SABATON: The great war

Heavy metal, Suède (Nuclear Blast, 2019)

En quelques années, grâce à des albums impeccables et des concerts exemplaires, Sabaton s’est imposé comme un des fers de lance de la scène metal actuelle, ce malgré une carrière  qui voit la bande à Joakim Broden et Pär Sundstrom célébrer cette année son 20ème anniversaire. Force est cependant de reconnaître que les deux fondateurs ont pris la décision qu’il fallait en remodelant complètement le groupe avant l’enregistrement de Heroes. Depuis, Sabaton navigue de succès en succès et sa double prestation en roue de secours du Hellfest (on rappelle pourquoi?) ne fera qu’embellir encore l’aura des Suédois. Après avoir conté des épisodes de bravoures au cours de l’Histoire avec The last stand, Sabaton se plonge aujourd’hui, avec The great war, dans la première guerre mondiale. Toujours sur fond de ce metal joyeux, enjoué et entraînant, le groupe nous emporte dans ces sombres années de la grande guerre. The future of warfare, qui introduit l’album, déroute quelque peu par ses aspects lents et sérieux. Les touches plus prononcées d’électro – qu’on retrouve de façon plus importante que dans les derniers albums – y sont pour beaucoup. Heureusement, dès Seven pillars of wisdom – qui traite d’un certain Lawrence d’Arabie – on retrouve la recette qui fait mouche. La suite est une fête non stop composée de ces refrains imparables (The attack of the dead men et son refrain saccadé, Devil dogs et ses choeurs…) The red baron (de son vrai nom Manfred von Richtofen, pilote de légende) explore avec efficacité de nouveaux horizons et ses claviers typés orgue d’église et un rythme qui accélère subrepticement. L’album se conclue avec le mélancolique et lourd The end of the war to end all wars mais surtout avec le superbe chant In flanders fields. Une prière émouvante qui vient clore un album qui, sans conteste, divisera de nouveau; les anti vont le détester – il y en a encore, qu’ils passent leur chemin – les fans vont adorer – il y en a de plus en plus. La preuve? The great war est déjà entré dans les char(t)s mondiaux. On notera aussi, comme ce fut déjà le cas sur l’album précédent, la richesse des notes qui accompagnent chaque chanson. Alors pour le metal, le show et le fun: vivement le Zénith à Paris! Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez retrouver l’interview que Joakim a accordée à Metal Eyes ici: Interview Sabaton

 

 

HERRSCHAFT: Le festin du lion

France, Metal indus (Les noires productions, 2019)

OK, dès Technosatan, le message, pour celui qui, comme moi, découvre le groupe, semble clair: les Français de Herrschaft pratiquent un metal électro et industriel violent, brutal et direct. Marylin Manson, Ministry, Rob Zombie et consorts n’ont qu’à bien se tenir… La prod est soignée, le rythme est épileptique. Impossible de ne pas imaginer qu’un morceau pareil ne fasse pas fureur dans une boite de nuit! Les dix titres de ce Le festin du lion font preuve d’une rage non contenue – le chant hargneux de Max est parfois effrayant, les machines bastonnent à tous les étages et les guitares de Zoé H. charcutent genre boucherie héroïque. Heureusement, pour atténuer cette furie, le groupe s’accorde, pardon, nous accorde quelques moments de rare répit, afin de nous laisser souffler. On sent que le groupe sait où il va, et ce quatrième album démontre aussi qu’il sait comment y aller. Le festin du lion est un album puissant à conseiller à tous les amateurs de metal indus et electro surpuissant. Une vraie baffe dont Zoé vous dira tout ce qu’il en pense dans une interview que vous découvrirez très prochainement.

SAMMY HAGAR & THE CIRCLE: Space between

USA, Rock (BMG, 2019)01

Jadis surnommé le Red rocker,  qui avait débuté sa carrière avec Montrose et est également connu pour être l’ex-chanteur de Van Halen (ou plutôt comme celui qui succéda brillamment à DLR) et pour sa participation plus que remarquée au sein du sublime Chickenfoot, revient aujourd’hui avec The Circle, super groupe composé de Sammy Hagar (chant et guitare), Vic Johnson (guitare), Michael Anthony, son ancien comparse de Van Halen (basse) ainsi que Jason Bonham à la batterie qui s’est formé en 2014. L’album que nous offre aujourd’hui le groupe, Space between, est présenté comme un album concept « à écouter dans son intégralité pour une meilleure expérience » – c’est ce qu’affirme le sticker apposé sur le disque en tout cas. Et c’est bien ce qu’il faut faire… Alternant entre morceaux bluesy et tranquilles et titres foncièrement rock  et rentre dedans, mixant le tout avec du boogie à la presque Status Quo, Sammy Hagar & The Cricle parvient à redorer un genre pas tout à fait disparu sans se ridiculiser. Le groove est immense, le blues et la soul omni présents, la prod est léchée et le résultat global est simplement impeccable. Comment résister à Free man ou No worries? Comment ne pas penser à led Zep ou AC/DC sur Trust fund baby? Space between est une pure réussite rock, un disque vibrant et entraînant. L’écouter sans bouger semble impossible tant ça balance à tous les étages. A 71 ans, on peut affirmer que le rock conserve ! J’adore.

ALLUSINLOVE: It’s OK to talk

Rock, Royaume-Uni (Autoproduction, 2019)

Après un premier Ep, les 4 garçons de Leeds de Allusinlove continuent d’explorer l’univers du rock, hard rock, tendance déjanté. Dès Full Circle, le groupe semble inspiré par les Beatles tant le propos se fait presque pop. Puis, sur fond d’un rock furieux, All my love évoque un Black Sabbath qui aurait fauté avec le punk. En gros, si quelqu’un espère trouver dans cepremier album It’s OK to talk une véritable identité musicale, ben… c’est rapé. Le groupe n’a posé aucune limite, se faisant ici légèrement (carrément) psyché, là plus pop et ici encore romantique, voire mélancolique. Ce nouvel album semble vouloir s’adresser au public le plus large possible. Des calmes et des furieux, et tout au long de ce disque on reconnait, posés comme des jalons, quelques clins d’œil en références aux nombreuses sources d’inspirations des Anglais. Comme dirait l’autre, c’est de la belle ouvrage.

JIRFIYA: Wait for dawn

France, Metal (Ep, autoproduction, 2019)

Sur fond de guitares furieuses et d’un partage vocal masculin (Jérôme Thellier, également guitariste et co-fondateur) et féminin (Ingrid Denis, co-fondatrice) Jirfiya, quatuor hexagonal, nous invite, avec ce premier Ep, Wait for dawn, dans son univers sonore qui explore aussi bien des tonalités orientales (The report card), la fureur metal pure et dure, s’engage également sur les terres progressives (Under control) . La rage vocale de Jérome Thellier, également membre de Born From Lie (ainsi que le bassiste Patrick Davoury) apporte une touche extrême contrebalancée par la douceur de celle d’Ingrid. Le propos est diversifié (To be saved est aussi speed et furieux que mélodique, suivi de son opposé, la ballade A part of light, titre qui monte en puissance et en hargne sur sa seconde partie). Waiting for your fall, qui clôt ce premier essai, est un parfait mix de tout ce que Jirfiya a présenté. Ingrid en profite même pour présenter une facette vocale bien plus hargneuse… En 5 morceaux, les Français démontre l’étendue de leurs influence et prouvent un réel savoir faire, doté d’une vraie personnalité.

WILD MIGHTY FREAKS: Rhythm ‘n blood

France, Metal (Bemavo records, 2019)

Wild Mighty Freaks parlera sans doutes aux plus fidèles d’entre vous qui ont découvert ce groupe déjanté en 2017 avec son premier Ep, Guns n’cookies. Si les guitares furieuses sont toujours, sur ce premier album, Rhythm ‘n blood, présentes, au même titre que les inspirations rap/hip hop, les Franciliens font un pas en avant de plus en incluant d’autres sonorités, plus dance, électro et lorgnent même du côté du metal extrême et de toute la fureur qu’on peut y trouver. Dix titres variés, avec des arrangements parfois contre nature mais qui marchent! Body Count n’est pas loin, même si WMF se démarque de cette illustre comparaisons avec un look complètement déjanté qui promet un show haut en couleurs. On rêverait presque d’un festival regroupant tous ces groupes français qui développent le visuel autant que le propose musical. Remarquons enfin que le groupe a trouver une solution au gros écueil de sa précédente production: Crazy Joe a su travailler son anglais, et même si son accent reste perfectible, ses mots sont déjà plus compréhensibles. Et la prod sait mettre sa voix en valeur. Une vraie progression qui mérite qu’on se penche sur ces freaks là.

HOLLIS BROWN: Ozone park

USA, Rock (Cool green recordings, 2019)

Il est des disques, des chansons comme ça dont le message apporte un éclairage à son auditeur. Hollis Brown, groupe New Yorkais formé en 2009 par le chanteur guitariste Mike Montali et le guitariste Jonathan Bonilla. Le nom du groupe vient d’une chanson de Bob Dylan (The ballad of Hollis Brown… Ça ne vous rappelle pas quelque chose, plus metal?) Signés sur Cool Green Recordings, la nouvelle (je crois) branche du prolifique label Mascot, Hollis Brown nous offre un Ozone park (titre étonnemment en lien avec le nom de son label…) d’une fraîcheur revigorante. Les 10 chansons proposées sont pleines de tendresse, de légèreté aussi, tout en restant profondément ancrées dans ce rock romantique qui fait rêver. Mike Montalli, au travers des Blood from a stone, Stuborn man, Forever in me, fait preuve d’une touchante sensibilité vocale qui évoque à tous les coups les grands malheureux de la soul. Oui, Ozone park est un album pleins de ces sentiments qui font de la vie ce qu’elle est: l’amour et les souffrances qu’il nous inflige.

ROYAL REPUBLIC: Club majesty

Rock, Suède (Nuclear Blast, 2019)

Depuis ses débuts, Royal Republic est parvenu, avec chacun de ses 3 précédents albums, à surprendre ses fans avec des chansons foncièrements rock, entraînantes à souhaits, joyeuses et vivantes. Et le quatuor ne s’est jamais géné pour proposer des morceaux complètement déjantés (Underwear ou Full stream speed machine, sur We are the royal, Everybody wants to be an astronaut sur Save the nation ou encore People say I’m over the top ou Kung fu lovin sur Week end man, parmi d’autres). Avec leur nouvel opus, Club Majesty – qui aurait pu être le nom du groupe, grand bien leur a pris! – les Suédois réussissent encore à surprendre. En fait, tout est dit dans le titre. La notion de club est en effet prédominante tout au long des 11 nouveaux morceaux proposés, et cela dès Fireman & dancer, malgré le hurlement introductif d’Adam. Malgré l’omni présence de guitares, l’esprit disco domine. Celui des 70’s, pas celui de techno actuelle… Le dancefloor est en feu, et le titre suivant confirme l’orientation générale de l’album. Comment pourrait-il en être autrement quand on nomme une chanson Can’t fight the disco? Seulement voilà: Royal Republic a sans doute trop orienté ce nouvel album et si l’on reconnait sa marque de fabrique, un peu plus de rock direct aurait été bienvenu. On retrouve cependant tout au long de l’album les « gimmicks » propres aux Suédois: ce chant si particulier, ces guitares claires et saccadées, ces refrains qui tournent comme un manège, ces mélodies qui ne laissent pas de marbre. Royal Republic explore et tente, garde son identité même s’il se perd quelque peu dans son propos. A voir en live, car sur scène, le groupe est imbattable. Et c’est sans doute là que ces nouveaux titres prendront toute leur dimension.

DEWOLFF: Live and outta sight

Pays-Bas, Hard rock (Mascot, 2019) – sorti le 1er mai 2019

Incontestablement, le renouveau du renouveau du rock/hard rock 70’s passe par le trio néerlandais de Dewolff. très orienté rock sudiste, le trio se plie aujourd’hui à l’exercice du témoignage live.  Il était d’ailleurs temps de le faire après l’excellent Thrust paru l’an dernier. Sur Live & outta sight, le trio laisse exploser sa passion du rock old school. De Jimi Hendrix à Deep Purple, en passant par le southern rock, le blues et le psyché, Dewolff offre un concert haut en couleurs et en émotions. Après un Big talk qui met en appétit et en jambe, les frangins Van de Peol, Pablo (chant et guitare) et Luka (batterie) et Robin Piso (chant et claviers) semble se mettre en mode impro dès Sugar moon. Une impression confirmée par Medecine, sur lequel on est persuadé que ce ne sont pas des pilules de médicaments que les gars ont ingurgités… Les choeurs parfaitement américanisés passent superbement bien tout au long de cet album tout en sensibilité et finesse. Avec ce Live & outta sight, Dewolff parvient à faire fonctionner la machine à remonter le temps et nous plonger au coeur de ces concerts uniques des 70’s sans lasser l’auditeur un seul instant, malgré des morceaux à rallonge – Medecine avec ses 8′ étant le plus court d’entre eux: Deceit and woo et Tired of loving you tournent autour des 11′ et Love dimension qui conclue le concert dépasse les 9′! Une expérience à découvrir en urgence.

RAMMSTEIN

Allemagne, Metal (Universal, 2019)

Dix ans après la sortie de son dernier album, Liebe ist für alles da, les Allemands de Rammstein reviennent avec un nouvel album sans titre, une pochette blanche ornée d’un seul indice: une allumette. Rammstein a toujours joué avec le feu, et c’est sans surprise que les fans attendent de pied ferme ce nouvel effort studio. Seulement, une décennie, c’est long, très long… Démarrant avec Deutchland – titre clin d’oeil à Amerika sans doute – un morceau froid et martial comme la bande à Till aime nous en proposer, ce nouvel opus démarre sous les meilleurs auspices. Ayant pris le contrôle de la production ( Jacob Hellner, producteur historique du groupe n’est cette fois pas de la partie, la prod étant officiellement attribué à Olsen Involtini) Rammstein s’amuse à parsemer son album de références à tout son passé en agrémentant son propos de claviers bien plus présent qu’à son habitude. Flake est aux anges, sans aucun doute, et s’éclate notamment sur le très dance Auslander. On est également surpris par l’inhabituelle virulence de Till Lindemann sur Puppe. Là où l’on aurait pu s’attendre à un album frisant la perfection, Rammstein se fait cependant paresseux sur des titres plus évidents comme Sex ou Weit weg (sur 11 titres, 2 ou 3 plus paresseux, à ce niveau, ça fait beaucoup quand même…) A part ces moments plus faibles, les Allemands parviennent, tout en puisant naturellement dans leur passé, à nous surprendre avec de nouvelles explorations sonores. Un très beau retour en somme.