Interview: SLEAZYZ

Interview Sleazyz : entretien avec Speed (batterie). Propos recueillis par téléphone le 29 janvier 2021

Metal-Eyes : Votre album March of the dead est sorti en octobre dernier. Première question : pourquoi en faire la promo aussi tard ?

Speed : Ben, la crise sanitaire n’a pas facilité les choses, tu as pu le constater. Il y a un an jour pour jour, nous étions encore en studio, Âme du temple, à Troyes…

 

Metal-Eyes : A Troyes ? Mais vous êtes quatre…

Speed : C’est ça (rires) ! On est de Troyes, mais nous sommes 4 et l’album a été enregistré en 5 jours (rires). Joli coup, hein ! Vu que ce sont des morceaux relativement court, l’album ne dure que 33 minutes. Tu as pu l’écouter ?

 

Metal-Eyes : Oui, la chronique est déjà parue, ça a été une très agréable surprise.

Speed : C’est vrai, je l’ai vue en plus ta chronique. Pour nous, ce qu’on recherche, c’est que ça dégomme, que ça envoi, et l’esprit, c’est aussi de trouver des refrains qu’on va pouvoir retenir, dans un esprit un peu festif.

 

Metal-Eyes : Un peu festif et aussi un peu shock rock. D’autant plus que Marche of teh dead est sorti juste à la période de Halloween.

Speed : Oui, même si cet album aurait dû sortir plus tôt. Mais avec le Covid, on a repoussé, encore et encore, il devait sortir au mois de novembre, on devait même, grâce à la ville de Troyes et La Maison du Boulanger en faire la promo à la Chapelle Argens, une très bonne salle de concert, mais c’est aussi repoussé, pour l’instant au mois d’avril.

 

Metal-Eyes : Revenons cependant sur l’histoire du groupe que je découvre avec ce nouvel album. Peux-tu me raconter l’histoire du groupe ?

Speed : Alors, Sleazyz est un groupe d’horror metal qui a été créé en 2003 par Fred, le chanteur bassiste, à Saint Ouen, en région parisienne. Il y a eu deux albums single auto produits faits à cette période. En 2017, 2018, Fred est venu s’installer à Troyes et a reformé le groupe avec un nouveau line-up. Il y a donc Fred, l’auteur compositeur principal des morceaux, chanteur et bassiste du groupe, David « Ripper » à la guitare lead, « Pandemonium » Rodriguez, Illiana, aussi compositrice et arrangeuse, à la guitare rythmique et au chœurs, et moi à la batterie. Le premier album, une démo 12 titres, a été enregistré en 2014, et en 2016, Funhouse arrive, avant la reformation en région troyenne et l’enregistrement de March of the dead et 10 nouveaux morceaux.

 

Metal-Eyes : 10 nouveaux morceaux qui correspondent bien au nom du groupe, des morceaux assez glam rock aussi, mais pas que…

Speed : On a plein de monde autour de nous qui nous « au final, vous jouez du rock n roll ». Mais c’est la base, le rock ! Fred est fasciné par tout ce qui est horreur, films d’horreur des années 50 à 80. Sur scène, on a aussi toujours des montages de films de ces périodes-là. C’est super, parce que dans le public, les gens se font des petits quizz, c’est à qui reconnait tel ou tel extrait.

 

Metal-Eyes : Assez fun aussi, donc. J’allais te demander à quoi ressemble un concert de Sleazyz, mais tu viens d’en faire un rapide descriptif…

Speed : Oh, un concert de Sleazyz, tu as vu des photos, il y a du maquillage, un look, et le montage video avec, quand on le peut, sur des scènes un peu plus grandes, un visuel toujours en lien avec cet univers de l’horreur.

 

Metal-Eyes : Rock n roll, influences de film d’horreur… Mais si tu devais décrire votre musique à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, que lui dirais-tu ?

Speed : Oh, d’abord notre musique elle reste basée sur les influences que nous avons tous les quatre. On écoute du rock, du metal, du glam et aussi du speed et du thrash.

 

Metal-Eyes : Et si tu devais ne retenir qu’un seul morceau de March of the dead pour inciter la personne à écouter ce que vous faites, ce serait lequel ?

Speed : Pour l’inciter ? Je l’invite à regarder notre dernier clip, le morceau qui s’appelle Devil talking in my head. Je pense que ça retranscrit tout ce que je viens de te dire : ça commence avec un metal assez lourd, avec des saccades, un solo de guitare bien speed, il y a du groove, tout ça dans le même morceau. C’est assez représentatif de l’ambiance de Sleazyz. Même si, comme tu l’as écrit dans ta chronique, il y a des morceaux un peu plus glam, d’autres carrément punk ou indus. Mais en allant toujours droit au but. Ce qu’on cherche, c’est que le lendemain d’un concert, que quelqu’un se réveille en ayant toujours un ou deux refrains en tête.

 

Metal-Eyes : Ben ça, en ce moment, ce n’est pas gagné… Une question sur la pochette : à quoi correspondent les dates qui figurent sur le cercueil, au verso ?

Speed : Ah, alors là, c’est une bonne question ! Je ne pourrais pas te répondre… Je n’ai pas l’album devant moi….

 

Metal-Eyes : 1959, 1945, 1959 et 1968.

Speed : Je n’en ai aucune idée. Il faudra demander à Fred… C’est vrai que je n’avais pas tout décris sur cette pochette.

 

Metal-Eyes : Avais-tu eu l’opportunité d’écouter ce que faisait la première mouture de Sleazyz ?

Speed : Oui, reprenant certains de ces morceaux, j’ai écouté, et ça reste dans l’esprit de ce que fait Sleazyz.

 

Metal-Eyes : Alors comment pourrais-tu décrire l’évolution du groupe entre ces deux derniers albums ? Il y a eu un changement radical de line-up, mais en dehors de ça ?

Speed : Quand je suis arrivé dans le groupe, il y avait déjà 6 morceaux de composés par Fred. Les arrangements finaux se font aussi en studio, mais j’espère que pour le prochain on pourra apporter un peu plus notre patte. Mais c’est vrai que depuis un an et demi, tout se passe toujours super bien, il y a une vraie symbiose entre nous. On est toujours un peu comme des gamins, et jusqu’à présent, je traverse ce groupe avec une impression assez virevoltante, et j’ai joué dans maints et maints groupes…

 

Metal-Eyes : Vous avez travaillé avec un producteur, l’album a un gros son. Il est sorti en fin d’année dernière, alors, quels sont les premiers retours ?

Speed : Toutes les chroniques qu’on a reçues vont au-delà de ce qu’on pouvait espérer… « du son direct qui rentre dedans », « Fun, fear et rock n roll », des choses comme ça. Je pense que tout a été très positif. Le problème, c’est que la distribution de l’album c’est… AUJOURD’HUI ! Sur toutes les plateformes streaming…

 

Metal-Eyes : Avec tous ces retours encourageants, avez-vous envie d’enfoncer le clou et de ne pas faire attendre le public trop longtemps avant un nouvel album ?

Speed : C’est assez difficile de se voir en ce moment. Mais on commence à composer, on a quelques bribes de titres qui prennent forme.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Sleazys ?

Speed (il rit) : comme dit le morceau Sleazyz qui figure sur un autre album : « One, two, fuck you ! »

 

Metal-Eyes : Soyons clairs : « One, two », comme « un deux », ou « Want to » comme « je veux » ?

Speed : Non, non, « un deux », « One two » ! En plus, sur scène, le morceau marche bien sur scène, le public réagit facilement et le reprend direct. En plus, avec la période qu’on vit, on est en plein dedans.

 

Metal-Eyes : As-tu quelque chose à rajouter pour terminer ?

Speed : Je vais me répéter, mais « fun, fear, and rock n roll ».

 

 

Interview: THE LUKA STATE

Interview THE LUKA STATE : entretien avec Conrad (chant, guitare) et Lewis (guitare). Propos recueillis par Skype le 26 janvier 2021

L’attitude, la fougue de la jeunesse, l’envie, la rage… Avec leur premier album, Fall in fall out, qui vient de sortir, les jeunes Anglais de The Luka State pourraient devenir « the next big thing ». Au capital énergie s’ajoute le capital sympathie, comme nous l’ont démontré avec une vraie bonne humeur, Conrad (chant et guitare) et Lewis (guitare) lors de notre récent entretien. Incontestablement, The Luka State est un groupe à découvrir et à suivre de près. Quatre garçons en confinement…

Metal-Eyes : D’après ce que je sais, The Luka State a été formé en 2013. Vous avez publié un paquet de singles, 2 Ep, et vous sortez maintenant votre premier album. Pour quelle raison vous a-t-il fallu aussi longtemps pour publier ce premier album, Fall in fall out ?

Conrad : On a monté The Luka State à l’école, ce n’était pas le même groupe. Lewis nous a rejoints, et The Luka State que tu vois est le vrai groupe. En réalité, ce premier album ressemble au travail de toute une vie.

 

Metal-Eyes : Toute une vie ? Vous avez quel âge ?

Lewis (rires) : 21 ans !

Conrad : Ce que je veux dire, c’est qu’on avait tant de chansons déjà composées… Pour cet album, il y en avait 75 ! Il a fallu que nous les repassions toutes en revue pour n’es retenir que 12 pour l’album. Cela a demandé beaucoup de temps. Les chansons devaient être assez puissantes, avant tout, et lorsque nous tenions enfin ce que nous pensons être un album assez puissant, nous voulions le sortir par le biais d’un gros label. Je ne saurais expliquer pour quelles raisons il a fallu autant de temps, mais je suis content de cela, parce que maintenant, nous avons l’impression que le voyage commence vraiment.

 

Metal-Eyes : J’aime cette vision « le voyage démarre vraiment maintenant » … Votre backdrop est juste derrière vous, pouvez-vous expliquer la signification de ces différents éléments ?

Conrad : Bien sûr ! Chacun de ces emblèmes représente une personne du groupe. Lewis, je te laisse parles de ceux de ton côté.

Lewis : En haut, il y a les aiguilles d’une horloge qui représente le temps. C’est la représentation de notre batteur, Jake, pour qui le temps, dans tous les sens du terme, est important. En dessous, il y a le visage d’Icare. C’est mon choix, qui vient de mon grand-père qui me racontait plein d’histoires, me conseillait de ne pas trop m’approcher du soleil… l’industrie dans laquelle nous travaillons…

Conrad : En bas, de mon côté, c’est un papillon, qui représente la grand-mère de Murphy, qui est décédée. Le mien, au-dessus, est un pin. Ma mère est morte d’un cancer quand j’avais 16 ans, et nous avons planté un pin en sa mémoire. Il nous donne tous les ans des pommes de pin fraiche que nous conservons chez nous ou dans nos voitures. Chaque symbole représente donc l’un d’entre nous et, ensemble, font de nous ce que nous sommes en tant que The Luka State. Et il est assez cool…

 

Metal-Eyes : Merci pour cette explication, elle valait le coup d’être donnée. Votre premier album sera en bacs le 29 janvier. Comment le décririez-vous à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Conrad : C’est un album de rock, avant tout. C’est énergique, nerveux, il décrit un peu ce que c’est que d’être un jeune qui grandit dans une ville ouvrière du nord de l’Angleterre… Les combats que tu mènes en tant que jeune homme. Les gens peuvent s’y reconnaitre, c’est assez facile de s’emballer en l’écoutant, de chanter, de danser ! Tous les éléments sont réunis pour passer du bon temps.

 

Metal-Eyes : J’ai écouté l’album et j’ai le sentiment qu’il y a un mélange de punk et de Beatles. Pas seulement, mais c’est ce qui me saute aux oreilles…

Conrad : Waow, c’est un super compliment ! Nous sommes de super fans des Beatles, et de très grands amateurs de punk ! Lewis adore The Clash, The Jam et The Sex Pistols, et vraiment, les Beatles, c’est un de nos groupes de chevet. C’est cool que tu ais reconnus ça !

 

Metal-Eyes : Vous êtes originaires de Winsford, dans le Cheshire. Je ne connais pas beaucoup les groupes de cette région, qui d’autre y a-t-il ?

Lewis : C’est une petite ville d’où nous venons… Souvent, les groupes du coin se présentent comme venant de Manchester, dans notre région. Mais nous sommes fiers de nos origines, nous sommes fiers de dire que nous venons d’une ville ouvrière, pas de Manchester sous prétexte que nous venons de sortir un album…

 

Metal-Eyes : D’autres groupes qui ont percé sont issus de villes ouvrières… Birmingham, Sheffield…

Lewis : C’est clair !

 

Metal-Eyes : Revenons à votre album qui sort bientôt. Au-delà du premier single – avec sa vidéo, Feel it – il y a cette chanson Fake news. C’est un clin d’œil au départ de Trump ?

Conrad (il rit) : Bon parallèle mais non… Elle traite du fait de venir d’une petite ville ouvrière, comme c’est notre cas. Il y a ce que j’appelle « la mentalité des petites villes ouvrières » où les gens parlent, jalousent ce que tu es lorsque tu évolues dans la vie. Parfois, ça va jusqu’à colporter des choses pour dénigrer ton entourage, ton nom. Les gens qui disent de la merde à ton sujet, qui colportent de fausses infos à ton sujet. Et ça a un impact sur le bien être des gens concernés. C’est plus de cela que traite cette chanson, bien plus que de Donald Trump…

 

Metal-Eyes : Y at-il un lien avec un de vos singles, Lies ! Lies ! Lies !?

Lewis : En réalité Lies ! Lies ! Lies ! est sans doute le morceau le plus engagé politiquement que nous ayons écrit.

Conrad : C’est vrai, et en ce moment, je fais en sorte de rester aussi loin que possible de la politique dans mes textes. Jusqu’à ce que j’ai quelque chose à dire. Mais en ce moments, je n’en ressens pas le besoin.

Lewis : Il se passe tant de choses en ce moment que nous préférons nous concentrer sur le fait de donner du plaisir aux gens plutôt que de ressasser ce qu’il se passe…

 

Metal-Eyes : Alors doit-on parler du Brexit ?

Lewis : Je pourrais t’en parler longtemps, mais ça ne nous amènera nulle part…

 

Metal-Eyes : On vous souhaite bonne chance en tout cas.

Tous les deux : Merci ! On va vraiment en avoir besoin !

 

Metal-Eyes : Venons-en au nom du groupe : y a-t-il un lien avec la chanson de Suzanne Vega, Luka ?

Conrad : Non… (il rit) The Luka State signifie « avoir une attitude mentale positive ». En gros, Sam, le bassiste du groupe, et moi avons vécu quelques temps à Toronto. Nous habitions dans un studio où un gars venait nous rendre visite de temps en temps. Ce studio appartenait à un gars fans des Beatles, alors il y a avait toujours quelque chose en lien avec les Beatles quelque part. Ce gars, Luka, qui venait nous rendre visite, avait toujours une attitude très positive, quoi qu’il se passe, et sa présence à réellement eu un impact sur nous, moi, principalement. C’est ce qui nous a poussé à appeler ce groupe The Luka State, l’état d’esprit de Luka, un état d’esprit que nous nous efforçons d’adopter et d’appliquer.

 

Metal-Eyes : Le 30 janvier, vous avez annoncé une tournée US virtuelle. On connait les concerts en streaming, mais une tournée US… C’est quoi l’idée ?

Conrad : En fait, on a déjà fait ce genre de choses en ligne parce que nous souhaitons simplement rester en contact avec le public, les gens qui découvrent le groupe… Je crois que nous vivons une époque où tout se fait… On ne peut plus se réunir, aller en concerts, faire la fête, toutes ces choses nous manquent. On ne se rend pas compte à quel point nous étions chanceux de pouvoir sortir avec nos potes, boire un verre, hurler à en perdre la voix en concert… Que nous soyons sur scène ou devant. Nous voulons seulement montrer à nos fans que nous ne baisserons pas les bras, la pandémie ne nous fera pas reculer. On a fait équipe avec des promoteurs ici, au Royaume uni, et aussi aux USA. Même si nous préférerions jouer dans une petite salle à guichets fermés – ce qui n’est pas réaliste aujourd’hui., nous pouvons aussi utiliser la technologie moderne pour donner ces concerts.

Lewis : Et les Américains nous ont offert quelques bons moments, alors on s’est dit que c’est à notre tour de leur faire plaisir ! (rires)

 

Metal-Eyes : Ce qui signifie que si je veux assister à cette tournée virtuelle des USA, il faudra que je m’adapte au décallage horaire ?

Lewis : Malheureusement pour toi, oui (rires). Ils l’ont fait de leur côté, à notre tour de leur faciliter les choses…

Conrad : Mais, non, ce sera sur Youtube après, tu pourras le regarder quand tu veux !

 

Metal-Eyes : Conrad, tu as dit que, pour le moment, tu ne veux pas aborder la politique dans tes chansons. Alors, de quoi traitent les paroles ?

Conrad : Sur ce premier album, je parle surtout du fait de grandir, en tant que jeune homme de 20 ans, dans une ville ouvrière en Angleterre, de l’envie de s’évader. ça parle d’évasion, de colère, de passion, de luxure et de sexe, de drogues, de sorties nocturnes…

 

Metal-Eyes : Attends un instant… « de sexe, de drogues » mais pas de rock’n’roll ?

Conrad (rires) : Oh si, le rock, c’est la musique ! En fait, le thème tourne autour du fait de grandir à 20 ans, de ce que tu peux expérimenter. Je pense que beaucoup de gens pourront se reconnaitre, que tu aies 20 ans ou que tu sois plus vieux. C’est ce que je cherche à retranscrire dans mes paroles.

 

Metal-Eyes : D’un point de vue musical, comment travaillez-vous ? Est-ce que l’un d’entre vous arrive avec ses idées et vous en discutez tous les quatre ou est-ce un travail plus collectif ?

Conrad : On travaille de ces deux manières en fait. D’un côté, j’arrive avec mes idées et chacun ajoute ce qu’il souhaite, on en parle et ça devient une chanson de The Luka State, pas une « chanson de Conrad ». La basse, la batterie trouvent leur place et s’imbriquent naturellement. Mais nous travaillons aussi en groupe, les idées naissent de détails, un riff, un rythme, une ligne de basse, une mélodie. Il y a toujours un moment au sein du groupe où chacun propose quelque chose. C’est sain de pouvoir travailler ensemble et de ne pas dépendre simplement d’un compositeur qui arrive avec ses morceaux…

 

Metal-Eyes : Lewis, toi, tu apportes quoi à ce groupe ?

Lewis : Le bon goût vestimentaire (rires)…

 

Metal-Eyes : Tu as entendu ça, Conrad ? En fait, dans la vidéo Feel it, votre batteur a un look affreux… On dirait qu’il a débarqué à la bourre et n’a pas pris le temps d’enlever son pull… (rire général)

Lewis : Je vais lui dire (rires) !

Conrad : Oui, on va lui dire !

 

Metal-Eyes : En dehors du bon goût ?

Lewis : Sérieusement, en dehors d’idées qui naissent d’un riff ou en grattant la guitare, j’apporte sans doute la partie la plus heavy au groupe. Mais ça reste un travail collectif. La table est ouverte, toutes les idées sont les bienvenues.

 

Metal-Eyes : Vous avez travaillé avec un producteur pour l’enregistrement de l’album. Que vous a-t-il apporté ?

Conrad : Oh, il est arrivé avec son regard, et il nous a fait enregistrer en live. Il n’y a pas de séquences, même si le chant a été capté à part. Ce que tu entends, ce sont 4 gars qui jouent live dans la même pièce. Avant, nous ne nous rendions pas compte de ça, même si nous dégageons beaucoup d’énergie live. On a enregistré plusieurs choses sans jamais réussir à capter vraiment cette énergie. Nous ne pouvions pas obtenir le résultat que nous voulions. On enregistrait, on se disait « ouais, ça sonne super bien », et quand nous le faisions écouter à quelqu’un, la réponse était « non, ce n’est pas vous ». Il nous a donc fallu un producteur qui nous dise « non, vous n’allez pas enregistrer séparément, vous allez jouer live. Vous êtes suffisamment bons musiciens pour trouver cette énergie ». C’est le rôle d’un producteur, de faire ressortir le meilleur de chacun et du groupe.

 

Metal-Eyes : Si chacun de vous devait ne retenir qu’un seul titre de Fall in fall out pour expliquer à quelqu’un ce qu’est The Luka State, lui dire « voilà ce que nous faisons », ce serait quel titre ?

Conrad : Pour moi, ce serait Bury me. Un titre direct, punk, qui va droit au but, rock n roll, rageur, 3 minutes qui ne laissent pas de place au doute.

Lewis : Pour moi, ce serait [insert girls name here]. C’est aussi un morceau très punky, mais il y a un super refrain poppy et facile à retenir. Oui, nous sommes agressifs, mais nous apprécions aussi la mélodie efficace.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de The Luka State ?

Conrad : Mmh… « ne jamais renoncer », je pense. Nous sommes à ce stade de notre carrière parce que nous n’avons jamais renoncé, nous avons toujours continué, et ça ne fait que commencer. Ne jamais renoncer à croire en nos rêve, c’est ce que chacun devrait vivre ! C’est valable dans tous les aspects de la vie.

Lewis : Je suis d’accord. Et je dirais aussi « rien n’est suffisamment bon que le meilleur ».

 

Metal-Eyes : Quels sont vos projets immédiats ? Vous ne pouvez pas tourner, partir en promo…

Conrad : Le bon côté de cette situation, c’est que nous avons du temps pour composer. Nous avons commencé à nous pencher sur le second album… Nous prévoyons aussi de tourner à compter du mois de septembre, et nous croisons les doigts pour que ça se produise. Nous passerions par Paris. Mais d’ici là, nous composons.

 

Metal-Eyes : Merci beaucoup à tous les deux, j’espère aussi avoir l’opportunité de vous voir sur scène en France bientôt. Bonne chance avec ce premier album en tout cas.

Conrad : Merci beaucoup, on espère nous aussi !

Lewis (en français) : A la prochaine !

 

LIZZARD: Eroded

France, Rock (Pelagic, 2021)

Il y a 3 ans, les Français de Lizzard nous proposaient Shift, un album de rock aux inspirations variées qui, selon Matthieu, guitariste chanteur de la formation limougeote avec qui nous avons échangé le 15 janvier, « nous a permis d’avancer, de débloquer pas mal de choses chez nous, de nous assumer artistiquement« . Quelle évolution Mathieu voit-il entre ces deux albums? « On s’assume mieux, on ne se prend plus la tête… On joue comme on joue et ça sonne comme ça sonne!« Ils reviennent aujourd’hui avec Eroded, nouvel opus de 11 chansons qui alternent entre soft rock (un peu), pop rock, et rock plus virulent aux accents parfois limite punk. En introduction, Corrosive, un titre instrumental qui laisse entrevoir une approche aérienne et presque progressive de la musique du combo qui nou soffre un contre-pied total avec les premiers accords de Blowdown, rugueux et rythmés. La suite est une recherche constante de cette mélodie qui fait bouger, de hargne et de rugosité musicale. L’album a été composé et enregistré après avoir assuré la promotion du précédent en 2019 (« Je ne sais pas comment d’autres font, mais nous, on est incapables de composer sur les routes… On a besoin de se poser et de en penser qu’à ça, même si j’emmagasine des idées sur la route« ), 2020 a été consacrée au mixage et à la recherche d’un label, et a été accueilli par Pelagic, qui héberge, entre autres, les compatriotes de Hypno5e et Klone. « Le label nous connait, artistiquement, et sait dans quoi il s’aventure avec nous! Il peut combler des choses sur l’aspect professionnel, le merch, l’image… »  Si l’on pouvait détecter quelques influences de The Police ou REM, de new wave aussi sur Shift, celles-ci on disparu. Mais « j’ai envie de dire c’est cool, mais, pour moi, c’est les pires années en musique. J’écoute peut-être les mauvais groupes! mais non, ça ne fait pas partie de nos influences. Nos parents écoutaient ça, donc, forcément, on a chacun été marqués par ce que nous entendions à la maison, mais il n’y a rien de conscient. » Alors, si ce n’est musicalement, est-ce visuellement? Y a t-il quelque recherche volontaire dans l’alternance des pochettes (premier et troisième album en noir et blanc, second et quatrième dans des tons plus « terriens »). « Bien, vu! mais non, on n’y pense pas comme ça. »). Contrairement aussi à beaucoup d’autres, la crise sanitaire n’a pas eu d’impact sur la réalisation de l’album: « le premier confinement, on était en plein mix de l’album, donc « restez chez vous »… on y était déjà. On ne l’a pas du tout senti passer ce confinement! Après, il y a eu l’été, et le second, on travaillait la préparation de la sortie avec le label, ça a été beaucoup de travail (…) Pandémie ou pas pandémie, il y aurait eu le même processus pour la sortie. » Comment Matthieu décrirait-il la musique de Lizzard à quelqu’un qui ne connait pas le groupe aujourd’hui? « Je lui dirais simplement de ne pas écouter Lizzard aujourd’hui (rires). Pourquoi? Parce que je trouve qu’on n’a pas des thèmes très joyeux même si on veut donner la patate aux gens. C’est du rock avec un twist, un petit brin de folie que peu osent faire aujourd’hui. Je dit qu’on est « art rock », on cherche l’expression artistique avant tout« . Alors quel titre de ce nouvel album considère-t-il comme étant le plus représentatif de ce qu’est le trio aujourd’hui? « Mhh… Avanlanche. Parce que ça a été l’un des morceau qui a suscité le plus de débat pendant la composition. On peut l’écouter de plein de manières différentes, il est vraiment en deux parties sans être progressif. Il est d’une simplicité à couper le souffle, mais en même temps, il fallait y penser. Il est entraînant sans qu’on ait besoin de taper du pied, tu peux faire du headbang si tu veux« . Pour ce quatrième album, Lizzard prouve évoluer et s’émanciper en s’approchant de plus en plus de son identité musicale. Ni foncièrement metal, ni totalement rock, mais entièrement sincère et direct, Eroded, sans doute l’album le plus mature du trio, s’adresse à tout amateur de rock mélodique et burné.

PUSCIFER: Existential reckoning

USA, Rock électro et expérimental (BMG, 2020)

Maynard James Keenan n’a de cesse de surprendre. Avec ce nouvel album de Puscifer, le gaillard nous fait entrer dans un univers improbable de sonorités d’un autre temps… Comment prendre cet album proche d’une cold wave des 80’s? Le duo vocal qu’il forme avec Carina Round tout au long des 12 titres de ce Existential reckoning est intriguant, les deux échangeant de telle sorte que l’auditeur est entraîné là où il ne s’attend pas. Les machines utilisées par Mat Mitchell jouent aussi un rôle important dans le résultat final – on dirait les premiers synthétiseurs grand public – quelque peu déstabilisant. L’ensemble est étrange, planant comme si le groupe se trouvait dans une autre dimension, une dimension bizarre, intrigante. Si certains peuvent crier au génie, je ne parviens pas à accrocher, tout simplement. MJK peut bien tout se permettre, et c’est bien son rôle, d’autant plus au travers de ses divers projets, il n’oblige personne à adhérer. Trop complexe pour moi, sans doute…

BON JOVI: 2020

Rock pop, USA (Island, 2020)

Un nouvel album de Bon Jovi est-il toujours une bonne nouvelle? Franchement, ce 2020 au titre peu inspiré risque de ne s’attirer que deux types de réactions: les fans ultimes qui vont encore partialement crier au chef d’oeuvre et les autres qui, comme moi, ne dirons rien de plus qu’un simple « oui, du Bon Jovi, sans surprises ». Car au bout de presque 40 ans de carrière, la recette continue de fonctionner: des ballades sirupeuses constituent une bonne moitié de l’album (American reckoning, au texte quelque peu engagé, Story of love, Lower the flag, Unbroken), l’autre se faisant plus « rock » mais typique de ce que le public attend. A une exception près,  cependant: Do what you can qui lorgne volontiers du côté du southern rock. Mais franchement, les choeurs qui  démarrent dès Limitless, et que l’on retrouve sur Beautiful drug (les deux ont la même base: une basse groovy mise en avant, un refrain facile et des « oh,oh, ooh » trop racoleurs) n’ont pour seul objectif que de faire participer le public en concert. Ok, Blood in the water se démarque mais rapidement se pose le sentiment que le titre se veut un nouveau Dry county. Et ce titre là, il est sacré… Mais aussi, cette voix, qu’en penser? J’ai dû rater quelques épisodes, mais Jon Bon Jovi semble vouloir prendre un accent bad guy, un peu vulgaire par instants et aussi, plus éraillée que jadis, sans doute le résultat de trop de clopes. Moins séduisante à mes oreilles, en vérité. 2020 est un album gentiment plaisant mais qui laisse l’auditeur que je suis sur sa faim. Trop facile, trop entendu, trop mou. Une aventure qui pour moi s’est arrêtée avec These days. Dommage… Vivement 2021 qu’on passe à autre chose.

TOYBLOÏD live – avec Slurp (Terrasses du Trabendo, Paris, le 23 septembre 2020)

Les réseaux sociaux fonctionnent bien… Toybloïd en profite pour organiser, avec l’aide de Super Sonic, un concert gratuit, en extérieur, sur les terrasses du Trabendo – en gros, le parvis extérieur de la salle parisienne. La météo annonce l’arrivée de l’automne et de la pluie, mais qu’importe! Depuis trop longtemps privés de concerts, les 250 personnes autorisées viennent braver les éléments qui se déchaînent vers 19h30. Une pluie battante pousse les présents, nombreux, sous les barnums répartis ici et là, protégeant la scène, le bar et les stands de merch. Le plus grand abrite naturellement une petite scène sur laquelle se trouve batterie, sono et quelque lights. Deux règles ce soir: la jauge limitée à 250 personnes (tant mieux, la nouvelle tombe ce même soir d’une nouvelle interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes…) et l’obligation de porter le masque. Premier constat: avec la pluie, le public est massé sous les tonnelles – tchao les distanciations sociales – et, bière aidant, les masques tombent vite. Trop nombreux sont les visages visibles. Il faudra attendre que le trio féminin Slurp monte sur scène pour que, sur demande de la guitariste chanteuse, le public daigne replacer les masques… Elle jouera gentiment avec par la suite, en introduisant les chansons d’amour, invitant à… « mais c’est pas pratique avec les masques, alors, dansez! »

Slurp

Mais puisque nous sommes là pour ça, parlons musique. Slurp ouvre le bal avec un rock pop lorgnant parfois du côté du punk US, festif et joyeux. Les filles sont de très bonne humeur, et le set proposé est tout aussi jovial et dansant. Le chant anglais est parfaitement maîtrisé, le propos semble assez engagé. Incontestablement, la musique de Slurp donne envie de bouger et de danser.

Slurp

Voici un coup de coeur, un groupe à revoir dès que possible pour le fun et l’entrain – je retiens notamment le côté « déconne » de la batteuse qui joue avec la cloche de la batterie plutôt qu’avec sa charley, ce qui entraîne une jolie crise de rire avec la bassiste). Son set se termine par un boeuf avec les filles de Toybloïd (donc les 2/3 du trio, je vous laisse compter) avant un changement de plateau rapide.

Slurp

A peine une demi-heure plus tard, la tête d’affiche investit la scène. On sent le trio concentré, avec cette envie de convaincre et de vaincre. Rappelons ici que, comme tant d’autres, Toybloïd a dû annuler le concert à la Maroquinerie, concert censé célébrer la sortie de son nouvel album, Modern love. L’organisation de ce concert gratuit, ce soir, a tout d’une forme de revanche, d’autant plus avec les nouvelles restrictions annoncées par le gouvernement.

Toybloïd

Si Madeleine (basse) est très mobile et dansante, Grégoire (batterie), son visage pailleté et ses ongles bleus, puissant et efficace, Lou (guitare et chant) semble très concentrée et appliquée. Sérieuse même. Bien sûr, le groupe a envie d’en découdre et de braver les éléments, mais, il manque ce soir un petit quelque chose. L’esprit ne semble pas totalement à la fête. C’est quand même une soirée étonnante…

Toybloïd

Notons que l’ambiance générale est quelque peu limitée – c’est en tout cas mon ressenti à ce moment – par le non respect des distances et, notons le également, certaines personnes qui retirent volontiers leurs masques ne facilitent pas les choses – ni les masques, ni le fait de les retirer. La pluie n’invite pas non plus à prendre ses distances et pousse même au rapprochement. N’empêche, la musique du trio, un rock dynamique qui tire vers une certaine forme d’irrévérence punk, ça ne laisse pas de marbre. Et ça fait du bien d’entendre de la musique amplifiée, de voir des musiciens se donner autant que possible et présenter leur nouveau disque avec pas moins de 11 morceaux qui en sont extraits (il ne manquent que Queer et Donna).

Toybloïd

Au final, même si la suite du concert permet à chacun de se montrer plus à l’aise et détendu, c’est un concert en demi teinte que je retiens. La faute au Covid? Aux masques? Au non respect du port de ces derniers? Une ambiance de fête, pourtant, cherche à trouver sa place. On a tous envie d’y retourner à ces concerts… Pourvoir dire « j’y étais et j’y retourne ». Alors, oui: ce soir, j’ai assisté à un concert. C’était… bizarre, et étonnant.

Interview: TRANK

TRANK (de gauche à droite): David, Johann et Michel

Interview TRANK: entretien avec Michel (chant, programmation), Julien (guitares), David (basse), Johann (batterie). Propos recueillis à Paris, Black Dog, le 10 septembre 2020

 

Retrouver le chemin des interviews en face à face… Enfin ! Et quand en plus la première rencontre post Covid se fait avec la découverte française de l’année, comment se plaindre. C’est donc Trank au complet qui me reçoit dans la bonne humeur pour une longue interview « en vrai ». Humainement aussi chaleureux que leur musique est entraînante, Trank est sans aucun doute le groupe à suivre et à soutenir.

 

Metal-Eyes : Commençons par une première question sans surprise : pouvez-vous nous raconter l’histoire de Trank, en quelques mots ?

Michel : On s’est formé en 2016. On a commencé par sortir un premier 6 titres pour se faire la main, mais notre ami David n’était pas encore là. C’est vraiment quand il est arrivé que le son et la personnalité de Trank se sont mis en place. On a sorti 3 singles en 2018 qui nous ont permis de décrocher de grosses premières parties comme Deep Purple, Anthrax ou Papa Roach. On retrouve ces singles sur le premier album – enfin ! On a pris notre temps, on peut dire qu’on est perfectionnistes et qu’on aime bien faire les choses.

 

Metal-Eyes : Et vous êtes originaires d’où ?

Michel : Warf !

Julien : On vit tous dans la région genevoise. On est tous Français, originaires de France mais la vie nous a amenés à aller travailler en Suisse ou à côté, et c’est là qu’on s’est retrouvés.

 

Metal-Eyes : Quel est le parcours musical de chacun ?

Michel : Alors… Parlons de ce que nous avons en commun : on a tous fait de la musique dans des groupes amateurs ou semi pro sans jamais tomber sur le projet qui nous donne suffisamment de motivation pour continuer d’un point de vue professionnel, jusqu’à ce qu’on finisse par se rencontrer. J’ai commencé par croiser Julien. Je jouais à l’époque dans un groupe de reprises à Genève avec qui j’ai tout appris, comment me tenir sur scène, chanter du rock. Ce groupe, pour diverses raisons, ne voulait pas passer à l’étape de la composition, qui, moi, me tentait vraiment. Je voulais trouver un partenaire pour des choses plus rock, sachant que je faisais des choses plus mélancoliques… Je voulais trouver quelqu’un qui m’aide à me pousser dans des retranchements plus rock. Je suis tombé sur… ce mutant qui composait à la chaine des riffs incroyables sur sa guitare high tech improbable. Je connaissais Johann depuis des années et je savais que lui aussi cherchait un groupe dans lequel s’investir. Après, il nous a fallu du temps avant de trouver le bon bassiste – on en a eu trois ou quatre avant que David arrive par le biais classique des annonces. Et c’est vraiment quand il est arrivé qu’on a finalisé ce qu’est l’identité du groupe.

 

Metal-Eyes : Et vous, vous avez commencé dans quoi ?

David : Que de la compo… j’ai commencé avec le punk, guitariste de punk.

 

Metal-Eyes : Punk anglais ou US ?

David : Non, non, punk anglais, d’abord, et US par la suite. Après je suis resté coincé dans le metal sous toutes ses formes, je suis passé par plusieurs instruments avant de finir à la basse. Un choix volontaire de ma part : en étant guitariste, c’était un peu fatiguant de ne croiser que des guitaristes (rire général) … J’aime beaucoup les guitaristes, mais quand tu cherches un groupe ? il y a 40 guitaristes qui se présentent, alors… Je me suis donc mis à la basse et j’y trouve mon compte parce que je fais à la basse ce que je fais à la guitare.

 

Metal-Eyes : Un nouveau Lemmy…

David : Non… Non… D’ailleurs, je n’ai jamais été bercé par Motörhead, ce n’est pas dans ma culture musicale. Je crois que j’ai un style particulier…

Michel : Qui s’intègre à mort dans ce qu’on fait, notamment parce qu’on n’a pas de guitariste rythmique. On est un groupe sans, du coup, il y a une place plus grande pour la basse, en termes rythmiques et mélodiques.

 

Metal-Eyes : Revenons à la guitare : ton parcours, c’est quoi ?

Julien : Alors, moi j’ai commencé par de la guitare classique et du flamenco, donc des guitares percussives, taper dessus, et après, quand j’ai commencé la guitare électrique, j’ai repris du rock français, puis je me suis lancé dans des musiques un peu plus funk, puis du punk… Ce qui m’intéressais, c’était de pouvoir composer, donc j’ai commencé à utiliser les logiciels de l’époque comme guitare pro. C’est comme ça que j’ai rencontré Michel qui voulait lui aussi composer.

 

Metal-Eyes : Donc une éducation assez variée à la guitare, différents styles qui vont s’intégrer à Trank (il confirme). Enfin, à la batterie…

Johann : J’ai commencé à apprendre la batterie il y a une trentaine d’années, avec différentes percussions – xylophone, caisse claire, cymbales… J’ai fait ça pendant une dizaine d’années, avec solfège et tout ça…

Michel : Il a cassé son triangle, ça a été le drame…

Johann : J’étais dégouté, c’était la pièce maitresse de mon jeu et puis… il est plus là…Au fil des années, j’ai joué dans différents groupes aux styles très divers – de la pop au metal progressif style Dream Theater, les groupes qu’on reprend quand on est jeune histoire de dire « ouais, j’ai réussis à reprendre un truc compliqué ! ». Je n’ai pas rejoué en groupe parce que j’ai déménagé, même si je faisais des petits trucs de temps en temps. Et quand Michel m’a proposé ce projet, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Et quand on est ensemble, il y a vraiment (en chœur avec Michel) un truc qui se passe… A la fois d’un point de vue musical et personnel. On s’entend bien… enfin, moi, je m’entends bien avec eux ! J’ai joué de tout et j’écoute de tout ce qui fait que chaque chanson est un challenge, je me demande ce qui va le mieux coller à la chanson, et j’aime bien ça…

 

Metal-Eyes : Avant de parler de la musique elle-même, on ne peut pas passer à côté de la signification du nom du groupe (ils explosent de rire). En allemand, ça vient du verbe Trinken, boire, au passé, donc « buvait ». Quelle est votre relation à la bouteille ? Je vois beaucoup d’eau et de café…

Michel : Alors, pour certains d’entre nous, du mal à les ouvrir (clin d’œil à Johann qui oublie d’ouvrir ses bouteilles d’eau avant les concerts…)

Johann : … Alors, c’est le moment embarrassant pour moi. On s’échangeait des message en se demandant ce qu’on pourrait trouver comme nom de groupe, et, à un moment, je leur fais une blague toute pourrie, comme toutes mes blagues, et je leur dis « pourquoi on ne s’appellerait pas Trank ? Ça fait comme un Tank, mais tranquille » … Blague pourrie, donc, mais retour de bâton, ils me disent tous que c’est génial. Moi je me dis « oh, merde… » (rires)

Michel : On voulait un nom simple qui soit prononçable dans toutes les langues. On ne s’est jamais dit que notre musique pouvait marcher dans notre coin, on s’est toujours projetés à l’extérieur, donc on voulait quelque chose qui puisse se prononcer où qu’on se trouve, et quelque chose en une syllabe, ça nous allait bien. Avec Julien, en studio, on se disait qu’on voudrait bien un K dans le nom, une petite rigueur germanique. Il y a une influence un peu industrielle parfois, un son un peu monolithique, parfois… Et ce qui a déclenché le jeu de mot de Johann, c’est qu’on jouait avec des noms comme Krank, le film avec Jason Statham, et avec un mot d’une chanson de Kraftwerk… Il a joué avec les deux et ça a donné Trank. Effectivement, c’est un nom qui vient d’une grosse blague, mais il fait partie de ces noms qui n’ont aucune signification particulière – OK, en allemand, c’est l’imparfait de boire, c’est l’abrégé aussi de « C’est du rock alternatif dans lequel on trouve plein d’influences diverses, qui est parfois assez intenses. Il est parfois sombre, mais toujours accessible et qu’on veut toujours accrocheur. Il y a une forme d’intensité et de noirceur dans la musique du groupe mais on veut que les gens y répondent en se joignant à nous.

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas trouvé de noirceur…

Michel : Oh, il y a, on peut dire, quelques touches un peu menaçantes dans certains passages…

 

Metal-Eyes : Il y a de la cold wave, de la new wave, du metal, mais je ne peux pas parler de « noirceur » dans ce que j’ai écouté… On ne peut pas dire que ce soit inquiétant. Il y a de la puissance, de l’entrain et beaucoup d’envie…

Michel : Ça me fait plaisir que tu dises ça parce que, justement, c’est le but. Réconcilier ces influences du prog, de l’alternatif, du metal, de la cold wave dans quelque chose qui soit cohérent, quelque chose qui reflète cette petite part d’ombre mais qui reste accrocheur et qui donne envie venir. Ce n’est pas de la musique extrême qui repousse les gens avec une sorte de barrage sonore – c’est très bien, mais la musique qu’on veut jouer ensemble, elle n’est pas comme ça : elle invite plus qu’elle ne repousse

 

(A ce moment, Julien nous quitte pour aller répondre à une autre interview)

Metal-Eyes : Vous avez enregistrés plusieurs Ep avant de sortir cet album. Michel disait tout à l’heure que vous avez besoin de répéter les choses, mais pourquoi ne pas avoir choisi de sortir un album plus tôt ? Qu’est-ce qui vous a ralentis, freinés ?

Michel et David : Le perfectionnisme…

Michel : Le perfectionnisme d’une part… On a enregistré notre premier Ep en 2016, il y avait 6 titres, on l’a envoyé à droite à gauche. Après, on a composé 2 ou 3 nouvelles chansons qu’on a enregistrées pour pouvoir après aller démarcher et présenter Trank. C’est ce qu’on a fait, et ça a plutôt bien marché parce qu’on a commencé à avoir des propositions de premières parties prestigieuses, et, d’autre part, avec ces premières parties, on s’est rendus compte que ces chansons prenaient vraiment toute leur dimension sur scène, avec ce gros son derrière. Du coup, on s’est dit que si le son qu’on veut c’est ça, il allait falloir enregistrer un peu différemment. Donc, on a repris tout ce qu’on avait arrangé et on s’est demandé ce qui pouvait rentrer dans ce nouveau cadre. Je pense que tu t’en es rendu compte avec le CD, il y a pas mal de styles. Mais on voulait avoir cet élément commun d’une musique épique, voire cinématographique, qu’on puisse imaginer une histoire derrière la musique.

 

Metal-Eyes : Je vais même t’avouer une chose : je l’ai écouté plusieurs fois… Je n’arrive pas à voir comment le chroniquer, je n’arrive pas à vous placer dans une case, même s’il y a des éléments reconnaissables…

David : Super, génial…

 

Metal-Eyes : Je n’ai pas dit que j’aime ou que je n’aime pas…

Michel : C’est un très beau compliment, parce que, ce dont on s’est rendus compte c’est qu’il y a une identité sonore. C’est assez facile au bout d’un moment de savoir ce qu’est une chanson de Trank. C’est du rock alternatif pêchu avec cette petite touche de… de froideur, si tu veux l’appeler comme ça. Il ya une certaine influence metal par moments, dans la guitare, le chant, les attaques basse batterie. Oui, il y a des références à ça, il y a aussi des références à la cold wave, à du rock alternatif – il y a une influence de Muse, une patte dans la façon de jouer de laguitare… mais en même temps, il n’y a pas une étiquette facile à mettre sur le groupe en terme de genre « Rock alternatif » ça nous va très bien, parce que ça veut tout dire et rien dire…

 

Metal-Eyes : Comme « Metal moderne »…

Michel : Ouais, c’est un peu ça ! Exactement…

 

Metal-Eyes : Vous avez retravaillés les morceaux des singles avant de rentrer en studio pour l’album ?

Johann : On les a refaits intégralement, on a retravaillé tout ce qui était arrangements, programmation, etc. parce que, d’une part, il y a toujours la version studio et la version live… On a toujours travaillé les deux versions en parallèle sachant qu’en live, ça joue… live (ndmp : bravo l’évidence…) Sur la version album, si on veut que les instruments marchent ensemble, il ne faut pas que ça se marche dessus. Sinon, il y en a partout et l’auditeur ne comprend plus rien. Donc, on a dû faire pas mal de ménage en cherchant ce qui pouvait compléter le son et ne pas se clasher avec.

Michel : Aussi, comme on les avait déjà joués sur des grandes scènes, on avait une idée d’une musique un peu épique. En plus de pouvoir leur rendre justice en les jouant sur des grandes scènes, ça nous a donné de nouvelles idées… Des morceaux comme Take the money and run, on avait ça en tête depuis très longtemps. La version qu’il y a sur album est radicalement différentes de celle du Ep : la partie basse/batterie n’a rien à voir, la guitare a beaucoup évolué aussi, il n’y avait pas de séquences… Ces dates en premières parties de grands groupes ont été un réservoir d’idées, du coup, ça aurait été dommage d’insérer ces morceaux sur l’album alors qu’on avait les moyens de les faire sonner encore plus gros et plus accrocheurs ! Ce groupe, c’est une histoire d’équilibre. Clair – Obscur. Puissance – Accessible. Il y a un autre équilibre qui est important, c’est au niveau du son : qu’il soit suffisamment riche et fouillé pour qu’on sente qu’il se passe quelque chose. Que le son soit au service de ce qu’on veut véhiculer. On a fait l’enregistrement en mode « très vieille école » avec notre ingé son et producteur, avec des vieilles consoles analogiques, des préamplis à tubes… ce qui nous a donné un matériau très riche harmoniquement. On l’a fait mixer à New York par Bryan Robbins, l’ingénieur du son de Bring Me The Horizon, qui nous a aidés à donner la même puissance, la même trempe, le même tranchant, la même masse que ce qu’on arrive à avoir en live.

 

Metal-Eyes : ça s’entend, il y a un son très massif, gros, ce qui n’est ^pas très habituel pour un groupe hexagonal. Il y a autre chose qui n’est pas habituel : c’est un bon accent anglais dans le chant (Michel rit).

Michel : C’est gentil, merci…

 

Metal-Eyes : Il ne sait plus quoi dire…

Johann : Vas-y, donne tout, t’es bien parti là (rires) !

 

Metal-Eyes : Si vous deviez chacun ne retenir qu’un seul titre de The ropes pour définir ce qu’est Trank aujourd’hui, ce serait lequel ?

Michel : Compliqué, ça… On aurait du mal…

David : Chaque morceau a une histoire différente…

 

Metal-Eyes : Je sais, ça… « C’est un ensemble », « on ne sépare pas une famille », je les ai toutes entendues mille fois !

David : Pose plus la question alors (rires) !

Michel : Vous m’arrêtez si vous n’êtes pas d’accord

Les autres, en choeur : Pas d’accord (rires) !

Michel : Il y a des morceaux prototypes, je crois que le choix se ferait entre la première, The shinning, et la chanson titre. Elles ont toutes les deux ce mélange entre la puissance des guitares metal, la rythmique de l’alternatif et de la cold wave, et ce passage par des moments plus rentre dedans… Toutes ces choses, ce sens de la dynamique qu’on essaie d’avoir, c’est le cœur du territoire sonore qu’on cherche à avoir.

Johann : Il y a quelques semaines, on a fait une interview sur une radio suisse et le journaliste nous disait « j’ai l’impression que c’est comme si vous popisiez le metal ». Il le disait dans le sens le plus positif du terme. Ce qu’on essaie de faire, c’est qu’il y ait une mélodie qui marche, dès le départ. Une mélodie vocale, instrumentale, mais que ça marche. C’est le cœur de la pop, et derrière, il y a cette dimension accrocheuse, punchy, et ce sera toujours une dimension supplémentaire par rapport à une mélodie qui marche.

 

Metal-Eyes : Donc ce serait soit Shining soit The ropes, qui sont tous les deux accrocheurs (ils approuvent). (à part) Il faut que j’arrête de faire des compliments, j’ai pas encore écouté l’album..

(Michel explose de rire)

Johann : Non, mais tu fais super bien le gars qui a écouté !

David :  Carrément ! Nous on était embarqués là…On sent le métier là !

Michel : Ah ouais, trop fort !

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Trank en 2020 ?

Michel : On a toujours la même qu’on se dit avant de monter sur scène… Il y a une phrase qu’on se dit toujours avant : « Rien à foutre, déjà morts ». C’est une phrase qui vient de la prière des samouraïs avant la bataille. Si tu choisis d’aller à la bataille, quelque part, tu as déjà renoncé à rester en vie, tu es déjà mort. Et ça reflète un état d’esprit. Quand on monte sur scène, qu’on entre en studio, on est assez combatifs. On se bat contre nos propres limites, on cherche à repousser nos propres limites. C’était un privilège de faire ces premières parties, mais c’est aussi une énorme pression, de même que de jouer devant 5.000 personnes. Tu ne peux pas te cacher derrière des milliards de watts… si quelque chose n’est pas bon, ça va s’entendre ! On investit énormément émotionnellement dans la musique qu’on fait, pour y prendre du plaisir et en donner aux gens qui nous écoutent. Donc c’est une façon de nous dire « on y va comme on va à la bataille, mais on se calme au niveau pression ».

Johann : Et un groupe qui s’éclate sur scène, en général, ça se voit et le public suit. Un groupe qui n’a pas envie d’être là…

Michel : C’est le pire concert…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : comment se fait-il que Ian Gillan, le chanteur de Deep Purple, ne soit pas avec vous sur la photo avec les deux groupes ?

Julien : Parce que Ian… il refusait de faire des photos avec qui que ce soit…Tous les musiciens de Purple étaient adorables, mais pour la petite histoire, à la fin du concert, il y avait un van qui venait se garer directement backstage, dans la salle. Ils ouvrent la porte. Nous on pense que dès la fin du concert, Deep Purple grimpe dans le van et quitte la salle, mais non, il n’y en a qu’un, c’est Gillan. Les autres sont restés, ils sont venus discuter avec nous, boire des bières, ce qui est un énorme privilège, mais faut savoir que ce n’est pas par rapport aux premières parties qu’il part…

Michel : A sa décharge, on voit qu’il a des difficultés, il a du mal à marcher sur scène et je crois qu’il est dans une démarche pour conserver toute son énergie pour le chant. Le fait est qu’il a sa voix ! Le soir où on l’a vu, il était en très grande forme. On a eu la chance de les voir en side stage, et franchement, je croyais que ça allait être mauvais… Le contraste entre sa souffrance physique et les notes qu’il sortait ! La clarté, le niveau de puissance, c’était phénoménal… Et contrairement à d’autres que je ne citerais pas, il n’y avait pas de Pro Tools derrière pour rattraper les notes difficiles. C’est tout en direct…

 

Metal-Eyes : Une dernière chose à ajouter ?

Johann : Comme disait Michel tout à l’heure, on fait avant tout de la musique pour nous amuser. Et, tu le disais, on a du mal à coller une étiquette sur notre style. C’est à la fois un grand compliment et ça rend aussi notre vie, et la tienne, plus difficile (Michel explose de rire). Ce n’est pas un calcul commercial, on a tellement de belles choses à faire, on les fait le mieux possible. On espère que ça va plaire aux gens, des publics variés, d’ailleurs, mais c’est d’abord ce que nous, on, voudrait écouter.

Michel : C’est un groupe qu’on a monté par passion, ça plait, génial !

 

TRANK: The ropes

Rock, France (Autoproduction, 2020) – Sortie le 15 septembre 2020

Oh, cette claque! Une de celles d’autant plus appréciables quand on ne s’y attend pas… Trank, groupe fondé en 2016, a déjà publié 4 singles, tourné en première partie de groupes à l’influence discutable comme Anthrax ou Deep Purple, aux style opposés. C’est déjà dire l’intérêt que différents univers portent à Trank. Et, avec son premier album, The ropes, on se rend vite compte que la musique du quatuor est en effet difficilement étiquetable. Toujours puissant et mélodique, le groupe propose des morceaux puisant autant dans le metal actuel que dans une certaine forme de new wave, dans le punk US festif ou dans le rock au sens le plus large du terme. Parfois rentre dedans, à d’autres moments quelque peu mélancolique (Forever and a day), aucun des 12 morceaux ne se répète ou ne laisse indifférent. Les guitares sont enjouées, la batterie entraînante et variée, le chant – dans un anglais parfaitement compréhensible – la basse groovy… Comment dire? La musique de Trank est aussi attirante qu’un aimant, aussi goûteuse et alléchante qu’un plat concocté avec amour et passion. Voilà, « passion », c’est le fil conducteur de The ropes, album à découvrir d’urgence. Comment résister à Shining, Undress to kill ou au cinématique et quelque peu rammsteinien In troubled times ou Again ? Il y a de la rigueur et de l’envie, même dans le plus calme et aérien The road. Et lorsque les concerts reprendront… Pour l’heure, The ropes entre vite fait dans le cercle de mes grosses découvertes de l’année. A suivre, à soutenir. Nous avons sans doute avec Trank l’avenir du rock français, un rock d’envergure internationale!

ROBERT JON & THE WRECK: Last light on the highway

Rock sudiste, USA (autoproduction, 2020)

Le rock sudiste a cette force de savoir être un genre transgénérationnel. Pour peu que l’on aime le rock, le blues, la soul, alors il est aisé de se laisser emporter par des riffs simples et vraies. Robert Jon & The Wreck (RJTW) viennent encore nous le prouver avec Last light on the highway, leur Xème album. Voici encore une formation obscure connue des seuls initiés et qui mérite vraiment de trouver un plus large public… Mais ces mecs en veulent! Ce nouvel album sort un an à peine après leur dernier effort, Take me higher. Les 11 titres évoquent toute l’histoire du Southern rock surprennent par instants en évoquant Phil Collins ou John Cougar Mellencamp. Tant dans le chant que musicalement, d’ailleurs, le groupe puisant dans le royaume du bon gout populaire, entraînant, rythmé et joyeux. Avec ses inspiration soul, rock et pop, ses guitares qui craquent ici et se font légères, ses chœurs chaleureux, ses claviers discrets et sa rythmique directe et efficaces, RJTW va plus loin que le simple rock sudiste et s’adresse à un large public avec l’envie de le faire bouger. Impossible de rester de marbre… Un album sans autre prétention que de se faire et de faire plaisir, Last light on the highway s’écoute au volant sur une longue route et aide à faire défiler les paysage. Un disque pour s’évader.

QUAMELTO: Sors

France, Rock (Autoproduction, 2020)

« Qu’on aime ou pas, Qamelto est là… » Ainsi se conclue, sous forme de gentille provocation, la bio envoyée par le groupe avec Sors, son premier Ep 6 titres. J’aurai aussi pu commencer par le début de cette même bio: « Quand tu ne trouves pas ce que tu cherches, crées-le ». Ainsi donc, Qamelto, groupe formé à Clermont Ferrant en 2019, ne trouves pas de satisfaction dans la scène musicale actuelle? Et souhaite la réinventer? Vaste programme et belle ambition. Alors tentons le coup en 6 titres. Cogne – tout un programme – démarre avec des guitares rapides, une rythmique plombée et entraînante et une invitation extraite de Raging Bull (ou Rocky?). La basse hypnotique donne le rythme de ce combat de boxe. Puissant, proche du metal par instant, cette intro donne envie d’aller plus loin. Juste fais-le se fait puissant et plus mélodique avant de dévier vers quelque chose de plus aérien avec une basse qui évoque par instants Survivor. Un intermède propose un ordre en anglais qui reprend le principe du groupe (« ne laisse pas des rêves n’être que des rêves (…) juste fais-le! »). Cette répétition de « Just do it » , bien qu’à des années lumières, rappelle le procès intenté à Judas Priest et les soit-disant messages subliminaux ayant mené, à la fin des 80’s aux USA, 2 jeunes au suicide… Le voyage est beaucoup plus léger, accompagné d’une guitare acoustique sur un rythme joyeux. Peace. Avec F.T.G! l’énergie reprend du service. Je ne sais pas après qui ils en ont, mais le mec ferait mieux de ne pas la ramener… Et puis, gueuler un bon coup « ferme ta gueule », ça défoule. Le morceau titre, le plus long (6’31) est une poésie pour voix et guitare acoustique qui monte en puissance sans jamais trop s’éloigner de la ballade/power ballad romantique.  Ce premier essai se clôt sur Enchorus, une rapide outro au piano qui évoque tout autant Chopin que la campagne ou l’univers du cinéma. Alors, sans réinventer le rock, Qamelto parvient à séduire, attirer et donne envie d’en écouter plus. A suivre.