BLACK MAMBA: Heritage

Rock, Italie (Autoproduction, 2017)

Paru fin 2017, Heritage, premier album de Black Mamba aurait pu passer inaperçu ne serait-ce cette pochette qui, forcément, retient l’attention, et les origines du combo. La pochette, tout d’abord… On pourrait croire avoir à faire à un groupe de midinettes japonaises accros à l’univers manga. Ben, non, même si tout l’artwork évoque cet univers… On est au contraire confronté à un trio italien, originaire de Viterbo pour ceux qui connaissent (pour les autres, c’est au centre de l’Italie). Forcément, on pense à Klogr, mais la réalité est ailleurs: composé de Irma Mirtilla à la guitare et au chant, Cecilia Nappo à la basse et Frederico Maragoni à la batterie, Black Mamba a du mordant, si ce n’est celui, mortel, du serpent à qui le groupe s’identifie. L’univers du trio s’inspire autant de la pop et du funk – les rythmes dansants, la basse groovy et slappée y sont pour beaucoup – que du rock progressif et/ou enervé. Les guitares évoquent souvent celles d’Alex Lifeson (Rush), et lorgnent aussi du côté des Foo Fighters et, mix de cet ensemble, des Red Hot Chilli Peppers. Le chant d’Irma est puissant, varié, son timbre au trémolo unique emporte l’auditeur dans ses errances et douceurs, et les guitares de Cecilia sont tranchantes, à la fois aériennes et déterminées. Impossible de rester de marbre, chacun, amateur de prog, de groove ou de metal, y trouvera son compte. Une jolie découverte à suivre.

CRUSKIN: Time to rise

Rock/Pop, France (Autoproduction, 2018)

Etrange, ce Cruskin. Formé en 2009 par la chanteuse / guitariste / pianiste Sabrina, le bassiste Mike et Samuel, le batteur, le trio se distingue en explorant divers horizons, à la fois rock et électro. Les forts accents pop de ce Time to rise, troisième album du combo évoquent la new wave et, naturellement, l’univers des musiques électro. A priori, ça colle pas dans ce webzine… Mais voilà, la corne de brume du morceau titre qui ouvre ce disque est suffisamment lourde pour m’intriguer. En plus, c’est bien produit, bien foutu dans l’ensemble, chanté dans un anglais enfin compréhensible et surtout, le rock n’est jamais très loin… Ok, I found you est trop « boite de nuit » pour que j’accroche, tout comme Burning away. Cependant, ce dernier visite des sonorités plus rock et énervées, variant les rythmes, rendant l’ensemble intéressant. Je m’arrête en revanche sur ce No regrets aux furieuses guitares, presque punk, ou The runner qui m’évoque le Blondie des 80’s. En revanche, les boites à rythme de Let me see your love me font fuir, tandis que Frozen puise dans le pop rock chantant et entraînant. Bref, Cruskin se fait plaisir en jouant ce qui lui plait, et, au passage, ratisse large. Pas révolutionnaire, mais digne d’intérêt car ce disque s’adresse, sinon aux amateurs de metal, autant aux amateurs de musiques électroniques que de rock.

ANTAGONISM: Thrashocalypse

Thrash, France (Ep, autoproduction, 2018)

« Old school but new school », me disait Biff Byford au sujet de sa définition de la musique actuelle de Saxon. Dès les premières mesures de LxOxT, titre d’ouverture de Thrashocalypse, premier Ep 6 titres de Antagonism, c’est ce que je me dis : la fureur d’un Metallica, la rage d’un Slayer, la syncope des guitares d’un Anthrax, le tout doté d’un son résolument gras et moderne. Les petits ont bien appris leur leçon et peuvent espérer prendre la place qu’Hemoragy a laissée vacante depuis quelques années. Le groupe nous arrive de Toulon, formé en  par le batteur Raphaël Gloaguen et le chanteur guitariste Dylan Hunger, bientôt rejoints par Félix Cleyet-Marel  et Kevin Colin, respectivement à la guitare et la basse. Déterminé, rugueux et rageur, cet Ep aborde avec brio des thèmes chers au genre, dont la guerre (Burning in Syria, d’une cruelle actualité) pou la politique (49.3). Fidèle à ses influences, Antagonism propose également une reprise de Havok (Point of no return) qui vient brillamment conclure ce premier essai au chant rugueux (un petit effort sur l’accent serait bienvenu) qui ne demande qu’à être transformé.

FURIAPOLIS: Déesses

Rock, France (Autoproduction, 2018)

Démarrant sur des intonations folk teintées d’électro, Déesses s’oriente rapidement vers un rock pop, simple et direct. Le livret cite John Lennon qui disait, simplement et il y a quelques décennies que « le rock français c’est comme le bon vin anglais ». Furiapolis décide donc de relever le défi, bien que les époques ne soient plus du tout les mêmes. Donc? Emigrate, chanté principalement en français, évoque la scène nationale des années contemporaines et des 90’s. Et même si le propos peut se vouloir rebelle (« vivre comme un juif en Palestine », ça risque d’en faire réagir certains…), l’ensemble reste simplement entraînant, chantant et dansant. Ici et ailleurs possède ce refrain que le public chantera avec plaisir, au même titre que Le bruit des anges, et bien d’autres où les « na na na » sont en nombre. Déesses séduira les amateurs de rock français, version années 80 avec quelques traces de The Police, le tout mélangé à quelques guitares énervées plus modernes qui évoquent, par exemple,Nickelback. Bien que l’ensemble reste loin de réinventer le genre, Déesses recèle quelques agréables surprises et se révèle aussi plein d’un humour léger, comme ce 007 qui retrace, en anglais, la vie de James Bond en reprenant les titres des films (je n’ai pas entendu Moonraker, sont-ils tous cités?) ou ce SNCT qui dévoile l’addiction du groupe au chocolat (faut oser, quand même « I love Swiss and chocolate »!). John Lennon, sans être aussi extrême, arbore sans doute encore un sourire en coin, mais certainement moins prononcé.

THE WIGGAR OVERDOSE: 4’22 with Faye Reagan

Fusion, France (2018, Autoproduction)

Rappelez-vous: début décembre, je vous disais tout le bien que je pensais de The Wiggar Overdose, groupe de rap metal évadé de New York sous Bois qui nous présentait son premier Ep, Bwesh (cf. http://metal-eyes.com/the-wiggar-overdose-bwesh). Et maintenant, qu’est-ce-que-voici-qui déboule? Tout simplement un premier album qui risque de faire du bruit. 17 titres, dont ce 4’22 with Faye Reagan dont on se demande (à peine) de quoi il traite… Bon, ils sont rapides, les gars, pas de temps à perdre! 4’22, une affaire expédiée version banlieue pas rose et morose… L’extrait ci-dessous, de l’album NYSB rapcore club, vous donnera une belle idée du feu rap metal qui anime ce groupe dont vous pourrez découvrir la suite avec le fun Captain Caste dès lundi 29 janvier prochain grâce aux amis du Rock à Kiki et Ultrarock. Ben ouais, on a décidé de se mettre à plusieurs sur ce coup là (oh, je vous arrête: ce « coup-là », c’est pas Faye Reagan, c’est le groupe, hein… On est d’accord? Même si forcément on imagine que « le » Kiki aurait bien dit 2 ou 3 mots à Faye… Perso, j’aurai préféré l’autre Faye. Dunaway, version Bonnie. Chacun son truc, et c’est le leur…).

Je vous invite donc à prendre rendez-vous régulièrement sur nos différents médias pour tout connaître de The Wiggar Overdose en commençant par ce trailer au son explicite.

HELLZEIMER: Not my wars

Thrash, France (Autoptoduction, 2017)

Voici une surprise à la fois agréable et rugueuse. Hellzeimer, formé dans la région nantaise en 2009, pioche son inspiration musicale dans le gros heavy mélodique des années 80, avec quelques escapades du côté du neo thrash brutal des 90’s et du death mélodique. C’est franc du collier, direct et sans concession. Les riffs de plombs alimentent une rythmique hypnotique qui entraine l’auditeur dans les méandres de ce Not my wars. Alors, OK, le vocaliste hurle sa rage, mais on n’est à des années lumières d’un quelconque death metal. A plus d’une reprise cet album me surprend et me fait taper du pied. Les 9 titres filent à vive allure, et honorent chacun le titre de ce disque. Du morceau titre – une intro qui évoque presque Queensrÿche – au final Between, pas une seconde de répit n’est offerte. Douceur, finesse, passez votre chemin! Il n’est guère d’espace pour autre chose que la virulence et le speed ici. Amateurs de sensations fortes, vous savez ce qu’il vous reste à faire: soutenir autant que possible ce premier album au message clair.

KERA: Hysteresis

Death mélodique/progressif, France (Autoproduction, 2017)

Allez, pour terminer l’année de manière explosive, je vous propose une rareté chez Metal Eyes: du Death metal. Pas bourrin, mais plus que rugueux! Voici un peu plus de 3 ans que Kera s’est formé, fin 2014. Les Parisiens ont depuis publié plusieurs Ep avant de s’attaquer à l’enregistrement de ce Hysteresis, premier album d’une formation déjà repérée sur les routes hexagonales. Kera s’est en effet rôdé et frotté au public en ouvrant pour des formations aussi diverses que Beyond The Styx, Hypno5e ou Eloyse, parmi d’autres. Ce premier album de 9 titres est mature, c’est évident. Rugueux par son chant growlé typique du death, Ryan Mc Haggis, le chanteur, a aussi la bonne idée de proposer des voix claires, ce qui rend le propos plus aisé. Les compositions sont, de leur côté, souvent directes et piochent volontiers du côté planant du prog. Les constructions évoquent ce même style et plus de la moitié des titres dépassent allègrement les 7′. Kera parvient ainsi à éviter l’écueil du « on fonce dans le tas et on tape ». Les codes de ces deux styles ne sont finalement pas aussi antinomiques qu’on pourrait a priori le croire. Avec Hysteresis, Kera attise la curiosité et donne envie d’en connaitre un peu plus.

ONLAP: Running

Metal, France (Autoproduction, 2017)

Attention: surprise et grosse claque en vue. Onlap, découvert en 2012 avec un premier Ep, revient avec un premier mini album, Running. Et dès le premier titre, Tribute (now or never), la messe semble dite: les Français nous proposent rien moins qu’un des albums les plus efficaces et puissants de cette fin d’année. Tous les codes du metal moderne sont parfaitement intégrés: le chant puissant et rageur qui contraste quelque peu avec des chœurs enjoués et doux, la production parfaite pour le genre, les compositions énervées et enlevées, le riff tranchant et la rythmique syncopée. Tout est là et l’on se plait à croire que ce groupe vient droit des USA. Et non, Onlap est bien de chez nous et n’a pas à rougir tant son Running a tout pour faire la nique aux formations d’outre Atlantique, accent inclus. Ce disque est seulement trop court: 7 chansons, dont 2 en versions électrique et acoustiques et 2 autres en acoustique. Franchement, ça dépote grave, tout en restant pop et rock. Il est temps qu’une bonne fée se penche sur Onlap pour changer le cours de son destin.

THE WIGGAR OVERDOSE: Bwesh

Fusion, France (Autoproduction)

Les gars viennent de New York sous Bois. Autant dire la banlieue parisienne qui a grandi au son du rap enragé US et des grosses guitares. Et, malins, The Wiggar Overdose risquent fort de profiter de l’effet Prophets of Rage pour se faire un nom. Le chant en français et en anglais est hargneux et agressif, limite punk, les rythmes concoctés rapent et frappent. On appréciera les textes à la fois directs et réfléchis, ainsi que les références à l’univers du funk de James Brown, par exemple. Plein d’arguments qui, sans surprise, ont su séduire Francis Caste, qui a joyeusement mis en son ce Bwesh, Ep 5 titres franchement réussis. Une curiosité qui sonne comme une jolie promesse. Vivement la suite et la scène!

ALTAVILLA: The conquest of gravity

Rock, France (Autoproduction, 2017)

Voilà un album singulier, original s’il en est, qui se laisse écouter avec une déconcertante facilité, exception faite d’un chant anglais à chier car incompréhensible. Ce premier album des Français d’AltavillaThe conquest of gravity navigue quelque part entre  le jazz, lerock 70’s, la new wave, l’électro, le rock 80’s, toujours en gardant cet esprit simplement rock qu’on retrouve chez Blur ou Metronomy. Les intonations vocales sont à la fois légères et mélancoliques, évoquent  par instants The Cure tandis que les guitares légères, aériennes, trépidantes ou sautillantes échangent intelligemment avec les claviers, bavards sans être gonflants. Les 12 chansons explorent, ratissent, innovent sans inventer, et donnent simplement envie d’avancer et d’écouter.