DEADLINE: Nothing beside remains

Hard rock, France (Bad reputation, 2018)

Depuis sa formation en 2009, les Français de Deadline se sont donné les moyens de parvenir à leurs fins, en embauchant Beau Hill pour le premier album paru en 2012, en tournant en ouverture de Gotthard ou Quireboys, en évoquant ouvertement ses influences (classic hard and heavy rock). Bref, tout pourrait aller pour le mieux mais voilà: Deadline est Français… Et en France, on ne s’intéresse guère aux groupes français, à quelques rares exceptions près. En 2017, l’arrivée d’un nouveau guitariste redonne la pêche à la formation qui enregistre Nothing beside remains, son quatrième album, si l’on inclus le Acoustic session paru en 2015. Nouvelle pêche, nouvelle envie, cela se ressent dans cet opus qui transpire AC/DC, Guns, Scorpions et consorts. Du gros, du lourd qu’on retrouve tout au long des 12 morceaux, au cours desquels figurent de jolis et trépidants riffs. Les musiciens le savent, si la structure rythmique tient la route, on peut tout faire autour. Et là, ça marche plutôt bien: des rythmes solides, des riffs entraînants, des invités, un hommage aux victimes du 13 novembre 2015… Ça fonctionne « plutôt » bien, musicalement en tout cas, et pour commencer, la seconde moitié de l’album surprenant moins. Car le chant me gêne: j’ai l’impression que Arnaud ne réussit jamais à trouver sa propre identité vocale, ses influences « axliennes » prenant trop facilement le dessus,. Mais n’est pas Axl qui veut… De plus, le timbre aigu peut lasser sur la durée. C’est la grande faiblesse de cet album par ailleurs efficace et original, qui lorgne même par instant vers le psyché des 70’s. Dommage…

THE DEAD DAISIES: Burn it down

Hard rock, Australie/USA (Spitfire/SPV, 2018)

The Dead Daisies a réussi à s’imposer comme une valeur sûre de l’univers hard rock international. Car autant discographiquement que scéniquement, ce groupe à géométrie variable place ses fans au centre de ses pensées. Alors quand parait un nouvel album, on sait déjà qu’on ne sera pas déçu. Burn it down, le quatrième opus de la bande à David Lowy, voit un nouveau changement – mais cela est le principe même de fonctionnement du groupe – avec l’arrivée à la batterie de Deen Castronovo, qui a notamment exercé auprès de Bad English, Ozzy Osbourne, Journey…) qui vient remplacer Brian Tichy. 10 chansons plus un bonus composent ce plus que puissant et efficace Burn it down. Resurrected met les pendules à l’heure, le groupe semblant même s’orienter vers des sonorités plus lourdes et oppressantes qu’à son habitude. Mais l’esprit chantant et entraînant est bel et bien là, que ce soit Rise up, Burn it down, Dead and gone… Habitués des reprises, le gang revisite ici le Bitch originellement écrit par le duo Jagger/Richards avant de proposer la ballade (pas version « ballade présentée par John Corabi sur le live »… non, une vraie ballade) sensuelle, Set me free. Encore une fois, The Dead Daisies réussit à satisfaire tout un chacun et s’impose comme l’un des plus brillant groupe de classic hard rock du moment. Vivement les retrouvailles live au Trabendo de Paris le 6 mai prochain!

DE WOLFF: Thrust

Hollande, Hard rock (Mascot, 2018)

Ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace, dit-on. Mais aussi, c’est dans les vielles marmites qu’on fait les meilleurs plats » ou « ce n’est pas un vieux bluesman qui va apprendre le blues ». Sauf que… DeWolff n’a rien de commun avec ces adages puisque le trio ne s’est formé qu’en 2007. En à peine une décennie, le groupe néerlandais nous offre déjà son cinquième album. Et franchement, il semble que les gaillards n’aient plus grand chose à apprendre. Leur rock est empli de ce blues teinté de psyché qui se pratiquait outre Atlantique au cours des 70’s. ça sent la voix forgée à la clope, le timbre rocailleux collant parfaitement à cet esprit léger et embrumé qu’on retrouve tout au long de Thrust. Si California burning a cet aspect immédiat, on se laisse tout autant emporter par les Big talk, Double crossing man et autres Freeway light. Light, lumière…. Oui, cet album nous propose un blues lumineux et enjoué. A quand la scène, la vraie?

Dernier concert de WILD DAWN: St Jean de Braye, le 31 mars 2018 (avec Irya et No One Is Innocent)

Il y a quelques semaines, Wild Dawn avait annoncé cesser ses activités et mettre un terme à sa carrière après un quatrième album et un ultime concert. C’est la salle des fêtes de Saint Jean de Braye, à côté d’Orléans, qui accueille la troupe, censée jouer entre Irya et la tête d’affiche annoncée No One Is Innocent. Pourtant, c’est bien Wild Dawn qui se retrouvera en tête d’affiche. La raison? Vous la découvrirez bientôt, au cours de l’interview que les gars aux chemises à carreaux ont accordée à Metal Eyes. Et elle est pour le moins surprenante…

C’est donc Irya qui ouvre les hostilités. Les Orléanais proposent un metalcore rugueux et leur concert est visuellement surprenant: le bassiste Djow a les pieds illuminés de bleu et le batteur, Cebrou, est vêtu d’un peignoir de boxeur. Les trois autres musiciens sont comme à la ville. Etonnant choix, selon moi, alors que les deux autres groupes de la soirée ont, à l’instar de nombreuses autres formations,  développé une identité visuelle.

Je n’ai jamais été sensible au metalcore. Trop rugueux, trop hurlé à mon goût, mais force est de reconnaître que le quintette est fougueux, même si les musiciens donnent l’impression de sauter un peu n’importe quand… Mais les 5 se donnent à fond tout au long de 40 minutes de leur set malheureusement mal éclairé mais bien mis en son.

 

La salle se remplit avec l’arrivée de No One Is Innocent qui débute un peu après 20h30 avec un Djihad puissant. Le nouvel album, Frankenstein, sorti la veille, est à l’honneur avec pas moins de 5 titres qui en sont extraits (La gloire du marché, Desperado, Les revenants, Frankenstein et Ali (king of the ring)) qui accompagnent les plus récents classiques du groupe que sont Silencio, Kids are on the run ou Nomenklatura.

Kemar et Shanka, comme à leur habitude, font des sauts de cabris attendus, et, même si Bertrand reste discret tout en venant régulièrement appuyer ses comparses en devant de scène, le groupe est dans une forme resplendissante. Une heure trente d’un concert à l’énergie communicative. Après avoir remarqué que ce soir toutes les générations sont présentes (« mais je vois beaucoup de cheveux gris »…) Kemar fait monter sur scène un fan, sexagénaire, qui termine navigant sur une armée de bras.

Puis, comme à son habitude, No One invite, sur 20 ans, le public à monter sur scène pour un joyeux bordel avant de conclure avec un rappel composé de Ali (King of the ring), et l’indispensable Charlie qui précède Chili. Si No One est en train de rôder sa tournée, il ne fait aucun doute que les Parisiens sont en forme et réservent de jolis moments à leurs publics à venir.

 

Le changement de plateau se fait rapidement et le public reste. Nombreux sont ceux, d’ailleurs, qui sont venus faire leurs adieux à Wild Dawn. Et si les locaux sont nombreux, certains sont venus d’aussi loin que la Bretagne pour assister à ce moment. Qui a vu les Orléanais live le sait: Wild Dawn sur scène c’est toujours la promesse de passer un grand moment, de vivre un concert explosif. Et le groupe a promis de tout donner ce soir.  En loge, un simple « on y est, les gars, 20 minutes! » me fait comprendre que ce soir sera vraiment particulier. Le quatuor a eu beau jouer au Metal corner du Hellfest, en ouverture de Gotthard, Grilschool Koritni et plein d’autres, a beau avoir sorti 3 albums d’un rock stoner et hard puissants et efficaces, le sort a empêché Wild Dawn de trouver son public et de percer.

Mais, peu importe. Si certains pensaient que le public se dissiperait après le passage de No One Is Innocent, il n’en est rien: lorsque les bûcherons arrivent, la salle est encore très remplie. Devenus tête d’affiche pour leur dernier concert (quasiment sold out, s’il vous plait, et le nombreux public encore présent prouve que ce n’est pas forcément – ou uniquement – pour No One qu’il est venu), Greg, Romain Alex et Morgan, toujours en chemises à carreaux (marque de fabrique proposée par, pas peu fier, votre serviteur autour d’une bière la veille du PMFF 2013) dévastent tout sur leur passage.

Parfaitement en place, occupant chaque centimètre carré de la scène, changeant de place à un rythme infernal, Wild Dawn sait ce que c’est que de tenir son public et développe une incroyable énergie qui dès le premier titre, Decay, fait comprendre à tous que ce soir, c’est grand soir.

Chaque album est exploré, même le dernier dont un titre est extrait (The Herd) qui accompagne à merveille les SAD, Plague of the century, Back on track, Bloody Jane’s shore ou autres indispensables Ain’t life grand et I’ve got the rock. Même si on l’aurait apprécié, il eut sans doute été malvenu, ou simplement ironique, pour Wild Dawn de nous jouer le traditionnel Now or never qui a ouvert nombre de concerts du gang…

Explosif, dantesque, énergique… Quel adjectif peut-il qualifier ce concert mémorable? « Garder le meilleur pour la fin » semble être le leitmotiv de la soirée. Au point que Wild Dawn s’offre même le luxe d’un rappel justifié et propose un Old School Machine pas joué live depuis… Bref, à soirée spéciale, concert plus spécial encore. Un de ceux dont on se souviendra. Une belle soirée, et sans doute l’un des meilleurs concerts de Wild Dawn auxquels j’ai pu assister.

Bravo, bon vent à tous les quatre et… Merci pour ces  dix années d’un rock n roll pur, dur et qui vient des tripes. Et pour ce concert d’adieux, véritable bouquet final d’un feu d’artifices.

La Wild Team

SPIDERS: Killer machine

Hard rock, Suède (Spinefarm, 2018),

Qu’ils ont le vent en poupe, les groupes suédois! Spinefarm ne s’est sans doute pas trompé en signant les heavy rockers de Spiders, menés par la charmante vocaliste Ann-Sophie Hoyles qui mènent ses compagnons à la baguette. Mélodieux, doux et puissant, son chant est déterminé à séduire l’auditeur. Spiders, avec son nouvel album Killer machine, propose un hard rock typique de ce qui se faisait dans les 70’s. Look inclus. Il suffit en effet de jeter un rapide coup d’œil à la pochette pour comprendre que la période glam est chère au groupe. Alors, bien sûr, la musique évoque Suzy Quatro, un peu de Joan Jett – la « vulgarité » articulaire en moins – et on pense, aussi, au compatriotes de Blues Pills, et, dans sa musicalité dansante et entraînante, à Abba. Le hard rock vintage des Shock and awe ou Burning for you se marient à la tendresse de titres plus rock comme Dead or alive, voire à tendance disco tel Like a wild child, voire au rock direct de Steppenwolf ou, plus récemment de Royal Republic. L’intro – double grosse caisse et guitare dépouillée – de Swan song évoque une version soft du Overkill de Motörhead, en moins rugueux et plus psyché… Une variété parfaitement assumée et maîtrisée.Même le son semble volontairement minimaliste, sans fioritures inutiles. En allant à l’essentiel, Spiders tape dans le mille. Un groupe qu’on espère bientôt découvrir sur scène.

GHOST: Ceremony and devotion

Hard rock, Suède (Spinefarm, 2017)

Qui a déjà vu Ghost live le sait: le groupe frise la perfection à chacune de ses apparitions. Et après seulement 3 albums studio, les Suédois nous offrent enfin un album live, double qui plus est. Le tracklisting de Ceremony and devotion est impeccable, chaque album étant représenté, rien n’étant à jeter. Allez, la seule que l’on puisse regretter? Le public « capté » à San Francisco, trop parfait pour être honnête. Ca sent simplement le travail en studio, tant les interventions tombent pile comme il faut. Mais ne nous arrêtons pas à si peu, la technique a été utilisée tant de fois qu’on n’en est plus surpris. Le principal reste bien le plaisir qu’on a à écouter les Per aspera ad inferi, From the pinacle to the pit, Year zero, Mummy dust… On pourrait tous les citer tant la setlist resseble à un défilé de hits. Ceremony and devotion est le témoignage d’une formation qui, comme d’autres avant elle, a traversé des épreuves qui pourraient remettre en cause son avenir. A suivre lors du prochain Download Paris, en juin prochain, où Ghost nous montrera sans doute un nouveau visage. En attendant délectons nous de cet album délicieusement subversif qui se termine avec l’incontournable speach de Papa Emeritus III précédant Monstrance clock. A savourer vous dis-je!

TRUST: Live Hellfest 2017

Hard rock, France (Verycords, 2017)

Il en aura fallu du temps pour que Trust se produise au Hellfest. Nous ne reviendrons pas sur le premier rendez-vous raté qui devait voir notre fleuron national jouer en tête d’affiche, ni même sur cette prestation en demi-teinte qui, d’un commun accord, ne fut guère représentative de ce qu’est vraiment Trust. Nous n’en aurons jamais confirmation, mais je reste persuadé que le concert étant enregistré pour ce live, le groupe a reçu pour consigne de ne pas s’emporter et Bernie de laisser ses humeurs au vestiaire. Même si ce Live Hellfest 2017 a, depuis sa sortie fin 2017, été disséqué, décortiqué et critiqué sous toutes ses coutures, même si le look de vacancier plagiste de Bernie surprend toujours autant, même si, même si… on reste surpris par l’étonnant choix que fait Trust, face à quelques dizaines de milliers de spectateurs, de démarrer son set par L’archange, titre d’une remarquable efficacité mais encore inconnu de ceux qui n’ont pas vu les Parisiens sur scène lors de leur récente tournée marathon. Ce morceau, tout comme le non moins efficace Democrassie, figurera sur le nouvel album à paraître cette année. Le reste de la setlist est quasi impeccable: on aurait pu se passer d’un Surveille ton look au profit d’un Idéal ou d’un Par compromission par exemple (il est urgent de réhabiliter ce quatrième album trop injustement décrié!) et gagner un peu de temps au lieu d’imposer un rappel. Car, sur l’heure qui lui est allouée, Trust offre un set d’à peine plus de 57′. Franchement, malgré le souvenir mitigé que m’a laissé cette prestation, si l’on s’en tient à l’audio (les images confirment le rôle purement musical et figuratif de David Jacob et Iso Diop à la mobilité limitée, mais montrent un Christian Dupuy simplement  heureux de battre le rythme), Trust confirme que sa musique se suffit à elle même. Un rock puissant, direct, d’une efficacité redoutable et remarquable. On pouvait s’attendre à pire, et le résultat est, finalement, une agréable surprise (même si un livret manque cruellement…)

MAGNUM: Lost on the road to eternity

Hard rock, Royaume-Uni (SPV, 2017)

Si le titre de ce nouvel album de Magnum se veut prémonitoire, son contenu pourrait bien transformer ce rêve en réalité. De bout en bout, en effet, ce Lost on the road to eternity, enthousiasme, entraine ou/et émerveille l’auditeur. Les mélodies sont simplement toutes d’une simplicité et d’une efficacité à nulle autre pareille, avec des airs immédiats, des mélodies et des refrains qu’on s’amuse à siffloter en choeur sans prendre le temps de se demander ce qu’il se passe. La légèreté de l’ensemble confirme tout le talent de ce groupe qui, tout en restant fidèle à ses origines, taille de véritables hits en puissance. C’est que depuis sa création en 1972, Magnum en a vu et vécu des choses… De Preachers and cream – très réaliste – à King of the wold – très optimiste et positif – chacune des 11 chansons de ce disque fait mouche. A une époque où la violence est à chaque coin de rue, Lost on the road to eternity choisit le chemin de la bienveillance, tant dans ses constructions musicales que dans ses propos. Une totale réussite qui s’adresse à tous les amateurs de belles mélodies.
A noter : SPV propose une version de l’album agrémentée d’un CD bonus contenant 4 titres live enregistrés en 2017. Certes, c’est court mais en attendant un nouveau live intégral, on s’en contentera!

Hommage à Fast Eddie CLARKE

Fast Eddie, le guitariste avec lequel Motörhead est devenu une légende est décédé dans la nuit du 10 janvier 2018 des suites d’une pneumonie. Après Philthy Animal Taylor (décédé le 11 novembre 2015) et Lemmy (le 28 décembre 2015), c’est le dernier membre du Motörhead légendaire qui disparaît. Cet article est mon hommage à ce guitariste d’exception, ainsi qu’au groupe que fut ce Motörhead, bviereux et dangereux au possible. 

Source: internet

Motörhead est à la musique ce que son fondateur était à la médecine : une énigme. En quatre décennies d’existence, Motörhead a connu tant de revers, de trahisons, de coups bas, d’incompréhension, de changements de line-up, s’est retrouvé à la rue on ne sait combien de fois… que le groupe aurait dû, s’il y avait une réelle logique aux choses, disparaître depuis bien longtemps. La vie en a décidé autrement.

1975. Ian Fraser Kilminster, alias Lemmy, retrouve sa terre natale anglaise après s’être fait éjecter de Hawkwind pour possession de drogues (« des mauvaises drogues », dira-t-il plus tard) lors d’un contrôle douanier à la frontière canadienne. Il en faut plus pour démotiver l’ancien roadie de Jimi Hendrix qui décide de monter son propre groupe, qu’il souhaite d’abord appeler Bastards. Mais un management avisé le persuade qu’avec un tel patronyme, Lemmy ne passera jamais à Top Of The Pops. Le bassiste/chanteur choisi alors le nom de la dernière chanson qu’il a écrite pour Hawkwind Motörhead. Le groupe est alors composé, outre son fondateur, du guitariste Larry Wallis et du batteur Lucas Fox, le trio étant managé Dave Edmunds.

Ce dernier s’attèle à la promotion de son nouveau poulain et parvient à faire entrer Motörhead dans l’écurie de United Artists. Le trio entre alors en studio pour enregistrer son premier album qui ne satisfait pas le label, United décidant de ne pas commercialiser On Parole. La carrière de Motörhead commence mal, d’autant plus que Lucas Fox se fait virer pendant les sessions d’enregistrement et se voit remplacé par Phil Taylor, bientôt surnommé « Philthy Animal » Taylor.

Le groupe répète intensément et Lemmy pense qu’un second guitariste est nécessaire. Eddie Clarke – ou Fast Eddie, né 5 octobre 1950 à Twickenham – entre en scène en 1976 au grand dam de Larry Wallis qui décide de retrouver sa liberté. L’efficacité du dernier arrivé est telle que Motörhead demeurera un trio.

En 1977, les choses n’avancent pas. Alors que le trio est au bord de l’implosion à cause du manque évident de succès de leur entreprise, les musiciens profitent de deux journées dans un studio pour jeter les bases de onze morceaux qui tous se trouveront sur le premier album officiel de Motörhead que le label Chiswick commercialise au mois de septembre. Illustré par un certain Joe Pentagno qui crée War-Pig, le célèbre monstre qui suivra à jamais Motörhead, ce premier album démontre simplement que la rage est là, teintée de ce Blues dont jamais Lemmy ne se départira. Le public est sous le choc de la puissance de l’ensemble. Comment un trio peut-il atteindre ce niveau de violence ? Sous le choc aussi de cette voix née de la rencontre d’une râpe à fromage et de papier de verre. Le résultat, c’est la vigueur de Motörhead, le blues de la reprise Train kept a rollin, le prémonitoire White line fever ou Iron horse/Born to lose. L’album atteint bientôt la 43ème place des charts, pourtant Motörhead décide de mettre un terme à sa collaboration avec Chiswick .

L’arrivée de Douglas Smith comme manager de Motörhead en 1978 marque un véritable tournant dans la carrière du groupe qui se professionnalise vraiment. La première tâche à laquelle s’attelle Smith est simple : trouver un foyer pour son groupe. Motörhead signe alors avec le label Bronze, entame une tournée anglaise de 18 dates, et savoure un premier passage à Top Of The Pops. Puis il est temps de proposer du concret aux fans. Le trio retourne en studio alors que le monde vit sous le joug du punk depuis bientôt deux ans. Mais la brutalité et la spontanéité de Motörhead parvient, comme l’a démontré la tournée, à réunir tout type de public, du simple hardos qui commence à ressortir au skinhead en passant par le punk ou le mod’s. Des jeunes à la recherche de virilité et de décibels.

Overkill parait en mars 1979. Le choc est réel. Dès l’introduction à la double grosse caisse du morceau éponyme, le public et les médias savent que le Rock est en train de vivre un grand moment. Sale, violent, puant la transpiration, la bière tiède et les cendres froides, Overkill , grâce à une collection d’hymnes intemporels (Stay cleanI’ll be your sisterNo classTear ya downMetropolisCapricorn…) permet à Motörhead d’élargir son public à travers l’Europe. Soutenu par deux singles, l’album monte à la 24ème place des charts. Bronze se frotte les mains. A peine Motörhead a-t-il le temps de souffler que le label renvoie les musiciens en studio au mois de juillet. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud…

Dès le mois d’octobre, le public retrouve le nouveau groupe le plus dangereux du monde grâce à Bomber qui grimpe à la 12ème place. Oui, trois petits mois auront suffit pour concevoir cet album, qui malgré son succès et malgré la puissance de morceaux comme Dead man tell no tales ou l’éponyme Bomber semble très légèrement moins inspiré que son prédécesseur. Si l’esprit rock direct est partout présent, si Motörhead cherche un peu à se renouveler, une certaine lassitude semble s’installer. Cela transparait avec Lawman ou l’inquiétant Sweet revenge, titres lents et lourds mais joués sans réelle conviction. Pourtant, le succès commence à attiser les convoitises… Rappelez-vous : United Artists avait refusé de sortir On parole en 1976. Trois ans plus tard, le label n’hésite pas à le faire.

Motörhead n’a pas le temps de s’inquiéter de l’accueil reçu par Bomber ; déjà le trio part en tournée pour conquérir le continent en compagnie de Saxon (onze dates en Hollande, Allemagne et France) tandis que le Royaume-Uni commence à céder aux coups de boutoirs de ce phénomène que l’on nommera bientôt la New Wave Of British Heavy Metal. Nous sommes en 1980 et le monde du Rock connait une nouvelle mutation. Motörhead en tirera largement profit, comme le démontre l’énorme succès rencontré par Ace Of Spades qui parait en novembre. Cette fois, point de faiblesse. Motörhead signe l’album parfait de Rock sur lequel rien n’est à jeter… Produit par Vic Maile, rendant hommage aux hommes de l’ombre (We Are The Road Crew), parlant des plaisirs de la vie (Ace Of SpadesThe Chase Is Better Than The CatchLove Me Like A Reptile…) Ace Of Spades est bientôt certifié disque d’or, et entre dans le cercle fermé des indispensables classiques du genre.

Motörhead repart sur les routes. Sillonnant sa terre natale, le trio enregistre ici et là ce qui deviendra son premier album live. Mais avant, Lemmy and Co. s’offrent un petit plaisir et enregistrent un maxi single de trois titres avec les nouvelles copines de GirlschoolSt Valentine’s day massacre est propulsé n°5, confirmant le capital sympathie acquis par le trio. Tout va pour le mieux, et avant de s’envoler pour le nouveau continent (vaste territoire qui reste encore à conquérir, les disques de Motörhead n’y étant pas distribués) afin d’ouvrir pour Ozzy Osbourne, Motörhead savoure le plaisir des sommets du podium. No sleep ‘til hammersmith est le parfait témoignage de l’efficacité dévastatrice de Motörhead face à son public au début des années 80. Enregistrés sur plusieurs dates au cours de sa dernière tournée en date, les 11 morceaux figurant sur cet album démontrent que Motörhead n’a pas usurpé son titre de groupe le plus dangereux du monde. Et ce groupe se hisse à la première place des charts ! Plutôt bien pour une formation qui était au bord de l’implosion quatre petites années auparavant, non ?

Un tel succès ne se mérite qu’à force de travail et d’implication. La tournée ne s’est pas passée sans heurts, Eddie et Phithy se battant régulièrement. Lorsque sonne de nouveau l’heure d’enregistrer, il y a de réelles tensions au sein du groupe qui décide de produire lui-même son futur album. Fast Eddie est donc en charge de donner forme au son de Iron fist. Le guitariste verra plus tard dans ce choix l’existence d’un piège destiné à trouver une raison pour le remplacer. Car, oui, Iron fist ne satisfait pas autant les fans lors de sa sortie en avril 1982. Sans être désastreux, les retours sont mitigés. Certes, des morceaux comme Iron fistLoser ou (Don’t need) Religion sont du pur Motörhead . Mais l’ensemble pêche par manque de dynamisme sonore sans doute. Le 14 mai, Fast Eddie quitte Lemmyet Philthy, et part fonder, en compagnie de Pete Way (bassiste de UFOFastway.

Rapidement, les gaillards sont en désaccord, et le bassiste fonde son propre groupe, Waysted. Fast Eddie s’entoure d’une fine équipe et enregistre un premier album, un Fastway remarquable et remarqué et à l’opposé de Motörhead. L’album lorgne plus du côté des Led Zeppelin que de la brutalité lemmyesque. Malgré toutes ses qualités, et malgré le fait que Fastway vende plus que Motörhead ne l’a jamais fait jsuqu’alors aux USA, le disque ne parvient pas à devenir disque d’or: « seulement » 400.000 exemplaires sont vendus. Chiffre qui encourage le groupe à continuer.

C’est confiant que Fastway réintègre les studio afin d’y accoucher de l’excellent Waiting for the roar. Le groupe est en forme et cela se ressent sur chacun des morceaux de l’album qui peine cependant à séduire les acheteurs. Pas grave, c’est aussi ça le rock. Mais mal conseillé ou mal inspiré, Fastway va voir le public déserter par la suite à cause de choix aventureux et pas forcément judicieux.

BLACK LABEL SOCIETY: Grimmest hits

Hard rock, USA (Spinefarm, 2018)

Ce n’est pas parce qu’apparaît le mot « hits » que Grimmest hits, nouvel album du Black Label Society de Zakk Wylde est un best of… Non,non, non… Rien à voir! Il s’agit bel et bien du successeur de Catacombs of the black Vatican paru en 2014. Et là encore, les amateurs de BLS seront simplement comblés, sans pour autant, reconnaissons-le, être surpris. Car les 12 morceaux de ce disque sont le reflet de ce que Zakk fait de mieux: de jolies et puissantes mélodies, de gros riffs de guitares et la ballade qui va bien. C’est carré, chanté avec cette voix profonde et grave qui est typique au guitariste. Grimmest hits se révèle rapidement être un de ces albums profondément honnêtes qu’on a beaucoup de plaisir à écouter, même si on ne retient pas tout spontanément. Pas de révolution, mais un vrai bon moment que nous offre, une nouvelle fois, Black Label Society – qui sera de passage au Bataclan de Paris le 8 mars, et au Bikini de Toulouse le lendemain, 9 mars. Rendez-vous est pris avec l’un des plus sympathique guitaristes bourru comme un ours de sa génération.