des choses qui nous sont vraiment arrivées, les groupes que je vois, je les croque sur place. Et Sofie, journaliste, rapporte des chroniques, des interviews de groupes…

Sofie von Kelen : Au fil des séries, il y a eu 3 postures : nsur les premières années, moi j’étais encore journalistes pour Abus dangereux et Johann était néophyte. Ensuite, on s’est positionnés tous deux en tant qu’auteurs, en indépendants, et la troisième phase, c’est quant on a commencé à avoir notre stand sur l’Extreme market. Là il y a un œil un peu plus… on s’attarde un peu plus sur le public, sur les gens du market, sur le côté périphérique. On s’est vraiment rendu compte, en tant qu’exposants, de tout ce qu’il y a autour du Hellfest.

 

Metal-Eyes : On le sait : le Hellfest, ce n’est pas que les concerts, ou la grande roue, c’est aussi le camping ; le market, le Hell city square…

Johann Guyot :

Sofie von Kelen : La ville de Clisson, les gens qui font la déco. On a essayé de creuser un peu plus.

 

Metal-Eyes : Pour pouvoir financer l’intégrale, vous faites une levée de fonds via Ululeous faut combien et vous en êtes où ? (Vous pouvez contribuer jusqu’au 24 octobre ici: https://fr.ulule.com/welcome-to-hellfest-integrale/)

Sofie von Kelen : Il nous faut 12.000 euros.  (note : il reste aujourd’hui 45% de fonds à lever, et un peu plus d’une semaine de campagne). C’est ça qui va nous permettre de réaliser un beau produit, on ne veut pas faire un truc cheap.

Johann Guyot : On a un graphiste à payer, les envois des contre parties…

 

Metal-Eyes : Une des contre-parties que chaque contributeur va recevoir c’est un bisou de l’équipe.

Sofie von Kelen : Voilà !

 

Metal-Eyes : Sofie, on se voit régulièrement, au Hellfest ou en concerts. Des bisous j’en ai déjà. Est-ce que je dois vraiment contribuer ?

Sofie von Kelen : Euh, non, ben… Je pensais plutôt à un bisou virtuel. A la terre entière… Je pensais plus à un bisou spirituel ! (rires)

Johann Guyot : Par contre, si au Hellfest il y a des mecs qui me demandent un bisou sur le cul, je vais y réfléchir à deux fois…

 

Metal-Eyes : C’est l’expérience qui parle ? (rire général)

Johann Guyot : Non, non, pas encore, mais je vais y penser !

Sofie von Kelen : Je n’y avait pas encore réfléchi à l’année prochaine, au Hellfest, des mecs qui vont venir demander des bisous ! (rires)

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui, justement, va attirer le bédéphile et l’inciter à acheter Welcome to Hell(fest) ?

Sofie von Kelen : Le bédéphile, je pense que ce sera au niveau de l’objet, parce que c’est quelqu’un qui aime les beaux objets, avec des couvertures bien contrastées.

Johann Guyot : Le contexte aussi : Sofie s’adresse plus au public metal là où je m’attarde plus sur un public de… bédéistes. Mes influences sont ce qu’elles sont, et tout est traité sur un ton humoristique. J’espère aussi toucher un public non fan de metal.

Sofie von Kelen : Je vois souvent sur les stands des salons de BD, Angoulême, Saint Malo et d’autres, beaucoup de gens qui n’ont rien à voir avec le metal et qui achètent Welcome to Hell(fest). Parce qu’ils ont feuilleté, ils ont envie de voir, de découvrir…

Johann Guyot : Il y a beaucoup d’anecdotes aussi. C’est presque de la sociologie, voir, analyser comment les gens qui travaillent toute l’année et vont au Hellfest se lâchent totalement pendant trois jours. Décrire comment le cadre de je ne sais quelle entreprise se trouve pendant un week-end gros nounours, le cul à l’air… C’est assez marrant de voir ce genre de choses. On parle avant tout de musique, mais pas que de ça.

Sofie von Kelen : Il faut aussi que les gens qui ne s’y connaissent pas en metal s’amusent en le lisant.

Johann Guyot : Ce n’est pas élitiste, ce n’est pas fait que pour le metalleux.

 

Metal-Eyes : Vous êtes tous deux fans de metal. Vos goûts se complètent-ils ou sont-ils à l’opposé ?

Johann Guyot : Ils ne sont pas complètement différents.

Sofie von Kelen : Moi je suis plus sur les 70’s, les vieilles gloires comme Blue Oÿster Cult, Uriah Heep, et tout ce qui est vieux hard et NWOBHM. Surtout axés heavy. Tout le neo 70’s. Je suis très axée chanson : j’ai besoin qu’il y ait un couplet un refrain, un solo… J’aime pas quand ça blaste pendant 3’30…

Johann Guyot : On n’est pas si éloignés que ça. J’aime beaucoup le rock, le psyché. Je suis aussi très branché vieux metal extrême, Venom, Hellhammer, Bathory… J’aime quasiment tous les styles, mais dans leur forme originale. Les groupes qui construisent quelque chose, quand je me dis « tiens, ça change un peu, il y a du nouveau ». Je trouve tous ces groupes passionnants. J’aime aussi le vieux punk des années 70, comme Discharge ou Black Flag. Les débuts du thrash, du black metal… Les contre-cultures, ou les précurseurs…

 

Metal-Eyes : Est-ce que vous alimentez votre inspiration, votre vue, votre vie du Hellfest avec la musique que vous écoutez au quotidien ou est-ce plutôt ce que vous y vivez, « ça je le note, j’en ferai quelque chose » ?

Johann Guyot : Quand un groupe me plait, je vais croquer le groupe, mais ce qui m’intéresse c’est de raconter l’histoire, comment j’en suis arrivé à devenir fan de ce groupe. Un retour à mon adolescence… Ce que j’ai ressenti avec tel ou tel disque. On ne parle pas forcément du Hellfest, finalement…

Sofie von Kelen : Sur les chroniques, je me rends compte que j’ai fait les deux. C’est vraiment au feeling : il y a des groupes qui m’ont donné envie de parler de leur histoire et de leur discographie, et d’autres qui m’ont donné envie de parlé de ce qui s’était passé pendant le concert.

 

Metal-Eyes : Sophie, je te croise régulièrement à l’extreme market. Il faut le tenir ce stand ; comment faites vous pour vous organiser pour voir des concerts ?

Sofie von Kelen : On est trois à tenir le stand : Johann, moi, et Julien Rousseau le bassiste d’ADX. On fait des tours. Comme le market ferme vers minuit, on peut aller voir les deux derniers groupes ensemble.

Johann Guyot : Les premières années on était partout, on voulait tout voir… Mais avec le temps, la fatigue aidant, on sélectionne un peu plus !

 

Metal-Eyes : Vous commencez à plutôt bien vous connaitre depuis 2012. Sofie, quelle est la plus grande qualité de Johann ? (Elle a le regard étonné et se met à rire) Johann, tu peux déjà commencer à réfléchir à la même chose pour Sophie…

Johann Guyot : Oui, j’avais compris…

Sofie von Kelen : La plus grande qualité de Johann ? C’est sa capacité à prendre du recul. Moi, je m’enflamme assez facilement sur un groupe, sur un truc, un détail d’organisation… Je peux stresser assez facilement, Johann, il prend du recul par rapport à tout. Il m’aide à relativiser…

Johann Guyot : Qu’est-ce que je peux dire ? Au niveau organisation, on peut compter sur Sophie. Quand il y a un truc de prévu, c’est rassurant. Là où je suis assez bordélique, elle est organisée. Je suis arrivé de Bordeaux aujourd’hui pour les interviews, je ne savais pas ce que j’allais trouver, mais je savais que Sofie avait tout prévu. C’est assez rassurant quand quelqu’un gère ces choses là.

 

Metal-Eyes : Et son plus gros défaut, alors ?

Johann Guyot : Ce qu’elle disait juste avant : Sofie s’enflamme très vite. C’est pas forcément un défaut, d’ailleurs : elle a gardé ce coté ado un peu « groupie ». Il y a un truc qui m’a toujours frappé chez elle, si le groupe qu’elle adore fait une crasse ou s’est mal comporté, elle va se mettre à détester le groupe, là où moi, je reste totalement extérieur à ça. Si j’aime la musique… ça me fait rire en fait, elle est très sur l’émotion…

Sofie von Kelen : Le plus gros défaut de Johann ? La procrastination ! (rires)

Johann Guyot : C’est pas faux !

Sofie von Kelen : Quelque fois je lui demande un truc et ça prend des jours. « Ouais, j’ai presque fini, demain tu l’auras ! Non, j’ai commencé, j’ai une idée » La procrastination !

 

Metal-Eyes : Tout fan rêve de partager des moments avec ses idoles. Le Hellfest a-t-il été un bon terrain de rencontres pour vous ?

Johann Guyot : On a vu des trucs assez hallucinants, oui !

Sofie von Kelen : Ça le fut, à l’époque où on faisait des interviews, et avant d’avoir le stand. Mais surtout, ça l’était à l’époque où il y avait l’ancien espace VIP où il y avait les journalistes, les groupes, etc. Maintenant, c’est plus l’espace VIP pour les fêtards, et les groupes ont leur propre espace, on ne peut plus les rencontrer. Je ne rencontre quasiment plus aucun groupe au Hellfest.

 

Metal-Eyes : Sauf ceux qui viennent dans cet espace.

Johann Guyot : Rencontrer Bobby Liebling de Pentagram, c’était une expérience. Voir un type aussi cintré… Puis Dave Chandler, extrêmement sympathique…

 

Metal-Eyes : Quels sont vos meilleurs souvenirs à tous les deux, de vos nombreux Hellfest ?

Johann Guyot : Sans hésiter, Venom en 2015, même si ce n’était pas le line-up original. Mais il y avait Cronos, dont je suis fan depuis toujours. Aussi, et j’étais tout devant, comme un grosse de 15 ans… Il y a eu Discharge en 2012. Le son était mauvais, mais j’adore ce groupe. Pentagrame, aussi, et puis, l’année dernière, ce sera dans les bonus parce qu’il y a eu une super affiche, Pestilence, Possessed et Hellhammer…

Sofie von Kelen : Meilleur souvenir de concert ? Je mettrai dans mon top 4 ou 5… Candelmass il y a 3 ans, Alice Cooper, un de mes groupes culte, Wardroma, toujours hallucinant sur scène, Metal Church que j’attendais depuis des années et… J’ai adoré Magma aussi. Je ne m’attendais pas à une réaction aussi vive du public.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être votre devise à l’un et à l’autre ?

Johann Guyot : Rock n roll damnantion !

Sofie von Kelen : It’s a dirty job, but someone has to do it !

 

Metal-Eyes : Dernière chose : quels sont vos paris pour le Hellfest 2020 ?

Johann Guyot : Le problème c’est que, pour moi, tout est passé. Il y a un truc assez hallucinant avec le Hellfest, c’est qu’ils parviennent à faire venir tant de groupes, à chaque fois, il y a une surprise… Tout le monde parle de Metallica qui n’est jamais venu, mais voir Metallica aujourd’hui, c’est pas ce qui m’excite…

Sofie von Kelen : De toutes façons, ils ne le feront pas pour des questions de finances et d’exclusivité avec un certain tourneur… Je sais que je serai ravie de l’affiche parce qu’il y aura au moins 15 groupes que je vais adorer, mais je ne m’attends pas à de grosses surprises. J’aimerai bien un peu plus de 70’s… Ils deviennent vieux, et ce serait bien de pouvoir les voir une fois… Si j’aimerai bien voir Page et Plant. Je les ai vus aux Eurokéennes, c’était brillant.

 

Metal-Eyes : Merci à tous les deux, la levée de fonds se termine le 24 octobre, l’appel aux contributeurs est lancé ! Et la publication est prévu en décembre, juste avant Noël…

Johann Guyot : Merci à toi.

Sofie von Kelen : Merci beaucoup, et oui, il faut faire vite, il ne reste plus beaucoup de temps !

 Rappel: les contributions pour la publication de  Welcome to Hell(fest) – l’intégrale se poursuivent jusqu’au 24 octobre. Quelques euros pour un peu de culture fun et metal, chacun peut le faire! Un joli cadeau pour Noel, en plus…

Interview: LAST TEMPTATION

Interview LAST TEMPTATION. Entretien avec Butcho (chant). Propos recueillis au pub King George à Paris le 10 septembre 2019

Alors que Peter Scheithauer est en train de faire un démo à la guitare pour un magazine spécialisé, je retrouve Butch Vukovic pour parler de ce nouveau projet à l’envergure internationale. Last Temptation pourrait être « the next big thing » en matière de heavy mélodique. Et quand des Américains viennent dégoter un chanteur français, c’est un signe…

 

Metal-Eyes : Ce n’est pas notre première rencontre, en revanche, c’est la première fois que tu vas me parler de Last Temptation. Question classique : comment s’est formé le groupe ?

Butcho : En fait, ça s’est formé, avec Peter et moi, il y a presque 10 ans. C’était une autre formation. A l’époque, j’étais avec Hellectrokuters et il m’avait contacté sur Facebook. Il voulait absolument un chanteur français. Il a regardé plein de vidéo, il en a vu 800, à la lettre H, il est tombé sur Hellectrokuters et il a fait « waow, je veux ce chanteur ! C’est qui ? » Il me contacte, à l’époque il ne connaissait pas Watcha – il était aux Etats Unis. Il me contacte sur Facebook, et à cette époque je lui dit non, parce que j’avais un autre deal qui arrivait avec Hellectrokuters.

 

Metal-Eyes : Qui était, pour rappel, un groupe typiquement hard rock 80’s comme tu aimes tant.

Butcho : Voilà, AC/DC, Motörhead… Je lui ai dit non. Il est revenu plusieurs fois à la charge, et le plan que je devais avoir ne s’est pas fait. Je lui ai demandé de m’envoyer ses morceaux, ce qu’il fait. Je trouve ça super bien, et le jour même, je lui ai enregistré les 3 morceaux. Il a adoré, et c’est parti comme ça. Mais ce n’était pas du tout cette formation de Last Temptation, c’était autre chose. Plus à la Mötley Crüe, des trucs comme ça, et pas du tout le même line-up. Le line-up actuel s’est mis en place il y a à peu près 3 ans. Ça a pris beaucoup de temps parce qu’il y avait des contrats avec les autres : Vinnie Appice qui était avec Last In Line, Bob Daisley, en Australie…

 

Metal-Eyes : Vous êtes tous les deux passionnés par le gros hard rock des années 80. Comment définirais-tu la musique de Last Temptation ?

Butcho : On n’a absolument rien inventé, c’est du hard rock old school des années 70/80, à la Black Sabbath, Ozzy, Dio… C’est du old school, tout simplement.

 

Metal-Eyes : Vous avez joué au Hellfest cette année. C’était ton premier, je crois ?

Butcho : Non, non : j’y ai joué il y a très longtemps, en 2007, avec un groupe de death metal, Scarve.

 

Metal-Eyes : Et ce n’était pas le même esprit qu’aujourd’hui, en 2007.

Butcho : Non, c’était pratiquement les débuts du Hellfest ! Après j’ai joué plusieurs fois avec Showtime, groupe de reprises, mais sur des scènes annexes. Ma première scène, mainstage, sans avoir sorti d’album… c’est juste… incroyable.

 

Metal-Eyes : C’est-à-dire ?

Butcho : Ben… Il y a plein de groupes qui rêveraient de jouer au Hellfest en Main, qui ont déjà plusieurs albums, et qui n’y arrivent pas. Nous, on arrive, sans album et on a réussi à dégoter la Mainstage.

 

Metal-Eyes : Justement, comment avez-vous réussi à dégoter cette place, comment ça s’est fait ?

Butcho : Alors… Il faut dire que Peter a le bras très long. Il connait beaucoup de monde, et un de ses meilleurs potes, c’est Gérard Drout. Qui a une petite partie du Hellfest.

 

Metal-Eyes : C’est donc du relationnel…

Butcho : Oui, et ça ne marche que comme ça. Soit tu connais des gens, soit tu as de l’argent. Je vais te donner mon cas, avec Helelctrokutters : on n’a ni argent, ni relation. Donc, évidemment…

 

Metal-Eyes : Message pour Ben Barbaud : si tu es intéressé, l’année prochaine, Hellectrokuters est dispo ! Quand tu es monté sur scène, tu as ressenti quoi ?

Butcho : Waow ! J’étais… Je me suis dis « c’est juste trop énorme » ; rien que la scène, elel est plus grande qu’un terrain de foot ! C’est énorme !

 

Metal-Eyes : En plus, maintenant, même a cette heure là, il y a du monde.

Butcho : Oui, il y avait du monde. Groupe inconnu, le public était à fond. On a même réussi à les faire chanter ! Super expérience, vraiment.

 

Metal-Eyes : Comment vous êtes-vous préparés pour un événement de cette envergure ?

Butcho : J’ai envie de te dire que c’est un concert. Que ce soit là où dans un plus petit club, c’est beaucoup de répèts. On n’a pas eu beaucoup de temps, là, on a juste eu une semaine avec tout le groupe en studio pour répéter. On ne se connaissait pas encore vraiment, on a vraiment travaillé.

 

Metal-Eyes : Ça veut dire que tu as pu rencontrer certaines de tes idoles des années 80…

Butcho : Oui… J’ai pu rencontrer Stet (Howland) qui joue de la batterie avec Lita Ford, Wasp, il est maintenant ave Metal Church, Steve (Unger, basse) qui est aussi dans Metal Church. Et sur l’album, il y a Bob Daisley, le légendaire Bob Daisley, Vinnie Appice à la batterie, James Lomenzo à la basse… Il y en a tellement, en fait !

 

Metal-Eyes : Revenons justement à cet album, très typé années 80 : que trouves-tu dans cette période que tu ne retrouves pas aujourd’hui ?

Butcho : Je sais pas… Tout se ressemble un peu, soit extrême, soit… J’ai l’impression d’écouter toujours la même chose, sans doute parce que je n’ai pas l’oreille assez aiguisée ppour ça. J’aime bien les trucs avec de la mélodie, du chant… J’ai de la chance, parce que Stet et Steve savent chanter. Ce sont de vrais chanteurs lead, et s’ils me remplacent, aucun problème. Les mecs, ils font des chœurs de malade !

 

Metal-Eyes : Comment avez-vous choisi le nom du groupe ? Pour moi, lorsque j’entends « Last Temptation », ça m’évoque le film de Scorcese, La dernière tentation du Christ.

Butcho : Non, il n’y a aucune connotation religieuse chez nous…

 

Metal-Eyes : La pochette y fait pourtant référence plus d’une fois…

Butcho : En fait, le nom a été trouvé par Peter. Toutes ces personnes qui se disent, avec regrets  « si j’avais su, j’aurais fait ça… Dans ma jeunesse, j’aurais dû faire ça… » En fait, nous, on décide de faire, de prendre des risques. On ne se pose pas de question, on y va. C’est un esprit beaucoup plus positif.

 

Metal-Eyes : Il y a quand même pas mal de références à la religion : le diable, le serpent qui pourrait être Seth, les éclairs dans les nuages qui évoquent la colère divine, le croissant de lune…

Butcho : Oui, mais c’est quoi, le diable, le serpent ? Ca évoque juste la tentation, oui, mais il n’y a aucun texte qui soit connoté religion. Je voulais juste quelque chose qui soit un peu mystique, parce que j’aime ces choses-là. Mais dans les textes, on parle beaucoup de remise en question, de ce qui est existentiel, savoir se battre jusqu’au bout. Ou, parfois, comme Bob Daisley m’a demandé, j’aborde une thématique : lui adore tout qui traite de conspiration, de manipulation des masses… En plus, je la trouve super esthétique, c’est le genre de pochette qui, pour moi, ne vieillira pas. Après, c’est juste l’interprétation de chacun.

 

Metal-Eyes : Et le symbole central, c’est quoi ?

Butcho : En fait, ce ne sont que des L et des T dans tous les sens… Tu peux tourner la roue, tu les trouveras toujours.

 

Metal-Eyes : Avec le signe de l’infini au centre. Autre chose : la dernière fois qu’on s’est vus, tu a fait preuve de beaucoup de naïveté au sujet d’un film, tu t’en souviens ?

Butcho : euh… peut-être… Rappelles-moi…

 

Metal-Eyes : La scène de Wembley, dans Bohemian Rhapsody.

Butcho : Oui ! Je reconfirme, j’ai adoré ce film ! Je l’ai revu, et pour moi, je suis sûr qu’ils ont reconstitué, le public est venu remplir Wembley, j’en suis sûr !

 

Metal-Eyes : Même époque, même réalisateur – en tout cas, il a participé à une partie de Bohemian rhapsody : as-tu vu Rocket man ?

Butcho : Oui, je l’ai vu. J’ai vraiment beaucoup aimé. J’adore l’acteur qui joue Elton John (Taron Egerton), il avait joué dans Kingsman. Mais le seul truc, c’est que j’ai du mal avec les comédies musicale, j’aime moins quand l’histoire est racontée en chantant. J’ai préféré Bohemian Rhapsody parce que l’histoire est racontée. Il y a les concerts, mais le reste est parlé. Jai aimé, mais moins que Bohemian rhapsody. J’adore Elton John, et j’ai découvert des choses. Je ne le connaissais qu’avec I’m still standing ou presque, le reste j’ai fait « waow ». Je redécouvre plein de choses ! Quand t’es jeune, tu n’écoutes qu’un type de chose, et avec l’âge, je m’ouvre beaucoup plus, je découvre, je redécouvre plein de choses. Je redécouvre des trucs que tout le monde connait sauf moi ! Je surprends certaines personnes… « Mais tu sors d’où, là ? Evidemment c’est un super chanteur Elton John ! » Oui, mais bon, je le connaissais pas !

 

Metal-Eyes : Un groupe de rock, c’est aussi la scène, alors quels sont vos projets ? Vous habitez sur des continents différents, logistiquement ce n’est pas évident ?

Butcho : Début octobre, on a une vingtaine de dates aux USA. On y retournera d’ailleurs en janvier et février. Entre les deux, il y aura l’Europe, avec plein de dates, en Allemagne, et un peu partout.

 

Metal-Eyes : Excité à l’idée de jouer aux USA ?

Butcho : Ben ouais, carrément ! En plus ce sera en tête d’affiche. Dans des petits clubs, comme le Whisky-a-gogo, on va à Las Vegas, aussi. En plus, il y a plein d’invités de prestiges qui viendront nous voir, donc ça va être incroyable.

 

Metal-Eyes : Je me souviens de ce que je voulais te demander : Peter voulait un chanteur français. Pour quelle raison, te l’a-t-il expliqué ?

Butcho : Oui, déjà il est Français, même s’il vit aux USA. Il ne voulait pas d’un chanteur déjà connoté, il voulait quelqu’un qui chante bien. Bob Daisley ne voulait pas de quelqu’un déjà connu, même s’il a plein de potes chanteurs. Ils voulaient quelqu’un avec de l’expérience mais pas connu, et Peter voulait que ce soit un Français. Et Bob Daisley a adoré ma voix, il a dit « c’est lui que je veux ! » Il m’a dit, il a dit à Peter : « Butcho me rappelle Ozzy jeune. Mais Ozzy qui chante juste » (rires).

 

Metal-Eyes : La comparaison est flatteuse !

Butcho : Oui, et ça fait d’autant plus plaisir que ça vient d’une personne qui a écrit la plupart des textes d’Ozzy. C’est une légende.

 

 

INTERVIEW: TARJA

Interview Tarja TURUNEN. Propos recueillis à Paris le 7 juin 2019

 

C’est une Tarja joviale et vraisemblablement fière de son nouvel album, qui paraîtra à la fin du mois d’août sur Ear music/Verycords, qui a reçu Metal Eyes dans le cadre d’un hôtel parisien. La Finlandaise, désormais installée en Espagne, nous dit tout au sujet de In the raw, et plus encore.

Metal-Eyes : Tarja, tu es ici pour parler de ton nouvel album In the raw, mais juste avant, si tu permets, il y a une question que j’ai voulu te poser depuis 3 ans…

Tarja : Vraiment ? Waow !

Metal-Eyes : Nous n’avions pas eu l’occasion de parler pour la sortie de The shadow self. Cet album me semble avoir été une réaction à Colours in the dark à plus d’un titre : tout d’abord le côté visuel, en noir et blanc, alors que Colours était très coloré. Certaines chansons semblent aussi être une réaction à d’autres figurant sur Colours. Par exemple : 500 letters dénonçait le harcèlement de certains fans (elle confirme) et  j’ai l’impression que Diva a été écrite en réaction à la réaction qu’aurait pu avoir un fan blessé par 500 letters, t’accusant de n’être qu’une diva capricieuse…

Tarja : Vraiment, c’est ton sentiment ? C’est très intéressant ! Fantastique, même ! C’est ce que j’adore, et tu es le premier à me faire part de ce sentiment ! C’est absolument fabuleux que tu aies eu cette impression, parce que c’est ton propre ressenti. Je dois te dire que c’était complètement différent pour moi, mais c’est exactement ce que je recherche avec mes chansons en général. Quand j’écris les paroles, encore plus avec le nouvel album qui est le plus personnel que j’ai écrit. Je fais attention à ne pas trop expliquer les paroles, afin que chacun puisse y réfléchir, y trouver ce qu’ils veulent. Tu as trouvé cette connexion, ce qui juste incroyable, je ne l’ai vraiment pas écrite dans ce sens…

Metal-Eyes : Et tu comprends le lien que je peux faire ?

Tarja : Oui, totalement ! Je peux tout à fait imaginer et comprendre. C’est superbe, c’est la magie de la musique ! C’est comme ça que ça devrait être pour chacun de nous : interpréter différemment les chansons. Ecouter de la musique est une expérience unique. Tu peux discuter des goûts, ne pas aimer la saveur de cette eau ou la musique que je fais.

Metal-Eyes : Ce qui est OK

Tarja : Oui, ça me convient parfaitement. Tu sais, avant tout, j’écris de la musique pour moi. Si mon travail me satisfait – et le mot « satisfaction », pour une perfectionniste comme moi… – eh bien, pour ce nouvel album j’ai pris du recul. J’avais besoin de casser mes filtres, de me confronter à mes peurs, mes doutes, tout à mon sujet. J’ai composé seule, j’avais tout ce monde de doutes face à moi et je savais que je devais m’y confronter. Je souhaitais voir si j’avais la capacité à me dépasser.

Metal-Eyes : Ce qui est le cas selon moi, après une écoute de ce disque dont nous allons parler dans un instant. Cependant, tu habitais en Argentine et tu as récemment déménagé en Espagne. Quelle en est la cause ?

Tarja : Je voulais raccourcir les distances. Je passe la majeure partie de mon temps en Europe, professionnellement. Alors les vols long courrier, depuis Buenos Aires, d’autant plus maintenant que nous avons une petite fille, et aussi vivre dans une aussi grande ville, j’avais un peu peur de laisser ma famille derrière moi dans cette ville de chaos. C’était trop me demander, je ne voulais pas ce poids là. Alors nous avons décidé de chercher un logement en Europe, et nous avons trouvé un superbe endroit en Andalousie, nous y sommes très heureux. Je crois que tout cela se ressent dans mon nouvel album. Parce qu’il s’agit de moi. Tout ce que je fais artistiquement est lié à moi. Tu peux ressentir, j’espère, la paix, principalement dans une chanson comme Golden chamber (elle rit).

Metal-Eyes : Juste avant de parler de ton nouvel album, comment décrirais-tu ton évolution musicale entre The shadow self et In the raw ?

Tarja : J’ai beaucoup tourné pour The shadow self, et je déplorais en même temps de ne pas être avec ma famille. Il y a eu un grand changement avant la production de l’album : ma fille de 4ans ½ est rentrée à l’école. Avant, elle a été un bébé en tournée, je l’emmenais partout avec moi. Ce changement m’a affectée, et soudain, elle entre à l’école. Elle n’est plus là, mon mari non plus, je me retrouve seule, ce qui a été un grand changement. Me retrouver dans cette nouvelle situation – qui n’a plus rien de neuf, je te rassure ! – m’a affecté de telle sorte que j’avais besoin de m’ouvrir et de sortir de ma zone de confort, de me débarrasser de mes craintes. Quand j’ai commencé à composer In the raw, la musique m’est venue très facilement : elle était puissante, et à chaque fois que je rentrais de tournée, je composais, au piano, j’ai enregistré beaucoup de démo, sans paroles, et j’avais le sentiment que la musique était très progressive. J’ai arrêté de tergiverser – « est-ce bon ? est-ce mauvais ? est-ce que je peux le faire ? oui, je le peux ! » – Je me suis libérée en matière de composition.

Metal-Eyes : Cela s’entend dès le premier titre, qui est vraiment très heavy. Tu y es accompagnée de Bjorn Speed Strid, chanteur de Soilwork, qui a cette voix particulière et puissante. Etait-il nécessaire selon toi d’ouvrir In the raw avec Dead promisses ?

Tarja : Quand j’ai mis toutes les chansons à plat, j’ai voulu que cette guitare puissante soit le guide de l’album. J’adore le son de la guitare électrique. J’aime composer les chansons avec mon guitariste. Alex et moi avons cette complicité. La raison pour laquelle je voulais ce titre est que j’avais besoin d’une chanson qui me soutienne, qui soutienne ma voix, m’entraine. Pas seulement la guitare, mais tout le groupe. Comme avec un orchestre symphonique. Tu es devant un orchestre de 68, 70 personnes et je sais qu’elles sont là pour me soutenir, et je veux ressentir la même chose avec un groupe de rock, toute cette amplification… Le son n’est pas naturel, on a des retours internes, c’est complètement différents de l’acoustique. Avoir cette puissance qui me soutient, juste là derrière moi, avec cette certitude que, si je me plante, ils sont là… Voilà pourquoi Dead promisses se trouve à cette place.

Metal-Eyes : Et que sont ces promesses éteintes ?

Tarja : C’est une histoire que j’ai écrite au sujet d’une personne très proche qui… qui s’est égarée. J’ai écrit cette chanson pour lui – ou elle – pour lui faire comprendre que la porte est toujours ouverte. C’est une chanson d’espoir. J’ai toujours cru en l’espérance… Il y a un moment dans ma vie, il y a longtemps de cela – tu sais de quoi je parle, ce moment où j’ai perdu tout espoir en l’humanité et l’amitié, quand j’ai tout perdu et que je ne savais plus comment faire confiance aux gens, j’ai eu le sentiment de trahison. Je ne savais pas où recommencer, mais j’ai retrouvé cette confiance, et je crois de nouveau en de belles choses. Je suis peut-être naïve en disant ça, mais je préfère voir le bon côté des choses.

Metal-Eyes : Concernant la musique, cet album me semble scindé en deux parties : un coôté très pop rock, ton chant y est pour beaucoup, et, je connais ton intérêt pour la musique de films, et il y a un bon nombre de chansons, You and I, The golden chamber, Spirits of the sea, par exemple, qui sont très cinématiques. Ce sont aussi les chansons les plus longues, les plus progressives. Avais-tu la volonté d’avoir cet esprit ciné dans tes chansons ?

Tarja : La musique de film est aujourd’hui une de mes plus grandes sources d’inspiration. Oui, cela me renvoie à mes premières amours musicales, avec la musique classique, le grand amour de ma vie. La musique de film y est lié. Et tout est si émotionnel, ça te transporte dans différents endroits, et parfois des lieux effrayants. Tu n’as pas forcément besoin d’images, mais si tu rajoutes des images à la musique, tu n’auras sans doute pas le même film…

Metal-Eyes : J’ai ce sentiment avec Spirits of the sea qui est très sombre et inquiétant et aussi Shadow play qui m’évoque un film de heroic fantasy à la Seigneur des anneaux ou Game of thrones. De la puissance suivie de temps calmes, des hauts et des bas…

Tarja : Oui, et ça fait beaucoup de bien d’entendre ça… Ces derniers jours, je commence à peine à avoir des avis, vos avis, sur ces nouveaux titres que personne n’a encore entendus. Ca me fait vraiment plaisir, et c’est exactement ce que je recherche. Je peints des tableaux quand j’écris des chansons, c’est très colorés, et je souhaite que les gens voient ces couleurs et puissent emplir leurs esprits de ces images. Mes chansons ont en effet beaucoup de lien avec le cinéma. Mes albums ont toujours été diversifiés. C’est comme ma culture musicale est ma main droite, ma culture rock, la main gauche, et elles sont en parfaite harmonie.  Mes albums changent la donne, aussi. Prends The golden chamber : il n’y a aucune guitare, pas de solo, c’est un superbe morceau d’orchestre.

Metal-Eyes : Deux notes, au piano, qui se répètent.

Tarja : Oui, la paix, la tranquillité. Tu peux la trouver en toute chose, si tu regardes bien, quelque chose de vraiment beau. Si tu observes bien, tu la trouveras

Metal-Eyes : Comment as-tu choisis les invités et quels musiciens t’accompagnent sur l’album en dehors des fidèles Alex Scholpp à la guitare et de Christian Kreschtschmar aux claviers et Max Lilja au violoncelle ?

Tarja : Il y a aussi mon équipe de rêve qui joue : Doug Wimbish, Kevin Chown sont là aussi. L’équipe est la même que d’habitude, en dehors du batteur. Il s’agit de Tim Schreiner qui joue avec moi depuis deux ans, sur les concerts. Un excellent batteur, c’est un vrai plaisir que d’avoir enregistré cet album avec lui. C’est très sympa de voir comment il travaille. Il fait partie de ces personnes qui me font oublier le travail au clic. Quand il joue, c’est simplement fantastique, il fait de la musique plus que de la puissance. En ce qui concerne les invités, ils sont tous très distincts, et j’ai été fan de chacun d’eux depuis longtemps. Nous sommes amies avec Cristina Scabbia depuis de longues années, et nous avons évoqué la possibilité de faire quelque chose ensemble. Il fallait simplement la bonne chanson. Tu sais, j’écris les chansons pour ma voix, je ne pense pas à qui pourrait interpréter telle ou telle partie. Alors quand il s’agit d’imaginer un chanteur, un homme, qui pourrait interpréter mes chansons… tadaaaa ! (Rires) C’est un vrai challenge. Björn et Tommy Karverik (Kamelot) m’ont tous deux dit « Euh… ça sort vraiment de mon champs habituel ! » mais ils ont fait un travail fantastique. Les chansons me parlent, je sens que j’aurais envie d’avoir un « partenaire de crime » pour celle-ci. Avec Cristina, c’est aussi rock que possible : guitare, basse et batterie. Et je l’ai laissée ainsi parce que la voix de Cristina mérite d’être vraiment mise en avant.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de In the raw pour expliquer à quelqu’un qui ne connait pas ton travail ce en quoi consiste Tarja, ce serait laquelle ?

Tarja : Oh… Ce n’est pas évident, comment choisir ? Ca doit être un des morceaux symphoniques, avec ces orchestrations qui sont vraiment qui je suis, et ce font rock. Je pense à la dernière chanson de l’album, Shadow player. C’est une chanson que j’ai écrite entièrement seule. Au piano, l’instrument que j’utilise habituellement quand je compose. Quand j’ai terminé au piano, j’ai écouté le morceau dépouillé et j’ai entendu toutes ces orchestrations, explosives, se mettre en place, tout semblait déjà être en place. J’ai dit à mon mari que ça devait être la dernière chanson de l’album (rires). Un disque doit se finir ainsi !

Metal-Eyes : Tu as joué dans plusieurs salles à Paris – l’Elysée Montmartre, le Zénith, Bercy, le Bataclan, le Casino de Paris. Quelle est ta salle préférée ?

Tarja : Wouf, c’est difficile ! Toutes sont différentes. J’ai vraiment aimé le Casino, avoir les gens assis, aussi près. C’est vraiment différent. Comprend moi bien : j’adore voir les gens sauter, devenir dingues devant moi, dès que je fais quelque chose, j’ai un retour immédiat, et j’adore ça ! Mais j’aime aussi me donner à fond pour qu’une audience assise apprécie l’expérience et vive un concert rock différemment. Il faut aller chercher le public. Je crois que pour les spectateurs, c’est une expérience… choquante. C’est inhabituel, et les gens sont obligés de faire plus attention. Le Casino étant le dernier concert que j’ai donné à Paris fut une belle expérience.

Metal-Eyes : C’était vraiment une expérience étonnante pour un concert de rock. Et c’est vraiment sur les derniers morceaux que l’ambiance rock est arrivée, lorsque le public, enfin, s’est levé et s’est mis à bouger. Y a-t-il un endroit au monde, en revanche, où tu ne te reproduirais jamais ? Parce que l’organisation, parce que les conditions, ou parce que les gens sont stupides… (elle pouffe de rire)

Tarja : Waow… Tu en as encore des cures comme ça ? Quand l’expérience est mauvaise, tout disparait généralement avec le début du concert. Le public vient voir le groupe et transforme toute la merde en quelque chose de positif. C’est toujours ainsi. Bien sûr j’ai joué dans des endroits merdiques, dans des conditions chaotiques, avec des problèmes électriques et ce genre de chose. Mais le show commence et tout va pour le mieux ! (rires) Je ne me souviens pas d’avoir fini un concert en me disant que je ne reviendrais pas. A l’époque de Nightwish, quand on se battait tout le temps avec le matériel, les déplacements… Il y a des concerts en Finlande où je n’entendais même pas ma voix, le matériel n’était pas bon, j’avais peur de perdre ma voix. Mais c’est aussi comme ça que tu apprends. D’ailleurs, je suis toujours là ! (rires)

Metal-Eyes : Une dernière chose : quelle pourrait être la devise de Tarja en 2019 ?

Tarja : Oohh… Ma devise serait, toujours : « bats toi pour tes rêves ». Il faut aller au bout des choses…

Interview: NOVA TWINS

Interview NOVA TWINS. Entretien avec Amy Love (chant, guitare) et Georgia South (basse). Propos recueillis à la Taverne de l’Olympia à Paris le 8 août 2019.

Trois heures à peine avant de monter sur la scène de l’Olympia, les deux membres fondatrices de Nova Twins accordent quelques interviews au sous sol d’un bar situé juste derrière la mythique salle. Un cadre agréable, au frais pour une courte rencontre plus que sympathique.

 

Metal-Eyes : C’est la première fois que nous nous rencontrons, je vais commencer par une demande habituelle : quelle est l’histoire de Nova Twins ?

Amy Love : Ca fait longtemps que nous sommes amis… Je suis allée au collège avec le frère de Georgia, sa famille m’a en quelques sortes adoptée

 

Metal-Eyes : C’est ce que je me disais,  vous êtes jumelles, mais vous ne vous ressemblez pas…

Georgia South : Exactement ! (rires)

Amy Love : Voilà ! On a toujours joué de la musique ensemble mais sans réellement monter un groupe. Parfois Georgia jouait mes chansons, parfois je jouais ce qu’elle composait. Un jour, nos projets respectifs semblait atteindre leurs limites et on était toujours fourrée l’une chez l’autre. Un jour, on s’ennuyait, et on s’est simplement dit « Ecrivons une chanson ». C’est ce que nous avons fait. C’était il y a 5 ans environs. (A Georgia) : tu avais ta basse, tu jouais quelque chose de groovy, j’ai ajouter un riff qui déchire, (à moi) et on a commencé à chanter l’air de Bad bitches, qui est devenue notre première chanson. Notre voyage a commencé ainsi, on est devenu un groupe à ce moment là.

 

Metal-Eyes : Un groupe de 2…

Amy Love : Ouais !

Georgia South : A cette époque, on était 2 et une boite à rythme. Maintenant, on a un batteur.

 

Metal-Eyes : D’après ce que j’ai pu lire, vous mélanger punk, hip-hop et autres influences. Comment décrirez-vous votre musique à quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Georgia South : Oh, bonne question… Je ne sais pas trop, c’est du Nova sound… On mélange rave, rock, pop, punk. C’est heavy, mais pas que ça

 

Metal-Eyes : J’en ai quelques unes…

Amy Love : Il y a des riffs heavy, avec un chant assez dingue, perché. C’est juste un mélange de différents sons.

Georgia South : Avec beaucoup de groove, très entraînant.

 

Metal-Eyes : Votre musique est très énergique, mais votre look semble très important aussi. Etes-vous influencées par Shaka Ponk ou (à Georgia) la reine Amidala dans Star Wars ?

Georgia South : La reine Amidala ? Non ! Je ne suis pas fan de Star wars en fait ! Pourquoi ? Je ressemble à la reine Amidala ?

 

Metal-Eyes : Regarde les photos, avec ses coiffures et maquillages.

Georgia South : Quand j’étais à l’école primaire, un garçon m’avait dit que je ressemblais à Jar-Jar Binks. J’ai dit OK, mais je ne connaissais rien à Star Wars.

 

Metal-Eyes : Tant que tu n’es pas stupide comme lui… Votre look est important, mais quelle importance lui accordez-vous dans votre performance scénique ?

Georgia South : On aime se sentir à l’aise, alors on porte les vêtements dans lesquels nous sommes à l’aise et qui ressemblent à notre musique.

Amy Love : Très colorés, un peu DIY. On les fait nous-mêmes.

 

Georgia South : Au début, on n’avait rien à se mettre, alors on a pris un T Shirt, une bombe de peinture et on l’a peint. Ca ressemblait un peu la cellule de notre vidéo, Devil face. On ressemblait à un mur (rires) !

 

Metal-Eyes : J’espère que vous ne ressemblerez pas aux murs ce soir ! Quelles sont vos principales influences musicales ?

Amy Love : Nos goûts sont très variés. Il y a des choses que nous aimons toutes les 2, du RnB, Missy Elliot, on aime beaucoup la nouvelle scène féminine. J’ai grandi dans une ville qui s’appelle Essex où il y avait de tout : du rock, de la pop, du garage, de la dance, des choses comme MC5, du punk, les New York Dolls, Deep Purple. Plein de choses plus modernes aussi…

Georgia South : Je partageais en quelques sortes un ipod avec mon frère. Il y avait des choses comme Eminem, Kayne West, Missy Elliot, Justin Timberlake. Tout ça, mélangé, nous a permis de créer le son qui est le notre.

 

Metal-Eyes : Donc une sorte de mélange entre le groove, le rythme et l’énergie ?

Amy Love : Oui, avec ce « swag » qui caractérise le hip-hop.

Georgia South : Si on peut danser dessus…

Amy Love : Il y a la lourdeur de certaines tonalités qu’on utilise, mais on veut pouvoir chanter et danser dessus.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des sujets que vous privilégiez et d’autres, au contraire, dont vous ne souhaitez pas traiter dans vos chansons ?

Amy Love : Ah, ah ! C’est une bonne question !

 

Metal-Eyes : Je t’ai dit que j’en avais quelques unes…

Amy Love : En gros, on parle de  nos expériences, de ce que nous vivons. Parfois, de ce qui nous inspire au cinéma, comme ce fut le cas avec le film Thelma et Louise qui nous a bien marquées..

 

Metal-Eyes : Justement, c’est le titres d’un de vos Ep, alors qui est Thelma et qui est Louise ?

Georgia South : On avait dit quoi ?

Amy Love : Euh… tu es Thelma…

Georgia South : Je suis Thelma ? On s’en fout…Je ne sais plus.

 

Metal-Eyes : Tant que vous ne finissez pas comme elles…

Amy Love : Non ! On parle de ce que nous avons vécu, deux filles qui ont grandi à Essex. On ajoute ça à l’énergie de notre ressenti dans notre musique, on parle de ce qui est arrivé. On ne parlera pas de choses trop personnelles, de détails, mais on peut aborder le sujet d’un point de vue musical

Georgia South : On ne parle jamais de nos peines de cœur ou de victimisation. « Oh, ce gars m’a brisé le cœur, le méchant ». Non, ce serait plutôt : « Putain, on va le flinguer cet enfoiré ! »

 

Metal-Eyes : C’est un peu plus punk.

Amy Love : On pourrait écrire une chanson d’amour tordu aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez récemment joué au Hellfest, quels souvenirs en gardez-vous ?

Amy Love : 22.000 personnes en face de nous, et c’était épique (elle affiche un large sourire)

Georgia South : Tant de monde, et on jouait à 11h30. On n’attendait rien, en fait… On jouait si tôt, les gens devaient encore cuver… On s’est retournées et il y avait cet océans de gens, cette marrée humaine, on ne pouvait voir le fond… Cette énergie qu’ils nous ont apportée, on l’a vraiment sentie et appréciée. C’est étonnant à cette heure là, le public est vraiment impliqué.

 

Metal-Eyes : Ce qui me surprends, c’est que la plupart des groupes avec lesquels je parle et qui ont joué tôt au Hellfest ont l’air étonné de voir autant de monde le matin. Or, au Hellfest, depuis quelques années, le public est matinal et se fait de plus en plus nombreux.

Georgia South : Et ça, c’est super.

Amy Love : Je crois aussi qu’il y a cette attitude, en France, ce comportement envers la nouveauté. Les gens semblent très ouverts à la découverte de nouveautés. Alors ils se lèvent et viennent découvrir.

 

Metal-Eyes : Crois-tu qu’il s’agisse simplement du fait que les gens sont curieux de découvrir de nouveaux groupes, ou qu’ils ont envie de voir un nouveau groupe composé de filles ? Un peu sexiste comme question, mais ça peut jouer…

Amy Love : Je crois qu’il y a un peu des deux, c’est vrai.

Georgia South : Nous sommes vraiment minoritaires à l’affiche, il y a peu de femmes. Ca joue certainement, en effet…

 

Metal-Eyes : Vous avez pu rencontrer des fans et discuter après ?

Georgia South : On a dû partir juste après… On avait un avion à prendre. On voulait tant voir certains groupes, discuter avec le public, rester et profiter de l’ambiance…

 

Metal-Eyes : Comment vous êtes-vous retrouvées à l’affiche de ce soir, avec Prophets Of Rage ?

Georgia South : On a joué avec eux il y a deux ans au Zénith à Paris, Nous sommes restés bons amis, Tom Morello nous a invitées pour sa tournée solo aussi au Royaume-Uni.

Amy Love : Ils sont super encourageants, ils nous soutiennent vraiment

Georgia South : Ils ont toujours été derrière nous. C’est super !

 

Metal-Eyes : Une dernière question : quelle pourrait être la devise de Nova Twins en 2019 ?

Les deux : La devise ? Waow…

Amy Love : En 2019 ?

Georgia South : « Continue d’avancer »

Amy Love : Oui : « débarrasse toi de ce qui t’emmerde et continue d’avance »

 

Metal-Eyes (à Georgia) : Je préfère ta version, elle est plus élégante ! (rire général)

Amy Love : Je ne suis pas très élégante, désolée ! (rires)

 

Metal-Eyes : Merci pour ces instants, et je vous vois tout à l’heure sur scène.

Georgia South : J’adore cette salle, il faut que je la voie plus…

 

Metal-Eyes : Tu dois y retourner, maintenant… Vous avez votre sound-check

Amy Love : Oui, on y va. Merci à toi, à tout à l’heure !

 

 

 

Interview: HERRSCHAFT

 

Interview HERRSCHAFT. Entretien avec Zoé H. (guitare). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 4 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Herrschaft s’est formé en 2004, vous publiez aujourd’hui votre troisième album studio. Que s’est-il passé pour vous ces 6 dernières années ?

Zoé H. : Le dernier album studio, Les 12 vertiges, est en effet sorti en 2013. En 2014, on a décidé de fêter nos 10 ans d’existence avec un album de remixes, qui a demandé beaucoup de travail. On a fait, en 10 ans, des remixes pour plein de groupes et plein de groupes ont aussi remixé Herrschaft. En 2015, on a sorti notre tout premier clip avec le morceau How Real men do, qui apparait dans l’album actuel, et aujourd’hui, on sort, enfin, après 56 ans d’absence effectivement, Le festin du lion (chronique à retrouver avec ce lien)

Metal-Eyes : Pour le quidam qui ne vous connait pas trop, dont je suis, et qui fait quelques recherches, on constate que le premier album est sorti en 2008, les 12 vertiges en 2013 et le festin du lion en 2019. Soit des écarts de 5 et 6 ans. Ca sous entends que le prochain sortira en 2026 ?

Zoé H. : On n’espère pas ! Quand on finit un album, on se dit que le prochain on le sort dans un an, peut être deux ans. Et au final… Je pourrais très bien te dire que le prochain sort dans deux ans, mais j’en sais rien…

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui fait que vous avez cet aspect « pas trop foudre de travail » ?

Zoé H. : Ecoute, en fait on travaille d’arrache-pied. Pour cet album, c’était un peu particulier puisqu’on a dû se réorganiser en 2014. Au début on était 3, Max et moi avons toujours été le noyau dur du groupe. On avait un autre chanteur, MZX, qui a décidé de partir en 2014. Il a fallu se recentre avec Max, voir si on allait continuer à 2, prendre un autre chanteur, et on est tombés d’accord sur le fait qu’on est bien à deux et qu’on veut faire les choses ensemble. Du coup, je ne sais plus qui de nous deux a proposé qu’il prenne le chant. Il n’avait jamais chanté avant, il a dû travailler très dur pour trouver sa voix, donner une nouvelle voix à Herrschaft. Ça, ça a été long, il a fallu qu’on fasse des tests en studio, voir si ça nous plaisait. On a coché cette case, ensuite, il a fallu voir si cette nouvelle formule fonctionnait aussi en live. Ça fonctionnait aussi. Déjà, là, on a deux ans qui sont passés, avant de se dire qu’on allait faire un nouvel album. Il nous a fallu 3 ans pour le faire, mais c’est aussi parce que j’ai mon propre studio. On est complètement maîtres de notre production de A à Z, on ne se laisse influencer par personne et on ne sort quelque chose que quand on en est à 200% satisfaits. On aurait pu sortir des choses avant, mais on n’en aurait pas été satisfaits, alors on a pris notre temps. Le fait d’avoir un studio, c’est un avantage parce que personne  ne nous dit quoi faire, mais c’est aussi un inconvénient parce qu’on n’a pas de pression ni de date limite ;

Metal-Eyes : Votre musique est très brute, très organique ; En plus de l’aspect indus, le nom allemand rappelle évidemment Rammstein, qui n’est pas votre seule influence. Mais qu’est-ce qui vous démarque de cette scène… je ne peux même pas décrire votre musique…

Zoé H. : Ben, tu vois, finalement, c’est peut-être ça qui nous démarque. Le fait que les gens aient du mal à nous coller une étiquette. On n’est pas qu’un groupe d’indus à influence germanophone. On a toujours voulu ce vrai mélange d’électro, on a essayé de le pousser plus loin, par rapport à d’autres groupes. On n’a pas privilégié le coté metal ou le coté électro, on a voulu faire une vraie fusion homogène des deux et aujourd’hui, on a inclus encore plus de choses avec du black metal, de la drum and bass… Certaines personnes nous disent même que maintenant on est presque prog, alors qu’il y a toujours cet aspect électro metal. J’ai l’impression, en tout cas je l’espère, c’est ce qu’on a voulu faire sur cet album, que c’est de l’électro metal mais très riche, avec des chants grégoriens, des chœurs d’enfants…

Metal-Eyes : En dehors du départ de MZX, comment décrirais-tu l’évolution de Herrschaft entre vos deux derniers albums ?

Zoé H. : Entre nos deux derniers albums ? Il y a un renouveau, parce qu’une nouvelle voix, et la continuité parce qu’on a gardé ce côté électro metal. Peut-être que maintenant on a un ton un peu plus léger…

Metal-Eyes (je ris) : Je n’aurais pas pensé à ce terme !

Zoé H. : Pourtant, si… Avant on était beaucoup plus sérieux, plus sombres et plus glacials. Peut-être dans les paroles, dans lesquelles il y a beaucoup d’humour, il y a un côté satanique, effectivement, mais avant c’était du satanique au premier degré, maintenant c’est du satanisme très cynique, décadent, voire grotesque. La vraie différence est là. Même la musique est plus légère. Je ne dirais pas « festive »,  on n’est pas « rigolo metal », même si je respecte tout à fait. On a ce côté grotesque, burlesque, moins lourd qu’avant.

Metal-Eyes : La pochette nécessite aussi quelques explications : on vous voit tous les deux avec vos masque, mais quel rapport y a-t-il entre cette illustration, ces deux personnages sataniques, et le titre, Le festin du lion ?

Zoé H. : Ces deux personnages sataniques pour moi représentent parfaitement ce qu’il y a dans l’album : il y a le diable et son assistant qui regarde l’humanité les implorant de les aider. Le diable regarde les hommes, en se disant «  je suis désœuvré, ils n’ont même plus besoin de moi pour faire n’importe quoi. » De ce point de vue, on a deux entités qui ont une supériorité sur un groupe, l’humanité. Le festin du lion, c’est un peu pareil : le lion, c’est le chef de clan qui envoie les autres chasser à sa place, qui se repose en attendant et qui se sert en premier. C’est une entité, un chef de clan qui dirige un groupe de personnes, d’individus qui sont à sa solde. Dans cet album, chaque morceau parle d’un arcane de pouvoir différent, toujours d’un individu, une entité ou une hiérarchie qui contrôle, de façon malsaine la plupart du temps mais pas forcément, un autre groupe d’individus qui sont à leur solde. Ça peut être d’un point de vue financier, un avocat véreux… Sur Technosatan c’est le diable qui se fout de l’humanité parce qu’il lui a donné la technologie et qu’ils en font n’importe quoi, sur New world order, c’est les complotistes qui voient le mal partout, qui sont persuadés qu’on les manipule, qu’une entité supérieure les manipule et qu’on leur vend n’importe quoi…

Metal-Eyes : Et que même si on cherche à leur démontrer le contraire alors c’est nous qui sommes manipulés…

Zoé H. : Voilà, exactement… The great fire c’est Satan qui regarde le monde brûler et qui se moque de dieu en lui disant «  regarde, je n’ai plus rien à faire, ils se débrouillent tous seuls, sans moi ! » A chaque fois, on aborde un thème différent, toujours en lien avec l’humanité.

Metal-Eyes : Ou la déshumanité, selon le point de vue.

Zoé H. : tout à fait. Moi, c’est ce qui m’amuse le plus dans les histoires aujourd’hui… Cette histoire, par exemple, hier, d’un directeur d’école catholique qui a été pris la main dans le sac en train de faire des orgies de cocaïne et de sodomie dès que les gens ont le dos tourné (NdMP : je ne sais pas si l’allusion est volontaire, Zoé, mais c’est un peu le principe de la sodomie, « le dos tourné », non ?) C’est de ça dont on parle, d’histoires qui nous amuse. On ne les juge pas : on les prend, on les présente au public et on laisse chacun se faire son opinion. Ça peut aborder le côté religieux avec les curés qui font n’importe quoi dans leur presbytère…

Metal-Eyes : D’où la nécessité de se plonger dans ces textes qui sont écrits en tout petit et qui nécessitent…

Zoé H. : Une loupe, oui ! Le festin du lion parle aussi de ça : c’est une métaphore d’un prédateur sexuel. On revient toujours à ce fil rouge.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de l’album pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Zoé H. : Ah, c’est compliqué… J’aime tous les titres de cet album, c’est la première fois que j’en suis aussi fier ! Pour quelqu’un qui ne nous connait pas, je pense que le plus simple pour entre dans l’univers de cet album c’est de prendre How real men do, parce qu’il a fait le sujet d’un clip (voir ci-dessous, attention, scènes surprenantes à déconseiller aux enfants). Dans ce clip, il y a toutes les idées qu’on veut véhiculer maintenant. C’est un clip très beau, et très drôle. Il y a beaucoup d’humour, de décadence, de grotesque et de cynisme. Il faut le voir… How real men do, on ne sait pas trop ce que ça veut dire, « comment font les vrais hommes », mais il y a un vrai truc dans ce clip qui, à mon avis, peut faire sourire tout le monde à la fin.

Metal-Eyes : Un groupe de rock, de metal, c’est aussi la scène. Vous avez des projets en ce sens ?

Zoé H. : Oui, on a un nouveau tourneur qui travaille sur la tournée. Pour l’instant je ne peux annoncer qu’une date, mais qui sera très belle : le 1er novembre à Nantes, au Warehouse. On partagera la scène avec d’autres confrères du même univers musical, Shâarghot, Punish Yourself qu’on connait bien, on est très liés à eux, on se connait très bien. Il y aura aussi OstFront, un groupe allemand. Ce sera une soirée multidisciplinaire avec des performances artistiques. Ca va être une très belle soirée.

Metal-Eyes : Il faut s’attendre à quoi sur scène avec Herrschaft ?

Zoé H. : Il faut s’attendre à beaucoup de visuel, de costumes parce qu’on incarne beaucoup de personnages différents. Ca fait très longtemps qu’on travaille la vidéo projection, les lumières que je programme moi-même pour accompagner les morceaux. C’est du spectacle pendant lequel on ne s’ennuie pas. Quand je vais à un concert et que je vois juste des musiciens qui jouent, je me lasse vite et je vais chercher une bière. Nous on veut capter l’attention du public.

Metal-Eyes : Donc faire en sorte que les gens n’aillent pas chercher de bière…

Zoé H. : ou qu’ils reviennent vite devant avec leur pinte !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Herrschaft en 2019 ?

Zoé H. : « manger des gens » ! Ou « regardez les brûler » ! C’est ce que font ces deux personnages sur la pochette : Satan regarde le monde brûler et il est presque déçu de ne pas en être partie prenante. Nous aussi, on regarde le monde brûler. Avec un peu de tristesse, malgré tout, mais on ne juge pas : on le prend et on constate. On en est spectateurs, simplement. On n’a pas le pouvoir de faire quelque chose, mais on regarde ceux qui en ont et on constate parfois qu’ils ne font rien. On essaie d’en rire…

Metal-Eyes : Toi tu es qui, Satan ou le bouc ?

Zoé H. : Je suis son assistant, là, le petit personnage rouge. Satan c’est le bouc. Pour moi, c’est le bouc le vrai patron.

Metal-Eyes : Donc, tu te situes à la droite du diable. Tout un symbole… Que souhaites-tu ajouter pour les lecteurs de Metal Eyes ?

Zoé H. : Déjà j’espère que vous aurez la curiosité d’aller voir le clip, et j’espère que ça vous plaira. Et allez voir les groupes d’indus sur scène, ils en ont besoin. C’est un mouvement qui est juste en train de ressurgir après une traversée du désert. On a eu un bon indicateur cette année avec plus de groupes électro – Combichrist, Eisbrescher, Shâarghot, Punish Yourself qui ont tous eu beaucoup de succès. J’espère que les organisateurs du festival vont l’entendre et en mettre plus. Et on a besoin de vous, public, en concerts, alors si vous aimez ça, il faut nous soutenir.

 

 

Interview: TIGERLEECH

Interview TIGERLEECH. Entretien avec Sheby (Chant). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 8 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Peux-tu en quelques mots raconter l’histoire de Tigerleech ?

Sheby : On a commencé en 2013 avec une première formation, qui a enregistré un Ep en 2014. Après, ça a bougé : Olivier arrive à la batterie en 2015, on compose, Fabien arrive à la guitare au début 2016 et là on avait une structure un peu plus solide, plus compacte. Ensuite, il fallait trouver un bassiste… Gabor, qui est Hongrois, nous rejoint en 2017. On fait un Ep cette même année. Gabor quitte le navire pendant un an, on continue à bosser, et il revient à la fin de l’été dernier. La nouvelle étape, c’est l’album. On avait déjà les morceaux, qu’on a finalisés. Les premiers Ep, c’est, je pense, une démarche normale, pour faire circuler le nom, que les gens écoutent… Avoir aussi un petit truc à vendre. L’album, c’est un peu plus sérieux, c’est la concrétisation.

Metal-Eyes : Tigerleech c’est donc ton bébé. Quelle est la signification du nom du groupe ?

Sheby : C’est une sangsue tigre qui vit à Bornéo, dans l’eau salée. Pas dans l’eau douce. C’est une grosse sangsue noire et jaune, un gros truc qui s’attaque à des crabes…

Metal-Eyes : Votre nom, c’est un peu une déclaration d’intention : vous allez nous coller pour ne pas nous lâcher…

Sheby (il rit) : Peut-être…

Metal-Eyes : D’où aussi la couleur rouge de la pochette, suceur de sang…

Sheby : Non, je ne crois pas. Il y a un mélange de deux animaux différents, mais c’est une interprétation comme une autre…

Metal-Eyes : Quel est ton parcours musical ?

Sheby : J’ai plus de 50 ans, j’ai quelques heures de vol… ca a commencé par mes parents qui écoutaient de la musique, de la chanson française. J’ai deux grand frères qui apportaient aussi de la musique, du yéyé, puis du rock, avec les Beatles, les Stones, puis du Led Zep, Deep Purple… Dans les années 80, mes parents ont bougé sur Renens, à l’époque où la vague punk arrivait en France. Mes frangins ont plongé dedans comme Obélix dans le chaudron et ont monté un groupe punk, les Trotskids, qui a tourné avec un groupe anglais, GBH. Moi, le petit frère, je les suivais, j’allais aux concerts, c’était un peu incroyable, et ce mouvement punk, c’était un truc énorme ! J’ai rejoint plus tard mes frangins à Paris, ils répétaient dans un studio où il avait un groupe mais pas de chanteur. Je leur ai dit « je suis chanteur, engagez moi », et c’est parti !

Metal-Eyes : Un peu comme Ozzy Osbourne qui dit à Black Sabbath « Moi, je chante » !

Sheby : Alors qu’il ne chantait pas ? Voilà, c’est un peu ça (rires)

Metal-Eyes : C’est assez prometteur pour toi…

Sheby : Oui, bien sûr! A l’époque, le batteur ne savait pas jouer, le bassiste non plus, on apprenait sur le tas, et c’était histoire de se défouler. Dans les années 90, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait Antalagone (je crois), un peu hardcore, qui est devenu Mass Hysteria. Je jouais avec les gars et Mouss, qui venait nous voir en répète, est devenu le chanteur de Mass Hystéria. Ça, c’est pour la petite histoire.

Metal-Eyes : Tigerleech vient de sortir The edge of the end (Chronique à lire avec ce lien). Que peux-tu en dire pour me convaincre de courir l’acheter?

Sheby : Déjà, faut pas courir, tu risques de tomber… on y a mis notre cœur et nos tripes. C’est un mélange de nos influences, un album avec beaucoup d’énergie, un mélange stoner, metal, des influences hardcore. On a beaucoup travaillé, on a enregistré avec Andrew Guillotin qui est un super ingé son avec qui ça a accroché professionnellement et humainement. Il a bossé avec plein de groupes, The Arrs, des groupes hardcore. Allez déjà l’écouter sur notre bandcamp… On le fait par passion. Nous, ce qu’on aime, c’est les concerts, partager notre musique avec les gens.

Metal-Eyes : justement, vous avez des dates de concerts en vue?

Sheby : Non, rien avant mars 2020, dans le sud de la France, Marseille et Fréjus. On fait tout nous-mêmes, l’album est auto produit, on n’a pas de tourneur, pas de label. Pour l’instant c’est du Do it yourself.

Metal-Eyes : N’importe qui sera interpellé par un titre de chanson : le seul en français masi il est chanté en anglais. Tu vois lequel ?

Sheby : Sexe dur? C’est l’histoire d’un couple qui fait l’amour, ou plutôt qui baise, de façon un peu engagée ; il y a un petit côté pornographique, entre deux adultes consentants.

Metal-Eyes : mais pourquoi avoir choisi ce titre en français, alors que les autres sont en anglais?

Sheby : Justement, je trouvais qu’un titre anglais, Hard sex, Rough sex, ça ne le faisait pas. C’est un clin d’œil pour ne pas oublier qu’on est français. Un peu notre French touch…

Metal-Eyes : A distribuer à Pigalle…

Sheby : Voilà (rires)

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de The edge of the end pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Tigerleech, ce serait lequel et pourquoi?

Sheby : C’est compliqué… Je pense quand même que ce serait Sandstorm, le premier morceau de l’album, qui est assez représentatif de ce qu’on fait. C’est un peu notre morceau fétiche, on l’a composé il y a deux ans et on ne s’en lasse pas.

Metal-Eyes : Ce qui est plutôt une bonne chose… Si tu devais penser à une devise pour Tigerleech, ce serait quoi ?

Sheby : Euh… « Energie, sincérité et passion. » Je pense que ce sont trois termes qui caractériseraient Tigerleech.

Metal-Eyes : Quelles sont tes autres activités en dehors de la musique?

Sheby : Déjà, j’ai une famille, des enfants, et je travaille. Je travaille dans la musique, sur les concerts. Je suis un peu au fait de ce qu’il se passe. Après, un peu de sport, bricolage. Jardinage, non, parce que j’habite en appartement ! Mais principalement, la musique, j’écoute beaucoup de musique.