CIGANY MÖHAWK

France, Punk (Autoproduction 2023)

J’ai découvert Cigany Möhawk lors du festival Un autre monde en 2019. Le groupe jouait alors sur la petite scène du parc Pasteur à Orléans et proposait un mélange de punk old school et de thrash, le tout teinté d’un esprit folk dansant mené tambour battant par un accordéon des plus joyeux. Le groupe restait alors volontairement underground, refusant les réseaux sociaux et travaillant dans un pur esprit DIY. L’esprit est toujours le même, une page Facebook en plus. Cigany Möhawk nous propose avec ce premier album 13 titres aussi dansants qu’énergiques, entrainants et explosif tout à la fois. Au delà de l’accordéon, la particularité des Blesois est de n’avoir opté pour un chant ni anglais ni français, le groupe s’exprimant en ce qui ressemble à du roumain. Le lien est vite fait pour les amateurs avec l’autre formation tzigane historique de ces contrées, Dirty Shirt. Et cela donne tout son sens à l’accroche que veut le groupe qui s’adresse à ceux qui ne craignent pas « la rencontre entre punk et tzigane ». La joyeuse rage déployée tout au long de ce premier album fait du bien par où ça passe tant le propos est fédérateur et la jovialité omni-présente. Alors, oui, on se plait à imaginer le groupe animer de folles soirées estivales ou mettre le feu (au figuré s’il vous plait!) à des clubs de moyenne capacité. Tu veux t’éclater et en découvrir plus, alors c’est sur sa page FB, l’album pouvant être directement commandé chez M&O music, acheté à prix libre en direct ou même… à vous de lire la suite chez eux! Et comme ils l’écrivent si bien, maintenant: let’s punk!

SINS OF SHADOWS: Imperium

France, Heavy metal (Autoproduction, 2022)

Il y a deux ans, en 2020 donc…, Sins Of Shadows nous présentait son premier album, The master’s way, que j’avais quelque peu démonté ici même, notamment à cause de la production indigne de son époque, tout en évoquant l’envie et le potentiel du groupe. Le groupe revient aujourd’hui avec Imperium et a visiblement – audiblement serait plus approprié – décidé de corriger certaines erreurs du passé. Dès les premières mesures de Ordinary men, on est entrainé dans cette furie de classic heavy metal qui nous replonge dans les 80’s et ses compositions variées, mélodiques et efficaces, son chant haut perché parfois approximatif qu’on aimait adorer ou détester. On retrouve la marque des plus grands, de Maiden (on peut même pousser jusqu’à la période Blaze Bailey) à Helloween en passant par la vague power metal scandinave et allemande. Les 9 titres alternent les tempi sans temps mort, recherchant l’efficacité. Cette fois encore, le groupe clairement ne cherche pas à réinventer le genre et veut simplement se faire plaisir, ce qu’il parvient à réaliser haut la main. Un album pas prise de tête pour un sou, qui fait secouer les crinière et taper du pied, on n’en demande pas plus. Et ça, j’approuve!

GRANDMA’S ASHES: This too shall pass

France, Rock/Stoner (2023, Autoproduction)

Allez, disons le tout net: si la bonne fée pouvait se pencher sur les cendres de grand-mère… Dès la première écoute de ce This too shall pass, Grandma’s Ahses, trio féminin formé en 2018 et déjà auteur d’un premier Ep, The fates, paru en 2021, se démarque d’une scène aujourd’hui par trop lisse et consensuelle. Les 13 titres de ce premier essais (dont 3 interludes absents de la version vinyle) explorent sans complexes divers horizons musicaux, allant du rock garage au stoner enfumé, en passant par un heavy rock aux limites du doom. Et quand ça castagne parfois, ben… ça pête sévère! On trouve aussi bien des traces du metal froid d’un Blue Oÿster Cult que le rock énervé de 4 Non Blondes. Le chant – dans un anglais plus que maitrisé – passe par des phases de douceur bienveillante comme il sait se faire langoureux ou mélancolique, souvent envoûtant et toujours soutenu par une basse ronflante et une batterie syncopée. Il y a dans cet album plus que de la simple complicité et complémentarité musicales. Avec This too shall pass, un album qui sait prendre des risques et sortir des sentiers battus (la réalisation de Fred Leblanc, impliqué avec Pogo Car Crash Control ou Toybloïd y est sans doute aussi pour quelque chose) Grandma’s Ashes se distingue de la jeune garde, interpelle et surprend. Et dans le paysage musical actuel – français ou international – ça fait du bien.

SLEEPING ROMANCE: We all are shadows

Italie, Metal progressif (Autoproduction, 2022)

Formé en 2013, les progueux italiens de Sleeping Romance nous ont proposé en fin d’année 2022 (octobre, je crois) We all are shadows, leur troisième album dont chaque titre est l’acronyme du nom de la chanson. Une intro narrée par la chanteuse Lina Victoria donne envie de se plonger dans le propos musical qui suit. L’influence d’Evanescence se fait sentir  dès SAM – Smoke And Mirrors – mais le groupe ne se contente pas que d’évidences. La suite mêle puissance et douceur, légèreté vocale et dynamisme musical. Un contrepied vocal est présent en arrière plan avec un chant guttural parfois discret et qui remonte en surface le temps d’une courte colère. Sleeping Romance lorgne ensuite vers les horizons tracés tant par Apocalyptica (la présence de cordes est souvent mise en avant) ou encore l’indus version Rammstein. La production est riche et généreuse mettant en avant chacun des instruments comme il se doit et si l’ensemble est bien foutu et très agréable à écouter, la personnalité de Sleeping Romance mériterait d’être plus encore explorée pour que le groupe se démarque vraiment de ses influences. Voilà toutefois un album que les amoureux de belles mélodies auront plaisir à découvrir.

ACOD: Fourth reign

France, Black/Death (Autoproduction, 2022)

Je m’étais laissé prendre au jeu de la séduction avec le dernier album d’ACOD, on ne m’y reprendra pas… L’intro calme, symphonique et presque bucolique, très cinématographique, pour séduisante qu’elle soit, peine à cacher le contenu sombre et explosif de ce cinquième album des Marseillais. Sur d’anciens chemins… cède la place à 9 titres taillés dans un black/death metal qui sait aller chercher une certaine forme de lumière. Alors, oui, ça hurle et ça frappe vite sur Genus vavcuitatis – et son passage plus doux au milieu du morceau – ça se fait plus heavy à la… oh surprise… Amon Amarth sur The profecy of agony et ses chœurs plus légers, ça speede sur Sulfur winds rituals… Acod, malgré un chant typique black, parvient donc à varier son propos tout au long des plus de 50 minutes de l’album. Pas évident de tout ingurgiter en une fois, mais une exploration de quelques écoutes permet de découvrir quelques… « subtilités » mises en son par Linus Corneliusson qui a mixé l’album (et est connu pour son travail avec, entre autres Dark Tranquility ou Ishanhn) comme ce texte narré en français au sein de Nekyia catharsis. Avec ce Fourth reign – over opacities and beyond, le duo français marque un véritable pas en avant et se pose comme l’un des gros espoirs du genre. Une belle réussite doublée, une nouvelle fois, d’une superbe pochette de Paolo Girardi.

WORKING KLASS HEROES: No excuses, no remorses

France, indus/electro (Autoproduction, 2022)

Interview Working Klass Heroes. Entretien réalisé le 5 décembre 2022 avec Fabien (guitare)

Working Klass Heroes s’est « formé en juin 2010 à Perpignant. Jusqu’en 2015, on était un groupe plus power rock dans le style de Bukowski un peu teinté de metal. Il y a ensuite eu un changement de line-up avec l’arrivée d’un nouveau chanteur, d’un nouveau bassiste et d’un batteur. » C’est ce line-up qui, trois ans plus tard, publie son premier album. Mais arrive 2020 et le confinement pendant lequel « le bassiste et le chanteur sont partis. Ils ont voulu arrêter. Le chanteur à la base est batteur dans un autre groupe et il a préféré retourner vers la batterie. De notre côté, on a profité de la période pour commencer à recomposer et il y a eu l’arrivée d’Adrien, le nouveau chanteur et du nouveau bassiste, Chris, qui est le cadet du groupe, un p’tit jeune de 20 ans. »

L’album est sorti au mois de mars, il est donc assez étonnant de n’en faire la promo que maintenant… Fabien s’en explique : « notre batteur est tombé malade à cette période. Il a eu un cancer de la peau et il a dû se soigner, de la chimio, des laser… Nous, avant d’être un groupe, on est une grosse famille. On a un peu levé le pied et on l’a laissé se soigner. Il va aujourd’hui beaucoup mieux, et on a décidé ensemble de reprendre la promo. »

WKH a intitulé cet album, composé de 11 titres brutaux et très teintés indus/electro agrémentés de quelques touches de death, No excuses, no remorses (ce qui fera sans doute sauter n’importe quel anglophone, Remorse étant généralement à la fois singulier et pluriel dans la langue de Shakespeare et ne prenant la marque du pluriel que pour exprimer divers type de remords. Fin de la leçon, penchons-nous plutôt sur le contenu musical). Comment Fabien décrit-il la musique de Working Klass Heroes ? « Je dis qu’il s’agit d’électro dance metal ! On s’est penché sur le côté electro parce que, dès le premier album, on avait un clavier/machiniste dès le premier album et on n’avait pas exploité toutes les capacités de l’electro. Nos influences font qu’on s’est dirigés dans cette voie. Nos influences ? Ça va de Mass Hysteria à Ministry, en passant par Crossfaith et Prodigy… » On pourrait aussi affilier WKH à ses compatriotes de 6/33, Herrschaft, Punish Yourself, Shâargot… « Oui, mais on a aussi ce côté un peu plus metal qu’on retrouve chez Mass Hysteria ou Sidilarsen. Maintenant, dans le groupe, on a tous des influences différentes, comme Red Hot Chili Peppers, le rock 70’s… on a mis nos influences en commun et ça a donné cet album, un disque plus festif que le précédent. Ce qu’on veut, c’est nous amuser ». S’amuser, oui, mais ça reste dans l’ensemble un disque violent avec quelques passages fédérateurs comme ces « oh oh oh », sur Holy diva qui cache un passage en français – ou celui qui sera obligatoirement bippé et censuré si l’album sort aux USA puisque Children of the porn débute avec un « Come on fuck me » provocateur. Reste que, au-delà de cette brutalité, les guitares sont incisives, la rythmique enlevée et beaucoup de passages sont assez hypnotiques comme une invitation à la transe, d’autres se faisant plus groovy comme sur the end is nigh.

Contrairement à ce que le nom du groupe évoque – les héros de la classe laborieuse – les textes n’abordent pas de sujets politique, mais plutôt des choses du quotidien, la fête et la vie. D’ailleurs, si Fabien devait ne retenir qu’un titre de cet album pour convaincre d’écouter cet album, il retiendrait « The queen of the dancefloor, justement parce que c’est la fête, un titre qui dit qu’on est là pour s’amuser, pour le partage ». Dans le même ordre d’idées, quelle pourrait être la devise de Working Klass Heroes ? « Comme je le dis toujours, ce serait « venez prendre de l’amour dans nos concerts » simplement ! ». Ah, ouais ? Mais il est brutal, l’amour là ! (il rit) « Oui, mais ce n’est que de l’amour, rien d’autre ! »

HIGHWAY: The journey

France, Hard rock (Autoproduction, 2022)

Le plus américain des groupes français de classic hard rock, j’ai nommé Highway, revient avec sa cinquième production, The journey. Un album volontairement étonnant car acoustique. Etonnant aussi car on aurait pu s’attendre à plus d’électricité de la part d’un groupe qui sort un album tous les… trop rarement. Mais voilà, Highway a cette classe qui fait les grands (qu’il na malheureusement toujours pas réussi à rejoindre). On trouve sur ce The journey des titres originaux – Like a rockstar et ses cuivres, One, super mélodique et plein de belles émotions, The journey – ainsi que des titres déjà présentés sur ses précédentes productions. Alors c’est vrai qu’avec les sudistes il faut s’armer de patience. IV, le précédent album date de 2017 (son prédécesseur de… 2011!) mais une nouvelle fois, l’attente en valait (largement et plus que cela!) la peine. Car tout ici fleure bon le travail soigné, sérieux et plus que pro. Les arrangements, les chœurs sont dignes de ce qui, dans le genre, se fait de mieux outre Atlantique. La voix de Ben Folch est toujours aussi profonde, superbement accompagnée par Morgane Cadre à la douceur bienveillante (écoutez ces canons sur One, si vous ne fondez pas, vous n’êtes pas humains!), la guitare de Ben Chambert reste simple et directe superbement accompagnée par la rythmique de son frère Romain à la batterie et de Sam Marshal à la basse. Le blues est aussi de sortie car on se refait pas. Highway revisite ses albums depuis Have a beer, son Ep de 2002, avec Motel in Alabama (qui évoque un certains Black velvet d’Alanah Myleset Have a beer ). In the circus of madness, ses accents hispanisant et clins d’oeil au flamenco vient lui de Goodbye money (2005), freedom (ah ces choeurs gospels et bluesy!) revisite le superbe United States of Rock n Roll (2011) tandis que Chemical trip représente le dernier en date, IV. L’album se termine sur le morceau titre, ballade à fleur de peau, superbe de bout en bout avec ses arrangements très cinématographiques. En nous proposant ce type de production, fun, plus que généreuse et sincère, Highway s’offre la possibilité de toucher un vaste public, amateur de rock, de grands espace, d’acoustique et de chansons ultra efficaces (en tout cas qui me touchent comme et là où il faut) et de bonne humeur constante, l’invitant à se plonger dans sa (trop courte) discographie passée qui mérite plus que d’être redécouverte. On ne peut qu’espérer que Highway trouve enfin un vaste public pour lui apporter cette fraicheur et cet enthousiasme communicatif qui reste l’apanage des grands. Allez, il est temps qu’une vraie bonne fée se penche sur ce groupe et le porte aux sommets! A quand de grandes scènes?

Tous les albums sont disponibles sur le site du groupe: http://www.highwayrocks.com/ ou directement sur le shop (https://www.highwayshop.kingeshop.com/Albums-CD-Vinyle-cbbaaaaaa.asp) alors faites vous plaisir en soutenant un des meilleurs groupes du genre made in chez nous!

NEAT: Neat

France, Metal Electro/Indus (Autoproduction, 2022)

Amis amateurs de sons électro et déjantés, une oreille portée sur ce premier album de Neat pourrait vous satisfaire. Au delà d’une pochette qui mêle graffiti et Matrix, le contenu est tout aussi furieux que varié. Il y a partout, tout au long des 12 titres proposés, un mélange de genres dans une fusion improbables. On y retrouve la folie d’un Faith No More qui fricoterait avec des musiciens de jazz progressif, la rage d’un chant de colère, des instants plus heavy ou simplement rock. Les guitares peuvent être aussi saturées qu’épurées, et toujours on retrouve ces sonorités indus et électro. Voici un premier album intriguant qui nécessite plusieurs écoutes pour bien se l’approprier. Un disque risqué, donc, qui ne s’adresse pas aux purs amateurs de metal mais bien aux amateurs de Shâargot, Punish Yourself, Herrschaft, Rob Zombie, Ministry et consorts. A découvrir.

MIND AFFECT: Deep marks

France, Rock (Autoproduction, 2022)

Mind Affect, trio parisien déboule avec son premier album, Deep Marks, et nous propose 11 titres d’un rock à la fois soft, aérien et obsédant. Si le groupe cherche avant tout à travailler les ambiances, sa musique peut parfois présenter des guitares énervées et des rythmes plus enlevés. Je retrouve l’influence de grands du genre, de U2 à the Police pour les plus anciens, Muse ou Coldplay pour les plus récents, toutes parfaitement ingérées et intégrées. S’ajoutent à cela un chant légèrement torturé, mélancolique, parfois doublé d’une douce voix féminine, et des sonorités électro qui apportent à l’ensemble une touche moderne, cinématique et spatiale tout en restant sobrement festif. Une jolie bande son de soirée entre potes, somme toute. Ce premier essai autoproduit et financé via Kisskissbankbank est une jolie carte de visite et une jolie promesse pour les amateurs du genre.

NOTHING BUT ECHOES: The sixth extinction

France, Metal (Autoproduction, 2022)

Un message apocalyptique… Only waste démarre calmement, dans un esprit très progressif et mélancolique. Il démarre plutôt bien, cet album de Nothing But Echoes. The sixth extinction, c’est son titre, nous offre, en plus d’une superbe illustration de couverture, 8 morceaux qui alternent entre passages aériens et tempi plus relevés. Le chant est à l’avenant, ici rassurant, là rageur et explosif. Bon, on passera sur l’anglais, de nouveau mal maitrisé – faudrait que je m’y habitue avec les groupes français, mais je ne peux pas… Le mix des voix s’avère assez efficace bien qu’aujourd’hui peu original. Alors penchons nous plus sur le contenu musical qui puise autant dans le rock progressif (plus de la moitié des titres dépasse les 6’30, allant même jusqu’à presque 11′!) que dans le metal rugueux sinon core. Les constructions souvent alambiquées interpellent et étonnent pour un résultat dans l’ensemble réussi. Certains moments sont tribaux, martiaux même, d’autres évoquent la SF de 2001, l’Odyssée de l’espace, c’est dire la palette de couleurs de ce disque qui pourrait séduire un public assez large. A découvrir et à suivre.