Concerts from home: ANTHEM

Faire le tour du monde sans bouger de chez soi, sans passeport ni frontières, c’est l’invitation de Metal Eyes à travers la (re)découverte de ces albums live, mythiques ou moins connus, décortiqués en cette période sans concerts. Cette semaine, Concerts from home vous emmène au pays de Soleil Levant. On est partis?

ANTHEM – The show carries on ! 

Japon, Heavy metal (1987, Nexus)

1980 n’est pas que l’année de la renaissance du heavy metal en Angleterre. Un peu partout, le genre semble se refaire une santé, que ce soit aux USA ou en Europe qui voit naître nombre de nouvelles formations. Plus étonnant, sans doute parce que nos esprits n’y sont pas préparés, c’est l’extrême orient, le pays du Soleil levant qui entre dans la danse, donnant naissance à des Loudness, Earthshaker ou autre Anthem qui voit le jour en 1980, à Tokyo. La formation répète, se forge une identité sonore, visuelle, un caractère musical, et, là aussi, quelque chose se passe. Ce n’est cependant qu’en 1985 que Anthem, alors composé des fondateurs Naoto Shibata à la basse et Takamasa Ohuchi à la batterie, accompagnés du chanteur Eizo Sakamoto (arrivé fin 1984) et du guitariste Hiroya Fukuda, véritable arme secrète du quatuor, publie son premier album autonommé qui lui apporte une certaine exposition internationale. Deux ans plus tard, les nippons publient Bound to break, leur remarquable troisième album. Sans doute est-il temps d’aller faire du pied aux Américains ? Il y a peu de traces des concerts donnés par Anthem cette année là, mais voilà : le groupe pose ses flight cases au récent Country Club de Reseda – autant dire Los Angeles – le 5 juin 1987. Dans ses bagages se trouve le producteur Chris Tsangarides dont la renommée n’est plus à faire (il a notamment travaillé avec Thin Lizzy, Tygers of Pan Tang, Anvil et bien d’autres). A l’extérieur, le studio mobile Record Plant. L’enregistrement sera ce soir piloté par Bill Fresh. D’abord boite de nuit, la salle, d’une capacité de 1.000 personnes, fut inaugurée en 1980 et ses activités se diversifient jusqu’à sa fermeture en 2000. Et en ce 5 juin, Anthem joue en tête d’affiche, se faisant accompagner par Racer X, en vue, et les plus jeunes Commander. Et l’on serait tenté de croire que les deux groupes ont fait leur job de chauffeurs de salle tant l’accueil réservé à Anthem est explosif. Le quatuor ne se fait, au fil des 10 morceaux retenus, pas prier pour donner de la voix, de l’énergie et se mettre se public dans la main ! Et ce n’est pas que parce que le groupe sait charmer avec ses paroles mélangeant anglais et japonais, non… Si le son est brut, Tsangarides, qui mixe ce The show carries on !, le restitue comme il se doit : vrai, franc et direct. Fou de bout en bout, Anthem, dès l’explosif Machine made dog ne lâche rien. La voix surpuissante et enragée de Eizo dit clairement sa volonté d’en découdre, la guitare de Hiroya fait des merveilles. C’est remarquable sur son solo qui mixe Beethoven et Malmsteen (ok, néoplpasme…) sur Empty eyes. Les influences du groupe vont bien plus loin, Lay down – la rage vocale ne laisse aucun doute quant aux intentions du chanteur – lorgne volontiers du côté d’Accept. La puissance est telle que le pont calme sur Soldiers est bienvenu. C’est d’ailleurs le seul moment de repos du concert ! Clairement plus heavy que ses confrères, Anthem veut s’imposer dans le paysage musical mondial. D’abord paru sur le label Nexus en septembre 1987, la prestation fut amputée de quatre titres (Tightrope dancer, Headstrong, Night after night et Rock n roll stars) ainsi que du solo de batterie. Même la réédition en CD de King records, en 2001 les laisse de côté. Il faudra attendre 2005 pour retrouver le show dans son intégralité sur le double album The show carries on ! Complete version, toujours proposé par King records. Malgré ses productions d’un niveau remarquable, malgré la puissance de ce live dantesque, Anthem ne parviendra cependant jamais à percer internationalement et se séparera en 1992, avant de revenir en 2000 pour ne plus s’arrêter, devenant un des groupes japonais les plus productifs de l’histoire. Puisqu’on n’a que peu de chances de les retrouver, rattrapons-nous avec ce The show carries on ! dédié à « tous les heavy metal kids, passés, présents et à venir ». Imparable, une grosse claque, en tous les cas.

LOUDNESS: Rise to glory

Heavy metal, Japon (Ear Music, 2018)

Il y a deux ans, j’ai redécouvert Loudness lors de leur passage au Hellfest. Le groupe avait alors marqué quelques esprits et c’est avec un réel plaisir que je découvre Rise to glory, le premier album que j’ai l’occasion d’écouter depuis… Non, pas Thunder in the east, mais depuis le moyen Engine paru en 1999. Cette fois, les Japs’ ressortent l’artillerie lourde et lorgnent autant du côté shRedder d’un Eddie Van Halen que du thrash et du speed metal. En variant les sonorités et les genres, Loudness parvient à maintenir l’attention au top. Malgré l’accent anglais presque comique de Minoru Niihara, on appréciera sa puissance vocale, son chant rauque et rageur tout autant que le jeu toujours exceptionnel du guitariste Akira Tagasaki, un des meilleurs du genre dans son pays et peut-être dans le monde. La preuve? Ecoutez l’instrumental Kama sutra, et on en reparlera. Ce Rise to glory est une véritable bouffée de puissance et de chaleur, qui nous fait remonter le temps, au milieu des années 80, lorsque Loudness ouvrait pour Saxon dans un Zénith de Paris rempli de curieux. Ça rock, ça booste et ça fait du bien!