FOREST IN BLOOD: Pirates

Thrash/Hardcore, France (Autoproduction, 2018)

Forest In Blood est un groupe parisien formé en 1998 qui nous revient aujourd’hui avec Pirates, son… second album! Dans sa bio, le groupe note s’être formé l’année où l’équipe de France de foot devint championne du monde. Nous ne pourrons que remarquer que ce second album arrive alors que la France a remporté sa seconde étoile… Y a t-il un lien de cause à effet? Rien n’est moins sûr tant les goûts musicaux de nos joueurs sont à l’opposé de ce que nous propose Forest in Blood qui puise son inspiration dans le thrash de Slayer ou de Metallica (certains éclairs rouge sang de la pochette ressemblent à s’y méprendre au M des Horsemen…) et dans le hardcore d’un Hatebreed débridé. Les rythmiques sont d’une réelles efficacité, de celle qui fait taper du pied, et si je dois relever un défaut, c’est la redondance des guitares. Les riffs, à quelques exceptions près, semblent se répéter, parfois (écoutez les intros de My dues et Black parrot) même être identiques. Pourtant, ça marche, et le chant enragé provenant de la gorge profonde de Eric Florentin accompagne avec une brutalité défouloir les guitares rageuses de Barthélémy Vaudon et Hervé Marguet. La section rythmique, jamais en reste est à l’avenant (la basse vrombissante de Pierre Acedo soutient la batterie guerrière de Cédric Sénéchal). Heureusement, FIB nous offre également quelques intermèdes plus légers bien que pas forcément indispensable. Qui s’étonnera dès lors de lire que la production est signée de l’incontournable Francis Caste, un des meilleurs producteurs metal de son temps? Pirates est un de ces albums qui risque fort de prendre toute sa mesure sur scène. A bon entendeur…

DROP DEAD: Mayhem Inc.

Hard rock, France ( Autoproduction, 2018)

Les amateurs de hard rock un peu vintage et glam vont être aux anges. Des guitares qui crissent, des riffs entraînants, une rythmique franche et directe, une voix forgée aux clopes et au whisky… Voilà quelques uns des ingrédients qu’on retrouve tout au long de ce Mayhem Inc., le nouvel album des Français de Drop Dead. Le groupe puise son inspirations dans le gros son du southern rock, dans l’irrévérence du punk, un peu de tendresse ci et là, et s’amuse avec ce qui fit les beaux jours des 80’s et une partie des 90’s, version heavy ou grunge américains. Sans aucun doute, d’ailleurs, le quatuor lorgne-t-il secrètement vers de lointaines terres outre-Atlantique. Drop Dead réserve même quelques surprises et étonnement comme ce Anarchy qu’on aurait, a priori, imaginé violent. Mais non, c’est le contraire. Les Taste of money, Fuck you (I’m a rock star), Path to the reason et autres High school font taper du pied, inlassablement. L’ensemble est attirant, séduisant même, et ne laisse pas indifférent l’amateur de riffs couillus, d’effets wah wah et de morceaux francs et directs. Un album à découvrir, et un groupe prometteur à soutenir.

FUNNY UGLY CUTE KARMA: Before it was cool

France, Metal varié (EP Autoproduit, 2018)

Pour les amateurs de metal made in France, le nom d’Adeline Bellart devrait être familier. Après avoir enregistré deux albums et donné un bon paquet de concerts avec Asylum Pyre, groupe qu’elle quitte en 2016, la chanteuse s’éprend des talents et de la folie douce de Dorian Gilbeau, guitariste et bassiste avec lequel elle fonde Funny Ugly Cute Karma en 2017. Cela n’aura échappé à personne: entre l’association des idées et l’acronyme, le projet est sérieux et joue la carte de la dérision. ça tombe bien, puisque ce premier Ep de 4 titres, Before it was cool (3 originaux et 1 reprise, au double sens évident – « Avant que ce ne fut cool » ou « Avant c’était cool ») nous présente quelques facettes de l’univers musical que souhaite explorer le duo. L’agressivité vocale qui introduit On the run est atténuée par le côté cartoonesque de la musique et la douceur vocale d’Adeline. Immédiatement, je pense à la folie douce d’un Avatar. Shelter démarre tranquillement – voix guitare et beat – avant d’alterner avec noirceur et lourdeur et des guitares qui évoquent par instants Tom Morello et ses Rage (Rage Against The Machine et Prophets Of Rage). Nuage de maux, bonne idée, est chanté en français. Mi slam mi enragé, cetet poésie flirte avec la mélancolie et, de nouveau, la folie. Enfin, Radio/video, reprise de System Of A Down vient conclure avec brio ce premier essai qui n’attend qu’une transformation. Une très belle entrée en matière, foncièrement metal mais avant tout exploratrice de sonorités inhabituelles. A découvrir.

THERAPHOSA

France, Metal (Ep Autoproduit, 2018)

Theraphosa, pour les connaisseurs, est un type d’araignée particulièrement dangereuse.  D’où la représentation d’une arachnée blanche sur fond noir de ce second Ep du trio français venu de Chelles (le premier, Inject the venom, est paru en 2012, une éternité! D’où, sans doute, un nouveau départ en ne nommant pas ce disque.) Je ne suis pas connaisseur, donc, je me plonge dans les sonorités de ce disque éponyme qui propose 5 morceaux et découvre une prière en ouvrant le CD, une prière à la reine araignée. Serait-on tombée dans une secte aux malsains rituels? Non, simplement au cœur des aspirations et inspirations musical d’un groupe de rock. Le premier morceau, The king of vultures est un mid tempo presque doom, intrigant et attisant la curiosité. The god within accélère le tempo et propose un riff obsessionnel et hypnotique sur fond de chant guttural, en alternance avec plus de mélodie. Le plus de 6′ passent sans qu’on ne s’en aperçoive. Puis The butcher, avec son chant clair presque a capella, nous entraîne dans un univers tout aussi heavy, au royaume du headbanging. Malgré ses guitares speedées, Obsession se distingue avec un chant presque pop, et surtout très mélodique. Leeches conclue ce disque avec ce rythme imparable, celui qui fait s’agiter les tignasses et taper du pied en cadence. Sans aucun doute un futur classique en live. Theraphosa parvient à se distinguer de ce qui se fait actuellement sur la scène metal, et rejoint les espoirs parmi les groupes français. Prometteur, tout simplement.

MONOLYTH: A bitter end / a brave new world

France, death mélodique (Autorpoduction, 2018) – sortie le 25 septembre 2018

L’an dernier au Hellfest, sous Temple, je suis allé jeter une oreille et un oeil au set de Monolith. Uee expérience brève tant l’ennui s’est emparé de moi rapidement. Alors, pensez, quand j’ai reçu cet album, ma première pensée a été « oh, non ». Mais un regard plus attentif me fait comprendre que, visiblement, il ne s’agit pas du même groupe. Non, celui-ci, ce Monolyth, s’écrit avec un Y salvateur! Je glisse donc le CD avec une curiosité attisée dans le lecteur pour y découvrir… du death metal. Premier constat, la pochette de A bitter end / A brave new world peut se regarder dans deux sens opposés. Un joli travail graphique qui me parle. Ensuite, en retournant la pochette, chaque titre est doublé d’un sous-titre genre mini résumé de la chanson. Original. Puis la musique démarre. Je passerai rapidement sur le « chant », style guttural hurlé qui, comme chacun sait, n’est pas du tout mon style, d’autant que c’est assez monocorde. En plus, j’ai la nette impression que l’anglais n’est guère maîtrisé. En ce qui concerne la musique, cependant, les morceaux sont travaillés et réfléchis, les mélodies incontestablement attirantes et efficaces. Monolythe propose avec A bitter end / A brave new world un disque extrême abouti que les amateurs découvriront avec plaisir.

ELYOSE: Reconnexion

Metal, France (Autoproduction, 2018) – sortie le 27 septembre 2018

Pour son troisième album (après Théogyne en 2012 et Ipso facto en 2015), les Parisiens de Elyose profitent d’un troisième album, Reconnexion, pour repenser leur approche musicale et offrir un son à la fois plus brut et direct et des mélodies pensées pour faire mouche. Elyose ne se contente en effet pas de chercher un style qui lui soit propre mais explore divers horizons, du metal symphonique aux intonations death metal, ou encore, à l’opposé, en visant la pop énergique. On reconnaîtra, naturellement l’influence d’Evanescence (le refrain de De tout là-haut semble plus qu’inspiré par un certain Wake me up inside…) ou d’Epica dont le guitariste chanteur Mark Jansen partage le chant sur le très énergique – et chanté en anglais – Psychosis. Les invités sont nombreux, d’ailleurs, puisque figurent rien moins que Raf Pener (T.A.N.K) sur Asyme’trie (qui me semble s’engager sur le terrain de la Syrie – dommage que les paroles ne soit pas plus compréhensibles, une des faiblesses de cet album…), Aurel sur Mes 100 ciels – premier single – ou encore Flo Lemonnier sur Les mots qui me viennent. Varié, enjoué, ce troisième album d’Elyose pourrait faire ressortir le groupe du lot des nombreux challengers, en tout cas, le placer dans le peloton de tête.

SENDWOOD – First leaf

Metal, France (Autoproduction, 2018)

Sendwood est un groupe français composé de deux frères, Kriss W. Wood au chant et à la guitare et Alex Mc Wood aux chant, batterie et harmonica. Pas forcément frères dans la vie, en fait, mais on s’en fout. Comem eux: l’un vient de The Real Mc Coy, l’autre de Harmonic Generator. Les compères se retrouvant seuls en studio décident de monter ce projet à deux. L’important c’est que le nom du groupe des frères Wood (ça vous rappelle pas légèrement les Blues Brothers, ou les Ramones? Nous y reviendrons…) est explicite du contenu musical: ça défouraille sévère, ça balance mémé dans les orties, bref, ça envoie le bois grave. Le seul bémol, c’est l’anglais incompréhensible, pour le reste, rien à dire: Sendwood c’est l’sprit du punk mélé à la lourdeur du metal actuel, des influences qui vont des sus mentionnés Ramones à AC/DC en incluant tout ce qui peut faire s’agiter. Les voix sont graves et profondes, le riff direct et la rythmique… brute , sans fioritures. Le but visiblement est de faire taper du pied et de voir le public pogoter. Simple, direct et efficace pourraient être les 3 mots qui définissent le mieux ce premier essai de 10 titres pachydermiques.

PERFECT LINE: Seeds

France, Rock (Autoproduction, 2018) – Déjà sorti

Après 2 EP respectivement parus en 2012 et 2013, le trio parisien Perfect Line passe à l’étape de l’album complet et cherche à raviver un certain esprit rock noisy, parfois grunge, souvent heavy. Seeds, ledit album, se compose de 12 chansons rapides et mélodiques, aux rythmes variés, à la fois aériens, chantants et foncièrement rock. Dès Everything, morceau d’ouverture qui monte en puissance, le power trio met les choses au clair: le rock de Perfect Line, chanté dans un anglais convaincant et rageur, est direct et sans fioriture. What you won’t do, Red coach, Afraid vont droit au but, tandis que Free, plus lent, explore des aspects plus inquiétants, sombres et presque oppressants. On appréciera d’ailleurs l’apport de cordes donnant des sonorités symphoniques à ce titre ainsi qu’ Afraid. Seeds se révèle un album varié, énervé et efficace. Perfect Line entre dans cette catégorie de groupes à découvrir et à soutenir tant son album est efficace et diversifié.

FIDJI: Let the good times roll

Rock, France (Ep, Autoproduction, 2018) – sorti le 6 avril 2018

Cet Ep est rafraichissant, comme les îles du Pacifique sud que le nom du groupe francais évoque. Les 5 titres de ce Let the good times roll sont légers, aériens et entrainant et se laissent écouter avec une déconcertante facilité. Le morceau titre, qui ouvre cet Ep, à la guitare cristalline et au chant fédérateur, évoque Pink Floyd et une certaine idée de la new wave. Jungle continue dans une veine plus « dure » avec des guitares toujours claires mais plus déterminées tandis que Rebirth se fait plus groovy, voire légèrement funky tout en conservant une touche de rock léger et moderne. Whispers in the Wind, le morceau le plus long de ce disque, explore des horizons plus softs, à la fois tendres et intrigants. Pas oppressants, seulement mélancolique, c’est le titre le plus étrange – et, accessoirement, celui avec lequel j’accroche le moins facilement. Débutant par un chant presque a capella, The tide conclue ce premier essai « à la Muse », avec des ambiances joyeuses et dansantes. Si l’ensemble est éloigné du rock le plus énervé, on ne peut que saluer cette volonté de sortir des sentiers battus en proposant 5 morceaux variés qui reflètent une jolie palette d’envies musicales très sympathiques.

 

ROOM ME: Anaon

Rock, France (Autoproduction, 2018)

Room Me, c’est le projet solo de Anne-Sophie Rémy qui s’est chargée, aidée ci et là de Fabien Pillard et bénéficiant du mix de Julien Rosenberg, de mettre en boite ce mystérieux Anaon. Heureusement, la pochette intérieure explique la signification de ce titre: « Anaon est l’ensemble des âmes des morts et le lieux où elles se retrouvent: le monde après la mort« . Ambiance? Sombrement, oui! Car ce disque est à l’image de ces paroles: oppressant et fantomatique. Anne-Sophie joue sur les ambiances mélancoliques et sombres, alternant entre lenteur et lourdeur. Des ambiances aériennes mais chargée d’humidité se dégagent de ce disque qu’on pourrait presque qualifier de doom mais qui est surtout et avant tout gothique, inquiétant et oppressant. Bref, un album qui se déguste de préférence au soleil – pour équilibrer l’ensemble et ne pas sombrer dans la dépression! – aussi attirant que le vide d’un gouffre vertigineux. Ça impressionne et donne envie de plonger au fond des choses. A découvrir avec prudence.