AMON AMARTH: The great heathen army

Suède, Heavy metal/Death mélodique (Metal blade, 2022)

Depuis la parution en 2013 de Deciever of the gods, c’est avec la  régularité d’un coucou suisse que les Suédois d’Amon Amarth publient un nouvel album studio tous les 3 ans. Si Jomsvikig, en 2016, les avaient vu royalement changer de statut et est en quelque sorte devenu la pierre angulaire de leur carrière,, Berserker, en 2019, avait confirmé l’orientation plus heavy que purement death metal du précédent album et avait pu étonner, voire déstabiliser, par ses aspects plus grand-public Et bien que ce dernier ait pu être un peu défendu face au public, Amon Amarth s’est retrouvé comme tout le monde dans l’impossibilité de tourner pendant plus d’un an. Une période qui a pu être mise à profit pour concocter ce nouveau CD, The great heathen army, paru en plein milieu de l’été, dommage (mais il n’est pas trop tard pour bien faire), sorte de concept de fiction historique narrant, après le post apocalyptique Get in the ring qui introduit mélodiquement l’album, l’histoire de vikings (tiens donc? Etonnant…) partant, en l’an 865, à la conquête de la perfide Albion. Lors de notre rencontre en 2019, le guitariste Olavi Mikkonen pensait que son groupe avait désormais trouvé le parfait équilibre entre heavy metal, thrash et death, alors pourquoi changer une recette qui fonctionne? Les thèmes guerriers incitent à des rythmiques martiales, de marche cadencée ou de marins aux rames (The great heathen army, Oden owns you all) mais également des moments de relâche et plus joyeux, (Dawn of Norsemen) voire même décalés (Heidrun, son break irlandais et ses bêlements de chèvre -« et la question « who’s the goat? »!) On retrouve aussi les habituelles influences des Suédois que sont Metallica, Slayer, Iron Maiden ou Judas Priest un peu partout ainsi que celle de Saxon sur Find a way or make one, titre parfait pour le live et pour faire participer le public avec ses « Stand tall and fight ». Mieux encore, Saxon est convié à prendre part, grandement, à Saxons and vikings, Paul Quinn et Doug Scaratt partageant les guitares sur le solo, tandis que le chant de cette pièce met face à face les Nordiques menés par Johann Hegg et les Anglais dirigés par un Biff Byford majestueux. Le titre démarre de manière saccadée et épurée avant la rencontre entre les deux clans qui se fait plus virulente et virile. On se prend à rêver de retrouver les deux formations le même jour en juin prochain vous savez où… Johann nous démontre aussi pouvoir brillamment utiliser une voix claire sur le dernier titre, The serpent’s trail, dans une narration conclusive qui, là encore se fait plus puissante en avançan, mais est tout de même bien plus à l’aise et créddible avec sa voix gutturale, reconnaissons-le! Bien que plus court que son prédécesseur, même s’il est compliqué de donner un successeur du même niveau que JomsvikingThe great heaten army propose des chansons très solides qui, certes, reprennent une méthode qui a fait ses preuves mais qui sont travaillés pour la scène. Et là, on le sait, Amon Amarth n’a rien à craindre. Un bel album à vivre et à voir.

SABATON: The war to end all wars

Suède, heavy metal (Nuclear Blast, 2022)

Séance de rattrapage… Après sa très belle prestation au Hellfest, sans doute est-il temps de se replonger dans le dernier album de Sabaton, The war to end all wars, paru en mars dernier. Privés de concerts pendant deux ans, les Suédois ont mis à profit ce temps subi pour donner une suite à The great war en explorant plus encore les noirceurs de cette guerre censée être la dernière… On remarquera la pochette et son soldat – sans doute le même qui figurait déjà, vivant, sur celle de The great war, mort, un journal annaonçant la fin de la guerre… En dix chansons, le groupe résume les moments phare de la grande guerre: démarrant avec Sarajevo qui conte l’assassinat de l’archiduc d’Autriche, moment déclencheur des hostilités jusqu’à la signature du traité de paix à Versailles, ce sont ces 5 années sombres qui sont revisitées. Sabaton utilise les recettes habituelles, celles qui font qu’on reconnait immanquablement son son, son style. Seulement, si c’est toujours efficace et très bien produit, il n’y a guère de prise de risque. La mise en son, le rythme, les refrains, tout est impeccable mais on arrive à ce stade où le groupe, pour avancer, va devoir se réinventer afin de ne pas lasser l’auditeur. Se réinventer tant musicalement que dans les thèmes abordés sans doute, même si la guerre restera au centre du propos du groupe. Si quelqu’un découvre Sabaton avec cet album, nul doute qu’il sera séduit. Ceux qui suivent les Suédois depuis quelques temps le sont sans doute un peu moins. Le résultat est cependant celui qu’on peut attendre, a minima, de Sabaton qui ne déçoit jamais et qui sait proposer des spectacles toujours renouvelés, eux. Un bon album, sans plus.

GHOST: Impera

Suède, (Hard) rock (Spinefarm, 2022)

On en aura lues des choses sur cet Impera, nouvel album de Ghost… « Déjà vu », « du réchauffé », « Sans doute le moins bon album du groupe »… Ok, soit, oui, mais… Ghost c’est le projet de Tobias Forge qui après avoir viré ses Nameless Ghouls de musiciens fait appel à une nouvelle équipe tout autant masquée. Il est et reste le seul maitre à penser de Ghost et, en tant que tel, sait parfaitement où il veut aller. Il flirte ainsi avec tout type de public, amateur de metal autant que de pop, et surtout, il envisage sa musique autour d’un visuel qui, lui, se renouvelle. Imperia voit disparaitre Cardinal Copia, apparu sur le prequel que fut… Prequelle en 2018. Papa Emeritus IV est définitivement plus moderne dans son look, débarrassé d’artifices et de tenues le gênant dans ses déplacements. Si musicalement Impera ne surprend guère, force est de le reconnaitre, le recette s’avère cependant rapidement efficace, voire addictive. Variant les rythmes et les ambiances, passant d’un rock entrainant à une pop légèrement acidulée ou un heavy plus sombre et inquiétant, Ghost parvient à capter l’auditeur même si, de prime abord, rien ne se retient aussi facilement que certains classiques. Pourtant, les Hunters moon, Spillways, Twenties sont taillés pour faire bouger – et c’est sans nul doute ce qui se passera en ce lundi pascal à l’Acccor Hotel Arena et sur le reste de la tournée de Ghost. Darkness at the heart of my love passe par le cap « inquiétant et oppressant » avant qu’on ne retrouve ces rythmes rock efficaces. Même si l’on n’est guère surpris, Ghost parvient encore à composer des morceaux efficaces, bien que17 les plus anciens fans attendent le retour de cet esprit subversif et metal du groupe. Un album en demi teinte qui prendra sans aucun doute une autre dimension en live.

YNGWIE MALMSTEEN: Parabellum

Hard rock, Suède (Mascot, 2021)

Deux ans après son album presqu’entièrement consacré à des reprises de classiques – et franchement pas une réussite – que peut-on attendre de celui naguère considéré comme un prodige? Parabellum est là pour nous rappeler qu’Yngwie Malmsteen est loin d’avoir dit son dernier mot. Ok, je sais, cet album est sorti au mois de juillet dernier, mais voilà, Mascot l’a également édité sous forme de coffret, objet de mon propos. Un objet sympa qui fleure bon la séduction des fans, ce dernier étant rempli de goodies comme on les aime, jugez-en par vous-même: ce coffret – en édition limitée – comporte, en plus du CD de 10 titres, un sticker, une carte postale reprenant l’illustration de couverture, un sachet de 3 médiators et deux sous-bocks. Les fans apprécieront sans doute plus ces gadgets que le CD lui même, quoique… Force est de constater que Malmsteen, auto centré sans doute, devrait se décharger de certaines tâches, notamment celle de producteur. une oreille extérieure est plus que souvent bienvenue et cela aurait bien servi le guitariste qui, de plus se charge de tous les instruments hormis la batterie, confiée à Lawrence Lannerbach. Et si j’avais été surpris par son chant sur l’album précédent euh… un vrai vocaliste aurait bien mieux fait l’affaire ici car l’ensemble manque cruellement de puissance. Le reste est comme on peut l’imaginer: une profusion de notes savamment agencées, une technique irréprochable, des titres speedés ou plus mid tempo de haute volée, une ballade agréable. Si Parabellum se laisse agréablement écouter, il n’est pas encore l’album qui redonnera au Suédois son statut d’antan.  Mais il y a du mieux, alors profitons-en!

SOEN: Imperial

Suède, Progressif (Silver Lining, 2020)

Le duo fondateur et pilier de Soen, Joel Ekelöf (chant) et Martin Lopez (batterie) a une nouvelle fois pu compter sur la participation du guitariste Cody Ford, déjà présent sur Lotus en 2019. Ce dernier voyait les Suédois (bon, la formation est aujourd’hui plus internationale que proprement suédoise…) faire un grand pas en avant. Lykaia (2017) avait déjà fait une quasi unanimité au sein de la communauté metal, et Lotus avançait encore plus vers la perfection, offrant des guitares plus rudes sur un fond tout aussi aérien. Ce chemin est tout aussi notable sur Imperial, nouvel album qui porte plus que bien son nom: Cody, désormais bien intégré, apporte un son plus rugueux encore, contrebalancé par la légèreté apparente des mélodies et la voix douce et envoûtante de Joel. Au travers de ces 8 titres, qui mêlent rage et douceur, tempête et accalmie, Soen démontre une nouvelle fois que puissance peut rimer avec excellence. Si l’univers progressif est incontestable, Soen a désormais son propre univers musical, très loin des cadors du genre dont il se détache avec brio. Et puis cette pochette est elle un signe? Imperial, avec sa pochette noire, sa signature vernie et son serpent, pourrait-il devenir à Soen ce qu’un certain Black album fut à vous savez-qui ? C’est en tout cas tout ce qu’on peut lui souhaiter tant Soen s’approche de la perfection. Si seulement ce pouvait être aussi simple…

Interview: SOEN

Interview Soen : entretien avec Joel Ekelöf (chant). Propos recueillis par Skype, le 11 décembre 2020

SOEN by Ola Lewitschnik

 

Metal-Eyes : Que s’est-il passé pour Soen depuis que nous nous sommes vus la dernière fois, il y a 2 ans ?

Joel : On a beaucoup travaillé, sur cet album principalement. Nous avons également pu tourner un peu, donner quelques concerts jusqu’à l’apparition de cette pandémie…

 

Metal-Eyes : Quel regard portes-tu, deux ans après, à Lotus, votre précédent album ?

Joel : Je crois que c’est le premier album qui a commencé à vraiment soner comme nous le voulions. Comme si les éléments d’un puzzle se mettaient en place. Il répondait vraiment à notre vision, à ce que nous voulions qu’il soit. C’est une belle intro pour cet album. Maintenant, on se rend compte qu’on tient quelque chose, et Imperial est un pas de plus en avant.

 

Metal-Eyes : Selon moi, la différence entre Lotus et Lykaia résidait dans le fait que, si votre musique restait très aérienne, les guitares étaient beaucoup plus agressives. Je trouve la même différence entre Imperial et Lotus : des guitares plus heavy, plus dures, plus rageuses, et ton chant reste très soft et aérien. Sachant qu’il s’agit du second album que vous enregistrez avec Cody Ford à la guitare, comment analyses-tu l’évolution de Soen entre ces deux albums ?

Joel : Il y a deux choses : nous sommes devenus plus agressives. Le passage entre Lykaia et Lotus nous a vu prendre une décision importante : nous sommes metal, profondément, ça fait partie de notre identité. Avant cela, tu sais, on a nos influences, nos envies, mais à cemoment, on a pris conscience que le metal est notre base. Ce qui expliques peut-être que tu perçoives les guitares comme étant plus heavy. Comment Cody a-t-il impacté le son ? C’est un guitariste très talentueux, très fin. Il a une signature sonore fantastique… Il peut jouer des choses très dures, heavy, mais aussi très mélodiques et belles. Un guitariste ne peut pas seulement être rapide, il doit apporter de l’âme à la musique, du feeling.

 

Metal-Eyes : Il y a cependant eu un changement de musicien pour ce nouvel album…

Joel : La basse, oui.

 

Metal-Eyes : Que s’est-il passé ?

Joel : La vie, c’est tout… Stefan a éprouvé le besoin de s’occuper plus de sa famille. Quand tu joues comme nous le faisons, il y a beaucoup de sacrifices à faire. Nous respectons totalement son choix. Dans ce groupe, chacun doit être investi à 100%, et c’est aussi ce que ressentait Stefan, et s’il ne pouvait pas se consacrer entièrement au groupe, il préférait céder sa place, ce qui est très courtois de sa part.

 

Metal-Eyes : Votre nouveau bassiste s’appelle Oleksii Kobel. D’où vient-il ?

Joel : Il vient d’Ukraine. Il est très sympa, mais nous ne l’avons pas encore rencontré ! C’est marrant… On a commencé à travailler avec lui via internet, et la pandémie est arrivée…

 

Metal-Eyes : Donc, vous ne pouviez pas le rencontrer…

Joel : Exact ! Je remercie la technologie qui fait que nous pouvons communiquer et échanger, et c’est un des membres du groupe maintenant, c’est sûr !

 

Metal-Eyes : Si je te comprends bien, la pandémie a eu un impact sur l’enregistrement de l’album ?

Joel : Inévitablement… Cette année, nous devions beaucoup tourner, en Amérique du sud, en festivals… Nous avons dû tout annuler. S’il y a eu du positif, c’est que nous avons pu nous concentrer sur l’album. Alors, oui, ça nous a affectés, mais nous avons pu concentrer tous nos efforts sur l’enregistrement.

 

Metal-Eyes : De quoi parles-tu dans cet album ? Il me semble que l’humanité et l’unité sont des thèmes centraux mais ce ne sont pas les seuls… Je pense entre autre à une chanson comme Modesty où tu dis : « Suivez-moi, suivez-nous car il n’y a personne d’autre pour nous aider » ou Dissident qui semble cacher le même type de message…

Joel : Hum… Tu sais, le monde change, il n’y a plus de juste milieu. Ce sont les extrêmes, la gauche contre la droite… Nous dépensons beaucoup d’énergie à nous discréditer les uns les autres. Chacun est, dans un sens, dans sa bulle, et c’est un problème, un grand problème. Ça donne aux dirigeants un moyen de tirer avantage de tous ces petits combats. Ce que nous devons faire, c’est nous unifier et concentrer la vraie énergie contre les vrais dangers, les vraies oppressions. C’est un sujet qui revient dans nos chansons, oui…

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu la musique de Soen à quelqu’un qui ne connait pas le groupe ?

Joel : C’est toujours plus facile de laisser les autres le faire…

 

Metal-Eyes :  C’est pour ça que je te le demande…

Joel : Oui… Je te dirais que c’est du metal très bien arrangé (rires) ! « Bien arrangé » parce que nous sommes toujours un groupe progressif, nous accordons toujours beaucoup d’importance aux détails dans chacune de nos compositions. Nous ne sommes pas un groupe de jazz ou de hard rock, nous sommes un groupe de Metal. Dans une certaine mesure, ce style reste très décrié, les gens pense qu’il ne s’agit pas de musique, que ce n’est pas assez élégant… Tu peux être très intelligent et cultivé et apprécier le metal !

 

Metal-Eyes : Toi et moi le savons bien, et nous ne sommes pas les seuls… Nous savons que, avec le jazz et le classique, le metal est le style le plus varié du monde. Même s’il y a des codes, chacun peut casser ces codes pour explorer d’autres horizons… Quand bien même tu dis que vous êtes un groupe progressif, vous n’avez rien de commun avec Dream Theater…

Joel : Oui… Nous sommes sans doute plus proches des groupes avec une approche plus traditionnels, nous ne faisons pas partie de cette branche progressive à laquelle appartient un groupe comme, comme tu le dis, Dream Theater.

 

Metal-Eyes : Ce qui signifie que Soen a aussi sa propre identité…

Joel : Je l’espère en tout cas !

 

Metal-Eyes : Je le pense, sincèrement ! Si tu devais ne retenir qu’un titre de Imperial pour expliquer ce qu’est Soen aujourd’hui, laquelle choisirais-tu ?

Joel : Je choisirai Monarch, aujourd’hui…

 

Metal-Eyes : Pour quelle raison ? Le violon ?

Joel : Ah, ah… Peut-être… Il y a du metal, du violon, un message. Au final il y a tous les ingrédients qui représentent Soen, ce qui nous rend unique. Mais c’est vraiment parce que tu me demandes de ne choisir qu’un titre…

 

Metal-Eyes : C’est ma question « Le choix de Sophie ». Peut-être pas un choix aussi difficile, cependant…

Joel : Demain, je pourrais te donner une autre réponse…

 

Metal-Eyes : Vous aviez déjà un peu fait appel aux violons avant.

Joel : Oui, sur River, et d’autres morceaux. Une des raisons, c’est que nous travaillons avec Lars (Ahlund) qui s’occupe de nos arrangements. Il est multi talentueux. Je crois que son instrument de base est le saxophone, qu’il n’utiliserait jamais avec Soen, mais c’est un musicien fantastique ! Il n’y a rien de mieux que de travailler avec de vraies cordes.

 

Metal-Eyes : Et Cody ? Comme nous l’avons dit, il s’agit de son second album avec vous. S’est-il plus impliqué dans l’écriture, a-t-il fait plus de propositions ?

Joel : Oh, oui ! Tu grandis avec le projet. Il a apporté, sur Imperial, certains des meilleurs solos de notre carrière ! Il s’intègre vraiment de l’esprit du groupe.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Soen en 2021 ?

Joel : Oh… Quelque chose comme « reste vrai et fidèle à tes croyances ». On peut tirer avantage de toute situation…

 

Metal-Eyes : C’est un peu l’esprit de ce que tu m’avais dit il y a deux ans, c’est rassurant ! Vous avez déjà fait appel à des animaux, mais ce serpent… Va-t-il devenir un visuel important du groupe, votre totem ?

Joel : Je ne peux pas te répondre… On a déjà utilisé d’autres animaux – le rhinocéros, le loup…

 

Metal-Eyes : Simplement le serpent a commencé à apparaître à travers votre signature…

Joel : C’est exact, oui. Aujourd’hui, nous sortons une nouvelle vidéo, et tu verras, le serpent est très présent !

 

AVATAR: Hunter gatherer

Suède, Metal (Century media, 2020)

Avatar a réussi un tour de force avec Avatar country, album le plus léger de sa discographie qui lui a permis de récolter un très large public. Mais il est temps, comme l’explique lors de notre dernier entretien John Alfredsson , son batteur, de revenir à des choses sérieuses. Avatar country n’était qu’un amusement et aujourd’hui, les Suédois, avec Hunter gatherer, nous offrent son opposé, son album le plus sombre et dur. Sombre, mais varié. A l’instar de ce Colossus oppressant et inquiétant, presque doom ou du furieux Silence in the age of the apes, qui introduit l’album, Avatar se délecte de nous entraîner sur des pistes aussi inquiétantes qu’attirantes. Ce n’est pas un hasard si ces deux morceaux ont fait l’objet de videos, pour autant, les Justice, When all but force has failed, Scream until you wake ou A secret door offrent cette variété salvatrice et hypnoti qui fait la particularité d’Avatar. Bien sûr, on retrouve les ingrédients typiques du groupe: le chant varié de Johannes Eckestrom, alternant avec une aisance toujours aussi déconcertante hurlement et tendresse intime, les guitares à la fois tranchantes et sautillantes de son ex-majesté Kungen et de son complice Jonas Jarlsby, ainsi qu’une rythmique souvent déconcertante et jamais figée offerte par Tim Undstrom et John, proposant des structures si solides que rien ne peut ébranler l’édifice.  pourrait cependant effrayer certains nouveaux fans, ceux séduits par la légèreté de son prédécesseur, mais pourrait attirer plus encore tant ce metal barré est efficace. Un must qui séduira les amateurs qui suivent le groupe depuis Hail the apocalypse, voire Black waltz pour les plus anciens.

Interview: AVATAR

Interview AVATAR: entretien avec John Alfredsson (batterie). Propos recueillis par téléphone, le 10 juillet 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Comment ça se passe en Suède, d’un point de vue sanitaire, ces jours-ci ?

John : Bien… enfin, « bien » est tout relatif. Mais… Nous survivons…

 

Metal-Eyes : Votre dernier concert était à Saint Petersbourg, le 14 mars. N’était-ce pas un peu étrange de vous retrouver entre deux états, « on va devoir rentrer » et « on doit continuer » ?

John : Oui, la Russie était, je crois, un des derniers pays à avoir fermé ses frontières. Quand nous jouions en Russie, nous ne pouvions que constater que tous les autres pays du monde fermaient, les uns après les autres, et tous les groupe que nous connaissons, qui étaient en tournée, annulaient. Nous, on était là à se demander si nous étions censés continuer de jouer… C’était étrange, vraiment…

 

Metal-Eyes : J’imagine aussi que vous ne pouviez prendre la décision d’annuler de votre propre chef pour des questions d’assurances…

John : Oui, mais d’un autre côté, nous n’avons donné que 3 concerts en Russie, en ouverture de Sabaton. Et au bout du compte, l’endroit le plus sécure est sur scène. Nous n’étions pas inquiets pour nous, plus pour le public. Nous espérions simplement que quelqu’un savait ce qu’il faisait avec cette foule, tu me comprends ? Je ne crois pas que nous, en tant qu’artistes, devons dire aux politiciens ce qu’ils doivent faire. Je ne supporte pas d’entendre des artistes demander à ce qu’on les laisse jouer, pas dans ces conditions. C’est aux autres de nous dire quand il sera temps de rouvrir, ou de fermer si c’est nécessaire.

 

Metal-Eyes : Parlons du groupe maintenant : le cycle Avatar country se termine. Que vas-tu en retenir ? A part le Covid…

John : Euh… Je crois que je me souviendrai de ce cycle comme l’un des plus amusants que nous avons vécu. Nous ne nous sommes jamais autorisés à nous permettre autant de choses que sur Avatar country. Tout était permis.

 

Metal-Eyes : Même Hellzapoppin…

John : Oui, même eux ! Ce genre de choses ! C’était très… comment dire ? « Relaxant » de pouvoir nous laisser aller. Quand nous programmions cette tournée, nous nous demandions quelle était la chose la plus dingue qu’on puisse faire, et nous avons fonctionné comme ça tout le temps. Nous ne le referons plus dans un avenir proche. C’est ce dont je me souviendrais de ce cycle, faire des choses comme accueillir Hellzapoppin sur la tournée, faire apparaître le roi sur un trône… ou faire un film !

 

Metal-Eyes : Faire un film qui ferme ce cycle. J’imagine que tu parles de The legend of Avatar country (il confirme). Ceci signifie donc que le pays d’Avatar était en réalité une légende, il n’existe pas du tout ?

John : Il existe dans nos cœurs, à jamais.

 

Metal-Eyes : Donc, « longue vie au roi » ?

John : Oui, « longue vie au roi » !

 

Metal-Eyes : Vous étiez également censés ouvrir pour Iron Maiden, dont un passage à Paris demain, 11 juillet. Etait-ce toujours sur le thème Avatar Country ou alliez-vous proposer quelque chose de neuf ?

John : En réalité, nous devions donner ce soir un concert secret dans un club de Paris. Qui aurait été le dernier show de Avatar country. Et demain, avec Iron Maiden, nous devions donner le premier concert de la tournée Hunter gatherer

 

Metal-Eyes : Un nouveau cycle s’ouvre avec Hunter gatherer. C’est un album très sombre, à l’opposé de Avatar country. Qu’est-ce qui vous a fait passer de la lumière aux ténèbres ?

John : Avatar country n’était pas supposé être un album au départ. Il devait être un Ep entre deux albums « normaux ». Quand nous avons commencé à composer, nous avions tellement de matériel que je ne parvenais pas à écarter une chanson. Alors « merde ! on fait un album ! » Ça a commencé comme une blague entre nous. Nous avons eu le sentiment à l’époque que nous devions sortir ces chansons. Et ça nous a simplement soulagés de le faire. Nous n’avons jamais eu pour vocation d’être un groupe rigolo… Avatar country, tu peux le voir de plusieurs manières : tu peux le considérer comme une comédie, mais aussi comme une critique de la société du moment. Il s’est passé tellement de choses en 2016, quand nous l’avons écrit… Nous ne parlons jamais de politique dans Avatar, mais nous avons choisi de commenter. Nous nous sommes vraiment amusés à faire cet album, et quand la tournée a commencé, c’était si plaisant de simplement pouvoir proposer des concerts aussi gros ! C’était super fun… la première semaine. Ensuite, il y a eu 150 concerts supplémentaires ! Nous parlons beaucoup et dans le tour bus, on écoutait de la musique, on échangeait et quand l’un d’entre nous a demandé ce que nous allions faire ensuite, la réponse a fusé : pas un putain d’album de comédie ! » Nous savions tous que notre prochain album devait être sérieux. Sinon, nous courions le risque d’être catalogué comme un groupe de comédie, et ce n’est pas ce qu’est Avatar. Ce ne fut qu’un petit détour.

 

Metal-Eyes : Hunter gatherer est un album plus sombre, plus heavy et plus colérique. Qu’avez-vous mis dedans ?

John : C’est certainement l’album le plus sombre que nous ayons enregistré. Une sorte de contre réaction à Avatar Country

 

Metal-Eyes : Justement, vous avez acquis tant de nouveaux fans avec Avatar country… Ne crains-tu pas la réaction de ces nouveaux fans lorsqu’ils découvriront cette autre facette d’Avatar ?

John (il réfléchit) : Non… Non. Je suis sûr à 100% qu’il va y avoir un paquet de fans qui ne va pas aimer cette facette, qui dira préférer « l’ancien » Avatar. Mais c’est toujours le cas, à chaque album… et au bout du compte, nous ne pouvons y prêter attention. Nous aimons nos fans, nous les aimons vraiment, ce sont les meilleurs fans du monde, mais on ne fait pas les choses pour eux : nous faisons les choses pour nous. Avatar, c’est réaliser ce que nous souhaitons. Si les gens aiment ça, c’est un bonus et ça nous permet de continuer. Si personne n’achète nos t-shirts ou nos disques, nous ne pourrions pas payer nos loyers, la situation serait plus complexe. Mais concernant la musique, nous la plaçons en priorité. La vente de T-shirts vient après. Quand nous composons, tant que nous sommes satisfaits, c’est le principal. Si personne n’aime ça, je pourrais me tenir debout fièrement et dire « désolé si ça ne vous plait pas, moi j’en suis fier ! Allez vous faire foutre, je ne compose pas pour vous ! » Mais oui, je suis sûr qu’un paquet de fans n’aimera pas cet album. Ils peuvent continuer d’écouter Avatar country (rires) ! L’album ne disparaitra pas…

 

Metal-Eyes : Et j’imagine qu’il est également possible que certains de ces fans les plus récents soient séduits et cherchent à découvrir votre passé, Hail the apocalypse, Feathers and flesh, Black waltz voire même avant…

John : Oui, aussi, c’est possible.

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution d’Avatar entre vos deux derniers albums, Avatar country et Hunter gatherer ?

John : Mmh… De toute évidence, nous avons changé de voie entre Avatar country et celui-ci ! Plein de choses se sont produites ces deux ou trois dernières années. Ça m’a surpris de voir autant de personnes monter dans ce train. Avatar est devenu une sorte de phénomène. Incroyable de voir ça, et comme je l’ai dit, nous avons les meilleurs fans du monde. Comment on a évolué ? Naturellement… Nous faisons ça depuis presque 20 ans. C’est assez difficile pour moi d’analyser ces dernières années parce que notre évolution s’est faite depuis le début. Nous vieillissons, devenons plus sage.

 

Metal-Eyes : Avez-vous changé votre manière de composer pour ce nouvel album ?

John : Nous avons commencé par discuter, beaucoup. Quelle sera le cadre, de quoi allions nous parler ? Dès le départ, nous étions d’accord sur le fait que ce serait l’opposé, qu’il serait très sombre, qu’il ne devrait y avoir aucune blague…Et ce ne serait pas un album conceptuel, comme c’était le cas avec Avatar country ou Feathers and flesh. Il nous fallait retourner vers des terrains inexplorés. Avatar country était une sorte d’hymne au heavy metal. A tout ce qu’on aime dans cette musique : un roi, du fantastique, tout tient dans une boite, petite. Pour Hunter gatherer, nous avons décidé de prendre une grande boite, sans limites. Il y a Silence in the age of apes, très violente, brutale, Colossus, très sombre, une autre avec du piano… Nous avons beaucoup écrit, quelque chose comme 40 chansons… et nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à la meilleure manière de les lier, d’en faire quelque chose de cohérent, qui tienne la route. Et nous avons passé beaucoup de temps à répéter aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez beaucoup tourné, comme tu l’as rappelé. Quand avez-vous trouvé le temps d’écrire et de composer autant ?

John : Un des luxes que nous devons au fans, et c’est la première fois que ça nous arrive en 20 ans, c’est que nous pouvons recevoir un petit salaire. Ça aide beaucoup. Jusqu’à Avatar country, nous étions tous dans l’obligation de travailler à côté, et c’était difficile parce que nous ne pouvions nous voir qu’une heure par-ci, une heure par-là. Quelqu’un avait un empêchement… Cette fois, nous avons pu bénéficier de temps et dès que nous n’étions plus sur la route, nous nous attelions au travail. Comme nous le faisons depuis toujours au sein d’Avatar, nous voyageons ensemble. Nous avons quelques lieux de rencontre : la famille de notre chanteur a une maison dans la forêt, j’ai une maison dans la forêt, notre guitariste, Jonas, le roi, vit sur une île en dehors de Göteborg. Alors nous y allons ensemble, restons sur place une semaine, isolés dans un endroit où il n’y a rien d’autre à faire que de travailler.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Hunter gatherer pour explique à quelqu’un ce qu’est Avatar aujourd’hui, ce serait laquelle ?

John (il réfléchit) : … A secret door. Je pense qu’elle résume bien l’album. Hunter gatherer explore différentes voix, très dures, très mélodiques, très industrielle, et je crois que A secret door contient tout cela. Bien sûr, je pourrais aussi dire Colossus, qui est le premier extrait. L’une ou l’autre est représentative.

 

Metal-Eyes : Colossus, la vidéo, vient d’être dévoilée au public. Quelles sont les premières réactions ?

John : Je suis en train de suivre en direct et je vois qu’il y a… 6.000 pouces levés, donc j’imagine que c’est positif. Mais je ne lis pas les commentaires. Je ne lis pas les chroniques, je suis une de ces âmes fragiles (rires). Si les gens aiment, tant mieux, mais je ne me plonge pas dans les critiques. Parce que, le pire qui puisse arriver, c’est de lire 100 chroniques qui encensent l’album et une, une seule, donne un avis différent, et ça peut être blessant… Rien que pour cette raison, j’ai décidé d’arrêter de les lire. Je sais, je dois aller voir un psy…

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Avatar pour ce nouveau cycle ?

John : Euh… « Soyez gentils » dans le sens généreux, bons.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : la Suède est aujourd’hui un des plus important pays du metal. On a beaucoup parlé de la scène death metal au début des années 90, maintenant, c’est un des pays qui propose les groupes les plus mainstream et variés avec des groupes comme Sabaton, Amon Amarth, Royal Republic, Ghost, vous et tant d’autres qui développent de vrais spectacles visuels. Comment expliques-tu ce phénomène ?

John (il rit) : J’adore ça ! Nous sommes assis tranquillement et tu parles d’Amon Amarth comme d’un groupe mainstream !

 

Metal-Eyes : En dehors du chant, c’est aujourd’hui plus du metal…

John : Ouais, mais si tu retournes 20 ans en arrière, tu n’en parlerais pas comme ça ! Même aujourd’hui, c’est très rapide, avec des doubles grosses caisses, des growls… Je crois que c’est plus l’époque qui change que la musique. Mais c’est vrai, il y a du spectacle, c’est très visuel. Et j’adore les fans capables de parler d’Amon Amarth, que j’adore, comme d’un groupe « mainstream » (rires).

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à rajouter ?

John : Gardez la tête froide, votre cœur ouvert et vos mains propres ! Nous sommes vraiment très impatients de vous retrouver sur la route, surtout en France. Vraiment, nous adorons la France !

 

Metal-Eyes : C’est pour ça que vous y aviez prévu un concert secret sans doute…

John : Oui, oui, absolument.

 

SABATON live à Paris ( Le Zénith, le 7 février 2020)

Il y a des jours, comme on dit, quand ça veut pas, ça veut pas! J’ai toujours aimé voir Sabaton sur scène car à chaque fois, j’ai assisté à un spectacle différent, toujours joyeux, pro et détendu à la fois. Pour un premier Zénith, ben … les étoiles ne se sont pas alignées. Pourtant, j’avais prévu le coup: une belle marge en voiture, soit 2h30 pour rallier le Zénith de la porte de Pantin depuis Orléans. Et puis voilà que le GPS annonce plus de 3 heures de route. On n’avait pas prévu que c’était le premier jour des congés scolaires à Paris. « Ben ma chérie, on y va en train… on rate le début d’Amaranthe, mais on verra la suite ». Ok. Sauf qu’une fois les billets en main, la guichetière me répond que le dernier train quitte Paris à 22h12! Quoi? Et celui de 22h58? Y’en a plus… A peine le temps de voir une demi-heure de Sabaton et il faut filer??? On tente en voiture? Même pas arrivés au rond point qui mène à l’autoroute, nous voilà dans les embouteillages… Bon, demi tour, je prends le train seul et je passe la nuit à Paname. Résultat, impossible d’arriver pour voir ne serait-ce qu’un bout d’Amaranthe… Mais juste à temps pour récupérer mon pass photo et souffler deux minutes avant que ne débute le set d’Apocalyptica.

Premier constat: la salle est blindée. Si je pensais, après le concert d’Amon Amarth, retrouver ce soir un Zénith en petite configuration, je me trompais. C’est un public massif qui a répondu à l’appel des Suédois, et c’est tant mieux. Second constat: la scène est un champs de bataille. Un vrai, avec sacs de sable et barbelés en devant de scène. Pas pratique pour les photos, mais c’est bien dans l’esprit de Sabaton et, plus encore, de son dernier album en date, The great war.

Reste que Apocalyptica – et Amaranthe – propose son concert avec ce même décor improbable. Reste que le quatuor finlandais est rôdé à l’exercice et les trois violoncellistes savent parfaitement aller chercher le public. Bien sûr, Apocalyptica est là pour présenter son nouvel album, Cell-O, dont il joue 2 extraits (Ashes of the modern world et En route to mayhem) et propose bientôt à Elize Ryd, la chanteuse d’Amaranthe, de les rejoindre le temps d’un Seeman, reprise de Rammstein. « Maintenant qu’on a réussi à la faire venir, on va la garder encore un peu, non? » Approbation du public qui se délecte d’un I don’t care qui vient clore la période « chantée ».

Grace, dernier titre original, précède une fin que le public accueille à bras ouverts, dont un Seek and destroy (besoin de rappeler de qui?) superbe, suivi de Hall of the mountain king, sans  doute moins connu du grand public (il serait temps d’offrir, en France, le succès qu’il mérite à Savatage… On ne refera pas l’histoire non plus). Et que penser de ce final explosif, ce Nothing else matters de vous savez qui aussi, repris en choeur par la foule?

Scéniquement, Apocalyptica se démène, chacun maltraitant son instrument, le traînant de bout en bout de la scène, le soulevant d’une main ou l’observant, à terre, avant de s’en ré-emparer. Apocalyptica démontre à chacune de ses prestations que le metal c’est bien plus que des guitares saturées, c’est un esprit musical entier, et l’on aura plaisir à retrouver les quatre excités en France en tête d’affiche. Les dates seront bientôt annoncées.

Un vaste voile flanqué du logo du groupe vient cacher la scène au regard du public. Les photographes ont reçu pour consigne de se rendre devant le pit à 21h pour un débriefing – en français, svp. Aucune consigne n’est donnée, en revanche, nous avons droit au pourquoi nous sommes répartis en deux groupes et à quelques conseils et infos sur ce qu’il va se passer et à quel moment nous tenir prêts. Et, surtout, le management nous donne toute liberté pour photographier autant que nous le souhaitons, tout au long du concert, rappelant qu’il y a beaucoup de pyrotechnie. Je crois, non, je suis certain, que dans une salle de cette capacité, c’est la première fois que ça m’arrive. Sabaton a, de ce point de vue, tout compris.

C’est un peu en avance sur l’horaire annoncé que retentit In flanders field avant que le rideau ne s’envole laissant le groupe envahir la scène avec Ghost division. La batterie est installée sur un gigantesque char, le fond de scène représente quand à lui une tranchée au dessus de laquelle, on ne peut se tromper, est inscrit le titre du dernier album, The great war. Et ça commence à péter de partout… Des flammes en veux-tu, en voilà, de la pyro et des lights à tomber. Joaquim, Pär et Chris investissent chaque coin et recoin de la scène, Tommy également mais est quelque peu plus discret – ou concentré – tandis que, perché tout là haut sur sa machine de mort, Hannes frappe ses fûts comme un dératé.

Le décor n’est pas tout, le groupe ajoutant divers costumes et accessoires tout au long du show: le chanteur, caché derrière un masque à gaz, vient gazer ceux qui se trouvent sur scène pendant The attack of the dead men, avant de débarquer fièrement, pendant Night witches, armé d’un bazooka dont il se sert contre le char d’assaut.

S’il est un changement notable, c’est que le chanteur, toujours aussi jovial et blagueur, perd moins de temps en discours que les dernières fois où j’ai vu Sabaton. Ce qui ne l’empêche de nous amuser avec ce qui ressemble à l’avant d’un avion – et qui cache un orgue Hammond – en présentant The red baron, dont il assurera le solo aux claviers. Mais avant, il vient taquiner quelques touches pour faire participer le public à cette chanson populaire en Suède, un seul mot, chanté en choeur « quand on a un peu trop bu: I…. kea, Ikea, Ikea… » No comment! Sur le plus lent The last stand, le public tente de lancer un circle pit, qui ne prend pas. L’attention se reporte ainsi assez rapidement vers l’impressionnant spectacle visuel que nous offre Sabaton.

Les classiques défilent à vive allure, et le dernier album est naturellement mis en avant avec pas moins de 6 extraits. Sans surprise, Apocalyptica, qui, deux jours avant la sortie officielle de The great war, avait mis en ligne, à la demande de Sabaton sa version de Fields of Verdun, vient rejoindre les maîtres de cérémonies sur Angels calling et restera là le temps de 6 morceaux, dont les classiques The lion from the north et Carolus rex.

Le groupe salue – déjà? – le public et revient pour un long rappel pendant lequel Joaquim évoque quelque souvenir dont ce premier concert parisien devant à peine… 20 personnes. Le rappel, composé de 4 titres, voit le public finir de se déchaîner et donner du travail aux agents de sécu. Sweedish pagans fini d’achever le travail en proposant un medley de leurs influences (Dio, Maiden, Accept) avant que la fête ne batte le plein sur le dantesque To hell and back.  Ce soir c’est plutôt « To heaven and back », messieurs! C’est simple, Sabaton, qui a toujours mis un point d’honneur à offrir du spectacle visuel, a ce soir donné un des plus grands concerts de sa carrière. On ne peut que les en remercier chaleureusement et leur souhaiter de grimper encore. Superbe soirée!

 

Interview: APOCALYPTICA

Interview Apocalyptica. Rencontre avec Mikko Sirén (batterie). Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra à Paris le 27 novembre 2019

Metal-Eyes : Tout d’abord, comment vas-tu aujourd’hui ?

Miko : Je vais bien, merci. C’est super d’être de retour à Paris.

 

Metal-Eyes : Ça fait un bout de temps, en effet…

Miko : Trop longtemps, oui. J’ai vraiment être ici. A chaque fois que je viens… Les vibrations de cette ville sont vraiment différentes de ce que je peux trouver ailleurs, c’est un endroit unique, j’aime vraiment venir à Paris.

 

Metal-Eyes : Beaucoup de temps s’est également écoulé entre vos deux derniers albums puisque Shadowmaker est paru il y a maintenant cinq ans (il confirme). Qu’avez-vous fait durant ces cinq années ?

Miko (il rit) : Que diable avons-nous fait ? C’est ça le truc, c’est pas notre faute (rires) ! Shadowmaker est sorti il y a environ cinq ans, et on a tourné pour le défendre pendant environ deux ans. Ensuite, nous avons eu l’idée d’organiser une tournée anniversaire pour célébrer les vingt ans de notre premier album, Plays Metallica by four cellos. Au départ, nous ne voulions donner qu’une vingtaine de concerts : dans les plus grandes villes Européennes, quelques dates aux USA, une ou deux en Amérique du sud et en Russie. On a organisé ces concerts en pensant qu’après nous rentrerions en studio pour le nouvel album. Lorsque ces concerts ont été annoncés, nous avons reçu d’autres demandes et ça a continué jusqu’à ce que tout échappe à notre contrôle. Encore et encore… Je ne me plains pas, nous avons adoré donner ces concerts pour ce public demandeur. Mais l’idée de ne donner que vingt concerts s’est transformée et nous avons fini par en donner 230 dans 45 pays !

 

Metal-Eyes : Onze fois plus…

Miko : Exactement, et cette tournée a duré plus de deux ans et demi. Après deux ans à promouvoir Shadowmaker, nous avons pris un mois de congés et avons attaqué directement cette tournée pendant deux ans et demi. Au final, il n’y avait aucune possibilité pour nous de nous retrouver en studio, c’est pour cela qu’il nous a fallu autant de temps. Nous avons dû trouver le temps et avons interdit à notre agent de continuer de booker des dates durant l’hiver dernier. Nous avons eu environs 7 mois off. Nous avions composé deux titres pendant la tournée, et avons consacré 5 mois à la composition et l’enregistrement du reste. Le bon côté des choses, c’est que nous avons pu constater, pendant cette tournée instrumentale, à quel point les gens étaient enthousiastes à l’idée de retrouver Apocalyptica sous cette forme : quatre violoncelles et un batteur. Ça nous a donné l’impression que c’est ce que le public attendait. Je ne veux pas dénigrer les chanteurs avec qui nous avons collaboré, chacun des cinq derniers albums avait un chanteur, mais on s’est dit qu’il était sans doute temps d’apporter quelque chose de spécial à nos fans hardcore, une façon de les remercier. Plus nous y pensions, mieux ça sonnait, et les concerts confirmaient ce sentiment. Tout comme pour la production : nous avons travaillé avec de super producteurs avec qui nous avons beaucoup appris, et nous nous sommes dit que, partant du principe que, si nous retrouvions les bases de ce que nous sommes, alors nous devions tout faire nous-mêmes, dont nous charger de la production. Le meilleur producteur du monde pour réaliser cet album c’est Apocalyptica. Nous ne voulions subir aucune influence extérieure. C’est ainsi que nous avons également produit ce disque nous-mêmes. Bref, une super longue histoire pour expliquer cette attente… Il nous a fallu tout ce temps pour réaliser que, maintenant, en 2020, nous souhaitions sortir un nouvel album instrumental, et nous remercions les fans d’avoir attendu si longtemps.

 

Metal-Eyes : Et retrouver les racines d’Apocalyptica.

Miko : Absolument. Et, encore une fois, nous ne dénigrons aucun des chanteurs, d’autant plus que nous allons de nouveau collaborer avec des chanteurs, sous peu…

 

Metal-Eyes : Tu viens de nous expliquer votre approche toute particulière de la notion de paresse (il rit). Où avez-vous trouvé l’énergie de composer après autant de concerts ?

Miko : Pour moi c’est facile, je crois que cette fois, tout le monde était si enthousiaste de la réponse du public de nous retrouver sous cette forme, et ça nous a apporté cette énergie, cette envie de recomposer. Et quand le besoin, l’envie sont en toi, même si tu es épuisé, l’énergie vient d’elle-même. Également, en donnant ces 230 concerts, nous avons senti le besoin de proposer d’autres choses, même si nous nous sommes vraiment amusés. Mais répéter un show aussi souvent te fait ressentir le besoin, parfois, de nouveauté.

 

Metal-Eyes : Jouer quelque chose qui puisse aussi être un peu plus excitant pour vous.

Miko : Oui, pour un certain temps, en tout cas. Peut être que dans cinq ans nous pourrons redonner des concerts « Metallica », mais pour le moment nous avons besoin de nouveauté.

 

Metal-Eyes : Dans votre récente biographie sur votre site internet, vous écrivez « nous avons abordé l’écriture de Cell-O comme une œuvre artistique à part entière ». Comment avez-vous abordé la composition de cet album ?

Miko : Je crois que chaque fois que nous entrons en studio, nous y allons enrichi, plus expérimentés. Grâce à nos rencontres avec d’autres musiciens, notre expérience scénique, nos expériences précédentes. Cette fois, nous sommes arrivés avec un peu plus de savoir, notamment sur les aspects techniques, comment approcher l’enregistrement. Nous savions que nous avions la capacité à le faire, à nous produire nous-mêmes, et ce fut le plus gros changement. Et Cell-Zero…

 

Metal-Eyes : Ah, c’est donc Cell-Zero et pas Cell-O… Nous allons en reparler.

Miko : Oui, on dit Cell-Zero. Dans notre histoire, nous avons créé une particule qui est la cellule Zéro. Une particule imaginaire, le plus petit atome que tu puisses imagine, invisible, mais qui est dans notre ADN. Indéfinissable… Mais qui est le commencement de tout. Un peu comme un morceau, qui n’est qu’un assemblage de particules infimes, des notes, des mélodies, des breaks, et quand tu les assembles, elles donnent une chanson. L’essence même de la chanson, tu ne peux la créer comme ça, elle vient de ton âme, de ton cœur, c’est la particule initiale, la cellule Zéro. Ceci combiné à tout ce que nous avons constaté au cours de nos voyages… C’est dingue de voir comment les gens pensent environnement, comment les gens se traitent les uns les autres, de constater de quelle manière nous plongeons dans cette sorte de chaos… Ces évènement imprévisibles… Par exemple, il y a dix ans, personne ne pensait que le fascisme allait ressurgir. Tout le monde semblait penser que ça faisait partie de l’histoire, mais en un claquement de doigts, ça revient. En même temps, la Terre hurle sa souffrance, nous dit que nous devons changer nos façons de faire. Nous pensions aussi que cette cellule zéro pouvait être cet élément qui a fait perdre aux gens leur connexion à la planète, aux autres. Nous n’avons plus d’empathie envers autrui, nous préférons nous concentrer sur l’augmentation des profits des entreprises plutôt que sur la manière de nous auto-suffire, de produire en fonction de nos besoins. L’idée de cet album est aussi politique, environnementale. En dehors de la musique et du titre de l’album, que tu comprends maintenant, nous avons voulu donner à chaque morceau un titre explicite, une sorte de portrait. Et, tu ne l’as pas encore vu, mais l’artwork illustre tout cela. Dans le livret, nous avons voulu une illustration spécifique pour chaque morceau. Ces peintures, associés à chaque titre, donnent une vision différente.

 

Metal-Eyes : Il s’agit bien de Cell-Zero, ça n’a donc rien à voir avec le célèbre dessert améericain Jell-O (il explose de rire) ou avec l’intrument, principal du groupe. Cependant, ce titre pourrait également faire penser à une cellule de prison…

Miko : Et ça c’est la partie cool… Nous, en tant que groupe de musiciens, nos seuls outils sont la musique, les titres de chansons et de l’album. C’est tout ce qu’on offre aux gens. Ensuite, à chacun de faire sa propre histoire, d’interpréter comme il le souhaite.

Metal-Eyes : Alors je vais rester avec mon interprétation de Jell-o (rires)

Miko : Oui, reste avec celle-là ! Ce truc gélatineux et translucide ! Souvent, quand on discute avec les gens, c’est beaucoup plus intéressant de savoir quel est ton ressenti plutôt que d’explique ce que nous avons voulu faire. Nous n’avons donné que l’étincelle, ensuite, ça démarre avec les gens.

 

Metal-Eyes : Je vais t’en parler dans un instant, mais avant, comment analyses-tu l’évolution d’Apocalyptica entre vos deux derniers albums, Shadowmaker et Cell-O, en dehors de l’aspect production dont nous avons parlé ?

Miko : Je crois que Shadowmaker représente la fin d’un cycle. Nous avons commencé un cycle très orienté sur le chant, nous voulions enregistrés des titres qui puissent passer en radio, et y sommes parvenus avec succès. Ce que nous avons fait également avec Shadowmaker. Ces quatre albums d’affilés sont comme une entité. Quand nous avons terminé Shadowmaker et sommes entrés dans ce cycle interminable de tournée, nous avons réalisé que ça avait été super cool de faire ces albums, mais que nous devions passer à autre chose. Revenir au côté originel d’Apocalyptica, à savoir du metal progressif instrumental.

 

Metal-Eyes : Selon moi, cet album est très cinématique, il pourrait servir de bande son au cinéma, notamment dans le registre heroic fantasy. Que reste-t-il de metal chez Apocalyptica ?

Miko : Ce qu’il reste de metal ? Je crois qu’Apocalyptica a toujours voulu récolter des iodées de partout dans le monde et les réunir autour d’une table. Le point de départ est simple : des instruments classiques et de la musique metal. Tu combines deux univers. Plus nous aavons avancé dans ce monde de violoncelles, en ajoutant des riffs, du chant…, nous avons ajouté diverses influences, tout en conservant la base : les instruments, et l’attitude. Selon moi, le metal devrait toujours être à 50% basé sur l’attitude. Pas sur le son. Mais après 20 ans, il y a plein de choses sur cette table. Tu peux encore entendre l’influence de Slayer, de tous ces groupes que nous aimons, et cette manière si particulière, unique de jouer du violoncelle. Personne d’autre n’en joue comme ça ! Selon moi, c’est ce qui reste du metal. Je crois aussi que le metal actuel a tant de règles… C’est une musique très conservatrice : pour jouer du metal, il doit y avoir ceci et cela. Et merde, quoi encore ? Le metal doit faire tomber les codes, les barrières, pas en ériger ! J’ai du mal à m’extasier avec le metal actuel, je le trouve ennuyeux, très répétitif…

Metal-Eyes : Il y a tant de groupes, aussi, et les musiciens ont un tel niveau, partout dans le monde…

Miko : Oui, c’est ahurissant ! Mais où est passé le punk, ce qui éveillerait mon intérêt ?

 

Metal-Eyes : Où est la différence ?

Miko : Exactement, la différence… J’ai beaucoup de mal à trouver quelque chose d’excitant dans le metal. Gojira reste exceptionnel, selon moi, ils ont su garder leur style originel, et c’est super. Mais c’est rare…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Cell-O pour expliquer ce qu’est Apocalyptica aujourd’hui, lequel serait-ce ?

Miko : Ce serait Cell-O, le second titre de l’album. Nous avons tous le sentiment que c’est ce titre qui représente le mieux l’album. Il est très long, 11 minutes avec des parties variées, différentes, ça change tout le temps comme un organisme vivant. Eicca a composé ce titre et il voulait faire ressortir tout ce qu’il avait en tête à ce moment-là. J’adore ce morceau qui va du silence au hurlement, de quelque chose de mélodique au thrash le plus brutal et tout ce qui va avec.

 

Metal-Eyes : Vous restez un groupe de rock, vous allez tourner, en Europe vous serez avec Sabaton. A quoi devons nous nous attendre au cours de cette tournée, et prévoyez-vous une tournée en tête d’affiche ?

Miko : La tournée avec Sabaton n’est composée que de 25 concerts, sur les 200 que nous prévoyons. Ce sera une tournée exceptionnelle parce que l’approche de Sabaton est très particulière : ce sont des gens très inspirants, pas seulement parce qu’ils sont Suédois. Ils nous ont contacté en nous disant que ce n’était pas qu’un package avec des groupes qui jouent leur set. Ce qu’ils veulent, c’est que chaque groupe joue avec les autres. Un de nos violoncellistes ira jouer avec eux, la chanteuse d’Amaranthe viendra jouer avec nous, nous irons jouer ensemble avec Sabaton. Nous avons joué Fields of Verdun, de Sabaton, nous allons créer de la musique ensemble au cours de cette tournée, ce sera vraiment un échange… Après ça, nous allons aux USA, tourner avec Lacuna Coil, puis retour en Europe à l’automne, nous ferons la tournée des festivals cet été…

 

Metal-Eyes : Il y aura donc une réelle interactivité entre les groupes… Une dernière chose : quelle pourrait être la devise d’Apocalyptica en 2020 ?

Miko : Oh, mon dieu ! C’est ta dernière question ? Je suis un batteur ! Euh….

 

Metal-Eyes : Oui, mais tu connais la différence entre un batteur et un ingé son ?

Miko : Non…

 

Metal-Eyes : Un batteur sait compter jusqu’à 4, eux s’arrêtent à 2 (ouf, ça le fait marrer)

Miko : Attends, une pour toi : tu sais pourquoi Stevie Wonder ne voit plus ses amis ?

 

Metal-Eyes : En dehors du fait qu’il soit aveugle ?

Miko : Oui… Parce qu’il est marié (rires) ! J’essaie de trouver une porte de sortie… Euh… Une devise ? Ne renonce jamais !

 

Metal-Eyes : Ok ! Le temps est écoulé alors nous allons renoncer à cette interview. Merci pour toutes ces informations, nous te retrouverons le 27 février au Zénith de Paris avec Sabaton, et avant cela, avec le nouvel album qui parait en janvier 2020

Miko : Merci à toi !