OVER NEMESIS: Wink

Heavy metal, France (Music records, 2018) – sorti le 31 août 2018

A la première écoute de Wink, ma réaction ne se fait pas attendre longtemps: ok, c’est du metal, mais le mec, ben il hurle… Encore un… Et puis, une seconde écoute, après avoir lu le dossier de presse qui précise que Over Nemesis, inspiré par le hard des années 70 à 90, s’adresse aux fans de Led Zeppelin, Black Label Society et Black Stone Cherry. Allez, second essai. Le morceau introductif est simple, le batteur frappant ses cymbales à la manière d’un John Bonham, puis, la guitare heavy et déterminée de Vault of blindness fait écho avant que ne résonne le chant rageur de Nicolas, fondateur du groupe. 70’s? Bof, mais le propos est si heavy et direct que je me laisse entrainer. Et puis vient ce Mario & Sergio aux relents d’un AC/DC doublé de Nirvana, la guitare évoquant Hell’s bells et le chant, un Cobain torturé. Puis Accross the star me surprend: le morceau démarre avec une cloche. ENcore, me dis-je? Je reviens en arrière, puis débute chaque morceau pour me rendre compte de cette originalité: chaque chanson de Wink débute avec cette même cloche, fil conducteur de cet ouvrage finalement plus que sympathique. Les guitares sonnes comme celle d’un certain Zakk Wylde, les rythmes sont variés, les riffs rageurs et entraînant. Difficile, au final, de ne pas se laisser emporter par ce tourbillon efficace qui laisse une joli place à la mélodie et à la puissance. A découvrir, il est encore largement temps.

 

JIMM: Distorsion cérébrale

France, Rock (Juste une trace, 2018) – sortie le 30 novembre 2018

Avec déjà deux albums au compteur (Jimm en 2013 et In(can)décence en 2015) Francis Caste et Fred Duquesne, le guitariste chanteur Jimm revient en 2018 avec un troisième album, Distorsion cérébrale. Composé de  11 titres, ce disque, foncièrement rock, explore différentes facettes énervées du genre. Les thèmes abordés sont sérieux et sombre, allant de la politique à la religion, Jimm éructant ses paroles à la manière d’un Brel du rock, enragé et engagé. Si Ton blues dans la peau et Je ne veux jamais vieillir sont plus personnels, Jimm s’emporte littéralement sur les aspects politiques avec L’ivresse du pouvoir, Prêt à penser ou Nos élites, titres sur lesquelles ressortent quelques influences punk bienvenues. Prisonnier de dieu semble inspiré par les tragédies de 2013 et toute forme de violence commises au nom de dieu. « Mais dieu n’existe pas » comme le chante, le plus simplement du monde et avec conviction, Jimm. Pas sûr que ça plaise à tout le monde, mais on reste dans un pays libre et laïque, ou la liberté de pensée et d’expression restent sacrées. Si le rendu est entraînant, une certaine naïveté se dégage de l’ensemble, faisant de ce disque une oeuvre simple et vraie. Pas de prise de tête, du rock, franc et direct. Comme cela devrait l’être tout le temps.

FOREST IN BLOOD: Pirates

Thrash/Hardcore, France (Autoproduction, 2018)

Forest In Blood est un groupe parisien formé en 1998 qui nous revient aujourd’hui avec Pirates, son… second album! Dans sa bio, le groupe note s’être formé l’année où l’équipe de France de foot devint championne du monde. Nous ne pourrons que remarquer que ce second album arrive alors que la France a remporté sa seconde étoile… Y a t-il un lien de cause à effet? Rien n’est moins sûr tant les goûts musicaux de nos joueurs sont à l’opposé de ce que nous propose Forest in Blood qui puise son inspiration dans le thrash de Slayer ou de Metallica (certains éclairs rouge sang de la pochette ressemblent à s’y méprendre au M des Horsemen…) et dans le hardcore d’un Hatebreed débridé. Les rythmiques sont d’une réelles efficacité, de celle qui fait taper du pied, et si je dois relever un défaut, c’est la redondance des guitares. Les riffs, à quelques exceptions près, semblent se répéter, parfois (écoutez les intros de My dues et Black parrot) même être identiques. Pourtant, ça marche, et le chant enragé provenant de la gorge profonde de Eric Florentin accompagne avec une brutalité défouloir les guitares rageuses de Barthélémy Vaudon et Hervé Marguet. La section rythmique, jamais en reste est à l’avenant (la basse vrombissante de Pierre Acedo soutient la batterie guerrière de Cédric Sénéchal). Heureusement, FIB nous offre également quelques intermèdes plus légers bien que pas forcément indispensable. Qui s’étonnera dès lors de lire que la production est signée de l’incontournable Francis Caste, un des meilleurs producteurs metal de son temps? Pirates est un de ces albums qui risque fort de prendre toute sa mesure sur scène. A bon entendeur…

DROP DEAD: Mayhem Inc.

Hard rock, France ( Autoproduction, 2018)

Les amateurs de hard rock un peu vintage et glam vont être aux anges. Des guitares qui crissent, des riffs entraînants, une rythmique franche et directe, une voix forgée aux clopes et au whisky… Voilà quelques uns des ingrédients qu’on retrouve tout au long de ce Mayhem Inc., le nouvel album des Français de Drop Dead. Le groupe puise son inspirations dans le gros son du southern rock, dans l’irrévérence du punk, un peu de tendresse ci et là, et s’amuse avec ce qui fit les beaux jours des 80’s et une partie des 90’s, version heavy ou grunge américains. Sans aucun doute, d’ailleurs, le quatuor lorgne-t-il secrètement vers de lointaines terres outre-Atlantique. Drop Dead réserve même quelques surprises et étonnement comme ce Anarchy qu’on aurait, a priori, imaginé violent. Mais non, c’est le contraire. Les Taste of money, Fuck you (I’m a rock star), Path to the reason et autres High school font taper du pied, inlassablement. L’ensemble est attirant, séduisant même, et ne laisse pas indifférent l’amateur de riffs couillus, d’effets wah wah et de morceaux francs et directs. Un album à découvrir, et un groupe prometteur à soutenir.

FUNNY UGLY CUTE KARMA: Before it was cool

France, Metal varié (EP Autoproduit, 2018)

Pour les amateurs de metal made in France, le nom d’Adeline Bellart devrait être familier. Après avoir enregistré deux albums et donné un bon paquet de concerts avec Asylum Pyre, groupe qu’elle quitte en 2016, la chanteuse s’éprend des talents et de la folie douce de Dorian Gilbeau, guitariste et bassiste avec lequel elle fonde Funny Ugly Cute Karma en 2017. Cela n’aura échappé à personne: entre l’association des idées et l’acronyme, le projet est sérieux et joue la carte de la dérision. ça tombe bien, puisque ce premier Ep de 4 titres, Before it was cool (3 originaux et 1 reprise, au double sens évident – « Avant que ce ne fut cool » ou « Avant c’était cool ») nous présente quelques facettes de l’univers musical que souhaite explorer le duo. L’agressivité vocale qui introduit On the run est atténuée par le côté cartoonesque de la musique et la douceur vocale d’Adeline. Immédiatement, je pense à la folie douce d’un Avatar. Shelter démarre tranquillement – voix guitare et beat – avant d’alterner avec noirceur et lourdeur et des guitares qui évoquent par instants Tom Morello et ses Rage (Rage Against The Machine et Prophets Of Rage). Nuage de maux, bonne idée, est chanté en français. Mi slam mi enragé, cetet poésie flirte avec la mélancolie et, de nouveau, la folie. Enfin, Radio/video, reprise de System Of A Down vient conclure avec brio ce premier essai qui n’attend qu’une transformation. Une très belle entrée en matière, foncièrement metal mais avant tout exploratrice de sonorités inhabituelles. A découvrir.

THERAPHOSA

France, Metal (Ep Autoproduit, 2018)

Theraphosa, pour les connaisseurs, est un type d’araignée particulièrement dangereuse.  D’où la représentation d’une arachnée blanche sur fond noir de ce second Ep du trio français venu de Chelles (le premier, Inject the venom, est paru en 2012, une éternité! D’où, sans doute, un nouveau départ en ne nommant pas ce disque.) Je ne suis pas connaisseur, donc, je me plonge dans les sonorités de ce disque éponyme qui propose 5 morceaux et découvre une prière en ouvrant le CD, une prière à la reine araignée. Serait-on tombée dans une secte aux malsains rituels? Non, simplement au cœur des aspirations et inspirations musical d’un groupe de rock. Le premier morceau, The king of vultures est un mid tempo presque doom, intrigant et attisant la curiosité. The god within accélère le tempo et propose un riff obsessionnel et hypnotique sur fond de chant guttural, en alternance avec plus de mélodie. Le plus de 6′ passent sans qu’on ne s’en aperçoive. Puis The butcher, avec son chant clair presque a capella, nous entraîne dans un univers tout aussi heavy, au royaume du headbanging. Malgré ses guitares speedées, Obsession se distingue avec un chant presque pop, et surtout très mélodique. Leeches conclue ce disque avec ce rythme imparable, celui qui fait s’agiter les tignasses et taper du pied en cadence. Sans aucun doute un futur classique en live. Theraphosa parvient à se distinguer de ce qui se fait actuellement sur la scène metal, et rejoint les espoirs parmi les groupes français. Prometteur, tout simplement.

FLAYED: III – Empty power parts

Hard rock, France (Overpowered records, 2018)

Avec XI million, son précédent opus, Flayed était parvenu à frustrer quelques auditeurs. Ce disque puissant et superbement rock n roll n’était qu’un « petit » Ep de 5 titres qui en avait laissés quelques uns sur leur faim. Dont je fais partie. Alors autant dire que l’arrivée de ce troisième CD est accueillie avec envie et curiosité. Il aura fallu presque 3 ans au groupe pour nous proposer enfin ce Empty power parts (sur le label Overpowered, fallait le faire, quand même!) et d’entrée le constat s’impose: Flayed est en forme. Les aspirations musicales de Renato – un des chanteurs les plus puissants en France aujourd’hui (chanteur, pas hurleur, soyons d’accord) – et sa bande (Julien, principal compositeur, et Rico aux guitares, Charly à la basse, JP à la batterie et Raf à l’orgue Hammond) – sont telels que jamais aucun des 10 titres ne ressemble à un autre. Puisant dans le rock et le heavy des 70’s et 80′, agrémentant les chansons d’un son résolument moderne, Flayed nous invite à un voyage sonore où se mêle puissance, mélodie, entrain et tendresse. Et confirme au passage ce que dont nous devrions tous nous persuader: la France tient de grandes formations (au hasard, Frantic Machine, Moly Baron, Disconnected, Melted Space ou Highway, bien que plus ancien) et Flayed en est un des illustres fleurons. Alors, on la soutient cette scène?

MONOLYTH: A bitter end / a brave new world

France, death mélodique (Autorpoduction, 2018) – sortie le 25 septembre 2018

L’an dernier au Hellfest, sous Temple, je suis allé jeter une oreille et un oeil au set de Monolith. Uee expérience brève tant l’ennui s’est emparé de moi rapidement. Alors, pensez, quand j’ai reçu cet album, ma première pensée a été « oh, non ». Mais un regard plus attentif me fait comprendre que, visiblement, il ne s’agit pas du même groupe. Non, celui-ci, ce Monolyth, s’écrit avec un Y salvateur! Je glisse donc le CD avec une curiosité attisée dans le lecteur pour y découvrir… du death metal. Premier constat, la pochette de A bitter end / A brave new world peut se regarder dans deux sens opposés. Un joli travail graphique qui me parle. Ensuite, en retournant la pochette, chaque titre est doublé d’un sous-titre genre mini résumé de la chanson. Original. Puis la musique démarre. Je passerai rapidement sur le « chant », style guttural hurlé qui, comme chacun sait, n’est pas du tout mon style, d’autant que c’est assez monocorde. En plus, j’ai la nette impression que l’anglais n’est guère maîtrisé. En ce qui concerne la musique, cependant, les morceaux sont travaillés et réfléchis, les mélodies incontestablement attirantes et efficaces. Monolythe propose avec A bitter end / A brave new world un disque extrême abouti que les amateurs découvriront avec plaisir.

ELYOSE: Reconnexion

Metal, France (Autoproduction, 2018) – sortie le 27 septembre 2018

Pour son troisième album (après Théogyne en 2012 et Ipso facto en 2015), les Parisiens de Elyose profitent d’un troisième album, Reconnexion, pour repenser leur approche musicale et offrir un son à la fois plus brut et direct et des mélodies pensées pour faire mouche. Elyose ne se contente en effet pas de chercher un style qui lui soit propre mais explore divers horizons, du metal symphonique aux intonations death metal, ou encore, à l’opposé, en visant la pop énergique. On reconnaîtra, naturellement l’influence d’Evanescence (le refrain de De tout là-haut semble plus qu’inspiré par un certain Wake me up inside…) ou d’Epica dont le guitariste chanteur Mark Jansen partage le chant sur le très énergique – et chanté en anglais – Psychosis. Les invités sont nombreux, d’ailleurs, puisque figurent rien moins que Raf Pener (T.A.N.K) sur Asyme’trie (qui me semble s’engager sur le terrain de la Syrie – dommage que les paroles ne soit pas plus compréhensibles, une des faiblesses de cet album…), Aurel sur Mes 100 ciels – premier single – ou encore Flo Lemonnier sur Les mots qui me viennent. Varié, enjoué, ce troisième album d’Elyose pourrait faire ressortir le groupe du lot des nombreux challengers, en tout cas, le placer dans le peloton de tête.

SIDILARSEN: Live – In Bikini dura Sidi

Metal, France (Verycords, 2018)

Avec le superbe Dancefloor bastards, paru en 2016, Sidilarsen entame une longue tournée qui célèbre ses 20 ans de carrière. 20 ans, 6 albums studio, un public fidèle(bien que pas assez important à mon goût). Sa tournée a mené le groupe toulousain un peu partout en France, et Sidi se souvient certainement de son passage en Russie, en compagnie de Severny Flot. Mais surtout, le quintette passe enfin au Hellfest en 2017 et immortalise son passage à domicile dans un Bikini blindé (la salle peut accueillir jusqu’à 1500 spectateurs sur 2 niveaux) et survolté. Si le CD comporte – naturellement, même si l’on aurait pu espérer un double CD… – moins de titres que le DVD, l’ambiance est parfaitement captée. Le groupe est au taquet, faisant participer le public qui ne se fait pas prier. Bien sûr, le dernier album est à l’honneur, les autres albums ne sont pas en reste. Naturellement, le concert se termine avec l’indispensable Des milliards et son public invité à s’asseoir avant de sauter symbolisant le réveil de la population. Frissons assurés. Le groupe plongé dans des couleurs bleues, rouges et mauve dominantes, on savoure de retrouver Sidi live, d’autant que les caméras sont autant focalisées sur le groupe que dans le public, véritable 6ème homme de ce concert. Toujours pleins d’énergie, les Toulousains se font plaisir en réservant quelques surprises au public, dont ce solo de batterie de Sam Cancel, accompagné par le bassiste de Severny Flot, Alexander Kulikov, la venue sur scène des furieux Arno et Poun de Black Bomb Ä ou celle de la chanteuse Béra ou, naturellement, de Sabash, venu célébrer cet anniversaire sur Teknotrone. Au delà de ce concert d’un groupe quasi irréprochable, l’intérêt du DVD se trouve dans le documentaire de 72 minutes qui voit les frères Cancel (Sam, donc, et David « Didou », le chanteur) et Benjamin « Viber » Bury, le guitariste/chanteur, ainsi que les autres et plus récents membres Benjamin Lartigue et Julien Soula (guitare et basse) raconter, sobrement, l’histoire de Sidilarsen. On fait ici le plein d’anecdotes, dont l’association avec Psykup et Delicatessen, deux autres formations locales, afin de monter une structures visant à faire avancer les groupes, ensemble. On trouve aussi un bel hommage au premier guitariste, Sabash, sa fidélité et son adoubement de son remplaçant. Hellfest, tournée en Russie, amitiés, équipe… tout y passe, avec émotion et sincérité jusqu’à arriver à ce Sidifest du Bikini, objet de ce live. Un beau document (« dédié au plubic », gag!)qui pose simplement la question: pourquoi Sidi n’est-il pas plus important? Une aventure à suivre pour les 20 prochaines années. Au moins!