LOADED GUN: First round

France, Heavy metal (Autoproduction, 2019)

Euh…. comment dire? Comment aborder cet album qui veut nous replonger au coeur du hair metal insolent et déjanté des années 80? Comment dire que les Français de Loaded Gun nous font part de leur nostalgie des frasques des Mötley Crüe, Gun’s n Roses, Cinderella, Ratt et autres Poison? Le riff assuré, les guitares volontaires, les thèmes purement sexuels, tout, de Stay on me à Last bullet, en passant par Bitch (pas celui des Stones repris récemment par The Dead Daisies, non..) à Dirty night pourrait séduire l’auditeur si ce n’est ce chant dont je ne comprends pas un traître mot. Le chant yaourt ne passe pas le cap de mes oreilles… Et là, oui, on est bien de retour dans la France des 80’s qui faisait écrire à Martin Popoff  dans son Collector’s guide to heavy metal volune 2: « Que quelqu’un frappe ces gars avec leurs bérets » (chronique de l’album Never too late de de Stators, p. 337)…  Encore une fois, groupes français: si vous décidez de chanter en anglais, respectez vos auditeurs anglophones. Perso… Je passe.

Interview: SIDILARSEN

Interview SIDILARSEN. Entretien avec Benjamin « Vyber » (guitare, chant) et David  « Didou » (chant) Propos recueillis à l’hôtel Alba Opéra à Paris, le 10 avril 2019

Metal-Eyes : Commençons par un saut en arrière puisque vous avez rencontré un franc succès avec votre précédent album, Dancefloor bastards, cycle qui s’est conclu par un album/DVD live qui a été enregistré chez vous, au Bikini de Toulouse. Quel regard portez-vous sur ces trois dernières années ?

Didou: Des années très riches…

Metal-Eyes : Elles vous ont vus voyager, aller en Russie, notamment.

Vyber: Elles nous ont permis de franchir des étapes importantes : le Hellfest, le DVD, comme tu disais qui célèbre nos 20 ans de carrière, et aussi la Russie, avec la découverte de la portée musicale… Une émotion particulière…

Metal-Eyes : Tu parles de « portée musicale » ; vous l’avez vécu comment ce voyage ?

Vyber: Il y avait vraiment un accueil chaleureux, extrêmement franc et direct, alors qu’on se demandait comment on allait être perçus parce qu’on chante en français… Et en fait ça a largement dépassé les barrières, c’était très fraternel avec le public.

Metal-Eyes : Comme quoi, un groupe français qui chante en français peut rencontrer le public à l’étranger… Je crois qu’il y a des Allemands qui l’ont prouvé dans leur langue mais je ne sais plus trop qui…

Didou: On se base beaucoup sur cet exemple…

Metal-Eyes : C’est aussi, je pense, une question de se donner les moyens, de prendre des risques (ils acquiescent tous les deux) plutôt que de se cantonner à jouer le week end, avec des boulots à côté parce qu’il faut aussi se nourrir. Vous allez y retourner ?

Didou: On espère, c’est même probable… C’est une belle histoire.

Metal-Eyes : Venons en au présent : On va tous crever – enfin, ça c’est l’avenir, c’est une évidence… Que s’est-il passé ? Vous êtes passés d’une certaine joie de vivre avec Dancefloor bastards à un côté beaucoup plus sombre et brutal sur ce nouvel album…

Vyber: En fait, il y avait déjà du sombre sur Dancefloor, et on avait envie d’exploiter cet aspect là. L’époque nous y a amenés, et c’est aussi ce qu’on sent autour de nous, la réflexion mondiale tourne autour de ça et on a été influencés par tout ça, c’est ce qu’on ressent. Et on avait aussi envie d’une couleur plus metal. Je pense, je suis sûr même que ça correspond à ce que dégageait notre live dans la sélection des morceaux. Il se dégage une vraie couleur metal et on avait envie d’enfoncer le clou là-dessus. Rebondir, donner de l’excitation dans un nouveau Sidi… On a bientôt 22 ans… Par le jeu, aussi, il y a plus de guitare basse batterie, un son plus massif te sombre. C’est aussi parce que le reste, on l’a déjà fait. Ca n’efface rien.

Didou: Et ça ne renie rien du tout, non plus. C’est un besoin actuel pour nous. Il y avait déjà cette face sombre dans un titre comme Guerres à vendre. Là, on avait envie d’aller dans une seule direction, un concept – enfin, concept… C’est un bien grand mot… Et une production homogène, droit au but. On voulait moins s’éparpiller. Une envie qu’on avait depuis un moment de faire un album compact… Après, c’est aussi nos vies personnelles, la confrontation avec la mort… On revient aux fondamentaux : on fait du metal et on se confronte à la mort.

Metal-Eyes : Ca répond en partie à ma question suivante qui est de savoir comment vous analysez l’évolution du groupe entre ces deux derniers albums. Vous retournez vers le metal avec des sujets sombres, même si vous avez toujours été engagés dans vos textes (ils approuvent) et que la situation du monde fait que ça entretien votre colère…

Vyber (il rit) : c’est ça…

Didou: On n’y est pour rien

Vyber: Ca ne l’a pas calmée… On voudrait bien être très apaisés, mais pour le coup, ça nous arrange, ça colle avec nos volontés musicales. Il y a de quoi être enragés, mettre de grosses guitares acvec de la colère véritable et sincère…

Metal-Eyes : Vous chantez tous les deux ; comment vous répartissez-vous le chant ?

Vyber: Complètement à l’arrache ! (rires)

Didou: C’est vrai, on le fait à l’arrache mais en fait, c’est une science, c’est notre propre science…

Vyber: C’est vraiment une alchimie particulière qui est devenue instinctive au fil du temps…

Didou: On se connait bien tous les deux, c’est assez naturel. Ca peut paraitre étonnant pour certaines personnes parce qu’on est deux à écrire. Mais il n’y a pas d’importance réelle de savoir qui a écrit quoi, parce qu’on s’aime, on s’apprécie suffisamment pour se donner ce beau cadeau qu’est la création, l’écriture. Qu’elle soit chantée par l’un où l’autre ne nous pose aucun problème. C’est même très intéressant d’interpréter un texte qui n’est pas le sien. Il n’y a pas de logique…

Vyber: A de rares exceptions près… Il y a un morceau qui s’appelle Dans tes bras qui a été écrit par David et qui est tellement personnel que ça n’aurait pas de sens que je chante.

Didou: J’en ai parlé avec Benjamin qui a entendu ma requête. C’est arrivé dans le passé qu’il y ait des choses un peu plus personnelles. Il y a eu un titre où je suis venu saupoudrer parce que je n’ai pas d’instrument, autre que vocal. J’étais juste là en appoint, et c’était une chanson très forte de Sidi. Ca pourra arriver dans un sens comme dans l’autre à l’avenir, mais ce n’est pas la priorité. La priorité , c’est un collectif, un ensemble, mais c’est important aussi d’avoir cette liberté, cet espace de liberté pour mettre un peu de piment et varier les plaisirs. Parce que si nous prenons du plaisir, a priori l’auditeur en aura aussi.Après c’est aussi l’insiration, on ne se force pas, il n’y a pas de règle. Ca s’est fait comme ça pour Dans tes bras, mais le reste de l’album est clairement marqué par cette entité Vyber/Didou qui est notre empreinte. Moi, j’adore ça, ça me rend plus fort d’avoir quelqu’un à qui donner le change. Tu peux soulever des montagnes comme ça.

Metal-Eyes : D’un autre côté, ça vous ôte la problématique de la question : « avec qui je vais chanter en duo ce soir » ! (Rires général)

Didou: Voilà ! Il y a un filtre permanent et ça donne beaucoup de force d’être deux. C’est puissant. C’est peut être parfois plus compliqué dans la compo parce qu’il faut créer des espaces, trouver une cohérence pour que ce soit agréable à l’écoute et pas « il a fallu caser le passage Didou, le passage Vyber »…

Metal-Eyes : Tu parles de compo ; vous avez eu deux années très occupées après Dancefloor bastards, ce qui signifie que ce nouvel album a été enregistré et composé assez vite. Est-ce que vous avez changé votre méthodologie de travail ?

Vyber: C’est pas vraiment la méthode entière, c’est surtout pour l’enregistrement où on avait une idée précise en tête. C’était vraiment un son de guitare, un son de batterie, on ne voulait pas partir dans tous les sens. Comme le disait David, on voulait quelque chose de compact. On a profité aussi du fait que Sylvain soit arrivé pour s’écouter jouer, jouer ensemble, mettre en perspective nos manières de faire. Trouver la juste place de chaque instrument, même des machines. La basse est beaucoup moins saturée que ce qu’on a pu faire dans le passé, ça s’approche plus d’un son naturel pour du metal, la batterie aussi prend plus de place… Faire un mixage complet pour créer de la largeur et de la puissance.

Didou: On voulait que Sylvain puisse s’exprimer dans la compo, qu’il puisse mettre sa patte dans le cadre Sidilarsen avec tout le passif qui est lourd, puissant mais ça faisait aussi écho à nos envies. Sa façon d’écrire, ajoutée à la notre, a amené un petit vent frais qui correspondait à nos envies.

Vyber: Et pour la première fois, avec la sortir du DVD qui nous permet de nous arrêter et de regarder où on en est, on a pu se dire collectivement « voilà ce qu’on a fait : tel style, telles ambiances… On a déjà fait, faisons autre chose »

Metal-Eyes : « On n’est pas AC/DC »

Vyber: C’est ça.

Metal-Eyes : Que me diriez vous, l’un et l’autre, pour me convaincre d’aller acheter l’album dès sa sortie ?

Didou: Le problème, c’est que le 26 avril, on va tous crever… Donc il vaut mieux l’écouter très vite…

Vyber: (il rit) c’est ça… Après, je pense que ça va en surprendre quelques uns et ceux qui se sont endormis sur Sidi pensant que ça ne bougerait jamais, ben… Vous allez prendre une gifle ! Positive, la gifle. Ceux qui aiment ne seront pas choqués.

Metal-Eyes : Non, parce que depuis quelques albums il y a eut une évolution et, comme vous le disiez, vous retournez vers le metal, vers vos racines. Maintenant, si vous ne deviez, l’un et l’autre, ne retenir qu’un seul titre de On va tous crever pour expliquer ce qu’est aujourd’hui Sidilarsen, ce serait lequel, et pour quelle raison ?

Didou: Ah c’est chaud… Pour moi c’est chaud parce que j’ai toujours du mal à choisir un titre… Elle est vache comme question…

Vyber: J’aurais dit On va tous crever parce que c’est le titre éponyme, mais… Oui, il y a ces grosses rythmique très binaires dans le couplet mais ce n’est pas très dépaysant pour du Sidi, mais du gros refrain avec de la voix…

Didou: Assez frontal le refrain, et il est 100% français celui-là, il nous ressemble bien.

Vyber: Du bon gros metal français…

Metal-Eyes : Alors puisque vous parlez de metal français : vous n’êtes pas sans savoir que la Main 2 du Hellfest, le vendredi, sera 100% française

Les deux: Ouais, c’est chouette !

Metal-Eyes : Vous aviez posé votre candidature ?

Didou: Non, parce qu’on n’a pas cherché à arriver tout de suite sur un Hellfest alors qu’on l’a fait il y a deux ans

Metal-Eyes : Pourtant, il est marquant, ce Hellfest…

Didou: Oui, pourtout, il y a eut un avant et un après Hellfest 2017 pour Sidi. Avec ce public, ça a été énorme, fabuleux. Maintenant, deux ans après, en pleine sortie d’album, c’était un peu trop tôt pour revenir. On a tellement tourné sur Danceflor bastards qu’on a besoin de laisser vivre cet album et le premier clip, sachant qu’il va y en avoir un second, on laisse infusé. L’idée, c’est de revenir sur un Hellfest en 2020, on aura déjà bien commencé à écumer les clubs, les salles et les festivals, on sera bien en forme, et là, on voudra mettre une bonne rouste, ou comme on dit à Toulouse, « une bonne roustade »…

Metal-Eyes : En plus, ce serait pour le 15ème anniversaire, ce qui est un autre symbole…

Vyber: Ben voilà ! en plus !

Metal-Eyes : Tu dis qu’il y a un avant et un après Hellfest… Quel est votre souvenir le plus prégnant de ce Hellfest justement ?

Didou: Pour moi, le fait de jouer en plein jour. Peu de groupes le disent, mais le monde, ces visages… J’aime bien l’exercice du plein jour parce qu’on a un show très visuel et on est habitués à jouer la nuit, dans des salles fermées, ou dans des festivals la nuit…Il est très rare qu’on joue en journée et c’est un exercice différent, très intéressant parce qu’il n’y a plus aucun filtre. Là, en plus, c’est complètement démesuré, tu pourrais te dire qu’on est loin du public, que c’est impalpable, mais au contraire : c’est une confrontation directe, en plein jour, et c’est… énorme !

Metal-Eyes : Vous étiez passés assez tôt, avec un temps de jeu limité…

Vyber: Oui, ça permet de te lâcher dès le départ

Didou: T’as pas le temps de passer par 4 chemins, il faut y aller tout de suite… Mais le public nous y  a particulièrement aidés, les gars étaient chauds, directs…

Vyber: Le public nous a transportés… Incroyable…

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Sidilasrsen en 2019 ?

Didou: Elle est évidente : On va tous crever… (rire général)

Metal-Eyes : Donc on va pouvoir la placer sans cesse… Ca veut dire qu’il n’y aura pas d’autre album de Sidilarsen…

Didou: « L’ardeur du vivant »… On en a traversé des tempêtes, ensemble. Et à chaque fois, l’humain l’a emporté.

Vyber: On profite du présent. On se dit que maintenant, le temps passe, il serait temps de profiter de tout, pas seulement des aboutissements des projets, mais aussi profiter de la route, tout le temps

Metal-Eyes : Profiter de tout, ça veut dire aussi pouvoir profiter d’une journée promo à Paris pour aller visiter, mais non… Ça fait deux jours que vous êtes coincés ici … (ils explosent de rire)

Vyber: On profite des gens…

Didou: On profite de cet instant avec toi, et c’est bien. On est bien là et pas à moitié sur des smartphones…

Metal-Eyes : Vous avez encore une interview après, mais jusqu’à présent, quelle est la meilleure question qu’on vous ait posée, la plus étonnante, ou la plus surprenante, décalée ?

Vyber: Waow…

Didou: Il y en a eut quelques unes d’intéressantes… C’est peut-être celle que tu viens de poser…

Metal-Eyes : Ça c’est facile…

Didou: Oui, c’est facile… Alors… Il y a eu des débats intéressants, plus que des questions. Des débats où on est même sortis du cadre musical, on est partis assez loin…

Vyber: Les questions étaient « assez classiques », les gens ont cherché à vraiment parler de l’album…

Didou: On a trouvé qu’il y avait une belle qualité d’interviews par rapport à ce dont on se souvient pour les albums précédents. Il y a eu une constance, parfois il y a, sans jugements, sans se poser en juges, des interviews qualitatives, d’autres un peu moins, mais c’était aassez profond tout au long de ces deux journées. On ne s’attendait ps à ce que les médias prennent autant au sérieux cet album et son titre. On savait qu’il y aurait un peu de ricanement avec ce titre, et on provoque un peu. Mais chaque intervenant a bien saisi le sens et ne la pas pris comme si on était juste un groupe de punks anars. Peut-êttre que la pochette y est aussi pour beaucoup…

Vyber: Ca reste un objet artistique, ce n’est pas un manifeste politique. Il y a effectivement cette dimension d’entertainment, et quand tu achète un album de metal, c’est pour du gros son avant tout.

Didou: Il ya effectivement cette dimension de plaisir, et dans un second temps, chacun va creuser…

Metal-Eyes : Creuser, avec un « s » (rires général)

Vyber: Oui, en effet, dans un second temps on va tous crever… euh creuser !

Metal-Eyes : Merci à tout les deux, j’espère qu’on vous verra bientôt sur scène, et bonne route avec ce nouvel album !

Didou: Alors, déjà: une date, le 23 novembre, à la Maroquinerie. Il y en aura plein d’autre bientôt annoncées. Merci à toi !

 

NINE SHRINES: Retribution therapy

Metal, USA (Mascot, 2019) – sortie le 26 avril 2019

Formé en 2014 dans l’Ohio sur les cendres d’Attack! Attack!, Nine Shrines débarque aujourd’hui avec Retribution Therapy, un premier album brutal et chantant. Heavy, thrash, proche souvent du metalcore aussi, les 12 titres sont directs et sans concession. La batterie propose de jolies cavalcades pas évidentes à suivre, comme sur le morceau titres, tandis que les guitares hurlent leur souffrance. NS se cache parfois derrière un faux calme, comme avec les parties aériennes de Chain reaction (dont la partie narrée rappelle un certain énorme hit de Metallica). La force de cet album réside en ce que Nine Shrines parvient à allier avec une remarquable efficacité des rythmes brutaux et des mélodies vocales impeccables. Un contraste qui se retrouve tout au long de l’album, avec des passages parfois teintée de claviers, évoquant d’autres temps (Happy happy), d’électro aussi. Il y a sur Retribution therapy suffisamment de matière pour satisfaire un large panel d’amateurs de décibels. Chacun pourra y trouver son compte.

ASYLUM PYRE: N°4

France, Metal (M&O music, 2019) – sortie le 26 avril 2019

Quelle claque! Ce N°4, quatrième album (ah, ouais?) d’Asylum Pyre doit – pas « devrait » – doit faire exploser le groupe parisien et l’imposer au grand public, et pas que à domicile. Rien ici ne peut laisser l’amateur de belles et puissantes mélodies indifférent. Ni la voix envoûtante d’Oxy Hart – qui a intégré le groupe en 2016 – ni les riffs puissants et imparables de Johann Cadot et Steve. La rythmique, fondamentale base de toute construction, tenue par l’ex Heavenly Pierre Emmanuel Pélisson (basse) et Thomas Calegari (batterie) est à l’avenant, déterminée, rapide, enlevée et entraînante, et les claviers enrobent l’ensemble avec efficacité et discrétion (quelques influences OMD?). Asylum Pyre parvient à trouver, tout au long des One day (silence, part 2: daydreaming) , Lady Ivy, Into the wild et plus encore Sex, drugs and scars, titre auquel participe le très en vue Yanis Papadopoulos, chanteur de Beast In Black – le plus gros hit potentiel de ce disque qui pourtant en regorge! mais ce morceau… aaargh! (cf. la lyrics video ci dessous) – , le refrain mémorable qui tue, la mélodie qui, à coup sûr, te fait sauter et trépigner. Même (D)ea(r)th avec la brutale participation de Raf Pener, hurleur de T.A.N.K. fait s’agiter les crinières. Et chaque titre recèle des trésors plus ou moins cachés (comme cette rythmique tribale et variée sur MQC Drama) et propose une variétés de rythmes et ambiances qui surprennent toujours (ah! ce chant dingo sur le bien nommé Borderline…) Voici donc une collection de hits en puissance qu’on ne peut qu’espérer voir être la proie des radios. Et comme on frise la perfection, la production est irréprochable et le visuel gothiquement sublime. Asylum Pyre signe avec N°4 rien moins que le meilleur album français que j’ai pu écouter en ce début d’année, un des meilleurs toutes nationalités confondues, et il va être compliqué de le détrôner. Un must dont l’avenir n’est désormais plus entre les mains des parisiens mais dans celui du public (nous) et des médias qui peuvent en faire le succès qu’il mérite.

AVANTASIA live à l’Olympia (le 10 avril 2019)

Tobias Sammet ne fait jamais les choses à moitié. Ses fans le savent et il le leur rend bien avec Avantasia, projet qui lui a toujours permis plus de folie scénique que Edguy, sa formation « traditionnelle ». Un concert d’Avantasia, c’est la garantie de passer un bon moment de metal, avec toutes les couleurs musicales du genre. Du heavy à la ballade, en passant par le power ou le symphonique, il y en a pour tous les amateurs de metal mélodique. Lire la suite

Mark MORTON: Anesthetics

Metal, USA (WPP records, 2019)

Mark Morton nous en a parlé de cet album solo, Anesthetics (cf. l’interview de Mark), composé de titres qui ne rentrent pas dans le carcan de son groupe, Lamb Of God. L’écoute de ces 10 morceaux confirme en effet que le bûcheron sait aussi avoir d’autres facettes, et en nombre. Si sa dextérité guitaristique est mise en avant dès le très heavy Cross off, chanté par Chester Benington (Linkin Park),  Sworn apart se fait plus mélodique et chantant, titre sur lequel on reconnait aisément Jacoby Shaddix (Papa Roach). La première surprise vient avec le très doux et bluesy Axis chanté par Mark Lanegan (Screaming Trees, Mad Season, Queens Of The Stone Age…) au timbre si particulier, entre grave et rauque, et Myles Kennedy (Alter Bridge, Slash). Mark Morton se permet même un solo très sudiste à la ZZ Top des 70’s. Forcément, cela donne envie d’aller plus loin. La lecture des crédits indique que l’on va retrouver un peu d’énergie: Chuck Billy (Testament) s’empare du micro sur The never, speed et agressif. On retrouve Myles Kennedy avec un Self defiance plus mélodique et orienté hard rock. Blur, qui n’a rien à voir avec le groupe du même nom, voit l’arrivée du moins notoire Mark Morales, chanteur de Sons of Texas dont le dernier album a fat l’objet d’une chronique ici même, est un morceau plus sombre, aux relents stoner avec quelques influences sudistes.  L’intervention de Joss Todd (Buckcherry) marque un autre retour presque thrash avec le bien nommé Back from the dead, rapide et déterminé. La seconde surprise arrive avec la ballade blues/soul Reveal chantée par Naeemiah Maddox. Une pause qui monte en rage et en puissance avant que Mark Morton ne s’exprime enfin vocalement (en compagnie de Mark Morales) sur Imaginary days, titre puissant, hard rock et déterminé à souhait avec sa mélodie presque orientale. L’album se conclut avec  The truth is dead, titre qui démarre avec douceur, permettant d’entendre Alyssa White-Gulz sous un autre jour, plus doux et mélancolique. Cependant, le morceau s’envole et devient très trhash avec l’intervention brutale de Randy Blythe, complice de Mark au sein de Lamb Of God. Pour résumer, il est difficile d’extraire un seul morceau de cet album varié qui s’adresse à tout amateur de metal multi facettes, et chacun y trouvera son compte. Une belle réussite.

AQME: Requiem

France, Metal (At(h)ome, 2019)

Formé en 1999, Aqme nous offre un neuvième album studio avant de définitivement tirer sa révérence. Requiem est donc le chant du cygne d’un des fleurons de la scène hexagonale, un de ces groupes qui fit renaître l’espoir, baignant sa musique entre rock mélodique et brutalité directe. Il y a deux ans, pourtant, Aqme semblait vouloir, avec un album sans titre, repartir à zéro. Mais le message est clair: quand on chante dès l’introductif Entre les mains « il n’y a plus personne pour y croire », tout est dit. La rage de n’avoir pu devenir plus qu’un éternel espoir?  C’est, vous l’aurez compris, une étrange sensation que de rédiger quelques lignes au sujet de ce que l’on sait être la fin. Les titres, d’ailleurs, ne sont pas le fruit du hasard: Enfer, Un adieu, Illusion, Sous d’autres cieux… Tout est fait pour noyer l’espoir d’une possible survie.  Alternant entre groove et puissance, chant doux et enrager, Aqme signe ici ce qui sera sans doute retenu comme une de ses plus belles productions. Efficace de bout en bout, varié, ce disque sera défendu sur scène au cours d’une tournée au long cours, tournée d’adieu qui, sans nul doute, fera salle comble.

Interview: ASYLUM PYRE

Interview ASYLUM PYRE. Entretien avec Johann (guitare, chant). Propos recueillis au Black Dog à Paris, le 11 avril 2019

 

Metal-Eyes : Vous avez passé toute la journée en promo. Comme ça a été jusque là ?Il y en a une qui a l’air particulièrement en forme aujourd’hui… (Note de MP : Oxy Hart, la chanteuse est particulièrement blagueuse et répond à une autre journaliste)

Johann: (Il rit) oui, oui… Je suis moins expansif mais ça fait plaisir. Tout se passe super bien, les questions sont intéressantes, les retours sur l’album sont super…

Metal-Eyes : Vous sortez aujourd’hui votre quatrième album. Comment ce N°4 – ou « number four », je ne sais pas comment vous l’appelez, mais vous chantez en anglais…

Johann: … c’est selon les pays, c’est adaptable.

Metal-Eyes : Comment a-t-il été conçu ce nouvel album ? Dans la création et la composition, avez-vous changé vos habitudes de travail ?

Johann: Oui et non. Ce qui n’a pas changé, sur ce disque par rapport au précédent, c’est que c’est moi qui apporte la base des morceaux. J’aime bien arriver avec des morceaux quasiment complets dans la structure, la mélodie, les paroles, mais il y a beaucoup de choses qui restent à faire, de arrangements, des structures à réarranger, tout ce qui est travail de groupe. Et là, comme l’équipe a changé, ça a forcément changé des choses, notamment avec l’arrivée de Thomas Calegari à la batterie, qui est avec nous depuis 2016 – avec la tournée Rhapsody. C’est quelqu’un qui a 30 ans d’expérience, qui sait comment faire sonner une batterie, lui donner du groove, jouer ce qu’il faut et pas plus. Il était associé à Pierre Emmanuel Pélisson à la basse qui a pas mal d’expérience aussi (ex Heavenly) et les deux, ça fait une bonne assises. On a travaillé les guitares avec Niels Courbaron, qui était avec nous sur les tournées. C’est un ami et quand on a enregistré l’album, on n’avait pas de guitariste et il m’a aidé à le faire. Et on a énormément travaillé avec Oxy sur les arrangements, les lignes de chant, la répartition…

Metal-Eyes : Oxy qui est aussi arrivée en 2016.

Johann: Tout à fait, à l’été 2016.

Metal-Eyes : Donc cette nouvelle équipe date de 2016 ?

Johann: Quasiment. Le changement qu’il y a eu c’est que l’année dernière, Pierre Emmanuel avait des problèmes de disponibilité, donc on avait dû se séparer. Là, il redevient disponible, mais, ce qui est amusant c’est qu’entre-temps, on lui a trouvé un remplaçant à la basse, à savoir Fabien, et PE est revenu, en tant que guitariste. Et on s’aperçoit qu’il déchire autant à la guitare qu’à la basse, et c’est très plaisant.

Metal-Eyes : J’imagine que tous ces changements ont forcément entraîne des modifications dans l’esprit et le fonctionnement du groupe. Comment analyses-tu l’évolution d’Asylum Pyre entre vos deux derniers albums ?

Johann: Déjà, je sais plus ce que je veux, je sais aussi plus dire au gens ce que je veux. J’ai un peu hérité de ce rôle de leader, je n’aime pas trop ce terme, mais je sais que parfois on attend de moi de montrer de façon un peu plus nette une direction. Ce que je ne faisais pas forcément sur les albums d’avant. Trouver le bon équilibre entre savoir où on va et ne pas imposer trop de choses, c’est finalement là-dessus que j’ai le plus progressé. Même si dans le futur j’ai vraiment envie d’ouvrir la porte de la composition à tous les membres du groupe. Jamais une proposition ne sera mise à la poubelle sans qu’elle ne soit testée, essayée. Aujourd’hui je sais beaucoup plus vers où aller. L’album d’avant aurait dû sonner comme celui-ci, mais voilà : tous les gens impliqué dans le process de l’album, internes ou externes au groupe, tout le monde traversait une phase pourrie de sa vie, quand on a enregistré Spirited away. Ce qui a eu un impact sur le résultat. Avec le recul, je me dis que cet album aurait dû sonner comme N°4. Je n’exclu pas la possibilité, et j’aimerai même le faire, la possibilité de le réenregistrer de façon plus sereine et donner une meilleure chance à ces titres.

Metal-Eyes : Il y en a qui l’ont fait. Je pense notamment au thrashers de Hemoragy qui ont réenregistré entièrement Jesus king of wine dont le son au départ était complètement pourri et qui ont voulu lui donner uen seconde vie. Revenons à vous : au moment d’enregistrer ce disque qui, je l’espère va marquer les esprits, vous rendiez-vous compte, ou vous rendez-vous compte aujourd’hui, du nombre de hits potentiels que vous avez pondus ?

Johann: Je ne sais pas… ça me fait vraiment très plaisir tout ce que tu dis, ça me touche vraiment, merci. C’est… Pour moi, un bon morceau, en tout cas pour moi, c’est d’abord un bon refrain. 90% du temps, je commence par écrire le refrain et après ça se construit. Quitte à ce que, paradoxalement, sur un titre comme (D)earth, on avait un morceau, on l’a travaillé ensemble et on a quasiment tout changé derrière (rires)… jusqu’au refrain qui a été totalement changé. C’était une sorte de truc fusion qu’on a créé avec Oxy sur le refrain, mais le morceau en lui-même a été rechangé suite à une rythmique de batterie. Thomas a proposé quelque chose… et c’était pas ta question (rires).

Metal-Eyes : Non… En fait, quand tu regardes les réseaux sociaux, quand on parle du groupe, de l’écoute de l’album, les gens s’emballent. Je n’ai vu que des commentaires positifs. Aujourd’hui, vous dites vous « on tient quelque chose » ? Parce que, ça, il va falloir le travailler…

Johann: J’attends d’avoir tous ces retours pour savoir comment me positionner. J’ai vraiment fait l’album qui me plaisais, que j’aurais envie d’écouter en terme de refrains, en fait. J’adore chanter les refrains, c’est pour ça que je suis parfois client de choses un peu pop, Sia ou Lady Gaga, je trouve ça génial. On essaye de retrouver ça tout en ayant comme objectif des groupes ultimes comme – c’est un objectif – comme Queen qui arrive à faire à la fois des refrains accrocheurs et avoir des structures et des arrangements hyper complexes. Et ça, c’est une sorte de graal absolu. L’ingé son nous avait dit ça aussi, que tous les titres pouvaient servir de single. J’ai envie de continuer dans cette voie là. C’est ce qui me fait vibrer, avec le côté épique. Peut-être refaire des chansons un peu plus longues aussi, ce qui sera sur l’album prochain. On a déjà quelques idées aussi…

Metal-Eyes  (l’interrompant) : Pour le moment, parlons de celui-ci…

Johann: Oui : on a juste fait l’album qui nous faisait plaisir. Pour finir avec cette question, tu me demandais si j’en avais conscience. Je ne sais pas si j’en avais conscience, mais je sais que c’est la première fois, quand je suis sorti du studio et que j’avais le produit fini entre les mains, je l’ai écouté chez moi ou dans la voiture, alors que pour les 3 autres, jamais ça ne m’est arrivé. Je repérais trop de choses et me disais qu’on aurait pu faire comme-ci ou comme-ça, et là je le réécoute avec plaisir, juste pour le plaisir, comme si c’était l’album de quelqu’un d’autre.

Metal-Eyes : Justement, votre ingé son vous a  dit que chaque titre pouvait faire office de single. Toi, si tu devais ne retenir qu’un titre de ce N°4 – numer fier, ja !  (il explose de rire) – si tu devais ne retenir qu’un titre pour expliquer ce que vous êtes aujourd’hui, ce serait lequel ? Pas ton préféré, pas le plus radiophonique, mais celui qui vous représente… Quelqu’un qui ne connais pas le groupe, tu lui dirais « écoute ça, c’est ce qu’on fait »

Johann: Ah ! Pas mon préféré… C’est une bonne question…

Metal-Eyes : J’aime bien en poser de bonnes de temps en temps.

Johann: Oui…J’hésite quand même entre trois titres… One day, pour le côté un peu moderne et pop à la fois, avec du rap et des choses un peu plus agressives ? On first earth, parce que ce titre mélange du speed et de l’émotionnel un peu plus soft. Mais quand on voulu auditionner des personnes, quand on recherchait un guitariste, j’envoyais MCQ drama parce que là, il y a tout ce qu’on fait : de la gratte, du crunch, du speed, du solo torturé, du solo mélodique, du trip épique… Un peu de tout. C’est peut être MCQ drama qui montre le plus de choses. C’est une chanson qui traite de la difficulté à faire des choix et musicalement on s’est dit « ne faisons pas de choix, mettons tout »

Metal-Eyes : L’autre jour, j’étais chez un disquaire pas très loin d’ici. Il passait une chanson qui me fait de l’effet à chaque fois : Sex, drugs and scars. Pourquoi ce titre ? Le sexe, ok, les drogues, pas trop mon truc, les cicatrices… en dehors de celles du cœur…

Johann: Il faut replacer tout ça dans un contexte global, déjà du concept, qui est lié, à la base, à l’écologie, à nos sociétés et mal que les gens de nos sociétés peuvent ressentir, par le stress des grandes villes, du monde du travail… et qui amène peut-être à des déviances, à essayer de trouver dans des choses un aspect rassurant, dans le sexe parfois. Il y a un aspect rassurant même s’il est totalement éphémère. Les drogues dont on parle ce n’est pas celles comme l’héroïne, la cocaïne ou même la beuh, même si pour certains, ça peut l’être. Celles auxquelles on fait le plus référence dans cette chansons ce sont celles prescrites par les médecins, les anxiolytiques, anti dépresseurs qui sont là pour soigner les effets et non les causes et qui ne vont pas forcément t’empêcher d’aller dans des déviances. ET les « scars », c’est comme tu dis, les blessures internes, le blessures du cœur avec lesquelles tu vas t’en sortir en ayant cru te soigner par des choses un peu simples, des choses artificielles et au final, tu t’en sors plus mal qu’au début.

Metal-Eyes : Un autre titre m’a aussi marqué, c’est Borderline où le chant d’Oxy est en effet complètement borderline. Elle est vraiment limite… Vous l’avez travaillé comment ? Celui-là, il évoque Queen…

Johann: C’est venu assez naturellement. Il n’y a rien où on se soit forcé. On a retravaillé certaines choses mais on ne s’est pas forcés. Finalement, il y avait dans Borderline un couplet pas terrible. J’ai dit à Oxy de tenter ça, un peu comme… Ah, cet artiste pop un peu torturé… Gwen Stefani, Bjork (Note de MP : un peu de Klaus Nomi, aussi ?) … Elle a ce côté un peu caméléon, elle sait tout faire. Je lui ai dit « vas-y, teste ça » et ça allait bien avec ce côté borderline, qui n’est pas de la dépression, pas de la schizophrénie… Ce clin d’œil là est ressorti en fait assez naturellement.

Metal-Eyes : Un album se défend sur scène. Déjà, la première et dernière fois que je vous ai vus, c’était au PMFF, à Ris Orangis. Je dois t’avouer que vous avez offert une des prestations qui m’a le moins marqué.

Johann: Ah oui ?

Metal-Eyes : Ce que j’avais écrit à l’époque c’est que mon sentiment est qu’il n’y avait pas une véritable unité entre les musiciens. Quel en est ton souvenir et comment allez-vous défendre ce disque sur scène ?

Johann: Euh… c’est marrant parce que pour le coup on avait plutôt eu des retours inverses. Le line-up avait beaucoup changé, je ne sais même pas si PE était à la basse… C’était un peu dans le speed, c’était un des premiers concerts qu’on donnait, l’album n’avait pas encore été enregistré. Finalement, je pense que peut-être qu’on était moins soudé, comme tu le dis. Aujourd’hui, je suis assez confiant sur la suite parce que humainement quelque chose s’est créé entre les membres du groupe qui fait qu’il y a une réelle unité qui permet de partager et de s’ouvrir au gen,s. Je pense que parfois, par le passé, sur scène, on essayait de se donner mais, par certaines choses, il y avait une sorte de filtre entre le public et nous, ce qui est en train de s’estomper totalement notamment grâce à la personnalité d’Oxy qui ouvre la musique au reste de l’audience. On se prépare, déjà pour être bien carrés au niveau de l’interprétation.

Metal-Eyes : Et au niveau visuel, vous préparez des choses ?

Johann: On va travailler un peu le jeu de scène, on va avoir quelques éléments visuels à mettre sur scène. Ce sont des éléments qui vont s’étoffer au fil des dates. Malheureusement, ça a un cout, aussi, mais on va notamment le travailler pour un concert à la rentrée. Aujourd’hui, on n’a pas donné de release party ou d’autres concerts parce que ça n’avait pas trop de sens de faire un truc juste après la sortie avec ce nouveau line-up. Ca fait longtemps qu’on est absent. On voudrait installer cet album dans le paysage, reconvaincre les gens de venir nous voir et installer cet album dans le paysage avant de donner ce concert à la rentrée.

Metal-Eyes : Ce qui permettra à l’album de sortir, de vivre et de trouver son public.  C’est Béranger Bazin qui est responsable de cette pochette que je trouve superbement gothique. Quelle est la signification de cette princesse couronnée qui porte un masque à gaz ?

Johann: Oui. Aujourd’hui, il y a cette évolution de l’état de la terre au fil des albums. Il y a un impact sur les gens et aujourd’hui, on se retrouve dans une situation où notre réveil est obligatoire – The mandatory awakening, qui est un peu le sous-titre de cet album (Note : je m’en saisis et le tourne en tout sens sans trouver ce sous-titre…) Qui n’apparait pas (il rit). Dans cet univers, qui est plus dans le pré apocalyptique, on essaie de lever des combattants, des armées pour défendre la terre. Les membres du groupe sont des personnages ayant une double vie : une officielle, une dans la résistance. Le personnage d’Oxy, dans le monde officiel, est mannequin, top modèle, et elle est l’égérie d’une marque de parfum, qui est le numéro 4, en clin d’œil à un autre numéro. La pochette devait être un peu comme une pub de parfum. Et puis, on est dans un monde, en 2050, où l’air est devenu tellement irrespirable, le masque à gaz indispensable, que des gens ont eu l’idée d’en faire des éléments de mode. Elle est reine de beauté avec un masque à gaz.

Metal-Eyes : Si tu devais imaginer une devise pour Asylum Pyre en 2019, ce serait quoi ?

Johann: Il y en plusieurs. Dans la pochette de l’album, il y a celle que j’écris partout, qui est « Tree your mind », libère ton esprit en y mettant un peu d’arbre dedans. Il y aussi le logo, avec les racines de l’arbre et, en haut, le côté rigide des villes. Ce mélange de tradition et modernité qu’on peut retrouver dans la musique. On a aussi un clin d’œil : on a une communauté qui s’appelle My Eternal Trees Among Legion et si tu regardes les initiales, ça fait METAL. Et on a aussi Metal : once you’re in, you’re in for life : on a le côté musique metal, et défendre les arbres, une fois que tu y es, c’est aussi pour la vie.

Metal-Eyes : Quelle a été la meilleure question, la plus surprenante qui t’ai été posée aujourd’hui ?

Johann: Ah… C’est celle que tu m’as posée tout à l’heure, et je t’ai dis « bonne question »…

Metal-Eyes : Euh… « Si tu devais ne retenir qu’un titre » ?

Johann: Oui, c’est ça. Quelqu’un m’a parlé aussi du fait que quand le numéro 5 a été créé par Chanel, ils voulaient faire quelque chose d’artificiel. Il voulait savoir si nous aussi on voulait faire quelque chose de artificiel. En effet, le coté artificiel de la musique et des personnages est intéressant.

 

David SLAME: Follow the butterfly

Metal, France (Autoproduction, 2017)

Il est étonnant, surprenant même, de recevoir, le jour du printemps 2019, un album « copyrighté » 2017 et paru en 2018. Non seulement au regard de l’écart de dates – mais après tout, pourquoi ne pas étaler la promo sur la durée et faire vivre ce disque autant que possible? – mais également par son titre justement printanier: Follow the butterfly. Il s’agit là du troisième album du compositeur français David Slame. Si les compositions font toujours la part belle à la puissance et la mélodie, David s’éloigne quelque peu du metal symphonique des débuts pour se rapprocher d’un heavy progressif. Les orchestrations, bien que marquées par la modernité de notre millénaire et aussi souvent marquées du sceau des années 80, sont efficaces, enrobées de claviers et de chœurs judicieusement utilisés. Démarrant avec le mélodique A life in vain, constat des difficultés du musicien?, l’album continue avec un Slaves qui semble plus engagé (« We are the slaves of their system », « I feel  like a prisonner »…), tout autant qu’un Circles of pain II. Comme en d’autres moments, le morceau titre permet à David de démontrer l’étendue de sa maîtrise instrumentale et vocale. Les guitares, électriques et acoustiques, sont mise en avant avec une impressionnante technique, parfois doublée de shred et autres effets (les influences celtiques sur Freedom, ballade à mi parcours). Si Follow the butterfly souffre, malgré une mise en son efficace, d’un certain manque de profondeur (principalement dans le chant, pourtant clair et maîtrisé), il s’avère également être l’album le plus aboutit de David Slame à ce jour. Reste à franchir le cap de la séduction du public.

Interview: WELCOME X

Entretien avec Philippe (basse) et Sam Kün (chant). Propos recueillis à Paris, Hard Rock Cafe, le 22 janvier 2019

Metal-Eyes : Une question simple, directe : Welcome-X, c’est quoi ?

Philippe : C’est un groupe de rock’n’roll, à la base. C’est une idée qu’on a depuis longtemps, qui a pris forme il y a un peu plus d’un an.

Metal-Eyes : Le « on », c’est qui ?

Philippe : Sam et moi. On est les initiateurs de cette chose là.

Metal-Eyes : Qu’est-ce qui a déclenché, pour tous les deux, l’envie de monter ce groupe ?

Philippe : On a tous les deux une grosse sensibilité pour le rock au sens large, du metal au blues, en passant par le rock des années 60. On s’est retrouvés avec des goûts communs et une volonté commune de monter ce groupe. Quand on a commencé à travailler sur les compos, il s’est avéré qu’on avait une optique complémentaire qui fonctionnait très bien. Quelque part, ça a été très facile.

Metal-Eyes : Et vous vous êtes rencontrés comment ?

Sam : Je travaillais dans les bars jazz à Paris, le caveau des oubliettes, ioù on recevait pas mal dartistes, jazz, blues. Philippe venait jammer, il y avait beaucoup de musiciens, moi, j’allais beaucoup chanter, aussi. On a fait des bœufs ensemble et on s’est dit qu’un jour, il faudrait qu’on fasse quelque chose.

Metal-Eyes : Donc vous vous êtes rencontrés via l’alcool…

Sam (il explose de rire) : C’est exactement ça ! Ouais !

Metal-Eyes : Welcome-X est composé de Welcome qui veut dire « bienvenue ». Mais le X… Quelle est la signification du nom du groupe ?

Philippe : Justement : le X représente une inconnue. Au sens mathématiques, ou au sens humain, X étant tout le monde et n’importe qui, sur la planète entière. Le Welcome-X a 2 signification, selon le point de vue : du notre, c’est ce que l’on découvre en faisant notre musique ensemble. Musique qui fini par exister d’elle-même et qui nous échappe. Donc on découvre ce qu’on est en train de faire avec un grand plaisir. Un peu comme un explorateur. « Bienvenue à ce que l’on est en train de découvrir », cette aventure qu’on est en train de vivre. D’un autre point de vue, ça signifie « bienvenue à tous ceux qui veulent participer à cette aventure », ceux qui ont la sensibilité pour écouter ça, qui ont certaines sensibilité pour y trouver du plaisir musical, à qui ça peut réchauffer le cœur, peut-être.

Sam : C’est vraiment bienvenue à tout le monde, c’est pour ça qu’on n’a pas envie d’avoir une étiquette de style : le spectre est très large.

Metal-Eyes : Moi, si j’ai une étiquette à mettre c’est « barré » (rire général). On va y revenir.

Philippe : C’est une grosse étiquette !

Sam : C’est vraiment ouvert à tout le monde…

Philippe : Et puis, il y a un petit jeu de mots : si on le découpe autrement, ça peut devenir Well, qui veut dire « bien » et Comics…

Metal-Eyes : Je découvre le groupe et ce qui est mis en avant, c’est bien évidemment ta présence, Philippe, bassiste de Magma. Vous venez de deux univers musicaux différents mais complètement barrés. Sur le papier, il y a un univers assez jazz fusion, un autre un peu plus metal. J’entends dans ton chant, Sam, quelques influences extrêmes (il approuve), d’autres à la Rage Against The Machine (il approuve aussi). Qu’avez-vous mis dans cet album ?

Philippe : On a mis notre propre goût, nos goûts au sens large. On voulait que ça nous plaise, que ça nous excite à jouer cette musique. Après, je pense qu’on a chacun une culture musicale très large. En ce qui me concerne, j’écoute toutes sortes de musiques  des années 50 à aujourd’hui, et je ne me suis pas fixé de barrières dans le sens où je n’ai pas voulu, en tant que compositeur, faire une musique qui ressemble à untel ou untel. Il y a trop de choses qui me plaisent et tellement différentes que je ne voulais pas me rapprocher d’un pôle plutôt que d’un autre. Je me suis vraiment fié à mon instinct et mo goût pour élaborer la base des compositions, et ensuite, Sam a posé sa voix, ça a commencé à prendre forme. Il n’y avait pas de cahier des charges, pas d’objectif autre que ça nous plaise. Qu’on soit heureux de le faire, de le faire avec d’autres, que jour après jour on puisse se faire plaisir.

Metal-Eyes : Le premier album m’a emporté dans un univers étrange, parfois assez oppressant, parfois mélancolique… Vous ne vous fixez pas de limites, mais quelle est votre intention musicale ?

Sam : C’est ça, ce que tu viens de dire : procurer des émotions. Qu’elles soient comme ce que tu as ressenti là, mais ça peut être plein d’autres choses : le côté heureux, voyage. C’est ça, c’est ce qui nous nourris. On me dit parfois que « ça m’a fait penser à ça, j’ai telle image dans la tête »… Ca c’est cool, ça veut dire qu’on a fait notre taf, qu’on t’a emmené ailleurs

Metal-Eyes : Il y a un aspect assez osé aussi, quand on regarde la durée des titres de ce premier album… Il y a le côté fusion, progressif, un peu jazz de Magma qui explique ça, c’est beaucoup moins fréquent dans le rock. Là aussi on voit que les barrières tombent. Il n’y a aucune intention de passage sur des radios « traditionnelles »

Sam : On n’a pas pensé à ça, ni au style, ni à la durée, ni au fait qu’on puisse passer ou pas en radio. En fait, les morceaux se sont imposés d’eux-mêmes. Après, on se retrouve avec des pièces qui font telle ou telle durée, mais ce n’est pas quelque chose qu’on a cherché à contrôler.

Philippe : D’une façon assez curieuse, au départ, je n’avais pas dans l’idée de faire des morceaux longs, un peu progressifs. L’idée c’était plutôt de faire des morceaux simples, accessibles, de façon relativement instinctive, immédiate. A priori, ce serait plutôt un format assez court. En creusant, une dois que les idées apparaissent, quand on commence à manipuler ça dans tous les sens, quand les morceaux prennent forme – parce que ça ne commence pas toujours par le début, parfois, on commence par le milieu ou la fin, le début arrive après, il n’y a pas de règle en plus. Au final, on s’est retrouvés avec des morceaux longs, de 8, 9 minutes, mais c’était un peu une surprise pour moi.

Metal-Eyes : Il y a aussi ce Behold your karma qui atteint les 10’. En écoutant l’album, j’ai l’impression que vous vous faites plaisir, d’entendre un groupe « à l’ancienne » qui se retrouve en studio, qui jamme et…

Sam : C’est exactement ça, ce qu’il se passait dans les années 70. Les premiers Black Sabbath, Purple, comme quand tu es gamin et que tu te retrouves dans ton garage. C’est le même plaisir.

Philippe : C’est vraiment ce qui s’est produit parce que la musique on l’a écrite relativement vite,en 6 mois. Après, les répétitions, quand le groupe a été monté, ça s’est fait très vite, tout le monde a participé, s’est approprié la musique, a apporté sa touche – je parle des guitariste et du batteur qui sont arrivés après…

Metal-Eyes : Donc Joesph Champagnon et Thomas Coeuriot, et Yohan Serra.

Philippe : Exactement, et comem on répétait au Triton à ce moment-là, ils nous ont proposé de faire un album au mois de juillet. Moi, je n’y avait pas pensé, je me disais qu’un album, ce serait, peut-être, pour l’année prochaine. Et en fait, le studio est fermé au mois de juillet, il a été réouvert pour ça, et on s’est dit « pourquoi pas ? » On a pris le risque et en fait, c’était une très bonne idée parce qu’il y avait encore cette fraîcheur. ET on a enregistré, comme dit Sam, un peu à l’ancienne. On n’a pas fait d’abord tel instrument puis tel autre, non : on a tout fait, ensemble, pas au clic.

Sam : On était dans la même pièce, on se regardait dans les yeux. C’est très différent de ce qui se fait aujourd’hui où t’a un mec qui arrive en studio une semaine, puis c’est au tour d’un autre. On a vraiment fait les choses ensemble.

Metal-Eyes : Le bœuf, donc…

Philippe : Ca peut s’assimiler à ça, oui : on était tous les 4 dans la même pièce – on ne pouvait pas faire la voix en même temps parce qu’il aurait fallu une cabine pour isoler les voix, mais on a fait toutes les prises instrumentales d’abord et tout était plié en une semaine.

Metal-Eyes : Il y a autre chose qui m’intrigue dans votre album, ce sont les illustrations. Elles sont barrées, elles font très comics, mais le rapport avec les chansons…

Sam : SI elles sont en rapport, il y a des clés de compréhension. Il y a un rapport avec la musique et les textes.

Metal-Eyes : Il y avait un cahier des charges ?

Philippe : Non, pas du tout…

Sam : Il a écouté les chansons, il est venu nous voir en répète, c’est un ami. Je lui ai donné les clés des paroles et il a proposé des choses, des croquis…

Philippe : En fait, il a fait un peu ce que nous on fait quand on écrit, c’est-à-dire qu’il s’est imprégné de ce qu’on était en train de faire. Il est venu en studio, il est passé souvent à la maison quand on maquettait, il a passé des soirées avec nous. Quand on a commencé à répéter, il était avec nous en studio. En fait, il était là souvent et il connait les morceaux aussi bien que nous. Pour lui, ça a été assez naturel. Quand on lui a dit qu’on allait faire un album, il nous a dit qu’il voudrait bien faire les illustrations, une par chanson. J’avais envie qu’il nous le propose, et c’était génial qu’il le fasse. Chaque illustration reprend le thème de chaque chanson.

Sam : Après, c’est avec son univers graphique. On aurait demandé à quelqu’un d’autre, ç’aurait été complètement différent.

Philippe : Sur tout ce que tu peux voir, il y a eu deux trois retouches, on lui a proposé de faire ça ou ça à la place, mais c’était vraiment très peu de choses.

Metal-Eyes : Si l’un et l’autre vous ne deviez retenir qu’un seul morceau de cet album pour illustrer ce qu’est Welcome-X à quelqu’un qui ne vous connait pas, ce serait lequel et pourquoi ?

Philippe : C’est quasiment impossible… Parce que tout ça, c’est comme une pièce de théâtre avec différents actes : tu peux difficilement en isoler un. Après, si on voulait vraiment, je dirais peut-être Behold your karma, parce qu’il est plus long, qu’il est écrit en plusieurs parties et qu’il est peut être un peu plus riche que les autres. Et encore… Ou alors I am life qui est complètement barré, basé sur l’improvisation, avec un canevas très léger

Sam : Un côté un peu psyché, un peu barré avec, à la fin, une explosion très metal. Maintenant, je pourrais te répondre aujourd’hui telle chanson et demain telle autre…Maintenant, le Karma, c’est quelque chose qui synthétise un peu tout ce qu’on est… I am life, c’est pareil, une espèce de montée. Dans ces deux titres là, on retrouve ce qu’on est. Pareil en live, on joue des titres qui ne sont pas sur l’album, et qui sont tous très différents les uns des autres. Très difficile d’en isoler un.

Metal-Eyes : Vous nous promettez quoi, justement, sur scène ? Il faut s’attendre à quoi ?

Philippe :

Sam : Ben, moi, j’espère qu’à partir du moment où on commence, tu rentres dans notre univers, de la première à la dernière note, que tu ne penses plus à rien. Emporter dans notre milieu… Welcome-X c’est ça, t’emporter sur notre planète, puis une autre. J’espère vraiment que les gens qui viendront nous voir ne penserons qu’à ça, à rien d’autre que l’expérience qu’ils sont en train d’écouter et de voir. C’ets très théâtral rien n’est écrit. Moi, je monterais sur scène chaque fois comme si c’était le premier jour que je monte sur scène.

Metal-Eyes : Et si tu le faisais comme si c’était la dernière fois que tu montais sur scène ?

Philippe :

Sam :  Ca aussi, comme le disait le mec de Pearl Jam, c’est génial !

Metal-Eyes : Vous avez été en promo toute la journée, séparément principalement. Quelle est la question la plus surprenante, la meilleure qu’on vous ait posée aujourd’hui ? (Sam se marre…)

Philippe : La question la plus étonnante c’était : « quelle est la question que tu ne voudrais pas qu’on te pose ? » J’ai pas su répondre ?

Sam : La plus surprenante ? « Pourquoi tu ne chantes pas en français ? »… Parce que déjà, je suis bilingue. Ensuite, en français, il y a des mots pour tout dire, c’est très cru, une langue magnifique. L’anglais te permet beaucoup plus de liberté. Peut-être qu’un jour je chanterai en japonais si le langage s’y prête…

Metal-Eyes : Quelle pourriat être la devise de Welcome-X ?

Philippe : « Toujours nouveau, toujours inconnu »

Sam :  « Prendre son pied ». Ne pas se lasser, prendre des chemins qu’on ne connait pas…

Philippe : C’est vraiment ce que je ressens : j’ai l’impression que ça m’échappe, et c’ets une bonne impression. Quand c’est pas le cas, que j’ai l’impression que ça m’appartient – « c’est ma musique, mon riff, je le fais comme ci ou comme ça » – je m’en lasse très vite. Quand ce n’est pas le cas, que je le redécouvre chaque jour, c’est vachement excitant, vivant, et on garde cette envie de faire les choses en commun.