GNÔ: Stereofish

France, Hard progressif (Millenium, 2020)

Franchement, terminer l’année avec ce Stereofish, cinquième opus des compatriotes de Gnô, ben, ça fait un bien fou! Si j’ai découvert avec bonheur le trio dingo avec le déjanté Cannibal tango (2011), si j’ai été quelque peu déconcerté par le suivant, Crass palace (2014), j’ai raté le dernier, Sick princess (2016). Depuis, le génial guitariste Christophe Gaudin a quitté le trio qui, de fait, a dû chercher un six-cordiste au moins aussi barré et talentueux pour le remplacer. Si l’on peut imaginer que la tâche ne fut pas des plus aisées, quel bonheur d’entendre un résultat si enjoué et entraînant! Inutile de passer par quatre chemins, l’arrivée de Djul Lacharme aux côtés de Gabriel Vegh (chant et basse) et Peter Puke (batterie) est, comme le démontre de bout en bout ce Stereofish – dont la seule faute de goût est cette improbable illustration de couverture genre patchwork informatique de débutant – toute l’étendue de son talent. Dès l’introductif Calvary way, le ton est donné: avec ses quelques relents ska, le titre, imparable est très festif et chantant. Never give up passe au niveau supérieur de dance attitude, il est simplement impossible de ne pas se dandiner. Le ton change légèrement avec Stereofish et son riff discret à la War machine (Kiss) tandis que Into the void se fait plus lourd et spatial, un titre tout en lenteur basée sur la rythmique de la basse. Tout au long des Gnô’s New Orbit, Animals ou autre Our worlds collide, Gnô, tout en restant technique mais se faisant sans doute plus « accessible » ou moins dingo (quoique…), varie en permanence les plaisirs et surprend à chaque instant. Un océan de fraîcheur à ne manquer sous aucun prétexte.

HOLLYWOOD UNDEAD: New empire Volume 2

Metal, USA (2020)

Pour ce second volet de New empire – la première partie est parue en début d’année – C’est une Johnny 3 Tears enjoué et en forme – bien que peu familier avec l’outil – qui se connecte en ce 15 décembre à Skype pour s’entretenir avec Metal Eyes et nous parler du petit nouveau des enfants terribles de Hollywood Undead. Premier constat: New empire vol. 2 est beaucoup plus pop que son prédécesseur. Dansant et enjoué de bout en bout, presque du soft punk pour ados… C’est pourtant bien là l’esprit festif des Américains qui ne se sont jamais cantonnés à un seul style. Quelle est la situation sanitaire à Nashville?  » Bien meilleure qu’à LA, les gens portent le masque (note: ce qui pour H.U est plutôt habituel…), je crois que seuls les cinémas ont dû fermer, mais je m’en fous parce que j’en ai rien à battre du cinéma actuel! » La crise sanitaire a-t-elle cependant eu un impact sur la sortie de l’album? « Oh oui! Vol. 2 devait sortir au mois de mars ou avril. Quand le volume 1 est sorti, on était en tournée en Europe. Le show de Paris est le premier que nous ayons annulé. On s’est donc retrouvé à la maison sans trop comprendre ce qu’il se passait… On ne pensait même pas à cet album. Le côté positif, c’est que nous avons pu composer de nouvelles chansons pour Vol. 2. On a retiré  celles qui, selon moi, étaient à chier pour les remplacer par de meilleures. Les labels étaient fermés aussi, ce qui explique que Vol. 2 ne sorte que maintenant« . Johnny confirme que le Vol. 1 est beaucoup plus agressif, tant dans les riffs que dans les textes. « Nous voulions quelque chose de vraiment heavy. Pour Vol. 2, on voulait quelque chose de plus soft et passe partout sans pour autant préméditer quoi que ce soit« . D’ailleurs, pour célébrer cette sortie, H.U donnait une House party le 18 décembre – « ce qu’on faisait quand on était étudiants et qu’on a commencé: jouer dans le salon des potes. Ça me manque un peu, boire 3 litres de bière et foutre le bordel dans le salon et voir les parents en colère! » Quelle évolution Johnny 3 Tears voit-il entre le précédent album, Five, et la doublette New empire? « Il n’y a pas d’évolution pensée. En tant que personnes, nous sommes tous amenés à évoluer, en fonction de tes sentiments, de ce qu’il se passe dans ta vie. Ce qui arrive à chacun d’entre nous se retrouve quelque peu sur l’album. Mais rien n’est prémédité. » La particularité de Hollywood Undead réside, entre autre, sur le grand nombre de chanteurs. Comment le choix de qui chante quoi se fait-il? « Mmhhh… nous avons des voix différentes, une partie du choix se fait en fonction de la tonalité du titre. Je m’occupe de ce qui est plus heavy, Danny est ténor, il s’occupe de ce qui est plus haut… Et puis tu sais, live, on change toujours, on échange nos instruments… Ca dépend vraiment de la chanson et de ce que ressent chacun. On fait en sorte de rester le plus naturel possible sans dire « toi tu fais-ci, moi, ça« … » H.U étant un groupe festif, ce Vol. 2 voit quelques invités de marque, dont Papa Roach avec qui le groupe était en tournée au moment des confinements mondiaux. « La plupart des morceaux avec des invités sont lié au Covid… On ne le fait pas d’habitude, sauf une fois, avec B-Real de Cypress Hill. Mais tous les musiciens qu’on connait étaient comme nous: coincés chez eux. Alors plutôt que de ne rien faire, on s’est tous mis au boulot! Toutes les chansons étaient prêtes, nous avons pu les modifier. D’habitude, c’est compliqué de nous réunir: quand nous enregistrons, d’autres sont sur la route, ou en train d’enregistrer, donc pas disponibles. Ou l’inverse… Mais là, tout le monde était là, avait envie de bosser, ce qui explique qu’il y a autant de monde. On a tous enregistré à la maison. Le seul déplacement que nous ayons fait, c’est pour tourner la vidéo avec Tech-9 qui ne voulait pas bouger. » Quelle chanson de Vol. 2 représente-t-elle le mieux ce qu’est aujourd’hui Hollywood Undead? « Mec, elle est compliquée ta question! Elle est bonne, frangin! Sur Vol. 2? La plus représentative? Je dirai Monsters, parce que je pense que c’est celle qui contient le plus de notre passé, elle explique d’où nous venons, les raisons qui nous ont amenés à faire de la musique« . Ok, et quelle serait la devise de H.U – à part Fuck Covid? « ah, ah! je crois que celle là, c’est la devise de tout le monde en ce moment! Je dirai « Vis l’instant présent ». Je crois que les gens se prennent bien trop au sérieux. Et si tu te prends trop la tête avec ce qui s’est produit il y a 5 ans, ou si tu prévois ce qui peut se passer dans 5 ans, tu perds ton temps« . Hollywood Undead aime la fête et Johnny conclue avec un simple « j’espère qu’on se retrouvera bientôt, qu’on se verra au Hellfest qui est vraiment mon festival préféré« .  Avec la reconnaissance du groupe en France, c’est vraiment tout le mal que nous puissions nous souhaiter!

JIRFIYA: Still waiting

France, Metal (autoproduction, 2020)

Il y a à peine un an, Jirfiya m’avait agréablement surpris avec son premier Ep. Il y a un an à peine… Rares sont ceux qui s’activent autant pour proposer de nouveaux albums – mini, ou Ep… -alors commençons par saluer l’effort que représente ce Still waiting mal nommé (ben ouais, on n’aura pas attendu longtemps…) 6 titres plus 2 bonus composent ce nouveau méfait qui puise confirme les orientations musicales du combo: un mix de metal extrême rageur et enlevé (Silently) qui introduit les différents éléments de l’identité musicale du groupe (un chant masculin rageur doublé d’une douceur vocale féminine, des sonorités variées et inspirées, des constructions efficaces), de prog (The right side of the border), de hard core proche metal core (The farewell), de rock pur jus (This is my life) ou de moments plus sensibles, proches de la ballade (The hill of shame), voire même pop (House of poison et son entrée a capella). Le mix de chant rugueux et doux – masculin et féminin – fait toujours sont effet et les apports orientaux des guitares font mouche à tous les coups. Les textes semblent aborder des thèmes d’actualité aussi brulants que les migrants et l’injustice sociale. Incontestablement, en tout cas, c’est le mal qu’on lui souhaite, Jirfiya, avec son metal varié, puissant et aérien, une production et un artwork soignés, se positionne dans les challengers de la scène française à suivre.

OVTENOIR: Fields of fire

 France, Metal (Consouling sounds, 2020)

Voici un album qui ne laissera pas indifférent… Ovtenoir, formé en 2013 dans le cadre d’un projet post rock acoustique, propose aujourd’hui Fields of fire, son premier album qui fait suite à un Ep datant de 2016. Les 42′ pour 7 titres que dure cet album proposent des ambiances lourdes, lentes et rageuses, évoquant souvent l’univers du doom (Phantom pain), sombres aussi comme peuvent l’être Candlemass ou Paradise Lost. On peut aussi voir en filigrane Metallica, voire même Wormfood (Kept afloat et son intro inquiétante comme chuchotée à l’oreille). Les guitares rapides et ultra saturées (Wires) se démarquent positivement et bien que le chant manque parfois de variété, le propos d’Ovtenoir est sans concessions. On n’est guère surpris de retrouver Francis Caste derrière les manettes de ce disque lourd et puissant. A découvrir hors confinement en appartement…

EMBRYONIC CELLS: Decline

France, Metal extrême (MusikOEye, 2020)

Après un Horizon percutant et engagé, Embryonic Cells refait surface. Avec Decline, le désormais trio (Max Beaulieu, chant et guitare, Fred Fantoni, basse, et Djo Lemay, batterie – exit donc les claviers de Pierre Le Pape occupé à divers projets) continue de tracer son chemin dans le monde du metal extrême. Avec 7 titres totalisant 39′, Embryonic Cells va à l’essentiel, et c’est tant mieux. Car non seulement la thématique est dure, mais la musique peut se faire – très – oppressante, bien que souvent groovy – superbe pont sur To pay our share – et puise autant dans le black (le trop redondant Thermageddon) que dans l’univers d’un Paradise Lost sombre et inspiré (Devoid of promise). On trouve même des traces de Maiden et d’Ozzy sur Alone I fall (ce passage à la Diary of a madman en plus inquiétant!). Le plus gros défaut de cet album? Sa pochette qui se rapproche beaucoup trop de celle de Desolation blue, dernière offrande en date des Anglais de Buffalo Summer (est-ce un hasard? La ligne créditant l’artwork est écrite en noir et illisible…) Embryonic Cells, malgré la dureté de ses sonorités et la lourdeur de son propos, réussit encore à varier les plaisirs et parvient à s’adresser à un public large. Avec, en plus, une production soignée, un son riche et moderne, que demander de plus?

AVATAR: Hunter gatherer

Suède, Metal (Century media, 2020)

Avatar a réussi un tour de force avec Avatar country, album le plus léger de sa discographie qui lui a permis de récolter un très large public. Mais il est temps, comme l’explique lors de notre dernier entretien John Alfredsson , son batteur, de revenir à des choses sérieuses. Avatar country n’était qu’un amusement et aujourd’hui, les Suédois, avec Hunter gatherer, nous offrent son opposé, son album le plus sombre et dur. Sombre, mais varié. A l’instar de ce Colossus oppressant et inquiétant, presque doom ou du furieux Silence in the age of the apes, qui introduit l’album, Avatar se délecte de nous entraîner sur des pistes aussi inquiétantes qu’attirantes. Ce n’est pas un hasard si ces deux morceaux ont fait l’objet de videos, pour autant, les Justice, When all but force has failed, Scream until you wake ou A secret door offrent cette variété salvatrice et hypnoti qui fait la particularité d’Avatar. Bien sûr, on retrouve les ingrédients typiques du groupe: le chant varié de Johannes Eckestrom, alternant avec une aisance toujours aussi déconcertante hurlement et tendresse intime, les guitares à la fois tranchantes et sautillantes de son ex-majesté Kungen et de son complice Jonas Jarlsby, ainsi qu’une rythmique souvent déconcertante et jamais figée offerte par Tim Undstrom et John, proposant des structures si solides que rien ne peut ébranler l’édifice.  pourrait cependant effrayer certains nouveaux fans, ceux séduits par la légèreté de son prédécesseur, mais pourrait attirer plus encore tant ce metal barré est efficace. Un must qui séduira les amateurs qui suivent le groupe depuis Hail the apocalypse, voire Black waltz pour les plus anciens.

Concerts from home: MANIGANCE

Parce que ce 28 octobre le groupe de François Merle aurait dû retrouver les planches de l’Elysée Montmartre en ouverture de Sortilège (le concert est – de nouveau – repoussé au  21 octobre 2021), Concerts from home revient sur leur album live enregistré, principalement, à Paris en 2004. Et ceci est tout sauf un dernier hommage!

MANIGANCEMémoires… live France, hard rock, (Replica records, 2004)

C’est en 1995 que naît, à Pau, Manigance, de la volonté de François Merle, ex-guitariste de Killers avec qui il a fourbi ses armes entre 1987 et 1994. En 2004, Manigance a déjà 3 albums à son actif et la formation paloise fait partie de ces challengers de la scène hexagonales, riche et florissante, en qui le public place de très gros espoirs. La qualité et la puissance de ses compositions séduisent d’ailleurs, et à juste titre, jusqu’au public japonais pour qui ce premier album live a été enregistré. Pour un groupe français, on peut se permettre de parler d’exploit tant s’exporter semble mission impossible ! Déjà, tourner en France est loin d’être évident… Peut-on même simplement parler ici d’une tournée ? Le premier concert de soutien à D’un autre sang, le dernier album en date, est donné le 12 février 2004 à Lyon (au Rail théâtre) pour s’étendre jusqu’au 21 du même mois au Manège de Lorient (on peut rajouter quelques dates éparses en mars, mai et juillet). En moins de deux semaines, ce sont 9 villes que Manigance aura visitées au détour desquelles le sextet, solide et fidèle (Didier Delsaux au chant, François Merle et Bruno Ramos aux guitares, le discret Marc Duffau à la basse, Daniel Pouylau à la batterie et Florent Taillandier aux claviers) se livre enfin à l’exercice de l’album live. Enregistré le 17 février 2004 à l’Elysée Montmartre de Paris (sauf le sublime Dernier Hommage qui a été capté à La Laiterie de Strasbourg le lendemain) devant un public chaud bouillant, Mémoires… live est d’abord destiné au marché japonais afin de remercier le public nippon de l’accueil extraordinaire qu’il a su réserver aux Palois. La France découvre donc ce témoignage en import avant que ne lui soit livrée une version amputée d’un titre de cet album qui reflète sa fort remarquée discographie passée, mettant logiquement l’accent sur son dernier opus en date puisque 8 morceaux (sur 14, version européenne) en sont issus ; 5 proviennent de Ange ou démon et un seul (malheureusement un des morceaux que j’aime le moins), L’ultime seconde, est issu de Signe de vie. Ce concert commence pied au plancher, Manigance ne laissant pas le temps au public, qui vient de s’enquiller Adagio et Malédiction en chauffeurs de salle, de reprendre son souffle. Et, exception faite du temps calme imposé à mi-parcours avec La mort dans l’âme, le groupe fonce comme si sa vie en dépendait. Le public parisien a toujours eu la réputation d’être difficile et exigeant, mais là, il semble prêt à manger dans le creux de la main de Didier Delsaux qui communique avec beaucoup d’aisance avec ce public, public auquel il s’adresse de la même manière que Bernie Bonvoisin (Trust), en le tutoyant. Il manque cependant à cet album un très léger brin de simplicité, de vérité. Le son, puissant, ne semble pas toujours venir de ce concert… et à lire les crédits de la jaquette (trop peu fournie, pourquoi ne pas avoir proposé un peu plus de 4 pages ???), on constate, le groupe ne s’en cache pas, qu’il y a eu des retouches de faites (« overdubs recorded at Manigance studio, Pau, France »), ce qui explique peut être qu’il ait fallu une bonne année avant que cet album ne rencontre son public. Overdubs, soit, mais point trop n’en faut. Or, ici, il semble qu’il y en ait eu un peu partout, ôtant cette humanité rare que l’on peut trouver dans les concerts. Mais ce n’est, au final, qu’un détail tant Manigance semble prendre du plaisir à être face à ce public qui le lui rend bien. Un autre détail qui, à l’époque de sa sortie en 2005, ne pouvait que passer inaperçu mais qu’aujourd’hui on remarque le sourire aux lèvres : parmi les photographes crédités se trouve une certaine Carine Pinto, aujourd’hui chanteuse de Manigance. Le monde est petit, non ?

Interview: AVATAR

Interview AVATAR: entretien avec John Alfredsson (batterie). Propos recueillis par téléphone, le 10 juillet 2020

Photo promo

Metal-Eyes : Comment ça se passe en Suède, d’un point de vue sanitaire, ces jours-ci ?

John : Bien… enfin, « bien » est tout relatif. Mais… Nous survivons…

 

Metal-Eyes : Votre dernier concert était à Saint Petersbourg, le 14 mars. N’était-ce pas un peu étrange de vous retrouver entre deux états, « on va devoir rentrer » et « on doit continuer » ?

John : Oui, la Russie était, je crois, un des derniers pays à avoir fermé ses frontières. Quand nous jouions en Russie, nous ne pouvions que constater que tous les autres pays du monde fermaient, les uns après les autres, et tous les groupe que nous connaissons, qui étaient en tournée, annulaient. Nous, on était là à se demander si nous étions censés continuer de jouer… C’était étrange, vraiment…

 

Metal-Eyes : J’imagine aussi que vous ne pouviez prendre la décision d’annuler de votre propre chef pour des questions d’assurances…

John : Oui, mais d’un autre côté, nous n’avons donné que 3 concerts en Russie, en ouverture de Sabaton. Et au bout du compte, l’endroit le plus sécure est sur scène. Nous n’étions pas inquiets pour nous, plus pour le public. Nous espérions simplement que quelqu’un savait ce qu’il faisait avec cette foule, tu me comprends ? Je ne crois pas que nous, en tant qu’artistes, devons dire aux politiciens ce qu’ils doivent faire. Je ne supporte pas d’entendre des artistes demander à ce qu’on les laisse jouer, pas dans ces conditions. C’est aux autres de nous dire quand il sera temps de rouvrir, ou de fermer si c’est nécessaire.

 

Metal-Eyes : Parlons du groupe maintenant : le cycle Avatar country se termine. Que vas-tu en retenir ? A part le Covid…

John : Euh… Je crois que je me souviendrai de ce cycle comme l’un des plus amusants que nous avons vécu. Nous ne nous sommes jamais autorisés à nous permettre autant de choses que sur Avatar country. Tout était permis.

 

Metal-Eyes : Même Hellzapoppin…

John : Oui, même eux ! Ce genre de choses ! C’était très… comment dire ? « Relaxant » de pouvoir nous laisser aller. Quand nous programmions cette tournée, nous nous demandions quelle était la chose la plus dingue qu’on puisse faire, et nous avons fonctionné comme ça tout le temps. Nous ne le referons plus dans un avenir proche. C’est ce dont je me souviendrais de ce cycle, faire des choses comme accueillir Hellzapoppin sur la tournée, faire apparaître le roi sur un trône… ou faire un film !

 

Metal-Eyes : Faire un film qui ferme ce cycle. J’imagine que tu parles de The legend of Avatar country (il confirme). Ceci signifie donc que le pays d’Avatar était en réalité une légende, il n’existe pas du tout ?

John : Il existe dans nos cœurs, à jamais.

 

Metal-Eyes : Donc, « longue vie au roi » ?

John : Oui, « longue vie au roi » !

 

Metal-Eyes : Vous étiez également censés ouvrir pour Iron Maiden, dont un passage à Paris demain, 11 juillet. Etait-ce toujours sur le thème Avatar Country ou alliez-vous proposer quelque chose de neuf ?

John : En réalité, nous devions donner ce soir un concert secret dans un club de Paris. Qui aurait été le dernier show de Avatar country. Et demain, avec Iron Maiden, nous devions donner le premier concert de la tournée Hunter gatherer

 

Metal-Eyes : Un nouveau cycle s’ouvre avec Hunter gatherer. C’est un album très sombre, à l’opposé de Avatar country. Qu’est-ce qui vous a fait passer de la lumière aux ténèbres ?

John : Avatar country n’était pas supposé être un album au départ. Il devait être un Ep entre deux albums « normaux ». Quand nous avons commencé à composer, nous avions tellement de matériel que je ne parvenais pas à écarter une chanson. Alors « merde ! on fait un album ! » Ça a commencé comme une blague entre nous. Nous avons eu le sentiment à l’époque que nous devions sortir ces chansons. Et ça nous a simplement soulagés de le faire. Nous n’avons jamais eu pour vocation d’être un groupe rigolo… Avatar country, tu peux le voir de plusieurs manières : tu peux le considérer comme une comédie, mais aussi comme une critique de la société du moment. Il s’est passé tellement de choses en 2016, quand nous l’avons écrit… Nous ne parlons jamais de politique dans Avatar, mais nous avons choisi de commenter. Nous nous sommes vraiment amusés à faire cet album, et quand la tournée a commencé, c’était si plaisant de simplement pouvoir proposer des concerts aussi gros ! C’était super fun… la première semaine. Ensuite, il y a eu 150 concerts supplémentaires ! Nous parlons beaucoup et dans le tour bus, on écoutait de la musique, on échangeait et quand l’un d’entre nous a demandé ce que nous allions faire ensuite, la réponse a fusé : pas un putain d’album de comédie ! » Nous savions tous que notre prochain album devait être sérieux. Sinon, nous courions le risque d’être catalogué comme un groupe de comédie, et ce n’est pas ce qu’est Avatar. Ce ne fut qu’un petit détour.

 

Metal-Eyes : Hunter gatherer est un album plus sombre, plus heavy et plus colérique. Qu’avez-vous mis dedans ?

John : C’est certainement l’album le plus sombre que nous ayons enregistré. Une sorte de contre réaction à Avatar Country

 

Metal-Eyes : Justement, vous avez acquis tant de nouveaux fans avec Avatar country… Ne crains-tu pas la réaction de ces nouveaux fans lorsqu’ils découvriront cette autre facette d’Avatar ?

John (il réfléchit) : Non… Non. Je suis sûr à 100% qu’il va y avoir un paquet de fans qui ne va pas aimer cette facette, qui dira préférer « l’ancien » Avatar. Mais c’est toujours le cas, à chaque album… et au bout du compte, nous ne pouvons y prêter attention. Nous aimons nos fans, nous les aimons vraiment, ce sont les meilleurs fans du monde, mais on ne fait pas les choses pour eux : nous faisons les choses pour nous. Avatar, c’est réaliser ce que nous souhaitons. Si les gens aiment ça, c’est un bonus et ça nous permet de continuer. Si personne n’achète nos t-shirts ou nos disques, nous ne pourrions pas payer nos loyers, la situation serait plus complexe. Mais concernant la musique, nous la plaçons en priorité. La vente de T-shirts vient après. Quand nous composons, tant que nous sommes satisfaits, c’est le principal. Si personne n’aime ça, je pourrais me tenir debout fièrement et dire « désolé si ça ne vous plait pas, moi j’en suis fier ! Allez vous faire foutre, je ne compose pas pour vous ! » Mais oui, je suis sûr qu’un paquet de fans n’aimera pas cet album. Ils peuvent continuer d’écouter Avatar country (rires) ! L’album ne disparaitra pas…

 

Metal-Eyes : Et j’imagine qu’il est également possible que certains de ces fans les plus récents soient séduits et cherchent à découvrir votre passé, Hail the apocalypse, Feathers and flesh, Black waltz voire même avant…

John : Oui, aussi, c’est possible.

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution d’Avatar entre vos deux derniers albums, Avatar country et Hunter gatherer ?

John : Mmh… De toute évidence, nous avons changé de voie entre Avatar country et celui-ci ! Plein de choses se sont produites ces deux ou trois dernières années. Ça m’a surpris de voir autant de personnes monter dans ce train. Avatar est devenu une sorte de phénomène. Incroyable de voir ça, et comme je l’ai dit, nous avons les meilleurs fans du monde. Comment on a évolué ? Naturellement… Nous faisons ça depuis presque 20 ans. C’est assez difficile pour moi d’analyser ces dernières années parce que notre évolution s’est faite depuis le début. Nous vieillissons, devenons plus sage.

 

Metal-Eyes : Avez-vous changé votre manière de composer pour ce nouvel album ?

John : Nous avons commencé par discuter, beaucoup. Quelle sera le cadre, de quoi allions nous parler ? Dès le départ, nous étions d’accord sur le fait que ce serait l’opposé, qu’il serait très sombre, qu’il ne devrait y avoir aucune blague…Et ce ne serait pas un album conceptuel, comme c’était le cas avec Avatar country ou Feathers and flesh. Il nous fallait retourner vers des terrains inexplorés. Avatar country était une sorte d’hymne au heavy metal. A tout ce qu’on aime dans cette musique : un roi, du fantastique, tout tient dans une boite, petite. Pour Hunter gatherer, nous avons décidé de prendre une grande boite, sans limites. Il y a Silence in the age of apes, très violente, brutale, Colossus, très sombre, une autre avec du piano… Nous avons beaucoup écrit, quelque chose comme 40 chansons… et nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à la meilleure manière de les lier, d’en faire quelque chose de cohérent, qui tienne la route. Et nous avons passé beaucoup de temps à répéter aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez beaucoup tourné, comme tu l’as rappelé. Quand avez-vous trouvé le temps d’écrire et de composer autant ?

John : Un des luxes que nous devons au fans, et c’est la première fois que ça nous arrive en 20 ans, c’est que nous pouvons recevoir un petit salaire. Ça aide beaucoup. Jusqu’à Avatar country, nous étions tous dans l’obligation de travailler à côté, et c’était difficile parce que nous ne pouvions nous voir qu’une heure par-ci, une heure par-là. Quelqu’un avait un empêchement… Cette fois, nous avons pu bénéficier de temps et dès que nous n’étions plus sur la route, nous nous attelions au travail. Comme nous le faisons depuis toujours au sein d’Avatar, nous voyageons ensemble. Nous avons quelques lieux de rencontre : la famille de notre chanteur a une maison dans la forêt, j’ai une maison dans la forêt, notre guitariste, Jonas, le roi, vit sur une île en dehors de Göteborg. Alors nous y allons ensemble, restons sur place une semaine, isolés dans un endroit où il n’y a rien d’autre à faire que de travailler.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Hunter gatherer pour explique à quelqu’un ce qu’est Avatar aujourd’hui, ce serait laquelle ?

John (il réfléchit) : … A secret door. Je pense qu’elle résume bien l’album. Hunter gatherer explore différentes voix, très dures, très mélodiques, très industrielle, et je crois que A secret door contient tout cela. Bien sûr, je pourrais aussi dire Colossus, qui est le premier extrait. L’une ou l’autre est représentative.

 

Metal-Eyes : Colossus, la vidéo, vient d’être dévoilée au public. Quelles sont les premières réactions ?

John : Je suis en train de suivre en direct et je vois qu’il y a… 6.000 pouces levés, donc j’imagine que c’est positif. Mais je ne lis pas les commentaires. Je ne lis pas les chroniques, je suis une de ces âmes fragiles (rires). Si les gens aiment, tant mieux, mais je ne me plonge pas dans les critiques. Parce que, le pire qui puisse arriver, c’est de lire 100 chroniques qui encensent l’album et une, une seule, donne un avis différent, et ça peut être blessant… Rien que pour cette raison, j’ai décidé d’arrêter de les lire. Je sais, je dois aller voir un psy…

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Avatar pour ce nouveau cycle ?

John : Euh… « Soyez gentils » dans le sens généreux, bons.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : la Suède est aujourd’hui un des plus important pays du metal. On a beaucoup parlé de la scène death metal au début des années 90, maintenant, c’est un des pays qui propose les groupes les plus mainstream et variés avec des groupes comme Sabaton, Amon Amarth, Royal Republic, Ghost, vous et tant d’autres qui développent de vrais spectacles visuels. Comment expliques-tu ce phénomène ?

John (il rit) : J’adore ça ! Nous sommes assis tranquillement et tu parles d’Amon Amarth comme d’un groupe mainstream !

 

Metal-Eyes : En dehors du chant, c’est aujourd’hui plus du metal…

John : Ouais, mais si tu retournes 20 ans en arrière, tu n’en parlerais pas comme ça ! Même aujourd’hui, c’est très rapide, avec des doubles grosses caisses, des growls… Je crois que c’est plus l’époque qui change que la musique. Mais c’est vrai, il y a du spectacle, c’est très visuel. Et j’adore les fans capables de parler d’Amon Amarth, que j’adore, comme d’un groupe « mainstream » (rires).

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à rajouter ?

John : Gardez la tête froide, votre cœur ouvert et vos mains propres ! Nous sommes vraiment très impatients de vous retrouver sur la route, surtout en France. Vraiment, nous adorons la France !

 

Metal-Eyes : C’est pour ça que vous y aviez prévu un concert secret sans doute…

John : Oui, oui, absolument.

 

HELLFEST 2021: l’affiche presque au complet

Nous le savons depuis quelques temps, Hellfest production vient de le confirmer: l’affiche de la XVème édition, qui se tiendra les 18, 19 et 20 juin 2021, accueillera 90% des groupes qui devaient initialement jouer cette année. Bien sûr, on pourra regretter l’absence d’Infectious Grooves, de Mastodon ou, dans une moindre mesure selon mes critères, de Baby Metal, mais c’est ainsi. Seuls une quinzaine de groupes restent à confirmer. Ci dessous, un extrait du communiqué de presse listant notamment les futurs absents et annonçant quelque belles surprises!

Rappel: les billets 2020 restent valables pour l’édition 2021. Mais ça, vous le saviez déjà. D’ici-là, sortez couverts et prenez soin de vous!

Hellbangers, avec un peu d’avance par rapport à d’habitude, voici la programmation de l’édition 2021 !

90% des groupes nous ont reconfirmé leur présence pour l’an prochain, et vous vous en doutez, ils sont particulièrement impatients de vous retrouver en terres clissonaises !

13 groupes prévus sur l’édition 2020 n’ont malheureusement pas pu confirmer leur présence pour 2021 : Incubus, Mastodon, Infectious Groove, Thy Art Is Murder, Alter Bridge, Baby Metal, Joyous Wolf, Periphery, Unleashed, Meshuggah, The Black Dahlia Murder, Body Count et August Burns Red.

Heureusement, nous avons pu en confirmer 3 nouveaux : Puscifer (Hellcome back Maynard James Keenan), Dropkick Murphys (le jumelage Clisson / Boston est en bonne voie !) et Northlane (pour du Metalcore Australien de haut niveau !).
Nous travaillons encore sur les 10 groupes à vous annoncer pour boucler cette affiche ! Faites-nous confiance, nous sommes déjà sur de bonnes pistes !

Vous pouvez retrouver la playlist 2021 dans sa totalité sur Spotify : https://spoti.fi/30MgW2D

Pour découvrir les groupes et sauvegarder vos favoris, l’application mobile Hellfest est toujours disponible :
IOS : https://apple.co/2tS9feK
Android : http://bit.ly/39rvCqk

Ce post est aussi l’occasion pour nous de vous souhaiter un bel été ! L’équipe de la production prend quelques semaines de vacances pour revenir en pleine forme en septembre et vous préparer une édition 2021 tant attendue!

Encore un immense merci pour vos messages, mails, appels et courriers de soutien ces derniers mois qui nous ont aidé à surmonter cette annulation de notre édition anniversaire.

D’ici là faites attention à vous et à vos proches (et continuez à respecter les gestes barrières !)

Hellfest Crew

 

DESPITE THE END: Butterfly effect

France, Metal (Ep autoproduit, 2020)

Les influences orientales, voire égyptiennes, que l’on trouve sur Despite the begining cachent à peine la réalité qui va suivre. Butterfly effect, le premier Ep des Français de Despite The End, est un disque mature de bout en bout. Le groupe récemment formé s’est attelé à la tâche de manière acharnée, comme nous l’explique son guitariste Ludovic dans l’interview récemment accordée à Metal Eyes. Quand on pense qu’aucun des musicien ne se connaissait il y a quelques mois à peine, le résultat est bluffant. Lire la suite