Interview: SWARM

Interview SWARM : rencontre avec Antoine (guitare). Propos recueillis à Paris, Black Dog, le 8 janvier 2020

Metal-Eyes : Antoine, tu es guitariste au sein de Swan, et vous êtes présents pour assurer la promotion de Anathema, votre second album paru fin 2019. S’agissant de notre première rencontre, peux-tu raconter l’histoire du groupe ? Je sais que Swan s’est formé en 2012/2013, à Antibes, que votre premier album, Division and disharmony, est paru en 2017 et 2 ans plus tard vous publiez donc Anathema. Quelles sont les autres grandes étapes de votre parcours ?

Antoine : Oui, c’est exact. On a formé le groupe dans ces eaux-là, on a enregistré notre premier album, ce qui nous a pris du temps parce qu’il y a eu pas mal de péripéties…

 

Metal-Eyes : De quell genre?

Antoine : On a eu pas mal de problèmes avec la personne avec qui on enregistrait. L’enregistrement a duré environ un an. Entre-temps, notre premier chanteur a décidé de quitter le groupe, et Rémy est arrivé pendant l’enregistrement. On a fait le mixage chez Sébastien Camhi, studio Art music qui nous a un peu rattrapé le projet qui n’était pas en bonne voie pour plein de raisons. Il s’est retrouvé avec un truc à reconstruire et il nous a super bien rattrapé le coup. On a fait deux tournées pour supporter ce premier album, on a sorti trois clips. On est rentrés en studio en février 2019, chez Sébastien Camhi, où on a enregistré et mixé l’album. On a fait le mastering en Allemagne. On a sorti un premier clip pour le titre Frontiers, et on a fait une tournée en octobre novembre derniers.

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences respectives, et qu’avez-vous mis dans ce second album ?

Antoine : L’idée de base du groupe, dès sa formation, c’était de faire du groove metal. Il n’y a pas tant de groupes que ça qui ont existé dans ce genre, et le peu qu’il y a, c’est soit des très gros comme Pantera, soit des tout petits groupes. Mais finalement, il n’y a pas tant de groupes qui ont développé ce style. C’est dionc une base intéressante pour développer un son varié…

 

Metal-Eyes : Et qui vous sort un peu de l’étiquette metalcore qu’on vous colle assez souvent et qui reste très limitative…

Antoine : Oui, on dit souvent qu’on fait du metalcore, j’aime beaucoup ça, on est pas mal dans le groupe à apprécier ça, pas tous, mais pour moi, le metalcore, c’est plus des groupes comme Killswitch Engaged, et ce n’est pas vraiment notre musique. Nous, on va plus se baser sur des groupes comme Pantera, Machine Head, et faire notre sauce sur ces bases. Après, on a d’autres influences, parfois on va plus dans le hardcore, d’autres fois on est un peu plus prog…

 

Metal-Eyes : Comment avez-vous travaillé ce second album? Notes-tu une évolution, et comment analyses-tu l’évolution entre vos deux albums ?

Antoine : Déjà, on a changé de second guitariste et il apporté sa patte. Au niveau du chant, puisqu’il s’occupe du chant screamé et growlé, et au niveau de la guitare, il a apporté ses influences. Après, au niveau du style en soi, ce qui a changé, c’est que le premier album était assez monolithique. C’était un pavé, beaucoup de batterie au taquet, de doubles croches… et là, on a voulu prendre un peu plus de risque, aérer un peu l’album avec des guitares en retrait sur certains passages, comme le couplet de Frontiers. Plus de guitare clean, aussi, on a fait une power ballad. On a fait des choses un peu différentes et on prend quelques risques. On a fait un premier morceau qui dure 8 minutes, New sun, un morceau à tiroirs, c’est quelque chose qu’on ne retrouve pas souvent…

 

Metal-Eyes : C’est un risqué, pour un jeune groupe comme vous d’ouvrir un album avec un titre aussi long…

Antoine : On en a conscience, oui. Après, ça peut payer  ou pas, maintenant, on a voulu le faire comme ça parce que c’était dans la logique de la composition de l’album. Et le thème de l’intro se retrouve à la fin de l’album, arrangé différemment, ce qui fait une boucle.

 

Metal-Eyes : Si on ne devait retenir que deux mots pour expliquer l’évolution entre ces deux albums, ce serait « plus aéré »

Antoine : Oui.

 

Metal-Eyes : Vous aviez des intentions plus particulières avec ce second album ?

Antoine : Comme je disais, le premier à pose les bases de Swarm. Avec celui-là, on approfondi les choses. Rémy, le chanteur, qui écrit aussi les paroles, avait d’autres choses à dire. C’est un concept album au sens large, qui se base sur la dualité, l’opposition, ce qu’on peut trouver partout : la pochette est réversible avec d’un côté la lumière, de l’autre, le sombre, l’homme qui domine la femme et la femme qui domine l’homme…

 

Metal-Eyes : un côté enchainé, l’autre désenchainé…

Antoine : Exactement… L’idée, était vraiment de travailler là-dessus, même au niveau des paroles.

 

Metal-Eyes : Justement, je n’ai pas tout lu, cependant j’ai l’impression qu’il y a de votre part non pas un engagement politique mais plutôt un constat de l’état de la planète, de l’humanité – ou plutôt, comme je le dis aujourd’hui, de l’inhumanité actuelle. Vous traitez de quoi, plus précisément ?

Antoine : C’est assez bien résumé. Notre but n’est pas de nous engager genre « votez à gauche ou votez à droite ! », c’est plus, comme tu disais, une idée de constat. L’album est basé là-dessus, que ce soit un constat écologique ou sociétal, c’est plus un bilan de là où en est l’humanité en 2019-2020. On se place plus en observateur, du côté des paroles.

 

Metal-Eyes : Sans donner de leçons….

Antoine : On n’est pas là pour  dire aux autres ce qu’il faut faire. On fait des constats, c’est tout. Un morceau comme Frontiers traite des frontières que l’on va se poser les uns les autres. Le clip, qui peut paraitre en total décalage avec la musique – le morceau est assez hardcore, le clip est plus rap 90’s, old schhol – évoque cette idée : casser un peu l’image du méchant metalleux qui est là, dans un garage, qui tourne la tête et qui n’est pas content…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre d’Ananthema pour expliquer ce qu’est Swarm aujourd’hui, ce serait lequel et pourquoi ?

Antoine : Je trouve que Life on hold est un très bon résumé de ce qu’on peut faire, ce qu’on sait faire : il y a un riff principal très groovy, un couplet/riff très entraînant et à côté de ça un pont mélodique avec des soli avec un peu plus d’émotion. C’est un peu l’idée générale du groupe, et il y a une patte un peu différente. Je trouve que c’est une bonne introduction.

 

Metal-Eyes : Un album se défend sur scène : quels sont vos projets de tournée et de concerts à venir ?

Antoine : Alors, on joue au Rock and Eat le 1er février à Lyon, on sera à Nice en mars. On a aussi une date en juillet dans un petit festival dans le Var, et on est en train de préparer une tournée en mai.

 

Metal-Eyes : Vous venez d’Antibes : comment se porte la scène du sud de la France, de la Région PACA, et où vous situez-vous sur cette scène ?

Antoine : La scène de la Région Paca… Ce n’est pas forcément le terreau du metal, mais il y a un public, des groupes aussi. Où on se situe ? On est des petits jeunes en comparaison de groupes comme Heart Attack qui existe depuis un bout de temps, qui font de belles choses, des tournées, des festivals. Mais il y a des salles, un public, même s’il n’en a pas beaucoup. Il y a quand même une vie pour le metal dans le sud. On a pas mal écumé ces scène, on continue de le faire, mais maintenant, on cherche à s’exporter un peu plus, sortir de la région, jouer ailleurs.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait-être la devise de Swarm en 2020 ?

Antoine : Euh… Je dirais « Stay close to the swarm ». Swarm, c’est un essaim, et il y a ce côté un peu fédérateur parce qu’on a tendance, tous, à se tirer un peu dans les pattes alors que, sans aller dans la caricature « on est une grande famille du metal, on est des bisounours », on est souvent dans l’opposition. C’est dommage.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose: l’année 2020 ne faisant que débuter, quelles sont tes resolutions?

Antoine : C’est de ne pas avoir de résolutions, parce qu’on ne les tient jamais ! (rires)

 

Metal-Eyes : Bien vu! Merci beaucoup, plein de bonnes choses avec cet album qui, a priori n’est pas mon genre de musique mais quand je me suis plongé dedans, j’ai eu beaucoup d’agréables surprises.

Antoine : Ben, merci, ça, ça me fait plaisir, avoir des retours d’un public autre que le nôtre de base. C’est super cool.

 

 

CARCARIASS: Planet chaos

France, Metal (Great dane records, 2019)

Réputé pour son passé death technique, Carcariass revient dix ans après son dernier essai. E-xtinction remonte en effet déjà à 2009, et n’est qu’une étape dans un parcours assez chaotique. Planet chaos, clôt avec une efficace brutalité l’année 2019. Portant un regard sévère sur l’état de notre monde, Carcariass apporte même quelques touches de SF sur Solar invasion qui introduit de belle manière ce nouveau disque. Ultime escape démarre sur des tons plus traditionnellement heavy avant de s’enfoncer dans un thrash rapide et mélodique à la fois. Jerôme Thomas propose un chant guttural mais varie ses plaisirs avec des moments clairs, comme sur Star implosion, facilitant l’écoute. Apophis impact est un instrumental qui laisse tout loisir d’apprécier la maîtrise dont fait preuve Pascal Lanquetin au toucher à faire pâlir Malmsteen, mais d’apprécier le travail rythmique et technique de Raphaël Couturier et Bertrand Simonin, respectivement à la basse et à la batterie, qui font preuve d’une solide complicité. Loin de n’être qu’un simple groupe de death, Carcarias propose un metal résolument actuel, technique et mélodique et nous offre une vision apocalyptique de notre monde. Pas forcément à tort, d’ailleurs. Combien sont-ils ces musiciens à faire ce triste constat de notre inhumanité? Mais qui les écoute? Pas grand monde semble-t-il. Alors profitons simplement de ce metal somme toute enjoué, et certainement efficace. L’heure de Carcariass serait-elle (enfin) arrivée?

DEATH AWAITS : Rapture smiles

France, Death (M&O, 2019)

Démarrant sur un discours qui fait un triste constat du monde actuel, Rapture smiles, paru au dernier trimestre 2019,dévoile rapidement son contenu: du death thrash avec quelques accents de chants black. Alors, si comme moi vous êtes hermétiques à ces genre brutaux et extrêmes, vous serez tentés de passer votre chemin. Mais, si comme moi, un soupçon de curiosité vous anime, alors faites fi de ce « chant » growlé et laissé vous porter par ces guitares incisives et directes, par cette rythmique rentre dedans et sans concession. Death awaits parvient à proposer un thrash moderne d’une brutale efficacité tout au long de ces 10 titres pas à la portée de tout le monde, reconnaissons-le mais qui apporte leur dose de head banging et de breakdowns. J’ai du mal à tout écouter d’une traite, mais profite d’une bonne rasade de brutalité avec intermittence. Les amateurs y trouveront certainement, eux, de quoi se rassasier. Et puis, aussi, attardons nous un peu sur cette pochette, ces chevaliers de l’apocalypse qui illustrent parfaitement le propos musical des Français.

ENTROPY ZERO: Mind machine – a new experience

France, Cyber Metal (Autoproduction, 2019)

C’est une douce voix qui nous accueille à bord du vaisseau Entropy Zero. Elle se nomme EZ (easy, facile) et va nous accompagner au travers de ce voyage au coeur de l’esprit. Ce voyage débute avec un instrumental – Memory process – aux sonorités électroniques qui évoquent immanquablement un vaisseau spatial. La suite, tout aussi basée sur des machines, joue sur les sonorités et ambiances. On se retrouve ici dans un port envahi de cornes de brumes, là au coeur d’un océan déchaîné, là en plein temple tibétain ayant servi de lieu d’exil et d’entrainement à un certain Bruce Wayne, ou encore au cœur d’un salon aux ambiances jazzy et feutrées… Tout au long de ce Mind machine – A new experience, Entropy Zero emporte l’auditeur dans un univers à la fois familier et intriguant inspiré autant par les travaux de J-M Jarre ou de Daft Punk que par la vision propre du trio . Les amateurs de SF se plongeront avec bonheur dans cet univers qui mélange à la fois Alien, Contact, Abyss et d’autres références du genre à un monde plus cyber punk légèrement post apocalyptique à la Terminator ou Mad Max dans lequel un titre comme Vinyl3 apporte un semblant de lueur d’espoir, rapidement contrebalancé par le très mélancolique Pretty little dead thing. Au final, cet album porte vraiment bien son nom: une nouvelle expérience à découvrir et à soutenir.

MASS HYSTERIA: Live Hellfest 2019

France, (plus que du) Metal (Verycords, 2019)

N’ayant pu assister au concert parisien de Mass ce 6 décembre à Paris à cause de la grève des transport, et n’ayant pas encore pris le temps d’en parler, sans doute est-il temps de revenir sur ce Live Hellfest 2019. Annoncé depuis 2018 comme le plus grand concert de Mass Hysteria de tous les temps, la formation de Mouss ne pouvait se permettre de ne pas immortalisé l’événement. La scène cachée derrière un énorme ride blanc flanqué du logo du groupe, le public s’impatiente et exulte lorsqu’est annoncé le nom du groupe. Reprendre mes esprit installe le quintette avant un explosif Positif à bloc sur lequel Mouss invite le public à « tournez, tournez et ramassez ceux qui tombent ». Et d’enchaîner avec World on fire, qu’il dédie « aux gilets jaunes authentiques, et pas à ces enfoirés de black blocks ».
Mass Hysteria bénéficie d’un avantageux créneau – de 22 à 23h05 – lui permettant de jouer alors que la nuit ne s’est pas totalement installée et que le public n’est pas encore tout à fait cramé. Mais cette grosse heure force le groupe à proposer une setlist qui va à l’essentiel. Tous les plus importants titres y passent. De Vae Soli à Contradiction en passant par L’enfer des Dieux (toujours dédié aux victimes du terrorisme et qui me file toujours autant le frisson) et Chiens de la casse, rien n’est laissé au hasard, certainement pas le final composé de Plus que du metal et Furia, classique certes, mais toujours aussi efficace. Les moyens techniques sont sortis pour capturer le plus de scènes possible: chaque musiciens, comme toujours au Hellfest, est au centre des images, au même titre que le public grâce à de belles plongées de Louma et des vues de la grande roue. Mouss cherche le public avec énergie. Une énergie décuplée grâce à des effets de lumière, de fumées et une pyrotechnie omniprésents. Le feu et le Hellfest, c’est une longue histoire, et à la tombée de la nuit, le rendu est encore plus impressionnant.
Si ce CD/DVD est indispensable ne serait-ce que par sa puissance de feu et parce que Mass est aujourd’hui un des meilleurs groupes français de tous les temps, le DVD propose également le concert de Mass au Hellfest en 2013 ainsi qu’un lien vers le concert de 2019 en réalité virtuelle. Une expérience unique qui attirera les plus curieux. Et comme les fêtes approchent eh bien, ce Live Hellfest 2019 constitue un cadeau idéal pour tout amateur de décibels.

LAURA COX live à Paris (Trabendo, le 4 décembre 2019)

 

C’est avec quelques minutes de retard que j’arrive au Trabendo, ce qui me fait rater le début du concert de Zak Perry. L’homme, la tête couverte d’un chapeau, a la peau tannée et ridée, typique de celle qui a trop pris, volontairement ou non, le soleil du sud des USA. Et ce que j’entends semble confirmer cela: un blues rock chaleureux avec un chant qui vient des tripes et des bayous. Plus précisément, le gaillard vient du Missouri où il a fondé son groupe, The Beautiful Things, gang de rednecks au rock chaleureux à la Hogjaw, Whiskey Myers et autres revival 70’s.

Pendant 45′, le combo distille ce rock teinté de hard et de blues, chaleureux et plein de soleil. Pour autant – est-ce dû à mon arrivée tardive ? – je ne retiens pas un air plus qu’un autre. La musique de Zak donne envie de bouger, certes. Bien qu’ayant enregistré un Live sessions from France, il demande un peu maladroitement si « quelqu’un parle anglais ici? », genre, pas totalement faux, en France, on est un pays de bouseux qui ne parlent pas anglais…  Reste que ce concert fut une agréable mise en bouche.

Laura Cox, jeune prodige de la guitare qui sort son second album et célèbre ça en investissant le Trabendo? Le pari est risqué mais au regard de la foule présente ce soir, c’est un judicieux pari car la salle est quasi complète. La belle et son groupe mettent d’ailleurs les petits plats dans les grands. La batterie est montée sur une haute estrade entourée d’un mur d’amplis Orange et les lights semblent présents en nombre. Ce qui sera bientôt confirmé.

Démarrant avec le très direct Fire fire, premier extrait de son nouvel album, Laura se met en voix. C’est sans doute la seule faiblesse de la jeune chanteuse: une voix pas assez agressive. Pourtant, quelques passages (parmi d’autres, le final enragé de sa reprise de Fortunate son dont nous reparlerons) prouve qu’elle peut chanter de manière rauque et rock, et là ça le fait vraiment. Rapidement, elle va chercher le public, avec, au fil des minutes, de plus en plus d’aisance. « Trabendo! Vous êtes là? Je ne vous entends pas! » Elle fait aussi preuve d’humour et de dérision, critiquant parfois le manque de bruit et « menaçant » de partir. Précisant, en milieu de set, « qu’il manque deux choses: de la bière et des watts ». Et hop! Que je t’attrape une bouteille de bière…

Si le show fait la part belle à son nouvel album, le premier, Hard blues shot, est loin d’être oublié. Et l’on sourit avec Too nice for rock n roll que Laura va faire mentir tout au long du concert. D’abord avec sa reprise de Foxy lady de maître Hendrix, puis avec une flopée d’invités qui défilent. Et ça, c’est un signe… Serions-nous en train d’assister à la naissance d’une star? Le quatuor est d’abord rejoint par un guitariste (que je n’ai su identifier et dont le nom m’a échappé), avant d’être rejoint par la chanteuse Mary Reynaud (sur Just another game).

Puis c’est au tour de celui qui est devenu un ami d’intervenir. Nono, mythique guitariste de Trust arrive pour un Fortunate son qui démontre une belle complicité entre lui et la jeune femme. Enfin, dernier titre avant rappel, River voit la venue de l’excentrique Gaëlle Buswell.

Le rappel est composé de trois morceaux désormais emblématiques: Hard blues shot, Freaking out loud et la reprise de Heartbreaker (Pat Benatar) qui voit tous les intervenants du soir monter sur scène et sur les amplis pour offrir un final grandiose. C’est une belle, très belle, soirée que nous venons de vivre, une soirée pleine de très belles promesses. Un conseil: ne ratez pas Laura Cox en juin, au Hellfest. Ce sera une superbe mise en jambe pour ce week end!

Merci à Sabrina et Veryshow d’avoir rendu ce live report possible.

 

HELL OF A RIDE: Nine of cups

France, Heavy rock (Autoproduction, 2019)

Prenez des cow-boys moderne, de grosses bagnoles et un esprit castagneur à la Tarantino. Vous aurez une idée de ce rock lourd et direct que nous propose Hell Of A Ride avec son second album, Nine of cups. Le groupe reprend les aventures de leurs héros déjantés. John Ringsdale, « Mad Dog », a disparu, et les Pussy Riders (!) partent à sa recherche. Sur fond de metal moderne très influencé par le gros son US actuel, HOAR parvient une nouvelle fois à créer un univers sonore puissant et enjoué, chantant et entraînant. Dès les premières mesures de Stand up, le ton est donné: de la rage et de la puissance qui, après quelques hurlements de colère, font place à une voix puissante, rauque et rugueuse. Certains titres évoquent ouvertement Sixx A.M., d’autres lorgnent plus du côté d’un punk US stylé, mais toujours HOAR vise l’efficacité. Reste un mystère: la signification de ce titre, Nine of cups, forcément lié à l’univers du tarot… Reste qu’on embarque volontiers à bord de cet amas de metal, de bruit et de fureur. Hell Of A Ride a un vrai potentiel international, alors faisons croire que le groupe est américain et bénéficie du soutien d’un gros label, voulez-vous?

SWARM: Anathema

Metalcore, France (Autoproduction, 2019)

Après un premier album paru en 2017, Division & disharmony, les Français de Swarm reviennent avec Anathema, un second essais qui pourraient bien les faire passer dans la cour des grands. Même si metalcore n’est pas mon truc, force est de reconnaître que la rage et la puissance qui se dégagent de ce disque sont exemplaires. Après une introduction aux faux airs de Judas Priest, New sun rentre dans le vif du sujet. Les guitares grasses et speed accompagnent un chant enragé plus que simplement hurlé, même si ce dernier fait nombre d’apparitions en arrière plan. L’ensemble est, à la grâce d’une rythmique qui martèle et s’emballe, syncopé et explosif. Les références au metal et au thrash sont nombreuses. Et avec ses 7’49, ce premier titre semble résumer l’esprit de l’album. Frontiers pioche également du côté de Rage Against The Machine et du rap, avec quelques clins d’œil à Slayer. Intifada parle de lui même. Le titre est guerrier, hardcore et engagé. « J’ai vu le jour alors que nous étions frères »… Oui, le monde change, il ne semble plus n’y avoir qu’ennemis partout… D’où cette référence à l’anathème, à la sentence d’excommunication…  Swarm nous apporte ici 11 morceaux qui ne se ressemblent qu’en l’énergie qu’ils dégagent. Et même si le rythme est plus qu’enlevé, les mélodies, alternant speed et lourdeur, l’auditeur est emporté dans un univers entraînant et, somme toute, lumineux. Les jalons positifs se retrouvent un peu partout, ce qui apporte sans doute ce côté frais qui manque à tant d’autres (comme ce quatrain en français qui vient clore The deed is done. Une piste à suivre? ou, juste après cette intro de Spoutnik explorer à la guitare claire qui évoque indéniablement Metallica). Brutal, efficace et… enjoué. Une belle découverte de fin d’année, en tous les cas, une belle promesse..

Interview: STUBORA

Interview STUBORA. Rencontre avec Mick (chant, basse). Propos recueillis au Hard Rock Cafe à Paris le 21 novembre 2019

 

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée de promotion, Mick ?

Mick : Bien, très bien. De façon intensive, mais c’est toujours agréable de parler de sa musique…

 

Metal-Eyes : Ah ! C’est donc pour ça qu’on est là ?

Mick : C’est pour ça, je pense…

 

Metal-Eyes : Alors allons-y : Stubora s’est formé en 1996, dans la Meuse. Depuis le début de votre parcours, vous n’avez connu qu’un changement majeur de musicien…

Mick : Non, il y en a eu plus. En fait, il y a trois phases, pour résumer : Cyril, guitare chant, est à l’origine du groupe qu’il a formé en 1996. A cette époque le groupe était orienté hardcore. Première partie de l’histoire jusqu’en 2004-2005 où il y a des problèmes de line-up.

 

Metal-Eyes : Donc après l’album What we see is not what we wanna see ?

Mick : C’est ça, juste après. Cyril me propose alors de le rejoindre. On se connait depuis longtemps, depuis le collège, et on a déjà joué ensemble mais rien de sérieux. Il me propose de les dépanner pour deux concerts prévus – leur précédent bassiste s’est fait la malle. Je les dépanne, Cyril me demande de rester dans le groupe, il a envie de s’orienter vers un style plus metal rock, et moi, c’est aussi ce vers quoi je tends. Le hardcore ne m’intéresse pas. J’aime en écouter mais pas forcément en jouer. On commence notre partenariat musical, on compose tous les deux, on se partage le chant et on va comme ça jusqu’en 2012-2013, on sort un Ep et un album et on a des difficultés avec le batteur qui, dans un premier temps, a un accident de moto qui le laisse invalide pendant quelques temps. L’activité du groupe est un peu suspendue, et à la reprise, il est moins motivé et finalement il quitte le groupe. On reste quelque temps sans batteur, mais on recommence à composer, et en 2014, on trouve Niala par le biais d’une annonce. On trouve un super batteur, quelqu’un avec qui on s’entend bien, qui, lui aussi cherchait un groupe… On a la même démarche, à peu près le même âge, des goûts qui se rejoignent et il a un niveau technique qui nous permet tout de suite d’aller loin dans la composition. On ne se fixe pas de barrière… De là, on sort notre premier album avec ce line-up en 2015, Résurrection, le bien nommé parce que le groupe végétait. On a fait quelques concerts par la suite et in a entamé la composition de ce nouvel album, Horizon noir, qui sort hier (le 20 novembre, donc)

 

Metal-Eyes : Puisqu’on en est à l’histoire du groupe, quelle est la signification du nom du groupe, Stubora ?

Mick : A la base, ça vient de l’anglais Stuborn, qui veut dire entêté, têtu. A l’époque, il y avait beaucoup de nom en A, Cyril n’a pas voulu garder le mot en entier… Ça s’est transformé en Stubora, ça sonnait bien et on l’a gardé.

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Stubora à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Mick : C’est toujours difficile de décrire sa propre musique… Avec Cyril, on est les deux principaux compositeurs – paroles ou musique. On se rejoint sur certains groupes, mais on a aussi des influences complètement différentes… Donc on fait des concessions, on apporte nos univers différents et on essaye de proposer, malgré nos facettes différentes, quelque chose d’homogène. On se situe dans un heavy rock, mais pas heavy comme dans les années 80. Plus dans le sens de ce qui peut se faire aux Etats Unis, c’est-à-dire rock avec des gros riffs, avec des mélodies de chant accrocheuses, et une musique pêchue et accrocheuse aussi.

 

Metal-Eyes : Une des particularités du groupe c’est que vous êtes tous deux chanteurs. Comment vous répartissez vous le chant ? Quelque part, ça parait assez évident : l’un se charge de ce qui est plus heavy, l’autre de ce qui est plus rock.

Mick : C’est en fait naturel puisque j’ai tendance à composer des choses plus rock, Cyril des choses plus metal, plus extrême. En gros, pour schématiser, les morceaux qu’il compose, c’est lui qui chante dessus et vice-versa.

 

Metal-Eyes : Ca peut arriver, justement, que l’un chante sur une chanson de l’autre ?

Mick : Oui, dans la phase de composition ou de production, on se rend compte que, pour servir le morceau, sur ce passage là, ce serait intéressant d’avoir une voix plus agressive, ce sera alors plus Cyril, sur tel autre passage, ça passerait mieux avec quelque chose de plus mélodique, donc, ma voix. On peut être amenés à chanter sur le morceau que l’autre a composé. Après, il y a aussi un vrai échange dans la composition, même si on apporte quelque chose de bien avancé. On peut proposer des changements, des arrangements, une mélodie de chant sur le riff d’un autre…

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences ? J’ai l’impression qu’il y a du heavy typé Metallica, presque thrash mais pas que ça, et parfois, au-delà d’un côté rock, c’est parfois assez pop. J’avais fait, pour l’album précédent, une comparaison avec Niagara et l’album Quel enfer qui, en son temps était très typé hard rock à la Aerosmith.

Mick : Oui, c’est vrai. C’est certainement le résultat de nos influences très variées. Même si dans la composition je suis porté sur des choses plus mélodiques, j’aime aussi des choses très agressives et extrêmes. Je ne me fixe pas de barrières. Il y a de la bonne musique et de la mauvaise. J’aime autant des choses classique, rock influencé blues, que des choses plus extrêmes. Le côté pop des mélodies… Je n’irai pas jusqu’à dire « pop », mais un de nos but, c’est toujours proposer une mélodie accrocheuse, quelque chose qu’on retient, des bons riffs puissants et entraînants et des lignes de chant qui vont rendre le morceau accrocheur.

 

Metal-Eyes : Tant que ça passe, que ça accroche, que ça vous accroche, j’imagine.

Mick : C’est ça, c’est la base.

 

Metal-Eyes : Si on revient un peu en arrière, les albums avant Résurrection avaient des titres en anglais, et depuis, tout est en français. Je ne connais pas les albums précédents ; le chant était aussi en anglais ?

Mick : Alors, sur la période hardcore, le chant était intégralement en anglais…

 

Metal-Eyes : Donc sur Oropa’A et What we see…

Mick : C’est ça. Sur le Ep, Bleeding my world, aussi, et sur The almighty, on commence à intégrer des chansons en français. Pour Résurrection, on prend un virage complètement en français.

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a décidés à ce changement ?

Mick : L’anglais, même si c’est la langue qui colle le mieux au rock, il faut le maîtriser à 100%, rien que sur les sonorités. Alors, sur les deux premiers albums, quand c’est du chant hurlé, les problèmes de prononciation, on ne les entend pas. Quand on commence à attaquer sur de la mélodie, on n’a pas le droit à l’erreur. Et on se rendait compte qu’on n’avait pas une maîtrise parfaite de l’accent…

 

Metal-Eyes : Le problème principal des groupes français…

Mick : Oui, et ça revenait souvent dans des remarques, ça nous embêtait. En termes de composition et d’écriture, aussi, il n’y a que dans notre langue maternelle qu’on peut aller au bout des choses, avoir une palette de vocabulaire riche, avoir plus de possibilités dans l’écriture. Alors… c’est un risque de chanter en français mais on le prend parce que…

 

Metal-Eyes : La question qui s’impose, alors : est-ce que vous avez une carrière internationale ?

Mick : Non… On n’a pas ce type de carrière… Et on peut exprimer plus de choses, être plus personnels, plus riches en termes de paroles.

 

Metal-Eyes : Vos deux derniers albums sont donc en français, alors comment analyses-tu l’évolution de votre musique entre Résurrection et Horizon noir ? 4 ans ont passés, il y a une stabilité dans le line-up, le chant est en français, mais à part ça ?

Mick : L’évolution, elle est surtout au niveau technique… On est en autoproduction intégrale, on est dans une meilleure maîtrise technique, dans une expérience de l’enregistrement, de l’enseignement qu’on a pu tirer de nos erreurs d’un point de vue technique. Et on a développé une méthode de travail et je pense qu’on s’est améliorés en tant que compositeurs. La grosse différence ? C’est qu’on a été beaucoup plus exigeants envers nous-mêmes et envers les autres sur le dernier album. Dès le départ, on avait décidé qu’on devait être satisfait à 100% de l’album, qu’on allait présenter les meilleurs riffs, les meilleures mélodies et on n’a pas hésités à nous auto critiquer, à proposer des choses pour aller toujours plus loin. Si on sentait qu’un passage était plus faible, on n’hésitait pas à le dire.

 

Metal-Eyes : C’est sans doute lié au fait que c’est le second album avec le même line-up. Le titre de ce disque, Horizon noir, fait, je pense, plus référence à votre vision du monde actuel qu’au groupe d’Etampes qui s’appelle Black Horizon (il rit). Quel est le regard que tu portes aujourd’hui sur notre monde ?

Mick : On n’est pas des gens pessimistes… Mais lorsqu’on n’écrit des paroles, ça ne nous intéresse pas d’écrire sur ce qui va bien. La musique, c’est un exutoire, c’est proposer des choses qui vont nous toucher, des expériences de la vie, des constats de ce qui nous entoure. Effectivement, il n’y avait pas de thèmes, mais on s’est retrouvés, avec Cyril, à écrire sur des thèmes communs, liés à l’environnement, l’écologie, des thèmes qui, je pense, commencent à toucher tout le monde. On a des enfants, on est inquiets de voir que ça ne va pas assez vite, et pas dans le bon sens… Mais il y a toujours de l’espoir, sinon, on ne ferait pas d’enfants.

 

Metal-Eyes : Et quel regard portes-tu sur la scène metal française ? Vous en faites partie depuis quelques temps…

Mick : En France, on a vu une évolution, on n’a plus rien à envier aux scènes américaines ou européennes. On a atteint un niveau avec une vraie scène, des musiciens talentueux, des grosses productions, avec du niveau et de la qualité de composition… On n’a plus rien à envier aux autres, et il ne faut pas avoir peur de garder cette identité française, de proposer des paroles en français. Même si nos influences musicales sont anglo-saxonnes, je pense que la scène française se porte plutôt bien.

 

Metal-Eyes : Il faudrait quoi pour qu’elle explose cette scène française ?

Mick : C’est compliqué, c’est culturel… On n’est pas en Allemagne, en Angleterre… En Allemagne, ils ont des groupes qui font carrière chez eux parce qu’il y a un public, que les gens bougent. Le public metal français c’est vraiment un public de passionnés, il se bouge mais n’est peut-être pas assez nombreux pour vraiment soutenir nos groupes. On est quand même encore très ancrés dans la variété…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Horizon noir pour expliquer à quelqu’un ce qu’et Stubora aujourd’hui, ce serait lequel ?

Mick : C’est compliqué… Un seul titre pour expliquer ce qu’on est ? Je dirais peut-être Identité. Parce qu’on propose un mid tempo avec en même temps un côté sombre… Mais c’est difficile. C’est accrocheur, il y a du riff, oui, Identité peut être un bon choix.

 

Metal-Eyes : En parlant d’identité, vous avez un visuel qui est assez morbide (note : le visage de chaque musicien est remplacé par une tête de mort). Quelle en est la signification ?

Mick : Le titre et le visuel se sont imposé après la composition. Il s’est avéré que les chansons étaient assez noires en général, on s’est dirigés vers quelques chose qui illustre bien les paroles. Après, on est des metalleux, on aime bien les têtes de mort, les choses sombres (il rit).

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : quelle pourrait être la devise du groupe ?

Mick (il réfléchit) : C’est compliqué… Je pense que c’est « Stay stuborn », on est entêtés, on ne lâche pas le morceau. Tous les problèmes qu’on peut rencontrer, malgré l’âge qui passe, la motivation et l’envie de proposer de bonnes chansons sont toujours là.

 

TANKRUST: Opposite terror

Thrash death, France (Almost famous, 2019)

Quelle fin d’année brutale… Les dernières sorties françaises sont prometteuses de décibels, de rage et d’énergie explosive. Les amateurs du genre vont donc être à la fête. Les Parisiens de Tankrust, groupe formé en 2006 et auteur d’un premier album paru en 2015, The fast of Solace, participeront sans aucun doute à la cérémonie. Opposite terror, leur second album de 9 titres est un concentré de rage et de brutalité vive. Si je mets de côté ce chant hurlé que je déteste – je ne trouve le plus souvent aucune finesse dans ce genre vocal sauf s’il se mêle à d’autres modulations – la musique, elle, mélange heavy, thrash, hardcore. Les changements de rythmes sont fréquents, ce qui permet de souffler un peu. Mais voilà, au fil de l’écoute, je me sens oppressé. Si Tankrust ne me séduit pas, au moins sa musique a-t-elle un effet sur moi et ne me laisse pas indifférent. C’est déjà ça. Mais c’est pas mon truc…