THE DEAD DAISIES: Holy ground

International, Hard rock (SPV, 2021)

Le départ de John Corabi (chant) et de Marco Mendoza (basse) de The Dead Daisies avait fait réagir certains fans de la première heure, certains, même, n’hésitant pas à prédire la fin du groupe monté par David Lowy. Ben… justement, le guitariste australien a toujours dit que ce groupe était à géométrie variable, un line up qui s’ajusterait en fonction des disponibilité de chacun de ses membres. Ok, on peut aussi se demander si le blondinet n’en profite pas pour adapter lui même sa formation à ses envies de collaboration, mais quelle importance? C’est lui le capitaine, et c’est son groupe. Alors passer de Corabi, à la voix puissante et au charisme évident, charisme partagé avec Mendoza, à The voice of rock, il n’y a franchement pas de quoi se plaindre. Glenn Hughes, pensez-vous qu’on y perde au change? The Dead Daisies surement pas. En dehors d’évidentes économies hôtelières (passer de 6 musiciens à 5 puis, aujourd’hui 4, faites le calcul…) le groupe se rafraîchit et trouve une nouvelle énergie, et le prouve tout au long de ce nouvel album, Holy ground, enregistré dans le sur de la France avant qu’ne certaine pandémie ne viennent changer le monde. Mais The Dead Daisies revient. Une renaissance qui s’accompagne d’une nouvelle signature, plus… « hippie » sans doute. Les nouvelles compositions gagnent en groove, se faisant parfois presque funky. Toujours foncièrement heavy rock, lorgnant parfois vers le rock sudiste(ces guitares à la ZZ Top sur Chosen and justified!), l’ensemble entraîne l’auditeur dans une spirale mélodique menée par une voix intacte. Doug Aldrich (guitare) peut enfin terminer ce qu’il avait commencé avec Hughes qui rappelle aussi quel bassiste il est . Pas surprenant que Like no other soit sous titré Bassline… Et Deen Castronovo (batterie) qui se lâche et semble parfois être relâché dans les 70’s! C’est d’ailleurs le batteur qui s’atèle au chant, puissant et superbe, sur la reprise (habituelle désormais des Daisies, pas un album sans…) 30 days in the hole de Humble Pie. Une reprise agréable mais pas aussi marquante que d’autres explorations proposées par le groupe.  Reste qu’avec Holy ground, The Dead Daisies revient dans une superbe forme et nous propose un des meilleurs albums parus ces derniers mois. On espère seulement pouvoir les retrouver rapidement en live pour communier ensemble.

BLACK STONE CHERRY : The human condition

Hard rock, USA (Mascot records, 2020)

Si, avec Kentucky (2016) et Familly tree (2020), Black Stone Cherry confirmait revenir à son hard rock teinté d’influences sudiste quelques temps délaissés sur son opus précédent – Magic mountain (2014) – le quatuor le plus stable de l’histoire du rock US cherche, avec The human condition et sa pochette grave – les visages des quatre membres du groupe évoquent pauvreté, misère, vie dans la rue… – à se renouveler tout en conservant son identité sonore. Dès Ringin’ in my head, le groove et le funk font se dandiner l’auditeur. Il faut attendre Push down & turn pour trouver les premières traces de guitares furieuses. Chris Robertson est particulièrement en voix, ses échanges de guitares avec Ben Wells particulièrement efficaces. La rythmique, elle, se réinvente totalement, la basse de Jon Lawhorn cherchant le groove qui tue sans jamais trop en faire, tandis que John Fred Young n’est jamais avare de trouvailles qui interpellent. Black Stone Cherry a toujours proposé des moments rock et d’autres plus tendres comme des hommages (When angels learn to fly), des chansons d’amour (In love with the pain) ou des ballades (If my heart had wings). Avec son riff hypnotique, Live this way est sans doute le titre le plus heavy du lot, avec Don’t bring me down, tandis que Ride sonne très road song avec un riff heavy européen des 80’s. Si Black Stone Cherry sait parfaitement composer des chansons efficaces et qui font mouche, parfois un peu trop typées radio ou gros son rock US, le groupe prend un certain risque en cherchant à se renouveler, et y parvient haut la main. C’est sa force: se réinventer sans trahir son identité, ses racines et ses influences.

BULLRUN: Wilderness

France, Hard rock (Autoproduction, 2020)

Découverts en 2017 avec un premier Ep – Dark amber – efficace et varié, les Français de Bullrun reviennent enfin avec un nouveau méfait, Wilderness, un autre EP au propos plus heavy. Au travers de ces 6 nouveaux titres, le trio confirme son potentiel tout en affirmant son identité sonore et son orientation musicale. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons dû patienter trois ans, le groupe explorant les sonorités et se cherchant, mais semblant désormais s’être trouvé. Le résultat est un Ep plus compact et cohérent, plus foncièrement heavy, rugueux et rentre dedans. Downtown met les choses au clair dès le départ: on n’est pas loin des relents de bières et de clopes qui pouvaient définir un Motörhead des 80’s. Wilderness, saccadé et furieux évoque plus Maiden ou Metallica tandis que Fire and hate – objet d’un premier clip chiadé et superbement mis en scène – achève de rompre des nuques. Redemption day se démarque quelque peu avec une intro un peu southern rock, le heavy se réimposant avec Roll your dice et Dust and sand. Avec Wilderness, non seulement Bullrun fait preuve de maturité mais donne l’impression de vouloir explorer le monde. Et le potentiel est là: une voix profonde, puissante et rageuse, un anglais parfaitement maîtrisé, véritable atout, une mise en son exemplaire, une envie de partage, des ambiances très US assumées. A quand la scène et un album complet???

TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN: Pressure

Hard rock, USA (SPinefarm, 2020)

Tyler Bryant & The Shakedown a un rythme de publication discographique quasi unique en son genre. Moins de 18 mois après la sortie de Truth and lies, qui m’avait déjà sacrément marqué, les Américains reviennent avec un Pressure tout aussi réussi, varié et efficace en diable. Concocté à domicile en pleine période de lutte contre la pandémie, ce disque voit le groupe confirmer son potentiel et faire un pas de plus vers l’excellence. Les Shakedown s’amusent avec tout ce qui leur plait, du hard rock rageur (Pressure) à la ballade sensible, épurée et émouvante (Like the old me) en passant par le hard rock pur jus (Crazy days), le rock sudiste issus des bayous (Hitchhicker et sa bottleneck). Le combo sait aussi se faire simplement crade et direct (Automatic) ou amoureux de la country (Wildside) ou du blues (Misery). Jamais à court d’idées, le groupe ne laisse pas l’auditeur se lasser. Pressure pourrait-il être le déclencheur – enfin – d’un succès à grande échelle pour TBSD? Voici en tout cas un album, dont on ne jettera rien, qui séduira tous les amateurs de hard rock simple et efficace.

Concerts from home: WHITESNAKE

Faire le tour du monde sans bouger de chez soi, sans passeport ni frontières, c’est l’invitation de Metal Eyes à travers la (re)découverte de ces albums live, mythiques ou moins connus, décortiqués en cette période sans concerts. Cette semaine, Concerts from home vous emmène au pays de sa Gracieuse Majesté, outre-manche. On est partis? Lire la suite

DOKKEN – The lost songs: 1978-1981

USA, hard rock (Silver lining, 2020)

Dokken… ah, Dokken et les guerres incessantes entre Don Dokken, chanteur et fondateur du groupe et George Lynch, prodige de la six cordes. Ah, Dokken et son arrivée dans le monde discographique grâce au label français Carrère, séduit par le hard rock depuis qu’il a signé Saxon. Dokken et son indispensable triptique Tooth and nail (1984), Under lock and key (1985) et Back for the attack (1987)… Oui, mais Dokken a aussi eu une vie avant, même avant son premier album, Breaking the chains (1983). Le chanteur a remis la main sur de vielles démos, les a finalisées tout en gardant le son d’époque, et nous les livre aujourd’hui pour que nous, ses fans, puissions aussi profiter des origines du combo grace à ce The lost songs: 1978-1981. Euh, au fait, pas encore de Lynch ici, il s’agit vraiment d’enregistrements bruts, à l’exception des deux derniers titres, Liar et Prisoner, enregistrés en public. Alors voilà, au fil de mon écoute, je me pose une question simple: sachant que cette période m’a toujours fait vibrer, en me replongeant dans ces 80’s naissantes, aurai-je aimé Dokken? Cette version de Dokken, naturellement. Pas sûr. Le chant est encore timide et peu affirmé sur Step into the light, Day after day, les ballades trop nombreuses et sirupeuses (Day after day, Rainbows…). Les groupes de cette scène florissante se connaissaient, se croisaient, fréquentaient les mêmes clubs et se stimulaient, et l’on retrouve ici des traces de Mötley Crüe (certaines lignes de chant à la canard) ou Ratt (Juan Croucier a d’ailleurs co-écrit Hit and run) ou encore Great White (le son et le style de guitare sur le précité Hit and run) parmi d’autres. Si la fin propose un Dokken plus dur et rentre dedans (le rapide et furieux No answer ou le nerveux Back in the streets), l’en,semble reste assez classique. On se rend vite compte de ce que peu apporter une oreille extérieure, Felony en étant le meilleur exemple, seul titre que l’on retrouvera plus tard sur la première galette. Ne vous y trompez pas, le Prisoner ici présenté n’a rien de commun avec celui figurant sur Back for the attack. En résumé, ces « chansons perdues » ne marqueront pas vraiment l’histoire du metal ni celle du groupe. Un document qui ne s’adresse qu’aux fans ultimes, mais rien de plus.

Concerts from home: SCORPIONS

Parce que nous sommes privés de concert jusqu’à… seul le diable le sait, et encore… Metal Eyes, au travers de Concerts from home,  vous invite à revivre les grands ou plus obscurs moments live que la vie discographique nous a offerts. Cette semaine, allons chez nos voisin d’Outre Rhin célébrer les immenses Scorpions.

SCORPIONSTokyo tapes (RCA, 1978)

Made in Japan, le double album live de Deep Purple paru chez EMI en 1972 a fait un tel effet que nombreux sont les groupes souhaitant marcher dans les pas des Anglais. Scorpions, qui vient, après deux premiers albums un peu remarqués, de publier un indispensable triptyque (In trance en 1975, Virgin killer en 1976 et Taken by force en 1978) s’est hissé parmi les plus grands groupes du rock international. Un exploit pour un groupe allemand à une époque dominée par les Anglais et les Américains. Mais le groupe a le vent en poupe, tant à domicile où il a, en 1977, été élu meilleur groupe allemand, qu’en Europe que Scorpions sillonne intensivement. Sollicité de partout, la formation, alors composée de la solide base Klaus Meine (chant) et Rudolf Schenker (guitare), les fidèles Francis Buchholz (basse) et Uli Jon Roth (guitare) et Herman Rarebell (batterie, arrivé dans le groupe au mois de mai 77 en lieu et place de Rudy Lenners) se lance, au mois d’avril 78, dans une tournée japonaise en 1978. Taken by force est paru quelques mois plus tôt, en décembre 1977, lorsque les Allemands s’envolent. C’est la première fois que les teutons se rendent au pays du soleil levant, alors immortaliser l’instant semble une évidence. En fait de tournée, le groupe donne un total de 5 concerts à Nagoya, Osaka et Tokyo entre le 23 et le 27 avril 1978. Deux des dates de Tokyo sont ainsi immortalisée – les 24 et 27 avril – au Sun plaza hall. Deux dates qui deviendront Tokyo Tapes, produit par Dieter Dierks, fidèle producteur du groupe depuis 1975 et responsable des 3 albums mentionnés plus haut (et des suivants, jusqu’à la fin des 80’s). Ce témoignage été enregistré à l’aide du studio mobile Tamco par Tomotsu Yashida. Et le rendu est simplement à la hauteur de la folie des prestations du groupe, dont les musiciens sont encore capables de se contorsionner et de se muer en pyramide humaine. Forcément, seul un double album peut rendre justice à la puissance de ces prestations, nerveuses et épineuses à souhaits. Naturellement centré sur son dernier né avec 4 extraits, à égalité avec In trance, tandis que 3 morceaux honorent Virgin killer. Soit 11 titres sur les 18 de ce live. Le public japonais, qu’on dit habituellement sage, est ici bruyant même si on a parfois le sentiment qu’il ne reconnait pas immédiatement les chansons, qu’il attend les premières paroles pour clamer son approbation. Et Scorpions fait tout pour le séduire, alternant entre titres rock et ballades – une spécialité de toujours pour ceux qui n’ont découvert le groupe qu’en 1984… Les photos intérieures de ce double album montrent des musiciens heureux. Imitant les Beatles traversant la rue (il y a un peu plus de monde dans les rues de Tokyo que celles de Liverpool), et quelques tranches de vie et de concert ne sont malheureusement pas assez pour assouvir la curiosité du fan. Mais c’est aussi l’époque qui veut ça. Ce sera pourtant la dernière participation du lunaire Uli Roth qui sera par la suite remplacé (d’abord temporairement, puis définitivement, mais c’est une autre et longue histoire !) par le discret et sympathique Matthias Jabs. La carrière de Scorpions, alors au sommet de sa forme, n’a pourtant pas encore atteint les sommets créatifs et populaires que lui réservent les années 80. La bête va bientôt devenir un monstre sacré. Tokyo tapes lui en ouvre le chemin, le disque rencontrant un succès plus que mérité partout dans le monde. Ce premier live de Scorpions fut plus tard réédité sous format CD, remasterisé en 2001 par EMI (et se vit alors amputé de Polar nights par manque de place sur un CD simple) puis en2015 par BMG. Cette dernière version propose un CD supplémentaire regroupant Tokyo tapes dans son intégralité ainsi que 3 morceaux supplémentaires (Hell cat, Catch your train et Kimi Ga yo) ainsi qu’une seconde version de Polar nights, He’s a woman, she’s a man, Top of the bill et Robot man dans un packaging valorisant cette œuvre indémodable.

Interview: Tyler BRYANT AND THE SHAKEDOWN

Interview TYLER BRYANT AND THE SHAKEDOWN : entretien avec Tyler Bryant (chant, guitare) Propos recueillis via Zoom, le 9 octobre 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Tyler, vous avez un rythme d’enregistrement d’albums comme personne. 2015, 2016, 2017, le dernier il y a à peine 18 mois, et le prochain sort le 16 octobre. Vous trouvez où, cette inspiration ?

Tyler Bryant : J’adore écrire des chansons, c’est une des choses qui me rendent heureux. Cette année, notre tournée a été annulée, et la décision la plus évidente a été de composer de nouvelles choses. Je n’ai pas encore eu de « syndrome de la page blanche » dans ma carrière, même si je sais que ça arrivera ! Il y a tant de choses dont on peut s’inspirer, surtout en ce moment. Les gens traversent tant d’épreuves en ce moment, c’est pour ça qu’on a appelé cet album Pressure. C’est un album dans lequel nous mettons tous nos espoirs et notre énergie et espérons pouvoir tirer quelque chose de positif d’une situation affreuse. Nous avons ressenti comme un devoir de partager cela avec notre public.

 

Metal-Eyes : Tu dirais que le Covid a eu un impact « positif » sur le processus d’écriture ?

Tyler Bryant : Ouais… C’est difficile de dire que le Covid a quoique ce soir de positif… Mais j’ai écrit plus de chanson positives, comme un exutoire de tout ce qui est négatif actuellement. Des chansons comme Crazy days ou Coastin’ sont parmi les plus positives de ce que j’ai jamais écrit. C’est sans doute le résultat de mon cœur me dictant « ok, mec, plus de choses négatives, sois positif ! »

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution du groupe entre Pressure et Truth and lies, vos deux derniers albums ?

Tyler Bryant : Mmh… On a beaucoup tourné, on est des chiens de la route… On donne 200 concerts par an, ou plus, et plus tu joues, meilleur tu es. On a donné des concerts dans des stades avec des groupes comme Guns’n’Roses et dans des clubs dans des villes où nous n’avions jamais mis les pieds avant… Chaque concert te permet de voir ce qui fonctionne ou pas. Il y a des chansons qui fonctionnent dans des stades et d’autres, plus intimes, tu aurais envie que le public soit là, assis dans la pièce avec toi. Je crois que nous commençons à tirer profit de toutes ces expériences que nous vivons depuis des années.

 

Metal-Eyes : Avec tous ces groupes avec qui vous avez partagé l’affiches, gigantesques ou plus petits…

Tyler Bryant : Oui, absolument. Et aussi… Nous avons enregistré cet album dans mon home studio. Si tu veux survivre aujourd’hui, surtout en tant que groupe de rock, tu dois prendre les rênes et faire les choses toi-même. Personne n’a envie de sortir, et nous n’avons pas envie de sortir, voir des gens ! On a déjà pris des risques en enregistrant cet album en plein confinement, nous sommes censés ne voir personne ! Nous avons passé un pacte disant que nous ne verrions personne d’autre, ne rien faire d’autre que des allers-retours entre chez nous et le studio. J’ai la chance d’avoir un studio chez moi, où nous avons enregistré. J’aime le fait de complètement pouvoir m’immerger dans le processus comme nous l’avons fait.

 

Metal-Eyes : Mais tu aimes aussi être sur la route, comme tu l’as dit. Le chien de la route que tu as décrit il y a quelques instants doit être frustré en ce moment…

Tyler Bryant : Oui, à 100%. C’est un peu impressionnant de sortir un album sans aucune date pour le promouvoir…

 

Metal-Eyes : Oui, mais la musique doit continuer de vivre.

Tyler Bryant : Si je ne fais pas de musique, je suis malheureux. Faire ce disque était un moyen pour moi de rester sain, et c’est pareil pour mes compagnons de jeu. On a pris notre pied à réaliser cet album !

 

Metal-Eyes : Il y a une variété de rythmes, de feelings sur cet album. Pressure, le titre d’ouverture est très heavy, il y a des morceaux plus intimistes et sentimentaux. Qu’avez-vous mis dans ce disque ?

Tyler Bryant : Une chanson comme Pressure a été composée avant la pandémie, mais je crois que ce sentiment de se sentir submergé par la pression est ressentie par les gens depuis la nuit des temps. Nous avons eu le sentiment que ça devait être notre point de départ pour ce disque, parce que chaque membre du groupe en parlait. Je ressens de la pression : celle de ne pas avoir de travail, de vouloir réussir, d’avoir quelque chose à faire, parce que je m’ennuie, que je me sens piégé… Toutes ces choses que chacun peut ressentir… C’est pour cette raison que nous avons choisi de placer l’aguille de la pochette dans le rouge, parce que c’est ce que nous ressentons actuellement. Mais nous ne pouvions nous arrêter là, nous devions explorer d’autres sentiments pour voir le bout du tunnel. C’est la raison pour laquelle l’album se termine avec Coastin’, une chanson pleine d’espoir, et positive.

 

Metal-Eyes : Tu viens de parler de « pression pour réussir » … Vous avez joué en ouverture de groupes gigantesques, avez sorti une demi-douzaine d’albums… Que manque-t-il pour vous faire passer au stade supérieur ?

Tyler Bryant : J’en sais rien… Je crois que nous avons rencontré notre public. Nous ne sommes pas un groupe mainstream, nous jouons du rock bluesy sans prétention. Tu me vois assis avec cette Resonator (ndmp : une guitare Gretsch à caisse métallique notamment popularisée par Dire Straits) des années 30… Je ne suis en aucune manière une pop star et je me sens vraiment chanceux que nous ayons pu donner des concerts dans des stades. Mais… donner un concert devant 300 personnes, fans et passionnés par la musique de The Shakedown, est tout aussi gratifiant. A mes yeux, en tout cas ! Le succès à grande échelle n’a jamais été le but de ce groupe, notre objectif est de créer la musique que nous adorons. Continuer sur cette voie, comme les artistes que je respecte, c’est ce que je souhaite : faire le plus de disque jusqu’à ce que je ne le puisse plus.

 

Metal-Eyes : Vous n’avez presque jamais changé de line-up…

Tyler Bryant : Oui, à l’exception de notre bassiste qui a quitté le groupe après 8 ans. Nous nous sommes quittés en très bons termes et nous nous parlons encore… Il commencé en tant que batteur, et il a pris la basse en entrant dans le groupe. Mais il avait cette envie brûlante de rejouer de la batterie, alors il a suivi son chemin.

 

Metal-Eyes : Comment expliques-tu l’union qu’il y a entre vous tous ?

Tyler Bryant : Nous sommes des frères, simplement ! Aussi proches que nous pouvons l’être sans lien de sang. Nous avons partagé tant de choses… Nous nous sommes battus les uns pour les autres, nous sommes soutenus.

 

Metal-Eyes : Sur Oui ! (il ouvre sa veste et dévoile un T-shirt avec sa photo) C’est elle ! Elle sort son nouveau single aujourd’hui, alors j’assure sa promotion ! Il y a quelques chansons sur ce disque où je pensais que ce serait bien d’avoir du chant féminin. Elle nous a fait le plaisir de partager sa voix avec nous sur ces chansons…

 

Metal-Eyes : Il y a aussi la participation de Charlie Starr…

Tyler Bryant : De Blackberry Smoke, oui !

 

Metal-Eyes : Vous jouez le même style de musique… Depuis combien de temps vous connaissez-vous ?

Tyler Bryant : Je connais Charlie depuis longtemps… Je ne sais plus combien de temps, mais The Shakedown a tourné avec Blackberry Smoke et Charlie et moi sommes devenus de bons amis. Je le considère comme un ami proche. Au-delà du fait que nous soyons amis, je suis un grand fan de son groupe ! C’est un de mes chanteurs préférés et c’est un honneur pour moi qu’il chante sur ce nouvel album.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Pressure poru expliquer ce qu’est aujourd’hui Tyler Bryant and The Shakedown, quelle chanson serait-ce ? Et je sais que j’ai dit il y a quelques instants que c’est un album très varié…

Tyler Bryant : Pfiou… Oui, c’est un album varié… Je dirai Holding my breath. C’est une bonne représentation de qui nous sommes aujourd’hui.

 

Metal-Eyes : C’est le seul titre qui dépasse les 4’…

Tyler Bryant : Vraiment ? Je ne le savais pas !

 

Metal-Eyes : C’est volontairement que vous écrivez des chansons courtes ?

Tyler Bryant : Non… Tu sais, si tu viens à un concert des Shakedown, tu auras du mal à trouver une chanson de moins de 4’. Nous adorons jammer, improviser, ça nous inspire. Ce moment où tu laisses parler ton instinct en concert. En studio, nous préférons aller à l’essentiel, laisser une chanson parler d’elle-même, sans ajouter de guitares héroïques ou de fioritures… Nous préférons que la guitare serve la chanson plutôt que de frimer avec…

 

Metal-Eyes : J’ai écouté l’album le 6 octobre. Ecouter The old me alors que nous venions d’apprendre la mort d’Eddie Van Halen, ça m’a vraiment ému. Comment as-tu vécu cette disparition ?

Tyler Bryant : Oh, man… Eddie Van Halen était un de mes héros. Ma première guitare électrique était un clone de sa Frankenstrat… C’était une guitare pour enfant et lorsque je l’ai eue, je ne savais même pas qui était Eddie Van Halen, je n’étais qu’un gamin. Oui, c’est une perte immense pour le rock, et pour la musique en général. Mais je me sens chanceux d’avoir pu vivre dans le même monde que lui, c’était un génie absolu…

 

Metal-Eyes : Une inspiration aussi ?

Tyler Bryant : Oh, oui, une grande source d’inspiration ! J’ai posté une chanson sur mon compte Instagram hier, une sorte d’hommage… J’aurai voulu le rencontrer, mais…

 

Metal-Eyes : Est-ce que le père de Graham vous apporte son avis sur votre musique ?

Tyler Bryant : Non… Il fait son truc, et je crois que Graham apprécie de faire aussi son truc. Il préfère faire écouter un album à son père une fois enregistré, mixé et finalisé. Il ne va pas lui demander son avis…

 

Metal-Eyes : Mais Brad vous le donnerait s’il pouvait écouter votre musique avant que vous ne l’enregistriez ?

Tyler Bryant : Il l’a fait une fois, une seule fois. Il est venu en studio en 2011, ça remonte. Il nous a dit « ça sonne vraiment bien. Ce serait bien si les backing vocals sonnaient comme ça ! » Et il s’est barré… Il a toujours soutenu le groupe.  Quand nous avons terminé le premier album, nous sommes allés chez Brad, lui avons fait écouté l’album et il nous a dit « ça craint ! Vous voulez écouter le dernier album d’Aerosmith ? » et on a vraiment passé un bon moment. Il est plus un ami qu’autre chose. Il est juste le père de Graham…

 

Metal-Eyes : Tu auras remarqué que je n’ai pas prononcé son nom de famille… (Graham Whitford est le fils de Brad, guitariste d’Aerosmith)

Tyler Bryant : Oui, oui, j’ai remarqué…

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait-être la devise du groupe aujourd’hui, quelque chose que vous imprimeriez sur votre futur album ?

Tyler Bryant : Oh, mince… Une chose que (il rit) je prononce toujours avant de monter sur scène c’est « Pas de prisonniers ! » L’idée c’est que quand les Shakedown donnent un concert, j’ai envie d’attraper le public à la gorge et de le secouer ! Je sais, ça sonne assez violent, je ne veux blesser personne, bien sûr ! C’est plus dans l’idée d’embarquer le public avec nous.

 

Metal-Eyes : Ces dernières années, vous avez changé votre manière de composer ?

Tyler Bryant : J’ai toujours fait les choses de manière instinctives. Ce que ressens est ce que je vais écrire. J’attrape une guitare et je joue. Un riff ? Un rythme de batterie ? Un titre ? Je n’ai jamais eu une méthode précise… Je ne sais jamais par où je vais commencer, et lorsque je planifie les choses, en général, le résultat… ça craint !

 

Metal-Eyes : Quel est l’apport des autres ? S’agit-il d’un travail personnel que tu proposes aux autres ou d’un effort collectif.

Tyler Bryant : Un peu des deux… Ils apportent beaucoup plus que simplement jouer leur partie. Un titre comme The old me, je l’ai écrit seul. Je me suis assis avec une guitare, j’ai eu une idée de riff et 15 minutes plus tard, des mots sont arrivés. D’où, je n’en sais rien, mais ils étaient là. J’ai joué le morceau aux autres et ils ont simplement amélioré la chanson, en ajoutant du piano, ce que nous n’avions jamais fait. Parfois, Graham m’envoie un titre et nous le développons, un vrai travail collaboratif. Il y a beaucoup de choses sur cet album qui n’auraient pas vu le jour sans ce travail commun.

 

Metal-Eyes : Donc c’est un groupe démocratique…

Tyler Bryant : Nous ne faisons rien sans que chacun ne donne son accord, c’est sûr !

 

 

Concerts from home: AEROSMITH – Live! Bootleg

C’est désormais une habitude… Toujours privés de concerts, Metal Eyes continue de de revisiter certains albums live au travers de la rubrique nouvelle rubrique « Concerts from home ». Cette semaine, un nouveau grand classique vous est proposé.

Pour ce nouveau volet, restons aux USA. Plus précisément dans le Massachusetts dont la capitale, Boston, a vu naître un des plus gigantesques groupe de tous les temps avec Aerosmith. Revenons alors sur leur premier album live, le mythique Live! Bootleg

AEROSMITHLive Bootleg ! (Columbia, 1978)

En 1978, alors que le groupe se noie dans la dope et l’égo, Aerosmith (son label et son management aussi) décide qu’il est temps de sortir son premier album live. Le groupe de Boston a déjà 5 disques à son actif, le dernier en date, très justement ou ironiquement nommé Draw the line (1977) n’ayant pas rencontré le même succès (double platine aux USA, quand même) que ses deux prédécesseurs, les remarquables Toys in the attic et Rocks (1975 et 1976) qui ont transformé Aerosmith en un monstre sacré du rock made in USA. Steven Tyler (chant), Joe Perry et Brad Whitford (guitares), Tom Hamilton (basse) et Joey Kramer (batterie), soit la version idéale –idéalisée ? – du groupe, s’embarquent alors dans une tournée qui démarre le 27 juin 1977 à Fort Worth, à côté de Dallas, au Texas. Elle prendra fin une centaine de dates plus tard, le 23 juillet 1978, lors du Day on the green festival d’Oakland en Californie. Aerosmith aura principalement sillonné le territoire américain, malgré une rapide escapade en Europe (2 semaines en août 1977 qui, après l’Allemagne et la Belgique, se concluent au festival de Reading le 27 août) et quelques dates en décembre de cette même année au Canada. Mais le reste du monde ? Le succès du groupe est cependant tel que de nombreux albums « pirate » viennent polluer le marché, ce qui pousse les 5 à publier ce Live ! Bootleg à la pochette épurée et tenter de lutter contre ce marché parallèle, qui, sans doute, leur ôte de précieux deniers qui, plus encore que de payer leurs factures, pourraient bien mieux les alimenter en substances prohibées (les Toxic twins, ça vous dit quelque chose ?). 16 titres sur 4 faces composent ce premier live dont les chansons ont été enregistrées en divers lieux au cours de la tournée Draw the line, à l’exception, cependant des reprises I ain’t got you (Calvin Carter) et Mother popcorn (James Brown), qui, elles, remontent à 1973. Le son des clubs est particulièrement notable sur la reprise de Brown, étonnamment couplée sur le tracklisting à Draw the line qui, lui, fut enregistré 5 ans plus tard, en mars 78 à Philadelphie… Plus étonnant encore, ce dernier n’est même pas mentionné sur la pochette (originale ou réédition). L’album, une nouvelle fois produit par Jack Douglas, véritable 6ème membre, surprend par son intensité et la variété des publics. Clairement, le groupe est, sinon en forme, plein de gnaque et de tensions. C’est palpable par instanst, tant le groupe semble parfois en roue libre sur certains de ses titres emblématiques (la version de Dream on peut étonner). Mais ces tensions se traduisent bien souvent par une énergie sans pareille – la quasi séance d’impro sur Lords of the things est impressionnante – Tyler s’égosillant au point que l’on peut se demander comment il a pu préserver sa voix tout au long de la tournée… Euh, en fait, non, certaines substances l’y ont sans doute aidé! Et que penser de cette « baston » que se livrent Tyler et Perry sur l’explosive version de Walk this way ? Si Aerosmith implose quasiment en pleine gloire en 79 avec le départ de Joe Perry (après l’enregistrement de l’album suivant, Night in the ruts), ce live, publié à sa sortie par Columbia aux USA et par CBS en Europe s’inscrit bientôt parmi les classiques du genre, les indispensables de toute discothèque qui se respecte. S’il fut naturellement réédité en format CD (simple), le disque –vinyle et CD – propose son lot de photos en divers lieux, d’infos et d’affiches qui occupent le lecteur autant, ou presque, que les 75 minutes de ce rock explosif et entraînant. Certains préfèrent les Classics live parus plus tard ? Qu’importe ! En 1977/78 Aerosmith en impose, point. Dream on ? Non, rock on !