BON JOVI: 2020

Rock pop, USA (Island, 2020)

Un nouvel album de Bon Jovi est-il toujours une bonne nouvelle? Franchement, ce 2020 au titre peu inspiré risque de ne s’attirer que deux types de réactions: les fans ultimes qui vont encore partialement crier au chef d’oeuvre et les autres qui, comme moi, ne dirons rien de plus qu’un simple « oui, du Bon Jovi, sans surprises ». Car au bout de presque 40 ans de carrière, la recette continue de fonctionner: des ballades sirupeuses constituent une bonne moitié de l’album (American reckoning, au texte quelque peu engagé, Story of love, Lower the flag, Unbroken), l’autre se faisant plus « rock » mais typique de ce que le public attend. A une exception près,  cependant: Do what you can qui lorgne volontiers du côté du southern rock. Mais franchement, les choeurs qui  démarrent dès Limitless, et que l’on retrouve sur Beautiful drug (les deux ont la même base: une basse groovy mise en avant, un refrain facile et des « oh,oh, ooh » trop racoleurs) n’ont pour seul objectif que de faire participer le public en concert. Ok, Blood in the water se démarque mais rapidement se pose le sentiment que le titre se veut un nouveau Dry county. Et ce titre là, il est sacré… Mais aussi, cette voix, qu’en penser? J’ai dû rater quelques épisodes, mais Jon Bon Jovi semble vouloir prendre un accent bad guy, un peu vulgaire par instants et aussi, plus éraillée que jadis, sans doute le résultat de trop de clopes. Moins séduisante à mes oreilles, en vérité. 2020 est un album gentiment plaisant mais qui laisse l’auditeur que je suis sur sa faim. Trop facile, trop entendu, trop mou. Une aventure qui pour moi s’est arrêtée avec These days. Dommage… Vivement 2021 qu’on passe à autre chose.

TOYBLOÏD live – avec Slurp (Terrasses du Trabendo, Paris, le 23 septembre 2020)

Les réseaux sociaux fonctionnent bien… Toybloïd en profite pour organiser, avec l’aide de Super Sonic, un concert gratuit, en extérieur, sur les terrasses du Trabendo – en gros, le parvis extérieur de la salle parisienne. La météo annonce l’arrivée de l’automne et de la pluie, mais qu’importe! Depuis trop longtemps privés de concerts, les 250 personnes autorisées viennent braver les éléments qui se déchaînent vers 19h30. Une pluie battante pousse les présents, nombreux, sous les barnums répartis ici et là, protégeant la scène, le bar et les stands de merch. Le plus grand abrite naturellement une petite scène sur laquelle se trouve batterie, sono et quelque lights. Deux règles ce soir: la jauge limitée à 250 personnes (tant mieux, la nouvelle tombe ce même soir d’une nouvelle interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes…) et l’obligation de porter le masque. Premier constat: avec la pluie, le public est massé sous les tonnelles – tchao les distanciations sociales – et, bière aidant, les masques tombent vite. Trop nombreux sont les visages visibles. Il faudra attendre que le trio féminin Slurp monte sur scène pour que, sur demande de la guitariste chanteuse, le public daigne replacer les masques… Elle jouera gentiment avec par la suite, en introduisant les chansons d’amour, invitant à… « mais c’est pas pratique avec les masques, alors, dansez! »

Slurp

Mais puisque nous sommes là pour ça, parlons musique. Slurp ouvre le bal avec un rock pop lorgnant parfois du côté du punk US, festif et joyeux. Les filles sont de très bonne humeur, et le set proposé est tout aussi jovial et dansant. Le chant anglais est parfaitement maîtrisé, le propos semble assez engagé. Incontestablement, la musique de Slurp donne envie de bouger et de danser.

Slurp

Voici un coup de coeur, un groupe à revoir dès que possible pour le fun et l’entrain – je retiens notamment le côté « déconne » de la batteuse qui joue avec la cloche de la batterie plutôt qu’avec sa charley, ce qui entraîne une jolie crise de rire avec la bassiste). Son set se termine par un boeuf avec les filles de Toybloïd (donc les 2/3 du trio, je vous laisse compter) avant un changement de plateau rapide.

Slurp

A peine une demi-heure plus tard, la tête d’affiche investit la scène. On sent le trio concentré, avec cette envie de convaincre et de vaincre. Rappelons ici que, comme tant d’autres, Toybloïd a dû annuler le concert à la Maroquinerie, concert censé célébrer la sortie de son nouvel album, Modern love. L’organisation de ce concert gratuit, ce soir, a tout d’une forme de revanche, d’autant plus avec les nouvelles restrictions annoncées par le gouvernement.

Toybloïd

Si Madeleine (basse) est très mobile et dansante, Grégoire (batterie), son visage pailleté et ses ongles bleus, puissant et efficace, Lou (guitare et chant) semble très concentrée et appliquée. Sérieuse même. Bien sûr, le groupe a envie d’en découdre et de braver les éléments, mais, il manque ce soir un petit quelque chose. L’esprit ne semble pas totalement à la fête. C’est quand même une soirée étonnante…

Toybloïd

Notons que l’ambiance générale est quelque peu limitée – c’est en tout cas mon ressenti à ce moment – par le non respect des distances et, notons le également, certaines personnes qui retirent volontiers leurs masques ne facilitent pas les choses – ni les masques, ni le fait de les retirer. La pluie n’invite pas non plus à prendre ses distances et pousse même au rapprochement. N’empêche, la musique du trio, un rock dynamique qui tire vers une certaine forme d’irrévérence punk, ça ne laisse pas de marbre. Et ça fait du bien d’entendre de la musique amplifiée, de voir des musiciens se donner autant que possible et présenter leur nouveau disque avec pas moins de 11 morceaux qui en sont extraits (il ne manquent que Queer et Donna).

Toybloïd

Au final, même si la suite du concert permet à chacun de se montrer plus à l’aise et détendu, c’est un concert en demi teinte que je retiens. La faute au Covid? Aux masques? Au non respect du port de ces derniers? Une ambiance de fête, pourtant, cherche à trouver sa place. On a tous envie d’y retourner à ces concerts… Pourvoir dire « j’y étais et j’y retourne ». Alors, oui: ce soir, j’ai assisté à un concert. C’était… bizarre, et étonnant.

Interview: TRANK

TRANK (de gauche à droite): David, Johann et Michel

Interview TRANK: entretien avec Michel (chant, programmation), Julien (guitares), David (basse), Johann (batterie). Propos recueillis à Paris, Black Dog, le 10 septembre 2020

 

Retrouver le chemin des interviews en face à face… Enfin ! Et quand en plus la première rencontre post Covid se fait avec la découverte française de l’année, comment se plaindre. C’est donc Trank au complet qui me reçoit dans la bonne humeur pour une longue interview « en vrai ». Humainement aussi chaleureux que leur musique est entraînante, Trank est sans aucun doute le groupe à suivre et à soutenir.

 

Metal-Eyes : Commençons par une première question sans surprise : pouvez-vous nous raconter l’histoire de Trank, en quelques mots ?

Michel : On s’est formé en 2016. On a commencé par sortir un premier 6 titres pour se faire la main, mais notre ami David n’était pas encore là. C’est vraiment quand il est arrivé que le son et la personnalité de Trank se sont mis en place. On a sorti 3 singles en 2018 qui nous ont permis de décrocher de grosses premières parties comme Deep Purple, Anthrax ou Papa Roach. On retrouve ces singles sur le premier album – enfin ! On a pris notre temps, on peut dire qu’on est perfectionnistes et qu’on aime bien faire les choses.

 

Metal-Eyes : Et vous êtes originaires d’où ?

Michel : Warf !

Julien : On vit tous dans la région genevoise. On est tous Français, originaires de France mais la vie nous a amenés à aller travailler en Suisse ou à côté, et c’est là qu’on s’est retrouvés.

 

Metal-Eyes : Quel est le parcours musical de chacun ?

Michel : Alors… Parlons de ce que nous avons en commun : on a tous fait de la musique dans des groupes amateurs ou semi pro sans jamais tomber sur le projet qui nous donne suffisamment de motivation pour continuer d’un point de vue professionnel, jusqu’à ce qu’on finisse par se rencontrer. J’ai commencé par croiser Julien. Je jouais à l’époque dans un groupe de reprises à Genève avec qui j’ai tout appris, comment me tenir sur scène, chanter du rock. Ce groupe, pour diverses raisons, ne voulait pas passer à l’étape de la composition, qui, moi, me tentait vraiment. Je voulais trouver un partenaire pour des choses plus rock, sachant que je faisais des choses plus mélancoliques… Je voulais trouver quelqu’un qui m’aide à me pousser dans des retranchements plus rock. Je suis tombé sur… ce mutant qui composait à la chaine des riffs incroyables sur sa guitare high tech improbable. Je connaissais Johann depuis des années et je savais que lui aussi cherchait un groupe dans lequel s’investir. Après, il nous a fallu du temps avant de trouver le bon bassiste – on en a eu trois ou quatre avant que David arrive par le biais classique des annonces. Et c’est vraiment quand il est arrivé qu’on a finalisé ce qu’est l’identité du groupe.

 

Metal-Eyes : Et vous, vous avez commencé dans quoi ?

David : Que de la compo… j’ai commencé avec le punk, guitariste de punk.

 

Metal-Eyes : Punk anglais ou US ?

David : Non, non, punk anglais, d’abord, et US par la suite. Après je suis resté coincé dans le metal sous toutes ses formes, je suis passé par plusieurs instruments avant de finir à la basse. Un choix volontaire de ma part : en étant guitariste, c’était un peu fatiguant de ne croiser que des guitaristes (rire général) … J’aime beaucoup les guitaristes, mais quand tu cherches un groupe ? il y a 40 guitaristes qui se présentent, alors… Je me suis donc mis à la basse et j’y trouve mon compte parce que je fais à la basse ce que je fais à la guitare.

 

Metal-Eyes : Un nouveau Lemmy…

David : Non… Non… D’ailleurs, je n’ai jamais été bercé par Motörhead, ce n’est pas dans ma culture musicale. Je crois que j’ai un style particulier…

Michel : Qui s’intègre à mort dans ce qu’on fait, notamment parce qu’on n’a pas de guitariste rythmique. On est un groupe sans, du coup, il y a une place plus grande pour la basse, en termes rythmiques et mélodiques.

 

Metal-Eyes : Revenons à la guitare : ton parcours, c’est quoi ?

Julien : Alors, moi j’ai commencé par de la guitare classique et du flamenco, donc des guitares percussives, taper dessus, et après, quand j’ai commencé la guitare électrique, j’ai repris du rock français, puis je me suis lancé dans des musiques un peu plus funk, puis du punk… Ce qui m’intéressais, c’était de pouvoir composer, donc j’ai commencé à utiliser les logiciels de l’époque comme guitare pro. C’est comme ça que j’ai rencontré Michel qui voulait lui aussi composer.

 

Metal-Eyes : Donc une éducation assez variée à la guitare, différents styles qui vont s’intégrer à Trank (il confirme). Enfin, à la batterie…

Johann : J’ai commencé à apprendre la batterie il y a une trentaine d’années, avec différentes percussions – xylophone, caisse claire, cymbales… J’ai fait ça pendant une dizaine d’années, avec solfège et tout ça…

Michel : Il a cassé son triangle, ça a été le drame…

Johann : J’étais dégouté, c’était la pièce maitresse de mon jeu et puis… il est plus là…Au fil des années, j’ai joué dans différents groupes aux styles très divers – de la pop au metal progressif style Dream Theater, les groupes qu’on reprend quand on est jeune histoire de dire « ouais, j’ai réussis à reprendre un truc compliqué ! ». Je n’ai pas rejoué en groupe parce que j’ai déménagé, même si je faisais des petits trucs de temps en temps. Et quand Michel m’a proposé ce projet, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Et quand on est ensemble, il y a vraiment (en chœur avec Michel) un truc qui se passe… A la fois d’un point de vue musical et personnel. On s’entend bien… enfin, moi, je m’entends bien avec eux ! J’ai joué de tout et j’écoute de tout ce qui fait que chaque chanson est un challenge, je me demande ce qui va le mieux coller à la chanson, et j’aime bien ça…

 

Metal-Eyes : Avant de parler de la musique elle-même, on ne peut pas passer à côté de la signification du nom du groupe (ils explosent de rire). En allemand, ça vient du verbe Trinken, boire, au passé, donc « buvait ». Quelle est votre relation à la bouteille ? Je vois beaucoup d’eau et de café…

Michel : Alors, pour certains d’entre nous, du mal à les ouvrir (clin d’œil à Johann qui oublie d’ouvrir ses bouteilles d’eau avant les concerts…)

Johann : … Alors, c’est le moment embarrassant pour moi. On s’échangeait des message en se demandant ce qu’on pourrait trouver comme nom de groupe, et, à un moment, je leur fais une blague toute pourrie, comme toutes mes blagues, et je leur dis « pourquoi on ne s’appellerait pas Trank ? Ça fait comme un Tank, mais tranquille » … Blague pourrie, donc, mais retour de bâton, ils me disent tous que c’est génial. Moi je me dis « oh, merde… » (rires)

Michel : On voulait un nom simple qui soit prononçable dans toutes les langues. On ne s’est jamais dit que notre musique pouvait marcher dans notre coin, on s’est toujours projetés à l’extérieur, donc on voulait quelque chose qui puisse se prononcer où qu’on se trouve, et quelque chose en une syllabe, ça nous allait bien. Avec Julien, en studio, on se disait qu’on voudrait bien un K dans le nom, une petite rigueur germanique. Il y a une influence un peu industrielle parfois, un son un peu monolithique, parfois… Et ce qui a déclenché le jeu de mot de Johann, c’est qu’on jouait avec des noms comme Krank, le film avec Jason Statham, et avec un mot d’une chanson de Kraftwerk… Il a joué avec les deux et ça a donné Trank. Effectivement, c’est un nom qui vient d’une grosse blague, mais il fait partie de ces noms qui n’ont aucune signification particulière – OK, en allemand, c’est l’imparfait de boire, c’est l’abrégé aussi de « C’est du rock alternatif dans lequel on trouve plein d’influences diverses, qui est parfois assez intenses. Il est parfois sombre, mais toujours accessible et qu’on veut toujours accrocheur. Il y a une forme d’intensité et de noirceur dans la musique du groupe mais on veut que les gens y répondent en se joignant à nous.

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas trouvé de noirceur…

Michel : Oh, il y a, on peut dire, quelques touches un peu menaçantes dans certains passages…

 

Metal-Eyes : Il y a de la cold wave, de la new wave, du metal, mais je ne peux pas parler de « noirceur » dans ce que j’ai écouté… On ne peut pas dire que ce soit inquiétant. Il y a de la puissance, de l’entrain et beaucoup d’envie…

Michel : Ça me fait plaisir que tu dises ça parce que, justement, c’est le but. Réconcilier ces influences du prog, de l’alternatif, du metal, de la cold wave dans quelque chose qui soit cohérent, quelque chose qui reflète cette petite part d’ombre mais qui reste accrocheur et qui donne envie venir. Ce n’est pas de la musique extrême qui repousse les gens avec une sorte de barrage sonore – c’est très bien, mais la musique qu’on veut jouer ensemble, elle n’est pas comme ça : elle invite plus qu’elle ne repousse

 

(A ce moment, Julien nous quitte pour aller répondre à une autre interview)

Metal-Eyes : Vous avez enregistrés plusieurs Ep avant de sortir cet album. Michel disait tout à l’heure que vous avez besoin de répéter les choses, mais pourquoi ne pas avoir choisi de sortir un album plus tôt ? Qu’est-ce qui vous a ralentis, freinés ?

Michel et David : Le perfectionnisme…

Michel : Le perfectionnisme d’une part… On a enregistré notre premier Ep en 2016, il y avait 6 titres, on l’a envoyé à droite à gauche. Après, on a composé 2 ou 3 nouvelles chansons qu’on a enregistrées pour pouvoir après aller démarcher et présenter Trank. C’est ce qu’on a fait, et ça a plutôt bien marché parce qu’on a commencé à avoir des propositions de premières parties prestigieuses, et, d’autre part, avec ces premières parties, on s’est rendus compte que ces chansons prenaient vraiment toute leur dimension sur scène, avec ce gros son derrière. Du coup, on s’est dit que si le son qu’on veut c’est ça, il allait falloir enregistrer un peu différemment. Donc, on a repris tout ce qu’on avait arrangé et on s’est demandé ce qui pouvait rentrer dans ce nouveau cadre. Je pense que tu t’en es rendu compte avec le CD, il y a pas mal de styles. Mais on voulait avoir cet élément commun d’une musique épique, voire cinématographique, qu’on puisse imaginer une histoire derrière la musique.

 

Metal-Eyes : Je vais même t’avouer une chose : je l’ai écouté plusieurs fois… Je n’arrive pas à voir comment le chroniquer, je n’arrive pas à vous placer dans une case, même s’il y a des éléments reconnaissables…

David : Super, génial…

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas dit que j’aime ou que je n’aime pas…

Michel : C’est un très beau compliment, parce que, ce dont on s’est rendus compte c’est qu’il y a une identité sonore. C’est assez facile au bout d’un moment de savoir ce qu’est une chanson de Trank. C’est du rock alternatif pêchu avec cette petite touche de… de froideur, si tu veux l’appeler comme ça. Il ya une certaine influence metal par moments, dans la guitare, le chant, les attaques basse batterie. Oui, il y a des références à ça, il y a aussi des références à la cold wave, à du rock alternatif – il y a une influence de Muse, une patte dans la façon de jouer de laguitare… mais en même temps, il n’y a pas une étiquette facile à mettre sur le groupe en terme de genre « Rock alternatif » ça nous va très bien, parce que ça veut tout dire et rien dire…

 

Metal-Eyes : Comme « Metal moderne »…

Michel : Ouais, c’est un peu ça ! Exactement…

 

Metal-Eyes : Vous avez retravaillés les morceaux des singles avant de rentrer en studio pour l’album ?

Johann : On les a refaits intégralement, on a retravaillé tout ce qui était arrangements, programmation, etc. parce que, d’une part, il y a toujours la version studio et la version live… On a toujours travaillé les deux versions en parallèle sachant qu’en live, ça joue… live (ndmp : bravo l’évidence…) Sur la version album, si on veut que les instruments marchent ensemble, il ne faut pas que ça se marche dessus. Sinon, il y en a partout et l’auditeur ne comprend plus rien. Donc, on a dû faire pas mal de ménage en cherchant ce qui pouvait compléter le son et ne pas se clasher avec.

Michel : Aussi, comme on les avait déjà joués sur des grandes scènes, on avait une idée d’une musique un peu épique. En plus de pouvoir leur rendre justice en les jouant sur des grandes scènes, ça nous a donné de nouvelles idées… Des morceaux comme Take the money and run, on avait ça en tête depuis très longtemps. La version qu’il y a sur album est radicalement différentes de celle du Ep : la partie basse/batterie n’a rien à voir, la guitare a beaucoup évolué aussi, il n’y avait pas de séquences… Ces dates en premières parties de grands groupes ont été un réservoir d’idées, du coup, ça aurait été dommage d’insérer ces morceaux sur l’album alors qu’on avait les moyens de les faire sonner encore plus gros et plus accrocheurs ! Ce groupe, c’est une histoire d’équilibre. Clair – Obscur. Puissance – Accessible. Il y a un autre équilibre qui est important, c’est au niveau du son : qu’il soit suffisamment riche et fouillé pour qu’on sente qu’il se passe quelque chose. Que le son soit au service de ce qu’on veut véhiculer. On a fait l’enregistrement en mode « très vieille école » avec notre ingé son et producteur, avec des vieilles consoles analogiques, des préamplis à tubes… ce qui nous a donné un matériau très riche harmoniquement. On l’a fait mixer à New York par Bryan Robbins, l’ingénieur du son de Bring Me The Horizon, qui nous a aidés à donner la même puissance, la même trempe, le même tranchant, la même masse que ce qu’on arrive à avoir en live.

 

Metal-Eyes : ça s’entend, il y a un son très massif, gros, ce qui n’est ^pas très habituel pour un groupe hexagonal. Il y a autre chose qui n’est pas habituel : c’est un bon accent anglais dans le chant (Michel rit).

Michel : C’est gentil, merci…

 

Metal-Eyes : Il ne sait plus quoi dire…

Johann : Vas-y, donne tout, t’es bien parti là (rires) !

 

Metal-Eyes : Si vous deviez chacun ne retenir qu’un seul titre de The ropes pour définir ce qu’est Trank aujourd’hui, ce serait lequel ?

Michel : Compliqué, ça… On aurait du mal…

David : Chaque morceau a une histoire différente…

 

Metal-Eyes : Je sais, ça… « C’est un ensemble », « on ne sépare pas une famille », je les ai toutes entendues mille fois !

David : Pose plus la question alors (rires) !

Michel : Vous m’arrêtez si vous n’êtes pas d’accord

Les autres, en choeur : Pas d’accord (rires) !

Michel : Il y a des morceaux prototypes, je crois que le choix se ferait entre la première, The shinning, et la chanson titre. Elles ont toutes les deux ce mélange entre la puissance des guitares metal, la rythmique de l’alternatif et de la cold wave, et ce passage par des moments plus rentre dedans… Toutes ces choses, ce sens de la dynamique qu’on essaie d’avoir, c’est le cœur du territoire sonore qu’on cherche à avoir.

Johann : Il y a quelques semaines, on a fait une interview sur une radio suisse et le journaliste nous disait « j’ai l’impression que c’est comme si vous popisiez le metal ». Il le disait dans le sens le plus positif du terme. Ce qu’on essaie de faire, c’est qu’il y ait une mélodie qui marche, dès le départ. Une mélodie vocale, instrumentale, mais que ça marche. C’est le cœur de la pop, et derrière, il y a cette dimension accrocheuse, punchy, et ce sera toujours une dimension supplémentaire par rapport à une mélodie qui marche.

 

Metal-Eyes : Donc ce serait soit Shining soit The ropes, qui sont tous les deux accrocheurs (ils approuvent). (à part) Il faut que j’arrête de faire des compliments, j’ai pas encore écouté l’album..

(Michel explose de rire)

Johann : Non, mais tu fais super bien le gars qui a écouté !

David :  Carrément ! Nous on était embarqués là…On sent le métier là !

Michel : Ah ouais, trop fort !

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Trank en 2020 ?

Michel : On a toujours la même qu’on se dit avant de monter sur scène… Il y a une phrase qu’on se dit toujours avant : « Rien à foutre, déjà morts ». C’est une phrase qui vient de la prière des samouraïs avant la bataille. Si tu choisis d’aller à la bataille, quelque part, tu as déjà renoncé à rester en vie, tu es déjà mort. Et ça reflète un état d’esprit. Quand on monte sur scène, qu’on entre en studio, on est assez combatifs. On se bat contre nos propres limites, on cherche à repousser nos propres limites. C’était un privilège de faire ces premières parties, mais c’est aussi une énorme pression, de même que de jouer devant 5.000 personnes. Tu ne peux pas te cacher derrière des milliards de watts… si quelque chose n’est pas bon, ça va s’entendre ! On investit énormément émotionnellement dans la musique qu’on fait, pour y prendre du plaisir et en donner aux gens qui nous écoutent. Donc c’est une façon de nous dire « on y va comme on va à la bataille, mais on se calme au niveau pression ».

Johann : Et un groupe qui s’éclate sur scène, en général, ça se voit et le public suit. Un groupe qui n’a pas envie d’être là…

Michel : C’est le pire concert…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : comment se fait-il que Ian Gillan, le chanteur de Deep Purple, ne soit pas avec vous sur la photo avec les deux groupes ?

Julien : Parce que Ian… il refusait de faire des photos avec qui que ce soit…Tous les musiciens de Purple étaient adorables, mais pour la petite histoire, à la fin du concert, il y avait un van qui venait se garer directement backstage, dans la salle. Ils ouvrent la porte. Nous on pense que dès la fin du concert, Deep Purple grimpe dans le van et quitte la salle, mais non, il n’y en a qu’un, c’est Gillan. Les autres sont restés, ils sont venus discuter avec nous, boire des bières, ce qui est un énorme privilège, mais faut savoir que ce n’est pas par rapport aux premières parties qu’il part…

Michel : A sa décharge, on voit qu’il a des difficultés, il a du mal à marcher sur scène et je crois qu’il est dans une démarche pour conserver toute son énergie pour le chant. Le fait est qu’il a sa voix ! Le soir où on l’a vu, il était en très grande forme. On a eu la chance de les voir en side stage, et franchement, je croyais que ça allait être mauvais… Le contraste entre sa souffrance physique et les notes qu’il sortait ! La clarté, le niveau de puissance, c’était phénoménal… Et contrairement à d’autres que je ne citerais pas, il n’y avait pas de Pro Tools derrière pour rattraper les notes difficiles. C’est tout en direct…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose à ajouter ?

Johann : Comme disait Michel tout à l’heure, on fait avant tout de la musique pour nous amuser. Et, tu le disais, on a du mal à coller une étiquette sur notre style. C’est à la fois un grand compliment et ça rend aussi notre vie, et la tienne, plus difficile (Michel explose de rire). Ce n’est pas un calcul commercial, on a tellement de belles choses à faire, on les fait le mieux possible. On espère que ça va plaire aux gens, des publics variés, d’ailleurs, mais c’est d’abord ce que nous, on, voudrait écouter.

Michel : C’est un groupe qu’on a monté par passion, ça plait, génial !

 

TRANK: The ropes

Rock, France (Autoproduction, 2020) – Sortie le 15 septembre 2020

Oh, cette claque! Une de celles d’autant plus appréciables quand on ne s’y attend pas… Trank, groupe fondé en 2016, a déjà publié 4 singles, tourné en première partie de groupes à l’influence discutable comme Anthrax ou Deep Purple, aux style opposés. C’est déjà dire l’intérêt que différents univers portent à Trank. Et, avec son premier album, The ropes, on se rend vite compte que la musique du quatuor est en effet difficilement étiquetable. Toujours puissant et mélodique, le groupe propose des morceaux puisant autant dans le metal actuel que dans une certaine forme de new wave, dans le punk US festif ou dans le rock au sens le plus large du terme. Parfois rentre dedans, à d’autres moments quelque peu mélancolique (Forever and a day), aucun des 12 morceaux ne se répète ou ne laisse indifférent. Les guitares sont enjouées, la batterie entraînante et variée, le chant – dans un anglais parfaitement compréhensible – la basse groovy… Comment dire? La musique de Trank est aussi attirante qu’un aimant, aussi goûteuse et alléchante qu’un plat concocté avec amour et passion. Voilà, « passion », c’est le fil conducteur de The ropes, album à découvrir d’urgence. Comment résister à Shining, Undress to kill ou au cinématique et quelque peu rammsteinien In troubled times ou Again ? Il y a de la rigueur et de l’envie, même dans le plus calme et aérien The road. Et lorsque les concerts reprendront… Pour l’heure, The ropes entre vite fait dans le cercle de mes grosses découvertes de l’année. A suivre, à soutenir. Nous avons sans doute avec Trank l’avenir du rock français, un rock d’envergure internationale!

ROBERT JON & THE WRECK: Last light on the highway

Rock sudiste, USA (autoproduction, 2020)

Le rock sudiste a cette force de savoir être un genre transgénérationnel. Pour peu que l’on aime le rock, le blues, la soul, alors il est aisé de se laisser emporter par des riffs simples et vraies. Robert Jon & The Wreck (RJTW) viennent encore nous le prouver avec Last light on the highway, leur Xème album. Voici encore une formation obscure connue des seuls initiés et qui mérite vraiment de trouver un plus large public… Mais ces mecs en veulent! Ce nouvel album sort un an à peine après leur dernier effort, Take me higher. Les 11 titres évoquent toute l’histoire du Southern rock surprennent par instants en évoquant Phil Collins ou John Cougar Mellencamp. Tant dans le chant que musicalement, d’ailleurs, le groupe puisant dans le royaume du bon gout populaire, entraînant, rythmé et joyeux. Avec ses inspiration soul, rock et pop, ses guitares qui craquent ici et se font légères, ses chœurs chaleureux, ses claviers discrets et sa rythmique directe et efficaces, RJTW va plus loin que le simple rock sudiste et s’adresse à un large public avec l’envie de le faire bouger. Impossible de rester de marbre… Un album sans autre prétention que de se faire et de faire plaisir, Last light on the highway s’écoute au volant sur une longue route et aide à faire défiler les paysage. Un disque pour s’évader.

QUAMELTO: Sors

France, Rock (Autoproduction, 2020)

« Qu’on aime ou pas, Qamelto est là… » Ainsi se conclue, sous forme de gentille provocation, la bio envoyée par le groupe avec Sors, son premier Ep 6 titres. J’aurai aussi pu commencer par le début de cette même bio: « Quand tu ne trouves pas ce que tu cherches, crées-le ». Ainsi donc, Qamelto, groupe formé à Clermont Ferrant en 2019, ne trouves pas de satisfaction dans la scène musicale actuelle? Et souhaite la réinventer? Vaste programme et belle ambition. Alors tentons le coup en 6 titres. Cogne – tout un programme – démarre avec des guitares rapides, une rythmique plombée et entraînante et une invitation extraite de Raging Bull (ou Rocky?). La basse hypnotique donne le rythme de ce combat de boxe. Puissant, proche du metal par instant, cette intro donne envie d’aller plus loin. Juste fais-le se fait puissant et plus mélodique avant de dévier vers quelque chose de plus aérien avec une basse qui évoque par instants Survivor. Un intermède propose un ordre en anglais qui reprend le principe du groupe (« ne laisse pas des rêves n’être que des rêves (…) juste fais-le! »). Cette répétition de « Just do it » , bien qu’à des années lumières, rappelle le procès intenté à Judas Priest et les soit-disant messages subliminaux ayant mené, à la fin des 80’s aux USA, 2 jeunes au suicide… Le voyage est beaucoup plus léger, accompagné d’une guitare acoustique sur un rythme joyeux. Peace. Avec F.T.G! l’énergie reprend du service. Je ne sais pas après qui ils en ont, mais le mec ferait mieux de ne pas la ramener… Et puis, gueuler un bon coup « ferme ta gueule », ça défoule. Le morceau titre, le plus long (6’31) est une poésie pour voix et guitare acoustique qui monte en puissance sans jamais trop s’éloigner de la ballade/power ballad romantique.  Ce premier essai se clôt sur Enchorus, une rapide outro au piano qui évoque tout autant Chopin que la campagne ou l’univers du cinéma. Alors, sans réinventer le rock, Qamelto parvient à séduire, attirer et donne envie d’en écouter plus. A suivre.

Interview: TOYBLOÏD

Interview TOYBLOÏD: entretien avec Madeleine (basse et chant). Propos recueillis par téléphone, le 1er juillet 2020

Metal-Eyes : si mes informations sont bonnes, Toybloïd s’est formé en 2007. Vous vous êtes formés où ?

Madeleine : Paris. On est totalement parisiens, et on y est toujours !

 

Metal-Eyes : Il y en a pas mal qui sont partis ces derniers temps… Jusqu’à présent, vous avez enregistré 2 Ep – You will scream for more en 2010 et From scratch en 2013, ainsi qu’un album, Toybloïd en 2016, et Modern love qui vient de sortir, c’est bien ça ?

Madeleine : Oui, c’est bien ça.

 

Metal-Eyes : Si on fait les comptes, on peut dire que vous n’êtes pas des foudres de travail, je me trompe ?

Madeleine : Ah, ah ! Ouais, c’est comme ça que tu le prends ! C’est vrai que ça fait 13 ans qu’on existe et qu’on n’a pas sorti grand-chose. Il a fallu près de 10 ans jusqu’au premier album parce qu’on était très jeunes, il nous fallait du temps pour nous améliorer, améliorer l’écriture des morceaux, réunir une équipe pour faire un album, et ça a été assez long. Après, c’est vrai que ça a été assez long entre les deux albums – presque 4 ans. Mais là, pour le coup, on ne s’est pas du tout tourné les pouces. Après le premier album, on a décidé de se séparer de tout le monde – manager, label – parce qu’on voulait absolument faire les choses par nous-mêmes. Forcément, ça a pris du temps de monter un label, s’occuper de plein de trucs administratifs, trouver des financements. Ça a été beaucoup de travail en plus de celui d’écrire un album. On a bossé !

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Toybloïd pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Madeleine : Pour moi, c’est des chansons pop avec des mélodies qui rentre bien dans la tête, des grosses guitares, des gros riffs… des chansons format court hyper classique – couplet-refrain-couplet-refrain-pont-couplet – des chansons efficaces qui marchent bien sur scène, dans ta voiture, dans ton salon…

 

Metal-Eyes : On rajoute une petite touche de punk ou pas ?

Madeleine : Bien sûr ! Punk dans la musique, dans l’esprit – on a voulu se démerder tout seuls pour tout faire.

 

Metal-Eyes : La pochette de l’album est assez provocatrice, il n’y a même pas le nom du groupe. C’est volontaire ?

Madeleine : Oui (elle rit) ! Je ne sais pas si c’est la meilleure idée du monde, mais on aimait tellement cette photo qu’on ne voyait pas du tout où on pouvait mettre notre nom dessus. C’était trop moche ! On l’a fait quand même sur le vinyle, il y a un petit sticker avec notre nom, mais sinon, la pochette c’est juste la photo. On voulait que ce soit frontal et voilà, faut tourner le CD pour savoir que c’est nous !

 

Metal-Eyes : Elle est assez provocatrice – je n’arrive pas à définir si c’est un couple hétéro ou homo. Quand on va sur votre page Facebook, j’ai l’impression qu’il y a un engagement auprès de la communauté LGBT. Je me trompe ?

Madeleine : Exactement. Il nous a fallu pas mal d’années avant de nous lancer dans cet engagement. C’est pas quelque chose qu’on voulait mettre en avant, on n’avait pas l’impression que c’était spécialement important de parler de ça et finalement, on s’est rendu compte que si, c’est important. C’est quelque chose qui n’est toujours pas du tout accepté de nos jours, donc il faut y aller, en parler. Quasiment toutes les chansons de l’album parlent de ça. C’est un engagement qui est assez récent dans la vie du groupe et je pense que ça nous fait du bien. C’ets principalement Lou avec ses textes, mais voilà, c’est parti avec de nouveaux engagements ! On a pris confiance en nous avec les années et on a des choses à dire, alors on les dit.

 

Metal-Eyes : Il y a aussi des gens qui ont encore besoin d’entendre et de comprendre certaines choses. On vit tous avec nos différences et c’est très bien ainsi.

Madeleine : Exactement.

 

Metal-Eyes : Comment analyses-tu l’évolution du groupe entre vos deux albums ? Vous avez décidé de tout reprendre en main, mais musicalement, quelle évolution ?

Madeleine : Mmh… Pour moi, ce qui a le plus évolué, c’est principalement la production. Le premier, il a été enregistré dans un super studio à Londres, tout en analogique, pas d’ordinateur, à l’ancienne, et c’était ultra intéressant de travailler comme ça parce que ça t’oblige à arriver en étant prêt. Il n’y a pas de « on verra plus tard, au mixage ». Ça a été hyper formateur, il faut être prêt, bien jouer parce qu’il n’y a rien pour te rattraper si tu te plantes. Pour le deuxième, on avait envie de faire quelque chose de beaucoup plus moderne, parce que, nos influences, c’est beaucoup de rock des années 2000. On voulait faire quelque chose de très produit, si on avait envie de mettre trois guitares, eh bien, on met trois guitares ! Et prendre le temps. Le premier, on l’a enregistré en conditions live. Celui-ci, on a pris le temps : d’abord la batterie, ensuite la basse, et ça donne un résultat totalement différent. Mais sur scène, c’est parfaitement cohérent.

 

Metal-Eyes : Vous avez aussi changé de batteur entre-temps. Que vous apporte Greg en plus, ou en moins ?

Madeleine : Eh, ben… euh… Avec Pierre, le batteur précédent, tout se passait bien, c’est lui qui a voulu partir. On était triste, mais, bon. Greg l’a remplacé, et, oui, il est rigolo parce qu’il joue vraiment le jeu. Au tout début, il était très mal sapé quand il montait sur scène, un peu punk, il s’en foutait. Nous, on lui demandait de faire un petit effort, ‘tu pourrais mettre une petite chemise sympa… » Et il s’est complètement pris au jeu, maintenant, il monte sur scène, il se met du vernis, des boucles d’oreilles… On ne lui avait jamais demandé d’aller aussi loin (elle se marre), mais il s’est vraiment pris au jeu. C’est pas son caractère de base, mais du coup, il apporte ce côté rigolo sur scène. Les gens l’adorent ce grand dadais avec son vernis et son maquillage ! Il a apporté beaucoup de fraicheur, c’est un très bon batteur, et il est ravi de jouer avec deux filles. Il nous laisse la place, il écrase dans un coin, il sait que c’est nous les patronnes ! (rires)

 

Metal-Eyes : De toutes façons, c’est sa place de batteur, derrière, au fond…

Madeleine : Ben ouais, faut pas déconner (rires).

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Modern love pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel, et pour quelle raison ?

Madeleine : Alors attends, je réfléchi deux secondes… C’est une bonne question… J’ai l’impression que Shiny kid – pas parce que c’est le seul que j’ai écrit – est représentatif. Très rock, avec un refrain hyper lumineux. J’ai l’impression qu’il résume assez bien l’album.

 

Metal-Eyes : Tu parlais de concert à l’instant. J’ai vu qu’un concert est prévu le 16 septembre à la Maroquinerie.

Madeleine : Oui.

 

Metal-Eyes : Franchement, vous y croyez ?

Madeleine (elle explose de rire) : Je sais pas quoi te dire, on vient d’en parler pendant une heure. Au départ, ça devait être le 21 mai, on l’a déplacé en se disant que « septembre, c’est large » ! Maintenant… Est-ce que ce sera possible de le faire ? Légalement peut-être mais dans des conditions telles que ce sera affreux : tout le monde avec un masque, des distances… C’est le grand débat. Tout est si flou, c’est compliqué… On ne sait pas.

 

Metal-Eyes : Si tu devais penser à une devise pour Toybloïd, ce serait quoi ?

Madeleine : Tu penses à quelque chose qui existe déjà ? « Pierre qui roule n’amasse pas mousse ».

 

Metal-Eyes : Tu es musicienne, créative ou pas ?  

Madeleine (rires) : Je sais pas, ça va être dur de trouver une formulation…. Ce qui est sûr, c’est qu’avec le groupe, maintenant, on sait qu’on peut avoir confiance en nous, qu’on a des choses à dire, qu’on a envie de les dire, que les gens les entendent, qu’on a envie de créer un cadre bienveillant pour les gens qui ont envie de nous écouter. Que ce soit des filles qui pensent qu’elles n’ont pas le droit de faire du rock parce que ce sont des filles… on leur montre qu’on peut. Que si un garçon est gay, qu’il voit que ce n’est pas un problème. Ç a ne devrait pas être un combat, tout ça, ça devrait être des choses juste normales, mais, de fait, ce sont des combats qu’il faut continuer à mener.

 

Metal-Eyes : Donc, la devise, ce serait quoi ?

Madeleine : Ah, je sais pas ! Une devise… « Fais-toi confiance et fais ce que tu veux dans la vie » !

 

Metal-Eyes : Ben voilà, ça me va très bien. Ça fait un peu version française d’Aleister Crowley, mais je prends ! On n’a pas parlé de vos influences respectives…

Madeleine : On écoute beaucoup de choses… Lou, par exemple, est très fan de L7. Son père lui a fait écouter un CD des L7 quand elle était super jeune, moi, je n’ai pas du tout été élevée au rock de nanas… J’étais super fan de Placebo, les Clash, les Ramones, Nine Inche Nails, et tous les groupes des années 2000, Frantz Ferdinand… Après, on écoute aussi beaucoup de trucs actuels, de pop, comme Rihanna, Beyonce… Ce sont des machines de guerre de refrains efficaces et nous, on adore ça ! On aime bien l’idée d’avoir des inspirations très pop et de mettre des grosses guitares dessus.

 

Metal-Eyes : Est-ce qu’on parle de Nicolas Sirkis ? C’est l’oncle de Lou, quel soutient il vous apporte ?

Madeleine : Il a toujours été super pour nous. Je comprends que tu poses la question parce que ça a toujours été un peu délicat, est-ce qu’on en parle ou pas ? On veut pas être rapportés à ça tout le temps, mais maintenant, on a grandi et on est l’aise avec ça. Donc, oui, il a été là dès le départ avec une espèce de petit regard bienveillant mais pas du tout envahissant. Ce qui est super, c’est qu’il nous a très vite faits jouer en première partie d’Indochine. Je crois que notre cinquième concert, c’était au Zénith d’Orléans, c’est complètement délirant. Ça nous a mis un bon coup de pied au derrière pour être plutôt bons sur scène, très vite. Ça nous a donné un vrai coup de boost, grâce à lui. Après, on a joué dans je sais pas combien de Zénith, on a fait deux fois Bercy, deux fois le Stade de France, on a faits des trucs de dingues qui nous ont aidés, je pense, à être un bon groupe de scène.

 

Metal-Eyes : A trois sur scène, il faut aller le chercher le public de Bercy…

Madeleine : Ouais, en plus, à deux nanas devant… C’est une expérience de dingues. Dèjà, personnellement, je suis très très heureuse qu’il nous ait offert ça ! Ce qu’il a fait de plus pour cet album là – on est entièrement productrices de cet album, on a choisi tous les gens avec qui on a travaillé – à la toute fin, c’est qu’il nous a signés sur son label, KMS disques, qui est une filiale de Sony. Donc, l’album est distribué par Sony music, très bien, il est exposé, il y a des grandes affiches à la FNAC…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : vous aimez bien les ragots ?

Madeleine : Les ragots ? Ouais, pourquoi, tu en as ?

 

Metal-Eyes : Le nom du groupe joue sur les mots Toy (jouet) et Tabloid, la presse anglaise à ragots…

Madeleine : Ahhhh ! Ecoute, le nom du groupe… On l’avait à peine formé, on se connaissait à peine, et il y a eu ce jeu de mots qui est sorti entre ces deux mots pour donner Toybloïd, mais je ne sais même plus comment. Ce nom, personne ne sait le pronnoncer, personne ne sait l’écrire, on ne sait jamais trop quoi répondre quand quelqu’un nous demande ce que c’est (rires) ! Mais l’avantage, c’est que quand tu tapes le mot sur internet, tu tombes directement sur nous, il n’y en a pas 36 !

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à ajouter ?

Madeleine : Ben… Allez acheter notre album, il est disponible partout, en streaming, et allez regarder nos clips. On en est super fiers ! Pour le premier album, on a fait peu de clips et on n’en est qu’à moitié contentes, mais là, comme on a tout fait nous-mêmes, on en est très contents. Il y a déjà 4 ou 5 clips qui sont sortis, qu’on a fait avec des copains, en famille, donc oui, on en est fiers. Et on a hâte de repartir sur les routes ! C’est extrêmement frustrant de sortir un album dans ce contexte-là…

 

Metal-Eyes : Je comprends, on a tous envie de reprendre les concerts, que ce soit devant la scène, ou sur scène.

Madeleine : C’est ça ce qui va être fou, tout le monde sera au taquet, aussi bien le public que l’artiste sur scène ! Le positif, c’est que ça va regénérer des moments d’euphorie…

 

Metal-Eyes : Avec peut-être un moment de questionnement…

Madeleine : Ouais, mais je suis sûre qu’il y aura des moments super quand ça va reprendre.

 

 

GREY DAZE: Amends

USA, Rock (Loma vista, 2020)

Grey Daze, le premier groupe de Chester Bennington, qui sort un album alors que le chanteur s’est donné la mort en 2018? Certains pourront bien crier au scandale ou à l’opportunisme mais non… Ils ne seraient pas les premiers à proposer un album post mortem qui soit un hommage plus qu’un acte commercial. Souvenez-vous des réactions public en 95, lorsque Queen proposait un Made in heaven qui s’est révélé être bien plus qu’un hommage à Freddie Mercury, son chanteur décédé 4 ans auparavant. Grey Daze, dissous en 1998 alors que Bennington rejoignait un certain Linkin Park s’est reformé en 2017. Le groupe travaillait sur cet album lorsque le chanteur s’est donné la mort. L’idée était d’enregistrer de nouvelles versions de titres extraits des deux premiers albums de Grey Daze, formation grunge/post grunge. Tout a donc été réenregistré sauf… le chant. Le groupe a donc utilisé la voix enregistré deux décennies auparavant pour compléter son travail et le résultat est simplement bluffant tout au long de ce Amends qui transpire la mélancolie, la puissance et la passion. Sans réinventer les genre, Christin Davis (guitare) revisite ses mélodies, les épurant parfois, les renforçant à d’autres, suivi dans sa tâche par Mace Beyers et Sean Dowell (basse et batterie) qui insufflent à la fois légèreté et hargne. Et cette voix, presque juvénile, fragile, écorchée, sensible et vibrante… Difficile de croire qu’elle date de déjà 20 ans. Je ne comparerais pas ces versions aux originales que je ne connais pas, les fans sauront faire la différence. Profitons simplement alors de ces 11 morceaux directs, sans fioritures ni discours de trop (un seul dépasse les 4′) pour découvrir ou redécouvrir cette sensibilité d’une formation frappée en plein travail. Amends est un très bel hommage rendu ici à un homme qui n’a pas su confier sa souffrance…

TOYBLOÏD: Modern love

France, Rock (Toybloid/KMS, 2020)

Ils sont trois. Trois à se répartir les rôles au sein de Toybloïd, deux filles et un gars. Si toutes deux chantent, Lou tient également la guitare tandis que Madeleine se charge de la basse. Après le départ de Pierre, leur premier batteur, les filles recrutent Grégoire. Initialement prévue le 24 avril, la sortie de Modern love, leur nouvel album, se fait finalement le 26 juin 2020. Inutile de vous en expliquer les raisons, n’est-ce pas? Lire la suite

DUST LOVERS: Fangs

France, Rock (Besta records, 2020)

Les amateurs de heavy français seront sans doute interpellés par le nom du groupe. Oui, Texas Chainsaw Dust Lovers a décidé de rétrécir son nom et devient donc simplement Dust Lovers. Les Nantais, en amputant ainsi leur patronyme, dénaturent-ils aussi leur propos musical? Fangs, leur nouvel album – et premier sous ce nom – apporte la preuve du contraire. Joyeux, rock n roll, varié, l’ensemble des 11 titres continuent de puiser dans cet esprit cinématographique et populaire. Impossible de rester immobile sur Born to lose, de ne pas se laisser interpeller par les deux parties de Higher desire, de ne pas voyager dans le temps avec le groovy Night cruising, de ne pas tomber sous le charme du son coquin et séducteur de l’ensemble. Les êtres de la nuit envahissent les rues avec des sons étonnants, des textures improbables et, par conséquent, surprenantes. Fangs est un disque inventif, qui repousse les limites et se  laisse écouter avec autant de plaisir que de curiosité. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour s’approprier cet ensemble improbable, imaginatif et réussi.