Interview découverte: RIVIERA PARADISE

Interview RIVIERA PARADISE ; Entretien avec Julien Giraud (Batterie) le 29 avril 2024

Comme c’est la première fois que nous échangeons, commençons par la plus originale des questions qui soit : Riviera Paradise, c’est quoi, quelle est son histoire ?

Riviera Paradise, c’est 4 musiciens qui font du rock, qui se sont rencontrés…alors, il y a eu plusieurs changements de line up : au départ, nous étions un trio, le bassiste et moi avec un autre guitariste. On a commencé à jouer ensemble sur un répertoire de reprises pour apprendre à nous connaitre. Comme ça fusionnait bien, on a commencé à vouloir faire nos propres compositions et pour cela, on voulait intégrer un chanteur qui prenne vraiment la place de chanteur/frontman. On a rencontré Kourros qui a intégré le groupe et avec qui on a commencé à composer.

J’imagine qu’il s’agit du Kourros qui était auparavant chanteur de Incry…

Tout à fait. C’est bien tombé parce que, à ce moment-là, Incry s’était arrêté, et lui étant disponible et à la recherche d’un nouveau projet, on ne se connaissait pas, mais par nos contacts, il a entendu parler de nous. On s’est rencontré et avons décidé de voir ce qu’on pouvait faire ensemble. Tout de suite, ça a collé… On a quand même donné un concert où on faisait des reprises, on lui a proposé de venir chanter avec nous, il a kiffé et rapidement on est partis dans l’idée de travailler des compositions ensemble.

Ready for more est votre premier album…

Oui, on vient de le sortir au mois de mars, le 22. C’est un album de compositions originales. Quelques années avant, Robin Lapalut est arrivé au poste de guitariste, et ça nous a donné une orientation beaucoup plus rock. Jusque-là, on faisait du blues, du metal, du blues rock… Là, on a une orientation rock.

« Orientation rock »… Comment décrirais-tu la musique de Riviera Paradise à quelqu’un qui ne vous connait pas, pour lui donner envie de vous écouter ?

Eh bien, euh…

Parfait, merci, ça me va !

(Rires) Je dirai qu’on a un univers à nous, qui nous est propre, qui vient de plusieurs influences, des influences qu’on n’a pas choisi de suivre. On s’est laissé influencer par différents styles de musique et différents groupes que chaque membre du groupe écoute. On a fusionné tout ça pour créer des titres aux accents rock US. Il peut y avoir sur cet album plusieurs styles qu’on peut retrouver, il y a des ballades, des morceaux au tempo rapide qui flirtent avec le metal, il y a du groove, du blues, du rock sudiste… On a fusionné tout ça sans chercher à copier, et ça donne une musique sincère qui vient de nous. Ça a été plutôt naturel dans l’aspect création, et ça donne un truc… On dit rock au sens large parce qu’il n’y a pas d’étiquette précise. C’est notre style à nous… Ce n’est pas non plus révolutionnaire…

Quand on écoute l’album, on n’a pas l’impression que vous cherchiez à inventer quoi que ce soit, on écoute plus un groupe qui cherche simplement à se faire plaisir…

Exactement, on cherche à se faire plaisir, de faire de la musique qui nous plait, et on espère qu’elle va plaire à d’autres personnes…

C’est album qui comporte 10 titres. Vous abordez des thèmes particuliers ou, là aussi, c’est ce qu’on trouve traditionnellement dans le rock ?

C’est ce qu’on trouve habituellement. On n’est pas un groupe de punk, engagé, révolutionnaire… On parle de mecs qui font du rock, il peut y avoir des histoires d’amour, de rockers… C’est toujours tourné de manière positive. L’album a été créé post-Covid, donc il y avait une volonté de notre part d’aller vers quelque chose de positif, pas d’aller vers quelque chose de triste et sombre. On joue avec le côté mélancolique, mais ce n’est pas sombre. C’est entrainant, et positif.

Il y a des thèmes qui, selon toi, n’ont pas leur place au sein de Riviera Paradise ?

Ah, oui ! On ne parlera jamais de politique, on ne cherchera pas à tacler qui que ce soit… On n’a pas envie de rentrer dans ce jeu-là, de dénoncer des choses… Après, chacun peut se faire sa propre interprétation de nos textes. Pour nous, c’est d’abord la musique, trouver des lignes de chant qui collent à la musique, mélodique, après on colle des mots sans chercher de double sens ou de choses trop compliquées.

Comment avez-vous procédé pour la composition et l’écriture de cet album ?

Très simplement : il suffisait qu’on se voie dans notre local de répétitions, dans lequel on enregistrait tout, en permanence. On était branchés comme dans un home studio mais avec des vrais instruments et des micros partout. On a créé les idées ensemble, pendant ces répétitions. Bien sûr, l’étincelle venait souvent d’un riff de guitare – Robin arrive avec une idée qu’il a travaillé la veille, moi je pose un rythme de batterie, Florent, sa basse. Après on propose d’autres idées, des changements de tempo, des accords différents. Mais en fait, tout s’est fait dans notre studio, assez simplement. Il suffisait de jouer ensemble pour créer la musique, et ça a été assez rapide. On mettait une journée pour créer un titre.

Donc ça a été assez instinctif et organique…

Exactement.

Si tu devais ne retenir qu’un seul des dix titres de l’album pour convaincre quelqu’un d’écouter l’album, lui faire comprendre que Riviera Paradise, c’est ça, ce serait lequel ? Pas forcément ton préféré, mais celui qui vous représente le plus.

Ce n’est pas évident, parce qu’il y a des morceaux qui viennent de plusieurs horizons… Je dirais Free yourself at last, parce que ça évoque la liberté, l’énergie, la mélodie… Ce n’est pas forcément le premier single de l’album, mais je pense que ça représente bien qui on est.

Vous êtes originaires d’où ?

De Seine et Marne.

Alors pourquoi ce nom de Riviera Paradise ? Parce que la Seine et Marne, ça n’a pas grand-chose à voir avec la Riviera, la Côte d’Azur…

C’est vrai, c’est vrai… Au début, on faisait des reprises, on s’est amusés à jouer du Stevie Ray Vaughan et le titre Riviera Paradise nous a marqués. Riviera Paradise, ça évoque la France, la French Riviera, et c’est un mot international. On a trouvé ça plutôt positif, qui évoque le soleil. On cherchait un nom qui ne soit pas français, mais pas trop anglais non plus… On voulait trouver une passerelle entre tout ça et c’est Riviera Paradise qui est sorti.

Le nom touche l’international, vous chantez en anglais… J’imagine qu’il y a une volonté de séduire au-delà de nos frontières ? Une ambition de vous exporter ? Comment vous y prenez-vous ?

On compte voyager, aller jouer en Allemagne, par exemple. On s’est aperçu, depuis qu’on a partagé notre album sur les plateformes numérique – c’est génial aujourd’hui, ça… Ça permet d’être écoutés dans le monde entier – on s’est aperçus qu’en Allemagne il y a beaucoup d’écoutes. L’Allemagne nous intéresse, on sait qu’il y a du public qui écoute du rock, friand de nouveautés… L’Angleterre aussi… On essaie de passer dans les médias internationaux pour voir s’il y a un intérêt, si ça mord… Après on verra si on peut se déplacer pour aller jouer à l’international. Oui, on en a envie !

Quels sont vos métiers dans vos autres vies ? Un groupe de rock qui sort son premier album ne vit pas de sa musique…

En fait, on est tous les 4 musiciens. On vit de la musique et des cours de musique. On donne tous des cours et on joue dans différents groupes, différents styles.

Alors, Kourros (chant) ?

Kourros est dans l’ensemble rock, rock français, il lui arrive de jouer en duo dans des café-concert avec un guitariste. Et à côté, il est prof de chant.

Florent (Gaya, basse) ?

Florent ne donne pas de cours, il est essentiellement musicien. Il peut être amené à faire jazz, de la chanson française, de la musique électronique, du rock, de la pop…

Toi, Julien (Giraud, batterie) ?

Alors, ça va te surprendre, je joue de la musique irlandaise. Je joue avec Celtic Sailors, je joue aussi dans des groupes de variété, je fais de mariages et d’autres groupes de rock qui chantent en français.

Et Robin (Lapalut, guitare) ?

Et Robin, il fait aussi de l’évènementiel, des mariages et des soirées privées et il a aussi d’autres groupes de metal.

En gros, il y a une belle variété des genres que vous pratiquez, et quand on mélange tout ça, le résultat est plus riche…

C’est ça. Ce qui nous ramène tous à Riviera Paradise, notre bébé, le projet qui nous tient à cœur et qu’on essaye de développer. Comme tu le disais, on ne gagne pas d’argent avec mais on veut le développer parce qu’il exprime sincèrement nos influences, sans se poser de questions. Dans les autres groupes, on est un peu des caméléons, on travaille nos instruments, on sait jouer. On prend du plaisir à jouer tous ces styles, mais c’est dans Riviera Paradise qu’on joue ce qu’on a au fond de nous.

Si tu devais penser à une devise pour Riviera Paradise, ce serait quoi ?

Ben… Ready for more ! Comme le titre de l’album, qui est autant pour les gens qui nous découvrent que pour nous, dans le sens où on est prêts à défendre cet album sur scène, et aller plus loin, partager tout ça avec les auditeurs.

Le titre de l’album est en effet direct, et sous-entend « attendez-vous à beaucoup plus » !

Exactement, ce n’est qu’un début !

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Comment comptez vous défendre et présenter Ready for more sur les routes ?

On va le défendre sur scène en jouant le plus possible en France et à l’étranger. On a des concerts de prévus, mais l’agenda peine à se remplir… Etant indépendants, on a passé beaucoup de temps à préparer et finaliser cet album. Maintenant, on rentre dans la phase de promotion. Il faut d’abord faire connaitre notre album. On a quelques concerts de prévus : le 242 mai à Soisson, le 8 juin à Coulommiers, et quelques autres dates pendant l’été. Mais d’abord, on a besoin de faire écouter notre musique pour que les gens se déplacent aux concerts. Ce qu’on voudrait, c’est que les gens viennent pour nous voir, et pour qu’ils viennent, il faut qu’ils nous aient déjà entendus.

As-tu quelque chose à ajouter pour terminer cet entretien ?

Déjà je tiens à te remercier et j’espère que cette interview et ta chronique donneront envie aux gens d’écouter cet album. Et j’espère un jour venir jouer au Dropkick à Orléans. On est en train de voir si c’est possible.

WATERTANK: Liminal status

France, Rock (Atypeek music, 2024)

Voici bientôt 20 ans que Watertank a vu le jour du côté de Nantes… De la formation d’origine, il ne reste que Thomas Boutet, guitariste au chant torturé qui a vu son groupe plusieurs fois remodelé. Aujourd’hui entouré de Romain Donet (guitare), Willie Etié (basse) et Matthieu Bellemere (batterie), le groupe nous offre son quatrième album, un disque forgé dans un rock que certains définissent comme indépendant ou alternatif. Les guitares saturées et déterminées enrobent un chant étouffé et mélancolique sur des rythmes variés. Avec Liminal status, Watertank évoque en musique une forme de souffrance intérieure, explore des univers rock et grungy, parfois sombres, à d’autres moments rassurants. On se laisse entrainer dans cet univers sonore sans pour autant sombrer dans la déprime. Watertank nous offre un album épuré, dépouillé, au propos musical direct.

W!ZARD: Not good enough

France, Punk/Electro (Autoproduction, 2024)

W!zard, kézako? W!izard est un trio formé en 2018 par le bassiste chanteur Romain Arnault, le guitariste Manuel Cayla et le batteur Finn Sally, remplacé en 2021 par julien Bordenave et qui propose un mélange de punk rock et d’électro. Des rythmes de boites de nuit, hypnotiques et entrainants à mille lieux du metal hormis l’esprit enragé qui s’en détache. Le premier album, Not good enough étonne par ses aspects décalés de chansons démembrées qui évoquent autant le punk originel que la new wave british des 80’s et qui s’écoutent volontiers un coup dans le nez. W!zard nous propose un album surprenant qui s’adresse à un public varié, amateur de rythmes pop et/ou syncopés, de sons psychés et d’énergie communicative.

BLESS HER EVIL: We are mystery…

Canada, Metal (M&O, 2024)

Parfois il faut simplement oser. Oser mélanger des styles musicaux a priori sans rapport ou point commun, oser explorer ses envies et y intégrer ses influences, aussi variées soient elles. C’est ce que nous proposent les Canadiens de Bless Her Evil, groupe québécois formé en 2019. Lorsqu’ils se lancent dans l’aventure, Frank, Matt et Bert (respectivement à la guitare, à la basse et à la batterie) sont aussi fans du rock sudiste de Blackberry Smoke que du metal barré de Mudvayne ou celui plus mélodique d’Evanescence, mais sont également inspirés par le rock des 70’s ou le Neo du début de notre siècle. Pour mélanger tout ça, ils sont rejoints par la chanteuse D’Emman et nous proposent ensemble aujourd’hui un recueil de leurs délires exploratoires. Composé de 11 titres, We are mystery… porte bien son nom tant la variété des influences est présente. Passant d’une intro tribale à un riff digne de Metallica, cet album lorgne partout: on y trouve des traces aussi bien d’AC/DC que, plus discrètement, d’un jeune Motörhead, du punk (Dark cluster) ou un esprit électro (Robot bug). Bless Her Evil passe avec une remarquable facilité de morceaux énergiques et énervés (Brother the crow, The Moon upside down) à des moments plus calmes et tendres (Life, Ectoplasm, le 60’s/70’s Father reading) ou d’autres simplement groovy (Missy oide). Pour ratisser large, le groupe propose également un titre en français, La discorde, sombre et martial à souhaits. Avec We are mystery… Bless Her Evil s’adresse à un très large public grâce à une palette musicale riche et variée. Reste à aller le conquérir, ce public, sur scène.

DOWN TO THE WIRE: Deep in denial

France, Rock énervé (Autoproduction, 2024)

La rage et la colère qui se dégagent de cet album sont simplement libérateurs. Down To The Wire se forme en 2019 et propose un rock explosif tout au long de Deep in denial et de ses 10 titres. Attention, le groupe ne fait pas que foncer, il sait poser des temps plus légers, proposer des breaks plus calmes, certes annonciateurs d’une tempête de riffs à suivre. Ces riffs saturés qui évoquent tout autant le grunge que le rock alternatif en ajoutant une dose de groove et du gros feeling. Au-delà d’évidentes influences (Nirvana, Alice In Chains parmi d’autres), on retrouve des traces de RATM ou de Deftones. Efficace de bout en bout, ce premier album est bien plus que prometteur. Tout à la fois explosif et rafraichissant, Down To The Wire fait partie de ces groupes à découvrir d’urgence.

LUCIDE: L’adversaire

France, Rock (M&O, 2024)

Voici un album intriguant. Autant on se laisse facilement entrainer par les rythmes enjoués et parfois obsessionnels de L’adversaire, autant le duo qui compose Lucide interpelle par des explorations mi prog mi étranges. Incontestablement, Lucide ne peut laisser indifférent grâce à des compositions parfois ensoleillées, parfois sombres. Le chant à deux offre une palette vocale aussi joyeuse que torturée. Oui, L’adversaire est un album de paradoxes qui mêle jour et nuit, yin et yang, tendresse et mélancolie. Si le chant, déterminé, manque parfois un peu de puissance, voire de justesse, les dix titres s’écoutent aisément sans lasser l’auditeur. Une jolie découverte.

RIVIERA PARADISE: Ready for more

France, rock (Autoproduction, 2024)

Une pochette aussi sobre que le logo du groupe, mais qui donc est ce quatuor de Riviera Paradise? Je glisse le CD dans le lecteur et Ready for more démarre avec un Game master énergique, entrainant et dépouillé de tout subterfuges. Puis For the new day arrive, titre aussi enjoué que faussement calme. J’ouvre la pochette pour découvrir que le chanteur se nomme Kourros. un nom qui m’est familier… Se pourrait-il qu’il s’agisse du vocaliste de feu Incry? Il a rejoint le groupe, monté en 2014, il y a quelques années, en 2018, la formation enregistrant divers Ep avant de proposer ce premier album. Avec ses compères – le guitariste Robin Lapalut, le bassiste Florent Gayat et le batteur Julien Giraud – il propose un rock varié, alternant entre mid tempi efficaces et envolées libératrices, évitant ainsi de lasser l’auditeur. Ok, l’anglais reste à améliorer, mais l’envie est telle qu’on se prête au jeu de ce rock chaleureux qui s’inspire parfois de Faith No More mais également de Black Stone Cherry ou encore Porcupine Tree (bonjour le grand écart!)et n’a pas d’autre prétention que celle de se faire plaisir et de donner envie de bouger. Et ça c’est déjà beaucoup!

QAMELTO: Scotoma

France, Rock (Autoproduction, 2024)

Qamelto nous avait interpelés avec son premier Ep, Sors, paru en 2020. Le groupe revient avec Scotoma, un album qui sonne et donne beaucoup. Démarrant avec L’hôte, le groupe semble vouloir régler des comptes et nous offre des textes qui sonnent comme une délivrance sur des mélodies qui, si elles paraissent simples, se glissent dans la tête. Qamelto varie par la suite ses plaisirs avec des morceaux plus lents, speed, s’oriente vers des atmosphère plus aériennes, lourdes ou sombres. Le chant déterminé et rugueux accompagne des guitares incisives et une rythmique directe. Qamelto nous offre un album dynamique et entrainant, rafraichissant même. Parfois, la « simplicité » reste ce qu’il y a de plus efficace.

TAGADA JONES: Trnt – best of 1993-2023

France, Rock/Hardcore (At(h)ome, 2024)

Que de chemin parcouru par les Bretons en trois décennies! De confidentiel, à force de tournées, d’albums toujours de meilleure qualité, d’un engagement clairement revendiqué doublé d’un esprit festif, de concerts explosifs et fédérateurs, Tagada Jones le quatuor punk/hardcore est devenu une des valeurs sûres du rock énervé français. pour fêter ça, nous en parlions il y a peu avec Fred Duquesne, producteur (et guitariste de Mass Hysteria), Tagada Jones a décidé de réenregistrer certains de ses titres les plus emblématiques. Ce Trnt – best of 1993-2023, est un rapide résumé de la carrière de Niko et ses comparses qui permettra aux plus anciens fans d’avoir une relecture de ces chansons et aux plus jeunes de mieux connaitre ce passé qui a mené les Rennais là où ils sont aujourd’hui. Si les albums les plus récents sont mis en avant (plusieurs extraits de La peste et le cholera et A feu et à sang), certains, sans doute plus « obscurs » et moins populaires, manquent à l’appel, mais peu importe. Car en revisitant, parfois accompagné des Bidons de l’An Fer (Le dernier baril, Vendredi 13, Nation to nation, Mort aux cons), chacun des 15 morceaux prend une autre dimension, dégageant tout autant de puissance et d’énergie. Si c’est la set-list qui nous attend lors de la tournée à venir, ça va dépoter et pogoter grave! Tagada Jones est aujourd’hui un des piliers incontournables du Rock français, et ce Trnt – best of 1993-2023 est là pour nous le rappeler. Superbe.

SHAKA PONK : The final f*cked up tour à Orléans, le Zénith, 22 février 2024

Parfait. Shaka Ponk a ce soir, 22 février, offert au public du Zénith d’Orléans, complètement électrisé et survolté, le concert parfait de bout en bout. Difficile de croire que ce groupe exemplaire ai vraiment décidé de quitter la scène – on en a vu d’autres qui se sont depuis reformés… En tout cas, si The final f*cked up tour devait vraiment être cette dernière tournée, c’est par la grande porte que Shaka Ponk fait ses adieux. Retour sur un des plus mémorables concerts qu’il m’ait été donné de voir.

Ce soir, le Zénith d’Orléans affiche complet. C’est une foule bigarrée qui se masse devant l’entrée dans un froid glacial. Des jeunes, des plus expérimentés, des amateurs de rock, de meta ou autre, le public est à l’image de la population: varié. On a hâte de se retrouver au chaud. Le Zénith est déjà bien rempli lorsque nous arrivons et les lumières s’éteignent assez rapidement.

Ina-Ich a la lourde tâche de mettre le public en appétit. Le duo parisien propose un rock soft qui peut dénoter avec le ton de la soirée. Difficile en effet de chauffer une salle lorsque l’un est coincé derrière sa batterie et l’autre, la chanteuse Kim-Thuy Nguyen, est entourée de claviers.

Si c’est proprement fait et exécuté, si le public applaudi poliment, ce dernier ne s’emballe guère. La musique proposée par Ina-Ich ne me parle pas beaucoup et je constate qu’il y a beaucoup de monde aux bars et au merch de la tête d’affiche. Une première partie trop intimiste qui fait de son mieux mais ne risque pas de voler la vedette.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Etonnamment, les coursives du Zénith se vident pendant l’entracte, le public préférant trouver sa place dans la salle. Les lumières sont encore allumées lorsqu’une clameur retentit, la foule se tournant vers les passerelles du Zénith et pointant du doigt… Quoi donc? Sam et Frah, les deux chanteurs de Shaka Ponk, et C.C, le guitariste, arrivent dans la salle par derrière en traversant le public, descendent tranquillement les marches avant de se faufiler à travers la foule du parterre et trouvent enfin place sur une petite plate-forme au cœur du public.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Là, Frah annonce simplement que « comme il s’agit d’un concert spécial, on a décidé de faire les choses différemment« . Les lumières se tamisent laissant le trio entamer avec douceur ce show avec des versions acoustiques de I’m picky suivi de Gung ho (qui m’évoque le Black velvet d’Alanah Myles) et Run run run, les trois se tortillant tant bien que mal afin de pouvoir regarder le public où qu’il se trouve avant d’attaquer une version quelque peu plus électrisée de The house of the rising sun, Frah interrogeant avec douceur les public – « ça va, mes petits singes? » (référence à la mascotte du groupe) et de rejoindre la scène en traversant tranquillement la foule qui fraye un chemin aux trois.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Dès lors, Shaka Ponk – au complet – entraine son public dans un tourbillon aussi visuel qu’énergique et dansant. La scène est superbement décorée avec ces tas de livres qui sont comme un appel à renouer avec le papier et la culture, la connaissance. Une bibliothèque, et son salon (un canapé et une lampe), sur les murs de laquelle apparaitront plus tard des choristes qui se montreront totalement partie prenante du spectacle.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Un spectacle magnifié par des lumières exceptionnelles avec ces spots individuels qui trouvent diverses positions et orientations tout au long du concert, ici lampions intimistes, là éclairage sophistiqué.

Le show, cependant, c’est le groupe dans son ensemble qui le donne, chacun des musiciens se démenant comme un beau diable envouté. Mais tous les regards restent braqués sur le duo de chanteurs, un duo qui va chercher le public, qui serre des mains et qui danse, invite, incite à la fête.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

On ne compte pas le nombre de fois où Frah plonge dans le public et se laisse porter par lui tout en continuant de chanter. Le gaillard est partout, tout le temps, Sam occupant la scène de long en large et ne laissant personne sans contact.

Même sa « provocation » est calculée lorsqu’elle annonce : « J’aime pas qu’on m’dévisage… Non, j’aime pas les gens. Mais toi, Orléans, j’aime bien » tout en allumant un clope parce que « j’fais une pause« ! Puis, assise sur son fauteuil, elle entame le très engagé Tout le monde danse alors que sont projetées des images de nos chers politiques internationaux copieusement sifflés par le public.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Comme si l’ambiance et le show n’étaient pas assez intenses, Frah annonce « qu’il est temps de monter le spectacle au niveau supérieur » et se fraye un chemin vers le podium central d’où il fait un nouveau discours plein d’humour prévenant le public qu’il va danser. « Mais c’est dangereux de tourner, tu peux tomber. Alors on t’écrase. Tu peux te casser le bras, et ça fait mal… Mais tu peux mourir, aussi. Ou, pire… tu peux perdre ton téléphone portable! C’est pire que de mourir, non? » Et c’est parti pour un gigantesque Circle pit qui voit une foule sautillante tourner autour de ce podium.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Puis, sur cet espace réduit, deux jeunes femmes rejoignent le chanteur. Calins et consignes sont donnés tandis que, sur scène, Sam occupe le public. puis un jeune homme monte aussi sur le podium sur fond de Smells like teen spirit. Il se laisse pousser et est récupéré par une foule de bras tendus qui l’accompagne dans cette séance de crowd surfing? Frah accompagne dans cette même séance chacune des jeunes femmes qui, visiblement, vivent là leur première expérience en la matière!

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Le chanteur quitte ensuite son podium pour aller rejoindre les gradins, sous le regard ébahi du public, grimpe les marches, serre des pognes, fait le tour, redescend les escaliers, câline un homme en chaise roulante, s’arrête, repars… Bref, s’occupe des relations publiques avec un sourire jusqu’aux oreilles avant de se retrouver sur scène, de lonnnngggguuues minutes plus tard!

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

On le sait, Shaka Ponk a son engagement ancré en lui. Un engagement politique qui passe par le soutien à Sea Sheppard (« qui nous accompagne sur cette tournée. Nos dirigeants veulent faire changer les choses d’une certaine manière, Sea Sheppard veut aussi faire changer les choses, d’une autre manière. A chacun de choisir…« ) par l’éducation (avec un discours sur ce que les enfants devraient tous entendre de la bouche des parents).

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Le groupe est alors rejoint sur scène par l’ensemble des 16 choristes qui proposent un superbe tableau de vie et de mort sur 13.000 heures. Alors que chacun chante et danse avec bonheur, tous tombent soudainement, les corps jonchés au sol évoquant une scène de guerre. Le réveil se fait sur fond d’engagement pour la cause humaine – le message est d’être qui tu es, hétéro, homo, peu importe – la cause de l’amour et de l’humanité, les deux chanteurs arborant un gigantesque drapeau multicolore, celui de la cause LGBT.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Shaka Ponk, après la présentation des musiciens, quitte la scène pour un long rappel. On en veut encore! Quelques minutes plus tard, les choriste réunis au milieu de la scène, plongés dans un simple éclairage, entament un gospel émouvant avant de s’écarter, laissant place à Sam et Frah, installés sur le canapé du salon de la bibliothèque. Mais ils ont la bougeotte et Rusty fonky vient clore cette soirée explosive avec l’incontournable plongeon final de Frah dans le public.

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Près de 2 heures 30 se sont écoulées avant que le public ne retrouve le froid extérieur. Mais les cœurs sont chauds et les esprits conserveront longtemps les images de cette soirée exceptionnelle. Shaka Ponk nous a offert le concert parfait. Vivement le Hellfest en ce qui me concerne!

Shaka Ponk, Zénith d’Orléans le 22 février 2024

Merci à Cheyenne productions d’avoir rendu ce report possible.