BROKEN WITT REBELS

Rock sudiste, Royaume-Uni (Snakefarm, 2017)

Allez, on va faire un joli package de rock sudiste moderne… Au regard du nombre de sorties récemment proposées, on pourrait monter un festival « Spinefarm/Snakefarm »! Attention à ne pas faire une overdose. Heureusement, Broken Witt Rebels, nouveau venu sur la scène southern rock, varie les plaisirs, piochant autant chez les indispensables Lynyrd Skynyrd, Blackfoot ou Molly Hatchet que dans le rock énervé des 60’s époque Woodstock, que dans le blues ou la soul pur jus. On pourrait même croire à un clin d’œil à Joe Satriani sur les premières notes de Guns, qui devient pourtant rapidement plus rock pop. Cette variété assumée – qui provient sans doute des origines britanniques du groupe – enrichi ce premier album au chant embué (ah cette voix ravagée par la clope et le mauvais whisky!), aux guitares enlevées, simples et sans fioritures, aux rythmes d’une redoutable efficacité. Si la ballade Getaway man est plus traditionnelle, on admire le groove des Loose change, Georgia pine, Breathless… La surprise nous attend aussi avec ce Wait for you inspiré que ne renierait sans doute pas Coldplay, en énervé… Snakefarm se fait décidément, semble-t-il, un devoir de nous trouver des groupes qui jouent avec leur tripes, à l’ancienne et sans prise de tête…

THE WIGGAR OVERDOSE: Bwesh

Fusion, France (Autoproduction)

Les gars viennent de New York sous Bois. Autant dire la banlieue parisienne qui a grandi au son du rap enragé US et des grosses guitares. Et, malins, The Wiggar Overdose risquent fort de profiter de l’effet Prophets of Rage pour se faire un nom. Le chant en français et en anglais est hargneux et agressif, limite punk, les rythmes concoctés rapent et frappent. On appréciera les textes à la fois directs et réfléchis, ainsi que les références à l’univers du funk de James Brown, par exemple. Plein d’arguments qui, sans surprise, ont su séduire Francis Caste, qui a joyeusement mis en son ce Bwesh, Ep 5 titres franchement réussis. Une curiosité qui sonne comme une jolie promesse. Vivement la suite et la scène!

RUFUS BELLEFLEUR: Electricity for the Coliseum

Crossover, France (Dooweet, 2017)

Que voilà une jolie surprise! Rufus Bellefleur fait partie de ces groupes qui osent braver les interdits et parviennent, chemin faisant, à se distinguer d’une scène aujourd’hui trop sclérosée par des étiquettes malvenues. Avec Electricity for the Coliseum, RB nous plonge dans les USA des années d’entre deux guerres avant de se lâcher et de nous offrir des escapades dans divers univers musicaux. Tout y passe, musicalement, rythmiquement et visuellement. Car le groupe parvient, à partir de ses chansons, à nous plonger dans un certain cinéma noir. Musicalement, on trouve des traces de rock, de heavy, de blues des bayous, de hip hop, et RB ne se prive pas pour utiliser des instruments inhabituels. J’ai même l’impression d’entendre du kazoo par instants! Une petite merveille d’originalité qui se déguste sans modération.

DARK REVENGES

Heavy metal, France (autoproduction, 2017)

Amoureux ou nostalgiques de la scène metal française des années 80, je vous invite à prêter une oreille à ce premier mini album de Dark Revenges.  Un coup d’œil aux crédits et tout est dit: la famille Guadaguino est aux commandes. Souvenez-vous, Philippe fut, est encore, le bassiste de Blasphème. Ici accompagné de ses fils Philippe à la guitare (et accessoirement dernier batteur de… Blasphème, qui sévit également chez Klone) et Kylyan, qu’on découvre à la batterie. Papa a bien éduqué ses fils, y pas à dire. Patricia Demarthe est en charge du chant. Si sa voix est puissante, le chant anglais est abominable. Une patate dans la bouche que je préfère occulter, mais qui rappelle le ridicule de certains albums de cette période dorée qui firent rirent nos chers voisins (cf. les écrits de Martin Popoff…) Passons donc, car la dite Pat possède une voix puissante, hargneuse qui colle bien à la musique volontairement passéiste. Les références sont nombreuses, que ce soit au heavy metal de Maiden, Priest ou Saxon, au thrash naissant de Metallica ou Slayer, ou à certains compatriotes de la trempe de Sortilège. Une belle palette qu’on retrouve tout au long de ces 6 titres, dont une semi ballade (Fly away) et un morceau presque doom (A star for hell). Les autres morceaux sont taillés dans le metal pur jus, franc, puissant et mélodique. Même la pochette, volontairement minimaliste, semble d’époque. Une belle initiative que l’on pourra soutenir ici: www.difymusic.com/dark-revenges

ALTAVILLA: The conquest of gravity

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Voilà un album singulier, original s’il en est, qui se laisse écouter avec une déconcertante facilité, exception faite d’un chant anglais à chier car incompréhensible. Ce premier album des Français d’AltavillaThe conquest of gravity navigue quelque part entre  le jazz, lerock 70’s, la new wave, l’électro, le rock 80’s, toujours en gardant cet esprit simplement rock qu’on retrouve chez Blur ou Metronomy. Les intonations vocales sont à la fois légères et mélancoliques, évoquent  par instants The Cure tandis que les guitares légères, aériennes, trépidantes ou sautillantes échangent intelligemment avec les claviers, bavards sans être gonflants. Les 12 chansons explorent, ratissent, innovent sans inventer, et donnent simplement envie d’avancer et d’écouter.

MY TICKET HOME: Unreal

Metal, USA (Spinefarm, 2017)

Formé en 2008 dans la tristement célèbre ville de Columbus, dans l’Ohio, My Ticket Home propose un metal alternant entre heavy et neo. Se rapprochant parfois du metalcore, surtout dans les lignes de chant, Unreal, s’il est dans l’ensemble carré et réfléchi, ne parvient que rarement à se démarquer du reste de cette scène qui commence à se répéter. Les guitares sont, à mon goût, sous mixées, pas assez mises en avant pour être vraiment percutantes, et le chant, alternant entre agressivité et clarté, manque de ce quelque chose qui ferait la différence, alorsque les mélodies présentent de nombreux atouts, dont une réelle capacité à faire se bouger les corps. Seulement, l’impression de déjà entendu, de tourner en rond, de répétition du genre s’impose rapidement. Un essai sympa, mais qu’il faudra distinguer de tout ce qui peut se faire dans le genre.

GALACTIC COWBOYS: Long way to the moon

Heavy metal, USA (Mascot, 2017)

Ils reviennent de loin, ceux-là, dis donc! 17 ans après avoir disparus des écrans radar, après une carrière prometteuse musicalement mais trop tôt avortée, les Américains de Galactic Cowboys réapparaissent comme par magie. Et, hasard ou volonté, c’est le 17 novembre 2017 qu’ils ont décidé de lâcher leur nouveau bébé. Ça en fait des 17, non? Serait-ce leur triple 6 à eux? Si AC/DC chantait « it’s a long way to the top », Galactic Cowboys vise la lune. Pourquoi pas après tout? Sauf que, aussi sympathique que puissent être les 13 morceaux de ce Long way to the moon, une étrange sensation s’impose rapidement: le quatuor est resté scotché au son des années 90. Et, forcément, ce n’est plus d’actualité, malgré la bonne volonté affichée des compositions. L’ensemble fait daté et prête quelque peu à sourire. Bien sûr, nos cowboys ne cherchent pas à réinventer la machine à courber les bananes et se fait avant tout simplement, et principalement, plaisir. Tant mieux, surtout si cela nous permet de les retrouver live. Amusez-vous, c’est fun, sans prétention, même si c’est daté.

ONIRIK ILLUSION: The 13th hour

Metal symphonique, France (Autoproduction, 2017)

Belle jaquette, beau livret, un groupe paritaire (3 hommes et 3 femmes le composent) qui travaille son image autant que sa musique. Ça commence plutôt bien. Après un prélude nous entraînant dans cette rue qu’illustre la pochette, Onirik Illusion, formé en 2006, entre dans le vif du sujet: The 13th hour est un condensé de metal symphonique qui évoque – naturellement – Nightwish, Evanscence, Lacuna Coil ou Within Temptation, avec ses grosses guitares, son chant lyrique qui rencontre la rage de growls, auxquels le groupe ajoute la mélancolie des violons et la douceur des marteaux du piano ou les bruitages d’ambiance. On retrouve aussi des traces des premières amours des fondateurs, Theater of Tragedy pour ne citer que les plus connues. Mais… Malgré le vrai et remarquable travail de composition, ce The 13th hour arrive peut être au mauvais moment, car, sans être dépassé, le genre n’est plus tout à fait d’actualité. Reste que cet album, sans révolutionner le genre, est plus qu’agréable et se laisse aisément écouter et place Onirik Illusion dans le peloton de tête des formations hexagonales du genre, et rien que pour ça, il mérite notre attention.

FABULAE DRAMATIS: Solar time fables

Metal, France (Autoproduction, 2017)

Premièrement, le doute m’assaille: pourquoi avoir écrit clairement le nom du groupe sous sa signature figurant sur la pochette de ce premier disque? C’est un peu comme quelqu’un qui porte bretelle et ceinture, un manque de confiance en soi? N’empêche, elle me parle cette illustration, alors glissons ce CD et écoutons. D’abord, des doubles grosses caisses, puis des growls. On n’est pourtant pas dans l’univers du black ou du death, ni tout à fait dans celui du metal symphonique. Et pourtant, Fabulae Dramatis s’en approche, tout en restant ancré dans un heavy metal sans concessions. Un  mélange de trois ou quatre voix rend la chose intéressante, alors j’avance. L’intro complètement décalée de Stone me fait penser que quelque chose va se passer. En réalité, oui, mais… la prod m’agresse, j’entends une sorte de fourre-tout jusqu’à l’arrivée du chant lyrique qui, pour le coup m’agresse plus encore,  et me stresse… Je zappe… Heresy introduit un monde enfantin avant de sombrer dans un rock enlevé mais, encore, ce chant lyrique féminin me stresse… Je n’arrive pas à aller plus loin, et c’est dommage car musicalement, ce  Solar time fables me semble varié, travaillé et réfléchi. Seulement, je n’ai jamais aimé les voix suraiguës… Et malgré la légèreté aérienne des guitares de Sati (fire II) qui parfois évoquent Metallica, avant que le groupe n’appuie sur l’accélérateur, je décroche… Pas ma came du tout…

EUROPE: Walk the earth

Hard rock, Suède (Hell&back recordings, 2017)

Il y a des groupes comme ça, injustement maudits… Parce que dépendants d’une notoriété liée à un seul titre, un gigantesque hit, et que le public, injuste lui aussi, ne se souvient que de ça. Trust et Antisocial, Scorpions et Still loving you, Deep Purple et Smoke on the water ou Europe et The final coutdown. Europe qui depuis 3 décennies traine ce morceau comme un fardeau, bien qu’il lui assure de confortables royalties… Quelques mois après un live célébrant, tiens donc, les 30 dudit Countdown, Europe nous offre Walk the earth, un album qui mérite bien plus qu’une attention polie et courtoise. C’est un Europe au meilleur de sa forme qui revient. Sans doute plus en forme encore que sur War of kings, son précédent album studio. Plus dur dans son propos, le groupe suédois, qui évoque parfois Deep Purple (The siege, Election day) s’éloigne de son pré carré, de sa zone de confort, et explore encore de nouveaux horizons, la mélodie toujours en avant. 10 morceaux rock, enlevés, enjoués, aux mélodies imparables, un John Norum inspiré qui nous offre des soli irréprochables, une ballade, Pictures, plus qu’émouvante, du rythme, du groove…  Europe nous offre un album à la hauteur de nos attentes, impeccable de bout en bout. Mettez de côté un certain album trentenaire et jetez vous sur ce Walk the earth. Bravo!