Interview: SABATON

Interview SABATON. Entretien avec JoakimBroden (chant).Propos recueillis chez Warner France à Paris le 15 mai 2019

Metal-Eyes : Joakim, tu es de retour à Paris pour nous parler de The great war, le nouvel album de Sabaton. Vous étiez récemment à Verdun pour un voyage de presse de deux jours, mais vous étiez sur place avant. Comment était ce voyage ?

Joakim: Eh bien… les gens nous demandent si nous avons été surpris et, étonnamment, tristement aussi, pas tant que ce à quoi je pouvais m’attendre. Je crois que le plus dur a été de faire toutes nos recherches. Factuellement, ce sont des histoires dont nous n’avions pas connaissances. Pas autant que ce que nous avons pu traiter auparavant, mais l’impact émotionnel était plus fort, plus dur, si tu vois ce que je veux dire. Nous sommes allés à Fleury, cette petite ville qui n’existe plus aujourd’hui… Il n’y a plus qu’une enseigne, celle de la boulangerie. Tu imagines marcher dans une ville qui n’existe plus ? C’est étrange. On te dit qu’ici il y avait ce bâtiment, là cet autre. Je crois que cette visite est celle qui a été la plus… rabat-joie

Metal-Eyes :Vous avez découvert des choses là-bas, j’imagine ?

Joakim: oh, oui… surtout quand nous sommes allés à la citadelle, qui se trouve, je crois, aux limites de la ville.C’était sympa parce qu’ils avaient une sorte de… je ne dirais pas « manège à la Disney », mais il y a une sorte de train qui fait un parcours intérieur et qui nous éclaire un peu plus sur le quotidien des soldats, quotidien qu’on oublie un peu souvent, je pense. Il y a cette scène où l’on voit un homme échanger des cigarettes contre un out ça. Les locaux pourraient être lassés des « touristes de guerre », mais non… de pain supplémentaire. Si le soldat ne peut se nourrir, il ne peut pas se battre… A grande échelle, dans ce type de conflit, il y a des milliers de personnes, et ça peut devenir assez impersonnel. Dès que tu vois des visages, que tu y colle un nom, c’est plus personnel. C’est une approche sympa. J’ai vraiment apprécié ce séjour, peu importe que nous soyons en ville à manger de la bonne nourriture et boire de bons vins, on  a pu visiter ce mémorial et voir quel respect la population porte à t

Metal-Eyes : J’entends à ta voix que tu es encore sous le coup de l’émotion. L’album a été écrit et enregistré avant cette visite, penses-tu pouvoir, à un moment ou un autre pour un futur album, utiliser ces sentiments dans l’expression de ce que les soldats peuvent ressentir ?

Joakim: Oui, mais je ne sais pas trop comment, parce que, où que tu ailles, il y a quelque chose à apprendre. Et chaque lieu est différent. Je pourrais utiliser cela dans une chanson qui traite d’autre chose… Ce n’est pas la première fois que nous visitons un mémorial de guerre ou un musée, même si, parfois, on peut avoir l’impression de les avoir tous visités ! (rires) Mais on a à peine gratté la surface ! Oui et non, en fait : on pourrait utiliser ces sentiments pour des sujets qui traitent de guerre en occident, mais pas concernant des conflits au moyen orient. Mais si nous sommes amenés à revisiter un épisode de la grande guerre, absolument, oui.

Metal-Eyes : The great war, l’album traite de la grande guerre, la première guerre mondiale. Mais il ne s’agit pas d’un album conceptuel. Il est plus dans la veine de vos deux précédents albums : une collection d’histoires. Comment avez-vous choisi ces histoires ?

Joakim: Parfois, c’est la musique qui choisit pour nous. Ce qui est parfois super, et à d’autres moment une plaie… parce que certains de nos sujets préférés ne trouvent pas de place dans l’album. J’étais certain que Harlem hellfighters trouverait sa place, mais non…Il est très important pour nous que les textes et la musique dégagent la même puissance émotionnelle, musicalement.

Metal-Eyes : Est-ce que, de nouveau, vous avez opté pour des histoires moins connues, comme vous l’aviez précédemment fait ?

Joakim: Oui, et je dirais que l’une des histoires la plus connue est celle de A ghost in the trenches, qui traite de cet indien canadien natif, qui n’a même pas la nationalité canadienne…Le gouvernement devait croire qu’ils devaient rester dans les réserves… Ce gars a passé beaucoup de temps sur le front occidental et reste l’un des snipers les plus célèbres. Les histoires à son sujet sont extraordianaires… Il se faufilait dans les lignes allemandes la nuit pour leur voler du matériel. Les indiens du Canada sont très connectés à la nature, alors il avait en permanence des totems, des gri-gris… Quand ils étaient attaqués au gaz, et croyaient tout perdu, il arrivait avec cette poudre de tabac qu’il distribuait et qu’il a invoqué les cieux pour que les vents tournent. La légende raconte que les vents se sont inversés… Certainement une légende… (rire) Pour tout te dire, il n’y a pas beaucoup de choses à son sujet en ligne, c’est difficile de trouver des infos. Mais c’est une histoire fantastique et je crois que même les historiens les plus acharnés ne la connaissent pas. Bien sûr, les gens de sa ville, sa famille connaissent son histoire.

Metal-Eyes : Comment analyses-tu l’évolution de Sabaton entre The last stand et The great war ?

Joakim: « Evolution » est un excellent mot parce que nous ne sommes pas un groupe révolutionnaire. D’un album à l’autre tu vas entendre des différences, mais pas te dire qu’on a tout changé. Maintenant, si tu écoutes The last stand ou The great war et tu passes ensuite à Metalizer, il y a une énorme différence ! Je dirais que sur The great war tu trouveras plus de surprises que d’habitude. Il peut être plus hard, plus progressif, plus… bizarre aussi. LA chanson A war to end all wars, par exemple, n’est pas structurée comme une chanson classique. C’est une de ces rares fois où j’ai été suffisamment chanceux pour écrire les paroles pendant que je composais. Et, comme beaucoup d’autre choses, ça m’a emporté dans un voyage tel que je ne pouvais pas réduire ce titre à une chanson de 3’30, intro, coupler, refrain… Elle est différente pas seulement dans sa structure, mais aussi parce qu’elle est plus dure, plus sombre.

Metal-Eyes : La dernière fois que nous nous étions rencontrés, tu m’avais fait part de ton souhait de visiter le muse des Invalides. As-tu trouvé le temps de le faire?

Joakim: Nous étions censes y être aujourd’hui, l’idée était d’y faire la promo, mais les évenements ont fait qu’il y a cetet cérémonie en l’honneur des soldats français morts récemment. Naturellement, nous ne voulions pas être ceux auraient perturbé cette cérémonie.

Metal-Eyes : Mais même sans cela, vous n’auriez pas pu visiter le muse en étant en promo…

Joakim: Non, non… On y serait entrés une heure plus tôt pour visiter, voire une heure après la promo pour visiter. On trouve des moyens…

Metal-Eyes :J’étais récemment en visite au chateau de Fontainebleau, lieu de residence de Napoléon. As-tu visité ce lieu?

Joakim: Non, pas encore…

Metal-Eyes :Ca pourrait être empli de sources d’inspiration pourtant…

Joakim: Toutes l’histoire de Napoléon fait partie de mes projets. Lui, ALexandre le grand… Il y a quelques personnes “iconiques” que je souhaite traiter. Mais Napoléon… Une chanson, ce n’est pas assez…

Metal-Eyes : Sans doute un album n’est –il pas suffisant.

Joakim: Sans doute, mais peut-être pouvons nous envisage trios ou quatre chansons. C’est le problem du format album, parfois, ç ate limite. Il faut qu’il y ait entre 9 et 14 chansons pour qu’on appelle ça un album, mais, d’un autre côté, cela signifie que tu ne sors quelque chose que tous les trios ans… Ce serait sympa de pouvoir entrer en studio et composer quand on veut, meme en tournée…”OK, voila 3 chansons sur Napoléon…” Et on les sort quand on veut. Je ne suis pas vraiment fan de ce format…

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de The great war pour presenter Sabaton à quelqu’un qui ne vous connais pas, ce serait lequel?

Joakim: D’accord… Je choisirais… Seven pillars of wisdom, la seconde chanson de l’album. Elle traite de Laurence d’Arabie. Ce n’est pas une des plus étonante chansons que nous ayons, c’est clair qu’il s’agit d’une chanson de Sabaton. Nous l’avons écrite, Chris Rohr et moi, et je suis très fier du résultat, d’un point de vue “composition”: il n’y a pas 2000 instruments, c’est le groupe, et uniquement le groupe et je crois qu’on y trouve le meilleur travail de guitar et de batterie qu’on ait jamais entendu sur une chanson de Sabaton.

Metal-Eyes : Vous allez bientôt repartir en tournée pour cet album. En dehors du Knotfest sur lequel je vais revenir dans un instant, quells sont vos plans actuels?

Joakim: Je voudrais pouvoir te le dire…

Metal-Eyes : Ok, question suivante, s’il te plait!

Joakim: Exactement (rires). Le truc c’est que les promoteurs de festivals préfèrent généralement que l’on ne parlent pas des autres plans pour leur pays avant le festival.

Metal-Eyes :Alors, revenons en France, donc, puisque vous allez jouer au Knotfest qui aura lieu sur les terres du Hellfest la veille de ce festival. Ca :te fait quoi d’être un amuse-gueule du Hellfest?

Joakim (il explose de rire): Amuse-gueule! Excellent! Je ne l’avais encore jamais entendue celle-là! Ca me convient, j’aime les lieux, la foule, les décors. Cette fois, nous allons pouvoir venir avec notre tout nouveau décor de scène, rien à voir avec ce que nous avons pu proposer dans le passé. Et il déchire. Il y aura plusieurs surprises que nous ne proposerons que sur quelques concerts.

Metal-Eyes : Don’t le Knotfest?

Joakim: Oui.

Metal-Eyes : Alors nous devrons y être, quoiqu’il en soit! Quels sont tes souvenirs du dernier Hellfest? Je n’ai pas vu Sabaton très souvent, mais à chaque fois, le show était different. En dehors du fait que Laurent Fabisz, le chanteur de Kryzees soit venu te remplacer sur scène, ce qu’il a très bien fait…

Joakim: Oui, il a été très bon… (il rit) On se demandait comment ça allait fonctionner, il était si nerveux, et il est monté et ça l’a fait!

Metal-Eyes :Alors quells sont tes souvenirs de ce dernier Hellfest?

Joakim: Il n’y a que de bons souvenirs de chaque show du Hellfest, principalement les deux derniers, où nous étions sur les main stages. Nous ne sommes pas un si gros groupe que ça en France, et j’ai remarqué, sur ces deux derniers shows, que nous rallions de plus en plus de fans. C’ets aussi un festival international, qui attire plein de gens du monde entire, et son profil musical n’est pas vraiment dans notre style musical, il est beaucoup plus dur. La plupart des visiteurs ne viennent pas pour nous voir, certains ont entendu parler de nous comme d’un groupe de power metal et ils s’attendent à Donjons et dragons… Ensuite, s’ils assistant au concert, ils se rendent compte que nous sommes un vrai groupe de metal.

Metal-Eyes :Avec un super show, même si je connais des gens qui n’aiment pas et vous trouvent ridicules…

Joakim: Ce qui me va tout autant…

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Sabaton en 2019? Quelque chose que vous mettriez sur votre prochain album…

Joakim: Ouh… Je ne sais pas. Je ne peux pas dire “plus vite, plus fort”… Je dirais plutôt “Plus grand et meilleur”

Metal-Eyes : Je garde. On se revoit au Knotfest, alors.

 

BOKASSA: Crimson riders

Norvège, Metal (2019, Queens of stonepunk records)

Après un prologue heavy et instrumental, Crimson riders, le second album des Norvégiens de Bokassa, démarre avec un riff hypnotique et un chant rageur et rugueux. Charmed & extrermely tracherous est-il à l’image du reste de l’album? En tout cas, Bokassa parvient à surprendre tant avec sa détermination musicale qu’avec les chœurs très mélodique du refrain. Puis avec ce Vultures, beaucoup plus rock, dotés de quelques cuivres, qui évoque sans complexe The Offspring à sa meilleure période ou Sum 41. Les Norvégiens ont parfaitement intégré et assimilé l’exemple des Américains, tant dans la recherche du riff simple et efficace, de l’énergie salvatrice, de l’impertinence contrôlée (le côté politiquement correct gentiment rebelle de tous les neo punks…) et de la mélodie entraînante ou du refrain imparable à reprendre en cœur. Si certains pouvaient légitimement se demander comment Bokassa a pu se retrouver à l’affiche de la dernière tournée  de Metallica, la réponse se trouve déjà en partie dans ces premiers titres, variés et déterminés. Le morceau titre tape fort avec son alternance entre passages calmes et très speedé évoque (tout comme Immortal space pirate 2: the last shredi) aussi un certain… Metallica – tiens donc! Captain cold one (cf. le clip ci dessous) vire de bord et explore une lourdeur lente et joyeuse (toujours ces « Oh Oohh »). Bokassa est une découverte rafraîchissante dont on n’attend plus que de les retrouver sur scène pour confirmer qu’une vraie carrière est possible.

IRON BASTARDS: Cobra cadabra

France, Heavy metal (Autoproduction, 2019)

Dès les premières mesures de Inside the nest, le nom du groupe prend tout sons sens: un mélange de Iron fist et Bastards, deux références à Motörhead… Et le chant biéreux et rugueux, les guitares et la batterie ainsi que la formule trio infernal évoquent immanquablement le groupe de Lemmy, version 80’s. Avec Cobra cadabra, son second album, les Français de Iron Bastards visent à se poser comme les dignes successeurs de leurs incontestable mentors. D’ailleurs, ils ont partagé la scène avec Motörhead et plein d’autres au travers de 250 concerts qui les ont aidés à se forger un sale caractère, sans parler de l’image: Rickenbaker pour le bassiste chanteur obligatoire semble-il! La prod de l’album est sale comme il faut, et on se laisse emporter dans cet univers si familier. On pourrait même se demander, avec une chanson comme Days of rage, quel est cet inédit de la bande à Lemmy tant l’esprit est là, présent. Presque pareil avec With the world on your side (clin d’oeil presque trop évident à The wörld is yours...) qui se termine avec une partie digne des premières heures de la NWOBHM, notamment avec quelques guitares à la Maiden/Priest… Alors ensuite vient la question: plagiat ou hommage? Mais se pose-t-on encore cette question avec un groupe comme Airbourne? Non, alors laissons donc Iron Bastards se distinguer et trouver sa voie comme digne successeur, fils illégitime… D’autant que le trio joue aussi l’autodérision avec l’amusant You only live twice. Puissance, énergie, speed, tout est réuni, alors, fans de Motörhead, voire de Nashville Pussy et consorts, laissez vous tenter

DIAMOND HEAD: The coffin train

Heavy metal, Royaume-Uni (2019, Silver lining) – Sortie le 24 mai 2019

Chantre de la NWOBHM, groupe de chevet toujours soutenu par Metallica, Lars et James en tête, Diamond Head a connu plus de moments de galère que d’heures de gloire mais Brian Tatler, son fondateur, n’a jamais entièrement lâché l’affaire. C’est la passion chevillée au corps qu’il mène sa barque et revient aujourd’hui avec ce The coffin train, un album qui démarre de la plus explosive des manières avec Belly of the beast, un titre puissant, rapide, au chant rageur. On remarque immédiatement la puissance vocale de Rasmus Bom Andersen, vocaliste du groupe depuis 2014 et qui se révèle encore une fois d’une remarquable efficacité. Il montre la variété de ses capacités tout au long de l’album, se faisant mélodique, enragé ou plus sensible.  En tout cas, le groupe de Tatler ne se contente pas de foncer pour foncer. Diamond Head varie les ambiances et diversifie les tempi à l’instar du morceau titre ou de Shades of black et leurs influences orientales ou des plus progressifs Sepparated love ou Until we burn, superbe conclusion d’un album exemplaire. Brian Tatler concocte des riffs aux petits oignons aussi bien empreints de modernité qu’évoquant les débuts du groupes (Death by design et son tricotage exemplaire). Une mention spéciale est à porter au crédit de ce superbe et très bien nommé The phoenix. Avec The coffin train, Diamond Head nous offre sans doute son album le plus abouti depuis deux décennies,. Superbe re-révélation, superbe renaissance aussi, Diamond Head est surtout définitivement immanquable au Hellfest où le groupe se produira, pour la première fois sous Temple le vendredi 21 juin à 16h45. La tente risque fort de n’être pas assez grande pour l’occasion…

DREAMCATCHER live à Orléans (Blue Devil’s, le 27 mai 2019)

Dreamcatcher nous ayant offert un très bon second album l’an dernier, il était temps de retrouver le combo parisien sur scène. C’est de nouveau le Blue Devil’s à Orléans qui accueille une formation hexagonale. Enfin, lui loue la salle, plutôt. Car il semble que les concert ne soient pas si rentables que cela et Hervé, le patron des lieux, s’en décharge, chaque groupe devenant responsable de sa promo.

Dreamcatcher, tête d’affiche, a convié deux autres formations à le rejoindre. Mais, étonnamment, la tête d’affiche joue en second. Va comprendre…

La soirée démarre avec Acoustic Wild, groupe qui s’est formé il y a quatre mois à peine et qui s’est spécialisé das les reprises revisitées.  Forcés à l’immobilité sur leurs tabourets, les musiciens proposent un joli panel de reprises allant de Black Sabbath à Kiss, en passant par Judas Priest, Skid Row Led Zeppelin ou encore Pat Benatar. Les versions de Heaven and hell et Electric eye, au tempo ralenti, jouées à la guitare acoustique surprennent et interpellent. L’exercice est osé et passe finalement bien. Acoustic Wild s’attaque même à You shock me all night long d’AC/DC et s’aventure à triturer l’intouchable Whole lotta love de Led Zeppelin avant de terminer sur Heartbreaker, originellement interprété par Pat Benatar.

Même si la chanteuse, Laëticia, se sent obligée d’expliquer que le groupe n’existe que depuis 4 mois et donne ce soir son premier concert, on sent chez ces cinq là un vrai amour du métal et l’aspect osé de l’exercice rend le résultat d’autant plus intéressant. Même si la concentration est de mise, c’est une jolie découverte à suivre.

 

Après cet amuse gueule des plus sympathique, Dreamcatcher entre dans le vif du sujet et électrise la soirée. Le public bien que parsemé se rapproche bientôt de la scène sur laquelle Chris, le chanteur, semble bien décidé à occuper le moindre recoin. Il est en forme, et ne compte pas laisser le public de marbre. A plus d’une reprise, il descend dans la fosse, propose même un wall of death qu’il organise et met toute son énergie au service de son heavy thrash. Geoff, son complice indiscutable, le soutient de bout en bout.

Car, de l’autre côté de la scène, il semble y avoir une anomalie. On dirait des musiciens de session… Vincent, le bassiste, dénote vestimentairement avec son T shirt qui sera pointé du doigt par Chris à la fin du set. Djo de Keiser, l’autre guitariste, est soutenu par un tabouret… On apprendra à la fin du concert que le gaillard s’est cassé la clavicule, alors tout s’explique. Chapeau bas d’avoir joué malgré la douleur que l’on peut imaginer. Reste qu’une unité visuelle serait un plus donnant une force supplémentaire à cette prestation plus qu’efficace.

Dreamcatcher aurait gagné à jouer devant plus de monde car sa setlist est d’une redoutable efficacité. Démarrant avec Fire and ice, le groupe pioche principalement dans son dernier album, Blood on the snow (voir la chronique ici). Les très inquiétants The werewolf et Curse of the vampirespassent superbement bien l’épreuve de la scène. Chris s’amuse aussi à faire comme les grands, qui « ont tous un hymne… Motörhead, c’est Motörhead, Iron Maiden, c’est Iron Maiden, et Dreamcatcher, c’est… Dreamcatcher ». Tiens, il aurait été surprenant de ne pas entendre parler de Maiden… C’est chose faite avec la reprise bienvenue de Children of the damned.

 

La soirée se clôt avec Blood in Paradise, groupe mixte – entre vieux briscards et jeunes loups – qui nous propose une flopée de reprises et deux compositions originales. Nico, le « chanteur », semble quelque peu éméché. Ce soir, c’est le dernier concert qu’il donne avec le groupe, ce qui explique sans doute cela. Reste que, Paranoid (Black Sabbath) est attaqué pied au plancher, et les hurlements enragés surprennent.

Le groupe s’en prends ensuite à Breaking the law, classique de Judas Priest et là, ma première pensée est « pauvre Rob Halford »…  Il ne mérite pas un tel traitement, non…Sans parler de la reprise de Zombie des Cranberries (superbe intro, au passage), hurlée…  Nico descend dans le public et tend le micro pour faire participer quelques spectateurs. Musicalement, rien à dire, même si on sent les musiciens pas toujours en place, avec quelques approximations, mais ils savent poser et faire le show.

Sur les deux titres originaux, Nico sort son smartphone pour se souvenir des paroles. Forcément, ça casse le rythme. Mais heureusement, le groupe est venu pour s’amuser, et les sourires constants de Ricky Hardwood (^_^) le bassiste, semblent confirmer que le groupe prend du bon temps. La soirée se termine sur un joli triptyque composé de Balls to the wall (Accept), Seek and destroy (Metallica) et Killed by death (Motörhead).

Si Dreamcatcher a dépassé de la tête et des épaules les deux autres groupes, la soirée s’est avérée plus qu’agréable et originale. Et ça, c’est déjà beaucoup!

 

 

TROOPER FEST #4: No Class, The 4 Horsemen et The Iron Troopers live à Rebrechien, le 30 mars 2019

Ben voilà quelque chose que je n’ai pas fait depuis (trop) longtemps: aller soutenir la scène locale dans le cadre d’un concert de tribute bands. Avec une affiche annonçant des groupes hommages à 3 de mes formations préférées, qu’est-ce qui pouvait bien me retenir? Alors direction Rebrechien, ville voisine d’Orléans, pour uen soirée qui s’annonce sous de bons augures.

La soirée commence avec No Class, tribute à Mötorhead, venant d’Angers. Un look de biker armé d’une Rickenbacker, Phil a sans aucun doute le look qu’il faut pour séduire Lemmy. S’il l’a rencontré, il pourra nous le dire. En attendant, avec sa longue barbe blanche, accompagné de ses compères- Will à la guitare et au chapeau à la Phil Campbell et Clem à la batterie – nous propose une setlist au petits oignons ainsi qu’un show détendu et complice.

Le groupe choisi de piocher, outre les plus indispensables hits du trio, dans la discographie moins souvent mise en avant. Et quel plaisir d’écouter un extrait du mésestimé Another perfect day. Le reste est composé de ces classiques indémodables qui font toujours bouger les foules.

La voix de Phil est forgée à la clope, et ressemble à celle de Lemmy: rauque et agressive à souhait. Contrairement à Phil Campbell, Will est grimacier et joue avec le public. Les deux occupent le devant de scène avec une réelle aisance, tandis que Clem s’applique à frapper comme il faut, tranquillement. Au final, No Class nous offre un set efficace et carré. Une bien agréable mise en bouche

Set list No ClassShoot you in the back, Iron fist, Jailbait, Metropolis, Fire fire, Capricorn, I got mine, Ace of spades, Bomber, The hammer, Overkill

Qui sera surpris de voir quatre gars habillés de noir investir la scène? A la fin des années 80, rappelez-vous, Metallica avait décidé d’adopter ce look Men in black, obligatoire pour toute personne gravitant sur sa scène (techniciens inclus), un peu à la manière d’un Status Quo en blue jean/basket blanches ou d’un Wild Dawn en chemises à carreaux.

The 4 Horsemen n’était pas, originellement, à l’affiche. Le groupe niçois a remplacé au pied levé Skor et nous propose ce soir une autre setlist de rêve. Que des classiques de la grande période avec un Fuel plus récent.Le quatuor est concentré, et semble, au début, un peu tendu. C’est vrai que l’exécution de certains titres requiert une attention particulière qui, ce soir, se fait légèrement au détriment de la spontanéité.

N’empêche… Démarrant, comme ses mentors, avec The ecstasy of gold, le ton est donné. Effets spéciaux en moins, le quatuor nous offre une nouvelle volée de hits qui ne laissent personne indifférent. En se concentrant sur la première période de la vie de Metallica, The 4 Horsemen ne peut que taper dans le mille.

L’interprétation est parfaite, et le bassiste se permet même d’aller taquiner le public. Dommage qu’il ne soit allé plus loin que les barrière, qu’il n’ait pas décidé de s’offrir un bain de foule avant d’attaquer, de retour sur scène la conclusion composée de Seek and destroy et de l’incontournable Enter sandman. Un moment très sympa, même si cette prestation fut, selon moi, un cran en dessous de celle de No Class.

Set list The 4 Horsemen(The ecstasy of glod) – Creeping death, Fuel, Master of puppets, For whom the bells toll, Fade to black, Sad but true, Through the never, The four horsemen, Blackened, Seek and destroy, Enter sandman

Une fois la scène vidée de ses encombrements, le staff retire les couvertures qui cachaient un semblant de décor. L’effort est louable d’autant plus que, malgré des moyens forcément limités, ce décor se veut futuriste et  nous projette à la période Somewhere in time. Soit une belle promesse. Mais, étonnamment, plutôt que l’éternel Doctor doctor de UFO, The Iron Troopers choisit ce qui ressemble à du Jean-Michel Jarre en guise d’intro. Pas très grave, me direz-vous, après tout c’est ce qu’ils jouent qui compte…

Et là, encore une fois, c’est un programme… miam, qui nous replonge à la fin des années 80. Très axé autour de Somewhere in time, le set démarre avec le morceau titre de ce superbe album. La basse de Fred tonne et claque, les guitares ont un son assez sec… Il faudra quelques minutes pour que le son devienne plus correct et l’on sent des musiciens appliqués. Ils se détendent cependant alors que leur son devient plus adapté.

Et c’est un florilège qui nous est offert. Arno, le chanteur, se perche au dessus du public le temps d’un Powerslave qu’on souhaite entendre plus souvent, sort le drapeau anglais sur l’indémodable The trooper, et ses compagnons sont simplement souriants. Tout comme le public qui profite de cette bien agréable prestation. Alors, évidemment, il n’y a qu’un Maiden, et une floppée de tribute bands, et aucun n’arrive à la cheville de l’original. Mais il y a du coeur, et c’est bien là le plus important.

Cela, le public le sait, venant chaque année plus nombreux au Troopers-fest. Arno annonce même que si ça continue comme ça, « l’année prochaine, il faudra aller ailleurs. Ou on annule! » Oui, mais non, en fait, car tout le monde y trouve son compte, et son plaisir.

Setlist The Iron TroopersSomewhere in time, 2 minutes to midnight, Stranger in a strange land, Wasted years, Powerslave, Killers, Wrathchild, Revelations, The trooper, The number of the beast, Hallowed be thy name, Iron Maiden, Fear of the dark, Run to the hills

Pour ceux qui seront dans le coin, notez que No Mad Musik organisera également la 10ème édition du festival Rock in Rebrech’ qui se déroulera cette année sur 2 jour. Les têtes d’affiches seront rien moins que Cock Robin et, dans notre famille, un certain Chris Slade et son Timeline. Cela se passera les 29 et 30 juin prochains.

 

JUDAS PRIEST live au Zénith de Paris (avec Disconnected, 27 janvier 2019)

 

Annoncé presque en dernière minute, Disconnected a l’honneur et le plaisir d’ouvrir pour Judas Priest. Autant dire que certains doivent les jalouser tant cette opportunité permet aux Français de toucher un vaste public, même si le backdrop fait ridiculement petit sur cette scène dépouillée au possible. Profitant d’une demi-heure de scène, Ivan et sa bande, pardon, Adrian Martinot et sa bande (oui, c’est son projet après tout) se donnent à fond et le vocaliste ne se gêne jamais pour communiquer sa joie et son émotion au public: dès la fin du premier titre Ivan prend le temps d’expliquer: « on revient d’une tournée avec Tremonti, et là, on est les mecs les plus chanceux du monde ». Plus tard : »vous pouvez pas imaginer comme on kiffe d’être là! » Tu m’étonnes…. Le public, qu’il remercie pour son accueil, son soutien au Metal français et son ouverture d’esprit, Disconnected  n’ayant que « peu en commun avec Judas Priest » – c’est un peu vite oublier que les Metal Gods ont connu leur période thrash et extrême – est conquis. La preuve en sera flagrante à l’issue du concert: plus un seul CD n’est disponible au merch. Alors même si 30′ c’est court, les gars, nous ne pouvons que vous dire un immense bravo!

 

Allez, je vous vois venir: j’avais un peu descendu un Judas Priest  roboratif lors de son dernier passage au Hellfest. Ce soir, première date de la tournée 2019, la donne a changé. Non seulement les Metal Gods sont en forme, mais ils nous proposent une setlist du feu de dieu. Et même si on a l’impression qu’on va aller se coucher à l’heure des poules (le concert débute à 20h…), même si le discours est identique (« The Priest is back », « Are you ready for some Judas Priest style Heavy metal », « Breaking the what? »…) le reste est simplement imparable: décors, lumières, son, set list et… Surprises! Pensez-donc: rien que la présence de Running wild ou Desert plains fait rêver. Mais quand Judas Priest propose Killing Machine, pas joué depuis des décennies, c’est plus qu’un cadeau fait aux plus anciens et fervents fans!

Si le groupe est en forme, c’est sans doute lié au fait que ce soir marque le lancement d’une nouvelle tournée. Tout le monde est reposé, mais il faut également constater que si Ritchie Faulkner est désormais entièrement adopté et à la maison, son nouveau coéquipier Andy Sneap, qui continue de remplacer Glenn Tipton – atteint de la maladie de Parkinson – a également trouvé ses marques. La nouvelle paire de bretteurs est complémentaire et fait aisément oublier le duo de duellistes originel. Finalement, seul Ian Hill reste scotché dans son mètre carré. Halford est, quant à lui, bien moins robotique que ces derniers temps. Mobile, arpentant la scène, le Metal God est bien présent!

Et puis ces décors qui changent au rythme des chansons: coupures de presse sur The ripper, robot cadencés sur Metal gods, Union Jack et images de manif d’une terrible actualité (chez nous, en tous les cas) sur Breaking the law… Judicieusement utilisé, le fond de scène ne fait apparaitre les visages des musiciens et du public qu’après une bonne heure de concert.

Naturellement, le dernier album est bien représenté avec 3 extraits (Firepower, Lightning strikes, Rising from ruins), même si j’aurais bien pris un p’tit Evil never dies. Les classiques aussi sont de sortie. Grinder, Sinner, The Green Manalishi, Turbo lover, Freewheel burning, Electric eye, You’ve got another thing comin’, Hell bent for leather… Rob Halford, très en voix, a plaisir à annoncer que ce premier concert de la tournée 2019, il est ravi de le donner à Paris, ravi d’être de retour auprès de ce public. Scott Travis, plus tard, abonde en ce sens: « Paris! On a fini une tournée en Australie, en Indonésie, dans ces coins là. Quand on nous a demandé quelle est la ville ou nous voudrions prendre notre pied pour la nouvelle tournée, on a répondu : Paris! » Flatteur, va! Et taquin aussi, quand il dit: « on a le temps pour une chanson supplémentaire… ou 7! Que voulez vous qu’on joue? » Painkiller, bien sûr, avant un rappel de 4 titres pour un concert qui se conclue avant 22h. Et un Living after midnight un peu déplacé (il est 21h45…), mais la fête continue. Le public patiente dans les gradins, la salle toujours plongée dans le noir… L’espoir d’un nouveau rappel avec l’apparition de Glen Tipton ne durera pas… Les lumières se rallument et le public a du mal à partir.

Vraiment, ce soir, Judas Priest a donné un de ses meilleurs concerts auxquels j’ai assisté depuis longtemps. Et, contrairement à ce que j’écrivais l’été dernier, le groupe n’a pas dit son dernier mot. Et l’affiche avec un gigantesque « The Priest will be back ». Vivement la suite!

Merci à Olivier Garnier, Roger et Fabienne Wessier et toute l’équipe de Gérard Drouot Production.

HIGH ON FIRE: Electric messiah

Heavy metal, USA (SPV, 2018)

Rugueux, sale, franc du collier… Electric messiah, le nouvel album des Américains de High On Fire, frappe fort. La voix enfumée de Matt Pike fait de ce huitième album (eh, oui! le groupe s’est formé à Oakland, en Californie, en 1998) un condensé de lourdeur et de brutalité contenues. Proche de ‘esprit enfumé et stoner, les 9 titres de ce disques entraînent l’auditeur dans un univers électrique et presque oppressant. « Presque » parce que l’envie de taper du pied est omni présente. C’est la grande force des Spew from the earth, Sanctionned annihilation et autres God of the godless (réfléchissons un instant au sens profond de ce titre, voulez-vous?). Direct et brutal, cet album, sorti en octobre 2018, ne fera pas passer High On Fire au statut de valeur sure, mais le confirme parmi les challengers les plus sérieux et déterminés du genre qu’on espère vraiment voire franchir un pallier. Metal up!

OVER NEMESIS: Wink

Heavy metal, France (Music records, 2018) – sorti le 31 août 2018

A la première écoute de Wink, ma réaction ne se fait pas attendre longtemps: ok, c’est du metal, mais le mec, ben il hurle… Encore un… Et puis, une seconde écoute, après avoir lu le dossier de presse qui précise que Over Nemesis, inspiré par le hard des années 70 à 90, s’adresse aux fans de Led Zeppelin, Black Label Society et Black Stone Cherry. Allez, second essai. Le morceau introductif est simple, le batteur frappant ses cymbales à la manière d’un John Bonham, puis, la guitare heavy et déterminée de Vault of blindness fait écho avant que ne résonne le chant rageur de Nicolas, fondateur du groupe. 70’s? Bof, mais le propos est si heavy et direct que je me laisse entrainer. Et puis vient ce Mario & Sergio aux relents d’un AC/DC doublé de Nirvana, la guitare évoquant Hell’s bells et le chant, un Cobain torturé. Puis Accross the star me surprend: le morceau démarre avec une cloche. ENcore, me dis-je? Je reviens en arrière, puis débute chaque morceau pour me rendre compte de cette originalité: chaque chanson de Wink débute avec cette même cloche, fil conducteur de cet ouvrage finalement plus que sympathique. Les guitares sonnes comme celle d’un certain Zakk Wylde, les rythmes sont variés, les riffs rageurs et entraînant. Difficile, au final, de ne pas se laisser emporter par ce tourbillon efficace qui laisse une joli place à la mélodie et à la puissance. A découvrir, il est encore largement temps.

 

BACK IN TIME: IRON MAIDEN

Heavy metal, Royaume-Uni (EMI, 1980)

Le 14 avril 1980, apparaît dans les bacs un visage inhumain, qui va rapidement devenir le symbole de ralliement de toute une génération de headbangers… Originellement destiné à représenter les punks, et déniché par hasard par Rod Smallwood, Eddie the ‘ead illustre la pochette du premier album éponyme d’Iron Maiden, lequel précède Saxon (qui vient de publier Wheels of steel) dans les charts en arrivant numéro 4. Rien, absolument rien, n’a été laissé au hasard, et l’on peut même se demander si l’ordonnancement des morceaux n’a pas été travaillé avec au moins autant d’attention : le titre introductif, Prowler (le rôdeur) doit-il nous faire comprendre que nos nuits seront désormais hantées par Eddie ? Que penser alors de la conclusion, Iron Maiden, dont le refrain n’est autre que « Iron Maiden’s gonna get you, wherever you are » ? Steve Harris est déterminé à imposer son groupe partout, et, de ce point de vue, l’entente avec Rod Smallwood, éternel manager aujourd’hui encore présent, est parfaite ; le manager du groupe n’a, lui non plus, rien  laissé au hasard puisque le contrat que Harris and Co. ont signé avec EMI concerne pas moins de cinq albums dont trois fermes. D’après Rod, ce détail était une obligation afin que la maison de disques s’engage réellement pour soutenir Maiden. Trop de groupes voient leur avenir corrompu du fait d’un engagement limité à un seul disque… ce qui ne force pas les responsables commerciaux à s’engager plus avant dans la promotion de jeunes artistes, aussi talentueux qu’ils puissent être. Ce premier album d’Iron Maiden, produit par Wil Malone dont l’enregistrement s’est effectué au studio Kingsway de Londres, mêle allègrement puissance (Phantom of the Opera, Prowler), douceur (Remember tomorrow), instrumentaux (Transylvania) et hits potentiels (Running free, Iron Maiden).Bref, de véritables perles classiques du metal nouveau. Même si le leader avoue être loin d’apprécier le son de ce disque, trop éloigné de ce qu’il attendait. D’une certaine manière, la production imparfaite (qui provoque la colère d’un Steve Harris insatisfait), avec ses relents punk crades, participent à sa légende. Tant mieux.