SPIRIT BOMB: Tight

France, Metal (Music records, 2021)

Spirit Bomb, c’est un projet qui remonte à presque loin… Marseille, 2015. Un guitariste et un dessinateur ont l’ambition de faire cohabiter leurs formes d’expressions respectives. C’est ainsi qu’Arnaud et Pierre se lancent à la recherche d’autres musiciens afin de composer tant bien que mal ce Tight  qui prend son envol avec l’arrivée du chanteur Valérian. BD, SF, rock, le projet prend forme et est promis à un double destin: musical, tout d’abord avec l’arrivée de ce CD de 13 chansons entrainantes et enjouées, qui mêlent à loisir groove imparable et sonorités hip hop ou electro. L’énergie est de mise avec une ligne directrice très cinématique. Car Tight se veut avant tout la bande son efficace d’un BD attendue en 2022. Les amateurs de Gorillaz y trouveront leur compte tout autant que ceux de Rage Against The Machine.  Plus encore, même, car si la production est moderne, on trouvent aussi des traces de classic rock efficaces. Oui, ça groove sec, ça balance des riffs sur fond de chant puissant et mélodique. Les amateurs de bon(s) son(s) vont prendre leur pied.

EXHORTED: Old bastards never die

France, Hardcore (M&O, )

Oh punaise, hardcore de derrière les fagots qui déménage, c’est tout ce que propose Exhorted! La rage explosive s’exprime par des rythmiques plombées, un chant guttural furieux, des guitares directes et sans concessions. Quoique, il y a dans tout ce maelstrom une certaine recherche de mélodie qui, par instants, dans les soli ou quelques intros, permet de se poser et reprendre son souffle. Help me introduit ce Old bastards never die (j’adore ce titre!) comme un avertissement bien plus qu’un appel au secours. Les 9 titres qui figurent sur cet album sont d’une brutalité exemplaire et il y a fort à parier que certaines nuques risquent de céder. Lorsque le propos n’est pas speed, il se fait lourd comme un temps d’orages (God is mine, Let me go) mais la rage reprend vite le dessus. Les guitares charcutent comme jamais et il est étonnant de ne voir les noms de ces instrumentistes dans le line up du groupe. Groupe? Ne figurent ici que Yves Balandret (chant), Lionel Marquez ((basse) et Edoardo Panepinto (batterie). Un mystère de plus à résoudre mais une situation qui ne saurait perdurer. En tout cas, jetez une oreille à cet album, promesse sportive pour tout amateur de pogo!

BLACK 7: Look inside

Allemagne, instrumental (Autoproduction, 2021)

Black 7, c’est le projet du guitariste et multi instrumentiste allemand Lars Totzke. Originaire de Hannovre (oui, comme… mais qui n’est pas une influence), le gaillard a grandi dans les années 80 et 90 au son de ceux qui ont fait du hard rock et du metal ce que le genre est devenu. Au travers de Look inside (une belle invitation que ce titre…) ce premier album de 14 titres – un multiple de 7… – Black 7 (un hommage à la guitare noire 7 cordes de Lars) explore divers univers, ici influencé par Iron Maiden, là par Dream Theater, tout en incluant des touches de Slipknot ou korn. Unleashed ouvre le bal avec force mélodie, suivi d’un Lead the way qui évoque autant Ritchie Blackmore qu’Iron Maiden. Le plus soft Lift up, léger et aérien est une pause qui arrive un peu tôt mais en trois titres, le ton est donné: Black 7, c’est la recherche de la mélodie et de l’énergie. Awakening cumule tous ces plaisirs, tout comme le bien nommé In my dreams. Discover lorgne quant à lui du côté hispanique avec brio tandis que Out of the box nous replonge dans le son des boites à musiques de notre enfance. Bref, Lars Totzke se fait plaisir, évoque ceux qui l’ont influencé – même le grand Gary Moore semble revenir du royaume des morts – et explore des univers aussi lumineux que parfois sombres et lourds (le morceau titre). Une très belle réussite d’un musicien expérimenté (il a fondé Madrigal au milieu des 90’s, un trio acoustique au début des années 2000) tente de nouveau sa chance avec ce projet instrumental de très bonne facture à découvrir. Toutes les infos sur www.black-seven.net15

FISHING WITH GUNS: Under the silver lake

France, Hardcore (Autoproduction, 2021)

Forcément, quand on décide d’aller pêcher avec des flingues, il ne faut guère être pressé de se sustenter. Les coreux parisiens de Fishing With Guns mettent en pratique le nom qu’ils ont choisi. Il leur aura cette fois fallu pas loin de 6 ans pour que les poissons dispersés ne se retrouvent dans ce lac argenté. Une production tous les 5 ans, c’est un bon rythme, non? D’autant qu’il s’agit ici d’un Ep 5 titres qui mélangent brutalité et détermination. un ensemble magnifiquement mis en son par Francis Caste décidément incontournable magicien sonore sans pareil. Aussi speed et rageur que plus aérien, Under the silver lake (un titre qui pourrait être celui d’une série à suspense) nous entraîne dans un univers sombre et riche en émotions. Le chant, puissant, enragé, explosif, ne faiblit jamais, les guitares taillent dans le vif et la section rythmique bombarde autant qu’elle le peut. C’est puissant et pourrait, si le groupe avait opté pour un album entier, être usant. On ressort proprement lessivé de cette courte expérience, un  véritable condensé de rage dans ta face.

ESQUYS: Instinct

Folk Metal Symphonique, France (Autoproduction 2021)

Nouveau venu sur la scène du metal, Esquys se montre avec Instinct, un premier album très ouvert d’esprit. Explorant tout à la fois les univers du metal symphonique que du folk metal, le « groupe » (?) nous propose 8 titres, dont 3 instrumentaux. Disons le tout de go: je suis bien plus sensible à ces derniers, fouillés et travaillés, qui entraînent l’auditeur dans des paysages médiévaux et bucoliques. Ah, qu’il est magnifique ce Ddansiwr! Si les chansons sont efficaces, variés et puissantes, elles souffrent trop souvent de comparaisons si évidentes qu’elles en perdent en qualité. Le chant d’Anna Fiori – chanteuse mexicaine déjà auteure de 2 albums – s’il est de très haut niveau, évoque d’une telle évidence Amy Lee (Evanescence) sur Open your Eyes, celui de la soprano Ranthiel ressemble comme deux gouttes d’eau à une certaine Tarja sur Ghosts, certaines parties de Frozen rappelant quant à elles Bon Jovi down tempo… de ces évidences résultent une perte d’efficacité. Dommage, car cet album préfigure de grandes possibilités musicales qui pourraient se résumer en trois mots: épique, médiéval et aérien. Hey, je retrouve même quelques traces de Mike Oldfield et de ses Tubular bells orchestra sur Your smile, mais c’est ici assez… hypnotique. Instinct nous propose donc une jolie variété de sons et tonalités et présente une formation plus que prometteuse qui pourrait trouver sa place en se démarquant de trop évidentes influences et, conséquence logique, en affirmant ou en se découvrant une identité vocale.

DANKO JONES: Power trio

Canada, heavy rock (Mate in Germany, 2021) – sortie le 27 août

Première grosse sortie de cette rentrée, Power trio, le nouvel album de Danko Jones est une belle source de jovialité rock’n’roll direct et sans fioriture. On retrouve tout au long des 11 morceaux des Canadiens ce qui fait la force et l’identité du trio: pas de prise de tête, des chansons simples, courtes et efficaces. Covid oblige, le groupe a ajusté ses méthodes de travail comme nous l’explique le bassiste JC Calabrese au cours de sa longue interview: comme de nombreux autres, au lieu de se retrouver, les compos se sont écrites et enregistrées à distance, chacun travaillant ses parties, les envoyant aux autres et corrigeant par la suite. Le résultat en est tout simplement superbement plaisant. Power trio, c’est du rock comme on l’aime. Un vrai cadeau de rentrée. Pas besoin d’en ajouter d’avantage, il est désormais temps de retrouver le chemin des scènes.

ROZEDALE: Rozedale

France, rock (Autoproduction, 2021)

Déjà auteur de deux albums studio – dont un Wide awake élu « album blues de 2018 » en (…non, je ne vous ferai pas l’affront!), c’est pas rien – Rozedale, le groupe, revient avec Rozedale, son nouvel album concocté au cœur de la pandémie et enregistré à l’ICP studio. Le duo Amandyn Roses (chant) et Charlie Fabert (guitares) nous livre 10 titres d’un rock varié, des chansons aussi acidulées que parfois rugueuses qui puisent dans un blues classieux autant que dans le rock. C’est soft et efficace, l’ensemble se laissant écouter avec une facilité déconcertante. Les guitares de Charlie, fines et racées, accompagnent avec brio la voix envoutante d’Amandyn. Si l’anglais est majoritaire, on notera également un titre en français, Ce soir je t’aime, écrit par Cali, chanson qui s’intègre parfaitement à l’album. Si Ghost ouvre le propos de manière très soft, on se prend vite à chantonner ces mélodies entrainantes et l’album monte progressivement en puissance sans jamais s’éloigner de ce fil conducteur et moteur mélodique. Sobre et efficace, voici un album à défendre live. D’ailleurs, vérifiez les dates sur le site du groupe, il y en a un paquet. Une tournée qui pourrait placer Rozedale dans le peloton de tête national. Bien joué!

WELCOME-X: Vol. 2

France, Fusion (Le Triton, 2021)

Ce sera donc un doublé! Welcome-X, avec son premier album, était parvenu à créer un genre indéfinissable, alliant rock, metal, jazz, prog… dans une fusion musicale envoûtante. Avec ce Vol. 2, le groupe explore les mêmes sentiers mais en allant plus loin. Normal: le groupe, puisqu’on peut désormais parler de groupe, se connait mieux et, conséquence logique, fonctionne mieux ensemble. Déjà que le premier essai était une réussite… Alors, oui, le bassiste fondateur Phil Bussonnet reste le principal compositeur et le chanteur fondateur Sam Kün l’unique auteur, mais chacun des musiciens apporte sa touche. Thomas Coeuriot, le second guitariste, signe le morceau de clôture, le brillant instrumental 32GE (si ce n’est déjà fait, allez découvrir la signification de ce titre dans l’interview publié plus tôt). Le reste met en avant la voix unique et variée de Sam qui, de nouveau, alterne entre douceur et rage, puissance et retenue tout au long de ces titres aussi lourds qu’aériens. Welcome-X nous propose ni plus ni moins un des albums les plus envoûtants, originaux, riches et variés de l’année. Impossible de rester de marbre à l’écoute de cette fusion et de ce mélange de genres, mixture alambiqués, certes, mais dont le flot s’écoule aussi aisément qu’une rivière dans son lit – avec parfois ses remous et rapides, cela va sans dire! Il y a de la majesté dans cet ensemble qu’on espère pouvoir partager bientôt sur scène. Superbe de bout en bout, bravo!

POP EVIL: Versatile

Metal, USA (eOne, 2021)

Guitare rugueuses en guise de colère introductive, le nouvel album de Pop Evil démarre sur les chapeaux de roues avec Let the chaos reign, explosif à souhaits. Si le reste est à l’avenant, alors on tient là une belle promesse. Résolument moderne, Versatile plonge dans le metal pur jus autant que dans le punk US festif et rentre dedans ou encore dans l’esprit metalcore et plus encore. Il y a de la colère et de la chanson tout au long des 12 titres de ce nouvel album des Américains. Et si les thèmes abordés semblent puiser dans l’actualité (Covid, George Floyd, au hasard…), rien n’était prémédité puisque l’album fut composé avant ces évènements. Si l’ensemble est bien foutu et varié – on passe du rock au metalcore à l’electro, cela sans complexe – et si cette variété montre un groupe très ouvert d’esprit, curieux, on peut se demander s’il y a une ligne directrice ou si Pop Evil cherche à ratisser le plus large possible. Certains passages interpellent particulièrement comme l’hypnotique et oppressant Work, rendant l’ensemble intriguant. Versatile, au final porte très bien son nom, montrant de nombreuses facettes d’un groupe éclectique. Un album intriguant qui pourrait permettre à Pop Evil d’enfin trouver un large public? Pas si facile quand on ne parvient pas à sortir un single évident, qu’on s’adresse à tout le monde et personne à la fois. Reste un album réussi et très agréable à écouter.