CHAKORA: Fractured fate

France, Stoner (M&O, 2024)

A l’image de la pochette, il n’est pas forcément nécessaire d’être totalement sobre pour plonger dans le propos de ce Fractured fate, album quelque peu allumé signé Chakora. Le quatuor allemand nous propose en effet un album totalement psyché, aux sonorités volontairement 70’s. On plonge dans un univers sonore qui évoque autant Hendrix que Hawnkwind ou encore un jeune Motörhead. Le chant, embrumé et rugueux se fait par instant plus « moderne » dans le sens hurlé et enragé du terme. Débuter avec une doublette composée de Jesus et de Muddy Waters n’a sans doute rien d’accidentel mais en tout cas, les jalons sont posés: du rock vintage, déjanté aux guitares aussi rugueuses que mélodieuses. Tout au long des 10 titres de cet album, Chakora nous entraine dans des univers datés -on a parfois l’impression que les musiciens se livrent à des joutes improvisées – tout en y incluant avec bonheur des touches exploratoires et contemporaines. La rage est telle qu’on peut aisément comprendre ce qui motive cette destinée fracturée… Une expérience hors du temps.

INTRUSIVE THOUGHTS: Dysphorie

France, Rock (Before collapse records, 2024)

Les dys… Ces maladies liées à certains dysfonctionnements neurologiques telles que la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie… Voici que l’on peut rajouter la Dysphorie, soit un « trouble de l’euphorie »? C’est en tous cas ce mot qu’ont retenu les Parisiens de Intrusive Thoughts, groupe formé en 2021, aujourd’hui composé des fondateurs Audric Auffray (basse) et Clément Bordiga (batterie), duo auquel se sont joints le guitariste Raphaël Perez et la chanteuse Sakina Hmito. Les quatre nous proposent un rock varié, juvénile et sérieux, inspiré du rock alternatif et du grunge des années 90. Les 10 titres alternent entre puissance et douceur, développant une énergie entrainante. Le chant de Sakina, dont l’anglais est parfaitement maitrisé, peut être doux comme il peut se faire plus hargneux, à l’instar des mélodies – ce passage du calme à la débauche à la fin de The pill ! Avec ce premier album, Intrusive Thoughts se place sur la ligne de départ des groupes espoirs – pas étonnant pour les lauréats du tremplin Phénix Normandie 2022. Malgré son jeune âge, Intrusive Thoughts présente tous les atouts d’un futur grand du rock français, exportable qui plus est! A découvrir et soutenir d’urgence !

SWARM: Omerta

France, Metalcore (Autoproduction, 2024)

Omerta… Un mot qui évoque la guérilla et le règlement de compte entre gangs mafieux… Pourtant, le nouvel album de coreux de Swarm semble bien loin de ces considérations, donnant plus l’impression, dans ses textes, de vouloir poser un regard sur l’humain, la société et le monde actuels. Un regard introspectif, aussi, sans pour autant porter d’étendard politique. Un constat violent qui démarre après Alsamt, une intro épurée aux sonorités orientales. Après… Mis à part Dead inside, temps calme de l’album, Swarm tabasse comme si sa vie en dépendait. Speed et rageur (Step by step, Clink and come end, Sorrow dies twice), le groupe explore avec bonheur diverses facettes d’un metal rugueux à la A7X ou autres Hatebreed avec quelques évocation d’un RATM, version guitares sans trop de rap. Toujours au taquet, le groupe se fait également particulièrement speed (My inner) ou syncopé (cette intro de Make your move!) sans oublier ses origine hexagonales avec ce premier paragraphe interrogateur de Soul square. Avec Omerta, Swarm continue de graver son sillon, de tracer sa route, brutalement et avec beaucoup de conviction.

CHARCOAL: Rocks

France, Heavy rock (Ep, M&O, 2024)

Comment ça riffe! Charcoal, c’est la réunion de 4 passionnés de hard/heavy rock couillu qui n’a pour seul objectif que de faire s’agiter les tignasses et taper du pied. Alors – vous me connaissez – hormis l’anglais incompréhensible, les 6 titres de cet Ep, simplement et justement intitulé Rocks, embarquent l’auditeur sur les US highways autant que dans les banlieues crades d’un Londres qui n’est plus avec une bande son totalement et volontairement inspirée du heavy rock de la fin des années 70 ou du hard US de la première moitié des 80’s. C’est vif et vivant, et l’ensemble rend un bel hommage à tous les grands du genre, de Motörhead à Thin Lizzy ou AC/DC en passant du côté des Mötley Crüe, Ratt, Faster Pussycat… Les références aux grands anciens sont d’ailleurs évidentes rien qu’à la lecture des titres: Thin lady Lizzy, Fat bottom girl, Same old dance, même pas un jeu de pistes! Sans jamais se prendre trop au sérieux, Charcoal propose un rock des plus sérieux, et s’en amuse (preuve en est la vidéo pas du tout sérieuse de One night of rock n’roll). On met les potards à 10, on balance la sauce avec des guitares graveleuses, une double à la Animal Taylor, un chant rocailleux forgé à coup de clopes… On laisse le groove et l’énergie positive faire le reste.

DEMANDE A LA POUSSIERE: Kintsugi

France, Doom/Sludge (My kingdom music, 2024)

Pour leur troisième album, les Franciliens de Demande A La Poussière se sont offerts un petit lifting avec l’arrivée d’un nouveau chanteur, Simon Perrin, qui tient également la guitare. Ce Kintsugi – soit « l’art du beau dans l’imperfection, la sublimation de ses blessures pour renaitre de ses cendres » – plonge l’auditeur, dès les premières notes de Inapte, dans les tréfonds d’une âme emplie de désespoir. Ne cherchons pas ici de lumière, le propos musical, lourd, lent et oppressant, et le chant, torturé et dépressif, lui ont simplement empêché tout accès tout au long de la presque heure que dure l’abum. Kintsugi est une œuvre qui interroge, qui pousse à trouver au fond de soi cette force et cette volonté d’aller au-delà des « facilités » d’un certain mal-être. C’est violent plus que brutal, en tout cas, ça secoue intérieurement, et c’est totalement sombre, sans aucun compromis. Amis dépressifs, passez votre chemin… Les autres, plongez dans cette noirceur interrogative.

WOLFEN RELOADED: The ghost from within

Allemagne, Hard rock (Fastball music, 2024)

Formé au début des années 2010, Wolfen Reloaded (en réalité une nouvelle version d’un Wolfen, groupe fondé dans les années 80) publie son premier album Changing time en 2018 et revient à la charge aujourd’hui, 6 longues années plus tard, avec The ghost from within, un album de 10 titres. Présenté comme un groupe de rock progressif, on a plus l’impression, dès Rise of the machines d’avoir à faire à un groupe de metal pur jus plus inspiré par un jeune Metallica que par Dream Theater. Point de structure complexe ou de morceaux à tiroirs ici, Wolfen Reloaded nous propose une jolie collection variée de titres rock à tendance heavy. Les guitares saturées et rapides – tenues par Wolfgang Forstner – évoquent parfois le Queensrÿche de la grande époque et accompagnent une rythmique solide (Thomas Rackl à la basse et Manuel Wimmer à la batterie) tout au long de ce premier morceau. N.W.O (New world order) confirme cette direction avec des envolées saillantes. Seul le chant manque parfois quelque peu de puissance, mais l’ensemble est solide. Point of no return s’oriente vers des territoires plus rock US, entrainants et joyeux – le chant de Christian Freimoser collant ici parfaitement au genre. Wolfen Reloaded varie les plaisirs tout au long de cet album avec des titres rapides (les deux premiers cités, Ghost from within…) et d’autres plus mid tempo (Poison in your veins, Hurricane) voire soft (la ballade Broken) ou plus foncièrement rock (King of fools, Dangerous minds). L’ensemble est efficace, plutôt bien produit (on regrette seulement le manque de rondeurs et de chaleur par instants), Wolfen Reloaded déclinant ses diverses influences en y apportant toute son envie, forgeant sa propre personnalité à force des mélodies entrainantes et de riffs efficaces, allant à l’essentiel sans jamais tomber dans le piège de la démonstration, se créant ainsi une certaine identité musicale.

THE RAGING PROJECT: Future days

France, Prog (Autoproduction, 2024)

Future days… Les jours à venir. La pochette qui illustre cet album est à la fois sombre et lumineuse: d’une forêt dévastée par les flammes apparait une lumière, comme une lueur d’espoir. The Raging Project a vu le jour à Besançon en 2007. D’abord appelé Project Rage, le duo fondé par Ivan Jacquin et Lionel Fevre propose une sorte d’electro metal et publie un Ep 5 titres avant de disparaitre des écrans radar jusqu’à aujourd’hui. Ivan a décidé de remettre le couvert et s’est entouré d’une multitude de musiciens – on notera notamment la présence du progueux Jean-Pierre Louveton (Nemo, Wolfspring, JPL) et de la chanteuse Ingrid Denis (Jirfiya) ainsi que la participation aux claviers de Derek Sherinan (ex Dream Theater, Sons Of Apollo…). Ivan Jacquin est le maitre de cet ouvrage incontestablement progressif dans l’âme, un prog léché qui tend parfois du côté plus metal du genre. Chanter à la fois en anglais et en français, s’il doit ouvrir les frontières, n’est pas forcément toujours le meilleur choix: si le français est totalement compréhensible, c’est loin d’être le cas pour l’anglais… On notera même que deux titres font l’objet d’une double interprétation, une version dans chacune des langues (Colère / Wrath, Even if I bleed / Même si je saigne)Mais ce point mis à part, il y a du cœur mis à l’ouvrage, tant dans les compositions aux structures musicales savamment réfléchies que dans les thèmes abordés: l’humanité et sa soif de pouvoir, et pose la question de l’intérêt pour des observateurs extérieurs de venir nous sauver de nous mêmes…

OG.EZ.OR: The green light

France, Cyber/électro metal (Autoproduction, 2024)

Rappelez-vous, 2019: Metal Eyes vous invitait à découvrir Mind machine: a new experience, un album de cyber metal signé Entropy Zero. Une pandémie plus tard, le groupe nantais devient Og.Ez.Or (NdMP: j’imagine que le EZ de la signature correspond au groupe précité, alors, que sont ces OG et OR?) , propose un metal tout aussi cyber et électro basé sur la SF. Il publie un premier album en 2022, Distortion process, avant de revenir chatouiller nos oreilles avec The green light. Après une mise en bouche aérienne et planante, l’album se lance dans des explorations battues par un rythme stroboscopique que ne renieraient ni Rammstein ni Herrschaft, Punish Yourself, Shâargot et consorts. L’ensemble est hypnotique et, malgré des fulgurances metalliques, Og.Ez.Or a tout pour enflammer les dancefloors de boites de nuit ou les soirées electro tant prisées par nos municipalités. Avec, en plus, un look à l’avenant, le trio a de quoi proposer bien plus qu’un concert: une expérience sonore et visuelle hors du temps. Ok, je sors (oué, je sais, mauvais et facile jeu de mots…)? Non, on y est, on y reste ! Au fait… Ne cherchez pas le morceau titre, il figure sur le précédent album et avait fait l’objet d’un long clip. Plongez-vous plutôt dans cet hypnotique The green light.

DEAD TREE SEEDS: Toxic thoughts

France, Thrash (M&O, 2024)

Les voici enfin de retours, nos thrashers fous de Dead Tree Seeds! Leur nouvel album, Toxic thoughts, pourrait se résumer ainsi: ça thrashe sévère! Et l’on aurait envie de répondre, genre Rostand: « Ah, non, c’est un peu court, jeune homme! On aurait pu dire… Oh, diable! Bien des choses en somme. En variant le ton: Poétique: « Aimez vous tant les furieux Slayer qu’un hommage vous leur rendez en une heure? » Prévenant: « D’inspiration je ne vous donne tort tant le chant évoque Kreator ». Dramatique: « Aucun vent ne peut de ce pas pousser l’esprit si présent de Metallica ». On pourrait continuer ainsi longtemps tant ce Toxic thoughts rend un chaleureux hommage à nos grands anciens sans jamais bassement les imiter. Car il y a tout au long de cet album une vraie personnalité, une puissance sans égal qui déboite en cadence maxilaires et cervicales. Tu te prends ces 10 titres – 9 plus l’intro – en pleine face sans jamais, ou presque, pouvoir reprendre ton souffle. Fort heureusement, Dead Tree Seeds nous offre un instant de répit avec une ballade judicieusement placée à mi-parcours. Hein, quoi? Une ballade, mais ça va pas la tête, non? Ce qui se rapproche le plus d’une ballade c’est une partie plus proche des instrumentaux des débuts de Metallica, certes, mais ballade? Ca va pas, non? Dès les premiers accords, DTS chope l’auditeur à la gorge et ne relâche jamais la pression. Ca tabasse sec et sévère et ça démonte sa mère ! Amateurs de thrash old school, foncez, vous ne serez pas déçu.

SLEAZY TOWN: Unfinished business

France, Heavy rock (M&O, 2024)

Intrigante sortie que ce Unfinished business, double album de Sleazy Town. Le groupe s’est formé à Paris en 2011, a publié un premier Ep 5 titres en 2013 (Midnight fight) et puis… Plus rien, à part des concerts qui lui permettent de forger son identité sonore. Mais discographiquement? Jusqu’à cette fin de mois d’avril qui voit débouler chez les disquaires ce Unfinished business sorti de nulle part. Clairement, il y a des affaires qui sont restées en plan ces 10 dernières années, et les amateurs de gros hard rock US vont être aux anges. Car dès les premières mesures de Machine gun rodeo, le groupe nous ramène à cette époque – bénie diront certains – qui vit tout Los Angeles se transformer en repère de musiciens permanentés au savoir faire redoutable. Ici, on pioche autant du côté des géants du hair metal (Mötley Crüe, Poison, Ratt, Great White, GNR…) que des monstres du hard et du heavy rock. Parmi les influences de Sleazy Town, on citera au hasard AC/DC, Iron Maiden, Aerosmith, Thin Lizzy ou Motörhead. Le groupe fait partie de cette génération qui a parfaitement intégré les codes du genre en y apportant sa touche personnelle et passionnée. La voix rocailleuse et chaleureuse de Andy Dean accompagne les riffs furieux et enjoués de JJ Jaxx, tandis que la basse de Macabre (!) et la batterie de Julian viennent renforcer cette sensation de puissance et de bien-être sonore. Il aura fallu plus de 10 ans pour que Sleazy Town sorte son premier album. Les quatre osent même sortir un double, imparable de bout en bout. 24 titres avec tout ce qui fait un grand album, sleaze et power ballad inclus. Il fallait oser, ils l’ont fait et avec quel brio ! Espérons seulement que ce buisiness laissé en plan ne soit que le démarrage d’affaires plus sérieuses encore. Rock on !