EXCEPT ONE: Broken

France, Death/Black metal (Autoproduction, 2022)

Amis de la poésie, bonjour. Janvier n’est pas encore échu, il est donc encore temps d’accompagner cette nouvelle chronique de nos vœux les meilleurs, vous souhaitant une année 2022 chaleureuse et douce. Tout le contraire de ce que nous promettent les Français d’Except One avec leur nouvel album, le très brutal Broken. Les ambiances sombres cachent une forêt d’explosions et de règlements de comptes en bonne et due forme. Mais attention, sous cette apparente brutalité gratuite se cachent d’autres choses. Le groupe travaille incontestablement ses mélodies autour de nombreux changements de rythmes, passant d’une sombre lenteur à une lourdeur et une vélocité sans pareils. Jouant sur les thèmes imposés par certains titres (In nomine et ses chants de monastère, Silent scream qui est tout le contraire de silencieux, Still alive qui nous rassure en presque fin de parcours…) le groupe fait preuve d’une parfaite maitrise musicale, et parvient à faire en sorte que les pied frappent le sol tel des marteaux piqueurs cadencés. Estelle hurle à s’en décrocher les poumons et les amateurs du genre sauront apprécier. Quatre ans après Fallen, Broken vient brutalement rappeler que Except One est bien vivant. Ni tombé, ni cassé.

Interview: TRANK

Ils ont osé! Après à peine un (superbe) premier album, ben… vous savez quoi? Les quatre Trank, ils (oh, facile le jeu de mots pourri, mais j’assume!) ressortent The ropes en une version dite Monolith composée de l’album original pour ceux qui l’auraientt raté et d’un second sur lequel on trouve des remixes version généralement électro (mais pas que) de certains titre dudit premier effort. Même si Metal Eyes est revenu sur cette édition (chro ici), une question se pose: pourquoi aussi tôt? Il fallait en découvrir le pourquoi et le comment, ainsi que le comment du pourquoi , chose qui se fit avec Johann, le batteur le 20 décembre dernier qui nous explique que « l’idée de faire une version deluxe, on l’avait dès le départ, avant la sortie de l’album. On se disait que de moins en moins de gens achètent des albums physique alors tant qu’à faire, offrons leur quelque chose qui soit le plus riche possible, une version un peu plus élaborée (…) Pour le CD bonus, on avait plusieurs options, dont faire des versions acoustiques des morceaux. Et, ne fait, assez rapidement après la sortie de l’album, on a été contactés par des producteurs électro nous disant avoir entendu tel titre et vouloir en faire un remix. On dit quoi par rapport à ça? Bien évidemment, on a dit Oui! Au final, 4 producteurs extérieurs ont retravaillé les morceaux et quand on a entendu le résultat, ça nous a beaucoup plu, ça donnait une relecture différentes des versions originales et ça marchait très bien. On s’est dit qu’on n’allait pas refaire un album entier de remixes faits par d’autres – déjà il faut les trouver les autres, et jusque là, c’est les autres qui sont venus jusqu’à nous et ça nous allait bien – donc on s’est dit qu’on pouvait s’y mettre. Michel, notre chanteur, est un énorme fan de tout ce qui est claviers, électronique, etc. Il s’est mis aux manettes, et on a commencé à travailler en se disant qu’un jour, ce serait pas mal de faire une version comme ça de ce titre. Si ça marche, on garde, sinon, on passe à autre chose. En tout cas, ça n’était pas un calcul, ça s’est fait naturellement. Quand on nous a proposé de faire des remixes, chose à laquelle on ne s’attendait pas du tout, on a trouvé l’approche intéressante. La plupart des gens qui nous écoute a une culture musicale très variée, et ça nous va très bien de ne pas être catalogués dans une case restrictive, on s’est dit qu’on pouvait pousser le curseur plus loin. »

Quel regard les musiciens de Trank ont-ils porté sur la création de ces nouvelles versions? « Les gens sont venus à nous nous disant être intéressés par tel morceau. On a eu une ou deux discussions avec eux pour avoir une idée de ce qu’ils voulaient en faire, une idée vague. Mais chacun a fait à sa sauce. Les 4 qui nous ont proposés des remixes, à chaque fois, la première version, on leur a dit qu’on adore. C’est plutôt bon signe. » Ok, c’est bien beau, mais y a-t-il eu des morceaux que Trank ait refusé parce que ça ne le fait pas? » Non, en revanche il y a un remix, la première version qui nous a été proposée on lui a dit qu’il pouvait aller encore plus loin, s’écarter encore plus de l’original. Au final, si la musique fonctionne, peu importe si ça ressemble à notre musique d’origine. Si ça marche, ça marche! »

En effet, certains remixes sont totalement exploratoires, mais l’ensemble reste surprenant. « C’était le but du jeu… Si c’est pour faire une version où on change deux trucs, ça ne sert pas à grand chose. Que ce soit nous ou des producteurs externes, on a pris les pistes de base et on est repartis de zéro en nous demandant comment on pouvait retravailler le son, les ambiances. C’était un travail intéressant. L’électro, il n’y a pas beaucoup de guitares, ou de batterie, il y a du rythme et c’est souvent « basique » – et je dis ça dans le bon sens du terme. Une fois que tu enlèves ça, il reste quoi? Comment garder l’intérêt de l’auditeur afin qu’il ne se dise pas « j’aurai bien aimé un peu plus de ça » mais qu’il prenne le morceau tel quel. » Force est de constater que le projet est une réussit. Quiconque a craqué pour l’album original se penchera sur les nouvelles versions et devrait se laisser emporter par ces versions électro et revisitées.

Chacun remarquera que seuls certains titres sont remixés, certains deux ou trois fois. « Les titres finalisés sont sur l’album, d’autres ne sont pas terminés parce qu’on pensait que ce nouveau traitement n’était pas assez bon pour finir sur l’album. Mais on travaille comme ça sur les albums dits classiques. On ne va pas composer 50 chansons, les enregistrer pour n’en garder que 15 sur album. L’écrémage se fait au fur et à mesure. Il y a certains morceaux qui sont toujours dans les tiroirs depuis 3,4 ou 5 ans. Il y en a certains, il y a une idée intéressante mais on n’a toujours pas trouvé le truc. On les met de côté, on les réessaye plus tard. Pour les remixes, comme pour les originales, si au départ il y a un peu de prise de tête pour se demander ce qui marche c’est probablement que, au départ, l’idée n’est pas bonne….Les bons morceaux, chez nous, se composent assez vite. Je ne dit pas que c’est facile, simplement que ça nous inspire tous les 4. »

On ne pourra que remarquer que, au-delà des chansons, c’est tout le visuel qui a subit un lifting. La pochette passe du blanc au noir, comme un effet de négatif. Apparaissent même quelques signes « cabalistiques » qui ne sont pas sans évoquer Led Zep. Levons le mystère sur la signification de ces symboles: « Les deux design sont l’œuvre d’Alban Verneret, notre directeur créatif qui travaille avec nous depuis 4 ans, qui nous a fait 5 clips. Il avait créé ces 12 icones, une par chanson, mais elles étaient un peu cachées dans le livret de la version originale. De façon assez discrète. On s’est dit, pour la version Monolith, que ce serait sympa de les voir plus. J’aime l’idée de pouvoir (il sourit) créer un alphabet pour Trank… Vous avez 12 symboles qui, aujourd’hui, représentent l’univers de Trank. Il y en aura d’autres par la suite – en tout cas, des chansons, c’est sûr, des symboles, on ne sait pas, mais l’idée nous plait bien« . Lorsque je lui suggère l’idée de remplacer les titres des chansons de leurs setlists par ces symboles, ce qui serait sympa pour ceux qui les photographient au début des concerts, Johann se marre. « C’est une très bonne idée, je n’y avais pas pensé… « Ils parlent quoi comme langue ces gens »… »

Un remix qui puisse être représentatif de ce Trank version remix, un titre qui convaincrait un non amateur d’électro de se plonger dans ces versions? « C’est une question difficile… Je dirai Shining. J’ai un faible pour cette version. D’une part parce que c’est Michel, notre chanteur, qui l’a faite à peu près du sol au plafond, et aussi parce qu’il y a un côté assez électro mais pas agressif comme on peut parfois l’avoir dans l’électro. Un truc sur lequel on peut sautiller mais pas forcément quelque chose qu’on doit écouter à 4h du mat’ en rave party avec 18 grammes dans le sang! Je vais même me permettre une entrave à ta règle: le dernier morceau, Refugee, qui lui aussi a été fait par Michel, pour les gens qui n’aiment pas l’électro, c’est une version assez orientale. Au départ, Refugee, c’est des samples de gens qui communiquent par radio des années 70, les boat people, au même type de communication en 2015 avec les migrants. 40 nas d’intervalles et les mêmes discussions. Je trouve qu’avoir ajouté ces arrangements orientaux, avec des instruments africains, nord africains, ça donne une couleur supplémentaire, et j’aime beaucoup celle-là. »

Question finale désormais habituelles, quelle devise Johann peut-il imaginer pour Trank? « Alors… La devise que nous avons, qu’on utilise avant de monter sur scène, c’est une devise des samouraïs qui disaient « on n’a rien à perdre, on est déjà morts ». Je sais que c’est un peu morbide, mais ça me convient parfaitement. On est déjà là alors on y va à fond! » Je le rassure en lui rappelant que lors de notre précédente rencontre (oui, une interview en vrai, ça remonte…) c’est déjà ce que Michel avait dit. Ces gars sont fidèles à eux mêmes, même si « on reçoit pas mal de demandes d’interview par mail, souvent d’Angleterre. Parfois, il y a des questions qui se répètent et, souvent, c’est Michel qui y répond. Je vois, au fil du temps, qu’il prend de plus en plus de liberté avec la réponse et maintenant, ça me fait bien rire. » Fidèles à eux-mêmes et fun, Trank est vraiment un groupe à suivre de très très prêt. Vivement la scène! Johann confirme en ajoutant « qu’il y a des nouveaux morceaux déjà prêts, pas encore un album, mais on avance. 2022 devrait, si tout va bien, être une année plutôt sympa. »

 

 

Interview: BALLS OUT

On s’est bien amusés avec les deux Ep entrecoupé du premier album des Frenchies de Balls Out. Du rock sérieux sans jamais se prendre au sérieux, une musique brute, directe et sans fioriture qui valait bien quelques échanges avec le guitariste du groupe, Yann. Balls Out « est né des  cendres d’un groupe que j’avais avec Pat, le chanteur. Le groupe s’appelait Outrages. On a fait ensuite des choses chacun de notre côté et en 2015 on s’est dit que ce serait sympa de refaire quelque chose ensemble. On a rencontré Sonny, notre autre guitariste qui nous a amené Pierre, le batteur, deux amis d’enfance. On a fait une première répète tous ensemble ça  fonctionné et Balls Out est né comme ça« . Rien de plus simple, finalement… Le groupe se retrouve autour d’un hard rock simple et fédérateur. On entend du AC/DC, du Motörhead, mais quelles sont les influences de chacun? « Tous les 4, on a les mêmes influences, chacun avec ses madeleines de Proust. Pat est un fan  des Beatles, Pierre aime plein de choses qui vont de Jeff Buckley à Kiss, Sonny est plutôt branché Black Sabbath, Zakk Wylde, moi je suis plus hard rock basique traditionnel. On arrange tout ça à notre sauce et ça donne Balls Out. En fait, on fait ce qu’on aime, et on aime ce qu’on fait« .

Le résultat, c’est un premier Ep bientôt suivi d’un album à la pochette déjantée. Avec ce Let me in (I know someone inside), on a découvert un groupe fun et sans prétention. Quels en ont été les retours? « On a eu des retours très positifs, la presse l’a aimé, ce qui nous a vachement motivé pour donner encore plus, ça nous a boosté pour faire ça. »

Le dernier Ep du groupe, Get dirty vol. 1 vient de sortir et il est bien sous titré « Vol. 1 », ce qui laisse penser qu’il y aura une suite. C’est aussi la seconde fois que le groupe sort un Ep. Pour quelle raison choisir ce format? « On voulait revenir à ce format parce que ça va nous permettre de continuer à bosser sur une trilogie, de proposer quelque chose régulièrement et faire en sorte qu’on parle de Balls Out sur une période relativement longue et de bosser, de se retrouver en studio. J’aime beaucoup le studio, c’est là que naissent les idées de dernière minute. On trouvait bien de faire une trilogie avec une ligne complémentaire, d’autant plus qu’on est dans une période assez compliquée en ce qui concerne les concerts. Comme on ne sait pas triop où on va, ça nous permet de nous mettre à fond dedans. Continuer à ne pas faire de musique comme ça a été le cas ces deux dernières années, ce n’est plus possible. » Un des quatre titres, Get dirty (wild and nasty), est chanté en duo avec Rusty Brown, le chanteur des Australien d’Electric Mary. Comment est née cette collaboration? « On a joué avec Electric Mary en 2019 au Grillen à Colmar, le courant (NdMP: Oh, le jeu de mot avec le nom du groupe!) est tout de suite passé, surtout entre Pat et Rusty. on est resté en contact. On avait envie d’avoir un guest sur un titre et on lui a demandé. Et ça s’est fait comme ça. Ca tombait bien parce qu’à ce moment-là, il était en studio« .

Comment le groupe compose-t-il? Est-ce un travail collaboratif où chacun apporte des idées ou est-ce l’un des membres qui propose? « Non, c’est u  travail vraiment collaboratif même si c’est Pat qui se charge des paroles. C’est son boulot. Pour la musique, c’est nous 4, même si c’est nous, les guitaristes qui apportons les idées de riffs, mais on finalise à 4. Parfois, on arrive en répète avec une idée et on se rend compte que ‘est de la merde tout comme on peu gratter un truc et se dire que ça ferait un bon morceau, et on bosse dessus tous les 4. Chacun a son avis, on ne veut pas d’un seul qui gère tout. Chacun donne son avis. Même le batteur, on est sympa! » (rires).

Justement, quel titre Yann me ferait-il écouter pour me convaincre de découvrir Balls Out? « Je dirais Big load, parce qu’il y a un peu de tout dedans. Des breaks de batterie, des solo de guitares et un bon rif sur un accord de La qu’on adore. Je le trouve assez représentatif de notre esprit. Et puis Big load – je ne vais pas vous le traduire… Il y a plein de sous entendus dans ce morceau et ça entretient le fait qu’on s’éclate sans se prendre au sérieux. Une musique qui fait bouger la tête quand on l’écoute. »

Il s’agit d’une trilogie, le groupe voulant travailler sur la durée. La suite est-elle déjà composée? « Le 2, oui, le 3 est en démo. On ne veut pas répéter la même chose sur les 3 volumes, mais les suivants devraient sortir l’année prochaine. On va bientôt entrer en studio pour le volume . On aimerait bien avoir des invités, il faut voir si c’est faisable et si les gens sont OK pour participer. »

Lorsque je rappelle à Yann que d’autres groupes ont voulu tabler sur le format Ep pour travailler sur la durée et que le résultat s’est soldé par « on n’a pas fini » (je pense notamment à Skid Row dont on attend toujours, depuis 2014, le dernier volet de United world rebellion, ou encore aux copains de feu Wild Dawn qui prévoyaient la même chose depuis leur Bloody Jane’s Shore), sa réponse est hésitante: « Ne parlons pas de malheur, nous ne sommes pas – heureusement ou malheureusement, je ne sais pas – Skid Row. Mais il n’y aura pas de souci là-dessus, il n’y a pas de raison, tout va bien. Et on ne sait pas trop où on va au niveau des concerts. Donc on en profite pour travailler. On n’a donné qu’une date de concert, le 24 mai à Lyon en première partie de Nashville Pussy au Rock and Eat. On croise les doigts pour que d’autres se rajoutent. »

Terminons avec l’incontournable question copyrightée Metal-Eyes: quelle pourrait être la devise de Balls Out? « La devise du groupe? Sortons nos couilles les gars et montrons que nous aussi on en a! » Déception pour moi qui pensais que Yann me dirais ce qu’il y a au dos de cet Ep « We gonna rock forever, we gonna roll or never »… « Ca rejoint un peu ça, quand même. Ce sont les paroles de El guapo gonzo qui rejoignent un peu ça » veut-il me rassurer.

En attendant que les concerts reprennent, guettons les dates de concerts et régalons nous de ce premier volume de   pour une belle déflagration de rock’n’roll pur jus!

Entretien effectué via Skype le 0 décembre 2022.

AFTER US: Breaking the dark

France, Rock (EP, autoproduction, 2021)

Originaire des Yvelinnes, le quintette rock After Us sort en cette fin d’année son premier Ep, Breaking the dark, qui sonne comme une jolie promesse. En quatre titres, le groupe passe par une pop énergique avec les deux premiers titres, Home again qui peut parfois évoquer Toto et City lights, avant de s’engouffrer dans un univers plus énergique, très rock, qui s’approches parfois du metal, avec les deux suivants, Get out et Last goodbye, deux morceaux qui rentrent dans le tas. Bien fait, joliment mis en son, cet Ep pourrait tracer un beau chemin à After Us si le groupe confirme rapidement avec un album aussi ouvert et énergique. Une belle découverte de fin d’année que ce disque.

SWEET NEEDLES: Tormenta

France, Rock (Autoproduction, 2021)

C’est frais et puissant, direct et quelque peu irrévérencieux, varié et énergique. ça s’appelle Tormenta et c’est le premier album des Français de Sweet Needles. Le groupe, qui réunit les jumeaux Bonnot – Oscar (chant) et Arthur (guitare) – Simon Dagallier (guitare), Arthur Calonne (basse) et Hippolyte Bordes (batterie), a vu le jour au début des années 2010. Certains ont pu les découvrir au trabendo de Paris en ouverture de Pop Evil en 2019, d’autres par le biais de leurs publications précédentes entre démo et Ep. Le style est un mélange de rock, de punk, de metal, l’ensemble chanté, scandé et, parfois, hurlé, mais, toujours, l’ensemble se tient. La ligne directrice est clairement tracée par la recherche d’énergie, celle qui fait bouger et qui interpelle. Tormenta, c’est un recueil de 11 titres « qui le font » et qui forment une superbe carte de visite.  Sweet Needles n’invente rien mais propose une musique originale qui intègre totalement les influences de ses musiciens pour les transformer en un son à la fois neuf et traditionnel. En cette fin d’année, c’est une très belle découverte à conseiller.

BENEATH MY SINS: An acoustic journey

France, Folk/Symphonic metal (Autoproduction, 2021)

Une expérience acoustique aussi tôt dans une carrière c’est original. Beneath My Sins propose avec An acoustic journey – part 1 une expérience aux limites du symphonic, plus proche du folk. Les influences scandinaves sont évidentes – l’appui de mots simples en guise de rythme « refrain » sont efficaces ainsi que certains instruments qui sonnent très « vikings » – et efficaces. L’ensemble est joyeux, porté par la voix douce d’une Emma Elvatson – qui, cependant, parfois devrait éviter des vocalises trop haut perchées qui peuvent devenir, agressives voire irritantes – pas mon style, en tout cas. Reste que flute, chant (non aigu), cordes, percussions et rythmiques sont entêtants et envoutants, une invitation à un voyage en terres accueillantes et chaleureuses. Cet album, c’est aussi le résultat de la pandémie: le groupe a su tirer profit de cette période pour découvrir de nouveaux instruments, à l’instar du co-fondateur Clément Botz (guitare) qui a travaillé de nouvelles pratiques avec le concours de Metteo Sisti (Eluveitie). Ne pas subir et avancer, explorer, tester, c’est ce que nous offre Beneath My Sins avec ce An acoustic journey exploratoire qui saura séduire les fans du genre. Notez qu’il ne s’agit que de la première partie du projet qui en appelle d’autres. A suivre donc.

ETERNAL FLIGHT: Survive

Power metal, France (Metalpolis, 2021)

Première chronique sur Metal Eyes d’un album de Eternal Flight. Les Haut-Savoyards reviennent avec Survive, un cinquième album puissant et déterminé. Les guitares speedent emportant dans leur sillage un chant mélodique aux envolées efficaces. L’introductif We will rise again est explicite: le désormais quatuor n’a pas dit son dernier mot et se veut toujours aussi conquérant. Gérard Fois (chant et guitare) reste seul maitre à bord et dernier survivants de la formations d’origine. Entouré d’un second guitariste – Thomas Ducrot – et d’une section rythmique qui connait les ficelles du genre sur le bout des doigts (le bassiste Cédric Nguyen et le batteur Thibaud Pontet). Doté d’une production et d’un livret (signé, non, non, pour une fois, non… ici elle est signée Giannis Nakos) soignés, l’ensemble alterne entre passages rapide et tempi plus passe-partout. Si les Rhapsody, Angra et consort sont à la fête, il y a de jolis clin d’oeil faits à Maiden, Priest ou encore Accept. Ok, certains argueront que ce style pourrait être dépassé, mais non. La passion et la foi font le job. Eternal Flight sait ne pas se répéter maintenant ainsi l’attention de l’auditeur avec des titres épiques, heavy, un chant varié – de grave et profond à haut perché – et des univers rassurants dans ce style (d’Orient ou d’heroic fantasy). Maintenant, il manque un je ne sais quoi qui ferait passer cet album d’agréable retrouvaille à superbe soirée. Et un album tous les 4 ans peut-il faire le job? Reste que Survive, le bien nommé, est un album plus que plaisant qui se laisse écouter avec aisance et détachement.

SYNAPSE: Singularities

France, Rock (Autoproduction, 2021)

Un peu de prog aux relents jazz, ça vous tente? C’est le programme que nous promettent les Franciliens de Synapse tout au long de leur album Singularities. Composé de 9 titres, ce premier album fait suite à un Ep sorti en 2019, l’année de l’arrivée de Thomas au chant. Avec Singularities, le quatuor a « voulu quelque chose de plus rock, se rapprochant du metalcore parfois. c’est d’ailleurs pour ça qu’on a fait appel à Pierre Danel de Kadinja » groupe dont le guitariste Pierre « a bien kiffé les morceaux et a apporté le piment nécessaire, même si tout était déjà composé« . L’album se distingue cependant par la variété des tonalités proposées. Allez, en dehors du chant anglais que j’ai franchement du mal à comprendre, Synapse propose un rock léger et aérien. Puisant autant dans le rock progressif de haute volée que dans des tonalités plus pop, les guitares hypnotiques et la rythmique entrainante accompagnent l’auditeur vers des univers à la fois familiers et novateurs. Il règne ici un esprit festif 60’s, là une ambiance plus 80’s, d’autres moments puisant dans le jazz… Synapses – vous savez, ces espaces vides entre les neurones – s’amuse avec ses influences. Roam, par exemple, navigue entre ces univers a priori contradictoires mais pourtant complémentaires. Le groupe voulait « un son actuel, de notre temps. Avant, j’étais dans un groupe qui criait beaucoup plus. Il a fallu que je travaille ma voix pour le chant clair, j’ai voulu apporter beaucoup de timbres différents« . Cette variété va du chant rappé – sur Brand new sky – à des choses plus puissantes, presque hurlées – 3000 ou Rage. On sent la diversités des influences « de Dream Theater au jazz – on aime vraiment beaucoup le jazz. On a vraiment mis tout ce qu’on aime dans ce disque, avec un son moderne« . On pourrait imaginer voir s’installer l’ennui, des groupes comme Dream Theater et le jazz étant souvent considérés comme « intellectualisant » leur musique, mais non, les mélodies sont accrocheuses et donnent envie d’en connaitre plus. « On se définit comme prog, mais on veut des mélodies catchy. Les structures ne sont pas rocambolesque, ça reste assez « droit »: couplet, refrain, ce qui donne un aspect pop. On oublie le côté intellectuel« . Mais si on évite les termes « metal, jazz ou rock » comment Thomas définirait- il la musique de Synapse à quelqu’un qui ne connait pas le groupe?  » Oula! Je lui dirais que c’est éclectique et « écoute, tu vas forcément trouver quelque chose qui te plaira ». c’est tellement varié qu’on ne s’adresse pas qu’à un public. Oui, je lui dirai de choisir une chanson et d’écouter« . Ben, justement, laquelle choisirait-il, lui, pour m’expliquer ce que fait Synapse en quelques minutes? « Brand new sky, c’est la chanson qui définit le mieux le style. Il y a un riff sec, des influences qui sortent de nulle part, il y a du rock, un passage flamenco, du chant rappé, crié, des envolées lyriques, du piano… Il y a tout, c’est le centre de l’album! » Un album prometteur qui, en effet, regorge de styles et d’influences et propose des morceaux attirants et entraînants. Sérieux sans se prendre au sérieux, Thomas conclut avec la devise qu’il imagine pour son groupe: « restez connectés mai pas trop« . On le comprends

 

Les propos de Thomas Valentin (chant) on été recueillis le 25 novembre 2021.

ABBYGAIL: Still burning

France, Hard rock (Autoproduction, 2021)

Les Abbymen, c’est ainsi que se nomment les membres du groupe nordiste Abbygail qui revient avec un troisième album. Après Electric lady (2017) et Gun control (2019), voici que déboule le sobre et très rock n roll sans fioriture Still burning. Composé de 12 titres inspiré du rock et du hard des 70’s – l’ombre d’un AC/DC early days plane au dessus de ce CD – le quatuor démarre fort avec Watchman of darkness. Les pieds battent le rythme et le corps bouge en cadence.  Sans aucun doute possible, Bertrand Roussel (chant), Luke Debruyne (guitares), Pascal Roszyk (basse) et Anthony Deron (batterie) ne cherchent pas à réinventer la machine à courber les bananes (si, si, un brevet a été déposé! Je crois…) mais bien à se faire plaisir. Simplement, et directement en respectant les règles du genre, production comprise. Le son est propre et clair, chaque instrument ayant sa place tout au long des Magic finger (coquin, ce titre…), Your favorite fuck buddy (aussi…), The enemy you love to hate… Simple, direct et efficace de bout en bout, cet album ne souffre que, selon moi, d’un manque de puissance vocale. Attention, le chant est agréable, mais un peu de rage supplémentaire rendrait sans doute plus encore justice à ces gouailles d’alors, celles de ces voix forgées à coup de râpe à fromage et clopes et apporterait une puissance supplémentaire à l’ensemble. Mais ce n’est qu’un détail au regard des qualités générales dispersées tout au long de ce nouvel effort collectif d’un groupe que l’on voudrait aussi voir sur scène. Rock on!

TRANK: The ropes – monolith edition

France, rock (M&O, 2021)

Ils osent tout ces gars de Trank! Un album à peine et voici déjà une version de The ropes en « monolith edition » dotée du CD original – je vous en rappelle tout le « mal » que j’ai pu en écrire ici même? – et d’une seconde galette composée de versions alternatives, étonnantes et originales de certains morceaux de l’album. Plutôt que de reprendre l’ensemble des titres de The ropes, Trank a sélectionné des remix variés, travaux de divers ingés son, DJ et tripoteurs de manettes. In troubled times est ainsi revisité deux fois, tout comme Take the money and run ou Bend or brake.  Quel intérêt me demanderez-vous? Eh bien, ceci: Trank propose des versions alternatives plus techno, plus indus aussi sans pour autant renier son propos d’origine. Alors, certes, il faut être amateur de ces styles plus hypnotiques et « dancefloor » pour totalement adhérer à la démarche. Et reconnaissons que c’est un excellent moyen de s’attirer les faveurs d’un public de boites de nuit! Mais pas que, écoutez cette versions très rock/indus/punk – j’y entends même un peu de The Clash – de Take the money and run dans sa version police and thieves, sa basse et son rythme irrésistibles! Ceux qui, comme moi, ont craqué pour The ropes seront forcément interpellés par ces versions alternatives, qui, avouons le, me séduisent assez. Force est de reconnaitre que Trank a une approche originale et joliment décalée de sa musique – et ça fonctionne comme pas deux!