WITCHSORROW: Hexenhammer

Doom, Royaume-Uni (Candlelight/Spinefarm, 2017) – Sortie le 25 mai 2018

Bien que formé en 2005, Hexenhammer n’est que le quatrième album des Anglais de Witchsorrow, le désespoir des sorcières… De désespoir il est bel et bien question tout au long des 7 morceaux de ce nouvel album, aussi lourd qu’une enclume dépressive. Le propos musical est sombre et fait ressortir toute la noirceur de l’âme de ses compositeurs (Demons of the mind) qui, pourtant, ont pris le temps qu’il faut pour penser cet album. Si, quand on parle doom, on pense avant tout à Black Sabbath, c’est principalement Candlemass et Cathedral qui se démarquent ici. Dès Maleficius, le cadre est posé: malaise ambiant, envie de lumière, épaisseur et lourdeur du son… Hexenhammer fait partie de ces albums à déconseiller aux dépressifs mais que les « sains d’esprits » s’approprieront avec bonheur.  Mieux qu’une marche funèbre, un accompagnement vers la nuit éternelle qui suit le bûcher.

WINTERFYLLETH: The hallowing of heirdom

Pagan/Folk, Royaume-Uni (Candlelight, 2018) – sortie le 18 avril 2018

Quelle grosse surprise que ce nouvel album des Anglais de Winterfylleth! A priori, je n’aurai pas chroniqué ce groupe qui nous a jusqu’ici habitués à des album rugueux, black et hurlés comme je n’aime pas… Seulement, comme d’autres, Winterfylleth sait surprendre et se remettre en question et propose aujourd’hui avec The hallowing of heirdom un album acoustique de folk pagan. Une introspection et une visitation de la nature. Pile au moment où je me dis « sortez les guitares et allumez un feu de joie », Embers débute avec ses crépitement de bûches qui se consument. La douceur de l’ensemble, des chants de The sheperd qui évoquent l’heroic fantasy du Seigneur des anneaux à la douceur des guitares de Frithgeard, Elder mother, A gleeman’s volt, jusqu’aux ambiances variées et jamais oppressantes du morceau titre, presque fleuve avec ses plus de 7 minutes, tout ici est une invitation au voyage, à l’introspection et à la communion avec la nature. Winterfylleth ne nous propose ni headbang ni excitation mais nous invite à la contemplation béate et pacifique. Une réussite.

AYREON: Universe

Metal Prrgressif, Hollande (Mascot, 2018)

« Ayreon n’est pas un projet pour la scène, je n’ai jamais joué live avec Ayreon. Mais, pour la première fois, nous avons décidé de donner quelques concerts avec Ayreon, en septembre 2017″ m’informait Arjen Lucassen le 22 février 2017 en interview. Ce Universe – Best of Ayreon live – est donc le résultat attendu d’un projet scénique rarissime. Personne ne s’étonnera donc que les 3 shows néerlandais affichent complets rapidement. La salle O13 a une capacité de 3000 places, et se révèle de la taille qu’il faut pour le projet, même si Lucassen aurait pu, fort probablement, attirer 5000 spectateurs. Cependant, le maître du contrôle réussit un exploit à plus d’un titre: d’abord, réunir le casting le plus complet possible des chanteurs ayant, à un moment ou un autre, collaboré au projet Ayreon. Bien sûr, tous ne sont pas là, mais quel casting! Et quelle mise en scène! Tout est prévu, planifié, tant visuellement que d’un point de vue sonore. Les écrans sont un véritable complément à chaque chanson, l’ensemble de la prestation est agrémentée d’effets, pyrotechniques ou fumigènes, variés et le temps passe à une allure folle. On s’étonne cependant de l’absence plus que remarquable du maître de cérémonie. Arjen Lucassen n’intervient que très tardivement, sur les deux derniers morceaux (sur les 28 de ce concert fleuve de presque 2h30). Timidité? Ce serait surprenant au regard de sa présence scénique, où il semble dans son élément. Mettre en avant les autres musiciens et artistes? Certes, mais ce Ayreon reste l’oeuvre de sa vie, alors? Il n’empêche, ce Universe retrace un exceptionnel moment de l’histoire de ce groupe à part. Moment complété d’un DVD bonus qui s’attache à évoquer dans le détail la genèse de ces 3 concerts, la logistique, l’organisation et les répétitions. Les témoignages des chanteurs – unanimes pour proclamer avoir dit « oui » sans réfléchir – sont nombreux. Un vrai document, riche d’information et de scènes « envers du décors ».  Universe – Best of Ayreon live est un must qui se décline également en version audio double CD. Nul doute que ce moment rare marque un tournant dans l’histoire de Lucassen et, a fortiori, entre dans l’Histoire d’Ayreon.

DEADLINE: Nothing beside remains

Hard rock, France (Bad reputation, 2018)

Depuis sa formation en 2009, les Français de Deadline se sont donné les moyens de parvenir à leurs fins, en embauchant Beau Hill pour le premier album paru en 2012, en tournant en ouverture de Gotthard ou Quireboys, en évoquant ouvertement ses influences (classic hard and heavy rock). Bref, tout pourrait aller pour le mieux mais voilà: Deadline est Français… Et en France, on ne s’intéresse guère aux groupes français, à quelques rares exceptions près. En 2017, l’arrivée d’un nouveau guitariste redonne la pêche à la formation qui enregistre Nothing beside remains, son quatrième album, si l’on inclus le Acoustic session paru en 2015. Nouvelle pêche, nouvelle envie, cela se ressent dans cet opus qui transpire AC/DC, Guns, Scorpions et consorts. Du gros, du lourd qu’on retrouve tout au long des 12 morceaux, au cours desquels figurent de jolis et trépidants riffs. Les musiciens le savent, si la structure rythmique tient la route, on peut tout faire autour. Et là, ça marche plutôt bien: des rythmes solides, des riffs entraînants, des invités, un hommage aux victimes du 13 novembre 2015… Ça fonctionne « plutôt » bien, musicalement en tout cas, et pour commencer, la seconde moitié de l’album surprenant moins. Car le chant me gêne: j’ai l’impression que Arnaud ne réussit jamais à trouver sa propre identité vocale, ses influences « axliennes » prenant trop facilement le dessus,. Mais n’est pas Axl qui veut… De plus, le timbre aigu peut lasser sur la durée. C’est la grande faiblesse de cet album par ailleurs efficace et original, qui lorgne même par instant vers le psyché des 70’s. Dommage…

THE DEAD DAISIES: Burn it down

Hard rock, Australie/USA (Spitfire/SPV, 2018)

The Dead Daisies a réussi à s’imposer comme une valeur sûre de l’univers hard rock international. Car autant discographiquement que scéniquement, ce groupe à géométrie variable place ses fans au centre de ses pensées. Alors quand parait un nouvel album, on sait déjà qu’on ne sera pas déçu. Burn it down, le quatrième opus de la bande à David Lowy, voit un nouveau changement – mais cela est le principe même de fonctionnement du groupe – avec l’arrivée à la batterie de Deen Castronovo, qui a notamment exercé auprès de Bad English, Ozzy Osbourne, Journey…) qui vient remplacer Brian Tichy. 10 chansons plus un bonus composent ce plus que puissant et efficace Burn it down. Resurrected met les pendules à l’heure, le groupe semblant même s’orienter vers des sonorités plus lourdes et oppressantes qu’à son habitude. Mais l’esprit chantant et entraînant est bel et bien là, que ce soit Rise up, Burn it down, Dead and gone… Habitués des reprises, le gang revisite ici le Bitch originellement écrit par le duo Jagger/Richards avant de proposer la ballade (pas version « ballade présentée par John Corabi sur le live »… non, une vraie ballade) sensuelle, Set me free. Encore une fois, The Dead Daisies réussit à satisfaire tout un chacun et s’impose comme l’un des plus brillant groupe de classic hard rock du moment. Vivement les retrouvailles live au Trabendo de Paris le 6 mai prochain!

DE WOLFF: Thrust

Hollande, Hard rock (Mascot, 2018)

Ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace, dit-on. Mais aussi, c’est dans les vielles marmites qu’on fait les meilleurs plats » ou « ce n’est pas un vieux bluesman qui va apprendre le blues ». Sauf que… DeWolff n’a rien de commun avec ces adages puisque le trio ne s’est formé qu’en 2007. En à peine une décennie, le groupe néerlandais nous offre déjà son cinquième album. Et franchement, il semble que les gaillards n’aient plus grand chose à apprendre. Leur rock est empli de ce blues teinté de psyché qui se pratiquait outre Atlantique au cours des 70’s. ça sent la voix forgée à la clope, le timbre rocailleux collant parfaitement à cet esprit léger et embrumé qu’on retrouve tout au long de Thrust. Si California burning a cet aspect immédiat, on se laisse tout autant emporter par les Big talk, Double crossing man et autres Freeway light. Light, lumière…. Oui, cet album nous propose un blues lumineux et enjoué. A quand la scène, la vraie?

LOFOFORA: Simple appareil

Rock, France (At(h)ome, 2018)

Simple appareil… Un titre qui évoque une mise à nu, et cette promesse venant de Lofofora, ça sonne plutôt bien. Une voix, une guitare, une rythmique simple… Lofofora a choisi de se livrer corps et âmes au travers de 11 morceaux dépouillés de tout artifice. Comme le dit Reuno dès l’introductif Les boites, le groupe a enlevé les doigts de la prise. Ce dépouillement n’ôte en rien la puissance des paroles et des rythmiques concoctées par le groupe qui prouve, une fois de plus, que peu importe l’interprétation, si une chanson est bonne, elle reste bonne! Reuno, dans ce fatras dépouillé de décibels explosifs, se met ici plus qu’à nu, il se met en danger, et c’est appréciables. Alors, bien sûr, ce simple appareil ne saurait être l’objet d’une tournée à lui seul, mais proposera à n’en pas douter des moments de répit au cœur de la fureur des shows de Lofo. Un interlude posé que propose un groupe qui n’a jamais renié son parcours. Un pari relevé même si certains fans seront déstabilisés par ces 11 morceaux envoûtants, au final.

JUDAS PRIEST: Fire power

Heavy metal, Royaume-Uni (Columbia, 2018)

J’ai tellement lu, ces derniers temps, sur les webzines ou la presse écrite que « The Priest is back! » que j’en arrive à me méfier. Ce Fire power, nouvel album des metal gods est-il vraiment à la hauteur des rumeurs? Bien sûr, le groupe avait satisfait une grande majorité de fans avec, pour le sixième live Battle cry, le retour aux manettes de Tom Allom, producteur des plus grands albums du Priest au cours des années 80, de British steel à Ram it down. L’annonce de sa nouvelle collaboration en studio pour ce Fire power ravive forcément de nombreux souvenirs et fait naître de grands espoirs. Et si Judas Priest n’a rien à prouver depuis longtemps, force est de constater que ce nouvel opus est d’une puissance remarquable et à toute épreuve. 14 titres – ou 13 plus un interlude – variés dans l’historique esprit des Anglais, un son remarquable et une créativité intacte. Du morceau titre, qui ouvre les hostilités avec rage et fureur au final d’une inquiétante douceur Sea of red, rien, absolument rien, n’est à jeter. Si Evil never dies ralentit le tempo, il est forgé dans un esprit lourd et oppressant. Never the heroe se fait plus chantant et est une invitation à trépigner en headbangant. On s’attarde volontiers sur ce Necromancer varié pour retomber dans la lourdeur chantante de Children of the sun. Guardians propose un court interlude avant l’explosion de Rising from the ruins au riff mélodique imparable. La suite pourrait se radoucir, mais le Priest n’en fait rien, ni sur Bolt thrower – qui n’est pas un hommage au groupe du même nom – ni même sur Traitor’s gate qui monte en puissance. Lone wolf – qui n’a rien d’un hommage au groupe français du même nom – est peut-être le titre le plus faible du lot mais propose cependant des guitares différentes de ce à quoi le Priest nous a habitués. Avec Fire power, Judas Priest revisite son parcours sans toutefois donner l’impression de nous offrir un album testamentaire. Même si, on le sait maintenant, c’est Andy Sneap qui jouera à la place de Glenn Tipton de plus en plus affecté par la maladie de Parkinson. Fire power est un album à classer aux côtés des British steel, Screaming for vengeance et autres Painkiller. Un must qui fait dire que, oui: « the Priest is back! »

NO ONE IS INNOCENT: Frankenstein

Hardcore, France (Verycords, 2018) -sortie le 30 mars 2018

Après un très remarqué Barricades live célébrant, entre autre, son précédent album studio, Propaganda qui vit le jour avec les attaques contre Charlie hebdo en janvier 2015, et sorti juste avant les attaques du sanglant 13 novembre de cette même année, No One Is Innocent revient avec un album tout aussi puissant, enragé et engagé. C’est simple, A la gloire du marché fonce dans le tas et déglingue avec une ironie mordante le monde actuel qui ne jure que par le fric. Fric sur lequel tout le monde crache mais dont tout un chacun rêve d’en accumuler plus que de raison… Ali King of the ring rend hommage avec un groove trépidant au mythique boxeur Muhamed Ali. Kemar est en voix, et le groupe plus rock que jamais. Elle est loin l’époque électro, et l’apport de Poppy, guitariste venu seconder Shanka, y est sans doute pour quelque chose. Le morceau éponyme (ou comment le créateur s’est amusé à jouer aux apprentis-sorcier en créant notre « humanité ») démontre la complémentarité des deux fretteus, qui varient les plaisirs et les tempi. Les revenants, inquiétant et oppressant au début, monte en puissance pour terminer en furie tandis que Teenage demo ou What the fuck, qui démonte les USA d’aujourd’hui, rentrent dans le tas sans pitié. Frankenstein montre un No One en pleine forme, la rage et l’envie d’en découdre intactes. Un album marquant qui se termine avec la reprise d’un certain Paranoid, de circonstance ici….

 

RED SUN RISING: Thread

Rock, USA (Razor&tie, 2018)

Forgé dans l’esprit rock US contemporain, un brin stoner, un brin heavy, Thread, second album des Américains (ça tombe bien, pour du rock US…) de Red Sun Rising nous propose 11 morceaux taillés sur mesure pour séduire les radios et le grand public. Fascination se veut légèrement hypnotique, avec ses guitares rageuses et saturées tandis que Left for dead flirte avec une douce bienveillance. Ce qui m’étonne ici, c’est le décalage entre la noirceur des titres (Deathwish, Stealing life, Lonely girls, Evil like you…) et la bonté générale qui se dégage de ce disque. L’ensemble est carré et bien fait, chantant, mais ne présente rien de bien méchant. Un bon moment, en somme, avec des mélodies passe partout, quelques inspirations variées (hispano sur Deathwish, par exemple), des guitares aiguisées un peu partout. Mais ça s’arrête là. Comme je l’ai si souvent lu sur mes bulletins scolaires: « peu mieux faire, doit perséverer »