CYLEW: Mot3l

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Cylew fait partie de ces groupes qui apportent une véritable crédibilité au rock français chanté en anglais, trop souvent décrié chez nos voisins anglo-saxons en premier lieu. Tout est pensé pour faire mouche. Le titre de cet album: Mot3l. Avec un 3 en guise de E comme « 3ème album » ou « 3 membres du groupe ». Cylew a déjà publié deux albums, Not so sleeping not so beauty en 2008 et Black lace prophecy en 2012. Mot3l nous offre une variété de tons, entre rock déterminé et balade romantique, avec quelques escapades du côté de la cold wave, de la soul et du rock US version LA. Rien que de très normal quand on sait que la chanteuse franco américaine, Lady Cylew, a grandi dans la cité des anges. Ce qui explique aussi cette diction anglaise sans reproche. La simplicité reste maitresse de l’oeuvre, et, comme tout acte simple, ce qui en ressort, c’est l’efficacité, le plaisir de donner et d’écouter. C’est tendre, rock, lumineux, envoûtant. Bref, on le (je me) laisse tomber sous le charme de ces instant sobres (Western sky, Sun), soul (Like a flare), simples et moqueurs (Take it all) qui égrainent cet album tout en finesse et détermination suave et veloutée.

Convaincus? Alors, pour ceux qui le pourront, rendez vous au Dr Feelgood des Halles (rue Quincampoix, à Paris) pour la realease party qui se tiendra le 15 décembre.

STONE OF A BITCH

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Oh, les gars, heureusement que musicalement Stone of a Bitch m’interpelle parce que le chant anglais en ferait rire plus d’un! Non, sérieusement: si on vise l’international (c’est bien pour ça qu’un groupe français chante en anglais, non?), autant se donner les moyens de ne pas se faire lapider sur la maîtrise de la langue de Shakespeare, je pense… D’autant plus que la voix de Chris Go est plus que sympathique. Cela dit, les 10 titres de ce premier album éponyme sont taillés dans un rock direct, teinté de punk, parfois un brin mélancolique. Romantisme quant tu nous tiens… Ajoutez à cela une belle dose de groove et d’impertinence, une variété de rythmes et vous aurez une petite idée de ce que vise SOAB. On notera également un livret sobre regorgeant de jolies illustrations. Un effort, et ça le fait.

Z: No loose behaviour

Hard rock, Belgique (Autoproduction, 2017)

Allez savoir pourquoi, mais Z se prononce Z-Band… Après, on va se demander pour quelle raison nos voisins belges font l’objet de moqueries… N’empêche, Z vaut le détour: le hard rock proposé par les 4 sur No loose behaviour est plein de ce feeling et de ce groove qui sont la marque des grands. Pas de chichi, la formation ne cherche qu’à faire bouger les popotins et agiter les nuques en cadences. Si l’anglais de Mr Woody au chant n’est pas toujours aisément compréhensible, ses montées dans les aigus et sa puissance font plaisir à entendre. Et là encore, le gaillard n’en fait jamais trop. Hard rock, stoner, empreint de cette efficacité 70’s, ce premier album fait mouche. Le son est gras à souhait, les mélodies entêtantes, et l’esprit est généralement old school sans être nostalgique. Z aime le bon gros rock, ça s’entend et ça décrasse. Les mecs ont la frite. Et celle-là, même si on la leur a fait 1000 fois le coup, je ne peux la laisser passer.

site web: www.z-bandofficial.com 

DREAMCATCHER: Blood on the snow

Heavy metal, France (Autoproduction, 2017)

Si vous aviez accroché à Emerging from the shadows, le premier album du groupe paru en 2012, vous avez sans doute cru Dreamcatcher disparu depuis belle lurette… Sauf que Chris Garrel, son chanteur, fondateur et unique membre d’origine a plutôt la passion chevillée au corps. La passion du metal en général (et de Maiden en particulier) et de son groupe, son bébé. Et s’il a pris son temps pour écrire et composer, avec la participation de Geoffroy Lacarrière, ce second album, Blood on the snow, c’est pour y mettre tout ce qu’il avait en lui. Si Blood on the snow, le morceau titre, traite d’un des massacres subis, au même titre que Dreamcatcher qui clôt le disque, par les indiens d’Amérique, les thèmes des chansons sont variés. On passe ainsi d’histoires vraie à d’autres inspirées par l’univers fantastique (The Werewolf, Curse of the vampires..) ou d’actualité (Mother earth, dont on regrettera seulement quelques paroles trop faciles et qui est également lié aux indiens d’Amérique) sur fond musical déterminé et puissant. Bien sûr, on retrouve des traces des géants du genre, Iron Maiden (un peu partout) ou Scorpions (Curse of the vampires), voire Metallica/Slayer, mais Dreamcatcher s’efforce d’ajouter sa propre touche, mélangeant heavy pur jus, parfois limite thrash, et prog. Ainsi, les ambiances inquiétantes sur le pont de The werewolf – et son chant black en fond – ou les cavalcades guitaristiques de Dark is my soul sont particulièrement réussies. Le mix final d’Alex Wursthorn est, comme à son habitude, efficace. Dreamcatcher doit maintenant passer à la vitesse supérieure en s’attaquant sérieusement à la scène. Mais ça, c’est une autre histoire…

STOLEN MEMORIES: Paradox

Progressif, France (Autoproduction, 2017)

Ils en ont perdu deux en cours de route… Stolen Memories, pour son troisième opus, se fait trio. Évoluant toujours dans un heavy progressif, les Français nous proposent avec Paradox 10 titres réfléchis et ambiancés. Si le rythme est souvent enlevé, si les influences jazzy et manouches sont aussi présentes que le rock, si l’ensemble se laisse aisément écouter, Stolen Memories (zavez remarqué les initiales? SM…) s’éparpille quelque peu en voulant explorer divers espaces et horizons musicaux. Baptiste Brun connait parfaitement son propos guitaristique, et le démontre avec aisance et brio. Et si le prog s’adresse souvent à une « élite » musicienne, les sonorités ici concoctées sont d’une approche généralement facile. ce qui rend, en revanche, certains passages plus difficiles, c’est l’accumulation de pistes rendant le sujet complexe. Stolen Memories nous tricote des chansons qui nécessitent souvent plus d’une écoute avant que l’on puisse véritablement se les approprier. Pas toujours facile, ce Paradox aime à jouer avec les couleurs et les sons, ambiances et rythmes. Interview à suivre.

MOLY BARON

Heavy rock, France/Irlande (Autoproduction, 2017)

Me voilà dans l’embarras, car voici pile le type d’album pour lequel je ne sais par où commencer. A chaque écoute je craque un peu plus, à chaque fois, je me dis « mince, ça me rappelle… Ah! quoi??? » Étonnamment, le seul groupe que j’ai mentionné sont les Espagnols de Heroes del Silencio… C’est sans aucun doute une des grandes forces de ce premier album: avoir su transformer d’évidentes influences en personnalité propre. Formé par le guitariste Gary Kelly, Irlandais depuis des années installé à Paris qui s’est entouré de jeunes musiciens français, Moly Baron propose un rock heavy, dont les racines sont ancrées dans le metal autant que dans le rock des années 80 ou le grunge des 90’s. Superbement produit, par Gary himself, cet album propose 10 chansons enlevées et envoûtantes qui entraînent l’auditeur dans un univers à la fois familier et nouveau, aussi lumineux souvent que parfois sombre. Les thèmes abordés sont inspirés de l’actualité (le très judicieux Fear is a better business than love ou The apocalypse shop) ou se font plus personnels (Dance, et ses rythmes de boites de nuit, Let’s die together). La rage est toujours présente et monte en puissance au grès des morceaux, tels Incognito. Une superbe réussite, un groupe à suivre de très, très près dont vous découvrirez les secrets dans une prochaine interview.

DRAKKAR: Diabolical empathy

Heavy metal, Belgique (Autoproduction, 2017)

On les a (re)découverts en début d’année, lors de leur explosive prestation au PMFF. Les Belges de Drakkar reviennent aujourd’hui avec Diabolical empathy, un album forgé dans le plus traditionnel metal, celui qui les a vus grandir au cours des années 80 (Drakkar s’est formé en 1983 et a depuis publié, en dépit d’une longue pause, 5 albums avant celui-ci). Puissant, racé, efficace, cet album, introduit par une belle minute tribale, déboule comme une claque. Si l’on peut évoquer l’influence d’Accept, les Belges cherchent cependant ailleurs leur identité. Ainsi, les breaks et rythmes de The wiches dance s’apparentent plus au folk celtique énervé, Plague or cholera flirtant avec le thrash, avant que le groupe ne file vers la heavy ballad Stay with me, en duo avec Julie Colin d’Ethernity. On remarquera également la présence sur plusieurs morceaux de Filip Lemmens, chanteur de FireForce (qu’on a également retrouvé au PMFF…) Et tout est à l’avenant, n’offrant ni répit ni ennui. Je n’ai qu’un regret, c’est l’absence des paroles, car au regard des sources d’inspiration, il y a de la matière (Dante, Michel Ange, Gustave Doré – pas Julien, hein…) L’ensemble est compact, doté d’une production efficace qui fait honneur au chant rageur et puissant, aux guitares acérées et à une rythmique en béton armé. Trois ans après un remarqué Once upon a time… in hell, ce Diabolical empathy a tout pour asseoir Drakkar et confirmer un retour gagnant. Headbang!

STÖMB: Duality

Metal (semi) instrumental, France (Autoproduction, 2017)

Difficile travail que celui de l’instrumental. Il faut réussir à capter l’auditeur en ne répétant pas ce que d’autres font déjà très bien. Depuis sa création en 2012, c’est le travail auquel s’est attelé le quatuor parisien de Stömb, déjà auteur d’un Ep (Fragments en 2014) et d’un album (The grey en 2016). Duality, dès son ouverture The dark admirer, cherche à nous entraîner dans un univers aérien et planant qui se fait, au fil des morceaux, plus lourd et oppressant, tout du moins sur la première moitié, triptyque qui monte en puissance. Étiqueté instrumental, Stömb inclut pourtant des textes, dont l’incompréhensible et cependant bien nommé A voice in my head, ainsi que The other me adapté d’un poème de Khalid El Morabethi. Stömb parvient, grâce au format Ep, à séduire en ne lassant pas. Un voyage envoûtant.

DEMENTIA: Persona

Metal, France (Autoproduction, 2017)

Introduit par Blur – rien à voir avec le groupe – une sorte de complainte mélancolique, Persona prend tout son envol dès le bien nommé Speedball. Francis Caste, magicien des manettes, gourou de la prod hexagonale, est, encore une fouis parvenu à obtenir le meilleur des musiciens de Dementia, qui restent cependant producteurs de leur projet. Enregistrés aux studios sainte Marthe entre mars et avril de cette année, les 14 titres chantés dans un anglais très honorable et avec une rage salutaire, font la part belle à l’énergie, la puissance d’exécution et la mélodie. Persona est un album qui sonne résolument moderne, qui puise cependant dans l’histoire du metal, du hard rock et du prog; c’est ce qui fait la force de ce disque, une belle introduction à l’univers sonore de Dementia, pas si dément que ça! Une alliance savamment orchestrée, une exploration de sons et d’horizons variés qui se laisse écouter sans sourciller.

HOWLIN’ MACHINES: Fever

Hard rock, France (Autoproduction, 2017)

Qui peut nier que la scène hexagonale est active? De plus en plus de (bons) musiciens s’adonnant au plaisir de former un groupe, il n’est guère étonnant de trouver au milieu de cette foultitude innombrable de petites pépites prenant la forme de jolies promesses. Originaire du sud de Paris, de Villeneuve Saint George dont on évitera la confusion avec le fameux nuit du même saint, Howlin’ Machines est le fruit de la réunion en 2015 de copains de lycées; deux années de travail plus tard, le groupe nous offre ce premier Ep. Des jeunots, donc, et ça donne quoi? Bien que jeune, ça sent l’amour des anciens, AC/DC première période et le hard rock naissant en tête, un soupçon de blues, du Stooges d’Iggy Pop ou  du Motörhead aussi. Le son  de Fever, leur premier Ep (avec 7 titres, on pourrait parler d’album, non?) est oldie, volontairement, les guitares saturées et le riff simple et direct – certains appelleraient ça du stoner…. Howlin’ Machines ne s’encombre pas de fioriture et reste terre à terre. Dans le bon sens du terme, car le trio n’en fait jamais trop, tout au long des 7 titres qu’il nous propose (un petit travail sur l’anglais, correct mais pas au top, sera cependant à envisager.) C’est simplement chantant et entraînant. En concert, ça doit être  genre brut de décoffrage, super efficace!