JUNON: The shadows lengthen

France, Metal rugueux (Ep – Autoproduction, 2021)

Nouveau venu sur la scène du metal rugueux, Junon? Que nenni! Car le quintette est né des cendres d’un General Lee dont le post hardcore avait été suffisamment exploré. Revenant sous le nom de la déesse protectrice de la Rome antique, Junon propose un metal rugueux au chant aussi torturé que mélodique, aussi puissant que mélancolique. Au travers de The shadows lengthen, un Ep 4 titres – dont Carcosa qui a déjà été publié sous forme de single fin 2021 – le groupe explore une variétés d’horizons musicaux, alternant entre fureur explosive, guitares incisives, rythmiques en béton tout en proposant des moments plus calmes. Junon ne cherche jamais à réinventer le style, simplement il l’interprète avec force et conviction. Une carte de visite rageuse et efficace.

BURNT UNMBER: Petroleum

France, Rock (autoproduction, 2021)

C’est en 2018 que naît Burnt Umber. Après avoir consolidé le groupe, ses deux fondateurs, la chanteuse Abby et la batteur J-War, s’attaquent à la réalisation de ce Petroleum, un premier album aux sonorités variées. Puisant dans un rock énergique, saccadé voire même parfois syncopé, les guitares proposent des plans aussi saturés qu’aériens. La tessiture de la voix d’Abby lui permet de couvrir une large palette d’émotions, de la puissance à la douceur – même si, vous me connaissez, l’anglais reste encore à travailler, plus dans l’articulation (pas toujours compréhensible sur les moments les plus durs) que dans l’accent d’ailleurs… Les titres – dont une reprise de Calling you, popularisée par le succès du film Bagdad café, qui interpelle par ses aspects autant respectueux qu’explorateurs de l’original – proposent une palette rock riche et diversifiée. Un ensemble qui interpelle, attire l’oreille et fait taper du pied. Mais, car il y en a un, malgré toute la bonne volonté et la qualité indéniable des compostions et de l’interprétation, il manque cette étincelle qui me ferait vibrer vraiment, ce petit truc qui viendrait me chercher pour ne plus me lâcher. Attention: c’est bien foutu et bien écrit, seulement, il manque ce quelque chose qui fait qu’un groupe se distingue. Travailler avec un producteur pourrait sans doute, à l’avenir, permettre à Burnt Umber de trouver sa véritable identité, sonore sinon musicale.

HORSKH: Wire

France, Metal électro (autoproduction, 2021)

Ça s’appelle Wire, et ça porte bien son nom… les Français de Horskh on décidé de prendre la place d’un Daft Punk qui vient d’annoncer sa séparation. Oui, non, en fait… Wire est sorti avant cette annonce mais vient chasser sur le terrain de jeu des mecs casqués, en violent. Beaucoup plus violent. Les rythmes hypnotiques feront entrer n’importe quel amateur du genre dans une transe qui détachera son âme des réalités terrestres. Non, qui arrachera son âme. Brutal, électro les 12 titres nous entraînent au milieu d’une foule dansant sous les flashes stroboscopiques, de lumières agressives. Et les inspirations metal, là dedans? Ben, j’ai du mal à les trouver tant l’electro domine le sujet. C’est bien foutu, puissant, dansant sans doute aussi pour certains, mais ça s’adresse à un public amateur et avisé. Si ce n’est pas ma came, d’autres y trouveront sans aucun doute possible un défouloir à leur mesure.

Kiko LOUREIRO: Open source

Metal instrumental, Brésil (Autoproduction, 2020)

Malgré son intégration remarquable et remarqué au sein d’un Megadeth en pleine forme (Dystopia a fait l’unanimité), Kiko Loureiro, l’ancien guitariste d’Angra a trouvé le temps de composer et produire (via une campagne de crowdfunding version éclair) un nouvel album instrumental. Je me livre ici à une séance de rattrapage, l’album étant sorti au mois de juillet dernier. Le guitariste se livre ici à un exercice d’un nouveau genre, puisque, comme le titre – Open source – l’indique, il compte sur la communauté métal et ou musicienne pour améliorer son oeuvre qu’il a mis à disposition du public sur le net. Onze titres qui résultent d’un travail d’orfèvre, et démontrent, si besoin était, la classe du musicien. De Overflow à Du monde (un clin d’oeil à la France?), la finesse de ses errances sur le manche ont de quoi dégoûter les guitaristes en herbe. Cependant, malgré tout, Loureiro parvient à ne jamais tomber dans le piège de la démonstration pure et dure. Loin de la technique et de la frime, la mélodie reste le maître mot de cette oeuvre riche et complète que chacun aura plaisir à découvrir encore et encore. Allez voir sur le net ce que certains morceaux sont devenus, fruits des ajouts de fans… Et même sans ces ajouts, cet album est une merveille du genre. Quand, en plus, sans rien avoir demandé, tu reçois cet album signé de la main du maître…

SNAP BORDER: Icons

France, Metal (Autoproduction, 2021)

Avec son album paru en 2016, Snap Border m’avait agréablement surpris. Depuis, silence radio jusqu’à l’arrivée de ce rappel: Icons, un Ep 5 titres forgé entre metal moderne et traditionnel. La recherche du refrain qui fait tilt est constante, les guitares, rugueuse, ne sont jamais trop agressives. Le rythme enlevé et varié et le chant qui mixe mélodie et rage. Dancing with the sharks, qui ouvre ce disque, semble en tout point être un message destiné à la profession. Newsfeed icons propose des sonorités très actuelles et variées – on passe de la syncope à la douceur avant reprise de vitesse. Ok, mais une question surgit: je retiens quoi? Les Nancéens semblent ne pas trouver le truc qui les feraient se lâcher vraiment, se distinguer d’une scène parfois trop répétitive et entendue. Il manque ce je ne sais quoi qui fait la différence… Puis, l’intro de Evil-tions vient répondre à la question avec son intro légère et aérienne, on tient quelque chose. Le titre monte en puissance sans jamais vraiment lâcher la bride. La puissance contenue est tout en retenu apportant un vrai plus à l’ensemble. Losing side reprend de la puissance avec une rythmique enlevée et entraînante qui ne peut laisser de marbre, avant que Endscape ne viennent clore le disque avec ses airs faciles à chanter – hurlement mis à part – et ses guitares nerveuses et efficaices. Alors

STUBORA: Vision obscure

France, Heavy metal (auto production, 2020)

A peine un an après avoir publié son dernier album, Horizon noir, les Français de Stubora reviennent avec un EP, Vision obscure. Reprenant les codes visuels du précédent méfait (un triangle équilatéral dont, dixit Cyril, chant et guitare, avec qui Metal Eyes s’est entretenu le 15 décembre dernier, « chaque côté représente un membre du groupe, chacun ayant la même importance que les deux autres. Chacun a son rôle, mais chacun a le même poids dans chacune des décision du groupe » et un fond sombre), ce 6 titres n’était au départ pas prévu aussi vite. « En novembre 2019, on pensait avoir du temps devant nous pour tourner et assurer la promo de Horizon noir. On a mis en place le set, le matos… on avait tout prévu, et là est arrivé le virus. Et ça fout tout en l’air. on se rend compte que les concerts ne vont pas reprendre (…) On s’est dit qu’il fallait qu’on reste actifs pour continuer de faire vivre cet album sur lequel on avait travaillé 2 ans. On a décidé de faire cet Ep, dans la continuité de l’album, comme une extension de l’album.Faire quelque chose pour continuer d’être présents« . Le titre lui même, Vision obscure, se veut dans la continuité de l’album, mais il a aussi été inspiré par la crise sanitaire. « Horizon noir, à l’époque, reflétait le futur qu’on envisageait, mais on était loin d’imaginer la situation à venir. Avec le confinement et tous les problèmes sanitaires, ce n’est plus l’horizon qui est noir, c’est le présent! » Musicalement, Stubora reste fidèle à lui même: du heavy mélodique mixé au rock et au thrash, deux chanteurs – Cyril et Mick – aux styles différents et complémentaires. Les 5 titres – plus une reprise – transpirent de cette « envie et de l’énergie » dont Cyril fait part, même s’il « n’y avait rien de prévu ou de déterminé avec cet Ep. »Pour autant, Stubora, bien que trio, n’a pas eu l’opportunité de se réunir pour l’enregistrement: « On habite à 2 ou 300 km les uns des autres, on a commencé à travailler à distance. On avait commencé pendant le confinement et, heureusement, les réseaux sociaux nous aident à vraiment travailler à distance! » Chacun a pu enregistrer dans son home-studio, ce qui a permis de développer de nouveaux modes de travail. « Quand ils ont commencé à annoncer la 2ème vague (…), on a mis en place tout un processus de production (…) On se retrouve vraiment bien dans ce qu’on voulait faire, et le seul challenge, ça a été de condenser tout ça en 4 mois« , le temps que s’est assigné Stubora pour réaliser cet Ep. Le trio a également décidé de reprendre Cerveau limité, un de ses propres titres qui figurait sur l’album précédent. Pourquoi ce choix? « On ne voulait pas d’un Ep avec un ou deux titres… Pendant le confinement, Mick avait repris Soleil noir en acoustique, et on s’est dit qu’on pouvait en effet faire une ou deux reprises. Mais de manière différentes. J’ai proposé de faire un remix de Cerveau limité, qui est un des titres forts de l’album, et de lui donner une autre couleur, laisser plus de place à des choses qui attirent peut être un peu moins l’oreille« . Mais il y a également des nouveautés qui marquent une évolution: « Atta, 451,  qui a un texte historique, ce qu’on n’avait jamais fait, un remix, nouveau aussi. » Tout en restant dans son univers, Stubora a en effet réussi à avancer et se réinventer quelque peu. Difficile cependant de ne retenir qu’un titre pour expliquer ce qu’est Stubora aujourd’hui… « Tu ne peux pas résumer Stubora à un seul titre, il en faut au minimum 2. Le coté un peu plus thrash de Atta 451 et celui un peu plus rock, heavy qu’il ya sur Vision« . A bien y réfléchir, c’est logique, chacun des chanteurs ayant un style différent, il faut bien que chacun soit représenté. Concluons donc avec la traditionnelle question: quelle serait la devise du groupe? « Ah! Ce serait « Ne lâche rien », parce que le groupe existe depuis 1996, a sorti son premeir album en 1998. En 2020, on est toujours là. On n’est pas un groupe international, mais on ne lâche rien et on est toujours là. Quand on commence, on ne se rend pas compte de tout ce qu’il faut faire, de tous les efforts pour rester. La passion qui nous tient, donc il faut se donner, et s’adapter – on le voit bien en ce moment! On a toujours le même état d’esprit depuis l’album Résurrection,en 2015« 

SANCTUARY: Resilience

France, Black/Death (Autoproduction, 2020)

Formé en région parisienne, Sanctuary propose un premier Ep en 2016, suivi d’un premier album en 2018. Remarqué sur la scène black, le trio puise son inspiration chez Behemoth, Anorexa Nervosa Immortal ou le Opeth des débuts. Ses compositions, variées, aux sonorités symphoniques, tapent fort, et varient les tempi tout au long du nouvel album, Resilience. C’est la force de Sanctuary, mais voilà… Ceux qui me connaissent le savent, je n’aime pas ce type de « chant ». Si musicalement, je ne peux que reconnaître l’efficacité des compositions, puissantes, sombres et diversifiées, je n’arrive pas à trouver du plaisir. Musicalement intéressant, avec des intros et des ponts souvent calmes, légers et aériens, parfois inquiétantes, à d’autres moment feutrées comme dans un club de jazz, mais qui cachent un océan de noirceur explosive vocalement ça me repousse… Et puis ce logo aux extrémités quelque peu discutables, un S et un Y dont la forme rappelle autre chose, une politique nauséabonde… Provoc’ ou idéal? Vraiment pas pour moi… Je laisse ma place aux amateurs du genre.

BULLRUN: Wilderness

France, Hard rock (Autoproduction, 2020)

Découverts en 2017 avec un premier Ep – Dark amber – efficace et varié, les Français de Bullrun reviennent enfin avec un nouveau méfait, Wilderness, un autre EP au propos plus heavy. Au travers de ces 6 nouveaux titres, le trio confirme son potentiel tout en affirmant son identité sonore et son orientation musicale. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons dû patienter trois ans, le groupe explorant les sonorités et se cherchant, mais semblant désormais s’être trouvé. Le résultat est un Ep plus compact et cohérent, plus foncièrement heavy, rugueux et rentre dedans. Downtown met les choses au clair dès le départ: on n’est pas loin des relents de bières et de clopes qui pouvaient définir un Motörhead des 80’s. Wilderness, saccadé et furieux évoque plus Maiden ou Metallica tandis que Fire and hate – objet d’un premier clip chiadé et superbement mis en scène – achève de rompre des nuques. Redemption day se démarque quelque peu avec une intro un peu southern rock, le heavy se réimposant avec Roll your dice et Dust and sand. Avec Wilderness, non seulement Bullrun fait preuve de maturité mais donne l’impression de vouloir explorer le monde. Et le potentiel est là: une voix profonde, puissante et rageuse, un anglais parfaitement maîtrisé, véritable atout, une mise en son exemplaire, une envie de partage, des ambiances très US assumées. A quand la scène et un album complet???

JIRFIYA: Still waiting

France, Metal (autoproduction, 2020)

Il y a à peine un an, Jirfiya m’avait agréablement surpris avec son premier Ep. Il y a un an à peine… Rares sont ceux qui s’activent autant pour proposer de nouveaux albums – mini, ou Ep… -alors commençons par saluer l’effort que représente ce Still waiting mal nommé (ben ouais, on n’aura pas attendu longtemps…) 6 titres plus 2 bonus composent ce nouveau méfait qui puise confirme les orientations musicales du combo: un mix de metal extrême rageur et enlevé (Silently) qui introduit les différents éléments de l’identité musicale du groupe (un chant masculin rageur doublé d’une douceur vocale féminine, des sonorités variées et inspirées, des constructions efficaces), de prog (The right side of the border), de hard core proche metal core (The farewell), de rock pur jus (This is my life) ou de moments plus sensibles, proches de la ballade (The hill of shame), voire même pop (House of poison et son entrée a capella). Le mix de chant rugueux et doux – masculin et féminin – fait toujours sont effet et les apports orientaux des guitares font mouche à tous les coups. Les textes semblent aborder des thèmes d’actualité aussi brulants que les migrants et l’injustice sociale. Incontestablement, en tout cas, c’est le mal qu’on lui souhaite, Jirfiya, avec son metal varié, puissant et aérien, une production et un artwork soignés, se positionne dans les challengers de la scène française à suivre.

FURIES: Fortune’s gate

France, Heavy metal (Autoproduction, 2020)

Depuis le temps que Furies tourne, il arrive enfin, ce premier album, Fortune’s gate! Passé du quintette au quatuor 100% féminin à l’esprit glam à quatuor mixte a permis à Furies de se forger une belle identité musicale et sonore. Et que de chemin parcouru! Depuis ses débuts, le groupe n’a eu de cesse de se démarquer en proposant des actions originales: premier CD gracieusement offert, passage sur France Inter pour un hommage à Dalida, enregistrement et distribution d’une cassette… Bref, comment se démarquer en se faisant toujours plaisir? Car c’est bien le maitre mot, ici. Fana des 80’s et de tout le metal de cette époque – tout le metal, anglo-saxon ou français – Furies transmet sa passion au travers de 10 titres aussi puissant qu’entraînants. Franchement? Fortune’s gate sent bon les années 80, les transpire même de tous ses pores. La puissance de ce metal racé passe partout, emporte l’auditeur dans ce maelstrom de décibels et de mélodies bien ficelées, celle qui entrent dans la tête. La voix haut perchée de Lynda fait parfaitement l’affaire. Mais loin de se cantonner à une redite de cette époque que les musiciens ont à peine touchée du doigt, Furies modernise le propos en variant ses inspirations musicale. Alors, oui, on est séduit, d’autant plsu que les gros écueils qui décrédibilisaient alors le metal « made in France » sont évités: 1/ Lynda maîtrise parfaitement la langue anglaise (un seul morceau – Antidote – est interprété en français –  et 2/ la production est plus que soignée. Comme d’autres avant lui, Furies tente de raviver cette époque bénie avec un album riche et puissant. Comment ne pas succomber à You & I  et ses inspirations orientales, Voodoo chains ou Prince of the middle east? Un futur grand est né? Cela ne dépend que du soutien que le public pourra apporter à Furies. Cocorico!