Kill The Princess fut fondé en 2019 par la guitariste chanteuse Ornella Roccia qui veut pointer du doigt le manque de femmes dans le milieu du rock. Depuis, rien qu’en France, la situation a quelque peu évolué, ne serait-ce qu’avec des artistes, engagées également, comme Laura Cox, ou Grandma’s Ashes, mais le genre reste certes encore très masculin. Cela fait-il une différence? Après tout, tant que le résultat est là… Le groupe enregistre un premier album en 2023 – Bitter smile – et revient aujourd’hui avec A fire within, le second album du combo aujourd’hui composé, outre Ornella, de la guitariste Emilie Poncheele, la bassiste Céline Vannier et la batteuse Eva Heinrich. Au travers de 10 titres, Kill The Princess explore divers univers allant de la pop au grunge ou le neo metal. Après un démarrage que je trouve assez ado dans l’esprit, la musique de KTP monte en puissance sans toutefois jamais réellement m’interpeler ou me faire vibrer. Oh, de l’envie, de la puissance, il y en a. Mais les mélodies et refrains, dont certains visent clairement à faire chanter le public avec ses « Oh oh ooh » réguliers ou lui faire agiter les bras levés en cadence, me semblent déjà plus qu’entendus. Il manque ce petit quelque chose de viscéral ou d’organique pour vraiment me faire réagir. Bien produit, bien interprété, il ne manque que ce quelque chose qui fait la différence.
Lorsque d’anciens membres d’Absurdity, d’Epilepsy et de Psy Agony se retrouvent désœuvrés et se rencontrent, de quoi parlent-ils? De monter un groupe, évidemment! C’est ainsi que Jérome Demir (chant et guitare), Marc Beck (guitare), Florian Cavodeau (basse) et Arnaud Seebald (batterie) se retrouvent à Strasbourg et décident de fonder en 2018 Devhyom, un projet qu’ils présentent comme étant un groupe de death metal. Mais hormis le « chant », guttural de bout en bout, leur premier album, Tremors, n’a de death que le nom. Avec leur riffing nerveux et leurs rythmiques enlevées, les 13 titres lorgnent plus du côté du thrash old school ou, grace à des guitares aux riffs accrocheurs, du heavy plus traditionnel, mélodique et entrainant. Alors, oui, on a parfois des explosions rythmiques de double grosse caisse plus que de blast beats, mais on a aussi des effets sonores et cinématiques, des ambiances variées mais toujours puissantes. Si l’amateur de « vrai » chant parvient à ignorer le côté purement « gueulard » du projet, il se laissera happer par l’ensemble de ces morceaux déterminés. Un premier essai plus que prometteur qui reste maintenant à transformer.
Interview REBEL ANGELS – Entretien avec Benjamin (batterie) le 6 novembre 2025
Nous allons évidemment parler de votre nouvel Ep, Hot Live, qui a été enregistré à Fisme, mais tout d’abord, peux-tu nous raconter l’histoire de Rebel Angels ?
Benjamin : L’histoire du groupe remonte à il y a quelques années. Mon fils joue de la guitare depuis assez jeune et, pour qu’il mette le pied à l’étrier, un de nos premiers concerts à été à la fête de la musique. A partir de là, on a continué à jouer ensemble dans Under Influence, qui était un groupe de covers – on reprenait du Beatles, Stones, AC/DC, Cat Stevens, Bob Dylan… On jouait principalement dans des bars en région parisienne. Au bout d’un moment, on a eu envie de composer nos morceaux, et on a transformé Under Influence en Rebel Angels. On a sorti, en 2022, un premier Ep, Rip it off, avec 3 morceaux qu’on retrouve sur l’Ep qui vient de sortir. Entre 2022 et aujourd’hui, il y a eu plusieurs changements de personnel, notamment au niveau de la voix. La mouture qui est sur Hot live est composée de mon fils, Jérémie, qui a repris le chant en février en plus de la guitare, moi-même à la batterie, et nous sommes accompagnés de Paul à la basse et on vient d’intégrer un nouveau guitariste, Morty, il y a un peu plus d’un mois.
Donc Morty n’apparait pas sur le Hot live.
Non, c’est Cyril, le précédent guitariste. Hot live est une bonne photographie du groupe à l’instant T.
Le groupe est originaire d’où en région parisienne ?
On est de Champigny sur Marne (94).
Il y a un peu plus d’un mois, vous avez sorti Hot live, un Ep de 4 titres. Pourquoi avoir choisi ce format alors que vous avez sans doute joué un peu plus longtemps ?
On avait en effet une demi-heure. On a dû jouer deux ou trois morceaux en plus. Pourquoi j’ai pris cette décision ? Parce que, après écoute des bandes, les 4 premiers morceaux étaient carrés, les autres un peu moins. C’est la première chose. Ensuite, les autres morceaux vont figurer sur l’album qui va sortir l’année prochaine et je voulais qu’il n’y ait qu’un seul titre avant-coureur. C’est She talks too much.
Vous avez aussi deux morceaux originaux plus la reprise Hair of the dog de Nazareth. Pourquoi avoir opté pour cette reprise plus qu’une autre ?
On jouait déjà cette reprise avec Under Influence. Au fur et à mesure qu’on la jouait, on recevait de bonnes réactions du public. En parallèle, j’adore ce groupe et ce morceau qui est une bonne représentation de là où on vient, de nos racines. Après, on l’a réinterprété à notre manière. Je pense que tu sais que ce morceau a été repris par Guns ‘n Roses dans une autre version…
En fait, non, pendant des années j’ai boycotté les Guns…
Ok…Ils l’ont repris sur The spaghetti incident, et Krokus le reprend aussi. En fait, on a vu que notre interprétation fonctionne bien donc on continue.
En même temps, sur 4 titres, c’est dommage de faire une reprise…
Oui, mais, clairement, les autres étaient moins bons. Il y a deux dimensions : celle quand tu es sur scène. A l’instant, il y a une dynamique, un partage avec le public… ça passe. Après, quand tu réécoutes les bandes dans le détail, tu te dis « ouais, non… là, il y a des trucs qui ne sont pas au cordeau ». On voulait se servir de cet Ep comme un trait-d’union entre l’Ep sorti en 2022 et l’album qui sort l’année prochaine. On a fait pas mal de dates et on voulait que la carte de visite soit la plus représentative de qui on est, de comment ça joue.
Une chose m’a marqué en écoutant cet Ep, c’est le public qui semble un peu éparpillé… Il y avait combien de personnes à ce concert ?
Je pense qu’il y avait entre 250 et 300 personnes dans la salle. Je pense que c’est aussi dû à la résonnance. C’est une salle des fêtes et il y a cette résonnance dans la salle. Il y avait des gens devant la scène, environ 150, et au fond, il y avait les exposants, des gens qui se baladait. Au niveau de la captation, je ne sais pas combien il y avait de micros d’ambiance. Et effectivement, il y a ce côté un peu « club », « famille », et c’est très bien. On aurait pu se dire qu’on allait rajouter du public au mix – c’est faisable aujourd’hui – mais on a préféré avoir cette photographie exacte de ce concert.
Comment décrirais-tu la musique de Rebel Angels à quelqu’un qui ne vous connait pas ?
Ça tient en deux mots : je considère qu’on fait, aujourd’hui, du classic rock. Des années 80, parce que je viens de là. Après, on est sur du rock sincère et on veut apporter de la variation dans nos morceaux, et de la mélodie. C’est un point très important pour nous. On a beaucoup de retours très positifs de She talks too much : le riff marque et reste en tête. Tout l’album va être fait sous ce prisme-là. Je veux que, quand tu éteints ta chaine, ton téléphone, peu importe… que le morceau te trotte en tête.
Avant de parler du futur album, vous avez également décidé d’éditer une édition limitée à 100 copies de Hot live en vinyle orange. Pourquoi ce choix ? Tu es des années 80, comme moi, on a grandi avec le vinyle, on aime l’objet…
Le sortir en vinyle… Au départ, je ne pensais qu’au CD. En échangeant, certaines personnes nous ont demandé si on allait le sortir en vinyle parce qu’elles n’achèteraient pas le CD. L’idée a continué de germer… En grand format, l’illustration de Will Argunas, elle est beaucoup plus sympa. J’ai une collection de vinyles et, comme tu viens de le dire, il y a un côté « objet ». Aussi, le vinyle a un son beaucoup plus chaud, qui nous correspond mieux. Du coup, j’ai donné mon accord et, j’ai été surpris, on a pas mal de demande pour un vinyle. Le faire en 100 exemplaires, je voulais qu’il reste un peu un objet « précieux ». Il a aussi le côté budgétaire qui nous limite…
Vous avez déjà le titre du futur album ?
Euh… on avait un titre mais je pense qu’il va changer (rires) ! Oui, il y a un titre, mais ça ne me va pas, donc je peux pas te le dire ! Il y aura 11 ou 12 morceaux, on aimerait qu’il sorte en octobre/novembre de l’année prochaine. Ce n’est pas un concept album mais… Nous on appelle ça un « road movie album ». Les chansons racontent une histoire et sont dans un ordre de lecture bien précis.
Road movie à la Bonnie and Clyde ou découverte à la Kerrouac ?
Euh… Un peu plus à la Bonnie and Clyde ! Je ne vais pas tout te dire, j’aimerai qu’on puisse en reparler l’année prochaine, mais on a créé un personnage et on va le suivre dans ces différents tableaux qui racontent une séquence de sa vie. Ça se passe aux Etats-Unis, et chaque morceau est un tableau de la vie de ce héros. Les sujets sont larges : sa relation amoureuse, un côté rédemption… Il va faire une sorte de voyage intérieur, spirituel, mais aussi extérieur parce qu’il prend sa voiture pour tailler la route.
Ce sera une autoproduction ou vous avez un label ?
Je suis en contact avec un label, je vais sans doute en approcher d’autres. Aujourd’hui, tu vois bien que les albums physiques… Les gens écoutent majoritairement sur les plateformes. On a la chance d’évoluer dans un univers, une famille qui achète encore les objets, les vinyles, les CD, les coffrets. Il y a non seulement un attachement à la musique, mais également à l’objet. Je me rappelle dans les années 80, j’allais à la FNAC du forum ou à Juke Box et je revenais les bras chargés. Les couvertures de Maiden, je les décortiquais dans les moindre détails… Les doubles albums, j’ouvrais et je passais des heures à tout regarder. Il y avait un côté découverte avec toutes ces photos… Il y a des albums qui sont collés à certaines périodes, et aujourd’hui encore, tu mets tel album sur la platine, tu te souviens de où tu étais et ce que tu faisais…
On ne va pas parler du passer mais on va souhaiter ce mal là au futur album de Rebel Angels ! Aujourd’hui, on sait qu’un groupe de rock ne vit pas de sa musique. Quelles sont vos autres activités à chacun ?
Le line-up actuel… Jérémie est prof de guitare et de basse dans différentes écoles. Il a aussi d’autres petits jobs à côté. Le nouveau guitariste, Morty, travaille dans une société d’export et de gestion d’import-export, le bassiste qui nous accompagne pour le moment est un vrai musicien et moi, j’ai ma société, une agence de communication.
Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Rebel Angels ? Devise que, naturellement, vous collerez sur votre futur album…
Bien sûr ! Je comprends tout à fait… La devise ? C’est, euh… Pour moi, c’est la passion, tout simplement. Travailler des compositions qu’on vit bien, qu’on vit quand on les joue, quand on les partage. Et la passion du graphisme, aussi… Je baigne dedans mais c’est savoir faire appel à un illustrateur pour la pochette, travailler sur différents éléments graphiques pour la pochette, pour nos concerts aussi. Une deuxième chose, je dirais que, dans l’environnement musical actuel, c’est de rester dans notre couleur musicale. L’album sera varié, il y aura du up tempo, des morceaux plus soft, il y a même un morceau qui s’approche de l’americana. Ouvrir le champ tout en restant fidèles à notre image.
As-tu quelque chose à rajouter pour conclure ?
J’invite simplement tous les auditeurs à aller écouter l’Ep et à nous faire des retours sur les réseaux. On est très à l’écoute de ça. Et puis je voudrai vous remercier, tous, pour votre passion et la manière dont vous faites vivre cette passion, dont vous la partagez. C’est un sacerdoce qu’il faut remettre en route tous les matins !
C’est aussi un partage qu’on vous doit, sans les musiciens, sans votre passion, nous ne serions pas là non plus…
Furya n’est pas vraiment ce qu’on peu appeler un nouveau venu sur la scène metal épique à chant féminin. Voici maintenant plus de 15 ans que le groupe existe et a depuis ses débuts publié quelques Ep. Le groupe revient avec Eternal fight, un album plein de promesses, mais… Si la voix de Marjorie Bevon est parfaitement soutenue par les guitares puissantes de Paul Via et Benoit Trévise, si l’ensemble est très bien produit, si les rythmiques concoctées par le bassiste Nick Dawson et le batteur Johann Brassac, si les 9 morceaux sont puissants et très bien ficelés, on navigue malheureusement trop souvent sur des eaux trop bien connues du power metal/metal symphonique. Certes, on se laisse entrainer par ce metal épique, ces riffs puissants et ce martèlement qui fait headbanguer, mais je n’ai jamais de réelle surprise. Bien fait, bien produit, ce Eternal fight reste une jolie promesse qui ne révolutionne en rien le genre. Est-ce ce que cherche Furya? Le plaisir de jouer est là, et c’est bien là le principal.
Les Italiens enragés, ça donne Hateseed, groupe qui a déjà publié un Ep en 2023 et qui revient aujourd’hui avec Rising through decay, un album composé de 12 titres aussi directs que brutaux. Après une intro qui évoque l’Egypte antique, une intro où l’on imagine des files d’esclaves tirant des blocs de roches, la fureur est lâchée. Les riffs de Hateseed rappellent partout le thrash old school, celui de Slayer mélé à la puissance d’un Pantera. Ca tabasse sec, mais le phrasé (le chant enragé de Ivan Magnani, également à la basse) souvent mot à mot, fait que l’ensemble manque parfois d’un peu de liant. On n’attend pas du genre un chant mélodique, loin de là, et cette rage est saine. Le riffing (Andrea Livi et Gabriele Turco) est quant à lui parfaitement maitrisé, véritable invitation à se décrocher la nuque, d’autant plus avec cette batterie sans pitié frappée par Edoardo Friese. On imagine volontiers la puissance de feu de Hateseed en live, car là, ça doit pogoter sévère!
Interview RAVENS CREW. Entretien avec Paul Belleville (guitare) et Sébastien Lecul (basse), le 28 octobre 2025
C’est la première fois que nous échangeons, alors commençons par ceci : quelle est l’histoire de Ravens Crew ?
Seb : Je ne sais pas si c’est une bonne idée que j’en parle, je suis le dernier arrivé…
Paul : C’est pas faux… Moi, je suis le plus jeune, j’ai 28 ans et je suis dans le groupe depuis déjà quelques années, mais je ne suis pas membre fondateur. C’est Chris (Christophe Cogez) qui a fondé le groupe en 2015, et j’ai rejoint le groupe en… je sais plus, je m’emmêle les pinceaux (rires) ! Donc, Chris a fondé le groupe avec le batteur Frédéric (Sammadet). On a eu un premier chanteur qui a décidé d’arrêter le projet et Arnaud est arrivé. C’est avec son arrivée que le projet a vraiment commencé à tourner, avec une setlist qui était très axée covers. Notre ancien bassiste a décidé de quitter le groupe pour se concentrer sur son métier et Seb nous a rejoints.
En 2022, vous avez publié votre premier Ep, Memoriae, et vous aujourd’hui, vous revenez avec un nouvel Ep, Demain c’est loin. Comment analysez-vous l’évolution du groupe entre ces deux disques.
Seb : Je n’ai pas été impliqué dans la composition des morceaux de Memoriae. Je suis arrivé à la sortie de l’Ep. Il était en train d’être pressé. Je l’ai représenté mais pas composé, et je crois (il s’adresse à Paul), que c’est là, en plein covid, que vous avez pris un tournant « compos » où chacun a écrit…
Paul : Exactement…
Seb : Je les écoute parfois raconter leurs histoires (rires). Il y a eu ce changement avec mon arrivée à la basse, il y a eu beaucoup de concerts aussi. On s’est ensuite mis à recomposer, avec une autre approche. Quand il y a un membre qui change, ça apporte d’autres choses. Je pense qu’on a réussi à se trouver.
Paul : Je trouve que Demain c’est loin est beaucoup plus éclectique que Memoriae, on a beaucoup plus de styles musicaux et chantés qui sont balayés. Memoriae a ce côté plus « jeune » dans la composition parce qu’on n’a pas forcément pris beaucoup de risque, tandis que pour Demain c’est loin, on a osé des choses, il y a des morceaux qui sont plus calmes, d’autres plus énervés.
Il y a un peu plus de prise de risques et d’exploration.
Seb : C’est ça. En fait, la première mouture est toujours un peu plus complexe parce que, déjà, il faut composer des morceaux avec un groupe dont c’est la première fois qu’il se plie à l’exercice, garder les meilleurs morceaux, les plus représentatifs et aboutis. Et par la suite, on sait où on va, ce qu’on peut se permettre et ce que les gens attendent de nous. Quand on compose, on ne se perd pas, il faut que ça reste personnel, mais il y a des choses qu’on sait qu’on ne peut pas mettre… Et là, ça allait beaucoup plus vite, on se torturait moins l’esprit et on arrivait beaucoup plus facilement à se dire que telle idée n’était pas bonne ou là, c’est le bon filon, on peut y aller !
Les morceaux, justement : ils sont principalement composés par une personne ou c’est un travail commun ?
Paul : Alors, c’est d’abord un travail de maquettage de ma part. Je m’enferme pendant plusieurs jours, plusieurs semaines et j’enregistre des idées. Dès qu’on a une répète et que je peux apporter mes maquettes, on se fait une écoute globale et c’est là que l’équipe me dit si les morceaux leur plaisent ou pas. Je dois avouer que Arnaud a une part plus intéressante que les autres parce que c’est lui qui va écrire et poser le texte en fonction de la musique…
Quelles sont vos influences à tous ? En écoutant votre Ep, on sent une variété de goûts…
Seb : Oui, c’est assez large… Arnaud est influencé par le hip-hop en général, Chris est plus influencé par le classic rock, AC/DC, Toto, Fred a des influences très fusion, il est fan de No Means No. Moi, j’ai grandi avec du Primus, du fusion, Mike Patton, et, à côté de ça, je pense qu’on se retrouve tous sur des Rage Against The Machine, Korn, Lofofora, Mass Hysteria, des groupes qu’on a tous écouté à un moment ou un autre… En ce qui concerne Lofo, on est tous assez admiratifs de la façon d’écrire de Reuno. C’est le genre de groupe qui nous rassemble.
Comment décririez vous votre musique à quelqu’un qui ne vous connait pas ?
Seb : Je ne sais pas… En général on dit que c’est du rock à tendance metal avec des textes en français… C’est pas évident d’expliquer ce genre de chose, je ne sais pas pour toi, Paulo…
Paul : C’était plus facile pour Memoriae, mais là, l’Ep est plus éclectique. Ce n’est pas vraiment du metal, mais c’est un peu plus costaud que du rock, avec des textes en français et en anglais – il y en a un peu dans certaines des compos, mais ça reste des parenthèses. On n’a pas les codes du metal, notamment la voix qui a plus une diction hip hop sur certains passages. Ca reste de la fusion sur certains titres.
Si vous deviez maintenant ne retenir qu’un titre de Demain c’est loin pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connait pas ce qu’est aujourd’hui Ravens Crew, ce serait lequel ?
Seb : J’hésite entre God bless America et Génération pardon…Génération pardon, je ne suis pas objectif… Je crois que c’est le dernier morceau qu’on a composé, le plus récent, et, du coup, il prend une tournure que j’aime bien. Je trouve qu’il est bien lourd. Je prends pas mal de plaisir sur ce morceau où je fais les chœurs. Je ne sais pas si je suis objectif, mais je pense que ce serait celui-là. Ce ne serait pas forcément le choix le plus stratégique parce que le morceau pour lequel les retours sont dingues et qui fait mouche à chaque fois, c’est God bless America, peut être plus accessible.
Paul : Pour moi, ce serait God bless America parce que Génération pardon ne fait pas l’unanimité au sein du groupe, contrairement à God bless.
Seb : La réponse de Paul est bien mieux que la mienne !
J’ai bien compris, Paul, que tu arrives avec la plupart des compos et qu’Arnaud se charge des textes. Avez-vous, vous, les instrumentistes, votre mot à dire en ce qui concerne les textes ?
Seb : Oui. Dès qu’un morceau est structuré. Arnaud va d’abord chercher une structure vocale, un chant à placer, et dès qu’il a un texte d’écrit, il nous le propose. On peut avoir des choses à dire dessus, même si généralement on est plutôt d’accord. Quand on discute, c’est plus sur le fait de rajouter un couplet qu’autre chose ou Arnaud qui nous demande plus de place et on rajoute un pont ou un couplet…
Je n’ai pas les paroles sous les yeux mais j’ai l’impression qu’il y a une forme d’engagement. Y-a-t-il des thèmes que vous n’aborderez pas parce qu’ils n’ont pas leur place au sein de Ravens Crew ?
Seb : Ah, c’est marrant comme question ! On nous la pose plus dans l’autre sens d’habitude ! Je ne sais pas s’il y a des sujets qu’on n’aborderait pas, c’est la première fois que quelqu’un nous pose cette question. Je pense qu’on se permettrait d’aborder tous les sujets qui nous semblent pertinent et qui sont validés par le groupe.
Paul : Et il y en a peut-être qu’on n’aborderait pas parce qu’on ne les a pas en tête !
Seb : On touche des sujets qui peuvent, pour certains, être sensibles. Quand on parle d’éducation, de société, d’écologie, ce sont des thèmes, des facettes assez intimes de l’opinion de chacun. On ne donne pas de leçon, mais on dresse des constats.
Un groupe de rock, ça ne vit pas de sa musique. Quelles sont vos autres activités professionnelles ?
Seb : Moi, je suis responsable logistique dans un groupement d’intérêt public.
Logistique en transport ou dans l’orga interne ?
Seb : Tu sais, le gars qui a toutes les clés, les passe-partout et qui vérifie que tout fonctionne, qui prend les rendez-vous pour réparer la chaudière… Fred, à la batterie, il est technicien dans un théâtre. Ce qui explique aussi que, cette année, il n’a pas fait un seul concert avec nous. Il a été remplacé par Johann parce que, chaque fois, il devait bosser. Johann a fait un travail de fou, il fait partie du crew mais pas du groupe et il a assuré comme un dingue ! Chris travaille dans une banque, Arnaud est éducateur sportif, et Paul…
Paul : Moi, je ne fais que de la musique, je me fais filmer pour des tournages autour de la pédagogie et je fais du studio. Tout ce qui me permet de gagner ma vie avec la musique.
Pour terminer, quelle pourrait être la devise de Ravens Crew ?
Seb : Oh, putain…
Paul : Un pour tous et tous pour un !
Oui, mais vous êtes cinq !
Paul : Mais il y avait Albert, le cinquième mousquetaire (rires) !
France, Hard rock électro (M&O/Dnbrecords05, 2025)
Formé au lycée en 2022, DarkRose marche sur les terres d’un rock teinté d’électro. Le chant de Maya, quelque peu torturé et souvent séducteur, est mis en avant par la guitare à la fois rageuse et virevoltante de Liloue. La rythmique, souvent hypnotique, composée de Nora à la basse et Adrien à la batterie, est soutenue par les claviers de Manfred. Composé de 10 morceaux, What’s next, le premier album du combo transpire à la fois de l’envie de se distinguer et de cette jeunesse à la fois farouche, parfois explosive, et un peu naïve. Et ça commence bien avec le morceau titre, entrainant et enjoué. Seulement, sans doute est-ce une question de génération, peu de choses m’accrochent ou me retiennent. Rien d’évident ne rentre dans mon esprit. Si l’on se méfie des épines de la rose, DarkRose n’a selon moi de piquant que le nom. Oui, il y a de l’envie, mais il manque cette touche extérieure, ce regard et cette oreille d’un producteur qui pourrait apporter ce petit truc en plus. Pour résumer, un disque sympathique, pas mémorable pour autant. Un prof noterai « peut mieux faire ».
Metal instrumental (ou presque…), France (Klonosphèrer, 2025)
Un an à peine après un Précipice qualifié ici même de vertigineux, Maudits revient avec un nouvel album, In situ. Composé de 7 morceaux aux durées variées (le morceau titre, intimiste et d’une douceur exemplaire, ne dure que 2’31, trois autres dépassent les 8′ – dont Précipice part III qui, avec ses sonorités orientales et sa mélancolie contagieuse, culmine à 9’17). Devenu quatuor (Olivier Dubuc aux guitares, Erwan Lombard à la basse, Christophe Hiegel à la batterie et Raphaël Verguin aujourd’hui au violoncelle), la formation explore de nombreux horizons, offrant une palette de sonorités dense et variée. A lui seul, Fall over est une quête de sonorités aussi aériennes que lourdes. In situ se distingue également de la discographie en proposant deux titres non instrumentaux: Mayline Gautier, empruntée pour l’occasion à Lün, prête sa voix sur Roads, reprise de Portishead tandis que Olivier Lacroix, échappé de Erlen Meyer et Novembre, apporte sa rage sur Carré d’as. Deux morceaux chantés qui ne reflètent sans doute pas une nouvelle orientation du groupe qui, tout au long de cet album, peint de sublimes tableaux sonores et nous entraine avec lui dans une forme de quête intérieure passant de l’ombre à la lumière, de la mélancolie à la joie contenue sans jamais se prendre la tête. Superbe.
Avec un patronyme pareil – Les Hommes Crabes – on peut s’attendre à un délire musical invitant à la relâche totale. Formé en 2020 en région nantaise alors que le monde était à l’arrêt, Bat (chant et basse), Alx (guitare) et Flo, tous trois ex-membres de Bigsure, chacun ayant flirté avec d’autres formations, décident de s’unir au sein de ce trio rock qui brasse diverses influences, allant du fuzz au metal, passant par la fusion, le disco même, avec un esprit de liberté sans pareil. Galak 51, leur premier album au nom doux comme une tablette de chocolat trempé dans une légendaire boisson anisée, le tout embarqué à bord d’un vaisseau spatial mythologique (références pour les plus expérimentés d’entre nous?), propose sept titres qui font ici remuer le popotin, là agiter les crinières. Une variété d’univers sonores chère à des formations comme Red Hot Chili Peppers, Primus, voire Foo Fighters. Pas les moindres des références, même si on peut reprocher un chant anglais version Mr Patatdanlabouch. Ceci mis à part, Galak 51 est empli de groove, de feeling, de ces moments qui ne laissent pas indifférent. Garage dans l’esprit, rock dans l’âme, foncièrement libre, Les Hommes Crabes pourraient bien marcher droit rapidement.
Tu aimes les grosses bagnoles qui volent, les séries B des années 80 type Starsky et Hutch ou Sherif, fais moi peur? Tu aimes aussi les guitares simples aux riffs efficaces, la bottleneck, un peu de country? Alors le premier album de Fury Road est fait pour toi! Pas la peine de se prendre la tête ici, les mélodies sont accrocheuses et le paroles souvent assez limitées (« Welcome to Fury road » répété à l’envi sur le morceau titre, tout comme « Jimmy, what can I do?« , sur Jimmy, « Charly’s gone to heaven » sur Charly… pas forcément besoin de prompteur pour s’en souvenir…) On parle ici de bagnoles, d’amitié, de musique. Les 9 titres présentent chacun des inspirations différentes qui vont des Stones aux Grateful Dead et toute la période post hippy américaine, passant par des influences plus modernes, Jack White n’étant jamais loin. L’ensemble est fun et se laisse écouter sans prise de tête. Sans jamais chercher à se démarquer, Fury Road nous propose un premier album des plus sympathiques qui nous entraine sur les highways d’outre-Atlantique.