Interview: HERRSCHAFT

 

Interview HERRSCHAFT. Entretien avec Zoé H. (guitare). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 4 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Herrschaft s’est formé en 2004, vous publiez aujourd’hui votre troisième album studio. Que s’est-il passé pour vous ces 6 dernières années ?

Zoé H. : Le dernier album studio, Les 12 vertiges, est en effet sorti en 2013. En 2014, on a décidé de fêter nos 10 ans d’existence avec un album de remixes, qui a demandé beaucoup de travail. On a fait, en 10 ans, des remixes pour plein de groupes et plein de groupes ont aussi remixé Herrschaft. En 2015, on a sorti notre tout premier clip avec le morceau How Real men do, qui apparait dans l’album actuel, et aujourd’hui, on sort, enfin, après 56 ans d’absence effectivement, Le festin du lion (chronique à retrouver avec ce lien)

Metal-Eyes : Pour le quidam qui ne vous connait pas trop, dont je suis, et qui fait quelques recherches, on constate que le premier album est sorti en 2008, les 12 vertiges en 2013 et le festin du lion en 2019. Soit des écarts de 5 et 6 ans. Ca sous entends que le prochain sortira en 2026 ?

Zoé H. : On n’espère pas ! Quand on finit un album, on se dit que le prochain on le sort dans un an, peut être deux ans. Et au final… Je pourrais très bien te dire que le prochain sort dans deux ans, mais j’en sais rien…

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui fait que vous avez cet aspect « pas trop foudre de travail » ?

Zoé H. : Ecoute, en fait on travaille d’arrache-pied. Pour cet album, c’était un peu particulier puisqu’on a dû se réorganiser en 2014. Au début on était 3, Max et moi avons toujours été le noyau dur du groupe. On avait un autre chanteur, MZX, qui a décidé de partir en 2014. Il a fallu se recentre avec Max, voir si on allait continuer à 2, prendre un autre chanteur, et on est tombés d’accord sur le fait qu’on est bien à deux et qu’on veut faire les choses ensemble. Du coup, je ne sais plus qui de nous deux a proposé qu’il prenne le chant. Il n’avait jamais chanté avant, il a dû travailler très dur pour trouver sa voix, donner une nouvelle voix à Herrschaft. Ça, ça a été long, il a fallu qu’on fasse des tests en studio, voir si ça nous plaisait. On a coché cette case, ensuite, il a fallu voir si cette nouvelle formule fonctionnait aussi en live. Ça fonctionnait aussi. Déjà, là, on a deux ans qui sont passés, avant de se dire qu’on allait faire un nouvel album. Il nous a fallu 3 ans pour le faire, mais c’est aussi parce que j’ai mon propre studio. On est complètement maîtres de notre production de A à Z, on ne se laisse influencer par personne et on ne sort quelque chose que quand on en est à 200% satisfaits. On aurait pu sortir des choses avant, mais on n’en aurait pas été satisfaits, alors on a pris notre temps. Le fait d’avoir un studio, c’est un avantage parce que personne  ne nous dit quoi faire, mais c’est aussi un inconvénient parce qu’on n’a pas de pression ni de date limite ;

Metal-Eyes : Votre musique est très brute, très organique ; En plus de l’aspect indus, le nom allemand rappelle évidemment Rammstein, qui n’est pas votre seule influence. Mais qu’est-ce qui vous démarque de cette scène… je ne peux même pas décrire votre musique…

Zoé H. : Ben, tu vois, finalement, c’est peut-être ça qui nous démarque. Le fait que les gens aient du mal à nous coller une étiquette. On n’est pas qu’un groupe d’indus à influence germanophone. On a toujours voulu ce vrai mélange d’électro, on a essayé de le pousser plus loin, par rapport à d’autres groupes. On n’a pas privilégié le coté metal ou le coté électro, on a voulu faire une vraie fusion homogène des deux et aujourd’hui, on a inclus encore plus de choses avec du black metal, de la drum and bass… Certaines personnes nous disent même que maintenant on est presque prog, alors qu’il y a toujours cet aspect électro metal. J’ai l’impression, en tout cas je l’espère, c’est ce qu’on a voulu faire sur cet album, que c’est de l’électro metal mais très riche, avec des chants grégoriens, des chœurs d’enfants…

Metal-Eyes : En dehors du départ de MZX, comment décrirais-tu l’évolution de Herrschaft entre vos deux derniers albums ?

Zoé H. : Entre nos deux derniers albums ? Il y a un renouveau, parce qu’une nouvelle voix, et la continuité parce qu’on a gardé ce côté électro metal. Peut-être que maintenant on a un ton un peu plus léger…

Metal-Eyes (je ris) : Je n’aurais pas pensé à ce terme !

Zoé H. : Pourtant, si… Avant on était beaucoup plus sérieux, plus sombres et plus glacials. Peut-être dans les paroles, dans lesquelles il y a beaucoup d’humour, il y a un côté satanique, effectivement, mais avant c’était du satanique au premier degré, maintenant c’est du satanisme très cynique, décadent, voire grotesque. La vraie différence est là. Même la musique est plus légère. Je ne dirais pas « festive »,  on n’est pas « rigolo metal », même si je respecte tout à fait. On a ce côté grotesque, burlesque, moins lourd qu’avant.

Metal-Eyes : La pochette nécessite aussi quelques explications : on vous voit tous les deux avec vos masque, mais quel rapport y a-t-il entre cette illustration, ces deux personnages sataniques, et le titre, Le festin du lion ?

Zoé H. : Ces deux personnages sataniques pour moi représentent parfaitement ce qu’il y a dans l’album : il y a le diable et son assistant qui regarde l’humanité les implorant de les aider. Le diable regarde les hommes, en se disant «  je suis désœuvré, ils n’ont même plus besoin de moi pour faire n’importe quoi. » De ce point de vue, on a deux entités qui ont une supériorité sur un groupe, l’humanité. Le festin du lion, c’est un peu pareil : le lion, c’est le chef de clan qui envoie les autres chasser à sa place, qui se repose en attendant et qui se sert en premier. C’est une entité, un chef de clan qui dirige un groupe de personnes, d’individus qui sont à sa solde. Dans cet album, chaque morceau parle d’un arcane de pouvoir différent, toujours d’un individu, une entité ou une hiérarchie qui contrôle, de façon malsaine la plupart du temps mais pas forcément, un autre groupe d’individus qui sont à leur solde. Ça peut être d’un point de vue financier, un avocat véreux… Sur Technosatan c’est le diable qui se fout de l’humanité parce qu’il lui a donné la technologie et qu’ils en font n’importe quoi, sur New world order, c’est les complotistes qui voient le mal partout, qui sont persuadés qu’on les manipule, qu’une entité supérieure les manipule et qu’on leur vend n’importe quoi…

Metal-Eyes : Et que même si on cherche à leur démontrer le contraire alors c’est nous qui sommes manipulés…

Zoé H. : Voilà, exactement… The great fire c’est Satan qui regarde le monde brûler et qui se moque de dieu en lui disant «  regarde, je n’ai plus rien à faire, ils se débrouillent tous seuls, sans moi ! » A chaque fois, on aborde un thème différent, toujours en lien avec l’humanité.

Metal-Eyes : Ou la déshumanité, selon le point de vue.

Zoé H. : tout à fait. Moi, c’est ce qui m’amuse le plus dans les histoires aujourd’hui… Cette histoire, par exemple, hier, d’un directeur d’école catholique qui a été pris la main dans le sac en train de faire des orgies de cocaïne et de sodomie dès que les gens ont le dos tourné (NdMP : je ne sais pas si l’allusion est volontaire, Zoé, mais c’est un peu le principe de la sodomie, « le dos tourné », non ?) C’est de ça dont on parle, d’histoires qui nous amuse. On ne les juge pas : on les prend, on les présente au public et on laisse chacun se faire son opinion. Ça peut aborder le côté religieux avec les curés qui font n’importe quoi dans leur presbytère…

Metal-Eyes : D’où la nécessité de se plonger dans ces textes qui sont écrits en tout petit et qui nécessitent…

Zoé H. : Une loupe, oui ! Le festin du lion parle aussi de ça : c’est une métaphore d’un prédateur sexuel. On revient toujours à ce fil rouge.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de l’album pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ?

Zoé H. : Ah, c’est compliqué… J’aime tous les titres de cet album, c’est la première fois que j’en suis aussi fier ! Pour quelqu’un qui ne nous connait pas, je pense que le plus simple pour entre dans l’univers de cet album c’est de prendre How real men do, parce qu’il a fait le sujet d’un clip (voir ci-dessous, attention, scènes surprenantes à déconseiller aux enfants). Dans ce clip, il y a toutes les idées qu’on veut véhiculer maintenant. C’est un clip très beau, et très drôle. Il y a beaucoup d’humour, de décadence, de grotesque et de cynisme. Il faut le voir… How real men do, on ne sait pas trop ce que ça veut dire, « comment font les vrais hommes », mais il y a un vrai truc dans ce clip qui, à mon avis, peut faire sourire tout le monde à la fin.

Metal-Eyes : Un groupe de rock, de metal, c’est aussi la scène. Vous avez des projets en ce sens ?

Zoé H. : Oui, on a un nouveau tourneur qui travaille sur la tournée. Pour l’instant je ne peux annoncer qu’une date, mais qui sera très belle : le 1er novembre à Nantes, au Warehouse. On partagera la scène avec d’autres confrères du même univers musical, Shâarghot, Punish Yourself qu’on connait bien, on est très liés à eux, on se connait très bien. Il y aura aussi OstFront, un groupe allemand. Ce sera une soirée multidisciplinaire avec des performances artistiques. Ca va être une très belle soirée.

Metal-Eyes : Il faut s’attendre à quoi sur scène avec Herrschaft ?

Zoé H. : Il faut s’attendre à beaucoup de visuel, de costumes parce qu’on incarne beaucoup de personnages différents. Ca fait très longtemps qu’on travaille la vidéo projection, les lumières que je programme moi-même pour accompagner les morceaux. C’est du spectacle pendant lequel on ne s’ennuie pas. Quand je vais à un concert et que je vois juste des musiciens qui jouent, je me lasse vite et je vais chercher une bière. Nous on veut capter l’attention du public.

Metal-Eyes : Donc faire en sorte que les gens n’aillent pas chercher de bière…

Zoé H. : ou qu’ils reviennent vite devant avec leur pinte !

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Herrschaft en 2019 ?

Zoé H. : « manger des gens » ! Ou « regardez les brûler » ! C’est ce que font ces deux personnages sur la pochette : Satan regarde le monde brûler et il est presque déçu de ne pas en être partie prenante. Nous aussi, on regarde le monde brûler. Avec un peu de tristesse, malgré tout, mais on ne juge pas : on le prend et on constate. On en est spectateurs, simplement. On n’a pas le pouvoir de faire quelque chose, mais on regarde ceux qui en ont et on constate parfois qu’ils ne font rien. On essaie d’en rire…

Metal-Eyes : Toi tu es qui, Satan ou le bouc ?

Zoé H. : Je suis son assistant, là, le petit personnage rouge. Satan c’est le bouc. Pour moi, c’est le bouc le vrai patron.

Metal-Eyes : Donc, tu te situes à la droite du diable. Tout un symbole… Que souhaites-tu ajouter pour les lecteurs de Metal Eyes ?

Zoé H. : Déjà j’espère que vous aurez la curiosité d’aller voir le clip, et j’espère que ça vous plaira. Et allez voir les groupes d’indus sur scène, ils en ont besoin. C’est un mouvement qui est juste en train de ressurgir après une traversée du désert. On a eu un bon indicateur cette année avec plus de groupes électro – Combichrist, Eisbrescher, Shâarghot, Punish Yourself qui ont tous eu beaucoup de succès. J’espère que les organisateurs du festival vont l’entendre et en mettre plus. Et on a besoin de vous, public, en concerts, alors si vous aimez ça, il faut nous soutenir.

 

 

Interview: TIGERLEECH

Interview TIGERLEECH. Entretien avec Sheby (Chant). Propos recueillis au Black Dog à Paris le 8 juillet 2019

 

Metal-Eyes : Peux-tu en quelques mots raconter l’histoire de Tigerleech ?

Sheby : On a commencé en 2013 avec une première formation, qui a enregistré un Ep en 2014. Après, ça a bougé : Olivier arrive à la batterie en 2015, on compose, Fabien arrive à la guitare au début 2016 et là on avait une structure un peu plus solide, plus compacte. Ensuite, il fallait trouver un bassiste… Gabor, qui est Hongrois, nous rejoint en 2017. On fait un Ep cette même année. Gabor quitte le navire pendant un an, on continue à bosser, et il revient à la fin de l’été dernier. La nouvelle étape, c’est l’album. On avait déjà les morceaux, qu’on a finalisés. Les premiers Ep, c’est, je pense, une démarche normale, pour faire circuler le nom, que les gens écoutent… Avoir aussi un petit truc à vendre. L’album, c’est un peu plus sérieux, c’est la concrétisation.

Metal-Eyes : Tigerleech c’est donc ton bébé. Quelle est la signification du nom du groupe ?

Sheby : C’est une sangsue tigre qui vit à Bornéo, dans l’eau salée. Pas dans l’eau douce. C’est une grosse sangsue noire et jaune, un gros truc qui s’attaque à des crabes…

Metal-Eyes : Votre nom, c’est un peu une déclaration d’intention : vous allez nous coller pour ne pas nous lâcher…

Sheby (il rit) : Peut-être…

Metal-Eyes : D’où aussi la couleur rouge de la pochette, suceur de sang…

Sheby : Non, je ne crois pas. Il y a un mélange de deux animaux différents, mais c’est une interprétation comme une autre…

Metal-Eyes : Quel est ton parcours musical ?

Sheby : J’ai plus de 50 ans, j’ai quelques heures de vol… ca a commencé par mes parents qui écoutaient de la musique, de la chanson française. J’ai deux grand frères qui apportaient aussi de la musique, du yéyé, puis du rock, avec les Beatles, les Stones, puis du Led Zep, Deep Purple… Dans les années 80, mes parents ont bougé sur Renens, à l’époque où la vague punk arrivait en France. Mes frangins ont plongé dedans comme Obélix dans le chaudron et ont monté un groupe punk, les Trotskids, qui a tourné avec un groupe anglais, GBH. Moi, le petit frère, je les suivais, j’allais aux concerts, c’était un peu incroyable, et ce mouvement punk, c’était un truc énorme ! J’ai rejoint plus tard mes frangins à Paris, ils répétaient dans un studio où il avait un groupe mais pas de chanteur. Je leur ai dit « je suis chanteur, engagez moi », et c’est parti !

Metal-Eyes : Un peu comme Ozzy Osbourne qui dit à Black Sabbath « Moi, je chante » !

Sheby : Alors qu’il ne chantait pas ? Voilà, c’est un peu ça (rires)

Metal-Eyes : C’est assez prometteur pour toi…

Sheby : Oui, bien sûr! A l’époque, le batteur ne savait pas jouer, le bassiste non plus, on apprenait sur le tas, et c’était histoire de se défouler. Dans les années 90, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait Antalagone (je crois), un peu hardcore, qui est devenu Mass Hysteria. Je jouais avec les gars et Mouss, qui venait nous voir en répète, est devenu le chanteur de Mass Hystéria. Ça, c’est pour la petite histoire.

Metal-Eyes : Tigerleech vient de sortir The edge of the end (Chronique à lire avec ce lien). Que peux-tu en dire pour me convaincre de courir l’acheter?

Sheby : Déjà, faut pas courir, tu risques de tomber… on y a mis notre cœur et nos tripes. C’est un mélange de nos influences, un album avec beaucoup d’énergie, un mélange stoner, metal, des influences hardcore. On a beaucoup travaillé, on a enregistré avec Andrew Guillotin qui est un super ingé son avec qui ça a accroché professionnellement et humainement. Il a bossé avec plein de groupes, The Arrs, des groupes hardcore. Allez déjà l’écouter sur notre bandcamp… On le fait par passion. Nous, ce qu’on aime, c’est les concerts, partager notre musique avec les gens.

Metal-Eyes : justement, vous avez des dates de concerts en vue?

Sheby : Non, rien avant mars 2020, dans le sud de la France, Marseille et Fréjus. On fait tout nous-mêmes, l’album est auto produit, on n’a pas de tourneur, pas de label. Pour l’instant c’est du Do it yourself.

Metal-Eyes : N’importe qui sera interpellé par un titre de chanson : le seul en français masi il est chanté en anglais. Tu vois lequel ?

Sheby : Sexe dur? C’est l’histoire d’un couple qui fait l’amour, ou plutôt qui baise, de façon un peu engagée ; il y a un petit côté pornographique, entre deux adultes consentants.

Metal-Eyes : mais pourquoi avoir choisi ce titre en français, alors que les autres sont en anglais?

Sheby : Justement, je trouvais qu’un titre anglais, Hard sex, Rough sex, ça ne le faisait pas. C’est un clin d’œil pour ne pas oublier qu’on est français. Un peu notre French touch…

Metal-Eyes : A distribuer à Pigalle…

Sheby : Voilà (rires)

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de The edge of the end pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Tigerleech, ce serait lequel et pourquoi?

Sheby : C’est compliqué… Je pense quand même que ce serait Sandstorm, le premier morceau de l’album, qui est assez représentatif de ce qu’on fait. C’est un peu notre morceau fétiche, on l’a composé il y a deux ans et on ne s’en lasse pas.

Metal-Eyes : Ce qui est plutôt une bonne chose… Si tu devais penser à une devise pour Tigerleech, ce serait quoi ?

Sheby : Euh… « Energie, sincérité et passion. » Je pense que ce sont trois termes qui caractériseraient Tigerleech.

Metal-Eyes : Quelles sont tes autres activités en dehors de la musique?

Sheby : Déjà, j’ai une famille, des enfants, et je travaille. Je travaille dans la musique, sur les concerts. Je suis un peu au fait de ce qu’il se passe. Après, un peu de sport, bricolage. Jardinage, non, parce que j’habite en appartement ! Mais principalement, la musique, j’écoute beaucoup de musique.

 

La poétique des flammes – F. de Lancelot

France, roman metal (LDG éditions, 2019)

Ninon, jeune étudiante doctorante, a décidé de rédiger son mémoire sur l’univers musical. Plutôt que de suivre les conseils « avisés » du corps professoral lui suggérant de faire ses recherches sur le rap, musique populaire par excellence, elle fait le choix d’observer, d’étudier et de découvrir l’univers de son (futur ex) petit ami, musicien au sein du groupe toulousain Aorasie. En s’immergeant dans cet univers, Ninon prend en main la destinée de ce groupe composé d’âmes torturées, romantiques, déprimées et, de concert en festival, découvre la fraternité qui uni les membres de la communauté metal ainsi que les tensions qui peuvent naître de trop de proximité, ainsi que le regard, le jugement, voire la haine et la violence dont peuvent parfois être victimes les metalleux. D’espoirs en déconvenues – les concerts dans des salles vides, les tournées nécessitant trop de sacrifices temporels, humains et financiers – de déconvenues en reprise de courage, la jeune manageure improvisée s’entretien avec chacun des membres d’Aorasie (attention, âmes sensibles: évitez le parcours de Vika…), et d’autres formations (on se rattrape avec le portrait cru de Fabrice) pour étayer son mémoire.

Au travers de La poétique des flammes, F. de Lancelot emporte le lecteur dans l’univers musical et furieux du metal, sous toutes ses formes. Les connaisseurs trouveront aisément leur repères tant les descriptions et références sont familières, les novices, quant à eux, seront amenés à découvrir ce monde contradictoire, à la fois brutal et pacifique. Les Toulousains reconnaîtront certainement les lieux décris, les autres auront des points de chute en guise de future visite de la ville rose.

La plume de Lancelot est agréable, le vocabulaire et les tournures riches. On s’amuse de certaines idées (« Je viens d’une ville plus banale encore: Agen. Quelque part, je suis comme un pruneau: les gens ne se rendent compte de mon absence que parce que quand je suis là, je les fais chier« !), sa vision de l’engagement du fan de metal, le vrai, pas celui qui suit une quelconque mode, plus que juste et l’amateur se retrouvera aisément dans cette description, simple et tellement réaliste: « écouter du metal n’était pas une passade, pas une crise d’adolescence qui s’attardait mais une vraie dévotion qui durait toute une vie« . Combien d’entre nous se reconnaissent-ils dans cette réalité?

Si l’on peut déplorer la répétition de fautes d’accords (l’auteur semble oublier que son narrateur est une narratrice…), le lecteur remarquera les entretiens idéalisés, certes retranscrits « version » Ninon mais loin de la réalité – je n’ai jamais rencontré un musicien qui ait un langage aussi riche et soutenu que celui des membres d’Aorasie – même si on apprécie les caractères individuels, dont le romantisme exacerbé, proche de Baudelaire et de Lamartine à la fois, de Frédéric, visiblement le plus cultivé et intellectuel du groupe, ou la brutalité presque rustre de Fabrice, membre d’un autre groupe.. Cependant, le contenu reste scotché à la réalité des galères que vivent les musiciens. La mise en forme est remarquable, La poétique des flammes étant richement illustré de portraits des intervenants, de cartes retraçant les tournées, de reproductions gothiques des textes de Frédéric à sa muse Marie. Des interludes agréables dans un récit épique dont on a du mal à décrocher. Une invitation à découvrir un univers fait de bruit et de fureur, certes, mais également, surtout fait d’un esprit fraternel et convivial ou la communauté et le partage sont des maîtres mots.

HERRSCHAFT: Le festin du lion

France, Metal indus (Les noires productions, 2019)

OK, dès Technosatan, le message, pour celui qui, comme moi, découvre le groupe, semble clair: les Français de Herrschaft pratiquent un metal électro et industriel violent, brutal et direct. Marylin Manson, Ministry, Rob Zombie et consorts n’ont qu’à bien se tenir… La prod est soignée, le rythme est épileptique. Impossible de ne pas imaginer qu’un morceau pareil ne fasse pas fureur dans une boite de nuit! Les dix titres de ce Le festin du lion font preuve d’une rage non contenue – le chant hargneux de Max est parfois effrayant, les machines bastonnent à tous les étages et les guitares de Zoé H. charcutent genre boucherie héroïque. Heureusement, pour atténuer cette furie, le groupe s’accorde, pardon, nous accorde quelques moments de rare répit, afin de nous laisser souffler. On sent que le groupe sait où il va, et ce quatrième album démontre aussi qu’il sait comment y aller. Le festin du lion est un album puissant à conseiller à tous les amateurs de metal indus et electro surpuissant. Une vraie baffe dont Zoé vous dira tout ce qu’il en pense dans une interview que vous découvrirez très prochainement.

JIRFIYA: Wait for dawn

France, Metal (Ep, autoproduction, 2019)

Sur fond de guitares furieuses et d’un partage vocal masculin (Jérôme Thellier, également guitariste et co-fondateur) et féminin (Ingrid Denis, co-fondatrice) Jirfiya, quatuor hexagonal, nous invite, avec ce premier Ep, Wait for dawn, dans son univers sonore qui explore aussi bien des tonalités orientales (The report card), la fureur metal pure et dure, s’engage également sur les terres progressives (Under control) . La rage vocale de Jérome Thellier, également membre de Born From Lie (ainsi que le bassiste Patrick Davoury) apporte une touche extrême contrebalancée par la douceur de celle d’Ingrid. Le propos est diversifié (To be saved est aussi speed et furieux que mélodique, suivi de son opposé, la ballade A part of light, titre qui monte en puissance et en hargne sur sa seconde partie). Waiting for your fall, qui clôt ce premier essai, est un parfait mix de tout ce que Jirfiya a présenté. Ingrid en profite même pour présenter une facette vocale bien plus hargneuse… En 5 morceaux, les Français démontre l’étendue de leurs influence et prouvent un réel savoir faire, doté d’une vraie personnalité.

Interview: IRON BASTARDS

Interview IRON BASTARDS. Entretien avec David (guitare). Propos recueillis au Hard Rock Cafe de Paris le 11 juin 2019

 

Metal-Eyes : J’imagine qu’on a dû vous poser de nombreuses fois cette question, mais commençons par le début : peux-tu me raconter l’histoire du groupe ?

David : Iron Bastards est né en 2013 à Strasbourg. A la base c’est une formation qui existait sous le nom de No Class qui faisait exclusivement des reprises de Motörhead. A un moment, on a décidé de passer à la composition et de changer le nom du groupe. On a sorti trois albums, dont le dernier qui s’appelle Coppa Cadabra, qui vient de sortir. Les deux premiers sont sortis en 2015 et 2016.

Metal-Eyes : Elle est comment la scène strasbourgeoise ?

David : Elle est cool, vraiment. Enfin… ça veut tout dire et rien dire. Elle est assez émergente et vivante. Il y a un bon renouvellement en termes de groupes.

Metal-Eyes : Vous vous situez comment sur cette scène strasbourgeoise ?

David : Sur Strasbourg, on est plutôt bien placés en termes de notoriété.

Metal-Eyes : Vous avez tourné avec pas mal de groupes, dont Phil Campbell. Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?

David : Tout d’abord, la sortie de notre premier album ; là, on a décidé de mettre les bouchées doubles, faire plus de scène et de concerts. Ensuite, on a joué au Hellfest – au Metal Corner. C’est très impressionnant. En 2017, toujours, notre tournée de 3 mois en Angleterre, et en 2018, année de création du dernier album.

Metal-Eyes : Iron Bastards, ça ressemble à un mélange de Iron Fist et Bastards, deux albums de Motörhead…

David : ça ne vient pas de là… On a choisi ce nom parce que « bâtard », je le considère vraiment comme notre style musical : on mélange diverses influences. Une musique bâtarde par le mélange de beaucoup de genres, tout en restant rock n roll. Et Iron, pour le côté amical de la chose…On est trois amis avec des liens très forts, fraternels. Bien sûr, ça nous a effleuré l’esprit, ces deux albums, mais le nom du groupe ne vient pas de là.

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Iron Bastards pour quelqu’un qui ne vous connait pas ?

David : Ben, je dirais que c’est du « Motörhead plus plus », dans le sens où…

Metal-Eyes : ça fait pas frime du tout ça !

David (il rit) : Non, non ! Je ne voulais pas le dire dans ce sens là ! Mais plus en termes d’enrichissement et de développement. Certes, c’est clair, on est vraiment influencés par Motörhead, mais on a réussi à enrichir cette influence par d’autres influences.

Metal-Eyes : Quelles sont-elles justement ?

David : On peut citer des groupes comme Black Sabbath, Deep Purple, Iron Maiden, Thin Lizzy, Ted Nugent, même du rock progressif, psychédélique…

Metal-Eyes : Tu portes d’ailleurs un T-Shirt Pink Floyd… Il y a quand même une forte influence du rock des années 70 dans votre musique.

David : Oui, on va dire que c’est la tranche de rock n roll qui reste la plus présente dans notre musique. Après, je ne te cache Pas que je suis un gros fan de Van Halen, ou même de ce qui se fait actuellement, avec des groupes comme Horizon

Metal-Eyes : Vous êtes influencés par cette scène, et aujourd’hui, il y a un vrai revival de la scène des 70’s.

David : Oui, mais on arrive à le réinterpréter. A se le réapproprier aussi. Dans le sens où on adapte des motifs musicaux des années 70 de façon moderne. On les retravaille, les réarrange à notre sauce, selon nos envies. On n’essaie pas de faire un copier-coller, on cherche aussi notre propre identité musicale là-dedans.

Metal-Eyes : Ce qui se ressent à l’écoute de l’album. On ressent bien vos influences, mais il y a cette personnalité qui vous est propre.

David : Oui, c’est ça. Si j’ai envie de composer un truc à la Motörhead, ben… Je préfère directement écouter du Motörhead ! Ou faire de la reprise. Après, je peux composer un morceau dans cet esprit, ça ne me dérange pas, mais je préfère développer mon propre esprit, la manière dont je pourrais interpréter ma musique.

Metal-Eyes : Justement, quelle est ton éducation musicale ?

David : A la base, je viens du blues et de la country. Après, je me suis orienté vers le metal. J’ai aussi fait la NAI, lécole de musique à Nancy où j’ai pu étudier d’autres genres musicaux, tels que la fusion et le jazz, par exemple. Toutes ces influences s’assemblent, se sont intégrées dans la musique d’Iron Bastards. Même si on les entend peu, elles sont bien présentes.

Metal-Eyes : Comment en es-tu venu à la guitare ?

David : Euh… En écoutant Motörhead, tout simplement. Je suis fan depuis que je suis tout petit, depuis que j’ai découvert l’album Ace of spades. Je t’avoue que j’aime beaucoup aussi la période avec Robertson, Another perfect day.

Metal-Eyes : Une courte période, et un album qu’on redécouvre aujourd’hui.

David : Oui, un excellent album. Je n’ai pas de préférence particulière pour les albums, à par ceux qui se sont fait avant les années 90. Après, j’ai un peu plus de mal, mais des albums comme Motorizer, et ce qui s’est fait récemment, je les trouve excellent. A partir de Inferno, c’est excellent.

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un morceau de votre troisième album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est Iron Bastards, ce serait lequel ?

David : Je pense Speed machine. Les harmonies au niveau des guitares, la puissance et l’agressivité du morceau, qui reste très rentre dedans mais avec cet enrichissement en termes d’harmonie. Il est assez représentatif de cet album. Il réunit tout ce qu’on a pu faire depuis les débuts du groupe.

Metal-Eyes : Et tu me dirais quoi pour me convaincre de courir acheter l’album, tu me dirais quoi ?

David : Euh… Comment je pourrais expliquer ça ? Ecoutes : si tu as envie de musique rentre dedans avec des parties musicales un peu plus complexes, vas-y, lâche-toi, vas acheter notre album  (rires)! Après, c’est un peu difficile pour moi de convaincre quelqu’un d’aller l’acheter… Si tu es à la recherche d’agressivité, d’harmonies et de groove, vient écouter notre musique.

Metal-Eyes : Vous êtes 3 dans le groupe, comment vous travaillez ? A l’ancienne ou chacun envoie ses fichiers ?

David : A l’ancienne. Cet album a été enregistré en live. On n’a pas enregistré chaque instrument séparément, tout a été fait en live. Après, il y a les arrangements, les guitares et les voix qui ont été rajoutées. Normal, quand tu veux faire des arrangements… La base a été enregistrée en live. En termes de composition, il n’y a rien de standard. C’est plus ce que l’on se propose, ce qui nous parle. David vient me voir, me disant qu’en ce moment il écoute ça, qu’il ferait bien un truc dans le genre. Moi, j’ai comme une banque de riffs, que j’ai en stock et que j’alimente dès que j’ai une idée. Parfois, je pioche dedans, mais la plupart du temps, ça vient de jams : on arrive en répète, on balance un truc et les autres suivent, Anthony (batterie) balance un rythme et on y va !

Metal-Eyes : J’ai quand même besoin d’avoir la photo du groupe sous les yeux pour me repérer, même si vous n’êtes que trois. Il y a deux David… ça n’aurait pas été plus pratique d’en choisir un troisième ?

David (rires) : C’est vrai que ça aurait été plus pratique, mais quand même, on va abuser. On se serait appelés Iron Davids !

Metal-Eyes : En 2019, quelle pourrait être la devise d’Iron Bastards ?

David : La devise ? Faire la musique qui te plait, en gros… « Fais ce qui te plait avec authenticité et sincérité ».

Metal-Eyes : EN dehors du groupe, justement, tu aimes faire quoi avec authenticité et simplicité ?

David : J’aime jouer d’autres instruments : du lap steel, du banjo, ma vie est principalement axée autour de la musique. Mais j’adore aussi faire de la randonnée, je suis un gros passionné d’histoire, principalement l’histoire de la religion… Je m’intéresse à pas ma de choses.

Metal-Eyes : Ces instruments dont tu parles, il y a possibilité de les retrouver au sein du groupe ?

David : Non. Pas aujourd’hui. Peut-être plus tard, mais pour l’instant, je n’ai pas eu la chance de pouvoir intégrer de la mandoline dans Iron Bastards… Je pourrais faire une petite intro, un interlude, mais je ne me considère pas assez expérimenté pour pouvoir apporter cette touche là dans notre musique.

Metal-Eyes : Je n’ai pas eu le temps de me plonger dans les textes. De quoi parlez-vous ?

David : Principalement des aventures qui nous arrivent sur la route, très rock n roll, quoi ! Ensuite, des choses plus personnelles qui arrivent à David, qui écrit les paroles. Son ressenti, sa situation. Il a un espèce de filtre sur la société, te c’est la troisième façon dont un texte peut être écrit, un aspect un peu plus politisé.

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que vous souhaitez ne pas aborder parce que ça ne colle pas avec l’image d’Iron Bastards ?

David : Je dirais les thèmes un peu trop “idéalisés”, genre sorciers, chasseurs de dragons… Ca ne me branche pas du tout en termes de rock n roll. Peut-être dans un autre registre, mais il y a des thèmes qui ne sont pas appropriés, adéquats pour notre musique. Bien sûr qu’on peut parler d’amour dans le rock, mais il faut que, pour notre musique, ça reste très spontané, très instinctif. Si on parle d’amour, ce serait de la manière la plus spontanée. Réaliste. Oui, « réaliste », c’est le mot exact. On n’essaie pas de faire de la musique trop idéalisée comme ça peut être le cas dans le rock progressif, on cherche à rester proches de la réalité, à la retranscrire telle qu’on l’interprète, via la musique.

Metal-Eyes : Un groupe de rock, c’est fait pour être sur scène. Il y a des dates prévues en dehors de votre région ?

David : On joue beaucoup en Allemagne, on aurait voulu l’Espagne. En France, on est toujours à la recherche de dates. Qu’est-ce qu’on a, On joue pas mal dans le Nord, on va jouer dans le Jura ; On peut trouver les dates sur notre Facebook, tu tapes le nom du groupe. Je t’avoue que jouer en Allemagne, c’est plus facile pour nous, les dates qu’on nous propose en Allemagne sont plus proches que celles qu’on nous propose en France…

Metal-Eyes : Vous avez une vidéo qui tourne en ce moment pour Days of rage où on vous voit tous les trois tourner autour d’un canapé, genre chaises musicales. Mais ce n’est pas ce qui est intéressant, c’est le contenu, avec toutes ces images de violences à travers l’histoire et la planète. C’est un autre constat de société, qui sous-entend que rien n’a changé

David : C’est ça, on a voulu mettre en avant les gros parallèles de l’histoire, et faire des liens avec ce qu’il se passait et certains mouvements contestataires qu’on retrouve de nouveau aujourd’hui. Et qu’on retrouvera aussi demain. Il y a des similitudes à différentes époques.

Metal-Eyes : Merci David, je vous souhaite bonne chance avec ce nouveau disque.

David : merci à toi… C’est vrai… J’ai repensé au “Motörhead plus plus”, c’est vrai que ça fait vachement péteux (rires)

Metal-Eyes : Mais, c’est bien, je vais le garder.

David : ok, ok (rires)

 

WILD MIGHTY FREAKS: Rhythm ‘n blood

France, Metal (Bemavo records, 2019)

Wild Mighty Freaks parlera sans doutes aux plus fidèles d’entre vous qui ont découvert ce groupe déjanté en 2017 avec son premier Ep, Guns n’cookies. Si les guitares furieuses sont toujours, sur ce premier album, Rhythm ‘n blood, présentes, au même titre que les inspirations rap/hip hop, les Franciliens font un pas en avant de plus en incluant d’autres sonorités, plus dance, électro et lorgnent même du côté du metal extrême et de toute la fureur qu’on peut y trouver. Dix titres variés, avec des arrangements parfois contre nature mais qui marchent! Body Count n’est pas loin, même si WMF se démarque de cette illustre comparaisons avec un look complètement déjanté qui promet un show haut en couleurs. On rêverait presque d’un festival regroupant tous ces groupes français qui développent le visuel autant que le propose musical. Remarquons enfin que le groupe a trouver une solution au gros écueil de sa précédente production: Crazy Joe a su travailler son anglais, et même si son accent reste perfectible, ses mots sont déjà plus compréhensibles. Et la prod sait mettre sa voix en valeur. Une vraie progression qui mérite qu’on se penche sur ces freaks là.

Interview: PRESS GANG METROPOL

Interview PRESS GANG METROPOL. Entretien avec Sébastien (chant, guitare) et Christophe (basse) .Propos recueillis au Hard Rock Cafe à Paris le 27 mai 2019

Metal-Eyes : Il s’agit de notre première rencontre, je découvre à peine Press Gang Metropol, alors, je ne vais pas vous surprendre : pouvez-vous me raconter en quelques mots l’histoire du groupe ?

Christophe : Le groupe s’est formé en 2006, on a fait un premier album qui s’appelait Check Point. Le line up a depuis changé, maintenant, il y a Sébastien au chant, Fabrice à la batterie et Michel à la guitare. On vient de sortir un nouvel album chez Send The Wood, Point Blank, c’est du rock new wave. Et voilà !

Metal-Eyes : Et voilà ! Quelles sont les grandes étapes du groupe ?

Christophe : D’abord la création du groupe. Je venais d’un projet industriel, j’en ai eu marre à un moment des machines et j’ai voulu retourner à la guitare. C’est quand même bien la guitare. Formation classique guitare basse batterie chant, plutôt que sampler et machines même si j’aime encore. Ensuite, la sortie du premier album, ensuite, troisième étape, le changement de line-up et quatrième étape, la sortie de ce nouvel album sur ce nouveau label

Metal-Eyes : Et toi Sébastien, tu as intégré le groupe comment, tu viens de quel univers ?

Sébastien : Alors on n’en parle pas beaucoup parce que ça n’a rien à voir avec ce que fait Press Gang…

Metal-Eyes : Ok, on passe à la question suivante, alors ! (Christophe explose de rires)

Sébastien : A la base, j’étais avec un groupe qui s’appelle Artefact dans les années 2000. On a fait 2 albums, on a joué avec Eths, on a fait des trucs un peu sympa, on a fait une tournée, et ça marchait bien jusqu’à ce qu’on décide d’arrêter. Ensuite, j’ai arrêté de faire des trucs un peu sérieux – parce que Artefact, c’était vraiment sérieux…

Metal-Eyes : Sérieux ? (je me tourne vers Christophe) Sympa…

Christophe : Mmh… On en reparlera… Non, justement, il va y venir.

Sébastien : J’y viens : mes attentes musicales étaient vraiment différentes par rapport au fait de hurler, même si c’est un exutoire. Et je me rapprochais plus de choses comme Depeche Mode, Mark Lanegan… Je m’y retrouvait plus artistiquement. Quand j’ai appris que Press Gang Metropol cherchait un chanteur, je me suis rapproché d’eux, je leur ait dit que c’est un univers qui me parle et que ce serait un super endroit pour que je puisse exprimer avec ma voix ce que je souhaitais. Finalement on a trouvé un univers où cohabiter musicalement et on est là !

Metal-Eyes : Vous avez publié un premier album, Check Point, avant celui-ci : Point Blank. Est-ce que le mot Point doit figurer sur chacun de vos disques ?

Christophe : Bravo ! Tu es le premier à l’avoir repéré ! C’est vrai, tu es le premier à en parler. En fait, il s’agit plus de reprendre le dernier mot, et je me demandais ce que nous pourrions mettre avec Blank sur le prochain. C’a tombait bien, parce que je voulais un album plus frontal, plus direct. Point Blank, ça veut dire « à bout portant ». La cover de l’album, le poteau au premier plan, tout est lié…

Sébastien : C’est réfléchi, hein ?

Metal-Eyes : C’est bien, très bien de réfléchir. C’est là où on peut faire appel à ton côté sérieux (rire général) ! Comment décririez vous tous deux la musique de PGM aujourd’hui ?

Christophe : En deux mots : rock new-wave.

Metal-Eyes : Quel type de New wave ?

Christophe : Celle jouée dans les années 80. On peut citer Depeche Mode, New Order, Cure, et également le côté rock d’aujourd’hui avec des groupes comme Interpol, Editors…C’est un mix, on n’invente rien, on ne crée rien, on essaie juste de faire de la bonne musique, en tentant de ne copier personne, mais c’est clair que nos influences ressortent.

Metal-Eyes : Quelle est la signification du nom du groupe ?

Christophe : Press Gang Metropol, c’est l’association de deux mots : press gang, ça veut dire « obliger à », c’est un côté péjoratif. Metropol, c’est la ville. En fait c’est « l’aliénation de la ville ». Voilà.

Metal-Eyes : Selon toi, comment décrirais-tu, au-delà du changement de line-up, l’évolution du groupe entre les deux albums ?  

Christophe : beaucoup plus énergique, motivé et direct, et peut-être plus instinctif. Comme on l’a dit avant, moins réfléchi.

Metal-Eyes : Et toi, Sébastien, tu as écouté le premier album pour intégré le groupe.

Sébastien : En effet. J’ai écouté l’album pour me faire une idée et j’ai accroché en me disant que c’est quelque chose qui correspondait à mes goûts. Quand le line up à changé, c’était bon, mais changer de chanteur, ça veut dire changer beaucoup dans l’image aussi. Ça correspondait vraiment à ce que je voulais faire, du coup, j’ai amené mes influences et on a commencé à travaillé pour trouver ces nouvelles couleurs.

Christophe : Ta personnalité a fait que le style de la puisque est devenu sans doute plus physique que mental.

Metal-Eyes : Si l’un et l’autre vous deviez ne retenir qu’un seul titre de Point Blank pour décrire ce qu’est PGM, ce serait lequel ?

Christophe : Ouais… bonne question…

Sébastien : Moi, je dirais En face, parce que c’est le premier qu’on a écrit avec le nouveau line up, et il a vraiment posé les jalons de ce qu’allait être PGM. Après, ça s’est élargi dans le spectre sonore. On s’est dit « le nouveau son de Press Gang, c’est ça ! »

Metal-Eyes (à Christophe) : Tu le rejoins ?

Christophe : Oui, totalement…

Metal-Eyes : C’est facile…

Christophe : Ouais. J’aurais peut-être dit un autre morceau, mais il a plus raison.

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de PGM ?

Sébastien : Plus de basses !

Christophe : Moi, ça me va ! Je m’en souviendrais. Il l’a dit et devant témoin, en plus !

Metal-Eyes : Quels sont vos projets de scène ?

Christophe : On y travaille à fond puisqu’en septembre-octobre on doit faire une tournée. On est en plein dans la programmation, mise en place des dates.

Metal-Eyes : En tournée ou en tournée des week ends ?

Christophe : Dans l’absolu, on voudrait bien faire une vraie tournée, mais tu sais comment ça se passe… Donc s’il le faut, ça pourrait être une tournée des week ends, oui… Au niveau national et international, en Europ. Tant quelle existe…

Metal-Eyes : Que pouvez vous rajouter pour me convaincre, convaincre les lecteurs de courir pour aller acheter l’album ?

Christophe : Courir peut-être pas, mais au moins faire l’effort d’aller l’écouter puisqu’il est disponible sur Youtube, et c’est bien de soutenir les groupes de la scène française, pas attendre que ce soit les étrangers qui disent que c’est bien pour les découvrir… Faites un petit effort pour aller écouter, ça prend pas trop de temps, et on découvre des belles choses

Sébastien : Comme le disait Christophe, c’est dommage que, pour des groupes comme Shaka Ponk ou Gojira ce soit les étrangers qui nous montrent que les groupes français sont bons, voire extrêmement bons…Quand on voit à quel point les Anglais défendent leurs groupes de rock. Et on a des groupes de dingues en France ! Et le niveau technique est très bon. On saiot vraiment bien faire, mais faut pas qu’on ait ce snobisme de dire « oui, c’est français, c’est moyen… »

Metal-Eyes : Et pas que le public, il y a également un manque de soutien des médias locaux

Sébastien : C’est clair… C’est grâce aux médias que nous pourrons aussi espérer sortir de la masse.

 

TUNGS10: The lost manuscript

France, Metal indus (Autoproduction, 2019)

Un look post apocalyptique à la Mad Max, un titre aussi mystérieux qu’un roman de Dan Brown… Il ne fait guère de doute, dans mon esprit, que Tungs10 évolue dans un domaine indus, sans doute influencé par Ministry, Marily Manson et consorts. The lost manuscript, l’album des Français qui vient de paraître, confirme rapidement cette impression. Les machines sont judicieusement utilisées, les guitares et la section rythmique sont hypnotique et saccadées. Et le chant surprend. De prime abord, tu n’irais pas lui chercher des noises à Madeleine Kowalczyk… Cependant, sa voix douce et enfantine donnerait parfois l’impression d’une échappée de Barbie girl… Cette douceur est contrebalancée par la rage vocale du compositeur et guitariste Cédric Andreolli, qui vient quand même rappeler qu’il s’agit de metal. Si l’ensemble est bien fait, si le son est pile comme il faut pour le genre, je n’arrive cependant pas à accrocher sur la durée. Sans doute parce qu’il ne s’agit pas de mon genre de prédilection… Mais les amateurs d’indus sauront trouver dans ce The lost manuscript ce qu’il faut pour les satisfaire. Et confirmer qu’il existe, en France, des groupes dignes d’intérêt tant visuellement (une affiche avec Tungs10, Punish Yourself et Shaârghot, ça pourrait le faire, non?) que musicalement.

TIGERLEECH: The edge of the end

France, Stoner (Autoproduction, 2019)

Formé à Paris en 2013, Tigerleech évolue dans un rock stoner, lourd et pas fin – dans le bon sens du terme, s’entend. Avec The edge of the end, son premier album, Tigerleech travaille des ambiances pesante sinon oppressantes. Seul le chant, pourtant puissant, manque de précision. Pour le reste, les guitares saturées laissent une large place aux power chords et la section rythmique bourine sévère. Les gars (Sheby au chant, Fabien à la guitare, Gabor à la basse et Oliv à la batterie) parviennent à diversifier leur propos comme sur ce An experience called life qui mêle guitares claires et hurlantes. Et comment passer à côté d’un titre aussi évocateur que Sexe dur sans s’interroger? Pourquoi ce titre alors que l’ensemble de l’album est chanté en anglais, hein? Tigerleech s’affranchit cependant des codes du genres en incluant diverses influences à ses compos, principalement piochées dans la musique extrême, et le punk n’est pas en reste. Ce qui l’en différencie toutefois, c’est la durée des chansons: sur 10 titres, seul Jungle punk s’affiche crânement, avec 3’30, sous la barre des 5’45. Il semble que le seul objectif des Parisiens soit de proposer un défouloir hypnotique à son auditoire. En l’occurrence, c’est réussi et l’ensemble me rappelle quelque peu Already Salted (d’autres irrévérencieux franciliens légèrement déjantés). Un groupe direct, sans concession, certainement à découvrir sur scène.