TROOPER FEST #4: No Class, The 4 Horsemen et The Iron Troopers live à Rebrechien, le 30 mars 2019

Ben voilà quelque chose que je n’ai pas fait depuis (trop) longtemps: aller soutenir la scène locale dans le cadre d’un concert de tribute bands. Avec une affiche annonçant des groupes hommages à 3 de mes formations préférées, qu’est-ce qui pouvait bien me retenir? Alors direction Rebrechien, ville voisine d’Orléans, pour uen soirée qui s’annonce sous de bons augures.

La soirée commence avec No Class, tribute à Mötorhead, venant d’Angers. Un look de biker armé d’une Rickenbacker, Phil a sans aucun doute le look qu’il faut pour séduire Lemmy. S’il l’a rencontré, il pourra nous le dire. En attendant, avec sa longue barbe blanche, accompagné de ses compères- Will à la guitare et au chapeau à la Phil Campbell et Clem à la batterie – nous propose une setlist au petits oignons ainsi qu’un show détendu et complice.

Le groupe choisi de piocher, outre les plus indispensables hits du trio, dans la discographie moins souvent mise en avant. Et quel plaisir d’écouter un extrait du mésestimé Another perfect day. Le reste est composé de ces classiques indémodables qui font toujours bouger les foules.

La voix de Phil est forgée à la clope, et ressemble à celle de Lemmy: rauque et agressive à souhait. Contrairement à Phil Campbell, Will est grimacier et joue avec le public. Les deux occupent le devant de scène avec une réelle aisance, tandis que Clem s’applique à frapper comme il faut, tranquillement. Au final, No Class nous offre un set efficace et carré. Une bien agréable mise en bouche

Set list No ClassShoot you in the back, Iron fist, Jailbait, Metropolis, Fire fire, Capricorn, I got mine, Ace of spades, Bomber, The hammer, Overkill

Qui sera surpris de voir quatre gars habillés de noir investir la scène? A la fin des années 80, rappelez-vous, Metallica avait décidé d’adopter ce look Men in black, obligatoire pour toute personne gravitant sur sa scène (techniciens inclus), un peu à la manière d’un Status Quo en blue jean/basket blanches ou d’un Wild Dawn en chemises à carreaux.

The 4 Horsemen n’était pas, originellement, à l’affiche. Le groupe niçois a remplacé au pied levé Skor et nous propose ce soir une autre setlist de rêve. Que des classiques de la grande période avec un Fuel plus récent.Le quatuor est concentré, et semble, au début, un peu tendu. C’est vrai que l’exécution de certains titres requiert une attention particulière qui, ce soir, se fait légèrement au détriment de la spontanéité.

N’empêche… Démarrant, comme ses mentors, avec The ecstasy of gold, le ton est donné. Effets spéciaux en moins, le quatuor nous offre une nouvelle volée de hits qui ne laissent personne indifférent. En se concentrant sur la première période de la vie de Metallica, The 4 Horsemen ne peut que taper dans le mille.

L’interprétation est parfaite, et le bassiste se permet même d’aller taquiner le public. Dommage qu’il ne soit allé plus loin que les barrière, qu’il n’ait pas décidé de s’offrir un bain de foule avant d’attaquer, de retour sur scène la conclusion composée de Seek and destroy et de l’incontournable Enter sandman. Un moment très sympa, même si cette prestation fut, selon moi, un cran en dessous de celle de No Class.

Set list The 4 Horsemen(The ecstasy of glod) – Creeping death, Fuel, Master of puppets, For whom the bells toll, Fade to black, Sad but true, Through the never, The four horsemen, Blackened, Seek and destroy, Enter sandman

Une fois la scène vidée de ses encombrements, le staff retire les couvertures qui cachaient un semblant de décor. L’effort est louable d’autant plus que, malgré des moyens forcément limités, ce décor se veut futuriste et  nous projette à la période Somewhere in time. Soit une belle promesse. Mais, étonnamment, plutôt que l’éternel Doctor doctor de UFO, The Iron Troopers choisit ce qui ressemble à du Jean-Michel Jarre en guise d’intro. Pas très grave, me direz-vous, après tout c’est ce qu’ils jouent qui compte…

Et là, encore une fois, c’est un programme… miam, qui nous replonge à la fin des années 80. Très axé autour de Somewhere in time, le set démarre avec le morceau titre de ce superbe album. La basse de Fred tonne et claque, les guitares ont un son assez sec… Il faudra quelques minutes pour que le son devienne plus correct et l’on sent des musiciens appliqués. Ils se détendent cependant alors que leur son devient plus adapté.

Et c’est un florilège qui nous est offert. Arno, le chanteur, se perche au dessus du public le temps d’un Powerslave qu’on souhaite entendre plus souvent, sort le drapeau anglais sur l’indémodable The trooper, et ses compagnons sont simplement souriants. Tout comme le public qui profite de cette bien agréable prestation. Alors, évidemment, il n’y a qu’un Maiden, et une floppée de tribute bands, et aucun n’arrive à la cheville de l’original. Mais il y a du coeur, et c’est bien là le plus important.

Cela, le public le sait, venant chaque année plus nombreux au Troopers-fest. Arno annonce même que si ça continue comme ça, « l’année prochaine, il faudra aller ailleurs. Ou on annule! » Oui, mais non, en fait, car tout le monde y trouve son compte, et son plaisir.

Setlist The Iron TroopersSomewhere in time, 2 minutes to midnight, Stranger in a strange land, Wasted years, Powerslave, Killers, Wrathchild, Revelations, The trooper, The number of the beast, Hallowed be thy name, Iron Maiden, Fear of the dark, Run to the hills

Pour ceux qui seront dans le coin, notez que No Mad Musik organisera également la 10ème édition du festival Rock in Rebrech’ qui se déroulera cette année sur 2 jour. Les têtes d’affiches seront rien moins que Cock Robin et, dans notre famille, un certain Chris Slade et son Timeline. Cela se passera les 29 et 30 juin prochains.

 

JUDAS PRIEST live au Zénith de Paris (avec Disconnected, 27 janvier 2019)

 

Annoncé presque en dernière minute, Disconnected a l’honneur et le plaisir d’ouvrir pour Judas Priest. Autant dire que certains doivent les jalouser tant cette opportunité permet aux Français de toucher un vaste public, même si le backdrop fait ridiculement petit sur cette scène dépouillée au possible. Profitant d’une demi-heure de scène, Ivan et sa bande, pardon, Adrian Martinot et sa bande (oui, c’est son projet après tout) se donnent à fond et le vocaliste ne se gêne jamais pour communiquer sa joie et son émotion au public: dès la fin du premier titre Ivan prend le temps d’expliquer: « on revient d’une tournée avec Tremonti, et là, on est les mecs les plus chanceux du monde ». Plus tard : »vous pouvez pas imaginer comme on kiffe d’être là! » Tu m’étonnes…. Le public, qu’il remercie pour son accueil, son soutien au Metal français et son ouverture d’esprit, Disconnected  n’ayant que « peu en commun avec Judas Priest » – c’est un peu vite oublier que les Metal Gods ont connu leur période thrash et extrême – est conquis. La preuve en sera flagrante à l’issue du concert: plus un seul CD n’est disponible au merch. Alors même si 30′ c’est court, les gars, nous ne pouvons que vous dire un immense bravo!

 

Allez, je vous vois venir: j’avais un peu descendu un Judas Priest  roboratif lors de son dernier passage au Hellfest. Ce soir, première date de la tournée 2019, la donne a changé. Non seulement les Metal Gods sont en forme, mais ils nous proposent une setlist du feu de dieu. Et même si on a l’impression qu’on va aller se coucher à l’heure des poules (le concert débute à 20h…), même si le discours est identique (« The Priest is back », « Are you ready for some Judas Priest style Heavy metal », « Breaking the what? »…) le reste est simplement imparable: décors, lumières, son, set list et… Surprises! Pensez-donc: rien que la présence de Running wild ou Desert plains fait rêver. Mais quand Judas Priest propose Killing Machine, pas joué depuis des décennies, c’est plus qu’un cadeau fait aux plus anciens et fervents fans!

Si le groupe est en forme, c’est sans doute lié au fait que ce soir marque le lancement d’une nouvelle tournée. Tout le monde est reposé, mais il faut également constater que si Ritchie Faulkner est désormais entièrement adopté et à la maison, son nouveau coéquipier Andy Sneap, qui continue de remplacer Glenn Tipton – atteint de la maladie de Parkinson – a également trouvé ses marques. La nouvelle paire de bretteurs est complémentaire et fait aisément oublier le duo de duellistes originel. Finalement, seul Ian Hill reste scotché dans son mètre carré. Halford est, quant à lui, bien moins robotique que ces derniers temps. Mobile, arpentant la scène, le Metal God est bien présent!

Et puis ces décors qui changent au rythme des chansons: coupures de presse sur The ripper, robot cadencés sur Metal gods, Union Jack et images de manif d’une terrible actualité (chez nous, en tous les cas) sur Breaking the law… Judicieusement utilisé, le fond de scène ne fait apparaitre les visages des musiciens et du public qu’après une bonne heure de concert.

Naturellement, le dernier album est bien représenté avec 3 extraits (Firepower, Lightning strikes, Rising from ruins), même si j’aurais bien pris un p’tit Evil never dies. Les classiques aussi sont de sortie. Grinder, Sinner, The Green Manalishi, Turbo lover, Freewheel burning, Electric eye, You’ve got another thing comin’, Hell bent for leather… Rob Halford, très en voix, a plaisir à annoncer que ce premier concert de la tournée 2019, il est ravi de le donner à Paris, ravi d’être de retour auprès de ce public. Scott Travis, plus tard, abonde en ce sens: « Paris! On a fini une tournée en Australie, en Indonésie, dans ces coins là. Quand on nous a demandé quelle est la ville ou nous voudrions prendre notre pied pour la nouvelle tournée, on a répondu : Paris! » Flatteur, va! Et taquin aussi, quand il dit: « on a le temps pour une chanson supplémentaire… ou 7! Que voulez vous qu’on joue? » Painkiller, bien sûr, avant un rappel de 4 titres pour un concert qui se conclue avant 22h. Et un Living after midnight un peu déplacé (il est 21h45…), mais la fête continue. Le public patiente dans les gradins, la salle toujours plongée dans le noir… L’espoir d’un nouveau rappel avec l’apparition de Glen Tipton ne durera pas… Les lumières se rallument et le public a du mal à partir.

Vraiment, ce soir, Judas Priest a donné un de ses meilleurs concerts auxquels j’ai assisté depuis longtemps. Et, contrairement à ce que j’écrivais l’été dernier, le groupe n’a pas dit son dernier mot. Et l’affiche avec un gigantesque « The Priest will be back ». Vivement la suite!

Merci à Olivier Garnier, Roger et Fabienne Wessier et toute l’équipe de Gérard Drouot Production.

HIGH ON FIRE: Electric messiah

Heavy metal, USA (SPV, 2018)

Rugueux, sale, franc du collier… Electric messiah, le nouvel album des Américains de High On Fire, frappe fort. La voix enfumée de Matt Pike fait de ce huitième album (eh, oui! le groupe s’est formé à Oakland, en Californie, en 1998) un condensé de lourdeur et de brutalité contenues. Proche de ‘esprit enfumé et stoner, les 9 titres de ce disques entraînent l’auditeur dans un univers électrique et presque oppressant. « Presque » parce que l’envie de taper du pied est omni présente. C’est la grande force des Spew from the earth, Sanctionned annihilation et autres God of the godless (réfléchissons un instant au sens profond de ce titre, voulez-vous?). Direct et brutal, cet album, sorti en octobre 2018, ne fera pas passer High On Fire au statut de valeur sure, mais le confirme parmi les challengers les plus sérieux et déterminés du genre qu’on espère vraiment voire franchir un pallier. Metal up!

OVER NEMESIS: Wink

Heavy metal, France (Music records, 2018) – sorti le 31 août 2018

A la première écoute de Wink, ma réaction ne se fait pas attendre longtemps: ok, c’est du metal, mais le mec, ben il hurle… Encore un… Et puis, une seconde écoute, après avoir lu le dossier de presse qui précise que Over Nemesis, inspiré par le hard des années 70 à 90, s’adresse aux fans de Led Zeppelin, Black Label Society et Black Stone Cherry. Allez, second essai. Le morceau introductif est simple, le batteur frappant ses cymbales à la manière d’un John Bonham, puis, la guitare heavy et déterminée de Vault of blindness fait écho avant que ne résonne le chant rageur de Nicolas, fondateur du groupe. 70’s? Bof, mais le propos est si heavy et direct que je me laisse entrainer. Et puis vient ce Mario & Sergio aux relents d’un AC/DC doublé de Nirvana, la guitare évoquant Hell’s bells et le chant, un Cobain torturé. Puis Accross the star me surprend: le morceau démarre avec une cloche. ENcore, me dis-je? Je reviens en arrière, puis débute chaque morceau pour me rendre compte de cette originalité: chaque chanson de Wink débute avec cette même cloche, fil conducteur de cet ouvrage finalement plus que sympathique. Les guitares sonnes comme celle d’un certain Zakk Wylde, les rythmes sont variés, les riffs rageurs et entraînant. Difficile, au final, de ne pas se laisser emporter par ce tourbillon efficace qui laisse une joli place à la mélodie et à la puissance. A découvrir, il est encore largement temps.

 

BACK IN TIME: IRON MAIDEN

Heavy metal, Royaume-Uni (EMI, 1980)

Le 14 avril 1980, apparaît dans les bacs un visage inhumain, qui va rapidement devenir le symbole de ralliement de toute une génération de headbangers… Originellement destiné à représenter les punks, et déniché par hasard par Rod Smallwood, Eddie the ‘ead illustre la pochette du premier album éponyme d’Iron Maiden, lequel précède Saxon (qui vient de publier Wheels of steel) dans les charts en arrivant numéro 4. Rien, absolument rien, n’a été laissé au hasard, et l’on peut même se demander si l’ordonnancement des morceaux n’a pas été travaillé avec au moins autant d’attention : le titre introductif, Prowler (le rôdeur) doit-il nous faire comprendre que nos nuits seront désormais hantées par Eddie ? Que penser alors de la conclusion, Iron Maiden, dont le refrain n’est autre que « Iron Maiden’s gonna get you, wherever you are » ? Steve Harris est déterminé à imposer son groupe partout, et, de ce point de vue, l’entente avec Rod Smallwood, éternel manager aujourd’hui encore présent, est parfaite ; le manager du groupe n’a, lui non plus, rien  laissé au hasard puisque le contrat que Harris and Co. ont signé avec EMI concerne pas moins de cinq albums dont trois fermes. D’après Rod, ce détail était une obligation afin que la maison de disques s’engage réellement pour soutenir Maiden. Trop de groupes voient leur avenir corrompu du fait d’un engagement limité à un seul disque… ce qui ne force pas les responsables commerciaux à s’engager plus avant dans la promotion de jeunes artistes, aussi talentueux qu’ils puissent être. Ce premier album d’Iron Maiden, produit par Wil Malone dont l’enregistrement s’est effectué au studio Kingsway de Londres, mêle allègrement puissance (Phantom of the Opera, Prowler), douceur (Remember tomorrow), instrumentaux (Transylvania) et hits potentiels (Running free, Iron Maiden).Bref, de véritables perles classiques du metal nouveau. Même si le leader avoue être loin d’apprécier le son de ce disque, trop éloigné de ce qu’il attendait. D’une certaine manière, la production imparfaite (qui provoque la colère d’un Steve Harris insatisfait), avec ses relents punk crades, participent à sa légende. Tant mieux.

 

THE IRON TROOPERS

Heavy metal, France (Autoproduction, 2018)

Les Orléanais les connaissent bien No Mad Musik, ceux qui animent diverses soirées, Tribute et autres concerts, dans la région. Et toi, lecteur, ne sera guère surpris de le lire: The Iron Troopers est un tribute band à la vierge de fer, Iron Maiden, donc, monté par une bande de potes passionnés. Le line up? Dans le rôle de Bruce Dickinson: Arno Walden. Steve Harris: Fred. Dave Murray et Adrian Smith : Chris Dannacker et Nono (non, pas celui-là…). Enfin Nicko Mc Brain is Thomas Lemaire. On ne s’étonnera pas, au vu du track-listing principalement axé sur les années 80 – une exception avec Speed of light – de l’absence de clone pour Jannick Gers. Les Troopers s’amusent avec ce disque à reprendre, live en studio, de grands classiques de Maiden: The trooper, The number of the beast, Waysted years, The evil that men do et Powerslave sont ainsi proposés dans des versions brutes. Les guitares craquent tout en respectant les partitions d’origine presqu’à la note près, et l’on se prend à headbanguer et taper du pied. Maintenant, sans se prétendre Dickinson, le chant d’Arno Walden est puissant mais parfois limite. Peut être veut-il trop en faire et perd en efficacité ce qu’il pourrait gagner avec plus de simplicité vocale. La saturation des guitares, aussi, me gêne. Même si les moyens techniques sont d’un autre niveau, ce côté direct manque quelque peu de finesse alors que les mélodies de guitares maideniennes sont essentielles au son du groupe. Ce disque, sympathique mais sans autre prétention, est  cependant celui d’un groupe qui se fait plaisir, et c’est bien là le principal! Pas facile d’être (l’un des – très – nombreux) Tribute bands d’une des plus grosses légendes du Metal que la Terre ait portée!

Interview: ANVIL

Interview ANVIL. Entretien avec Lips (chant, guitare). Propos recueillis au Trabendo de Paris le 25 février 2018

Jamais trop tard pour bien faire, dit-on? Ben tant mieux, car bien c’est au mois de février que cet entretien avec le furieux leader d’Anvil a eu lieu. Pounding the pavement est encore chaud, alors retrouvons Anvil en interview avec un Lips en pleine forme juste avant de rencontrer, pour la toute première fois de l’histoire du groupe, son public parisien!

Metal-Eyes :Lips, merci de me recevoir jsute avant votre concert de ce soir. Nous allons parler de votre album, de scène et de Anvil, naturellement ! Pounding the pavement est sorti il y a un mois. Quels sont les premiers retours que tu en as ?

Lips : J’en sais rien ! Comment le pourrais-je ?

Metal-Eyes :En lisant les critiques….

Lips : Je ne lis pas la presse ! La presse ne signifie rien pour moi, absolument rien ! ça a toujours été comme ça ! depuis 40, ça ne veut absolument rien dire, ça n’a jamais rien changé, et il en sera sans doute toujours ainsi !

Metal-Eyes : Le titre de votre album peut avoir plusieurs significations…

Lips : Hein ?

Metal-Eyes : Oui, en français, « battre le pavé » peut aussi faire référence aux prostituées qui arpentent le trottoir…

Lips : Non, non ! Faire le trottoir ? Non, fuck ! C’est incroyable ce que les gens peuvent avoir l’esprit tordu ! C’est tellement à côté de la plaque, je ne peux pas le croire ! Aw ! Battre le pavé signifie simplement que tu va chercher du boulot. C’est aussi simple que ça ! C’est ce que ça veut dire, je ne sais pas où tu es allé chercher cette idée… Quoi ?

Metal-Eyes : Ben, c’est aussi ce que font certaines, arpenter les rues pour bosser…

Lips : Ce que ça veut dire, c’est comme le VRP qui vend des aspirateurs au porte à porte. Tu vas de porte en porte pour essayer de vendre ton truc. C’est en gros ce que nous faisons, on le fait depuis 40, du porte à porte, de club en club, de ville en ville, tenter de convaincre les gens que nous sommes suffisamment bons pour qu’ils achètent nos CD, t-shirts et pour qu’ils viennent  à nos concerts.

Metal-Eyes :Anvil a toujours été considéré comme un porte-parole du heavymetal classique, voire du speed metal, mais les temps ont changés en 40 ans. Alors, sans refaire l’histoire du groupe, quelle a été votre évolution entre vos deux derniers albums.

Lips : Un grand cycle… On a commencé en n’ayant pas idée de ce qu’on faisait, on a fait un paquet de découverte accidentellement exprès, avons développé un public, pas reconnu ce que nous avions créé… Des membres du groupes ont perdu de vue qui et ce que nous sommes, ont créé des tensions, sont partis, ne laissant que Robb (Reiner, batterie) et moi. Tu sais, notre guitariste originel a voulu s’approprier le crédit de « l’importance » qu’avait pris le groupe sur les 3 premiers albums sans pour autant prendre une once de responsabilité d’avoir tout foutu en l’air… Les bonnes choses mais pas les mauvaises ! Tu as le choix entre bosser avec Johnny Z., le patron de Megaforce, ou avec David Krebs, qui s’occupait de Scorpions, Aerosmith… Eh bien, tu ne vas pas t’acoquiner de ce genre de type qui s’occupe de Scorpions ou Aerosmith si tu fait du heavymetal ! Ce mec ne savait même pas qui diable nous étions. Tu te retrouve sur scène à jouer 666 et le mec vient te voir en disant « vous n’allez nulle part avec ça ! » Maintenant, 40 ans plus tard, devine quelle chanson a servi dans le film qui a fait un carton (The story of Anvil, 2008) ? 666 ! Ouais, on va nulle part avec ça ! Le guitariste à l’époque… on devait écouter tout ce qu’il disait : il nous a mis sur des dates avec Bryan Adams et Aerosmith, nous dit « voilà ce qu’on doit devenir » Hein ? Quoi ? A ce même moment, Johnny Z. prend des paris en signant Metallica, Anthrax, Testament et tous ces groupes de metal ! Il voulait signer Anvil, mais Dave ne voulait pas bosser avec lui ! Il a quitté le groupe, mais avant ça, a tout saboté. On a pu jouer avec Aerosmith devant des responsables de label, et le mec se défonçait sur cette putain de cocaïne, l’alcool, baisait n’importe où et… s’est planté en foutant en l’air toutes nos opportunités. Mais ça, il n’en assume rien ! Maintenant, on fait ce qu’on souhaite faire ! C’est pour ça que je parle de cycles : aujourd’hui, je sais exactement ce qu’on doit faire et avec qui le faire !

Metal-Eyes : Mais tu es toujours resté le même ?

Lips : Oui, et maintenant, en gros, on continue dans l’esprit dans lequel nous avons débuté, et on fonce. C’est ce que je fais !

Metal-Eyes : En 1983, Anvil connaissait une popularité similaire à celle de Metallica. Comment expliques-tu ces succès opposés par la suite ?

Lips : Parce que, entre 1983 et 1987, il n’yavait pas de disque ! Au moment le plus important de notre carrière, lorsque nous devrions proposer de nouveaux disques, partir en tournée, on fait quoi ? On reste assis et on ne fait rien ! On fait quoi ? On prépare un disque qui n’aurait jamais dû arriver. Et au moment où sort cet album, ce n’est pas le bon type de disque ! On peut toujours voir les choses avec du recul : ce qu’on aurait dû faire, c’est se séparer de cette mauvaise graine (Dave Allison), et si nous voulions avoir un second guitariste, aller chercher quelqu’un comme Marty Friedman, ou avoir un second lead guitariste comme nous l’avions fait pour l’album Worth the weight, et sortir ce disque au lieu de Strength of steel !

Metal-Eyes :Strength of steel, c’était votre choix ou vous avez subi l’influence de gens extériers?

Lips : On a été influencés ! Par David Krebs, et par Dave Allison qui a tout foutu en l’air ! C’était contre ma volonté… Tout était contre moi, j’avais à faire face à une mutinerie. Et j’avais le choix entre partir – ce que mon premier  label m’encourageait à faire : « barre toi et monte un nouveau groupe » ! – ou continuer et sombrer avec le navire. Eh bien, j’ai sombré avec le navire !

Metal-Eyes : Parce que tu en es le capitaine.

Lips : J’en suis le capitaine et… Que pouvais-je faire? Je les ai laissé monter à bord.

Metal-Eyes : Tu as sombré avec le navire, cependant, tu n’a jamais fait machine arrière.

Lips :non!

Metal-Eyes: En 2008, il y a eu le film The story of Anvil. Ressentez-vous encore les effets que ce film a eu sur votre carrière ?

Lips : Oh, bien sûr… Tu vois, ça fait partie d’un tout. Quand tout a merdé dans les années 80, je me suis dit que je continuais, que je savais ce que je devais faire et comment le faire. Je me disais qu’un jour, un de mes fans allait grandir, devenir un responsable de maisons de disques ou quelque chose, et que j’allais enfin signer un contrat, que tout irait mieux, plus tard. C’est ainsi que je voyais les choses. Je sais que je suis un bon, très bon compositeur, je savais ce que j’avais en moi, ce que j’ai créé, ce qui est à moi que personne ne peut avoir : ma voix, mon jeu de guitare, tout cela est vraiment unique et, au bout du compte, ce sera reconnu. Si je travaille suffisamment et que j’en suis vraiment convaincu, c’est ce qui se passera ! Je raconte tout ça à Johnny Z. sur un parking et il me dit que je suis complètement dingue. « On cherche d’autres gars et on met le feu maintenant ! » Mais je ne pouvais le faire à ce moment, il fallait que je laisse toute cette tension retomber. Finalement, ce gamin qu’on a rencontré en 1992 au Marquee de Londres devient… scénariste pour Steven Spielberg. 25 ans plus tard, il revient dans ma vie et me dit « je vais faire un film ! » Moi ? « Bingo !Voilà le gars que j’attendais!” Ce que je disais à Johnny Z. s’est produit ! Et pas seulement ça, mais ce gars est allé voir Johnny Z., lui a parlé et Johnny Z. est dans ce putain de film ! Tout arrive pour une raison… Le film a-t-il eu un impact ? Oui, je le savais, même avant qu’il ne soit tourné ! Aussitôt que le réalisateur a dit – et on ne parle pas d’un rigolo avec une caméra vidéo, on parle d’un mec qui travaille à Hollywood ! – dès qu’il a dit on le fait, je savais que mon moment était enfin arrivé ! ce qui est triste en revanche, c’est le fait que les gens sont stupides, le grand public est vraiment stupide : ils viennent nous dire que la seule raison pour laquelle on est célèbres c’est le film… Allons ! La raison pour laquelle je suis connu, c’est la musique ! Il n’y aurait jamais eu de film s’il n’y avait pas d’abord eu la musique ! C’est clair, non ? Mais c’est facile à oublier parce que les gens oublient le passé, ils ne voient que le présent… Et ils ne regardent pas plus loin que ça ! Maintenant… après le film, le groupe serait mort sur place s’il n’avait pas de crédibilité. Si nous n’étions pas un bon groupe, notre histoire serait morte aussi rapidement que le film est arrivé. Mais ce n’est pas le cas. Nous sommes sortis, avons tourné et battu le pavé comme jamais nous ne l’avions fait de nos vie ! Le groupe est aujourd’hui 10 fois plus important qu’il ne l’a jamais été, même au plus haut des années 80 ! Ce qui est génial pour moi ! Ça ne pouvait tomber à un meilleur moment, dans le sens où… je ne peux plus aller bosser comme livreur, c’est fini, mon dos est flingué, je ne peux plus faire ce genre de boulot ! j’en ai fini avec ces boulots, mais ce avec quoi je n’ai pas fini, c’est le rock n roll. Tu n’en finis jamais ! Tu le fais, jusqu’à ta mort ! Maintenant, je finis par faire ce que j’étais supposé faire. J’ai dû emprunter cette route difficile – qui n’était pas si difficile… Ce qu’elle m’a apporté ? Une famille, ma propre maison, la sécurité pour le reste de ma putain de vie. Il y a des musiciens qui peuvent travailler une vie entière sans jamais rien obtenir ; J’ai tout obtenu, alors il n’y a aucune amertume.

Metal-Eyes : Je n’entends aucune amertume…

Lips : Non, non… Je veux simplement que le message soit clair : le groupe ne s’est pas planté parce qu’on était mauvais, le groupe s’est planté parce qu’on s’est fait baiser. Baisés comment ? Venons-y : en 1982, Attic records a vendu nos droits à un label français, je ne sais plus lequel. Ils ont pressé, piraté, des centaines de milliers de picture discs de Hard and heavy et Metal on metal, les ont distribués à travers la planète sans nous verser un putain de centime ! Anvil a vendu des centaines de milliers d’albums qui n’ont jamais été comptabilisés.

Metal-Eyes : C’est vraiment l’histoire d’Anvil…

Lips : Oui, et personne ne peut dire qu’on pue et qu’on n’a jamais rien vendu, rien de tout ça n’est vrai. Ce sont des faits !

Metal-Eyes : Comment expliques-tu le fait de n’avoir que rarement joué en France, et jamais à Paris ?

Lips : Peut-être qu’il y a un rapport avec ces bootlegs ? Peut-être que les gens dans ce business, ici, en France, sont des branleurs malhonnêtes…J’en sais rien, pour tout te dire. Mais j’ai une punaise dans les fesses qui me gêne, et qui m’a gêné pendant des années : on a signé des dates un bon nombre de fois, et elles ont été annulées. Pourquoi ? Je n’en sais rien.

Metal-Eyes : Mais ce soir, vous êtes ici…

Lips : Nous sommes ici, j’en suis reconnaissant et super content, et je vais donner au public ce qu’il est venu : un spectacle que personne ne sera prêt d’oublier ! C’est ce qui va se passer ! (rires)

Metal-Eyes : Il y a deux ans, vous étiez censés jouer à Paris, mais encore une fois, ça a été annulé, mais pas la date de Lyon… Tu te souviens de la raison de l’annulation…

Lips : Non… Il y a toujours une raison, mais on ne me la donne jamais. En 1983, on devait déjà jouer au Moulin Rouge avec Overkill… Ça avait aussi été annulé ! Je ne sais pas si on déjà joué à Paris ! En 1982, on devait ouvrir pour Accept ! La veille du concert, un des gars d’Accept est tombé de scène et s’est cassé la jambe ! Ce concert aussi a été annulé ! Malchance, j’en sais rien !

Metal-Eyes : Tu a vécu beaucoup de choses avec Anvil, quels sont encore tes rêves de réalisation avec Anvil ?

Lips : il ne s’agit pas de savoir ce dont je peux rêver ; tous mes rêves sont devenus réalité, tout ce que je voulais est arrivé. Si je meurs demain, ça roule. Ma place est un bon endroit, j’adore ce que je fais et je profite de chaque instant de ma vie, à 100%.

Metal-Eyes : Si tu devais choisir une chanson de votre dernier album pour expliqer aux gens ce qu’est Anvil aujourd’hui, ce serait laquelle ?

Lips:Doing what I want !

Metal-Eyes : Pour quelle raison ?

Lips : Parce que je fais ce que je veux ! (rires)

 

BLAZE BAYLEY live à Orléans (Blue Devils, le 6 avril 2018)

Est-ce une bonne chose de transiter par un groupe comme Iron Maiden ? Blaze Bayley et sa bande investissent ce soir le Blue Devils à Orléans, un resto rock doté, au sous sol, d’une salle de concerts de 200 places environs. Comme il le rappellera en fin de concert, depuis son départ de la vierge de fer avec qui il n’a enregistré que 2 albums, Blaze a offert 10 disques à ses fans. Mais toujours l’ombre de la vierge de fer plane. Le nombre de T-shirts floqué Iron Maiden est impressionnant, et je suis même surpris de voir un fan vêtu d’un blouson « Trooper beer ». Comment, Blaze peut-il trouver son envergure si ses « fans » ne rapportent son histoire qu’à ses 4 années passées avec Steve Harris ? Il s’en est passé des choses depuis ! Lire la suite

JUDAS PRIEST: Fire power

Heavy metal, Royaume-Uni (Columbia, 2018)

J’ai tellement lu, ces derniers temps, sur les webzines ou la presse écrite que « The Priest is back! » que j’en arrive à me méfier. Ce Fire power, nouvel album des metal gods est-il vraiment à la hauteur des rumeurs? Bien sûr, le groupe avait satisfait une grande majorité de fans avec, pour le sixième live Battle cry, le retour aux manettes de Tom Allom, producteur des plus grands albums du Priest au cours des années 80, de British steel à Ram it down. L’annonce de sa nouvelle collaboration en studio pour ce Fire power ravive forcément de nombreux souvenirs et fait naître de grands espoirs. Et si Judas Priest n’a rien à prouver depuis longtemps, force est de constater que ce nouvel opus est d’une puissance remarquable et à toute épreuve. 14 titres – ou 13 plus un interlude – variés dans l’historique esprit des Anglais, un son remarquable et une créativité intacte. Du morceau titre, qui ouvre les hostilités avec rage et fureur au final d’une inquiétante douceur Sea of red, rien, absolument rien, n’est à jeter. Si Evil never dies ralentit le tempo, il est forgé dans un esprit lourd et oppressant. Never the heroe se fait plus chantant et est une invitation à trépigner en headbangant. On s’attarde volontiers sur ce Necromancer varié pour retomber dans la lourdeur chantante de Children of the sun. Guardians propose un court interlude avant l’explosion de Rising from the ruins au riff mélodique imparable. La suite pourrait se radoucir, mais le Priest n’en fait rien, ni sur Bolt thrower – qui n’est pas un hommage au groupe du même nom – ni même sur Traitor’s gate qui monte en puissance. Lone wolf – qui n’a rien d’un hommage au groupe français du même nom – est peut-être le titre le plus faible du lot mais propose cependant des guitares différentes de ce à quoi le Priest nous a habitués. Avec Fire power, Judas Priest revisite son parcours sans toutefois donner l’impression de nous offrir un album testamentaire. Même si, on le sait maintenant, c’est Andy Sneap qui jouera à la place de Glenn Tipton de plus en plus affecté par la maladie de Parkinson. Fire power est un album à classer aux côtés des British steel, Screaming for vengeance et autres Painkiller. Un must qui fait dire que, oui: « the Priest is back! »

Interview: DISCONNECTED

Interview DISCONNECTED. Entretien avec Ivan (chant). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 9 mars 2018

 

Metal-Eyes : Commençons par une question traditionnelle. Ou moins traditionnelle puisque je vais en changer : devine quelle est la première question que je vais te poser…

Ivan : Euh… « Comment es-tu rentré dans le groupe ? » ou « d’où vient le nom du groupe ? », j’hésite entre les deux…

Metal – Eyes : Ou, plus simplement : raconte-moi l’histoire du groupe…

Ivan : Ah, d’accord ! L’histoire du groupe démarre bien avant moi puisque je suis arrivé dans l’aventure fin 2016. Elle débute en 2012 avec Adrian qui monte ce projet, qui écrit des titres et qui veut monter son groupe avec des idées assez hétéroclites, musicalement parlant. Pendant des années, il galère à trouver des gens qui ont la possibilité de s’investir, et qui ont la compétence pour s’investir à un certain niveau. Compétence musicale et artistique de jouer ce que lui compose. Pendant un an, un an et demi, il galère pour trouver un « bon » chanteur, en tout cas un chanteur qui correspond à ce que lui attend, si bien qu’il s’est demandé s’il allait voir à l’étranger. C’est là qu’intervient notre lucky charm, François-Maxime Boutot, qui est le réalisateur et mixeur de l’album et qui me connaissait par d’autres biais. Il lui a conseillé de le contacter. A ce moment-là, j’étais en fin de course avec mon groupe précédent, Heavy Duty, qui sortait un troisième album, Endgame, en octobre 2016. Adrian me contacte donc à ce moment, et comme on avait du mal à tourner, que l’album ne prenait pas trop, qu’on était un peu en fin de vie, et comme je n’aime pas trop m’éparpiller, je me suis dit que j’allais écouter ce qu’il me propose. Et ça m’a séduit tout de suite.

Metal-Eyes : Donc la fin d’un groupe pour démarrer avec un nouveau.

Ivan : Ben, pas vraiment la fin, parce que Heavy Duty existe toujours. Mais malheureusement on a fait le tour de la question : en 6 ans d’existence et 3 albums sortis avec eux, on n’a pas réussi à faire monter le truc de manière à pouvoir investir dans un nouvel album, tourner… On n’a malheureusement pas rencontré notre public. Forcément, l’activité devient moindre et on a plus de temps pour faire d’autres choses. Et comme j’ai l’habitude de m’investir à 100% dans ce que je fais, j’ai senti que je pouvais le faire pour Disconnected, avec qui je me suis donc engagé à 100%.

Metal-Eyes : Ce premier album est donc le début d’une aventure qui a mis du temps à se créer.

Ivan : Tout à fait, oui. Maintenant, c’est le vrai début de vie du groupe puisque, encore, on n’a eu le line-up du groupe « définitif » que récemment puisqu’un des guitaristes est parti et a été remplacé par un autre. Certains n’ont pas enregistré sur l’album. Il n’y a que Aurélien, Adrian et moi. Maintenant on est au complet avec une belle, belle équipe.

Metal-Eyes : Justement, ce qui me surprend en prenant le livret c’est qu’il y a une photo avec 5 personnes et seuls 3 noms sont cités…

Ivan : C’est ce que je te disais. En fait, il y en a un qui a changé. Romain ne fait plus partie du groupe, et on lui souhaite tout le meilleur, d’ailleurs. Il y a un nouveau guitariste, Florian Merendol, qui vient de rejoindre le groupe et Romain, le bassiste est arrivé peu de temps avant l’enregistrement parce qu’on a été plantés par l’ancien bassiste peu de temps avant d’enregistrer. Du coup, Adrian a dû acheter une basse et enregistrer les parties de basse, parce que, sinon, ça allait tout reculer pour la sortie de l’album, et on ne pouvait pas se le permettre.

Metal-Eyes : Et la photo avec les 5, c’est d’actualité ?

Ivan : C’est d’actualité moins un.

Metal-Eyes : Parlons un peu de l’album maintenant. Il débute avec Living incomplete qui est très heavy, avec un chant très rugueux, extrême, même, et le disque se diversifie ensuite avec des tonalités complètement différentes. Qu’avez-vous voulu mettre dans ce disque ?

Ivan : Adrian c’est quelqu’un de totalement libre artistiquement parlant. Il a pas mal d’influences, mais c’est un mec qui écoute aussi bien Architects en boucle que, par exemple, Alter Bridge dont il est ultra fan. C’est même son groupe de référence. Du coup, il ne s’est rien interdit, il a fait ce qu’il voulait, et moi, j’ai eu carte blanche au niveau de ce que je voulais apporter en terme de voix. J’y suis allé franco, je me suis fgait plaisir dans tout ce que je sais faire…

Metal-Eyes : Ca va de l’extrême à la pop, il y a des choses qui évoquent Muse, par exemple.

Ivan : Carrément ! Clairement, notre univers il est là-dedans. Un peu dans un mélange entre Gojira, Deftones, Alter Bridge, et des influences prog, ou djent, parfois, avec des choses un peu plus compliquées rythmiquement. Ce que j’ai voulu apporter, c’est ma conception un peu catchy de la musique, parce que je viens de ça, je suis très fan de groupes comme Stone Sour, ou Five Finger Death Punch que j’ai toujours aimé. Et j’aime bien le côté « refrain qui te reste dans la tête ». Mais la musique d’Adrian est beaucoup plus compliquée, donc, du coup, j’ai résussi à trouver une place, qui va un peu parfois, dans une certaine complexité mais qui ramène les choses dans le domaine de la « chanson », c’est-à-dire avec des vrai couplets, des refrains, des ponts, etc.

Metal-Eyes : Et avec des progressions. Wounded heart, par exemple, commence de façon assez légère et termine de manière plus brutale.

Ivan : Il fini très fort, oui, exactement.

Metal-Eyes : Le chant est pareil ; il est doux au départ et termine growlé. J’imagine qu’il y a une vraie volonté de vous démarquer avec ce type de « comportement » ?

Ivan : C’est pas une volonté de se démarquer mais de rester honnêtes par rapport à l’ouverture qu’on a avec la musique. C’est-à-dire qu’on ne fait pas les choses par calcul mais par sentiment, par résonnance émotionnelle, avec Adrian. Il arrive avec un titre, il le fait évoluer de cette manière sans se dire « tiens, je vais rajouter tel plan parce que machin n’aurait pas fait comme ça… ». C’est la musique qui lui vient de manière intuitive. Il a ça en lui, et moi, quand je compose mes lignes de chant, je me laisse porter par l’ambiance qu’il a développée, et j’apporte ma patte et ce que je pense être la bonne ligne vocale, le bon sentiment à exprimer par rapport à l’ensemble.

Metal-Eyes : Il doit y avoir des discussions entre vous, des choses que l’un ou l’autre ne veut pas…

Ivan : Il y en a eu, mais il n’y a pas eut beaucoup de moment où on a fait fausse route l’un par rapport à l’autre. On a travaillé de la manière suivante : quand je suis arrivé, il avait déjà les titres, tout pré produits. Il me les envoyés, j’avais donc tous les morceaux avec les orchestrations, et je posais mon chant en yaourt avant de lui renvoyer. A chaque fois, dans ses retours, il y avait plus des ajustements que des remarques négatives du style « oh, ça, ça ne me plais pas ». C’était plutôt « là, cette partie gueulée, tu pourrais peut être la transmettre de manière plus mélodique », etc. En fait, il y a vraiment un truc qui s’est passé entre nous, en tant que créateurs de musique, de très fort. On est… Je sais pas, il y a vraiment quelque chose qui s’est créé entre nous, quelque chose de fort.

Metal-Eyes : Comment travailles-tu ton chant, justement ?

Ivan : Déjà, la voix, c’est mon gagne-pain. Je fais entre 80 et 100 concerts par an, pas du tout dans ce registre là, mais dans celui de la pop et autres. Je travaille beaucoup en région parisienne, à l’étranger, dans le sud de la France. Je suis habitué à faire de longues sessions de chant, et ça, ça me fait beaucoup travailler ma voix. Après, plus spécifiquement pour le metal, je travaille notamment les voix saturées ; je pense d’ailleurs que j’ai bien évolué entre Heavy Duty et maintenant, et j’arrive du coup à obtenir des colorations différentes, un peu plus chargées, qui tirent vers des choses plus lourdes, par exemple les growls que je faisais beaucoup moins avant.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de White colossus pour décrire ce qu’est Disconnected à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel ?

Ivan : Ah… That’s a tough question… (en anglais dans le texte) Je pense que je retiendrais justement White colossus. Parce qu’il a ce côté ambiant qui est le fil rouge de l’album, il a un côté rythmique à la fois complexe et groovy, et, au niveau de l’expression vocale, entre les parties finales un peu screamées, la voix parlée, oppressante qu’il y a sur le pont, je trouve que ça représente bien le groupe. Quand je fais écouter un morceau à des gens, c’est souvent celui-là. Sans être le plus simple de l’album, il reste assez représentatif de ce qu’on aime faire.

Metal-Eyes : Vous avez des projets de scène ?

Ivan : Oui, l’album sort le 23 mars, et ce même jour on fait une release party à La Chappelle Argens à Troyes, avec Melted Space et un autre groupe troyen, Insolvency, très bon, aussi. On a une résidence toute la semaine dans la salle où on va faire une créa lumière et son. On veut avoir un package et un truc qui se tient de bout en bout pour le spectateur. On a voulu travailler aussi bien au niveau de l’univers sonore que visuel. Après, on adhère ou pas, c’est autre chose. On va travailler de la même manière pour la scène : on a un gars attitré pour le son, un autre pour les lumières, on travaille déjà ces aspects. On va mettre tout ça en place pendant ces 3 jours de résidence, faire ce concert où on attend pas mal de monde, et ensuite, on va rapidement annoncer une date sur Paris courant mai, avec Base prod, et deux autres groupes parisiens. L’étranger, aussi, mais je n’en dis pas plus pour l’instant. Pour avoir connu d’autres groupes où ça ramait, je peux te dire qu’il se passe des choses pour Disconnected !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Disconnected ?

Ivan : Ah… C’est une bonne question ça ! Ce qu’on dit, en général, c’est « Stay disconnected ». Mais ça peut être trompeur, parce que ça peut vouloir dire l’inverse de ce qu’on souhaite faire passer : cet album, il est dans le concept de la déconnection des gens par rapport à la réalité de la vie. Mais être « disconnected », pour nous, c’est garder cette liberté de faire ce qui nous tient à cœur, et aux tripes et de rester honnêtes avec cette démarche, ne pas se laisser phagocyter par ceux qui nous disent ce qu’il faut faire pour que ça marche. On veut juste rester honnêtes avec ce qu’on propose, de le faire, de le proposer aux gens et aller au bout de notre idée, sans en dévier.