DISCOZERO: It was capitalism all along

France, Rock (Autoproduction, 2026)

Nouveau venu sur la scène rock énervé, Discozero s’est formé en 2023 autour du chanteur Matthieu Miègeville, du guitariste Nicolas Foucaud, de la bassiste Katia Jacob et du batteur Zacharie Mizzi. Avec son premier album, It was capitalism all along, le quatuor nous propose un rock faisant fi des codes et des convenances. Au delà d’un chant anglais une nouvelle fois difficilement compréhensible, on sent que Discozero veut imposer au public une sorte d’irrévérence punk, un doigt envoyé à la face de cette industrie à recettes prédéfinies. Aussi dansants que remuants, les 8 morceaux de ce premier album font preuve de rage sinon de maturité, comme si les quatre refusaient de quitter leur enfance. J’ai parfois l’impression aussi qu’ils hésitent parfois, n’osent pas assez souvent, à lâcher la bride et laisser plus de place à une forme de folie enragée qui donnerait plus d’ampleur et d’énergie aux chansons. Un premier pas sympa mais qui ne me marque pas plus que ça. Dommage

EPINIKION: The force of nature

Pays-Bas, Metal symphonique (Autoproduction, 2026)

Le metal symphonique a, semble-t-il, encore de beaux jours devant lui. Alors qu’un certain souhait nocturne s’est mis en pause pour une durée indéterminée, les prétendants au trône se font connaitre. Epinikion est de ceux-là et propose, avec son second album, The force of nature, une oeuvre aboutie et ambitieuse. Formé aux Pays-Bas par Renate de Boer (claviers) et Robert Tangeman (guitare), deux anciens athlètes en reconversion qui ambitionnaient, sans aucun cursus musical, d’écrire un album d’opera rock qui vit le jour sous le nom de Inquisition. Ils complètent leur line-up avec la chanteuse Kimberley Jongen, un second guitariste, Marten Junschläger, le bassiste Rutger Klijn et le batteur Michal Gis. « Le chant du vainqueur« , c’est la signification grecque du nom du groupe, réussi, avec The force of nature, à se démarquer des habituelles références du genre. La voix profonde de Kimberley est portée par les guitares déterminées et les ambiances aux rythmiques souvent envoutantes sont à la fois épiques et aventureuses. The sun, the moon and the stars qui introduit l’album ne reflète pas forcément ce qui suit. Au contraire, la douceur des paysages musicaux épiques cèdent la place à un fureur contrôlée qui vient donner ses couleurs au morceau titre, à Come into my world ou autre Don’t wake up the dead. Thought you were on my side apporte un peu de douceur dans ces univers déterminés. Avec The force of nature, Epinikion fait preuve d’une grande maturité tant musicale qu’esthétique – la mise en son, superbe production, ou le visuel – superbe pochette signée Giannis Nakos pour Remedy art design – et pourrait bien se frayer un chemin vers les sommets. Un groupe à découvrir sans hésiter.

DAMANTRA: Better off this way

France, Rock (Autoproduction, 2026)

Alors, eux, s’ils ne se sont pas plantés de lieu et d’époque… Formé à Toulouse, à la fin des années 2010, Damantra (Mélanie Lesage au chant, Virgile Jennevin à la guitare, Robin Fleutiaux à la basse et aux claviers et, arrivé en 2021, Rémi Fournier à la batterie) se teste et se cherche mais sait que sa musique sera roots et totalement ancrée dans les années hippies, au croisement des 60’s et des 70’s. Pas compliqué d’imaginer les sources d’inspiration du quatuor, tant vestimentairement (flower power à donf, un look à la Hendrix meets Joplin) que musicalement. Sans jamais trop en faire, Damantra, avec ce premier album Better off this way (le groupe avait préalablement publié 2 Ep – Jekyll & Hyde en 2020, Comet en 2023) se glisse dans le sillage des Rival Sons et autre Wolfmother. La voie éraillée de Mélanie, chaude et sensuelle (ne reste que l’anglais à perfectionner, svp!), les riffs simples et entrainants de Virgile, les rythmes dansants concoctés par Robin et Rémi, le tout enrobés de claviers à la Jon Lord (oui, il y a aussi une inspiration Deep Purple qu’on retrouve également dans certaines guitares) tapent dans le mille. Le groove dansant évoque par instant la fête d’un Blues Pills, le disco en moins (mais la boule à facettes bien présente!) Malgré toutes ces références, Damantra a sa propre personnalité, une forte et originale personnalité, qui nous entraine dans son sillage qui traverse des champs et des paysages bucoliques et reposants. Un remède anti-dépression à découvrir d’urgence. Peace, love and rock’n’roll !

JJAX: Reason to hope

France, Heavy metal (Autproduction, 2026)

Si au départ JJAX est le projet solo de Julien Jacquemond, que les amateurs de metal hexagonal connaissent sans doute pour son travail passé avec Inner Visions, le projet est devenu groupe, le guitariste chanteur s’entourant d’autres fines gâchettes : Karim Attoumane, guitariste de Zuul FX, Brice Berrerd, bassiste de Les Discrets et Arnaud Gorbaty, ancien batteur de Alkemyst ou Further Dimension. La formation publie ses premiers essais via bandcamp en 2021 et propose aujourd’hui Reason to hope, une solide galette qui mélange oldie but goodie à des sonorités résolument modernes. Le résultat est à la fois étonnant et efficace. On a parfois l’impression que Jjax plonge dans un trip nostalgique en réexplorant les origines du thrash (de belles guitares sauvages à la Metallica/Slayer) ou à l’époque dorée de la NWOBHM, certains passages vocaux m’évoquant Diamond Head, ou encore les duels de guitares que ne renieraient pas des Maiden ou Priest. Certaines influences remontent même plus loin, au rock and roll des 60’s ou au hard rock naissant (The spirit résume bien cet état d’esprit, ainsi que les deux reprises, Carry on wayward son – ici renommé « Carry on, my wayword son – de Kansas et Riff raff d’AC/DC). Mais Jjax se veut aussi contemporain en proposant des moments plus rageurs et brutaux – dont quelques grognements bien sentis – et des refrains qu’on pourrait aisément siffloter. Jjax s’offre même le luxe de quelques participations extérieures, et non des moindres puisqu’on retrouve au gré des titres Ivan Keller (Jelusick), Madie (Faith In Agony, ex-Nightmare) et Swan et Jerem G (BlackRain), preuve que le groupe présente un réel intérêt. Huit titres originaux aux guitares aussi furieuses que mélodiques et deux reprises pour un album haut en couleurs. Sans doute pas une révolution mais un vrai bon moment à conseiller.

MAGOYOND: Zeppelin

France, Metal orchestral (Autoproduction, 2026)

Magoyond fait partie de ces formations à part. A chacune de ses publications, le groupe nous invite à un voyage entre terres horrifiques et SF oppressante (les bien nommés Kryptshow et Necropolis, tous deux parus aux alentours de halloween en 2019 et 2022, par exemple). Cette fois, avec un léger décallage, le Mago (Julien Escalas, chant et guitare) et ses fidèles compagnons (Victor Bruzzi, guitare, « Aspic » – Arnaud Condé – basse et Bruno Guerzoni, batterie) nous entrainent dans un voyage aux confins du temps qui peut évoquer à la fois les univers de Philippe Brussolo ou Michael Moorcock (auteurs de SF dont j’ai beaucoup aimé, respectivement, Le bricolo et la sage Le nomade du temps) et la lourdeur cameronesque de Terminator. Zeppelin, le nouvel album – en réalité un Ep de 6 titres et leurs version instrumentales – nous embarque à bord de ce navire mythique afin d’échapper au monde d’en bas. « Nous passerons par les airs » conclue la narration introductive qui ouvre les portes à ces admirables orchestrations. Si Magoyond est une entité de 4 musiciens, c’est un projet qui s’est toujours voulu beaucoup plus large, avec une ambition mesurée et calculée. Le groupe fait en effet de nouveau appel à un orchestre, une nouvelle fois dirigé par Aspic et le résultat est simplement remarquable. La voix grave et profonde du conteur Le Mago nous emporte dans des décors aussi sombres qu’empli de cet espoir fou de se sortir de cet univers malsain. Une nouvelle fois, Magoyond nous offre un album à la superbe mise en son et en scène. Vivement que ce groupe à part et hors norme trouve son public!

SEX SHOP MUSHROOMS: 131217

France, Grunge (Autoproduction, 2026)

C’est le 13 décembre 2017 que les Parisiens de Sex Shop Mushrooms ont vu le jour. Mais, non! C’est n’importe quoi ce que tu écris! Oui, d’accord, mais quand même… Que penser d’un tel intitulé d’album, 131217, franchement? Bon, ok… SSM a vu le jour en 2022 et a publié un premier album, God doesn’t exist, en 2024. Un album franc du collier, direct, intimement grunge version Nirvana. Revoici le quatuor qui déboule avec un second album – 131217 pour ceux qui ont zappé les premières lignes – plus brut encore. Tout aussi enragé que son prédécesseur, ce disque transpire autant la sincérité qu’une forme punkisante de je m’en foutisme. Le qu’en dira-t-on et la langue de bois, ce n’est pas le trip de ces énervés qui au travers de 11 chansons entrainent l’auditeur dans leurs délires. Impertinent dès le morceau d’ouverture – Help me I’m cumming (pour les non anglophones, ça se traduit simplement par « aide moi, je jouis ») – le groupe nous replonge à la naissance du grunge dans un esprit résolument punk et le fait avec brio (exception faite de… l’anglais, mais ils s’en foutent aussi!) 131217 est un album aussi efficace qu’il est intense et Sex Shop Mushrooms a tout pour faire pogoter son public en concerts. Et, comme les quatre l’écrivent si justement au verso du livret, « aucun groupe ne survit seul. Soutenez vos groupes locaux ». Ca commence par cet album, déclaration d’intention 100% rock n roll.

BLACK RABBIT: Warren of necrosis

Thrash/death, Pays-Bas (Autoproduction, 2025)

Nous avions pu découvrir les néerlandais de Black Rabbit en début d’année 2025 avec leur Ep Chronolysis, un disque brutal qui marquait quelques points. Les voici qui reviennent avec, en guise de cadeau de Noël un nouvel Ep (paru le 10 décembre dernier), Warren of necrosis. Les gaillards, toujours la même équipe – Nino Thomas (chant), Jelle Brekelmans et Hidde Hofland (guitares), Thijs Mulder (basse) et Koen van der Voet (batterie), on ne change pas une équipe qui gagne – nous balance « seulement » 4 claques dans la gueule. Le thrash/death aux relents de black metal (dans certains vocaux bien comme il faut) attrape l’auditeur par les burnes pour ne jamais le relacher. Plutôt que de foncer tête baissée, Black Rabbit choisi de varier les plaisirs en incluant diverses sonorités latino ou médiévales. En offrant de saines respirations, en relâchant, malgré tout la pression, le propos se fait plus solide et l’histoire se vit en une écoute. Il y a du Death Angel, du Exodus des vieux jours, ainsi que quelques lignes d’un jeune et fougueux Metallica tout au long des Initium finis, Apprehension, Null and void et Insurrection… liberation, tous aussi brutaux que déterminés et efficace. Le format Ep colle parfaitement au genre, jamais trop long mais presque trop court. Voilà le genre de groupe qui mériterait un passage sous une certaine Altar…

RVH PROJECT: Land of the damned

Heavy rock, Pays-Bas (Snakebite, 2025)

Comme souvent, quand on voit des initiales avant le mot « project », on sait avoir à faire au projet solo d’un musicien. Ici, il s’agit du projet de Rick Van Heuzen (RVH, donc), chanteur et bassiste, qui, avec RVH Project s’est adjoint les services du guitariste Orion Roos et du batteur Gerry de Graaf. L’alchimie entre les trois prend et le projet devient « groupe », la formation, créée en 2021, proposant un premier album, Enter the machine, l’année suivante. Il faudra trois ans au trio pour revenir avec Land of the damned, un album totalement ancré dans les 80’s. La difficulté avec les project bands réside souvent en ce que leur fondateur cherche à mettre en avant son talent. Ici, on a clairement droit à un chanteur aux aspirations et au timbre variés. Mais j’ai trop souvent l’impression d’écouter et d’entendre une répétition de ce que les 80’s ont proposé de mieux tant dans le hard rock que l’AOR, de Toto à Bon Jovi en passant par Night Ranger et plein d’autres. Il y a quelques incursions dans la musique de films, le funk et le jazz sont également très présents tout au long de l’album, mais l’ensemble reste, malgré une production totalement moderne, très daté. Indépendamment, chaque musicien fait des merveilles, et RVH démontre à plus d’une reprise sa puissance vocale. L’ensemble est varié, enjoué aussi, mais, malgré l’envie réelle, ne parvient pas à déterminer une personnalité propre au groupe, une identité sonore. Plaisant et bien fait, Land of the damned se fond dans la masse de productions indépendantes sans parvenir à vraiment faire mouche. Dommage, car il y a du fond.

Séance de rattrapage: SPIRIT WAR: Beyond frontiers

Power metal, France (Autoproduction, 2025)

Presque « nouveau venu » sur la scène française du metal mélodique, Spirit War revient avec Beyond frontiers, un second album composé de 10 titres qui puisent dans ce heavy power qui vise à faire sauter les foules en cadence et lever les bras. Les amateurs de heavy français connaissent sans doute déjà son fondateur, Markus Fortunato, le bassiste ayant en effet une longue carrière derrière lui et s’étant fait quelque peu remarquer avec son premier projet, M.Z, avec qui il a enregistré 7 albums. Malheureusement, sans un label qui lui reste fidèle (le groupe est passé chez Wagram, Brennus, Pervade…), le travail de fond est compliqué. Il fonde par la suite Öblivïon et Fury Age avant de se lancer sous son propre nom et de ressortir aujourd’hui avec Spirit War. Ce nouveau projet saura-t-il enfin sourire au bassiste chanteur, désormais entouré du guitariste Nicolas Lebrat et du batteur Valentin Leroy? Dès la première écoute, le message est clair: une grande place est accordée aux mélodies qui font mouche. Les sources d’inspiration sont variées, allant du heavy traditionnel à la Maiden au néo classique de Malmsteen. Malheureusement, aidée par une production un peu trop étouffée et un anglais correct mais typé frenchy, l’étiquette 80’s est trop présente. Même les excursions dans des envies « sabatonnesques » sont rattrapées par un esprit Manowar dans certains textes. Les rythmiques, certes, donnent envie de taper du pied mais Spirit War ne parvient pas à m’imposer un air qui me reste en tête. Bien fait, sans aucun doute, cet album est bourré de mélodies sympa mais par trop datées et manque de cette touche de modernisme qui pourrait vraiment le faire sortir du carcan des années 80. On passe cependant un bon moment festif, et c’est toujours ça de pris!

PVRS: Let the silence begin

Belgique, Metal (Autoproduction, 2025)

Il y a moins d’un an, début 2025, nous pouvions découvrir le metal doom et mélancolique de nos voisins belges de PVRS. Le du revient aujourd’hui avec son second album, Let the silence begin, un disque composé de dix titres. La force de Pvrs réside sans aucun doute en cette capacité à s’offrir des explorations sur divers terrains de jeu. On passe ainsi d’univers lourds et presque oppressants à des ambiances plus mélancoliques sans jamais être tristes. Pvrs navigue aussi entre ambiance doom et l’innocence gothique d’une certaine forme de new wave. Pvrs ne se laisse pas arrêter par de quelconques barrières critériées et restrictives, et ne plonge jamais dans l’obscurité, chacun de ses morceaux laissant entrevoir une lumière. Aussi brumeuse puisse-t-elle être (les thèmes abordés sont loin, très loin, d’être joyeux), elle perce avec une envie de toucher le cœur de l’auditeur.