TARJA: From spirits and ghosts (Scores for a dark Christmas)

Finlande (E.a.r music, 2017)

Oui, bon, je vous vois venir: vous parler de chants de Noël alors qu’on est en février, quel intérêt? Ben, z’avez remarqué la neige dehors (c’est mieux qu’ailleurs, c’est vrai!) ? C’est celle qu’on n’a pas eu à Noël alors je reviens sur cet album avec la météo… Et comme ça, on aura un peu d’avance pour décembre prochain ^_^. Paru en novembre dernier ce disque nous propose la facette traditionnelle de Tarja. On sait que la chanteuse diversifie ses projets, navigue entre projets metal et lyrique, et propose régulièrement un gala de Noël. Elle revisite ici 12 chansons traditionnelles de cette période occidentale de fêtes en y apportant, comme une marque de fabrique, une touche légèrement gothique. Bien sûr, nombre de ces chansons parleront surtout aux Anglo-saxons, moins aux Français, qui écoutent d’autres choses en fin d’année (Petit papa Noël, par exemple) mais certains titres sont mondialement célébrés, quelle que soit la langue. O tannenbaum (Mon beau sapin), Amazing Grace, O come, o come Emmanuel ou We wish you a merry Christmas se mêlent avec bonheur à d’autres airs de fête. la pureté de la voix de Tarja, de son interprétation et la production claire font que ce From spirits and ghosts apporte un moment de tranquillité et d’apaisement bienvenu. Un disque à écouter pas tous les jours, mais pas seulement à Noël, non plus.

STEVE’N’SEAGULLS live à Paris (Le Cabaret Sauvage, le 23 novembre 2017)

Très peu de monde attend à l’entrée du Cabaret Sauvage ce soir à 18h. Bon, il est un peu tôt mais moins de 50 personnes, ce n’est guère rassurant quand même… Pourtant, la salle finira bien remplie, sinon bondée comme on a pu la voir. Heureusement, car les amateurs de metal et de bonne humeur le savent: les reprises version country énervé de standards du metal par Steve’n’Seagulls font toujours du bien.

Mr Yéyé a pour mission de chauffer la salle, encore vide à 19h30. N’ayant aucune info concernant ce groupe, la surprise sera d’autant meilleure dès les premières notes. Mr Yéyé n’a rien à voir avec les 60’s… Il s’agit d’un quatuor qui mélange allègrement rock, punk, chanson populaire , reggae, le tout avec une extraordinaire énergie scénique. Se prenant parfois pour un GO d’un club de vacances, le chanteur au look de clodo altermondialiste échappé de la ZAD de ND des Landes fait bouger le public dès que possible. Les 4 revêtent un T-Shirt rouge, dont 3 sont flanqués d’une étoile noire. Celui du chanteur, barbu, est, quant à lui, floqué des mots « femme à barbe »… Bonne humeur garantie sur final Wall of death sur Mr Le Clown! Tout un programme et une jolie découverte à revoir.

Les amateurs du groupe de tête d’affiche le savent: Steve’n’Seagulls passe à la moulinette country certains grands standards du metal, du rock et du hard rock. AC/DC, Iron Maiden, Metallica, Led Zeppelin, ils sont nombreux à avoir cet honneur. Sans nouvel album à présenter, il n’est guère étonnant d’avoir une setlist quasi identique à celle du dernier passage français. Mais ce soir, ce sont 3 titres de moins (pas de Wishmaster, ni de Out in the fields, et pas de morceau original, Fill up the tank, de mémoire).

Comme l’an dernier, la troupe est joyeuse, et le chant est partagé principalement entre Remmel et Herman, de nouveau héros de la soirée. Puikkonen se fend d’un joli et rapide solo de batterie sur Aces High et partage également le chant sur The Pretender.

La surprise du soir, c’est cette attendue reprise d’Antisocial, chanté, en français s’il vous plait, par Pukki, le contrebassiste qui profite de l’espace pour se promener avec son imposant instrument. La bonne humeur est de mise, le public réceptif comme il se doit. D’autant plus lorsque Remmel dédie You shock me all night long, l’un des trois morceaux d’AC/DC, à la mémoire de Malcolm Young.

La suite nous plonge dans les 70’s avec Black dog, puis dans les 90’s via November rain. Remmel propose ensuite un morceau de 1983, acoustique et idéal pour un moshpit. Enter Seek and destroy avec un pont rappelant Enter sandman et un final anarchique. Si ça commence à sentir la fin de concert, il reste encore un Thunderstuck d’une effroyable efficacité.

Le groupe quitte la scène quelques instants pour entamer un rappel composé d’un seul morceau, l’indispensable Born to be wild. Si la soirée a été dans l’ensemble d’excellente facture et très joyeuse, et si le plaisir d’écouter ces reprises est toujours réel, la prestation de ce soir pourrait montrer les limites de Steve n Seagulls. Mêmes costumes, mêmeschansons, même prestation: si la formation ne se renouvelle pas, si elle ne parvient pas à surprendre son public pour le renouveler, et malgré la bonne humeur dégagée, on est en droit de se demander combien de temps elle pourra durer. Les limites sont des barrières qu’il faut repousser, alors, Messieurs…

 

Merci à Veyshow et Olivier Garnier d’avoir rendu ce report possible.

BROTHER FIRETRIBE: Sunbound

Hard FM, Finlande (Spinefarm, 2017)

Brother Firetribe, c’est quoi? Formé en 1989 en Finlande, Brother Firetribe est un groupe de hard rock FM/AOR qui publie aujourd’hui son quatrième album studio (False metal en 2006, Heart full of fire en 2008, Diamond in the firepit en 2014 et ce Sunbound en 2017, ainsi qu’un Live at the Appolo en 2010)

Sunbound, ça donne quoi? C’est simple: les 12 titres de ce nouvel album nous renvoient aux meilleures heures du hard FM, de l’AOR au son léché et aux mélodies langoureuses et néanmoins imparables. Ce rock radio friendly qui fit les beaux jours de MTV. On y trouve tout: des références évidentes – l’hommage à Lemmy et Prince sur Indelible heroes, le clin d’ oeil au Eye of the tiger de Survivor avec Taste of a champion, les clichés par légions entières et totalement assumés (Give me tonight, Heart of the master ou Restless heart). La production propre et passe partout évoque autant Bon Jovi que Night Ranger, Winger, Poison ou Europe (cf. la ballade sirupeuse Shock), et le groupe met aussi en avant les cordes et les orchestrations qu’il aime ( Phantasmagoria). Brother Firetribe voit les choses en grand format et atteint parfaitement son objectif avec Sunbound , celui de remettre au gout du jour, avec brio et élégance, un genre loin d’être has been.

A noter : Brother Firetribe sera à La Maroquinerie de Paris pour une de ses trop rares apparitions françaises le 19 octobre 2017!

WOLFHEART: Tyhjyys

wolfheart 2017Death mélodique, Finlande (Spinefarm, 2017)

Douceur, passe ton chemin! Fais place au courroux et la rage, que la terre dégorge du sang d’innocentes victimes et que celui des coupables soit à jamais visible ! Oui, ok, ça fait un peu heroic fantasy, Seigneurs des anneaux, Game of thrones et tutti quanti, mais c’est un peu ce que je ressent à l’écoute de ce nouvel album des Finlandais de Wolfheart, un album au titre… euh, pas imprononçable, mais incompréhensible. Bien, alors une petite recherche nous indique que Tyhjyys est le terme finnois pour exprimer la notion de vide. Et il n’y en a pas beaucoup, ici, du vide, tant cet album est un condensé de rage. Après un calme et acoustique Shores of the lake Simpele, auquel il ne maque qu’un accompagnement de « mmmmh mmhhh mmmmmmmhhhh » pour  que ce blues se transforme en sublime complainte, le grondement de la bataille résonne et s’approche. Déjà, Wolfheart nous entraîne en pleine nature et, c’est la grande force de cet album, au gré de la musique, les paysages prennent corps. Wolfheart crée une musique résolument cinématographique. Et comme tout bon film, il y a un rythme: après le calme vient la tempête, la violence de la bataille, avant le retour au calme à la suite de la victoire. Dès Boneyard, la musique se fait rugueuse et sanglante, la voix gutturale et agressive. Etrangement, l’ensemble m’évoque… Justement, c’est ici la faiblesse de ce disque que de trop se rapprocher de l’esprit d’un Amon Amarth quasi omni présent sans parvenir à atteindre le niveau des vikings. Reste que, avec Tyhjyys, Wolfheart nous offre un voyage épique et très wagnerien, un album puissant et varié qui nous entraîne dans son sillage.

Note 7,5/10

EMBER FALLS: Welcome to Ember Falls

EmberFalls 2017Finlande, Metal (Spinefarm, 2017)

Formé en 2015 en Finlande, Ember Falls se distingue par son metal résolument moderne et pourtant… Partout on trouve des traces d’influences puisées au cœur des 80’s (l’utilisation parfois excessives du vibrato donnant des guitares à l’esprit sleaze), 90’s par la rage et plus contemporaines (Five Finger Death Punch n’est jamais très loin). On remarquera l’excellence de la production de ce premier album  au titre évoquant un film noir – Welcome to Ember Falls – moderne, gourmande, mettant en avant un ensemble uni. Le chant partagé entre le guitariste Calu et Thomas Grove est efficace, mené par des compositions qui, pour ambitieuses qu’elles soient, ne souffrent que de ces comparaison trop évidentes avec les illustres influences de ces jeunes musiciens. Il ne fait aucun doute que Ember Falls parviendra très bientôt à trouver sa place et étendre son envergure avec autant d’envie et de créativité. Europe nous voici? Le monde aura les yeux rivés sur ce nouveau point du globe qu’est Ember Falls qui me fait penser à un mélange cinématographique entre Bienvenue à Gattaca et Hunger games

Note: 8/10

Sortie le 17 février 2017

RANGER: Speed and violence

ranger-2016Speed metal, Finlande (Spinefarm, 2016)

Les speedeux/thrashers finlandais de Ranger sont tombés dans la marmite du speed metal naissant des années 80. Speed & violence, leur second album en est la preuve par 9. De l’illustration de la pochette qui rappelle celle du Heavy metal maniac des Canadiens d’Exciter au contenu musical, on peut se demander si cet album n’est pas, en réalité, une trouvaille de fonds de tiroirs, au bon sens de l’expressiondu terme. Les 9 titres qui suivent l’intro sont taillés dans le moule du speed metal allemand et du thrash américain d’il y a 30 ans : rapide, agressif, fait de sang et de sueur, sans compassion ni compromis. tout ici parraitvolontairement « cliché ». Même la production sonne d’époque, ce qui peut soit être considéré comme nostalgique ou, au contraire – ce qui semble être le cas – totalement et volontairement minimaliste. Les textes sont empreints de cet esprit « satanique » (Demon wind, Satanic panic, Evil barrier) ou sanglants et guerriers (Speed & violence, Without warning, Lethal force, Night slasher, Shock troops, Last breath) qui fit tant couler d’encre. Après une grosse vague de groupes typés 70’s, Ranger marque-t-il le retour (encore) d’un esprit 80’s, décennie extraordinaire d’exploration et d’anticonformisme musical ?  Si l’énergie et l’envie sont bien présents, on a malheureusement l’impression d’avoir déjà tout entendu. Pour se démarquer, Ranger doit trouver son originalité, ce qui, tout en restant ancré dans ses influences 80’s, lui forgera une identité propre. Speed & violence reste cependant un album à découvrir et Ranger un groupe à suivre.

Note : 7/10

Titre que je retiens : Night slasher

STEVE ‘N’ SEAGULLS: Brothers in farm

steve-n-seagulls-brothers-in-farmsCountry, Finlande (Spinefarm, 2016)

Ok, ok, voici un groupe qui commence à vraiment faire parler de lui, et tant mieux. Steve ‘n’ Seagulls, jouant – mais ça, personne ne l’avait remarqué! – sur le nom de l’acteur Steven Seagall, fait résolument partie de ces formations à part. Les Finlandais, dont Metal Eyes vous a proposé récemment une interview,  se sont en effet spécialisés dans les reprises de standards du metal. Oui, et? Et, simplement, ils les transforment à la sauce country/bluegrass. Tant qu’à faire des reprises, autant les réinterpréter plutôt que d’en refaire un copie, non? Brothers in farm propose une véritable palette de genres, du rock de Steppenwolf (Born to be wild) au metal symphonique de Nightwish (Wishmaster) en passant par Iron Maiden (Aces high, objet d’une video champêtre), Megadeth (Symphony of destruction), Metallica (Sad but true) et tant d’autres. Chaque titre, de Burn (Deep Purple) à Out in the fields (Gary Moore et Phil Lynott) fait l’objet d’une attention particulière, d’un traitement unique à base de banjo, contrebasse, percussion… et malgré ce lifting général, chaque titre est immédiatement reconnaissable. Ca fait mouche, simplement une question se pose: combien de temps cette formule peut-elle fonctionner? Car une fois la surprise passée, le public risque d’attendre autre chose. Pour l’instant,cependant, on se délecte de chaque instant de ce disque à part et pourtant si familier…

Interview: STEVE ‘N’ SEAGULLS

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Rencontre avec Remmel (chant, mandoline, guitare acoustique, balalaïka) et Pukki (contrebasse, basse, chant) (STENE’N’SEAGULLS). Propos recueillis à Paris, le 20 septembre 2016

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Ils jouent sur les ambiances, reprennent des classiques du Metal sur 4 décennies, s’amusent d’un rien. Même leur nom est un clin d’oeil à un des plus grands acteurs de tous les temps (euh, j’exagère peut-être, là, non? Beaucoup!) Deux des principaux acteurs de Steve’N’Seagulls étant à Paris pour promouvoir leur dernier album, Metal Eyes se devait d’être sur place. Interview décontractée avec nos fermiers finlandais préférés.

Rencontre avec Remmel (chant, mandoline, guitare acoustique, balalaïka) et Pukki (contrebasse, basse, chant) (STENE’N’SEAGULLS). Propos recueillis à Paris, le 20 septembre 2016

 

Metal-Eyes : C’est notre première rencontre alors commençons par la question traditionnelle : comment avez-vous monté Steve’n’Seagulls ?

Remmel : J’ai rejoint le groupe il y a 3 ans, mais il a été formé en 2010. C’était une sorte de projet annexe et (à Pukki) vous deviez donner, quoi ? 20 concerts ?

Pukki : Environ, oui. C’était une sorte de « tournée conceptuelle » : on jouait dans une chaine de restaurants chez nous, en Finlande. Ils nous ont demandé de jouer chez eux, et nous avons dû jouer dans… Tous les restaurants de cette chaine ! On s’est vraiment amusés à le faire.

Metal-Eyes : Aviez-vous déjà élaboré le concept de Steve’n’Seagulls ou ce groupe était-il complètement différent ?

Pukki : C’était les bases du concept, mais différemment : c’était bien plus mainstream que ce que nous sommes devenus. On travaillait sur des musiques de westerns, et il y avait des guitares électriques et ce genre de choses. Avec le temps, on a développé des idées, petit à petit, et lorsqu’il (Remmel) est arrivé, nous avons décidé qu’il était sans doute temps de modifier tout le concept, de nous orienter vers du bluegrass et nous concentrer sur cet aspect. À l’époque, ce n’était encore qu’un projet annexe, et ça n’a débuté qu’à l’été 2014. C’est à cette époque que nous avons tourné les vidéos de The  Trooper et Thunderstuck. C’est là que tout a commencé pour nous.

Metal-Eyes : Oui, avec quelques centaines de vues (ces videos ont été visionnées plusieurs millions de fois)

Pukki : Oui (rires)

Metal-Eyes : Comment avez-vous décidé de ce concept, de vous débarrasser des guitares électriques et vous orienter vers le bluegrass, la country et ce  genre de musiques?

Remmel : Ca s’est fait assez naturellement. Il y avait déjà une basse acoustique, une mandoline, un accordéon. On a décidé de nous en tenir aux instruments acoustiques et voir jusqu’où nous pouvions aller, avec ce type d’instruments.

Pukki : En plus, nous travaillions à cette époque sur des vidéos qui, au départ, n’étaient destinées qu’à la promotion, afin de démarcher les agents. Nous avons opté pour une instrumentation acoustique uniquement pour l’enregistrement. C’est plus intime, il n’y a rien d’électrique, plus de guitare, plus de claviers sur ces vidéos. Elles sont 100% naturelles.

Metal-Eyes : Quel est votre parcours musical, votre formation ?

Remmel : En ce qui me concerne, ma formation est assez légère : un peu de guitare classique, quelques cours de guitare quand j’étais adolescent. Je me suis intéressé à la musique assez jeune, à travers les disques de mon père, de sa guitare. Avec mon premier groupe, quand j’avais 13 ans, on jouait du heavy metal,  ce genre de chose. J’étais vraiment un metalhead à 13, 14, 15 ans… Ensuite, j’ai commencé à chanter, en réalité, accidentellement : mes amis sont venus me demander si je voulais chanter dans un groupe, une histoire banale. Plus tard, je me suis installé dans une petite ville au centre de la Finlande, et je me suis mis à la basse, un peu de batterie, mais au final, c’est la guitare qui s’est imposée. Ce qui semblait le plus être mon instrument.

Pukki : C’est à peu près pareil pour moi : je fouillais dans les disques de ma mère, j’ai pris des cours de piano entre 7 et 9 ans, mais je n’ai pas accroché. Je me suis mis à la basse et ensuite, ça a été groupe sur groupe, et encore des groupes. J’ai commencé à avoir une éducation musicale plus formelle en devenant musicien professionnel. J’ai étudié dans le même conservatoire que notre joueur de banjo et notre batteur, nous étions dans la même classe. J’ai changé assez facilement, vers 22 ans, assez tardivement si l’on considère que les musiciens classiques débutent leur formation très jeunes… J’ai une formation, mais ce n’est que sur papier.

Metal-Eyes : Selon vous, qu’est-ce qui fait que la Finlande donne aussi facilement naissance à des groupes comme le votre ou Apocalyptica qui reprennent de standards et les transforment en quelque chose de totalement différent ?

Pukki : J’adorerai pouvoir te dire que notre passé et principalement marqué par l’amélioration de hits de merde. Mais en Finlande, après les guerres, il n’y avait que peu de compositeurs, il n’y avait pas de grosse industrie musicale. Les compositeurs créaient surtout des tangos et ce genre de choses…

Metal-Eyes : ça  revient à ma question suivante : serait-il possible que la Finlande n’ait pas de créateurs suffisamment doués pour composer des titres originaux ? (NdMP : pas très cool, dans la mesure où il y a quand même des formations originales qui se sont bien démarquées, ne serait-ce que Nightwish, mais ils ne semblent pas avoir relevé la provocation…)

Pukki : (rires) Ca pourrait être ça ! En réalité, je compose avec mon autre projet , mais c’est quelque chose qui ne pourrait jamais aller aussi loin que Steve’n’Seagulls, c’est plus classique. Je ne sais pas en fait, sans doute cet amour pour le metal, une musique avec laquelle nous avons grandi.

Metal-Eyes : Votre album s’intitule Brothers in farms, et je suis surpris de ne pas y trouver une reprise du Brothers in arms de Dire Straits. Quelle en est la raison ?

Pukki : Il n’y a pas de raison réelle. Ou plutôt, si, il y en a une, mais elle ne serait pas valable…

Metal-Eyes : J’imagine que vous pensez déjà à composer un album original ?

Remmel : Non, pas vraiment. Déjà, nous allons soutenir celui-ci en tournant un an environ, ensuite, nous verrons pour le prochain album, nous verrons si nous pouvons composer des morceaux assez bons pour les y inclure. Mais on n’a pas envie de précipiter les choses. Nous continuerons de faire ce qui nous semble naturel, et voir ce qu’il en résultera. Ce sera toujours une compilation de bonnes chansons, comme pour celui-ci, tout semble s’imbriquer parfaitement.

Metal-Eyes : Comment sélectionnez-vous les chansons qui figurent sur l’album, ou sur vos setlists ? Il y a une jolie variété sur l’album, entre le hard rock et le heavy classiques et des choses plus modernes, thrash…

Pukki : Pour l’album, nous voulions cette variété, pas seulement les morceaux les plus durs. À l’avenir, nous élargirons sans doute nos horizons, mais l’esprit est là : des chansons que nous apprécions. Je pense que tous les morceaux que nous avons enregistrés pour des démos et envoyés aux producteurs et aux labels se retrouvent sur l’album.

Remmel : Ce qui ne signifie pas que nous n’avons rien écarté. Nous avons surtout mis de côté des titres qui n’étaient que des ébauches, de titres originaux ou de reprises, des démos sans arrangements, brutes, ce qui nous permet d’avoir une petite réserve.

Metal-Eyes : A un moment, pourtant, vous avez dû décider que Aces High, Burn et le reste se retrouveraient sur l’album.

Remmel : Je pense en fait que ces morceaux fonctionnent bien. Le process est généralement identique : nous remarquerons assez rapidement que ceci ne nous correspond pas, que nous nous forçons, nous allons dans la mauvaise direction. Pour ces chansons, l’idée de base nous est apparue assez rapidement.

Pukki : Généralement, ce que nous faisons, c’est choisir un morceau, nous réunir, et enregistrer nos répétitions. 9a devient assez évident, très tôt, de quelles chansons survivront, ou quelles sont celles que nous oublions, ou mettons de côté temporairement. Toutes celles-ci, je crois, ont été enregistrées en répétitions. Instinctivement, on a su que ça fonctionnait.

Metal-Eyes : Certains d’entre vous ont-ils des envies particulières , « je voudrais bien faire ça » ?

Pukki : C’est exactement ça.

Metal-Eyes : Donc, vous la travaillez et constatez le résultat.

Remmel : Oui, c’est plus : « tiens, je pense à ça, qu’en dis-tu ? – Oui, essayons ». Si ça fonctionne, on garde.

Metal-Eyes : Les chansons de Brothers in farms sont des standards du metal. Comment comptez-vous fidéliser votre public fan de metal à l’avenir ? La première fois, c’est une surprise, mais la seconde, la troisième fois, ce n’est plus le cas…

Remmel : Je pense que pour cela, nous devons tourner le plus possible. La scène est ce qui nous correspond le plus…

Pukki : Oui, en effet. Les albums sont bons, les vidéos aussi, mais donner des concerts, c’est ce qui fait de ce groupe ce que nous sommes.

Remmel : Nous avons des exigences importantes dans ce groupe, en ce qui concerne ce que nous laissons filtrer comme info. Je pense que si nous continuons de faire ce qui nous est naturel, ça fonctionnera.

Pukki : Je le pense aussi, mais tu as raison  sur la part de surprise qui peut disparaitre. Mais elle a déjà, d’une certaine manière, disparue.

Metal-Eyes : Les gens continuent de vous découvrir…

Pukki : Oui, c’est certain, surtout dans quelques pays.

Metal-Eyes : Puisque nous parlons de surprises et de concerts : Rob Halford monte sur scène, comme vous le savez, sur une moto pour Hell bent for leather. Pensez-vous reprendre ce titre et monter sur scène sur un tracteur ?

Remmel : S’il y a un tracteur disponible, oui (rires)

Pukki : Et si la scène est assez grande… Un tracteur est bien plus lourd qu’une moto (rires). Nous sommes montés avec une tondeuse, cependant, en Finlande. En Slovénie, on est arrivés sur un tracteur…

Metal-Eyes : Dons ce n’est pas idiot, ça pourrait se faire en fonction de la scène ?

Pukki : Oui, parfois…

Metal-Eyes : Y a-t-il des chansons que vous envisagez déjà de retravailler à l’avenir ?

Pukki : oui, mais nous ne pouvons rien dire… Il pourrait y avoir une chanson de Judas Priest, puisque nous évoquons Rob Halford.

Remmel : Nous devrons, à un moment, faire du Judas Priest… Nous avons des idées, et avons déjà des esquisses de morceaux originaux. Nous essayons de travailler le plus possible, même si nous sommes sur les routes la majeure partie du temps.

Metal-Eyes : Et y a-t-il des chansons que vous savez, au contraire, ne pourraient entrer dans le concept ? Vous avez essayé, mais à ce stade, elles ne fonctionnent pas ?

Remmel : oui, il y en a… Kiss parait très difficile. Ça ne fonctionne tout simplement pas…

Pukki : Ca semble difficile de les faire sonner comme notre truc.

Remmel : Sans doute parce qu’aucun de nous ne s’est vraiment investit dans Kiss avant. On n’aime pas Kiss en particulier… Nous nous sommes penchés sur Paname, de Van Halen et ça n’a pas marché… (à Pukki) Je crois que nous devrions nous repencher dessus.

Pukki : Oui, je pense qu’elle nécessite un peu plus de travail.

Metal-Eyes : Vous allez bientôt tourner en France, une grosse tournée de 12 dates. Devons-nous attendre en France des choses particulières ?

Pukki : En France? Il pourrait y avoir, à un certain niveau, quelque chose de particulier, mais il est encore un peu tôt pour en parler.

Metal-Eyes : Vous travaillez toujours dessus?

Remmel : Oui, mais nous pouvons promettre beaucoup d’énergie et des choses… trop rapides pour nos doigts (rires)!

Metal-Eyes : Justement, y a-t-il des chansons trop rapides, trop techniques pour vos doigts ?

Remmel : Certaines donnent parfois cette impression !

Metal-Eyes : Quelle a été la chanson la plus compliquée à travailler?

Remmel : Out in the fields (Gary Moore et Phil Lynott) a été assez compliquée. Très dure pour les poignets.

Pukki : Oui, et ça semble avoir été le cas pour tous les instruments à cordes! Ultra rapide.

Remmel : Il y a certaines parties de Sad but true (Metallica) assez complexes, surtout pour la mandoline.

Pukki : Pour les deux mandolines, oui. Ça a été assez facile pour moi car c’est une basse basique…

Metal-Eyes : Quelle chanson de Brothers in farms  conseilleriez-vous à quelqu’un qui veut découvrir le groupe et qui,selon vous, représente le mieux ce qu’est Steve’n’Seagulls ?

Pukki : Oh, c’est difficile!

Remmel : Si on veut donner l’idée d’un groupe qui utilise de nombreux instrument, ce serait You could be mine, pour le côté mélodique… Symphony of destruction… Je placerai You could be mine, parce qu’il y a beaucoup d’énergie, de nombreux instruments… Oui, ce serait un bel exemple.

Pukki : De l’accordéon… Je te rejoins !

Metal-Eyes : Merci beaucoup à tous les deux. Profitez bien de cette tournée promo et surtout, profitez bien de la tournée qui arrive.

Pukki : Ce sera le cas ! Merci à toi.

 

 

TARJA: The shadow self

shadow-self-tarja 2016Metal, Finlande (E.a.r music, 2016)

Après un remarquable Colours in the dark et sa couverture flamboyante, Tarja revient avec The shadow self, album au visuel sobre, uniquement composé d’ombres et de lumières. Question: le contenu musical est-il aussi contrasté? Dès la première écoute, une chose semble évidente: Tarja, si l’on reconnait son style aisément, n’aime pas se répéter. Elle apprécie d’entraîner l’auditeur en terrain à la fois familier et partir en explorer d’autres. Innocence, parfait titre pour débuter ses prochains concerts, a des relents pop, la voix de la belle étant mise en lumière par les claviers et des chœurs légers. Le break, divagation pour piano solo, est suivi d’une reprise musicale évoquant une BO de film. Cette impression revient régulièrement (Supremacy, The living end ou Undertaker), mais Tarja sait aussi surprendre et prendre le risque de dérouter, comme avec Demons in you, qui débute avec une guitare très funky avant de devenir grosse et monstrueuse. Le chant plus pop que lyrique rencontre même ici son double démoniaque puisque des growls malsains viennent gêner la pureté du chant de la belle. Cet album est plein de surprises et nombre de titres de The shadowself semblent être le pendant de chansons figurant sur Colours in the dark: Demons in you évoque Victim of ritual, Supremacy rappelle les airs James Bondien de Deliverance, tandis que Diva pourrait être la suite de 500 letters et Falling from the wild a la sauvagerie et la rugosité de Never enough. Chacun de ces titres développe cependant une personnalité qui le rend unique. Tarja se fait aussi personnelle comme sur le très rock No bitter end, véritable appel au pardon (« Il y a une route pour chacun, car tous les cœurs peuvent pardonner ce qui a été fait, un vœu pieux, pour changer ») ou se fait règlement de compte, et c’est une évidence avec Diva (« On peut en rire maintenant, je me moque de poignards brûlants, de ceux qui me maudissent, me façonnent. Les lames se retournent contre vous »). Tarja pourrait se reposer sur ses acquis, sur ce que son public aime, mais non, elle réussit encore à surprendre, étonner et varier les plaisir. On ne peut pas dire que ses albums se suivent et se ressemblent, non, et The shadow self est là pour le démontrer. Un album aboutit, varié qui offre une belle palette musicale. En deux mots: une réussite.

Note: 9/10

Titre que je retiens: No bitter end