Interview: BLIND CHANNEL

Une quinzaine d’années après la victoire d’un groupe monstrueux, la Finlande envoie une nouvelle salve métallique la représenter sur les planches de l’Eurovision. En arrivant 6ème, Blind Channel s’est joliment fait remarquer et a pu avancer de très belle manière ses pions sur l’échiquier mondial. C’est donc avec un réel plaisir que Metal Eyes a pu s’entretenir avec Niko, un des deux chanteurs au cours d’une interview plus que sympathique. Une très jolie découverte!

Interview BLIND CHANNEL : entretien avec Niko (chant). Propos recueillis par Skype le 10 juin 2021

Metal-Eyes : Niko, tout d’abord, Blind Channel, c’est quoi ?

Niko : Blind Channel est un groupe de metal qui a vu le jour en Finlande en 2013. Nous décrivons notre musique comme de la pop violente (« Violent pop »)

 

Metal-Eyes : Ce qui est le titre de votre dernier album…

Niko : Oui, c’est son titre.

 

Metal-Eyes : Vous vous êtes donc formés en 2013… Comment décrirais-tu votre musique à quelqu’un qui ne connais pas le groupe, au-delà de simplement Violent Pop ?

Niko : C’est là qu’est justement née l’idée de pop violente : nous avions plusieurs démos de prêtes que nous devions envoyer à des radios locales. « Nu metal » nous paraissait trop ancien, démodé, « rock alternatif » nous semble être la manière la plus ennuyeuse de décrire ta musique, tu ne sais pas quoi en dire… Nous voulions quelque chose de court et catchy. C’est alors que j’ai suggéré cette idée de Violent pop, ce qui est le moyen le plus court de nous décrire. C’est du rock direct avec une touche mainstream. Nous sommes clairement un groupe de rock, mais nous aimons tout ce qui est mainstream : nous adorons la pop, le rock, le rap, le hip hop, l’électro. Si nous aimons une chanson à la radio, nous avons envie de faire la même chose en y apportant une touche de rock. Nous sommes un groupe de 6 musiciens, chacun apporte sa touche, nous mélangeons tout et nous voyons ce qui en ressort. Voilà ce qu’est la pop violent.

 

Metal-Eyes : Violent pop est sorti en 2020, c’est votre troisième album. Avant, vous avez publié Revolutions en 2016, trois ans après la formation du groupe, puis Blood brothers en 2018. C’est un bon rythme que de sortir un album tous les deux ans ?

Niko : Oui, c’est bien.

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution de Blind Channel entre Blood brothers et Violent pop ?

Niko : Notre premier album, Revolutions, c’était la découverte, la première fois que nous enregistrions un disque. Tu peux entendre que c’est assez sauvage, sans retenue… Il y a certaines de mes chansons préférées, et on entend bien l’orientation musicale. Blood brothers, nous avions un peu plus d’expérience. Les paroles étaient plus personnelles, plus osées. Après cet album, nous avons écrit beaucoup de chansons et avions le sentiment que ce concept de pop violente avait atteint ce que nous recherchions. Nous avons donc appelé cet album ainsi, et si quelqu’un nous demande « mais c’est quoi cette idée de pop violente », on peut lui tendre l’album et lui dire d’écouter.

 

Metal-Eyes : Donc, l’évolution entre les deux derniers albums, c’est la réelle définition de votre identité musicale de pop violent.

Niko : Oui, définitivement. Et, aussi, nous étions assez jeunes lorsque nous avons enregistré les deux premiers albums, et entre Blood brothers et Violent pop, il s’est passé beaucoup de choses, nous avons eu des moments sombres. Nous avions la vingtaine, et il se passe de choses pas toujours drôles à cet âge. J’écris les paroles, et j’ai abordé des choses très personnelles. Je vivais des moments sombres, et c’est là que j’ai pu composer. « Putain, ouais, c’est Violent pop tout ça ! » Nous voulions écrire de chansons vraiment catchy… Beaucoup de choses nous sont arrivées depuis…

 

Metal-Eyes : Nous ne vous connaissons pas vraiment en France (il confirme). Comment vous êtes-vous rencontrés et réunis, tous les 6 ?

Niko : Nous fréquentions la même école de musique dans le nord de la Finlande. Je savais qui était ces gars, mais je ne les fréquentais pas. C’était des rockers, moi, un rappeur. Les gars jouaient dans des groupes, tournaient dans des bars en Finlande, leurs groupes se sont séparés… Ils voulaient former un nouveau groupe. Et il y a eu cette fête où nous étions tous, ils m’ont dit monter un groupe mais ne voulaient pas être un simple groupe de rock. Ils voulaient faire quelque chose de frais, neuf. Ils savaient que j’évoluais dans le rap et ont pensé que je pouvais apporter quelque chose de neuf. Je me suis dit : « pourquoi pas ? », on s’est retrouvé au local de répétition et là, tout s’est mis en place tout seul. C’était génial, ça sonnait nouveau. Nous avons commencé à composer. Alexis, le dernier arrivé, le 6ème membre, est un de nos vieux amis qui a une réputation en tant que DJ ici, en Finlande. Il est assez connu. Il est tombé amoureux de notre musique et, il y a environ un an, il nous a dit : « de toutes façons, je suis coincé ici, pourquoi ne pas m’intégrer au groupe ? » Il est officiellement le sixième membre et nous avons enfin le sentiment que Blind Channel est au complet.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Violent pop pour expliquer à quelqu’un ce qu’est votre musique, laquelle serait-ce ?

Niko : De Violent pop ? Sans hésiter, ce serait Over my dead body. C’était le premier single, et une des premières chansons que nous avons composées pour cet album et celle qui nous a permis de nous faire un nom.

 

Metal-Eyes : Es-tu fatigué de parler du concours Eurovision ou pas encore ?

Niko : Eh bien… (il agite la main et rigole). Allez, on peut parler de l’Eurovision si tu le souhaites.

 

Metal-Eyes : Certains vous ont découverts lors de votre passage à l’Eurovision. Comment un groupe comme Blind Channel se retrouve-t-il impliqué dans un tel concours ?

Niko : Ben, on ne savait pas quoi faire d’autre (rire général). Nous avons sorti Violent pop, avions une grosse tournée européenne prévue et, soudain, tout a été annulé…Nous savons tous pourquoi. Nous étions dans notre local et nous nous sommes dit que nous avions construit quelque chose pendant 7 ans, et n’avions aucune envie d’attendre. Notre guitariste nous a dit : « les gars… On devrait aller à l’Eurovision ». La plupart d’entre nous lui a dit que nous sommes un groupe de rock, que nous n’avons rien à faire là-bas…et on a commencé à y réfléchir : « et pourquoi pas, ça pourrait être top ! » Nous connaissions l’Eurovision, mais aucun de nous ne l’avait jamais regardé. Il fallait que nous y allions pour savoir ce que c’était. Et c’était une super fête, une des plus belles expériences de ma vie ! Je pourrais en parler quand je serai un vieil homme. Et ça a propulsé notre carrière : maintenant, l’Europe entière connait Blind Channel. Même si nous étions sceptiques au départ, je crois que c’est la meilleure chose qui pouvait nous arriver cette année.

 

Metal-Eyes : Je peux l’imaginer. Te rends-tu compte que depuis la création de l’Eurovision en 1961, la Finlande a presque toujours été représentée mais que seuls 12 groupes ou artistes ont fini dans les 10 premiers du classement. Parmi eux, seuls 2 viennent du rock/metal : vous cette année et Lordi qui est arrivé premier en 2006. Tu crois que le concours Eurovision devrait plus se tourner vers le rock que la variété ?

Niko : Absolument, regarde qui a gagé : Maneskin, un groupe rock. C’est la meilleure chose qui puisse arriver : qu’un groupe de rock gagne ce concours, et que nous soyons parmi les 10 premiers ! Les gens ont besoin de rock ! Ce n’est pas que le rock, peu importe le genre : une bonne chanson est une bonne chanson, que ce soit du jazz, de la musique classique, de l’électro… C’est avant tout un concours de pop, avec de bonnes chansons. Mais s’il y avait un spectre plus large, une plus grande représentativité des genres… Une chanson pop et une autre et une autre encore… ça devient vite lassant. Tu ne peux pas regarder ça pendant deux heures !

 

Metal-Eyes : En 2006, lorsque Lordi est rentré en Finlande, ils ont été accueillis en héros. Comment s’est passé votre retour ?

Niko : C’était très cool… un peu comme des héros aussi, bien que nous ne soyons partis que 48 heures. Mais nous étions saouls de fatigue ! A part cela, je crois que les gens étaient très contents de notre position. Un moment historique pour la Finlande qui n’a pas tant de top 10 que ça. Les gens étaient sceptiques au départ « ces gars ne vont jamais y arriver, l’Eurovision n’est pas faite pour ce genre de groupe… » ! On était content de pouvoir leur prouver le contraire. Oui, l’accueil a été assez héroïque, mais je ne m’en souviens pas tant que ça. C’était fun !

 

Metal-Eyes : Vous êtes arrivés 6èmes. Il y a 6 membres dans le groupe. Que ce serait-il passé si tu t’étais débarrassé des 5 autres membres ?

Niko : Oh, mon dieu, je n’y avais pas pensé sous cet angle… Merde, je sais que j’aurais dû le faire en solo (rires) !

 

Metal-Eyes : Le concours Eurovision a permis à Blind Channel de grossir et de toucher un plus vaste public à travers les stations de streaming ou les ventes en lignes. Comment allez-vous gérer votre image à l’issue de ce concours ?

Niko : Eh, bien… nous allons proposer de la nouvelle musique, et surtout un nouvel album. Pendant l’Eurovision, nous avons signé un gros contrat de disque, alors nous devons enregistrer un super album qui sortira l’année prochaine. Nous n’allons pas nous arrêter là. Comme je l’ai dit, l’Eurovision n’a jamais été un rêve, mais ça représente une étape dans notre carrière, un peu décalée, mais nous n’avions rien d’autre à faire. Maintenant, nous sommes vraiment reconnaissants envers tout ce que l’Eurovision a pu nous apporter, nous avons plus de followers, de fans. Mais le travail continue, notre rêve était de tourner à travers le monde avec notre musique. C’est toujours notre but. L’Eurovision fait que les attentes du public sont importantes, et c’est une bonne chose, on a faim, et on va prouver aux gens ce dont nous sommes capables !

 

Metal-Eyes : Tu disais que tout avait été annulé en 2020 alors que vous aviez une grosse tournée prévue. Où deviez-vous vous produire ?

Niko : Nous devions jouer partout en Europe. Nous étions en pleine tournée qui a commencée en janvier. Nous étions en train de tourner quand nous avons commencé à entendre parler de ce truc, « le coronavirus ». On se demandait « Mais de quoi ils parlent ? » et alors que nous faisions route vers la Finlande, il semble que toutes les frontières fermaient les unes après les autres juste derrière nous ! Là, nous avons pris conscience que ce coronavirus était réel. On pensait que ça n’arriverait jamais en Finlande, non, c’est trop loin la Finlande (rires). Nous nous préparions à la sortie de l’album avec un gros concert en tête d’affiche quand nous avons reçu cet appel nous annonçant que ce concert était annulé… On s’est sentis vraiment mal… Nous recommençons à prévoir de tourner, doucement.

 

Metal-Eyes : Tu nous a dit que tu viens du rap, mais quelles sont tes influences en matière de rock ?

Niko : Linkin Park, c’est le point commun à tous les membres du groupe. Notre amour pour Linkin Park est ce qui nous a réunis à cette fête. Je n’aimais pas les mecs qui écoutent du rock, ils n’aimaient pas les mes qui écoutent du rap et un jour, quelqu’un nous a conseillé d’couter Linkin Park. Ça nous a tous mis d’accord ! Maintenant, j’aime beaucoup Bring Me The Horizon, ils sont extra. Sur la scène pop, j’aime beaucoup Pauls Malone (ndMP : pas sûr de l’orthographe…), j’aime beaucoup depuis quelques années. Il ne fait pas que du rap, il mixe beaucoup de choses et j’aime vraiment le résultat. Plus jeune, j’écoutais Eminem, le king of rap…

 

Metal-Eyes : La Finlande figure déjà sur la carte du rock avec quelques groupes mondialement célèbres. Comment comptez-vous faire pour monter sur le podium ?

Niko : Simplement en cherchant à faire toujours mieux, repousser les barrières. Si tu te contentes de ce que tu as fait, ça ne sert à rien : va plus loin, donne-toi des défis et relève-les ! Tu as donné un super concert ? Le prochain doit être meilleur encore. Tu as écrit une bonne chanson ? Fais mieux encore ! Nous sommes nos premiers critiques. Ce n’est pas une compétition avec d’autres groupes, c’est une compétition avec nous-mêmes. Nous voulons simplement faire toujours mieux. Jusqu’à présent ça fonctionne, et nous allons continuer ainsi. Peut-être un jour en récolterons-nous les fruits. Tu sais, nous venons d’une petite ville de Finlande, et toute notre carrière a été rythmée par l’industrie de la musique, des maisons de disques, des représentants… Personne ne croyait que quoi que ce soit de bon puisse venir de Finlande… On leur dit d’aller se faire foutre et de nous regarder…

 

Metal-Eyes : Quelle est alors ta définitions d’une « bonne » chanson et d’un « bon » concert ?

Niko : Une bonne chanson, c’est celle dont tu ne te lasses pas, que tu as envie d’écouter encore et encore. Peu importe le genre… Un bon concert… Nous sommes un groupe de scène, il faut nous voir live. Nous bougeons tout le temps, nous voulons vraiment avoir un show marquant, avec de la pyrotechnie, des explosions, que le public se demande ce qu’il se passe… Qu’il ait quelque chose à voir et écouter.

 

Metal-Eyes : Une chanson comme Dark side (présentée à l’Eurovision), pourrait-elle devenir un hymne à reprendre live, en chœur ?

Niko : Beaucoup de gens le disent, je ne sais pas, je suis trop proche de cette chanson (rires) !

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : quelle pourrait être la devise de Blind Channel ?

Niko : Nous avons une devise, mais c’est en finnois… En anglais, ça donnerait quelque chose comme « mets-toi au boulot ! »

 

Metal-Eyes : Ce qui va de pair avec votre esprit de dépassement. As-tu quelque chose à rajouter pour le public français ?

Niko : Disons… Merci pour votre soutien, et si vous ne nous connaissez pas encore, allez découvrir notre musique et rejoignez la « violent pop revolution ».

Interview: WHEEL

Interview Wheel : entretien avec James Lascelles (chant). Propos recueillis par Skype le 18 février 2021

Photo promo

 

Metal-Eyes : Simplement pour commencer de manière originale puisque c’est la première fois que nous parlons, quelle est l’histoire de Wheel ?

James : « Commencer de manière originale » ? Ah, ah ! Brillant, j’aime ça ! J’ai commencé la musique il y a longtemps, quand j’étais gamin, et j’ai commencé la guitare vers 18 ans. Je suis allé à l’université pour apprendre la musique, et j’ai joué dans plein de projets, dans des groupes de jazz, en solo, dans un projet Doo Wap avec un Finlandais. Notre premier Ep en tant que Wheel est d’ailleurs constitué de titres de cette époque, rien à voir avec ce que Wheel est aujourd’hui. Je suis arrivé au stade où j’ai failli tout arrêter, j’avais mon boulot, j’étais complètement fauché, l’avenir n’était pas radieux… Alors j’ai fini par me trouver ici, en Finlande, à jouer avec des potes locaux. On jouait de la pop. Ce n’est pas mon style, mais je me disais « si je joue de la musique, pourquoi pas ? ». Artistiquement, ce n’était pas très inspirant. Je l’ai fait jusqu’à ce que je sente qu’il était temps de partir et j’ai fondé Wheel. Nous avons trouvé une alchimie, la direction musicale que nous voulions suivre. Artistiquement, parfois, c’est compliqué, mais il y a tant de satisfaction à faire quelque chose que tu veux…

 

Metal-Eyes : Tu dates les débuts de Wheel à quand ?

James : Aux alentours de 2015. Mars 2015.

 

Metal-Eyes : Depuis, vous avez sorti un album, Moving backwards en 2019, c’est bien ça ?

James : Oui, et deux Ep auparavant.

 

Metal-Eyes : L’album, Resident human, débute avec Dissipating, un choix risqué puisque la chanson dure 12’. Elle démarre calmement avant de monter en puissance poru retrouver un certain calme. Avez-vous mis tout ce qui fait Wheel dans cette première chanson ?

James : Ce n’était pas vraiment volontaire, mais sans doute, oui… Il s’agit plus d’un voyage, si tu veux, l’exploration qui se produit lors de la création. Comme tu le dis, 12’, c’est long pour un morceau de musique. Mais il y a une vraie variété, ce calme, et ce riff énorme qui arrive au milieu… Mais, l’ambiance générale nous plaisait. Nous ne voulions pas faire quelque chose de trop complexe – la complexité, ça craint… Nous avons pensé aux harmonies, les changements de clé, même le refrain n’est pas vraiment un refrain puisqu’il n’est présent qu’une fois. Nous avons simplement trouvé intéressant de voir comment nous pouvions produire un tel titre, qui contraste avec le premier album.

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas écouté le premier album, donc c’est ma découverte de Wheel. Quels sont les groupes qui vous influencent ? J’en ai un en tête…

James : Vraiment ? Personne n’avoue jamais ce genre de chose (rires). Avant tout, Alice In Chains, Radiohead, Messugah, pour cet album, sans doute Katatonia avec qui nous avons tourné en 2019… Je crois qu’ils ont influencé mon chant. Mais j’écoute tant de styles différents, du hip-hop, du rock, du jazz… Je crois qu’il faut savoir en prendre partout.

 

Metal-Eyes : En continuant l’écoute avec Movement et Ascend, les deux chansons suivantes, j’entends beaucoup Soen. Vous êtes familiers avec ce groupe ?

James : Oui, on a tourné deux fois avec eux, ce sont de bons amis, et, à ce sujet, leur nouvel album Imperial est très bon, si ça intéresse quelqu’un ! Honnêtement, je suis étonné que tu évoques Soen… Sur Movement, nous avons voulu mixer diverses choses, ce n’est pas un titre fondamentalement metal, mais il est bourré de rage…

 

Metal-Eyes : Votre musique reste très influencée par le prog…

James : Absolument… Sur Movement, il y a une batterie très jazzy, la formation de notre batteur, et je crois que, principalement sur les morceaux les plus courts, nous avons voulu répondre aux attentes des auditeurs. Mais nous aimons aussi nous éloigner de ça pour tenter de surprendre et voir où ça nous mène.

 

Metal-Eyes : Le titre de l’album, Resident human fait-il référence aux jeu et films Resident Evil ?

James : D’une certaine manière, oui…Il s’agit plus de faire ressortir l’humanité de chacun, que chacun participe enfin à la vie de tous. C’est quelque chose de particulièrement nécessaire, surtout depuis l’an dernier où chacun regardait par sa fenêtre pour voir ce qu’il se passait. Aussi bien logiquement que cosmiquement, nous n’avons pas le contrôle au-delà de ce que nous choisissons. C’est assez effrayant parce que nous ne pouvons rien y changer…

 

Metal-Eyes : Tu parles de l’an dernier – j’entends « pandémie ». Quel impact la pandémie a-t-elle eu sur l’enregistrement de l’album ?

James : Elle a eu un impact sur absolument tout, de l’enregistrement à l’écriture des textes. Je crois que tout est lié. Quelques temps après le confinement en Finlande, notre guitariste s’est retrouvé coincé chez lui, dans l’impossibilité de venir en studio. On a enregistré la basse et la batterie, on a dû prendre des décisions très rapidement pour gagner du temps. C’est assez thérapeutique d’enregistrer un album en cette période, mais il faut pouvoir le faire. En plus, il y a eu plein de frustration, nous devions tourner, avec Messugah et d’autres, tout a été annulé, Apocalyptica… Au moins, l’enregistrement m’a permis de décompresser. On se sent si désarmé par cette situation…

 

Metal-Eyes : J’ai prononcé le mot de Prog tout à l’heure, mais comment définirais-tu la musique de Wheel à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout ?

James : Nous avons un spectre très large. Tu peux appeler ça du prog, ça me va, parce que, après tout, c’est la définition même du mot progressif, tenter des choses. C’est ce que nous faisons, mais j’ai le sentiment que le prog est devenu un genre à part entière avec ses sous-genres. Donc oui, nous sommes absolument un groupe progressif, mais tout réside vraiment dans l’humeur et les ambiances que nous construisons. Un groupe comme Karnivool cherche à travailler ses structures, les ambiances, et c’est ce que nous visons aussi.

 

Metal-Eyes : Et les ambiances que vous développez vont du calme à la tempête, un peu comme des montagnes russes. Elle se terminent même avec Old earth, qui clôt cet album avec un simple piano. Qu’est-ce qui vous a poussés à conclure de cette manière ?

James : Aki, le bassiste, et moi étions en studio et nous tentions divers track listings. Il y avait ce piano, et j’ai joué. Nous nous sommes alors dit que ce serait sympa d’amener le public vers cette fin plus calme. Le studio a ce plafond cathédrale, très haut, le bâtiment date des années 20, je crois. Je crois que c’est une belle suite au morceau précédent, Resident human.

 

Metal-Eyes : Le titre lui-même fait-il allusion au monde d’avant, celui d’il y a un peu plus d’un an, avant la pandémie ?

James : Je n’y avais pas songé… C’est une excellente façon de voir les choses aussi. C’est ce que j’aime avec la musique, nous avons tous nos interprétations de différentes choses, c’est très cool. En fait, la chanson parle d’une Terre qui n’existe plus, et, comme tu le dis, c’est une façon, romantique, de parler du passé.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de cet album pour décrire ce qu’est Wheel aujourd’hui, ce serait laquelle ?

James : Oh, c’est une question vraiment très difficile…

 

Metal-Eyes : Merci !

James (rires) : Je préfère ça à des questions méchantes… C’est très difficile de n’en choisir qu’une, mais si je devais le faire, je retiendrai Dissipating, simplement parce qu’elle a toutes ces ambiances. Il y a tous ce que nous faisons. Elle est longue et propose beaucoup de choses.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait-être la devise de Wheel en 2021 ?

James : Attends… J’essaie de penser à quelque chose qui implique les autres membres, pas que moi… (il réfléchit très longuement)

 

Metal-Eyes : Je reviens dans 5 minutes…

James : Oui (rires)… Je tiens un truc : je crois que lorsque nous avons démarré ce groupe, les gens ne croyais pas en nous, en notre capacité à vivre de la musique. C’est incroyable ce que tu peux réaliser quand tu y crois, quand tu prends du plaisir. Je me sens si privilégié de pouvoir faire ce que nous faisons, que tant de monde s’intéresse à notre musique. Nous ne prenons rien pour acquis, alors, je pense que la meilleure devise serait « Merci » (rires).

 

WHEEL: Resident human

Prog, Finlande (Rough trade, 2021)

Après un premier album paru en 2019 et sans doute remarqué par les amateurs de prog, les anglo-finlandais de Wheel reviennent avec Resident human, un nouveau disque aux ambitions clairement affichées. Dissipating porte très bien son nom: le titre qui ouvre cette galette nous présente une vaste palette de couleurs musicales. Pendant 12 minutes, Wheel explore le calme et la tempête avec un bonheur remarquable. Aucune fausse note ou faiblesse dans ce titre qui passe très vite. Si la suite évoque régulièrement Soen, des formations plus dures sont aussi du voyage, à l’instar d’un Katatonia plus évident que le Messugah qu’évoque dans son interview James Lascelles, chanteur et fondateur du gang. Malgré quelques influences naturelles, Wheel développe une vraie identité sonore tout au long des Hyperion, Ascend, Fugue ou le morceau titre avant de conclure avec ce Old earth, simple chanson pour piano et voix. Une très belle découverte à suivre de très près!

SURMA: The light within

Finlande, Metal symphonique (Metal Blade, 2020)

Démarrant et se concluant avec des instrumentaux symphoniques, ce premier album de Surma propose un metal à la fois symphonique (tiens donc?) et pop (attention à ne pas confondre ce Surma avec les Black metalleux du même nom, underground et également finlandais). Les cavalcades de grosses caisses n’y changent rien, on se trouve rapidement dans un univers à la Nightwish et Evansence – avec un chant encore un peu timide bien que cristallin et attirant. Le duo composé de Viktorie Surmova (chant) et Heri Joensen (guitare et chant) s’applique à bien faire. Le résultat de ce premier album, The light within, est impressionnant mais manque quelque peu d’âme. La production est certes impeccable et les arrangements, s’ils sont irréprochables, restent cependant sans réelle surprise, assez classiques sinon déjà entendus. Il faut attendre le troisième titre pour que le chant devienne mixte, genre Belle et la Bête, voix cristalline vs. chant rageur, sombre et guttural. Oui, l’ensemble est (très) bien fait, mais reste dans une veine somme toute habituelle. Le côté classieux n’a rien d’étonnant quand on connait le parcours des protagonistes, elle issue de Bohemian Metal Rhapsody et lui venant de Tyr. The light within est plus qu’agréable à l’écoute, sans que, pourtant, rien ne s’en démarque. Gageons que le titre se veuille être une lueur d’espoir en ces temps troublés…

ENSIFERUM: Thalassic

Folk metal, Finlande (Metal Blade 2020)

Après 25 ans de carrière, les Finlandais d’Ensiferum s’attaquent (enfin! diront certains) à leur premier album sinon conceptuel du moins thématique puisqu’il traite tout au long de Thalassic de l’élément qui entoure son pays: la mer. Un joli défi après deux ou trois albums un peu moins efficaces que ce à quoi le groupe nous avait habitués et surtout un gros défi pour le nouveau venu, Pekka Montin, en charge du chant clair. Un chant qui s’impose brillamment dès Rum, women, victory qui, après un déferlement de vagues s’écrasant sur des rocher, ouvre les hostilités. Efficace en diable, ce premier titre laisse entrevoir la suite qui, rapidement, s’avère tout aussi efficace. En s’aventurant dans des explorations variées, proche du country parfois (ces violons sur Midsummer magic), à d’autres moments plus typiquement issus du folklore scandinave voire progressif (Cold Northland), Ensiferum renoue avec l’efficacité qui a marqué sa carrière. Les cavalcades de guitares, les « Ouh, Ha, Hey! » à reprendre en chœurs, les rythmes enlevés et entraînants, tout est ici réunis pour redonner sa juste place à l’une des formations phare de ce folk metal joyeux. Un très joli retour!

SABATON live à Paris ( Le Zénith, le 7 février 2020)

Il y a des jours, comme on dit, quand ça veut pas, ça veut pas! J’ai toujours aimé voir Sabaton sur scène car à chaque fois, j’ai assisté à un spectacle différent, toujours joyeux, pro et détendu à la fois. Pour un premier Zénith, ben … les étoiles ne se sont pas alignées. Pourtant, j’avais prévu le coup: une belle marge en voiture, soit 2h30 pour rallier le Zénith de la porte de Pantin depuis Orléans. Et puis voilà que le GPS annonce plus de 3 heures de route. On n’avait pas prévu que c’était le premier jour des congés scolaires à Paris. « Ben ma chérie, on y va en train… on rate le début d’Amaranthe, mais on verra la suite ». Ok. Sauf qu’une fois les billets en main, la guichetière me répond que le dernier train quitte Paris à 22h12! Quoi? Et celui de 22h58? Y’en a plus… A peine le temps de voir une demi-heure de Sabaton et il faut filer??? On tente en voiture? Même pas arrivés au rond point qui mène à l’autoroute, nous voilà dans les embouteillages… Bon, demi tour, je prends le train seul et je passe la nuit à Paname. Résultat, impossible d’arriver pour voir ne serait-ce qu’un bout d’Amaranthe… Mais juste à temps pour récupérer mon pass photo et souffler deux minutes avant que ne débute le set d’Apocalyptica.

Premier constat: la salle est blindée. Si je pensais, après le concert d’Amon Amarth, retrouver ce soir un Zénith en petite configuration, je me trompais. C’est un public massif qui a répondu à l’appel des Suédois, et c’est tant mieux. Second constat: la scène est un champs de bataille. Un vrai, avec sacs de sable et barbelés en devant de scène. Pas pratique pour les photos, mais c’est bien dans l’esprit de Sabaton et, plus encore, de son dernier album en date, The great war.

Reste que Apocalyptica – et Amaranthe – propose son concert avec ce même décor improbable. Reste que le quatuor finlandais est rôdé à l’exercice et les trois violoncellistes savent parfaitement aller chercher le public. Bien sûr, Apocalyptica est là pour présenter son nouvel album, Cell-O, dont il joue 2 extraits (Ashes of the modern world et En route to mayhem) et propose bientôt à Elize Ryd, la chanteuse d’Amaranthe, de les rejoindre le temps d’un Seeman, reprise de Rammstein. « Maintenant qu’on a réussi à la faire venir, on va la garder encore un peu, non? » Approbation du public qui se délecte d’un I don’t care qui vient clore la période « chantée ».

Grace, dernier titre original, précède une fin que le public accueille à bras ouverts, dont un Seek and destroy (besoin de rappeler de qui?) superbe, suivi de Hall of the mountain king, sans  doute moins connu du grand public (il serait temps d’offrir, en France, le succès qu’il mérite à Savatage… On ne refera pas l’histoire non plus). Et que penser de ce final explosif, ce Nothing else matters de vous savez qui aussi, repris en choeur par la foule?

Scéniquement, Apocalyptica se démène, chacun maltraitant son instrument, le traînant de bout en bout de la scène, le soulevant d’une main ou l’observant, à terre, avant de s’en ré-emparer. Apocalyptica démontre à chacune de ses prestations que le metal c’est bien plus que des guitares saturées, c’est un esprit musical entier, et l’on aura plaisir à retrouver les quatre excités en France en tête d’affiche. Les dates seront bientôt annoncées.

Un vaste voile flanqué du logo du groupe vient cacher la scène au regard du public. Les photographes ont reçu pour consigne de se rendre devant le pit à 21h pour un débriefing – en français, svp. Aucune consigne n’est donnée, en revanche, nous avons droit au pourquoi nous sommes répartis en deux groupes et à quelques conseils et infos sur ce qu’il va se passer et à quel moment nous tenir prêts. Et, surtout, le management nous donne toute liberté pour photographier autant que nous le souhaitons, tout au long du concert, rappelant qu’il y a beaucoup de pyrotechnie. Je crois, non, je suis certain, que dans une salle de cette capacité, c’est la première fois que ça m’arrive. Sabaton a, de ce point de vue, tout compris.

C’est un peu en avance sur l’horaire annoncé que retentit In flanders field avant que le rideau ne s’envole laissant le groupe envahir la scène avec Ghost division. La batterie est installée sur un gigantesque char, le fond de scène représente quand à lui une tranchée au dessus de laquelle, on ne peut se tromper, est inscrit le titre du dernier album, The great war. Et ça commence à péter de partout… Des flammes en veux-tu, en voilà, de la pyro et des lights à tomber. Joaquim, Pär et Chris investissent chaque coin et recoin de la scène, Tommy également mais est quelque peu plus discret – ou concentré – tandis que, perché tout là haut sur sa machine de mort, Hannes frappe ses fûts comme un dératé.

Le décor n’est pas tout, le groupe ajoutant divers costumes et accessoires tout au long du show: le chanteur, caché derrière un masque à gaz, vient gazer ceux qui se trouvent sur scène pendant The attack of the dead men, avant de débarquer fièrement, pendant Night witches, armé d’un bazooka dont il se sert contre le char d’assaut.

S’il est un changement notable, c’est que le chanteur, toujours aussi jovial et blagueur, perd moins de temps en discours que les dernières fois où j’ai vu Sabaton. Ce qui ne l’empêche de nous amuser avec ce qui ressemble à l’avant d’un avion – et qui cache un orgue Hammond – en présentant The red baron, dont il assurera le solo aux claviers. Mais avant, il vient taquiner quelques touches pour faire participer le public à cette chanson populaire en Suède, un seul mot, chanté en choeur « quand on a un peu trop bu: I…. kea, Ikea, Ikea… » No comment! Sur le plus lent The last stand, le public tente de lancer un circle pit, qui ne prend pas. L’attention se reporte ainsi assez rapidement vers l’impressionnant spectacle visuel que nous offre Sabaton.

Les classiques défilent à vive allure, et le dernier album est naturellement mis en avant avec pas moins de 6 extraits. Sans surprise, Apocalyptica, qui, deux jours avant la sortie officielle de The great war, avait mis en ligne, à la demande de Sabaton sa version de Fields of Verdun, vient rejoindre les maîtres de cérémonies sur Angels calling et restera là le temps de 6 morceaux, dont les classiques The lion from the north et Carolus rex.

Le groupe salue – déjà? – le public et revient pour un long rappel pendant lequel Joaquim évoque quelque souvenir dont ce premier concert parisien devant à peine… 20 personnes. Le rappel, composé de 4 titres, voit le public finir de se déchaîner et donner du travail aux agents de sécu. Sweedish pagans fini d’achever le travail en proposant un medley de leurs influences (Dio, Maiden, Accept) avant que la fête ne batte le plein sur le dantesque To hell and back.  Ce soir c’est plutôt « To heaven and back », messieurs! C’est simple, Sabaton, qui a toujours mis un point d’honneur à offrir du spectacle visuel, a ce soir donné un des plus grands concerts de sa carrière. On ne peut que les en remercier chaleureusement et leur souhaiter de grimper encore. Superbe soirée!

 

APOCALYPTICA: Cell-0

Metal symphonique, Finlande (Silver lining, 2019)

Après avoir célébré le vingtième anniversaire de la sortie de leur premier album, Plays Metallica by four cellos, c’est à dire en donnant une petite vingtaine de concerts qui se sont rapidement ttransformés en une interminable série de 250 shows à travers le monde, Apocalyptica revient à ses sources: le metal symphonique instrumental. Sans jamais renier l’importance de l’époque avec chanteurs, le quatuor finlandais retrouve la voie et la foi. Mieux, puisque c’est le groupe lui-même qui prend en charge la production de ce Cell-O. Le titre se prononce d’ailleurs « Cell Zero », comme la cellule zéro, originelle. Le point de départ. Pas celui du groupe, mais celui de l’humanité. Démarrant avec le très inquiétant et lourd Ashes of the modern world, Apocalyptica donne le ton de l’album: sombre et lourd, bien que ci et là plus léger et lumineux, Eicca, Perttu et Paavo rivalisent de dextérité et de vélocité, entraînes, ou soutenus, par le martèlement de Mikko. Speed et mélodique, inquiétant et enjoué, chaque titre fait preuve d’une parfaite maîtrise et d’un toucher sans équivalent. Construit comme un roman musical, Cell-O se veut un reflet de la vie: après la chute du monde, la joie de la renaissance cède le pas à la dure réalité, avant que la vie ne remporte son combat. La mélodie omni-présente cède parfois sous le poids d’une cacophonie aux relents punk. Et pour ceux qui se demandent si Apocalyptica est toujours un groupe de metal, les titres à rallonge, où se mêlent puissance et mélodie, apporteront une réponse incontestablement positive. Alors rendez-vous est pris au Zénith où le groupe ouvrira pour Sabaton le 7 février. Un concert à ne pas manquer!

MICHAEL MONROE: One man gang

Heavy rock, Finlande (Silver lining, 2019)

Impossible de ne pas finir l’année avec cette touche rock, punk metal, bref avec ce petit bijou que nous offre le trop rare Michael Monroe. Parce que cette année aurait été incomplète si, après avoir eu le bonheur de le rencontrer en interview et de couvrir son concert parisien, Metal Eyes faisait l’impasse sur One man gang, ce neuvième album solo de celui trop connu pour être l’ancien chanteur de Hanoi Rocks. Car One man gang a tout pour plaire à un public varié: de l’énergie, de la mélodie, du rythme, de l’irrévérence, du charme. Bref, tout au long des One man gang, du premier single Last train to Tokyo ou du tristement réaliste Junk planet, la voix éraillée et du Finlandais fait le job. Accompagné d’une équipe de rêve (ok, certains regretteront le départ de Dregen, mais ne chipotons pas), Monroe nous offre rien moins que son album le plus inspiré depuis longtemps. Alors, Noël approchant, qu’est-ce qui vous empêche de faire un heureux de plus?

MICHAEL MONROE live à Paris (la Maroquinerie, le 29 octobre 2019)

Michael Monroe à Paris, c’est un événement rare. La Maroquinerie qui l’accueille aujourd’hui est plus que correctement remplie bien que n’affichant pas sold out. Peu importe, car ce soir, l’adage disant que les absents ont toujours tort va de nouveau prendre tout son sens. Et ceux qui croient que ce public n’est composé que d’anciens se trompent. De nombreux jeunes sont ce soir présents, certaines ayant découvert le phénomène au travers du biopic The Dirt. Et ont craqué pour le dandy électrique au point de vouloir le découvrir en vrai.

D’abord, ce sont les Polonais de Chemia qui ont pour mission de chauffer la salle. Si les trois premiers titres ne me parlent guère, la suite, rock et groovy, se fait plus intéressante. Il s’avère difficile pour les 5 de se déplacer sur cette petite scène qui voit la batterie reléguée côté cour. Un espace restreint qui n’empêche pas le chanteur Luke Drapala d’afficher un grand sourire.

Naturellement orienté sur le second album, Chemia démarre toutefois avec Bondage of love, extrait de son premier album de 2013. Et tout au long des 10 morceaux interprétés, le groupe réserve une ou deux exclu au public parisien, dont ce Gotta love me (si ma mémoire est juste) que Chemia joue pour la première fois. Et Luke de rajouter que, de toutes façons, c’est la première fois pour toutes les chansons puisqu’ils ne sont jamais encore venus à Paris. Un peu d’humour qui indique sans doute que l’homme est détendu.

Détendu et à sa place lorsqu’il invite, à deux reprises, le public à participer, d’une part sur le susmentionné Gotta love me puis, à la fin du set sur I love you so much au rythme ultra groovy, entraînant et dansant, auquel le public répond d’ailleurs très positivement. Sans révolutionner le genre, Chemia se révèle une agréable mise en bouche.

La salle rétrécit petit à petit. Ou plutôt, le public se fait plus dense. Les attentes sont nombreuses ce soir et l’on peut comprendre pourquoi. Son dernier passage « parisien » remonte au mois d’octobre 2015, au Forum de Vauréal. Et je me souviens avoir vu l’ex-leader d’Hanoi Rock à Cannes avec Hanoi Revisited, au début du millénaire. Rare, vous dit-on.

Entouré de son fidèle bassiste Samy Yaffa, Steve Conte à la guitare et Karl Rockfist à la batterie, Michael est également accompagné par Rich Jones venu remplacé Dregen rentré chez ses Backyard Babies. L’entrée sur scène voit le chanteur – à la voix ce soir quelque peu éraillée – attaquer, une sorte de lampion à son effigie à la main (certains voient un godemichet lumineux, je ne suis pas spécialiste…), avec 3 extraits de son dernier album en date, One man gang: le titre éponyme, le superbe Last train to Tokyo et Junk planet qui a tout du hit potentiel. Le public bouge, se serre et met rapidement une ambiance de feu.

Michael, lui, fait le show sans avoir besoin de se faire prier. Entre accessoires lumineux, chapeaux et casquettes diverses, le gaillard affiche une forme quasi olympique. Il saute,danse, transpire et n’hésite pas à faire le grand écart devant un public ébahi par tant d’énergie. Et ce n’est là qu’un début. S’emparant dès que possible d’un harmonica, il souffle également dans les bronche d’un superbe sax rouge.

Passant en revue l’ensemble de sa carrière – qui n’attend pas de pouvoir enfin écouter du Hanoi Rocks en live? – Michael Monroe s’inquiète, après ’78, pour deux jeunes filles écrasées par un public un peu trop enthousiaste : « Soyez sympa, ne poussez pas trop, ces deux jeunes filles n’arrivent pas à respirer ».  Et ça repart pour un tour dès Black ties and red tape.

Hard, rock, punk, avec Michael Monroe, tout y passe. Entre sa désormais riche carrière solo, son brillant passé avec Hanoi Rocks, son passage moins remarqué avec Demolition 23, il y a l’embarras du choix. Ce qui ne l’empêche nullement de proposer quelques reprises de classiques, tels que Up around the bend (Credence Clearwater Revival) ou une conclusion simplement superbe avec I feel alright (The Stooges).

En un peu plus d’une heure trente, le dandy dégingandé a conquis le public qui repart ravi et avec une promesse qu’on espère voir se concrétiser, celle d’un retour prochain en nos terres. En cette période de paris, peut-on rêver d’un passage à Clisson?

Interview: MICHAEL MONROE

Interview MICHAEL MONROE(chant, harmonica). Propos recueillis au Hard Rock Cafe le 18 septembre 2019

L’homme est rare en France. Alors lorsqu’une invitation est lancée pour rencontrer Michael Monroe, le fondateur de Hanoi Rocks qui vit aujourd’hui une carrière en solo, impossible de refuser. Le chanteur est bavard, très, presque intarissable même. Pas facile de l’interrompre pour tenter de poser d’autres questions. Rencontre avec une pile électrique branchée sur une batterie atomique.

 

Metal-Eyes: Michael, comment vas-tu aujourd’hui ?

Michael Monroe :Je vais bien, juste un instant ! (NdMP : Il joue quelques notes à l’harmonica me regarde avec un large sourire.) Maintenant, je vais encore mieux !

 

Metal-Eyes: Tu es ici pour parler de ton nouvel album…

Michael Monroe : One man gang, oui, qui sortira le 18 octobre.

 

Metal-Eyes: Ton album précédent remonte à environ quatre ans. Comment t’es-tu occupé pendant tout ce temps ?

Michael Monroe : Facile ! Comment je trouve le temps de faire tout ce que je fais, c’est plutôt ça la question ! Je fais plein de choses, et avec ce groupe, qui se nomme Michael Monroe… One man gang, c’est un titre parfait pour cet album. Ecrire des chansons pour cet album m’a occupé pendant un ou deux ans, et tourner m’occupe beaucoup aussi, mais, la raison pour laquelle j’ai voulu attendre un peu plus longtemps était que je voulais m’assurer d’avoir une bonne équipe pour s’occuper de cet album, pour qu’il ne parte pas à la poubelle. Jusqu’à l’an dernier, nous n’avions pas un management décent…

 

Metal-Eyes: Donc tu parles plus de l’équipe qui gère tes affaires que de l’équipe musicale ?

Michael Monroe : Oui, je parle de l’aspect business. Toutes ces années, nous n’avions ni label, ni agent ni management décents. Maintenant, grâce au nouveau management, je travaille avec une super agence, UTA, et un excellent label, Silver Lining qui va sortir l’album. Ce disque est terminé depuis décembre 2018. Il me fallait vraiment la bonne équipe pour le travailler parce qu’il s’agit d’un album trop bon pour être relégué aux oubliettes.

 

Metal-Eyes: Comment analyserais-tu l’évolution de Michael Monroe, le groupe, entre Black out states et One man gang ?

Michael Monroe : OK… Sur Black out states, Rich Jones avait remplacé Dregen à la guitare. Ce line-up était le meilleur pour cet album. One man gang est le second album avec ce même line up, avec Rich Jones à la guitare, ce qui est assez significatif pour ce groupe. Il ne fait pas de doute désormais que Rich Jones est le second guitariste du groupe. On a sorti la compilation Best of en 2017, et ce disque comportait quelques nouveautés. One foot out of the grave qui était le single pour cet album – même si on n’a jamais terminé la vidéo… Il y avait quelques autres inédits aussi, donc un peu de nouveau matériel. En comparaison à Black out states, One man gang a sa propre identité, avec beaucoup de dynamiques, une grande variété en termes de sons, de couleurs musicales. Ce n’est pas que du pur hard rock qui rocke, avec une ballade sirupeuse… On tente de rester éloignés des clichés. Il y a plein de trucs sympa à découvrir, comme Heaven is a free state, on a pensé à différents trucs pour que cet album reste intéressant. On a enregistré 18 chansons pour ce disque, et n’avons retenu que les 12 meilleures pour donner envie à l’auditeur de l’écouter encore. Et encore… Musicalement, on retrouve tous nos groupes préférés, comme The Clash, The Damned, Mott The Hoople. Je ne prévois jamais rien dans ma vie, on fait les choses et on voit ce que ça donne. Par exemple, Nasty Suicide joue sur Wasted years. Ce n’était pas prévu, simplement, il l’a fait et c’était parfait sur ce titre.

 

Metal-Eyes: Comme tu viens de le rappeler, c’est le second album avec le même line-up. Pense-tu que cette stabilité a influencé ta manière de composer ?

Michael Monroe : Oui ! Je donne a chacun la possibilité de s’exprimer librement dans ce groupe. Je ne suis pas un maniaque du contrôle, je n’ai pas un gros ego comme, semble-t-il, la plupart des chanteurs peuvent en avoir… J’ai toujours préféré collaborer plutôt que d’imposer. J’ai toujours pensé « groupe ». Je pourrais tout écrire et composer seul, je saurais quel résultat attendre, mais j’ais toujours préféré le travail commun où chacun peut s’exprimer.

 

Metal-Eyes: Du travail d’équipe, quoi…

Michael Monroe : Oui, du travail d’équipe. « Teamwork to do the  dreamwork » (Travail d’équipe pour faire le travail de rêve).

 

Metal-Eyes: Sympa…

Michael Monroe : Oui, j’aime bien ! On se connait si bien maintenant, ça fait bientôt dix ans qu’on travaille ensemble. Et ce que j’aime aussi, c’est que Rich Jones et Steve Conte écrivent aussi des paroles. Et quand ils le font, c’est comme s’ils étaient dans ma tête. Je lis leurs textes et je me dis « attends… je peux assumer chacun de ces mots ». Ca m’enlève aussi une certaine pression, ne pas avoir à tout écrire moi-même.

 

Metal-Eyes: Tu viens de dire que tu n’es pas le boss. Cependant, le groupe porte ton nom, Michael Monroe, et le nouvel album s’appelle One man gang. Ce qui donne quand même une bonne idée de qui est le patron !

Michael Monroe : On est quand même en démocratie, c’est très rare qu’on ne soit pas d’accord. Untel voudrait ceci, tel autre cela, alors, à ce moment, c’est moi qui tranche. C’est mon nom qui est sur le disque, quand même.

 

Metal-Eyes: Donc on sait qui est le patron.

Michael Monroe : Oui, oui, il faut que quelqu’un sache dire « ok, pause, on arrête et voilà ce qu’on fait. Fin de discussion ! » (rires)

 

Metal-Eyes: Si tu devais ne retenir qu’un titre de ce nouvel album, One man gang, pour expliquer ce qu’est Michael Monroe, le groupe, en 2019, ce serait lequel ?

Michael Monroe : Woaw…Ca c’est une question…

 

Metal-Eyes: Merci !

Michael Monroe : (il réfléchit) Je dirais… une chanson qui définirait Michael Monroe… Je dirais Final train to Tokyo, le single. Ce titre nous représente bien, sans trop en faire non plus. Il y a plein de titres plus profonds, comme Low life in high places, mais celui là est cool. Last train est assez représentatif, même si j’aurais pu dire Junk planet, mais non, ça en ferait trop !(rires)

 

Metal-Eyes:Un groupe de rock, c’est aussi des concerts. Tu as toujours été très rare en France… Je me souviens t’avoir vu à Cannes en 2001 avec Hanoi Revisited…

Michael Monroe : Ah ouaissss!

 

Metal-Eyes : tu es également venu une fois à Vauréal, mais à part ça, je  ne trouve pas beaucoup de trace de passages en France. Comment expliques-tu cela ? Tu es un homme rare…

Michael Monroe : C’est vrai, mais je n’ai aucun contrôle là-dessus. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurai joué en France dès les années 80. Nous n’avons jamais joué en Europe, ou presque… Hanoi Rocks n’a jamais joué en Italie, en Espagne, en France alors que nous sommes Européens, qu’il y a un énorme marché. N’importe qui penserait que le management se pencherait sur l’Europe. On a joué en Israël, à Bangkok, en Inde et plein d’endroits bizarres. Je ne sais pas pourquoi, mais crois-moi : si j’avais le choix, je jouerais plus en France. On a maintenant un super agent et j’espère qu’il va nous trouver des dates pour rétablir la situation. Le show que tu as cité, à Cannes… Je l’avais oublié. J’ai beaucoup aimé y jouer mais cette période était compliquée…C’était en 2001, c’est ça ? La même année que celle où mon épouse est décédée. Je m’occupais autant que possible pour ne pas y penser, j’étais dans une sorte de nuage, toujours occupé à travailler. Tout va tellement mieux maintenant ! J’ai été marié avec ma première femme pendant 16 ans, j’ai trouvé une autre compagne qui partage ma vie, on est mariés depuis 17 ans maintenant. J’ai beaucoup de chance… Ce concert, c’était un vrai cauchemar à mes yeux, tout allait de travers. L’orga pensait qu’on était que des branleurs sleaze, Andy Mc Coy et moi. Mais je m’en fous, des étiquettes… Ils sont venus nous voir, disant qu’il fallait raccourcir le show, on enlève quelques titres et ils reviennent : « non, finalement, on va vous donner plus de temps ». T’avais l’impression que personne ne savait ce qu’il faisait. Backstage, le mec qui s’occupait des guitares… C’était son premier concert. Ça va être un désastre… Et, aussi, on n’a pas eu de balance ! Pas de soundcheck, comment on va pouvoir jouer ? Un vrai bordel. Juste avant le début du concert, le mec revient nous voir pour nous dire qu’on doit retirer 2 ou 3 titres… FUCK YOU !!!C’était n’importe quoi !

 

Metal-Eyes : Donc tu as encore des souvenirs de ce concert ! J’ai cru comprendre que tu vas bientôt jouer en France…

Michael Monroe : Le 29 octobre à la Maroquinerie. Je veux que tout le monde vienne, on va passer un super moment et on va tenter de rattraper le temps perdu. J’adore la France, j’adore Paris, je voudrais pouvoir jouer plus souvent chez vous. J’ai même étudié le français à l’école. C’est vraiment fascinant de pouvoir enfin être ici…

 

Metal-Eyes : Tu es Finlandais. Comment vois-tu la scène finlandaise actuelle. Il y a de grands noms, d’autres émergents…

Michael Monroe : Il y a plein de choses sympa avec les groupes finlandais. Ville Vallo de Him m’a dit que Hanoi Rocks avait ouvert les portes à la scène rock finlandaise, permettant à d’autres groupes de jouer à l’étranger. The Rasmus, Nightwish – Tarja est une de mes très bonnes amies – Apocalyptica, ce sont des pionniers, aussi…

 

Metal-Eyes : Steve N Seagulls ?

Michael Monroe : Je suis moins familier avec ce qu’ils font. Il y a beaucoup de bon groupes de rock en Finlande, mais malheureusement, il y a ces effets de mode dans le monde et, au final, les groupes finlandais copient trop souvent ce qui se fait ailleurs, principalement aux USA. La mode du hip hop – et il y a un paquet de groupes de hip hop complètement inutiles en Finlande. Ils ne contribuent en rien à l’évolution de la musique. Mais il y a aussi de très bons groupes et je vous encourage à aller les découvrir.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Michael Monroe, le groupe encore, en 2019 ?

Michael Monroe : Toujours « aucun cliché autorisé, pas de remplissage que de la tuerie (No clichés allowed, no fillers all killers) du rock authentique qui botte les culs »

 

Metal-Eyes : Ce n’est plus une devise, c’est un roman !

Michael Monroe (rires) : Exact! C’est un de mes surnoms!

 

Metal-Eyes : Une dernière chose puisqu’il nous reste quelques minutes…

Michael Monroe : Bien ! Ritchie Blackmore, l’origine du metal ! Le metal vient d’où ? Du rock. Et regarde ces guitaristes qui parlent pour ne rien dire ! Ils mettent trop de notes partout, c’est pas ça ! Le meilleur solo que Ritchie Blackmore ait joué, c’est celui de No, no, no, sur Fireball. Si on parle de solo, c’est ça ! Même le solo de Smoke on the water, sa façon de lever ses cordes. Il a ce toucher unique… Je me demande pourquoi tous ces guitaristes aujourd’hui ne cherchent qu’à jouer le plus de notes possible, ils passent à côté de ces trucs si cool…

 

Metal-Eyes : Il y a aujourd’hui un renouveau important de la scène des 70’s et 80’s, du rock sudiste, du hard vintage. Penses-tu que ce que les gens nomment Hair metal ou glam metal pourrait tirer bénéfice de ce revival ?

Michael Monroe : Quoi que l’on puisse mettre derrière l’étiquette de Hair metal, de glam ou même de sleaze rock – je ne sais même pas ce que ça veut dire, je n’ai rien à voir avec ça, je ne veux souiller personne ! Ceux qui pense que se laquer les cheveux permet de savoir jouer n’ont rien pigé ! C’est un crime, c’est une putain de perte de temps. Tu trompes les gens… Ils peuvent vendre des millions d’albums, ça ne signifie pas qu’ils soient bons. Il y a quelques groupes sympas de cette période, mais, en général, les effets de mode, ça pue. Je n’aime pas les étiquettes. Avec Hanoi Rocks, et depuis, on joue de tout, ça va du punk eu rock. On n’a jamais dit qu’on était glam. Tous les genres peuvent aller en enfer, le rock n’a pas besoin d’être classifié. La bonne musique restera de la bonne musique, sans étiquette.

 

Metal-Eyes : Nous conclurons donc là-dessus. Merci beaucoup, Michael, et je te verrais sur scène à Paris dans un mois.

Michael Monroe : Merci à toi et… Metal Eyes, garde un œil sur… euh… toi! (rires)

Michael Monroe sera le 29 octobre sur la scène de la Maroquinerie à Paris. Concert événement en vue!

Merci à Roger Wessier d’avoir rendu cette rencontre possible