STUBORA: Vision obscure

France, Heavy metal (auto production, 2020)

A peine un an après avoir publié son dernier album, Horizon noir, les Français de Stubora reviennent avec un EP, Vision obscure. Reprenant les codes visuels du précédent méfait (un triangle équilatéral dont, dixit Cyril, chant et guitare, avec qui Metal Eyes s’est entretenu le 15 décembre dernier, « chaque côté représente un membre du groupe, chacun ayant la même importance que les deux autres. Chacun a son rôle, mais chacun a le même poids dans chacune des décision du groupe » et un fond sombre), ce 6 titres n’était au départ pas prévu aussi vite. « En novembre 2019, on pensait avoir du temps devant nous pour tourner et assurer la promo de Horizon noir. On a mis en place le set, le matos… on avait tout prévu, et là est arrivé le virus. Et ça fout tout en l’air. on se rend compte que les concerts ne vont pas reprendre (…) On s’est dit qu’il fallait qu’on reste actifs pour continuer de faire vivre cet album sur lequel on avait travaillé 2 ans. On a décidé de faire cet Ep, dans la continuité de l’album, comme une extension de l’album.Faire quelque chose pour continuer d’être présents« . Le titre lui même, Vision obscure, se veut dans la continuité de l’album, mais il a aussi été inspiré par la crise sanitaire. « Horizon noir, à l’époque, reflétait le futur qu’on envisageait, mais on était loin d’imaginer la situation à venir. Avec le confinement et tous les problèmes sanitaires, ce n’est plus l’horizon qui est noir, c’est le présent! » Musicalement, Stubora reste fidèle à lui même: du heavy mélodique mixé au rock et au thrash, deux chanteurs – Cyril et Mick – aux styles différents et complémentaires. Les 5 titres – plus une reprise – transpirent de cette « envie et de l’énergie » dont Cyril fait part, même s’il « n’y avait rien de prévu ou de déterminé avec cet Ep. »Pour autant, Stubora, bien que trio, n’a pas eu l’opportunité de se réunir pour l’enregistrement: « On habite à 2 ou 300 km les uns des autres, on a commencé à travailler à distance. On avait commencé pendant le confinement et, heureusement, les réseaux sociaux nous aident à vraiment travailler à distance! » Chacun a pu enregistrer dans son home-studio, ce qui a permis de développer de nouveaux modes de travail. « Quand ils ont commencé à annoncer la 2ème vague (…), on a mis en place tout un processus de production (…) On se retrouve vraiment bien dans ce qu’on voulait faire, et le seul challenge, ça a été de condenser tout ça en 4 mois« , le temps que s’est assigné Stubora pour réaliser cet Ep. Le trio a également décidé de reprendre Cerveau limité, un de ses propres titres qui figurait sur l’album précédent. Pourquoi ce choix? « On ne voulait pas d’un Ep avec un ou deux titres… Pendant le confinement, Mick avait repris Soleil noir en acoustique, et on s’est dit qu’on pouvait en effet faire une ou deux reprises. Mais de manière différentes. J’ai proposé de faire un remix de Cerveau limité, qui est un des titres forts de l’album, et de lui donner une autre couleur, laisser plus de place à des choses qui attirent peut être un peu moins l’oreille« . Mais il y a également des nouveautés qui marquent une évolution: « Atta, 451,  qui a un texte historique, ce qu’on n’avait jamais fait, un remix, nouveau aussi. » Tout en restant dans son univers, Stubora a en effet réussi à avancer et se réinventer quelque peu. Difficile cependant de ne retenir qu’un titre pour expliquer ce qu’est Stubora aujourd’hui… « Tu ne peux pas résumer Stubora à un seul titre, il en faut au minimum 2. Le coté un peu plus thrash de Atta 451 et celui un peu plus rock, heavy qu’il ya sur Vision« . A bien y réfléchir, c’est logique, chacun des chanteurs ayant un style différent, il faut bien que chacun soit représenté. Concluons donc avec la traditionnelle question: quelle serait la devise du groupe? « Ah! Ce serait « Ne lâche rien », parce que le groupe existe depuis 1996, a sorti son premeir album en 1998. En 2020, on est toujours là. On n’est pas un groupe international, mais on ne lâche rien et on est toujours là. Quand on commence, on ne se rend pas compte de tout ce qu’il faut faire, de tous les efforts pour rester. La passion qui nous tient, donc il faut se donner, et s’adapter – on le voit bien en ce moment! On a toujours le même état d’esprit depuis l’album Résurrection,en 2015« 

DIAMOND HEAD: Lightning to the nations 2020

Heavy metal, Angleterre (Silver lining, 2020)

Certains célèbrent l’anniversaire d’un album en en proposant une version remastérisée, rehaussée de faces B et raretés, d’autres en organisant un tournée dédiée pour jouer l’album dans son intégralité. Plus rares sont les formations qui choisissent de réenregistrer l’opus dans sa totalité. C’est ce que nous propose aujourd’hui Diamond Head, pilier de la NWOBHM, avec ce Lightning to the nations 2020. Ce choix s’avère rapidement plus que judicieux. Bien plus « coup de jeune » que « lifting », cette nouvelle version s’avère fidèle à l’originale – d’abord connue sous le nom de White album à sa sortie en 1980 avant d’être rebaptisées Lighning to the nations au détour d’une réédition – désormais introuvable. DH a démontré avec ses dernières livraisons (impossible de passer à côté de The coffin train paru l’an dernier) être en forme et ses musiciens unis. Le chant de Rasmus Bom Andersen est plus juste que ne pouvait l’être la version originale chantée par Sean Harris, c’est la différence la plus notable. L’esprit originel est conservé et embelli, et la production renforce et modernise la puissance de ces titres. Diamond Head ne se contente pas seulement de reprendre ses propres titres, il en rajoute 4, et non des moindres. Bouclant la boucle, c’est au tour de Brian Tatler (guitare), fondateur du groupe et seul membre originel, de reprendre Metallica avec un morceau emblématique de son premier album, No remorse. Un juste retour des choses lorsqu’on se souvient que Lars Ulrich et James Hetfield, fans ultimes du combo anglais, ont repris avec Metallica une bonne moitié des titres de cet album (Am I Evil?, Helpless, It’s electric). On y trouve également le légendaire Immigrant song (Led Zeppelin), Sinner (Judas Priest) et le moins connu Rat Bat Blue (Deep Purple). Des défis au regard de la popularité et de la variété des chanteurs d’origine, défi dont se sort brillamment Rasmus. Ce Ligntning to the nations 2020 est une parfaite opportunité pour redécouvrir un des mythes qui a construit ce Heavy metal qui nous est cher, alors pourquoi se priver? Superbe de bout en bout. Joyeux Noël!

MIKE LEPOND’S SILENT ASSASSINS: Whore of Babylon

USA, Heavy metal (Silver lining, 2020)

Le bassiste de Symphony X nous revient une nouvelle fois avec sont projet Silent Assassins et propose un troisième album plus que rageur. Largement inspiré par des faits et légendes criminels et horrifiques, Mike Lepond écrit avec Whore of Babylon la bande son de ce qui pourrait être un jeu video basé sur le folklore sanglant. La vélocité du propos, la basse rageuse, le chant puissant, la batterie galopante, tout est réuni pour emmener l’auditeur dans un univers musicalement visuel. Mais Silent Assassins ne se veut pas que speed: les influences orientales (le break de Tell tale heart) ou irlandaises (Night of the long knives), la douceur de la flûte et du chant féminin (Sarah Teets, chanteuse de Mind Maze, sur Champion) font de cet album une oeuvre qui interpelle. Seulement, à force de fuser dans tous les sens, de speeder quasi non stop, certains moments peuvent devenir lassant (Ironborn). Difficile au final de rester attentif sur la durée, une pause peut être nécessaire pour mieux digérer cet ensemble toutefois réussi. Si un peu plus de variété rythmique aurait été bienvenue, l’ensemble tient la route, intrigue et donne envie de se plonger dans ces récits qui ont fait l’histoire. Un bel album, en somme.

Concerts from home: ANTHEM

Faire le tour du monde sans bouger de chez soi, sans passeport ni frontières, c’est l’invitation de Metal Eyes à travers la (re)découverte de ces albums live, mythiques ou moins connus, décortiqués en cette période sans concerts. Cette semaine, Concerts from home vous emmène au pays de Soleil Levant. On est partis?

ANTHEM – The show carries on ! 

Japon, Heavy metal (1987, Nexus)

1980 n’est pas que l’année de la renaissance du heavy metal en Angleterre. Un peu partout, le genre semble se refaire une santé, que ce soit aux USA ou en Europe qui voit naître nombre de nouvelles formations. Plus étonnant, sans doute parce que nos esprits n’y sont pas préparés, c’est l’extrême orient, le pays du Soleil levant qui entre dans la danse, donnant naissance à des Loudness, Earthshaker ou autre Anthem qui voit le jour en 1980, à Tokyo. La formation répète, se forge une identité sonore, visuelle, un caractère musical, et, là aussi, quelque chose se passe. Ce n’est cependant qu’en 1985 que Anthem, alors composé des fondateurs Naoto Shibata à la basse et Takamasa Ohuchi à la batterie, accompagnés du chanteur Eizo Sakamoto (arrivé fin 1984) et du guitariste Hiroya Fukuda, véritable arme secrète du quatuor, publie son premier album autonommé qui lui apporte une certaine exposition internationale. Deux ans plus tard, les nippons publient Bound to break, leur remarquable troisième album. Sans doute est-il temps d’aller faire du pied aux Américains ? Il y a peu de traces des concerts donnés par Anthem cette année là, mais voilà : le groupe pose ses flight cases au récent Country Club de Reseda – autant dire Los Angeles – le 5 juin 1987. Dans ses bagages se trouve le producteur Chris Tsangarides dont la renommée n’est plus à faire (il a notamment travaillé avec Thin Lizzy, Tygers of Pan Tang, Anvil et bien d’autres). A l’extérieur, le studio mobile Record Plant. L’enregistrement sera ce soir piloté par Bill Fresh. D’abord boite de nuit, la salle, d’une capacité de 1.000 personnes, fut inaugurée en 1980 et ses activités se diversifient jusqu’à sa fermeture en 2000. Et en ce 5 juin, Anthem joue en tête d’affiche, se faisant accompagner par Racer X, en vue, et les plus jeunes Commander. Et l’on serait tenté de croire que les deux groupes ont fait leur job de chauffeurs de salle tant l’accueil réservé à Anthem est explosif. Le quatuor ne se fait, au fil des 10 morceaux retenus, pas prier pour donner de la voix, de l’énergie et se mettre se public dans la main ! Et ce n’est pas que parce que le groupe sait charmer avec ses paroles mélangeant anglais et japonais, non… Si le son est brut, Tsangarides, qui mixe ce The show carries on !, le restitue comme il se doit : vrai, franc et direct. Fou de bout en bout, Anthem, dès l’explosif Machine made dog ne lâche rien. La voix surpuissante et enragée de Eizo dit clairement sa volonté d’en découdre, la guitare de Hiroya fait des merveilles. C’est remarquable sur son solo qui mixe Beethoven et Malmsteen (ok, néoplpasme…) sur Empty eyes. Les influences du groupe vont bien plus loin, Lay down – la rage vocale ne laisse aucun doute quant aux intentions du chanteur – lorgne volontiers du côté d’Accept. La puissance est telle que le pont calme sur Soldiers est bienvenu. C’est d’ailleurs le seul moment de repos du concert ! Clairement plus heavy que ses confrères, Anthem veut s’imposer dans le paysage musical mondial. D’abord paru sur le label Nexus en septembre 1987, la prestation fut amputée de quatre titres (Tightrope dancer, Headstrong, Night after night et Rock n roll stars) ainsi que du solo de batterie. Même la réédition en CD de King records, en 2001 les laisse de côté. Il faudra attendre 2005 pour retrouver le show dans son intégralité sur le double album The show carries on ! Complete version, toujours proposé par King records. Malgré ses productions d’un niveau remarquable, malgré la puissance de ce live dantesque, Anthem ne parviendra cependant jamais à percer internationalement et se séparera en 1992, avant de revenir en 2000 pour ne plus s’arrêter, devenant un des groupes japonais les plus productifs de l’histoire. Puisqu’on n’a que peu de chances de les retrouver, rattrapons-nous avec ce The show carries on ! dédié à « tous les heavy metal kids, passés, présents et à venir ». Imparable, une grosse claque, en tous les cas.

Interview: BLACK BART

Interview BLACK BART : entretien avec Babass (chant, basse) Propos recueillis par téléphone, le 6 novembre 2020

Le bordel qu’il doit y avoir dans la tête des pirates ! Comment, au cours d’un entretien, on en arrive à parler de musique, d’élections américaines, de confinement, comparer le nombre d’attestations faite en une journée, de la légendaire planque où Barbe noire aurait caché son trésor sur les côtes américaines… Bon, j’y suis pour quelque chose, certes, et quand une interview se transforme en discussion, le job est plaisant. Impossible cependant de tout retranscrire, et cela dans un pur souci de compréhension lors de ta lecture…

 

Metal-Eyes : Tu viens en off de me dire comment tu te sens, alors, on ne va pas parler du confinement…

Babass : Non… La situation est suffisamment chiante comme ça, alors on va éviter…

 

Metal-Eyes : Tu veux qu’on parle des élections américaines ?

Babass : C’est une belle comédie qui mériterait qu’on écrive une chanson dessus, mais, non… Je le ferai peut être un jour, qui sait ?

 

Metal-Eyes : On ne sera pas dans le même univers…

Babass : Il y a une sorte de piraterie quand même… Ça peut être cohérent.

 

Metal-Eyes : On remplacera Barbe Noire par…

Babass : …  « Mèche folle », le sale môme qui ne veut pas rendre ses jouets !

 

Metal-Eyes : On n’est pas là pour parler de ça mais bien de Blackbart. Comme c’est notre premier entretien, laisse-moi te poser la question la plus originale qui soit : peux-tu me raconter l’histoire de Black Bart ?

Babass : Alors, je reprends mes petites notes parce que je ne me souviens plus très bien (rires). En fait, ça a commencé avec Les Tontons Flingués, un quatuor avec Marco, Zozio et un autre guitariste qui a décidé de prendre son envol. On a alors intégré le jeune Rudy et ça a été l’occasion pour remettre en question ce qu’on faisait dans ce groupe. C’est aux alentours de 2008, on a toujours le même line-up depuis. On en a profité pour revenir à nos sources, à ce qu’on aime : le gros heavy qui tâche ! Ça a évolué tout doucement, on est de plus en plus heavy, il y a plus de thrash et de heavy allemand dans ce qu’on fait.

 

Metal-Eyes : Quand tu parles de heavy allemeand…

Babass : … il n’y a pas forcément de liens avec Running Wild comme on pourrait le croire. Ils font partie des groupes que certains d’entre nous ont écouté, mais on écoute tous des choses différentes, ce qui fait l’amalgame de nos sources d’inspiration. Rudy et moi sommes sans doute les deux plus heavy du groupe, Marco a un panel beaucoup plus large qui peut aller de I Muvrini à Megadeth… Et c’est à peu près la même chose pour Zozio qui reste un peu plus rock’n’roll, et ça nous permet d’avoir un panel assez large.

 

Metal-Eyes : J’avais noté sur votre précédent album des influences qui vont de Metallica à Judas Priest, en passant par Iron Maiden, donc le gros metal des années 80.

Babass : C’est tout à fait ça, c’est vraiment notre période favorite. Après, tous ces groupes ont continué, ils ont évolué aussi. Je n’aime pas cette formule, mais c’est vrai que c’est un peu notre fonds de commerce. En plus, on veut que ça sonne assez brut et assez naturel, aussi bien au niveau de la production.

 

Metal-Eyes : Vous avez décidé de faire reparler de vous avec la ressortie, ou la rediffusion de Canewydd Bach, un album qui date de 2018. Pour quelle raison vous voulez qu’on en repale aujourd’hui ?

Babass : On voudrait bien que cet album intéresse des labels, des tourneurs, et le meilleur moyen d’en faire reparler, c’est de le ressortir. On n’a pas de distrib’, pas de tourneur, et on pense que cet album mérite mieux que l’anonymat. Et avec la sortie de Pièce de huit, l’idée c’est de relancer cet album. L’un et l’autre sont liés, Pièce de huit est la continuité de Casnewydd Bach, et les prémices de ce qui arrive. S’il n’y avait pas eu la Covid, l’album serait arrivé un peu plus vite, mais là, on est un peu bloqués. Pièce de huit est un intermédiaire entre le passé récent et le futur proche.

 

Metal-Eyes : Vous avez aussi fait le choix de faire ce lien entre ces deux albums avec un Ep. Pourquoi ne pas être allés jusqu’au bout et proposer l’album en entier ? Il y a une vraie différence avec le Ep ?

Babass : Oui, il y a une différence avec les morceaux qu’on est en train d’écrire. On met un pied de plus dans le heavy thrash. Il y a des prémices sur Pièce de huit. Un morceau comme Le maitre est très lourd, mais le refrain est aussi très rapide. Une sorte de mélange et d’opposition entre les deux parties. On ne se donne pas de limite. Pour l’album à venir, il y aura des morceaux très lourds, ou d’autre choses, comme Les filles de madame Henry, plus légères.

 

Metal-Eyes : Sur pièce de huit, j’ai aussi noté une approche à la Slayer, dans Panier de crabes…

Babass : Tu es le premier à faire ce genre de remarque, et ce n’est pas faux. Slayer fait partie des groupes qui nous ont marqués un moment, il y a des rythmiques super intéressantes, le jeu de double grosse caisses, des choses que j’aime bien. C’est sûr qu’à un moment, ça revient aussi…

 

Metal-Eyes : Sur Le maître, à mi-parcours, il y a des traces d’ADX, aussi…

Babass : On a eu l’opportunité de jouer avec eux, sur un festival, il y a trois ans, je crois. Il y avait ADX, Vulcain Drakkar… J’aime beaucoup le dernier album d’ADX, les deux derniers, même. Les autres sont bien, mais ceux-là m’ont bien claqué la figure !

 

Metal-Eyes : Tu m’as dit que votre fonds de commerce, c’est le gros heavy qui tâche. Mais pour quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, comment décrirais-tu l’univers, l’esprit de Black Bart ?

Babass : Alors… On pourrait croire qu’on est totalement dans l’univers de la piraterie, qu’on pourrait ressembler à des groupes comme Alestorm, Running Wild, mais en fait, non. On est assez différents musicalement, on explore d’autres univers musicaux, on s’exprime en français et les thématiques ne sont pas forcément la fête, la beuverie, les filles et le rhum ! Comme je suis le maître de la plume, j’essaie d’élargir les sujets. 50% des textes sont tournés vers les légendes de la piraterie et de la mer, et le reste est tourné vers coups de gueule, les hérissements de poils et ce genre de choses. Il n’y a aucune chanson d’amour dans Black Bart, j’ai fait une croix dessus il y a 15 ans et j’ai dit que je n’en écrirais plus (rires) ! C’est un choix, complètement arbitraire. Sur le 4 titres, il y a Panier de crabes, qui parle du fait que, quand tu veux te sortir d’une situation, il y a toujours quelqu’un pour te tirer vers le bas. Chaloner Ogel, c’est une légende maritime, c’est l’ancien second de Black Bart, qui est aussi devenu celui qui l’a chassé, a arraisonné son bateau et a entrainé sa mort… Le maître a été inspiré par une émission de France Inter sur L’exorciste : il y avait le témoignage d’un prêtre qui a demandé, lors d’un exorcisme à ce qu’il y ait le silence dans la pièce et une voix caverneuse a répondu « non, non, plus jamais de silence ! J’ai inventé la télévision pour qu’il n’y ait plus de silence. » Ça m’a marqué et j’ai un peu détourné cette phrase parce que je crois, qu’aujourd’hui, le nouvel enfer, c’est internet, donc j’ai un peu dévié dessus. Et Mammon, qui parle de tous ces gens voués au diable de la finance qui est Mammon. Tu vois que le panel et large. Les thèmes abordés sont généralement à l’origine de la musique qui arrive derrière… Aussi bien musicalement qu’au niveau des textes, on essaie d’ouvrir le panel.

 

Metal-Eyes : Tu disais qu’il y a 15 ans tu as décidé d’arrêter de parler d’amour. Y a-t-il d’autres thèmes que tu refuses d’aborder parce qu’ils n’ont pas leur place dans Black Bart ?

Babass : A priori, je dis oui et non…

 

Metal-Eyes : Alors là, bravo ! Merci !

Babass : (rires) oui, c’est vrai… Je me suis auto-censuré sur un texte, il n’y a pas longtemps, il s’appelait Les chasseurs de vermine, et je me suis dit que c’était beaucoup trop provocateur pour le mettre en ligne.

 

Metal-Eyes : C’est aussi le rôle du rocker, du metalleux de provoquer, parfois…

Babass : Mais là c’était un vrai mode d’emploi pour aller zigouiller quelques malfaisants qui sévissent dans notre monde. Après, mes textes sont soumis aux autres membres du groupe, et personne ne m’a encore dit « non, ça va pas bien ? Tu ne vas pas chanter ça tout de même ! »

 

Metal-Eyes : La question est alors : comprennent-ils le sens de tes textes ?

Babass : Je leur soumets à chaque fois, s’ils ne comprennent pas, ça donne lieu à une explication de texte ! Parfois il y a des sortes de chausse trappe, je dissimule parfois les choses

 

Metal-Eyes : Sur Pièce de huit qui, je le rappelle ne contient que 4 titres, si tu devais n’en retenir qu’un pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Babass : Ah, j’hésite… Je pense que Le maître est assez représentatif de ce qu’on peut faire. Il y a les différentes orientations du groupe, il est moins linéaire que Panier de crabes.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : si tu devais imaginer une devise pour Black Bart, ce serait quoi ?

Babass : Oh, celle de John Barthelemy Roberts : « nous trinquerons avec la mort » ! C’était aussi le titre du second lp, « Nous trinquerons avec… » points de suspension.

 

Metal-Eyes : Le prochain album est prévu pour quand ? Notre ami Covid…

Babass : Notre ami Covid a tout foutu en l’air ! Nous nous auto finançons, on fait tout nous-mêmes, on cherche nos dates de concerts, on essaie d’avoir des défraiements et on met tout ça de côté, pour l’album suivant. On maitrise toute la partie technique, le studio ne nous coute rien, mais on a à notre charge le mastering, le mixage, la pochette. Cette année, les fonds sont à zéro. 9a nous retarde le projet…

 

Metal-Eyes : Vous avez pensé au financement participatif ?

Babass : Ben, on en a parlé tout à l’heure dans une autre interview, on a vu que les amis d’ADX l’avaient fait pour leur dernier album, et ça fait partie des réflexions qu’on a pour l’instant. Il y a des titres qui sont déjà enregistrés et mixés, d’autres en cours de finition. Et avec la seconde vague, le local de répètes est fermé… On attend de pouvoir se retrouver pour finaliser les morceaux.

 

 

Concerts from home: VULCAIN

La série Concerts from home continue et reviens en terres hexagonales avec l’un des plus puissants albums en public des 80’s, offert par les forgerons de l’enfer. Retour sur la naissance de Live force. 

VULCAIN – Live force (Musidisc, 1987)

Alors que la majeure partie des groupes français a plié bagages après, disons, le France Festival de Choisy le Roi, Vulcain, les forgerons du metal made in France, publie en 1986 son troisième album, Big brothers. Si le quatuor (Daniel Puzio au chant et à la guitare, son frère Daniel à la basse, Didier Lohézic – récemment disparu – à la seconde guitare et Marc Varez à la batterie), trop souvent comparé, souvent mais pas toujours à tort, à un Motörhead français, affine son son, il reste politiquement engagé, remplaçant quelque peu un Trust ayant jeté l’éponge au milieu de l’été 85. En récupérant la place de leader du heavy rock français, Vulcain a même l’honneur d’être le tout premier groupe hexagonal du genre à jouer au POPBercy en ouverture du Somewhere on tour d’Iron Maiden, devant un public chaud bouillant, le 29 novembre 1986. Une très belle fête pour célébrer la sortie de ce Big Brothers, non ? Battant le fer tant qu’il est chaud, Vulcain – et son manager / mentor d’alors, Elie Benalie, mettent en place une tournée digne de ce nom, selon les critères français d’alors… Une vingtaine de dates est ainsi planifiée entre le 13 mars 1987 au Palais des Sports de Joué les Tours (37) et le final des 2 et 3 mai 1987 à la Locomotive de Paris (ancêtre de la désormais Machine, mais configuration identique). Une tournée qui verra Vulcain sillonner l’Hexagone (Nantes, Montpellier, Nice, Orléans, Lyon, Besançon…) et s’offrir une petite escapade chez nos voisins suisses, belges et italiens. Et partout, les salles affichent complet. Autant dire que les dates parisiennes, dont seule la première, le 2 mai, est retenue pour l’enregistrement d’un album live, sont attendues de pied ferme par l’ensemble des musiciens, des techniciens et même Chariot, les Anglais invités en première partie, inclus, pour faire de ce final une fête mémorable. Et c’est le cas, la Loco, blindée comme jamais deux soirs de suite, accueille sans doute plus que les quelques 800 personnes que sa capacité autorise… Tant mieux, car le public est au taquet, transformant cette salle et son long couloir/bar en une étuve digne des chaleurs des enfers. Véritable cinquième homme de ce 2 mai 1987, ce public porte Vulcain aux nues de bout en bout du concert. L’ensemble des trois albums est passé en revue tout au long des 11 classiques que propose le groupe, au top de sa forme. Rock’n’roll secours, Fuck the police, La dame de fer, Comme des chiens côtoient le plus récent Khadafi. Étrangement, Vulcain propose même une reprise de Hell ain’t a bad place to be (AC/DC) pour un pré-final dantesque où le quatuor est accompagné de tout Chariot, Pete Franklin se chargeant – heureusement, quand on connaît l’accent de Daniel ! – du chant avant de conclure avec l’incontournable Digue du cul. Bien qu’un peu court (il aurait alors été risqué pour un groupe français, même le numéro un du metal, de sortir un double live), Live Force qui parait fin 1987, témoigne de la puissance de feu et de la popularité de Vulcain, alors au sommet de son art. Live force a été remasterisé par Marc Varez et réédité en 2004 chez XIII bis records sous format CD agrémentés de 4 titres complémentaires (Faire du rock, Les damnés, Le soviet suprême et Soldat) offrant ainsi une expérience un peu plus complète de ces concerts d’anthologie. Les choix futurs – départ de Didier remplacé par Franck Pilant pour un album déroutant, le bien nommé Transition, suivi de Marcos Arrieta sur le non moins étonnant Big Bang) – verront Vulcain se perdre et se noyer dans le doute avant sa dissolution à la fin du siècle dernier puis sa reformation de 2010 et un nouveau live explosif ( En revenant…,  2011) remettant quelque peu Vulcain sur les rails.

FURIES: Fortune’s gate

France, Heavy metal (Autoproduction, 2020)

Depuis le temps que Furies tourne, il arrive enfin, ce premier album, Fortune’s gate! Passé du quintette au quatuor 100% féminin à l’esprit glam à quatuor mixte a permis à Furies de se forger une belle identité musicale et sonore. Et que de chemin parcouru! Depuis ses débuts, le groupe n’a eu de cesse de se démarquer en proposant des actions originales: premier CD gracieusement offert, passage sur France Inter pour un hommage à Dalida, enregistrement et distribution d’une cassette… Bref, comment se démarquer en se faisant toujours plaisir? Car c’est bien le maitre mot, ici. Fana des 80’s et de tout le metal de cette époque – tout le metal, anglo-saxon ou français – Furies transmet sa passion au travers de 10 titres aussi puissant qu’entraînants. Franchement? Fortune’s gate sent bon les années 80, les transpire même de tous ses pores. La puissance de ce metal racé passe partout, emporte l’auditeur dans ce maelstrom de décibels et de mélodies bien ficelées, celle qui entrent dans la tête. La voix haut perchée de Lynda fait parfaitement l’affaire. Mais loin de se cantonner à une redite de cette époque que les musiciens ont à peine touchée du doigt, Furies modernise le propos en variant ses inspirations musicale. Alors, oui, on est séduit, d’autant plsu que les gros écueils qui décrédibilisaient alors le metal « made in France » sont évités: 1/ Lynda maîtrise parfaitement la langue anglaise (un seul morceau – Antidote – est interprété en français –  et 2/ la production est plus que soignée. Comme d’autres avant lui, Furies tente de raviver cette époque bénie avec un album riche et puissant. Comment ne pas succomber à You & I  et ses inspirations orientales, Voodoo chains ou Prince of the middle east? Un futur grand est né? Cela ne dépend que du soutien que le public pourra apporter à Furies. Cocorico!

Concerts from home: MOTÖRHEAD

C’est désormais une habitude… Toujours privés de concerts, Metal Eyes continue de de revisiter certains albums live au travers de la rubrique nouvelle rubrique « Concerts from home ». Cette semaine, c’est un monstre sacré qui est décortiqué. Enjoy !

MOTÖRHEAD : Live ! 1978-1999 (Castle music, 2003)

Quoi, quoi, quoi ??? C’est quoi ce live ? Et pourquoi pas le chef d’œuvre No sleep ??? Hein ? Parce que ! voilà ! Les amateurs de Motörhead le savent et le connaissent bien ce Live ! 1978-1999 puisqu’il s’agit du cinquième disque de Stone deaf forever, l’indispensable coffret retraçant la carrière de Lemmy et de ses divers complices depuis la création du groupe. Et c’est bien dans cet esprit qu’il faut aborder ce CD qui contient 21 titres allant d’un On parole brut et rock n roll sous speed et du classique Train kept a rollin’, tous deux extraits du premier live What’s words worth paru en 1978 à trois extraits de Everything louder (On your feet or on your knees, I’m so bad baby I don’t care et un explosif Born to raise hell) datant de 1999. OK, jusque là, que du connu, me dires-vous… Certes, et chacun peut encore aisément trouver ces albums. L’intérêt est ailleurs, donc… Dans ces pépites, ces raretés que nous propose Lemmy parmi lesquelles 6 inédits soit piratés (la reprise de Nadine – prononcé Naydeene – et sa charmante introduction –« this is a French name after all » et Silver machine) ou récupérés auprès de la BBC dont le travail d’archivage sonore est plus qu’exemplaire (Too late too late, (I won’t) pay your price, Steal your face) ainsi que cette version de Metropolis parue sur un 45t grec et, pour l’occasion, renomée Acropolis. Rien que pour ça, ce live vaut plus que le détour, même si le râleur pourra se plaindre que les autres titres restent aisément trouvables puisque figurant déjà sur d’autres live officiels (l’incontournable No sleep ‘til Hammersmith dont nous reparlerons ici, The birthday party, Live at Brixton et les deux autres déjà mentionnés). Mais comment ne pas se délecter de la fureur de Mean machine, suivi par la hargne de ce No class avec Wendy O’ ? De ces deux décennies, on se rend compte que, toujours, Motörhead sur scène cassait la baraque. De plus, le groupe ne tombe pas dans le piège du live facile, celui qui reprend les classiques parmi les classiques (pas besoin de les nommer, n’est-ce pas ?) Non, il parle ici aux fans, ceux qui veulent de la matière, et il y en a dans ce coffret d’un réel intérêt historique puisque les 4 autres CD retracent tout le parcours de Motörhead, des débuts en 1975 jusqu’à 2002 au travers de 78 autres titres ! Le tout est agrémenté d’un superbe livre(t) de 60 pages, bourré d’info et de photos rares, d’une bio signée Mick Wall, d’illustrations de l’incontournable Joe Petagno et d’une reproduction d’une affiche de concert avec Morbid Angel en première partie… Si le groupe a continué avec beaucoup de matière jusqu’à la disparition de Lemmy, ce coffret apporte son lot de headbanging à n’importe quel motörheadbanger digne de ce nom. Indispensable ? Oui ! They are Motörhead and they play rock’n’roll !

 

Interview: FURIES

Interview FURIES: entretien avec Lynda Basstarde (chant, basse), Sam Flash et Billy Lazer (guitares), Zaza Bathory (batterie). Propos recueillis à Paris, bar le Magnétoscope, le 15 septembre 2020

FURIES: (de gauche à droite) Sam Flash, Lynda Basstarde, Zaza Bathory, Billy Lazer

Metal-Eyes : Avant de sortir votre premier album dont nous allons parler, vous avez publié une cassette 2 titres, en plusieurs couleurs. La cassette, c’est totalement typé 80’s (tout le monde approuve), nous sommes ici au bar le Magnétoscope (rue Drouot à Paris), outil très 80’s aussi. Qu’est-ce qu’il se passe entre vous et les années 80 ?

Zaza : C’est une période que nous avons vécue petits… On aurait, je parle pour tout le monde mais vous me reprenez si vous voulez, on aurait voulu pouvoir aller voir Judas Priest en 1984, Metallica et autres… Mes idoles, je les ai un peu loupées… Quand je les ai vus, ils étaient un peu croulants, j’étais un peu déçues. C’est surtout une période qui est très riche en matière de metal.

Lynda : Ça fait partie de nous. La cassette, on a voulu la sortir non seulement parce que c’est un clin d’œil à cette époque-là, mais aussi parce que c’est un petit objet, tout moignon, assez culte pour les collectionneurs…

Billy : C’est pas un objet cher, en plus. Ça permet de soutenir le groupe financièrement pour pas grand-chose…

Lynda : Mais il y avait aussi un code pour pouvoir télécharger ces titres en digital, bien sûr !

 

Metal-Eyes : Je vous connais depuis la seconde version du groupe, le quatuor 100% féminin. Depuis, il y a deux gras qui ont pris les guitares, et c’est la version la plus stable du groupe… Comment vous expliquez cette stabilité ?

Zaza : Ca fait maintenant plus longtemps qu’on joue avec eux…

Lynda : J’ai commencé en tant que bassiste de session avant d’intégrer le groupe, qui est devenu quatuor. J’ai pris le chant en plus, et on s’est un peu désolidarisées parce que Zaza et moi, on a une vision assez claire de ce qu’on veut faire, on veut aller très loin avec un groupe, faire pas mal d’album. Les autres filles, un peu moins, donc, un peu naturellement, il a fallu qu’on trouve d’autres musiciens…

Zaza : Les filles (ndmp : les guitaristes Levanna et Kim) sont simplement parties.

Lynda : Voilà… Et, du coup, Billy Lazer faisait partie de notre entourage, il nous suivait déjà partout en concerts…

 

Metal-Eyes : C’est le plus vieux en plus, ça fait très pervers… (rires général)

Zaza :

Billy : Ouais… « donne moi ton numéro ! » On est vite devenus potes, et je leur ai expliqué que ça faisait un moment que je voulais avoir un groupe de ce genre là. Je révais d’avoir un groupe de heavy, de laisser libre-court à ce que je voulais faire. On n’est pas dans une grande mode du heavy, même s’il y a un retour en ce moment, c’est vrai. Si tu es à Paris, que tu es musiciens, tu as plus de chance de trouver un groupe de metal extrême, de hardcore, voire de djent… Il n’y a pas tant de groupes de heavy metal que ça…

Sam : Donc tu as pris ce que tu as trouvé, c’est ça ce que tu es en train de nous dire ?

Billy : Non, mais si tu veux monter un groupe quand tu es en région parisienne, c’est pas si évident… Soit ce sont des groupes qui ont déjà une longue histoire derrière eux, soit… Des nouveaux venus, il n’y en a pas tant que ça…

Lynda : On s’est bien trouvés, il y a eu un bon timing. Ensuite, j’ai rencontré Sam, dans un bar, et je lui ai proposé d’auditionner. Il connaissait déjà Zaza.

Sam : C’est pas pareil que Billy, je suis le plus jeune. J’ai honte de le dire, mais en vrai, c’est tous des vieux là (rires) ! Personne ne pouvait tenir une guitare, donc, je leur ai proposé ! En fait, avant, j’avais un groupe, entre mes 15 et mes 18 ans, un groupe avec lequel on répétait régulièrement, très amateur. J’ai connu Zaza comme ça, puisqu’on habite dans le même coin, et j’avais envie d’aller plus loin dans l’expérience. J’étais un peu frustré parce que, quand tu arrives à 18 ans, tu vas plus loin dans les études, et ça te coince. J’ai rencontré Lynda et quand elle m’a expliqué qu’elle cherchait un guitariste, je me suis proposé.

 

Metal-Eyes : En plus, il y a un côté pratique : chaque guitariste a son côté, il y a un gaucher et un droitier…

Lynda : Exactement, c’est très joli, symétrique.

Zaza : Exactement, ils ne se prennent pas les manches…

Sam : En tout cas, pas de la guitare !

 

Metal-Eyes : Pourquoi avoir pris autant de temps avant de sortir votre premier album ?

Lynda : Il nous a fallu du temps pour bien nous connaître, musicalement. Le temps que tout se mette en place : comment on va procéder dans la composition, comment l’alchimie va s’opérer, et on voulait aussi bien faire les choses aussi…

Billy : Et il y a presque deux styles différents dans l’histoire de ce groupe… Quand le groupe était féminin, c’était très hard glam, et quand on est arrivé avec Sam, il a fallu reconstruire quelque chose de nouveau. On avait des influences différentes à la guitare. Ça prend du temps de trouver cette alchimie : il y a deux nouvelles guitares, deux nouveaux styles, il faut trouver comment composer…

 

Metal-Eyes : Et sans doute a-t-il fallu penser à une autre façon de chanter aussi ?

Lynda : Pas tant que ça, le chant reste assez heavy, et qu’il y ait des riffs thrash derrière, ça va bien.

Billy : Il fallait trouver le bon dosage : quand tu as un groupe qui fait du hard/heavy et que des éléments thrash arrivent, il faut tout doser.

Sam : Que chacun prenne sa place

Zaza : Il fallait aussi qu’on arrive à se rassurer : c’est pas grave si, dans le même morceau, tu as envie de mettre un riff de hard US, un riff à la Helloween, un autre à la Ozzy. Le truc, c’est que, si on arrive à bien tisser tout ça dans le même morceau, c’est possible. On a chacun nos influences, nos idées, et c’est ça qui fait notre essence, c’est ce qui va faire notre son, notre patte « Furies ». On ne veut pas copier Ozzy ou Helloween, mais il y a des mélodies qu’on aime et qui nous influencent. Ça prend du temps de se rassurer et de réaliser que ça va le faire…

Sam : Et que chacun trouve sa place… Quand je suis arrivé dans le groupe, Billy avait plein d’idées de riffs, avec une éloquence dans son jeu… Moi, je suis arrivé avec ma façon de jouer qui est beaucoup plus « à l’arrache », dans l’impro, et, de toutes façons, beaucoup plus thrash, et finalement, connaitre le discours de chacun permet, quand tu composes, de savoir ce que l’autre va faire, va pouvoir faire. En plus, chacun a une vision un peu différente : moi, je touche à d’autres instruments dans d’autres styles et j’essaie de chercher des influences ailleurs, Zaza a une oreille absolue et elle entend tout ce qu’on fait et elle est capable de trouver des harmonies de fou… Lynda, elle a une grosse intuition et aussi une grosse culture heavy metal, elle arrive toujours à recadrer un peu ce qu’on fait dans un esprit catchy à la années 80. A la fin, tous ces éléments mis bout à bout, ça nous a permis de créer une base solide sur laquelle on peut s’appuyer et se permettre de faire des erreurs. Et, finalement de se dire qu’on a quelque chose, on fait un album et on en est super contents !

Lynda : On commence à composer le deuxième et j’ai remarqué que ça va un peu plus vite.

Zaza : On a tous des automatismes, et on essaie, justement, de ne pas tomber dans ces automatismes. On veut que le suivant soit différent du premier album. En même temps, on communique mieux.

Sam : On arrive plus facilement à proposer des choses, il n’y a plus cette question de savoir comment l’autre va le prendre. Quand tu fais de la musique, il y a un investissement personnel, et, quand tu bosses avec quelqu’un depuis quelques années, quand tu lui fais une remarque, un jugement sur son travail, il sait ce que ça veut dire…Il y a moins d’ego.

Billy : Tu apprends à faire juger ton travail par autrui, à moins faire cavalier seul. Quand tu sais que l’équipe a fonctionné comme ça, tu fais confiance, à la fin, il y a une relation de confiance qui s’installe.

 

Metal-Eyes : Si je résume en deux mots, ce serait « complémentarité » et « communication » ?

Lynda : Et alchimie. Ce n’est pas cette alchimie magique mais (à Sam) quand tu parlais d’intuition, toi aussi, tu ressens bien les choses…

 

Metal-Eyes : Comment définiriez-vous votre musique pour quelqu’un qui ne vous connais pas et qui va découvrir votre premier album ?

Lynda : Ouh !

Zaza : Un mix de heavy, de thrash, du hard… Du « very virile heavy metal » (rires général). C’est une punchline que je sors depuis quelque temps, une sorte d’allitération. J’ai mis Virile au féminin. Moi qui suis batteuse, j’aime bien cette sensation de puissance. On dit souvent que la puissance c’est masculin, ben, il y a des femmes qui aiment ça aussi !

Billy : On essaie juste de ne pas être trop « neo heavy metal », il y a les codes, mais on rajoute des choses pour ne pas être juste une copie de Judas ou de Maiden.

 

Metal-Eyes : Puisqu’on parle de « traditionnel », il y a une video qui circule, Voodoo chains. Elle fait très Scoubidou. Un peu avant les années 80…

Lynda : Ouais ! C’est la pochette animée, en fait

Zaza : On est une équipe !

Sam : C’est vrai que ça fait Scoubidou, je n’y avais jamais pensé !

 

Metal-Eyes : Justement, en dehors du chien, il y a deux filles et deux gars… Alors qui est qui ? Je rappelle : il y a Sam, Fred, Vera et Daphnée…

Sam : Moi, je suis Sammy !

Billy : Moi, n’importe quelle heure, je suis Scoubidou ! Mais Voodoo chains illustre très mal ce que je viens de dire, parce que c’est un titre très hard rock…

Note : on n’arrive pas à départager les filles, mais il manque de toute façon la représentation de Fred….

 

Metal-Eyes : Mais à la fin, il monte quand même en puissance.

Sam : On va l’appeler Scoubi Chains, maintenant !

 

Metal-Eyes : L’album sort le 16 octobre. Vendez le moi…

Sam : Que je te lke vende ? Tiens, voilà notre album, c’est 10 euros ! (rires)

Zaza : Tu connais pas Furies ? C’est un super groupe, il y a deux meufs, deux mecs, les mecs sont symétriques sur scène, et ça déchire, il y a une énergie folle…

 

Metal-Eyes : Ok, mais vends moi l’album. Ne me vends pas le groupe…

Sam : Si tu l’achètes et que tu le mets sous une lumière UV, il y a une photo des meufs à poils, mec ! Eh ouais ! Dix balles, le truc (rire général)

Lynda : Chaque titre, chaque morceau a sa propre énergie, son propre univers et ses propres émotions. On est transporté dans un univers que chacun peut s’approprier, la musique c’est aussi ça. Ça parle souvent d’histoires qui illustrent de grands concepts comme la vieillesse, la liberté, la tentation. Il y a un titre en français, aussi, Antidote. Chacun peut choisir son antidote pour pouvoir s’y raccrocher. Chaque morceau se termine sur une note positive.

 

Metal-Eyes : Pourquoi avoir choisi de ne chanter qu’un seul titre en français ?

Lynda : On voulait composer majoritairement en anglais, mais on voulait quand même composer un peu en français parce qu’on est Français. Je pense qu’il y aura à l’avenir deux morceaux en français, 20%. C’est un exercice pas facile, pour que ça sonne bien.

 

Metal-Eyes : Sans pour autant avoir cette étiquette de hard rock français.

Lynda : Non, mais on reste Français. On fait du hard rock anglais mais français !

Billy : Sans leur manquer de respect, je crois que tous ces groupes français de metal des années 80, c’est quelque chose qui leur a été demandé, de chanter en français pour les radios… Il y en a beaucoup qui avait du talent, Lynda a fait équipe avec Sortilège pendant un moment, et ils étaient talentueux, tous. Ils étaient talentueux, mais on leur a tout de suite mis ce frein de la langue. Faut pas avoir honte de sa langue -c’est pour ça qu’on a mis cette proportion de 1 titre ou 2 sur 10 – mais il faut aussi être exportable, et le français, c’est une limite…

 

Metal-Eyes : Cependant, il y a beaucoup de groupes français qui, lorsqu’ils commençaient à chanter en anglais, ben… on se rendait vite compte qu’ils étaient français.

Zaza : Ils n’étaient pas crédibles…

Billy : Pour ça, il faut bosser un peu pour être crédible.

 

Metal-Eyes : Quels sont les différents formats que vous prévoyez pour cet album ?

Lynda :

Zaza : En CD, déjà, c’est le minimum. Il sera disponible sur notre Bandcamp, mais aussi via Season of Mist en version physique. Le vinyle sortira certainement un peu plus tard, il faut proposer de nouvelles choses aussi…

Lynda : Peut-être une édition limitée… Cassette, ce n’est pas prévu pour le moment

Billy :

 

Metal-Eyes : Trois années séparent la cassette et l’album, Fortune’s gate. Comment analysez-vous l’évolution du groupe, en dehors du fait que, maintenant, vous vous connaissez mieux ?

Zaza : Il y a eu un challenge pour nous, en tout cas pour moi, au niveau de mon instrument. Depuis la cassette, et même avant, je me suis un peu boostée notamment à cause des compositions de Billy qui sont souvent très speed et assez… soutenues. Techniquement, il y a eu un gros challenge. On s’est tous challengés techniquement ! Aussi par rapport à l’écriture des morceaux, qui sont plus élaborés.

Billy : Evolution, oui, mais d’un autre côté, la cassette est aussi à voir comme un point de départ du nouveau Furies. Ça nous a permis de mieux définir ce qu’on voulait faire

Zaza : Sam et Billy dans le groupe, qui prenait aussi une autre direction, peut-être plus intense qu’avant.

 

Metal-Eyes : Si vous deviez chacun ne retenir qu’un seul titre de l’album pour expliquer ce qu’est Furies à quelqu’un qui ne vous connais pas, ce serait lequel ?

Zaza et Sam : You and I :

Lynda : Je suis d’accord, parce qu’il y a un peu de tout : un peu de thrash, un refrain assez heavy et fédérateur, un passage un peu sombre aussi – on aime bien aller dans le sombre –

Zaza : Des solo hyper bien !

Billy : Comme Antidote, même si c’est chanté en français, je trouve que musicalement, c’est un super condensé de Furies aussi. C’est deux morceaux là représentent bien ce qu’est Furies.

 

Metal-Eyes : L’album a-t-il subi un retard du fait de la crise du Covid ?

Zaza : Non, à part le clip You and I

Lynda : On avait tout prévu dans une école audio-visuelle, mais malheureusement, la veille, à 19h, on apprend que tout est fermé et qu’on ne pourra pas rentrer… On avait tout prévu : des plans de lights, du matos, une grosse somme de matériel qu’on n’a pas pu utiliser… On s’est rabattus sur un hangar, mais on peut dire que le Covid… Ça nous a foiré le clip.

Zaza : Pas foiré, mais ce n’est pas ce qu’on voulait. Quand on a pensé au clip, on avait plein d’idées, mais on était tous les quatre d’accord : on ne voulait pas un clip de hangar ! Résultat : on a fait un clip de hangar ! (rires)

Sam : Tous les groupes ont fait un clip de hangar !

Lynda : Ça nous a aussi annulé des dates qu’on devait faire en Suède, en Allemagne…Reportées, mais on ne sait pas quand…

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Furies en 2020 ?

Tous ensemble : All together and union forever !

Zaza : C’est le refrain de You and I…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose, Zaza : tu es aussi chargée de com’ pour la Metalhead convention qui devait se tenir en octobre. On a appris son annulation. Annulation ou report ?

Zaza : Pour l’instant, elle n’est pas reprogrammée, mais on attend des nouvelles de Reed Expositions qui est à la base du projet. Pas d’info pour l’instant. C’est en stand-by….

 

Merci à Romain Richez (Agence Singularité) pour l’orga et l’accueil !

BLACK BART: Pièce de huit

France, Heavy metal (Autoproduction, 2020)

Avant la publication de son nouvel album d’ici la fin de l’année, les pirates du navire Black Bart commandé par Babass nous envoient un nouveau coup de semonce avec cet alléchant Ep 4 titres, Pièce de huit. Un Ep qui fleure bon la ration de rhum. Ok, le groupe est typé 80’s (musicalement, certes, mais aussi dans le chant parfois, disons… « surprenant »), mais comme Black Bart est loin de s’en cacher et qu’il le fait avec tant de respect et d’amour, qu’on ne lui infligera pas le supplice de la planche. Pas aujourd’hui, en tous cas. On le sortira même avec plaisir de ce Panier de crabes qui transpire l’amour de Slayer, de Metallica et de Maiden. Une intro puissante et énergique qui donne envie d’en écouter plus. Chaloner ogle propose un rythme imparable, une invitation au headbanging cadencé, et à reprendre ses choeurs chanté dans le plus pur esprit pirate avant que la lenteur et la lourdeur doomesque de Le maître ne viennent plomber l’ambiance. Un coup de vent dans les voiles redonne de la vigueur au titre à mi parcours et lui insuffle même un esprit speed à la ADX avant que Mammon ne vienne amarrer au port le navire avec une réelle efficacité et même une certaine forme de classe. En navigant sur les flots des 80’s, Black Bart se fait simplement plaisir et cherche à nous embarquer dans son insouciance. Alors, moussaillon, prêt à vivre l’aventure? Allez, embarque avec nous, et tu auras bientôt double ration de tafia!