Interview: VANDENBERG’S MOONKINGS

Interview VANDENBERG’S MOONKINGS : rencontre avec Adrian Vandenberg (guitares). Entretien mené le 26 octobre 2017 chez Gibson France, Paris.

Quand on vous demande en dernière minute si vous souhaitez faire l’interview d’un de vos héros d’adolescence, vous dites quoi ? Absent depuis 4 ans, Adrian Vandenberg vient assurer le service après vente du nouvel album de son Moonkings. Bavard ? Oui, et vous saurez tout sur ce nouveau disque

 

metal-eyes: Adrian, nous nous étions rencontrés lors de la sortie du premier album de Moonkings, comment te portes-tu depuis 4 ans ?

Adrian Vandenberg: Vraiment bien, et les choses s’améliorent de jour en jour parce que la date de sortie approche ! Nous allons, d’ici deux semaines, commencer la tourner, et nous avons hâte. Il y a eu des retards pris pour cet album, que j’espérais pouvoir publier il y a un an et demi, mais tu sais, on fait tous ces plans, et ça change tout le temps… Mais ça arrive !

metal-eyes: Le groupe lui-même a conservé le même line-up, cependant. Comment vous êtes vous occupés tout ce temps ?

Adrian Vandenberg: D’abord, on a donné beaucoup de concerts. Nous avons commencé à tourner juste après la sortie du premier album, en Europe, au Japon, et l’an dernier… Ce qui nous a mis en retard… J’ai contracté la maladie de Lyme, et il m’a fallu un an et demi pour m’en remettre. Une tique m’a mordu à la jambe. C’est une situation de merde parce que tu te sens fatigué, un peu ailleurs. Je suis vraiment heureux de m’en être débarrassé, beaucoup de personnes n’y parviennent pas. Ça m’a retardé, ainsi que tout le groupe. Tout : le studio, les répétitions, tout s’est rallongé. Mais au final, c’est une bonne chose parce que juste avant d’entrer en studio, j’ai pu écrire deux de mes chansons préférées de l’album, Walk away et If you can’t handle the heat, et elles ne se seraient pas retrouvées sur l’album sans ça…

metal-eyes: Vous avez soutenu le premier album sur scène. Quels sont tes souvenirs du concert parisien ?

Adrian Vandenberg: C’est une des plus belles salles que j’ai pu voir, le Divan du monde et sa déco unique des années 30. Ces canapés, et tout… C’était super. En réalité, nous voulions donner plus de concerts en France mais la tournée à commencé avant la sortie de l’album. Personne ne savait à quoi s’attendre, alors pourquoi booker des concerts ? Ce sera de l’instrumental, du rock ? Qui sait ? Maintenant, ce sera plus facile parce que le premier album a reçu un accueil fabuleux, et le nouveau, les gens se disent « ah, Vandenberg ? Il lui a fallu des années pour revenir, qui sait s’il ne lui faudra pas encore 30 ans pour revenir ? » (rires). Ce sera plus facile maintenant, avec le succès du premier album, d’organiser plus de concerts en France et ailleurs.

metal-eyes: Maintenant que les membres du groupe se connaissent mieux, y a-t-il eu des changements dans votre façon de travailler en studio ?

Adrian Vandenberg: D’une certaine manière, car nous nous sommes rapprochés en tant que groupe, grâce à tous ces concerts que nous avons donnés ensemble. On n’a pas vraiment beaucoup répété, ce que je souhaitais éviter pour ne pas trop « polir » les chansons. Ce que tu entends sur l’album est très dynamique et spontané. En réalité il y a quelques jams sur ce disque. Cet esprit me manque et je crois qu’il y a une raison pour laquelle les gens retournent vers la musique de Led Zeppelin, Free, tout cet esprit 70’S. Si tu écoutes leur musique chez toi, au casque, tu te retrouves en studios avec ces musiciens. Cette spontanéité, cette vibration me manque depuis… 25 ans, depuis que la musique est devenue un business, la musique de nombreux groupe est devenue, également, plus linéaire : tu entres en studio avec un super producteur, il y a toute cette technique pour que tu puisses réaliser un album « parfait », ce qui n’est pas, selon moi, ce que doit être un disuqe de rock. Il doit y avoir du feeling, de bonnes chansons, ce que je crois que nous faisons. Les qualités de musicien, que ce soit dans un groupe comme le notre ou ces groupes que les gens redécouvrent, il y a de très bons musiciens. Tu peux te fier à leur maitrise de la musique, tandis qu’aujourd’hui, c’est tellement facile pour un groupe médiocre d’enregistrer un bon album en se reposant sur la technologie. Ca explique aussi pourquoi beaucoup de gens sont déçus quand ils voient un groupe live : ils jouent avec un disque dur. Les groupes les plus populaires ont 80% de leur musique sur un disque dur, c’est un spectacle de marionnettes. Je fais partie de la vielle école : le show auquel tu assiste ce soir sera unique, tu n’en verras pas un second identique. Ce sera différent le lendemain : le public est différent, tu n’es pas dans le même état, la salle est différente… Rien ne peut être pareil. C’est plus aventureux, tu comprends ?

metal-eyes: Certains des grands groupes aujourd’hui, c’est vrai que tu les vois sur une tournée, tu n’as pas de surprise sur la suivante, même si le décor est différent. Parlons un peu de Mark II : pou moi, il semble qu’AC/DC a rencontré Whitesnake, Led Zeppelin et Jimi PaHendrixge, et toute cette vague vintage. Qu’avez-vous mis dans ce disque ?

Adrian Vandenberg: Quand j’ai lancé Moonkings avec le premier album, je me suis rendu compte que je voulais éviter de me coincer dans l’esprit des morceaux à succès que j’avais écrit dans les années 80, à cause de leur succès. Avec Vandenberg ou Whitesnake… A chaque fois qu’un label s’immisce dans le processus, ce qui est normal puisque c’est leur business. Mais en tant qu’artiste, tu veux éviter cela. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons signé avec Mascot, le premier label avec lequel j’ai discuté. Le patron du label m’a dit : « j’ai suivi toute ta carrière, tu n’as jamais fait un mauvais album. Avec nous, tu peux réaliser le disuqe que tu veux, personne n’interférera ». C’est plutôt un bon début, non ? J’ai donc réalisé le disque que je souhaiterai acheter – si, dans mon cas, je ne l’avais pas gratuitement (rires) ! Nous nous sommes vraiment concentrés sur la spontanéité, la dynamique. C’est la première chose qui frappe, plus que la technique, ou les capacités des musiciens. Si tu écoutes un vieil album des Stones, personne ne peut dire s’ils sont bons musiciens ou pas… Il y a du danger, une attitude, et si tu lisses trop le son, ce que j’ai vécu dans ma carrière, tu peux  te dire que la démo sonnait mieux. C’est dommage. J’ai aujourd’hui assez d’expérience pour savoir comment éviter cela. N’en fais pas trop en studio, laisses assez de place en studio pour les tripes… On n’a répété juste avant d’entrer en studio, à la dernière minute ou presque. Il y a beaucoup de spontanéité dans de nombreuses chansons, jouées sans filet. On n’a pas vraiment réfléchi, pour certains titres, à comment les terminer, on a joué et… Il s’est passé ce qu’il s’est passé, tout simplement ! The fire  ou If you can’t handle the heat se sont terminées en sessions jams dans le studio, comme dans les 70’s. J’en suis très fier ! J’ai dû les écouter 1000 fois, et elles me font toujours le même effet. Une chanson doit tenir d’elle-même, ensuite, en studio, c’est du bonus…

metal-eyes: Si la structure est solide, tu peux faire ce que tu veux autour…

Adrian Vandenberg: Exactement, tu peux en faire une chanson country ou pop, si tu veux ! Un bon refrain est très important… Je suis un grand fan des Beatles et… Les gens vont me tuer pour ça, mais je respecte aussi beaucoup Abba : ces gars faisaient de la pop mais avec tout ce qu’il faut. Tu peux en tirer une chanson de hard rock si tu veux ! Love runs out, sur notre album, et personne ne s’en est rendu compte, est une reprise d’une chanson de One Republic. On en a fait une chanson de Moonkings. La raison pour laquelle nous l’avons reprise est parce qu’une émission de télé hollandaise nous a demandé de jouer live. L’idée est de jouer un de tes titres et une reprise, à ta manière. C’était difficile parce qu’ill y a beaucoup de rap… Et j’ai entendu cette chanson de One Republic et j’ai réalisé que c’était presque une structure blues, et il n’a pas été trop complexe d’accélérer le tempo. On voulait que ce soit un titre bonus pour le Japon, qui veut toujours un peu plus… Mais quand Mascot l’a entendue, ils l’a voulaient sur l’album. Je leur ai dit que c’était à eux de se débrouiller avec les Japonais, je ne veux rien avoir à faire avec àa. Et je trouve qu’elle a toute se place sur l’album.

metal-eyes: Selon moi, Jan a, par instants, de plus en plus d’intonations à la David Coverdale. Vous en êtes vous rendu compte ?

Adrian Vandenberg: Pas forcément plus sur cet album que sur le précédentn d’ailleurs. Il a certains héros, et David en fait partie. Jan a 40 ans, et lorsqu’il était ado, il avait ses idoles : Robert Plant, Roy Rogers, Coverdale, Chris Cornell, Ray Gillan de Badlands, et aussi Rod Stewart, celui des débuts…

metal-eyes: Que des voix puissantes…

Adrian Vandenberg: Oh, oui, très puissantes, et il a ce type de voix. Chacun a un certain timbre, et ça ne change pas. Le sien peut évoquer David Coverdale, et même s’il chantait une chanson des Beatles, on entendrait ce timbre. C’est ainsi. Ce dont je suis ravi, c’est que, pour cet album, Jan a gagné en assurance. Il chante ces chansons avec plus d’assurance que sur le premier album. Il n’a pas chanté pendant deux ans. Sur le premier album, je l’ai beaucoup coaché pour qu’il se libère, et là, il est arrivé avec plus de certitudes. Une autre différence : sur le premier album, le chant a été enregistré avec un micro à 30.000 euros. Vintage… Il se tenait devant, et je me suis rendu compte que Jan… En tant que chanteur, tu ne dois pas te sentir vraiment à l’aise avec ça, pas en tant que chanteur de rock. Là, on a utilisé un micro bien moins cher, le genre qu’on utilise en radio. Il peut supprimer un maximum de sons d’arrière plan. Lors d’une émission de radio, tu écoutes l’animateur, tu n’as pas envie d’entendre les tasses de café dans le fond. Jan le tenait comme s’il chantait live, tu vois la position du chanteur de rock sur scène ? Je savais qu’il se sentait bien plus à l’aise. La différence entre ce micro et un micro à 30.000 euros s’entend dans son chant.

metal-eyes: Ca a donc changé son comportement lors de l’enregistrement.

Adrian Vandenberg: Absolument, c’est exactement ça.

metal-eyes: Comment décrirais-tu l’évolution du groupe entre ces deux albums ? AU début, vous ne vous connaissiez pas beaucoup, depuis vous avez tourné, 4 années se sont écoulées…

Adrian Vandenberg: Je me suis rendu compte après les quelques premiers concerts, nous partagions tous le même bus et chaque soir je sentais que nous nous rapprochions, que nous pouvions compter les uns sur les autres. Par exemple, notre premier gros festival en Hollande se tenait devant 50.000 personnes. Les gars n’avaient jamais joué devant plsu de 100 personnes (rires). Et là, ils se retrouvent face à plusieurs milliers de spectateurs, sur une scène de 80 mètres de large, et je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais ils ont agi comme s’ils avaient fait ça toute leur vie. Et soudain, ma guitare est tombée en panne, 4 fois. Il y avait un problème technique ou je ne sais quoi, et face à ce type de problème, un tiers du son qui disparait… Ils ont agit de la seule manière possible : en jouant les mêmes mesures, en occupant la scène, et le public s’est rendu compte que je ne pouvais rien faire. Ils ont vraiment assuré ce jour là. Aussi, je me demandais comment Jan allait s’en sortir vocalement live, car en studio il peut monter ou descendre, et il s’en est parfaitement sorti aussi. Maintenant, on est devenu si proches que quand il y a un problème, ce qui arrive naturellement de temps à autres, tu sais que les autres vont rattraper le coup. Et aussi, on a le même type d’humour, alors quand on va donner un concert, on passe toujours de bons moments. Tout le monde est détendu, il n’y a pas de drogues, ni d’alcool, ce qui est vraiment chouette et bien. Il n’y a pas de mauvaises surprises.

metal-eyes: J’ai vu la video de Tightrope, tournée en festival. Vous avez déjà interprété ce titre en festival ?

Adrian Vandenberg: Oui, nous l’avons jouée lors des 3 derniers festivals qu’on a donnés. Le public aime avoir un avant gout de ce qui arrive. Nous ne l’avions répétée qu’une ou deux fois avant, mais c’était un festival de taille moyenne, et ça nous a donné des repères.

metal-eyes: Justement, vous prévoyez de tourner en fin d’année puis au début du printemps, y at-il des festivals européens prévus ?

Adrian Vandenberg: J’espère, j’espère vraiment que nous pourrons jouer dans les festivals en Europe et en France, il y en a un bon paquet maintenant. C’est super de jouer dans des clubs, mais les festivals permettent de toucher un vaste public.

metal-eyes: Si tu devais ne retenir qu’une chanson de MKII pour définir ce qu’est Vandenberg’s Moonkings aujourd’hui, laquelle serait-ce ?

Adrian Vandenberg: Sans hésiter The fire car elle démarre tranquillement, Jan chante avec une certaine mélancolie, et elle monte en puissance avec de gros riffs… Et à la fin, tu peux nous entends jammer, je n’en fais pas beaucoup à la guitare, je n’ai plus rien à prouver aujourd’hui. Je pense que c’est une bonne introduction au groupe. Elle montre le type de chansons que nous jouons, nos racines blues rock…

metal-eyes: Quelle pourait être la devise du groupe aujourd’hui ?

Adrian Vandenberg: La devise ? Probablement… « Jouez avec tout votre cœur, sans aucune limite. »

metal-eyes: Une dernière chose : selon toi, quelle a été la meilleur question, la plus surprenante, étonnante qu’on t’a posée aujourd’hui ?

Adrian Vandenberg: Aujourd’hui ? Mmmh… Voyons… Tu peux dire que c’est une question difficile… J’ai du mal avec ça, avec le temps, j’ai entendu tellement de questions que plus rien ne me surprend vraiment ! Olivier (Garnier) m’en a posée une bonne hier : Nous étions avec Joe Bonamassa qui se plaignait que tout le monde lui pose les mêmes questions. Et il a eu une interview juste après et le journaliste lui a demandé s’il aime Britney Spears ! Ça l’a surpris, et il a demandé dans quel sens… «  Musicalement mais aussi physiquement » Il n’a pas su quoi répondre… Et le journaliste a continué en lui demandant s’il aimait es filles, il l’a emmené complètement ailleurs ! Je ne sais pas vraiment en fait. Tu l’as remarqué, quand quelqu’un me pose une question, je l’utilise comme un cadre pour parler de l’album, du groupe et parfois, une réponse peut, dans mon cas, nous entrainer complètement ailleurs ! (rires) En fait, c’est une de tes remarques : tu es le premier à dire que la voix de Jan s’approche plus aujourd’hui de celle de David Coverdale. Je trouve qu’il s’en est éloigné par rapport au premier album, et cela montre que chacun peut entendre des choses différentes. C’est ce qui est super avec la musique. Ma sœur est une pianiste classique – j’aime beaucoup le classique, aussi – et je lui explique depuis qu’elle a commencé à jouer à l’age de 6 ans, que j’ai toujours aimé le Moonshine de Sinatra. Je la vois comme une chanson pop de l’époque : elle n’est pas compliquée mais elle a ce feeling incroyable. Ma sœur me dit qu’il y a tant d’autres morceaux plus structurés parmi ses chansons. Oui, mais je lui explique que cette chanson me touche par sa simplicité. Il y a un dicton en Hollande qui dit que dans la simplicité, le maitre se révèle. C’est pareil avec la cuisine : c’est un art, comme la peinture, la musique… J’ai un ami qui est chef, et parfois, quand on se voit, je lui apporte une bouteille de bordeaux et lui dit « prépare un repas qui aille avec ça ! » Prépare quelque chose que tu voudrais manger, en France, dans un restaurant au milieu de nulle-part. Et il trouve toujours quelque chose d’assez simple, un peu de viande, du poisson et trouve la perfection avec beaucoup de poisson…

metal-eyes: Tu parles de peinture : tu continues de peindre, j’imagine ?

Adrian Vandenberg: Je n’ai plus vraiment le temps. J’ai un peu peint digitalement, mais pas de toile… Faire quelque chose d’un peu différent, même si je ne suis pas fondu d’informatique. L’an dernier je n’ai réalisé que deux peintures  par manque de temps. Mais je vais me rattraper.

TRUST live à Paris: le Bataclan, 8 octobre 2017

Pour son troisième concert de la série depuis longtemps annoncée de 5, Trust investit le Bataclan. La devanture annonce Trouble en première partie. Nom sympathique, voire prometteur qui, instantanément, m’évoque Deep Purple…

Un peu avant 19h30, Trust et son équipe montent sur scène. Bernie demande, simplement et sobrement au public encore peu nombreux de prendre la main de son voisin. « Nous allons faire une minute de silence à la mémoire de ceux qui sont tombés ici ».  Une minute naturellement respectée, puis applaudie. Sur un des retours, une bougie blanche est d’ailleurs allumée, et le restera tout au long du concert.

A 19h30, Trouble monte sur scène. Deux femmes aux basse et guitares, un gars, aux claviers. Et non… Le trio n’a rien de commun avec la légende mentionnée plus haut. Le groupe bruxellois nous propose un set new/cold wave, électro étrange mais poliment accueilli. La chanteuse communique aisément avec le public, et se met parfois à danser sans que l’on ne comprenne vraiment sur quel rythme…. Un truc dans sa tête qui fait effet, mais qui ne me touche pas du tout. A part le final de Revolution, son dernier morceau, Trouble n’est pas dangereux, et n’est pas mon truc. Passons.

Certains critiquent ce que Trust est devenu sur la base d’une prestation en demi teinte, sans superbe, au Hellfest, et d’un récent live quelque peu bousculé sur les réseaux sociaux… C’est la troisième fois que je vois Trust cette année et laissez moi simplement écrire ceci: si Trust n’est certes plus le grand groupe destructeur et dangereux qu’il fut naguère, celui des années 80, il a le mérite de ne pas proposer deux fois le même show, setlist mise à part. A Blois, Bernie était plus rappeur que rocker, enragé et engagé. Au Hellfest, étrangement réservé, sans doute parce que le show était enregistré et le temps limité. Ce soir, il est enjoué, dynamique et simplement en grande forme même si le vocaliste est plus… « raisonnable » dans sa relation avec le public, multi-générationnel mais surtout composé de sexagénaires venus saluer le mythe. Un détail me tracasse tout de même: là où, dans les années 80, Trust avait pour décor de scène un bulldozer, « symbole d’une jeunesse qui refuse vos magouilles politiques », le décor est aujourd’hui composés de chiens en peluche et d’une lampe de salon… Trust serait-il devenu un groupe pantouflard? C’était la blague que je ne pouvais rater, car, non, la tournée interminable et la pêche des frères ennemis Nono et Bernie tendent à prouver le contraire.

Mélangeant classiques (Préfabriqués, Au nom de la race, Marche ou crève, Fatalité et un plus que bienvenu Comme un damné ainsi que Certitude… solitude et l’indispensable Antisocial) à des titres plus récents (La mort rôde, Le temps efface tout) ou ceux que nous découvrirons sur le futur album (dont la sortie est désormais prévue – pourquoi? L’album est prêt – début 2018) et qui semblent prometteur d’un Trust très en forme. Il y a certes L’archange, presque un classique, qui ouvre chaque concert de ce Au nom de la rage tour, mais également le très groovy Démocrassie, ou un Exterminateur introduit par un joli discours de Bernie: « une chose est sure: nous sommes passés du stade de prédateurs à celui d’exterminateur. Ce morceau est dédié à tous les électeurs de Macron ». Euh, Bernie… Tu aurais préféré qu’on vote pour Marine? Ah, sans doute faisais-tu référence au premier tour !

En dehors de cela, il n’y a guère de saillie, Bernie est moins tranchant, moins vindicatifs que lors du concert de Blois, par exemple. L’humour est de rigueur, Bernie chariant son groupe lors de la présentation des musiciens: David Jacob, bassiste a pieds nus: « c’est ça, les bassistes, ça s’achète des instruments mais ça ne peux plus s’habiller », Christian Dupuy, le batteur: « on a adopté un enfant » (Nono avait parlé, à Blois, d’adoption de bébé), et Nono n’échappe pas à la règle, tout de blanc vêtu… La forme est là, cependant, et je ne formule qu’un regret: au regard de ce qui fut joué les deux jours précédents, la setlist ne bouge que peu. Deux-trois titres diffèrent alors que Trust aurait pu, comme l’a fait ADX lors du PMFF a chacun de ses 3 concerts en janvier dernier, proposer un tracklisting différent. D’autant plus pour ceux des fans ayant acheté les pass 5 jours proposés… On aurait bien voulu entendre des morceaux différents du reste de la tournée. L’élite est régulièrement joué, mais quid de Bosser 8 heures, Dialogue de sourds, Mr Comédie, Les sectes, Le mitard,  Paris, I shall return (plutôt que Surveille ton look). Et quid du tant décrié 4ème album? Par compromission, Idéal, Varsovie, Purgatoire? Ce disque ne mérite pas d’être oublié, mais bien redécouvert tant il recèle de pépites… Dommage, l’occasion aurait été vraiment belle d’enregistrer ces 5 concerts pour en faire un vrai document historique, complémentaire du Live Hellfest récent.

N’empêche, cela semble un choix de plus en plus judicieux que celui de faire le pari de salles de taille moyenne. La proximité avec le public est réelle, Bernie fustigeant ce soir ceux au balcon qui restent assis. « Et vous, là haut, levez vous! On est tous debout ici, c’est un concert de rock! » Trust est sans doute le groupe français qui aura, en 2017, joué – Hellfest mis à part – devant le plus grand nombre de spectateurs. Et personne ne semble pouvoir les concurrencer sur le nombre de salles visitées. Trust est en forme et ça fait plaisir à voir. Vivement le prochain album – et une autre tournée?

Ah, dernière chose: Bernie fut prompt à Blois – et sans doute ailleurs – à demander au public de regarder le concert avec ses yeux plutôt qu’à travers un téléphone. Ce soir, rien. Lassé de se répéter, le gaillard? ça ne rate pourtant pas, l’effet Antisocial, c’est ça :

La prochaine fois, tu veux rester tranquille avec tes fans, Trust? Commence avec Antisocial, ensuite on sera entre nous!

Merci à Sabrina et Veryshow d’avoir rendu ce report possible.

Z: No loose behaviour

Hard rock, Belgique (Autoproduction, 2017)

Allez savoir pourquoi, mais Z se prononce Z-Band… Après, on va se demander pour quelle raison nos voisins belges font l’objet de moqueries… N’empêche, Z vaut le détour: le hard rock proposé par les 4 sur No loose behaviour est plein de ce feeling et de ce groove qui sont la marque des grands. Pas de chichi, la formation ne cherche qu’à faire bouger les popotins et agiter les nuques en cadences. Si l’anglais de Mr Woody au chant n’est pas toujours aisément compréhensible, ses montées dans les aigus et sa puissance font plaisir à entendre. Et là encore, le gaillard n’en fait jamais trop. Hard rock, stoner, empreint de cette efficacité 70’s, ce premier album fait mouche. Le son est gras à souhait, les mélodies entêtantes, et l’esprit est généralement old school sans être nostalgique. Z aime le bon gros rock, ça s’entend et ça décrasse. Les mecs ont la frite. Et celle-là, même si on la leur a fait 1000 fois le coup, je ne peux la laisser passer.

site web: www.z-bandofficial.com 

GORGEOUS

Hard rock, France (EP autoproduit, 2017)

4 petits titres qui ont cette force de faire passer le message… Fondé en 2016, Gorgeous est un groupe fondu de ce hair metal qui fit les beaux jours de MTV dans les années 80. De grosses guitares, un peu de sleaze, un incontestable savoir faire, des riffs puissants et des airs qui tapent fort, à reprendre en cœur en concert… Voilà en gros ce qui attend l’auditeur amateur de décibel, de rock pour le fun et pour la vie. Des soli qui tranchent, des guitares aiguisées, un médiator qui charcute…  Voilà, en dehors d’un anglais pas facilement compréhensible, et d’un Bend over qui démarre sur des airs de déjà entendu (mais qui continue son chemin tranquillou) c’est dit: Gorgeous met du cœur à l’ouvrage et décrasse les oreilles. Une carte de visite marrante et sans prétention autre que celle d’amuser la galerie. C’est déjà bien!

VANDENBERG’S MOONKINGS: MK II

Hard rock, pays bas (Mascot, 2017)

Démarrant sur des intonations AC/DCesques, Thightrope, qui ouvre ce MKII, second disque du Moonkings d’Adrian Vandenberg, donne le ton. Pas de surprises ici, on est en plein hard rock puissant, bluesy et empli de feeling. On n’en attend pas moins de celui qui, après quelques fulgurances sous son nom propre au début des années 80, s’est distingué au sein du Whitesnake de David Coverdale. On a d’ailleurs parfois l’impression de l’entendre chanter, mais, non, c’est bien Jan Hoving qui officie tout au long de ce disque. 12 chansons taillées dans le rock, efficaces en diable. Les références culturelles sont nombreuses. Si AC/DC est évoqué à plusieurs reprises, on trouve également des traces du susmentionné serpent blanc, ainsi que quelques clins d’œil à Jimi Hendrix (All or nothing) parmi d’autres incontournables. Mais point trop, Vandenberg ayant depuis longtemps trouvé sa voie propre. Le groupe qui l’entoure (outre le chanteur Jan, Sem Christoffel s’occupe de la basse et Martin Jenes de la batterie) est resté stable depuis la création de Moonkings en 2013. Cette stabilité se ressent dans les compositions, hautes en couleurs, même si la ballade What doesn’t kill you est quelque peu prévisible. Ce titre mis à part (et encore…), on a de quoi s’émerveiller tout au long de ces 12 morceaux traditionnels et entraînants. J’adore! On pourra dire que 4 ans, c’est long, cependant, vous aurez bientôt en quasi exclu webzinesque (la plupart étaient consacrée aux magazines de guitare…) l’interview de Monsieur Adrian Vandenberg qui revient sur cette si longue absence due à la contraction de la maladie de Lyme. Il va bien, et est prêt à reprendre la route. On l’attend impatiemment !

Histoire d’une légende: TRUST

logo Trust (FRA)

 

Trust. Un nom qui claque aussi sèchement qu’une corde de guitare qui cède en plein solo. Un nom prédestiné pour un des rares mythes français du rock tant les obstacles dressés sur le chemin de la gloire furent parfois – souvent – difficiles à surmonter. Car en cette année 1976, année où tout a commencé, il en fallait de la foi et de la confiance en soi. Il fallait y croire ! Depuis, Bernie et Nono sont devenu au rock français ce que Mick Jager et Keith Richards ou Joe Perry et Steven Tyler sont à l’international: les enfants terribles, un duo aussi conflictuel qu’inséparable. C’est ce qui fait d’un groupe une légende…

Bernard Bonvoisin est né le 9 juillet 1956 à Nanterre, en banlieue parisienne. Son enfance, il la passe au milieu des murs gris des cités dortoirs qui fleurissent à l’année. Autant dire que la zone devient son terrain de jeu, son domaine privilégié. « Bernie », comme on le surnomme, n’a pas 20 ans lorsqu’il intègre Taxi, groupe au sein duquel il rencontre le bassiste Raymond Manna.

Au cours de l’été 1977, les deux compères rencontrent Norbert « Nono » Krief, lui aussi né en 1956, et guitariste au Club Méditerranée. Le courant passe entre les trois hommes et il n’en faut pas plus pour qu’ils décident de fonder leur propre groupe, Trust. Pendant quelques temps, la batterie est tenue par Omar Benmalbrouk, juste assez longtemps, en fait, pour que Trust puisse donner son premier concert, en ouverture de Bang, au Golf Drouot, le 1er septembre 1977.Et déjà Trust se démarque du reste de la scène hexagonale par ses guitares incisives et ses paroles directes, ainsi qu’une attitude rebelle qui n’est pas sans évoquer celle que développent, outre-Manche, ceux que l’on appellent les « punks »

Dans les semaines qui suivent, Trust obtient un contrat discographique avec Pathé Marconi et investit les studios de Boulogne Billancourt pour y enregistrer, en compagnie de Jean-Émile « Jeannot » Hanelat, son nouveau batteur, son premier 45 tours, Prends pas ton flingue. Par un heureux hasard, un certain Bon Scott, chanteur d’AC/DC, est présent, repérant les lieux pour l’enregistrement du futur album des Australiens d’AC/DC. Or, Bernie et Nono sont tous deux de grands fans du groupe et n’hésitent pas un instant à embarquer Bon afin de lui faire écouter leur version du Love at first feel, dans la version que Trust a intitulée Paris by night et qui doit figurer en face B dudit 45t.

Pourtant, sans que Trust ne le sache, un coup bas se trame dans les locaux de Pathé Marconi : la maison de disques a pleinement conscience du potentiel des Parisiens et n’a signé Trust que pour mieux le contrôler. Ou, plus précisément, pour s’assurer que Trust ne fasse pas d’ombre aux autres poulains du label, Téléphone. Les belles promesses de ce 45t ne représentent finalement qu’un leurre, une carotte derrière laquelle court l’âne – ou ceux que l’on prend pour tels – sans pouvoir l’attraper. Mais Bernie n’est pas du genre à se laisser… berner impunément et c’est dans une rage folle qu’il envahit les bureaux du label exigeant l’annulation du contrat. Il est, ce jour-là comme bien d’autres à l’avenir, suffisamment persuasif pour l’obtenir.

L’esclandre a tôt fait le tour de Paris, aux bons soins des responsables de Pathé, et d’aucun pourrait dès lors penser que la carrière de Trust n’ira pas plus loin. Et pourtant… Bernie, Nono, Ray et Jeannot ne baissent pas les bras et envahissent les studios de répétition et les scènes dès que se présente une opportunité. Chaque concert attire un public plus nombreux que le précédent, un public amateur de décibels, de l’énergie brute du punk et de l’efficacité directe du hard rock. Hervé Muller, journaliste, se prend alors de passion pour Trust et propose de manager le groupe. C’est une véritable aubaine qu’un homme « d’influence » décide de le prendre sous son aile. Mais ce n’est toutefois fois rien, ou presque, en comparaison de l’offre que reçoit Bernie de Bon Scott, avec qui il a gardé contact, en personne : que Trust ouvre pour AC/DC lors du concert que les   australiens donneront au Stadium de Paris le 24 octobre 1978. Bien évidemment, AC/DC attire un vaste public, au sein duquel se trouvent les responsables de CBS. Scotchés par la prestation, et faisant fi du scandale encore tout chaud, ils ne tardent pas à offrir un contrat en or à Trust. Et cette fois, l’accord n’a rien de commun avec la mauvaise expérience de Pathé. Les moyens déployés traduisent la volonté de CBS de permettre à Trust de percer.

C’est ainsi que les 4 s’envolent pour Londres, la mythique, et prennent possession des studio Scorpio sound. Bien que manager, Hervé Muller décide de produire l’album mais s’avère bientôt incapable de tenir ce rôle et se voit remercié avant la fin de l’enregistrement. Heureusement, pour avoir travaillé avec des pointures du rock (Jeff Beck) ou de la variété (Supertramp ou Elton John), l’ingénieur du son, Denis Weinrech, connait son métier sur le bout des doigts et termine l’enregistrement du disque.

C’est donc un album – presque – sous le bras, et sans manager, que Trust rentre en France. La recherche d’un nouvel « homme d’influence » se conclue par un accord avec un certain Bobby Bruno, dont l’objectif avoué est de tout mettre en œuvre pour que le groupe tourne le plus possible et de l’imposer, rapidement, sur le marché français.

Au mois de mai 1979, CBS commercialise le premier album éponyme de Trust. C’est peu dire que ce disque fasse l’effet d’une bombe ; sur fond de hard rock survolté, Bernie crache son venin et critique ouvertement la société moderne. Qu’il s’agisse de politique, de mode, de mœurs, quelques phrases, parfois seulement quelques mots prononcés dans L’élite, Bosser huit heures, Palace, Préfabriqués…  suffisent à dénoncer et pointer du doigt des états de faits « acquis » que Bernie – et nombre de jeunes ou moins jeunes – refuse d’accepter comme tels. Ce qui aurait pu ne passer que pour un incident dû à la colère non contenue dans les bureaux de Pathé se traduit par un album simplement explosif. Et Police milice transforme vite Bernie en une cible prioritaire de la flicaille hexagonale.

A peine cet album en bacs, Trust repart en croisade sur les routes françaises, avec un nouveau line-up : Ray vient de partir et se voit remplacé au pied levé par Yves « Vivi » Brusco. De septembre à novembre, Trust aligne 3 mois de tournée qui débutent bien difficilement à Lille devant à peine plus de 10 personnes… Mais le bouche à oreille, conjugué aux ventes croissantes du premier album, fait son office : les salles se remplissent plus que celles de la veille et Trust termine son périple dans des salles archi-comble. Un phénomène vient de naitre, il ne reste qu’à le viabiliser.

Les ventes, d’ailleurs, sont telles que Bobby Brune envoie ses poulains jouer en dehors des frontières nationales ; Trust se rend ainsi en Belgique, en Suisse, en Italie avant de rentrer en France et d’y découvrir que Trust est devenu disque de platine ! Un véritable exploit pour un groupe qui chante en français, langue habituellement « inconvenante » au rock mais qui, paradoxalement, n’a rien de surprenant au regard de la qualité des textes qui sortent largement des sentiers battus ou qui n’ont plus rien de rebelle. Les mots de Bernie sont « vrais », crus et directs. C’est donc en triomphateur que Trust joue, le 12 janvier 1980, dans un Pavillon de Paris survolté avant de se démarquer, une nouvelle fois, en donnant un concert exceptionnel devant les détenus de la maison d’arrêt de Fleury Mérogis le 24 janvier.

Sans perdre un instant, le groupe retourne à Londres et retrouve ses marques au Scorpio Sound afin d’y enregistrer son second album. De nouveau, et sans que rien n’ait été planifié, Trust y retrouve Bon Scott et AC/DC, venus donner naissance au successeur du multiplatine Highway to hell. Les deux chanteurs s’attèlent même à la traduction en anglais des textes du futur album de Trust mais leurs efforts sont stoppés nets lorsque, le 19 février, le corps inerte de Bon Scott est retrouvé à l’arrière d’une voiture. Le vocaliste est mort par étouffement après avoir, la veille au soir, bu plus que de raison. Le choc est rude, mais l’enregistrement de Répression continue malgré la colère que peuvent éprouver les Français.

Lorsque Trust retraverse la Manche, au mois de mars, c’est pour repartir sur les routes. Bobby Bruno a mis en place une nouvelle tournée qui doit définitivement imposer Trust à domicile. Et ailleurs, autant que possible. La tâche lui est facilitée par l’implication de ce que l’on désigne alors comme une radio périphérique (il n’y a en France, en 1980, que 4 stations de radio). Europe 1 diffuse en boucle, ou presque, Antisocial, le premier 45t extrait de Répression. Plus qu’un hymne, ce titre devient rapidement le cri de ralliement d’une jeunesse française en plein éveil.

Répression sort enfin le 30 mai 1980. La France entière lui fait un triomphe à nul autre pareil. Vendu par palettes entières, Répression devient disque d’or puis platine dans l’année. Bernie tape sur tout et tout le monde ; tous les thèmes sensibles et d’actualité y passent de manière à la fois aussi directe et plus subtile que sur le premier album. L’ayatollah Khomeiny et Jacques Mesrine mis à part, Bernie vise tout le monde sans citer personne transformant ses paroles, puisées dans l’actualité (Fatalité, Instinct de mort, Les sectes, Antisocial…) en textes intemporels, touchant bien plus qu’une génération. Dès lors, Bernie devient une sorte de grand frère. Sans surprise, la tournée Répression dans l’Hexagone – qui voit arriver un second guitariste en la personne de Mohammed Chemleck – se déroule dans des salles pleines. Mais le rythme infernal que vit le groupe pousse Jeannot à quitter Trust. Il est alors remplacé par Kevin Morris pour le reste de cette tournée.

Devenu, avec Téléphone, le groupe phare de la scène rock hexagonale, Trust peut terminer l’année 1980 en beauté. C’est donc confiant que CBS commercialise dès le début de l’année suivante la version anglaise de ce disque, simplement baptisé répression version anglaise. Les versions de travail traduites avec Bon Scott ayant – un malheur n’arrive jamais seul, dit-on ? – été volées, les textes ont été retravaillés en anglais par Jimmy Pursey. Le groupe veut percer à l’étranger et se retrouve embarqué dans une tournée anglaise en première partie d’Iron Maiden. Un nouveau batteur fait son apparition en la personne de Nicko Mc Brain (notez ici qu’aucun batteur ne fait long feu chez Trust, Jeannot étant le seul à avoir enregistré 2 albums studio…) Les Anglais ne pouvaient rêver meilleurs chauffeurs de salle tant l’énergie déployée par les Français est intense. Le Royaume-Uni adopte facilement Trust qui s’offre même le luxe d’y organiser une tournée de 20 dates en tête d’affiche – incluant le mythique Marquee – entre le 20 mai et le 11 juin 1981.

Un mois à peine après ce périple européen, la formation s’envole en direction de Stockholm où les studios Polar ont été réservés. Trust doit y enregistrer le plus qu’attendu – quoique commercialement, le groupe pourrait continuer de capitaliser sur les ventes – successeur de Répression. Mais ce troisième album représente une étape primordiale dans sa carrière. Alors, de nouveau, les moyens sont là : la production est confiée à Tony Platt, ingénieur du son d’AC/DC ou Foreigner (au côté du producteur Robert John « Mutt » Lange sur Highway to hell, Back in black ou 4…). Il suffit d’à peine 6 semaines, du  15 juillet au 25 août, pour mettre en boite Marche ou crève dont le mixage se fait dans la foulée à Londres. Trust profite de ce nouveau séjour anglais pour participer au légendaire festival de Reading, le 29 aout.  De nouveau, le groupe y fait un triomphe, au grand dam de la tête d’affiche, Ian Gillan, ex-chanteur de Deep Purple qui craint de voir les Français lui voler la tête d’affiche. Il exige alors que la sono soit, purement et simplement, coupée à la fin du set, empêchant Trust d’assurer le rappel pourtant demandé par le public ; Sans surprise, Gillan doit affronter tout un groupe dont les musiciens et techniciens sont furieux de ce coup bas et de ce manque de fair play. Rapidement, la « discussion » se transforme en pugilat. Gillan, il faut le croire, n’a jamais eu vent du fameux épisode Pathé… Mais le caractère de Bernie est bien le même. Fin de l’histoire…

Profitant du mixage de Marche ou crève, Trust décide d’en enregistrer une version anglaise, qui sera intitulée Savage. A grand renfort de pub, la VF parait en France le 12 octobre 1981, dans un pays en pleine mutation depuis l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, premier socialiste à la tête de l’Etat depuis plus de deux décennies. Quelle que soit la couleur qu’affiche le pays, cependant, force est de reconnaitre que Bernie manie le verbe avec autant de tranchant, de précision, de rage et de sens critique. Certitude… solitude, premier extrait de l’album, devient vite un tube, Ton dernier acte, hommage à Bon Scott, un hymne, mais l’album est bientôt considéré moins efficace que Répression. Le défi et les attentes, il est vrai, étaient de taille.

Il n’empêche… Starifié en France, presqu’idolâtré au Royaume-Uni, Trust se voit proposer d’ouvrir pour Judas Priest (également chez CBS) à travers le monde. Une opportunité en or sur laquelle n’importe quel groupe sauterait. Mais Trust n’est pas n’importe quel groupe et fait le choix de monter une nouvelle tournée qui doit débuter au mois de novembre. Trust refuse donc cette offre et sort l’artillerie lourde. Le spectacle met en scène un gigantesque bulldozer, symbole de Trust et de toute « une jeunesse qui refuse vos magouilles politiques ». Mais le public répond moins à l’appel. En France, car le nom de Trust circule au-delà de nos frontières. Ainsi, le quintette assure-t-il la tête d’affiche du festival Rockpalast à Cologne (Allemagne) le 5 juin 1982. Un événement suffisamment important pour que ce concert soit en partie rediffusé à la télévision française. Trust profite de sa présence sur place pour tourner en Allemagne en assurant la première partie de… Iron Maiden. Cependant, après avoir connu un démarrage fracassant, Marche ou crève voit ses ventes faiblir. Il est très difficile de donner un successeur à la hauteur d’un Répression (d’autres groupes ont subi le même sort…) et le public fait part de sa déception, ou d’une certaine lassitude, en se rendant moins nombreux aux concerts. Le monde aurait-il été, finalement, un choix plus judicieux ?

Pour ne rien arranger, alors que l’entente était au beau fixe, Nicko McBrain décide de quitter Trust. La tournée marathon qu’a effectué Iron Maiden à travers le monde pour promouvoir The number of the beast a littéralement épuisé Clive Burr pour qui un retour à la vie civile est nécessaire. Nicko rejoint donc le groupe de Steve Harris (qu’il ne quittera jamais) tandis que Trust, prêt à enregistrer un nouvel album, embauche… Clive Burr !

Ce disque, trust le veut exceptionnel à tout point de vue ; sans pouvoir parler d’échec, Marche ou crève n’a pas eu le succès escompté et Bernie, Nono et Vivi savent qu’ils doivent frapper un grand coup. Enregistré et produit par Andy Johns, qui a notamment travaillé avec Led Zeppelin, Trust – également appelé IV ou Idéal, du nom du premier single – laisse, dès sa parution en septembre 1983, le public coi. Oui, on peut parler de surprise ! Trust réussit à plus que surprendre son public, ses fans et la critique en explorant de nouveaux univers et horizons musicaux, en ajoutant des instruments inhabituels pour le rock, plus encore pour le hard rock (des violoncelles, un saxophone, ce dernier déjà utilisé sur les albums précédents) ainsi que des chœurs d’opéra. De plus, si les 5 premiers titres traitent de thèmes chers à Bernie (des dérives religieuses – Par compromission – à la politique internationale –Varsovie – ou l’absurdité de la guerre –Idéal), IV déroute le public avec sa seconde partie, la célèbre « face du diable ». Quatre chansons purement conceptuelles qui traitent du bien et du mal, de vendre son âme au diable et des conséquences à affronter. Dérouté, le public n’adhère pas (à tort…) et hurle même à la trahison. Et pourtant, Trust signe là une œuvre magistrale, avant gardiste (les arrangements classiques sont depuis devenus monnaie courante, non ?) et totalement incomprise par un public qui, fermé ?, n’attend qu’un nouvel Antisocial sans accepter la possibilité que les artistes puissent simplement souhaiter d’évoluer en ne se répétant pas.

Las… Non seulement le public n’achète pas le disque, mais il déserte également la gigantesque « tournée des cent jours » que Trust voulait tout aussi exceptionnelle. Le résultat est sans appel : les frais engagés se soldent par des pertes financières proportionnelles et Trust se voit dans l’obligation d’annuler de nombreuses dates… Face à cet échec retentissant, Clive Burr décide de quitter son poste.

Comment une formation devenue en l’espace de deux albums le symbole du hard rock français, la fierté hexagonale, a-t-elle pu se retrouver décrédibilisée en si peu de temps ? La réponse est multiple et complexe… D’abord, dès ses débuts, Trust a été comparé à AC/DC, un rapprochement uniquement basé sur l’esprit musical. Certes, les des formations jouent un hard rock direct, efficace et qui va droit au but. Certes, les musiciens sont devenus amis et proches. Certes, les deux groupes ont travaillé avec des personnes communes. Néanmoins, il s’agit de deux groupes distincts et si le son des Australien est immédiatement identifiable – AC/DC jouant « toujours la même chose » – Trust a su développer sa personnalité propre en explorant d’autres horizons. Ce que le public semble difficilement accepter. Ensuite, surtout, le succès fulgurant rencontré par les deux premiers albums de Trust a secoué les maisons de disques et suscité de nouvelles vocations chez les jeunes musiciens. Ainsi, dès 1981, la concurrence a déployé une véritable armada, Warning (Polydor) et Satan Jokers (Vertigo) démontrant que le hard rock français ne tient pas qu’en un seul nom. A partir de 1983, d’autres formations émergent soutenues dans leurs ambitions par de nouveaux labels non moins ambitieux (Axe Killer, Devil’s records…) et envahissent le territoire ; Sortilège, Vulcain, Blasphème, H-Bomb, ADX… Chacun attend qu’arrive, à force d’originalité et de tournées, son heure de gloire. Bref, si Trust est un modèle, personne n’hésite à venir marcher sur ses plates-bandes et lui faire de l’ombre. Enfin, et c’est sans doute là une erreur stratégique, Trust aurait dû accepter cette tournée en première partie de Judas Priest qui aurait pu lui ouvrir le marché mondial… mais cela, personne ne le saura jamais.

Malgré les différends qui croissent au sein du groupe, Trust remet – du mois l’espère-t-il – les pendules à l’heure en publiant au mois de septembre 1984 son cinquième album studio, sobrement intitulé Rock’n’roll. A l’instar de Lemmy, Bernie n’a jamais accepté l’étiquette « hard rock », bien trop réductrice. Trust est un groupe de rock, point ! Mais, une fois encore, les fans ne l’entendent pas de cette oreille. Le rock français, c’est téléphone, Trust reste LE symbole du hard rock… Les familles s’étripent jovialement dans une inutile guerre de clochers… Alors, lorsqu’en plus les premières notes du nouveau single arrivent sur les ondes, plus personne ne comprend : serre les poings baigne dans une atmosphère de claviers et n’est pas sans rappeler le Jump de van Halen. Si les Américains jouent ce  qu’ils appellent du Big rock et peuvent tout se permettre, Trust, en clamant ne jouer que du rock déstabilise encore plus ce qui reste de son public. User d’un instrument qui « n’a pas » sa place au sein du triptyque guitare basse batterie relève presque de l’hérésie selon certains. De fait, la nouvelle tournée, réduite au minimum, n’attire guère de monde au point même que le France Festival, qui se voulait être la grande fête du hard rock français en réunissant près d’une trentaine de groupes les 6 et 7 juillet 1985 et pour lequel Trust est tête d’affiche, n’attire qu’a peine plus de 2.000 personnes. C’est la débandade, le discrédit pour plus d’un groupe et le 31 juillet 1985 lors d’un concert en Bretagne – à Ploubalay – Bernie annonce la dissolution de Trust. On enterre ce soir la légende, le mythe, la fierté du hard rock hexagonal. Mais quelle autre possibilité y avait-il dans un pays où le public ne soutient que timidement ses propres groupes ? RIP Trust. Ce fut bon quand même…

La disparition de Trust sonne le glas du hard rock français. Non seulement la majeure partie des jeunes formations nationales jette-t-elle l’éponge, les plus anciennes aussi se éparent…Coïncidence ? L’autre géant du rock français, Téléphone, annonce aussi mettre un terme à ses activités. Bref, il ne reste en France que les « seconds couteaux » – Vulcain, ADX, Killers… – animés d’une passion pour la musique qui demeurent et persévèrent, espérant pouvoir occuper la place laissée vacante.

Chacun des désormais ex-Trust vaque à ses occupations. Nono joue au côté de Johnny Haliday tandis que Bernie s’adonne à sa passion du blues et enregistre Couleur passion. La France ne dispose plus, pour l’heure, d’une formation phare. La séparation de Trust a fait entrer le groupe dans la légende, en dépit du mauvais accueil reçu par ses dernières productions. Le vide devient bientôt oppressant et le public espère, réclame même, une reformation. Demande confirmée, et de quelle manière !, par l’accueil triomphal que lui réserve le public lors d’un concert d’AC/DC au Zénith de Paris (le 6 avril 1988) qui a invité certains des membres de Trust à monter sur scène. Trust reformé ? LA rumeur enfle, augmentée par le fait que les thrashers new-yorkais d’Anthrax prévoient de sortir leur version d’Antisocial, qui apparait sur State of euphoria, dont la sortie est prévue en septembre 1988. Enfin, cerise sur le gâteau, ce sont les amis d’Iron Maiden qui annoncent que si Trust se reforme, ils les accueilleront en ouverture des futures dates parisiennes de la vierge de fer. Les indicateurs sont au beau fixe, les planètes alignées comme il faut.

Bernie et Nono parviennent à trouver un terrain d’entente et annoncent la reformation officielle de Trust, sous un nouveau visage : Nono est aujourd’hui secondé à la guitare par Vivi, lui-même remplacé à la basse par Fred Guillemet, Farid retrouvant son poste de batteur. Après avoir donné quelques concerts d’échauffement à Monaco, Nice et Marseille, Trust se retrouve, le temps de deux soirées, embarqué au milieu du barnum Iron Maiden qui promet son album Seventh son of a seventh son sous la houlette des Monsters Of Rock. Avec seulement 4 groupe (se trouvent également à l’affiche Helloween et Anthrax), ces deux concerts tiennent plus du mini-festival. Mais peu importe ! Les 24 et 25 septembre 1988, Trust joue au Palais Omnisports de Paris Bercy, enfin ! Seul Vulcain a pu, deux ans avant, faire entre le hard hexagonal dans ce lieu en assurant la première partie de… Iron Maiden, justement ! Tout au long de ces deux soirées, l’accueil réservé à Trust est explicite : personne n’a oublié la légende et, dès les premiers pas du groupe sur les planches, le public réagit comme un seul homme. C’est un véritable triomphe que reçoit Trust qui profite de ces deux dates pour enregistrer son premier album live.

Paris by night parait au début de l’année 1989 sous la forme d’un double live. Il n’en fallait pas moins pour rendre un juste hommage à Trust et ne donner qu’un aperçu de ce que le groupe peut donner à son public. Instinct de mort, Saumur, L’élite, Antisocial… de nombreux classique sont ici revisités  et Bernie n’a aucune difficulté à faire manger 18.000 personnes dans sa main. Le seul regret que l’on puisse avoir est l’absence d’un bœuf avec Anthrax sur Antisocial. Pour le reste, la satisfaction est là.

La carrière de Trust semble dès lors relancée, le public attendant avec impatience un nouvel album studio. Ce n’est pourtant qu’au début de l’année 1990 que parait un mini album, … En attendant, qui doit faire patienter les fans. Seulement, ce disque passe rapidement su statut de lueur d’espoir à celui de déception, car malgré de titres très rock, il ne présente rien de vraiment original. Certes, la version explosive de petit papa Noël fait sourire une ou deux fois, mais force est de constater que la mayonnaise ne prend pas.

Les fans, donc, attendent. Longtemps, même. Car entre les musiciens, le soleil n’est toujours ^pas au beau fixe. Chacun reprend ses activités, Nono retrouvant Johnny tandis que Bernie enregistre un nouvel album solo, En avoir ou pas, et tourne pour le promouvoir. Il profite aussi de ce temps pour dévoiler une autre de sa personnalité artistique au cinéma. Il tient tout d’abord un rôle au côté de Lambert Wilson dans le film consacré à l’abbé Pierre, Hiver 54, avant de passer derrière la caméra. Bernie met en scène Les démons de Jésus, un chef d’œuvre d’humour noir et glauque, une véritable satire de notre société.

Personne ne parle plus de Trust jusqu’à ce jour de 1992 où une véritable bombe fait son apparition chez les disquaires. Trust est un « nouvel » album live, tiré des bandes de la mythique tournée Répression dans l’Hexagone de 1980 ! Et l’on comprend pourquoi et comment Trust a atteint de si haut sommets aussi rapidement. Cet album, rien moins qu’un bâton de dynamite, se voit justement récompensé d’un disque d’or.

Mais ce succès n’est pas pour autant suffisant pour envisager une reformation durable, malgré la réalité des attentes publiques. Un public en manque de nouveautés rock’n’roll. Ces dernières arrivent cependant pour Trust en 1993 sous la forme d’un mini recueil de 6 raretés, The backsides. Un vrai plaisir de retrouver des faces B presque jamais sorties dont Jack le Vaillant (découvert par beaucoup sur le susmentionné live) ou Limousine

1995. Soit dix longues années après sa séparation initiale, la surprise est de taille lorsque Bernie et Nono annoncent reformer Trust sur des bases, semble-t-il, durables. WEA a réussi à convaincre les deux musiciens d’enterrer la hache de guerre. Mais cette fois-ci, Vivi ne fait pas partie de l’aventure. Il est remplacé par David Jacob, tandis que les baguettes sont tenues par John Nirox. Tous s’enferment à L’Elite studio, aux Mureaux, pour y enregistrer Europe et haines. Lorsque l’album sort, début 1996, il suffit de quelques semaines pour qu’il soit certifié disque d’or. Dès le titre d’ouverture, le ton est donné : On lèche, on lâche, on lynche est dans la plus pure tradition trustienne, direct et sans concession. Lutter sans cesse, J’ai vu Dieu, Fais où on te dit de faire montrent un couple Bernie-Nono en pleine forme et Trust revient en force. Une nouvelle tournée est mise sur pied, mais, de nouveau, le batteur se fait virer avant de prendre la route. Il est alors remplacé par Hervé Koster qui, sur la route, semble parfaitement s’intégrer. À de rares exceptions, chaque date affiche complet et c’est dans un Zénith de Paris que Trust termine cette tournée en y enregistrant un nouvel album live.

A-live est le reflet de cette tournée à succès. Le seul reproche qui puisse être fait à ce disque est d’être trop centré sur le dernier album, mais c’est bien le but d’une tournée que de promouvoir son dernier né. Pourtant, décidément instable, Trust se sépare une nouvelle fois, les dissensions internes étant à l’origine de la rupture. Et, « comme d’habitude » pourrait-on presque dire, pour combler ce vide, Sony publie une nouvelle compilation, Anti best-of, un album réunissant les meilleurs titres de Trust de la période pré 85. Eh, oui, depuis le rachat de CBS, c’est Sony qui détient de droit de cette période dorée… mais n’a aucun pouvoir sur les morceaux les plus récents.

Chacun des musiciens est donc reparti de son côté retrouver ses activités jusqu’à ce qu’un label indépendant, XIII bis records, parvienne à trouver un accord qui résulte en de nouvelles retrouvailles. Bernie et Nono retrouvent ainsi David Jacob et Hervé Koster pour se réunir une nouvelle fois à L’Elite studios où le groupe enregistre Ni dieu ni maître. La campagne de promotion démarre largement avant la sortie de l’album, et c’est d’ailleurs un double album qui est annoncé, le premier CD étant composé de nouvelles chansons, le second proposant raretés et démos dont, surtout, ce fameux enregistrement de Ride on (AC/DC) que Trust avait enregistré lors d’une jam improvisée avec Bon Scott ! C’est donc un petit bijou qui va être offert au public au mois de juin 2000. On évoque même la possibilité que Trust ouvre – enfin ! – pour AC/DC au Stade De France.

Las ! Pour des raisons « techniques », Ni dieu ni maître, parait sous la forme d’un album simple. Pas une rareté en vue, rien que des nouveaux titres. Tous, d’ailleurs, salués par la critique qui retrouve le Trust des « grands » jours avec son mordant, sa rage et tout le panache de textes engagés et enragés. Cependant, malgré l’ensemble de ces qualités, l’album ne parvient pas à être certifié disque d’or. Pourquoi ? On peut imaginer que le public ait attendu avec impatience la version double promise, une version qui, finalement, ne verra jamais le jour. Pourtant, quelques explications auraient sans doute suffi à faire patienter le public quelques semaines supplémentaires, mais non… Bernie, furieux, scande qu’on ne l’y reprendra plus. L’affaire devient scandale et se voit jugée par la justice qui tranche : Ni dieu ni maître est retiré des bacs et les enregistrements d’origine doivent être détruits. Dommage, réellement dommage, car des titres comme Môrice, Maréchal, En manque de trop sont dignes de figurer aux côtés des plus célèbres morceaux de Trust.

N’ayant rien à perdre, XIII Bis en profite pour publier un nouvel album live, Still a-live, un « double » album qui n’est autre qu’une copie de A-live avec un CD supplémentaire ne contenant que 6 titres… Un album et demi qui n’est, en plus, destiné qu’au marché étranger. Les fans français ne peuvent donc se le procurer qu’en import, un comble que la presse remarquera largement, autant que la pauvreté du livret… Un autre label, FGL, profite également de l’espace laissé vacant pour publier, comme c’est alors la mode, un double album Tribute to Trust. Le plus important des groupes hard de France est ici repris par des compatriotes d’horizons variés (ADX, Nightmare, Oberkampf, Parabellum, Misanthrope…) et par des formations étrangères (Australie, USA, Italie, Suisse…) Il était temps de rendre un sérieux hommage à Trust.

6 années passent avant que Trust ne remonte sur scène, le 8 juillet 2006, au festival des Terres Neuvas à Bobital. C’est le line-up d’anthologie qui revient, composé des éternels Bernie et Nono, qui retrouvent Vivi à la basse et Farid à la Batterie. Un second guitariste rejoint ce quatuor en la personne d’Iso Diop que l’on retrouvera à l’avenir. Trust retire de ce concert un nouveau live, Campagne 2006 : soulagez-vous dans les urnes qui, outre le CD,  exploite le format DVD et propose 3 chansons inédites: Sarkoland, La mort rôde et Chaude est la foule. Pour ces retrouvailles, quelques concerts sont prévus dont un, le 4 décembre 2007,  à l’Olympia célébrant au jour près les 40 ans du premier passage du groupe dans la mythique salle. Là aussi, un témoignage DVD sera publié – Trust à l’Olympia qui rencontre un large succès malgré les surprise que réserve ce line-up pour le moins original puisqu’est intégré un nouveau membre, le DJ, Bruno Le Goff. La setlist est totalement remanié, sans être axée sur le premier album dont seuls 5 morceaux sont issus. Le public est chaud, les médias moins. Trust continue ses allées et venues, et pourtant…

Un nouvel album est enregistré et proposé au public en septembre 2008. 13 à table se veut encore plus engagé, la politique du moment inspirant de plus en plus Bernie. Mais l’album, malgré des chansons de la trempe de Toujours parmi nous ou Tout est à tuer, peine à trouver son public. Trust continue cependant de donner quelques concerts, ici et là, plutôt que de tourner intensivement, ce qui semble lui réussir. Le Apocalypse tour se fera sur une trentaine de dates, dont une belle partie dans différents Zénith de France et quelques festivals et escapades à l’étranger. Le groupe continue de jouer en 2009, dont de nombreux festivals, ce qui suscite l’intérêt de celui qui est en passe de devenir l’incontournable du monde français du metal.

Le coup d’éclat a lieu deux ans plus tard, en 2011, lorsque Ben Barbaud, organisateur du festival qui monte, annonce que Trust sera à l’affiche du Hellfest en juin 2011 et y jouera l’intégralité de ses 3 premiers albums ! Il n’en fallait pas moins pour exciter les fans. Mais 2 mois avant l’évènement, en avril 2011, un communiqué de presse en provenance du management annonce que Trust cesse sur le champ toute activité scénique. Tous les concerts sont annulés ! Forcément, des explications sont demandées et le groupe ne parvient pas à convaincre le public. Des excuses considérées comme fausses fusent, certains membres ayant déjà pris ailleurs et bien avant des engagements qui ne sauraient être rompus. Forcément on leur rétorque « mais quand vous avez signé pour le Hellfest, vous aviez déjà connaissance de ces engagements… Alors ? »  Ben Barbaud annonce, à son tour, qu’on ne l’y prendra plus. Pourtant…

XIII bis réussit un joli coup fin 2011, alors que Nono vient enfin de sortir son album solo, attendu depuis deux décennies. Mais le résultat final n’est pas aussi satisfaisant que le public l’aurait souhaité. ce qui retient l’attention, c’est que le label a convaincu Trust de publier un CD/DVD du concert du Rockpalast de 1982. Le groupe était alors invité par la télé allemande pour un concert exceptionnel, mettant en avant les grands noms du rock. Enregistré le 5 juin 1982, Live au Rockpalast montre un Trust au meilleur de sa forme qui interprète ses titres en anglais – pas forcément le meilleur des accents diront certains, mais peu importe. Le public est plus que réceptif.

Un nouveau long break vient rythmer la vie de Trust qui se reforme en 2016 et promet une longue tournée… David Jacob, au grand dam de Vivi qui ne cache pas sa déception (le mot est faible), est de retour à la basse, Iso Diop tient la seconde guitare et c’est Christian Dupuy qui s’installe derrière la batterie. Il est jeune, enthousiaste et devient rapidement la mascotte des anciens. Trust a décidé de sillonner la France, et chois des salles de capacité moyenne, moins de 1.000 places, et généralement plus petites. Le Au nom de la rage tour s’étale sur 2016 et 2017, avec quelques interruptions, mais dans l’ensemble, Trust renoue avec son public. Et cette fois, lorsqu’un communiqué de presse annonce la participation de Trust au Hellfest 2017, tout le monde s’assure qu’il n’y aura pas un coup de Trafalgar. Le contrat est bétonné, carré et le samedi 17 juin, 50.000 personnes peuvent enfin accueillir Trust à Clisson ! Une belle journée, très orientée Hard rock/Metal vintage d’ailleurs, qui sied très bien aux Parisiens. Trust en profite pour enregistrer un nouveau live, prévu en fin d’année, dont la sortie précède une série de 5 concerts d’affilée dans autant de salles de la capitale. Entre-temps, le groupe sillonne les festival hexagonaux (Artefacts, Harley Days, Evreux…) et a  trouvé une place quasi naturelle à la fête de l’huma, le 16 septembre 2017. La tournée, qui reprend à la rentrée de septembre, semble loin, très loin de se terminer…  Rebelle et toujours debout.

Blois, mars 2017

 

 

TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN

Hard rock, USA (Snakefarm records, 2017)

Tyler Bryant & The Shakedown serait-il logé à la même enseigne que The Answer ou The Treatment? Tout semble le laisser penser. Malheureusement pour les jeunes Américains. Car, comme leurs ainés irlandais et les jeunes Anglais, TB&TS (faisons simple, voulez-vous?) a ouvert pour de grosses pointures telles AC/DC ou Guns ‘n Roses, en France, mais aussi pour d’autres géants tels Deep Purple ou Aerosmith (OK, le guitariste Graham n’est autre que le fils de Brad Whitford, mais le groupe reste discret à ce sujet, ce qui est tout à son honneur. Mais ça peut aider quand même). Au-delà de ces prestations, ces trois groupes ont en commun de pratiquer un hard rock vintage carré et ultra bien fichu.  ‘Scusez du peu, mais normalement, ça devrait être des gages de qualité et permettre d’ouvrir les portes du succès. Sauf qu’aujourd’hui, dans le monde de la musique, plus rien n’est normal. Et même si, je le reconnais, j’ai eu du mal avec les premières livraisons de TB&TS, cet album éponyme sonne comme le véritable début d’une carrière qu’on souhaite explosive. Tout y est, des guitares old school au chant langoureux, des riffs et rythmes qui te rentrent dans la tête, des effets parfois psychédéliques, des références à Hendrix, à toute la scène blues du Sud des USA ou aux Black Crowes, sans parler de ce look et ces poses lascives… Voici une formation prometteuse qui mérite le plus grand soutien public et médiatique. Spinefarm, est-ce un hasard, a décidé de lancer sa nouvelle branche – Snakefarm records – avec ce CD, c’est un beau pari sur l’avenir. En tout cas, si le hard rock vintage, teinté sudiste, vous plait, vous savez vers qui vous tourner!

EUROPE: The final countdown 30th anniversary show

Hard Rock, Suède (Hell & back recordings, 2017)

Europe, entre 2015 et 2017, a intensivement tourné à travers le monde, en invité « de luxe » de Scorpions, tout d’abord, puis en tête d’affiche afin de promouvoir, d’une part, son dernier album studio, War of kings, mais surtout pour célébrer le trentième anniversaire de son plus gigantesque et éclatant succès, The final countdown. Quelle meilleure occasion, en effet, que cette célébration pour remettre Europe sur les rails du succès que le groupe suédois retrouve depuis quelques années? Ce live, enregistré au Roundhouse de Londres le 12 novembre 2016, est divisé, comme ce fut le cas tout au long de ladite tournée, en deux parties distinctes: le premier CD se consacre au dernier album studio, dont tous les titres sont interprétés, les 5 premiers dans l’ordre du disque – le morceau éponyme étant réservé pour la fin – la suite étant mélangée. Le son est parfait, au point de se demander quelles retouches a subi ce concert. Le second CD reprend quant à lui l’intégralité de The final countdown, dans l’ordre initial de l’album. Autant dire que le succès est garanti, le public répondant présent à chacun des hits de 1986, c’est à dire la presque totalité de l’album. Inutile de vous expliquer la folie qui s’empare de la salle dès que retentissent les premières notes du clavier de Mic Michaeli… Europe a naturellement profité de cette tournée anniversaire pour mettre en boite un BluRay live. Nous ne reviendrons pas sur le choix des titres. Les images rendent justice à chacun des musiciens. Comme je l’avais constaté lors du passage à Bercy fin 2015, c’est véritablement Joey Tempest qui, en poseur connaissant son affaire, fait le show, John Norum, excellent guitariste s’il en est, et le bassiste John Leven se démenant assez peu, ce qui est dommage à ce niveau. Heureusement, les éclairages sont simplement superbes, le public du Roundhouse (d’une capacité de 1700 personnes) est tout acquis au groupe. Les deux écrans, postés de chaque côté de la scène, diffusant, sur la seconde partie moult photos d’poque dans une jolie et longue séquence nostalgie. Europe fait, avec ce nouveau live, honneur à son statut et honore son public avec un produit dont on ne pourra que déplorer le manque de bonus. Un beau live, en somme, avec des morceaux qui presque tous, les plus récents inclus, semblent intemporels (un ou deux ont mal vieilli…) De la belle ouvrage.

ACE FREHLEY: Anomaly deluxe

Hard rock, USA (SPV, 2017)

On attendait le volume 2 de Origins, l’album précédent du spaceman… Ace Frehley a préféré revenir avec un album de compositions originales, Anomaly. exception faite de Fox on the run (Sweet), Ace Frehley est à l’origine des 11 autres titres, tous taillés dans ce hard rock 70’s qui fit sa réputation. Mais les plus fans d’entre-vous le savent déjà: Anomaly est le 5ème album solo d’Ace et il est originellement paru en 2009. Cette réédition, même pas 10 ans après – on aurait pu envisager une édition anniversaire, mais non – qu’a-t-elle de particulier? Ben, rien, si ce n’est un packaging différent, et quelques titres bonus: Hard for me, Pain in the neck dans une version ralentie, The return of the spacebear. Alors rien d’extraordinaire, un album de rock bien fichu et chanté… comme Ace chante. Et l’on se plonge dans les crédits avec quelques surprises comme la présence de Brian Tichy qui, dpuis, a sévit au sein de Whitesnake et, surtout, The Dead Daisies. La réédition d’Anomaly, dans une version « deluxe » séduira donc principalement les fans du spaceman mais est une belle occasion pour les autres de découvrir ce disque qui, lors de sa sortie, était grimpé à la 20ème place du Billboard. Non sans raisons.

AIRBOURNE Live à Paris (Olympia, le 10 octobre 2017)

 

Airbourne et la France, c’est vraiment une belle histoire qui dure. En ce 10 octobre, ce n’est qu’en arrivant à l’Olympia que l’on découvre qui est en première partie. Il s’agit de Desecrator, que l’on va bientôt découvrir.

Le dernier passage d’Airbourne à Paris, au Trianon, fin 2016, avait laissé quelques spectateurs sur leur faim. Le groupe des frères O’Keefe jouera-t-il ce soir plus d’1h30? C’est peu probable au regard de ‘énergie dégagée par Joel, mais on peut l’espérer, non? Et y aura-il quelques surprises? La réponse à cette dernière question est « oui », mais pas forcément celles auxquelles ont pourrait s’attendre…

C’est désormais une habitude, juste avant que les lumières ne s’éteignent, une annonce est diffusée dans la salle rappelant l’interdiction de filmer ou photographier le spectacle… Tu parles! Passons. A 20h, Desecrator investit la scène. Le quatuor vient également d’Australie, s’est déjà produit à Paris en 2015 et propose un heavy thrash d’excellente facture. 45′ durant, le groupe prouve connaitre son affaire, scéniquement autant que musicalement.

Étonnamment, les photographes sont absents du pit, et s’impatientent sur le côté de la scène. Caprice de première partie? Ha, ha! non, un raté rattrapé en fin de set, ce qui, finalement, permet de capter des musiciens chauds et transpirant qui, en plus de leur chansons nous offrent de jolies reprises avec Born to be wild (Steppenwolf) et, improvisée en fin de set semble-t-il, Am I evil? (Diamond Head). Une belle prestation et une mise en bouche énergique.

 

Le public est tout acquis à la cause Airbourne et le fait savoir dès le retour des lumières, chantant des Oh oh oh oh! à n’en plus finir. Et lorsque retenti la musique de Terminator 2 et ses lumières rouges balayant la scène, on sait que le gang des frangins O’Keefe arrive. Comme toujours désormais, c’est Ready to rock qui ouvre le feu. Le public saute tant et si bien que le plancher de la salle se transforme en trampoline!

Comme toujours, Joel est au taquet et attire à lui seul tous les regards. Comme toujours, ses comparses se partagent la scène dans une incontestable complicité mais on ne les voit guère. Comme toujours, aussi, la setlist est bourrée de classiques. Mais pas que, puisqu’elle varie au fil des tournées proposant ce soir I’m going to hell for this ou Bottom of the well. Alors oui, on pourra dire que ça fait beaucoup de « comme toujours » mais c’est une réalité: on a vu Airbourne une fois, on sait à quoi s’attendre… C’est sans doute ce manque de spectacle et de surprises qui condamne le groupe à jouer dans des salles de 1500 places… Mais on en profite à fond et Joel, à la voix cassée en fin de concert, sait comment séduire le public.

Une vague de briquets s’allume sur le break de Bottom of the well, un solo bluesy en intro de All for rock n roll, un jet de bières dans le public, non pas en canettes mais en gobelets !, précède le désormais traditionnel gimmick « je m’explose une canette sur la tête »… La fin du show lui donne l’opportunité, sur Raise the flag, de s’emparer du drapeau fait par des fans.  Joel en profite d’ailleurs pour se laisser ensorceler, ne parvenant plus à se saisir de son médiator sur le break de Running wild avant de repartir de plus belle pour un final en beauté. Comme toujours, même si on n’a pas de grosse surprise, Airbourne nous a permis de passer une très belle soirée, pleine de rock et de fun. On attend maintenant la sortir du live promis l’en dernier!

La vraie mauvaise surprise attend le public à la sortie de la salle, barrée par la police: des vols de portables ont eu lieu et tout le monde est fouillé, exception faite de ceux du public sortis par les issues de secours… Un joyeux bordel qui aura, espérons le, permis de mettre la main sur le ou les voleurs. C’est pas pour ça qu’on assiste à un concert…

Merci à Olivier Garnier, Roger Wessier et Live Nation