DARK REVENGES

Heavy metal, France (autoproduction, 2017)

Amoureux ou nostalgiques de la scène metal française des années 80, je vous invite à prêter une oreille à ce premier mini album de Dark Revenges.  Un coup d’œil aux crédits et tout est dit: la famille Guadaguino est aux commandes. Souvenez-vous, Philippe fut, est encore, le bassiste de Blasphème. Ici accompagné de ses fils Philippe à la guitare (et accessoirement dernier batteur de… Blasphème, qui sévit également chez Klone) et Kylyan, qu’on découvre à la batterie. Papa a bien éduqué ses fils, y pas à dire. Patricia Demarthe est en charge du chant. Si sa voix est puissante, le chant anglais est abominable. Une patate dans la bouche que je préfère occulter, mais qui rappelle le ridicule de certains albums de cette période dorée qui firent rirent nos chers voisins (cf. les écrits de Martin Popoff…) Passons donc, car la dite Pat possède une voix puissante, hargneuse qui colle bien à la musique volontairement passéiste. Les références sont nombreuses, que ce soit au heavy metal de Maiden, Priest ou Saxon, au thrash naissant de Metallica ou Slayer, ou à certains compatriotes de la trempe de Sortilège. Une belle palette qu’on retrouve tout au long de ces 6 titres, dont une semi ballade (Fly away) et un morceau presque doom (A star for hell). Les autres morceaux sont taillés dans le metal pur jus, franc, puissant et mélodique. Même la pochette, volontairement minimaliste, semble d’époque. Une belle initiative que l’on pourra soutenir ici: www.difymusic.com/dark-revenges

GALACTIC COWBOYS: Long way to the moon

Heavy metal, USA (Mascot, 2017)

Ils reviennent de loin, ceux-là, dis donc! 17 ans après avoir disparus des écrans radar, après une carrière prometteuse musicalement mais trop tôt avortée, les Américains de Galactic Cowboys réapparaissent comme par magie. Et, hasard ou volonté, c’est le 17 novembre 2017 qu’ils ont décidé de lâcher leur nouveau bébé. Ça en fait des 17, non? Serait-ce leur triple 6 à eux? Si AC/DC chantait « it’s a long way to the top », Galactic Cowboys vise la lune. Pourquoi pas après tout? Sauf que, aussi sympathique que puissent être les 13 morceaux de ce Long way to the moon, une étrange sensation s’impose rapidement: le quatuor est resté scotché au son des années 90. Et, forcément, ce n’est plus d’actualité, malgré la bonne volonté affichée des compositions. L’ensemble fait daté et prête quelque peu à sourire. Bien sûr, nos cowboys ne cherchent pas à réinventer la machine à courber les bananes et se fait avant tout simplement, et principalement, plaisir. Tant mieux, surtout si cela nous permet de les retrouver live. Amusez-vous, c’est fun, sans prétention, même si c’est daté.

FABULAE DRAMATIS: Solar time fables

Metal, France (Autoproduction, 2017)

Premièrement, le doute m’assaille: pourquoi avoir écrit clairement le nom du groupe sous sa signature figurant sur la pochette de ce premier disque? C’est un peu comme quelqu’un qui porte bretelle et ceinture, un manque de confiance en soi? N’empêche, elle me parle cette illustration, alors glissons ce CD et écoutons. D’abord, des doubles grosses caisses, puis des growls. On n’est pourtant pas dans l’univers du black ou du death, ni tout à fait dans celui du metal symphonique. Et pourtant, Fabulae Dramatis s’en approche, tout en restant ancré dans un heavy metal sans concessions. Un  mélange de trois ou quatre voix rend la chose intéressante, alors j’avance. L’intro complètement décalée de Stone me fait penser que quelque chose va se passer. En réalité, oui, mais… la prod m’agresse, j’entends une sorte de fourre-tout jusqu’à l’arrivée du chant lyrique qui, pour le coup m’agresse plus encore,  et me stresse… Je zappe… Heresy introduit un monde enfantin avant de sombrer dans un rock enlevé mais, encore, ce chant lyrique féminin me stresse… Je n’arrive pas à aller plus loin, et c’est dommage car musicalement, ce  Solar time fables me semble varié, travaillé et réfléchi. Seulement, je n’ai jamais aimé les voix suraiguës… Et malgré la légèreté aérienne des guitares de Sati (fire II) qui parfois évoquent Metallica, avant que le groupe n’appuie sur l’accélérateur, je décroche… Pas ma came du tout…

Pumpkins United: HELLOWEEN live à Paris (Zénith Paris la Villette, le 15 novembre 2017)

Les fans le savent et attendaient cet événement depuis longtemps: le retour de Michael Kiske, le second chanteur mais celui qui a vu la carrière du groupe décoller, et de Kai Hansen, premier chanteur guitariste, dans la famille Helloween. Mieux encore, les deux ex ne prennent la place de personne puisqu’ils viennent compléter le line up composé depuis des lustres par Andi Deris (chant), Mickael Weikath et Sascha Gerstner (guitares), Markus Grosskopf (basse) et Dani Löble (batterie) pour un spectacle à 7 visages. On le sait depuis quelques temps, les chanteurs alterneront entre duo/trio et parties individuelles, pour le plus grand bonheur de tous.

Personne ne sait encore s’il une première partie est prévue. En arrivant sur place, le public découvre un Zénith en petite configuration, et un gigantesque backdrop célébrant cette réunion. Le concert n’est pas complet mais il y a suffisamment de monde pour que la soirée soit chaude. le temps passe, et il est clair que Helloween sera seul ce soir. Pas plus mal avec un concert annoncé de près de 3 heures… Plongée dans le noir à 20h, la salle résonne d’une ovation publique et des premières notes de Halloween. Séparés par la batterie, les deux chanteurs ne tardent pas à utilisée l’avancée de scène, accompagnés de Kai Hansen, où, sans surprise, ils reçoivent une ovation explosive. Les enfants prodigues sont de retour, et la famille se réunit rapidement autour, affichant – ce qui sera une constante – une complicité retrouvée. Les photographes ne savent plus où donner de la tête tant il y a de monde sur scène… Ces mêmes photographes vivent même une petite galère, les consignes données aux agents de sécu changeant d’un agent à l’autre: « vous pouvez rester », « non, la sortie, c’est ici… Ah, ben, en fait, vous pouvez rentrer avec vos pass photos, mais de l’autre côté » « Non, ici, sans billet, vous n’entrez pas… » Bon, les gars, vous avez le choix: gradins ou fosse? » Ce petit intermède nous fait rater 3 chansons, mais, allez, ça fait partie des gentilles galères. Merci, Fabienne de nous avoir fait, finalement, entrer!

 

Les 7 sur scène donnent rapidement l’impression non seulement d’avoir, en vrai pros qu’ils sont, trouvé leur marques, mais aucun des musiciens ne cherchent à s’imposer. L’esprit de groupe, ce soir, a éjecté royalement égos et conflits d’intérêts. Tous affichent une belle complicité et une réelle joie d’être là.

En fond de scène, un écran diffuse des animations de circonstances, citrouilles, Dr Stein et autres créatures, dont le duo de citrouilles déconnantes Seth et Doc qui animent les divers intermèdes du set. Nombreux, d’ailleurs, ces intermèdes cassent un peu le rythme mais avec un show aussi long, les musiciens ont sans doute besoin de souffler et de récupérer au calme.

L’un des moments forts arrive rapidement, Kai Hansen se posant devant son micro pour interpréter, en compagnie de ses anciens compères, 3 titres des débuts de Helloween. Autant dire que le public est aux anges avec ce triptyque composé de Starlight, Ride the sky et Judas (encore un titre d’actualité tellement nos politicards puent à travers le monde), suivis de Heavy metal (is the law). Un grand moment salué comme il le mérite !

Le décor est à la fois sobre (une citrouille découpée et des marches de part et d’autres de la batterie), tandis que les lumières sont remarquables et parfaitement réfléchies pour mettre en valeur tous les musiciens à tour de rôle – ni trop ni trop peu – et chaque chanson bénéficie d’un traitement spécifique. Le moment calme voit Sasha Gerstner accompagner, seul, Deris et Kiske sur les ballades Forever and one et A tale that wasn’t right avant que les hostilités ne reprennent avec le très enjoué et optimiste I can qui précède un superbe solo de batterie. Dani Löble frappe ses fûts quelques minutes avant que l’écran ne projette les images d’une main glissant une VHS dans un magnétoscope. Su la tranche est inscrit « Ingo drum solo ». Ingo Schwichtenberg est, lui aussi, à l’honneur ce soir grâce à ces images d’archives qui deviennent le prétexte d’une bataille de batterie entre Ingo et Dani. Beau, impressionnant et, surtout, émouvant.

Why ? est sujet à un petit moment de flottement lorsque Kai Hansen s’approche de Michael Kiske, vraisemblablement pour lui dire qu’il chante un ton trop bas, ce qui fait rire le chanteur qui se reprend vite avant le retour de Deris pour un Soul survivor d’enfer. C’est le seul titre, d’ailleurs, qui voit ces 2 mots (Soul et Survivor, pour ceux qui ne suivent pas…) projetés en fond de scène…

Juste après Power, Andi Deris se fend d’un petit speach avant d’introduire How many tears chanté à 3 voix. Sur les côtés de la scène, je remarque les secouristes qui s’affairent, tentant apparemment d’extraire un slammer mal tombé. Il y en a peu, ce soir, et les agents de sécurité sont gênes par la disposition de la scène…Les choses semblent bien se terminer. Reste que How many tears ressemble à s’y méprendre à un final. Mais non, c’est trop tôt… Pourtant, non, Helloween quitte la scène et revient pour un premier rappel.

C’est Kiske qui s’y colle pour un Eagle fly free bienvenu, suivi d’une joli « accusation » : « ce morceau dure 15’… C’est Michael Weikath qui en est coupable » introduisant l’intégrale de Keeper of the seven keys. Un vrai grand moment de concert durant lequel le chant est partagé judicieusement. Et c’est fini… Jusqu’au retour du susmentionné Weiki qui se fend d’un joli solo et, ce qui n’apparaît pas sur les concert précédent, un bel extrait de Blue suede shoes. Enfin, final dantesque, Future world est explosif, autant que le public sur I want out, message à peine nécessaire après près de 3 heures d’un show qui se conclue avec des cotillons et confettis.

Ce soir, Helloween était au mieux de sa forme. Dommage que le public ne fut pas plus nombreux, mais c’est ainsi. Les présents ont passé rien moins qu’une des meilleurs soirées de l’année. Ni plus, ni moins. Superbe !

 

Merci à GDP, Olivier Garnie, Fabienne et Roger Wessier d’avoir rendu ce report possible.

Histoire d’une légende: HELLOWEEN

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Une nouvelle tournée ou un nouvel album de Helloween représente toujours pour l’amateur de mélodies puissantes, chantantes, aux rythmes rapides et enlevés un moment de plaisir. Car s’il y a fort à parier que si trois noms reviennent souvent, le metal allemand ne se résume pas à Scorpions, Accept ou Rammstein, loin s’en faut. Au fil des années, nos voisins germains ont su, bien mieux qu’en France, exploiter leurs différences culturelles pour en faire une force musicale et commerciale sérieuse et respectée. Si l’histoire retiendra, parmi d’autres, des formations comme Kreator, vétéran brutal de la scène Thrash, Running Wild, Rage ou Blind Guardian, elle se souviendra surtout de Helloween dont la montée en puissance fut aussi importante que sa chute fut brutale et sa reconquête courageuse et glorieuse. Depuis la sortie de son premier album, Walls Of Jericho en 1985, Helloween a en effet conquis le monde avant de sombrer dans une quasi banqueroute. Un changement de chanteur plus tard, la formation parvient, à la force du poignet, à redorer son blason et à stabiliser sa carrière, malgré quelques choix parfois surprenants. Malgré la sortie de succulents albums ces dernières années, il est un évenement que TOUS les fans attendaient avec impatience :  une réunion avec les anciens membres. Si les deux parties du Hellish tour ont permis un rapprochement avec Kai Hansen et son Gamma Ray, l’année 2017 sera marquée par la tournée Pumpkins united qui voit les membres actuels accueillir au sein de Helloween non seulement Kai Hansen mais également – surtout – Mickael Kiske, le premier chanteur. Retour sur l’histoire des citrouilles enragées.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

SPLENDEUR

Formé en 1978 par les guitaristes Michael Weitkath et Kai Hansen (également au chant) accompagnés de Markus Grosskopf (basse) et Ingo Schwichtenberg (batterie), Helloween s’impose en quelques années comme le challenger le plus important des leaders de la scène allemande du début des 80’s, Scorpions en tête. Le groupe prend le temps nécessaire pour peaufiner son style et travailler son répertoire. Ce n’est qu’en 1985 que sort son premier disque, un mini album sobrement connu sous le nom de Helloween. Si cette carte de visite de cinq morceaux ne montre naturellement pas encore toutes les facettes musicales du groupe, il en est une qui deviendra rapidement sa signature : le speed. Car Helloween joue vite. Le groupe semble non seulement déterminé à rivaliser avec des formations américaines au prestige grandissant, comme Metallica ou Slayer, mais cherche également à faire de l’ombre à ses compatriotes. Scorpions, avec Love at first sting (1984) dominent le monde du hard rock, Accept tente de leur voler la place avec son dernier né, Metal heart, Kreator vient de sortir Endless pain, les pirates de Running Wild confirment leur statut d’outsider aux dents longues avec leur second Lp, Branded and exiled… Bref, la concurrence est rude. Son mini Lp a permis à Helloween de se faire remarquer par le label Noise qui lui propose un contrat. Dans la foulée, le groupe publie son premier véritable album, le vigoureux Walls of Jericho dont les neuf titres confirment le statut tant local qu’européen du groupe mené par Kai Hansen. Les morceaux s’éloignent de l’esprit thrash direct pour inclure de nombreux aspects mélodiques qui évoquent souvent Judas Priest ou Iron Maiden. Evoquer la musique de Helloween se fait désormais en parlant de speed mélodique ou power metal. Le groupe s’impose alors un premier changement stratégique majeur : Kai Hansen ne pouvant assurer à la fois le chant et la guitare décide de céder le micro. Arrive le chanteur Michael Kiske dont les capacités sont bien supérieures à celles du Kai de 86. Helloween s’attaque à un gigantesque projet à traduire sur un double album. Las, Noise n’a pas assez confiance dans le potentiel commercial de son poulain et l’incite à publier la saga Keeper Of The Seven Keys en deux volumes. Une saga dont certains morceaux frôlent le quart d’heure, proche de l’esprit progressif. Keeper of the seven keys – part 1 parait en 1987 et montre un groupe heavy, speed, puissant, un groupe dont les mélodies efficaces, mémorisables aux intonations souvent aussi humoristiques que les illustrations de l’album font mouche immédiatement. Même le marché américain cède et tombe sous le charme des armées de citrouilles pas si maléfiques que ça. Keeper of the seven keys – part 2 suit un an plus tard (1988) et rencontre le même bonheur. Helloween s’offre la tournée des grands ducs, ouvrant sur les dates européennes du Monsters Of Rock dont la tête d’affiche n’est autre qu’Iron Maiden, alors au sommet de sa gloire. Les chemins des deux groupes se croiseront régulièrement à l’avenir, et ce n’est que pure logique. Car non seulement les deux chanteurs ont des voix similaires, mais le mimétisme se traduit même dans la musique, sans que Helloween ne tombe dans le vulgaire plagiat. Les Allemands développent leur propre univers tant musical que visuel. Bien que la citrouille alcoolique et amatrice de substances diverses devienne un élément indispensable de l’esprit Helloween, il est impossible de la confondre avec un certain Eddie dont l’aura n’est en rien comparable… Le succès du groupe est immortalisé en 1989 sur un premier album live, Live in the UK. Etrangement, ce disque sort sous trois versions différentes, avec le même track listing (la version européenne bénéficie toutefois au milieu d’un morceau supplémentaire, Rise and fall) mais trois appellations différentes : les Japonais ont ainsi droit à un Keepers Live tandis que le marché américain propose I want out live.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

DECADENCE

Les gros labels commencent à faire de l’œil aux Allemands qui se laissent finalement séduire par l’offre d’EMI (tiens donc…). Noise ne l’entend pas de cette oreille et intente un procès à Helloween qui a voulu casser son contrat. Le groupe perd le procès et subit les très lourdes conséquences du jugement : il doit payer une forte amende à Noise et, pire, se voit interdire de sortir le moindre disque en dehors des marchés européens et japonais. Condamné à perdre, ou plus exactement, forcé à renoncer à l’énorme potentiel commercial du territoire américain qui venait de lui faire un triomphe, Helloween va connaitre une chute aussi vertigineuse que sa conquête fut glorieuse. Kai Hansen quitte le cucurbitacée pour former Gamma Ray, et se voit remplacé par Roland Grapow. Les deux albums qui suivent sont osés, certes, mais humainement et commercialement catastrophiques. Le procès a laissé des traces, et la musique s’en ressent. L’accueil tant public que critique que reçoit Pink bubbles go ape à sa sortie en 1991 n’est pas froid, il est glacial. Personne ne comprend où le groupe veut en venir et Chameleon, paru en 1993, n’arrange pas les choses. Si Helloween n’a plus à démontrer son sens de la mélodie, le groupe semble avoir levé le pied, cela dès la couverture on ne peut plus simpliste. L’introduction du violon surprend, moins cependant que la disparition des guitares sur certaines chansons. Le public, désorienté, déserte et les tensions dans le groupe, plus importantes que jamais, résultent en l’éviction de Michael Kiske, suivi par le dépressif et schizophrène Ingo (le batteur se suicidera en mars 1995) et en la fin du contrat avec EMI. Peu de possibilités s’offrent au groupe : soit disparaitre, mais cela est inenvisageable tant la passion qui anime les membres fondateurs est intacte, soit relever la tête, et renaitre.

RECONQUETE

 

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

Le salut provient de l’intégration du chanteur d’une formation très en vue, Andi DERIS, dont le groupe Pink Cream 69 gravit fièrement les échelons de la gloire, et dont le dernier né, Games people play (1993), rencontre le succès un peu partout en Europe et au Japon. Helloween embauche également le batteur Uli Kusch et signe sur un label de taille raisonnable, Raw Power. La formation ainsi constituée ne changera pas jusqu’en 2002. Cette stabilité se traduira naturellement par une efficacité grandissante des compositions du nouveau Helloween. Andi Deris espère que ses fans, ceux de Pink Cream 69 le suivront dans cette nouvelle aventure. Mais il sait également qu’il faut proposer un bon album. Lorsque parait Master Of The Rings en 1994, les critiques s’avouent soulagés, accueillant positivement cet album qui renoue avec la puissance et les mélodies qui ont fait la gloire du groupe. Le public suit, le succès est de retour. La pêche nouvelle se traduit de nouveau deux ans plus tard avec The time of the oath dont la pochette rappelle l’époque glorieuse de Keeper of the seven keys. Helloween s’engage alors dans une vaste tournée mondiale et en tire le double live High live (1996), enregistré au bout de quatorze mois de tournée alors que le groupe était épuisé. Epuisé mais étant de nouveau dans le cœur des fans, Helloween reprend enfin confiance. La troupe de Michael Weikath doit toutefois confirmer auprès du public et des médias son retour en grâce. L’époque s’y prête d’autant plus que les avancées technologiques permettent à Helloween de tirer avantage du numérique.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia

Better than raw complète la trilogie entamée avec les deux disques précédents et rassure tout le monde quant à la santé mentale et musicale du groupe et ce dès la pochette qui se rapproche toujours plus de l’esprit Helloween : une sorcière sexy préparant, le sourire aux lèvres, une potion quelconque dans une marmite digne de celle qu’utilise Panoramix. Quand un groupe décide d’inclure dans son nom le mot Enfer (Hell), il doit s’attendre à quelques surprises. Elles viennent cette fois-ci du Japon, qui publie deux CD de versions disons… particulières de certains des succès de Helloween depuis ses débuts. Fort heureusement, ces Karaoke Remixes 1 et 2 (1998) ne sont destinés qu’au marché nippon, le groupe n’ayant pu s’opposer à la diffusion de ces produits qui, au final, ne portent que le nom du groupe. En revanche, les Allemands étant contractuellement liés à Raw Power le temps d’un dernier album, c’est volontairement qu’ils enregistrent un CD décalé de reprises. Metal jukebox (1999) propose donc une collection de chansons populaires arrangées à la sauce metal. Abba y côtoient David Bowie ou, plus rock, Scorpions. Il est ensuite temps, avec l’arrivée du nouveau millénaire, de repasser à quelque chose de plus sérieux. Pour son nouveau label, Nuclear Blast, Helloween enregistre The dark ride au contenu aussi sombre que sa pochette, illustrée, une fois n’est pas coutume, d’une citrouille à l’aspect inquiétant, menaçant, voire horrifique. Si le groupe parvient à s’imposer de nouveau à travers la planète, tout ne se passe pas pour le mieux entre les musiciens. Alors que la formation était stable depuis une petite dizaine d’années, certains egos semblent prendre le dessus. Et lorsque « les gens ne jouent dans un groupe que pour l’argent, ou simplement pour leur égo et pas pour le bien du groupe, ça devient de moins en moins vivable » (NDMP : propos que m’a tenus Andi Deris au cours d’une interview en 2010). Helloween se sépare alors de Roland Grapow et invitent, quelques temps plus tard, Sascha Gerstner, guitariste officiant chez Freedom Call. Entre temps, Noise publie, après avoir obtenu le consentement du groupe, une nouvelle compilation, Buried treasure, un double album (triple en édition limitée). L’actualité, toutefois, c’est l’intégration de Sascha. Selon le guitariste, le premier album de Helloween auquel il participât fut enregistré simplement et naturellement, sans prise de tête.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

Tout semblait couler de source à une exception : Mark Cross, le nouveau batteur, ne put enregistrer ce disque car il était malade. Helloween reçut alors l’aide de Mikkey Dee, batteur de Motörhead. Incontestablement, Rabbit don’t come easy (2003) bénéficia de cette publicité. Car si cet album est de prime abord surprenant, il franchi l’épreuve du temps. Daniel Loble intégra par la suite Helloween en tant que batteur. Le groupe de nouveau reconstitué pouvait alors s’attaquer à un projet depuis longtemps attendu par les fans. Bien que le temps ait passé, pour beaucoup, Helloween sera à jamais indissociable des deux volets de Keeper of the seven keys. Dix-huit ans après, la formation estime qu’il est temps de donner un successeur à la saga, et ainsi clore la légende. Lorsque sort, en 2005 et sur SPV, Keeper Of The Seven Keys – The Legacy, les Allemands retrouvent leur place dans le cœur de nombreux fans. Oh, bien sûr, certains se disent déçus ou estiment que jamais il n’aurait fallu s’attaquer de la sorte à un tel monument du Metal, mais le public répond présent dans sa très grande majorité. Helloween met alors sur pieds une grande tournée mondiale d’une année au cours de laquelle sera enregistré le troisième live de la carrière du groupe. Le double Live in Sao Paolo (2007) est plus centré sur la trilogie des Keepers, tout en incluant quelques témoignages d’autres albums. Helloween semble désormais intouchable. La tournée a soudé ses membres comme jamais auparavant. Tout semble continuer de se faire naturellement. Cette année 2007 voit sortir Gambling with the devil, nouvelle offrande réussie et acclamée par le public et les médias. Le groupe semble équilibré, et parait simplement bien, à l’aise, ne cherchant pas, ou plus, à démontrer quoique ce soit. Il prend les choses comme elles viennent. C’est ainsi que nait l’idée, pour fêter les 25 ans depuis la sortie de Walls Of Jericho, de réengistrer certains morceaux en version acoustique. Les grands classiques de Helloween sont ainsi joyeusement et sans complexe revisités et présentés au public sous l’appellation Unarmed – Best Of 25th Anniversary. Mais à peine le public a-t-il le temps de comprendre ce projet que débarque le sombre et violent nouvel album 100% metal, 7 Sinners , qui renoue avec un parcours passé dont jamais Helloween n’aurait dû s’éloigner.

11 janvier 2011, Elysée Montmartre

La tournée qui suit est un triomphe, Helloween semblant avoir retrouvé équilibre et créativité. Deris s’est, petit à petit, imposé comme le leader de la formation en en devenant le compositeur et auteur principal, suivi de près par Sascha Gerstner. L’histoire se répète au cours des années et productions qui suivent, Helloween renouant avec un rythme album tournée soutenu, soit par périodes de deux à trois ans. Ainsi parait en 2013 Straight out of hell, un nouveau succès qui donne une seconde fois l’opportunité à Helloween de tourner en compagnie du Gamma Ray de Kai Hansen.

Paris, le 8 avril 2016, Olympia – avec Kai Hansen

Le Hellish tour part II excite les appétits des fans les plus avides d’une reformation et le plaisir de se retrouver tous sur scène le temps de quelques chansons en rappel se lit sur les visages des musiciens. Une étape reste à franchir avant que le fantasme ne devienne réalité… En attendant, parait en 2015 un nouvel album, le très remarqué My god given right, suivi d’une nouvelle tournée mondiale à succès. Enfin, fin 2016 l’annonce tombe : Helloween remontera sur les planches mondiales en 2017 et 2018 pour une tournée exceptionnelle intitulée Pumpkins united. Une tournée intégrant Kai Hansen en troisième guitariste et Mickael Kiske qui partagera le chant avec Andi Deris. Les concerts verront ainsi un Helloween à 7 visages, 7 personnalité ayant, semble-t-il, enterré hache de guerre et griefs pour regarder ensemble vers l’avenir. Cette formation nous offrira à n’en pas douter un album live, mais qu’en est-il d’un nouvel album studio ? L’avenir nous le dira.

Paris, 28 avril 2016, le Trianon

DREAMCATCHER: Blood on the snow

Heavy metal, France (Autoproduction, 2017)

Si vous aviez accroché à Emerging from the shadows, le premier album du groupe paru en 2012, vous avez sans doute cru Dreamcatcher disparu depuis belle lurette… Sauf que Chris Garrel, son chanteur, fondateur et unique membre d’origine a plutôt la passion chevillée au corps. La passion du metal en général (et de Maiden en particulier) et de son groupe, son bébé. Et s’il a pris son temps pour écrire et composer, avec la participation de Geoffroy Lacarrière, ce second album, Blood on the snow, c’est pour y mettre tout ce qu’il avait en lui. Si Blood on the snow, le morceau titre, traite d’un des massacres subis, au même titre que Dreamcatcher qui clôt le disque, par les indiens d’Amérique, les thèmes des chansons sont variés. On passe ainsi d’histoires vraie à d’autres inspirées par l’univers fantastique (The Werewolf, Curse of the vampires..) ou d’actualité (Mother earth, dont on regrettera seulement quelques paroles trop faciles et qui est également lié aux indiens d’Amérique) sur fond musical déterminé et puissant. Bien sûr, on retrouve des traces des géants du genre, Iron Maiden (un peu partout) ou Scorpions (Curse of the vampires), voire Metallica/Slayer, mais Dreamcatcher s’efforce d’ajouter sa propre touche, mélangeant heavy pur jus, parfois limite thrash, et prog. Ainsi, les ambiances inquiétantes sur le pont de The werewolf – et son chant black en fond – ou les cavalcades guitaristiques de Dark is my soul sont particulièrement réussies. Le mix final d’Alex Wursthorn est, comme à son habitude, efficace. Dreamcatcher doit maintenant passer à la vitesse supérieure en s’attaquant sérieusement à la scène. Mais ça, c’est une autre histoire…

Interview: DREAMCATCHER

Interview DREAMCATCHER : rencontre avec Chris (chant) et Geoffroy (guitare). Entretien mené le 26 septembre 2017 au Dr Feelgood des Halles

Tous ceux qui le connaissent le savent: Chris, le chanteur et fondateur de Dreamcatcher est un des plus gros fans d’Iron Maiden. Alors il n’est guère surprenant de le voir débarquer au Dr Feelgood vêtu d’un T-Shirt West Ham United. Ceux qui ne comprennent pas peuvent aller lire n’importe quelle bio consacrée à Steve Harris. Mais le gaillard n’est pas là pour parler de Maiden (quoique… Lancez le sur le sujet pour voir) mais pour présenter, avec son guitariste Geoffroy, son nouvel album, chroniqué ici même la semaine prochaine. Bavard, le Chris? Beuh non… Faut simplement savoir l’arrêter parfois!

Dreamcatcher

metal-eyes: Alors, tout d’abord, Chris… la remarque s’adresse à toi : Dreamcatcher a été formé en 2001,, vous avez publié un premier Ep en 2007, le premier album est sorti 5 ans plus tard, en 2012, et aujourd’hui, en 2017, arrive Blood on the snow. On ne peut pas dire que tu sois un foudre de travail…

Chris: Euh… je ne suis pas un foudre de travail… Disons qu’en fait, je suis peut-être quelqu’un qui est difficile à vivre. Depuis 2001, il y a eu beaucoup de changements de line-up, pour plusieurs raisons. D’abord, il y a un aspect économique : la scène metal, en France… au mieux, on est des semi-pro, mais la plupart, on est des amateurs. On est des artisans… C’est-à-dire qu’on a tous des boulots à côté, des vies de famille. Même si ce projet de Dreamcatcher me tient à cœur, ça fait 17 ans que ça existe, ben… Il y a plein de contingences autour, et ce n’est pas évident. C’est un groupe qui aime bien faire les choses, et on préfère, c’est facile à dire, la qualité à la quantité. On aime bien prendre notre temps et que ce soit bien fait.

metal-eyes: Toi qui est l’unique membre survivant des débuts, comment décrirais-tu l’évolution de Dreamcatcher entre Emerging from the shadows et Blood on the snow ?

Chris: La grosse différence entre les deux albums, c’est que Emerging from the shadows était déjà écrit quand il a été enregistré. Les membres qui m’ont rejoint on dû se l’approprier pour ensuite l’enregistrer.

Geoffroy: Il n’y a pas eu un travail de composition de groupe à proprement parler. Le line-up s’est recréé en 2008, et je suis le seul de cette époque. Tous les morceaux étaient déjà écrits, et, oui, il a fallu qu’on se les réapproprie avec notre style. C’est ce qui a amené à faire l’album : on avait déjà des colorations pour ces morceaux, qu’on a affinées avec nos influences personnelles. Tandis que ce nouvel album, on ne part plus avec des morceaux existants, il s’agit d’un véritable travail de composition de groupe.

Chris: On est parti d’une feuille blanche. Même si les gars avec lesquels je joue sont dans Dreamcatcher depuis un moment, ils ont mis leur style, leur patte et ont créé Dreamcatcher tel qu’il est aujourd’hui, ils n’avaient jamais écrit. Ce n’est plus la même façon de travailler… Il faut prendre en compte les influences, les avis de tout le monde et apprendre à travailler et composer avec d’autres…

Geoffroy: Sans perdre l’âme du groupe. Le son qui avait été fait doit évoluer.

metal-eyes: On est dans un monde de consensus et de compromis, donc…

Geoffroy: Exactement.

Chris: Ce qui est surtout intéressant, c’est qu’on a tous grandi ensemble. Et qu’à un moment donné on a arrêté de jouer, et on laissé de côté les batailles d’égo. Dans le groupe, il y a effectivement quelques forts tempéraments, mais on a décidé de mettre nos compétences, notre sensibilité artistique au service de la musique. Il n’est pas question de faire un solo, une ligne de chant, un cri simplement pour épater la galerie, ou pour la performance, l’idée étant, effectivement d’être dans le compromis, sans que ce soit du compromis : c’est un échange, on se nourrit des influences de l’autre pour créer quelque chose. La grosse différence, je la ressens comme ça, c’est le son que je trouve plus costaud. Globalement, l’album est sans doute plus sombre que le précédent, les textes sont plus travaillés, et l’album est plus thrash. Faire matcher les deux, ça correspondait à cet esprit progressif.

metal-eyes: Parlons justement des textes : d’où vient votre inspiration ? Es-tu le seul à les écrire ou, là aussi, c’est un travail de groupe ?

Geoffroy: Musicalement, c’est un travail collectif. Les textes c’est Chris.

metal-eyes: Alors ils viennent d’où ces textes : l’album commence et termine en parlant d’indiens, il y a du fantastique…

Chris: On s’auto inspire… C’est-à-dire que c’est la musique, les ambiances de Dreamcatcher qui peuvent parfois m’amener à écrire certains morceaux, et d’autres fois, c’est l’inverse, parce qu’ils savent les thèmes que j’aborde qu’ensemble…

Geoffroy:  Il y a des composantes musicales qui vont être en rapport, en tout cas l’image qu’on en a, avec des thèmes. Par exemple, The werewolf, on connait la thématique même si on ne sait pas ce qu’il a écrit. Donc on va commencer à composer. On a voulu ce morceau un peu progressif, c’est ce qu’il m’inspirait, et Chris a écrit tout un texte et quand on a

Chris: Ce qui m’inspire pour écrire ? C’est l’idée de raconter des histoires, comme pouvait le faire, je ne sais pas… Peut-être Iron Maiden…

metal-eyes: Tiens ? Chris qui parle d’Iron Maiden ?

Chris: Ou Phil Lynott avec Thin Lizzy, aussi… Ensuite, tu ne te refais pas, tu parles des choses qui t’intéressent, qui te passionnent… ça fait des années que je suis passionné par la culture amérindienne, d’où le nom du groupe, Dreamcatcher, et un jour je me suis regardé dans la glace et je me suis dit : « Chris, tu es un imposteur. Parce que tu appelles ton groupe Dreamcatcher, que ça fait des années qu’il existe et que tu n’as jamais eu le courage de prendre une plume et d’écrire un texte sur les amérindiens ». Et un jour, j’ai passé le cap, et le premier morceau qui est arrivé, c’est Blood on the snow, qui parle du massacre de Wounded knee.

metal-eyes: Thème qu’avait aussi abordé Satan Jokers, d’ailleurs ?

Chris: Oui, sauf qu’eux, ils parlent de Wounded Knee 73, c’est-à-dire le réveil de la conscience amérindienne qui correspond à toute cette montée du réveil de toutes les minorités : les black panthers, et autres… Wounded Knee 73 est très symbolique parce que les gens ont occupé la place où s’est déroulé le massacre de 1890. Il y a deux autres morceaux qui sont en relation avec les Amérindiens : Mother Earth, qui a une dimension plus écologique. On y dit que la terre ne nous appartient pas, qu’il faut la respecter sinon, un jour, elle nous le fera payer.

metal-eyes: Ce qu’elle est en train de faire…

Chris: C’est malheureusement un sujet d’actualité, oui. Quand on l’a écrit, il y avait aussi ce projet d’oléoduc… Et il y a aussi le morceau Dreamcatcher qui fait aussi référence à ce peuple et à la difficulté pour un Amérindien de s’adapter à la vie moderne tout en restant attaché à ses racines. S’agit-il d’un concept album ? Je ne sais pas, même avec 3 titres qui parlent des Amérindiens… Il y aussi 3 autres titres qui font référence à un autre de mes intérêts : les films fantastiques des années 50, 60, les films de la Hammer. The werewolf, Curse of the vampires et Dark is my soul. Ce morceau, Dark is my soul, est également inspiré par les choses qui m’intéressent et me passionnent, et dans ce cas, c’est la série Supernatural qui est une série avec des chasseurs de monstres, l’apocalypse, le combat entre le bien et le mal…

metal-eyes: Sur ce titre, il y a des guitares trépidantes qui m’ont particulièrement marqué. Je me suis dit « houla ! Là, il y a quelque chose ! ». Là, pas ailleurs, hein… (Rire général)

Geoffroy: Le reste est merdique… (rires) L’idée, avec cette thématiques de monstres en général, qui sortait complètement de la thématique des Amérindiens, on voulait avoir quelque chose qui soit musicalement cohérent avec l’ambiance du thème, et on a eu l’idée de faire de ces 3 morceaux un triptyque, et que la composition soit axée sur  cette notion, de passer d’un morceau à l’autre comme si c’était une seule et même pièce.

Chris: C’est pour cette raison qu’on s’accorde deux petites pauses avec deux titres qui sont moins « d’un seul bloc ». Il ne s’agit pas d’un concept album, mais toutes ces chansons ont un lien entre elles : le sang.

metal-eyes: Que pourriez vous me dire pour me convaincre de foncer acheter l’album dès sa parution ?

Geoffroy: Si tu as apprécié le premier album, tu vas adorer celui-ci. Je sais, ça fait tras cliché mais tout le travail a été beaucoup plus réfléchi, la production est meilleure, on a un ingé son qui a fait un boulot extraordinaire… On a vraiment le son qu’on espérait avoir, on n’a pas les erreurs d’un premier album… Aujourd’hui, on a un produit qui est beaucoup plus abouti, une musique qui nous parle beaucoup plus…

Chris: Et on a la prétention d’avoir quelque chose d’un peu différent : on est sur du heavy, sur du thrash, avec un chant clair, ce qui n’est pas forcément le cas d’autres groupes de ce style, et on a cette touche progressive qui est, je pense qu’on peut le dire, caractéristique du style Dreamcatcher

metal-eyes: Quel a été votre premier choc musical, et quel a été l’artiste ou le groupe qui vous a fait dire « voilà ce que je veux faire »

Geoffroy (Discrètement): Allez : 3… 2… 1…

Chris: Iron Maiden, en 1980… Je dirais même que Steve Harris est la personne qui m’a donné envie de faire de la musique, qui m’a inspiré…

metal-eyes: Attends, explique-moi : Steve Harris, bassiste, est celui qui t’a donné envie de chanter ???

Chris: Non, pas forcément (rires). Non, c’est plus sa volonté : c’est un type qui ne lâche jamais, qui maintient le cap. Avec le premier album, je me suis dit « cette musique, c’est moi, c’est mon groupe ». Il n’y avait rien autour qui aurait pu me détourner de ce style.

Geoffroy: Moi, ça a été Iron Maiden, aussi, mais le morceau Fear of the dark qui a été une grosse claque à un moment où je ne connaissais pas le metal. « C’est quoi ce son, non, ça, c’est un accident ! » UN copain m’a fait écouter ça, m’a rété l’album et j’ai trouvé ça démentiel. Du coup, j’ai foncé chez le disquaire du coin et j’ai acheté tout ce que je pouvais du groupe. Après, j’ai tellement écouté ça… Je voulais comprendre comment ces gars pouvaient obtenir un son pareil… Je suis devenu un énorme fan de Dave Murray, je suis devenu passionné de guitare grâce à ça. Je fais un peu de lutherie et je me suis fabriqué la guitare avec laquelle je joue dans Dreamcatcher, qui est une réplique de celle de Dave Murray.

metal-eyes: Maintenant, si vous ne deviez retenir qu’un seul titre de Blood on the snow pour définir ce qu’est Dreamcatcher aujourd’hui, ce serait lequel ?

Chris: Je pense que ce serait Blood on the snow. Parce qu’il y a tout : l’ambiance, la référence aux amérindiens, l’aspect épique, heavy, thrash aussi, qu’on avait déjà mais qui est plus affirmé. C’est pas par hasard que l’album porte ce titre, et qu’il ouvre l’album…

Geoffroy: Je partage complètement cet avis, même si Dreamcatcher a aussi ces ambiances qu’on recherchait. En plus, en tant que guitariste, je suis forcément très mégalo, et Blood on the snow… Il n’y a pas de solo dessus… Forcément, je dois te parler d’un morceau avec un solo.

metal-eyes: Quelle pourrait être la devise de Dreamcatcher ?

Chris: (longue réfléxion…) Pfui…. Je ne m’y attendais pas à celle là !

metal-eyes: Alors là, tout d’un coup, il ne s’attendait pas à une question et il est beaucoup moins bavard, le gars… C’est un peu le but des interviews aussi… Pour vous laisser le temps d’y réfléchir, ceci : quelle a été la meilleure question qu’on vous a posée aujourd’hui, la plus surprenante, la plus marquante ?

Geoffroy: La question précédente… (rires) Sauf que je n’ai toujours pas la réponse !

Chris: C’est des clichés, mais j’ai vraiment l’impression qu’on est honnêtes dans notre démarche….

metal-eyes: Donc il n’y a pas eu de question qui se démarque ?

Chris: Qui se démarque ? Euh, non, j’essayais de répondre à l’autre question !

metal-eyes: Faut suivre !

Chris:  Un truc qui nous a interpellé et fait plaisir ? Déjà, celles des gens qui ont pris le temps d’écouter l’album et qui ont compris qu’il se passe quelque chose. Si, une que personne ne nous a posée : quelqu’un a comparé cet album à un disque de Black Sabbath. C’est quelque chose qui nous a interpelés parce que…

Geoffroy: C’est pas quelque chose qu’on aurait pensé comme ça, et ça amène à réfléchir…

metal-eyes: Allez, la devise : ce serait quoi ?

Geoffroy: On a essayé d’être vrais, d’être nous-mêmes. Alors « Soyez vrais, restez vous-mêmes ».

Chris: Quand je pense à tout ce que nous avons traversé depuis la création du groupe, de Dreamcrasher… de Dreamcatcher, pardon…

metal-eyes: Oh, le lapsus ! (rire général)

Chris: Dreamcatcher… Ma devise serait : « ce qui ne te tue pas te rend plus fort »

metal-eyes: Merci pour cette interview, et je vous souhaite bonne chance avec ce nouvel album!

 

ELECTRIC WIZARD: Wizard bloody wizard

Doom/Heavy metal, Royaume-Uni (Spinefarm records, 2017)

Electric Wizard, on le sait, est une de ces formation fascinées par l’univers du Black Sabbath des débuts. Pas étonnant que le groupe ait – enfin – décidé de nous offrir un album (euh… mini album) de 6 titres et de lui donner un nom, Wizard bloody wizard, qui évoque le Sabbat noir. Et une imagerie qui évoque, entre autres, Slayer. Mais peu importe, c’est le contenu qui nous intéresse: allumé, lourd, psychédélique, parfois, ce CD renferme tous les ingrédients que l’on recherche. Le chant torturé évoque un Ozzy ayant rencontré Mick Jagger, les rythmes lourds deviennent rapidement au mieux hypnotique, au pire oppressants… Tout au long des See you in hell (et son message apocalyptique), Necromania, Wicked caresses… on se dit que le quatuor n’a pas que consommé de l’eau pendant l’enregistrement… C’est allumé, inquiétant, assez barré tout en se laissant écouter avec une déconcertante aisance. Un bon retour d’une formation presque trentenaire!

CREMATORY: Live insurrection

Heavy metal, Allemagne (SPV, 2017)

Crematory fait partie de ces nombreux groupes à la carrière dépassant le quart de siècle et dont je ne suis absolument pas familier. Ce n’est pas un mal en soi, remarquez, tant les formations pullulent autour de notre petite planète. Et, comme de nombreux autres, Crematory tient à laisser une trace de son passage. Quoi de mieux que son concert au Bang Your Head festival pour ça? Nous sommes le 14 juillet 2016, le groupe est à la maison et dispose d’une place honorable sur l’affiche. Comme beaucoup d’autres, Crematory perd de précieuses minutes avec une longue intro – qui sert de générique sur le DVD de ce Live insurrection. Puis, une fois sur scène, ça joue. Bien. Parfois très heavy, parfois trop indus, à d’autre moment – allez comprendre pourquoi il s’agit des chansons en allemand – très rammsteinien, Crematory affirme son identité musicale. Oui, mais… Si les musiciens sont à l’aise, certains ne font que leur job. Katryn, derrière ses claviers, ne décroche pas un sourire, ne va pas haranguer le public, par exemple, contrairement à Jason (basse) qui occupe toute la scène. Le concert est bien mis en son et en lumière, mais je ne parviens pas à accrocher à ce mélange de guitares heavy (ça, j’aime!) de chant guttural (mouais… je préfère le partage vocal avec le chant clair de Tosse), le tout recouvert d’un nappage de claviers trop présents. Peu d’excitation, et ce sentiment me parait partagé par le public assez statique. Maintenant, les amateurs du groupe seront sans aucun doute possible ravis de ce produit qui répond à toutes les attentes, c’est à dire un concert carré, bien filmé et à la lumière et au son au top. Notez que le DVD propose en plus du concert 5 vidéos bonus, ce qui ne saurait que ravir les fans.

ALPHA TIGER

Heavy metal, Allemagne (SPV, 2017)

Prenez un groupe prometteur et voyez le frontman prendre a poudre d’escampette. Vous paririez volontiers sur la disparition de la formation dans un avenir proche, n’est-ce pas? C’est ce que d’aucuns ont prédi une fin rapide pour Alpha Tiger après le départ de Stefan Dietrich suivant la publication d’Identity en 2015. Seulement, les Allemands ne se sont pas découragés et ont recruté Benjamin Jaino qui s’est emparé du micro. Le groupe a multiplié les concerts avant de reprendre le chemin des studios et de décider de repartir de zéro. C’est bien le message de cet album éponyme au logo disparu, non? Ni titre, ni visuel qui pourrait rappeler le passé. Les nombreux concerts ont permis à la formation de mieux se connaitre et de fonctionner comme il faut ensemble, d’avancer sur la même voie. Le résultat s’en ressent au travers de compos carrée et entraînantes. Le chant est puissant, les guitares rageuses et l’apport d’un orgue Hammond aurait pu se faire plus discret. C’est d’ailleurs la prod dans son ensemble qui pêche: le rendu final est sec, vieux, ni assez gourmand ni suffisamment attirant. Il y a 30 ans, passe encore, mais les moyens actuels permettent à n’importe quel amateur de faire mieux. Et ça, ça gâche presque tout. Dommage, car musicalement, Alpha Tiger sait pondre de petites pépites d’originalité et d’efficacité.