THE T.A.W.S: From ashes

France, Metal (2022, autoproduction)

En 2017 paraissait le premier album de The T.A.W.S qui nous montrait un groupe dynamique, carré, proposant un metal moderne et mélodique. From ashes, la nouvelle offrande de la formation menée par la chanteuse Elodie Jouault, se veut-elle une résurrection comme le titre et l’illustration (un phénix) semblent le suggérer? Ou plus simplement l’affirmation de la puissance de la vie et des flammes? En tout cas, les 10 titres proposés ici savent se faire à la fois rugueux et directs, menés par une voix puissante et mélodique. L’ensemble est varié, avec des guitares ici quelque peu épileptiques, là plus fonceuses et une rythmique qui apporte une solidité à l’ensemble. S’il fallait résumer ce nouvel album, on pourrait le qualifier de gras et généreux. La production, limpide et puissante fini d’imposer un ensemble qui se révèle rapidement très efficace. avec From ashes, The T.A.W.S démontre fièrement qu’en France, aussi, on peut avoir un groupe original et efficace mené par une chanteuse. Reste la scène qu’on espère voir le groupe affronter autant que possible.

BUKOWSKI

France, Metal (At(h)ome, 2022)

Il aura fallu 4 ans à Bukowski pour donner un successeur à Strangers, son précédent album paru en 2018. certes, la pandémie est passée par là mais elle a su offrir plus de temps de réflexion et de composition à nombre de musiciens. Cette période de « pause forcée » aura surtout permis au groupe consolider son line-up avec l’intégration, en 2019, de Romain Sauvageon à la batterie. Mais le 16 octobre 2021, le petit monde du rock apprend la disparition brutale de Julien Dottel, bassiste et co-fondateur du groupe – avec son frère Matthieu (chant et guitare). Forcément, la sortie un an plus tard, le 23 septembre 2022 de ce nouvel album prend une autre tournure. Une pochette noire avec un crayonné représentant Julien les bras croisés (le tatouage « Buko » sur son cou ne laisse aucune place au doute), une couronne sur la tête, un album portant le seul nom du groupe lui donnant ainsi une tonalité tant d’hommage que de nouveau départ, ce qu’il est. Car Bukowski ne réinvente pas la musique du groupe, comme Crossroads, le premier extrait offert, le démontre. Ce titre est un hommage à Julien mais l’album ne sombre jamais dans la déprime. Au contraire, le rock de Bukowski est vivant et énergique, les 11 titres alternant entre rage et férocité, explorant parfois des horizons moins familiers, presque progressifs dans certaines constructions, et surprend même avec ce Arcus chanté dans la langue de Molière. Bukowski c’est l’album d’un nouveau départ tout en restant dans la continuité, et ça marche du tonnerre!

Interview : MALEMORT

Interview Malemort, entretien avec Xavier Malemort (chant). Propos recueillis au téléphone le 9 septembre 2022

Metal-Eyes : Comment se passe cette journée de promo, le jour de la sortie du troisième album de Malemort ?

Xavier Malemort : Ça se passe très bien, c’est en effet aujourd’hui que sort Château-Chimères, et c’est le jour de la promo, comme quoi, les choses sont plutôt bien faites ! C’est un peu comme une libération, on arrive à ce moment où le disque arrive au stade pour lequel il a été fait, c’est-à-dire être écouté. En plus, ces dernières années ont été compliquées pour tout le monde et pouvoir faire parler la musique, oui, c’est assez libératoire.

Nous nous étions rencontrés la première fois au Glazart, à Paris, puis lors de votre passage remarqué au Hellfest en 2018. Il y a eu beaucoup de changements au sein du groupe depuis. Que s’est-il passé pour qu’il y ait une telle implosion ? L’impact du Hellfest ?

Je ne pense pas que ce soit le Hellfest, non. C’est surtout des histoires de groupe… Un groupe, c’est des musiciens, des caractères et quand on est mis à l’épreuve des difficultés, il y a des choses qui se font et se défont. Là, ça s’est plutôt défait, donc pour la santé du groupe et surtout pour pouvoir un jour créer un troisième album, il n’y avait pas d’autre solution que de se séparer d’un certain nombre de personnes du groupe. Il reste avec moi les deux Sébastien avec qui j’avais déjà écrit Ball Trap. La base des musiciens qui ont créé l’album précédent est là. Après, c’est comme dans les couples : un groupe, c’est parfois des moments difficiles à passer et là c’était devenu indispensable. Mais pour nous tous.

Peux-tu justement présenter tes nouveaux partenaires de jeu ?

Alors… C’est très particulier… Sur cet album-là, on a décidé de ne pas avoir à nous limiter en termes d’écriture du fait du choix de tel ou tel musicien. Donc on a travaillé avec des gens qu’on connait et dont on connait le talent depuis longtemps. On a donc travaillé avec des gens qui ont une histoire avec Malemort et qui étaient très bon sur ce qu’on voulait. Aurélien Ouzoulias, par exemple, était très intéressé par la tournure que prenait cet album et Shob à la basse nous avait été chaudement recommandé, notamment par Aurélien. On avait là des partenaires de jeu hyper solides, ce qui nous a laissé carte blanche pour penser l’écriture du disque et ne pas se limiter.

Est-ce eux qu’on aperçoit sur la vidéo de Je m’en irai ?

Non, pas du tout (rires) ! Ceux que tu aperçois, ce sont deux personnes qu’on aime beaucoup et qui pourraient… On verra bien, mais en tout cas, c’est une incarnation possible live de Malemort. Il y a Romain qui est le batteur de Bukowski et Joe qui joue aussi avec Romain dans un autre groupe. On est tous du Val d’Oise, c’est toute une bande de musiciens, on se connait, on se croise depuis des années. On savait qu’ils feraient super bien l’affaire, au-delà du côté humain.

Puisqu’on parle de clip, il y a aussi le premier, Quelle sorte d’homme, où on te voit marcher seul – ou presque puisqu’il y a des accessoiristes qui sont là pour t’aider. L’idée de ce clip c’était quoi ?

L’idée était d’illustrer la vie de Michel Magne, qui est celui qui a créé le studio dans ce château d’Hérouville assez mythique et qui est un immense compositeur de musique de films, notamment. J’ai illustré ça par des allusions à des titres de films dont il avait écrit la musique. C’est beaucoup de films des années 50, 60 et début des années 70. Il y a aussi beaucoup de musique de polar, et c’est un esprit que j’ai voulu illustrer, mais avec un côté second degré. Il y a ce type qui se voit en héros de polar et que tu retrouves à la fin en train de lire un OSS 117, à moitié à poil.

Tu l’as dit, Château-Chimères est un album concept qui traite de la vie de Michel Magne qui a donc transformé ce château en studio. Qu’est-ce qui a inspiré ce concept ? Le château d’Hérouville est dans le même département que vous…

Tu ne crois pas si bien dire ! Il est à 3 km de chez moi. Quand je suis arrivé dans la région il y a une dizaine d’années, j’ai découvert l’histoire du château, ça m’a passionné et j’ai toujours senti qu’il y avait quelque chose à faire avec cette histoire. Mais en même temps, j’avais peur d’abimer les choses par une annotation maladroite, par exemple. A l’époque de Ball Trap je me posais la question de savoir si je tentais le coup, mais je ne le sentais pas. Je me suis donc laissé tenter par mon autre passion que sont les années folles.

Et là, tu t’es senti suffisamment adulte et mûr pour aborder l’histoire du château d’Hérouville…

Adulte et mûr, je ne sais pas (rires), en tout cas, artistiquement, j’ai trouvé quel angle prendre. Le problème c’est que c’est un studio dans lequel on a enregistré de la musique des années 70, qui n’est pas celle que joue Malemort. Il n’était pas questions qu’on fasse de la pale copie de la musique des années 70. J’ai donc trouvé l’idée de ces vignettes, 12 épisodes qui racontent en filigrane l’histoire du château à travers les personnalités fortes qui ont marqué son histoire, mais en fantasmant un peu tout ça, tout en faisant en sorte que l’auditeur qui n’aurait pas forcément envie de se plonger dans cette histoire – il aurait bien tort, même si ça peut se comprendre – ne soit pas obligé de le faire non plus. Tu peux très bien écouter le disque en interprétant les paroles différemment. Pour bien comprendre les paroles, il faut avoir le grimoire qui va avec.

Comment le décrirais-tu ce nouvel album ? On reconnait ta marque vocale, ton écriture. Mais comment vendrais-tu cet album à quelqu’un qui ne connait pas Malemort ?

Je lui dirais qu’on navigue entre le metal, le rock et la chanson. Pour quelqu’un qui connait déjà un peu Malemort, je lui dirais qu’on a voulu mettre dans ce disque plus de profondeur que dans le précédent. On en était très contents, mais on avait le sentiment de ne pas être totalement au bout. Là, je pense que c’est un album qui pourra résister à beaucoup d’écoutes et qui pourra distiller des saveurs pendant longtemps.

Il y a quand même de grosses différences entre Ball Trap et Château-Chimères. Comment décrirais-tu, en dehors des changements de musiciens, l’évolution de votre musique entre ces deux disques ?

Elles se lisent à plusieurs niveaux, et des choses assez paradoxales : il y a une place qui est faite à la guitare et aux soli qui est plus grande, mais on a veillé à ce que cela serve le propos. On a beaucoup plus arrangé l’ensemble, et on s’est interdit moins d’influences… Je crois qu’il y a plus d’influences variées que sur Ball Trap, on n’a pas le sentiment de se limiter. Même lorsqu’on va au-delà de ce que les gens peuvent imaginer, la production permet d’éviter un côté hétérogène. Du côté du chant, j’ai beaucoup travaillé le phrasé, des textes un peu plus concis et légers… Ça a l’air d’être une somme de détails, mais c’est un peu ça… Toi, comment tu l’as vu, comment tu l’as perçu ?

Vu… Je le vois en noir et blanc (il rit). Comment je l’ai perçu ? Comme un album très varié – encore une fois, on reconnait ton chant qui reste assez unique, et il y a une variété de morceaux comme Pyromane blues qui sont assez explosifs là où d’autres, Magnitude pop ou La garçonne, ont des airs plus funs et pop. Il y a une belle variété de styles tout en restant dans l’esprit de Malemort et cohérent.

Tu viens de le dire mieux que moi, en fait (rires) ! Tu sais, j’aime bien ces groupes qui sont capables d’avoir des propos variés sur un même disque, ça te permet de les écouter dans un état d’humeur différent. On peut parler des Beatles, de Queen. Dans les années 70, c’est fou ce qu’ils ont fait ! Les medias mainstream ont détesté Queen pendant sa carrière, mais les fans adoraient. Ils adoraient le fait que Queen puisse passer par tous ces styles, du hard rock au funk, et c’était Queen.

Revenons-en à Malemort. Pour quelle raison le château d’Hérouville est il nommé Château-Chimères sur cet album ?

Parce que je pense que « Château d’Hérouville » c’est un peu trop ciblé, ça nous éloigne du rêve…

Mais une chimère, c’est illusoire…

Oui, mais, même si les albums on les a toujours, le Château d’Hérouville, pour moi, représente cette décennie durnat laquelle on a cru que la musique allait révolutionner le monde, allait tout changer. Les musiciens étaient les premiers à le croire et les fans pensaient aussi que la musique allait changer leurs vies et la société. C’est une croyance fabuleuse qui a généré d’immenses albums et qui s’est écroulée avec l’arrivée des années 80 où finalement la réalité a repris le pas sur les illusions. Tu sais, c’est souvent les utopies qui finissent par foirer qui fascinent. Le château d’Hérouville, c’est ça. C’est un parc en pleine cambrousse où vont venir Pink Floyd, David Bowie, qui vont passer un temps à enregistrer des albums énormes et qui ont aussi eu une vie complètement folle là-dedans.

Si tu devais ne retenir qu’un titre de Château-Chimères pour dire à quelqu’un qui ne vous connait pas : « voilà ce qu’on fait. Malemort, c’est ça », ce serait lequel ?

Mmmhhh… C’est difficile, chacun des morceaux a été pensé et composé comme une entité différente… Non, franchement, je ne peux pas répondre à ça, c’est trop compliqué…Je suis désolé, je voulais faire l’effort mais finalement on induirait la personne sur une piste qui sera fausse. C’est pour ça aussi qu’on a sorti deux singles différents, pour représenter la variété de ce qu’on fait. Le troisième clip, si on arrive à trouver un peu de blé pour le faire, représentera une autre facette du disque.

« Un peu de blé »… Vous êtes passés par le financement participatif, est-ce que ça a répondu à vos attentes ?

On a eu beaucoup de chance, en plus c’était une période difficile pour tout le monde, mais il y a beaucoup de personnes qui nous ont fait confiance, qui nous ont soutenus. De notre côté, tout était prêt, je ne me voyais pas demander aux gens de participer si on n’avait rien, comme c’est parfois le cas dans ces trucs-là… Je savais qu’on avait un album de valeur, il était prêt, on avait tout enregistré, tout masterisé, on avait simplement ce problème de blé, qui est toujours un problème, d’ailleurs, parce que même si on peut dire que le crowdfunding a très bien marché, on est très loin des sommes qu’il aurait fallu récolter pour compenser ce qui a été dépensé. Mais je trouve ça magnifique ce qui s’est passé, ce rapport direct entre les artistes et leur public. On avait promis à ceux qui nous ont donné un coup de main de pouvoir découvrir le disque quelques jours avant sa sortie, et c’est le cas. On reçoit plein de messages, de témoignages de la façon dont les gens vivent leur découverte de ce nouveau disque. C’est ça qui est beau, là, tu te dis que c’est pour ça que tu fais ça, tu vois que tout ce que tu as créé contribue à apporter du plaisir à d’autres.

Et toi, quelle sorte d’homme voudrais-tu célébrer ?

Je dirai un homme qui croit encore un peu aux idéaux, qui pense encore que l’altruisme peut être une voie, qui pense qu’on peut encore faire des choses ensemble. Et puis, en tant qu’homme, un homme qui ont de l’allure, qui peuvent encore t’emporter quelque part, des Gabin, Ventura, Blier, quoi… Ca fait pas du tout 2022, mais personnellement, ce sont ces gens-là qui me font rêver.

J’ai le dernier Rock Hard en mains, je suis à la page 107, je vois Album du mois Megadeth avec 8,5/10. Je tourne 3 pages avant, page 104, je vois Malemort Album du mois avec 9/10. Deux choses : « album du mois », ça fait quoi ? Et avoir une note plus élevée que Megadeth, ça fait quoi ?

(Il rit) Alors là, tu vas toucher le point sensible… Tout le monde ne le lit pas forcément comme tu viens de le faire, mais… Depuis l’adolescence, j’ai toujours été un grand lecteur de la presse metal. C’est quel =que chose qui m’a forgé, qui a forgé ma culture, et les noms des journalistes, ceux qui écrivent ces articles, ça m’a toujours touché. J’ai un rapport très fort avec ça. Donc, pour moi, la presse papier – et Rock Hard a pris la suite de magazines qui ont disparu – je le lis tous les mois depuis le départ et pour moi, c’est une sorte d’accomplissement. Tu parlais « d’album du mois » … Je crois en la parole de ces gens-là, pour d’autres groupes que le mien, donc il n’y a pas de raison que je n’y crois pas lorsqu’il s’agt de Malemort. En plus, ce qui me fait plaisir, la chronique est co-signée par Phil Lageat et Arno Strobl alors qu’ils peuvent avoir des goûts très différents, à l’opposé l’un de l’autre… ce binôme là me parle beaucoup. Quant au 9/10, je suis suffisamment électeur de Rock Hard pour savoir que ce n’est pas une note attribuée en permanence. Donc, oui, j’en suis immensément fier, c’est le moment où je me suis dit « Allez, Xavier, savoure ce moment, pose toi 2 minutes et savoure l’instant … »

Un groupe de rock, c’est aussi la scène. Quels sont vos projets à venir ?

Les projets ? D’abord attendre que tout ce bordel se calme… On a un album qui, je le pense, est solide, qui va infuser et que les gens vont découvrir en profondeur. Je veux le défendre dans de bonnes conditions. Je n’exclus pas quelque chose d’un peu évènementiel, mais pour le reste, ce sera plutôt en 2023 avec quelque chose de solide sur printemps-été-automne. Il y a des choses envisagées, mais, aussi, la réception du disque aura un impact, ce ne sera pas anodin dans ce qui va se passer ensuite.

Une toute dernière chose : quelle pourrait être la devise de Malemort en 2022 ?

Euh… « Toujours plus libre ».

En 2018, tu disais « Liberté égalité fraternité et va te faire… » (rires) Tu concluais en disant « Metal libre ». Donc on rejoint aussi cette idée de liberté cette année encore.

Voilà, on y revient toujours !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RED MOURNING: Flowers and feathers

Metal, France (2022, Bad Reputation)

Ca fait quelques temps qu’ils circulent nos frenchies de Red Mourning. Leur nouvel opus, Flowers and feathers, est tout aussi barré qu’intrigant. OK, les deux vont souvent de pair, simplement, cette fois -ci, les gars ont délaissé, en partie tout du moins, ce hardcore aux tonalités parfois sudistes qui les caractérisait au profit d’un doom des bayous dans lequel il fait bon s’enfoncer. 10 titres, 10 ambiances avec un chant (Hoog JC Doorn) souvent graveleux voire guttural et parfois chaleureux et doux comme sur Blue times. La variété des morceaux fait toute la richesse de ce nouvel album, à la fois brutal et doux, enragé et mélancolique. Avec Flowers and feathers, et sans jamais se renier, Red Mourning semble avoir définitivement trouvé sa voie, celle d’un heavy brutal et bluesy doublé d’accents sudistes enjoués. Bravo!

 

 

 

AHASVER: Causa sui

France, Metal (Lifeforce records, 2022)

Quand des membres de formations brutales comme Eryn Non Dae, Gorod, Zubrowska, Dimitree ou encore Drawers se retrouvent, on imagine aisément le résultat: un metal brutal et décalé. La rencontre de ces gaillards aboutit au projet Ahasver qui sort Causa Sui, son premier album. Les 8 titres – un seul mot pour chaque chanson, il y a une raison? – proposent un metal rapide et puissant qui fusionnent différents genres et tonalités. Ca va du doom au death, en passant par du sludge et des trucs un peu plus barrés (écoutez ces guitares sur Peace ou le passage de la folie à la « douceur » sur Dust) voire même quelque peu peu progressif. C’est certes souvent brutal, mais Ahasver sait varier son propos, s’adressant ainsi à un public plus large que le simple amateur de metal qui bourrine à tout va même si ça ne s’adresse pas forcément à tous les publics. Voilà simplement des musiciens qui se sont fait plaisir et le résultat, c’est ce Causa Sui très réussi. Pourront-ils se retrouver sur scène afin de défendre cet album? A suivre.

 

MALEMORT: Château-Chimères

France, Metal (Autoproduction, 2022)

Ceux qui suivent Malemort depuis ses débuts, d’autant plus depuis Ball-Trap, l’incontournable album précédent paru en 2016, le savent: un album de Malemort s’aborde comme une boite de chocolat (et ne voyez là aucune référence cinématographique, je n’y connais rien aux films de Zemeckis et encore moins à ceux avec Tom Hanks!): tu sais que tu vas avoir le choix, qu’il y en a pour tous les goûts et que tu devras y revenir à plus d’une reprise pour tout vraiment savourer comme il se doit. En ce sens, Malemort se rapproche de l’esprit prog tout en restant foncièrement metal. Quand en plus, au delà de la qualité des textes, travaillés avec le plus grand soin, on comprend que ce disque est un concept album, on a envie de se plonger entièrement dedans. Le concept? Le château d’Hérouville que Michel Magne avait transformé en studio d’enregistrement qui a vu défiler autant de vedettes du cinéma français que de musiciens pop de toutes nationalités. On parle ici aussi bien des Ventura, Gabin ou Belmondo que de David Bowie parmi tant d’autres. On remarquera d’abord, avec ce nouvel arrivage, Château-Chimères (non, ce n’est pas un Bordeaux, on est dans le Val d’Oise!), que le groupe a évolué (implosé pourrait-on dire) et changé de line-up: Aurélien Ouzoulias, de plus en plus incontournable a posé ses fesses derrière la batterie, un certain Shob étant mentionné à la basse. Oui, il y a eu du changement depuis le line-up tant remarqué au Hellfest en 2018… Si la pochette est en noir et blanc, le contenu musical n’a rien de sombre. Certes, il faut plus d’une écoute pour tout comprendre, Malemort ne proposant pas deux fois d’affilée le même tempo ou la même ambiance. On passe ainsi de titres enlevés au chant caractéristique de Xavier (Quelle sorte d’homme?) à des morceaux plus speedés (Pyromane blues – quel titre en cette fin d’été qui a vu le feu partout! -, Comme une balle) ou plus soft (Magnitude pop, L’eau des fossés) pour se terminer avec un instrumental très cinématique (Décembre), et de cinéma, de musique populaire, il y en a, notamment avec la participation de Dan Ar Braz sur Je m’en irai, de Matthieu Debordes (cuivres) et de Mathilde Buet (violon) un peu partout, apportant une palette de couleurs musicales très variée. La précision instrumentale est de mise, largement éclairée par une production soignée donnant à chaque instrument une juste place. Maintenant, après bientôt 6 ans d’absence – que s’est-il passé chez vous? dissensions internes??? on en reparlera en interview à suivre bientôt – le public va devoir être reconquis, et ça, volatile comme il sait se montrer, c’est une autre affaire. Il va falloir, d’autant plus maintenant qu’il semble vouloir retrouver le chemin des salles, investir les scène avec une détermination sans failles pour présenter et défendre cet album tout sauf illusoire. Une réussite totale, ce Château-Chimères, de bout en bout!

HELLFEST: Nouvelles annonces et dernière tête d’affiche dévoilée

C’est désormais officiel: Ghost sera la Tête d’affiche de la MS 1 le samedi 18 juin prochain.

Hellfest production l’a confirmé sur son site www.hellfest.fr et a apporté d’autres informations qui seront régulièrement mises à jour – parmi lesquelles le lien cashless que nous attendons. Voici son communiqué:

 

« Hellbangers ! L’attente est terminée, nous sommes heureux de vous annoncer que c’est Ghost qui se joindra à la fête le samedi 18 juin sur la Mainstage 1

Près de 11 ans après leur première date française sous la feu-Terorrizer Tent et après un spectacle mémorable en 2016, la horde de Tobias Forge revient cette fois-ci au sommet de l’affiche, pour leur unique date européenne en festival.

En plus de cette annonce de poids, une vague de nouveaux groupes se rajoutent :

  • MAINSTAGE 1: Burning Heads (Punk Rock / Ven 17) / Nitzer Ebb (Electronic Body Music / Ven 24)
  • MAINSTAGE 2: Last Temptation (Hard Rock / Sam 18)
  • WARZONE : No Turning Back (Hardcore / Ven 17) / Washington Dead Cats (Rockabilly / Sam 18) / Guilt Trip (Hardcore / Sam 25)
  • VALLEY : Messa (Doom / Sat 18) / Slomosa (Stoner / Jeu 23) / Orange Goblin (Stoner / Dim 26)
  • TEMPLE : Witchery (Blackened Thrash Metal / Ven 24)

Malheureusement, nous sommes au regret de vous annoncer l’annulation de THE DISTILLERS, SKINNY PUPPY, L7, YOUTH OF TODAY, REVEREND HORTON HEAT, HAWSER, OM, IV AND THE STRANGE BAND, MONSTER MAGNET et HJVELVIK. En espérant les revoir très vite chez nous !

Cette nouvelle annonce est aussi l’occasion de vous communiquer le Running Order qui a donné pas mal de noeux aux cerveaux de nos équipes.

Celui-ci est disponible sur deux plate-formes :

On ne va pas se mentir, ce running order risque d’encore pas mal évoluer d’ici le mois de juin, nous vous conseillons de consulter souvent notre site ou l’app officielle pour vous tenir informé des éventuels changements. En cas de nouvelles annulations / remplacements nous ferons d’autres annonces sur nos réseaux.

D’ici là on vous donne rendez-vous sur les routes de France dès demain avec le début de notre Warm-Up Tour 2022 ! »

DISCONNECTED: We are disconnected

France, Metal (Autoproduction, 2022)

2018. Disconnected apparait dans le paysage metallique français avec un premier album de très haut niveau, White colossus. 2019, Paris, 27 janvier. Disconnected ouvre pour un Judas Priest au top de sa forme sur la toute première date de l’année du groupe. Une opportunité que le gang d’Adrien Martinot, guitariste fondateur, saisit à bras le corps et qui l’expose au grand public. Certains ne s’en remettent toujours pas, comme le raconte Romain Laure, le bassiste avec qui Metal-Eyes a pu échanger: « date mythique! C’est jusqu’ici notre plus gros show, et ouvrir pour des légendes comme Priest, c’est une sacrée expérience. » Disconnected revient aujourd’hui avec un second disque, simplement intitulé We are Disconnected. Quatre années se sont écoulées, la crise sanitaire est aussi passée par là. « L’album devait initialement sortir en 2020, deux ans après le premier, ce qui, en effet, est beaucoup plus cohérent. Mais avec le Covid, on voulait attendre le bon moment, d’autant plus que c’est le premier avec le line-up stable actuel, qui est en place depuis 2019. Ce qui donne une identité complètement différente au groupe comparé à White colossus. Les titres qui devaient sortir en 2020, on les a retravaillés. On a pris le temps de profiter de quelque chose d’assez négatif pour peaufiner ces titres et sortir le meilleur produit possible, maintenant, en 2022. »

Ce nouvel album comporte huit titres forgés dans un metal brut et direct. Avec deux « nouveaux » musiciens (le guitariste Florian Mérindol et le batteur Jelly Cardarelli) et avec cette opportunité que fut la crise sanitaire, comment Romain analyse-t-il l’évolution de Disconnected entre ces deux albums? « Rien que le processus de création est différent. Sur White colossus, c’est Adrian qui écrivait ces morceaux dans leur globalité. Nous n’étions, Ivan (Pavlakovic, chant), les autres et moi, que les musiciens. Là, c’est le groupe qui a composé. On a tous créé, on a chacun participé à l’écriture, d’où, aussi, ce titre We are Disconnected: « voilà, ça c’est Disconnected ». Cet album nous ressemble vraiment. C’est une unité. » La musique de Disconnected, si elle est brute, est varié. La décrire n’est pas évident: « C’est du metal moderne, on a des choses djent et du rock, du hard rock… Mais c’est difficile de mettre une étiquette sur le style. Mes influences? Il y a autant de Meshugah que de metal classique comme Iron Maiden, tandis qu’Adrian, lui, il est à fond dans le metal des années 80. Avec ce genre de contraste, il y a de quoi créer des choses sympa« .

On remarquera naturellement le premier morceau, Life will always find it’s way. Même si le lien avec l’ami Covid peut sembler évident, rappelons nous que l’album a été composé avant l’arrivée de ce virus. Le chant d’Ivan se révèle, comme sur l’album précédent, varié, se faisant ici agressif et rageur, là plus clair et passe partout. Le vocaliste propose une vaste palette qui colle parfaitement au genre développé par cette entité qu’est aujourd’hui Disconnected. Un album d’une brutale efficacité qui saura séduire un large public, tant en France qu’ailleurs.

Le plus gros show arrive, puisque Disconnected ouvrira le HF 2 sur la mainstage 2 le vendredi 24 juin (le groupe est également à l’affiche du WOA et du Rockfest de Barcelone). Si les 5 auront plus de temps pour se préparer qu’en ouverture de Priest (et faire imprimer un backdrop un peu plus grand, aussi…) nul doute que Disconnected sera l’une des sensation de cette nouvelle édition du Hellfest. Un grand groupe est en marche!

Propos recueillis au téléphone le 31 mars.

KOZH DALL: Deaf mute

France, Metal (Autoproduction, 2022)

Les amateurs de metal français auront sans doute eu connaissance de ce « groupe » quelque peu ovni de la scène extrême hexagonal qu’était Kozh Dall Division. On retrouve aujourd’hui ce même projet amputé de sa division. Pour quelle raison est-il devenu simplement Kozh Dall? Laurent Plainchamps, fondateur de ce projet et ancien membre d’Arsenic, Kristendom et même No Return qu’il a dépanné sur une dizaine de dates, s’en explique: « sur les deux premiers albums, il y avait beaucoup d’invités et le terme « division » impliquait le fait d’être plusieurs aux manettes, plusieurs musiciens de divers groupes et univers musicaux. En fait, le terme « division » ne me plaisait qu’à moitié. J’ai aussi changé le logo, et ce n’est pas tout à fait le même projet. » Ce projet est donc un ovni musical. Laurent en décrit simplement sa musique en précisant n’avoir « rien inventé. C’est un peu toutes les tendances du metal, des années 80, 2000, qui mixe du thrash, du death, du gothique, voire un peu de doom. Les voix sont variées, de claires, à death, thrash ou heavy, ce que j’adore faire. » C’est d’ailleurs une des particularités de cet album, ce chant varié, et Laurent s’occupe de toutes les voix, aussi bien rageuses que fluettes et « même presque féminines« . Intitulé Deaf mute, « sourd muet », traite du handicap sous diverses formes. « Oui, et ce pauvre gars n’a pas grand chose pour lui puisque Kozh Dall ça veut dire « vieil aveugle » en breton« . D’où cette pochette qui montre un visage saigner de ces trois sens… « Ca reflète aussi la difficulté d’exprimer son mal-être, pas seulement avec des mots, des textes ou un dialecte. C’est de la colère, de la tristesse, des émotions. Tout cela suffit à l’auditeur pour créer sa propre histoire« . En effet, on trouve beaucoup de choses dans cette musique: au cœur d’un titre thrash peuvent se trouver larsen et tapping. Laurent explique que « la musique, c’est des émotions qui viennent. Il y a a beaucoup d’improvisation, j’enregistre ce qui vient, et je laisse parler mes émotions. J’ai voulu enregistrer mes émotions sur le moment, ce n’est pas une interprétation, je ne pouvais pas faire autre chose à ce moment là« . En d’autre termes, cet enregistrement « one shot » a été très instinctif et organique. Les dix titres (de 1 à 10, titres simples au possible) reflètent cet état d’esprit. Les numéroter ainsi? « Il y a très peu de texte, en fait, donc c’était difficile de trouver un titre, j’ai laissé les émotions s’exprimer… Après, ça a été un peu compliqué pour la SDRM qui n’a pas compris que le titre 1 s’intitulait 1 et ainsi de suite (rires)! » Si Laurent devait n’en faire écouter qu’un pour nous convaincre de découvrir le reste il retiendrait « 6, par ce qu’il met un peu en avant ma voix et qu’il est assez facile d’écoute. c’est aussi l’un des deux clips. c’est un titre sur lesquels il y a un petit passage agressif mais aussi, j’ai réussi à faire des voix plus claires, presque cristallines. » Les amateurs de sensations fortes sauront trouver leur bonheur dans la variétés proposée par ce Deaf mute, brutal et introspectif dont la devise, conclut Laurent, pourrait être « les paroles ne sont que mensonge« . Un univers intrigant dans lequel l’auditeur pourrait aisément se noyer.

 

 

Entretien avec Laurent Plainchamps – propos recueillis le 1er avril 2022

ASKARA: Lights of the night

Suisse, Metal (2022, Fastball)

Après une intro au piano léger et guitares tourbillonnantes, Askara, en activité depuis 2013,  entre dans son sujet avec un metal épique et sombre, agrémenté d’un chant double: le côté guttural du bassiste chanteur Elia Schmidt et celui plus doux et clair de sa sœur Miril, également au piano. Le 11 titres entrainent l’auditeur dans cet univers familier de l’heroic fantasy proposant une musique à la fois sombre et lumineuse, mélodique et brutale sans être jamais speedée. On peut même être surpris par la lenteur de ces compositions, par la juxtaposition de ce tempo et de ces growls. Ce n’est pas le seul point d’étonnement: tout au long de ce Lights of night, second album du quatuor, Askara sait se faufiler en terrain plus risqué, à l’instar de ce To Alisa rock aux relents progs qui frôle les 9′. Bénéficiant d’une production exemplaire et d’un très bel artwork, Askara, avec son metal sombre et lent, s’adresse toutefois à un public précis. Difficile ingurgiter du premier coup, mais intrigant et attirant. A découvrir.