Concerts from home: TRUST

Puisque nous sommes privés de concerts depuis trop longtemps et pour une durée indéterminée, Metal Eyes a décidé de revisiter certains albums live avec cette nouvelle rubrique « Concerts from home ». De grands classiques intemporels à des témoignages plus « locaux » ou intimistes nous pourrons ainsi nous replonger dans le bruit et la fureur de ce qui fait notre monde, sillonner le monde des décibels et du fun sans avoir, puisque de chez nous, à nous soucier de gestes barrières. En attendant de nous retrouver devant les scène locales ou d’arenas. Enjoy!

 

Il est sans doute temps de rendre hommage à l’un des groupes français les plus influents de tous les temps. Trust est donc à l’honneur pour ce troisième volet de la rubrique Concerts from home avec son second live – le premier chronologiquement. Retour sur une époque explosive et révolue.

 

TRUSTTrust (Epic, 1992)

1980, la France cède sous le poids des mastodontes du rock qui, cette année-là, publient des classiques par palettes entières. Trust n’est pas en reste proposant un Répression qui confirme plus encore que son premier remarquable album paru l’année précédente et qui vient d’être certifié or, sa place en tête des groupes de rock français. Place uniquement disputée par un Téléphone également au mieux de ses capacités. Avant même la sortie de ce second album qui, rapidement, deviendra majeur et historique (cf le dossier 40 ans de Répression), Trust se lance dans une tournée qui le voit sillonner la France de long en large, de haut en bas et en travers du 7 juin (Créteil) au 6 décembre (Lyon) avec quelques longues pauses. Comme d’autres avant lui, Trust enregistre certains de ces concerts sans, pourtant, qu’un live ne soit prévu. Sur la route avec Dennis Weinrich, leur producteur d’alors, Trust capte les dates de Nice (23 et 24 octobre), Nantes (29 novembre) et Lyon (6 décembre). Le résultat est sans appel : aucun live ne témoigne de cette tournée. Les bandes, en effet, restent coincées dans les locaux du label Epic sans que personne ne s’en soucie. Ni n’y pense, d’ailleurs. Jusqu’à ce que quelqu’un aille fouiller dans les tiroirs « dans le sous-sol d’un immeuble à Neuilly » comme l’écrit Bernie dans le livret du CD. Il faut en effet attendre la fin de l’année 1992 pour voir apparaître ce témoignage de ce que fut Trust en 1980 : une machine de guerre. Entre temps, le groupe de Bernie aura eu le temps de se dissoudre (1985) avant de se reformer le temps de deux dates en ouverture d’Iron Maiden à Bercy, dans le cadre des Monsters of rock de 1988 et de proposer son tout premier album live, Paris by night, fin 1988 (chronique à venir aussi). De se dissoudre de nouveau… Mais Trust est entré dans les mémoires collectives et la sortie de cet album live auto intitulé fait écho. Bernie (chant), Nono (guitares) et Vivi (basse) se voient contraints, en août 80, d’accueillir Kevin Morris à la batterie en remplacement d’un Jeannot démissionnaire. C’est ce quatuor qui enregistrera donc ce qui deviendra ce live, accompagné, également, d’un second guitariste, Moho (après un passage éclair de Thibault Abrial en ce même mois d’août). C’est donc un quintette que captent les micros de Dennis Weinreich lors de ces 4 dates. Le résultat est explosif : Trust, accompagné de celui que Bernie appelle tendrement « Dynamite » (son public) démonte tout sur son passage. La hargne de la jeunesse, l’envie et la détermination de vaincre et de s’imposer font le reste : Trust est vrai, donne tout ce qu’il a dans sa position de pas encore « star », se livre et se met à nue, brut, sans fioritures. Démarrant avec Darquier, peu connu du grand public car « face B » d’un 45t du premier album, ses deux disques sont passés en revue avec force et détermination. Mieux, au milieu des classiques que sont désormais les Bosser 8 heures, Préfabriqués, Police milice, Antisocial ou Fatalité (oui, à l’évidence il manque L’élite…), Trust propose également une nouveauté, Les brutes, qui figurera sur son futur album, ainsi que, hommage évident à Bon Scott, Problem child et Live wire (AC/DC). 14 titres qui, parfois, craquent (l’usure de bandes mal ou pas entretenues), mais qui, toujours, montrent un Trust au mieux de sa forme, un Trust en train d’écrire l’histoire. Douze années auront été nécessaires avant que le grand public ne puisse découvrir ces enregistrements. D’autres ont depuis suivi, célébrant avec, sans doute, moins de bonheur, cette période, faisant de ce live un must du rock hard pas seulement français. Un monument, tout simplement.

Hommage à Martin BIRCH

Martin Birch – photo: ?

Martin Birch, un des plus importants producteurs de l’univers hard rock/metal est décédé le 9 août 2020 à l’âge de 71 ans.

Né le 27 décembre 1947 à Woking, ville située au sud ouest de Londres et aujourd’hui connue pour abriter, entre autres, les usines de l’équipe McLaren, Martin Birch grandit avec le rock, milieu dans lequel il évolue en tant qu’ingénieur du son puis producteur à part entière.

Ses premiers faits d’armes marquants sont signés avec Deep Purple. Si le mythique groupe anglais est producteur de certains de ses albums mythiques, Martin Birch est crédité en tant qu’ingénieur du son sur rien moins que Concerto for group and orchestra,  Machine Head, In rock ou Burn. Des albums qui lui permettent, à la fin des années 70, de se faire un nom et une réputation.

Ritchie Blackmore l’embarque dans ses valises lorsqu’il forme Rainbow dont il produit le premier album Ritchie Blackmore’s Rainbow en 1975, avec Ronnie James Dio au chant. Il s’occupe également des albums suivants, produisant Rising, l’immense double live On stage et le fabuleux Long live rock ‘n’ roll qui marque le départ de Dio pour Black Sabbath.

Entre temps, Martin Birch suit David Coverdale dans son projet Whitesnake dont il produit le tout premier essai, Snakebite, en 1978, avant de s’attaquer aux albums suivants. Impossible de ne pas citer les œuvres indispensables que sont Trouble ou Lovehunter, deux albums de heavy blues chaleureux qui arrivent en pleine vague punk… Mais ce sont surtout les années 80 qui vont en faire le producteur incontournable qu’il devient rapidement. Sa carrière continue, bien sûr avec Whitesnake, dont on retiendra le sublime double Live… in the heart of the city, et les albums studio Ready and willing, Come and get it, Saints and sinners ou le plus « discutable » Slide it in.

Revenons à Dio et son intégration au groupe de Tony Iommi: Martin Birch transforme, au tout début des 80’s, la bête Black Sabbath en un monstre d’efficacité avec deux albums, une fois encore, indispensables: Heaven and hell et Mob rules. Deux « petites » collaborations qui poussent Black Sabbath au panthéon du rock avant que le départ de Dio ne voit le groupe se perdre…

Comment, aussi, passer à coté de sa collaboration, sa complicité même, avec Iron Maiden? Le groupe de Steve Harris lui accorde sa confiance dès 1981 et son second album, Killers. Birch ne quittera plus les manettes du son de la vierge de fer en engendrant une palette d’hymnes du genre jusqu’au début des années 90 . Soit la période la plus créative du groupe, celle de ses classiques incontestés: The number of the beast, Piece of mind, Powerslave, Somewhere in time, Seventh son of a seventh son, No prayer for the dying (le moins bon de tous, sans doute…) et Fear of the dark, sans oublier deux live, le chef d’oeuvre Live after death et Live at Donnington. Bref, toute la première période « dickinsonnienne ». Ainsi que toute celle avec Adrian Smith…

Si la carrière de Martin Birch semble notamment marquée par ses collaborations avec des groupes anglais, d’autres lui accordent également leur confiance, à l’instar des Américains de Blue Oÿster Cult qui semblent chercher un second souffle. Le groupe fait donc appel au producteur très en vue pour son album de 1980, Cultösaurus erectus, et le rappelle pour le suivant, l’année suivante, pour Fire of unknown origin. Un univers quelque peu différent qui pourtant séduit le public.

Il collabore également avec l’ange blond, surdoué de la guitare, Michael Schenker et son MSG pour qui il produit le troisième album, Assault attack, en 82, mais ce sera là leur unique collaboration.

Martin Birch aura illuminé de son les années 80. il décide de prendre sa retraite en 1992 après avoir finalisé son travail avec Iron Maiden pour Fear of the dark. Pour eux comme pour d’autres, après son passage, plus rien ne fut comme avant. Tous les groupes qui ont collaboré avec Martin Birch ont vécu avec lui leur moments de plus grande créativité. Passer après Birch? Une tâche plus que compliquée, semble-t-il.

Merci, Martin, si tu nous as quittés, ton oeuvre, elle, sera là pour l’éternité. RIP.

ALCATRAZZ: Born innocent

USA, Hard rock (Silver Lining, 2020)

Lorsqu’on évoque Alcatrazz, on pense soit à la prison d’où « on ne s’évade pas », une île à quelques encablures de San Francisco – mais suffisamment éloignée des terres et cernée de courants forts et contraires pour décourager les meilleurs nageurs – une prison désormais devenue lieu de visites touristiques, soit au groupe fondé au début des années 1980 par Graham Bonnet, chanteur passé au sein du Rainbow de Richie Blackmore ou du MSG de Michael Schenker. La première mouture du groupe avait accueilli un jeune Yngwie Malmsteen, prodige de la guitare devenu référence de nombreux six cordistes, amateurs ou professionnels. Mais avec un line-up instable, et malgré 3 albums de qualité, jamais Alcatrazz ne réussit à franchir le cap des challengers. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, Graham Bonnet reprend son micro et s’entoure d’une équipe efficace avec laquelle il propose, 34 ans après le dernier album studio, Born innocent, un album qui fleure bon le bon vieux temps. Celui où les manches de guitares déversaient un flot de notes et de mélodies, où le chant signifiait quelque chose, où l’efficacité et l’attitude primaient sur le reste. Les 13 titres de ce nouvel album renouent avec ce passé lointain mais pourtant si familier et proche. C’est sans doute la seule faiblesse de ce disque varié, à la production irréprochable: être trop nostalgique, proposer une musique quelque peu datée. Mais la voix de Bonnet est bluffante, tout comme le jeu de Joe Stump, un guitariste à suivre de près. La mélodie omni présente et le refrain qui fait mouche parviennent aisément à faire de cet album « sans prétention » un moment de plaisir simple et intense. Ne vous attendez pas à une révolution, Born innocent entre simplement dans la catégorie des albums rafraichissants. A l’image du sourire que Bonnet affiche dans le livret intérieur.

DEF LEPPARD: The early years 1979-1981

Hard rock, Angleterre (2020) – Sorti le 20 mars 2020

« Enfin! » dirons certains dont je fais partie. Enfin Def Leppard se souvient d’avoir eu une vie avant Pyromania! Et le prouve avec la sortie de ce sublime coffret The Early years 1979-1981. Sublime tant par son contenu que par son contenant. Jugez plutôt: d’un format de 24 cm – à mi chemin entre le CD et le vinyle, ça va pas être facile de lui trouver une place dans la discothèque – ce coffret propose 5 CD présentés dans un fourreau sobre et joliment illustré ainsi qu’un livre de 42 pages richement agrémenté de photos et documents d’époque. Les fans et amateurs se délecteront aussi – surtout – de ces documents sonores que nous offrent Joe Eliott, Rick Savage et Rick Allen, les 3 membres du groupe d’alors (OK, il y avait Frank Noon au tout début…). Si l’on redécouvre avec plaisir les deux premiers albums originaux remasterisés en 2019 (On through the night, 1980, et High ‘n’ dry, 1981) et la puissance qui s’en dégageait alors, on découvre avec un bonheur réel ces raretés, voire ces inédits présents sur les 3 autres disques. Tout d’abord, When the walls came tumbling down, un live explosif enregistré à Oxford en 1980. 16 titres – dont certains qui figureront sur le second album mais ne sont pas encore finalisés – interprétés par de jeunes affamés, menés par une paire de guitaristes incisifs et agressifs. Un groupe qui a envie d’en découdre sur scène…Ensuite, Too many jitterburgs, un album de raretés. On y retrouve les titres du Def Leppard Ep de 1979 ainsi que des versions de travail de certains morceaux qui atterriront sur le premier album et autres pépites. Si certains de ces morceaux ont déjà fait l’objet d’une réédition (The Def Leppard Ep figurait déjà dans le premier volume du coffret de l’intégrale du groupe (consacré aux années 80 et paru en 2018) et d’autres furent des bonus, la plupart restent méconnus du grand public. Une belle occasion de se rattraper. Enfin, Raw nous propose 3 documents enregistrés par l’incontournable BBC (deux sessions de 79 et le Reading festival de 80).  Alors bien sûr, on pourra se plaindre des doublons que représentent les 3 premières productions avec le coffret mentionné, mais c’est bien là le seul reproche à faire.  Car, dans l’ensemble, ce coffret et les 64 morceaux proposés se déguste de bout en bout et rappelle à quel point Def Leppard avait de quoi figurer en haut du podium aux côtés de vous savez qui. Un must incontournable pour tout fan digne de ce nom qui ne se lassera pas de découvrir et redécouvrir ces classiques du genre.

TRUST: 40 ans de Répression

Quel amateur de hard rock couillu peut-il, en France tout du moins, passer à côté de Répression, le second album de Trust passé depuis de nombreuses années au rang d’album de légende, de référence ultime ? Le 30 mai 2020, Trust pourrait célébrer en grande pompes le quarantième anniversaire de ce pilier du rock français, paru, donc, le 30 mai 1980. Mais ne le fera pas, le groupe regardant plus l’avenir que le passé.

 

Metal Eyes a pourtant voulu regarder dans le rétro et comprendre la genèse de cet album toujours aussi efficace et actuel quatre décennies plus tard. De longs échanges avec Vivi, le bassiste d’alors, vous permettront de découvrir les secrets de la naissance de Répression.

 

Première question : à quand dater cette genèse ? Arbitrairement, j’ai décidé de retenir l’intégration de Vivi qui arrive au sein de Trust en mai 1979, au moment de la sortie… du premier album. Ray, le premier bassiste de la bande, a en effet décidé de céder sa place pour s’occuper des affaires du groupe sur la route en prenant le poste de tour manager.

 

Enter, donc, Yves Brusco dit « Vivi », qui est alors bassiste au sein de Volcania, formation avec laquelle il enregistre un unique album teinté de punk, L’agression. Il rencontre les membres de Trust lors d’un concert donné « au Swing Hall, un club situé dans les Halles de Paris. Le seul public présent était Bernie, Nono, Raymond, Jeannot (ndMP : respectivement chant, guitare, basse et batterie soit Trust au complet) et leur manager. Ils avaient bien aimé notre set et après, on a fini au bar et nous sommes devenus potes ». Lorsque Ray décide de quitter son poste, après avoir toutefois enregistré le premier album c’est naturellement que Trust fait appel à Vivi, qui n’hésite que peu, Volcania stagnant sans entrevoir d’avenir. Un point qui pèse dans la balance du choix est avancé par Nono : le fait que Vivi chante, ce que personne dans le groupe, hors Bernie naturellement, ne fait et qui peut apporter une touche supplémentaire.

 

Le premier album de Trust paraît le 28 mai 1979 avec le succès que l’on connaît. La force de ses morceaux emblématiques (Bosser 8 heures, L’élite, Police milice, Préfabriqués ainsi que la reprise de Ride on d’AC/DC) propulse le groupe aux premières loges du rock français, aux côtés des Téléphone, Starshooter et autre Océan. Vivi est ainsi embarqué sur les routes avec deux premiers concerts donnés à Aubenas en Ardèche (le 1er juin 1979) et Vic Fezensac dans le Gers (le 2 juin) ville en fête où « les seuls commerces ouverts sont des bars ». Premiers concerts, premiers souvenirs, voire premières peurs aussi comme l’explique le bassiste : « Little Bob Story joue avant nous, pendant leur show, un mec défoncé arrive à monter sur scène, s’agrippe à un câble qui soutient une Genie-tower d’une dizaine de mètres, déséquilibre la structure et la tour s’effondre avec ses projecteurs dans le public » faisant quelques blessés, sans gravité, heureusement.

 

Il n’y a pas encore de tournée cependant, seuls quelques concerts ci-et-là (Mulhouse, Nantes, Le Mans) avant de donner un premier show à Paris, au Bataclan, le 26 juin. La salle est comble, un signe, mais le groupe ne le prend pour rien de moins qu’un autre concert. Après deux concerts donnés début juillet (le 6 à Saint Auban, dans les Alpes Maritimes et le 7 à Tonneins dans le Lot et Garonne), Trust bénéficie de quelques semaines pour pouvoir composer son second album. Le quatuor investit les studios EAB à Mesnil le Roy, dans les Yvelines. Si, nous le verrons à la sortie de l’album, les titres sont signés Bernie et Nono, la composition se fait sous forme de jams. Un riff de Nono permet à tous de développer la structure et les bases du morceau. C’est pendant cette période que le premier album devient disque d’or (soit, à l’époque 100.000 exemplaires vendus).

 

Ce n’est qu’en fin d’année 1979 que le groupe enfile les kilomètres, sillonnant la France de long en large en donnant une quarantaine de concerts entre le 29 septembre à Annecy et le 30 novembre à Roubaix. Le groupe tourne intensivement, les salles se remplissent. Il y a un intérêt pour Trust que Vivi décrit simplement : « Les salles grossissent en capacité ainsi que l’engouement du public, l’album commence à bien fonctionner, on ne s’en rend pas trop compte, notre plaisir c’est d’être sur scène et d’envoyer. » Chaque région est visitée, Amiens, Metz, Strasbourg, Orléans, Rennes, Saint Malo, Lyon, Dijon… Trust s’offre également une première escapade de l’autre côté de la frontière avec deux concerts donnés les 1er et 2 décembre en Belgique (à Schaerbeck puis à Charleroi) qui viennent clore cette première vraie tournée, scellant l’intégration de Vivi. Quand je lui demande si le groupe est alors dans le trip « sex, drugs and rock n roll », sa réponse est claire : « Oui, on s’amuse bien ; imaginez un groupe dans ses débuts qui passe la majeure partie de sa vie sur les routes, ce n’est que du bonheur ». Ah ! Insouciance de la jeunesse…

 

L’année 1979 cède le pas à une nouvelle décennie. Pour Trust, 1980 débute avec deux concerts spéciaux : le premier au Pavillon de Paris le 12 janvier dans des conditions un peu particulières. Le quatuor y joue pour la première fois 5 morceaux du futur album. Comment réagit alors le public à l’écoute des Au nom de la race, Mr Comédie, Saumur, le Mitard et Passe ? « Les titres sont super bien passés, se rappelle Vivi, mais cette journée fut un peu floue. Le concert a failli être annulé cinq heures auparavant, une bataille juridique s’est engagée entre l’organisateur de spectacle (NdMP : KCP) et la maison de disque pour que le concert ait lieu, (il y avait) 12 000 personnes devant la salle qui attendaient l’ouverture des portes. » Et si certains pourront s’étonner de ne pas voir Antisocial à cette liste de nouveautés, c’est simplement que le titre n’existe pas encore…

Le second concert se tient le 24 janvier à la maison d’arrêt de Fleury Mérogis. « C’est Philippe Adler – journaliste qui écrivait dans Rock & Folk (entre autres) qui nous a fait part de cette possibilité. » Pourquoi pas, mais les autorités pénitentiaires doivent imposer des consignes particulières…  Pas vraiment, selon le bassiste pour qui « à part avoir des papiers en règles pour pénétrer dans l’enceinte, la seule consigne était qu’il serait bien de ne pas jouer quelques titres un peu trop subversifs (Police Milice, etc). »

 

Après ces deux dates, Trust se prépare à rejoindre, début février, Londres pour y enregistrer son nouvel album. En 1980, les conditions financières n’ont rien de commun avec aujourd’hui. Les labels financent généreusement les groupes qu’ils produisent et dans lesquels ils croient. Si Vivi ne se souvient pas du budget exact – Bobby Bruno, l’intransigeant et efficace manager du groupe doit garder ces données quelque part – cela « englobait séances de studio (nous y étions à demeure, personne d’autre n’y enregistrait), hôtel, bouffe, argent de poche (Per diem) » (« par jour »). Cependant, la veille de leur envol pour la capitale anglaise, Trust joue 5 titres au théâtre de l’Empire, alors connu pour abriter les émissions dominicales de Jacques Martin (rappelez-vous L’école des fans). Bosser 8 heures et L’élite du premier album y côtoient trois nouveautés encore inédites : Fatalité, Le mitard et Mr Comédie, tous enregistrés dans le cadre de l’émission Chorus, animée sur Antenne 2 par Antoine de Caunes et Jacky (souvenez-vous, oui, le rouquin foufou avant qu’il ne rejoigne le Club Dorothée). Après leur diffusion le 10 février 1980, ces images resteront inédites jusqu’à la parution du CD/DVD Le Best of publié en 2008 par Sony BMG.

 

Trust investit donc les Scorpio studios de Londres jusqu’à la fin du mois de février. Les lieux sont connus de Bernie, Nono et Jeannot qui y avaient travaillé le premier album sous la houlette de Dennis Weinreich en qui ils replacent leur confiance. Cependant, ce dernier n’agit pas comme un producteur au sens classique du terme. Il respecte l’essence de ce qu’est Trust et se charge de mettre chaque chanson en son, dispensant parfois quelques idées. Mais c’est bien d’un travail commun qu’il s’agit.

 

Le Scorpio sound studio est situé dans le quartier londonien de Camden, à Euston road. Il est localisé au rez de chaussée d’une tour. Les lieux ne sont pas grands « mais l’acoustique était très bonne. » De plus, hasard des calendriers, le groupe croise aussi le chemin de Bon Scott, sur place en repérage pour l’enregistrement du futur album d’AC/DC. Il s’attèle à la traduction des textes de Bernie car, comme le rappelle Vivi, « nous avions l’intention de traverser les frontières, donc une version anglaise s’imposait, les textes de Bernie avaient un sens. » Bon Scott assiste en partie aux sessions d’enregistrement et est même celui qui suggère, alors que le titre a pris spontanément forme en répétition, l’idée des chœurs finaux sur Antisocial.

 

Si les autres membres de Trust connaissaient déjà l’Australien, Vivi le rencontre et le découvre. Des liens se nouent aussi autour d’une pinte : « Je ne parlais pas un mot d’anglais à l’époque, mais dès qu’on avait bu deux, trois pintes au pub du coin on se comprenait. » C’est d’ailleurs au cours de ce séjour au Scorpio sound qu’est enregistré, le 13 février 1980, ce qui va devenir un document demeuré inédit jusqu’à sa publication en 2000 : « nous étions en train d’enregistrer quand Bon est passé nous voir la première fois. Nous l’avons aperçu à travers la vitre qui nous séparait de la cabine et nous avons stoppé net, Bon est rentré dans le studio pour nous dire bonjour et c’est à ce moment que Nono a entamé Ride on et, comme par magie, Bon est venu au micro avec Bernie et a commencé à chanter ; cela n’était pas prévu bien sûr. C’est pour cette raison qu’il manque le début du titre, car l’ingénieur du son Dennis Weinreich a été surpris et a appuyé sur record pour immortaliser ce moment. » – Ce document a fait l’objet de deux singles édités en promo à 500 exemplaires chacun, donc, difficilement trouvables.

 

A Londres, Trust s’occupe également de la pochette de l’album et fait de nouveau appel à Herb Schmitz qui avait réalisé les clichés genre taulards d’alors et photo d’identité d’aujourd’hui, des musiciens sur le verso du premier album. Pour le nouvel album, toujours sans nom au moment du shooting, il organise la session dans son studio de Londres et propose de faire poser le groupe, avec une sorte d’effet miroir. Ce que l’on pourrait prendre pour la laque du plateau d’un piano est en réalité un artifice : « ce sont des grands rouleaux de papier réfléchissant posés sur des tréteaux tout simplement. » Idem pour la photo verso montrant le groupe avec une bande de potes : « Nous ne connaissions pas ces personnes. Ce sont juste les clients présents dans ce bar punk, qui ont accepté de poser avec nous. »

 

Plus tard, Trust reçoit la visite surprise de toute l’équipe de CBS, venue lui remettre son premier disque d’or, récompensant les ventes du premier album.  Ce n’est qu’au matin du 19 février, après une nuit de fête bien arrosée que le groupe apprend la nouvelle de la mort de Bon Scott. Cette tragédie a-t-elle eu un impact sur la suite de l’enregistrement ? « Non, l’album était bien avancé. Nous sommes rentrés à Paris pour faire un break et sommes revenus à Londres pour le mixage de l’album. »

 

De retour en France, Trust donne quelques concerts, participant notamment au festival Europe rock 80 au Pavillon Baltard de Nogent sur Marne, un temps pensé pour accueillir des concerts parisiens de moyenne capacité. A l’affiche de ces 8 concerts se trouvent, parmi d’autres, Bernard Lavilliers, Starshooter, Téléphone ou Joe Jackson. Le 15 mars, Trust y dévoile cinq nouveautés – seul Bosser huit heures est extrait du premier album – et joue pour la première fois un Antisocial encore inconnu du public. Un public très réceptif, notamment, grâce au « premier album (qui) avait beaucoup de succès ; naturellement, l’audience était très bonne ».

 

Ce sont ensuite deux dates parisiennes que s’offre Trust. Tout d’abord, le 3 avril, un passage au mythique Golf Drouot, salle qui a vu défiler tout ce que la France a pu faire de mieux en matière de rock, de Johnny Halliday à Eddy Mitchell et ses Chaussettes Noires, en passant par Ange, Magma, Little Bob, Bijou et tant d’autres. Le lendemain, Trust investit le Bataclan. De rares concerts qui permettent sans doute de mettre en place la tournée annoncée dans des conditions réelles. Tout comme son passage au tout jeune Printemps de Bourges qui, pour sa 4ème édition, accueillent les Parisiens le 11 avril. Une date qui peut marquer pour d’autres raisons : « c’est très loin dans mes souvenirs, c’était sous un chapiteau, je me souviens d’une rencontre avec Coluche, une photo existe ».

 

Trust s’offre par la suite quelques escapades hors de nos frontières. L’Italie est visitée lors de deux concerts à Milan et Rome (22 et 23 avril), la Suisse l’est quatre jours durant (du 1er au 4 mai) ainsi que la Belgique, à trois reprises (les 9, 10 et 15 mai) – « C’était les débuts du groupe à l’étranger ; super l’Italie, un public très rock ! ». Autant de concerts grandeur nature et annonciateurs de ce qui va suivre. Trust se permet toutefois de tester, quelques jours avant la sortie de Répression, le public hexagonal au cours de 6 concerts entre le 17 et le 24 mai.

 

 

Avant la sortie de Répression – le titre a été enfin dévoilé – le monde du hard rock voit cependant apparaître une tonne de nouveautés, de groupes déjà en place (Black Sabbath, Scorpions, Van Halen) ou plus récents, parmi lesquels se distinguent Saxon, Iron Maiden, Def Leppard, Angel Witch ou Samson. Le rock dur semble vouloir reprendre ses droits tandis que le punk des Pistols semble s’essouffler. Il y a, en tout cas, une scène vivace, explosive et un public demandeur et de plus en plus présent. Les mois qui suivent confirmeront d’ailleurs cet engouement populaire pour ce renouveau métallique avec d’autres sorties non moins remarquables (Whitesnake, Blue Oÿster Cult, AC/DC, Thin Lizzy, Status Quo, Motörhead chez les anciens, ainsi qu’une palette de jeunes loups que sont Girlschool, Accept, Samson, Diamond Head, Tygers Of Pan Tang, ou encore le retour de certaines gloires telles Michael Schenker Group ou Ozzy Osbourne). Pourtant, Trust est centré sur son nouveau bébé sans porter une attention particulière à ce qui est en train de se passer.

 

La sortie de Répression est planifiée au 30 mai 1980. Il y a un signe qui ne trompe pas, selon le bassiste : ce sont les nombreuses pré-commandes chez les disquaires. Un signe de bon augure. D’autant plus que, il faut le rappeler, il n’y a en France que 2 magazines rock (Best, assez généraliste, et Rock’n’Folk, qu’on le veuille ou non, plus élitiste), 3 chaînes de télé (TF1, Antenne 2 et France Régions 3, toutes nationales) et 4 stations de radio (France inter, RTL, Europe 1 et RMC). Rapidement, Trust bénéficie du soutien inconditionnel de Michèle Abraham qui s’emballe et diffuse dès que possible Antisocial sur les ondes d’Europe numéro 1.

 

Ce n’est sans doute qu’un détail, d’ailleurs le groupe en a changé depuis… Le grand public découvre le logo de Trust (cependant, il figurait déjà sur le 45 tours L’élite, paru en 79). Une signature plus « brillante » et peaufinée par un designer de CBS, son label. Vivi se souvient encore : « Pas d’informatique à l’époque, les pochettes étaient réalisées avec des calques superposés et du Letraset. »

 

Le public se rue sur Répression, album qui confirme tout le potentiel d’un Trust qui explose tout sur son passage. Répression, c’est 10 chansons, 10 titres aussi impeccables les uns que les autres. Bernie avait démontré avoir la langue bien pendue, et cette fois encore, il dit ce qu’il a à dire sur fond d’un rock teinté de punk, plus brut et direct, moins varié sans doute aussi, que sur le premier album. Baigné de blues et de rock, chacun des morceaux a sa propre identité. Les paroles toujours compréhensibles sont crachées à la face du monde par un Bernie aussi sec que les guitares de Nono qui devient rapidement le guitar hero made in France. Le modèle de toute une génération. La basse groovy de Vivi apporte une puissance et un rythme que soutien toujours Jeannot derrière ses fûts. Un groupe uni, au sommet de son art et de sa créativité. Politique, religion, police, société, tout y passe, y compris l’hommage à Bon Scott avec cette photo souvenir d’un temps suspendu qui figure sur la pochette intérieure.

 

Le premier single est aussi le morceau d’ouverture de l’album. Avec son riff immédiatement reconnaissable – qui devient rapidement aussi légendaire que ceux de Highway to hell (AC/DC) ou Smoke on the water (Deep Purple) – Antisocial se hisse rapidement au rang de hit incontournable. Il deviendra bientôt intemporel grâce à la puissance du riff, à l’entrain d’une rythmique d’une efficacité jamais prise en défaut et à cette gouaille…  Des éléments que l’on retrouve tout au long de Répression. Et cette fin, cette répétition de « An-ti-so-cial », savez-vous qui en a eu l’idée ? D’après Vivi, c’est Bon Scott qui a suggéré ces chœurs pour terminer le morceau. Impensable d’imaginer cet hymne s’achever sans faire participer le public avec ces quatre syllabes. On passera cependant sur la vidéo qui présente 4 garçons qui se veulent plus mauvais qu’ils ne le sont réellement, déambulant timidement dans cette casse automobile où ils semblent ne pas oser « casser de la vitre ». Reste que, avec ses textes de rebelle éternel, ce premier morceau fédère toute une génération qui trouve en Bernie, les chansons suivantes de l’album viendront vite confirmer cet état de fait, un grand frère qui dit tout haut ce que peu osent dire.

Comme dénoncer l’accueil réservé par notre beau pays à certaines personnes pas forcément recommandables. Mr Comédie dénonce les exactions commises par l’ayatollah Khomeiny, qui, avant de retourner prendre le pouvoir en Iran, a préparé la révolution islamique et la destitution su Shah d’Iran depuis la France qui l’a accueilli, hébergé et protégé. Quatre décennies plus tard, rien n’a vraiment changé (« Nouvelles dictatures, exécutions sommaires, les femmes doivent se voiler, la musique prohibée. Ils massacrent leurs frères, tout devient absurde ! »).

En empruntant son titre à l’ouvrage de Jacques Mesrine, Instinct de mort dénonce les violences policières et l’exécution, le 2 novembre 1979 en pleine rue, de celui qui fut l’ennemi public numéro 1. Ce titre est rapidement montré du doigt par certains comme prônant le monde criminel, faisant l’apologie des malfrats et voyous de tous rangs. Mais surtout, cette vindicte anti-policière dénonce ouvertement les conditions de vie carcérales déjà inhumaines à cette époque « dans cette prison modèle qu’est Fleury Mérogis. 5 par cellule, il reste une place pour ton fils ». Ce titre n’a pourtant pas été trop source d’inquiétude pour le groupe selon Vivi : « Rien de spécial, nous avons eu quelques soucis pendant nos concerts (grenade à plâtre lancée sur scène), mais rien de très grave. » Trust se veut d’ailleurs préventif en précisant que « Crois le la main tendue vaut mieux que les chaines, surtout quand tu es gosse, tu apprends vite la haine ».

Tout est dit dans le titre : Au nom de la race dénonce quant à lui le racisme ambiant. Sous toutes ses formes. Trust utilise ici un complément sonore que l’on trouvait déjà sur le premier album, une section de cuivres. Si seul Bimbo Acock jouait en 1979 sur Le mateur, ils sont cette fois 4 à souffler sur Au nom de la race : Bud Beadle, John McNicol et Peter Thoms, vraisemblablement des habitués des lieux, rejoignent Bimbo. Bernie y parle déjà de ces cités et de ces regards mauvais que la « bonne » société peut jeter à ceux qui y vivent.

Enchaînement avec Passe se révèle parfait puisque Bernie continue de prévenir l’auditeur qu’il n’est pas prêt à se taire : « J’ai tant de choses à dire, de zones à te décrire (…) Avec toute ma rage je parle de ceux de ma cage ». Cette cage qui pourrait être la cité HLM de Nanterre qui l’a vu grandir, ce qu’il semble confirmer en scandant que « le langage que je parle je l’ai appris dans ma cour. C’est mon environnement, les ordures et les gens ».

A l’époque de sa sortie, les plus anciens le savent…, il faut retourner le disque pour pouvoir écouter la suite. La face B commence avec cette autre claque dans ta face qu’est Fatalité, également second 45t (dont la face B est Passe). C’est un rock endiablé avec une intro au piano que ne renierait pas John Lee Hooker. Mais toute trace du pianiste de Fatalité a disparu tandis que l’on retrouve Bimbo Acock dans une folie au saxophone qui illumine ce titre qui, pourtant, traite d’un sujet grave : l’immobilisme ambiant face au désarroi des cités. Que des tranches de vie, en fait comme le rappelle Vivi : « c’était notre vécu dans nos banlieues. C’est encore pire de nos jours. »

Saumur arrive sur un rythme plus lent et bluesy. Bernie y vomit presque toute sa haine pour la ville du Cadre noir, ville dans laquelle, jusque-là, Trust n’a jamais joué. Qu’est-ce qui vaut un tel ressentiment, une telle haine de la part du chanteur ? Vivi se souvient encore : « Bernie n’avait jamais mis les pieds à Saumur, c’est lors d’une discussion dans un resto avec pote, journaliste à Rock and Folk, qui a raconté une époque de sa vie dans cette ville » qui semble avoir inspiré ce texte. Donc, « l’ami, celui qui m’a souri dans la vieille ville de Londres » n’est pas Bon Scott, comme on aurait pu le croire. Reste que Trust ne s’est pas fait beaucoup d’amis dans cette ville qui transpire la bourgeoisie étriquée sur laquelle flotte une aura passée de respect militaire.

Vient ensuite l’autre morceau de bravoure de Répression. Seul texte que Bernie n’a pas rédigé, Le mitard débute par la narration des mots écrits par Jacques Mesrine. Une narration triste et mélancolique que vient assombrir et alourdir la basse de Vivi avant que plus tard, bien plus tard, la guitare de Nono ne vienne déchirer l’air comme un cri de désespoir. Véritable poème carcéral dans lequel tout une génération peut aussi se reconnaitre – la prison n’est pas seulement faite de barreaux et de cellules – Le mitard inquiète autant qu’il fascine.

Et puisque les morceaux semblent faire appel les uns aux autres, Sors tes griffes continue de parler de la vie de taulard. Plus précisément, de toutes les difficultés qu’un ex-taulard pouvait rencontrer – et peut encore – sur le chemin de sa réinsertion. Tout semble fait pour l’empêcher de trouver une place dans la société. Là encore, le riff de Nono lacère l’air avec une rage et une férocité uniquement doublées par le phrasé tranchant et unique de Bernie.

Répression se termine avec le vindicatif et explosif Les sectes. Besoin de plus de précisions quant au thème abordé ? Speed et déterminé, il s’agit du morceau le plus violent de cet album qui reflète une saine colère contre toute forme d’embrigadement, religieux, sectaire, voire même idéologique au sens le plus large du terme et qui se réfère à la situation de l’époque : les adeptes de Krishna, reconnaissables à leur tenue orange, les illuminés disciples de Jim Jones, pasteur responsable d’un suicide collectif au Guyana. Un titre qui allume joyeusement ces illuminés : « Marche dessus ce sont des insectes, rien à voir dans ce monde d’allumés, ces larves ne sont pas à plaindre, cette vie de zéro, ils l’ont choisie » qui pourrait se résumer en cette simple question « quel est ton dieu quel est ton but ? » La conclusion est un énorme Et merde! doublé d’un éclat de rire aussi horripilant que démoniaque, digne d’un film d’horreur…

 

L’album se vend par palettes entières. Les précommandes ne suffisent pas à assouvir les besoins des disquaires. On peut imaginer que rapidement le quotidien des quatre musiciens a été bouleversé… « Cela se passait bien ; même les flics nous demandaient des autographes ! » se souvient le bassiste qu’on imagine sourire…

 

Répression, on le sait aujourd’hui, est un disque intemporel. Si Antisocial se révèle sans doute comme étant le titre le plus « personnel » de l’album, quand on se penche sur les autres textes, l’engagement est total, Bernie dénonçant et mettant le doigt où ça fait mal. Et l’on ne peut que déplorer que 40 ans plus tard, rien n’ait changé…  Des violences policières (Instinct de mort) qu’on retrouve démultipliées aujourd’hui (contre les Gilets Jaunes, les pompiers, les infirmiers récemment, faut-il le rappeler ?), à l’embrigadement religieux (Monsieur Comédie, Les sectes) qui se transforme de nos jours en un radicalisme religieux sans pareil dans nos cités et banlieues menant, entre autres, à des vagues d’attentats (tuant au nom d’un soi-disant dieu), au racisme et au communautarisme (Au nom de la race), phénomènes grandissant de manière indécente, ou à cette Fatalité, qui touche toujours les gamins (et adultes) des cités, les plus démunis qui errent dans les rues et qu’on regarde toujours aussi bien installés au chaud… Les noms ont changé, les situations ont, elles, empiré… Répression est 40 après sa sortie, toujours autant d’actualité qu’à sa sortie en 1980. Et toujours d’une aussi brutale efficacité.

 

Si quelques concerts sont donnés au moment de la sortie de Répression, un évènement vient cependant marquer de façon durable la vie du groupe : Jeannot décide de quitter le groupe début juin. Les raisons ? Le sujet est sensible ? Le bassiste reste en tout cas évasif : « C’est toujours pour des conneries qu’un musicien quitte son groupe. Quand nous n’étions pas en tournée nous passion notre temps à répéter et une sorte de lassitude peut s’installée. » Si l’on regarde de plus près les dates, la tournée était entamée, et le creux de dates entre le 25 mai et le 6 juin laisse croire que le batteur a pu partie sur un coup de tête. Et qu’il était absent lors de la sortie de Répression, forçant ainsi Trust à lui dénicher dans l’urgence un remplaçant. « L’heureux élu » se nomme Kevin Morris, qui restera jusqu’à la fin de la tournée au Danemark où le groupe joue au Rockslide festival le 27 juin. Les dates prévues au mois de juillet sont annulées et… Là, il faut suivre un peu, puisqu’il semble que l’un des premiers concerts de son remplaçant fut donné le 1er aout à Etaples (près du Touquet). Ce dernier fut rencontré à Londres, au Scorpio sound où Dennis Weinrich présente un certain Nicko Mc Brain à Trust. Mais voilà, le batteur retourne à Londres et est remplacé pour la suite de la tournée par… Kevin Morris recruté à l’origine à la suite d’auditions organisées au local de répétition d’Arcueil.

 

C’est donc Kevin Morris qui répète avec Trust pour le plus gros de la tournée. La période estivale est mise à profit pour que le groupe soit au carré. Bernie, Nono, Vivi et Kevin s’isolent dans le petit village de Wassy où ils trouvent résidence dans un club afin de préparer la tournée Répression dans l’Hexagone. C’est dans ce même secteur que seront tournés les clips de Répression et de Paris is still burning, future version anglaise de… nous y reviendrons ! C’est également à cette période que Trust devient quintette. D’abord rejoint par Thibault Abrial, bientôt remplacé par Moho « La venue de Moho apporte un plus au son du groupe, Moho est un excellent guitariste et un pote d’enfance de Nono. » L’apport d’un second gratteux ne peut que donner plus de relief et de puissance au groupe, en live en tout cas.

Le groupe repart sillonner la France entre le 1er octobre et le 6 décembre. Une tournée intensive quasi non-stop (une petite semaine de repos leur est accordée début novembre) qui part du nord du Pays (Amiens) pour se terminer à Lyon. Le public grossit, la Trust mania commence à se faire sentir. Nombre de concerts se donnent à guichets fermés. De ces derniers, deux choses sont à noter : en 10 jours, la ville de Nice, cité de retraités friqués, est visitée à 3 reprises… Alors quand on lui demande quelle était la relation de Trust avec la cité de la Promenade des Anglais, rappelant que c’est une ville dont Jacques Médecin, alors quasi éternel maire (élu depuis 1965), avait une réputation assez mafieuse… eh bien, Vivi se concentre sur le public plus que la politique : « Les concerts au Théâtre de verdure de Nice étaient chauds bouillants, un super public ! » On veut bien le croire sur parole ! Pourtant, Trust ne peut tourner partout où il le souhaite. Certaines villes ont-elles interdit des concerts ? « Certainement, il y a des villes où nous étions interdits de passage. Trust dérangeait ! »

La seconde chose qui marquera, ce sont ces dates de Nice (23 et 24 octobre), Nantes (29 novembre) et la dernière de Lyon (6 décembre) qui feront l’objet d’enregistrements. Des bandes dont nous reparlerons puisqu’un live ne fut publié que des années plus tard, en 1992.

 

Quelques jours après la fin de la tournée, le 15 décembre (bien qu’une autre date mentionne le mois de janvier 1981), le public voit apparaître dans les bacs Répression version anglaise. Tout est dit dans le titre, et l’objectif de cet album est naturellement de séduire le marché international. Les ambitions grandissantes de Trust sont naturelles. Si la musique est celle enregistrée à Londres, Bernie est allé capter cette nouvelle version au studio Miraval dans le sud de la France au cours des mois d’été. C’est Bon Scott qui s’est attelé à la traduction, ou plutôt l’adaptation des écrits de Bernie. Mais le sort a brusquement interrompu cette tâche et Bernie reste aujourd’hui encore persuadé que ces écrits ont été récupérés et cachés par le management d’AC/DC… Alors, c’est Jimmy Pursey, membre des keupons de Sham 69 qui s’y colle. Seul Le mitard reste en français, tandis que Saumur, étonnement, devient Paris is still burning, qui deviendra le nouveau single. Chose surprenante, la photo qui orne la pochette de ce 45t – qui montre Nono, Bernie et Vivi live, est identique à l’une des versions de l’album…  Mais surtout, pourquoi zapper Saumur ? Ben, pour la simple raison que, comme le résume si bien Vivi, « Personne ne connait Saumur à l’étranger. » Logique.

 

Cependant, alors que Trust est en pleine gloire, cette nouvelle version souffre d’une faiblesse énorme : le chant anglais passe beaucoup moins bien. Est-ce dû à l’accent franchouillard de Bernie ? Au fait que sa gouaille passe moins bien en anglais ? Ou encore au fait d’avoir enregistré seul, et n’avoir, par conséquent, pas pu retrouver l’énergie des studios londoniens ? Reste que Répression version anglaise constitue une carte de visite non négligeable pour séduire le marché international.

 

L’année 1980 se termine néanmoins avec un Trust au firmament. Sur le terrain du rock énervé made in France, seuls Téléphone, et, dans une moindre mesure, Océan jouent dans la même cour. Les premiers ont sortis leur troisième album, Au cœur de la nuit, le 20 octobre (il finira 3ème des ventes), précédé du film documentaire – mi live, mi interview – Téléphone public, réalisé par Jean-Marie Périer. Les seconds ont également occupé le terrain avec deux publications, leur second album connu sous le nom de Je suis mort de rire, et un album mi live mi studio intitulé A live + B. Mais Antisocial a profondément marqué les esprits et l’aventure Répression ne se termine pas avec l’année.

 

Aujourd’hui, personne n’en est plus surpris : début 1981, Trust se retrouve sans batteur. Le groupe se rend à Londres afin d’y organiser des auditions en vue de la tournée qui se prépare. Vivi se souvient : « Nous étions partis à Londres pour auditionner des batteurs, Nicko étant au courant il est passé nous voir.  A la fin de l’audition Nicko s’est mis à la batterie, on a jammé et c’était reparti ! Nicko est quelqu’un de très attachant, toujours le mot pour rire et un des meilleurs batteurs du monde. » Heureusement, le bassiste avait commencé à apprendre l’anglais, chose d’autant plus nécessaire que l’équipe technique est anglaise.

 

Nicko, le joyeux drille, se trouve ainsi embarqué dans la nouvelle aventure qui voit Trust sillonner le Royaume-Uni en première partie des jeunes loups d’Iron Maiden qui sortent leur second album, Killers. Pendant un mois, les Frenchies – ou, comme ils sont communément appelés outre-Manche, les « froggies » – séduisent un public avide de décibels et d’énergie. Le périple maidennien démarre le 17 février pour s’achever le 15 mars à Londres. Mais comment Trust s’est-il retrouvé sur cetet affiche ? « : On ne connaissait pas Maiden, ils venaient de sortir leur second album Killers. Ce sont les maisons de disques et notre management de l’époque en relation avec celui de Maiden, qui nous ont permis de participer à cette tournée. » Aussi simple que ça, et de cette tournée, on le sait, naît une grande amitié et un grand respect entre les deux groupes.

 

Pour dignement fêter cette première escapade britannique épuisante (24 concerts en 27 jours…), Trust investit le mythique Marquee dès le lendemain, 16 mars. Une salle mythique qui a vu les premiers pas de légendes telles que les Rolling Stones, David Bowie, The Police, The Who, The Cure, Jimi Hendrix, Pink Floyd, Joe Cocker… Malheureusement, il n’existe aucune trace audio de ce concert.

 

Si le printemps est assez calme, Trust donne toutefois quelques concerts : une soirée à Reims suivie d’un nouveau passage au Bataclan (20 et 21 mars 1981) avant de faire un saut de puce chez sa gracieuse Majesté les 28 mars (Leeds, en ouverture de Motörhead) et 29 mars à Londres (nouveau passage en tête d’affiche au Marquee). Des concerts donnés « juste le plaisir de jouer, nous demandions au management de nous organiser des dates hors cadre des tournées. »

 

Le public anglais est si réceptif au hard rock de Trust – la presse à même désigné son rock sous le terme de « Boogie with brain » – que les Français organisent, exploit unique en France, une tournée en tête d’affiche. Le rythme y est aussi effréné que sur la tournée Killers : entre le 22 mai (St Albans) et le 11 juin (Londres), ce sont pas moins de 18 concerts qui finissent de séduire nos voisins. Si Vivi conserve de nombreux souvenirs, la date de clôture au légendaire Hammersmith Odeon « reste un grand moment » . On peut l’imaginer, en effet (même si la date de Londres indique le Lyceum, salle tout aussi légendaire mais de moindre capacité et surtout située dans une autre quartier). Ces concerts ouvrent au groupe les portes du festival de Reading. Mais c’est une autre histoire… Car désormais stable, Trust envisage déjà, naturellement, de donner un successeur à Répression et profite de toutes ces dates pour tester un peu de nouveau matériel, toujours en compagnie de Nicko dont Vivi parle avec admiration : « Nicko a un jeu incroyable ; autant visuellement que rythmiquement, c’est un plaisir pour un bassiste de jouer avec lui, j’ai beaucoup appris. »

 

Répression est entré dans la légende. Il reste un album exemplaire et indispensable. Un disque, une période même, qui a permis à Bernie, Nono, Vivi, Jeannot, Moho, Nicko et Kevin de, comme le conclut Vivi, vivre « Une très grande période de notre vie, c’est comme un rêve d’enfant qui se réalise… » Un rêve qui a hanté nombre d’esprits et ouvert de très nombreuses perspectives au heavy rock hexagonal.

 

Une période qui refait surface douze ans plus tard lorsque parait un album live enregistré lors des dates de Nice, Nantes et Lyon. En 1992, en effet, le public peut découvrir ce disque noir témoignage explosif de cette période. 14 titres – plus une intro – dont le rare Darquier (face B du single Le mateur paru en 1979) et deux reprises d’AC/DC – Problem child et Live wire. D’une manière quelque peu étonnante, il ne figure que 3 titres de Répression (Monsieur Comédie, Fatalité et Antisocial). Mais le public peut également découvrir un nouveau titre, Les brutes qui figurera sur le futur album. Peu importe après tout, car ce live entre vite dans la catégorie des indispensables du genre. Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour le publier ? Les causes en sont principalement techniques, comme l’explique Vivi : « Effectivement, plusieurs concerts ont été enregistrés durant cette tournée et les bandes sont restées dans les locaux de CBS pendant des années. Les enregistrements se faisait en analogique sur des bandes magnétiques 24 pistes, qui avec le temps se dégradaient. Un mauvais stockage avait abîmé les bandes. A la première lecture sur un magnéto, l’oxyde de fer se décollait de la bande magnétique et s’accumulait sur les têtes de lectures. Il a fallu trouver un studio équipé de magnétos Studer qui permettait de lire une seule fois la bande et de la copier directement en numérique. » Ce qui explique sans doute l’absence de nombreux titres de Répression. Mais on ne se lasse pas de ce live, dernier vestige d’une époque révolue magique.

 

Merci à Vivi d’avoir apporté spontanément tous ces éclairages et répondu à mes nombreuses sollicitations et questions, ainsi qu’à Sabrina (Verycords) d’avoir tenté d’organiser une rencontre avec Nono, rencontre avortée à cause d’un certain confinement…
Source des illustrations (affiches, billets de concert, disques…): internet

 

 

Interview: STONE OF A BITCH

Interview Stone Of A Bitch : entretien avec Alice (chant) et Ludwig (instruments). Propos recueillis par téléphone, le 7 avril 2020.

Photo promo

 

Metal-Eyes : Stone Of A Bitch, j’ai connaissance de deux albums, mais pas de votre histoire. Pouvez-vous commencer par me la raconter ?

Alice : Le groupe vient du sud-est de la France, du côté de Nice. On s’est rencontrés sur un festival de musique auquel je participais avec un groupe de reprises. Ludwig faisait partie du comité d’organisation et s’occupait de beaucoup de choses et entre autre de musique. Ensuite, on a eu l’idée de monter un projet. C’est la naissance de Stone Of A Bitch, entre fin 2016 et début 2017.

Ludwig : Ça, c’est la genèse. Après ça, assez rapidement, on a commencé en acoustique avant de nous orienter vers l’électrique. Rapidement, on a confirmé qu’on voulait conserver le format de duo. Rapidement, on s’est retrouvés avec pas mal de chansons qu’on a packagé sous la forme d’un premier album en 2017. Un album tout noir avec nous dessus…

 

Metal-Eyes : Un album avec une tête de mort qui enlace une jolie nana assez 60’s… Cet album, je l’avais un peu égratigné à cause de l’accent anglais plus que de la musique. Comment définiriez vous la musique de Stone Of A Bitch pour quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Ludwig : On la qualifie de rock électro percussif. Parce qu’on est clairement dans un univers rock au niveau des sonorités, mais on veut aussi expliquer que tout le coté percussions de cet album est issu de machines, de séquenceurs. « Rock électopercussif », ça englobe assez bien notre méthode de fabrication.

Alice : Je confirme. On s’est nous-mêmes collé cette étiquette parce que, au contraire de certains groupes qui annoncent « duo » sur leur album et qui, une fois sur scène, se retrouver à 3, 4, 5 voire parfois plus, nous, on s’est lancés le défi de réaliser à deux le son que tu entends sur album.

 

Metal-Eyes : Ça veut dire qu’il y a des machines qui interviennent et que certaines personnes pourraient éventuellement remettre en doute le côté live…

Alice : Alors… oui, à partir du moment où ils voient des machines ils peuvent penser que c’est du pré enregistré. Mais j’utilise des samplers, des séquenceurs, des synthés, mais c’est moi qui reste aux commandes de la rythmique et de tout ce qui est fond sonore.

 

Metal-Eyes : Vous venez de sortir un second album, IntimAlicious. Comment analyseriez-vous, l’un et l’autre, l’évolution de Stone Of A Bitch entre ces deux disques ?

Alice : Déjà, IntimAlicious, c’est un voyage dans l’intimité d’Alice. Avec cet Ep, on s’est focalisés sur le personnage d’Alice, les menaces qui pèsent sur elle, et sur sa manière de les appréhender et d’y faire face. Ça s’est ressenti, évidemment dans notre musique, avec des sonorités, des mélodies plus sombres.

Ludwig : D’un point de vue technique, musical, entre ces deux disques il y a aussi eu la tournée qui a beaucoup influencé sur la partie dont on a travaillé cet album, qui a changé le format des nouveaux titres. C’est-à-dire qu’on les a vraiment travaillés pour la scène en termes de tempo, de rythmiques, de riffs. Ça a forcément eu un impact sur la façon dont on l’a construit, sur les nouvelles structures, les nouvelles sonorités. Et je pense qu’il y a aussi un effet, c’est qu’on voulait montrer qu’on construits aussi ces sons sur scène. Ça, ça veut dire aussi passer par des machines, et qui dit machines, dit ajouter des couches de sons qui ne laissent pas d’ambiguïté sur le fait qu’on travaille avec des machines. On introduit donc du nouveau matériel sur ce second disque, la méthode a évolué, les machines, on les emporte sur scène et on interagit beaucoup plus.

Alice : Il y a plus de liberté d’expression, de construction en live avec le nouveau format qu’avec l’ancien.

Ludwig : ça se prête plus au jam, aux échanges… On peut faire durer ; il y a des passages, si ça se passe bien sur scène avec le public, on peut les faire tourner. On fait plaisir, à nous et au public.

Alice : On se laisse cette liberté d’improviser, en fait

 

Metal-Eyes : Je vois d’autres choses aussi avec cet album, un parallèle – ou plutôt un perpendicularisme – avec votre premier disque : vous passez du noir à des couleurs plus claires, de jour, d’un duo sur la pochette à quelqu’un seul sur la plage (c’était avant le confinement…) Sur le premier, on te, voit, Alice, fumant une cigarette, et là, tu es entourée de crabes. Un rapport avec le cancer, l’évolution d’une certaine forme de maladie ?

Alice : On peut y voir ça, bien sûr, on peut y voir ce qu’on veut… Les crabes représentent toute forme de menace, pas seulement la maladie. Des menaces environnementales, venant d’horizons et d’univers différents. Alice, elle est là, au milieu de tout ça et on n’arrive pas trop à savoir si elle a conscience ou pas de ce qui se passe autour d’elle. Comment elle va faire face à tout ça, le vivre ? Est-ce qu’elle va l’encaisser et l’enfermer au fond d’elle, l’extérioriser en se battant bec et ongles, avec une certaine forme de colère…

Ludwig : Je crois qu’au fil de notre parcours de conscientisation, chacun franchit, à un moment, une étape, et réalise qu’on n’est que le maillon d’une chaine. On peut parler d’un éco-système, peut-être, mais il y a aussi cette idée que son innocence est menacée.

 

Metal-Eyes : C’est ce qu’on retrouve aussi au travers des textes, cette idée de menace…

Ludwig : Absolument. Et, d’une certaine manière, la pochette du premier album voulait aussi dire ça. Qui est la menace pour l’autre ?

 

Metal-Eyes : Pourquoi avoir choisi le format Ep, alors que le premier était un album ?

Ludwig : L’Ep c’est un super format pour pouvoir explorer « en vertical » la palette sonore. Moins de titres, mais plus de recherche…

Alice : Peut-être aussi plus de mouvement au sein même d’un titre.

 

Metal-Eyes : Il y a effectivement une belle variété au travers de ces cinq titres. Et, Alice, là où je t’avais égratignée au niveau du chant en anglais, j’ai été très agréablement surpris par l’évolution de l’anglais qui est beaucoup plus fluide et passe-partout.

Alice : Ah, c’est donc toi qui m’avait démontée (rires) ?

 

Metal-Eyes : C’est agréable de constater cette évolution. Après tout, si vous choisissez de chanter en anglais, ce n’est pas pour vous contenter du marché francophone, c’est aussi pour aller voir ce qu’il se passe à l’étranger…

Alice : C’est ta critique qui m’a motivée à reprendre mon anglais ! Rassure-moi, tu ne m’égratignes pas sur autre chose, cette fois ? (rires)

 

Metal-Eyes : Non, non, vous verrez. C’est aussi pour ça que je préférais faire cette interview au téléphone, pour éviter les coups ! (rire général)

Ludwig : On a quand même ton adresse !

 

Metal-Eyes : Pour l’un et l’autre, quel est le titre d’IntimAlicious qui représente aujourd’hui le mieux Stone Of A Bitch, celui que vous présenteriez à quelqu’un en lui disant « voilà, ce qu’on fait, c’est ça » ?

Ludwig : J’opterai pour A-Twin

Alice : Oh, non ! Quel copieur celui-là !

Ludwig : On a un bon consensus, c’est bien, on ne fera qu’un titre…

Alice : La prochaine fois, on se concertera, il n’y aura qu’une chanson…

 

Metal-Eyes : Mais les raisons ne sont sans doute pas les mêmes…

Ludwig : Tu as raison. Pour moi, A-Twin est très représentatif de notre travail actuel. Il y a tout ce que j’aime, mais surtout, il y a une bonne symbiose entre ce qu’on veut faire passer, les thèmes, et le fit avec les instruments. C’est un morceau long – j’adore ce genre de choses un peu progressives – répétitif à la fin, lancinant, on peut vraiment improviser en changeant les textures du son à la fin. On a du groove avec du refrain, de gros riffs que j’adore faire à la guitare, c’est très agréable à jouer. Je ne sais pas si tu es guitariste, mais…

 

Metal-Eyes : Pour tout te dire, je ne joue que d’un instrument… Du pipeau

Alice (elle explose de rire) : Moi aussi !

Ludwig : J’espère qu’Alice a des raisons différentes…

Alice : Oui, mes raisons sont différentes. C’est le morceau que je présenterai, pas musicalement, mais au niveau des textes, parce que c’est la quête de l’identité jumelle qu’on a tous au fond de nous. Ce morceau me touche particulièrement, je lem suis beaucoup investie sur la construction, de la structure, de la disposition des sons… C’est le morceau que je peux écouter en boucle et ressentir toujours la même émotion, les mêmes frissons. Et le texte est très représentatif.

 

Metal-Eyes : Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Stone Of A Bitch en 2020 ?

Ludwig : Notre devise ? Et en 2020… Ouais, ouais, ouais… Je dirais bien « who’s your bitch ? ». Parce que c’est sous forme d’une question, donc la personne qui la lie va réfléchir, mais aussi parce que ça résume notre projet, et ça questionne la personne sur son environnement et sur qui elle est. Qu’est-ce qui te menace, qu’est-ce qui peut freiner ton évolution…

Alice : « You can be your own bitch », en réponse… On a chacun de nous une part sombre, une espèce de bitch qui nous tire vers le bas, mais on peut être tirer de la lumière de cette façon.

 

BUFFALO SUMMER: Desolation blue

Pays de Galles, Hard rock (Silver lining, 2019)

Ce groove! Cette voix! Buffalo Summer revient quatre ans après un Second sun à tomber avec Desolation Blue, un album teinté de blues et de rock sudiste, de cet esprit 70’s teinté de funk. Le message est clair dès The power & the greed qui introduit ce nouveau disque: on prend les mêmes et on recommence. Après tout, pourquoi changer une formule qui marque des points? Ok, une question s’impose: pourquoi a-t-il fallu 4 longues années pour donner naissance à un troisième enfant? A voir quand ils pourront en parler. Hit the ground running a de faux airs de Thunder, If walls could speak, plus speed, lorgne plus du côté des hard rockers des 70’s et fait mouche avec son refrain chantant et imparable. La voix d’Andrew Hunt, chaleureuse et envoûtante, fait des étincelles à chaque instant. Variant les plaisirs, Buffalo Summer sait aussi explorer des sonorités qui lui sont inhabituelles, comme sur When you walk away avec quelques tentatives… « électro ».  Last to know est plus proche de la complainte acoustique qui se fait électrique à la moitié du morceau, tandis que Dark valentine plonge directement dans le blues accompagné d’un orgue Hammond et évoque Deep Purple période Jon Lord. Seulement, si c’est bien foutu, ce titre manque de personnalité, trop déjà entendu. Deep water plonge dans un hard rock classique, Everybody’s out for number 1 taille dans le vif. Buffalo Summer se fait plaisir en variant ses plaisirs mais toujours tape dans la musique des 70’s. Sans doute un ton en dessous de Second sun, ce Desolation blue, bien que plein de bonnes surprises, aurait peut-être trouvé avantage à enregistrer avec plus de spontanéité. Mais n’empêche… ça groove sérieux chez les Anglais!

Interview: VULCAIN à la Firemaster convention

Interview VULCAIN : rencontre avec Daniel Puzio (chant et guitare) et Vincent Puzio (basse). Propos recueillis lors de la première Firemaster convention, à Châteauroux, le 22 février 2020

 

Après avoir commencé cette interview dans la loge de Vulcain, Loaded Gun monte sur scène et balance la sauce… nous empêchant d’aller plus loin. Daniel, Vincent et moi décidons de nous réfugier dans le van du groupe où se déroule une interview express que je vous livre aujourd’hui. Même s’ils ne sont pas les plus gais lurons de la terre, retrouver les frangins Puzio est toujours un plaisir, alors ne le boudons pas !

 

Metal-Eyes : Ça fait un bout de temps qu’on ne s’est pas vus, alors première chose : comment allez-vous tous les deux ?

Daniel : Ça va très bien… On est toujours sur la route, alors ça va vraiment.

 

Metal-Eyes : Voici bientôt 18 mois que Vinyle, votre dernier album, est sorti. Quelque part, c’est un retour aux sources. Comme se porte-t-il ?

Daniel : Les retours que l’on a c’est qu’apparemment, il a plu…

 

Metal-Eyes : « Il a plu », donc il ne plaît plus ? (rire général)

Daniel : Si, si, il plait ! On a bien tourné avec. Tout se passe comme prévu, le public est réceptif

Vincent : On a un bon accueil du public un peu partout.

 

Metal-Eyes : Ce disque a bien vécu, alors comment analysez-vous l’évolution de Vulcain entre vos deux derniers albums, V8, qui marquait votre retour aux affaires discographiques et Vinyle ?

Daniel : Peut-être qu’avec Vinyle on est allés un peu plus loin au niveau du travail, on s’est un peu plus penchés sur les compos pour faire en sorte de mieux satisfaire tout le monde…

 

Metal-Eyes : C’est-à-dire ?

Daniel : Comme tu as dit, c’est un peu un retour aux sources… Ce n’est pas comme ça qu’on l’envisageait, mais on est contents que les gens le prennent comme ça. On a tout fait pour revenir pas à nos origines mais à ce que sait faire Vulcain.

 

Metal-Eyes : Rien qu’avec le titre de l’album, il est clair que vous n’allez pas taper dans le trop moderne.

Vincent : Non, ce serait pas nous…

 

Metal-Eyes : Si l’un et l’autre vous ne deviez retenir qu’un seul titre de Vinyle pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Vulcain en 2020, ce serait lequel ?

Daniel : Je dirais le premier titre, Vinyle, parce qu’il redonne bien l’énergie que déploie le groupe. Ce n’est pas un titre trop speed, mais on sent qu’il y a de l’énergie, de l’agressivité dedans. Ça débouche sur plein d’autres titres de cet album.

Vincent : Je suis d’accord, c’est aussi pour ça qu’on l’a choisi pour ouvrir l’album. Et pour le clip…

 

Metal-Eyes : Il y a un morceau qui est assez représentatif aussi, c’est Backline music. Ça me rappelle un endroit vers Pigalle où on peut acheter du matériel de musique, qui est dirigé par un certain bassiste, d’un certain Vulcain…

Vincent : Comme par hasard (rires) ! Le magasin fait partie de nous, tu sais…

 

Metal-Eyes : C’était quoi l’idée de ce morceau, justement ?

Daniel : Oh, tu sais, il fait partie de l’histoire du groupe, ce magasin. C’est un petit hommage…

 

Metal-Eyes : Donc ce n’était pas pour attirer du monde. D’ailleurs, Vincent, tu as eu des visites à la suite de ça ?

Vincent : Non, non, je ne crois pas…Ça n’a pas influencé le chiffre d’affaires.

Daniel : Pas mal de ces compos ont été faites dans le magasin, justement.

 

Metal-Eyes : Lesquelles n’on pas été faites au magasin, alors ?

Daniel : Je ne sais plus lesquelles… Mais j’y suis moins qu’avant, maintenant que j’ai quitté Paris. Quand j’étais à Paris, on se retrouvait le soir, et on travaillait 3 ou 4 heures les titres….

 

Metal-Eyes : C’est un bon endroit aussi pour tester du matériel et différentes choses.

Vincent : Oui, et pas que…

 

Metal-Eyes : Il y a un autre titre qui me marque, beaucoup plus engagé, qui est très proche de la triste actualité : c’est L’arnaque…

Daniel : Ouai… C’est un hommage au 13 novembre, au Bataclan. Je voulais faire un titre fort dessus, mais je ne voulais pas que le mot « terrorisme » et des trucs comme ça apparaissent. Je parle plus de religion que de terrorisme. C’était pour marquer ce drame, il n’y a pas d’autre mot, mon hommage au Bataclan.

 

Metal-Eyes : C’est plus pour dénoncer la religion dans son ensemble, aussi.

Daniel : En plus, oui. Et le fait qu’on y ait joué avec Motörhead, on voit bien ce qui a pu se passer. Quand tu ne connais pas la salle… Les escaliers qui montent backstage, des gens en panique là-dedans, ça devait être l’horreur…

 

Metal-Eyes : Avec des issues que d’un seul côté, cette salle était un piège à lapin… Mais on continue et on avance… Alors, en 2020, quelle pourrait être la devise de Vulcain ?

Daniel (il réfléchissent tous deux) : Là, tu nous demande un truc…

Vincent : Une devise ???

Daniel : « En 2020, on reste dans le bain ! » (rire général)

 

Metal-Eyes : Vincent, une autre idée ?

Vincent : Euh, non, dans le bain, ça me va bien…

 

 

Metal-Eyes : Ah, c’est dommage, mon épouse n’est pas là ! Pourtant, ça la concerne directement : ce soir, avec Trust, Vulcain devient le groupe français qu’elle aura vu le plus souvent…

Daniel : C’est cool, c’est sympa et flatteur.

 

Metal-Eyes : Ça ne fait que deux fois, je précise (rires).

Daniel : Deux fois, ah, bon… (il rit)

Vincent : Mais c’est cool quand même !

 

Metal-Eyes : Ce soir, vous jouez à la Firemaster convention. Doit-on s’attendre à quelque chose de particulier ? La dernière fois que je vous ai vus, vous fêtiez le 35 ans de Rock’n’roll secours, ce n’est plus le cas aujourd’hui…

Daniel : Non, ce soir on va faire un panaché de Rock’n’roll secours, de Desperados, on a des titres de Vinyle, aussi. Un morceau de V8 et un de Transition, et on joue aussi Le soviet suprême de Big brother

Vincent : Mais en même temps, on ne joue pas longtemps, une heure dix, alors on ne peut pas tout jouer non plus.

 

Metal-Eyes : Merci encore, je vous retrouve tout à l’heure sur scène.

Tous deux : Avec plaisir !

 

 

 

 

 

 

BIFF BYFORD: School of hard knocks

Hard rock, Angleterre (Silver lining, 2020) – En bacs le 21 février 2020

Annoncé depuis un bout temps, le voici enfin arrivé ce premier album solo de Biff Byford, le mythique chanteur de Saxon. Ce School of hard knocks arrive à point pour rassurer les fans après les problèmes de santé qu’a connu le grand Biff. Car le gaillard et très en voix, qui se bonnifie avec le temps. Dès le premier titre, Welcome to show, et comme pour faire la nique à certains qui perdent un peu de puissance avec l’âge, il se permet même quelques envolées dans les aigus (il conclue de la même manière avec Black or white, d’ailleurs…) Puis entre dans une phase autobiographique avec le très rock titre éponyme, entraînant, évoquant autant AC/DC que le classic rock puissant des 70’s. C’est d’ailleurs une constante tout au long de ce disque qui regarde plus du côté du hard rock que du heavy metal de Saxon, même si la voix de Biff ne laisse aucun doute quant à savoir de qui il s’agit… Certes, les chansons ne correspondent pas entièrement à l’esprit Saxon, et sont l’oeuvre de diverses collaboration. On se plonge ainsi avec plaisir dans l’hispanique Inquisitor au texte d’Edgar Poe narré qui précède l’inquiétant The pit and the pendulum,  ou dans la version particulièrement chaleureuse de Scarborough fair (Simon & Garfunkel). S’il s’est entouré de nombreux invités – on retrouve notamment Frederik Akesson (Opeth) à la guitare et Christian Lundqvist (The Poodles) à la batterie, personne n’est surpris de la participation du fidèle Nibbs Carter, son habituel bassiste au sein de Saxon, sur Pedal to the metal et Hearts of steel, qui sont avec Worlds collide les morceaux les plus heavy du lot. On n’est pas plus surpris de la participation de l’ami de longue date qu’est Phil Campbell, parmis les noms les plus connus.  Comment, également ne pas être touché par Me and you, véritable déclaration d’amour qu’il fait à son plus fidèle compagnon musical, le guitariste Paul Quinn qui signe d’ailleurs la musique à la simple guitare folk accompagné d’une rythmique discrète. Biff Byford nous propose ici de découvrir d’autres inspirations musicales, sans toutefois s’éloigner fondamentalement de son terrain de prédilection. Un bel album, personnel et plus confidentiel que son habituel groupe, un intermède de remise en forme également. Le gaillard n’a, heureusement, pas dit son dernier mot!

Interview: DEWOLFF

Interview DeWolff. Rencontre avec Pablo van de Poel (chant, guitare) et Luka van de Poel (batterie). Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra à Paris le 11 décembre 2019

Metal-Eyes : Pablo, avant de parler du nouvel album de Dewolff, Tascam tapes, parlons de son coût, que vous affichez : vous affichez partout qu’il vous a coûté moins de 50 dollars…

Pablo : Vous êtes très attachés au côté financier, on dirait (il rit). On a eu cette idée un peu dingue de mettre ces infos un peu partout. Ce chiffre est en fait fictif, car dans la réalité, ce disque ne nous a rien coûté. Il a été enregistré avec du matériel dont nous disposions déjà.

 

Metal-Eyes : Quand tu parles de matériel, tu parles de chansons que vous aviez déjà composes?

Pablo : Non, on n’avait rien avant, nous avons tout compose sur la route. Tu sais, j’ai acheté cet enregistreur 4 pistes Tascam il y a 8 ans, pour quelque chose comme 35 euros. On a sans doute acheté des câbles ou des trucs comme ça, ce qui fait les 50 dollars qu’on annonce.

 

Metal-Eyes : Vous avez donc enregistré vos morceaux directement sur cet enregistreur Tascam?

Pablo : Oui, et nous avons enregistré partout sur la route: dans le van, dans les chambres d’hôtels, backstage… une grande partie de l’album a été enregistré en France, en tournée, backstage.

 

Metal-Eyes : En tapant le boeuf?

Pablo : Oui, mais nous devions aussi faire les choses assez rapidement, nous ne disposions que d’une heure ou deux pour réaliser quelque chose. C’est le temps dont nous disposions, voyageant d’une salle à l’autre… Le temps entre notre arrivée et l’heure de monter sur scène. Du temps que nous ne consacrions pas à lire, dormir…

 

Metal-Eyes : Que peux-tu dire au sujet de Tascam tapes afin d’inciter le public à filer l’acheter dès sa sortie?

Pablo : Eh bien, il s’agit de Dewolff comme vous ne l’avez jamais entendu auparavant. D’habitude on écrit une chanson, que nous modifions la semaine suivante, puis encore… avant de l’enregistrer et tenter de la capturer de la meilleure manière possible. Ce que nous avons fait là, sur la route, dès qu’on tenait quelque chose, un son, un riff, on se disait qu’il fallait en faire quelque chose. J’y ai ajouté des paroles et nous avons enregistré le plus rapidement possible. Nous n’avons pas cherché à enregistré le plus de choses possible en un minimum de temps, mais nous avons vite pris conscience que nous si nous terminions rapidement une chanson, nous pouvions en capturer l’essence même, brute, nouvelle. Normalement, en enregistrant, tu démarres quelque chose, tu te rends compte que c’est bon, tu veux le perfectionner et développer parce que tu as du temps. Tu retourneras au studio la semaine prochaine pour terminer, si nécessaire. Là, nous avons enregistré les chansons au moment où nous nous disions que « ça, c’est cool ! », au moment où ton inspiration est au top et où nous pensions que c’est ainsi que cette chanson devait sonner.

 

Metal-Eyes : En dehors de cette nouvelle manière d’enregistrer, comment analyserais-tu l’évolution de Dewolff entre vos deux derniers albums studio, Thrust et Tascam tapes ?

Pablo : Avec Thrust, nous nous sommes dit que nous avons cherché à mettre dans nos chansons tout ce qui fait Dewolff, aussi bien le côté jam que le hard rock. Nous avons tout voulu inclure, tandis que pour Tascam tapes, nous avons été beaucoup plus spontané. On a pensé à des groupes comme Little Feet, à leurs qualités de compositeurs. Pour Thrust, nous avons composé les meilleurs titres possibles, et quelques mois après avoir terminé, nous nous sommes demandé ce que nous allions faire ensuite. « Allons-nous nous répéter et dire aux gens que nous avons, encore, enregistré les meilleurs titres possible, ou faisons nous quelque chose de dingue, de différent ? » Nous nous sommes dit que c’était une option assez cool…

 

Metal-Eyes : Comment penses-tu alors aborder vos enregistrements futurs? Sur la route, encore, ou de retour en studio ?

Pablo : Je crois que, sur la tournée à venir, nous allons embarquer le 4 pistes Tascam, enregistrer des trucs avec mais pas forcément sortir ces versions. C’était très amusant de réaliser un album aussi rapidement. Je suis très fier de ce que nous avons réalisé et de la manière de le faire, mais j’aspire aussi à pouvoir passer du temps en studio, tenter de réaliser « un chef-d’œuvre ». Avec ce dernier album, nous n’avons, à aucun moment, ressenti une quelconque pression. Nous avons enregistré ce que nous voulions quand nous le souhaitions. Tu sais, nos retours se trouvaient sous les sièges du van… L’idée c’était d’enregistrer, de tout écouter de retour à la maison, et si nous avions assez de matériel, de sortir un album. Nous n’avons pas perdu de temps, nous nous sommes bien amusés. C’est aussi agréable de se retrouver dans cette bulle du studio, de pouvoir travailler plus longuement sur un album.

 

Metal-Eyes : L’un dans l’autre, tu n’as pas de préférence pour une méthode plus qu’une autre…

Pablo : Non, j’aime l’équilibre entre les deux approches. Et j’aime aussi le traitement de l’art en général, voir ce que le créateur d’une œuvre traverse pour réaliser son œuvre, comment elle évolue. Ce n’est pas statique, ça bouge tout le temps. Regarde les peintres, le tableau change et se développe tout le temps. (Nous sommes rejoints par son frère, le batteur Luka van de Poel). J’aime aussi revenir sur ce que nous avons pu faire et constater notre évolution. Tascam tapes a été enregistré avec des samples de batterie, et d’une certaine manière il ne ressemble en rien à ce que peut faire Dewolff habituellement. Mais, si tu compares avec nos anciens albums, tu reconnaitras Dewolff.

 

Metal-Eyes : Luka, comment analyses-tu l’évolution de Dewolff entre vos deux derniers disques ?

Luka : Je crois que Tascam tapes est très différents mais que ceci est dû à la manière de le composer et de l’enregistrer. Nous avions beaucoup de limitations, enfermé dans un van, nous ne disposions que de quelques instruments et de cet enregistreur cassettes. C’est ce qui le différencie principalement de Thrust, pour lequel nous avions un studio, plein de temps pour le travailler, l’équipement… tout à disposition. Mais la manière dont sonne Tascam tapes, à cause de ces limitations, ça j’aime beaucoup ! Compact. Il fallait aller.

 

Metal-Eyes et Pablo, au même moment: Droit au but…

Pablo : Waow ! pile en même temps (check)

Luka : Et quand nous pensions avoir une chanson, on l’enregistrait. Avant, nous avons peut être sur pensé les choses « Oh, ça c’est cool, mais on devrait peut-être rajouter cela, ceci… »

 

Metal-Eyes : Pablo, tu parlais de réaliser « un chef d’œuvre », mais ce n’est pas en sur réfléchissant qu’on en crée un…

Pablo : Non, en effet. Nous avons beaucoup appris de ces deux albums. Avec Thrust, nous avons réalisé que nous aurions pu moins réfléchir, celui-ci est plus brut, le prochain sera, qui sait, quelque chose entre les deux…

 

Metal-Eyes : Vous tournez beaucoup, quelles sont vos prévisions pour défendre cet album ?

Pablo : Nous célébrons la sortie au Paradisio, à Amsterdam. Le concert est complet, et ensuite nous allons en France, Allemagne, Espagne, Italie, jusqu’en avril. Puis Prague, et…

Luka : Nous allons en Scandinavie, au Royaume-Uni.

 

Metal-Eyes : Si chacun de vous ne devait retenir qu’un titre de ce nouvel album pour expliquer ce qu’est Dewolff en 2020, lequel serait-ce ?

Pablo : Oh… Je peux te dire quelle est ma chanson préférée…

 

Metal-Eyes : Pas ta préféré, celle qui représente le plus le groupe aujourd’hui.

Pablo (il se saisit de l’album et regarde les titres au verso) : Je ne connais aucune de ces chansons… Je dirais It ain’t easy, parce qu’elle s’est mise en place tellement rapidement. Entre le moment où nous avons commencé à l’écrire et celui où nous l’avons enregistrée à l’arrière du van, il ne s’est écoulé que 10 minutes ! Le lendemain, quand nous l’avons réécoutée, nous l’avons trouvée top. Elle saisit l’essence de ce qu’il se passait à ce moment. Mais je crois que ce qui va le mieux représenter Dewolff en 2020, c’est la version live de ces chansons qui seront beaucoup plus rock’n’roll.

Luka : On a commencé à répéter ces titres, et les versions sont déjà très différentes. Tu pourras constater le changement quand tu les entendras live.

 

Metal-Eyes : Quelle est le titre le plus représentatif de qui vous êtes, Luka ?

Luka : Je pense Blood meridian. Cet album est tellement différent de ce que nous avons pu faire dans le passé… Made it to 27 est aussi une parfaite représentation de ce que nous sommes. Mais les concerts restent la meilleure représentation de qui nous sommes…

 

Metal-Eyes : Facile (rire general)

Pablo : Je crois que chacun de nos albums n’est que l’ombre de ce qu’est réellement Dewolff. Si tu veux vraiment nous connaitre, il faut nous voir sur scène

Luka : Ça ferait un bon titre d’album, ça: “Shades of Dewolff”

 

Metal-Eyes : Une dernière chose: quelle pourrait être la devise de Dewolff en 2020 ?

Pablo : Euh… Dewolff: le groupe du people… (rires)

Luka : Travaillez plus dur, courrez mieux, jouez mieux et faites le tout le temps!