Interview: AVATAR

Interview AVATAR: entretien avec John Alfredsson (batterie). Propos recueillis par téléphone, le 10 juillet 2020

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Metal-Eyes : Comment ça se passe en Suède, d’un point de vue sanitaire, ces jours-ci ?

John : Bien… enfin, « bien » est tout relatif. Mais… Nous survivons…

 

Metal-Eyes : Votre dernier concert était à Saint Petersbourg, le 14 mars. N’était-ce pas un peu étrange de vous retrouver entre deux états, « on va devoir rentrer » et « on doit continuer » ?

John : Oui, la Russie était, je crois, un des derniers pays à avoir fermé ses frontières. Quand nous jouions en Russie, nous ne pouvions que constater que tous les autres pays du monde fermaient, les uns après les autres, et tous les groupe que nous connaissons, qui étaient en tournée, annulaient. Nous, on était là à se demander si nous étions censés continuer de jouer… C’était étrange, vraiment…

 

Metal-Eyes : J’imagine aussi que vous ne pouviez prendre la décision d’annuler de votre propre chef pour des questions d’assurances…

John : Oui, mais d’un autre côté, nous n’avons donné que 3 concerts en Russie, en ouverture de Sabaton. Et au bout du compte, l’endroit le plus sécure est sur scène. Nous n’étions pas inquiets pour nous, plus pour le public. Nous espérions simplement que quelqu’un savait ce qu’il faisait avec cette foule, tu me comprends ? Je ne crois pas que nous, en tant qu’artistes, devons dire aux politiciens ce qu’ils doivent faire. Je ne supporte pas d’entendre des artistes demander à ce qu’on les laisse jouer, pas dans ces conditions. C’est aux autres de nous dire quand il sera temps de rouvrir, ou de fermer si c’est nécessaire.

 

Metal-Eyes : Parlons du groupe maintenant : le cycle Avatar country se termine. Que vas-tu en retenir ? A part le Covid…

John : Euh… Je crois que je me souviendrai de ce cycle comme l’un des plus amusants que nous avons vécu. Nous ne nous sommes jamais autorisés à nous permettre autant de choses que sur Avatar country. Tout était permis.

 

Metal-Eyes : Même Hellzapoppin…

John : Oui, même eux ! Ce genre de choses ! C’était très… comment dire ? « Relaxant » de pouvoir nous laisser aller. Quand nous programmions cette tournée, nous nous demandions quelle était la chose la plus dingue qu’on puisse faire, et nous avons fonctionné comme ça tout le temps. Nous ne le referons plus dans un avenir proche. C’est ce dont je me souviendrais de ce cycle, faire des choses comme accueillir Hellzapoppin sur la tournée, faire apparaître le roi sur un trône… ou faire un film !

 

Metal-Eyes : Faire un film qui ferme ce cycle. J’imagine que tu parles de The legend of Avatar country (il confirme). Ceci signifie donc que le pays d’Avatar était en réalité une légende, il n’existe pas du tout ?

John : Il existe dans nos cœurs, à jamais.

 

Metal-Eyes : Donc, « longue vie au roi » ?

John : Oui, « longue vie au roi » !

 

Metal-Eyes : Vous étiez également censés ouvrir pour Iron Maiden, dont un passage à Paris demain, 11 juillet. Etait-ce toujours sur le thème Avatar Country ou alliez-vous proposer quelque chose de neuf ?

John : En réalité, nous devions donner ce soir un concert secret dans un club de Paris. Qui aurait été le dernier show de Avatar country. Et demain, avec Iron Maiden, nous devions donner le premier concert de la tournée Hunter gatherer

 

Metal-Eyes : Un nouveau cycle s’ouvre avec Hunter gatherer. C’est un album très sombre, à l’opposé de Avatar country. Qu’est-ce qui vous a fait passer de la lumière aux ténèbres ?

John : Avatar country n’était pas supposé être un album au départ. Il devait être un Ep entre deux albums « normaux ». Quand nous avons commencé à composer, nous avions tellement de matériel que je ne parvenais pas à écarter une chanson. Alors « merde ! on fait un album ! » Ça a commencé comme une blague entre nous. Nous avons eu le sentiment à l’époque que nous devions sortir ces chansons. Et ça nous a simplement soulagés de le faire. Nous n’avons jamais eu pour vocation d’être un groupe rigolo… Avatar country, tu peux le voir de plusieurs manières : tu peux le considérer comme une comédie, mais aussi comme une critique de la société du moment. Il s’est passé tellement de choses en 2016, quand nous l’avons écrit… Nous ne parlons jamais de politique dans Avatar, mais nous avons choisi de commenter. Nous nous sommes vraiment amusés à faire cet album, et quand la tournée a commencé, c’était si plaisant de simplement pouvoir proposer des concerts aussi gros ! C’était super fun… la première semaine. Ensuite, il y a eu 150 concerts supplémentaires ! Nous parlons beaucoup et dans le tour bus, on écoutait de la musique, on échangeait et quand l’un d’entre nous a demandé ce que nous allions faire ensuite, la réponse a fusé : pas un putain d’album de comédie ! » Nous savions tous que notre prochain album devait être sérieux. Sinon, nous courions le risque d’être catalogué comme un groupe de comédie, et ce n’est pas ce qu’est Avatar. Ce ne fut qu’un petit détour.

 

Metal-Eyes : Hunter gatherer est un album plus sombre, plus heavy et plus colérique. Qu’avez-vous mis dedans ?

John : C’est certainement l’album le plus sombre que nous ayons enregistré. Une sorte de contre réaction à Avatar Country

 

Metal-Eyes : Justement, vous avez acquis tant de nouveaux fans avec Avatar country… Ne crains-tu pas la réaction de ces nouveaux fans lorsqu’ils découvriront cette autre facette d’Avatar ?

John (il réfléchit) : Non… Non. Je suis sûr à 100% qu’il va y avoir un paquet de fans qui ne va pas aimer cette facette, qui dira préférer « l’ancien » Avatar. Mais c’est toujours le cas, à chaque album… et au bout du compte, nous ne pouvons y prêter attention. Nous aimons nos fans, nous les aimons vraiment, ce sont les meilleurs fans du monde, mais on ne fait pas les choses pour eux : nous faisons les choses pour nous. Avatar, c’est réaliser ce que nous souhaitons. Si les gens aiment ça, c’est un bonus et ça nous permet de continuer. Si personne n’achète nos t-shirts ou nos disques, nous ne pourrions pas payer nos loyers, la situation serait plus complexe. Mais concernant la musique, nous la plaçons en priorité. La vente de T-shirts vient après. Quand nous composons, tant que nous sommes satisfaits, c’est le principal. Si personne n’aime ça, je pourrais me tenir debout fièrement et dire « désolé si ça ne vous plait pas, moi j’en suis fier ! Allez vous faire foutre, je ne compose pas pour vous ! » Mais oui, je suis sûr qu’un paquet de fans n’aimera pas cet album. Ils peuvent continuer d’écouter Avatar country (rires) ! L’album ne disparaitra pas…

 

Metal-Eyes : Et j’imagine qu’il est également possible que certains de ces fans les plus récents soient séduits et cherchent à découvrir votre passé, Hail the apocalypse, Feathers and flesh, Black waltz voire même avant…

John : Oui, aussi, c’est possible.

 

Metal-Eyes : Comment décrirais-tu l’évolution d’Avatar entre vos deux derniers albums, Avatar country et Hunter gatherer ?

John : Mmh… De toute évidence, nous avons changé de voie entre Avatar country et celui-ci ! Plein de choses se sont produites ces deux ou trois dernières années. Ça m’a surpris de voir autant de personnes monter dans ce train. Avatar est devenu une sorte de phénomène. Incroyable de voir ça, et comme je l’ai dit, nous avons les meilleurs fans du monde. Comment on a évolué ? Naturellement… Nous faisons ça depuis presque 20 ans. C’est assez difficile pour moi d’analyser ces dernières années parce que notre évolution s’est faite depuis le début. Nous vieillissons, devenons plus sage.

 

Metal-Eyes : Avez-vous changé votre manière de composer pour ce nouvel album ?

John : Nous avons commencé par discuter, beaucoup. Quelle sera le cadre, de quoi allions nous parler ? Dès le départ, nous étions d’accord sur le fait que ce serait l’opposé, qu’il serait très sombre, qu’il ne devrait y avoir aucune blague…Et ce ne serait pas un album conceptuel, comme c’était le cas avec Avatar country ou Feathers and flesh. Il nous fallait retourner vers des terrains inexplorés. Avatar country était une sorte d’hymne au heavy metal. A tout ce qu’on aime dans cette musique : un roi, du fantastique, tout tient dans une boite, petite. Pour Hunter gatherer, nous avons décidé de prendre une grande boite, sans limites. Il y a Silence in the age of apes, très violente, brutale, Colossus, très sombre, une autre avec du piano… Nous avons beaucoup écrit, quelque chose comme 40 chansons… et nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à la meilleure manière de les lier, d’en faire quelque chose de cohérent, qui tienne la route. Et nous avons passé beaucoup de temps à répéter aussi…

 

Metal-Eyes : Vous avez beaucoup tourné, comme tu l’as rappelé. Quand avez-vous trouvé le temps d’écrire et de composer autant ?

John : Un des luxes que nous devons au fans, et c’est la première fois que ça nous arrive en 20 ans, c’est que nous pouvons recevoir un petit salaire. Ça aide beaucoup. Jusqu’à Avatar country, nous étions tous dans l’obligation de travailler à côté, et c’était difficile parce que nous ne pouvions nous voir qu’une heure par-ci, une heure par-là. Quelqu’un avait un empêchement… Cette fois, nous avons pu bénéficier de temps et dès que nous n’étions plus sur la route, nous nous attelions au travail. Comme nous le faisons depuis toujours au sein d’Avatar, nous voyageons ensemble. Nous avons quelques lieux de rencontre : la famille de notre chanteur a une maison dans la forêt, j’ai une maison dans la forêt, notre guitariste, Jonas, le roi, vit sur une île en dehors de Göteborg. Alors nous y allons ensemble, restons sur place une semaine, isolés dans un endroit où il n’y a rien d’autre à faire que de travailler.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’une chanson de Hunter gatherer pour explique à quelqu’un ce qu’est Avatar aujourd’hui, ce serait laquelle ?

John (il réfléchit) : … A secret door. Je pense qu’elle résume bien l’album. Hunter gatherer explore différentes voix, très dures, très mélodiques, très industrielle, et je crois que A secret door contient tout cela. Bien sûr, je pourrais aussi dire Colossus, qui est le premier extrait. L’une ou l’autre est représentative.

 

Metal-Eyes : Colossus, la vidéo, vient d’être dévoilée au public. Quelles sont les premières réactions ?

John : Je suis en train de suivre en direct et je vois qu’il y a… 6.000 pouces levés, donc j’imagine que c’est positif. Mais je ne lis pas les commentaires. Je ne lis pas les chroniques, je suis une de ces âmes fragiles (rires). Si les gens aiment, tant mieux, mais je ne me plonge pas dans les critiques. Parce que, le pire qui puisse arriver, c’est de lire 100 chroniques qui encensent l’album et une, une seule, donne un avis différent, et ça peut être blessant… Rien que pour cette raison, j’ai décidé d’arrêter de les lire. Je sais, je dois aller voir un psy…

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise d’Avatar pour ce nouveau cycle ?

John : Euh… « Soyez gentils » dans le sens généreux, bons.

 

Metal-Eyes : Une dernière chose : la Suède est aujourd’hui un des plus important pays du metal. On a beaucoup parlé de la scène death metal au début des années 90, maintenant, c’est un des pays qui propose les groupes les plus mainstream et variés avec des groupes comme Sabaton, Amon Amarth, Royal Republic, Ghost, vous et tant d’autres qui développent de vrais spectacles visuels. Comment expliques-tu ce phénomène ?

John (il rit) : J’adore ça ! Nous sommes assis tranquillement et tu parles d’Amon Amarth comme d’un groupe mainstream !

 

Metal-Eyes : En dehors du chant, c’est aujourd’hui plus du metal…

John : Ouais, mais si tu retournes 20 ans en arrière, tu n’en parlerais pas comme ça ! Même aujourd’hui, c’est très rapide, avec des doubles grosses caisses, des growls… Je crois que c’est plus l’époque qui change que la musique. Mais c’est vrai, il y a du spectacle, c’est très visuel. Et j’adore les fans capables de parler d’Amon Amarth, que j’adore, comme d’un groupe « mainstream » (rires).

 

Metal-Eyes : As-tu une dernière chose à rajouter ?

John : Gardez la tête froide, votre cœur ouvert et vos mains propres ! Nous sommes vraiment très impatients de vous retrouver sur la route, surtout en France. Vraiment, nous adorons la France !

 

Metal-Eyes : C’est pour ça que vous y aviez prévu un concert secret sans doute…

John : Oui, oui, absolument.

 

HELLFEST 2021: l’affiche presque au complet

Nous le savons depuis quelques temps, Hellfest production vient de le confirmer: l’affiche de la XVème édition, qui se tiendra les 18, 19 et 20 juin 2021, accueillera 90% des groupes qui devaient initialement jouer cette année. Bien sûr, on pourra regretter l’absence d’Infectious Grooves, de Mastodon ou, dans une moindre mesure selon mes critères, de Baby Metal, mais c’est ainsi. Seuls une quinzaine de groupes restent à confirmer. Ci dessous, un extrait du communiqué de presse listant notamment les futurs absents et annonçant quelque belles surprises!

Rappel: les billets 2020 restent valables pour l’édition 2021. Mais ça, vous le saviez déjà. D’ici-là, sortez couverts et prenez soin de vous!

Hellbangers, avec un peu d’avance par rapport à d’habitude, voici la programmation de l’édition 2021 !

90% des groupes nous ont reconfirmé leur présence pour l’an prochain, et vous vous en doutez, ils sont particulièrement impatients de vous retrouver en terres clissonaises !

13 groupes prévus sur l’édition 2020 n’ont malheureusement pas pu confirmer leur présence pour 2021 : Incubus, Mastodon, Infectious Groove, Thy Art Is Murder, Alter Bridge, Baby Metal, Joyous Wolf, Periphery, Unleashed, Meshuggah, The Black Dahlia Murder, Body Count et August Burns Red.

Heureusement, nous avons pu en confirmer 3 nouveaux : Puscifer (Hellcome back Maynard James Keenan), Dropkick Murphys (le jumelage Clisson / Boston est en bonne voie !) et Northlane (pour du Metalcore Australien de haut niveau !).
Nous travaillons encore sur les 10 groupes à vous annoncer pour boucler cette affiche ! Faites-nous confiance, nous sommes déjà sur de bonnes pistes !

Vous pouvez retrouver la playlist 2021 dans sa totalité sur Spotify : https://spoti.fi/30MgW2D

Pour découvrir les groupes et sauvegarder vos favoris, l’application mobile Hellfest est toujours disponible :
IOS : https://apple.co/2tS9feK
Android : http://bit.ly/39rvCqk

Ce post est aussi l’occasion pour nous de vous souhaiter un bel été ! L’équipe de la production prend quelques semaines de vacances pour revenir en pleine forme en septembre et vous préparer une édition 2021 tant attendue!

Encore un immense merci pour vos messages, mails, appels et courriers de soutien ces derniers mois qui nous ont aidé à surmonter cette annulation de notre édition anniversaire.

D’ici là faites attention à vous et à vos proches (et continuez à respecter les gestes barrières !)

Hellfest Crew

 

DESPITE THE END: Butterfly effect

France, Metal (Ep autoproduit, 2020)

Les influences orientales, voire égyptiennes, que l’on trouve sur Despite the begining cachent à peine la réalité qui va suivre. Butterfly effect, le premier Ep des Français de Despite The End, est un disque mature de bout en bout. Le groupe récemment formé s’est attelé à la tâche de manière acharné, comme nous l’explique son guitariste Ludovic dans l’interview récemment accordée à Metal Eyes. Quand on pense qu’aucun des musicien ne se connaissait il y a quelques mois à peine, le résultat est bluffant. Lire la suite

Interview: DESPITE THE END

Interview DESPITE THE END: entretien avec Ludovic (guitare). Propos recueillis par téléphone, le 26 juin 2020

 

Metal-Eyes : Votre Ep est sorti le 24 avril. En plein confinement, à cause du Covid…

Ludovic : Il y a deux mois, oui. Exactement, à cause du Covid.

 

Metal-Eyes : Est-ce que tu rends compte que ton prénom comporte chacune de lettres de cette maladie ? C’est de la provocation gratuite ?

Ludovic (il explose de rire) : Non, je n’y avais pas fait attention, c’est vrai!

 

Metal-Eyes : Il y en a deux qui n’y sont pas, mais on pourrait prendre un accent et dire “lu covid”….

Ludovic (il se marre) : On me l’avait pas faite, mais j’aime bien! Allez, Lucovid, c’est parti ! Lire la suite

STORM THE ARENA: l’affiche dévoilée

Comme annoncé, Live Nation révèle aujourd’hui la programmation du premier festival Strom The Arena qui se tiendra à l’Accor Arena les 11 et 12 décembre prochains.

Du lourd et du varié, des groupes européens de toute envergure viendront raviver la flamme festivalière, si tant est que… Mais décembre est encore assez loin pour espérer que la pandémie fasse enfin partie du passé. Lire la suite

THERAPHOSA: Transcendance

France, Metal (Autoproduction, 2020)

Après un Ep remarquable, le trio francilien Theraphosa revient avec un album complet. Transcendence, produit par l’incontournable Francis Caste, un gage de qualité, démarre avec Stigmata of the purest pain, un titre lent doom, au chant torturé qui alterne entre gouffre profond et sombre et clarté sérieuse. La suite explore divers univers, parfois rock, à d’autres moments proches du prog. Lire la suite

Interview: HELL OF A RIDE

Interview HELL OF A RIDE : entretien avec Franck (basse). Propos recueillis par téléphone, le 20 mai 2020

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Metal-Eyes : Franck appelle pour nous parler du nouvel album de Hell Of A Ride, Nine of cups. Il est sorti quand exactement, ça fait un petit moment ?

Franck : Il est sorti en septembre dernier.

 

Metal-Eyes : Ca fait donc un peu plus de 6 mois qu’il est sorti. Quels sont les retours que vous avez eus ?

 Franck : Dans l’ensemble, extrêmement positif. On a eu quelques retours négatifs de personnes assez déstabilisées par le nouveau son. Mais dans 95% des cas, c’est extrêmement positif. « Grosses production, grosses composition, extrêmement accrocheur », donc, oui, dans l’ensemble, très positif.

 

Metal-Eyes : C’est le second album qui parle des aventures de Mad Dog qui, cette fois, a disparu. Peux-tu nous parler des circonstances de sa disparition ?

Franck : Mad Dog disparait, en fait, ça fait suite à pas mal de tergiversations au sein du groupe… On avait du mal à savoir s’il fallait continuer avec lui, il y avait un débat sur le fait que c’est une mascotte mais qu’en même temps on ne savait pas trop comment gérer son image. Du coup, il a disparu pendant quelques temps, on a laissé parler le groupe, et on l’a fait réapparaitre pour ce nouvel album en le mettant encore plus en valeur sur ce disque et sur les clips. Comme Echoes et Never give up par exemple.

 

Metal-Eyes : En dehors de ces difficultés, qu’est-ce qui l’a fait revenir ? Les Pussy Riders y sont pour quelque chose…

Franck : Oui, tout à fait. On a pris la décision qu’il serait notre mascotte. Un peu comme pour Maiden ou Megadeth. Il nous semblait intéressant de le remettre sur le devant et d’avoir une sorte de fil directeur, un guide pour tout ce qui artwork et clips.

 

Metal-Eyes : Comment définirais-tu la musique de Hell Of A Ride pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Franck : La définir précisément en disant que c’est du hard rock ou du heavy metal, non. Ce n’est ni l’un ni lautre, c’est une musique à la croisée de pas mal de styles différents. Je dirai que ça se rapproche de Godsmack, de Papa Roach, aussi. Sous certains aspects, ça se rapproche de Nickelback. On pourrait dire que c’est soit du gros rock, soit du rock alternatif. Mais avec la profusion aujourd’hui de groupes et de styles, c’est difficile. Hard rock, c’est sûr.

 

Metal-Eyes : C’était un peu une question piège, pour bien commencer (il rit) puisque, il y a 5 ans, en en parlant avec vous, je crois que c’est Lo qui définissait votre musique comme du heavy stunt rock…

Franck : Oui, oui, ça pourrait être ça. « Stunt » dans le sens où Mad Dog est cascadeur, donc le stunt peut s’y retrouver. Sur le premier album, le côté voitures avait été pas mal mis en avant. On n’est pas dans du rock anglais, plutôt dans un style heavy américain, californien, donc ça peut se définir aussi comme ça. Le dernier album ayant encore plus d’influences différentes, je dirais plus rock alternatif…

 

Metal-Eyes : Il y a une grosse imagerie dans votre musique, ce qui la rend assez cinématique. Ça fait très Tarantino. Est-il une référence ou une influence, ce réalisateur ?

Franck : C’est peut-etre un peu des deux. C’est évident sur le premier Ep, un peu moins sur Bête noire, le premier album, mais ça a tendance à disparaître sur Nine of cups. Il nous a beaucoup influencé au début mais on a commencé à vouloir trouver nos propres marques en mettant en scène nos propres références et nos univers.

 

Metal-Eyes : Alors comment analyserais-tu l’évolution de Hell Of A Ride entre Bête noire et Nine of cups ?

Franck : Sur Bête noire, on avait fait un travail de composition interne au groupe. Uniquement nous-mêmes. La grosse différence c’est que, sur Nine of cups, on a fait appel à des personnes extérieures au groupe. Des personnes dont on apprécie le travail soit pour la composition, soit pour des arrangements ou des paroles. On a demandé à Charles « Kallaghan » Massabo qui a produit nos précédents disques – c’est un Français qui s’est installé à Los Angeles en 2011, je crois – et qui commence à connaitre pas mal de monde là-bas. On lui a demandé si on pouvait lui donner quelques noms et s’il était possible qu’il nous mette en contact afin de savoir si ces personnes seraient prêtes à travailler sur l’album avec nous. C’est la différence majeure entre les deux albums : l’ouverture à la composition à des personnes extérieures au groupe.

 

Metal-Eyes : Ce qui a, j’imagine, un impact sur votre musicalité et les ambiances en général ?

Franck : Tout à fait. Bête noire avait, je pense, un côté assez rock’n’roll, tandis que Nine of cups a un côté plus complexe et élaboré, dû, en effet, à ces collaborations.

 

Metal-Eyes : Cinq ans, ou presque, entre deux albums, c’est long. Tu l’expliques comment ? C’est de la paresse ou la complexité de votre musique ?

Franck (il rit) : Les deux ! En fait, il y a pas mal de choses : déjà, il faut qu’on se mette d’accord à 5, ce qui n’est pas toujours facile. Il y a beaucoup de discussions, ce qui peut causer pas mal de perte de temps. Ensuite, il y a le travail sur les dates, sur l’univers musical… Il y a pas mal de boulot. Alors, c’est vrai, c’est un peu long entre deux album et on va travailler là-dessus puisque on est déjà en train de travailler sur les idées de compos du prochain album. Ce qui évitera de réitérer cette erreur de trop de temps entre deux albums.

 

Metal-Eyes : Peux-tu nous parler du titre de l’album ? Ça fait très univers du tarot…

Franck : Mais le Neuf de coupe est en effet la carte la plus forte du jeu de tarot qui, en fonction de son sens, a des significations extrêmement positives ou extrêmement négatives. C’est un peu le thème de cet album qu’on a axé du côté ésotérique et fantastique avec le clip de Never give up. Il est inspiré du minotaure et du fil d’Ariane. La carte Nine of cups annonce clairement le côté ésotérique, assez fantastique.

 

Metal-Eyes : Il y a aussi une forme de dualité…

Franck : Elle est mise en valeur dans les clips, où notre personnage principal, John Ringsdale, Mad Dog, fait face à ses propres démons. C’est la dualité de cette personne avec la carte du neuf de coupe.

 

Metal-Eyes : Maintenant que les magasins ont rouvert, je vais te demander d’être commercial et de me vendre cet album…

Franck : Très bonne demande (il rit) … Je pense que la personne qui a écouté le premier album risque d’être assez surprise. Par la production, déjà, dont la qualité est, franchement, énorme. C’est ce que l’on voulait faire mais c’est allé au-delà de nos aspirations dans le sens où la production est vraiment professionnelle. Ensuite la qualité des compositions : elles sont assez complexes, il y a pas mal d’arrangements assez riches au niveaux des voix, des samples, puisqu’on en utilise pour enrichir le tout. Donc ça donne un album assez riche et complexe, et agréable à entendre.

 

Metal-Eyes : Vous avez déjà envisagé la suite des aventures de Mad Dog ?

Franck : Oui, on les a envisagées dans les grandes lignes, donc je ne peux absolument pas être précis à ce sujet. Mais a priori on va continuer avec lui. On a déjà commencé à travailler sur les compositions sans avoir vraiment dégagé l’univers musical. Mais, oui, a priori, on va continuer avec Mad Dog.

 

Metal-Eyes : Ben… Si c’est votre mascotte, ce serait dommage de l’enterrer tout de suite…

Franck : Exactement, ou alors, il faudrait expliquer sa disparition. On n’en est pas encore là.

 

Metal-Eyes : Ce sera une bonne raison pour que les Pussy Riders continuent d’aller le chercher !

Franck : Exactement (rires) ! Bien vu !

 

Metal-Eyes : Vous pourrez aussi faire des Pussy Riders vos mascottes à la place de ce looser de Mad Dog…

Franck : J’avoue que ce serait complexe parce qu’elles sont nombreuses mais ça pourrait être pas mal !

 

Metal-Eyes : Et sur scène, ça peut donner un bon visuel. Ça ferait du monde, mais ça pourrait être sympa… Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de Nine of cups pour expliquer ce qu’est Hell Of A Ride aujourd’hui, ce serait lequel ?

Franck : Sans hésiter Never give up, never surrender, donc le clip qu’on a sorti il y a une semaine. C’est un morceau très accrocheur : un riff d’intro qui annonce le morceau et qui devient ensuite vraiment très puissant avec un refrain extrêmement accrocheur qu’on retient facilement. Sans aucun doute, c’est celui-ci.

 

Metal-Eyes : Et toi, à titre personnel, quel est le morceau que tu attends vraiment de pouvoir jouer lorsque vous pourrez redonner des concerts ?

Franck : Je pense que c’est aussi Never give up… Oui

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise aujourd’hui de Hell Of A Ride ?

Franck : En gros, c’est « Never give up, never surrender », encore une fois. En gros, quels que soient les obstacles, les difficultés, ne jamais rester à terre. C’est ce qui fait la force du groupe : on sait que faire de la musique à un niveau assez élevé ou pro, c’est assez compliqué parce qu’il y a une profusion de groupes. Il y a Instagram, Facebook, tout le monde a son soundcloud, tout le monde s’y met. Le fait de se détacher, de pouvoir trouver des dates et de jouer son album, se détacher sur scène, c’est, parfois, difficile. Il y en a dans le groupe qui peuvent doute, se poser des questions. Le fait de douter n’est pas grave, ce qu’il faut, c’est pouvoir se relever par la suite.

 

Metal-Eyes : Sur ma chronique je dis que votre album a un potentiel international. Ça ne vous tenterait pas de faire croire que vous êtes un groupe étranger soutenu par un très gros label ? (NdMP : je pense à ce moment aux Allemands de John Diva qui veulent persuader tout le monde qu’ils sont Américains)

Franck : Euh… si, avoir ce genre d’atout avec nous ce serait énorme. On cherche avant tout un tourneur, plus qu’un label, pour pouvoir nous exporter ou, au moins, commencer par la France et l’Europe avant d’aller un peu partout. Faire croire qu’on est un groupe américain, ce serait quelque chose à faire tenir… Au bout d’un moment, les gens se rendraient compte que nous sommes Français, même si l’univers musical est clairement de culture américaine. C’est évident.

 

Interview: SURVIVAL ZERO

Interview SURVIVAL ZERO : entretien avec Thibault (Batterie). Propos recueillis par téléphone, le 4 mai 2020

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Metal-Eyes : Je découvre Survival Zero avec cet album. Peux-tu me raconter l’histoire du groupe.

Thibault : On s’est formés fin 2007 sous l’impulsion de Pierre, le chanteur. Il m’a contacté, m’a envoyé quelques projets de compos qui m’ont accroché. Ensuite, on a démarché les autres membres du groupe.

 

Metal-Eyes : Vous vous connaissiez déjà, avant ?

Thibault : Tout le monde se connaissait déjà, sauf moi. Les autres ont tous déjà eut des groupes ensemble, ont travaillé sur différents projets. Moi, j’étais dans un groupe de death mélodique pendant 10 ans, groupe qui a splitté. Mais je connaissais Pierre de vue. Ça a matché, on s’est lancés à fond. L’idée, c’était de présenter quelque chose de carré dès le début.En termes de visuel, de son, d’environnement du groupe.

 

Metal-Eyes : Vous êtes basés où ?

Thibault : Sur Troyes.

 

Metal-Eyes : Vous sortez votre premier album, The ascension. Le titre est assez explicite, la

Thibault : Après une chute, les épreuves de la vie…

 

Metal-Eyes : Oui, mais le groupe est encore jeune, j’imagine qu’il n’y a pas eu énormément d’épreuves…

Thibault : Oui, après on en a tous eu dans nos vies.

 

Metal-Eyes : Comment en êtes-vous venus à cet album ? Chacun arrive avec ses idées et vous travaillez autour ? Vous travaillez ensemble ?

Thibault : Comme chaque membre est arrivé au fur et à mesure… La base des compos, c’est Pierre, qui avait pas mal de compos, mais chacun y a mis sa patte. On a d’abord travaillé la rythmique, et ensuite, avec l’arrivée de Régis, on a travaillé les ambiances. Nous, on conçoit un groupe où chacun apporte ses idées.

 

Metal-Eyes : Le nom du groupe est un peu osé en ce moment…

Thibault (rires) : ben, c’était pas voulu ! C’est inspiré de Patient zéro, donc je te laisse imaginer ce que ça représente. On est partis de ça, on a un peu inversé le sens pour avoir un côté… un peu plus positif.

 

Metal-Eyes : Euh… « Positif » en parlant de Zéro survivance ?

Thibault : Pas de survie, oui…

 

Metal-Eyes : On trouve beaucoup de choses dans votre musique, du death, du thrash, des choses plus mélodique. Pareil dans le chant de Pierre. Quelles sont vos influences ?

Thibault : On a voulu partir sur une base Machine Head / Lamb Of God, avec l’idée d’utiliser les influences de tout le monde. Benoit, il a plus un côté hardcore, moi, c’est plus le death technique, Pierre, il est plus prog. Tant que ça nous parle…

 

Metal-Eyes : La pochette, elle représente quoi ?

Thibault : On en a parlé avec l’illustrateur, on lui a montré des bouquins, des BD de SF, on lui a montré les paroles, et il nous a sorti ces premiers plans de pochette. Et ça nous a vraiment plu.

 

Metal-Eyes : Plus mystérieux que la pochette, il y a votre logo, une sorte d’enclume dans un hexagone. Quelle en est la signification ?

Thibault : C’est juste un symbole pour représenter le groupe… Avec le S et le Z du nom du groupe… On voulait quelque chose d’un peu mystérieux.

 

Metal-Eyes : Maintenant que tu me dis S et Z, je les vois, ça me parait évident. Ça me fait penser à celui de Twisted Sister, avec aussi un T et un S.

Thibault : Ça ne saute pas forcément aux yeux.

 

Metal-Eyes : De quoi parlez vous dans les textes ? C’est peut-être une question à poser à Pierre…

Thibault : Il t’en parlerait mieux, mais on aborde principalement des sujets comme la dépression, de SM… Des choses sur l’espace, notre place dans tout ça.

 

Metal-Eyes : Basé sur des expériences personnelles ?

Thibault : Ben, lui a fait une dépression et il l’a retranscrite en texte. Mais il l’a fait de façon très imagée pour laisser ouverte l’interprétation de chacun. Il ne veut pas que ce soit une autobiographie.

 

Metal-Eyes : Et y a-t-il des thèmes que vous préférez ne pas aborder ?

Thibault : La Politique, c’est sûr ! On ne mettra jamais les pieds là-dedans. Après, tout reste ouvert. Ce sera assez sentimental, imagé. Des sentiments que chacun peut ressentir.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un titre de The ascension, le plus représentatif de ce qu’est Survival Zero, ce serait lequel selon toi ?

Thibault : Le dernier… The other verse. Je pense qu’elle balaye bien toutes nos influences. C’est une compo qui est assez ouverte sur la fin. Il y a tout ce qu’on peut trouver sur l’album.

 

Metal-Eyes : Et toi, en tant que batteur, sur laquelle tu t’éclates le plus ?

Thibault : Glorious nemesis. Elle est rentre-dedans, et c’est assez plaisant à jouer.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise pour Survival Zero ? Quelque chose que vous imprimeriez sur vos T-shirts et vos albums à venir ?

Thibault : Oh, t’es méchant là (rires) ! Il y a un truc qui revient souvent, c’est « bagarre ». Maintenant, je ne sais pas si sur un T-shirt… Mais c’est vrai, quand on balance un riff, si ça nous plaît, on dit « Bagarre ! », « C’est la bagarre ! »

 

 

Interview: THERAPHOSA

Interview THERAPHOSA : entretien avec Matthieu (basse). Propos recueillis par téléphone, le 11 mai 2020

Theraphosa by Denis Goria – photo promo

Metal-Eyes : Vous êtes originaires de Chelles, en région parisienne et avez déjà enregistré deux Ep, en 2012 et en 2018. Peux-tu compléter votre histoire ?

Matthieu : C’est bien ça. Theraphosa est né en 2007. La formation n’a pas changé depuis, elle est composée de Vincent, mon frère, à la guitare et au chant, moi, à la basse et aux chœurs et du batteur, Martin. On a toujours joué en banlieue parisienne. On a effectivement sorti 2 Ep, Inject the venom en 2012 et un autre en 2018, et nous sortons aujourd’hui notre premier album.

 

Metal-Eyes : Quels ont été les grands marqueurs pour le groupe ?

Matthieu : Pour le moment, je ne pense pas que nous ayons de grands marqueurs.. Si, peut-être en 2016, lorsqu’on est allé enregistrer notre deuxième Ep à Helsinki. C’est grace au photographe Denis Coria : en enregistrant dans un studio, l’ingé son connaissait Denis avec qui il nous a mis en contact. S’en est suivie une collaboration et lorsque l’on voulait enregistrer notre premier Ep, il nous a mis en contact avec Jan d’Amorphis.  C’est ainsi que nous sommes allés l’enregistrer à Helsinki. C’était notre premier réel contact avec la sphère professionnelle de la musique, et ça a été très formateur.

 

Metal-Eyes : Parlons un peu de votre musique : comment pourrais-tu définir la musique de Theraphosa pour quelqu’un qui ne vous connais pas ?

Matthieu : Je dirais qu’elle est sombre et élégante, marquée de mélodies qui évoquent un tiraillement entre le bien et le mal, l’ombre et la lumière, et que le tout baigne dans une atmosphère religieuse.

 

Metal-Eyes : « Religieuse » dans le sens pieu du terme ou dans le sens spirituel ?

Matthieu : On peut y voir les deux. Personnellement, j’y vois un sens pieu, mais vous pouvez y voir le côté spirituel. Avec Vincent, nous essayons de trouver un socle commun à nos deux visions, mais aussi à celle de ceux qui nous écoutent. Qu’ils soient croyants ou non, quelle que soit leur religion, d’ailleurs

 

Metal-Eyes : Quelles sont vos influences ?

Matthieu : Elles sont assez variées… Notamment du Ghost. Vous pouvez retrouver dans certaines lignes de chant et de chœurs cette ambiance que sait créer Ghost.

 

Metal-Eyes : Que peux-tu me dire de ce premier album complet ?

Matthieu : On a enrichi notre musique, on y a ajouté des influences classiques. Aussi bien romantiques que sacrées ou liturgiques. Au niveau des thèmes abordés, on a approfondi notre réflexion de sujets qu’on avait déjà abordés, notamment la transcendance. Bien sûr, et c’est un thème récurrent dans Theraphosa, on traite de la condition humaine. The curse of Cronos, par exemple, traite du temps et de la relation que l’homme entretien avec le temps. C’est un album je pense assez spirituel. Cet aspect, je pense qu’il sera récurrent, voire qu’il définira le groupe.

 

Metal-Eyes : Alors quelle est la part de la religion, de la spiritualité dans le groupe ?

Matthieu : Personnellement ? Je suis croyant, catholique pratiquant, mon frère, lui, est athée, profondément athée, comme le batteur. On peut très bien le ressentir sur ce premier album. Les influences de la musique sacrée, le côté liturgique que peut avoir le groupe. Pour ce qui concerne les thèmes abordés, la transcendance est un très bon exemple car il s’agit d’une notion théologique. Mais elle a été reprise par des philosophes athées. Dans ce cas, on parle « d’immanence ». Ce sont deux notions opposée, mais qui convergent vers la même finalité : le dépassement de soi, de sa condition. D’un point de vue moral, physique et intellectuel. Ce sont ces différences que nous avons dans le groupe qui, je crois, enrichissent ces notions que nous abordons. Bien sûr, quand vous faites de la musique, vous êtes vecteurs d’un message. Et nous faisons en sorte que ce message ne pose pas de problème aux membres du groupe.

 

Metal-Eyes : Donc sans pratiquer de prosélytisme quel qu’il soit ?

Matthieu : Exactement. On essaye d’avoir un double sens dans nos paroles. Parfois, certains morceaux sont plus orientés que d’autres, plus teintés de notions religieuses, d’autres plus athées. Mais il y a un double sens et nous espérons que chacun peut y trouver ce qu’il souhaite.

 

Metal-Eyes : Comment analyserais-tu l’évolution de Theraphosa entre votre Ep et ce nouvel album ?

Matthieu : Du point de vue musical, je trouve que le style de Theraphosa se précise, qu’il a évolué vers quelque chose de plus riche et complexe. Je pense qu’il commence à prendre sa vraie forme. Dans nos relations et nos méthodes de travail, là aussi, les choses ont évolué par le fait que le batteur et moi nous prenions plus part au processus de création, musique et écriture. Nous avons dû développer un processus de travail principalement pour l’écriture. Je n’interférais pas avec ce qu’écrivais mon frère, je ne regardais que une fois terminé. Pour cet album, nous produisons chacun des textes que nous nous présentons, nous jugeons ceux que nous considérons de bonne qualité, ceux avec des notions de ce qu’on aimerait aborder. Ensuite, nous on voit s’il y a des retouches à faire, des choses qui ne représentent pas notre façon de penser et on fait avec.

 

Metal-Eyes : Donc il y a plus une ouverture à la discussion entre vous là où, avant, c’était imposé ?

Matthieu : C’était de fait imposé parce que Martin et moi, n’avion pas le même bagage musical que mon frère. Il avait deux ans de musique derrière lui, et nous, rien. Naturellement, il a pris en charge la composition et l’écriture. Il avait une maturité que nous n’avions pas. On est restés comme ça, naturellement. Maintenant, nous avons tous vieilli, accumulé un peu d’expérience et nous souhaitons participer plus au processus de création. Vincent n’y voit aucun inconvénient.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il des thèmes que vous ne souhaitez pas aborder, qui n’ont pas leur place au sein de Theraphosa ?

Matthieu : Comme ça, il n’y pas de thème qui me semble inabordable. C’est surtout la façon dont on en parle et le message final. Je vais te donner un exemple : sur Morning star, mon frère tenait à dépeindre la noirceur de l’humanité, ce en quoi, je suis d’accord, car les faits sont là, l’homme a une part d’ombre en lui, et il est le principal créateur de ses souffrances. Seulement, je tiens à y laisser une note d’espoir. Mon but n’est pas de dépeindre la noirceur de l’humanité, de dire que l’homme est mauvais et nous liguer les uns contre les autres, mais plutôt dire que nous sommes tous gris, l’être humain est tout en nuances et qu’il faut l’accepter, accepter la réalité du conflit pour accéder à cette transcendance et accepter la réalité, trouver le moyen d’obtenir ce que l’on désire. Si, les sujets qui pourraient être interdits : ceux qui imposent Dieu ou qui l’insultent. En tant que croyant, je ne peux pas laisser faire ça. Et Vincent, qui n’est pas croyant, ne peut pas laisser un message « missionnaire ». Ce sont des terrains dans lesquels on ne s’aventurera pas dans Theraphosa, ceux qui atteignent directement nos idéaux. On peut en parler, on le fait très régulièrement entre nous, mais pas dans le groupe.

 

Metal-Eyes :  Vous n’êtes ni un groupe chrétien, ni anti chrétien, pro ou anti religieux, donc…

Matthieu : Exactement.

 

Metal-Eyes : Si tu devais ne retenir qu’un seul titre de votre album pour expliquer à quelqu’un qui ne vous connais pas ce qu’est Theraphosa, ce serait lequel ?

Matthieu : Ah… C’est un choix assez difficile. J’opterais pour The curse of Cronos. Parce qu’il évoque la condition humaine, sa condition par rapport au temps. C’est un thème récurrent au sein du groupe, donc vous pouvez avoir une idée de ce que le groupe peut aborder comme sujets. Musicalement, il y a beaucoup d’influences : le refrain qui est assez technique rythmiquement, assez pop aussi, dans mon rythme de basse. Dans le pont, il y a des références aussi bien classiques que black metal. Ce titre, avec tous ces mélanges, est assez progressif. Je pense que ce titre peut être le héros de l’album.

 

Metal-Eyes : Y a-t-il un titre que tu attends de jouer avec impatience ?

Matthieu : Tout à fait, c’est Dies irae. Parce que, déjà, j’ai participé à sa création. De plus, la ligne de chant est très agréable et la chanson est vraiment agréable à jouer. J’adore jouer ce morceau, donc en concert, ce sera vraiment un plaisir de la jouer et voir les réactions des gens.

 

Metal-Eyes : Quelle pourrait être la devise de Theraphosa ?

Matthieu : Mhh… La devise ? Pour l’instant, je ne vois pas… Si, peut-être une : ce serait cette symbolique que nous tirons de l’araignée qui est « l’élégance et la résilience »a

DUALITY: Elements

France, Metal (Autoproduction, 2020)

Quatuor de metal dit « moderne » (étiquette fourre-tout par excellence…), Duality a déjà un album et un Ep à son actif (140 waves en 2016 et Archeology en 2017) avant ce nouvel Ep, Elements, daté de mai 2020. Au travers des 5 titres, le groupe explore diverses facettes du genre, honorant ainsi son nom. Car la dualité est effectivement de mise tout au long du disque. Démarrant avec un In the sun aux guitares rageuses et au chant doux, Duality m’évoque un mélange de Seether et de Soen, avant de plonger dans le navire Ship avec des guitares appuyées, des growls bien sentis accompagnés de quelques touches légères de claviers. Mais il manque quelque chose, le titre peine à me convaincre totalement. Les touches orientales qui s’égrainent au fil de Buried – et ses guitares aériennes – et Fluffy cloud apportent certes une autre couleur musicale mais, là encore, il manque quelque chose. Sans doute la facette prog de Duality mériterait-elle moins de hurlements? Solace, justement, m’attire. Autant par la construction que par la force de ce texte à mi parcours, non plus chanté mais simplement, sobrement narré. Une narration accompagnée de quelques vocalises avant qu’une longue partie instrumentale ne vienne joliment conclure ce nouvel essai qui, vous l’aurez compris, ne m’a qu’a moitié séduit. Trop d’explorations, sans doute, un chant qui mériterait moins de cris aussi, en tout cas, selon mes goûts… Mais,malgré tout, un disque prometteur aux compositions réfléchies pour interpeller. De ce point de vue, misson accomplie.