KILL THE PRINCESS: A fire within

France, Grunge/Rock (Autoproduction, 2025)

Kill The Princess fut fondé en 2019 par la guitariste chanteuse Ornella Roccia qui veut pointer du doigt le manque de femmes dans le milieu du rock. Depuis, rien qu’en France, la situation a quelque peu évolué, ne serait-ce qu’avec des artistes, engagées également, comme Laura Cox, ou Grandma’s Ashes, mais le genre reste certes encore très masculin. Cela fait-il une différence? Après tout, tant que le résultat est là… Le groupe enregistre un premier album en 2023 – Bitter smile – et revient aujourd’hui avec A fire within, le second album du combo aujourd’hui composé, outre Ornella, de la guitariste Emilie Poncheele, la bassiste Céline Vannier et la batteuse Eva Heinrich. Au travers de 10 titres, Kill The Princess explore divers univers allant de la pop au grunge ou le neo metal. Après un démarrage que je trouve assez ado dans l’esprit, la musique de KTP monte en puissance sans toutefois jamais réellement m’interpeler ou me faire vibrer. Oh, de l’envie, de la puissance, il y en a. Mais les mélodies et refrains, dont certains visent clairement à faire chanter le public avec ses « Oh oh ooh » réguliers ou lui faire agiter les bras levés en cadence, me semblent déjà plus qu’entendus. Il manque ce petit quelque chose de viscéral ou d’organique pour vraiment me faire réagir. Bien produit, bien interprété, il ne manque que ce quelque chose qui fait la différence.

AVATAR: Don’t go in the forest

Suède, Metal (Black Waltz records, 2025)

Si le titre de l’album – Don’t go in the forest – colle parfaitement à l’esprit décalé et spectaculaire d’Avatar, le premier morceau, Tonight we must be warriors (oui, il s’agit bien d’Avatar, pas de Sabaton!) est très joyeux et enjoué. La suite, en revanche, nous entraine dans cette brutalité, cette puissance et… ce jeu de piste si chers aux Suédois. Parce que s’ils ont souvent été affiliés à la scène death metal, Avatar, c’est bien plus que ça. Johannes Eckestrom nous offre au gré des titres une palette vocale toujours aussi impressionnante, qui va du chant mélodique à la fureur d’un aliéné aux instincts meurtriers. On passe ainsi de la lumière à l’ombre, du calme à la tempête, de la fête à la catastrophe incontrôlée dès In the airwaves. Parfois, cela, le groupe nous y a habitués, au sein d’un même morceau. Avatar explore, tente, lie, ose et ça fonctionne. La grande force d’Avatar, c’est cette inspiration qui fait que jamais le groupe ne propose deux fois le même album. Si les origines death sont bien présentes (Abduction song ou Dead and gone and back again), Avatar sait se faire audacieux en intégrant des références « old school » ou plus encore. Peut-on parler de clins d’œil disco sur le morceau titre? Certes! Là où certains peinent à avancer, Avatar semble plus en forme que jamais et le prouve avec ce dixième album studio protéiforme qui trouvera sans difficulté sa place aux côtés de ses illustres prédécesseurs. Et nous, nous retrouverons cette folie douce sur les scène lyonnaise et parisienne (respectivement les 2 et 7 mars au Cube et au Zénith).

DEVHYOM: Tremors

France, Death mélodique (Autoproduction, 2025)

Lorsque d’anciens membres d’Absurdity, d’Epilepsy et de Psy Agony se retrouvent désœuvrés et se rencontrent, de quoi parlent-ils? De monter un groupe, évidemment! C’est ainsi que Jérome Demir (chant et guitare), Marc Beck (guitare), Florian Cavodeau (basse) et Arnaud Seebald (batterie) se retrouvent à Strasbourg et décident de fonder en 2018 Devhyom, un projet qu’ils présentent comme étant un groupe de death metal. Mais hormis le « chant », guttural de bout en bout, leur premier album, Tremors, n’a de death que le nom. Avec leur riffing nerveux et leurs rythmiques enlevées, les 13 titres lorgnent plus du côté du thrash old school ou, grace à des guitares aux riffs accrocheurs, du heavy plus traditionnel, mélodique et entrainant. Alors, oui, on a parfois des explosions rythmiques de double grosse caisse plus que de blast beats, mais on a aussi des effets sonores et cinématiques, des ambiances variées mais toujours puissantes. Si l’amateur de « vrai » chant parvient à ignorer le côté purement « gueulard » du projet, il se laissera happer par l’ensemble de ces morceaux déterminés. Un premier essai plus que prometteur qui reste maintenant à transformer.

NEED2DESTROY: Anti

Allemagne, Crossover (Fastball music, 2025)

Formé au cours des années 2010 dans le sud de l’Allemagne, Need2Destroy propose un metal crossover qui, par définition, alterne entre divers styles, allant du thrash au groove metal, en passant par le hardcore et des rythmes… latinos (explication à suivre). Aujourd’hui composé de du guitariste Milan Tajdic (ex-Symptom Remains), du bassiste Wolle van Hogh (ex-Death in Action), les deux membres fondateurs qui jouent ensemble depuis 2007, de Diego Carabajal qui les a rejoint au chant, et du batteur Simon Koesling, N2D a publié Show, son premier album en 2019 et revient aujourd’hui avec Anti, un album composé de 12 morceaux directs et sans doute vindicatifs. « Sans doute » car, c’est l’originalité principale du combo, Diego chante dans sa langue maternelle, le castillant argentin et passe à loisir de tonalités douces et latinos à une rage propre au hardcore tout en incluant quelques paroles bien compréhensibles en anglais. Les ambiances sont travaillées de la même manière, passant de la douceur matinale à la fureur de flots déchainés. Alors, ok, on n’a ici guère de surprise, et on ne s’attend pas à autre chose qu’un défouloir au gré du flot de décibels. Le son est cru, franc et sans fioritures ni concession. Ca tabasse sec, et ça ne cherche que ça. Ces mecs ont tout pour démonter une Altar vous savez où !

SATRA: In tears of her reign

Finlande, Metal symphonique (M&O, 2025)

In tears of her reign est le second album des Finlandais de Satra. Dès les premières mesures de Into the ravenous sea, les influences sont évidentes: on navigue sur les traces d’Evanescence. La suite, sans surprise, rejoint rapidement les traces de Nightwish, les deux références ayant souvent – à tort – été comparées. Et clairement, il n’est pas évident de se défaire d’influences aussi importantes. Ici, tout est techniquement bien fait, mais, à l’image de cette pochette qui ressemble à une affiche de Disney – un esprit « princesse » assez enfantin – tellement déjà entendu. L’ensemble me donne cette impression, qui se répète de plus en plus, d’écouter des musiciens qui maitrisent parfaitement leurs instruments et la technique musicale mais ne parviennent pas à libérer leur créativité. Résultat: du déjà-vu et déjà-entendu… Où sont les tripes qui faisaient le charme et la réussite de My immortal, Wish I had an angel ou Elan des groupes phares mentionnés plus haut? Se défaire de ces influences par trop envahissantes est une nécessité.

FURYA:Eternal fight

France, Metal (M&O, 2025)

Furya n’est pas vraiment ce qu’on peu appeler un nouveau venu sur la scène metal épique à chant féminin. Voici maintenant plus de 15 ans que le groupe existe et a depuis ses débuts publié quelques Ep. Le groupe revient avec Eternal fight, un album plein de promesses, mais… Si la voix de Marjorie Bevon est parfaitement soutenue par les guitares puissantes de Paul Via et Benoit Trévise, si l’ensemble est très bien produit, si les rythmiques concoctées par le bassiste Nick Dawson et le batteur Johann Brassac, si les 9 morceaux sont puissants et très bien ficelés, on navigue malheureusement trop souvent sur des eaux trop bien connues du power metal/metal symphonique. Certes, on se laisse entrainer par ce metal épique, ces riffs puissants et ce martèlement qui fait headbanguer, mais je n’ai jamais de réelle surprise. Bien fait, bien produit, ce Eternal fight reste une jolie promesse qui ne révolutionne en rien le genre. Est-ce ce que cherche Furya? Le plaisir de jouer est là, et c’est bien là le principal.

HATESEED: Rising through decay

Italie, Hardcore/Thrash (M&O, 2025)

Les Italiens enragés, ça donne Hateseed, groupe qui a déjà publié un Ep en 2023 et qui revient aujourd’hui avec Rising through decay, un album composé de 12 titres aussi directs que brutaux. Après une intro qui évoque l’Egypte antique, une intro où l’on imagine des files d’esclaves tirant des blocs de roches, la fureur est lâchée. Les riffs de Hateseed rappellent partout le thrash old school, celui de Slayer mélé à la puissance d’un Pantera. Ca tabasse sec, mais le phrasé (le chant enragé de Ivan Magnani, également à la basse) souvent mot à mot, fait que l’ensemble manque parfois d’un peu de liant. On n’attend pas du genre un chant mélodique, loin de là, et cette rage est saine. Le riffing (Andrea Livi et Gabriele Turco) est quant à lui parfaitement maitrisé, véritable invitation à se décrocher la nuque, d’autant plus avec cette batterie sans pitié frappée par Edoardo Friese. On imagine volontiers la puissance de feu de Hateseed en live, car là, ça doit pogoter sévère!

PILEDRIVER: First nations rock

Allemagne, Hard rock (Fastball music, 2025)

Le dernier album de compos originales des Allemands de Piledriver remonte à 2018, avec Rockwall. Depuis, le groupe de heavy boogie a publié un énorme coffret – Live in Europe (2023) – bourré jusqu’à la gueule et vantant son amour pour Status Quo, tout en faisant honneur à son dernier album. Il était temps, cependant, de retrouver la bande de Michael Sommerhoof (chant et guitare) et Peter Wagner (guitares) avec de nouvelles créations. A l’exception de ces deux complices, la formation a été totalement remaniée, ce qui apporte sans doute un peu plus de rugosité à la musique du groupe. On découvre ainsi le bassiste Jens Heisterhagen, le batteur Dirk Sengotta et le claviériste Tom Frerich qui participe à l’enregistrement de ce First nations rock, produit – ça a peut-être aussi joué sur le son plus rugueux – par Stefan Kaufmann (ex-Accept). Les 14 titres de ce nouvel album sont à la fois entrainants et totalement faits pour être joués sur scène – impossible de ne pas taper du pied de bout en bout – et puisent autant chez les maitres à penser du groupe que sont Status Quo, mais aussi chez AC/DC voire Iron Maiden. Certains riffs ont une touche à la Adrian Smith. Il a certes fallu attendre 7 bonnes années (de réflexion?) avant d’avoir droit à ces nouveautés mais l’attente en valait la peine. First nations rock est un album plus que généreux, le genre de disque à partager. Piledriver pousse cette générosité jusqu’au packaging, l’album étant accompagné d’un maousse livret de 24 pages dans un bel écrin. Espérons maintenant que les cinq viennent un jour nous rendre visite on stage!

A noter, pour les collectionneurs: Piledriver propose également First rock nations en version vinyle – double ! – avec un titre bonus, Julia, en version acoustique. Chaque titre a été mixé en conséquence pour offrir plus de rondeur, de chaleur et de générosité à cette version vinyle. On trouvera également un poster sur papier épais reprenant la très belle pochette de l’album (une œuvre signée Thomas Ewerhard) en format 60×90. Un très bel objet en somme.

DARKROSE: What’s next ?

France, Hard rock électro (M&O/Dnbrecords05, 2025)

Formé au lycée en 2022, DarkRose marche sur les terres d’un rock teinté d’électro. Le chant de Maya, quelque peu torturé et souvent séducteur, est mis en avant par la guitare à la fois rageuse et virevoltante de Liloue. La rythmique, souvent hypnotique, composée de Nora à la basse et Adrien à la batterie, est soutenue par les claviers de Manfred. Composé de 10 morceaux, What’s next, le premier album du combo transpire à la fois de l’envie de se distinguer et de cette jeunesse à la fois farouche, parfois explosive, et un peu naïve. Et ça commence bien avec le morceau titre, entrainant et enjoué. Seulement, sans doute est-ce une question de génération, peu de choses m’accrochent ou me retiennent. Rien d’évident ne rentre dans mon esprit. Si l’on se méfie des épines de la rose, DarkRose n’a selon moi de piquant que le nom. Oui, il y a de l’envie, mais il manque cette touche extérieure, ce regard et cette oreille d’un producteur qui pourrait apporter ce petit truc en plus. Pour résumer, un disque sympathique, pas mémorable pour autant. Un prof noterai « peut mieux faire ».

MAUDITS: In situ

Metal instrumental (ou presque…), France (Klonosphèrer, 2025)

Un an à peine après un Précipice qualifié ici même de vertigineux, Maudits revient avec un nouvel album, In situ. Composé de 7 morceaux aux durées variées (le morceau titre, intimiste et d’une douceur exemplaire, ne dure que 2’31, trois autres dépassent les 8′ – dont Précipice part III qui, avec ses sonorités orientales et sa mélancolie contagieuse, culmine à 9’17). Devenu quatuor (Olivier Dubuc aux guitares, Erwan Lombard à la basse, Christophe Hiegel à la batterie et Raphaël Verguin aujourd’hui au violoncelle), la formation explore de nombreux horizons, offrant une palette de sonorités dense et variée. A lui seul, Fall over est une quête de sonorités aussi aériennes que lourdes. In situ se distingue également de la discographie en proposant deux titres non instrumentaux: Mayline Gautier, empruntée pour l’occasion à Lün, prête sa voix sur Roads, reprise de Portishead tandis que Olivier Lacroix, échappé de Erlen Meyer et Novembre, apporte sa rage sur Carré d’as. Deux morceaux chantés qui ne reflètent sans doute pas une nouvelle orientation du groupe qui, tout au long de cet album, peint de sublimes tableaux sonores et nous entraine avec lui dans une forme de quête intérieure passant de l’ombre à la lumière, de la mélancolie à la joie contenue sans jamais se prendre la tête. Superbe.