
Interview RAVENS CREW. Entretien avec Paul Belleville (guitare) et Sébastien Lecul (basse), le 28 octobre 2025
C’est la première fois que nous échangeons, alors commençons par ceci : quelle est l’histoire de Ravens Crew ?
Seb : Je ne sais pas si c’est une bonne idée que j’en parle, je suis le dernier arrivé…
Paul : C’est pas faux… Moi, je suis le plus jeune, j’ai 28 ans et je suis dans le groupe depuis déjà quelques années, mais je ne suis pas membre fondateur. C’est Chris (Christophe Cogez) qui a fondé le groupe en 2015, et j’ai rejoint le groupe en… je sais plus, je m’emmêle les pinceaux (rires) ! Donc, Chris a fondé le groupe avec le batteur Frédéric (Sammadet). On a eu un premier chanteur qui a décidé d’arrêter le projet et Arnaud est arrivé. C’est avec son arrivée que le projet a vraiment commencé à tourner, avec une setlist qui était très axée covers. Notre ancien bassiste a décidé de quitter le groupe pour se concentrer sur son métier et Seb nous a rejoints.
En 2022, vous avez publié votre premier Ep, Memoriae, et vous aujourd’hui, vous revenez avec un nouvel Ep, Demain c’est loin. Comment analysez-vous l’évolution du groupe entre ces deux disques.
Seb : Je n’ai pas été impliqué dans la composition des morceaux de Memoriae. Je suis arrivé à la sortie de l’Ep. Il était en train d’être pressé. Je l’ai représenté mais pas composé, et je crois (il s’adresse à Paul), que c’est là, en plein covid, que vous avez pris un tournant « compos » où chacun a écrit…
Paul : Exactement…
Seb : Je les écoute parfois raconter leurs histoires (rires). Il y a eu ce changement avec mon arrivée à la basse, il y a eu beaucoup de concerts aussi. On s’est ensuite mis à recomposer, avec une autre approche. Quand il y a un membre qui change, ça apporte d’autres choses. Je pense qu’on a réussi à se trouver.
Paul : Je trouve que Demain c’est loin est beaucoup plus éclectique que Memoriae, on a beaucoup plus de styles musicaux et chantés qui sont balayés. Memoriae a ce côté plus « jeune » dans la composition parce qu’on n’a pas forcément pris beaucoup de risque, tandis que pour Demain c’est loin, on a osé des choses, il y a des morceaux qui sont plus calmes, d’autres plus énervés.
Il y a un peu plus de prise de risques et d’exploration.
Seb : C’est ça. En fait, la première mouture est toujours un peu plus complexe parce que, déjà, il faut composer des morceaux avec un groupe dont c’est la première fois qu’il se plie à l’exercice, garder les meilleurs morceaux, les plus représentatifs et aboutis. Et par la suite, on sait où on va, ce qu’on peut se permettre et ce que les gens attendent de nous. Quand on compose, on ne se perd pas, il faut que ça reste personnel, mais il y a des choses qu’on sait qu’on ne peut pas mettre… Et là, ça allait beaucoup plus vite, on se torturait moins l’esprit et on arrivait beaucoup plus facilement à se dire que telle idée n’était pas bonne ou là, c’est le bon filon, on peut y aller !
Les morceaux, justement : ils sont principalement composés par une personne ou c’est un travail commun ?
Paul : Alors, c’est d’abord un travail de maquettage de ma part. Je m’enferme pendant plusieurs jours, plusieurs semaines et j’enregistre des idées. Dès qu’on a une répète et que je peux apporter mes maquettes, on se fait une écoute globale et c’est là que l’équipe me dit si les morceaux leur plaisent ou pas. Je dois avouer que Arnaud a une part plus intéressante que les autres parce que c’est lui qui va écrire et poser le texte en fonction de la musique…
Quelles sont vos influences à tous ? En écoutant votre Ep, on sent une variété de goûts…
Seb : Oui, c’est assez large… Arnaud est influencé par le hip-hop en général, Chris est plus influencé par le classic rock, AC/DC, Toto, Fred a des influences très fusion, il est fan de No Means No. Moi, j’ai grandi avec du Primus, du fusion, Mike Patton, et, à côté de ça, je pense qu’on se retrouve tous sur des Rage Against The Machine, Korn, Lofofora, Mass Hysteria, des groupes qu’on a tous écouté à un moment ou un autre… En ce qui concerne Lofo, on est tous assez admiratifs de la façon d’écrire de Reuno. C’est le genre de groupe qui nous rassemble.
Comment décririez vous votre musique à quelqu’un qui ne vous connait pas ?
Seb : Je ne sais pas… En général on dit que c’est du rock à tendance metal avec des textes en français… C’est pas évident d’expliquer ce genre de chose, je ne sais pas pour toi, Paulo…
Paul : C’était plus facile pour Memoriae, mais là, l’Ep est plus éclectique. Ce n’est pas vraiment du metal, mais c’est un peu plus costaud que du rock, avec des textes en français et en anglais – il y en a un peu dans certaines des compos, mais ça reste des parenthèses. On n’a pas les codes du metal, notamment la voix qui a plus une diction hip hop sur certains passages. Ca reste de la fusion sur certains titres.
Si vous deviez maintenant ne retenir qu’un titre de Demain c’est loin pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est aujourd’hui Ravens Crew, ce serait lequel ?
Seb : J’hésite entre God bless America et Génération pardon…Génération pardon, je ne suis pas objectif… Je crois que c’est le dernier morceau qu’on a composé, le plus récent, et, du coup, il prend une tournure que j’aime bien. Je trouve qu’il est bien lourd. Je prends pas mal de plaisir sur ce morceau où je fais les chœurs. Je ne sais pas si je suis objectif, mais je pense que ce serait celui-là. Ce ne serait pas forcément le choix le plus stratégique parce que le morceau pour lequel les retours sont dingues et qui fait mouche à chaque fois, c’est God bless America, peut être plus accessible.
Paul : Pour moi, ce serait God bless America parce que Génération pardon ne fait pas l’unanimité au sein du groupe, contrairement à God bless.
Seb : La réponse de Paul est bien mieux que la mienne !
J’ai bien compris, Paul, que tu arrives avec la plupart des compos et qu’Arnaud se charge des textes. Avez-vous, vous, les instrumentistes, votre mot à dire en ce qui concerne les textes ?
Seb : Oui. Dès qu’un morceau est structuré. Arnaud va d’abord chercher une structure vocale, un chant à placer, et dès qu’il a un texte d’écrit, il nous le propose. On peut avoir des choses à dire dessus, même si généralement on est plutôt d’accord. Quand on discute, c’est plus sur le fait de rajouter un couplet qu’autre chose ou Arnaud qui nous demande plus de place et on rajoute un pont ou un couplet…
Je n’ai pas les paroles sous les yeux mais j’ai l’impression qu’il y a une forme d’engagement. Y-a-t-il des thèmes que vous n’aborderez pas parce qu’ils n’ont pas leur place au sein de Ravens Crew ?
Seb : Ah, c’est marrant comme question ! On nous la pose plus dans l’autre sens d’habitude ! Je ne sais pas s’il y a des sujets qu’on n’aborderait pas, c’est la première fois que quelqu’un nous pose cette question. Je pense qu’on se permettrait d’aborder tous les sujets qui nous semblent pertinent et qui sont validés par le groupe.
Paul : Et il y en a peut-être qu’on n’aborderait pas parce qu’on ne les a pas en tête !
Seb : On touche des sujets qui peuvent, pour certains, être sensibles. Quand on parle d’éducation, de société, d’écologie, ce sont des thèmes, des facettes assez intimes de l’opinion de chacun. On ne donne pas de leçon, mais on dresse des constats.
Un groupe de rock, ça ne vit pas de sa musique. Quelles sont vos autres activités professionnelles ?
Seb : Moi, je suis responsable logistique dans un groupement d’intérêt public.
Logistique en transport ou dans l’orga interne ?
Seb : Tu sais, le gars qui a toutes les clés, les passe-partout et qui vérifie que tout fonctionne, qui prend les rendez-vous pour réparer la chaudière… Fred, à la batterie, il est technicien dans un théâtre. Ce qui explique aussi que, cette année, il n’a pas fait un seul concert avec nous. Il a été remplacé par Johann parce que, chaque fois, il devait bosser. Johann a fait un travail de fou, il fait partie du crew mais pas du groupe et il a assuré comme un dingue ! Chris travaille dans une banque, Arnaud est éducateur sportif, et Paul…
Paul : Moi, je ne fais que de la musique, je me fais filmer pour des tournages autour de la pédagogie et je fais du studio. Tout ce qui me permet de gagner ma vie avec la musique.
Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Ravens Crew ?
Seb : Oh, putain…
Paul : Un pour tous et tous pour un !
Oui, mais vous êtes cinq !
Paul : Mais il y avait Albert, le cinquième mousquetaire (rires) !
