Interview: STUBORA

Interview STUBORA. Rencontre avec Mick (chant, basse). Propos recueillis au Hard Rock Cafe à Paris le 21 novembre 2019

 

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée de promotion, Mick ?

Mick : Bien, très bien. De façon intensive, mais c’est toujours agréable de parler de sa musique…

 

Metal-Eyes : Ah ! C’est donc pour ça qu’on est là ?

Mick : C’est pour ça, je pense…

 

Metal-Eyes : Alors allons-y : Stubora s’est formé en 1996, dans la Meuse. Depuis le début de votre parcours, vous n’avez connu qu’un changement majeur de musicien…

Mick : Non, il y en a eu plus. En fait, il y a trois phases, pour résumer : Cyril, guitare chant, est à l’origine du groupe qu’il a formé en 1996. A cette époque le groupe était orienté hardcore. Première partie de l’histoire jusqu’en 2004-2005 où il y a des problèmes de line-up.

 

Metal-Eyes : Donc après l’album What we see is not what we wanna see ?

Mick : C’est ça, juste après. Cyril me propose alors de le rejoindre. On se connait depuis longtemps, depuis le collège, et on a déjà joué ensemble mais rien de sérieux. Il me propose de les dépanner pour deux concerts prévus – leur précédent bassiste s’est fait la malle. Je les dépanne, Cyril me demande de rester dans le groupe, il a envie de s’orienter vers un style plus metal rock, et moi, c’est aussi ce vers quoi je tends. Le hardcore ne m’intéresse pas. J’aime en écouter mais pas forcément en jouer. On commence notre partenariat musical, on compose tous les deux, on se partage le chant et on va comme ça jusqu’en 2012-2013, on sort un Ep et un album et on a des difficultés avec le batteur qui, dans un premier temps, a un accident de moto qui le laisse invalide pendant quelques temps. L’activité du groupe est un peu suspendue, et à la reprise, il est moins motivé et finalement il quitte le groupe. On reste quelque temps sans batteur, mais on recommence à composer, et en 2014, on trouve Niala par le biais d’une annonce. On trouve un super batteur, quelqu’un avec qui on s’entend bien, qui, lui aussi cherchait un groupe… On a la même démarche, à peu près le même âge, des goûts qui se rejoignent et il a un niveau technique qui nous permet tout de suite d’aller loin dans la composition. On ne se fixe pas de barrière… De là, on sort notre premier album avec ce line-up en 2015, Résurrection, le bien nommé parce que le groupe végétait. On a fait quelques concerts par la suite et in a entamé la composition de ce nouvel album, Horizon noir, qui sort hier (le 20 novembre, donc)

 

Metal-Eyes : Puisqu’on en est à l’histoire du groupe, quelle est la signification du nom du groupe, Stubora ?

Mick : A la base, ça vient de l’anglais Stuborn, qui veut dire entêté, têtu. A l’époque, il y avait beaucoup de nom en A, Cyril n’a pas voulu garder le mot en entier… Ça s’est transformé en Stubora, ça sonnait bien et on l’a gardé.

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Stubora à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Mick : C’est toujours difficile de décrire sa propre musique… Avec Cyril, on est les deux principaux compositeurs – paroles ou musique. On se rejoint sur certains groupes, mais on a aussi des influences complètement différentes… Donc on fait des concessions, on apporte nos univers différents et on essaye de proposer, malgré nos facettes différentes, quelque chose d’homogène. On se situe dans un heavy rock, mais pas heavy comme dans les années 80. Plus dans le sens de ce qui peut se faire aux Etats Unis, c’est-à-dire rock avec des gros riffs, avec des mélodies de chant accrocheuses, et une musique pêchue et accrocheuse aussi.

 

Metal-Eyes : Une des particularités du groupe c’est que vous êtes tous deux chanteurs. Comment vous répartissez vous le chant ? Quelque part, ça parait assez évident : l’un se charge de ce qui est plus heavy, l’autre de ce qui est plus rock.

Mick : C’est en fait naturel puisque j’ai tendance à composer des choses plus rock, Cyril des choses plus metal, plus extrême. En gros, pour schématiser, les morceaux qu’il compose, c’est lui qui chante dessus et vice-versa.

 

Metal-Eyes : Ca peut arriver, justement, que l’un chante sur une chanson de l’autre ?

Mick : Oui, dans la phase de composition ou de production, on se rend compte que, pour servir le morceau, sur ce passage là, ce serait intéressant d’avoir une voix plus agressive, ce sera alors plus Cyril, sur tel autre passage, ça passerait mieux avec quelque chose de plus mélodique, donc, ma voix. On peut être amenés à chanter sur le morceau que l’autre a composé. Après, il y a aussi un vrai échange dans la composition, même si on apporte quelque chose de bien avancé. On peut proposer des changements, des arrangements, une mélodie de chant sur le riff d’un autre…

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences ? J’ai l’impression qu’il y a du heavy typé Metallica, presque thrash mais pas que ça, et parfois, au-delà d’un côté rock, c’est parfois assez pop. J’avais fait, pour l’album précédent, une comparaison avec Niagara et l’album Quel enfer qui, en son temps était très typé hard rock à la Aerosmith.

Mick : Oui, c’est vrai. C’est certainement le résultat de nos influences très variées. Même si dans la composition je suis porté sur des choses plus mélodiques, j’aime aussi des choses très agressives et extrêmes. Je ne me fixe pas de barrières. Il y a de la bonne musique et de la mauvaise. J’aime autant des choses classique, rock influencé blues, que des choses plus extrêmes. Le côté pop des mélodies… Je n’irai pas jusqu’à dire « pop », mais un de nos but, c’est toujours proposer une mélodie accrocheuse, quelque chose qu’on retient, des bons riffs puissants et entraînants et des lignes de chant qui vont rendre le morceau accrocheur.

 

Metal-Eyes : Tant que ça passe, que ça accroche, que ça vous accroche, j’imagine.

Mick : C’est ça, c’est la base.

 

Metal-Eyes : Si on revient un peu en arrière, les albums avant Résurrection avaient des titres en anglais, et depuis, tout est en français. Je ne connais pas les albums précédents ; le chant était aussi en anglais ?

Mick : Alors, sur la période hardcore, le chant était intégralement en anglais…

 

Metal-Eyes : Donc sur Oropa’A et What we see…

Mick : C’est ça. Sur le Ep, Bleeding my world, aussi, et sur The almighty, on commence à intégrer des chansons en français. Pour Résurrection, on prend un virage complètement en français.

 

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui vous a décidés à ce changement ?

Mick : L’anglais, même si c’est la langue qui colle le mieux au rock, il faut le maîtriser à 100%, rien que sur les sonorités. Alors, sur les deux premiers albums, quand c’est du chant hurlé, les problèmes de prononciation, on ne les entend pas. Quand on commence à attaquer sur de la mélodie, on n’a pas le droit à l’erreur. Et on se rendait compte qu’on n’avait pas une maîtrise parfaite de l’accent…

 

Metal-Eyes : Le problème principal des groupes français…

Mick : Oui, et ça revenait souvent dans des remarques, ça nous embêtait. En termes de composition et d’écriture, aussi, il n’y a que dans notre langue maternelle qu’on peut aller au bout des choses, avoir une palette de vocabulaire riche, avoir plus de possibilités dans l’écriture. Alors… c’est un risque de chanter en français mais on le prend parce que…

 

Metal-Eyes : La question qui s’impose, alors : est-ce que vous avez une carrière internationale ?

Mick : Non… On n’a pas ce type de carrière… Et on peut exprimer plus de choses, être plus personnels, plus riches en termes de paroles.

 

Metal-Eyes : Vos deux derniers albums sont donc en français, alors comment analyses-tu l’évolution de votre musique entre Résurrection et Horizon noir ? 4 ans ont passés, il y a une stabilité dans le line-up, le chant est en français, mais à part ça ?

Mick : L’évolution, elle est surtout au niveau technique… On est en autoproduction intégrale, on est dans une meilleure maîtrise technique, dans une expérience de l’enregistrement, de l’enseignement qu’on a pu tirer de nos erreurs d’un point de vue technique. Et on a développé une méthode de travail et je pense qu’on s’est améliorés en tant que compositeurs. La grosse différence ? C’est qu’on a été beaucoup plus exigeants envers nous-mêmes et envers les autres sur le dernier album. Dès le départ, on avait décidé qu’on devait être satisfait à 100% de l’album, qu’on allait présenter les meilleurs riffs, les meilleures mélodies et on n’a pas hésités à nous auto critiquer, à proposer des choses pour aller toujours plus loin. Si on sentait qu’un passage était plus faible, on n’hésitait pas à le dire.

 

Metal-Eyes : C’est sans doute lié au fait que c’est le second album avec le même line-up. Le titre de ce disque, Horizon noir, fait, je pense, plus référence à votre vision du monde actuel qu’au groupe d’Etampes qui s’appelle Black Horizon (il rit). Quel est le regard que tu portes aujourd’hui sur notre monde ?

Mick : On n’est pas des gens pessimistes… Mais lorsqu’on n’écrit des paroles, ça ne nous intéresse pas d’écrire sur ce qui va bien. La musique, c’est un exutoire, c’est proposer des choses qui vont nous toucher, des expériences de la vie, des constats de ce qui nous entoure. Effectivement, il n’y avait pas de thèmes, mais on s’est retrouvés, avec Cyril, à écrire sur des thèmes communs, liés à l’environnement, l’écologie, des thèmes qui, je pense, commencent à toucher tout le monde. On a des enfants, on est inquiets de voir que ça ne va pas assez vite, et pas dans le bon sens… Mais il y a toujours de l’espoir, sinon, on ne ferait pas d’enfants.

 

Metal-Eyes : Et quel regard portes-tu sur la scène metal française ? Vous en faites partie depuis quelques temps…

Mick : En France, on a vu une évolution, on n’a plus rien à envier aux scènes américaines ou européennes. On a atteint un niveau avec une vraie scène, des musiciens talentueux, des grosses productions, avec du niveau et de la qualité de composition… On n’a plus rien à envier aux autres, et il ne faut pas avoir peur de garder cette identité française, de proposer des paroles en français. Même si nos influences musicales sont anglo-saxonnes, je pense que la scène française se porte plutôt bien.

 

Metal-Eyes : Il faudrait quoi pour qu’elle explose cette scène française ?

Mick : C’est compliqué, c’est culturel… On n’est pas en Allemagne, en Angleterre… En Allemagne, ils ont des groupes qui font carrière chez eux parce qu’il y a un public, que les gens bougent. Le public metal français c’est vraiment un public de passionnés, il se bouge mais n’est peut-être pas assez nombreux pour vraiment soutenir nos groupes. On est quand même encore très ancrés dans la variété…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de Horizon noir pour expliquer à quelqu’un ce qu’et Stubora aujourd’hui, ce serait lequel ?

Mick : C’est compliqué… Un seul titre pour expliquer ce qu’on est ? Je dirais peut-être Identité. Parce qu’on propose un mid tempo avec en même temps un côté sombre… Mais c’est difficile. C’est accrocheur, il y a du riff, oui, Identité peut être un bon choix.

 

Metal-Eyes : En parlant d’identité, vous avez un visuel qui est assez morbide (note : le visage de chaque musicien est remplacé par une tête de mort). Quelle en est la signification ?

Mick : Le titre et le visuel se sont imposé après la composition. Il s’est avéré que les chansons étaient assez noires en général, on s’est dirigés vers quelques chose qui illustre bien les paroles. Après, on est des metalleux, on aime bien les têtes de mort, les choses sombres (il rit).

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : quelle pourrait être la devise du groupe ?

Mick (il réfléchit) : C’est compliqué… Je pense que c’est « Stay stuborn », on est entêtés, on ne lâche pas le morceau. Tous les problèmes qu’on peut rencontrer, malgré l’âge qui passe, la motivation et l’envie de proposer de bonnes chansons sont toujours là.

 

TANKRUST: Opposite terror

Thrash death, France (Almost famous, 2019)

Quelle fin d’année brutale… Les dernières sorties françaises sont prometteuses de décibels, de rage et d’énergie explosive. Les amateurs du genre vont donc être à la fête. Les Parisiens de Tankrust, groupe formé en 2006 et auteur d’un premier album paru en 2015, The fast of Solace, participeront sans aucun doute à la cérémonie. Opposite terror, leur second album de 9 titres est un concentré de rage et de brutalité vive. Si je mets de côté ce chant hurlé que je déteste – je ne trouve le plus souvent aucune finesse dans ce genre vocal sauf s’il se mêle à d’autres modulations – la musique, elle, mélange heavy, thrash, hardcore. Les changements de rythmes sont fréquents, ce qui permet de souffler un peu. Mais voilà, au fil de l’écoute, je me sens oppressé. Si Tankrust ne me séduit pas, au moins sa musique a-t-elle un effet sur moi et ne me laisse pas indifférent. C’est déjà ça. Mais c’est pas mon truc…

STUBORA: Horizon noir

Heavy metal, France (Autoproduction, 2019)

Mine de rien, Stubora, formé à Bar le Duc en 1996, propose, avec son nouvel album Horizon noir, rien moins que sa 6ème production. Ce nouvel album fait suite à Résurrection qui date déjà de 2015. Le trio semble ici particulièrement en forme. Distillant avec un réel bonheur un heavy rock entraînant, on retrouve les influences principales du groupe que sont AC/DC, Metallica, et, comme sur Résurrection, certains vocaux évoquent Renaud Hantson. Le chant partagé entre le guitariste Cyril Beaudaux et le bassiste Michael Velasquez apporte des nuances subtiles et offre une palette sonore riche, entre rugosité et douceur aux sonorités rock parfois popLes guitares sont puissantes et mélodiques (impossible de ne pas taper du pied dès l’introductif Ténèbres éternelles – et son texte enragé – ou Cerveau limité, Au pied du mur…) ou se laisser séduire par les ambiances plus nuancées de A en crever, plus lourdes  et orientales sur Identité. Cette variété des premiers morceaux se retrouve sur l’ensemble de l’album qui en comporte 13.

LOFOFORA: Vanités

Hardcore, France (At(h)ome, 2019)

Après un Simple appareil venu comme un moment d’accalmie, une parenthèse entre deux colères, Lofofora remet les potards au maximum et laisse exploser sa rage. Vanités pose une nouvelle fois un regard sévère et juste sur nos sociétés modernes au travers de 11 titres enragés. Reuno est au mieux de sa forme vocale et son engagement humain et humanitaire s’en ressent tout au long de ce disque coup de poing. Faut dire que ce que vit notre monde aujourd’hui a tout pour ne pas calmer sa colère ni freiner son inspiration. De l’économie aux migrations, de la politique aux égoïsmes de plus en plus individualistes, le chanteur à la voix rauque laisse exploser sa colère. Il n’est cependant pas seul, Daniel Descieux apportant son lot de riffs tranchants, hurlants et tout aussi explosifs tandis que la rythmique tenue par l’inchangeable bassiste Phil Curty et le batteur désormais bien en place Vincent Hernault tient en place l’ensemble avec une solide assurance. Vanités reste dans la veine de ce que Lofo sait si bien nous offrir et c’est ainsi qu’on les aime. Ne changez rien!

VERDUN: Astral sabbath

Sludge/Doom/Death, France (Deadlight entertainement, 2019) – Sortie le 15 novembre

Formé à Montpellier en 2010, Verdun nous propose son troisième essai. Tout d’abord, en 2012 parait The cosmic escape of admiral Masuka, un Ep posant le style  musical – une sorte de doom enragé sur fond de hurlements – et le concept littéraire – proche de la SF et du fantastique. Suit en 2016 un premier album, The eternal drift’s canticles. Trois ans plus tard, Verdun revient avec Astral sabbath, la suite du concept cité plus haut. Avec un nom tel que Verdun, on aurait pu s’attendre à une approche plus guerrière. Mais il n’en est rien. Musicalement très lent et lourd, Verdun propose un doom/sludge oppressant et inquiétant. Le chant hurlé contrebalance ou augmente cette sensation de mal être perpétuel. Une indescriptible rage envahit de sa présence malsaine les presque 54′ minutes que durent les 7 morceaux. Aussi violents et inquiétants qu’une bombe atomique qui tomberait sur Hiroshima. Tiens? Ça tombe bien (c’est le cas de le dire): c’est justement le point de départ, un certain 6 août 1945, de Return of the space martyr. Les amateurs de sensations fortes vont se délecter car ça ne se calme pas une seconde. Un album pour public averti.

HYPNO5E – A distant (dark) source

Metal, France (Pelagic records, 2019)

Avec Shores of the abstract line, paru en 2016, Hypno5e avait réussi à surprendre, séduire, étonner l’auditeur en l’emmenant dans des univers inimaginés et des sonorités envoûtantes. Trois ans plus tard, les Montpellierains reviennent avec un album tout aussi travaillé et séduisant. A distant (dark) source continue d’explorer les univers musicaux variés et intrigants et opposant brutalité pure et douceur bienveillante. Les morceaux sont longs (dépassant souvent les 10′) et pourtant le temps passe vite, chaque instant étant réfléchi pour ne pas perdre l’auditeur. Long, mais efficace, ce nouvel album s’écoute d’une traite. On remarque que, comme d’autres avant lui, Emmanuel Jessua s’éloigne peu à peu du chant purement hurlé pour se découvrir de nouvelles possibilités vocales, et le groupe y gagne vraiment en efficacité. Avec A distant (dark) source, Hypno5e devrait ainsi  parvenir à séduire un plus vaste public, qu’il retrouvera très bientôt en live. Laissez-vous emporter par ce flot de sensations uniques.

RAGARAJA: Egosphere

Metal progressif, France (Autoproduction, 2019)

Démarrant avec une instrumentation digne de films de SF ou d’heroic fantasy, au choix, Ragaraja entre dans le vif du sujet avec Premier souffle. Et là, ça déménage sévère! Heavy, double grosse caisse en avant, le titre est saccadé. Euryale hurle ses paroles et les vomissant à la face du monde. Sa colère (soit disant contenue – cf. l’interview du groupe) semble constante. Pourtant, le groupe distille nombre de jalons intrigants tout au long de ses titres. La puissance est toujours présente, mais doublée de références orientales, indiennes, de guitares saccadées, de breakdown et de touches plus légères. Ragaraja propose un mélange judicieux de metal progressif, extrême et léger à la fois, teinté de death et de djent. Un peu de chant clair donnerait peut-être une autre efficacité à la musique des Parisiens. Egosphere reste cependant un album surprenant qui sort des standards du genre. Pas étonnant que le groupe se retrouve en ouverture de Sidilarsen à Paris le 23 novembre.

Interview: HYPNO5E

Interview HYPNO5E. Rencontre avec Jonathan (basse). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 3 octobre 2019

 

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée promo, Jonathan ?

Jonathan : Plutôt pas mal. Débutée difficilement pour moi parce que je me suis fait piéger hier soir…

 

Metal-Eyes : Par quoi ?

Jonathan : La fête (il rit) ! Le retour sur Paris, la sortie de clip à fêter… Nuit très courte, ce qui n’est pas très bon pour la concentration. Sinon, on a rencontré plein de gens intéressants, il y a eu plein de question intéressantes… C’est une belle journée.

 

Metal-Eyes : Chez Hypno5e, vous avez une approche très cinématographique de la musique. Votre nouvel album, A distant (dark) distant source, commence avec un extrait de film que je ne parviens pas à identifier, mais je crois reconnaitre Trintignant. Je me trompe ?

Jonathan : Je n’ai pas le nom, mais c’est extrait d’une pièce de théâtre de Jean Cocteau. Ah… Je ne me souviens plus du nom…

 

Metal-Eyes : On ne vous a pas encore posé la question ?

Jonathan : Non, pas encore… La machine infernale ! Je n’ai plus le nom des acteurs, mais ce n’est pas Trintignant.

 

Metal-Eyes : Cette approche très cinématique dans votre musique qui regroupe beaucoup de choses. L’auditeur sera interpellé par le premier titre, On the dry lake, qui dure plus de 12’ et qui est un véritable melting pot de tout ce que vous savez faire. Comment abordez-vous votre travail pour parvenir à un tel résultat ?

Jonathan : En termes de composition ? C’est étonnant, moi-même j’ai été étonné de travailler comme ça, comparé à ce que je faisais avec mes autres groupes, avant d’entrer dans Hypno5e. Manu a une capacité de composition incroyable, il maîtrise parfaitement les harmonies qu’il cherche à la guitare, quelque chose que je suis incapable de faire. On se rejoint, on travaille chez lui, il y a plein de petits bouts, de morceaux d’idées. On se rejoint pour faire l’album et on enregistre directement en studio la construction qu’on va garder, riff après riff. Ensemble on avance sur les morceaux, et tant qu’on ne sent pas qu’il faut arriver à la fin, qu’il faut encore développer tel élément, on continue. C’est pour ça que parfois on dépasse largement la durée habituelle. Là, on est arrivé à 18’ sur le single, A distant (dark) source. Sur l’album, les morceaux sont dans l’ordre de composition. On ne pense pas à quel morceau sera en ouverture de l’album. C’est la première fois qu’on garde les morceaux dans l’ordre de composition. On ne s’est pas dit « tiens, ce sera celui-là en ouverture de l’album », on ne l’a pas composé dans ce but-là. On discute de ce que l’on va faire, après le batteur vient apporter ses parties, sa patte, sa technique sur ce qu’on a fait en studio. On n’a pas le matériel qu’il faut pour le faire directement, comme le mixage et le mastering qui sont faits par des professionnels.

 

Metal-Eyes : Il y a une belle évolution chez Hypno5e. Comment l’analyses-tu ?

Jonathan : Déjà, il y a eu le projet acoustique. C’est là que la voix a commencé à se faire plus clean, et on commence à la retrouver sur les derniers morceaux.

 

Metal-Eyes : Il y a une volonté d’aller vers quelque chose de moins rugueux, alors ?

Jonathan : Oui. Mais ce n’était même pas réfléchi. Quelque part, le projet acoustique a fait travailler cette idée. On peut sentir cette différence par rapport au tout premier album. Je pense qu’on doit cette évolution au projet acoustique.

 

Metal-Eyes : Justement, comment analyses-tu l’évolution d’Hypno5e entre vos deux derniers albums électriques, Shores of the abstarct line et A distant (dark) source, le projet acoustique Alba, les ombres errantes, s’étant immiscé entre les deux ?

Jonathan : Je pense que A distant (dark) source est plus abouti. On a eu plus de temps moins de problèmes en termes de production de l’album, de mixage, on a fait des tentatives à l’étranger pour enregistrer. Tout ne s’est pas passé comme on voulait et on a tiré beaucoup d’expérience de tout ça. C’est pour ça qu’on s’est dit qu’on allait faire un maximum de choses nous-mêmes. Shores, c’est le premier album où j’étais présent. Il a fallu qu’on apprenne tous à retravailler ensemble, avec le nouveau batteur aussi, qu’on trouve la bonne formule. Et je pense qu’on est arrivé à ça, ce qui nous permet d’aller plus vite en matière de composition. Pour moi, on a la bonne méthode et on va continuer sur cette voie là.

 

Metal-Eyes : Ce serait donc plus une évolution dans l’unité du groupe, où vous parlez le même langage et vous savez où vous voulez aller.

Jonathan : C’est ça, et il y a une confiance aussi, une même direction pour tout le monde. Et ça, ça met du temps.

 

Metal-Eyes : omment comptez-vous défendre cet album sur scène ?

Jonathan : Il y a une tournée de sortie d’album qui arrive en janvier février 2020. Tournée française et européenne limitrophe, dont une date au Petit Bain à Paris. Et on enchaîne avec une nouvelle tournée au Mexique. On y est allé deux fois l’an dernier, sans faire de tournée ici, ce qui n’est pas très cool pour nos fans français.

 

Metal-Eyes : Comment est perçu Hypno5e à l’étranger, justement ?

Jonathan : Au Mexique, la première fois on ne savait pas où on allait. On avait quelques contacts qui se sont occupés de booker quelques dates, et ça s’est très bien passé. On a fini par signer avec un booker là-bas, qui nous a fait revenir dans l’année avec une tournée plus aboutie, des festivals, dont un gros à Mexico, avec une tournée dernière.  Donc on y retourne, on revient en France ensuite. On va défendre l’album sur les deux années qui viennent.

 

Metal-Eyes : Il faut s’attendre à quoi scéniquement ?

Jonathan : Il y a une recherche de scénographie. On a fait le choix, en live, de ne laisser aucune place à l’improvisation, tout est millimétré. On appuie le côté cinématographique par la vidéo, de manière que les gens se fassent leur propre film tout en étant influencés par l’image. On profite aussi de la synchro de la lumière. C’est programmé, donc pas de place pour l’impro. On n’est pas des ordinateurs non plus, il peut y avoir des ratés, mais chacun suit sa partie. Si l’un se décale, c’est terminé, parce que les samples, la lumière programmée, tout continue. Faut pas se louper ! C’est déjà arrivé, et c’est hyper stressant…

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de A distant (Dark) source pour expliquer ce qu’est Hypno5e aujourd’hui, ce serait lequel ?

Jonathan : Je pense que le morceau titre, qui est sorti en single, montre tout ce qu’on sait faire. L’ovni, c’est Tauca, le dernier morceau, c’est celui que je ne prendrai pas, pas assez représentatif. Je prendrai A distant (dark) source.

 

Metal-Eyes : Musicallement, vous imposez-vous des limites, y a t-il des choses que vous refusez de faire ?

Jonathan : Non, d’abord, il faut que ça nous plaise à nous. Ensuite, parfois, en studio, on fait des trucs qui partent de rien, on voit comment ça se passe. On fait surtout ce qu’on aime maintenant, et c’est comme ça qu’on évolue. C’est assez naturel. On joue ce qu’on aime, et on évolue avec. Avant d’intégrer le groupe, Hypno5e était mon groupe préféré. Maintenant, je compose avec mon groupe préféré… Il n’y a pas de limites, tant que ça nous plait. Parfois, on se demande comment ça va être perçu, mais on ne s’interdit rien.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Hypno5e ?

Jonathan : Être sur la route un maximum. C’est ce qui nous unis, où que ce soit. On a appris beaucoup à travers les voyages, à l’international. Ça nous a beaucoup apporté. Les débuts, c’était très difficile. On a eu des grosses galères aux USA, mais en même temps, c’est ce qui a construit Hypno5e. On a eu quelques grosses galères, oui…

 

Metal-Eyes : Une anecdote, pour terminer ?

Jonathan : Un camion qui brûle en arrivant à un festival… Je repense aussi à une tournée aux Etats-Unis où le bassiste et l’ingé lumières se font renvoyer à la frontière. On tentait de passer avec des visas touristes alors qu’on était en tournée… On avait le speech à la frontière disant qu’on allait jouer avec des amis… Eux se sont fait attraper, questionner encore et encore, le bassiste a donné le nom du manager pensant qu’il allait couvrir, mais le manager, américain, a tout balancé : « C’est Hypno5e, ils sont payés tant… » et ils se sont trouvé dans un avion retour en France. Nous on s’est retrouvé à 4, 3 musiciens et l’ingé son, à se demander ce qu’on faisait… On était un peu en cavale, ils savaient que la moitié du groupe était entrée dans le pays. On se fait choper en train de vendre du merch, c’est travail illégal plus commerce… On a hésité, on a annulé la première date, et on a demandé au promoteur si l’immigration était venue. Après avoir beaucoup hésité, on a décidé de faire le reste de la tournée. En imaginant qu’ils allaient nous attendre au retour… L’ambassade de France et notre manager français nous ont dit ce qu’on risquait : une grosse amende, une interdiction de territoire pendant 10 ans. Ouais, c’était une belle galère !

 

 

OLD ‘N’ GLAM: Ten shades of glam

Hard rock, France (Autoproduction, 2019)

Ce n’est pas au vieux singe… Avec Ten shades of glam, les Français de Old’N’Glam  prouvent que chez nous, aussi, on est capables de proposer du gros son sur fond de hair metal. Certains diront que dans ce créneau, il y a déjà, entre autres, Blackrain. Oui, simplement, Old’N’Glam est plus 80’s tant dans son son que dans les thématiques abordées par les Savoyards. Be nice and shut up, introduit par une nana genre pétasse qui s’excite avec on ne sait quoi, déborde de grosses guitares, bien grasses et au riff couillu. Le chant, rauque, puissant et éraillé (on ne regrette que de ne pas bien comprendre l’anglais de Xavier), la rythmique directe, tout semble réuni pour séduire l’amateur de heavy glam des années 80. Plus proche sans doute d’un Mötley Crüe que d’un Twisted Sister, Old’N’Glam fait cependant preuve d’une vraie maîtrise instrumentale. De Doctor Love – rien à voir avec Kiss – à l’inquiétant Devil inside you, les dix titres -répartis, à l’ancienne, en deux faces – en passant par la ballade obligatoire du genre (The unloved symphony) ou les titres plus rock (Who wants to be a millionnaire) ou heavy (Now or never, Stronger) ou le clin d’oeil à Steel Panther (72 virgins) entraînent l’auditeur sans jamais le lâcher. Si les années 80 sont omniprésentes, le son est résolument moderne et la production efficace. Et puis, on admire aussi les illustrations totalement en phase avec le titre de l’album (inspiré d’un certain roman?) et plus encore, le portrait central qui va faire se pâmer d’extase des milliers de filles à travers le monde devant ces hunks surfeurs de LA! Rock on guys!

Amateurs, si vous ne l’avez déjà, vous pouvez soutenir Old’N’Glam en faisant un bon geste: acheter cet album sur le site du groupe (suivre ce lien)

ULTRA VOMIT à Blois Chato’Do le 24 octobre 2019

Objectif: Paris le Zénith, le 2 novembre 2019. Oui, Ultra Vomit, depuis la sortie de son dernier album, Panzer surprise, il y a déjà 2 ans est un peu partout en odeur de sainteté. Les Nantais, non contents d’avoir cette même année 2017, fait se tordre quelque 50.000 personnes au Hellfest y ont commis l’été passé, en 2019, donc, le même méfait un peu plus haut sur l’affiche. Et les gars s’amusent depuis sur les routes hexagonales. Ce soir, ils investissent le Chateau’Do de Blois qui affiche complet depuis belle lurette. Les amateurs le savent: on ne va pas voir Ultra Vomit pour penser, on y va pour s’éclater et oublier – ils sont en cela champions – le quotidien.

Ce n’est sans doute qu’un détail, mais les vacances viennent de commencer, et, conséquence directe, en ce jeudi soir, ce sont des familles qui se déplacent. Les parents sont accompagnés de leurs enfants d’à peine 10 ans. Oui, Ultra Vomit est un groupe à l’humour potache qui attire désormais toutes les générations.

Ce soir, c’est Tom Dard qui est chargé d’ouvrir et de chauffer le public. Ce nom vous dit quelque chose? Il s’agit d’un ex-La Mano Negra qui s’est exilé en Amérique du sud après la séparation du groupe de Manu Chao. Ce soir, Tom est seul sur scène, accompagné de sa guitare, d’un écran vidéo et d’un ordinateur. Il chante un rock simple et direct, sympa mais… Le côté « seul sur scène » se transforme bientôt en frein. Coincé derrière son micro, le gaillard a du mal à faire se remuer le public, moyennement réceptif jusqu’au dernier morceau. Ça bouge un peu, poliment, mais il manque clairement quelque chose. Dommage…

 

Jamais avares de facéties, le show de Ultra Vomit démarre avant le début du concert. Planqué sous la capuche noire d’un sweat sur lequel est inscrit en gros le mot « Roadie », on devine rapidement que le road batterie n’est autre que Manard, le vrai batteur du groupe. Arrive ensuiteFlokos,  planqué dans le même costume et le visage barré de lunettes de soleil à la monture rouge. Mâchouillant exagérément et vulgairement son chewing gum, il teste sa guitare. Mais on le reconnait, ne serait-ce que par la crête qui dépasse de la capuche. Passé presque inaperçu, Matthieu Bausson fait de même avant que n’arrive, la démarche de diva en plus pour n’être pas remarqué, Fetus. Bref, les roadies ne sont autres que les musiciens qui se préparent avec la complicité du public. Ces réglages faits, Fetus lance avec une voix aiguë « C’est fini pour le test » et les quatre quittent la scène.

Un petit quart d’heure plus tard, une musique d’ascenceur retentit. L’écran de fond affiche un message qui se répète: « Mesdames et Messieurs, Veuillez patienter quelques instants. Les musiciens accordent leurs instruments » Musique d’ascenseur et message répété = le temps commence à se faire long. Enfin, les lumières s’éteignent. Le public exulte. Les lumières se rallument et musique+message reprennent.

Lorsqu’enfin arrivent les héros du jour sur fond de BO de Fort Boyard. Un peu de frime, un peu de poses, chacun récupère son instrument et c’est parti pour une bonne heure et demie de poilade et de rigolade. Même si on connait la formule, la recette fonctionne et fait du bien. Le concert est principalement axé autour de Panzer surprise, naturellement, interprété dans sa quasi intégralité. Mais au delà de la simple musique, ce sont les commentaires qui font de ce concert un moment à part.

Si la plupart des textes sont travaillés, on a parfois l’impression que les musiciens passnet leur temps à se chercher, dans la bonne humeur et la jovialité. Ainsi, la dispute entre Fetus et Manard, le chanteur ayant décidé de rebaptiser le batteur. Flokos s’en mêle, Manard semblant irrité, menaçant de quitter le plateau si ça continue… Mais il reste.

Les animations vidéo sont constantes, chaque morceau faisant l’objet d’un visuel spécifique. Les lumières et effets sont efficaces et simples (les jets de fumées remplacent une pyrotechnie sans doute interdite dans ce type de salle), les clins d’oeil permanents. Ultra Vomit, ce soir encore, s’amuse, tant avec le public qu’entre musiciens, d’ailleurs. Le groupe est rodé, les jeux de mots aussi, les musiciens en forme et prêts à affronter d’autres publics à travers le pays. Public qui repart immanquablement avec un sourire aussi large que faire se peut et une pêche d’enfer. Objectif: Paris le Zénith, on vous dit!