GNÔ: Stereofish

France, Hard progressif (Millenium, 2020)

Franchement, terminer l’année avec ce Stereofish, cinquième opus des compatriotes de Gnô, ben, ça fait un bien fou! Si j’ai découvert avec bonheur le trio dingo avec le déjanté Cannibal tango (2011), si j’ai été quelque peu déconcerté par le suivant, Crass palace (2014), j’ai raté le dernier, Sick princess (2016). Depuis, le génial guitariste Christophe Gaudin a quitté le trio qui, de fait, a dû chercher un six-cordiste au moins aussi barré et talentueux pour le remplacer. Si l’on peut imaginer que la tâche ne fut pas des plus aisées, quel bonheur d’entendre un résultat si enjoué et entraînant! Inutile de passer par quatre chemins, l’arrivée de Djul Lacharme aux côtés de Gabriel Vegh (chant et basse) et Peter Puke (batterie) est, comme le démontre de bout en bout ce Stereofish – dont la seule faute de goût est cette improbable illustration de couverture genre patchwork informatique de débutant – toute l’étendue de son talent. Dès l’introductif Calvary way, le ton est donné: avec ses quelques relents ska, le titre, imparable est très festif et chantant. Never give up passe au niveau supérieur de dance attitude, il est simplement impossible de ne pas se dandiner. Le ton change légèrement avec Stereofish et son riff discret à la War machine (Kiss) tandis que Into the void se fait plus lourd et spatial, un titre tout en lenteur basée sur la rythmique de la basse. Tout au long des Gnô’s New Orbit, Animals ou autre Our worlds collide, Gnô, tout en restant technique mais se faisant sans doute plus « accessible » ou moins dingo (quoique…), varie en permanence les plaisirs et surprend à chaque instant. Un océan de fraîcheur à ne manquer sous aucun prétexte.

STUBORA: Vision obscure

France, Heavy metal (auto production, 2020)

A peine un an après avoir publié son dernier album, Horizon noir, les Français de Stubora reviennent avec un EP, Vision obscure. Reprenant les codes visuels du précédent méfait (un triangle équilatéral dont, dixit Cyril, chant et guitare, avec qui Metal Eyes s’est entretenu le 15 décembre dernier, « chaque côté représente un membre du groupe, chacun ayant la même importance que les deux autres. Chacun a son rôle, mais chacun a le même poids dans chacune des décision du groupe » et un fond sombre), ce 6 titres n’était au départ pas prévu aussi vite. « En novembre 2019, on pensait avoir du temps devant nous pour tourner et assurer la promo de Horizon noir. On a mis en place le set, le matos… on avait tout prévu, et là est arrivé le virus. Et ça fout tout en l’air. on se rend compte que les concerts ne vont pas reprendre (…) On s’est dit qu’il fallait qu’on reste actifs pour continuer de faire vivre cet album sur lequel on avait travaillé 2 ans. On a décidé de faire cet Ep, dans la continuité de l’album, comme une extension de l’album.Faire quelque chose pour continuer d’être présents« . Le titre lui même, Vision obscure, se veut dans la continuité de l’album, mais il a aussi été inspiré par la crise sanitaire. « Horizon noir, à l’époque, reflétait le futur qu’on envisageait, mais on était loin d’imaginer la situation à venir. Avec le confinement et tous les problèmes sanitaires, ce n’est plus l’horizon qui est noir, c’est le présent! » Musicalement, Stubora reste fidèle à lui même: du heavy mélodique mixé au rock et au thrash, deux chanteurs – Cyril et Mick – aux styles différents et complémentaires. Les 5 titres – plus une reprise – transpirent de cette « envie et de l’énergie » dont Cyril fait part, même s’il « n’y avait rien de prévu ou de déterminé avec cet Ep. »Pour autant, Stubora, bien que trio, n’a pas eu l’opportunité de se réunir pour l’enregistrement: « On habite à 2 ou 300 km les uns des autres, on a commencé à travailler à distance. On avait commencé pendant le confinement et, heureusement, les réseaux sociaux nous aident à vraiment travailler à distance! » Chacun a pu enregistrer dans son home-studio, ce qui a permis de développer de nouveaux modes de travail. « Quand ils ont commencé à annoncer la 2ème vague (…), on a mis en place tout un processus de production (…) On se retrouve vraiment bien dans ce qu’on voulait faire, et le seul challenge, ça a été de condenser tout ça en 4 mois« , le temps que s’est assigné Stubora pour réaliser cet Ep. Le trio a également décidé de reprendre Cerveau limité, un de ses propres titres qui figurait sur l’album précédent. Pourquoi ce choix? « On ne voulait pas d’un Ep avec un ou deux titres… Pendant le confinement, Mick avait repris Soleil noir en acoustique, et on s’est dit qu’on pouvait en effet faire une ou deux reprises. Mais de manière différentes. J’ai proposé de faire un remix de Cerveau limité, qui est un des titres forts de l’album, et de lui donner une autre couleur, laisser plus de place à des choses qui attirent peut être un peu moins l’oreille« . Mais il y a également des nouveautés qui marquent une évolution: « Atta, 451,  qui a un texte historique, ce qu’on n’avait jamais fait, un remix, nouveau aussi. » Tout en restant dans son univers, Stubora a en effet réussi à avancer et se réinventer quelque peu. Difficile cependant de ne retenir qu’un titre pour expliquer ce qu’est Stubora aujourd’hui… « Tu ne peux pas résumer Stubora à un seul titre, il en faut au minimum 2. Le coté un peu plus thrash de Atta 451 et celui un peu plus rock, heavy qu’il ya sur Vision« . A bien y réfléchir, c’est logique, chacun des chanteurs ayant un style différent, il faut bien que chacun soit représenté. Concluons donc avec la traditionnelle question: quelle serait la devise du groupe? « Ah! Ce serait « Ne lâche rien », parce que le groupe existe depuis 1996, a sorti son premeir album en 1998. En 2020, on est toujours là. On n’est pas un groupe international, mais on ne lâche rien et on est toujours là. Quand on commence, on ne se rend pas compte de tout ce qu’il faut faire, de tous les efforts pour rester. La passion qui nous tient, donc il faut se donner, et s’adapter – on le voit bien en ce moment! On a toujours le même état d’esprit depuis l’album Résurrection,en 2015« 

SINS OF SHADOWS: The master’s way

Power metal, France (Autoproduction, 2020)

Une pochette attirante, que n’aurait certainement pas renié le Grateful Dead. Un nom de groupe si petit – Sins Of Shadows dont le nom est emprunté à un titre des Américains de Symphony X – que je l’ai confondu avec le titre de l’album – The master’s ways. Et puis ces premiers riffs comme pompés sur un classique de Megadeth. Ok pourquoi pas, tant qu’il ne s’agit que d’introduire son propos en interpellant l’auditeur. Seulement… Oui, déjà, « seulement »: dès le morceau titre qui ouvre l’album, le son est d’un autre âge… Comment, aujourd’hui, sauf si c’est volontaire, une formation peut-elle proposer un CD qui sonne comme une démo des 80’s enregistrée sur un 4 pistes dans un garage? Forcément, l’équilibre sonore n’y est pas (est-ce un hasard si l’acronyme est SOS?).  Et je me dis que l’écoute va être compliquée… Pourtant, maintenant que le négatif est cité, musicalement, il y a de l’envie et de la matière, même si Sins Of Shadows ne réinvente pas la machine à courber les bananes. Les rythmiques enlevées – double es-tu là? – le chant féminin clair et les guitares rageuses laissent entrevoir des compositions qui puisent autant dans le power que dans le metal symphonique. SOS Les ambiances peuvent être aussi sombres (Not in my world) que rythmées (A man in the crowd) ou speedées (Today’s the day et ses riffs à la Maiden – peut-être un peu trop, même…). L’instrumental The mountain montre un visage plus progressif du combo, confirmant au passage la variété de ses sources d’inspirations. Si musicalement Sins Of Shadows est très moderne et actuel, il sera difficile de passer outre l’écueil de la production. Une erreur à ne pas commettre à l’avenir en confiant cette tâche à quelqu’un dont c’est le travail. C’est d’autant plus dommage qu’il y a de la matière.

SANCTUARY: Resilience

France, Black/Death (Autoproduction, 2020)

Formé en région parisienne, Sanctuary propose un premier Ep en 2016, suivi d’un premier album en 2018. Remarqué sur la scène black, le trio puise son inspiration chez Behemoth, Anorexa Nervosa Immortal ou le Opeth des débuts. Ses compositions, variées, aux sonorités symphoniques, tapent fort, et varient les tempi tout au long du nouvel album, Resilience. C’est la force de Sanctuary, mais voilà… Ceux qui me connaissent le savent, je n’aime pas ce type de « chant ». Si musicalement, je ne peux que reconnaître l’efficacité des compositions, puissantes, sombres et diversifiées, je n’arrive pas à trouver du plaisir. Musicalement intéressant, avec des intros et des ponts souvent calmes, légers et aériens, parfois inquiétantes, à d’autres moment feutrées comme dans un club de jazz, mais qui cachent un océan de noirceur explosive vocalement ça me repousse… Et puis ce logo aux extrémités quelque peu discutables, un S et un Y dont la forme rappelle autre chose, une politique nauséabonde… Provoc’ ou idéal? Vraiment pas pour moi… Je laisse ma place aux amateurs du genre.

BULLRUN: Wilderness

France, Hard rock (Autoproduction, 2020)

Découverts en 2017 avec un premier Ep – Dark amber – efficace et varié, les Français de Bullrun reviennent enfin avec un nouveau méfait, Wilderness, un autre EP au propos plus heavy. Au travers de ces 6 nouveaux titres, le trio confirme son potentiel tout en affirmant son identité sonore et son orientation musicale. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons dû patienter trois ans, le groupe explorant les sonorités et se cherchant, mais semblant désormais s’être trouvé. Le résultat est un Ep plus compact et cohérent, plus foncièrement heavy, rugueux et rentre dedans. Downtown met les choses au clair dès le départ: on n’est pas loin des relents de bières et de clopes qui pouvaient définir un Motörhead des 80’s. Wilderness, saccadé et furieux évoque plus Maiden ou Metallica tandis que Fire and hate – objet d’un premier clip chiadé et superbement mis en scène – achève de rompre des nuques. Redemption day se démarque quelque peu avec une intro un peu southern rock, le heavy se réimposant avec Roll your dice et Dust and sand. Avec Wilderness, non seulement Bullrun fait preuve de maturité mais donne l’impression de vouloir explorer le monde. Et le potentiel est là: une voix profonde, puissante et rageuse, un anglais parfaitement maîtrisé, véritable atout, une mise en son exemplaire, une envie de partage, des ambiances très US assumées. A quand la scène et un album complet???

Interview: FOREST IN BLOOD

Interview FOREST IN BLOOD : entretien avec Hervé (guitare). Propos recueillis par téléphone, le 13 novembre 2020

Metal-Eyes : Tu n’as pas l’impression d’avoir 18 ans d’avance pour ce nouvel entretien ?

Hervé (il reste muet quelques secondes) : … Pourquoi 18 ans d’avance ?

 

Metal-Eyes : Parce que lorsque nous nous étions rencontrés il y a deux ans, nous avions fait le récapitulatif : votre premier album est sorti en 1998, le second en 2018, soit chaque fois que l’équipe de France remporte la coupe du monde, et nous nous étions donnés rendez-vous « dans 20 ans »…

Hervé (il rit) : Ouais, ben, tu vois… Il y a des choses qui peuvent changer et évoluer. Comme quoi, l’avenir est imprévisible.

 

Metal-Eyes : Vos deux premiers albums sont sortis avec 20 ans d’écart, et le troisième arrive à peine deux ans plus tard. Que vous est­-il arrivé ?

Hervé (il rit) : En fait, je vais peut être rappeler à 16 heures… J’en sais rien… On a peut-être trouvé la formule qui est de se dire qu’on ne se prend pas trop la tête sur la façon de faire, et d’aller plus directement sur les choses. C’est un peu le résultat qu’il y a. Il y a eu Forest In Blood, puis on a monté Apocalyse Now avec qui on a sorti deux albums. Il fallait que tout soit parfait. Là, on a remonté Forest In Blood, on est retournés en studio, tout n’était pas forcément prêt à 100%, on a peaufiné en arrivant. On a passé plus de temps en studio, ce que nous avions prévu. On a refait la même chose, ce qui fait, je pense, que ça s’est passé plus rapidement que prévu.

 

Metal-Eyes : Quels retours avez-vous eu de Pirates, votre précédent album ?

Hervé : Ils étaient assez bons… On a été assez surpris de voir que, en live, les formules de chants qu’on a mise de manière à avoir quelque chose de plus fédérateur, ça prenait. En live, les gens connaissaient et suivaient, donc, ça, ça a été une grande surprise et c’est très positif. On ne va pas se mentir : quand tu vois que ce que tu fais plaît, c’est agréable, encourageant. C’est peut être ce qui nous a donné envie de faire celui-ci. On verra ce que donne Haut et court, parce qu’on n’aura peut-être pas l’occasion de le défendre sur scène…

 

Metal-Eyes : Pour quelle raison, enfin ?

Hervé : Ben… je sais pas si tu vois le contexte, mais nous on est bloqués à la maison… Tu te rends compte que tout est bloqué… On avait de super dates qui étaient prévues, à Paris, au Hellfest, un Day off hardcore avec 800 personnes, un concert avec Archangel dans le Nord, un autre festival à Tours… Plein de trucs, et tout est tombé à l’eau. Les perspectives futures ? Il n’y a rien. Rien…

 

Metal-Eyes : Votre précédent album a été enregistré au studio Sainte Marthe avec Francis Caste. Qu’en est-il de Haut et court ?

Hervé : Celui-là a été enregistré au Hybrid studio avec Andrew Guillautin. Ça se trouve à Fontenay sous Bois. On avait fait quelques prises avec lui chez Francis sur l’album précédent, quelques ajustements, et là, on a tout fait chez lui. C’est quelqu’un qu’on connait bien, qui a beaucoup travaillé avec Pierre de The Arrs, qui répétait chez lui. Andrew, c’est comme Francis. Il nous a manqué sur cet album, mais Andrew nous a apporté d’autres trucs.

 

Metal-Eyes : Francis vous a manqué en quoi, et Andrew vous a apporté quoi ?

Hervé : Francis nous a manqués parce qu’il est très rigoureux sur plein de choses, il est de bon conseil, il te demande de réajuster des trucs, des petits arrangements. Andrew, il est plus dans la spontanéité, et dans le direct ? C’est-à-dire, par exemple, dans la façon d’enregistrer les batteries, Andrew veut ressentir le côté hardcore, il a une approche différente et ça a apporté quelque chose de différent. Surtout, on avait plus de temps avec Andrew…

 

Metal-Eyes : Oh, vous n’aviez que deux ans, alors qu’avant, vous avez eu 20 ans !

Hervé : … C’est vrai (rires) Là, le temps en studio a été un peu plus long, mais pour le précédent, il nous a fallu plus de temps.

 

Metal-Eyes : a situation sanitaire a-t-il eu un impact sur la réalisation de l’album ?

Hervé : Absolument pas ! Il s’est même rallongé car l’album devait sortir plus tôt. Il devait sortir entre juin et juillet.

 

Metal-Eyes : Comment analyses-tu l’évolution de Forest In Blood entre Pirates et Haut et court ?

Hervé : Comment je pourrais te dire ? n est restés sur les mêmes thématiques, en tout cas au niveau des paroles. Musicalement, je dirais qu’il n’y a pas eu beaucoup d’évolution sauf qu’on est allés encore plus dans la spontanéité., on s’est moins pris la tête, le chant, je le trouve encore plus fédérateur. On fait aussi un titre en français, ce qu’on n’a jamais fait.

 

Metal-Eyes : Pourquoi n’avoir choisi de faire qu’un seul titre en français ?

Hervé : Initialement, il ne devait pas y en avoir, parce que ce n’est pas ce qu’on fait. Mais le fait de faire un truc avec Nico de The Arrs, lui il ne chante qu’en français, donc on s’est dit qu’on allait faire quelque chose de nouveau. Nico a écrit son texte, on a fait les choses dans un esprit de partage, et on se rend compte que ça a plutôt bien fonctionné.

 

Metal-Eyes : Ce morceau, c’est Haut et court, le morceau titre. En écoutant le texte, j’ai l’impression que ça s’adresse aux terroriste qui sévissent en France, mais c’est aussi un texte qui fait référence à la pure piraterie. Vous avez voulu exprimer quoi, avec ce titre ? Quand vous dites « ces fils de chiens, ces lâches, pendez-les haut et court ! », ça peut désigner beaucoup de personnes.

Hervé : Oui, ça peut s’adresser à beaucoup de personnes, sauf qu’on ne le prend pas dans ce sens là. C’est la vision du chanteur, qui prend la place du bourreau qui dit « pendez les haut et court ! ». Et le bourreau, c’est plutôt Nico, Elie, se comporte plus en victime… L’idée, c’est « on ne te laisse pas aller au bout de tes idées et on te pend », et c’est ce qui arrivait souvent aux pirates quand ils étaient attrapés. L’idée c’est de vivre les choses à 100%. Dans nos messages, il y a aussi un aspect de fraternité, basée sur des codes. Les gens se basaient sur des codes, sur des valeurs, du respect.

 

Metal-Eyes : Tu dis que c’est le seul titre en français, mais c’est faux : il y a votre interlude avec ce cri « vive la liberté ! ». Ça fait deux titres en français…

Hervé : Oui, c’est vrai.

 

Metal-Eyes : Vous allez revenir à du chant français à l’avenir ?

Hervé : Est-ce qu’on va y revenir ? je n’en sais rien. Déjà, je ne sais pas ce qu’on va devenir, ce qu’on va faire. Mais pourquoi pas ? C’est venu tellement par instinct… Déjà quand on l’a écrit, on ne pensait même pas le faire, c’est l’opportunité de l’instant. Nico qui arrive avec des textes, ils ont géré leur truc tous les deux et nous, on n’a pu que dire « OK ! ».

 

Metal-Eyes : Vous revenez à cette idée sur Never surrender où vous dites « Fight for your rights ». Quels sont les thèmes principaux que vous abordez dans vos textes.

Hervé : On parle du refus de la domination, de la liberté, qui est mise en avant, la fraternité, le respect, et surtout de vivre, de vivre les choses.

 

Metal-Eyes : Musicalement, est-ce que tu es d’accord avec moi – tu ne peux pas ne pas être d’accord, il s’agit de mon ressenti (il rit) – je retrouve aussi bien du Sepultura tribal, du Slayer, du hardcore. Vous avez mis quoi d’autres ?

Hervé : Tu as entièrement raison, ce sont les messages qu’on veut faire passer. Ce que tu décris, c’est exactement ça : Sepultura vieille époque, Slayer, Biohazrd, c’est vraiment ça. C’est la bande son qui a accompagné notre jeunesse. Quand tu composes un album rapidement, soit tu vas chercher des trucs loin, de nouvelles inspirations, soit tu fais comme nous : tu prends la guitare et tu vois ce qui sort. La batterie, c’est pareil, on n’a pas cherché à creuser, ce n’est que du brut.

 

Metal-Eyes : Si je suis quelqu’un qui ne connait pas du tout Forest In Blood, comment me décrirais-tu votre musique pour me donner envie de l’écouter ?

Hervé : C’est une batterie bien assise, avec des speeds très clairs, des mosh parts et des passages lents clairs et très aérés. Deux guitares – on n’a enregistré que deux guitares, . C’est de la stéréo pure – Barth à droite et moi à gauche. Actuellement, quand tu écoutes des albums, il y a vingt guitares, nous on a une stéréo qui est énorme. On a mis quelques petites choses au milieu, quand il y a des arrangements, mais sinon, quand tu écoutes l’album au casque, c’est énorme !

 

Metal-Eyes : Mais là, tu ne me convaincs pas d’aller écouter votre musique, la stéréo, ça fait longtemps que ça existe !

Hervé : Alors… ça fait longtemps que ça existe, mais ça fit longtemps que ce n’est plus utilisé. Nous, on est revenus aux basiques : deux guitares, une rythmique et du chant avec du flow, du couplet et du refrain, des refrains fédérateurs, capables d’être repris en chœur en concert, quand ça pourra se faire.

 

Metal-Eyes : Je parlais de l’influence de Slayer : ils ont écrit sur Reign in blood un morceau qui s’intitule Raining blood, vous avez carrément Raining rum… Dis moi que c’est involontaire…

Hervé (rires) : Voilà… Ben, je vais être obligé de te dire la vérité : pas du tout. En plus on l’a positionné en dernier comme Raining blood était le dernier titre de l’album. C’est un clin d’œil.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de l’album pour définir ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ? Evite Echafaud, ce n’est pas un bon choix…

Hervé : Je pense que Real game of gallows nous représente bien aujourd’hui. C’est un peu notre marque de fabrique.

 

Metal-Eyes : Si tu devais maintenant penser à une devise pour le groupe, ce serait quoi ?

Hervé : Vivre intensément… Aujourd’hui, on a décidé de faire cet album, de le sortir malgré le confinement. Peu importe ce qu’il se passe, cet album il doit vivre sa vie.

 

Metal-Eyes : On peut se procurer où votre album en ce moment ?

Hervé : Franchement, il faut nous le commander en direct… Quelques distributeurs doivent l’avoir, mais en ce moment, il faut passer par nous en direct. Et je t’avoue que de passer directement par nous, c’est une façon de nous soutenir…

 

Metal-Eyes : L’argent vous revient directement…

Hervé : Exactement, on n’a pas d’intermédiaire. En plus, on a un pack avec CD et T-shirt super sympa, on va en proposer un autre plus gros. A commander sur notre site (www.forestinblood.com), notre bandcamp ou notre page facebook. Si les gens veulent qu’on le dédicace, il suffit de le noter dans les messages et on le signe avec plaisir !

 

Metal-Eyes : Ce sera précisé. Merci en tout cas pour cet échange, Hervé.

Hervé : Merci à vous ! C’est vous qui faites le boulot, malgré la situation on le voit : les webzines, les magazines, les radios, on voit que ça soutient, que ça partage, que ça aime… Merci à vous parce que, au final, c’est vous qui faites le boulot !

 

JIRFIYA: Still waiting

France, Metal (autoproduction, 2020)

Il y a à peine un an, Jirfiya m’avait agréablement surpris avec son premier Ep. Il y a un an à peine… Rares sont ceux qui s’activent autant pour proposer de nouveaux albums – mini, ou Ep… -alors commençons par saluer l’effort que représente ce Still waiting mal nommé (ben ouais, on n’aura pas attendu longtemps…) 6 titres plus 2 bonus composent ce nouveau méfait qui puise confirme les orientations musicales du combo: un mix de metal extrême rageur et enlevé (Silently) qui introduit les différents éléments de l’identité musicale du groupe (un chant masculin rageur doublé d’une douceur vocale féminine, des sonorités variées et inspirées, des constructions efficaces), de prog (The right side of the border), de hard core proche metal core (The farewell), de rock pur jus (This is my life) ou de moments plus sensibles, proches de la ballade (The hill of shame), voire même pop (House of poison et son entrée a capella). Le mix de chant rugueux et doux – masculin et féminin – fait toujours sont effet et les apports orientaux des guitares font mouche à tous les coups. Les textes semblent aborder des thèmes d’actualité aussi brulants que les migrants et l’injustice sociale. Incontestablement, en tout cas, c’est le mal qu’on lui souhaite, Jirfiya, avec son metal varié, puissant et aérien, une production et un artwork soignés, se positionne dans les challengers de la scène française à suivre.

OVTENOIR: Fields of fire

 France, Metal (Consouling sounds, 2020)

Voici un album qui ne laissera pas indifférent… Ovtenoir, formé en 2013 dans le cadre d’un projet post rock acoustique, propose aujourd’hui Fields of fire, son premier album qui fait suite à un Ep datant de 2016. Les 42′ pour 7 titres que dure cet album proposent des ambiances lourdes, lentes et rageuses, évoquant souvent l’univers du doom (Phantom pain), sombres aussi comme peuvent l’être Candlemass ou Paradise Lost. On peut aussi voir en filigrane Metallica, voire même Wormfood (Kept afloat et son intro inquiétante comme chuchotée à l’oreille). Les guitares rapides et ultra saturées (Wires) se démarquent positivement et bien que le chant manque parfois de variété, le propos d’Ovtenoir est sans concessions. On n’est guère surpris de retrouver Francis Caste derrière les manettes de ce disque lourd et puissant. A découvrir hors confinement en appartement…

FOREST IN BLOOD: Haut et court

France, Hardcore (1054 records, 2020)

L’accueil reçu par Pirates, le précédent album des Français de Forest In Blood, semble avoir été suffisamment chaleureux pour que les gaillards se décident à ne pas nous faire patienter 20 ans avant de pouvoir découvrir du nouveau matériel, comme ce fut le cas entre leurs deux précédents albums…  Alors c’est en forme qu’ils entrent en studio et déboulent avec ce Haut et court de très belle facture. Après une intro aux sonorités d’usine de chaudronnerie, FIB entre dans le vif du sujet avec un Stay on course à la rythmique tribale version Sepultura des vieux jours. La rage du chant ne cède que sous le poids de ces guitares incisives qui empruntent également à Slayer (il y a du Dead skin mask et du Raining blood dans ce Real game of gallons) et de ces rythmes purement hardcore. Impossible de résister à la furie d’un Never surrender ou à la variété d’un Liquor of tears qui précède un lourd et oppressant Resistance, instrumental de belle facture. Bien sûr, on sourit avec ce Reign in rum, judicieusement placé en clôture de ce nouveau méfait, clin d’oeil évident ou hommage à Slayer. La vraie surprise vient cependant du morceau éponyme, premier titre chanté en français par Forest In Blood (second si l’on considère l’interlude Echafaud comme un morceau). Les paroles peuvent laisser croire à un appel « Ces fils de chiens, ces lâches, pendez les haut et court ») mais se recentrent vite sur la piraterie tant appréciée des Franciliens. Un gros morceau, bien produit, efficace qui aurait dû sortir il y a quelque mois déjà mais que chacun peut se procurer directement sur le site du groupe (www.forestinblood.com)

SLEAZYS: March of the dead

France, Sleaze (facile…) (La maison des boulangers, 2020)

D’abord, les indices contradictoires de la pochette: des faciès peints, des flammes, un titre limpide, une photo au verso avec des gueules irreconnaissables, une production Tenebras project et des titres comme Malleus maleficarum, Devil talking in my head, Orion conspiracy, bref, tout ce qui, à mes yeux, indique un groupe de black, mais une signature un peu trop lisible pour en être, et un album, March of the dead qui arrive juste avant Halloween… Allez, un peu de curiosité ne me fera pas de mal… Et quelle bonne idée que celle de glisser cet album de Sleazys dans la platine! Les premiers sons de guitare de l’introductif Malleus  maleficarum sont clairement taillés dans le glam rock à la Blackrain. Mon esprit est en éveil et mes premières impressions à la benne: il n’est nullement ici question de black metal, bien au contraire. Tout au long de ses 10 titres, Sleazys provoque et s’amuse sur des airs punks et glam, dans un esprit festif et gentiment horrifique, genre The Misfits. On est souvent même plus proche de l’univers cinématographique d’un Romero, certainement une influence majeure, que de l’univers « evil » développé par certaines formations. Rien de malsain, ici, que du fun irrévérencieux, de la provoc « acceptable » dispensée par un rock énergique, entraînant et simplement efficace. On se prend vite, et facilement, au jeu des God, Chaos n’destruction, Psycho witch et de leurs refrains chantants et fédérateurs. Oui, en cette fin d’année quelque peu morose, Sleazys débarque avec son lot de bonne humeur communicative. A découvrir et consommer sans modération!