FROM ASHES TO NEW: The future

Metal, USA (Eleven Seven, 2018)

Paru juste avant l’été, ce second album des heavy rappers américains de From Ashes To New pourrait avoir de quoi réchauffer vos soirées hivernales. Car The future, bien que débutant avec un Wake up prévisible dans son genre et sans réelle saveur, parvient rapidement à diversifier le propos musical. Sauf que… Sauf qu’à trop vouloir séduire on fini par s’éloigner de son objectif. Les chœurs, presque omni présents, sont trop nombreux et mièvres, les mélodies imparables sont téléphonées. From Ashes To New a-t-il eu son mot à dire sur sa création ou s’est-il laissé influencé par son label et/ou son producteur? Car, au final, malgré un ou deux titres efficaces (je pense notamment à Broken) ce second album éloigne le groupe des espoirs nés avec son premier effort prometteur. Le patronyme relatif à l’éternel retour du phénix renaissant de ses cendres n’est pas de mise… Dommage.

FUNNY UGLY CUTE KARMA: Before it was cool

France, Metal varié (EP Autoproduit, 2018)

Pour les amateurs de metal made in France, le nom d’Adeline Bellart devrait être familier. Après avoir enregistré deux albums et donné un bon paquet de concerts avec Asylum Pyre, groupe qu’elle quitte en 2016, la chanteuse s’éprend des talents et de la folie douce de Dorian Gilbeau, guitariste et bassiste avec lequel elle fonde Funny Ugly Cute Karma en 2017. Cela n’aura échappé à personne: entre l’association des idées et l’acronyme, le projet est sérieux et joue la carte de la dérision. ça tombe bien, puisque ce premier Ep de 4 titres, Before it was cool (3 originaux et 1 reprise, au double sens évident – « Avant que ce ne fut cool » ou « Avant c’était cool ») nous présente quelques facettes de l’univers musical que souhaite explorer le duo. L’agressivité vocale qui introduit On the run est atténuée par le côté cartoonesque de la musique et la douceur vocale d’Adeline. Immédiatement, je pense à la folie douce d’un Avatar. Shelter démarre tranquillement – voix guitare et beat – avant d’alterner avec noirceur et lourdeur et des guitares qui évoquent par instants Tom Morello et ses Rage (Rage Against The Machine et Prophets Of Rage). Nuage de maux, bonne idée, est chanté en français. Mi slam mi enragé, cetet poésie flirte avec la mélancolie et, de nouveau, la folie. Enfin, Radio/video, reprise de System Of A Down vient conclure avec brio ce premier essai qui n’attend qu’une transformation. Une très belle entrée en matière, foncièrement metal mais avant tout exploratrice de sonorités inhabituelles. A découvrir.

THERAPHOSA

France, Metal (Ep Autoproduit, 2018)

Theraphosa, pour les connaisseurs, est un type d’araignée particulièrement dangereuse.  D’où la représentation d’une arachnée blanche sur fond noir de ce second Ep du trio français venu de Chelles (le premier, Inject the venom, est paru en 2012, une éternité! D’où, sans doute, un nouveau départ en ne nommant pas ce disque.) Je ne suis pas connaisseur, donc, je me plonge dans les sonorités de ce disque éponyme qui propose 5 morceaux et découvre une prière en ouvrant le CD, une prière à la reine araignée. Serait-on tombée dans une secte aux malsains rituels? Non, simplement au cœur des aspirations et inspirations musical d’un groupe de rock. Le premier morceau, The king of vultures est un mid tempo presque doom, intrigant et attisant la curiosité. The god within accélère le tempo et propose un riff obsessionnel et hypnotique sur fond de chant guttural, en alternance avec plus de mélodie. Le plus de 6′ passent sans qu’on ne s’en aperçoive. Puis The butcher, avec son chant clair presque a capella, nous entraîne dans un univers tout aussi heavy, au royaume du headbanging. Malgré ses guitares speedées, Obsession se distingue avec un chant presque pop, et surtout très mélodique. Leeches conclue ce disque avec ce rythme imparable, celui qui fait s’agiter les tignasses et taper du pied en cadence. Sans aucun doute un futur classique en live. Theraphosa parvient à se distinguer de ce qui se fait actuellement sur la scène metal, et rejoint les espoirs parmi les groupes français. Prometteur, tout simplement.

ELYOSE: Reconnexion

Metal, France (Autoproduction, 2018) – sortie le 27 septembre 2018

Pour son troisième album (après Théogyne en 2012 et Ipso facto en 2015), les Parisiens de Elyose profitent d’un troisième album, Reconnexion, pour repenser leur approche musicale et offrir un son à la fois plus brut et direct et des mélodies pensées pour faire mouche. Elyose ne se contente en effet pas de chercher un style qui lui soit propre mais explore divers horizons, du metal symphonique aux intonations death metal, ou encore, à l’opposé, en visant la pop énergique. On reconnaîtra, naturellement l’influence d’Evanescence (le refrain de De tout là-haut semble plus qu’inspiré par un certain Wake me up inside…) ou d’Epica dont le guitariste chanteur Mark Jansen partage le chant sur le très énergique – et chanté en anglais – Psychosis. Les invités sont nombreux, d’ailleurs, puisque figurent rien moins que Raf Pener (T.A.N.K) sur Asyme’trie (qui me semble s’engager sur le terrain de la Syrie – dommage que les paroles ne soit pas plus compréhensibles, une des faiblesses de cet album…), Aurel sur Mes 100 ciels – premier single – ou encore Flo Lemonnier sur Les mots qui me viennent. Varié, enjoué, ce troisième album d’Elyose pourrait faire ressortir le groupe du lot des nombreux challengers, en tout cas, le placer dans le peloton de tête.

SHVPES:Greater than

Metal, Royaume-Uni (search and destroy/Spinefarm, 2018) – Sorite le 9 septembre 2018

Avec Greater than, les Anglais de Shvpes pourraient bien franchir un pallier et devenir plus que de simples outsiders. Si je n’avais guère accroché avec le premier album du groupe d’un des fils de Bruce Dickinson, en l’occurrence le vocaliste Griffin, je dois bien reconnaître que ce nouvel opus est plus attirant à de nombreux égards. Tout d’abord, le gaillard a décidé de varier ses performances vocales. exit les cris constants, place à plus d’ouverture. Bien sûr la rage est présente, mais on retrouve de nombreux passages plus ambiancés, doux et même une forte influence rap « à la » Prophets Of Rage, ce dès Calloused hands. Et puis, on ne boude pas son plaisir à l’écoute de clins d’oeil à nombre de formations en vue. Comment ne pas penser au Raining Blood de Slayer en écoutant le riff en arrière plan de Someone else? La semi ballade de Two wrongs , no rights séduira les jeunes filles tandis que les « oh oh » de Afterlife laissent penser que le groupe vise haut tant les backings vocs sont aisées à faire reprendre par une foule juvénile en concert. Rap, thrash, metal core, Shvpes serait en train de redéfinir son identité sonore qu’on n’en serait guère surpris. Shvpes propose ici un album puissant, bien produit et surtout varié et s’offre le luxe de convier de prestigieux invités (Matt Heafy de Trivium sur Rain et Rosanne Hamilton, chanteuse folk, sur War). même s’il n’est pas évident à écouter d’une traite, Greater than reste unalbum à découvrir.

FIVE FINGER DEATH PUNCH: And justice for none

Metal, USA (Eleven seven, 2018) – Sortie mai 2018Aau regard des événements de l’an passé – le départ brutal d’Ivan Moody en cure de désintox et son remplacement sur le pouce par Tommy Vext, chanteur de Bad Wolves – on peut se demander où Five Finger Death Punch (5FDP pour les intimes) a trouvé le temps d’enregistrer ce septième album, paru juste avant l’été. Mais il est bien là, et Moody en forme. Le groupe va droit au but, proposant 13 chansons qui, pour la plupart, durent moins de 4′. Recherche d’efficacité oblige. Fake et Top of the world sont une introduction brutale et agressive – quelqu’un peut s’amuser à compter le nombre de « fuck »  et dérivés crachés par Moody sur le premier morceau, svp? avant que 5FDP ne varie ses plaisirs. Blue on black, une ballade qui monte en puissance, sonne comme une confession du chanteur. Puis les affaires sérieuses reprennent avec des tonalités qui évoquent les albums qui ont permis au groupe de vraiment commencer à percer en Europe, les deux volets de Wrong side of heaven. Un peu de piano sur I refuse introduit la seconde power ballad un peu sirupeuse bien que dotée d’une jolie mélodie (tout comme la troisième, When the seasons change). La paire de guitaristes – Zoltan Bathory et Jason Hook – tricotent des riffs puissants qui tranchent dans le vif. On regrettera simplement un peu trop de morceaux « doux », même si Will the sun ever rise qui clôt ce disque propose différents tempi, du lent au rageur. Si 5FDP tient ce rythme, et espérons que la cure d’Ivan ait été, malgré sa rapidité, efficace et sera durable, il ne fait guère de doute que le groupe franchisse un nouveau palier grâce à cet album varié et plus que réussi.

BAD WOLVES: Disobey

Metal, USA (Eleven seven, 2018) – Sorti le 11 mai 2018

Tommy Vext s’est fait remarquer l’an dernier en remplaçant, au pied levé, Ivan Moody, démissionnaire temporaire (filant en cure de désintox) et depuis revenus au sein d’un 5FDP sous les feux de la rampe. C’est en cette même année 2017 que se forme Bad Wolves avec le même Vext au chant, accompagné des guitaristes Chris Cain et Doc Coyle, du bassiste Kyle Konkiel et du batteur John Boecklin, tous ayant déjà un solide passé musical au sein de, en vrac, Devil Driver, Vext, God Forbid, In This Moment et j’en passe. Bad Wolves est donc une sorte de super groupe dont on peut attendre le meilleur avec Disobey, son premier album paru en mai (tient, comme le dernier 5FDP!) chez Eleven seven (tiens, comme le dernier 5FDP, quelle coïncidence étonnante!). Alors, oui, la puissance est là – l’ensemble est bien plus rugueux que 5FDP, par exemple – et les surprises au rendez-vous. Bien sûr, on ne peut que s’attarder sur cette reprise savamment retravaillée du Zombie des Cranberries, véritable hommage à sa chanteuse brutalement disparue, Dolores O’Riordan. C’est le morceau le plus calme de cet album qui se rapproche souvent du metalcore. Sauf que le chant est ici plus mélodique que ce que nous propose habituellement ce genre explosif. Ici, après les deux premiers titre rentre dedans (Officer down, Learn to live), les mélodies se veulent imparables (No masters, Remember when, ou la ballade Hear me now), les airs facilement mémorisables ou les riffs épileptiques (Better the devil, Jesus slaves) mais… Mais tout semble tellement travaillé pour faire mouche que je me demande combien de temps ils peuvent tenir ces gars de L.A. Et puis, quand tu vas sur le site et qu’en guise de page d’accueil tu tombes sur le merch avec un maillot de basketball à plus de 100 USD, pour un jeune groupe, il y a de quoi se poser des questions, non? Au final, Bad Wolves nous offre un premier album puissant, varié, qui s’écoute d’une traite avec plaisir. C’est un bon début.

SIDILARSEN: Live – In Bikini dura Sidi

Metal, France (Verycords, 2018)

Avec le superbe Dancefloor bastards, paru en 2016, Sidilarsen entame une longue tournée qui célèbre ses 20 ans de carrière. 20 ans, 6 albums studio, un public fidèle(bien que pas assez important à mon goût). Sa tournée a mené le groupe toulousain un peu partout en France, et Sidi se souvient certainement de son passage en Russie, en compagnie de Severny Flot. Mais surtout, le quintette passe enfin au Hellfest en 2017 et immortalise son passage à domicile dans un Bikini blindé (la salle peut accueillir jusqu’à 1500 spectateurs sur 2 niveaux) et survolté. Si le CD comporte – naturellement, même si l’on aurait pu espérer un double CD… – moins de titres que le DVD, l’ambiance est parfaitement captée. Le groupe est au taquet, faisant participer le public qui ne se fait pas prier. Bien sûr, le dernier album est à l’honneur, les autres albums ne sont pas en reste. Naturellement, le concert se termine avec l’indispensable Des milliards et son public invité à s’asseoir avant de sauter symbolisant le réveil de la population. Frissons assurés. Le groupe plongé dans des couleurs bleues, rouges et mauve dominantes, on savoure de retrouver Sidi live, d’autant que les caméras sont autant focalisées sur le groupe que dans le public, véritable 6ème homme de ce concert. Toujours pleins d’énergie, les Toulousains se font plaisir en réservant quelques surprises au public, dont ce solo de batterie de Sam Cancel, accompagné par le bassiste de Severny Flot, Alexander Kulikov, la venue sur scène des furieux Arno et Poun de Black Bomb Ä ou celle de la chanteuse Béra ou, naturellement, de Sabash, venu célébrer cet anniversaire sur Teknotrone. Au delà de ce concert d’un groupe quasi irréprochable, l’intérêt du DVD se trouve dans le documentaire de 72 minutes qui voit les frères Cancel (Sam, donc, et David « Didou », le chanteur) et Benjamin « Viber » Bury, le guitariste/chanteur, ainsi que les autres et plus récents membres Benjamin Lartigue et Julien Soula (guitare et basse) raconter, sobrement, l’histoire de Sidilarsen. On fait ici le plein d’anecdotes, dont l’association avec Psykup et Delicatessen, deux autres formations locales, afin de monter une structures visant à faire avancer les groupes, ensemble. On trouve aussi un bel hommage au premier guitariste, Sabash, sa fidélité et son adoubement de son remplaçant. Hellfest, tournée en Russie, amitiés, équipe… tout y passe, avec émotion et sincérité jusqu’à arriver à ce Sidifest du Bikini, objet de ce live. Un beau document (« dédié au plubic », gag!)qui pose simplement la question: pourquoi Sidi n’est-il pas plus important? Une aventure à suivre pour les 20 prochaines années. Au moins!

Live at Wacken 2017

Metal, international (Wacken records/Silver lining, 2018)

Le Wacken Open Air -WOA pour les intimes – est, sans aucun doute possible, le plus important – par sa taille et son ancienneté – festival metal européen, et se classe aisément parmis les plus célèbres au monde. Et il compte bien le demeurer, en se rappelant à notre bon souvenir. Que vous ayez participé ou non à cette édition 2017, la 28ème!, le WOA nous propose une nouvelle immersion en son cœur, avec ce monstre composé de 2 DVD et 2 CD. Lire la suite

HELLTERVIEW: MALEMORT

Interview MALEMORT. Entretien avec Julien (guitare), Xavier (chant), JC (basse), Cédric, batterie. Propos recueillis au Hellfest le 23 juin 2018

Malemort @ Hellfest 2018

Metal-Eyes : Ball trap est sorti fin 2016, a reçu d’excellentes critiques dès sa sortie. On vous espérait au Hellfest l’an dernier, mais il a fallu attendre 2018 pour vous y retrouver. Qu’est-ce qui a demandé autant de temps d’après vous ?

Xavier : Je pense que c’est la montée du buzz, en fait. Quand tu travailles en auto production, les choses sont très progressives, parce qu’il n’y a pas de plan média. C’est à la sueur de ton front, aux preuves que tu peux apporter de ton implication. C’est vrai que les retours ont été très bons sur le deuxième album, et il a fallu que ça mature un peu. A la limite, je dirais même que c’est très bien, ça tombe bien que ça se produise cette année : l’année dernière, on n’aurait pas réussi à faire ce qu’on a fait cette année. Je considère que les choses arrivent finalement bien. D’expérience, par rapport à toute l’histoire de Malemort, j’ai appris à me rendre compte que tout ce qui t’arrive tombe au bon moment. Lire la suite