AEPHANEMER: Prokopton

France, Death symphonique (Autoproduction, 2019)

Tiendrions nous enfin le Amon Amarth français? A l’écoute de Prokopton, le nouvel album des Toulousains de Aephanemer, tout pourrait le laisser croire:  les mélodies sont d’une efficacité sans faille, le chant, entre death et black, est déterminé, la section rythmique bombarde un ensemble réhaussé de claviers qui trouvent aisément leur place. Du morceau titre qui ouvre cet album, à If I should die, en passant par l’instrumental At eternity’s gate, tout est fait pour entraîner l’auditeur dans une jolie séance de non stop headbanging! On se demande où Marion Bascoul, la chanteuse guitariste (Aephanemer est un groupe mixte paritaire, mais on s’en fout!) trouve cette voix hargneuse et virile. Qui plus est, quand elle chante en voix claire, sur Dissonance within, quel plaisir d’entendre  un accent anglais correct! L’ensemble fait penser à toute la scène nordique et mélodique, des déjà mentionnés Amon Amarth ou In Flames aux plus mélodiques mais incontournables Nightwish. Snowblind, notons le, n’a rien à voir avec Black Sabbath, bien plus extrême. Aephanemer est ma découverte de ce début d’année et il est plus que temps que nous prenions conscience que la scène française regorge de (grands) talents.  Superbe claque!

 

ALMA ENCRIADA: Alien

France, Rock (Autoproduction, 2018)

Voici un Ep assez surprenant. Agréable, aussi. Alma Encriada est un groupe de rock sans prétention – dans le bon sens du terme – formé en 2006. A la limite du rock, du stoner et du psyché, le groupe puise ses influence tout autant chez Queens Of The Stone Age que Muse. Cette palette de couleur s’exprime tout au long de Alien au travers de 6 morceaux aussi variés que séduisants. Le très groovy et funky morceau éponyme cède la place à Coward, rock direct très 70’s. Friend or foe file du coté soft et bluesy avant que Alma Encriada n’explore le psychédélisme au travers de Death in the doorway. Toujours rock, Settle down précède un Angel’s down aux sonorités à la U2. Bien produit, avec un anglais très correct, ce disque mérite une attention particulière. A suivre…

 

VISAVIS: War machine

Hard rock, France (Autoproduction, 2018)

C’était il y a un peu plus de 30 ans… Visavis se formait à Tulle en 1985 et se fait connaitre jusqu’à pouvoir sortir, en 1993, son premier album, La cage, suivi de So special en 1995. Le groupe se sépare et revient « par hasard » en 2013 lors d’une soirée privée. Comme souvent, il  n’en faut pas moins pour remettre le couvert. Visavis revient aujourd’hui avec War machine, un album taillé dans le rock le plus dur et le plus pur. Direct, enjoué et dansant. Dès le morceau d’ouverture, Hey Jack, le ton est donné: 2 riffs, 3 accords franc, une voix éraillée, sans finesse mais avec une vraie conviction. La suite pioche dans le metal et le hard traditionnels, celui des années 80 (Black holes, Give the boys a chance), ainsi que dans le punk anglais des 70’s Don’t turn around. Quelques moments speed, d’autres plus aériens, une rythmique solide, une véritable envie de s’amuser et de passer du bon temps… C’est ainsi qu’on pourrait résumer cet album qui donne envie de bouger. La soi disant ballade Mine tonight et son harmonica mélancolique monte en puissance. Sound soldiers évoque période dorée du metal français, So special ressemblant à une reprise new wave/punk version metalisée. Si From L.A me laisse de marbre, la conclusion Rough boy – aucun rapport avec ZZ Top – tape de nouveau dans le rock un peu crade. Franchement, même si Visavis ne propose rien de foncièrement original ou novateur, on ne boude pas son plaisir à l’écoute de ce disque simplement heavy rock, sale et biéreux. Fun.

DEAD BONES BUNNY: What’s up rock?

Rock, France (Autoproduction, 2018)

Oh la claque! Du rockabilly ultra puissant, grrovy et dansant, un esprit à la Stray Cats (pour des lapins, c’est original…) déjanté sur fond de chant rageur… C’est le programme que nous propose Dead Bones Bunny sur son album What’s up rock?, véritable source de fraicheur et moment de bonheur à partager sans modération. Dès Team Bunny, le ton est donné: on navigue entre le rock des années 50/60 et le metal de Slayer ou Motörhead. Lemmy d’ailleurs s’était acoquiné de Brian Setzer au sein de Headcat, non? Eh bien l’esprit est le même tout au long de ces 12 morceaux qui mélangent guitares, batterie et contrebasse. Malgré quelques approximations entre chant et chœurs , cet album fait énormément de bien. L’esprit « team » ou « famille » qui transpire se confirme à la lecture des crédits, puisque non seulement les musiciens remercient, mais également l’équipe scénique (danse, lumières, décors, photographe). C’est frais, ça bouge, c’est à la fois rugueux et entraînant… Ce What’s up rock? ne laisse pas de place à l’ennui, c’est une évidence… A écouter d’une traite et à ne pas rater!

Yann ARMELLINO & El BUTCHO : 17

Hard rock, France (Autoproduction, 2018)

Il y a deux ans, nous découvrions le duo étonnant qu’avaient décidé de composer le guitariste Yann Armellino & El Butcho, le chanteur heavy glam de Showtime, et accessoirement ex-Watcha. Ils reviennent aujourd’hui avec 17, un album composé et enregistré ensemble, et le résultat s’en ressent. Le duo se fait simplement plaisir. Mr Wish, le morceau d’ouverture, donne le ton: la guitare typée « rock instrumental » de Yann trouve en la voix de Butcho un chant un parfait allié. Bien que clairement influencé par le hard rock des années 80, cette collection de 10 chanson + un instrumental entraîne l’auditeur sur les vastes routes américaines sur fond d’inspiration évidentes: hair metal – Mötley Crüe et Van Halen en tête, AC/DC, Satriani… Alors on pourra reprocher un manque d’inventivité, mais est-ce ce que l’on cherche? Si les morceaux sont d’une apparente facilité, une écoute approfondie fait ressortir des guitares moins évidentes que de prime abord. Butcho chante la vie et l’amour, pose un regard introspectif sur ses sentiments et un autre plus inquiet sur l’évolution de notre monde. On retrouve tous les ingrédients qui ont fait de genre ce qu’il est devenu: une voix puissante, des mélodies imparables (exception faite de Drawn in my fears, qui me semble un peu trop « vite fait »), deux ballades, et, surtout, du rock. Tout pour passer un bon moment. On attend maintenant que le groupe tourne afin de retrouver ces deux très sympathiques musiciens en live.

EXCEPT ONE: Fallen

Death mélodique, France (Autoproduction, 2018)

Bon, allez… Je n’aime pas ce type de chant. Ça gueule, je n’y trouve pas de finesse ni de variation. Puissant, mais ce n’est définitivement pas mon truc. Ça n’engage que moi, alors, passons à la musique de Except One qui, elle, est forgé dans un metal puissant, direct et brutal. Les guitares  de ce Fallen proposent des riffs entraînants, explorant différents aspects metalliques, du léger et très clair au rapide et précis comme un scalpel. La batterie est franche, et impose un tapage de pied et headbanging de conséquence. Petite touche sympatique à noter dans les crédit « Drum: Naty ». Euh, au singulier? Drum = tambour, or il semble bien qu’il s’agisse ici de plusieurs tambours… Donc « drums » serait plus approprié… Passons. On sent Expect one inspiré par les grands noms du metal, du heavy au thrash, en passant par le death et le black. De Maiden à Machine Head, en passant par Cradle of Filth et consorts. Qu’on sort, en fait… Encore une fois, si j’accroche musicalement, les hurlements m’empêchent d’aller, d’une traite, au bout. Il reste un album à découvrir, sans doute, que les amateurs sauront apprécier.

FOREST IN BLOOD: Pirates

Thrash/Hardcore, France (Autoproduction, 2018)

Forest In Blood est un groupe parisien formé en 1998 qui nous revient aujourd’hui avec Pirates, son… second album! Dans sa bio, le groupe note s’être formé l’année où l’équipe de France de foot devint championne du monde. Nous ne pourrons que remarquer que ce second album arrive alors que la France a remporté sa seconde étoile… Y a t-il un lien de cause à effet? Rien n’est moins sûr tant les goûts musicaux de nos joueurs sont à l’opposé de ce que nous propose Forest in Blood qui puise son inspiration dans le thrash de Slayer ou de Metallica (certains éclairs rouge sang de la pochette ressemblent à s’y méprendre au M des Horsemen…) et dans le hardcore d’un Hatebreed débridé. Les rythmiques sont d’une réelles efficacité, de celle qui fait taper du pied, et si je dois relever un défaut, c’est la redondance des guitares. Les riffs, à quelques exceptions près, semblent se répéter, parfois (écoutez les intros de My dues et Black parrot) même être identiques. Pourtant, ça marche, et le chant enragé provenant de la gorge profonde de Eric Florentin accompagne avec une brutalité défouloir les guitares rageuses de Barthélémy Vaudon et Hervé Marguet. La section rythmique, jamais en reste est à l’avenant (la basse vrombissante de Pierre Acedo soutient la batterie guerrière de Cédric Sénéchal). Heureusement, FIB nous offre également quelques intermèdes plus légers bien que pas forcément indispensable. Qui s’étonnera dès lors de lire que la production est signée de l’incontournable Francis Caste, un des meilleurs producteurs metal de son temps? Pirates est un de ces albums qui risque fort de prendre toute sa mesure sur scène. A bon entendeur…

DROP DEAD: Mayhem Inc.

Hard rock, France ( Autoproduction, 2018)

Les amateurs de hard rock un peu vintage et glam vont être aux anges. Des guitares qui crissent, des riffs entraînants, une rythmique franche et directe, une voix forgée aux clopes et au whisky… Voilà quelques uns des ingrédients qu’on retrouve tout au long de ce Mayhem Inc., le nouvel album des Français de Drop Dead. Le groupe puise son inspirations dans le gros son du southern rock, dans l’irrévérence du punk, un peu de tendresse ci et là, et s’amuse avec ce qui fit les beaux jours des 80’s et une partie des 90’s, version heavy ou grunge américains. Sans aucun doute, d’ailleurs, le quatuor lorgne-t-il secrètement vers de lointaines terres outre-Atlantique. Drop Dead réserve même quelques surprises et étonnement comme ce Anarchy qu’on aurait, a priori, imaginé violent. Mais non, c’est le contraire. Les Taste of money, Fuck you (I’m a rock star), Path to the reason et autres High school font taper du pied, inlassablement. L’ensemble est attirant, séduisant même, et ne laisse pas indifférent l’amateur de riffs couillus, d’effets wah wah et de morceaux francs et directs. Un album à découvrir, et un groupe prometteur à soutenir.

FUNNY UGLY CUTE KARMA: Before it was cool

France, Metal varié (EP Autoproduit, 2018)

Pour les amateurs de metal made in France, le nom d’Adeline Bellart devrait être familier. Après avoir enregistré deux albums et donné un bon paquet de concerts avec Asylum Pyre, groupe qu’elle quitte en 2016, la chanteuse s’éprend des talents et de la folie douce de Dorian Gilbeau, guitariste et bassiste avec lequel elle fonde Funny Ugly Cute Karma en 2017. Cela n’aura échappé à personne: entre l’association des idées et l’acronyme, le projet est sérieux et joue la carte de la dérision. ça tombe bien, puisque ce premier Ep de 4 titres, Before it was cool (3 originaux et 1 reprise, au double sens évident – « Avant que ce ne fut cool » ou « Avant c’était cool ») nous présente quelques facettes de l’univers musical que souhaite explorer le duo. L’agressivité vocale qui introduit On the run est atténuée par le côté cartoonesque de la musique et la douceur vocale d’Adeline. Immédiatement, je pense à la folie douce d’un Avatar. Shelter démarre tranquillement – voix guitare et beat – avant d’alterner avec noirceur et lourdeur et des guitares qui évoquent par instants Tom Morello et ses Rage (Rage Against The Machine et Prophets Of Rage). Nuage de maux, bonne idée, est chanté en français. Mi slam mi enragé, cetet poésie flirte avec la mélancolie et, de nouveau, la folie. Enfin, Radio/video, reprise de System Of A Down vient conclure avec brio ce premier essai qui n’attend qu’une transformation. Une très belle entrée en matière, foncièrement metal mais avant tout exploratrice de sonorités inhabituelles. A découvrir.

THERAPHOSA

France, Metal (Ep Autoproduit, 2018)

Theraphosa, pour les connaisseurs, est un type d’araignée particulièrement dangereuse.  D’où la représentation d’une arachnée blanche sur fond noir de ce second Ep du trio français venu de Chelles (le premier, Inject the venom, est paru en 2012, une éternité! D’où, sans doute, un nouveau départ en ne nommant pas ce disque.) Je ne suis pas connaisseur, donc, je me plonge dans les sonorités de ce disque éponyme qui propose 5 morceaux et découvre une prière en ouvrant le CD, une prière à la reine araignée. Serait-on tombée dans une secte aux malsains rituels? Non, simplement au cœur des aspirations et inspirations musical d’un groupe de rock. Le premier morceau, The king of vultures est un mid tempo presque doom, intrigant et attisant la curiosité. The god within accélère le tempo et propose un riff obsessionnel et hypnotique sur fond de chant guttural, en alternance avec plus de mélodie. Le plus de 6′ passent sans qu’on ne s’en aperçoive. Puis The butcher, avec son chant clair presque a capella, nous entraîne dans un univers tout aussi heavy, au royaume du headbanging. Malgré ses guitares speedées, Obsession se distingue avec un chant presque pop, et surtout très mélodique. Leeches conclue ce disque avec ce rythme imparable, celui qui fait s’agiter les tignasses et taper du pied en cadence. Sans aucun doute un futur classique en live. Theraphosa parvient à se distinguer de ce qui se fait actuellement sur la scène metal, et rejoint les espoirs parmi les groupes français. Prometteur, tout simplement.