DELTA TEA: The chessboard

France, Prog (Autoproduction, 2020)

Dès les premières mesures de Chessboard, mon esprit est interpellé. Les ambiances imaginées par Delta Tea, groupe francilien formé en 2018, évoquent tout autant le Rush des grands jours (autant dire Rush, tout court…) que le jazz. Les envolées et harmonies de cette guitare légère et sautillante, joyeuse et entraînante, captent immédiatement l’attention et donnent envie d’en écouter plus. Si le CD ne contient que 5 titres, peut-on, pour autant le nommer Ep? En partie, The Chessboard totalisant 34 minutes, soit la durée d’un album d’antan, mais pas encore suffisamment long pour notre époque moderne. Ce premier titre ressemble à un long instrumental jusqu’à l’arrivée de chœurs vers 4’45. Complexe et envoûtant, tel est ce titre d’ouverture. Avec ses claviers planants et ses guitares d’un autre monde, Delocalised, le bien nommé, nous entraîne dans l’espace. La rythmique vient apporter une autre dimension. Les changements de tons et d’ambiances découpent chacun des titres de ce disque en une fresque grandiose, et pas forcément facile d’accès à la première écoute. Je verrai bien The chessboard joué sous la forme d’un ciné concert, tant à la mode ces derniers temps. Until dust continue dans une veine plus déterminée, avec toujours autant de tiroirs et de recoins. Le puzzle lorgne vers des sonorités hispanisantes, voire orientales, autant qu’occidentales. Delta Tea, avec ce premier disque signe une oeuvre complexe, peut-être même un chef d’oeuvre progressif, jazz, rock aux guitares aériennes et furieuses, un disque qui ne peut laisser les amateurs du genre indifférent. Jamais lassant, toujours intriguant, ce disque varié ne mérite qu’une étiquette: Musique. Ni plus ni moins. Une superbe découverte.

DREADFUL HIPPIES: Rover

Heavy rock, France (Autoproduction, 2020) – Sortie le 7 février 2020

Bon, ok, en matière de groupes de heavy rock festifs et légèrement déjantés, la France s’y connait. Alors Dreadful Hippies qui débarque avec son premier album (que précédait, en 2016, un Ep, Burn it) peut-il envisager révolutionner le monde? Est-ce seulement son intention? Non, car visiblement les inventeurs du courant HRSE n’ont pour objectif que de s’amuser et de permettre à leur public de passer du bon temps. Euh… pardon, mais HRSE, kézako? Heavy Rock Simple et Efficace. Rover, le susmentionné premier album, est doté de dix titres variés et entraînants. OK, Derrick Green, pardon, Niko Green (excusez la confuse, mais il est marron foncé comme le hurleur de Sepultura et il a le même patronyme. Je sais, on a dû te la faire environ un million de fois, celle là, non, Niko?) est parfois difficilement compréhensible, n’empêche que sa voix puissante et rauque, genre forgée à la dure à coup de papier de verre, de houblon et de clopes dans des tripots malfamés) fait le job. Et la grande force de ce disque réside en une variété musicale qui maintient en éveil. Démarrant sur un Who? digne de Motörhead par sa puissance et sa détermination, le groupe (Eric Lorcey à la guitare, Stéphane Mugnier à la basse et Vivien Bénard à la batterie accompagnent le chanteur lui aussi sus mentionné) explore rapidement d’autres horizons, tels que le grunge de Nirvana, le psyché des 60’s, et ajoute une touche de stoner ci et là. Si l’ensemble est puissant et groovy, si le propos général passe facilement, il manque toutefois cette petite touche qui pourrait faire passer Rover du statut de simple disque à une oeuvre marquante. Ce n’est que le premier album (l’ai-je déjà écrit quelque part? La mémoire me lâche…) et les promesses sont là. A Dreadful Hippies de transformer cet essai.

 

DEWOLFF: Tascam tapes

Hollande, Hard rock (Mascot, 2020) – Sortie le 10 janvier 2020

Avec un rythme régulier, dans l’esprit 70’s que le trio hollandais continue de faire vivre, DeWolff nous propose ce Tascam tapes hors du commun à plus d’un titre. Tout d’abord, cet album a été enregistré sur la route avec un simple magnéto 4 pistes, un Tascam que les frangins Van de Poel mettaient en route dès que germait une idée. Le résultat est impressionnant, comme c’est écrit en gros sur la pochette: « it sounds like a million bucks ». Des guitares envoûtantes, un chant hypnotisant, un rythme d’une redoutable efficacité, DeWolff nous offre une douzaines de chansons inspirées de la soul de la Motown, du disco des années 70 et, naturellement, de ce rock blues oldie mais si goodie. Ecoutez simplement le contraste entre le dansant It ain’t easy et la mélancolie de Rain… Rien sur cet album ne se répète. Si Thrust avait fait passer DeWolff dans une autre catégorie, ce nouvel album risque fort de les propulser aux sommets tant la musique et les tripes sont de sortie. Les choeurs pourraient laisser croire que le trio a eut à faire à une aide extérieure, mais non: les trois se sont chargé de tout, de A à Z. Un album bluffant de bout en bout qui transpire le sud, les bayous, les champs de coton, et la sincérité. Un superbe début d’année que nous offre DeWolff. Vivement qu’on les retrouve sur scène ceux-là!

ENTROPY ZERO: Mind machine – a new experience

France, Cyber Metal (Autoproduction, 2019)

C’est une douce voix qui nous accueille à bord du vaisseau Entropy Zero. Elle se nomme EZ (easy, facile) et va nous accompagner au travers de ce voyage au coeur de l’esprit. Ce voyage débute avec un instrumental – Memory process – aux sonorités électroniques qui évoquent immanquablement un vaisseau spatial. La suite, tout aussi basée sur des machines, joue sur les sonorités et ambiances. On se retrouve ici dans un port envahi de cornes de brumes, là au coeur d’un océan déchaîné, là en plein temple tibétain ayant servi de lieu d’exil et d’entrainement à un certain Bruce Wayne, ou encore au cœur d’un salon aux ambiances jazzy et feutrées… Tout au long de ce Mind machine – A new experience, Entropy Zero emporte l’auditeur dans un univers à la fois familier et intriguant inspiré autant par les travaux de J-M Jarre ou de Daft Punk que par la vision propre du trio . Les amateurs de SF se plongeront avec bonheur dans cet univers qui mélange à la fois Alien, Contact, Abyss et d’autres références du genre à un monde plus cyber punk légèrement post apocalyptique à la Terminator ou Mad Max dans lequel un titre comme Vinyl3 apporte un semblant de lueur d’espoir, rapidement contrebalancé par le très mélancolique Pretty little dead thing. Au final, cet album porte vraiment bien son nom: une nouvelle expérience à découvrir et à soutenir.

SWARM: Anathema

Metalcore, France (Autoproduction, 2019)

Après un premier album paru en 2017, Division & disharmony, les Français de Swarm reviennent avec Anathema, un second essais qui pourraient bien les faire passer dans la cour des grands. Même si metalcore n’est pas mon truc, force est de reconnaître que la rage et la puissance qui se dégagent de ce disque sont exemplaires. Après une introduction aux faux airs de Judas Priest, New sun rentre dans le vif du sujet. Les guitares grasses et speed accompagnent un chant enragé plus que simplement hurlé, même si ce dernier fait nombre d’apparitions en arrière plan. L’ensemble est, à la grâce d’une rythmique qui martèle et s’emballe, syncopé et explosif. Les références au metal et au thrash sont nombreuses. Et avec ses 7’49, ce premier titre semble résumer l’esprit de l’album. Frontiers pioche également du côté de Rage Against The Machine et du rap, avec quelques clins d’œil à Slayer. Intifada parle de lui même. Le titre est guerrier, hardcore et engagé. « J’ai vu le jour alors que nous étions frères »… Oui, le monde change, il ne semble plus n’y avoir qu’ennemis partout… D’où cette référence à l’anathème, à la sentence d’excommunication…  Swarm nous apporte ici 11 morceaux qui ne se ressemblent qu’en l’énergie qu’ils dégagent. Et même si le rythme est plus qu’enlevé, les mélodies, alternant speed et lourdeur, l’auditeur est emporté dans un univers entraînant et, somme toute, lumineux. Les jalons positifs se retrouvent un peu partout, ce qui apporte sans doute ce côté frais qui manque à tant d’autres (comme ce quatrain en français qui vient clore The deed is done. Une piste à suivre? ou, juste après cette intro de Spoutnik explorer à la guitare claire qui évoque indéniablement Metallica). Brutal, efficace et… enjoué. Une belle découverte de fin d’année, en tous les cas, une belle promesse..

STUBORA: Horizon noir

Heavy metal, France (Autoproduction, 2019)

Mine de rien, Stubora, formé à Bar le Duc en 1996, propose, avec son nouvel album Horizon noir, rien moins que sa 6ème production. Ce nouvel album fait suite à Résurrection qui date déjà de 2015. Le trio semble ici particulièrement en forme. Distillant avec un réel bonheur un heavy rock entraînant, on retrouve les influences principales du groupe que sont AC/DC, Metallica, et, comme sur Résurrection, certains vocaux évoquent Renaud Hantson. Le chant partagé entre le guitariste Cyril Beaudaux et le bassiste Michael Velasquez apporte des nuances subtiles et offre une palette sonore riche, entre rugosité et douceur aux sonorités rock parfois popLes guitares sont puissantes et mélodiques (impossible de ne pas taper du pied dès l’introductif Ténèbres éternelles – et son texte enragé – ou Cerveau limité, Au pied du mur…) ou se laisser séduire par les ambiances plus nuancées de A en crever, plus lourdes  et orientales sur Identité. Cette variété des premiers morceaux se retrouve sur l’ensemble de l’album qui en comporte 13.

RAGARAJA: Egosphere

Metal progressif, France (Autoproduction, 2019)

Démarrant avec une instrumentation digne de films de SF ou d’heroic fantasy, au choix, Ragaraja entre dans le vif du sujet avec Premier souffle. Et là, ça déménage sévère! Heavy, double grosse caisse en avant, le titre est saccadé. Euryale hurle ses paroles et les vomissant à la face du monde. Sa colère (soit disant contenue – cf. l’interview du groupe) semble constante. Pourtant, le groupe distille nombre de jalons intrigants tout au long de ses titres. La puissance est toujours présente, mais doublée de références orientales, indiennes, de guitares saccadées, de breakdown et de touches plus légères. Ragaraja propose un mélange judicieux de metal progressif, extrême et léger à la fois, teinté de death et de djent. Un peu de chant clair donnerait peut-être une autre efficacité à la musique des Parisiens. Egosphere reste cependant un album surprenant qui sort des standards du genre. Pas étonnant que le groupe se retrouve en ouverture de Sidilarsen à Paris le 23 novembre.

STEEL PANTHER: Heavy metal rules

Hard rock, USA (Autoproduction, 2019) – sorti le 27 septembre 2019

Voici des années que Steel Panther nous propose le même plat: une parodie de tout ce qui fit les grandes heures du glam ou hair metal US des années 80. De grosses guitares, une voix en or, des mélodies au petit soin pour le déhanché de tout un chacun. Et bien sûr, Steel Panther ne serait pas Steel Panther si le groupe ne parlait pas que d’une seule chose: de sexe et de ses dérivés. Bite, couilles, cul, chatte et nichons sont une nouvelle fois passés en revue sous tous les angles possibles. On aurait pu croire que Steel Panther avait fait le tour de la question mais non. Michael Starr étonne encore avec sa poésie obsessionnelle et ce dès le premier titre. Mais d’où sort-il tous ces délires? Tous les clichés y passent, de la guitare sleaze au gros riff qui tâche, en passant par la ballade Always gonna be ho. On ne s’amuse pas à compter le nombre de « Fuck » prononcés tout au long de l’album – c’est l’avantage de s’autoproduire, SP échappant à une certaine censure tellemeent bienséante et moralisatrice qu’elle lui collerait automatiquement un gros sticker Parental advisory sur la gueule.  Alors, non, on n’est pas surpris. Steel Panther ne présente absolument rien de nouveau avec ce cinquième album. Mais c’est tellement bien foutu qu’on se laisse prendre au jeu. Et personne ne peut ôter une chose aux Américains: Michael Starr est un grand chanteur, Satchel un super guitariste, Lexxi Foxx un excellent bassiste et Stix Zadina un batteur d’une redoutable efficacité. Et puis, d’autres se répètent bien depuis des décennies sans que personne ne trouve rien à y redire. C’est ce que le public attend de Steel Panther qui ne se fait pas prier pour lui offrir sur un plateau de luxure. Reste une question: le groupe sera-t-il capable de se renouveler en concert? Pour l’instant, continuons de nous amuser avec Heavy metal rules!

DOG N STYLE : Only stronger

Hard rock, France (Autoproduction, 2019)

Après un Pub’s calling (2016) arrivé comme une surprise dans la paysage metallique français, le dingos de Dog N Style remettent le couvert avec Only stronger, leur nouvel album qui fleure bon le délire musical et visuel. Toujours très influencé par la scène glam/sleaze américaine, le groupe peaufine cette approche sonore (les grands du genre sont de la partie – Mötley Crüe, Ratt, Dokken, Great White, doublés des incontournables Motörhead et AC/DC) avec un visuel tout aussi délirant autant inspiré du manga que du western ou du comics. Si, de prime abord, Gamble to gain (bonjour le clin d’oeil à Ace of spades!), Feed your devil (avec plaisir!) Bad man et autres Come on in ne réinventent pas l’eau tiède, Only stronger entre dans la catégorie des albums qui s’écoute sans faim, au volant, pour le plaisir et le fun. Avec rock’n’roll, fun est le maître mot qui semble guider Dog N Style. Et ça fait du bien!

ALLUSINLOVE: It’s OK to talk

Rock, Royaume-Uni (Autoproduction, 2019)

Après un premier Ep, les 4 garçons de Leeds de Allusinlove continuent d’explorer l’univers du rock, hard rock, tendance déjanté. Dès Full Circle, le groupe semble inspiré par les Beatles tant le propos se fait presque pop. Puis, sur fond d’un rock furieux, All my love évoque un Black Sabbath qui aurait fauté avec le punk. En gros, si quelqu’un espère trouver dans cepremier album It’s OK to talk une véritable identité musicale, ben… c’est rapé. Le groupe n’a posé aucune limite, se faisant ici légèrement (carrément) psyché, là plus pop et ici encore romantique, voire mélancolique. Ce nouvel album semble vouloir s’adresser au public le plus large possible. Des calmes et des furieux, et tout au long de ce disque on reconnait, posés comme des jalons, quelques clins d’œil en références aux nombreuses sources d’inspirations des Anglais. Comme dirait l’autre, c’est de la belle ouvrage.