CLEGANE: White of the eye

France, doom black (Almost famous, 2022)

Etrange CD que celui-ci. Arrivé dans une pochette en dentelle bourrée d’étoiles genre décoration de table, ce disque est aussi sombre que sa pochette est froide. Clegane, formé en 2015 nous propose son 3ème enregistrement (un Ep en 2017, un premier album, Funeral at sea, en 2018, sans compter un split cette même année), White of the eye, composé de 5 titres pour une durée totale de 42′. Clairement, le groupe sombre dans le doom le plus lourd et lent qui soit, y ajoutant quelques parties vocales plus black. L’ensemble est lent, lourd et oppressant, évoque par instant les inventeurs du genre Black Sabbath mais aussi Candlemass, incontournable ou d’autres encore. pour le moins inquiétant, le tout est cependant atténué par un chant souvent doux, et des échappées presque lumineuses. Bref, un disque pas toujours évident mais un disque qui a le mérite d’interpeller, d’intriguer et d’attirer. un groupe qui pourrait aisément se produire vous savez où sous Temple. Clegane, dont le nom semble bien emprunté à l’une des familles de Game of thrones – ce qui est confirmé par la pochette de ce disque, un flocon de neige qui évoque « Winter is coming », est une formation à suivre.

AFFECT: L’odyssée de l’espoir

France, Metalcore (Autoproduction, 2022)

Les apparences peuvent être trompeuses… Affect fut formé à Nantes en 2012 et propose aujourd’hui, après deux Ep, leur premier véritable album, L’odysée de l’espoir. Le Prologue rappé, à la basse tranquille, à la guitare aérienne, cède rapidement le pas à un metalcore direct et sans concession, et le chant devient hurlé et rageur. Ceux qui me connaissent le savent, c’est pas ma came… Même si c’est principalement en français, les paroles ne sont pas compréhensible. On peut nous écrire que Affect est engagé mais sans textes, difficile de le savoir… reste que le groupe bastonne, sa musique est brutale, alternant entre riffs hypnotiques, breakdowns, temps plus calmes et rapés – jolie maitrise du phrasé sur Naissance – une variété qui peut entrainer l’auditeur dans son sillage. Si je n’y suis pas sensible, force est de reconnaitre que Affect vise haut et se donne les moyens de ses ambitions: une production efficace enrobe ces 12 titres, brutaux, francs et directs. Amateurs du genre, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

DEATH AWAITS

France, Death (2022, Metal East)

Rappelez-vous: fin 2019 était paru Rapture smile, un album de death thrash brutal, gueulard et violent mais réservant quelques surprises rythmique très efficaces. Death Awaits revient aujourd’hui avec un nouvel album auto-nommé reprenant la même recette en la pimentant plus que de raison. C’est simple, sur les 9 titres de l’album, 6 reçoivent des invités, et pas des moindres: ça av de julien Truchand (Benighted) à Arno (Black Bomb A) en passant par Renato Di Folco (Trepalium, Les Tambours du Bronx) parmi d’autres qui me sont moins familiers. Et bam! de nouvelles claques à tous les étages, des rythmiques rentre dedans doublées de cette brutalité « défouloir » et salvatrice, des compositions burnées à ne pas mettre entre toutes les oreilles. Ok, la rage hurlée me lasse vite, mais une petite injection ici et là ne fait pas de mal. Ca cogne sévère, vous serez prévenus, nom de nom!

SOHO RIOT: Square one

France, Hard rock (Mistiroux, 2022)

Pour le moins ambitieux les gars de Soho Riot? En tout cas, ils ont le rock chevillé au corps. Formé en 2019 par le bassiste François C. Delacoudre que certains connaissent déjà pour sa collaboration avec Laura Cox, le jeune groupe enregistre rapidement un premier Ep en 2020 avant de s’attaquer à ce premier album, Square one. Dès le premier morceau, Don’t believe the screen, le ton est donné: le groupe puise ses influences dans le gros rock 70’s, les mélodies percutantes des 80’s et le côté plus franc du collier des 90’s. Dès ses premiers envols vocaux, Edouard Dornier fait penser à Myles Kennedy (Alter Bridge, Slash…) mais également par instants à Michael Kiske (Helloween, Unisonic), et l’esprit musical n’y est sans doute pas étranger, même si l’on peut aussi penser à de grands classiques comme Led Zeppelin… Le groupe parvient cependant à diversifier son propos en explorant divers univers sonores allant du rock direct au groove ultra dansant en passant par des moments plus bluesy ou des fulgurances guitaristiques ou rythmiques imparables (Water rain, You’re mine, Blame it…). Avec ce premier album, ce n’est pas peu dire que Soho Riot frappe fort et si les prestations scéniques sont aussi enflammées et dynamiques que ce Square One, alors c’est plus que prometteur. A suivre de près…

THE FLYING BRICKS: Chimeric

France, Rock (M&O music, 2022)

Formé au Mans en 2015, The Flying Bricks propose un rock aérien qui se dit alternatif et sort rapidement après avoir stabilisé son line-up (Benoit au chant et à la guitare, Arthur à la guitare, Alfonse à la batterie et Numa à la basse), un premier Ep – The fake empire – en mars 2019, et se retrouve à le défendre sur scène tout aussi rapidement. Avec un tel patronyme, on pourrait s’attendre à un rock dans ta face, mais non: Chimeric, le nouvel Ep de 6 titres offres des chansons qui alternent entre calme et puissance.  Arthur définit la musique de son groupe comme « du rock alternatif, un peu progressif. On ajoute un peu de metalcore ce qui donne ce mélange un peu… « atmosphérique », même si je ne pense pas que ce soit la meilleure définition« .  le groupe a-t-il des thèmes de prédilection pour ses textes, « Oui, on parle de nos craintes, dans un monde incertain, face aux crises géopolitiques, économiques, l’incertitude face à l’avenir. les textes étaient écrit avant Covid, donc on ne parle pas de la crise sanitaire, mais c’est là. On a beaucoup retravailler l’Ep pendant le confinement« . Allez, c’est un Ep, alors allons y titre par titre… « Sleepy Hollow, l’idée c’est d’alterner des refrains et des ponts très énergiques avec des couplets plus atmosphériques« . Le chant – en anglais à perfectionner, svp – est léger, parfois doublé d’une compagne vocale comme sur le morceau titre. « Il s’agit de Mélina Farcy, qui est également la danseuse du clip… » Le chant est globalement doux, pas du tout typé metalcore sur ce disque d’ailleurs. Arthur confirme que « ça se ressent beaucoup plus dans les morceaux, sur la fin de Chimeric avec une partie un peu beatdown. Mais pas dans le chant. Là où on va plus le ressentir dans le chant, c’est sur le dernier morceau, Surrounded, un morceau beaucoup plus direct » – chanson dont nous reparlerons. Vient ensuite Daydream « est un titre écrit par le batteur, une chanson d’amour, d’amour triste. On fait passer ce sentiment d’abandon. C’est un morceau très progressif, qui commence doucement avant de monter en puissance jusqu’à l’outro, où c’est moi qui chante; d’ailleurs« . Si Arthur ne chante que sur l’outro, il occupe l’espace vocal tout au long du dernier morceau de ce disque, Surrounded, notons-le. « C’est la seconde chanson d’amour, un morceau que j’avais écrit en quittant Paris, te qui parle d’une rupture, aussi. Le texte était dans un placard et quand on a composé le morceau, j’ai ressorti le texte qui collait vraiment bien à l’ambiance. Un texte mélancolique mais qui veut aussi aller de l’avant. « Something new, quant à lui, parle de l’abandon parental « un thème qu’on avait déjà abordé sur le précédent Ep avec le morceau Father et on voulait en reparler. C’est un sujet qui nous tient à coeur mais on avait envie de mettre plus de tristesse et de mélancolie sans tomber dans le pessimisme. »  L’ensemble musical, alliant à des ambiances légères et tendres un peu de mélancolie, voire de contemplation, est doux et efficace quand il ne se veut pas simplement dansant et très rythmé (Underclub) Pour celui là « on voulait un morceau vraiment pêchu et efficace. C’est Benoit qui est arrivé avec ce morceau quasiment fini, et on s’est demandé quelle pouvait être sa place sur l’Ep. On l’a retravaillé et finalement,  On l’a adoré, ce côté rythmé, le message simple – on veut aller en boite et s’amuser« . Une belle variété de tons et de sons,  Chimeric est la bande son d’une soirée agréable entre amis. Plus que sympathique, The Flying Bricks est très prometteur.

Entretien avec Arthur (guitare) – le 30 mai 2022

 

SPOUT BIG SPACE: Terrestrial love call

Belgique, Rock Punk (M&O music, 2022)

Un peu barrés les gars de Spout Big Space, combo bruxellois ? Grave… Terrestrial love est leur nouvel Ep doté de 6 titres aussi allumés que variés. Fricotant avec les choses de l’espace, le groupe peut aisément être vu comme un ovni musical tant ses compositions sont étonnantes, déjantées décalées. Si Cloclo tape dans un punk énergiques, Spout Big Space sait aussi se faire plus directement rock (All song long, l’irresistible et très chantant Gone gone), doux (Candy queen) ou tout simplement inclassable (U-babe). Bref un groupe pas sérieux pour un rond mais très sérieux dans sa façon de faire et dont e résultat musical interpelle. C’est frais, complètement déjanté, ça déride, et rien que ça, c’est du tout bon. Un groupe à découvrir et à soutenir d’urgence!

IMPARFAIT: Telema

France, fusion (Autoproduction, 2022)

S’affranchissant des étiquettes comme certains courriers de timbres, les Français d’Imparfait déboulent avec leur premier album, Telema. Le groupe formé en 2015 a connu des débuts prometteurs ouvrant, après deux premiers Eps, pour des pointures telles Tagada Jones, No One Is Innocent ou encore Nova Twins. La pandémie a stoppé net cette dernière tournée et Imparfait se penche sur ce premier album. un adjectif pour résumer Telema? Surprenant. Imparfait puise dans de nombreux univers musicaux sans limites et sans se laisser limiter. Le résultat est un étonnement permanent, un savant mélange de metal, de chant hip hop, doux puissant et enragé, de guitares hypnotiques et de sonorités électro. En ne suivant que son bon vouloir, sans se laisser influencer par l’extérieur – le groupe a d’ailleurs monté son propre label Telema records – Imparfait réussi à ne laisser personne indifférent. Pas de style prédéfini, pas de limites envisageables. Le chant français colle parfaitement à cet ensemble jamais identique et jamais décousu. Une plus qu’attirante carte de visite.

Publié dans CD.

ENLIGHTENMENT: Strange stars

Allemagne, Rock (Autoproduction, 2022)

Inconnu jusqu’à présent, je découvre Enlightenment, un quatuor rock allemand qui porte très bien son nom. Avec Strange stars, le groupe propose un rock varié, puissant qui sonne à la fois moderne et vintage. Normal, les accents parfois un peu psyché font mouche grace à des guitares inventives, des arrangements mêlant avec bonheur mélodies chantantes et rage puissante (Spines). Joyeuse comme ce Bojando, quelque peu hypnotique comme ce Freakshow instrumental, la formation ne se répète jamais maintenant l’attention de l’auditeur tout au long des 9 titres (plus intro et outro) et démontre savoir exactement où il va, alternant entre rock moderne et sonorités 70’s, prog ou psychédéliques. Un album au potentiel énorme à découvrir sans hésiter.

BIRDSTONE: Loss

France, rock (Autoproduction, 2022)

Du blues psychédélique, c’est la promesse musicale que nous fait le trio français Birdstone formé en 2015. Le groupe se penche sur la complexité humaine, le combat intérieur de chacun, l’ésotérisme et aborde au travers de son précédent CD, Seer en 2019, le parcours initiatique d’un prophète jusqu’à sa mort. Trois ans plus tard, Loss porte sur son prédécesseur le regard désabusé d’un enfant spirituel qui remet en cause les préceptes u dit prophète. Démarrant avec l’envoûtant Pyre, ce nouveau disque propose 7 chansons qui montent en puissance, captent et attrapent l’auditeur pour ne plus le lâcher. Les titres sont dans l’ensemble longs mais taillés dans un rock en effet bluesy aux forts accents psychédéliques le tout accompagné d’une rythmique imparable. S’il n’est pas évident de rentrer dans le propos de Birdstone en une écoute, la seconde rend l’ensemble addictif et donne une furieuse envie d’appuyer sur la touche « Replay ». Laissez-vous simplement tenter et séduire.

JULIEN BITOUN & THE ANGELS: Little ones

France, rock (Mistiroux, 2022)

C’est frais, c’est léger, ça sent l’arrivée des jours insouciants… Julien Bitoun, d’ordinaire individualiste, s’entoure de ses Angels – Paul Iron (basse) et Swanny Elzingre (batterie) et le trio nous offre ce premier essai revigorant, Little ones. Les 12 titres de ce Cd explore un rock enjoué allant de la country au rock’n’roll pur jus en passant par la ballade. Ok, si l’anglais n’est pas très compréhensible, l’ensemble fait taper du pied et donne une furieuse envie de se trémousser, de chanter en choeur et tout simplement de se laisser aller. On est souvent en terrain familier avec quelques inspirations classic rock (on pense aussi bien aux Stones, The Who, qu’à Credence Clearwater Revival ou même à un jeune Bryan Adams, aux pionniers du rock énervé, du psyché  voire même au folklore irlandais par instants) mais le jeu de guitare de Bitoun s’inspire aussi de la pure tradition de chansonnier des deux côtés de l’Atlantique. On passe d’un titre à l’autre avec un bonheur non feint, bonheur que le trio semble partager (cf. les photos du livret) dans une forme de simplicité (cette précision intérieure « Julien joue sur des guitares X et Y, des amplis K…, (…). Et il est assez content du résultat. ») Décidément, Mistiroux devient le label qui monte, découvreur de talents et un gage de qualité. Amateur de rock au sens large, fais toi plaisir!